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-
Abdelmajid KADDOURI
Les usages de la violence dans l’histoire 9
Hassan BENHALIMA
Peuplement, Igoudars et éclosion du fait urbain dans
l’Anti-Atlas occidental: Le cas du centre d’Aït Baha 19
Mohamed RABITATEDDINE
Recherches archéologiques à Marrakech: Notes de lecture 57
Bouazza BENACHIR
Revisiter l’Afrique(S) et l’Ailleurs à partir des Suds :Propos liminaires sur la
décolonisation écosophique 109
Rachid El HOUR
Reflexiones acerca del cadiazgo de Huesca entre finales del periodo de taifas
hasta la conquista de Pedro I en 489/1096 135
7
Gouvernance et gestion de l’eau
dans le bassin versant du Rhéraya (Haut Atlas occidental)
(1)
Miloud OUCHALA,(*) Abdeljalil LOKRIFA,(*)(2)
(3)
Bouchra OUBAKHA(*)et Aicha FADIL.(*)(4)
Abstract
The Rhéraya water catchment (Western High Atlas) is characterized by a wide variety
of actors involved in water governance and management. These dynamics have undergone
significant transformations since the era of the French Protectorate in Morocco during the
1920s. The alteration of longstanding water rights, the refurbishment and construction
of numerous hydraulic structures, along with the implementation of contemporary
agricultural policies, continue to exert influence on contemporary water and agricultural
management. Following Independence, the establishment of water governance in 1995
ushered in a new legal framework and the emergence of various actors operating at
different levels, from the catchment area to urban centers. However, these new participants
encountered mixed results as they endeavored to collaborate in addressing issues ranging
from decentralized water management to economic development and climate-related
challenges. To tackle these complexities, local water management institutions must adapt
to the evolving climatic, economic, and social landscape.
Keywords: Water, Management, Governance, Agriculture, Rhéraya water
catchment, Climate.
******
I. Introduction
Le bassin versant de l’oued Rhéraya, est confronté à une pénurie d’eau,
qui menace les populations locales et les activités économiques. Les pratiques
agricoles intensives, la croissance démographique et le changement climatique
(*) Laboratoire des Etudes sur les Ressources, les Mobilités et l’Attractivité, UCA, FLSH,
Marrakech.
(*) Laboratoire des Etudes sur les Ressources, les Mobilités et l’Attractivité, UCA, FLSH,
Marrakech.
(*) Structure de recherche: Environnement, Sociétés, Territoires, UIT, FSHS, Kenitra.
(*) Laboratoire de Géomorphologie, Environnement et société, UCA, FLSH, Marrakech.
147
sont les principales causes de cette raréfaction de la ressource. Les tensions et
conflits actuels sont liés à l’histoire du pays, notamment durant la période
du protectorat français au Maroc, où l’administration coloniale française a
remis en cause les pratiques locales. Depuis l’Indépendance, l’Etat marocain
a instauré une politique d’intensification de l’agriculture et de mobilisation
accrue de l’eau via la démocratisation des barrages et des forages. Cependant,
la gouvernance de l’eau est fragmentée, avec de multiples acteurs opérant à
différentes échelles et des règles de partage de l’eau fortement ancrées dans les
traditions locales. La gestion participative de l’eau est inégale à l’échelle du
bassin versant, en particulier dans les domaines de l’approvisionnement en
eau potable et de l’assainissement.
La gouvernance et la gestion de l’eau au Maroc est fragmentée et
rencontre de nombreuses difficultés. Il est donc essentiel de mettre en place
une gouvernance efficace au niveau national et local, adaptée aux spécificités
culturelles, économiques et environnementales. Pour relever ces défis, il est
important de comprendre les origines et les facteurs de la gestion actuelle de
l’eau dans le bassin versant du Rhéraya, en étudiant les succès et les échecs
depuis 1920 à nos jours.
148
plus importantes dans la partie amont (11,3%) et du piedmont (2,17%).(1)
1. Géologie
Les terrains traversés par le Rhéraya partent d’un socle de granites et de
granodiorites érodés en amont, avant de traverser des grès, argiles et calcaires
issus des ères tertiaire et secondaire, en majorité du Trias et du Crétacé.(2) Les
dépôts quaternaires retrouvés au niveau de la plaine du Haouz sont issus de
l’érosion de l’Atlas.(3)
2. Pédologie
La plaine du Haouz, située à proximité de l’oued Rhéraya, est caractérisée
par des sols fersiallitiques(4) typiques des milieux méditerranéens. Ces sols
argileux rougeâtres sont sensibles à l’érosion par le vent et l’eau et leur couleur
149
est due à la présence de fer. Ils laissent la place à des sols de piémont sur des
formations tertiaires juste en amont de Tahanaout. Des rendosols sont aussi
présents entre Tahanaout et Asni et accompagnent en général des couches
calcaires. Caractérisés par leur jeune âge, ils sont également peu profonds et
riches en humus et en matière organique.(1) Enfin, les zones d’altitude sont
caractérisées par des sols squelettiques peu évolués du fait des températures
basses,(2) des sols sableux et des sols bruns argileux.
3. Climat
Le climat de la plaine du Haouz est de type semi-aride, tandis que la
zone montagneuse bénéficie d’un climat semi-aride à humide avec des hivers
frais (Fig.2). La pluviométrie moyenne enregistrée entre 1975 et 2013 est de
376 mm à Tahanaout (comprise entre 199 et 634 mm entre l’été et l’hiver),
alors qu’elle est plutôt de 464 mm en montagne.(3) Le bassin du Rhéraya est
sujet à des intempéries orageuses en fin d’été et en hiver, typiques des climats
méditerranéens et arides, de forte intensité et de durée souvent inférieure à
une heure.(4)
Figure 2: Répartition des évènements pluvieux selon leur durée en milieux semi-aride et tempéré.
Source: Chaponnière, 2005, d’après Güntner, 2002.
(1) BEAUCHAMP, J., Les principaux types de sols [en ligne]. Université de Picardie Jules
Verne, disponible sur: [Link] (2006).
(consulté le 20/08/0218)
(2) CHAPONNIERE, A., «Fonctionnement hydrologique d’un bassin versant montagneux
semi aride-Cas du bassin versant du Rehraya (Haut Atlas Marocain).» Mémoire de thèse
d’Hydrologie et Télédétection (Paris-Grignon: Institut National Agronomique, (2005), 179p
(3) ABHT GROUP et AG-RESING, «Atlas du Bassin de Haouz-Mejjate,» (2016).
(4) CHAPONNIERE, A., [Link]. (2005).
150
4. Ressource en eau souterraine
151
Figure 3: Schéma de fonctionnement d’une khettara . (Source: Polin, C., 2010 ; http://
[Link]/ albums/systèmes d’irrigation traditionnels au Maghreb).
152
ne favorise pas l’apparition de nappes dans les zones de haute altitude de
l’Atlas. Le ruissellement y est important, avec une concentration des eaux
au niveau de l’oued. Il faut toutefois noter la présence, au niveau de la vallée
d’Asni, d’un aquifère relativement productif correspondant à la nappe alluviale
située à la sortie des gorges, en aval du douar Moulay Brahim,(1) et traduisant
la présence d’écoulements souterrains proches de la surface.(2)
153
- Le choix de la troisième zone d’étude, située dans la vallée d’Asni, à
environ, 1200 mètres d’altitude, a deux justifications:
* elle présente un développement exceptionnel au niveau de
l’arboriculture.
* elle est par ailleurs l’une des rares zones du bassin versant de l’oued
Rhéraya, à avoir été directement influencée par la colonisation
française dont la majorité des colons étant restés dans la plaine et
le piémont. La vallée d’Asni rassemble ainsi des pratiques héritées
de la période du Protectorat, tout en conservant une gestion
ancestrale de l’eau. C’est également au sein de cette vallée que
deux affluents, l’oued Imnane et l’oued Ait Mizane se rencontrent
pour donner naissance à l’oued Rhéraya à proprement parler.
Figure 4: Localisation des quatre zones d’études retenues (1: Tahanaout, plaine du Haouz; 2: Vallée
d’Asni; 3: Vallée d’Ait Mizane; 4: Vallée d’Imnane).
154
- La dernière zone se situe au niveau de la plaine du Haouz et concerne
le tronçon de l’oued compris entre le barrage Bouhouta à la sortie des
gorges du Rhéraya et le canal de Rocade en aval. L’altitude moyenne est
de 500 m dans cette zone qui est caractérisée par une grande diversité
de pratiques en termes de gestion de l’eau: les agriculteurs, fédérés
pour la plupart en AUEA ou en coopératives, continuent pourtant
de favoriser les modes de gestion traditionnelle de l’eau, malgré une
histoire coloniale particulièrement importante.
155
de surface libres de droits coutumiers, et le dahir du 8 novembre 1919, qui
a étendu cette propriété aux eaux souterraines. Les politiques nationales de
l’eau ont été centrées sur l’intensification de l’agriculture et le développement
des infrastructures hydrauliques, avec la création de l’Office National de
l’Irrigation (ONI) en 1960. Cependant, en 1965, l’Office de Mise en Valeur
Agricole (OMVA) a remplacé l’ONI, avec une décentralisation vers les
Offices Régionaux de Mise en Valeur Agricole et les Directions Régionales et
Provinciales de l’Agriculture (DRA et DPA). La gestion des terres coloniales
et de l’eau a été décentralisée vers la Préfecture de Marrakech pour le bassin
versant du Rhéraya.
Au Maroc, la politique de l’eau a changé radicalement à partir du plan
triennal de 1965-1967, avec l’accent mis sur la construction de barrages pour
l’irrigation des terres agricoles. Le roi Hassan II a lancé un grand projet en
1967 pour irriguer un million d’hectares en année 2000. Cependant, les zones
comme le bassin du Rhéraya ont été peu concernées par ces mesures. Dans
les années 1980 et 1990, des aléas climatiques extrêmes ont dévasté le secteur
agricole, entraînant une prise de conscience environnementale et la nécessité
de rationaliser l’utilisation de la ressource en eau. L’État a rencontré des
difficultés financières importantes en raison de la participation financière plus
faible que prévue des usagers aux investissements agricoles. Le développement
des aménagements hydro-agricoles a été ralenti et l’État a préféré encourager
les investissements privés.
La loi 02-84 de 1991 a permis la création des Associations d’Usagers de
l’Eau Agricole pour encadrer la gestion de l’eau à l’échelle locale et remplacer
les institutions traditionnelles. Cependant, les résultats n’ont pas répondu
aux attentes d’un grand nombre d’usagers qui se tournent à nouveau vers les
schémas traditionnels.
L’année 1995 marque un tournant dans la gestion de l’eau au Maroc.
Les dahirs de 1914 et de 1925 ne sont plus adaptés au développement socio-
économique du pays ni au contexte climatique. Aussi une réforme générale
ambitieuse de la gouvernance de l’eau à l’échelle nationale est-elle promulguée.
La loi 10-95 du 15 juillet 1995 redéfinit le cadre légal de la politique de
l’eau en s’inspirant du modèle français.(1) Elle se base également sur plusieurs
(1) CHAOUNI, 2013, cité par TANOUTI, «La Gestion Intégrée des Ressources en Eau,»
(2017).
156
principes énoncés lors de la conférence de Dublin, notamment le fait que l’eau
soit considérée comme «une ressource renouvelable et fragile […] indispensable
à la vie, au développement et à l’environnement». Les éléments principaux de la
loi 10-95 sont les suivants :
- Assurer à tous les usagers de la ressource un accès suffisant à l’eau,
que ce soit en termes d’alimentation en eau potable ou dans le cadre
d’activités professionnelles.
- Favoriser une gestion participative de la ressource en impliquant tous
les usagers afin de mettre en place une planification souple, rationnelle
et efficiente.
- La domanialité des eaux de surface et souterraines, instaurée par les
dahirs de 1914 et 1925, est confirmée, et la protection de ce domaine
public hydraulique est une priorité, en termes de quantité comme de
qualité.
- La gestion de l’eau s’effectue à l’échelle du bassin versant, «l’espace
géographique naturel le mieux adapté pour appréhender et résoudre les
problèmes de gestion des ressources en eau, ainsi que pour réaliser une
solidarité régionale effective entre les usagers concernés par une ressource en
eau commune» (loi 10-95, 1995). Cette résolution s’inspire fortement
du modèle français et des principes énoncés pendant le Sommet de la
Terre à Rio en 1992.
- Le principe de la création d’une «administration adéquate de l’eau
permettant d’aider à la conception de l’utilisation et au contrôle des
opérations citées ci-dessus, en associant les pouvoirs publics et les usagers
à toute prise de décision relative à l’eau» (loi 10-95, 1995) est arrêté.
Il aboutit à la fondation des neuf Agences de Bassins Hydrauliques
marocaines (ABH). L’Agence de Bassin Hydraulique du Tensift
(ABHT) encadre la gouvernance et la gestion de l’eau dans le bassin
versant du Tensift dont le Rhéraya fait partie.
- Les usagers propriétaires de droits d’eau, que ces derniers soient antérieurs
à la période coloniale, issus de celle-ci ou acquis après l’Indépendance,
doivent les déclarer à l’ORMVA et à la DPA. Ils bénéficient pour ce
faire d’une période de cinq ans.
157
- Les actions des ABH sont déclinées à partir des Plans d’Aménagement
Intégré des Ressources en Eau (PDAIRE) qui permettent d’établir
le Plan National pour l’Eau (PNE) planifiant la gouvernance de la
ressource à l’échelle nationale. Les PDAIRE s’organisent autour de
différents axes(1):
• la détermination des prérogatives et des activités des ABH ;
• la comptabilité, les finances et la fiscalité ;
• le contrôle financier de l’Etat sur les entreprises publiques et autres
organismes.
De nouvelles institutions ont été créées, comme le Ministère de
l’environnement, mais la gestion de l’eau est toujours sous la responsabilité
du Ministère des Travaux Publics et du Ministère de l’Agriculture. Dans les
années 2000-2010, plusieurs projets ont été mis en place pour économiser et
valoriser la ressource en eau, en encourageant notamment le développement
de l’arboriculture. Des avancées ont également été réalisées dans le domaine
de l’assainissement, mais des problèmes persistent dans les zones rurales et
montagneuses. En 2016, la loi 36-15 a été introduite pour compléter la loi
10-95 en incluant de nouveaux concepts de gestion intégrée des ressources
en eau et en améliorant certains aspects administratifs de la gouvernance et
de la gestion.
La gouvernance de l’eau est également révisée avec des instances et des
conseils consultatifs créés pour clarifier les attributions et étudier les actions
proposées. Des efforts sont également consentis pour la mobilisation de
sources d’eau non conventionnelles. Cependant, malgré la coordination des
acteurs de la gouvernance de l’eau, des difficultés limitent l’efficacité de leurs
actions.
(1) MAAROUFI, M., «Etude de mise en place d’un système de contrôle de gestion et
d’évaluation des performances des agences des bassins hydrauliques (ABH) au Maroc,».
Rapport de synthèse, (2016), 44p.
158
IV. Les missions et les limites des acteurs de la gouvernance de l’eau
159
environnementaux dans le pays, ce qui révèle une limite dans la gestion des
problématiques de l’eau.
La Commission Interministérielle de l’Eau (CIE): Le CNE et le CSEC sont
coordonnés par la CIE, qui a une activité très irrégulière. Cette commission
semble empiéter sur les prérogatives des institutions qu’elle est censée
coordonner et peut créer des lourdeurs administratives. Les Commissions
Préfectorales ou Provinciales de l’Eau agissent à une échelle locale et visent à
organiser de manière plus opérationnelle l’action des communes pour limiter
la dégradation de la ressource en eau, notamment en menant des campagnes
publiques de sensibilisation. Elles sont composées à 50% de représentants
des organismes publics décentralisés de la gouvernance et de la gestion de
l’eau, et pour l’autre moitié de représentants des conseils communaux, des
assemblées préfectorales et provinciales, des chambres professionnelles et des
représentants des collectivités ethniques.
160
démographique, de l’urbanisation ou de la pollution industrielle sont de ce
fait moins bien prises en charge et leur intégration à l’échelle des projets n’est
pas adaptée.
161
hydrauliques comme des séguias ou des bassins, à l’organisation du suivi de
la qualité des eaux souterraines et à la gestion des droits d’eau et à l’arbitrage
des conflits qui y sont liés. Cependant, la reconnaissance officielle de certains
droits d’eau anciens est un point sensible car la majorité des détenteurs ne les
ont pas déclarés conformément à la loi. Les conflits liés aux droits d’eau ont
commencé à apparaître, ce qui rend la gestion encore plus difficile pour les
responsables de l’ORMVAH. La situation est également complexe en raison
de problèmes internes de communication au sein de l’Office.
La Direction Provinciale de l’Agriculture (DPA) de Marrakech couvre,
comme l’ORMVAH, une zone s’étendant au-delà des limites du bassin
versant du Rhéraya: à cheval sur les préfectures de Marrakech et du Haouz,
elle englobe les zones de montagne et de piémont, et gère notamment la partie
amont de l’oued Rhéraya, de sa source jusqu’à la commune de Moulay Brahim
(la totalité des informations présentées dans cette partie ont été obtenues lors
d’entretiens dans les locaux de la DPA de Marrakech).
Le rôle de la DPA de Marrakech, qui dépend de la Direction Régionale
de l’Agriculture et est sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche
Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts. Bien que la DPA
ne soit pas un établissement public chargé de la gestion de l’eau, elle participe
à la mise en place de projets de développement rural, de mise en place de
filières agricoles et de valorisation de la production. La DPA réalise également
des actions pour limiter les impacts des aléas climatiques et joue un rôle de
facilitateur de projets. Les actions de la DPA sont limitées par des contraintes
financières et de personnel. La DPA favorise également l’industrialisation des
terroirs, mais doit tenir compte de la qualité de l’eau pour un développement
économique durable.
162
dans la vallée des Ait Mizane il y a une vingtaine d’année. Les systèmes de
culture établis sont les noyers, les cultures annuelles et les arbres fruitiers
(fig. 6).
La zone étudiée est la vallée d’Imnane compte 53 hectares de noyers,
principalement dans la partie aval bénéficiant de températures clémentes et
de moins de chute de neige. De 1980 à 1985, avec la distribution de plants
par l’Etat, la culture des noyers s’est accélérée, mais mieux utiliser des espèces
d’arbres indigènes adaptées aux conditions climatiques montagneuses. Si
l’hiver est doux, les noyers sont irrigués de mois de mai au mois d’octobre, car
les chutes de neige peuvent perturber la production de noix qui constitue le
pilier économique de la vallée, car les noix ont une valeur de revente élevée.
Les cultures annuelles sont rarement associées aux noyers, à l’exception de
l’orge destiné au bétail, car leur croissance est perturbée par l’ombre.
Figure 6: Carte de l’occupation des sols dans la zone amont de la vallée d’Imnane
Source: SAS planet, image satellite ESRI Maps, Et travail de terrain.
Les cultures annuelles, y compris les pommes de terre, les tomates, les
oignons et d’autres plantes et les cultures céréalières telles que le blé et l’orge,
couvrent une superficie de 42,1 hectares. Les agriculteurs locaux les cultivent
pour la consommation humaine et leur bétail. Les cultures sont arrosées
en hiver et en été selon les besoins, en particulier le maïs. Les légumes sont
irrigués principalement en été. Les cultures annuelles sont concentrées dans
163
les zones de Talat n’Chaout, Tamgist et Tachdirt, qui disposent de grandes
terrasses et de parcelles sur le lit de l’oued.
Les arbres fruitiers (pommiers et cerisiers) ne couvrent qu’une petite
surface de 20,6 ha dans la zone étudiée, sont irrigués de mai à octobre.
L’État a fourni des plants en 1990 pour encourager les agriculteurs à passer à
l’arboriculture, mais l’implantation a été lente car les arbres ont dû attendre des
années pour porter leurs fruits. Cependant, ces dernières années, des familles
plus aisées ont commencé à construire un village à Amgdoul, à restaurer des
terrasses pour planter un grand nombre d’arbres fruitiers, accélérant ainsi
l’élan de plantation.
La vallée d’Ait Mizane est dominée par les noyers, les pommiers et les
cerisiers (Fig 7). Les noyers couvrent une superficie de 73,6 ha, principalement
répartis sur les versants. Ils sont irrigués d’avril à septembre pour la récolte des
noix. Ils étaient autrefois associés à l’orge destiné au bétail, mais cette pratique
tend à disparaître avec le déclin de l’élevage dans la vallée.
Les arbres fruitiers, principalement pommiers et cerisiers, occupent 49,5
ha dans la vallée d’Ait Mizane. Leur culture a commencé en 1988, et avec les
encouragements du gouvernement dans les années 90, elle est devenue l’une
des principales sources de revenus des agriculteurs de la vallée. Leur irrigation
se fait entre mars et juillet. La culture annuelle, autrefois extensive, ne couvre
plus que 2,7 ha, et comprend des céréales telles que l’orge, le blé et le maïs,
qui sont irriguées en hiver pour le blé et en été pour le maïs. L’avènement des
arbres fruitiers et du tourisme a porté un coup fatal au pastoralisme.
La vallée d’Ait Mizane offre un paysage arboricole dominé par les noyers,
les pommiers et les cerisiers (Fig 7). Les noyers couvrent une superficie de
73,6 ha, répartis sur les versants. Ils sont irrigués d’avril à septembre pour la
récolte des noix. Ils étaient autrefois associés à l’orge destiné au bétail, mais
cette pratique tend à disparaître avec le déclin de l’élevage dans la vallée.
164
Figure 7: Carte de l’occupation des sols à proximité d’Imlil dans la vallée d’Ait Mizane
Source: SAS planet, image satellite ESRI Maps, et travail de terrain.
165
Figure 8: Carte de l’occupation des sols dans la vallée d’Asni
Source: SAS Planet, image satellite ESRI Maps, Et travail de terrain.
166
versant du Rhéraya, les agriculteurs doivent faire preuve d’adaptabilité pour
faire face aux évolutions des apports en eau de surface.
La plaine du Haouz est dominée par des cultures annuelles; telles que
le blé dur, le blé tendre et l’orge, qui sont irriguées entre janvier et mars. Les
cultures sont alternées chaque année entre le blé et l’orge et le maïs qui peut
être semé après la récolte des autres céréales lorsque le climat est suffisamment
humide. Les oliveraies, couvrant 2268 ha, constituent un autre système de
culture majeur. Les arbres sont irrigués d’avril à juin et les annuelles sont
semées de décembre à janvier s’il pleut assez tôt. Certains agriculteurs ont
abandonné les arbres irrigués au profit de la diversification des cultures
couvertes, comme le maraîchage entre les lignes d’oliviers. Les parcelles
d’arbres fruitiers couvrent 42,1 ha et les besoins en eau importants de ces
arbres fruitiers indiquent leur localisation dans les partie supérieures des
séguias entre Bouhouta et Tahanaout.
167
2. Différents modes de partage de l’eau
168
de la superficie cultivée. Cette association se distingue de l’organisme local
traditionnel Jmâa, car il s’agit d’une structure imposée par l’Etat pour
promouvoir le développement rural. Elle est considérée comme le fondement
des zones montagneuses isolées et un moteur de développement social,
économique et hydraulique.
169
an, un effort de groupe pour nettoyer les canaux d’eau des sédiments qui
peuvent s’accumuler et provoquer des blocages. Les communautés s’adaptent
également aux pénuries d’eau en allongeant les tours d’eau et en utilisant des
sources supplémentaires pendant l’été.
Figure 11: Carte des séguias à proximité d’Imlil dans la vallée d’Ait Mizane
Source: SAS Planet, image satellite ESRI Maps.
170
La rive Ouest est alimentée par deux séguias, la targa Fokania et la
targa Tahtania. La gestion communautaire de la targa Fokania a diminué.
L’Ain Wanghadit et l’Ain Tagafayte sont les deux sources qui complètent la
targa Fokania, et 11 lignes se partagent l’eau pendant l’été. Une «répartition
interne» basée sur une «hiérarchie familiale» est également en place. Bien que
M. Guillaume ait repris la source Wanghadit pendant le Protectorat, les droits
ancestraux des agriculteurs ont été préservés après l’Indépendance. Cependant,
la majeure partie de l’eau de source a été acquise par la fille de Cheikh Asni,
après son retour des États-Unis, avec la complicité de proches.
Pendant que cela se produisait, la partie avale de la vallée n’avait pas assez
d’eau, ce qui a incité les propriétaires fonciers aisés à creuser plusieurs forages.
Cependant, cela a finalement conduit à une exploration excessive de la source
avec une baisse concomitante du niveau de la nappe phréatique, en particulier
pendant l’été. Des alternatives partiellement efficaces ont été utilisées, y
compris l’utilisation d’eaux usées traitées, mais à une échelle insuffisante.
171
Malgré un fonctionnement actuel satisfaisant, les irrigants gardent un
mauvais souvenir de la période du Protectorat et de la renégociation de leurs
droits à l’eau. Ces derniers ancestraux ont été reconnus en 1914, mais leur
évolution future a été bloquée, parce que les surplus d’eau réservés aux colons
ne sont pas accessibles aux Marocains.
Le barrage régulateur de Bouhouta a été construit pendant la période
coloniale pour contrôler la ressource en eau. Les agriculteurs marocains ont
résisté et ont volé de l’eau, forçant l’administration coloniale à agir pour
mobiliser plus d’eau. Des limitations ont été mises en place pour la séguia
Toug el Khir, utilisée de manière irrationnelle. Les autorités marocaines et
les notables collaborant avec les français ont bénéficié d’avantages en nature,
créant des conflits avec les habitants d’Azrou. Donc la gestion de l’eau est
politisée.
172
sont libres de partager l’eau comme ils l’entendent, d’organiser sa distribution
et son suivi, et de fixer le montant des cotisations. Des gardes d’eau appelés
«moujari» sont engagés par les AUEA pour entretenir les seguias et contrôler
le partage de l’eau. Différents modes de gestion de l’eau au sein de ces AUEA
sont actuellement représentés dans notre zone d’étude :
- Associations avec accès à l’eau sur demande: un amazzal est élu
par les adhérents et est chargé de répartir les parts d’eau allouées à l’AUEA.
Les parts sont organisées en ferdias (12 heures) et distribuées sur demande à
l’amazzal. Lorsque toutes les ferdias ont été distribuée, le tour d’eau se termine.
Les utilisateurs qui n’ont pas bénéficiés de ferdia, sont prioritaires pour le
prochain tour. Dans certaines AUEA, telle que l’association Talougart pour le
développement, la répartition est faite dans l’ordre d’arrivée des agriculteurs.
Lorsque les ressources en eau sont rares, Les ferdias peuvent être divisées entre
plusieurs mesrefs pour diminuer les temps d’irrigation et garantir à chacun un
accès minimum à la ressource.
En plus des cotisations annuelles, lors de l’attribution des parts d’eau,
les cotisations sont fixes en période normale et proportionnelles à la durée
d’irrigation en période de pénurie. Ce système est plus formel que dans les
zones de montagne: il y a une comptabilité, le partage est effectivement suivi,
et chaque usager ayant bénéficié d’une part d’eau recevant un justificatif. La
vente d’eau entre les adhérents est interdite, mais les parts peuvent leur être
cédées gracieusement ou vendues à d’autres associations. Ces échanges sont en
règle générale réalisés au souk, et sont ensuite rapportés aux moujaris et aux
responsables du partage au sein des AUEA.
- Les AUEA avec sous-gestion par une Jmâa: dans ces associations, le
président et l’amazzal ne sont pas vraiment reconnus, la Jmâa est le principal
acteur gérant la ressource. Cependant, ce modèle de gestion nécessite la
propriété des terres de Melk et exclut donc de nombreux agriculteurs de
khammès.
- Certaines AUEA privatisent l’eau et mettent en place des marchés.
Les ferdias, voire des tours d’eau entiers, sont vendus aux enchères ou à
l’amiable. Des droits d’eau permanents peuvent être achetés, mais les prix
peuvent être considérables. De plus, la rareté de l’eau est gérée en augmentant
les prix pendant les périodes de pénurie en raison de l’augmentation de la
demande et de la concurrence. Cette organisation capitaliste était rare et
source de nombreux conflits, car elle augmente les écarts de richesse entre les
grands propriétaires et les petits exploitants. Ces AUEA sont très «opposées»
par les agriculteurs car elles sont considérées comme injustes.(1)
173
Les droits d’eau actuels dans le Haouz sont hérités de la période du
Protectorat. Après l’indépendance, l’Etat a nationalisé les terres agricoles et
récupéré les droits d’eau, puis les a redistribués à des notables et des proches
du pouvoir. Cependant, les khammès et les employés agricoles sous les colons
ont également bénéficié de plans de remembrement. Les lots distribués ont
ensuite été organisés en coopératives, dont certaines existent toujours malgré
la menace de l’expansion de Marrakech. La distribution de l’eau dans ces
coopératives se fait à partir des anciens droits d’eau attribués aux colons pour
l’ensemble de la surface, l’irrigation s’effectuant à partir de dérivations de la
séguia Bachia et de bassins.
La persistance de ces droits d’eau coloniaux s’explique par l’évolution du
tracé des séguias et les travaux réalisés par le gouvernement colonial pendant
le protectorat. Les séguias qui s’étaient retirées de la vallée de la Rhéraya pour
approvisionner la plaine du Haouz voyaient leurs ougougs détruits et leurs
routes interrompues. Des aménagements ont été réalisés pour limiter les
vols d’eau, notamment en reconstruisant et bétonnant la séguia Bachia pour
amener l’eau vers les terres coloniales. Les séguias Tagouramt et Taouriket ont
été rattachées à la séguia Bachia, rendant les usagers dépendants de l’eau qui y
circule en restreignant l’accès des usagers à l’oued. Les agriculteurs marocains
se sont retrouvés totalement dépendants des infrastructures et des procédures
de partage de l’eau en amont, au niveau du barrage régulateur Bouhouta,
permettant aux autorités coloniales de contrôler la ressource.
VI. Conclusion
Le but de cette étude est d’examiner la gestion de l’eau dans le pays depuis
s l’indépendance. Il met en évidence les difficultés liées à la surexploitation des
eaux souterraines dans la plaine de Haouz, ainsi que la raréfaction de l’eau
superficielle. Les changements d’occupation du sol affectent également la
période d’irrigation estivale, nécessitant un dosage précis de l’eau dans chaque
zone d’étude. Le changement climatique est considéré comme la principale
cause de réduction de la disponibilité de l’eau, entraînant une baisse du débit
de l’oued.
Le texte met également en évidence l’impact de la colonisation sur la
gestion de l’eau, en particulier la marchandisation de la ressource. Le manque
de moyens financiers et humains pour la gestion de l’eau pose un réel problème,
et la coordination entre les institutions gouvernementales et les acteurs locaux
est difficile. Enfin, le développement économique et démographique est
considéré comme prioritaire, mais la volonté de faire évoluer la gestion de
l’eau dans une direction plus durable est évidente à tous les niveaux
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