0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
4 vues32 pages

-

Le document présente une étude sur la gouvernance et la gestion de l'eau dans le bassin versant du Rhéraya, mettant en lumière les transformations depuis l'ère du protectorat français jusqu'à aujourd'hui. Il souligne les défis liés à la pénurie d'eau, à l'intensification agricole et aux impacts du changement climatique, tout en appelant à une gouvernance adaptée aux spécificités locales. La recherche met également en avant la nécessité d'une collaboration efficace entre les différents acteurs impliqués dans la gestion de l'eau.

Transféré par

Rida Kassa
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
4 vues32 pages

-

Le document présente une étude sur la gouvernance et la gestion de l'eau dans le bassin versant du Rhéraya, mettant en lumière les transformations depuis l'ère du protectorat français jusqu'à aujourd'hui. Il souligne les défis liés à la pénurie d'eau, à l'intensification agricole et aux impacts du changement climatique, tout en appelant à une gouvernance adaptée aux spécificités locales. La recherche met également en avant la nécessité d'une collaboration efficace entre les différents acteurs impliqués dans la gestion de l'eau.

Transféré par

Rida Kassa
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Titre: HISTOIRE ET DYNAMIQUES SOCIALES

Mélanges en l’honneur du professeur Hassan HAFIDI ALAOUI


Coordination: Mohamed RABITATEDDINE et Mohamed ELAKLAA
Publication: Laboratoire des Etudes sur les Ressources, Mobilité et Attractivité -
LERMA - Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université
CADI AYYAD - Marrakech
Edition: 2024
Dépôt légal : 2024MO0741
ISBN: 978-9920-8894-0-7
Conception et impression: Bouregreg - Rabat
Sommaire

Abdelmajid KADDOURI
Les usages de la violence dans l’histoire 9

Hassan BENHALIMA
Peuplement, Igoudars et éclosion du fait urbain dans
l’Anti-Atlas occidental: Le cas du centre d’Aït Baha 19

Quentin WILBAUX et Samir AIT OUMGHAR


Marrakech: Le premier minaret almohade de Marrakech 41

Mohamed RABITATEDDINE
Recherches archéologiques à Marrakech: Notes de lecture 57

Bouazza BENACHIR
Revisiter l’Afrique(S) et l’Ailleurs à partir des Suds :Propos liminaires sur la
décolonisation écosophique 109

Khalid BEN-SRHIR Et Lahoucine AAMMARI


Cultural Geography Discourse in Friedrich Gerhard Rohlfs’s Journey to the
Oases of Draa and Tafilalet 119

Rachid El HOUR
Reflexiones acerca del cadiazgo de Huesca entre finales del periodo de taifas
hasta la conquista de Pedro I en 489/1096 135

Miloud OUCHALA, Abdeljalil LOKRIFA, Bouchra OUBAKHA et Aicha FADIL.


Gouvernance et gestion de l’eau dans le bassin versant du Rhéraya (Haut Atlas
occidental) 147

7
Gouvernance et gestion de l’eau
dans le bassin versant du Rhéraya (Haut Atlas occidental)

(1)
Miloud OUCHALA,(*) Abdeljalil LOKRIFA,(*)(2)
(3)
Bouchra OUBAKHA(*)et Aicha FADIL.(*)(4)

Abstract
The Rhéraya water catchment (Western High Atlas) is characterized by a wide variety
of actors involved in water governance and management. These dynamics have undergone
significant transformations since the era of the French Protectorate in Morocco during the
1920s. The alteration of longstanding water rights, the refurbishment and construction
of numerous hydraulic structures, along with the implementation of contemporary
agricultural policies, continue to exert influence on contemporary water and agricultural
management. Following Independence, the establishment of water governance in 1995
ushered in a new legal framework and the emergence of various actors operating at
different levels, from the catchment area to urban centers. However, these new participants
encountered mixed results as they endeavored to collaborate in addressing issues ranging
from decentralized water management to economic development and climate-related
challenges. To tackle these complexities, local water management institutions must adapt
to the evolving climatic, economic, and social landscape.
Keywords: Water, Management, Governance, Agriculture, Rhéraya water
catchment, Climate.

******

I. Introduction
Le bassin versant de l’oued Rhéraya, est confronté à une pénurie d’eau,
qui menace les populations locales et les activités économiques. Les pratiques
agricoles intensives, la croissance démographique et le changement climatique

(*) Laboratoire des Etudes sur les Ressources, les Mobilités et l’’Attractivité, UCA, FLSH,
Marrakech.
(*) Laboratoire des Etudes sur les Ressources, les Mobilités et l’’Attractivité, UCA, FLSH,
Marrakech.
(*) Structure de recherche: Environnement, Sociétés, Territoires, UIT, FSHS, Kenitra.
(*) Laboratoire de Géomorphologie, Environnement et société, UCA, FLSH, Marrakech.

147
sont les principales causes de cette raréfaction de la ressource. Les tensions et
conflits actuels sont liés à l’histoire du pays, notamment durant la période
du protectorat français au Maroc, où l’administration coloniale française a
remis en cause les pratiques locales. Depuis l’Indépendance, l’Etat marocain
a instauré une politique d’intensification de l’agriculture et de mobilisation
accrue de l’eau via la démocratisation des barrages et des forages. Cependant,
la gouvernance de l’eau est fragmentée, avec de multiples acteurs opérant à
différentes échelles et des règles de partage de l’eau fortement ancrées dans les
traditions locales. La gestion participative de l’eau est inégale à l’échelle du
bassin versant, en particulier dans les domaines de l’approvisionnement en
eau potable et de l’assainissement.
La gouvernance et la gestion de l’eau au Maroc est fragmentée et
rencontre de nombreuses difficultés. Il est donc essentiel de mettre en place
une gouvernance efficace au niveau national et local, adaptée aux spécificités
culturelles, économiques et environnementales. Pour relever ces défis, il est
important de comprendre les origines et les facteurs de la gestion actuelle de
l’eau dans le bassin versant du Rhéraya, en étudiant les succès et les échecs
depuis 1920 à nos jours.

II. Caractéristiques des zones d’étude


Les zones sélectionnées pour cette étude font partie du sous bassin de
Rhéraya qui lui-même situé dans le bassin versant de Haouz-Mejjate.
Long de 84 km, le Rhéraya prend sa source dans le Haut-Atlas à 3763
mètres d’altitude et se jette dans l’Oued Tensift au niveau de la commune
de Saada à une altitude de 420 m.(1) Le bassin versant de l’oued Rhéraya est
délimité par l’Oued Tensift au Nord ainsi que par le massif montagneux des
jebilat, les sous bassins du N’fis à l’Ouest, de l’Issyl et de l’Ourika à l’Est, et
enfin par la chaîne montagneuse du Haut-Atlas au Sud (Fig.1).
Le sous bassin du Rhéraya s’étend sur une superficie de 421 km² avec
une longueur de 106, une largeur de 8 km de large et un périmètre de 219
km. La pente moyenne du cours d’eau principal est de 3,9%, avec des pentes

(1) AHT GROUP et AG-RESING, «Atlas du Bassin de Haouz-Mejjate - Sous bassin de


Reraya.» (Atlas du Bassin de Haouz-Mejjate, (2016), 122.

148
plus importantes dans la partie amont (11,3%) et du piedmont (2,17%).(1)

Figure 1: La localisation du bassin de Rhéraya.

1. Géologie
Les terrains traversés par le Rhéraya partent d’un socle de granites et de
granodiorites érodés en amont, avant de traverser des grès, argiles et calcaires
issus des ères tertiaire et secondaire, en majorité du Trias et du Crétacé.(2) Les
dépôts quaternaires retrouvés au niveau de la plaine du Haouz sont issus de
l’érosion de l’Atlas.(3)

2. Pédologie
La plaine du Haouz, située à proximité de l’oued Rhéraya, est caractérisée
par des sols fersiallitiques(4) typiques des milieux méditerranéens. Ces sols
argileux rougeâtres sont sensibles à l’érosion par le vent et l’eau et leur couleur

(1) AHT GROUP et AG-RESING, «Atlas du Bassin de Haouz-Mejjate - Sous bassin de


Reraya» Atlas du Bassin de Haouz-Mejjate, (2016), 122.
(2) AHT GROUP et AG-RESING, «Atlas du Bassin de Haouz-Mejjate,» (2016).
(3) Agence de Bassin Hydraulique du Tensift,» La nappe phréatique du Haouz-Mejjate»
(2008). [en ligne]. Disponible sur: [Link] [Link]/menu/nos-ressources-en-
eau/eaux-souterraines/[Link].
(4) AHT GROUP et AG-RESING, «Atlas du Bassin de Haouz-Mejjate, 2016.

149
est due à la présence de fer. Ils laissent la place à des sols de piémont sur des
formations tertiaires juste en amont de Tahanaout. Des rendosols sont aussi
présents entre Tahanaout et Asni et accompagnent en général des couches
calcaires. Caractérisés par leur jeune âge, ils sont également peu profonds et
riches en humus et en matière organique.(1) Enfin, les zones d’altitude sont
caractérisées par des sols squelettiques peu évolués du fait des températures
basses,(2) des sols sableux et des sols bruns argileux.

3. Climat
Le climat de la plaine du Haouz est de type semi-aride, tandis que la
zone montagneuse bénéficie d’un climat semi-aride à humide avec des hivers
frais (Fig.2). La pluviométrie moyenne enregistrée entre 1975 et 2013 est de
376 mm à Tahanaout (comprise entre 199 et 634 mm entre l’été et l’hiver),
alors qu’elle est plutôt de 464 mm en montagne.(3) Le bassin du Rhéraya est
sujet à des intempéries orageuses en fin d’été et en hiver, typiques des climats
méditerranéens et arides, de forte intensité et de durée souvent inférieure à
une heure.(4)

Figure 2: Répartition des évènements pluvieux selon leur durée en milieux semi-aride et tempéré.
Source: Chaponnière, 2005, d’après Güntner, 2002.

(1) BEAUCHAMP, J., Les principaux types de sols [en ligne]. Université de Picardie Jules
Verne, disponible sur: [Link] (2006).
(consulté le 20/08/0218)
(2) CHAPONNIERE, A., «Fonctionnement hydrologique d’’un bassin versant montagneux
semi aride-Cas du bassin versant du Rehraya (Haut Atlas Marocain).» Mémoire de thèse
d’’Hydrologie et Télédétection (Paris-Grignon: Institut National Agronomique, (2005), 179p
(3) ABHT GROUP et AG-RESING, «Atlas du Bassin de Haouz-Mejjate,» (2016).
(4) CHAPONNIERE, A., [Link]. (2005).

150
4. Ressource en eau souterraine

La principale réserve d’eau souterraine dans notre zone d’étude est la


nappe du Haouz-Mejjate située dans la plaine du Haouz. Située dans un
bassin de sédimentation tectonique issu du soulèvement de l’Atlas, cette
nappe phréatique couvre une surface de près de 6000 km², pour une largeur
moyenne de 40 km. En règle générale, la surface libre de cette nappe, au sud
du canal de Rocade, se situe à 30 m de profondeur, avec des remontées jusqu’à
5 à 10 m de profondeur sous les cours d’eau.(1)
Toutefois, le bilan de la nappe est déficitaire du fait du développement
des activités agricoles, en particulier au niveau des périmètres de grande
hydraulique comme la plaine du N’Fis ou du secteur Tessaout Amont.(2) Le
rabattement de la nappe est d’autant plus drastique que la saison estivale est
sèche, la baisse des apports en eau de pluie étant couplée à des prélèvements
via les forages plus importants.(3) Il faut cependant noter que le nombre de
puits et de forages dans la zone d’étude est limité, la majorité d’ouvrages étant
situés en aval du canal de Rocade.(4) Par le passé, la ressource en eau souterraine
était mobilisée par des khettaras (Fig.3).(5)

(1) Agence de Bassin Hydraulique du Tensift, «La nappe phréatique,» (2008).


(2) LIMAM, N., date non spécifiée. Perspectives de développement des ressources en eau dans
le bassin du Tensift. Agence de Bassin Hydraulique du Tensift, séminaire, 34p
(3) ABOURIDA, A., ERROUANE, S., LEDUC, C., CHEHBOUNI, G., «Impact de la
modernisation agricole sur l’’évolution piézométrique de la nappe phréatique du Haouz,»
(Maroc central) (2007).. D’’après: Ali Hammani, Marcel Kuper, Abdelhafid Debbarh.
Séminaire sur la modernisation de l’’agriculture irriguée, Rabat, Maroc. IAV Hassan II
(2004), 9p
(4) ABHT GROUP et AG-RESING, «Atlas du Bassin de Haouz-Mejjate,» (2016).
(5) ABHT, La nappe phréatique du Haouz-Mejjate, [Link]. (2008).

151
Figure 3: Schéma de fonctionnement d’une khettara . (Source: Polin, C., 2010 ; http://
[Link]/ albums/systèmes d’irrigation traditionnels au Maghreb).

La plaine du Haouz regroupait 130 khettaras pour près de 5000 km


de galeries au début du 20ème siècle. Ces ouvrages se sont progressivement
asséchés au cours des dernières décennies (AEP Marrakech Banlieue, date non
spécifiée.(1) La seule khettara du Haouz encore productive de nos jours est
située au niveau de la commune d’Akrich et est alimentée par les infiltrations
d’eau depuis la séguia Talougart.(2) La recharge de la nappe s’effectue par
l’intermédiaire de l’infiltration des eaux d’irrigation ainsi que lors des crues des
oueds du Rhéraya, du N’Fis, du Chichaoua, du Zat, de l’Ourika et du R’Dat.(3)
La mise en eau de certains périmètres de grande hydraulique via des barrages,
comme pour la rive droite du N’Fis, a permis de limiter le rabattement lié aux
forages et a même entraîné des remontées localisées du plafond de la nappe.(4)
La zone de montagne bénéficie d’une capacité de stockage limitée. En
effet, la faible épaisseur de sol et la présence d’un socle granitique, possédant
un coefficient d’emmagasinement, une porosité et une perméabilité faibles,(5)

(1) ABHT, La nappe phréatique du Haouz-Mejjate, [Link]. (2008).


(2) RUF, T., KLEICHE, M., «Les eaux d’’irrigation du Haouz de Marrakech: un siècle de
confrontations des modèles de gestion publics, privés et communautaires.» Echogéo 43,
(2018) 43p.
(3) Agence de Bassin Hydraulique du Tensift, «La nappe phréatique du Haouz-Mejjate» (2008).
(4) ABOURIDA, et al., «Impact de la modernisation agricole» (2007).
(5) BEAUCHAMP, J., Les principaux types de sols, [Link]. (2006).

152
ne favorise pas l’apparition de nappes dans les zones de haute altitude de
l’Atlas. Le ruissellement y est important, avec une concentration des eaux
au niveau de l’oued. Il faut toutefois noter la présence, au niveau de la vallée
d’Asni, d’un aquifère relativement productif correspondant à la nappe alluviale
située à la sortie des gorges, en aval du douar Moulay Brahim,(1) et traduisant
la présence d’écoulements souterrains proches de la surface.(2)

5. Détermination des zones d’étude


Quatre zones d’étude ont été sélectionnées pour réaliser notre examen
des modes de gestion et de gouvernance de l’eau (Fig.4) :
-L’amont de la vallée d’Imnane, du village d’Ikis au village de
Tachdirt, entre 2000 et 2500 m d’altitude, a été identifié comme zone
d’étude intéressante en raison de son faible développement économique.
En effet, cette vallée constitue une sorte de «retour vers le passé,» et plus
précisément vers les pratiques agricoles et les modes de gestion de l’eau en
zone montagneuse en vigueur avant l’essor du tourisme à Imlil. Le tourisme
n’est qu’une activité annexe, une source de revenus supplémentaires dont
peu d’habitants bénéficient. A l’inverse, l’agriculture, régie par des règles
séculaires notamment pour le partage de la ressource, reste la source principale
de revenus des populations locales, avec une partie significative centrée sur
les cultures vivrières consommées sur place. Les douars étudiés pendant ce
travail sont, de l’aval vers l’amont: Ikis, Tinghorin, Talat n’Chaout, Tamgist,
Ouanskra et Tachdirt.
- La seconde zone d’étude est constituée d’Imlil et des communes
environnantes, situées à 1500 mètres d’altitude dans la vallée d’Ait Mizane.
Auparavant centrées autour des activités agricoles avec un partage d’eau
selon des droits séculaires, elles se caractérisent par un essor fulgurant du
tourisme au cours des dernières décennies. Le développement du tourisme
a foncièrement bouleversé les dynamiques économiques de cette vallée
située sur le chemin du Toubkal. Ce périmètre a donc naturellement
été sélectionné pour étudier, dans ce contexte de la demande en eau, les
changements dans la gestion de l’eau.

(1) ONEE-Eau, comm. pers., 13 juillet 2018.


(2) STIRNEMANN, «Rapport sur le cours de l’’oued Reraya.» Archives de l’’ORMVAH,
(1932), 3p; TANOUTI, O., La Gestion Intégrée des Ressources en Eau à l’’épreuve du bassin
versant. –– Cas du bassin du Tensift au Maroc. Thèse de Géographie humaine, économique
et régionale, Université Paris Nanterre, (2017), 399p.

153
- Le choix de la troisième zone d’étude, située dans la vallée d’Asni, à
environ, 1200 mètres d’altitude, a deux justifications:
* elle présente un développement exceptionnel au niveau de
l’arboriculture.
* elle est par ailleurs l’une des rares zones du bassin versant de l’oued
Rhéraya, à avoir été directement influencée par la colonisation
française dont la majorité des colons étant restés dans la plaine et
le piémont. La vallée d’Asni rassemble ainsi des pratiques héritées
de la période du Protectorat, tout en conservant une gestion
ancestrale de l’eau. C’est également au sein de cette vallée que
deux affluents, l’oued Imnane et l’oued Ait Mizane se rencontrent
pour donner naissance à l’oued Rhéraya à proprement parler.

Figure 4: Localisation des quatre zones d’études retenues (1: Tahanaout, plaine du Haouz; 2: Vallée
d’Asni; 3: Vallée d’Ait Mizane; 4: Vallée d’Imnane).

154
- La dernière zone se situe au niveau de la plaine du Haouz et concerne
le tronçon de l’oued compris entre le barrage Bouhouta à la sortie des
gorges du Rhéraya et le canal de Rocade en aval. L’altitude moyenne est
de 500 m dans cette zone qui est caractérisée par une grande diversité
de pratiques en termes de gestion de l’eau: les agriculteurs, fédérés
pour la plupart en AUEA ou en coopératives, continuent pourtant
de favoriser les modes de gestion traditionnelle de l’eau, malgré une
histoire coloniale particulièrement importante.

III. Evolution du cadre légal de la gouvernance de l’eau dans le Rhéraya


Avant la colonisation étrangère, le Sultan et son Makhzen représentaient
l’autorité centrale au Maroc, malgré des conflits avec les tribus qui gouvernaient
de vastes territoires. Le droit coutumier prévalait qui implique la gestion de
l’eau par le biais de droits transmis de génération en génération. Les conflits
entre amont et aval étaient fréquents, car les notables et les représentants du
Makhzen en aval s’appropriaient souvent une partie de l’eau dans la montagne
pour garantir l’irrigation de leurs terres. L’établissement du Protectorat français
à partir de 1912 a eu un impact considérable sur la gouvernance et la gestion
de l’eau au Maroc.
Le dahir du 1er juillet 1914 et le dahir du 8 novembre 1919 sont les
actes fondateurs des politiques nationales de l’eau au Maroc, qui ont consacré
la domanialité des eaux de surface libres de droits coutumiers. Cela a permis
à l’Etat marocain, alors sous contrôle français, d’attribuer des droits d’eau
aux colons tout en conservant les mêmes droits d’eau anciens des Marocains.(1)
Le soutien juridique et institutionnel de l’administration coloniale, la
construction de canaux irriguant des terres coloniales, et la démocratisation
des pompes ont permis aux colons de valoriser des territoires en difficulté. Ces
mesures reflètent un changement fondamental dans la perception de l’eau, qui
est désormais considérée comme une ressource à disposition de l’Etat.
Après l’Indépendance, la gestion de l’eau au Maroc a été régie par le
dahir du 1er juillet 1914, qui consacrait la propriété de l’État sur les eaux

(1) PASCON, P., Le Haouz de Marrakech (Tanger: Editions Marocaines et internationales,


(1983), 693p; LIHYAOUI, M., La gestion durable des ressources en eau au Maroc: cas de
l’’eau d’’irrigation dans le Haouz de Marrakech. Etat d’’avancement de Thèse «d’’Economie,
gestion et droit,» Université Cadi Ayyad, (2017), 43p.

155
de surface libres de droits coutumiers, et le dahir du 8 novembre 1919, qui
a étendu cette propriété aux eaux souterraines. Les politiques nationales de
l’eau ont été centrées sur l’intensification de l’agriculture et le développement
des infrastructures hydrauliques, avec la création de l’Office National de
l’Irrigation (ONI) en 1960. Cependant, en 1965, l’Office de Mise en Valeur
Agricole (OMVA) a remplacé l’ONI, avec une décentralisation vers les
Offices Régionaux de Mise en Valeur Agricole et les Directions Régionales et
Provinciales de l’Agriculture (DRA et DPA). La gestion des terres coloniales
et de l’eau a été décentralisée vers la Préfecture de Marrakech pour le bassin
versant du Rhéraya.
Au Maroc, la politique de l’eau a changé radicalement à partir du plan
triennal de 1965-1967, avec l’accent mis sur la construction de barrages pour
l’irrigation des terres agricoles. Le roi Hassan II a lancé un grand projet en
1967 pour irriguer un million d’hectares en année 2000. Cependant, les zones
comme le bassin du Rhéraya ont été peu concernées par ces mesures. Dans
les années 1980 et 1990, des aléas climatiques extrêmes ont dévasté le secteur
agricole, entraînant une prise de conscience environnementale et la nécessité
de rationaliser l’utilisation de la ressource en eau. L’État a rencontré des
difficultés financières importantes en raison de la participation financière plus
faible que prévue des usagers aux investissements agricoles. Le développement
des aménagements hydro-agricoles a été ralenti et l’État a préféré encourager
les investissements privés.
La loi 02-84 de 1991 a permis la création des Associations d’Usagers de
l’Eau Agricole pour encadrer la gestion de l’eau à l’échelle locale et remplacer
les institutions traditionnelles. Cependant, les résultats n’ont pas répondu
aux attentes d’un grand nombre d’usagers qui se tournent à nouveau vers les
schémas traditionnels.
L’année 1995 marque un tournant dans la gestion de l’eau au Maroc.
Les dahirs de 1914 et de 1925 ne sont plus adaptés au développement socio-
économique du pays ni au contexte climatique. Aussi une réforme générale
ambitieuse de la gouvernance de l’eau à l’échelle nationale est-elle promulguée.
La loi 10-95 du 15 juillet 1995 redéfinit le cadre légal de la politique de
l’eau en s’inspirant du modèle français.(1) Elle se base également sur plusieurs

(1) CHAOUNI, 2013, cité par TANOUTI, «La Gestion Intégrée des Ressources en Eau,»
(2017).

156
principes énoncés lors de la conférence de Dublin, notamment le fait que l’eau
soit considérée comme «une ressource renouvelable et fragile […] indispensable
à la vie, au développement et à l’environnement». Les éléments principaux de la
loi 10-95 sont les suivants :
- Assurer à tous les usagers de la ressource un accès suffisant à l’eau,
que ce soit en termes d’alimentation en eau potable ou dans le cadre
d’activités professionnelles.
- Favoriser une gestion participative de la ressource en impliquant tous
les usagers afin de mettre en place une planification souple, rationnelle
et efficiente.
- La domanialité des eaux de surface et souterraines, instaurée par les
dahirs de 1914 et 1925, est confirmée, et la protection de ce domaine
public hydraulique est une priorité, en termes de quantité comme de
qualité.
- La gestion de l’eau s’effectue à l’échelle du bassin versant, «l’espace
géographique naturel le mieux adapté pour appréhender et résoudre les
problèmes de gestion des ressources en eau, ainsi que pour réaliser une
solidarité régionale effective entre les usagers concernés par une ressource en
eau commune» (loi 10-95, 1995). Cette résolution s’inspire fortement
du modèle français et des principes énoncés pendant le Sommet de la
Terre à Rio en 1992.
- Le principe de la création d’une «administration adéquate de l’eau
permettant d’aider à la conception de l’utilisation et au contrôle des
opérations citées ci-dessus, en associant les pouvoirs publics et les usagers
à toute prise de décision relative à l’eau» (loi 10-95, 1995) est arrêté.
Il aboutit à la fondation des neuf Agences de Bassins Hydrauliques
marocaines (ABH). L’Agence de Bassin Hydraulique du Tensift
(ABHT) encadre la gouvernance et la gestion de l’eau dans le bassin
versant du Tensift dont le Rhéraya fait partie.
- Les usagers propriétaires de droits d’eau, que ces derniers soient antérieurs
à la période coloniale, issus de celle-ci ou acquis après l’Indépendance,
doivent les déclarer à l’ORMVA et à la DPA. Ils bénéficient pour ce
faire d’une période de cinq ans.

157
- Les actions des ABH sont déclinées à partir des Plans d’Aménagement
Intégré des Ressources en Eau (PDAIRE) qui permettent d’établir
le Plan National pour l’Eau (PNE) planifiant la gouvernance de la
ressource à l’échelle nationale. Les PDAIRE s’organisent autour de
différents axes(1):
• la détermination des prérogatives et des activités des ABH ;
• la comptabilité, les finances et la fiscalité ;
• le contrôle financier de l’Etat sur les entreprises publiques et autres
organismes.
De nouvelles institutions ont été créées, comme le Ministère de
l’environnement, mais la gestion de l’eau est toujours sous la responsabilité
du Ministère des Travaux Publics et du Ministère de l’Agriculture. Dans les
années 2000-2010, plusieurs projets ont été mis en place pour économiser et
valoriser la ressource en eau, en encourageant notamment le développement
de l’arboriculture. Des avancées ont également été réalisées dans le domaine
de l’assainissement, mais des problèmes persistent dans les zones rurales et
montagneuses. En 2016, la loi 36-15 a été introduite pour compléter la loi
10-95 en incluant de nouveaux concepts de gestion intégrée des ressources
en eau et en améliorant certains aspects administratifs de la gouvernance et
de la gestion.
La gouvernance de l’eau est également révisée avec des instances et des
conseils consultatifs créés pour clarifier les attributions et étudier les actions
proposées. Des efforts sont également consentis pour la mobilisation de
sources d’eau non conventionnelles. Cependant, malgré la coordination des
acteurs de la gouvernance de l’eau, des difficultés limitent l’efficacité de leurs
actions.

(1) MAAROUFI, M., «Etude de mise en place d’’un système de contrôle de gestion et
d’’évaluation des performances des agences des bassins hydrauliques (ABH) au Maroc,».
Rapport de synthèse, (2016), 44p.

158
IV. Les missions et les limites des acteurs de la gouvernance de l’eau

Figure 5: Les acteurs de l’eau au Maroc (Belghiti, 2008).

1. Les Instances de consultation


Les instances de consultation ont pour but de diriger et planifier la
gouvernance de l’eau au niveau central. Elles coordonnent l’action des autres
acteurs.
Le Conseil Supérieur de l’Eau et du Climat (CSEC), créé en 1981 suite à
la crise liée à la sécheresse des années précédentes, est présidé par le Premier
Ministre. Il a pour rôle d’examiner et de valider le (PNE) et des PDAIRE,
ainsi que de vérifier que les actions entreprises par les organismes décentralisés
sont conformes aux objectifs fixés dans le cadre législatif de la gouvernance de
l’eau. En outre, il participe à l’amélioration de la connaissance de l’évolution
du climat et de ses impacts sur la ressource en eau dans le cadre de la Stratégie
Nationale pour le Développement Durable.
Le Conseil National de l’Environnement (CNE): créé en vertu de la loi 10-
95, a pour mission principale la protection de l’environnement et la préservation
des ressources naturelles, incluant la gestion de leur qualité et la lutte contre
la pollution. Ses attributions intègrent également la protection contre les
catastrophes naturelles, l’amélioration des conditions de vie et l’intégration
des préoccupations environnementales dans le processus de développement
économique et social. Composé de représentants des administrations et
de consultants experts en développement durable, sa capacité d’action est
toutefois limitée à l’élaboration d’un inventaire annuel des problèmes

159
environnementaux dans le pays, ce qui révèle une limite dans la gestion des
problématiques de l’eau.
La Commission Interministérielle de l’Eau (CIE): Le CNE et le CSEC sont
coordonnés par la CIE, qui a une activité très irrégulière. Cette commission
semble empiéter sur les prérogatives des institutions qu’elle est censée
coordonner et peut créer des lourdeurs administratives. Les Commissions
Préfectorales ou Provinciales de l’Eau agissent à une échelle locale et visent à
organiser de manière plus opérationnelle l’action des communes pour limiter
la dégradation de la ressource en eau, notamment en menant des campagnes
publiques de sensibilisation. Elles sont composées à 50% de représentants
des organismes publics décentralisés de la gouvernance et de la gestion de
l’eau, et pour l’autre moitié de représentants des conseils communaux, des
assemblées préfectorales et provinciales, des chambres professionnelles et des
représentants des collectivités ethniques.

2. Les instances de planification et de décision sectorielle


Cette catégorie regroupe tous les Ministères qui interviennent plus ou
moins directement dans la gestion de l’eau: -le Ministère de l’Energie, des
Mines de l’Eau et de l’Environnement à travers son Secrétariat d’Etat Chargé
de l’Eau, -le Ministère de l’Intérieur, -le Ministère de l’Agriculture et de la
Pêche Maritime, -le Ministère des Finances, -le Ministère de la Santé.
D’autres ministères interviennent également dans le secteur de l’eau en
raison de leur impact sur la ressource et ses usages. Ainsi, les tarifs de l’eau
potable sont notamment déterminés par le Ministère de la Gouvernance
Générale qui les publie ensuite dans un bulletin officiel, les distributeurs
n’ayant en effet pas vocation à changer les prix au Maroc.
Par ailleurs, les prérogatives des ministères impliqués dans le
développement économique du Maroc impactent aussi le secteur de l’eau. Des
conflits d’usage peuvent ainsi découdre des projets d’urbanisation, touristiques
ou industriels ayant potentiellement une influence néfaste sur la ressource.
En pratique, les problématiques environnementales, notamment qualitatives,
sont considérées comme secondaires par rapport aux problématiques
économiques et démographiques, ce qui oblige les établissements publics de
gouvernance et de gestion l’eau comme les ABH à intervenir à posteriori. Les
problématiques liées à la dégradation de la ressource en raison de la croissance

160
démographique, de l’urbanisation ou de la pollution industrielle sont de ce
fait moins bien prises en charge et leur intégration à l’échelle des projets n’est
pas adaptée.

3. Les établissements publics dans le bassin versant du Rhéraya


L’Agence de Bassin Hydraulique du Tensift (ABH) est «un établissement
public, coté de la personnalité morale et de l’autonomie financière» (loi 10-
95, article 20). Les ABH ont été instituées en 1995 mais leur mise en place
s’est étalée sur 10 ans. Ce n’est qu’à partir de de 2005 que les neuf ABH du
Maroc ont véritablement pu assurer la totalité de leurs missions.
L’ABH du Tensift gère l’ensemble des sous-bassins constituant le bassin
versant du Tensift, dont celui du Rhéraya. Le territoire couvert est immense,
de l’ordre de 24800 km²; il s’étend sur 8 préfectures et provinces et concernait,
en 2004, une population de 2 723 097 habitants soit 9,11% de la population
totale du Maroc.(1) Le Conseil d’Administration des ABH se compose de
représentants de l’Etat (33%), de représentant des établissements publics
chargés de l’adduction d’eau potable, de l’assainissement, de l’irrigation et
de la production d’énergie (25%), et enfin de représentants des chambres
d’agriculture, de commerce, d’industrie, des AUEA et des collectivités
territoriales (42%).(2)
L’Office de Mise en Valeur Agricole du Haouz (ORMVAH) est «habilité à
promouvoir ou poursuivre dans sa zone d’action, les travaux de remembrement,
d’équipement du réseau d’irrigation et de drainage et, d’une façon générale,
les aménagements tendant à améliorer la productivité agricole» (décrets de
création de l’ORMVAH, 1966). C’est un organisme semi-public sous la
tutelle du Ministère de l’Agriculture. Il est habilité à collecter des redevances
liées à l’usage de la ressource en eau.
Bien que son périmètre d’action couvre plusieurs zones, l’ORMVAH
n’intervient dans le bassin versant du Rhéraya qu’à partir de la zone en
aval du douar de Moulay Brahim. Les interventions de l’ORMVAH sont
principalement liées à la réalisation de travaux pour bétonner des ouvrages

(1) Agence de Bassin Hydraulique du Tensift, (2015).


(2) HACHIMI, M., «Agences de Bassins Hydrauliques et gouvernance de l’’eau.» Présentation,
(2009), 47p.

161
hydrauliques comme des séguias ou des bassins, à l’organisation du suivi de
la qualité des eaux souterraines et à la gestion des droits d’eau et à l’arbitrage
des conflits qui y sont liés. Cependant, la reconnaissance officielle de certains
droits d’eau anciens est un point sensible car la majorité des détenteurs ne les
ont pas déclarés conformément à la loi. Les conflits liés aux droits d’eau ont
commencé à apparaître, ce qui rend la gestion encore plus difficile pour les
responsables de l’ORMVAH. La situation est également complexe en raison
de problèmes internes de communication au sein de l’Office.
La Direction Provinciale de l’Agriculture (DPA) de Marrakech couvre,
comme l’ORMVAH, une zone s’étendant au-delà des limites du bassin
versant du Rhéraya: à cheval sur les préfectures de Marrakech et du Haouz,
elle englobe les zones de montagne et de piémont, et gère notamment la partie
amont de l’oued Rhéraya, de sa source jusqu’à la commune de Moulay Brahim
(la totalité des informations présentées dans cette partie ont été obtenues lors
d’entretiens dans les locaux de la DPA de Marrakech).
Le rôle de la DPA de Marrakech, qui dépend de la Direction Régionale
de l’Agriculture et est sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche
Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts. Bien que la DPA
ne soit pas un établissement public chargé de la gestion de l’eau, elle participe
à la mise en place de projets de développement rural, de mise en place de
filières agricoles et de valorisation de la production. La DPA réalise également
des actions pour limiter les impacts des aléas climatiques et joue un rôle de
facilitateur de projets. Les actions de la DPA sont limitées par des contraintes
financières et de personnel. La DPA favorise également l’industrialisation des
terroirs, mais doit tenir compte de la qualité de l’eau pour un développement
économique durable.

V. La gestion communautaire de l’eau au niveau des périmètres irrigués


du bassin versant du Rhéraya

1.L’occupation des sols

1.1. La vallée d’Imnane: système de culture de montagne très traditionnel


Nous avons divisé les systèmes de culture dans la vallée d’Ait Mizane en
trois groupes principaux. Ils sont en effet caractéristiques de la dynamique
agricole spécifique de cette vallée. A noter que ces pratiques étaient pratiquées

162
dans la vallée des Ait Mizane il y a une vingtaine d’année. Les systèmes de
culture établis sont les noyers, les cultures annuelles et les arbres fruitiers
(fig. 6).
La zone étudiée est la vallée d’Imnane compte 53 hectares de noyers,
principalement dans la partie aval bénéficiant de températures clémentes et
de moins de chute de neige. De 1980 à 1985, avec la distribution de plants
par l’Etat, la culture des noyers s’est accélérée, mais mieux utiliser des espèces
d’arbres indigènes adaptées aux conditions climatiques montagneuses. Si
l’hiver est doux, les noyers sont irrigués de mois de mai au mois d’octobre, car
les chutes de neige peuvent perturber la production de noix qui constitue le
pilier économique de la vallée, car les noix ont une valeur de revente élevée.
Les cultures annuelles sont rarement associées aux noyers, à l’exception de
l’orge destiné au bétail, car leur croissance est perturbée par l’ombre.

Figure 6: Carte de l’occupation des sols dans la zone amont de la vallée d’Imnane
Source: SAS planet, image satellite ESRI Maps, Et travail de terrain.

Les cultures annuelles, y compris les pommes de terre, les tomates, les
oignons et d’autres plantes et les cultures céréalières telles que le blé et l’orge,
couvrent une superficie de 42,1 hectares. Les agriculteurs locaux les cultivent
pour la consommation humaine et leur bétail. Les cultures sont arrosées
en hiver et en été selon les besoins, en particulier le maïs. Les légumes sont
irrigués principalement en été. Les cultures annuelles sont concentrées dans

163
les zones de Talat n’Chaout, Tamgist et Tachdirt, qui disposent de grandes
terrasses et de parcelles sur le lit de l’oued.
Les arbres fruitiers (pommiers et cerisiers) ne couvrent qu’une petite
surface de 20,6 ha dans la zone étudiée, sont irrigués de mai à octobre.
L’État a fourni des plants en 1990 pour encourager les agriculteurs à passer à
l’arboriculture, mais l’implantation a été lente car les arbres ont dû attendre des
années pour porter leurs fruits. Cependant, ces dernières années, des familles
plus aisées ont commencé à construire un village à Amgdoul, à restaurer des
terrasses pour planter un grand nombre d’arbres fruitiers, accélérant ainsi
l’élan de plantation.

1.2. Le déclin annuel des cultures dans la vallée d’Ait Mizane

La vallée d’Ait Mizane est dominée par les noyers, les pommiers et les
cerisiers (Fig 7). Les noyers couvrent une superficie de 73,6 ha, principalement
répartis sur les versants. Ils sont irrigués d’avril à septembre pour la récolte des
noix. Ils étaient autrefois associés à l’orge destiné au bétail, mais cette pratique
tend à disparaître avec le déclin de l’élevage dans la vallée.
Les arbres fruitiers, principalement pommiers et cerisiers, occupent 49,5
ha dans la vallée d’Ait Mizane. Leur culture a commencé en 1988, et avec les
encouragements du gouvernement dans les années 90, elle est devenue l’une
des principales sources de revenus des agriculteurs de la vallée. Leur irrigation
se fait entre mars et juillet. La culture annuelle, autrefois extensive, ne couvre
plus que 2,7 ha, et comprend des céréales telles que l’orge, le blé et le maïs,
qui sont irriguées en hiver pour le blé et en été pour le maïs. L’avènement des
arbres fruitiers et du tourisme a porté un coup fatal au pastoralisme.
La vallée d’Ait Mizane offre un paysage arboricole dominé par les noyers,
les pommiers et les cerisiers (Fig 7). Les noyers couvrent une superficie de
73,6 ha, répartis sur les versants. Ils sont irrigués d’avril à septembre pour la
récolte des noix. Ils étaient autrefois associés à l’orge destiné au bétail, mais
cette pratique tend à disparaître avec le déclin de l’élevage dans la vallée.

164
Figure 7: Carte de l’occupation des sols à proximité d’Imlil dans la vallée d’Ait Mizane
Source: SAS planet, image satellite ESRI Maps, et travail de terrain.

1.3. La vallée d’Asni: domination de l’arboriculture


La vallée d’Asni présente diverses pratiques agricoles liées à une histoire
mouvementée dont l’empreinte demeure à ce jour. L’arboriculture de nombreux
arbres fruitiers différents domine le paysage (Fig 8). Comme la distribution de
toutes les espèces d’arbres ne pouvait être clairement déterminée, nous avons
choisi de mettre en évidence différents régimes d’irrigation pour identifier les
systèmes de plantation.
La vallée étudiée présente une dynamique géographique et historique
importante, avec 83,2 ha d’arbres fruitiers d’espèces différentes cultivés en
monoculture sur chaque parcelle. Ces terres étaient autrefois une colonie et
appartenaient à un certain «Guillaume» qui introduisit l’arboriculture sous
le Protectorat. Après l’indépendance, ses terres ont été récupérées par l’État
marocain, puis achetées en 2012 par la société Soldive et quelques particuliers
et ont depuis poursuivi une stratégie d’intensification agricole. Les arbres sont
irrigués avec un système d’irrigation goutte à goutte d’avril à octobre.

165
Figure 8: Carte de l’occupation des sols dans la vallée d’Asni
Source: SAS Planet, image satellite ESRI Maps, Et travail de terrain.

Les céréales, qui étaient autrefois cultivées dans la région, ont


complètement disparu, ne représentant qu’une petite partie de la superficie
totale cultivée (0,1 ha).
Ce bouleversement a été associé à l’adoption massive de l’arboriculture
par les agriculteurs d’Asni après l’indépendance dans les années 70. On
observe deux systèmes de culture différents: monospécifique (61,5 ha) et
plurispécifique (245,3 ha), tous deux irrigués en gravitaire entre les mois
d’avril et d’octobre, avec un pic de consommation en été. Une grande diversité
de fruits y est cultivée: agrumes, pommes, cerises, coings, poires, pêches et
amandes.

1.4. La plaine du Haouz en amont du canal de Rocade: le développement


des plantations en parallèle des céréales
Ce vaste espace est sans doute le périmètre de notre zone d’étude qui a
été le plus influencé par la période coloniale. Il regroupe en théorie plusieurs
systèmes de culture différents (fig. 9 et 10), mais se distingue par sa sensibilité
au climat: la surface totale cultivée et les cultures annuelles sélectionnées
varient avec la pluviométrie. Du fait de leur situation en aval dans le bassin

166
versant du Rhéraya, les agriculteurs doivent faire preuve d’adaptabilité pour
faire face aux évolutions des apports en eau de surface.

Figure 9: Carte de l’occupation des sols dans la


Figure 10: Carte de l’occupation des sols dans
plaine du Haouz.
la plaine du Haouz-Détail du périmètre entre
Source: SAS Planet, image satellite ESRI Maps,
Bouhouta et Tahanaout.
Et travail de terrain.

La plaine du Haouz est dominée par des cultures annuelles; telles que
le blé dur, le blé tendre et l’orge, qui sont irriguées entre janvier et mars. Les
cultures sont alternées chaque année entre le blé et l’orge et le maïs qui peut
être semé après la récolte des autres céréales lorsque le climat est suffisamment
humide. Les oliveraies, couvrant 2268 ha, constituent un autre système de
culture majeur. Les arbres sont irrigués d’avril à juin et les annuelles sont
semées de décembre à janvier s’il pleut assez tôt. Certains agriculteurs ont
abandonné les arbres irrigués au profit de la diversification des cultures
couvertes, comme le maraîchage entre les lignes d’oliviers. Les parcelles
d’arbres fruitiers couvrent 42,1 ha et les besoins en eau importants de ces
arbres fruitiers indiquent leur localisation dans les partie supérieures des
séguias entre Bouhouta et Tahanaout.

167
2. Différents modes de partage de l’eau

2.1. Gestion communautaire de la ressource dans la vallée d’Imnane


L’irrigation dans la vallée se fait uniquement par gravité, en utilisant l’eau
puisée et livrée aux parcelles via le réseau de ségias.
Parmi les différents systèmes d’irrigation utilisés dans les régions
montagneuses du Maroc, les séguias sont sous forme de canaux en terre ou en
béton qui collectent l’eau de l’oued et se connectent à des canaux secondaires
appelés mesrefs qui alimentent en eau des parcelles individuellement. Les
terrasses sont également utilisées pour augmenter la superficie des terres
arables, réduire l’instabilité des sols et l’érosion; et stocker de l’eau. Les
murs en pierres sèches des terrasses reflètent la lumière blanche, stimulent la
croissance des fruits et atténuent les effets des coups de froid en réchauffant
l’air ambiant. Des étangs sont également utilisés pour le stockage de l’eau, et
mieux contrôler les pratiques d’irrigation. Les seguias ont également un rôle
social en étant une source de divertissement pour les enfants et un lieu de
détente pour les gens en été.

2.1.1. Communes de Tachdirt, Tamgist, Talat n’Chaout et


Tinghorin
Le système communautaire de gestion de l’eau dans un village, dans
lequel les tours d’eau sont instaurés entre les lignées pour assurer un accès
égal à la ressource. L’eau est ensuite partagée entre les membres de chaque
lignée selon leurs surfaces possédées. Les tours d’eau sont renouvelés tous les
9 à 15 jours, avec une brèche possible en cas de sécheresse sévère. L’irrigation
se fait par inondation des parcelles, quelle que soit la culture. La gestion des
prélèvements se fait de manière communautaire par une assemblée villageoise
appelé la Jmâa, qui vérifie les droits ancestraux sur l’eau et arbitre les conflits
d’usage. Cette tradition orale est maintenue sans registre écrit, sachant que
les agriculteurs connaissent leurs droits et surveillent les irrigants qui les
précèdent pour éviter les conflits.

2.1.2. Commune d’Ouanskra


La gestion de l’eau à Ouanskra, où il n’y a plus de réglementation
après août. Les agriculteurs peuvent prélever de l’eau à leur guise pour le
reste de l’année, mais en été, l’Association supervise le partage en fonction

168
de la superficie cultivée. Cette association se distingue de l’organisme local
traditionnel Jmâa, car il s’agit d’une structure imposée par l’Etat pour
promouvoir le développement rural. Elle est considérée comme le fondement
des zones montagneuses isolées et un moteur de développement social,
économique et hydraulique.

2.1.3. Commune d’Ikis


Dans la communauté de Tinghorin, les habitants nomment un gardien
de l’eau pour superviser l’attribution de l’eau. La priorisation des candidatures
suit le principe du premier arrivé, premier servi. Cependant, les agriculteurs
dans le besoin ont la priorité. Cette communauté considère la solidarité comme
une valeur clé. Chaque douar est responsable de sa propre gestion de l’eau, et
il existe une règle tacite selon laquelle les territoires en amont dominent ceux
en aval. La communication entre les villages est peu fréquente. Pendant l’été,
les ressources en eau de la vallée d’Imnane peuvent être limitées en raison de
l’approfondissement localisé de la nappe alluviale. Mais les agriculteurs de
la région ont une manière ingénieuse de rationner l’eau disponible afin que
même les utilisateurs en aval en profitent. Étrangement, le village d’Ikis, situé
en aval de Tinghorin, n’a quasiment jamais connu de pénurie d’eau.

1.2. Gestion des séguias inter-villageoises dans la vallée d’Ait Mizane


Dans cette vallée, la gestion inter villageoise est prédominante en raison
des longues seguias qui parcourent le territoire. Deux seguias principales
existent, identifiées comme la targa Ouarghane et la targa Ait Souka (Fig.
11), du nom des villages qu’elles approvisionnent en dernier. Toutes deux
ont des ougougs situés à proximité du village d’Armed, la séguia Ouarghane
fournissant les ressources en eau pour le versant ouest, alors que séguia Ait
Souka alimente le versant Est. Les facteurs de relief et d’hydrologie de la vallée
dictent cette disposition, puisque le lit de l’oued Ait Mizane ne croise pas les
vallées Est et Ouest, réduisant leur accessibilité aux ressources.
La gestion communautaire de séguias est supervisée par les Jmâa, qui
sont des institutions locales chargées de l’entretien des différentes seguias.
Des protocoles de partage simples sont appliqués, mais ils sont également
adaptables pour répondre aux besoins locaux. Les habitants s’organisent en
tuisa, coopèrent pour entreprendre des canaux d’irrigation deux fois par

169
an, un effort de groupe pour nettoyer les canaux d’eau des sédiments qui
peuvent s’accumuler et provoquer des blocages. Les communautés s’adaptent
également aux pénuries d’eau en allongeant les tours d’eau et en utilisant des
sources supplémentaires pendant l’été.

Figure 11: Carte des séguias à proximité d’Imlil dans la vallée d’Ait Mizane
Source: SAS Planet, image satellite ESRI Maps.

Transformation des modes de gestion communautaire de la ressource: cas


de la vallée d’Asni
Les pratiques de gestion de l’eau agricole dans cette vallée varient
fortement entre les rives Est et Ouest de la Rhéraya, ainsi qu’en amont et en
aval. Les dynamiques sont fondamentalement distinctes les unes des autres
dans ces régions.
Les Jmâas gèrent l’irrigation des cultures monospécifiques de la rive Est,
par des seguias au goutte-à-goutte. Les droits d’eau diffèrent selon le clima,
avec une gestion communautaire similaire à celle de la vallée d’Imnane lorsque
l’approvisionnement en eau est rare. En cas d’assèchement des seguias pendant
l’été, une solidarité inter villageoise s’instaure, avec la possibilité d’avoir des
seguias provisoires en terre ou d’utiliser des puits collectifs ou privés. Les
propriétaires des forages ont le droit de refuser les contributions, et les puits
sont généralement destinés à alimenter des séguias spécifiques avec un ordre
de priorité.

170
La rive Ouest est alimentée par deux séguias, la targa Fokania et la
targa Tahtania. La gestion communautaire de la targa Fokania a diminué.
L’Ain Wanghadit et l’Ain Tagafayte sont les deux sources qui complètent la
targa Fokania, et 11 lignes se partagent l’eau pendant l’été. Une «répartition
interne» basée sur une «hiérarchie familiale» est également en place. Bien que
M. Guillaume ait repris la source Wanghadit pendant le Protectorat, les droits
ancestraux des agriculteurs ont été préservés après l’Indépendance. Cependant,
la majeure partie de l’eau de source a été acquise par la fille de Cheikh Asni,
après son retour des États-Unis, avec la complicité de proches.
Pendant que cela se produisait, la partie avale de la vallée n’avait pas assez
d’eau, ce qui a incité les propriétaires fonciers aisés à creuser plusieurs forages.
Cependant, cela a finalement conduit à une exploration excessive de la source
avec une baisse concomitante du niveau de la nappe phréatique, en particulier
pendant l’été. Des alternatives partiellement efficaces ont été utilisées, y
compris l’utilisation d’eaux usées traitées, mais à une échelle insuffisante.

1.3. Gestion de l’eau dans la plaine du Haouz en amont du canal de Rocade,


entre tradition et modernité
Dans la plaine du Haouz, La gestion de l’eau a connu un déclin marqué
qui a conduit à l’émergence d’institutions communautaires de gestion de
l’eau. De vastes périmètres entourant la plaine du Haouz sont alimentés par
plusieurs seguias produisant des PMH. En aval du barrage régulateur de
Bouhouta, le long de la rive ouest de la Rhéraya, se trouve la séguia de Toug
el Khir qui irrigue les zones comprises entre Bouhouta et Azrou tandis que la
séguia de Talougart s’étend sur sa périphérie ouest.
Deux Jmâas gèrent cette séguia inter villageoise. Le partage entre les deux
douars est basé sur les droits d’eau du Protectorat, en alternance toutes les
24 heures. Lorsque l’eau est rare, généralement à partir de juin, et sachant
qu’Azrou compte 70 ayants droits, chaque tour d’eau de 24 heures est divisé
en 10 tranches de 2 heures et demie et commence à 6 heures du matin. Les
cycles d’irrigation se font sur 14 jours, de l’amont vers l’aval. Les droits d’eau
ne sont plus appliqués en hiver et au printemps et les usagers peuvent prélever
de la ressource. Le vol d’eau est par ailleurs «accepté» lorsque les tours sont en
vigueur mais qu’elle reste abondante.

171
Malgré un fonctionnement actuel satisfaisant, les irrigants gardent un
mauvais souvenir de la période du Protectorat et de la renégociation de leurs
droits à l’eau. Ces derniers ancestraux ont été reconnus en 1914, mais leur
évolution future a été bloquée, parce que les surplus d’eau réservés aux colons
ne sont pas accessibles aux Marocains.
Le barrage régulateur de Bouhouta a été construit pendant la période
coloniale pour contrôler la ressource en eau. Les agriculteurs marocains ont
résisté et ont volé de l’eau, forçant l’administration coloniale à agir pour
mobiliser plus d’eau. Des limitations ont été mises en place pour la séguia
Toug el Khir, utilisée de manière irrationnelle. Les autorités marocaines et
les notables collaborant avec les français ont bénéficié d’avantages en nature,
créant des conflits avec les habitants d’Azrou. Donc la gestion de l’eau est
politisée.

Figure 12: Carte des séguias


majeures de la plaine du Figure 13: Carte des séguias
Figure 14: Schéma des séguias
Haouz majeures de la plaine du
de la vallée d’Asni.
Source: SAS Planet, image Haouz.
satellite ESRI Maps.

Associations Syndicales Agricoles Privilégiées (ASAP) ont été créées en


1925 pour aider à distribuer, contrôler et entretenir les réseaux de séguias et ainsi
réduire l’impact économique de l’entretien des infrastructures hydrauliques
sur les finances de l’État. Mais elles ont échoué. Aujourd’hui, les Associations
d’Utilisateurs d’Eau Agricole (AUEA) sont la principale institution de gestion
de l’eau à l’échelle des exploitations agricoles. Les membres de ces AUEA

172
sont libres de partager l’eau comme ils l’entendent, d’organiser sa distribution
et son suivi, et de fixer le montant des cotisations. Des gardes d’eau appelés
«moujari» sont engagés par les AUEA pour entretenir les seguias et contrôler
le partage de l’eau. Différents modes de gestion de l’eau au sein de ces AUEA
sont actuellement représentés dans notre zone d’étude :
- Associations avec accès à l’eau sur demande: un amazzal est élu
par les adhérents et est chargé de répartir les parts d’eau allouées à l’AUEA.
Les parts sont organisées en ferdias (12 heures) et distribuées sur demande à
l’amazzal. Lorsque toutes les ferdias ont été distribuée, le tour d’eau se termine.
Les utilisateurs qui n’ont pas bénéficiés de ferdia, sont prioritaires pour le
prochain tour. Dans certaines AUEA, telle que l’association Talougart pour le
développement, la répartition est faite dans l’ordre d’arrivée des agriculteurs.
Lorsque les ressources en eau sont rares, Les ferdias peuvent être divisées entre
plusieurs mesrefs pour diminuer les temps d’irrigation et garantir à chacun un
accès minimum à la ressource.
En plus des cotisations annuelles, lors de l’attribution des parts d’eau,
les cotisations sont fixes en période normale et proportionnelles à la durée
d’irrigation en période de pénurie. Ce système est plus formel que dans les
zones de montagne: il y a une comptabilité, le partage est effectivement suivi,
et chaque usager ayant bénéficié d’une part d’eau recevant un justificatif. La
vente d’eau entre les adhérents est interdite, mais les parts peuvent leur être
cédées gracieusement ou vendues à d’autres associations. Ces échanges sont en
règle générale réalisés au souk, et sont ensuite rapportés aux moujaris et aux
responsables du partage au sein des AUEA.
- Les AUEA avec sous-gestion par une Jmâa: dans ces associations, le
président et l’amazzal ne sont pas vraiment reconnus, la Jmâa est le principal
acteur gérant la ressource. Cependant, ce modèle de gestion nécessite la
propriété des terres de Melk et exclut donc de nombreux agriculteurs de
khammès.
- Certaines AUEA privatisent l’eau et mettent en place des marchés.
Les ferdias, voire des tours d’eau entiers, sont vendus aux enchères ou à
l’amiable. Des droits d’eau permanents peuvent être achetés, mais les prix
peuvent être considérables. De plus, la rareté de l’eau est gérée en augmentant
les prix pendant les périodes de pénurie en raison de l’augmentation de la
demande et de la concurrence. Cette organisation capitaliste était rare et
source de nombreux conflits, car elle augmente les écarts de richesse entre les
grands propriétaires et les petits exploitants. Ces AUEA sont très «opposées»
par les agriculteurs car elles sont considérées comme injustes.(1)

(1) Entretien avec des agriculteurs, mars 2018.

173
Les droits d’eau actuels dans le Haouz sont hérités de la période du
Protectorat. Après l’indépendance, l’Etat a nationalisé les terres agricoles et
récupéré les droits d’eau, puis les a redistribués à des notables et des proches
du pouvoir. Cependant, les khammès et les employés agricoles sous les colons
ont également bénéficié de plans de remembrement. Les lots distribués ont
ensuite été organisés en coopératives, dont certaines existent toujours malgré
la menace de l’expansion de Marrakech. La distribution de l’eau dans ces
coopératives se fait à partir des anciens droits d’eau attribués aux colons pour
l’ensemble de la surface, l’irrigation s’effectuant à partir de dérivations de la
séguia Bachia et de bassins.
La persistance de ces droits d’eau coloniaux s’explique par l’évolution du
tracé des séguias et les travaux réalisés par le gouvernement colonial pendant
le protectorat. Les séguias qui s’étaient retirées de la vallée de la Rhéraya pour
approvisionner la plaine du Haouz voyaient leurs ougougs détruits et leurs
routes interrompues. Des aménagements ont été réalisés pour limiter les
vols d’eau, notamment en reconstruisant et bétonnant la séguia Bachia pour
amener l’eau vers les terres coloniales. Les séguias Tagouramt et Taouriket ont
été rattachées à la séguia Bachia, rendant les usagers dépendants de l’eau qui y
circule en restreignant l’accès des usagers à l’oued. Les agriculteurs marocains
se sont retrouvés totalement dépendants des infrastructures et des procédures
de partage de l’eau en amont, au niveau du barrage régulateur Bouhouta,
permettant aux autorités coloniales de contrôler la ressource.

VI. Conclusion
Le but de cette étude est d’examiner la gestion de l’eau dans le pays depuis
s l’indépendance. Il met en évidence les difficultés liées à la surexploitation des
eaux souterraines dans la plaine de Haouz, ainsi que la raréfaction de l’eau
superficielle. Les changements d’occupation du sol affectent également la
période d’irrigation estivale, nécessitant un dosage précis de l’eau dans chaque
zone d’étude. Le changement climatique est considéré comme la principale
cause de réduction de la disponibilité de l’eau, entraînant une baisse du débit
de l’oued.
Le texte met également en évidence l’impact de la colonisation sur la
gestion de l’eau, en particulier la marchandisation de la ressource. Le manque
de moyens financiers et humains pour la gestion de l’eau pose un réel problème,
et la coordination entre les institutions gouvernementales et les acteurs locaux
est difficile. Enfin, le développement économique et démographique est
considéré comme prioritaire, mais la volonté de faire évoluer la gestion de
l’eau dans une direction plus durable est évidente à tous les niveaux

174

Vous aimerez peut-être aussi