Congo Note Pays
Congo Note Pays
du Congo
matamonam@[Link]
Adamon Mukasa NDUNGU
[Link]@[Link]
• En raison de la faiblesse des prix des matières premières La croissance économique devrait être positive en 2018 et 2019
et d’une diversification de l’économie limitée, la crois- et atteindre respectivement 2,2 % et 2,4 %, grâce à l’augmen-
sance s’est contractée davantage en 2017 à -3,4 % contre tation de la production pétrolière, au regain attendu du cours
-2,8 % en 2016, mais devrait rebondir à 2,2 % en 2018 et mondial du pétrole et aux progrès notables de secteurs comme
2,4 % en 2019. l’industrie manufacturière, les transports et les communications.
La mise en production du champ pétrolier Moho Nord en 2017
• Malgré des avancées notables dans la réduction de la
devrait faire passer la production pétrolière nationale de 90 mil-
pauvreté et l’amélioration significative des conditions de
lions de barils en 2017 à 117 millions en 2018.
vie de la population, la plupart des indicateurs de déve-
loppement humain du Congo restent faibles et néces-
Le Congo occupe la 135e place mondiale avec un indice de déve-
sitent des actions publiques urgentes.
loppement humain moyen de 0,592 en 2016 contre 0,591 en
• L’impact de l’amélioration des infrastructures sur le déve- 2015. Malgré une baisse constante du taux de pauvreté depuis
loppement économique du Congo a été limité par les les années 2000 (50,2 % en 2005 et 36 % en 2015), les inégalités
contraintes de financement et les problèmes récurrents au Congo restent parmi les plus importantes du continent, avec
de gestion. un coefficient de GINI estimé à 48,9 en 2011. Le chômage est un
défi majeur, surtout parmi les jeunes et les femmes (environ 30 %
chez les jeunes de 15-29 ans en 2016). Les taux de mortalité
infantile (33 décès pour 1 000 naissances vivantes) et maternelle
VUE D’ENSEMBLE (442 décès pour 100 000 naissances) restent élevés par rapport
aux pays ayant un niveau de revenu comparable.
La production réelle congolaise s’est de nouveau contractée en
2017, passant de -2,8 % en 2016 à -3,4 % en 2017. Fortement Ces dernières années, le Gouvernement a entrepris d’importants
dépendant des revenus pétroliers, dont les recettes d’exporta- travaux d’infrastructures publiques dans des secteurs à forte
tion représentent près de 75 % du PIB, le Congo a subi de plein valeur ajoutée. En 2017, il y a consacré environ 9 % de son PIB
fouet le choc pétrolier mondial. La baisse des recettes pétrolières (contre 28,1 % en 2016). Cette baisse tient à la forte crise de
a plongé le pays dans une profonde crise socio-économique et liquidité consécutive à la diminution des recettes pétrolières qui
entraîné un double déficit de la balance fiscale (5,1 % du PIB en a sérieusement ralenti le rythme de financement des projets d’in-
2017) et de la balance courante (42,8 % du PIB). Le taux d’infla- frastructure en 2017 et l’exécution de certains projets initialement
tion est estimé à -0,6 % pour 2017, contre 3,6 % en 2016. Ces approuvés. Enfin, le recours à l’emprunt pour financer certains
résultats sont largement inférieurs à la moyenne d’Afrique cen- projets d’infrastructure a augmenté le niveau de surendettement
trale, estimée à 0,9 % en 2017. du pays et le risque de défaut de paiement.
République du Congo
Taux de croissance du PIB réel par habitant -5,4 -6,0 -0,4 -0,3
2011 2016
Intermédiation financière, immobilier, locations, et activités de services aux entreprises 4,6 8,9
Autres services – –
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs 100,0 100,0
Source : Données des administrations nationales.
internationales de notation. Standard and Poors et Moody’s jus- s’est légèrement amélioré, passant de 0,564 en 2013 à 0,592 en
tifie cette dégradation par le risque élevé de défaut de paiement 2016. Bien que l’incidence de pauvreté ait diminué de 50,2 % en
sur ses euro-obligations et les problèmes de liquidité de plus en 2005 à 36 % en 2015, elle reste supérieure à celle des pays afri-
plus aigus du pays. Cette situation résulte de la chute des reve- cains comparables. Par ailleurs, malgré les énormes ressources
nus pétroliers et de la réduction des possibilités de financement naturelles du pays les niveaux élevés d’inégalités de revenu se
du Gouvernement, particulièrement au sein de la Banque des sont maintenus avec un indice de GINI passant de 47,3 en 2005
États d’Afrique Centrale (BEAC). à 48,9 en 2011. Des avancées notables ont été accomplies dans
le domaine sanitaire. L’espérance de vie à la naissance a pro-
Le Gouvernement a pris une série de mesures pour améliorer gressé, passant de 60,5 ans en 2010 à 64,1 ans en 2015, et est
le climat des affaires. Il a créé en 2014 un guichet électronique supérieure à la moyenne africaine (60 ans en 2015). Toutefois,
unique d’enregistrement d’entreprises regroupant l’ensemble malgré un engagement ferme de l’État pour améliorer la santé de
des informations et formalités relatives à la création d’entreprise. la population, certains indicateurs sont à des niveaux alarmants
Des séminaires et groupements de vulgarisation ont été organi- en raison des problèmes structurels et institutionnels. Il en est
sés dans le pays. Toutefois, le rang du Congo au classement de ainsi des taux de mortalité infantile et maternelle, de la prévalence
l’indice Doing Business n’a pas évolué entre 2016 et 2017 et le du VIH/SIDA, du niveau de malnutrition et du problème de retard
Congo classé au 179e rang reste l’un des dix pays africains les plus de croissance des enfants de moins de 5 ans. Enfin, les progrès
mal notés pour le climat des affaires. Des efforts supplémentaires du Congo pour améliorer l’efficacité de son système éducatif et
doivent être consentis pour réduire : le nombre des procédures développer son capital humain sont encourageants. L’accès à
(dix), le temps nécessaire pour créer une entreprise (49 jours), et l’éducation s’est amélioré à tous les niveaux de scolarité. L’offre
le coût de création d’entreprise (77,7 % du revenu par habitant). des services éducatifs s’est étendue aussi bien dans les zones
urbaines que rurales. Ces efforts doivent être poursuivis pour
À l’instar des indicateurs économiques, les indicateurs de déve- améliorer le taux d’apprentissage, particulièrement pour le pri-
loppement social du Congo ont insuffisamment progressé ces maire, le taux de déscolarisation et le taux brut de scolarisation
dernières années. L’indice de développement humain du pays au secondaire.
Total recettes et dons 30,3 40,7 30,4 32,3 31,7 33,0 43,7
Recettes fiscales 8,1 12,2 17,7 17,3 16,8 18,6 24,1
Recettes pétrolières 0,3 0,1 0,1 0,4 0,4 0,4 2,7
Total dépenses et prêts nets (a) 25,3 52,0 72,1 45,2 36,8 30,6 51,4
Dépenses courantes 14,2 15,9 21,7 25,5 23,4 20,8 14,0
Sans intérêts 12,6 15,7 20,9 22,4 20,3 20,3 13,7
Salaires et rémunérations 4,0 4,6 7,0 8,2 7,2 7,4 10,7
Intérêt 1,7 0,2 0,8 3,1 3,0 0,5 1,0
Dépenses d’investissement 11,1 36,1 50,5 19,7 13,5 9,8 14,6
POLITIQUE MACROÉCONOMIQUE L’année 2018 s’inscrit comme une année de reformes contrai-
gnantes pour assainir le secteur public et assurer une gestion
Politique budgétaire cohérente des recettes et dépenses publiques. Il s’agit notam-
Contrairement aux prévisions, les recettes publiques des trois ment de s’attaquer à la corruption, au renforcement des méca-
premiers trimestres 2017 se sont révélées inférieures de 52 %. nismes de contrôle des structures publiques, en particulier des
Les prévisions indiquent un déficit fiscal de 5,1 % du PIB en sociétés pétrolières publiques et des grands projets d’investisse-
2017 contre 12,9 % en 2016. La Loi de finances rectificative ment, et à la responsabilité des gestionnaires de fonds publics. Le
2017, adoptée en décembre 2017, a réduit de 44 % le budget Gouvernement a entamé des discussions avec le FMI sur ce sujet.
2017 en raison de l’écart important entre les prévisions de la Loi
de finances initiale et son exécution. Les difficultés de trésorerie Politique monétaire
ont contraint le Gouvernement à procéder à des mesures d’ajus- La politique monétaire du Congo est formulée et mise en œuvre
tement de ses dépenses pour assurer un rééquilibrage budgé- par la BEAC chargée de garantir la stabilité monétaire dans
taire, passant ainsi de 45 % du PIB en 2016 à 36,8 % en 2017. la zone franc CFA et d’assurer la parité entre le franc CFA et
Cette baisse a concerné essentiellement les dépenses d’inves- l’euro. Ces dernières années l’évolution des agrégats monétaires
tissement public qui ont diminué de plus de 45 % entre 2016 et du Congo a été influencée par la récession économique qui a
2017. Le Gouvernement a, par ailleurs, financé son déficit bud- entraîné une aggravation des tensions de trésorerie publique et
gétaire en recourant aux dépôts à la BEAC et aux tirages sur les une détérioration des comptes extérieurs à la suite de la chute
dépôts extérieurs de l’État, principalement en Chine. des cours des matières premières. La situation monétaire du
Congo s’est caractérisée par une baisse de la masse monétaire
L’année 2018 devrait voir un retour au surplus budgétaire (2,4 % de 15,4 % entre 2015 et 2016. Par ailleurs, la situation de l’État
du PIB) en raison d’une hausse anticipée de la production pétro- vis-à-vis du système monétaire s’est dégradée, passant d’une
lière de 50 000 barils supplémentaires par jour grâce à la mise en position nette créditrice à une position débitrice entre 2015 et
service du champ pétrolier de Moho Nord et à la stabilité espé- 2016. Toutefois, l’encours du crédit intérieur a augmenté de
rée des prix du pétrole. Toutefois, la Loi de finances 2018, anti- 74,8 % entre 2015 et 2016, atteignant 1 744 milliards de francs
cipe un déficit de trésorerie de l’ordre de 778 milliards de francs CFA et les concours bancaires à l’économie ont augmenté de 98
CFA (1,2 milliard d’euros), qui sera comblé d’une part par des milliards de francs CFA entre 2015 et 2016 pour atteindre 1 238
financements intérieurs ou un apport en excédent budgétaire, et milliards. En 2016, l’essentiel des crédits octroyés à l’économie
d’autre part par des financements extérieurs ou un apport des congolaise à court et moyen termes, représentaient respective-
bailleurs internationaux. ment 44,8 et 53,5 % du crédit.
Revenu des facteurs -9,6 -14,1 -10,7 -13,3 -10,5 -9,4 -11,0
Solde des comptes courants -14,2 -11,6 -42,9 -70,1 -42,8 -27,2 4,6
Source : Données des administrations nationales ; estimations (e) et prévisions (p) basées sur les calculs des auteurs.
Les pressions inflationnistes de 2016 se sont estompées en principaux partenaires commerciaux du Congo en 2017 sont
2017 et l’inflation annuelle congolaise est passée de 3,6 % en non africains (Chine, France, Australie, Italie, Émirats arabes unis
2016 à -0,6 % en 2017 contre 10,1 % au niveau sous-régio- et États-Unis). Les flux commerciaux avec les pays de la zone
nal. Pour stabiliser les prix et relancer la production dans la zone CEMAC restent très faibles et représentent en moyenne moins
CEMAC, la BEAC a décidé de revaloriser son taux directeur de de 5 % ces dernières années. La concrétisation de la libre cir-
2,45 à 2,95 % en 2017. La Banque communautaire cherche culation des biens et des personnes dans l’espace CEMAC en
ainsi à freiner la sortie des capitaux de la zone CEMAC qui fait 2017 devrait stimuler le commerce de cette zone.
face à d’énormes difficultés de trésorerie à la suite de la baisse
des cours mondiaux du pétrole brut. La baisse du niveau d’infla- L’amélioration du climat des affaires, la création de l’agence
tion constatée en 2017 devrait se poursuivre en 2018 pour s’éta- de promotion des investissements et l’implantation des zones
blir à -0,8 %, niveau largement supérieur au critère de conver- économiques spéciales comme celle de Pointe-Noire prévue en
gence de 3 % de la zone CEMAC fixée en 2017-2018. 2018 sont autant des signaux forts visant à accroître les inves-
tissements étrangers directs (IDE) dans le pays dont les flux nets
Coopération économique, intégration régionale ont représenté 25,6 % du PIB en 2017. Toutefois, la quasi-tota-
et commerce lité des flux des IDE vers le Congo est concentrée dans le sec-
L’économie congolaise est essentiellement tournée vers l’exté- teur pétrolier. La diversification de l’économie au-delà du secteur
rieur. L’industrie manufacturière étant peu développée, le Congo pétrolier devrait constituer l’une des priorités du Gouvernement.
importe la quasi-totalité des biens dont il a besoin. Les exporta-
tions congolaises reposent fortement sur la production pétrolière Politique de la dette
(59 % du PIB et 90 % des recettes d’exportation en 2017) en Les proportions inquiétantes de la dette publique congolaise en
raison d’une diversification économique très faible. Les échanges 2017 amènent les bailleurs de fonds à s’interroger sur la solva-
commerciaux des biens et services ont représenté plus de bilité du pays et la viabilité de sa dette qui a atteint 110 % du
135 % du PIB en 2017 alors que les exportations et importations PIB (9,4 milliards de dollars) en 2017, niveau largement supérieur
de biens auraient atteint 48,3 et 66 % du PIB, respectivement. au critère de convergence de la CEMAC de 60 %. Le stock de
Bien que structurellement excédentaire grâce aux fortes exporta- la dette extérieure demeure très élevé (47,3 % du PIB en 2017)
tions de matières premières, la balance commerciale congolaise malgré une baisse de 4,7 points de pourcentage par rapport à
est déficitaire depuis 2015 en raison de la baisse continue de 2016. Les problèmes récurrents de liquidité ont entraîné d’im-
la valeur des exportations de pétrole. En effet, avec un déficit portants arriérés de paiement ces deux dernières années, faisant
estimé à 42,8 %du PIB en 2017, malgré la reprise économique craindre un risque important de défaut de paiement. Le service de
attendue, la balance courante du Congo devrait rester déficitaire la dette a augmenté, réduisant fortement les dépenses allouées
en 2018 et s’établir autour de 27,2 % avant de progresser forte- aux secteurs clés de l’éducation, la santé ou des infrastructures.
ment en 2019, avec un excédent de 4,6 % du PIB. Le service de la dette publique est passé de 8 % du PIB en 2016
à 9,7 % en 2017 et pourrait atteindre 10,1 %du PIB en 2018.
La coopération économique avec d’autres pays africains reste Le ratio du service de la dette par rapport aux exportations a
marginale et l’intégration régionale peine à se concrétiser. Les atteint 9,7 % en 2017 et pourrait atteindre 10,1 % en 2018.
Plusieurs missions du FMI se sont succédé en 2017 pour tenter Conscient de l’importance d’un secteur privé fort et dynamique
de restructurer la dette publique et relancer l’économie congo- pour accélérer la diversification économique du pays, augmenter
laise plombée par la baisse des recettes pétrolières. Les agences les recettes fiscales, soutenir la croissance économique et réduire
de notation Standard and Poors, Moody’s et Fitch ont dégradé la vulnérabilité face aux chocs extérieurs, les autorités congo-
la note du Congo en juillet et août 2017 et le Congo a été placé laises ont entrepris diverses reformes pour améliorer le climat
en défaut de paiement partiel suite au retard de remboursement des affaires et l’attractivité du pays auprès des investisseurs
des échéances de certains titres au 30 juin 2017. Les tentatives privés. Il a réduit les formalités d’enregistrement préalable d’en-
de dissimulation de la dette publique par le Congo ont nui à sa treprises (publication, notarisation et inspection des documents),
crédibilité auprès des institutions financières internationales et la le niveau d’exigence du capital minimum, et entériné le rempla-
bataille juridique entre l’État congolais et la société de construc- cement du casier judiciaire des entrepreneurs par une déclara-
tion Commissions Import Export S.A (Commisimpex) portant sur tion sous serment au moment de l’enregistrement de la société.
une dette de près d’un milliard de dollars pour les travaux effec-
tués au Congo à partir de 1992 aggrave ce contexte. Le FMI a Secteur financier
exigé des réformes fortes et immédiates du Gouvernement en Le secteur financier congolais s’est étoffé ces dernières années,
matière de gouvernance, comme condition préalable à la res- mais reste très restreint. En 2017, il comptait onze banques com-
tructuration de sa dette. merciales, cinq sociétés d’assurance et 67 institutions de micro-
finance (8,2 % du total de la zone CEMAC). Le niveau d’intermé-
Le Gouvernement a entrepris des réformes pour améliorer la diation financière reste faible, le taux de bancarisation se situant
gestion de sa dette publique et lutter contre la corruption pour autour de 5 %. L’accès aux services financiers demeure l’un des
rassurer ses investisseurs et bailleurs de fonds. Si plusieurs hauts enjeux majeurs du secteur. Seulement 17 % des adultes (19 %
fonctionnaires soupçonnés de malversation financière ont été d’hommes et 14 % de femmes) disposent d’un compte bancaire,
arrêtés, cela ne résoudra pas les problèmes structurels de ges- 4,4 % ont obtenu un emprunt, et 9,8 % épargné dans ces institu-
tion de la dette publique du pays. D’autres mesures doivent être tions. Les activités de microcrédit concernent principalement les
prises comme la création d’organes indépendants de lutte contre prêts à court terme, avec des échéances inférieures à six mois
la corruption, la déclaration d’actifs pour les hauts fonctionnaires en moyenne. Cela décourage fortement les investissements pro-
ou des contrôles accrus sur la gestion des entreprises publiques. ductifs nécessitant généralement une période plus longue pour
être rentables. La plupart des banques commerciales semblent
solides, et le secteur bancaire est généralement en surliquidité,
GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE avec un ratio de couverture de risque au-dessus du minimum
ET POLITIQUE de 8 % et des limites de risques pondérés de plus de 15 % des
capitaux propres maintenus. La très forte liquidité des banques
Secteur privé commerciales congolaises tient principalement au très faible
Le secteur privé joue un rôle moteur. Entre 1996 et 2006, on taux d’octroi de crédit bancaire s’expliquant par des conditions
comptait près de 22 500 entreprises au Congo et plus de 25 de prêt très restrictives (taux d’intérêt de 13,5 % en moyenne,
000 entreprises ont été créées entre 2006 et 2017. Sur les garanties prohibitives, courte durée des crédits), l’insuffisance
quelque 50 000 entreprises privées opérant dans le pays, plus des connaissances financières de la population, et la méfiance
de 98 % sont de très petites et moyennes entreprises, 2 % de réciproque entre les institutions financières et leurs clients poten-
petites et moyennes entreprises, et moins de 0,5 % de grandes tiels. Le secteur de l’assurance reste embryonnaire et opère
entreprises. Plus de 95 % des créations d’entreprises seraient essentiellement au niveau de la couverture des risques pétroliers.
concentrées à Pointe-Noire et Brazzaville.
Les autorités ont récemment adopté plusieurs mesures pour
Malgré leur participation active à l’activité économique du pays, redynamiser le secteur financier, notamment avec l’élimination
les acteurs du secteur privé congolais et les investisseurs étran- progressive des plafonds de taux d’intérêt, la réduction des
gers font face à d’énormes difficultés qui peuvent freiner la créa- taux créditeurs minimum et l’adoption d’une plus grande trans-
tion ou l’expansion d’entreprises. Le rapport Doing Business parence en matière de procédures de prêts. D’autres réformes
2018 classe le pays au 179e rang mondial pour la facilité de portent sur l’élimination des frais de service et l’adoption du sys-
création d’entreprise, et insiste sur la lourdeur des procédures tème de virement direct. Cependant, les effets concrets de ces
qui place le pays au 40e rang en Afrique subsaharienne, et au réformes ne se font pas encore ressentir et malgré une augmen-
42e rang pour le nombre de jours d’attente (49) et au 41e rang du tation récente, le crédit bancaire au secteur privé demeure faible
classement pour les coûts qui représentent près de 77,7 % du et représente moins de 5 %du PIB. Il reste fortement concentré
revenu par habitant.
dans les prêts à court terme, les prêts à long terme représentant et environnemental des projets miniers, forestiers, ou agro-in-
souvent moins de 10 % des prêts. dustriels. Il a également mis en place une politique forestière
(2014-25) visant à gérer durablement les forêts et contribuer à
Gestion du secteur public, institutions l’émergence d’une économie verte et à la lutte contre le change-
et réformes ment climatique. En janvier 2017, le Congo a adopté un nouveau
La réforme de l’administration publique et l’amélioration de la Plan national d’action pour l’environnement (PNAE) pour intégrer
gouvernance des institutions publiques figurent parmi les condi- les nouvelles préoccupations environnementales issues de l’Ac-
tions posées par les bailleurs de fonds et créanciers du Congo cord de Paris, des recommandations de la COP22 à Marrakech
pour soutenir la relance économique. En effet, l’administration et des Objectifs de développement durable (ODD).
publique congolaise reste handicapée par la corruption et les
malversations financières. Le dernier rapport de la Commission La mise en application de ces mesures et leur champ d’action
nationale de lutte contre la corruption, la fraude et la concussion restent problématiques, et les infractions à la législation nom-
a pointé du doigt les sérieux dysfonctionnements de la gestion breuses puisque la redevabilité demeure très faible. Le rapport
des fonds publics et le niveau préoccupant de corruption du 2017 sur l’Indice de gouvernance des ressources naturelles
secteur public. Selon la Commission, les secteurs les plus cor- classe le Congo au 58e rang mondial (sur 86). Le chevauche-
rompus demeurent la douane, les impôts et le trésor public. Par ment des attributions de plusieurs ministères en lien plus ou
ailleurs, le rapport 2017 de Transparency International concer- moins direct avec la gestion des ressources naturelles et de l’en-
nant la perception de la corruption dans le secteur public classe vironnement crée une confusion sur le rôle de chaque ministère.
le Congo à la 161e place mondiale sur 180 et à la 26e place en Ainsi, sur les 35 membres du Gouvernement nommés par décret
Afrique sur 32. présidentiel en août 2017, près de dix ministres sont liés direc-
tement ou indirectement à la gestion des ressources naturelles.
Le Congo dispose pourtant déjà de mécanismes de suivi et de La corruption dans l’octroi des concessions forestières, l’érosion
contrôle du secteur public et autres institutions de l’État. Outre côtière, la surexploitation des ressources halieutiques et la pollu-
la Commission nationale anticorruption, le pays dispose d’une tion marine, ainsi que la déforestation non contrôlée sont autant
autorité de régulation des marchés publics. Par ailleurs, l’adop- de problèmes pesant sur la gestion des ressources naturelles
tion par le Parlement en mars 2018 du projet de loi portant et environnementales du Congo et, nécessitant des mesures
réforme du secteur public exécutable sur cinq ans, permettra au urgentes de la part des autorités nationales.
Gouvernement de lutter efficacement contre la corruption et la
mauvaise gouvernance et, de mettre en place des mécanismes Contexte politique
rigoureux de contrôle et de transparence dans l’octroi des mar- 2017 a été marquée par plusieurs événements politiques
chés publics. majeurs. Le Parti congolais du travail (PCT) a ainsi remporté les
élections législatives organisées en juillet 2017 et obtenu la majo-
Le problème majeur se situe essentiellement au niveau de la rité absolue des sièges à l’Assemblée (90 sièges sur 151). En
mise en application des réformes adoptées par le Gouverne- plus de s’arroger 450 des 1 400 sièges aux élections locales de
ment. La faiblesse opérationnelle des organes publics de lutte juillet 2017, la formation au pouvoir s’est aussi assuré la direction
contre la corruption et le manque de suivi des reformes mises de la plupart des grandes villes et départements du pays ainsi
en place expliquent en partie les maigres résultats en matière que du Sénat. L’opposition a par ailleurs accusé les agents de la
de lutte contre la corruption et de reformes des institutions force publique d’avoir voté frauduleusement pour le compte du
publiques. Le Gouvernement devrait renforcer les pouvoirs dis- parti au pouvoir et fait état de fraudes électorales dans de nom-
crétionnaires des organes chargés de reformer l’administration breuses circonscriptions électorales. Un remaniement ministériel
publique et mettre à leur disposition des mécanismes de sanc- léger est intervenu en août 2017 avec un nouveau Gouverne-
tion. Des audits indépendants devraient également être menés ment qui compte 35 membres.
dans toutes institutions publiques et leurs conclusions suivies
par des mesures d’application concrètes. La région du Pool a replongé dans la violence depuis la réélec-
tion contestée de Denis Sassou Nguesso en 2016. Des combats
Gestion des ressources naturelles sporadiques souvent très meurtriers ont opposé en 2017 les
et de l’environnement rebelles Ninjas de Fréderic Bintsamu (pasteur Ntumi) à l’armée
Le Congo s’est engagé à assurer une gestion durable et respec- régulière et entraîné le déplacement de près de 100 000 per-
tueuse de l’environnement de ses ressources naturelles. Le pays sonnes. Plus de la moitié se trouve dans une situation humani-
dispose d’un cadre législatif sur la protection de l’environnement taire critique. Des arrestations de hauts gradés de l’armée ont
et d’une réglementation en matière d’évaluation d’impact social eu lieu en 2017 dont deux généraux soupçonnés d’un projet de
coup d’État contre le Président. Amnesty International révélait efforts doivent être poursuivis. Par exemple, le taux de retard de
en 2017, que des dizaines d’opposants politiques, dont certains croissance des enfants de moins de 5 ans demeure élevé (plus
des prisonniers d’opinion, se trouvaient toujours en détention. de 25 %). Le taux d’incidence de la tuberculose (4 pour 1 000)
Le Gouvernement congolais a considérablement restreint les n’a pas sensiblement évolué ces vingt dernières années. Enfin, le
rassemblements publics. Plusieurs demandes de manifestation Gouvernement devrait s’impliquer davantage dans la lutte contre
pacifique formulées par les organisations de défense de droits de le VIH/SIDA puisque le taux de prévalence qui était passé de
l’homme ont été refusées par les autorités locales. La situation 3,1 % à 2,8 % entre 2011 et 2014, serait, selon une enquête
des opposants politiques et le respect des libertés d’expression du Conseil national de lutte contre le SIDA au Congo (CNLS),
et de manifestation peuvent constituer des sujets d’inquiétude. remonté à 5 % en 2016 soit 250 000 personnes.
Il convient néanmoins de poursuivre les réformes pour améliorer Des décennies de guerres civiles et de crises sociopolitiques ont
la qualité de l’éducation du pays. Le taux d’achèvement du pri- fortement accentué la vulnérabilité sociale au Congo, raison pour
maire reste à 74 %, le taux brut de scolarité du secondaire à 55 % laquelle le Gouvernement a cherché ces dernières années à ren-
et le taux de redoublement, particulièrement dans le primaire, forcer sa politique de protection sociale. Adopté en juin 2014, le
reste élevé et continue d’augmenter (de 18 % en 2010 à près de Régime d’assurance maladie universelle (RAMU) vise l’ensemble
25 % en 2017). Les dépenses publiques pour l’éducation repré- de la population et assurera dès sa mise en place l’accès aux
sentent moins de 5 % du PIB. La faible performance du système services de santé dans le secteur public et privé. L’adoption de
éducatif congolais, s’explique en partie par la mauvaise gestion la Politique nationale d’action sociale en 2015 illustre l’engage-
des ressources humaines conduisant à une gestion pédago- ment des autorités congolaises à améliorer la protection sociale
gique inadéquate, des programmes et méthodes d’enseigne- de la population. Toutefois, la couverture reste faible en raison
ment inadaptés, des investissements publics dans les infrastruc- du manque de financement (moins de 1 % du budget), et de
tures et matériels pédagogiques insuffisants et un niveau de la multiplicité des acteurs. Les groupes vulnérables tels que
rémunérations et d’incitation pour les enseignants trop faible. les enfants, les jeunes, les personnes âgées, les handicapés et
populations autochtones ne bénéficient pas suffisamment des
Le Gouvernement s’est engagé à renforcer son système de solidarités essentielles garantissant leur droit à la survie, au déve-
santé et accroître la protection des personnes vulnérables. Ainsi, loppement, à la protection et à une vie décente. Ainsi, moins de
les taux de mortalité infantile et celui des enfants de moins de 20 % de la population congolaise (majoritairement des employés
5 ont été divisés par deux depuis 1990 (respectivement 33 et salariés des secteurs public et privé) est couverte par le système
45 décès pour 1 000 naissances vivantes). Le taux de morta- actuel de sécurité sociale.
lité maternelle a aussi diminué ces dernières années, passant
de 509 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2010 à 442 Ces dernières années, le dynamisme économique congolais a
décès en 2015. Le taux de couverture vaccinale s’est également permis la création de nombreux emplois et permis de stabiliser
amélioré avec 90 % d’enfants âgés de 12 à 23 mois vaccinés le taux de chômage à 10 % entre 2012 et 2015. La récente crise
contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. Toutefois, les économique du pays a entraîné une légère augmentation du taux
de chômage qui a atteint 10,7 % en 2016 et 11,4 % en 2017. Le 1 900 km sont bitumés et, seuls 38 % de ce réseau bitumé
chômage est plus élevé en milieu urbain (17,6 % à Brazzaville et et 21 % du réseau non bitumé sont dans un état satisfaisant.
13,4 % à Pointe-Noire en 2016) que dans le milieu rural où il est
inférieur à 2 %. Il touche essentiellement les groupes vulnérables Plusieurs sections des quelques 800 km de voies ferrées néces-
comme les femmes et les jeunes chez lesquels il avoisine 25 %. sitent une réhabilitation urgente, notamment les plateformes,
Le Gouvernement a mis en place de nombreux programmes de ballasts et autres ouvrages d’art. Le trafic ferroviaire a été lourde-
soutien à l’emploi de jeunes avec des résultats mitigés. Enfin, ment pénalisé par les conflits récurrents dans le pays et, malgré
la plupart des emplois se créent dans le secteur informel et ne le retour au calme ces dernières années, il reste inadéquat. En
garantissent pas une stabilité de travail et revenu. outre, la principale ligne ferroviaire du pays reliant Brazzaville et
Pointe-Noire (510 km) demeure lente, peu fiable, et coûteuse à
L’égalité des sexes cause du manque de réhabilitation et d’entretien des voies, de
Les femmes représentent l’un des groupes socio-économiques la vétusté et de l’insuffisance du matériel roulant et du déficit de
les plus vulnérables et les plus marginalisés de la société congo- gestion des ressources humaines. La Société China Railways
laise. La discrimination envers les femmes transparaît principa- Construction Corporation International (CRCCI) et le ministère
lement sur le marché de l’emploi, dans la sphère politique et les congolais des Transports ont signé en décembre 2013 un accord
instances de prise de décision, au niveau de la création d’entre- de partenariat pour réhabiliter le Chemin de fer Congo-Océan.
prises et des postes de direction. Le Rapport sur le développe-
ment humain 2016 classe le Congo à la 141e place mondiale en Les trois aéroports internationaux : Brazzaville (Maya-Maya),
termes d’indice d’inégalité de genre. Une régression de 4 places Pointe-Noire (Agostino Neto) et Ollombo sont dotés d’installa-
par rapport au classement précédent. Le taux de chômage est tions conformes aux normes internationales. Cinq autres aéro-
plus élevé chez les femmes que les hommes. La majorité de ports nationaux ont été construits ou réhabilités ces dernières
femmes travaille dans le secteur informel. années (Ouesso, d’Impfondo, de Dolisie, d’Owando et d’Ewo).
Le transport aérien joue un rôle de plus en plus important pour
Les femmes restent très peu représentées dans les sphères de assurer la connectivité et la liaison entre les différentes régions
prise de décision politique et ne représentent que 21,7 % des du pays du fait du délabrement du transport routier et ferroviaire.
effectifs du personnel salarié de l’administration publique cen-
trale, 18,9 % des membres des instances judiciaires, et 13,8 % Les infrastructures portuaires du pays sont dominées par le port
de l’administration des collectivités locales. En outre, sur les 35 autonome de Pointe-Noire (PAPN), seul port en eau profonde
membres du Gouvernement, seules huit sont des femmes, et de la sous-région capable de recevoir la plupart des navires
à l’Assemblée nationale et au Sénat, elles ne représentent que (p. ex. tankers ou porte-conteneurs). En raison de son impor-
11,3 % et 19,7 % des élus respectivement. Le Gouvernement tance stratégique, le Gouvernement a entrepris d’énormes
a fait de la promotion du genre une priorité et, en 2017, le pays investissements pour améliorer le PAPN et le rendre plus per-
s’est doté d’une nouvelle politique nationale du genre visant formant et compétitif. Il a notamment réhabilité et étendu le quai
entre autres à lutter contre toutes formes de violence sexuelle et G sur 800 m linéaires à la côte et prolongé la digue extérieure
à renforcer le mécanisme institutionnel de mise en œuvre de la et construit un cavalier de protection en enrochement et réfec-
politique nationale du genre. tionné le terrain plein bord à quai D. L’arrivée de Bolloré Africa
Logistics aux commandes du terminal à conteneurs en 2009 a
permis de redynamiser l’activité du PAPN. Le port a traité plus
ANALYSE THÉMATIQUE : de 650 000 conteneurs équivalents vingt pieds en 2016, contre
FINANCEMENT DES seulement 50 000 au début des années 2000.
INFRASTRUCTURES
Les infrastructures des TIC se sont rapidement développées
Le développement des infrastructures reste essentiel pour assu- depuis les années 2000 avec l’accalmie politique et le regain de
rer la croissance économique et appuyer l’industrialisation d’un dynamisme économique. L’arrivée d’opérateurs de téléphonie
pays. La modernisation de l’infrastructure est essentielle à la mobile comme Airtel, MTN et Azur a occasionné de nouveaux
diversification de l’économie et à la réduction de la pauvreté. investissements dans les TIC, pour satisfaire une clientèle plus
nombreuse et exigeante. Le taux de pénétration de la télépho-
Le Congo a mis en œuvre un Plan national des transports II (2012- nie mobile a fortement progressé (35,4 abonnés pour 100 per-
16) pour améliorer ses infrastructures routières. Le Congo dis- sonnes) et est supérieur au taux moyen de pays similaires (23,7
pose de près de 21 000 km de routes principales dont seulement abonnés pour 100 personnes). Ainsi, dans le cadre du WACS
(West Africa Cable System), le Congo a été raccordé au câble de
communication sous-marin prévu pour relier l’Afrique du Sud au PIB entre 2009 et 2015). L’importance des recettes pétrolières
Royaume-Uni, le long de la côte ouest-africaine. Le Congo a mis a permis au Gouvernement d’accroître le niveau de ses investis-
en place l’Agence de régularisation des postes et télécommu- sements dans les infrastructures publiques (18,8 % du PIB entre
nications électroniques (ARPCE), instituée par la loi n°11-2009 2010 et 2014 contre 13,8 % pour les dépenses courantes du
du 25 novembre 2009 pour mieux réguler le secteur des TIC en Gouvernement). En 2017, la conjoncture économique défavo-
pleine croissance. Il a également conçu et adopté une cyberstra- rable a entraîné diminution de près de moitié des dépenses d’in-
tégie visant transformer le pays en plaque tournante régionale vestissements publics par rapport à 2016 pour atteindre 437,5
pour les TIC. milliards de francs CFA.
Enfin, les infrastructures d’électricité, eau et assainissement se La Banque mondiale a estimé que le Congo avait besoin de 946
sont améliorées à la suite d’investissements du Gouvernement millions de dollars par an pour répondre à ses besoins infrastruc-
et de ses partenaires étrangers. Ainsi, les projets de centrales turels entre 2005-15, dont 84 millions pour les TIC, 482 millions
hydroélectriques développés, sous l’impulsion de sociétés étran- pour l’électricité, 163 millions pour le transport, et 216 millions
gères, essentiellement chinoises, devraient générer une capacité pour l’eau et l’assainissement. Au cours de la même période, les
supplémentaire de quelque 1 500 MW. Il s’agit notamment : du dépenses réelles en infrastructure s’étaient élevées à 463 millions
barrage de Chollet entre le Cameroun et le Congo, de la centrale de dollars par an créant un déficit annuel de financement des
hydroélectrique de Liouesso inaugurée le 29 mai 2017 (dépar- infrastructures de 483 millions. Le financement des infrastruc-
tement de la Sangha, capacité de 19,9 MW), et du barrage de tures publiques a été réalisé à hauteur de 82 % (381 millions de
Sounda en cours de conception (département du Kouilou, capa- dollars) par l’État, près de 10 % (44 millions de dollars) par la
cité estimée à 700 MW). Des projets de réhabilitation sont en Chine, l’Inde et les pays du Golfe, le reste (8 %) étant réparti
cours : Barrage de Moukoukoulou (département de la Bouenza, équitablement entre l’APD et le secteur privé. Les infrastructures
capacité de 74 MW), et Barrage du Djoué (Brazzaville capacité de transport, eau et électricité ont obtenu près de 80 % des flux
étendue de 15 à 24 MW). On peut noter également l’extension annuels de financement.
future de la centrale électrique du Congo à gaz dont la capacité
devrait passer de 300 à 450 MW au niveau de Pointe-Noire. Dans Malgré les progrès réalisés dans la gestion des investissements
le secteur de l’eau et assainissement, la production et la distribu- infrastructurels au Congo, les défis restent énormes. Classé
tion sont assurées principalement par la Société nationale de dis- parmi les pays à très faible efficacité en termes d’exécution de
tribution d’eau (SNDE) et l’Agence nationale d’hydraulique rurale dépenses publiques d’investissement, le Congo devrait améliorer
(ANHYR).1 L’UNICEF et l’OMS ont estimé qu’en 2015, 76 % de la la qualité de ses dépenses publiques en infrastructure pour sup-
population avait accès à un point d’eau amélioré. Ce taux serait primer les coûts cachés et les pertes d’efficacité importantes. Le
de 96 % en milieu urbain (dont 38 % de ménages connectés par manque d’efficacité provient de mauvaises pratiques de sélec-
réseau à proximité de l’habitation) contre 13 % en zones rurales. tion, d’évaluation et de suivi des projets d’investissements ainsi
que d’un système de passation des marchés publics faiblement
Le développement et la modernisation des infrastructures réglementé. Selon la Banque mondiale, une meilleure exploita-
publiques nécessitent d’importantes ressources financières. tion du budget d’investissement et un meilleur recouvrement
L’État demeure la principale source de financement des des coûts permettraient au Congo de récupérer 209 millions de
infrastructures et contribue à plus de 80 % des dépenses d’in- dollars par an. En outre, chaque année, quelque 112 millions
vestissement tandis que les partenaires extérieurs, principa- de dollars pourraient être économisés en réallouant efficacement
lement la Chine dont le rôle s’est accru ces dernières années les ressources publiques et la réduction des inefficacités opéra-
(50 % de financements extérieurs en infrastructure depuis 2010) tionnelles pourrait faire baisser les coûts cachés de 79 millions
assurent près de 16 % du financement sous forme de prêts ou de dollars. Le Gouvernement a adopté certaines mesures pour
de dons. Le reste du financement est couvert par l’aide publique reformer la gestion de ses finances publiques, mais beaucoup
au développement (APD) et le secteur privé (principalement dans sont sujettes à des difficultés de mise en œuvre et à des pro-
les infrastructures de TIC). Les dépenses du pays en infrastruc- blèmes de coordination entre les différents ministères concernés.
ture représentaient en moyenne 8 % du PIB entre 2005 et La question est particulièrement alarmante dans le secteur de
2015, un niveau supérieur à celui de nombreux pays riches en l’eau et de l’électricité où les pertes de distribution atteignent
ressources et à la moyenne en Afrique subsaharienne (2 % du plus de 50 millions de dollars par an et où la sous-facturation
1. Le 2 février 2018, le Gouvernement congolais a validé deux projets de loi portant sur la dissolution de la Société nationale d’électricité (SNE) et la Société nationale de
distribution d’eau (SNDE) en raison de faibles niveaux de rentabilité et de viabilité financière. Ces deux sociétés seront remplacées par trois nouvelles sociétés anonymes de
droit OHADA : l’une, de patrimoine, pour le secteur de l’électricité, la deuxième pour le secteur de l’eau, et la dernière pour le transport de l’électricité.