QUE SAIS-JE?
Les relations
économiques
internationales
ALAIN BAVELIER
Ancien maître de conférences à l'École nationale d'administration
JEAN-CHRISTOPHE DONNELLIER
Sous-directeur à la Direction des relations économiques extérieures
Cinquième édition refondue
379 mille
Remerciements : Nous tenons à remercier la Direction des relations
économiques extérieures du ministère de l'Economie et des Finances pour
les informations qu'elle a bien voulu nous fournir.
ISBN 2 13 048012 8
Dépôt légal — 1" édition : 1980
5e édition refondue : 1997, mars
0 Presses Universitaires de France, 1980
108, boulevard Saint-Oermain, amjuo fans
INTRODUCTION
Le développement des relations économiques interna-
tionales dépend avant tout de facteurs économiques tels
que la dimension des marchés, leur localisation géogra-
phique et la spécialisation de leurs activités en fonction
d'avantages naturels ou acquis. De nouveaux éléments
sont devenus déterminants depuis une trentaine d'années :
l'élévation du niveau de vie et l'exigence accrue des
consommateurs ont accéléré les échanges entre économies
au niveau de développement avancé ; les progrès dans les
domaines des transports et des communications ont de
leur côté eu pour effet d'élargir l'éventail des produits et
services échangeables.
Un autre facteur crucial est le cadre institutionnel dans
lequel les États cherchent à organiser leurs relations. Ins-
truites par le repli protectionniste qui a suivi la crise
de 1929, les grandes nations ont voulu, dès la fin de la
seconde guerre mondiale, favoriser la liberté des échanges
et œuvrer dans le sens d'une intégration économique
mondiale : celle-ci apparaissait alors comme un gage de
prospérité et de stabilité. Cette politique n'a pas seule-
ment contribué à la reconstruction rapide des pays dévas-
tés par la guerre mais elle a entraîné des progrès spectacu-
laires en matière d'interdépendance économique.
Ce mouvement s'est accéléré et élargi à partir du milieu
des années 80. L'économie mondiale en a été profondé-
ment modifiée : ce ne sont plus seulement les échanges de
biens et de services, mais aussi de capitaux, de technolo-
gies, d'informations et d'idées qui sont maintenant au
cœur des relations économiques internationales. Dans
aucun de ces domaines, l'intégration n'était encore allée
aussi loin. Elle a bouleversé mais aussi stimulé la vie éco-
nomique et le comportement des entreprises. Tous les
pays participent aujourd'hui plus ou moins à une écono-
mie globale où l'élargissement considérable des débouchés
a pour contrepartie une concurrence acharnée dans tous
les domaines, y compris en matière de cadre social, que
l'on considérait jusque-là comme un choix propre à
chaque pays.
Dans ce processus, la révolution technique des moyens
de transport et d'information n'a pas joué un moindre
rôle que la volonté politique et les contraintes institution-
nelles. Nous sommes entrés dans un nouvel âge technolo-
gique, celui de la communication. « L'ère du monde fini
commence », disait Valéry au début du siècle. Cette bou-
tade est maintenant une évidence.
Comment peut évoluer ce monde nouveau dans lequel
les relations économiques internationales sont omnipré-
sentes? Personne ne peut donner pour l'instant de
réponse satisfaisante. Tout au plus peut-on penser que le
mouvement d'intégration va se poursuivre car il condi-
tionne l'efficacité des économies modernes. Mais on ne
pourra éviter que celui-ci entraîne, dans les pays dévelop-
pés comme dans les autres, des ajustements douloureux et
de longue durée. Il soulève d'ores et déjà des problèmes
financiers, nationaux et internationaux, dont les risques
de contagion à l'ensemble du système sont autant de défis
aux gestionnaires de l'économie mondiale.
Dans cette période d'incertitude et de risque, la solida-
rité croissante des économies impose une coordination
internationale d'une toute autre ampleur que par le
passé : il s'agit de prévoir et de prévenir en commun des
dérapages dont la mondialisation propagerait et amplifie-
rait les répercussions. Cette prise de conscience se traduit
déjà par la multiplication de groupements régionaux qui
visent, dans un cadre restreint, à aménager de manière
pragmatique et concertée cette poussée irrésistible vers la
globalisation de l'économie mondiale. Mais ils contien-
nent eux-mêmes en germes des risques de fragmentation
qu'il faudra contenir.
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
AMF : Accord multifibres.
APEC : Asia-Pacific economic caucus (Forum de coopération
économique Asie-Pacifique).
ASEAN (ANASE) : Agreement of south-east asia nations (Accord
des nations du Sud-Est asiatique).
CNUCED : Conférence des Nations Unies sur le commerce et le
développement.
EAEC : East asian economic caucus (Conseil économique de
l'Asie du Sud-Est).
FMI : Fonds monétaire international.
GATS : General agreement on trade on services (accord général
sur les échanges de services).
GATT (AGETAC) : General agreement on tarifs and trade (accord
général sur les tarifs douaniers et le commerce).
MERCOSUR : Marché commercial sud américain.
NPI : nouveaux pays industrialises (Taïwan, Corée du Sud,
Hong-kong, Singapour).
NAFTA (ALENA) : North american free trade area (Accord de
libre échange nord américain).
OCDE : Organisation de coopération et de développement éco-
nomique.
OECE : Organisation européenne de coopération économique.
OMC : Organisation mondiale du commerce.
OPA : Offre publique d'achat.
PME : Petites et moyennes entreprises.
PVD : Pays en voie de développement.
SME : Système monétaire européen.
SMI : Système monétaire international.
UE : Union européenne.
UEM : Union économique et monétaire.
PREMIÈRE PARTIE
L'APRÈS-GUERRE
OU
L 'INTERNA TIONALISA TION
DES PAYS OCCIDENTAUX
Entre le début de la première guerre mondiale et la fin
de la seconde, les liens économiques établis au sein de
l'économie mondiale à la fin du XIXe siècle se sont pro-
gressivement distendus. Les conflits politiques, l'instabi-
lité financière et la crise de 1929 ont conduits les États à
poursuivre des stratégies largement autocentrées. Le défi
qui se présentait donc aux nouveaux gestionnaires du
monde en 1945 n'était pas uniquement de relever l'éco-
nomie mondiale, de reconstruire ce qui avait été détruit :
il s'agissait aussi de réorganiser les relations internatio-
nales de manière à retrouver rapidement une forte inter-
dépendance économique. Car, aux yeux de beaucoup, la
faiblesse des liens économiques internationaux avait bel
et bien été une des principales raisons de l'émergence de
conflits politiques dans l'entre-deux-guerres : seule une
remise à niveau de ces liens était donc susceptible de
nourrir la croissance, tout en imposant la paix entre ex-
belligérants. C'est par la coopération institutionnelle
internationale que les États-Unis, puissance dominante,
ont pu mettre en place le cadre néo-libéral qu'ils souhai-
taient.
Un nouvel ordre économique international a ainsi pro-
gressivement émergé, avec ses instances de régulation éco-
nomique, commerciale et financière. Il a généré une forte
dynamique d'intégration entre pays industrialisés, favori-
sée par les progrès technologiques mais aussi largement
amplifiée par le dynamisme de la croissance mondiale
dans les années 1945-1973. Celle-ci a principalement
résulté du rattrapage de la plupart des économies occi-
dentales sur le niveau de développement nettement plus
élevé des États-Unis.
Au début des années 70, alors que les facteurs d'inté-
gration à l'œuvre finissaient par s'épuiser, les crises moné-
taire, pétrolières puis de la dette ont gelé provisoirement
le processus d'intégration, mettant fin à cette phase d'in-
ternationalisation des économies occidentales.
I. — L'organisation d'un cadre institutionnel
Après l'ébranlement de la guerre, le système des rela-
tions économiques internationales a été réorganisé dès
1945 sous l'égide des États-Unis. A la différence de l'Eu-
rope, encore plus profondément atteinte qu'en 1918, les
États-Unis étaient en effet sortis du conflit avec une force
accrue : leur production stimulée par l'effort de guerre
avait doublé en volume ; leur monnaie gagée par
d'énormes réserves métalliques, était considérée équiva-
lente à l'or; leur part dans les exportations mondiales
était passée de 13,5 % en 1938 à 49 % en 1946. De plus, à
la différence du premier après-guerre, ils étaient pleine-
ment conscients de leurs responsabilités.
Leur tendance d'alors était foncièrement libérale, à
l'image de la Grande-Bretagne un siècle plus tôt ; mais ce
libéralisme n'était nullement dogmatique. Les plans mis
en œuvre ont donc consisté dans la création d'institutions
qui devaient organiser les relations mondiales sur la base
d'une coopération en « substituant à l'arbitraire des États
l'arbitrage d'organismes internationaux ». Ce rôle, dévolu
sur le plan politique à l'ONU, a été exercé dans le domaine
des échanges et des relations financières par le GATT, les
organismes issus de Bretton Woods et l'OECE (suivie par
l'OCDE).
Tableau 1. — Exportations mondiales
(en milliards de dollars)
Source: 1929-1955, Sources nationales; 1967-1994, Base
de données CHELEM-CEPII.
1. Un cadre pour les échanges commerciaux. — Les
efforts initiaux pour créer une Organisation mondiale du
commerce dans le cadre de la Charte de La Havane sont
restés vains. A sa place, la promotion des échanges a été
basée sur le principe de la réciprocité multilatérale orga-
nisée par des cycles successifs de négociation. Ceux-ci
ont tendu à établir un environnement commercial plus
ouvert, à travers la diminution régulière des barrières
douanières et l'élimination des discriminations natio-
nales à l'encontre des biens, services et entreprises étran-
gères. En parallèle, et en dépit de la montée indubitable
des barrières non tarifaires, des décisions unilatérales et
bilatérales ont contribué à renforcer la libéralisation
commerciale.
L e GATT. — S i g n é l e 3 0 o c t o b r e 1 9 4 7 , l ' A c c o r d g é n é r a l
s u r les t a r i f s d o u a n i e r s e t le c o m m e r c e - AGETAC - ( p l u s
c o n n u s o u s s o n a b r é v i a t i o n a n g l a i s e GATT, s o i t G e n e r a l
A g r e e m e n t o n T a r i f f s a n d T r a d e ) , é t a b l i t les p r i n c i p e s
d i r e c t e u r s r é g i s s a n t les r e l a t i o n s c o m m e r c i a l e s i n t e r n a t i o -
n a l e s . L e GATT e s t d ' a b o r d u n e n s e m b l e d e r è g l e s n é g o -
c i é e s a u n i v e a u m u l t i l a t é r a l , r é g i s s a n t le c o m p o r t e m e n t
d e s g o u v e r n e m e n t s d a n s le d o m a i n e c o m m e r c i a l . M a i s
c'est aussi u n e t r i b u n e o ù se d é r o u l e n t d e s n é g o c i a t i o n s
commerciales qui libéralisent l'environnement des
é c h a n g e s e t le r e n d e n t p l u s p r é v i s i b l e , s o i t p a r l ' o u v e r t u r e
d e s m a r c h é s n a t i o n a u x , s o i t p a r le r e n f o r c e m e n t e t l ' é l a r -
g i s s e m e n t d e s r è g l e s p r o p r e m e n t d i t e s . E n f i n , le GATT e s t
u n t r i b u n a l i n t e r n a t i o n a l o ù les g o u v e r n e m e n t s p e u v e n t
régler leurs différends avec d'autres membres de cette
organisation.
Son action repose sur l'application de trois principes de
base :
— la n o n - d i s c r i m i n a t i o n : a u c u n e p o l i t i q u e c o m m e r c i a l e
d ' u n É t a t m e m b r e ne d o i t privilégier o u léser u n p a y s
en particulier. T h é o r i q u e m e n t , t o u t a v a n t a g e c o m -
m e r c i a l n é g o c i é e n t r e d e u x p a y s m e m b r e s d u GATT
d o i t i m m é d i a t e m e n t ê t r e é t e n d u à t o u s les a u t r e s : l a
« c l a u s e d e l a n a t i o n l a p l u s f a v o r i s é e » e s t l ' a r t i c l e 1er
d u GATT;
— le t r a i t e m e n t n a t i o n a l : les r è g l e s ( f i s c a l i t é s , n o r m e s ,
etc.) a p p l i c a b l e s a u x e n t r e p r i s e s et a u x p r o d u i t s n a t i o -
naux doivent être appliqués a u x produits et e n t r e -
p r i s e s é t r a n g e r s s u r le t e r r i t o i r e d u p a y s c o n c e r n é ;
— le m a i n t i e n d ' u n e c o n c u r r e n c e l o y a l e : les e x p o r t a t e u r s
doivent être en c o n c u r r e n c e d a n s des c o n d i t i o n s équi-
tables.
L e GATT n e s e d o n n e d o n c p a s c o m m e o b j e c t i f f i n a l le
l i b r e - é c h a n g e m o n d i a l , m a i s il s ' a t t a c h e p l u t ô t à r é t a b l i r
u n e c o n c u r r e n c e l o y a l e p a r t o u t o ù celle-ci est m e n a c é e ,
p a r e x e m p l e , p a r le d u m p i n g o u l a s u b v e n t i o n . D a n s c e
b u t , il p r i v i l é g i e le d r o i t d e d o u a n e c o m m e m é c a n i s m e d e
p r o t e c t i o n « le m o i n s d o m m a g e a b l e e t l e p l u s t r a n s p a -
r e n t ». Il t e n d a u s s i à r e n d r e l ' e n v i r o n n e m e n t c o m m e r c i a l
plus stable en interdisant des retours en arrière t r o p bru-
t a u x d a n s d e s d o m a i n e s tels q u e la liberté d ' a c c è s a u m a r -
c h é , l a r é g l e m e n t a t i o n d e s i m p o r t a t i o n s o u e n c o r e les
n o r m e s t e c h n i q u e s . Il r e c o n n a î t e n f i n l a n é c e s s i t é d ' u n
t r a i t e m e n t s p é c i a l p o u r les p a y s e n d é v e l o p p e m e n t .
H u i t c y c l e s d e n é g o c i a t i o n s . — D e p u i s s a c r é a t i o n , le
GATT a c o n n u h u i t « c y c l e s » d e n é g o c i a t i o n s c o m m e r -
c i a l e s m u l t i l a t é r a l e s , q u i s o n t v e n u s c o m p l é t e r le p r e m i e r
a c c o r d s i g n é e n 1947. C e s cycles o n t d ' a b o r d e u c o m m e
o b j e c t i f la r é d u c t i o n d e s d r o i t s d e d o u a n e e t d e s a u t r e s
barrières au commerce, puis l'adoption d ' u n ensemble de
d i s c i p l i n e s ( l e s « c o d e s ») d e s t i n é e s à a s s u r e r u n e p l u s
g r a n d e s é c u r i t é d e s é c h a n g e s . Se s o n t a i n s i s u c c é d é les
cycles de G e n è v e (1947), d ' A n n e c y (1949), de T o r q u a y
( 1 9 5 0 ) e t d e G e n è v e ( 1 9 5 6 ) , p u i s le D i l l o n R o u n d ( 1 9 6 0 -
1 9 6 2 ) , le K e n n e d y R o u n d ( 1 9 6 4 - 1 9 6 7 ) , le T o k y o R o u n d
(1973-1979) et l ' U r u g u a y R o u n d (1986-1994).
A u t e r m e d u c y c l e d e T o k y o , les a c c o r d s s u r l e s o b s t a -
cles n o n t a r i f a i r e s o n t défini d e n o u v e l l e s règles d a n s cer-
t a i n s c a s , e t i n t e r p r é t é o u p r é c i s é les d i s c i p l i n e s e x i s t a n t e s
d u GATT d a n s d ' a u t r e s c a s : c o d e r e l a t i f a u x o b s t a c l e s
t e c h n i q u e s a u x é c h a n g e s , c o d e s u r les m a r c h é s p u b l i c s ,
c o d e s u r la v a l e u r e n d o u a n e des m a r c h a n d i s e s . U n n o u -
v e l a c c o r d s u r les s u b v e n t i o n s e t les m e s u r e s c o m p e n s a -
t o i r e s a é t o f f é les d i s c i p l i n e s q u e c o n t e n a i t d é j à l ' a c c o r d
g é n é r a l , e t il a é t é p r o c é d é à u n e n o u v e l l e r é v i s i o n d u c o d e
a n t i d u m p i n g d u GATT. U n c o d e p a r t i c u l i e r a c o n t r i b u é à
la l i b é r a l i s a t i o n d u c o m m e r c e d e s a é r o n e f s civils.
L e cycle d e l ' U r u g u a y , lancé e n s e p t e m b r e 1986 à
P u n t a d e l E s t e , a p p a r a î t b e a u c o u p p l u s n o v a t e u r . Il a
bien sûr c o n d u i t à des avancées très significatives d a n s des
d o m a i n e s c l a s s i q u e s t r a i t é s d a n s le c a d r e d e s c y c l e s a n t é -
rieurs ( libéralisation d e l'accès a u m a r c h é et r e n f o r c e -
m e n t d e s r è g l e s d u GATT n o t a m m e n t ) ; m a i s il a a u s s i p e r -
m i s d ' é t e n d r e les r è g l e s à d e s s e c t e u r s q u i n ' e n r e l e v a i e n t
p a s j u s q u e - l à (textile-habillement, p r o d u i t s agricoles) et
d ' a b o r d e r d e s s u j e t s n o u v e a u x , tels q u e la p r o p r i é t é i n t e l -
l e c t u e l l e , l e s s e r v i c e s e t l e s i n v e s t i s s e m e n t s . Il a p a r a i l -
l e u r s p o s é les b a s e s d ' u n e O r g a n i s a t i o n m o n d i a l e d u c o m -
d'être contrariée à court terme par l'ouverture crois-
sante de nos économies. Parallèlement, il est souhai-
table de faciliter l'émergence de spécialisations « natu-
relles » des pays industrialisés dans leurs échanges
avec les PVD ;
— ceci incite par ailleurs à bien connaître et utiliser les
frontières entre une économie interne « protégée » de
la concurrence internationale, au moins temporaire-
ment, et, d'autre part, une économie interne « expo-
sée ». Certains parlent ainsi davantage d'une « écono-
mie de proximité». Il s'agit de la même notion qui
demanderait à être affinée, mais dont l'intérêt est évi-
dent car elle dessine les marges de manœuvre de nos
gouvernants en matière de gestion économique natio-
nale. Ces secteurs « protégés » peuvent constituer en
effet des champs d'expérimentation ou des soupapes
de sécurité pour la solution de problèmes sociaux
impossibles à régler sans dommage majeur dans les
secteurs de l'économie globalisée. Ainsi, il est évident
que certaines relations sociales qui ne sont plus possi-
bles au sein de l'économie interne globalisée, le sont
encore au sein de l'économie « de proximité » ou
« protégée » ;
— il est naturel enfin, de songer à développer les emplois
dans les services, secteurs souvent très protégés de la
concurrence internationale et gros utilisateurs poten-
tiels d'emplois peu qualifiés : près de 6 millions d'em-
plois ont été créés dans ce secteur aux États-Unis
de 1970 à 1990, soit un chiffre bien supérieur à ceux
détruits par la concurrence internationale. Mais la
notion de services rend sans doute mal compte des
contours d'un secteur protégé : l'expression économie
de proximité fait ressortir clairement par exemple
l'idée que certaines activités ne se développent que
dans un contexte local pour un public local.
Améliorer le fonctionnement du marché du travail. —
Les pays développés se retrouvent, à court terme, devant
l'alternative suivante pour soulager les problèmes de
l'emploi non qualifié :
— soit ils développent la flexibilité du marché du travail
sur le mode américain, au motif qu'un accroissement
des disparités de salaires vaut mieux que l'apparition
d'un sous-emploi persistant ;
— soit, au contraire, ils préservent le cadre actuel du
marché du travail afin ne pas rendre l'emploi plus pré-
caire, et réduisent spécifiquement le coût relatif du tra-
vail non qualifié par une redistribution de la charge
fiscale et sociale entre employés qualifiés et non quali-
fiés. Mais l'ampleur des différences de salaires entre
pays industrialisés et PVD incite à penser qu'il ne s'agit
pas là d'une solution de long terme.
Simultanément, l'Etat doit fournir un effort particulier
à moyen terme pour améliorer la qualification des
employés peu qualifiés puisque tout laisse à penser que les
emplois créés par les économies développées seront de
plus en plus riches en qualification.
Les gisements d'emplois de demain nécessitent une ges-
tion multilatérale. — Les dynamiques de l'économie mon-
diale indiquent on ne peut plus clairement les axes de
création de richesse de demain : il s'agira de satisfaire les
besoins naissants de pays émergents dont certains, on l'a
souligné à plusieurs reprises, ont des caractéristiques
démographiques impressionnantes. C'est ce que des pays
comme les États-Unis ont bien compris en focalisant leur
action de diplomatie économique sur une quinzaine de
ces pays, les Big Emerging Markets. Outre le maintien
d'un bon niveau de compétitivité globale de l'économie,
ceci implique une volonté déterminée de la part des pays
développés de s'adapter le mieux possible, technologi-
quement et géographiquement, à la demande des pays
émergents.
Pour cela, il leur faudra faire en sorte que le plus grand
nombre d'entreprises (et notamment leurs PME) soient en
mesure de participer au partage de ce « gâteau ». Ceci
pose un certain nombre de défis, technologiques (com-
ment permettre aux PME d'accéder aux innovations néces-
saires pour rester compétitives sur ces marchés où la