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Psychanalyse Module 7

Le module 7 de la formation en psychanalyse aborde des concepts clés tels que le complexe d'Œdipe, le complexe de castration, le refoulement, la sublimation et la perversion, en mettant l'accent sur la sexualité infantile et son impact sur la psyché adulte. Freud y explore la sexualité comme fondement des névroses et des fantasmes, tout en soulignant l'importance des pulsions sexuelles et des stades de développement psychique. Le mythe d'Œdipe est utilisé pour illustrer les conflits psychiques liés à la sexualité infantile, soulignant l'influence des expériences précoces sur le comportement adulte.

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Psychanalyse Module 7

Le module 7 de la formation en psychanalyse aborde des concepts clés tels que le complexe d'Œdipe, le complexe de castration, le refoulement, la sublimation et la perversion, en mettant l'accent sur la sexualité infantile et son impact sur la psyché adulte. Freud y explore la sexualité comme fondement des névroses et des fantasmes, tout en soulignant l'importance des pulsions sexuelles et des stades de développement psychique. Le mythe d'Œdipe est utilisé pour illustrer les conflits psychiques liés à la sexualité infantile, soulignant l'influence des expériences précoces sur le comportement adulte.

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FORMATION EN PSYCHANALYSE

MODULE 7
Module 7:
COMPLEXE D’ŒDIPE, COMPLEXE DE CASTRATION,
REFOULEMENT, SUBLIMATION ET PERVERSION
 Activité
En repensant à votre enfance, que pourriez-vous dire de votre rapport à vos parents ? Avez-vous
déjà identifié un complexe d’Œdipe ? Comment vos désirs et pulsions de l’enfance peuvent-ils
expliquer vos difficultés actuelles ? Avez-vous eu des prises de conscience récemment ? Si oui,
consignez-les. Par ailleurs, notez ce qui vous reste à découvrir et qui reste « caché » pour le
moment.

Théorie de la sexualité
La sexualité est au cœur de la psychanalyse. Elle permet de parler du sujet, et de ses désirs, en
dehors des considérations sociales ou biologiques. Freud a placé la sexualité au cœur de
l’explication des névroses et de la formation des fantasmes originaires.
Pourtant, tout ne se réduit pas à la sexualité, comme l’ont revendiqué les détracteurs de la
psychanalyse. En réponse aux critiques, Freud avait l’habitude de se référer à Platon : il rappelait
combien le philosophe reliait le désir amoureux (Éros) à celui de philosopher.
La théorie de la sexualité émise par Freud est exposée dans son livre célèbre publié en 1905, Trois
essais sur la théorie sexuelle. Dans son exposition, il détaille trois grandes parties de la sexualité : les
aberrations, la sexualité infantile et l’étape de la transformation à la puberté.
 La sexualité infantile
Freud considérait la sexualité infantile comme organisatrice des pulsions et de la psyché de chaque
individu. Selon lui, traiter « l’infantile en nous » n’est autre que traiter son inconscient.
La sexualité infantile n’implique pas d’« actes sexuels » comme chez l’adulte ; elle inclut tous les
comportements de l’enfant recherchant la satisfaction de pulsions : toucher son sexe ou rester
accroché au sein maternel longtemps après la tétée, par exemple.
En analysant les symptômes de l’adulte névrosé, Freud retrouve les activités de l’enfant cherchant à
satisfaire un plaisir de dimension sexuelle. Il écrit ainsi que « l’enfant est un pervers polymorphe »,
c’est-à-dire qu’il peut prendre différentes formes.
La psychanalyse considère que la « scène primitive », qui n’est pas vécue par l’enfant mais bien
fantasmée, imaginée et reconstruite, est celle du coït parental. D’autres scènes primitives s’y
ajoutent au moment de la découverte des sexes et de leurs différences.
De nombreux exemples dans la littérature, le cinéma, ou même des épisodes réels de votre vie ou
de celle de votre entourage montrent la répercussion d’un épisode vécu durant l’enfance sur le
comportement sexuel et érotique de l’adulte. Ainsi, dans ses Confessions, Rousseau évoque le
souvenir d’une fessée de sa préceptrice, qui le pousse, une fois adulte, à retrouver cette situation
de soumission pour éprouver du plaisir.
Un film de Buñuel réalisé en 1955 en donne un autre exemple. Dans La vie criminelle d’Archibald de
la Cruz, le personnage souffre de dépression. Il raconte un souvenir d’enfance à l’infirmière qui
s’occupe de lui. Sa mère lui avait offert une boîte à musique avec une danseuse. Elle lui avait
expliqué que cette boîte appartenait à un roi et avait le pouvoir de vie et de mort sur tous les
hommes. Archibald détestait par ailleurs sa nourrice.

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Alors, pour vérifier le pouvoir de la boîte, il demanda secrètement sa mort, ce qui se réalisa : la
nourrice fut touchée par une balle pendant qu’elle regardait des combats de rue. La femme était
étendue sur le sol, le sang se répandait, et Archibald regardait le haut de sa cuisse alors découvert.
Le film nous montre que l’érotisme du personnage principal est lié à des pulsions meurtrières. Mais,
ironie de l’histoire, ce n’est jamais vraiment lui qui en est l’auteur, source de sa frustration. Son
désir de voir mourir les femmes se réalise bien, mais il s’agit toujours d’un accident ou d’un suicide.
Lorsqu’il finit par avouer ses désirs à un magistrat, celui-ci lui répond que si tous ceux qui
souhaitaient la mort d’autrui étaient arrêtés, ce serait l’humanité tout entière qu’il faudrait mettre
en prison. Soulagé par ses aveux, le héros finit par jeter la boîte à musique et se retient de tuer une
sauterelle trouvée sur un tronc d’arbre. Il rencontre alors une femme qu’il avait voulu tuer (et dont
il avait brûlé l’image en incinérant un mannequin de cire). À la fin du film, ils partent bras dessus
bras dessous.
La manière dont Freud a pensé et théorisé cette sexualité infantile est essentielle pour comprendre
la psychanalyse de l’adulte. Mais les critiques qui lui ont été faites sont compréhensibles : Freud a
fixé sa compréhension de l’enfant uniquement à partir de cette sexualité vécue à un niveau
individuel, et sans considérer la place de l’enfant par rapport à ses parents (et sa fratrie). Donald
Winnicott et Françoise Dolto proposeront une psychanalyse de l’enfant en le replaçant au cœur de
la famille.
Néanmoins, c’est bien à Freud que l’on doit les débuts de l’éducation sexuelle des enfants. Ce
thème a toujours été, et continue d’être encore aujourd’hui, tabou pour la société. Pourtant, les
enfants élaborent toutes sortes d’idées à ce sujet, basées sur des phénomènes réels (les
gémissements et les râles des parents qui feront du coït un sadisme) ou imaginaires à partir
d’éléments qu’il ignore (vagin, pénétration, éjaculation). Les bébés viennent des choux, dit-on, des
baisers, du sein maternel ou du ventre, et ils sortent par l’anus ou le nombril.
 Les pulsions sexuelles
La pulsion est première, ensuite vient son objet. Chaque pulsion se manifeste indépendamment
avant que plusieurs convergent vers le même objet. Freud proposera une mise en place de l’objet à
partir de plusieurs étapes : l’autoérotisme, le narcissisme, l’objet homosexuel et l’objet
hétérosexuel. Selon lui, l’onanisme survenant au moment de la puberté (la masturbation) ne relève
pas d’une nouvelle pulsion ; c’est une répétition, ou un retour, de l’onanisme infantile.
Selon Freud, la distinction des sexes, intervenant au niveau psychique lors du complexe de la
castration et de la formation du surmoi, se produit au niveau des genres mais pas de la libido : tout
comme ils ont un système digestif ou respiratoire, garçons et filles ont une même libido (même si
les manifestations varient).
Biologiquement, d’ailleurs, le désir sexuel est produit par la sécrétion des hormones androgènes,
communes aux hommes et aux femmes. Freud a associé le masculin à « l’actif » et le féminin au
« passif », mais en considérant que cette bipolarité était commune à chaque individu, mâle ou
femelle.
Conscient des répercussions sociales de ses propos, il déclarait cependant qu’il « faut prendre garde
de ne pas sous-estimer l’influence des organisations sociales qui acculent la femme à des situations

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passives ». Pour lui, passif et actif sont complémentaires. La pensée de Freud à propos des femmes
devance ainsi celle de Simone de Beauvoir.
Selon lui, la psychanalyse ne dira jamais ce qu’est réellement la femme, mais elle peut expliquer
comment le sujet « devient » femme dans son parcours psychique. La bisexualité est le fondement
de la sexualité de chaque personne ; la dualité entre passif et actif est même la base de l’activité
sexuelle, qu’elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle.
Pour en revenir aux premières pulsions sexuelles (avant l’autoérotisme), Freud estime que le
premier objet de la pulsion est le sein maternel. C’est de là que part la satisfaction du besoin puis
de la pulsion. Lorsque le sein n’est plus accessible au moment du sevrage, la pulsion se porte alors
sur sa propre personne, ce qui explique l’autoérotisme.
Cet autoérotisme comprend lui-même plusieurs « stades » concernant les cinq premières années
de l’enfant. Chacune de ces étapes est définie par rapport à l’objet qui est l’organe du plaisir. Les
deux premiers stades sont appelés « prégénitaux » (avant la conscience des organes génitaux). La
psychanalyse explique alors les névroses à partir de la fixation à un stade ou un autre de l’enfance.
 La bouche pour le stade oral*
L’étape est celle de l’incorporation de l’objet : l’enfant porte tout à sa bouche. Elle correspond au
début de l’individuation et sert de modèle à ce qui sera l’introjection * (passer ce qui vient de
l’extérieur vers l’intérieur), et qui deviendra le phénomène inconscient de « prendre pour soi ce qui
vient du dehors ». En psychanalyse, l’alcoolisme peut être expliqué par une fixation de l’enfant au
stade oral : il cherche le sein maternel, il « biberonne » en cherchant à boire.
Au cours du stade oral, la bouche est au centre de l’activité physique de l’enfant. Après la succion,
la première agressivité de l’enfant s’exprime par la morsure. Selon le psychanalyste allemand Karl
Abraham, ces morsures représentent le stade « sadique-oral » de l’enfant.
Si vous êtes en contact avec des enfants en bas âge, vous pourrez observer comment cette étape se
manifeste. Cette agressivité infantile est reprise dans nombre de films d’horreur : les petits enfants
se révèlent être des monstres, qui dévorent alors les autres.
 L’anus pour le stade anal*
Cette étape correspond à celle où l’enfant est confronté à la maîtrise de ses sphincters, sa décision
de garder ou libérer ce qu’il a à l’intérieur de lui. Dans le processus de défécation, il peut choisir
entre :
lâcher sa charge fécale comme premier « cadeau » à sa mère (un système d’équivalence entre
les excréments, le cadeau et l’argent qu’on dépense se met alors en place au niveau conscient) ;
de les retenir comme dans l’attitude narcissique. Karl Abraham parlera d’ailleurs du stade
« sadique-anal ».
C’est aussi l’étape où il apprend « la propreté ». C’est souvent l’entrée à l’école où, au sein de la
collectivité et de la confrontation sociale, l’enfant doit « être propre » (condition exigée par les
écoles maternelles en France, par exemple).
La psychanalyse relie une fixation au stade anal à trois comportements : la manie de tout ranger, le
réflexe d’économie rappelant l’avarice, le fait de s’entêter sur des détails.

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 Le sexe pour le stade phallique*
C’est l’étape d’unification des pulsions, en quelque sorte, avec la concentration sur les organes
génitaux. Ce stade est appelé « phallique », car, dans la compréhension de l’enfant, c’est le seul
organe génital qui existe, symbole de pouvoir. Pour Freud, ce stade est celui où culmine, et
commence à décliner, le complexe d’Œdipe.
C’est aussi à ce moment que naît le complexe de castration, marquant la sortie du complexe
d’Œdipe. Après cette étape finale de la sexualité infantile suit une période de latence ; l’enfant est
accaparé par la scolarité, les premiers apprentissages et les échanges sociaux (avant d’arriver à
l’étape du développement sexuel au moment de la puberté).
 Activité
Observez votre propre rapport à la nourriture et à la boisson pour tenter d’expliquer certains de vos
comportements. Régulez-vous votre apport alimentaire selon votre appétit ? Connaissez-vous des
épisodes de constipation ? Votre mère vous a-t-elle allaité ? Si oui, jusqu’à quel âge ? ... Analysez
vos « stades » pour déceler dans votre libido infantile des explications à vos comportements et
attitudes d’adulte.

Complexe d’Œdipe
La notion même de « complexe », très développé par Jung, est attribuée à un psychiatre allemand,
Theodor Ziehen. Il désigne un ensemble d’éléments actif dans l’inconscient. Adler développera les
complexes d’infériorité et de supériorité. Mais avant lui, Freud se concentrera sur deux complexes
en particulier, celui d’Œdipe et celui de la castration, considérés à la base du développement
psychique de l’individu depuis son enfance.
Nous avons beaucoup parlé de l’approche de Freud, mais pas encore du mythe à l’origine de sa
théorie et tout ce qu’il peut expliquer en psychanalyse.
 Le mythe d’Œdipe
Freud structure son concept autour du mythe d’Œdipe, au cœur de la tragédie grecque antique
écrite par Sophocle intitulée Œdipe roi. Œdipe est le fils du roi Laïos et de son épouse, Jocaste (qui
est aussi sa sœur). Au cours d’un premier oracle, Laïos apprend d’Apollon qu’il sera un jour tué par
son propre fils.
Pour éviter un tel destin, Laïos confie au domestique la tâche de tuer l’enfant nouveau-né. Mais,
plutôt que de le tuer, le domestique le confie à un berger. À son tour, le berger confie l’enfant au
roi de Corinthe et à son épouse. Les parents adoptifs le nomment « Œdipe » (pieds gonflés), en
référence à l’état dans lequel ils découvrent l’enfant. En grandissant, Œdipe apprend qu’il n’est pas
leur fils et il part consulter l’oracle de Delphes.
Cet oracle lui prédit qu’il tuera son père et épousera sa mère. Afin d’éviter cette fatalité, Œdipe
s’exile vers la ville de Thèbes. En chemin, il rencontre Laïos, son père naturel qu’il ne connaît pas ;
au cours d’une dispute, Œdipe le tue. Arrivé à Thèbes, Œdipe résout l’énigme du Sphinx, le gardien
de la ville. En récompense, il est donné en mariage à la sœur du roi, c’est-à-dire Jocaste, sa mère

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naturelle. Deux fils et deux filles naissent de cette union. Thèbes connaîtra ensuite la famine et la
peste.
Pour trouver une solution à ces fléaux, Œdipe consulte à nouveau l’oracle. Il apprend qu’il doit
chasser l’assassin de Laïos de la ville pour retrouver la paix. Le héros découvre seul la vérité et
apprend ainsi qu’il a commis le parricide et l’inceste. Il se crève les yeux, puis s’enfuit ; Jocaste se
suicide en apprenant la nouvelle.
 Le mythe pour Freud
Comme nous l’avons vu, le mythe sert de métaphore à Freud pour désigner un conflit psychique
intervenant très tôt dans l’enfance et lié à la sexualité infantile. Au fur et à mesure de ses
observations, il remarque la répétition d’un même phénomène entre l’âge de 2 et 5 ans : l’enfant
éprouve simultanément un désir amoureux pour le parent de sexe opposé et une haine pour le
parent du même sexe ; le sentiment est d’autant plus fort dans le cas des garçons.
La psychanalyse appelle donc « complexe d’Œdipe » tout ce qui se rapporte à cette situation,
l’amour et l’hostilité simultanés envers les parents. Dans la logique de la psychanalyse, l’inceste
n’est pas interdit parce qu’il est un objet d’horreur en soi ; il l’est parce que, au contraire, désiré par
le petit enfant. Le complexe a lieu sans que les protagonistes en aient conscience en quelque sorte,
de la même manière qu’Œdipe commet le parricide et l’inceste sans le savoir.
Enfin, simplifier ce complexe à « l’enfant veut tuer son père et coucher avec sa mère » est une
erreur. D’une part, il faut y percevoir toute la complexité de l’identification de l’enfant au père
surtout. D’autre part, il fait y voir la possible bisexualité de l’enfant dans un Œdipe « inversé » : un
petit garçon se comporte en fille pour plaire à son père et se faire détester par sa mère. Pour Freud,
cette étape est capitale pour le développement sexuel et psychique de l’individu. Après ce moment
fort, une période de latence s’installe jusqu’à la puberté.
Cette « découverte » de Freud (comme celle de l’inconscient) n’en est pas vraiment une, d’ailleurs ;
c’est plutôt une mise en évidence d’un processus commun à toute l’humanité. Se servir du mythe
pour le décrire souligne d’autant plus le caractère universel du phénomène. L’histoire est déjà
apparue et mentionnée dans la littérature avant Freud, et dans celle qui lui succède.
En témoigne par exemple cette phrase extraite du Neveu de Rameau de Diderot : « Si le petit
sauvage était abandonné à lui-même, qu’il conservât toute son imbécillité et qu’il réunît au peu de
raison de l’enfant au berceau la violence des passions de l’homme de trente ans, il tordrait le cou à
son père et coucherait avec sa mère. »
Un autre écrivain, Stendhal, décrit dans Vie de Henry Brulard (son autobiographie inachevée) ses
relations avec sa mère jusqu’à la fin du complexe : « Ma mère était une femme charmante et j’étais
amoureux de ma mère. Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu’il n’y eut pas de vêtements. Elle
m’aimait à la passion et m’embrassait souvent, je lui rendais ses baisers avec un tel feu qu’elle était
souvent obligée de s’en aller. J’abhorrais mon père quand il venait interrompre nos baisers. »
Le complexe d’Œdipe varie ainsi selon qu’il s’agit d’un garçon ou d’une fille. Le point commun reste
le passage d’une relation exclusive entre mère et enfant, interrompue par la présence ou
l’intervention symbolique du père pour « réguler » la relation triangulaire enfant, mère, père.

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Chez le petit garçon, le complexe d’Œdipe s’interrompt ou disparaît quand apparaît le complexe de
castration. Il prend alors conscience de la raison pour laquelle il ne peut atteindre sa mère : son
père demeure l’obstacle fondamental et indélogeable sur sa route, empêchant ainsi la réalisation
de son désir. Le garçon passe alors à une autre stratégie : il s’identifie au père et cherche, comme
lui, à obtenir les mêmes attentions de la part d’une femme.
Chez la petite fille, c’est le désir du « pénis » qui l’amène au complexe d’Œdipe en quelque sorte ; il
interrompt son amour envers sa mère, dépourvue de l’organe masculin. La petite fille s’imagine
alors que, grâce au pénis, elle pourra obtenir un enfant, comme sa mère avant elle.
Pour Freud, le complexe d’Œdipe organise la psyché de l’individu et participe fortement à la
naissance du surmoi. Les psychanalystes s’en servent ainsi comme d’une ligne directrice dans
l’analyse. Ils s’interrogent pour constater si le patient a été en mesure ou non d’accéder à
« l’Œdipe », déterminant même s’il souffre alors d’une névrose ou d’une psychose. La résolution de
l’Œdipe permettra ensuite de déduire les caractéristiques de chaque névrose.
Dans son ouvrage tardif Totem et Tabou, Freud retrouve le mythe dans les exemples de sociétés
primitives. Il évoque ce qui serait aussi un mythe originel : le meurtre du chef de la tribu, et du père,
par ses fils pour avoir accès aux femmes réservées à leur père. Mais, à cause de leur rivalité, les
frères finissent par aller chercher des femmes en dehors de la tribu. Par ces exemples, Freud place
le complexe d’Œdipe en principe fondateur de l’individu mais également de la société tout entière.
Tous les êtres éprouveraient cette interdiction qui empêche la satisfaction du désir face à la loi. Se
répète alors toujours cette organisation triangulaire : d’une part, l’enfant ; de l’autre, l’objet de son
désir ; entre les deux, la loi et la manière dont le triangle père, mère et enfant existe. Le complexe
d’Œdipe appartient alors à l’un des fantasmes originels dont parle Freud, une construction
psychique qui n’est pas la réalité mais servant de structure à la psyché.
Le complexe d’Œdipe se termine, meurt ou est détruit à un moment donné (correspondant au
complexe de castration, chez les garçons notamment), car le désir du sujet ne peut qu’être mis en
échec. Mais il doit se terminer, car il mène à l’angoisse de castration et à une identification envers
l’un ou l’autre des deux parents.
Selon Freud, certains phénomènes psychiques peuvent s’expliquer par le complexe d’Œdipe. Ce
serait par lui que l’enfant comprend la différence entre les sexes. Freud écrit ainsi : « Pour la
psychanalyse, l’intérêt sexuel exclusif de l’homme pour la femme n’est pas une chose qui va de
soi. » Ainsi, l’homosexualité partirait du complexe d’Œdipe et s’expliquerait par un attachement de
l’enfant au parent du sexe opposé.
Dans cette perspective, le sujet homosexuel aurait le désir inconscient d’être toujours fidèle à son
père ou à sa mère, seul homme ou seule femme qu’il pourra jamais aimer dans sa vie. La
disposition homosexuelle peut également s’expliquer ainsi : lorsque le sujet masculin s’identifie à la
mère et reste passif par rapport au père ; ou lorsque le sujet féminin s’identifie au père et adopte
une attitude active par rapport à la mère.
Mais cette interprétation psychanalytique est aujourd’hui critiquée par les homosexuels. Dans la
plupart des cas, ils s’en remettent à un choix et une situation indépendants de ces déterminismes
psychiques (comme génétiques, d’ailleurs). Freud a au moins le mérite d’avoir tenté une théorie
pour expliquer le comportement sexuel de tous les êtres humains, hétérosexuels ou homosexuels.

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Les problèmes d’éjaculation précoce et d’impuissance pourraient aussi, selon la psychanalyse, venir
d’une fixation du complexe d’Œdipe. Le sujet masculin, incapable de se détacher de l’image
maternelle en étant avec une autre femme, s’interdit lui-même de réaliser l’inceste sexuel – qu’il vit
réellement au niveau psychique. La frigidité, symptôme davantage féminin, s’expliquerait par une
fixation sur la figure maternelle, objet d’amour premier et unique.
 Activité
Reprenez vos notes sur le complexe d’Œdipe (voir première activité de ce module). Quels indices
vous amènent à comprendre la manière dont vous avez vécu cette étape ? Essayez d’y déceler une
stagnation ou plutôt une interruption ou un détournement. Si vous êtes une femme, avez-vous
toujours eu des relations avec des hommes plus âgés ou des hommes mariés ? Une absence de
père durant l’enfance peut amener l’enfant, une fois adulte, à ne penser l’autre que comme un
père fantasmé.

L’interprétation du psychanalyste
Une femme est en analyse pour des comportements névrotiques qu’elle a du mal à expliquer. Elle
se demande pourquoi elle se trompe sans cesse sur la date de décès de son chien. Elle dit toujours
qu’il est décédé en 1982 alors que c’est l’année de naissance de sa dernière fille. Le chien, lui, est
mort en 2004, année de naissance de sa première petite-fille, la fille de son aînée. Comment
pourriez-vous interpréter cette erreur qui persiste au niveau de l’inconscient ?
 Éléments de réponse
De toute évidence, l’inconscient de cette femme assimile la mort de son chien au jour où elle est
devenue grand-mère. D’autres indices amèneront certainement à sa relation fusionnelle avec son
chien, et à celle qu’elle aurait eue avec sa fille — et le complexe d’Œdipe. L’arrivée de la petite-fille
a sans doute aussi malmené la relation de la mère avec sa dernière fille, et révélé la jalousie de la
séparation lors du complexe d’Œdipe. Le rôle du chien pourrait alors être mis en parallèle avec celui
de la présence masculine qui « sépare » la mère de l’enfant. Observez tous les indices qui
pourraient renvoyer à l’Œdipe même de cette femme, son rapport à sa mère et son père. Nous
évoquerons bientôt les psychanalystes spécialisés sur la place des parents, et notamment de la
mère, dans la construction de la psyché et de l’individuation, et dans cette relation mère-fille.

Complexe de castration
La castration, ou émasculation, désigne l’opération ôtant les parties génitales. Dans la théorie de la
sexualité infantile, les deux sexes s’organisent autour du « pénis » : l’absence de pénis est une
castration ; le garçon, ayant effectivement un pénis, ressent la menace de le perdre. Le complexe ici
se réfère à la réponse fantasmée de l’enfant confronté à la différence des deux sexes : avec ou sans
pénis. À ce stade (phallique donc), le phallus est investi comme si l’enfant y portait une part de lui-
même. S’il y a menace, c’est donc aussi contre lui-même, comme une atteinte à son narcissisme.
Le complexe d’Œdipe s’achève dès qu’apparaît sa contradiction même : pour conserver son pouvoir
viril, cette virilité doit être menacée. La psychanalyse appelle ainsi « complexe de castration »

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l’ensemble des actes, affects et représentations se manifestant comme la peur fantasmée de
perdre son « pénis ». Cette menace peut provenir d’un adulte ou être fantasmée par l’enfant.
Pour garder sa virilité, et son « pénis », l’enfant n’a d’autre choix que de renoncer à la satisfaction
de son désir révélé par le complexe d’Œdipe. Si Freud a d’abord pensé que l’angoisse était produite
par le refoulement, son observation a conclu au phénomène inverse : le refoulement est produit
par cette angoisse de la castration.
La castration ici n’est pas réelle mais symbolique. Fantasmée, elle se manifeste comme une menace
vécue tout à fait sérieusement pour l’enfant. La petite fille, dépourvue de pénis, interprète même la
fente de sa vulve comme la marque d’une blessure de ce qui lui manque. En psychanalyse, ce
complexe est une angoisse, un affect correspondant à la menace d’un danger, qui participe à la
structure de la psyché humaine.
Partout où surgit l’angoisse, surgit paradoxalement un désir (ici, la menace de perdre sa virilité). La
castration est donc l’interdiction de la satisfaction du désir par la loi. L’individu est empêché de
jouir, sa profonde incomplétude et impuissance est alors montrée du doigt. Repensez au cas du
petit Hans : le père devient le cheval ; l’angoisse de castration est devenue celle d’être mordu.
Ce complexe est cependant vécu différemment selon le sexe de l’enfant. Chez le garçon, il met fin
au complexe d’Œdipe. Le fantasme de la castration intervient pour le punir de son désir ; la punition
vient du père et condamne ses activités sexuelles autoérotiques. Le complexe est alors vécu ici
comme une angoisse liée à tout ce qu’il peut perdre ou subir physiquement (accident, opération,
dents qui tombent...).
Chez la petite fille, le complexe de castration marque son entrée dans le complexe d’Œdipe et le
moment où elle sera poussée vers son père. Son absence de pénis est vécue comme un préjudice.
Elle a alors le choix entre nier ce préjudice et chercher à le réparer ou à le compenser. Cette
absence sera à l’origine de son désir de pénis au stade phallique, et donc au recours au père pour,
par exemple, avoir un enfant de lui.
Dans ce cas, on ne parle pas d’angoisse de castration mais plutôt de réaction à une perte. La petite
fille peut aussi vouloir le pénis pour sa mère plutôt que pour elle, dans un sens. Et si elle s’identifie
davantage au père, cherchant à séduire sa mère, la psychanalyse y verra une inversion de l’Œdipe,
et une disposition psychique pour l’homosexualité. Selon la psychanalyse, trois possibilités se
présentent à la petite fille après l’Œdipe :
sublimer et refouler ses désirs sexuels insatisfaits ;
accepter ce qui la pousse vers son père, le changement de désir (celui d’un pénis vers celui d’un
enfant) ;
dénier la castration (ce qui pourrait expliquer l’homosexualité).
Freud ne s’est pas attardé particulièrement sur la sexualité féminine ; ce « continent noir », comme
il l’appelait, restait encore à explorer selon lui. D’autres psychanalystes, femmes, le feront à partir
des années vingt (Marie Bonaparte, Sabina Spielrein, Hélène Deutsch ou Jeanne Lampl de Groot).
Selon Freud, c’est le narcissisme de la femme qui explique le « mystère » et l’attirance qu’on peut
avoir pour elle. Il est possible de voir aussi, au lieu de l’angoisse de castration chez la petite fille, la
menace de perdre son objet d’amour premier (c’est-à-dire la mère).

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Module 7:
COMPLEXE D’ŒDIPE, COMPLEXE DE CASTRATION,
REFOULEMENT, SUBLIMATION ET PERVERSION
Le complexe de castration peut se manifester de différentes façons et passer, par exemple, par un
complexe d’infériorité (voir théorie d’Adler dans le module précédent). Il permet à la psychanalyse
d’expliquer l’homosexualité, mais se retrouve aussi souvent au cœur de certaines névroses (le
fétichisme, par exemple).
La perversion de l’exhibitionniste peut par ailleurs s’interpréter comme la marque encore vivante
de cette angoisse de castration. Le sujet prend du plaisir à montrer ses organes génitaux, car cette
démonstration le rassure à chaque fois : il les a toujours, il n’a pas été castré.
Le fantasme de prostitution rencontré chez les sujets féminins est perçu par la psychanalyse
comme une manière de se venger de la mère, qui n’aurait pas pourvu la fille de pénis. Dans cette
perspective, l’activité de la prostituée est masculine : elle castre l’homme en banalisant son désir
contre de l’argent. On dit « elle vend son corps », mais la psychanalyse dit au contraire qu’elle le
garde pour elle. En outre, elle reçoit pénis et sperme de l’homme, mais ne lui donne rien en retour,
si ce n’est le symbole et l’imaginaire liés à la femme.

L’homme aux loups


Pour illustrer ces concepts, un cas étudié par Freud est particulièrement révélateur, celui de
« l’homme aux loups ». Jeune patient de 22 ans, cet homme est issu d’une famille d’aristocrates
russes. À l’âge de 4 ans, il est atteint d’une névrose infantile, qui se répète au moment où il
consulte Freud. Pour des raisons qui lui échappent, ce jeune homme est devenu incapable d’être
seul, de s’habiller ou même de se déplacer.
Il est surnommé « l’homme aux loups » par Freud en raison d’une vision clé servant au
psychanalyste à interpréter ses névroses : il voit plusieurs loups assis sur un arbre. Les psychiatres
qu’il a consultés ont conclu à un problème de psychose maniaco-dépressive. Freud décèle, au
contraire, une névrose obsessionnelle.
Le jeune homme fait état d’une phobie infantile des animaux. Par ailleurs, lorsqu’il était enfant et
faisait ses prières, il avait toujours à l’esprit certains blasphèmes, comme « Dieu-merde » ou
« Dieu-cochon », et des associations étranges entre la Sainte Trinité et trois crottins de cheval, par
exemple. La cure analytique parvient à remonter à un fantasme central prenant la forme d’un rêve
ou d’une vision vécue vers l’âge des 4 ans.
Dans son rêve, il se voit en train de dormir avant d’être réveillé brusquement. Par la fenêtre
ouverte, il voit six ou sept loups blancs assis sur une branche d’arbre, qui le regardent, les oreilles
dressées. Freud associe cette scène à celle de la scène primitive que l’enfant imagine, le coït
parental. Cette scène n’a pas besoin d’avoir été vue par l’enfant pour que ce dernier se l’imagine ;
sa répercussion sera toujours immense, même si elle n’a jamais été vécue réellement.
La blancheur des loups serait une référence à la chemise de nuit des parents. L’observation est
inversée (il ne regarde pas, mais est regardé), et le mouvement du coït est remplacé par
l’immobilisme des loups. L’inconscient a souvent tendance à montrer l’inverse de la réalité. Pour
Freud, cette vision manifeste une identification de l’enfant à sa propre mère, et au désir de vouloir
être un objet passif pour le père.

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REFOULEMENT, SUBLIMATION ET PERVERSION
Par le biais de l’animal, le loup – dont l’enfant aura aussi peut-être observé le comportement
sexuel –, une menace et une peur du père persiste ; elle évoque le complexe de castration. Après sa
cure, Freud se vantera d’avoir guéri son patient, mais on apprendra plus tard que l’homme aux
loups aura suivi plusieurs analyses durant le reste de sa vie.
La partie la plus importante de la théorie freudienne touche à sa fin ; le dernier point (les pulsions
de vie et de mort) sera abordé dans le prochain module. À présent, vous savez ce que cherche la
psychanalyse : définir la réalité psychique de l’individu à partir de ces mécanismes inconscients.
Dans cette approche, la réalité psychique est contraire à la réalité physique.
Le psychisme fonctionne à partir d’images, de représentations et de fantasmes. Il est animé par la
libido, l’énergie de l’amour, et régit par des pulsions cherchant à être satisfaites. Freud établit un
modèle selon lequel les névroses et psychoses naissent des conflits de ces pulsions entre le moi, le
ça, le surmoi et la réalité extérieure au sujet. Le psychisme de chacun, homme ou femme, est
organisé à partir des complexes d’Œdipe et de castration.

Pulsions sexuelles à l’âge adulte : le


refoulement, la sublimation et la perversion*
Vous comprenez maintenant l’importance du retour à ces étapes cruciales des complexes pour
tracer l’origine, comprendre, prendre conscience et désamorcer les comportements névrosés des
adultes. Reprenons certains principes de base déjà abordés pour approfondir encore le
fonctionnement des pulsions dans « l’appareil psychique » et détailler les notions de
« refoulement », « sublimation » et « perversion ».
Freud différencie trois dimensions dans sa métapsychologie :
topique : ce sont les instances psychiques, la « disposition » des pulsions selon l’endroit
(conscience, inconscient et préconscient ; moi, ça et surmoi) ;
dynamique : elle attrait aux poussées des pulsions ; c’est la répartition des forces pulsionnelles
qui sont toujours en jeu dans les conflits psychiques. La pulsion sexuelle est l’objet principal du
refoulement dans l’inconscient.
économique : elle désigne les mouvements et les échanges de forces pulsionnelles ; c’est le
devenir de ces forces dans le développement du psychisme. Dans cette logique, on peut investir,
désinvestir ou réinvestir une pulsion, comme on le fait pour un capital boursier.
Très souvent, le premier objet de la pulsion étant inatteignable dans le réel, le sujet trouve un
objet-prétexte pour assouvir son désir. Ainsi, une personne réprimandée au travail par son
employeur pourra s’en prendre à sa femme ou ses enfants, une fois revenu chez lui ; un homme
séduit par une femme dans la rue cherchera à satisfaire son désir sur son épouse.
La plupart des désirs ne sont jamais satisfaits. Qu’ils le soient ou pas, ils ne disparaissent pas, mais
se déplacent dans l’appareil psychique. La pulsion inassouvie apparaît sous forme de symptômes,
d’actes manqués, de rêves... Deux conséquences sont alors observées (considérés parfois comme
deux possibilités supplémentaires au refoulement et à la sublimation) :

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le renversement : le retournement de la pulsion en son contraire, passant ainsi de l’actif au
passif (l’exhibitionniste devient voyeur, le sadique devient masochiste, etc.) ou le retournement
du contenu de la pulsion en son contraire (l’amour devient haine, le désir devient
l’angoisse, etc.) ;
le retournement : vers la personne elle-même ; Nietzsche évoque ainsi, avant Freud, la manière
dont ce qui ne peut « sortir » de l’individu se retourne alors vers lui-même, amenant la
mauvaise conscience et la culpabilité. Les détenus en prison en sont l’exemple : ils s’en prennent
à eux-mêmes, à défaut de pouvoir s’en prendre au monde extérieur.
 Le refoulement
Cette notion a été sommairement définie dans le glossaire général, dès le premier module de cette
formation. Revenons à présent en détail sur ce processus capital défini comme « le pilier sur lequel
repose l’édifice de la psychanalyse ». La découverte de Freud sur le refoulement des pulsions a
permis à la psychanalyse de dépasser la catharsis, qui fait vivre de nouveau l’épisode traumatique
pour au contraire désamorcer le refoulement inconscient en y ajoutant une prise de conscience et
un acte de jugement.
Le refoulement survient à chaque fois que le sujet n’a pas conscience de lui-même, de son geste, de
ses pensées, de ses mots, lorsqu’il « ne se rend pas compte ». La représentation de sa pulsion ne
peut pas être investie psychiquement « en conscience ». Son contenu affectif est alors détaché de
la représentation et peut s’attacher à d’autres représentations détournées, anodines, sans danger...
Ainsi, une femme qui cherche à conquérir des hommes pourra détourner son désir sur le gain
financier, par exemple. La représentation est alors ce qui est refoulé, mais l’affect ne l’est pas : il est
réprimé, se déplace (comme dans la névrose obsessionnelle) ou se transforme (dans la paranoïa,
par exemple). Le refoulement n’a ainsi aucune prise sur la pulsion de départ, il ne concerne que les
représentants psychiques de cette pulsion. Le refoulement est aussi toujours mouvant, car il
dépend de la pulsion, active en permanence.
Le désir non satisfait continue ainsi de vivre dans la part la plus enfouie de l’être, cet inconscient au
cœur de la pensée psychanalytique. Il réapparaît de temps en temps à la surface de la conscience, à
des moments opportuns mais jamais au hasard, sous forme de rêves, d’actes manqués, de lapsus,
de symptômes... L’inconscient montre une certaine intelligence comparable à la ruse.
Pour l’illustrer, prenons l’exemple du personnage de Charlie Chaplin, Charlot, dans l’un de ses
premiers films. Véritable clochard, le personnage est refoulé à l’entrée d’un bal masqué ; ce n’est
que lorsqu’il prétend être déguisé en clochard qu’il finit par être accepté. Le refoulement
fonctionne ainsi : les désirs refoulés ne peuvent revenir à la conscience que lorsqu’ils sont déguisés
(transformés).
Ce déguisement correspond alors à la névrose. Prenons pour exemple le cas des phobies naissant
d’une projection : le danger intérieur est projeté sur la réalité extérieure, car il est possible de
« fuir » le danger extérieur (mais pas celui qui est à l’intérieur de soi, à moins de recourir à d’autres
moyens de fuir : drogue, alcool, divertissements...). La phobie des animaux de l’homme aux loups
est ainsi le moyen pour le petit garçon de fuir la peur de la castration de son père (transformé en
loup).

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Le refoulement est ainsi partout : dans chaque terme utilisé par le sujet, mais aussi dans chaque
relation. Pour illustrer le renversement opéré dans le refoulement, il suffit de penser aux relations à
long terme entre deux personnes (les rapports parents-enfants, une longue amitié, un mariage de
longue date...) : l’amour est au centre de la relation, mais la haine et l’hostilité également. Des
conflits s’observent entre deux individus qui pourtant s’aiment. Ainsi s’expliquent la capacité à
surmonter un deuil, même terrible, et le faible taux de suicides après la mort de l’une des
personnes dans la relation.
Wilhelm Reich concevait le refoulement sexuel différemment de Freud. Défenseur de « l’hypothèse
répressive », Reich le considérait comme le moyen d’exprimer une répression sociale et politique ;
l’inventeur de la psychanalyse pensait qu’il appartenait à l’organisation psychique de tout individu.
Pour les freudiens, ce qui est « refoulé » ne l’est pas à cause d’une répression sociale ou politique,
mais à cause d’une impossibilité dans la formation du moi. Dans Totem et Tabou, Freud explique
que le refoulement est à l’origine de ce qui est interdit, et non l’inverse.
 Activité
Observez la présence du refoulement dans les mots de tous les jours. Avez-vous, par exemple,
remarqué combien les termes désignant les activités sexuelles, les comportements inappropriés et
les autres contenus « inconvenables » socialement sont détournés ou modifiés ? Ainsi, « coït » est
remplacé par « câlin », « pornographique » par « coquin », et « fellation » par « gâterie ». Chaque
couple ou relation invente même son propre langage pour refouler les contenus « inacceptables »
de l’activité sexuelle. Observez ce principe du refoulement dans votre cas personnel et dans votre
entourage. Quelles sont ainsi les expressions ou les mots que vous avez du mal à exprimer
« franchement » et simplement et que vous remplacez par des synonymes ou des images qui
« détournent » la réalité du signifiant ?
 La sublimation
La sublimation est le deuxième choix de la pulsion non satisfaite (quand celle-ci n’est pas refoulée).
Ici, la pulsion est déplacée vers un plan « idéal ». La sublimation désigne le processus se produisant
lorsque la libido remplace l’objet sexuel par un objet valorisé socialement : le sport, l’art, le jeu, etc.
Là où le refoulement donne lieu à des névroses, la sublimation permet de satisfaire le sujet.
Freud écrit que la sublimation se produit grâce à « la faculté d’échanger le but qui est à l’origine
sexuel contre un autre qui n’est plus sexuel, mais psychiquement parent avec le premier ». La
névrose « défigure » là où la sublimation « transfigure ». Dans le processus de sublimation de la
pulsion peut également révéler une spiritualisation de celle-ci.
Lacan opposera la sublimation relevant de la pulsion à l’idéalisation liée à l’objet de la pulsion. En
revanche, il établit un lien entre la sublimation et la perversion, car ce sont deux possibilités de
transgression du principe de réalité par rapport au principe de plaisir.
 La perversion
Ce qui est révolutionnaire et difficile à accepter avec la psychanalyse, c’est qu’elle va à l’encontre
de ce que la société considère comme « la sexualité normale » : les perversions sexuelles n’ont rien
de monstrueux et d’inacceptable ; ce sont elles qui sont au cœur d’une sexualité pouvant justement
devenir normale.

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La perversion est à comprendre comme le trait exagéré d’un fonctionnement sexuel « normal »,
c’est-à-dire « sain ». Cette exagération met en avant une partie du corps par exemple, mais elle est
aussi essentielle pour la reconnaissance de l’identité de l’individu.
Freud estime que la névrose est l’inverse de la perversion : le névrosé souffre de la frustration et
des substitutions produites par le refoulement ; le pervers jouit de la satisfaction de ses pulsions.
Contrairement aux affirmations des médecins en vogue à l’époque, et encore actuellement, le
pervers n’est pas un malade mental, même si certaines formes de perversion se retrouvent
effectivement dans les psychoses.
La perversion de l’adulte rend compte d’une fixation régressive : le comportement ou les goûts du
sujet se fixent sur une pulsion sexuelle partielle relevant de l’enfance. La perversion remonte donc
à une étape précédent la réunification (ou la synthèse) des pulsions sexuelles de l’enfant, c’est-à-
dire la maîtrise de sa libido. Remarquez comment les perversions divergent selon le sexe du sujet :
peu de cas de voyeurisme, de fétichisme ou de sadisme concernent les femmes.
Le psychiatre Richard von Krafft-Ebing (1840-1902) est le premier à avoir répertorié les perversions
dans un livre publié en 1886, Psychopathia sexualis. Il est à l’origine de l’appellation de deux
perversions : le sadisme et le masochisme. En partant de ce travail, Freud avancera que les
aberrations les plus terribles sont en fait une idéalisation des pulsions sexuelles. Il distinguera les
perversions selon deux critères et les qualifiera de « pathologiques » lorsqu’elles dépassent
l’entendement (comme pour la coprophagie ou de la nécrophilie, par exemple) :
à partir de leur objet de fixation : c’est le cas de la pédophilie (enfants), de la zoophilie
(animaux) et de la nécrophilie (cadavres) ;
à partir de leur but : c’est le cas du sadisme, du masochisme, du voyeurisme, de
l’exhibitionnisme, du fétichisme...
La psychiatrie a classé l’homosexualité parmi les maladies mentales jusque dans les années
soixante-dix et l’a considéré comme une « perversion » jusqu’en 1984. Dans le répertoire américain
des maladies mentales de l’année 1994 (DSM-IV) figurent trois catégories de troubles sexuels : les
dysfonctions sexuelles (impuissance, éjaculation précoce, vaginisme...), les paraphilies
(homosexualités, entre autres) et les troubles de l’identité (transsexualités, etc.).
La pensée moderne de Freud devance son temps sur le thème de l’homosexualité, en se basant
notamment sur l’interprétation du complexe d’Œdipe. Pour le psychanalyste, il ne s’agit en aucun
cas d’une maladie mentale ou d’une perversion, mais d’une différence de fonctionnement sexuel ;
elle aurait pour origine une interruption du développement sexuel psychique de l’enfant.
Freud répond ainsi à la lettre d’une mère lui demandant conseil pour son fils en ces termes : « Je
crois comprendre d’après votre lettre que votre fils est homosexuel. J’ai été frappé du fait que vous
ne mentionnez pas vous-même ce terme dans les informations que vous me donnez à son sujet.
Puis-je vous demander pourquoi vous l’évitez ?
L’homosexualité n’est évidemment pas un avantage, mais il n’y a là rien dont on doive avoir honte,
ce n’est ni un vice, ni un avilissement et on ne saurait la qualifier de maladie ; nous la considérons
comme une variation de la fonction sexuelle, provoquée par un certain arrêt du développement
sexuel. »

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La lettre se poursuit par l’évocation de célébrités reconnues homosexuelles, comme Michel-Ange
ou Léonard de Vinci, puis par cette conclusion : « C’est une grande injustice de persécuter
l’homosexualité comme un crime, et c’est aussi une cruauté. » Freud, comme Otto Rank, n’ont ainsi
pas interdit aux homosexuels de devenir psychanalystes, au contraire de Karl Abraham.
Le fétichisme est une perversion principalement masculine. La femme ne peut, en effet, distinguer
son sexe du reste de son corps, mais elle peut néanmoins fétichiser son corps tout entier. Le terme
« fétichisme » est emprunté au vocabulaire religieux. Alfred Binet, l’inventeur de la psychologie
différentielle, s’en sert pour la première fois en 1887 pour désigner une perversion sexuelle.
Karl Marx s’en sert également, mais pour évoquer la « perversion du capital » comme « fétichisme
de la marchandise » : le produit est détaché de celui qui l’a produit (le travailleur). Le fétichisme
intéresse beaucoup la psychanalyse. Selon elle, le fétiche est l’objet qui remplace symboliquement
le pénis dont l’enfant constate l’absence chez sa mère. La perversion ici vient du déni de la
castration.
Pour illustrer les propos précédents sur le refoulement, l’angoisse de la castration est refoulée mais
sa représentation (le sexe dénué de pénis) est objet de déni pour le fétichiste. Par conséquent, ce
dernier jouit en portant son désir sur un objet (la chaussure, les cheveux, etc.) : le simple contact de
celui-ci peut alors provoquer l’orgasme chez le fétichiste. En isolant et en se fixant sur des parties
ou des actes séparés de la totalité, la pornographie peut être considérée comme du fétichisme.
 Activité
Observez-vous des perversions chez vous et autour de vous ? En toute honnêteté, cherchez à
détecter les caricatures, ces traits exagérés, de votre comportement sexuel pour approcher votre
sexualité et certains contenus de votre organisation psychique y afférant. Reprenez votre carnet et
poursuivez votre auto-analyse pour faire remonter des contenus inconscients vers votre
conscience.

L’interprétation du psychanalyste
Vous rencontrez un jeune homme marié depuis cinq ans. Il souffre de phobies et d’épisodes
paranoïaques (où il pense qu’on le déteste) depuis que son épouse voyage pour son travail et
s’absente donc du domicile conjugal. Il vous parle du désir de sa femme, et du sien – ajoute-t-il
après un moment –, d’avoir un enfant. Voilà au moins deux ans qu’ils essayent, sans succès. Il vous
raconte par ailleurs un rêve « mouillé » (érotique) qu’il a fait lorsque sa femme était absente et qui
s’est terminé par une « pollution nocturne » (éjaculation involontaire). Dans son rêve, il éprouvait
du désir pour un ami qu’il respecte beaucoup et qui l’impressionne même par son autorité. Vers
quelles pistes d’interprétation vous mènent ces révélations ?
 Éléments de réponse
Il serait intéressant ici de remonter au tout début du développement sexuel de l’enfant et aux
étapes des complexes d’Œdipe et de castration. Ses problèmes viennent très probablement de
désirs refoulés par rapport à son père et sa mère. On pourrait ici envisager une inversion du
complexe d’Œdipe et une possible homosexualité (en raison du désir et de la peur de cet ami, qui
incarne également le père « par son autorité »). L’absence de l’épouse, autre figure maternelle, lui

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permet de vivre totalement sa pulsion sexuelle envers le père, mais aussi la menace de celui-ci. Ses
phobies et sa paranoïa pourraient indiquer justement qu’il n’a pas encore conscience de ses
pulsions sexuelles, et de sa possible homosexualité. Encore aujourd’hui, les persécutions envers les
homosexuels et les préjugés empêchent les individus de s’exprimer ouvertement, dans tous les
sens du terme.

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