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Module 2 Cours 3

Le module 2 de la formation en psychanalyse aborde l'histoire de la psychanalyse et la vie de Sigmund Freud, en se concentrant sur la notion d'inconscient et ses antécédents philosophiques. Il explore comment Freud a intégré des idées préexistantes tout en développant ses propres concepts, notamment à travers des références à des penseurs comme Descartes et Platon. Le document invite également à une réflexion personnelle sur l'anamnèse et l'impact des souvenirs sur notre comportement.

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Module 2 Cours 3

Le module 2 de la formation en psychanalyse aborde l'histoire de la psychanalyse et la vie de Sigmund Freud, en se concentrant sur la notion d'inconscient et ses antécédents philosophiques. Il explore comment Freud a intégré des idées préexistantes tout en développant ses propres concepts, notamment à travers des références à des penseurs comme Descartes et Platon. Le document invite également à une réflexion personnelle sur l'anamnèse et l'impact des souvenirs sur notre comportement.

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FORMATION EN PSYCHANALYSE

MODULE 2
Module 2:
HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE, LA VIE DE
SIGMUND FREUD
 Activité
Pourriez-vous raconter votre vie en quelques étapes clés ? Reprenez votre carnet de notes et
réfléchissez à votre récit. En psychanalyse, on appelle « anamnèse » le fait de remonter aux
souvenirs d’enfance. Choisissez de narrer votre parcours en prenant un thème ou un sujet qui vous
tient à cœur. Sinon, faites-en un résumé général en vous concentrant sur ce qui prévaut depuis
votre naissance jusqu’à aujourd’hui (remontez même à votre conception – la grossesse de votre
mère – et à vos ascendants, si cela vous semble pertinent). Essayez alors d’identifier trois à cinq
épisodes marquants. Pour le moment, contentez-vous simplement de vous souvenir, sans chercher
à interpréter, mais autorisez-vous à établir des rapports et des associations s’ils semblent
révélateurs. Par exemple, la naissance d’un frère ou d’une sœur à un âge en particulier peut
représenter une étape importante dans votre vie. Vous pourriez même relier simultanément cet
événement à un autre (le report ou la recherche d’affection envers une autre personne que votre
mère ou votre père).

L’inconscient avant Freud


Pour bien comprendre la psychanalyse, revenons à ce qui la précède et à sa naissance. « Rien ne se
crée, tout se transforme » aurait dit Lavoisier (1743-1794). Ce que Freud (1856-1939) inventera
près d’un siècle plus tard était déjà là. Mais son concept de l’inconscient (voir module 1) n’est
devenu « pensable » et descriptible que lorsque cela a été possible. Il n’a été possible de l’articuler,
de l’exprimer et de le concevoir qu’à un certain moment.
Prenons l’image suivante pour expliquer ce cheminement : l’individu peut de nos jours « penser »
comme un sujet propre, indépendant de sa « famille » et sa « patrie » parce qu’il s’est transformé
au gré des phénomènes de révolution (Révolution française, révolutions industrielles, avènement
des républiques...). L’invention de l’inconscient participe de cette conception que chaque personne
fonctionne singulièrement, constituant un être à part entière, distinct des autres, mais vivant en
même temps au sein d’un groupe.
« C’était dans l’air du temps », pourrait-on dire. L’époque, le contexte, la culture et le pays même
peuvent aider à comprendre pourquoi l’invention de Freud a été possible, ou en tout cas
compréhensible. Rappelons que le XIXe siècle est celui des premiers grands développements de la
médecine, incluant les découvertes de Louis Pasteur (1822-1895), entre autres. C’est aussi l’époque
des développements de la psychologie, et notamment de la psychologie expérimentale, l’attention
se portant sur les maladies mentales. L
es savants de cette époque appartenaient aux courants du positivisme (« les phénomènes peuvent
expliqués par les lois scientifiques ») et du matérialisme (« tous les phénomènes relèvent de
composantes matérielles »). Freud s’inscrit dans l’héritage de cette tradition scientifique et
philosophique tout en s’immisçant dans les zones inconnues apparemment laissées de côté par ces
penseurs. Plutôt que d’ériger en dogme les idées de l’époque axées sur l’hérédité et la
dégénérescence, il reprend les remises en question soulevées par d’autres penseurs avant lui.
Comme pour les découvertes scientifiques, les mêmes pensées et idées se retrouvent chez les uns
et les autres. C’est ce qui explique la course au brevet pour devenir le propriétaire de telle ou telle
invention. Freud semble être conscient de ce phénomène lorsqu’il écrit au romancier Arthur

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Module 2:
HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE, LA VIE DE
SIGMUND FREUD
Schnitzler (1862-1931) son appréhension de le rencontrer. Il ressent, en effet, que ce dernier a
perçu intuitivement ce que lui-même a mis tant de temps et d’efforts à trouver. L’inventeur de
l’inconscient avoue aussi ne pas avoir vraiment lu Nietzsche (1844-1900), au cas où certaines de ses
idées figureraient dans les écrits du philosophe.
Sans vouloir ôter la dimension géniale des découvertes de Freud, il faut bien comprendre que
nombre de ses techniques viennent de prédécesseurs ou de contemporains. Par exemple, et pour
illustrer ce dernier cas, la manière de procéder par association d’idées et d’images, appliquée par
Freud durant la cure psychanalytique, est attribuée à Wilhelm Wundt (1832-1920), l’un des
premiers théoriciens allemands de la psychologie expérimentale. Ce dernier proposait un mot à son
patient en l’invitant à faire toutes les associations d’idées par des réponses spontanées.
Vous trouverez un exemple de cet exercice repris par Jung, alors disciple de Freud, dans le film de
Cronenberg, A Dangerous Method (2011). Le terme de « fétichisme » est emprunté au psychologue
français Alfred Binet (1857-1911), inventeur également du quotient intellectuel. La « pulsion de
mort » évoquée par Freud provient en fait des travaux menés par l’une de ses disciples, Sabina
Spielrein (1885-1942), plus connue cependant pour sa relation avec Jung. Plus tard, Freud désignera
l’inconscient par « le ça », terme emprunté au psychanalyste Georg Groddeck (1866-1934), qui
l’aurait lui-même pris à Nietzsche.
Pour comprendre cette naissance du concept de « l’inconscient » par Freud et ses antécédents, il
faut revenir sur plusieurs points, apparemment évidents, relevant de la philosophie et de l’histoire
de la conscience.
 Activité
Quelles références vous renvoient à ces « forces » inconnues que vous détenez en vous ?
Réfléchissez à vos propres expériences et à vos connaissances sur les différentes philosophies et
époques, les textes anciens ou d’autres sources précédant l’époque de Freud. Par exemple, pensez
à la phrase « je sais que je ne sais rien ». Savez-vous d’où vient-elle ? Inscrivez ou non ces réflexions
dans votre carnet. Quelques éléments de réponse se trouvent dans la suite de ce module.

Ce qui n’est pas conscient


L’idée de l’inconscient est à relier à différentes notions évidentes dans toute l’histoire occidentale
précédant le XIXe siècle. Tout d’abord, l’adjectif « inconscient » a toujours existé (au contraire du
substantif inventé par Freud, « l’inconscient ») pour distinguer ce qui ne nous est pas conscient.
Cette idée d’être inconscient était appelée « ignorance » par les Grecs de l’Antiquité. Il faut alors
comprendre ainsi les paroles de Jésus : « Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Il en va de même pour la célèbre remarque de Socrate (470-399 av. J.-C.) selon laquelle il sait qu’il
ne sait rien, à l’inverse des sophistes qui croient savoir. On perçoit déjà ici la différence entre une
erreur (inconsciente ou ignorante) et un mensonge (conscient et en connaissance de cause).
Parallèlement, il est constant que la majorité de notre fonctionnement physique et psychique est
« inconscient ».
Sur le plan physique, certains phénomènes échappent à notre conscience : la dilatation de notre
pupille selon l’intensité lumineuse, l’alternance des cellules mortes à la surface de l’épiderme, la

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Module 2:
HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE, LA VIE DE
SIGMUND FREUD
pousse des cheveux... « Inconscient » signifie ici : tout ce dont on ne se rend pas compte. Le
philosophe Bergson (1859-1941) évoque ainsi le mécanisme : selon lui, la conscience s’endormirait
avec la répétition, et seul un obstacle la réveillerait. Ainsi marche-t-on sans s’en rendre compte vers
le travail, et conduit-on également sans s’en rendre compte.
Au niveau de la pensée, avant même de parler de l’inconscient, les philosophes avaient déjà mis en
évidence la dimension mentale qui nous est inconnue. Descartes (1596-1650), père du célèbre « je
pense donc je suis », écrivait justement que l’âme pensait toujours mais qu’elle ne savait pas.
Leibniz (1646-1716) parle des « petites » perceptions inconscientes, si petites, continues ou
confuses, qu’on finit par ne plus les percevoir malgré leur présence. C’est le cas de personnes
habitant en ville, au-dessus d’un boulevard bruyant : ils finissent par ne plus entendre le bruit,
même s’il est là.

La mémoire
La façon dont la mémoire semble sélectionner et agir indépendamment de notre conscience a été
mise en évidence par plusieurs philosophes, dès l’Antiquité. Le même Descartes évoquait les poètes
qui écrivaient, sans s’en rendre compte, des vers de poésie qu’ils avaient, en fait, déjà lus chez
d’autres. Il suffit également de penser à l’oubli même et à son caractère arbitraire, en apparence :
la conscience semble perdre sa relation avec des faits réels vécus. Certains de ces faits
« remontent » pourtant à la mémoire dans les états de veille ou de sommeil, par exemple en rêve.
Descartes raconte, à cet égard, un souvenir d’enfance. Il aimait une petite fille de son âge qui
louchait et aurait alors toujours senti une certaine émotion en voyant une femme loucher. À partir
du moment où il associait sa réaction spontanée au souvenir, il cessait d’éprouver cette émotion.
Dans son propos, Descartes énonce deux grandes lignes de la psychanalyse : notre comportement
illogique trouve son origine dans l’enfance ; la reconnaissance de ces origines permet d’éliminer les
symptômes.
Platon (428-348 av. J.-C.) avait déjà développé une théorie de la réminiscence : selon lui, chaque
homme disposait d’un savoir inconscient qui pouvait lui revenir à la mémoire. C’est sur cette
théorie que repose la « maïeutique socratique », qui a fortement inspiré la psychanalyse. Elle est
définie comme un art d’accoucher (au niveau de l’esprit plutôt que du corps) : arriver à mettre au
jour ce que l’on sait au plus profond de nous.
Plus tard, le philosophe Bergson donnera l’image suivante de la mémoire : un cône dont la pointe la
plus fine et étroite serait la mémoire active, l’autre extrémité plus large représentant les souvenirs
les plus flous et inaccessibles. Selon lui, dans cette dernière zone se situe l’amnésie. Deux sortes de
mémoires se distinguent alors : une mémoire consciente, bien moins importante en taille que
l’autre mémoire, inconsciente. Cette idée sera reprise dans la théorie de Freud.
Prenons un autre exemple d’amnésie : le syndrome appelé « prosopagnosie ». Une personne
touchée par ce syndrome n’est plus capable de reconnaître des individus qui lui sont familiers,
notamment sur des photographies. En revanche, si on lui présente des photos et on lui demande
avec qui elle aimerait passer une journée, elle choisira toujours quelqu’un de son entourage. Ceci
montre bien qu’une certaine zone de la mémoire subsiste.

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Module 2:
HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE, LA VIE DE
SIGMUND FREUD
 Activité
Que pouvez-vous dire de votre mémoire ? Est-elle visuelle, olfactive, sensorielle ? Ressentez-vous le
besoin de « ne pas vous souvenir » de certaines choses ? Si oui, reprenez votre carnet et essayez d’y
repenser, même si le souvenir est désagréable. L‘important est de faire l’exercice pour vous-même.
Cependant, rien ne vous empêche ensuite d’être attentif à votre entourage et de remarquer
simplement combien chacun sélectionne ses souvenirs d’une façon ou d’une autre.

L’amour-propre
Écrivain du XVIIe siècle, La Rochefoucauld (1613-1670) est connu pour ses maximes moralistes.
L’une de ses idées nous intéresse : celle selon laquelle il existe une grande différence entre la
réalité d’un homme et la manière dont il se la représente. Cette représentation serait l’expression
de l’« amour-propre », les désirs et volontés cachés en chacun de nous :
« Rien n’est si impétueux que ses désirs, rien de si caché que ses desseins, rien de si habile que ses
conduites ; ses souplesses ne se peuvent représenter, ses transformations passent celles des
métamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie. On ne peut sonder la profondeur, ni percer
les ténèbres de ses abîmes. L
à il est à couvert des yeux les plus pénétrants ; il y fait mille insensibles tours et retours. Là il est
souvent invisible à lui-même, il y conçoit, il y nourrit et il y élève, sans le savoir, un grand nombre
d’affections et de haines ; il en forme de si monstrueuses que, lorsqu’il les a mises au jour, il les
méconnaît ou il ne peut se résoudre à les avouer. »
Déjà ici, et plus de deux siècles avant Freud, certains termes repris par la psychanalyse
apparaissent : « profondeur » « transformation », « caché », « invisible », etc.
 Activité
Quelles manifestations de votre amour-propre apparaissent dans un épisode récent de votre vie ?
Avez-vous été entraîné dans un état émotionnel à cause d’un désir ou d’une envie que vous n’avez
pas pu exprimer ou satisfaire ? Essayez d’approfondir la question et de définir quelques pistes de
travail pour la suite ; notez-les scrupuleusement dans votre carnet.

Ne pas savoir ce que l’on fait


L’histoire montre que les hommes, lorsqu’ils agissent, ignorent les conséquences de leurs actes.
Ainsi en est-il des grandes figures historiques telles Alexandre Le Grand, qui ne pouvait pas savoir
que son invasion de l’Inde bouleverserait les représentations du Bouddha (la tunique grecque du
Dieu en est l’exemple). De même, la psychanalyse mettra au cœur de ses principes cette idée que le
sens excède la représentation.
Un autre philosophe allemand, Kant (1724-1804), estimait que le génie et l’acte artistique étaient
guidés par une instance inconsciente, impossible à soumettre à des règles, à la différence du travail
d’un ingénieur. C’est ce qui explique qu’un artiste ne peut pas vraiment donner de justification à
son œuvre. Les artistes et philosophes romantiques désigneront ce qu’on nomme aujourd’hui
« inconscient » par les termes « inspiration », « passion », « folie », « imagination », etc.

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Module 2:
HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE, LA VIE DE
SIGMUND FREUD
À partir de là, certaines altérations de la conscience, comme le rêve ou la consommation de drogue
et d’alcool, sont exaltées. Ainsi, un poète romantique allemand, Carl Gustav Carus (1789-1869)
écrivait : « La clé de l’essence de la conscience se trouve dans l’inconscient ». Le sens de ce dernier
est ici particulier : c’est celui, actif et romantique, permettant à l’homme de renouer avec la nature
universelle ; et non celui, passif et psychanalytique, à l’origine des maux existentiels de chaque être.
Néanmoins, comme chez Freud où l’inconscient ignore le présent, l’inconscient des Romantiques
représente cet accès à une mémoire et un pressentiment infinis, relevant d’un savoir supérieur.
Ainsi, le poète Carus le compare-t-il à la précision innée du pigeon voyageur. Dans cette ambiance
romantique, le philosophe Schopenhauer (1788-1860) nomme « volonté » ce qu’un autre penseur
allemand quasi contemporain, Eduard von Hartmann (1842-1906), appelle « inconscient ».
Tous deux se réfèrent à une force universelle cosmique invisible et inconnue circulant dans toutes
choses (physiques, psychiques, vitales...). Cette volonté universelle explique tous les phénomènes
naturels, de la chute des feuilles aux mouvements des planètes. Freud associera cette « volonté »
inconsciente de Schopenhauer à ce qu’il nommera les « pulsions ».
Cette « volonté cosmique » émise par Schopenhauer et von Hartmann sera appelée « volonté de
puissance » chez Nietzsche. Ce dernier aura à cœur, dans l’ensemble de sa pensée, de critiquer
toutes les illusions de la conscience. En ce sens, il est l’un des grands précurseurs des découvertes
de Freud, car il montre combien nos activités sont inconscientes.
Par ailleurs, le premier à utiliser le substantif « l’inconscient » est un autre poète romantique
allemand, Novalis (1772-1801). Mais l’usage partagé du terme dans cette forme grammaticale est
lié au livre d’Eduard von Hartmann, Philosophie de l’inconscient (1870).
Il est prudent de distinguer clairement « l’inconscient » de ce que nous nommons
« l’inconscience », cette dernière désignant un arrêt ou une disparition totale de la conscience.
L’inconscience constitue un état, là où l’inconscient est plutôt une réalité psychique.

Du groupe du mercredi aux sociétés de


psychanalyse
Le « groupe du mercredi » désigne les réunions hebdomadaires menées dans les années 1890 au
domicile de Sigmund Freud, à Vienne (Autriche), par celui-ci et son ami médecin, Wilhelm Fliess.
Intellectuels, médecins et philosophes, en majorité d’origine juive, y sont conviés pour discuter de
leurs idées, découvertes et travaux.
Une grande part des participants deviendront psychanalystes par la suite. Dans ce groupe du
mercredi, qui dura cinq ans, les discussions tournent autour de la remise en question des pensées
« fin de siècle » ; les protagonistes cherchent à s’extraire de la tendance à la morosité, dans ce
XIXe siècle finissant confronté aux problèmes politiques, aux difficultés économiques, aux
manifestations d’antisémitisme...
La réunion se déroulait toujours ainsi (et ce procédé était une règle d’or du groupe) : en début de
séance, un tirage au sort désignait une personne pour s’exprimer librement et sans rien avoir
préparé à l’écrit. Après cette intervention improvisée, une discussion commençait entre toutes les

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Module 2:
HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE, LA VIE DE
SIGMUND FREUD
personnes. Peu à peu, et grâce à ce fonctionnement, la technique de la psychanalyse a été
inventée, tout en étant pratiquée.
Cette sorte de rituel en groupe a permis de remettre en question le contrôle permanent (et
conscient) de l’individu (puisqu’il doit improviser) et le contrôle du groupe (car le tirage au sort
élimine les logiques de contrôle d’un chef sur un groupe d’individus ou un ordre établi « à tour de
rôle »).
En 1907, la toute première société psychanalytique voit le jour en Suisse, où résident de nombreux
disciples de Freud, dont Jung. C’est également dans ce pays que s’ouvre la première clinique
spécialisée dans les traitements psychanalytiques, le Burghölzi à Zurich, et que la psychanalyse est
enseignée pour la première fois dans les universités.
Le développement de la discipline se poursuit ensuite en Autriche (à Vienne, évidemment, où tout
avait commencé avec le groupe du mercredi), puis en Allemagne. Ainsi, Vienne, Zurich et Berlin
représentent les places fortes de la naissance et du développement de la psychanalyse.
Rapidement, d’autres sociétés de psychanalyse sont également formées : dès 1911 aux États-Unis,
grâce à un fidèle de Freud, Ernest Jones, puis dès 1913 en Grande-Bretagne.
 Activité
Que savez-vous de Freud ? Quelle image ou phrases associez-vous à lui ? Avez-vous déjà vu des
films, des documentaires ou lu des livres à son sujet ? Avant de trouver les réponses dans la suite
du module, résumez en quelques mots les points les plus importants de sa biographie, sans faire de
recherches. Notez tout cela dans votre carnet.

Sigmund Freud (1856-1939)


La règle d’or du groupe du mercredi était de n’instituer aucun chef pour mener la séance.
Cependant, il est clair que les fondements de la psychanalyse ont, dès le début, été instaurés par
Freud. Ses collaborateurs et disciples l’ont décrit comme ayant une personnalité forte et
charismatique, s’exprimant de façon directe, manifestant de l’intransigeance et de la résolution.
Ajoutons à ce portrait une certaine modestie, qui a pu le faire apparaître pessimiste, mais qui se
combinait, chez lui, avec une grande ambition. Freud cherchait véritablement à faire connaître son
invention au grand nombre et à révolutionner le monde de la médecine. Il y voua sa vie, tant et si
bien que lire sa biographie, c’est lire finalement toute l’histoire de la psychanalyse.
 Enfance
Sigmund Freud est né le 6 mai 1856 à Freiberg dans la province de Moravie, appartenant alors à
l’empire austro-hongrois (aujourd’hui à la République tchèque). Son véritable prénom est
Sigismund, mais il le changera en 1878 pour Sigmund. Ses parents sont tous deux juifs. Son père,
Jacob Freud, est un négociant en textiles. La mère de Freud, Amalia Nathansohn, est la troisième
femme de son père. Freud est le premier enfant d’Amalia, ce qui marquera son histoire.
Il explique ainsi son ambition et sa personnalité : « Quand on a été sans conteste l’enfant de
prédilection de sa mère, on garde pour la vie ce sentiment conquérant, cette assurance de succès
qui, en réalité, reste rarement sans l’amener. » On trouve également une anecdote intéressante sur

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HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE, LA VIE DE
SIGMUND FREUD
la naissance de Freud. Une paysanne âgée aurait prédit à sa mère que l’enfant deviendrait un grand
homme.
À ce propos, Freud expliquait que ces paysannes privées de toute action dans le présent, en raison
de la vieillesse, le reporteraient sur leurs actions dans l’avenir. Lorsque Freud a 4 ans, sa famille
s’installe à Vienne, capitale de l’empire austro-hongrois. Ils résident dans le quartier juif de la vieille
ville, qu’il ne quittera que lors de l’exil en 1938. Dans les premiers souvenirs de la vie de Freud
figurent des anecdotes tout à fait significatives.
Par exemple, vers l’âge de sept ou huit ans, Freud aurait uriné volontairement dans la chambre de
ses parents ; son père aurait alors déclaré, mécontent : « On ne fera jamais rien de ce garçon-là ! »
Le psychanalyste explique que cet épisode a dû le bouleverser, car il est beaucoup revenu dans ses
rêves ; il paraissait alors lié à tout son travail, ses découvertes et ses succès, comme pour répondre
aux propos de son père par ses réussites.
Dans un autre épisode remontant à l’âge de 9 ou 10 ans, Freud se souvient du récit de son père à
propos d’un chrétien qui l’aurait agressé dans la rue. Ce dernier aurait volontairement fait tomber
le bonnet de fourrure du père de Freud dans la boue en l’insultant : « Juif ! Descends du trottoir ! »
Le père de Freud aurait simplement repris son bonnet et passé son chemin, mais il a raconté
l’épisode à son fils. Plus tard, Freud reliera cette scène à l´histoire d’Hamilcar à Carthage, qui
demanda à son fils Hannibal (associé ici aux juifs persécutés) de jurer de se venger des Romains
(associés aux chrétiens).
Freud fut un élève brillant, bien qu’il confiât avant sa mort avoir eu des capacités intellectuelles
limitées, notamment en mathématiques et en biologie. Il aurait lu Shakespeare dès huit ans,
connaissait le latin, le grec, et assez de français et d’anglais pour traduire lui-même certains textes,
dont les siens. Il apprit aussi l’espagnol et l’italien.
Après avoir réussi son examen de fin d’études, Freud étudie la médecine à l’université de Vienne en
1873. Il y fait des recherches sur les glandes sexuelles des anguilles, devient l’élève du philosophe
Brentano et aurait, sans doute, connu l’inventeur de la phénoménologie, Edmund Husserl. À l’âge
de 25 ans, en 1882, il obtient son diplôme de médecin, mais ne ressent pas une réelle vocation pour
la discipline.
 Fiançailles jusqu’au mariage
Lorsqu’il rencontre et tombe amoureux de Martha Bernaysen en juin 1882, il montre d’emblée l’un
des traits les plus importants de son approche : l’honnêteté. Dans leurs premiers échanges
épistolaires, on y trouve ainsi des déclarations étonnantes, par exemple cet aveu : « Je suis
contraint de confesser que tu n’es pas une beauté. *…+ Ce qu’il importe de te dire, c’est le charme
de ta personne. ». Cette tendance au franc-parler expliquera plus tard les dissidences et réactions
de ses disciples, parfois choqués par cette manière de s’exprimer librement et sans retenue.
Les fiançailles de Freud et Martha durent six années, le temps pour Freud de trouver une certaine
stabilité professionnelle et d’explorer certains aspects importants pour la suite. Freud reviendra
d’ailleurs plus tard sur des manifestations regroupées sous le terme de « névrose* des fiançailles » :
comportement jaloux ressemblant à une pathologie, désir de mourir...

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HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE, LA VIE DE
SIGMUND FREUD
Durant cette période pour « s’établir », il constate que la médecine traditionnelle offre peu de
solutions aux cas particuliers et nombreux de « maladies nerveuses ». Il commence donc à se
spécialiser et part étudier à Paris, grâce à l’obtention d’une bourse. Ce séjour se révélera crucial
pour les développements de la future psychanalyse. À l’hôpital de la Salpêtrière, il suit les cours du
célèbre neurologue français Jean-Martin Charcot (1825-1893) et fait des rencontres essentielles
pour la suite.
 Charcot, l’hypnose et la cocaïne
Le professeur Charcot est le fondateur de la neurologie moderne comme discipline à part entière. À
cette époque, et depuis sa définition par Claude Bernard (1813-1878), c’est la médecine
expérimentale qui prévaut. Elle sera à l’origine de grandes découvertes, par exemple les vaccins, et
constitue aujourd’hui encore notre médecine conventionnelle. Mais devant les troubles psychiques
et comportementaux, elle n’apporte aucune solution.
Les théories scientifiques ambiantes du matérialisme et du positivisme sont alors en échec total, car
elles refusent de croire que ces troubles ne sont pas organiques (cette tendance continue d’ailleurs
d’être diffuse dans la médecine conventionnelle actuelle). Et la nature ayant horreur du vide, ces
failles sont rapidement comblées par différentes techniques de soin : spiritisme, somnambulisme,
magnétisme animal et hypnose.
L’hypnose est une technique pour induire une sorte de sommeil éveillé. Charcot découvre son
efficacité étonnante sur les personnes souffrant d’hystérie * : l’hypnose suspend tous les symptômes
de l’hystérie, cécité ou paralysies diverses. À cette époque, et en l’absence de problème organique
apparent, ces personnes étaient perçues comme des simulatrices.
La technique de Charcot sera critiquée par Hippolyte Bernheim (1840-1919), un autre médecin
rencontré par Freud, à l’origine même du terme de « psychothérapie ». Bernheim propose alors
une méthode de suggestion : il soumet aux patients hypnotisés des actions qu’ils feront une fois
éveillés. Cette découverte marque également Freud, qui traduira plus tard en allemand le livre de
Bernheim, Hypnotisme, suggestion et psychothérapie.
Les cours de Charcot reposent largement sur la présentation de cas de femmes hystériques. Freud
découvre alors les pouvoirs de l’hypnose. Il se rend compte que, à la différence de ses confrères
allemands, qui étudient l’anatomie des cerveaux des malades grâce à l’autopsie, Charcot se penche
sur la physiologie, étudiant les patients en action. Il constate aussi que le neurologue s’attarde sur
la psychologie dans le phénomène des miracles religieux, largement méprisé par le courant
positiviste de l’époque.
Charcot est à l’origine de la définition moderne de la névrose *, remplaçant ainsi l’ancienne
définition de l’hystérie. Cependant, le neurologue continuera à considérer les maladies du
comportement comme étant d’origine nerveuse, organique et héréditaire ; Freud reviendra plutôt
aux causalités sexuelles proposées par les Anciens (et dans les mythes de l’Antiquité). Admirateur
du professeur, Freud ira jusqu’à nommer son premier fils Jean-Martin. Il traduira aussi deux livres
du grand médecin.
Au cours de ses recherches, Freud se voit confier une étude sur les propriétés analgésiques d’une
drogue venant d’être découverte : la cocaïne. Il commence par y voir un remède à la neurasthénie,
mais manque de temps pour expérimenter les propriétés narcotiques de la cocaïne.

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HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE, LA VIE DE
SIGMUND FREUD
La drogue n’étant pas interdite à cette époque, Freud la consomme lui-même de 1884 à 1887 ; il en
prescrira même jusqu’en 1895. Lorsqu’un autre médecin alerte, dans un article, sur le risque de
dépendance de cette drogue, Freud s’en défend en expliquant que la dépendance est fonction du
sujet, pas de la consommation de cocaïne.
Mais il tient ce discours uniquement parce que lui-même ne subit pas de dépendance. Plus tard, il
constatera son erreur de jugement, notamment lorsqu’il est confronté à la mort prématurée d’un
ami à qui il avait conseillé la cocaïne pour soigner son addition à la morphine. Il sera très critiqué
pour avoir prôné son utilisation pendant des années. Freud en tirera une leçon, qui constituera
également la définition de la psychanalyse : les médicaments ne sont d’aucun secours dans la
souffrance psychique.
Martha et Sigmund se marient en 1886. La perspective du ménage le contraint à arrêter sa carrière
de chercheur pour être en mesure de subvenir aux besoins du foyer ; il revient alors à la pratique
médicale, notamment à l’hôpital de Vienne. Plus tard, il installe sa propre clinique à la Berggasse,
une rue très célèbre depuis pour avoir été le berceau de la psychanalyse. Freud y demeurera
jusqu’à son départ forcé pour Londres, juste avant la Seconde Guerre mondiale et un an avant de
mourir.
 Les maladies mentales : névroses, hystérie et abandon de la thèse « neurologique » au profit
de la thèse psychique
Médecin et chimiste écossais, William Cullen (1710-1790) propose le terme de « névrose » pour
désigner une affection prenant son origine dans le système nerveux organique. Dans sa clinique,
Freud reçoit beaucoup de patientes qui viennent le voir pour leurs maladies qualifiées de
« nerveuses ».
On distingue aujourd’hui trois catégories principales de névroses : l’hystérie, la névrose
obsessionnelle et la névrose phobique. La forme la plus commune de ces « névroses », à l’époque
des prémices de la psychanalyse, est l’hystérie. Depuis l’Antiquité, ce trouble est associé à un
problème organique lié à un déplacement de l’utérus, et par conséquent aux femmes. Les
symptômes observés sont nombreux : anorexie, vomissement, convulsion, névralgie, contracture,
perte ou trouble de la vue, paralysie, anesthésie...
Le tableau, ayant pour titre Une leçon clinique à la Salpêtrière, est très parlant ; André Bouillet y a
peint en 1886 la figure de l’hystérique devant des médecins et étudiants. L’œuvre représente le
célèbre neurologue, Charcot, après avoir hypnotisé une femme en proie à l’hystérie ; elle se
présente le corps renversé en arrière, la poitrine dénudée, soutenue par des assistants de cours du
professeur.

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SIGMUND FREUD

Les personnes reçues par Freud sont souvent des cas d’hystérie, domaine qu’il a largement étudié
et approfondi par ses expériences à Paris puis en Autriche. Ces femmes sont souvent issues de la
bourgeoisie viennoise et montrent des souffrances psychiques particulières. C’est pour elles que
sera mise en place la psychanalyse.
À cette époque, les troubles « mentaux » étaient plutôt observés et classifiés (voire relégués aux
établissements spécialisés). Faute de connaissances suffisantes, on ne cherchait guère à « traiter »
ou soigner ces malades qui ne présentaient pas les symptômes médicaux habituels. Selon la
tradition et l’évolution de la médecine à cet égard, on cherche d’abord l’origine d’une maladie
mentale à partir de manifestations physiques ou organiques.
Ensuite, les facteurs psychologiques, sociaux et culturels seront pris en compte dans l’histoire des
psychopathologies. Lorsque Freud commence ses recherches, à la fin du XIX e siècle, c’est la théorie
de l’hérédité-dégénérescence qui prône. Faisant suite à la théorie de l’évolution pensée par Darwin,
on explique la folie, le crime et la déviance sexuelle (les trois grands fléaux « mentaux ») par une
déchéance et une extinction de l’individu et du groupe auquel il appartient.
Contre le fatalisme de cette théorie et assez tôt dans son parcours, Freud se démarque par rapport
à ses contemporains grâce à ses recherches sur le fonctionnement des neurones. Il revient aux
origines psychologiques des maladies mentales et surtout de la plus commune à cette période :
l’hystérie.
Freud approchera les patients d’une manière plus humaine en cherchant à comprendre leur
ressenti et leur expérience. Au début, il recourra aux méthodes en vogue, notamment aux
massages, à l’électrothérapie ou l’hydrothérapie. Il s’aperçoit rapidement qu’aucun de ces
traitements ne donne de résultat. En réaction, il se tourne vers la pratique de l’hypnose et des
suggestions, techniques empruntées à Bernheim et découvertes à Paris, pour traiter l’aphasie.
Sur les conseils de Breuer, il abandonne le recours à l’hypnose et développera la catharsis *,
méthode permettant de se libérer en étant spectateur de l’expérience traumatique. Freud
reprendra ensuite à son compte cette méthode en remplaçant la suggestion directe par les

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associations libres, ce qui deviendra la base de la psychanalyse, en 1896. Le terme même de
« psycho-analyse » a été inventé par Breuer.
L’hystérie est au cœur des recherches et découvertes de Freud. Définie comme une « auto-
affectation », elle provoque chez les femmes, dans la majeure partie des cas, un comportement
inexpliqué : elles s’imaginent des choses qui ne sont pas réelles. Freud sera le premier à
comprendra que l’hystérie n’a rien à voir avec la folie ou le mensonge.
Grâce à l’appui et à l’influence de son ami médecin, Josef Breuer (1842-1925), il écrira d’ailleurs en
1895 un ouvrage qui se révélera fondateur pour la psychanalyse : Études sur l’hystérie. Freud voit,
au contraire, dans l’hystérie une façon de dévoiler et de révéler ce qui est caché. Sans passer par les
mots, l’hystérique exprime par son corps un mal psychique qui l’habite. Fidèle à ses croyances
déterministes, Freud continue de croire que certaines raisons expliquent ces comportements.
Les symptômes n’étant pas organiques, la cause est donc à chercher à un autre niveau de la réalité
du patient. En observant les symptômes comme des indices, les deux hommes proposent de
rechercher dans la mémoire du patient ou de la patiente un évènement qui pourrait être à l’origine
des troubles. Ils écrivent ainsi : « C’est de réminiscences surtout que souffre l’hystérique. » Une
partie de la mémoire échapperait donc au sujet.
Freud s’aperçoit que le symptôme disparaît dès lors que l’incident et l’affect associé, dans toute son
intensité, sont retrouvés par le patient. Il découvre que la dissociation entre le conscient et
l’inconscient se produit et se manifeste lorsque l’expression émotionnelle n’a pas pu se réaliser. La
crise ou l’accès d’hystérie met en évidence un état second inconscient prenant, en quelque sorte, le
dessus.
Freud arrive à remonter aux évènements s’étant produits dans l’enfance, et aux désirs et à la
sexualité de l’enfant d’alors, et développe ainsi un concept clé pour théoriser les comportements
adultes : le complexe d’Œdipe*. Pour la psychanalyse, un événement de l’enfance entre en contact
avec un terrain particulier (un type de fragilité, par exemple) pour devenir une pathologie.
Les manifestations de la névrose (ces symptômes de l’hystérie, par exemple) sont alors comprises
comme le résultat d’un compromis entre un désir inconscient et un mécanisme de défense
développé par le moi* pour s’adapter à la réalité qui lui est extérieure. Un conflit éclate entre la
réalité intérieure, sur le plan psychique, et la réalité extérieure, sur le plan social. Les traces de ce
conflit sont alors visibles sur le corps, instrument de la lutte entre l’intérieur et l’extérieur du sujet,
par des signes appelés, de nos jours, « psychosomatiques* ».
Dans sa pratique, Freud donne ainsi peu à peu la priorité à l’écoute et à la parole des patients plutôt
qu’à l’action. Vous remarquez ici les premières marques de l’empathie *, qui fait toute la qualité
d’écoute du psychanalyste. À cette époque, en 1887, Freud devient proche de Wilhelm Fliess, avec
qui il étudie l’hystérie et dont l’amitié sera déterminante pour la naissance de la psychanalyse. Vers
la fin des années 1890, Freud est en mesure d’expliquer l’origine de l’affection en la reliant à un
trouble de la sexualité.
Ainsi, il identifie un mécanisme de défense permettant à chaque individu de surmonter ses
angoisses. Il nomme la « névrose actuelle » un trouble lié, par exemple, à une abstinence sexuelle
mal vécue. Il nomme « psychonévrose » ce qui relève d’un conflit psychique de l’enfance. Freud
estime que les « névroses » sont communes, et même un gage de « normalité », chaque individu

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étant en proie à la même difficulté pour accorder ses désirs intérieurs à la réalité extérieure, alors
que les psychoses* sont plus graves.
En 1902, une brouille mettra fin à l’amitié entre Freud et Fliess, Fliess accusant Freud de l’avoir
plagié sur leurs recherches autour de la sexualité. Si Freud brûle toutes les lettres reçues de Fliess,
celles de Freud à son ami seront retrouvées et conservées plus tard par Marie Bonaparte. Publiées
en 1956 sous forme de recueil intitulé La Naissance de la psychanalyse, elles sont une référence
incontournable.
On comprend dans ces lettres que deux pistes mènent progressivement Freud à ses découvertes :
l’étude de l’hystérie, comprenant notamment le cas célèbre d’une jeune femme, Anna O., et son
auto-analyse* commencée en 1900.

Le cas d’Anna O. : la thérapie par la parole


L’histoire et la naissance de la psychanalyse ne seraient pas complètes sans revenir au premier cas à
l’origine des techniques mises en place par Freud et décrit dans les Études sur l’hystérie, ouvrage
qu’il rédige avec Breuer dès 1893. Ce dernier découvre le Talking Cure (la thérapie par la parole)
grâce à l’une de ses patientes désignée par le pseudonyme Anna O., devenue très célèbre depuis
(et identifiée comme étant Bertha Pappenheim).
La description du cas est ainsi faite : la jeune femme de 21 ans se présente comme une personne
vive, intelligente, sociable et n’ayant eu aucun trouble avant de venir le consulter pour « une toux
nerveuse », comme elle la décrit. Breuer remarque des sautes d’humeur et l’absence de dimension
sexuelle dans les récits, et même dans les rêves, d’Anna O. Pour pallier la dureté de sa famille
puritaine, Anna O. développe ce qu’elle nomme son « théâtre intérieur » sans rien laisser entrevoir
de l’extérieur.
Les symptômes apparaissent lorsque son père tombe malade et avant qu’il ne meure, dix mois plus
tard. Anna aide sa mère à prodiguer tous les soins à son père, auprès duquel elle fait figure
d’infirmière dévouée. Elle lui offre tout son être au détriment de sa propre santé, et est alors prise
de cette toux qui l’amène à consulter Breuer. Peu à peu, son état s’aggrave et d’autres symptômes
apparaissent : strabisme, perte d’énergie vitale, obligation d’être alitée durant plusieurs mois,
troubles de la vue, contractures du bras et des jambes, anesthésie du coude, douleurs au cou...
Breuer remarque également deux états distincts, comme si deux moi * coexistaient en elle : tantôt
son comportement est tout à fait normal, tantôt il est violent et accompagné d’hallucinations * qui
la font devenir, selon ses dires, « sourde et aveugle ». Elle finit par souffrir de troubles du langage,
de problèmes de syntaxe, et finit par devenir mutique.
Breuer la pousse alors à parler, convaincu que ce mutisme est lié à quelque chose qu’il lui faut taire,
un secret qui la tourmente. Ses efforts sont récompensés, car sa patiente retrouva bientôt la
parole. Mais, fait étrange, elle ne s’exprime pas dans sa langue maternelle, l’allemand, mais en
anglais. À la mort de son père, elle entre dans un état de prostration où elle ne reconnaît plus ses
proches, ni sa langue maternelle ; elle refuse de se nourrir et devient suicidaire.
Breuer impose alors deux séances par jour ; il profite des moments de « rêverie » de sa patiente, un
certain état proche de l’hypnose, pour la faire parler et l’aider à se décharger de fantasmes. Anna

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qualifie alors ces moments de Talking Cure, car elle se sent apaisée à chaque séance. Procédant pas
à pas et de manière systématique, Breuer remonte à la cause de cet état, à des souvenirs et des
émotions qui y sont liés.
Par exemple, il remonte ainsi aux origines de son refus de boire, malgré la chaleur et ses besoins :
Anna O. raconte une scène où sa nourrice d’origine anglaise, qu’elle n’aimait pas – sans doute la
raison pour la jeune femme de recourir à l’anglais –, avait fait boire son chien dans un verre, ce qui
l’avait dégoûtée. L’expression de cette scène par la parole et le lien avec l’intensité émotionnelle
qui y était liée ont ainsi permis de libérer Anna O. ; son comportement ne fut plus du tout le même
par la suite.
Elle expliqua également sa toux et la relia au désir qu’elle avait eu, alors convoquée au chevet de
son père souffrant, d’aller plutôt danser dans la maison voisine où elle entendait de la musique :
son désir s’était transformé en remords face à la situation de son père, et sa toux exprimait cette
condamnation intérieure à chaque fois qu’elle entendait de la musique.
Au fur et à mesure de ces réminiscences, Anna O. parvint à expliquer ses comportements bizarres.
Loin d’être un traumatisme unique survenu dans l’enfance, il s’agissait en fait d’une foule de petits
évènements dont la teneur émotionnelle n’avait pu être exprimée dans la réalité.
 Activité
Effectuez quelques recherches sur le cas d’Anna O. Vous constaterez combien sa participation à la
cure et son engagement ont déterminé l’importance de la parole dans la thérapie, mais lui ont
également permis de réaliser ce qui relevait peut-être du rêve dans l’environnement d’une famille
puritaine.

L’auto-analyse
Parallèlement à toutes ses découvertes, Freud passe par une période difficile entre 1890 et 1900,
pétri de doutes, d’angoisse de mort, de peurs (dont la phobie de prendre le train) et de
découragements. Ces épreuves vont de pair avec ses difficultés financières. En 1896, le décès de
son père l’affecte beaucoup.
En 1897, il explique n’avoir que deux patients, qu’il soigne à titre gratuit. Plus tard, il lui faudra
pourtant subvenir aux besoins de son épouse, ses six enfants, ses quatre sœurs et sa belle-sœur. À
l’issue de cette période difficile d’environ dix ans, il publie en 1900 le premier livre important de
l’histoire de la psychanalyse, L’Interprétation du rêve.
Au XIXe siècle, les médecins commençaient par tester leurs découvertes sur eux-mêmes. Pour
approfondir les résultats obtenus avec ses patients, mais aussi pour trouver un moyen de
contourner le secret professionnel, Freud commence à analyser ses propres rêves, acceptant de se
livrer profondément et sans protection.
Depuis toujours, l’individu a recours à différentes formes de confession, d’examen de conscience ou
d’introspection. Mais ici, il s’agit d’aller chercher ce qui n’apparaît pas facilement, et même ce que
l’individu peut difficilement accepter. Grâce à son livre sur les rêves, puis au second,
Psychopathologie de la vie quotidienne, publié en 1901 (où il détaille les actes manqués *), Freud

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progresse peu à peu vers l’autoanalyse ; elle va lui permettre d’abandonner totalement les causes
neurologiques pour expliquer les maux à partir de leur origine psychique.
Plutôt que de parler de traumatismes, Freud identifie alors des fantasmes. Plutôt que d’avoir
recours à une catharsis rejouant les drames, il découvre le principe de la cure psychanalytique. Elle
se déroule alors dans l’intimité et le recueil intérieur d’une personne parlant à une autre sans la
voir. Dans ce nouveau siècle, et grâce aux premiers échanges avec Jung en 1906, la naissance de la
psychanalyse cesse ensuite d’être uniquement liée à Freud et devient alors une véritable
institution.
 Activité
Reprenez quelques dates importantes de la vie de Freud pour en avoir les grandes lignes en tête.
Notez-les sous forme de chronologie sur une fiche. Ces repères chronologiques vous serviront plus
tard à comprendre les séparations ultérieures de Freud, avec ses disciples par exemple, et peut-être
aussi des différentes étapes de sa pensée.
 Activité
Approfondissez vos connaissances sur Freud en lisant des versions plus longues et détaillées des
différentes périodes de sa vie. Selon de nombreuses personnes, elles correspondent à l’histoire
même de la psychanalyse. Grâce à Internet et aux livres sur le sujet, vous disposerez de beaucoup
d’éléments pour comprendre encore davantage la manière dont se pratique la psychanalyse.
Durant toute la formation, et même après, lisez tout ce que vous pouvez sur le sujet. Les
biographies ont l’avantage d’être plus faciles accessibles que les ouvrages critiques ou théoriques.
Les concepts abordés sont généralement moins difficiles à comprendre. Une liste complète
d’ouvrages à consulter est disponible dans le dernier module de cette formation, mais retenez dès
maintenant les suivants :
La Vie et l’Œuvre de Sigmund Freud d’Ernest Jones (1953-1958).
Freud : l’homme, la doctrine, l’école de Fritz Wittels (1924).
Sigmund Freud – La Guérison par l’esprit de l’écrivain Stefan Zweig (1932).
L’Auto-analyse de Freud et la découverte de la psychanalyse de Didier Anzieu (1998).
La Révolution psychanalytique – La Vie et l’Œuvre de Freud de Marthe Robert (2002), une
biographie littéraire qui se lit comme un roman.
Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre d’Élisabeth Roudinesco (2014), ouvrage critique
de référence.
Pendant vos lectures, prenez des notes dans votre carnet. Vous pourrez ainsi établir des
rapprochements entre ce que vous lirez et votre propre introspection dans votre psyché, votre
manière de questionner la conscience et l’inconscient dans votre cas personnel.

L’interprétation du psychanalyste
Une femme très agitée vient vous voir. C’est la première fois qu’elle a affaire à la psychanalyse : elle
tient vraiment à savoir si elle est folle ou non. Son mari la traite constamment d’hystérique, si bien

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qu’elle finit par se demander si ce n’est pas réellement le cas. Et elle s’inquiète. Elle reconnaît que
certains de ses comportements sont un peu extrêmes, mais les explique par une très grande
émotivité. Au demeurant, elle vit au jour le jour et se sent, malgré tout, assez équilibrée. Il lui arrive
pourtant de pleurer assez souvent, ou de se mettre en colère brutalement, mais elle en comprend
assez rapidement la raison. Son mari prône toujours le calme et évite soigneusement les conflits, ce
qui la met hors d’elle. Elle vous demande de lui confirmer si elle est hystérique ou non. Que
pourrez-vous lui proposer ?
 Éléments de réponse
Vous pourriez choisir de travailler en deux temps et dans deux directions différentes. Vous prendrez
le temps de lui répondre tout en la faisant participer à l’élaboration de cette réponse. D’une part,
vous étudierez avec cette femme l’histoire de l’hystérie sur le plan historique pour lui montrer
qu’elle n’est pas « hystérique » ou que cette définition n’a plus lieu d’être (vous l’inviterez à
approfondir elle-même davantage cette étude). D’autre part, vous travaillerez avec elle en
psychanalyse sur ces comportements « hystériques », comme les nomme son mari, pour essayer
d’en trouver les causes psychiques cachées. Vous lui expliquerez, par exemple, que le terme
« hystérique » est culturellement associé aux femmes depuis l’Antiquité en raison d’un prétendu
rapport entre l’hystérie et le déplacement de l’utérus ; ce terme a fini par entrer dans le langage
commun pour décrire un comportement erratique de toute sorte. Vous lui décrirez comment Freud
a peu à peu découvert la psychanalyse en partant de ces cas dits « hystériques », qui n’étaient en
fait que des manifestations « visibles » de fonctionnements invisibles. Chez cette femme, vous
disposez d’un indice intéressant : c’est l’autre, son mari, qui lui indique ce qui lui arrive. Et elle, que
pense-t-elle profondément d’elle-même ? Ces pistes vous amèneront à travailler plutôt sur la
relation de cette femme à l’autre, et sur l’ascendance de cette relation sur elle-même ; elle semble
en effet lui dicter qui elle est, plutôt que de la laisser en décider elle-même.

L’institution de la psychanalyse et la fin de la vie


de Freud
Avant de rencontrer le psychiatre suisse Carl Gustav Jung en 1906, Sigmund Freud est très peu
connu. Évoluant dans le milieu juif de l’époque, souvent victime de certaines attaques antisémites
d’ailleurs, il reste isolé. Ses livres se vendent très peu. Six ans après sa parution, L’Interprétation du
rêve n’a été vendu qu’à seulement trois cent cinquante exemplaires. Certes, ce que Freud propose,
notamment en abordant la question de la sexualité, est dérangeant pour la bonne société de
l’époque.
L’intérêt de Jung pour les découvertes de Freud a été bénéfique pour la psychanalyse, sur deux
plans : être exportée à ses tout débuts de l’Autriche vers la Suisse et la sortir des confins juifs pour
être reprise par un médecin, antisémite qui plus est. Freud annonce ainsi à Jung dans ses lettres :
« Ce sera vous qui comme Josué, si je suis Moïse, prendrez possession de la terre promise de la
psychiatrie, que je ne peux qu’apercevoir de loin. »
Cette rencontre avec Jung est en effet décisive, car elle marque le début de l’institution de la
psychanalyse. En 1910, naît ainsi l’Association internationale de psychanalyse, dont Jung est

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président. Même si les dissidences et les désaccords naîtront peu de temps après, les fondations du
courant international sont posées.
Au début, la technique et la pratique de la psychanalyse attireront toutes sortes de profils
atypiques, voire dérangés, candidats au métier de psychanalyste (comme Viktor Tausk, qui se
suicida, ou Otto Rank, qui devint fou). Freud avait d’abord pensé à former une société secrète tout
en nourrissant le rêve d’une reconnaissance mondiale ambitieuse de son travail, qui ne viendra
jamais vraiment de son vivant.
Néanmoins, ses livres, et notamment Cinq leçons sur la psychanalyse et L’Introduction à la
psychanalyse (les deux ouvrages à lire en premier) sont de plus en plus lus. Freud savait expliquer
très clairement la complexité de ces techniques pour approcher l’inconscient.
Son caractère fort (Freud émet souvent des jugements francs et parfois blessants), sa vie très
convenable et rangée, ainsi que ses positions politiques conservatrices serviront autant la mise en
place de la psychanalyse que les disputes et séparations. En effet, vous découvrirez dans cette
formation qu’au fond il n’y a pas une, mais plusieurs psychanalyses.

Les dernières années


Plusieurs épreuves et événements de la vie personnelle de Freud sont associés, par ses biographes,
à la révision de sa doctrine psychanalytique à partir des années vingt. Ce sont notamment les morts
de sa fille et de son petit-fils, mais aussi le début de son cancer de la mâchoire. Entre 1923 et sa
mort en 1939, Freud sera opéré à trente-trois reprises et devra porter un appareil qui l’empêchera
de manger et de parler correctement.
Il supportera pourtant toutes ces difficultés avec un certain stoïcisme. Sans l’aide d’aucun calmant
(pour ne pas altérer ses sens), il ne cessera de travailler et de penser. Sa fille Anna deviendra peu à
peu très importante pour son travail et son accompagnement : il l’appelait son « Antigone », en
référence au personnage mythique.
La montée du nazisme est rapidement perçue par Freud comme une augmentation de la
persécution des juifs et la répression des libertés individuelles de pensée. On raconte qu’il aurait
ainsi plaisanté lorsque ses livres furent brûlés : « Quel progrès nous avons fait ! Au Moyen Âge, ils
m’auraient brûlé.
À présent, ils se contentent de brûler mes livres ! » La persécution de la psychanalyse est alors
double : elle est accusée d’être juive et dégénérée. Ceci explique pourquoi un bon nombre de
psychanalystes s’exilera avant-guerre en France, mais aussi aux États-Unis. Précisons que Jung
aurait collaboré avec le cousin d’Herman Goering dans l’organisation nazie de la psychologie.
Grâce à l’intervention de son amie et patiente Marie Bonaparte, de son argent et de ses influences,
Freud quitte Vienne en 1938 pour se réfugier à Londres. Il est alors âgé et malade, et meurt l’année
suivante à l’âge de 83 ans, avant même la découverte de la réalité des camps : il ne saura pas que
ses quatre sœurs, elles aussi âgées, seront exterminées dans les chambres à gaz.
Lors de son enterrement, l’écrivain et ami Stefan Zweig parlera ainsi de Freud : « Tous ceux qui l’ont
fréquenté au cours de ces dernières années le quittaient rassérénés à l’issue d’une heure de
conversation familière avec lui sur la folie et l’absurdité de notre monde, et j’ai souvent souhaité, à

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de tels moments, qu’il soit donné à des jeunes gens, à de futurs adultes, d’être là afin que, lorsque
nous ne pourrons plus témoigner de la grandeur de cet homme, ils puissent encore proclamer avec
fierté : "J’ai vu un véritable sage, j’ai connu Sigmund Freud !” »
 Activité
Pour conclure ce périple biographique avec l’inventeur de la psychanalyse, recherchez sur Internet
le seul et unique enregistrement de la voix de Sigmund Freud, interviewé par la BBC en 1938, et sa
retranscription en français.

L’interprétation psychanalytique
Un jeune homme se plaint d’une toux étrange depuis une semaine. Contrairement à d’habitude,
elle ne se développe pas en rhume ou en grippe, mais elle survient tous les soirs au moment de se
coucher. Lui et sa petite amie vivent un moment assez inconfortable : ils habitent ensemble, mais ils
font une pause et dorment chacun dans une pièce en attendant de décider s’ils se séparent ou
restent ensemble. C’est son amie qui a suggéré cette solution temporaire. Que pourrez-vous faire ?
 Éléments de réponse
Vous allez évidemment établir un lien entre l’heure du coucher et l’angoisse de la séparation. Mais
rappelez-vous qu’il sera bien plus bénéfique pour ce jeune homme si c’est lui qui parle et fait
naturellement les associations. Retenez-vous d’intervenir autant que possible et utilisez des
détours habiles pour le faire parler ; posez des questions astucieuses pour lui permettre d’entrevoir
les liens. La technique suivante pourrait être utilisée ici : répéter simplement ce qu’elle dit
(l’entendre de la voix d’un tiers peut mettre en évidence ce que le sujet ne peut pas percevoir en
parlant). Peut-être entreverrez-vous ou aurez-vous l’intuition de parallèles pertinents. Ainsi, il sera
important aussi de tirer les indices de la toux, sans doute associée ici à la parole, donc à l’envie de
dire quelque chose qui est obstruée (?) Essayez de faire parler le jeune homme pour lui faire
« dire » ce qu’il souhaite exprimer par cette toux : Exprime-t-elle son mécontentement face à la
situation qu’il n’a pas choisie ? Peut-il remonter dans le passé pour trouver un épisode qui s’y
rapporte ? Ce dernier pourrait alors être en lien avec le coucher, la séparation d’avec sa mère, ou le
fait qu’une autre personne décide pour lui.

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