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Cours: Module 4

Ce module explore la théorie freudienne et les manifestations de l'inconscient, notamment à travers les rêves, les actes manqués, les mots d'esprit et les symptômes. Il souligne l'importance de l'interprétation des rêves comme un accès à l'inconscient et encourage une réflexion régulière sur les progrès en thérapie. La psychanalyse, selon Freud, doit rester dynamique et ouverte, sans se figer dans des dogmes, afin de mieux comprendre la subjectivité humaine.

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Cours: Module 4

Ce module explore la théorie freudienne et les manifestations de l'inconscient, notamment à travers les rêves, les actes manqués, les mots d'esprit et les symptômes. Il souligne l'importance de l'interprétation des rêves comme un accès à l'inconscient et encourage une réflexion régulière sur les progrès en thérapie. La psychanalyse, selon Freud, doit rester dynamique et ouverte, sans se figer dans des dogmes, afin de mieux comprendre la subjectivité humaine.

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FORMATION EN PSYCHANALYSE

MODULE 4
Module 4:
LA THÉORIE FREUDIENNE : LES FORMES DE
MANIFESTATION DE L’INCONSCIENT
 Activité
Prenez un moment (une demi-journée ou une journée entière) pour réfléchir à votre thérapie et
remarquer vos progrès, même s’ils sont timides. Essayez de constater ce qui, selon vous, a été
« dégagé ». Par exemple, relisez certains messages ou pensées (notes, e-mails, etc.) datant de
quelques mois ou années et comparez-les à votre état d’esprit actuel.
Sinon, remarquez-vous une différence dans votre manière de vous réveiller, de parler aux autres,
de gérer votre temps, de réagir à la douleur, de vous adapter à certaines situations..., entre hier et
aujourd’hui ? Observez également simplement votre rapport à vos parents, ou seulement à votre
mère ou à votre père ; notez comment votre psychanalyse vous a amené à voir les projections,
fantasmes*, peurs, illusions..., que vous entreteniez dans ces relations.
Prenez l’habitude de faire le point régulièrement sur votre évolution. D’une part, votre
compréhension des mécanismes de la psyché s’en trouvera améliorée, d’autre part, votre pratique
avec les autres en sera enrichie.

Les manifestations de l’inconscient


Ce module est consacré aux grandes lignes de la théorie freudienne et présente les manifestations
de l’inconscient, comprenant notamment l’importance du rêve et des actes manqués.
Disposer des principales lignes et concepts théoriques à l’origine de la psychanalyse vous aidera à
comprendre la manière dont se sont démarqués les disciples et les dissidents de Freud. Nous y
reviendrons en détail dans toute la formation. En voici cependant un aperçu pour vous aider à
intégrer la manière de penser la psychanalyse depuis Freud et son inévitable évolution.
 La dynamique psychanalytique
La théorie freudienne désigne avant tout la théorie de l’inconscient. Elle englobe divers concepts,
notamment : l’interprétation des rêves, les mots et le langage, les actes manqués, etc. Freud
distingue très tôt son approche de celle de la psychologie, qui repose sur la conscience et les
perceptions. La psychanalyse amène une dimension « métapsychologique » en quelque sorte, une
réflexion sur le fonctionnement de la psyché.
Ce modèle a l’avantage de ne jamais représenter un système. Au fur et à mesure de ses
expériences, Freud remet lui-même en question la théorie des pulsions ou met en évidence les
différences entre les concepts et la réalité clinique d’une cure psychanalytique. Jusqu’à ses derniers
jours, il n’a jamais cessé de reconsidérer et de chercher ce qu’était la nature humaine et comment
elle se manifestait. Le génie de ses trouvailles revient donc à la dynamique incessante de l’art
même de la psychanalyse.
L’objet d’étude étant la subjectivité, il est essentiel, bien que paradoxal, de ne pas pouvoir le
réduire ou l’enfermer dans des carcans. Beaucoup de psychanalystes ont tendance à « figer » leur
approche et ainsi dogmatiser ou enfermer ce qui devrait, au contraire, vivre dans un
renouvellement permanent.
Au cœur de votre travail doit trôner la réalité psychique du sujet, comprenant ses rêves, ses
pensées (secrètes ou non), ses illusions, ses fantasmes, ses peurs, ses rêves, sa vie intérieure et tout

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LA THÉORIE FREUDIENNE : LES FORMES DE
MANIFESTATION DE L’INCONSCIENT
ce qui se manifeste. Jamais vous ne devrez chercher à établir des conclusions restrictives ou
définitives.
 Les manifestations de l’inconscient
L’inconscient avance « masqué ». Il se manifeste uniquement par des détours, que la psychanalyse
étudie. Paradoxalement, il est inaccessible jusqu’à ce qu’il ne soit plus « inconscient » : « Comment
parvenir à la connaissance de l’inconscient ? Naturellement, nous ne le connaissons que comme
conscient, une fois qu’il a subi une transposition ou traduction en conscient. » Par ces mots, Freud
souligne le fait que c’est seulement lorsque l’inconscient disparaît qu’on parvient à le connaître !
Si l’inconscient échappe à la connaissance, il est néanmoins présent dans chaque parole, chaque
geste, chaque pensée, chaque attitude... D’une certaine manière, il se manifeste partout, en nous
et autour de nous. Ainsi, il est vrai qu’on en dit toujours plus que ce que l’on croit, et malgré soi.
L’individu, dans une certaine situation, au cours d’une séance et dans une cure, est toujours le fruit
d’une quantité innombrables d’éléments psychiques survenus dans son existence (ses désirs
refoulés, ses actes manqués, ses projets, etc.).
Selon la théorie de Freud, l’inconscient se manifeste à partir de quatre phénomènes distincts :
des rêves : le point de départ de l’immense contribution de Freud à la mise en place de la
psychanalyse ;
des actes manqués ;
des mots d’esprits ;
des symptômes : c’est le cas de l’hystérie, mais aussi et des névroses et des psychoses.
Dans cette formation, nous nous appuierons sur ces quatre grandes familles de manifestations de
l’inconscient pour expliquer les grands principes de base de la théorie freudienne. Ils représentent
autant d’indices pour l’analyste que pour l’analysé en chemin vers la découverte des leurs contenus
psychiques inconscients.

Le rêve : la voie royale vers l’inconscient


Depuis toujours, les hommes ont su que les rêves avaient une signification. Souvent, leur sens était
rattaché au domaine surnaturel ou il représentait un phénomène physique, une sorte de
dérèglement se produisant pendant le sommeil. C’est Freud, et la psychanalyse, qui identifieront
une signification psychologique dans le rêve.
 La base de la cure psychanalytique
L’Interprétation du rêve est le premier livre qu’écrit Freud. Il en parle d’ailleurs comme de sa
première « création » : plutôt que de partir des travaux de ses contemporains et prédécesseurs,
comme avec l’hystérie par exemple, il expose une idée qui lui est propre. De plus, il se prend lui-
même pour sujet d’étude, soulignant encore le principe de la psychanalyse : l’étude de soi-même,
et de sa propre psyché, bref l’auto-analyse comme point de départ.
Freud est le premier à voir l’intérêt d’une telle approche dans le cas des pathologies mais aussi dans
le quotidien de personnes « normales » ; il étudie alors le fonctionnement psychique de personnes

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LA THÉORIE FREUDIENNE : LES FORMES DE
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ne présentant apparemment aucune maladie mentale ou comportementale. Ainsi, l’emprise de
l’inconscient concerne tout un chacun, tous les individus y étant soumis.
Freud écrit cette phrase essentielle, et devenue célèbre : « Le rêve est la voie royale d’accès à
l’inconscient. ». Contrairement à ses contemporains étudiant sur le même sujet, Freud argue que le
rêve est loin d’être une déconstruction ; il est plutôt une sorte de message codé. Freud prend
l’image d’une partition de musique : elle a besoin d’un interprète pour prendre vie. Et le premier
interprète du rêve, c’est le rêveur.
Cette interprétation du rêve est à distinguer des symbolismes et autres lectures des rêves
traditionnelles. Le but de Freud est de faire du rêve un sujet d’étude scientifique. Il est donc
considéré comme un fait psychique en soi. Il est l’expression d’un besoin et l’accomplissement d’un
désir, comme le montrent souvent les rêves des enfants.
Freud donne ainsi l’exemple d’une petite fille nommée Anna. Malade, elle aurait été mise à la diète,
et on l’entendit prononcer dans son sommeil : « fraises », « flan », « bouillie », etc. Avec l’âge, les
rêves semblent se « compliquer » ; le système de codage semble plus difficile à percer, comme si
l’inconscient aimait à rendre son contenu plus opaque à mesure que la maturité intervient.
Pour Freud, en effet, le phénomène de censure qui se manifeste dans ces rêves très incongrus ou
bizarres semble être essentiel au contrôle de la conscience. L’étrangeté du rêve est là pour cacher
le désir qui entre en conflit avec l’éducation, les convenances, l’ordre, la réalité sociale... En ayant
recours à la structure psychique de chaque individu (comme au complexe d’Œdipe, par exemple),
les mécanismes de défense à l’origine des contenus parfois incohérents du rêve sont dévoilés.
Selon Freud, le rêve apparaît également comme la condition essentielle de l’équilibre psychique de
l’individu. Rêver d’un traumatisme, d’un accident ou d’un souvenir douloureux, c’est en quelque
sorte intégrer psychiquement un phénomène qui n’a peut-être pas été « digéré » physiquement.
La faculté de pouvoir représenter ces chocs ou angoisses montre que l’individu peut se protéger de
l’anxiété produite par ce phénomène rêvé. Un cauchemar peut ainsi être perçu comme l’échec du
rêve, car il fait vivre cette angoisse.
 Message du rêve à décoder
À sa manière, le rêve cache, camoufle ou codifie un désir de l’inconscient. Freud identifie plusieurs
procédés à l’œuvre dans le rêve, mais aussi dans d’autres phénomènes (lapsus, actes manqués,
symptômes ou mots d’esprit) exposant les contenus psychiques inconscients :
la figuration : une pensée prend la forme d’une image ;
le déplacement : un élément est remplacé par un autre ;
la condensation : plusieurs éléments sont désignés par un seul.
 La figuration
Principe fondamental du rêve, il transforme les idées et les pensées en images. L‘interprète du rêve
doit remettre sous forme de « discours » les images données. Cette étape de la figuration se
retrouve chez les enfants, qui passent par le biais des images. Pour un adulte, elle peut figurer l’une
des formes de régression permettant de déceler un souvenir d’enfance. Le rêve peut être considéré
comme un accès à l’univers infantile, à jamais présent en chaque individu.

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LA THÉORIE FREUDIENNE : LES FORMES DE
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 Le déplacement
Pour éviter de se confronter au récit du rêve, l’intérêt du rêveur est amené sur une représentation
sans importance, souvent accessoire ; c’est pourquoi les rêves semblent parfois totalement
incohérents. Le déplacement fonctionne souvent avec le processus associatif. Un sentiment ou une
émotion attaché à une représentation pourra ainsi se déplacer vers un détail anodin.
Si une personne rêve qu’elle est endormie et qu’on lui apporte du thé, cette boisson peut véhiculer
en elle un tout autre désir que le besoin de boire. Si une personne rêve qu’elle est proche de
célébrités, que ses propres associations d’idées l’emmènent vers d’autres (acteur de cinéma,
chanteur, homme politique...), le déplacement peut s’apparenter au désir d’être reconnu.
 La condensation
La condensation est le principe essentiel du rêve ; il expliquerait la différence entre le récit et
l’origine (ou la pensée première) de l’histoire. C’est cette condensation qui participe de l’opacité du
rêve, et de son « codage ». On distingue dans le rêve :
le contenu manifeste : ce qui est encore présent à la mémoire du rêveur, ce qu’il est capable de
raconter. Souvent, il s’agit d’une simplification, du résumé d’une histoire plus complexe. Une
image ou un mot désignent alors tout un réseau d’associations. Dans le rêve, un personnage est
parfois la combinaison de plusieurs personnes connues du sujet.
le contenu latent : ce sont toutes les significations déduites par l’analyse du rêve, toute
production de l’inconscient alors révélée par les associations d’idées.
Par exemple, un rêve peut se limiter à un récit très bref. Le rêveur raconte être assis et attendre
qu’on lui apporte des biscuits qu’il aime. Derrière cette courte histoire, l’analyse cherchera à
reprendre ce qui est associé à cette position assise, à l’attente et aux biscuits. Il ne serait pas
étonnant de remonter à des souvenirs anciens et disparates du rêveur et aboutir à une scène ou
une image liée à une sensation et des émotions.
 Désir caché
Face à un rêve, vous devrez toujours revenir au désir qui en est à l’origine. L’inconscient cherche
toujours à emprunter des éléments anodins de la journée (donc, de la vie « consciente ») pour y
insuffler ce désir caché, lié à des contenus essentiels de la vie infantile du sujet. Une personne ayant
jeûné rêvera de nourriture, une personne se sentant prisonnière rêvera de liberté, un apprenti
chanteur rêvera de son propre concert...
Le désir est toujours à l’origine du rêve, mais il est bien dissimulé par le codage complexe de
l’inconscient, véritable objet d’étude de la psychanalyse. Ainsi, vous devrez aussi être attentif à
l’attitude même du rêveur, qui pourra fournir des indices supplémentaires. Ne vous attardez pas
toujours sur le contenu du rêve, mais aussi sur la manière dont le vit et le raconte le rêveur (langage
verbal et corporel). Les associations faites ou non dans le rêve seront les clés pour ouvrir les portes
codées du rêve.
Citons cette phrase de Jung extraite de Ma Vie, témoignant déjà de la contribution de son auteur
sur le sujet : « Le rêve est une porte étroite, dissimulée dans ce que l’âme a de plus intime ; elle
s’ouvre sur cette nuit originelle qui préformait l’âme bien avant l’existence de la conscience du moi
et qui la perpétuera bien au-delà de ce qu’une conscience individuelle aura jamais atteint. »

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Ainsi, le rêve semble ouvrir effectivement sur un espace « originel », opaque et mystérieux (« nuit
originelle »), dépassant même l’individu pour atteindre une sorte de dimension universelle de
l’humanité.
Prenons un exemple pour illustrer les associations et de possibles interprétations. Dans son rêve, le
sujet doit diriger une actrice dans une scène, tel un réalisateur de cinéma. Il cherche à lui faire
répéter une scène émouvante. Mais, au bout d’un moment, il s’aperçoit que l’actrice doit lire le
texte qu’il a dissimulé sous sa chemise. Elle doit déboutonner la chemise et lire le texte sur son
torse.
Dès lors qu’elle commence sa lecture, le rêveur a l’impression d’entendre et de voir sa voisine,
l’actrice portant exactement sa robe. Vous voyez là un contenu sexuel dévié dans une image
provenant de plusieurs associations d’idées du rêveur. Sa voisine lui fait-elle penser à une
célébrité ? Pourquoi cacher le texte sous un vêtement ? Quelles associations amènent à la robe et
la chemise ? …
 Hallucination* et délire*
Dans son rêve, le rêveur croit à tout ce qui lui arrive. Il se retrouve donc techniquement en pleine
hallucination (voir définition dans le glossaire). Le sujet a des perceptions qui n’ont pas d’objet
physique réel. L’hallucination peut être « positive », lorsqu’il perçoit quelque chose qui n’existe pas
réellement. Mais elle peut aussi être « négative », lorsqu’il ne perçoit pas ce qui existe vraiment.
Le rêve permet ainsi de souligner la différence entre la réalité de la matière et la réalité du
psychisme. C’est lorsque le sujet est éveillé (quand il ne dort pas) que l’hallucination relève de la
pathologie. Pour conclure ou non à une possible pathologie, l’analyste devra alors chercher à
identifier ce que le sujet croit de ses propos.
Ainsi, un rêveur pourra avoir l’impression d’entendre une voix, d’écouter une musique, de sentir
que quelqu’un frappe à la porte, etc. À chaque manifestation, l’analyste pourra l’associer à la réalité
de l’individu et conclure à des pistes d’interprétation justifiant la manifestation inconsciente d’une
voix (d’une personne disparue, d’un amant qu’on attend, du conseil des parents...), d’une musique
(rappelant un air de l’enfance associé à une émotion, sublimant un sentiment...) ou de la présence
d’une personne à la porte (dans l’attente d’une visite, mais de qui ?).
Dans le cas d’une hallucination négative, vous observerez comment le psychisme peut « faire
disparaître » des éléments réels de la perception du sujet. Par exemple, un objet anodin reste
introuvable pendant un moment avant d’être retrouvé quelque temps plus tard. En général, cet
objet donnera une indication sur ce que l’inconscient manifeste.
Prenons le cas de la « disparition » de la perception d’un miroir. La personne ne remarque pas, ou
n’a pas remarqué, qu’il y a un miroir dans la pièce. L’objet n’a pas disparu, mais la perception de cet
objet, si. On comprend quelles seraient les conséquences de cette ellipse de la perception, par
rapport au fonctionnement inconscient de cette personne. La signification peut porter sur la
manière dont la personne évite de se voir elle-même, cherche son reflet dans un objet extérieur,
etc.
Outre la vision, le phénomène de l’hallucination négative concerne très souvent l’audition (on
n’entend pas quelque chose). Il suffit de constater combien un enfant pourra être « sourd » aux
demandes de ses parents. Si ce phénomène est facile à remarquer chez l’autre, il est souvent

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impossible de le faire chez soi, ce qui donne raison à la phrase « On entend ce qu’on veut bien
entendre ! »
Le délire est défini dans le « glossaire » en fin de formation. Il renvoie à une construction de la
psyché pour se défendre d’une réalité. Le délire ne peut jamais être contredit et le délirant n’a
aucun doute par rapport à ce dont il est convaincu. Plutôt qu’une perception, le délire est une
construction à laquelle croit fermement le sujet. La réalité psychique de ce dernier devient sa
réalité physique. Ce phénomène se retrouve dans la psychose (voir module 3, le cas de Schreber
étudié par Freud à partir de son autobiographie).
Plus tard, Mélanie Klein et Jacques Lacan reviendront sur le cas. Freud avait interprété le délire de
Schreber comme un mécanisme de défense dissimulant son homosexualité ; Klein parlera plutôt de
l’importance des relations qu’aurait eues, très jeune, l’enfant avec sa mère ; Lacan insistera sur le
père et sa méthode d’éducation comme étant au cœur du délire.
Ainsi, vous voyez que pour le délire, l’hallucination, le rêve et les autres manifestations de
l’inconscient, vous devrez choisir un angle d’interprétation particulier. Vous étudierez dans cette
formation les différences d’interprétation entre chaque théoricien (Freud, Lacan, Klein...). Ainsi,
vous pourrez, à votre retour, trouver vos propres clés.
 L’interprétation du rêve dans la cure psychanalytique
Au cours d’une séance, vous aurez sans doute affaire au récit d’un ou plusieurs rêves, ou à une
situation rappelant au sujet un rêve, ou à un rêve renvoyant à un autre rêve... S’agissant
d’associations d’idées, vous écouterez attentivement (avec une attention « flottante ») la façon
dont s’associent les éléments narratifs entre eux. Vous devrez donc écouter sur deux plans
distincts :
les associations entre elles : la manière dont le sujet passe d’un élément à un autre ;
la place du rêve dans l’analyse en général et dans la relation analytique.
Dans la cure psychanalytique, l’occurrence d’un rêve ne devrait jamais être anodine, mais plutôt
être un sujet d’analyse en elle-même, car le rêve indique un élément important de la cure.
Pourquoi le sujet rapporte-t-il le rêve à son analyste ? Est-ce pour le perturber, l’intéresser, le
séduire, lui offrir quelque chose, dans l’attente qu’on interprète quelque chose pour lui ?
Selon votre pratique et vos affinités (pour telle ou telle théorie), vous choisirez de donner de
l’importance aux rêves. Un principe fondamental, soulignant le travail du sujet, est de lui proposer
de tenir un journal de ses rêves. À défaut de les interpréter, ils rendront compte de l’activité,
intense ou non, de l’inconscient au moment où les rêves apparaissent.
Par ailleurs, le simple fait d’être en action et de noter ses rêves peut se révèle en soi « une prise de
conscience », soulignant l’activité intense échappant au contrôle du sujet. Même si vous n’en parlez
pas trop ou constamment pendant la cure, invitez la personne à remarquer quand et pourquoi les
rêves se manifestent. Par cette invitation même, vous l’encouragerez à faire encore plus de rêves,
et donc à faire remonter à la conscience davantage de contenus inconscients.
Prenons pour exemple l’un des rêves commentés par Édith Lecourt dans son livre La Psychanalyse :

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« Annick vient à sa première séance d’analyse. La nuit précédente, elle a rêvé qu’elle se trouvait
embarquée dans une camionnette avec un certain nombre de personnes. Malgré la difficulté d’y
trouver une place, Annick a réussi à s’installer à côté du chauffeur. Elle est rassurée. Lorsqu’elle
évoque ce rêve au cours de la séance, il lui apparaît qu’il correspond au sentiment qu’elle avait eu
pendant l’entretien préalable avec le psychanalyste.
La renommée de ce dernier faisait qu’il était difficile de pouvoir faire partie de sa clientèle. Il avait
notamment évoqué cette surcharge et des difficultés d’horaire. Le rêve va plus loin, pour répondre
au désir d’Annick (sa demande d’amour), avoir la meilleure place, privilégiée, dans le groupe dont
elle se sentait faire partie comme malgré elle. Le rêve prend ainsi en compte un élément de la
réalité : Annick n’est pas la seule…, mais le chauffeur lui assure la meilleure place !
Annick exprime bien aussi, métaphoriquement, le sentiment d’être embarquée, comme dans un
grand voyage… la cure psychanalytique. On note ici la capacité figurative, métaphorique du rêve.
Ayant raconté son rêve, Annick se revoit petite, toujours sensible au mal des transports, et, de ce
fait, régulièrement placée à l’avant des voitures, autocars, etc. Il faudra donc prendre soin d’elle, de
sa fragilité… Voilà le psychanalyste prévenu ! »
Remarquez bien ici comment fonctionnent les associations d’idées : camionnette en route pour
l’aventure de la cure ; les autres qui sont « dans le même bateau », en référence aux autres
individus mentionnés par l’analyste ; la place à côté du chauffeur liée à son souvenir d’enfance et sa
demande d’amour particulière. Remarquez aussi combien ce rêve parle de la relation entre
l’analysé et l’analyste (qui conduit la camionnette !).
 Activité
Si ce n’est déjà fait, inscrivez dans votre carnet tous les rêves que vous faites. Ritualisez ce moment,
par exemple le matin, en ayant votre carnet près du lit ou en les reportant pendant votre petit
déjeuner. Remarquez en tout cas quelle est votre activité « rêveuse ». Vous mettrez ainsi en
évidence les processus qui vous échappent et les messages que cherche à vous montrer votre
psychisme. Ce recours « discipliné » à la mise par écrit des rêves pourrait, par le simple geste d’y
revenir et de les articuler avec les outils de la conscience, révéler votre activité psychique et
solliciter des prises de conscience révélatrices et libératrices.

L’interprétation du psychanalyste
Un jeune homme a commencé sa cure psychanalytique avec vous depuis quelques mois, mais, à
chaque séance, il est mitigé pour la poursuivre. En grande souffrance physique et psychologique
depuis des années, il cherche à recouvrer la santé. Il comprend le bien-fondé de ces entretiens et la
méthode employée, mais ces séances le font souffrir. Il l’exprime d’ailleurs à chaque séance : le fait
de remuer certaines choses en lui le bouleverse. Depuis quelque temps, il est revenu vivre
temporairement chez ses parents. Il vous raconte qu’il a rêvé d’une invasion de fourmis dans sa
chambre, par le plafond et la poutre au-dessus de son lit. Il ne se sentait pas en danger, mais, pour
lui, « c’était encore quelque chose dont il fallait se débarrasser ». Il associe aussitôt le rêve à la
réalité de la veille : sa mère était dans le jardin lorsqu’il remarqua une invasion de fourmis (même si
leur couleur n’est pas la même) ; elles allaient dans la maison et jusqu’à la chambre de ses parents.

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Il explique qu’il faut les exterminer, qu’« il n’y a pas d’autre moyen ». Quelles seraient les pistes
d’interprétation, selon vous ?
 Éléments de réponse
Prenez les deux plans pour vous guider dans votre interprétation, d’une part les associations
d’idées, d’autre part la relation entre l’analyste et l’analysé. Ici, de toute évidence, vous pourriez
associer ce qui le perturbe profondément, qui prend l’image d’une invasion de fourmi et perturbe
aussi la chambre parentale. Peut-être se voit-il lui-même comme une perturbation dans le couple
de ses parents, ou cherche-t-il à se débarrasser de son passé ? Et la cure psychanalytique n’est-elle
pas justement un moyen de se débarrasser de certaines blessures du passé ? Cependant, prenez
garde de ne pas proposer une interprétation et laissez les associations se faire. Le rêveur devra
établir en premier les liens entre les éléments. C’est en le guidant et en le laissant découvrir les
choses par lui-même qu’il intégrera le mieux la conscience des processus psychiques en place. De
toute évidence, si l’on considère maintenant la relation entre vous et lui, il aimerait se débarrasser
de vous (?) ou, en tout cas, ne plus avoir à souffrir de ces séances. Seulement, comme il le dit lui-
même « il n’y a pas d’autre moyen ».

Les actes manqués


 Définition
Par « actes manqués », nous nous référons ici aux phénomènes qui échappent au contrôle de la
conscience et qui, comme le rêve, mènent à l’inconscient. Pour la psychanalyse, il n’existe pas de
hasard ; tout est déterminé, à l’exception des hasards extérieurs (être là au mauvais moment, en
quelque sorte). Pour Freud, il n’y a pas de hasard ou de coïncidence mystérieuse dans le psychisme.
Il écrit ainsi : « En brisant le déterminisme universel, même en un seul point, on bouleverse toute la
conception scientifique du monde. »
Freud explique que chaque geste apparemment anodin ou accidentel trouve une explication dans la
théorie de l’inconscient : « La maladresse accidentelle et l’insuffisance motrice peuvent servir de
paravents derrière lesquels on dissimule sa rage contre sa propre intégrité physique. » Il paraît que
dès qu’un proche expliquait s’être pincé le doigt, mordu la langue ou blessé d’une manière ou
d’une autre, Freud lui demandait : « Pourquoi l’as-tu fait ? »
Freud évoque les actes manqués dans son ouvrage Pyschopathologie de la vie quotidienne (nous en
recommandons vivement la lecture pour approfondir le sujet). Un acte manqué est un geste du
quotidien qui « rate son objectif premier ». Il peut concerner la parole, le corps, les différents sens,
la perception, la mémoire...
Les actes manqués sont donc les oublis, les erreurs, les auditions erronées, les perceptions visuelles
altérées ou fausses, les lapsus, etc. Vous oubliez un nom, vous oubliez de faire ce que vous vouliez
faire, vous lisez ou entendez autre chose, vous faites tomber un objet, vous vous blessez « par
mégarde »...
Tous les actes manqués exposent que nous ne voulons pas savoir ce que profondément nous
savons. Nous menons ainsi un « double jeu » et faisons preuve de ce que le philosophe Sartre
appelait « la mauvaise foi ». Pas besoin d’être psychanalyste pour comprendre qu’un rendez-vous

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LA THÉORIE FREUDIENNE : LES FORMES DE
MANIFESTATION DE L’INCONSCIENT
manqué ou qu’être appelé par un autre nom que le sien a une signification. Les actes manqués sont
souvent ignorés ou minimisés lorsque l’on a recours aux justifications habituelles : le stress, la
fatigue, l’étourderie, etc.
Remarquez combien vous oubliez ce que vous aimeriez voir disparaître ou, au contraire, ce que
vous aimeriez avoir (promesse, dette, objet, souvenir...). Pointant du doigt l’échec de la volonté et
de la maîtrise, ils expriment un désir dissimulé qui cherche ainsi à se dévoiler. En quelque sorte,
l’acte manqué réussit paradoxalement sur le plan de l’inconscient. Il vient alors surprendre le sujet,
comme pour lui montrer ce qu’il voulait profondément dire ou faire. Si l’action est bel et bien
manquée, l’acte est quant à lui réussi.
 Exemples
Freud donne une quantité d’exemples sur ses propres actes manqués et ceux de ses patients. Au
moment de sa rupture avec son ami Fliess, il aurait remarqué qu’il n’achetait plus du tout de
buvards (Fliesspaper en allemand). En 1915, au moment où la guerre est déclarée entre l’Autriche
et l’Italie, Freud s’aperçoit qu’il ne se rappelle plus les noms des endroits qu’il connaît en Italie,
comme si son patriotisme autrichien inconscient l’en empêchait.
L’une de ses patientes ne parvient plus à se souvenir du roman anglais qu’elle vient de lire : Ben Hur
de Lewis Wallace (hure en allemand signifie « prostituée »). Un autre jour, Freud fait tomber et
brise le couvercle en marbre de son encrier ; cet incident survient après que sa sœur lui a dit que
l’encrier n’était pas beau sur son bureau et qu’il fallait en changer.
Voici un autre exemple : depuis quelques mois, une personne rend régulièrement visite à un ami
souffrant. Même s’il est parfois virulent envers elle, elle s’est fait une promesse de s’occuper de lui.
Pour s’y rendre, elle prend un bus près de chez elle. Un jour, fonctionnant de manière automatique,
elle se trompe de bus. Lorsqu’elle s’en aperçoit, elle est arrivée à un jardin public où elle venait
étant enfant.
Lors d’une séance, cette personne pourrait identifier une problématique dans la relation à son ami
souffrant ; elle serait ainsi perplexe entre son envie de l’aider et la paradoxale agressivité de son
ami envers elle. Au travers de cet acte manqué, elle exprimerait alors le désir de revivre des
sensations et des émotions qui l’ont rendue heureuse par le passé. Ce pourrait être un signe
indiquant qu’elle souhaite profondément prendre soin d’elle-même.
 Fonctionnement de l’acte manqué
Derrière chaque acte manqué, on peut imaginer un conflit entre deux intentions. Comme dans le
rêve, on pourra y voir une intention « manifeste » (je souhaite rendre service à mon ami malade),
aussi appelée « intention troublée consciente », et une intention « latente », ou « intention
perturbatrice inconsciente », souvent refoulée (ce dont j’ai véritablement besoin c’est de prendre
soin de moi-même). La première intention est déviée ou perturbée par la seconde.
Entendre le sujet déclarer que, à ce moment précis, il se sentait particulièrement « fatigué » ou
« préoccupé » ou « distrait » met en évidence le fait qu’il ou elle « baisse la garde ». Essayez alors
d’être attentif à ces sortes de mise en garde : « Ce jour-là, j’étais fatigué, je ne me suis pas rendu
compte, mais... » Bien souvent, le mot « oublié » est également prononcé pour une bonne raison : il
est relié à des associations qui gênent, déstabilisent ou sont particulièrement désagréables pour le
sujet.

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Derrière ce sentiment le rendant mal à l’aise cependant, vous reviendrez à l’origine de l’acte
manqué grâce à la technique des associations « libres » d’idées. Dans les passages les plus
incongrus entre une idée et une autre, quand « on passe du coq à l’âne », il existe toujours un lien.
Tout ce qui est prononcé au hasard, un nombre, un nom ou autre chose pourra, selon Freud, être
expliqué dans la vie psychique de l’individu. Ainsi, il est impossible de réellement dire ou penser
« n’importe quoi ».
Comme pour le rêve, l’acte manqué doit être interprété dans le contexte de la séance, et plus
largement de la cure psychanalytique. Les interprétations générales ne sauraient donner les indices
pertinents pour chaque cas et chaque individu. Un objet qui disparaît pour une personne revêt
donc beaucoup d’importance en raison de son attachement et de l’association particulière entre ce
qu’il représente pour le sujet et ce qu’il dévoile de son inconscient et de ses désirs.
Observez combien ce sont les objets auxquels on tient le plus qu’on perd ou que l’on range dans un
endroit si sûr qu’on finit par l’oublier. Hormis les actes manqués, vous pourrez être attentif à tous
ces petits gestes qu’accomplit le sujet sans s’en rendre compte : tourner sa bague autour de son
doigt, toucher une partie du visage ou une mèche de cheveux, faire des dessins, répéter toujours le
même mot, etc.
 Le lapsus
Le lapsus se réfère à une échappée inconsciente d’un mot ou d’une association révélatrice. On parle
de lapsus « révélateur » dans le sens qu’il dévoile un désir profond. Vous remarquerez que
beaucoup de personnes estiment que les lapsus ne sont pas toujours révélateurs, surtout quand ils
ne les concernent pas directement.
Lorsque le lapsus apparaît, c’est comme si un prisonnier s’échappait de l’inconscient. Afin
d’expliquer ce processus, reprenons brièvement les termes essentiels de la linguistique depuis de
Saussure : considérons le « signifiant » comme la forme du mot et le « signifié » comme le sens du
mot.
Le lapsus naît de la proximité entre deux signifiants, ce qui aboutit à une sorte de télescopage entre
deux mots ; il ferait figure de jeu de mots s’il n’échappait pas totalement à la maîtrise de
l’interlocuteur. Le « signifié » prononcé sera différent de celui qui était intentionnellement pensé
par le sujet, mais tout à fait révélateur pour la séance et la cure psychanalytique.
Prenons un exemple : Une épouse s’occupe de son mari malade et l’emmène régulièrement chez le
médecin ; elle revient d’une consultation et déclare, soulagée : « Le médecin a confirmé qu’il peut
boire et manger tout ce que je veux. » (au lieu de « tout ce qu’il veut ») Notez là comment le désir
de l’épouse s’exprime malgré elle.
Le conflit est le même que pour tout acte manqué : une lutte entre une volonté relevant de la
conscience et un désir relevant de l’inconscient. Il existe beaucoup plus de phénomènes de
« lapsus » que l’on croit. Soyez attentif ainsi aux fautes de frappe que vous faites en écrivant au
clavier, aux e-mails que vous envoyez au mauvais destinataire, etc. La rapidité du monde actuel, et
des moyens de communication en général, met encore plus en évidence ces « fuites ».

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 Activité
Menez une petite expérience de quelques jours en notant tous les actes manqués effectués par
vous ou vos proches. Notez les incidents, les paroles, les lapsus, les oublis... Par exemple, tout ce
que vous teniez en main ne cessait de vous échapper, vous avez perdu votre téléphone, un papier,
manqué un rendez-vous, etc. N‘interprétez rien pour le moment. Cherchez simplement à constater
leur occurrence.

Les mots d’esprit


Les « mots d’esprit » représentent des formules, des néologismes, des reparties, des tournures et
autres manipulations linguistiques et sonores jouant avec le langage, son homophonie et sa
polysémie. Selon Freud, comme dans l’acte manqué, le réflexe de refoulement est comme
suspendu momentanément pour laisser sortir un contenu psychique souvent inacceptable pour la
conscience.
Les mots d’esprit ont très tôt intégré la liste des manifestations importantes de l’inconscient. Mais
pourquoi ? Est-ce parce que Freud aimait ces jeux sur le double sens des mots, ou parce que le
langage est toujours révélateur de la psyché ? Peut-être. Mais le contexte peut également
l’expliquer : la psychanalyse naît dans le judaïsme, qui place le langage au centre de tout (cette
dimension sera également au cœur du travail et des révolutions proposées plus tard par Jacques
Lacan dans l’analyse).
Dans la tradition yiddish, un personnage de légende, prénommé le Schnorrer, est spécialiste des
jeux de mots. Freud étudie en détail le phénomène dans un livre Le Mot d’esprit et ses rapports
avec l’inconscient, publié en 1905. Cet ouvrage rassemble une foule d’histoires drôles, souvent
inspirées de la tradition juive d’Europe centrale. Freud se concentre sur l’analyse de ce phénomène
de mot d’esprit, comment il procure une certaine satisfaction de l’individu et en quoi il informe sur
la dimension sociale de chacun.
Son caractère ludique est, encore une fois, à rapprocher de l’enfance et des babils infantiles
reposant sur des sons confus, des quiproquos, des homonymes... Très tôt, on s’aperçoit combien
l’enfant aime jouer avec les sons et les sonorités. Les mots d’esprit comprennent également « la
langue des oiseaux », qui souligne justement des équivalences sonores (par exemple, « pair »,
« paire », « père » et « perd », ou « la mère », « la mer », « l’amer », etc.).
 Fonctionnement
L’acte manqué (dont les lapsus et les oublis) est inconscient. Mais le mot d’esprit est tout à fait
conscient et réussi. À la différence du rêve, le mot d’esprit est essentiellement social : il permet de
faire ressortir le contenu inconscient en société, c’est-à-dire lors de situations où le contrôle de soi
devrait justement être total. La représentation du contenu inconscient se produit, cette fois, par un
tour humoristique pour contourner la censure et la maîtrise de la conscience. Ce mécanisme de
défense agit par déplacement en cherchant un compromis entre le préconscient et l’inconscient.
En général, le mot d’esprit prend la forme d’une repartie humoristique, jouant sur l’ironie et le
plaisir commun éprouvé par les individus dans cet échange. Le plaisir, qui se manifeste dans le

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sourire ou le rire, vient de la libération de toute tension et de toute censure ou autocritique, d’une
libération de l’énergie alliée souvent à la convivialité.
En libérant les restrictions habituelles, les histoires drôles jouant avec les conventions et les
bienséances sociales sont particulièrement appréciées. De même, les traits d’humour sur la
sexualité, les grivoiseries et autres allusions peuvent aussi véhiculer l’expression de désirs ne
pouvant être évoqués directement.
Si certains mots d’esprit sont joyeux, légers et comiques, d’autres sont plus pesants, empreints de
cynisme, d’agressivité, de racisme ou d’obscénité. L’humour noir et les décalages entre une
situation grave et des commentaires anodins choqueront, bouleverseront tout en ayant la capacité
cathartique de faire sortir des désirs, des peurs et des émotions refoulés.
Dans le mot d’esprit, Freud identifie les mécanismes similaires au rêve : on retrouve le phénomène
de la condensation (par exemple, les mots-valises), le déplacement, la représentation par un
contraire, les métaphores et jeux sur les associations (de sons, de sens, etc.).
 Exemples
Freud évoque une histoire drôle empruntée à la tradition juive (cette dernière a toujours trouvé le
moyen de rire des persécutions auxquelles elle était soumise). À une personne passant devant des
bains publics, une autre demande : « As-tu pris un bain ? » Question à laquelle l’autre répond :
« Pourquoi ? Il en manque un ? »
En général, il s’agit de chercher à rire de moments et de situations difficiles à vivre. Lorsqu’il a dû
s’exiler de Vienne en 1938 devant la persécution grandissante des juifs, Freud aurait eu à rédiger
une attestation confirmant que les autorités nazies se seraient très bien comportées avec lui. Il
aurait alors écrit la phrase ironique suivante : « Je puis cordialement recommander la Gestapo à
tous ! »
Cette autre histoire est empruntée à Alphonse Allais. Il raconta qu’un condamné à mort manqua de
tomber sur les marches le menant vers la guillotine et s’exclama : « Décidément ! ».
Cet autre exemple, plus récent, est emprunté à la situation de confinement imposée à la population
mondiale pendant l’épidémie de Covid-19. Un Français confiné à Paris discute au téléphone avec un
habitant de Milan, région la plus touchée d’Italie ; ils parlent de leur quotidien et de la désertion
des villes.
Le Français lui demande : « Est-ce que vous voyez beaucoup de monde dans la rue ? » L’ami italien
rétorque : « Eh non, ils sont presque tous morts ! » Ce trait d’humour noir, bien que terrible,
provoque cependant un rire qui libère d’une angoisse ambiante, et certainement également de
l’anxiété liée à la mort et à la menace ambiante de la pandémie vécue par les deux interlocuteurs.
 Activité
Quel est votre rapport à l’humour ? Notez dans votre carnet les moments où vous riez et souriez en
écoutant quelqu’un parler, ou en faisant vous-même une blague. Quels sont les humoristes, actuels
ou passés, qui vous touchent le plus ? Pensez à Desproges, Allais, Coluche, et plus récemment Gad
Elmaleh ou Blanche Gardin par exemple. Certaines histoires drôles vous ont-elles marqué ? Pouvez-
vous expliquer pourquoi ? Enfin, pensez-vous que l’on peut rire de tout ?

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Les symptômes, névroses et psychoses
 Les symptômes
L’inconscient s’exprime par ces manifestations « quotidiennes », mais également par d’autres. La
médecine appelle « symptômes » les « maux » des sujets que vous rencontrerez. Nous l’avons vu
avec les cas d’hystérie, qui sont à la base de l’invention de la psychanalyse. Il suffit de penser à un
comportement, des paroles, des maux physiques ou des gestes qui surprennent. Un enfant qui tient
son poing fermé cache ainsi quelque chose. Et si la main est vide, c’est qu’il cache quelque chose
qui ne se voit pas ? L’inconscient se manifeste à tout moment. C’est à vous de le débusquer dans
votre quotidien.
Apprenez à regarder les symptômes comme des satisfactions paradoxales. Le symptôme est une
souffrance mais également un plaisir, car il exprime ce que la conscience censure. Freud pense qu’il
existe dans une pathologie des bénéfices primaires (le plaisir, le prétexte et la fuite dans la maladie,
l’attention des proches quand on est malade...) et secondaires (après la maladie, le sujet est comme
un « ancien combattant » : il reçoit les honneurs et a développé une certaine immunité).
Pour les bénéfices primaires, vous pourrez penser à une femme subissant le mauvais traitement de
son mari et développant une névrose. Le procédé lui permet de se plaindre de sa maladie plutôt
que de son mariage. La célèbre « migraine » des femmes ne souhaitant pas avoir de rapport sexuel
peut aussi apparaître comme un symptôme réel de bénéfice immédiat.
Les « symptômes » désignent ici le phénomène apparaissant quand la pulsion * succombe au
refoulement. Depuis Lacan, le terme de « pulsion » a remplacé celui d’« instinct » pour désigner
une grande énergie vitale. Le symptôme signale quelque chose et permet simultanément de
satisfaire un besoin ou un désir latent. Dans le cas de l’hystérie, nous avons étudié les symptômes
physiques.
Par ailleurs, les vomissements ou les nausées peuvent chez certaines femmes signaler, et assouvir,
un désir de grossesse. Dans d’autres registres, on parlera aussi de symptômes pour les « mots » :
lorsque vous constatez des mensonges, de la provocation, de l’agressivité, de la mauvaise foi, de la
séduction, du jeu, etc. Pour Jacques Lacan, le symptôme est un élément du langage qu’il s’agit de
traduire.
Le symptôme psychique apparaît à la suite de trois étapes distinctes :
apparition d’un conflit psychique (qui pourra être mis en évidence grâce à la régression * et la
fixation*) ;
processus de refoulement * pour répondre au conflit ;
substitution et compromis pour aboutir à la forme du symptôme.
Tout comme le rêve, le symptôme offre une issue au fantasme tout en lui permettant de s’exprimer
sous forme d’un compromis et de lutter contre le fantasme lui-même. Il est à la fois la frustration et
la satisfaction de ce fantasme. Si un geste ou un acte obsessionnel de la névrose obsessionnelle* est
un mécanisme de défense contre une interdiction, il est également la répétition de cette
interdiction.

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Le symptôme est ainsi une réaction, un compromis et un substitut pour une pulsion. Dans ce même
cas de la névrose obsessionnelle, il peut ainsi prendre les deux formes contraires : la négation de la
pulsion avec ses interdictions et autres précautions, et son affirmation avec sa satisfaction de
substitution.
Dans le symptôme, on retrouve les processus du rêve et des autres manifestations de l’inconscient
(condensations, déplacements, inversions...). La condensation s’observe dans le symptôme de la
cécité : elle montrera simultanément le refoulement d’avoir vu quelque chose qu’il ne fallait pas
voir et le désir de ne pas voir.
Ne pas avoir d’appétit, et même un certain dégoût, peut indiquer une sorte de déplacement : on
s’en prend à la nourriture au lieu de s’en prendre aux personnes qui nous inspirent ces sentiments
de répulsion. Quant au symptôme de l’agoraphobie*, il peut être considéré comme une inversion
puisqu’il exprime le désir de rencontres, et notamment sexuelles.
 Névroses et psychoses
Selon les symptômes observés, vous identifierez, ou en tout cas approcherez prudemment, la
pathologie à laquelle vous aurez affaire. La psychanalyse distingue (voir glossaire) deux catégories
de troubles psychiques : les névroses et les psychoses. Il ressort des études de Freud et de ses
prédécesseurs que le recours à l’hypnose était souvent sans effet sur les malades mentaux.
Cette observation indique combien l’hypnose agit sur les névroses plutôt que sur les psychoses.
D’ailleurs, Freud a très tôt affirmé que la cure psychanalytique ne pouvait s’adresser aux
psychotiques ; Lacan, quelques années plus tard, estimera au contraire qu’elle peut leur être d’un
puissant recours.
Vous savez déjà différencier les névroses des psychoses : les névroses peuvent toucher tout être
humain dit « normal » et montrent des dysfonctionnements psychiques marquant certains troubles
du comportement ; les psychoses, plus graves et définissant les « malades mentaux », montrent un
phénomène de destruction de la personnalité.
Une personne névrosée, bien que vivant des moments difficiles et perturbants, est toutefois
capable de mener une vie plus ou moins « normale », développer des relations sociales, profiter
d’un travail plus ou moins stable et avoir une perception plutôt concrète de la réalité. La personne
souffrant de psychose ne le peut pas. Sa perception du réel est remplacée par des délires. Ce sont
eux qui donnent forme à réalité, là où le névrosé se contente de déformer le réel tout en gardant
un sens de la réalité objective.
Les « névroses » seront vos principaux sujets d’analyse : elles montreront des difficultés pour le
sujet dans ses relations et son adaptation à la réalité. Vous verrez que les personnalités, bien
qu’unifiées, sont en proie à des conflits expliquant leurs troubles du comportement. Dans le cas des
névroses, le corps peut devenir un véritable moyen d’expression de ces conflits (comme chez les
hypocondriaques).
À l’inverse, les psychotiques ont une personnalité désunie et morcelée ; ils témoignent d’une
absence de limites, à de nombreux égards. La psychose, plutôt que d’être exprimée par le corps, se
manifeste dans une version délirante du réel, exactement comme si la personne vivait dans un
monde différent.

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Entre la névrose et la psychose, le psychiatre anglais Hugues propose dès 1884 une catégorie dite
borderline* (à la limite), pour qualifier les troubles psychiques intermédiaires. André Green
exprimera ensuite le terme d’« états limites* », notamment dans sa théorie sur la « folie privée ».
La classification des maladies mentales est un sujet délicat, car la maladie psychique est plus
difficile à identifier et à traiter que la maladie physique. Le terme de « névrose » provient de la
première définition de la maladie psychique, considérée « organique ». Il est attribué à un médecin
écossais, William Cullen.
En réalité, celui-ci avait proposé le mot neurosis en 1769, combinaison du terme grec neuros (nerf)
et du suffixe osis (en référence aux maladies physiques, qui ne sont pas inflammatoires). Mais c’est
le célèbre aliéniste Philippe Pinel (1745-1826) qui proposa le terme français de « névrose », pour
désigner donc la maladie comme « nerveuse ».
Freud a bien distingué deux sortes de névroses : les « névroses actuelles » et les
« psychonévroses » (nous reprendrons en détail ces « maladies » dans le module 5) :
les « névroses actuelles » viennent de frustrations sexuelles (abstinence, masturbation,
éjaculation précoce, frigidité, impuissance...) et n’ont rien à voir avec l’hérédité ; ce sont la
neurasthénie, l’hypocondrie, la névrose d’angoisse...
les « psychonévroses » ont pour origine un conflit traumatique s’étant produit dans la petite
enfance et ont une dimension héréditaire ; ce sont l’hystérie d’angoisse, l’hystérie de
conversion, la névrose obsessionnelle, etc. Cependant, pour Freud, la distinction entre névroses
et psychoses est poreuse. Pour lui, les « psychonévroses » comprennent également les formes
de psychoses basées sur des névroses narcissiques ; ce sont la schizophrénie, la paranoïa, la
psychose maniaco-dépressive...
 Activité :
Quelle définition personnelle donneriez-vous aux névroses et psychoses citées plus haut
(neurasthénie, névrose obsessionnelle, paranoïa, schizophrénie...). Vous connaissez sans doute déjà
certaines de ces « maladies ». Ajoutez à vos définitions personnelles d’éventuels exemples tirés de
témoignages de vos proches, de films, de lectures, etc.

L’interprétation du psychanalyste
Une jeune femme se plaint de la violence de son mari et remet régulièrement son mariage en
question. Elle explique qu’il n’est pas violent physiquement mais verbalement : il s’adresse à elle
avec beaucoup d’agressivité, en haussant le ton et en s’énervant contre elle « pour un oui ou pour
un non ». Après cet accès de violences verbales, elle se retrouve totalement anéantie. Son mari
devient alors extrêmement gentil et prévenant ; il est, selon elle, comme ces maris qui battent leur
femme et qui regrettent ensuite, cherchant à se faire pardonner. Depuis peu, elle pense que son
mari est lui-même dépressif, mais il refuse de consulter ; il se met même en colère et lui dit que
c’est plutôt elle qui est malade. Pourtant, la jeune femme doit sans cesse s’occuper de lui ; elle ne
peut le laisser seul et doit toujours lui pardonner ses accès de violence. Depuis quelque temps, elle
sent qu’elle n’en peut plus ; elle ressent une grande colère en elle, mais ne sait pas quoi faire pour
se sortir de cette situation. Elle commence à avoir des problèmes de sommeil et à ressentir

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d’importantes douleurs à l’estomac. Elle cherche à protéger son fils des « coups de gueule » de son
mari et envisage donc de divorcer, même si cette solution « lui briserait le cœur ». Durant les
séances précédentes, elle est revenue sur ses propres difficultés avec ses parents, décrivant son
enfance entourée d’une mère dépressive et d’un père violent. Comment pourriez-vous interpréter
ce que dit la jeune femme ? S’agit-il, à votre avis, d’un cas de névrose ou de psychose ?
 Éléments de réponse
La jeune femme parle d’une relation de couple problématique. Le contact à la réalité ne relevant
pas du délire, il est question d’une problématique de névrose prenant sa source dans l’individu lui-
même. Même si le conjoint ou « l’autre » occupe toute la place dans la ou les séances analytiques,
vous serez attentive à tout ce que cela « dit » sur la jeune femme. Ici, soyez attentif à toujours
revenir à la jeune femme et à ne pas vous dévier, comme elle le fait, sur la problématique du
conjoint. Revenez toujours à elle. De manière évidente, le comportement de son époux (violent et
dépressif) fait écho à ceux qu’elle a côtoyés durant l’enfance. La violence et la dépression sont au
cœur de ses modèles affectifs : en perpétuant cette relation « malade », elle reste en quelque sorte
fidèle au modèle de ses parents. Mais inutile de lui dire ce qu’elle a sans doute déjà remarqué ;
cherchez simplement à jouer sur les associations qu’elle établit elle-même sans s’en rendre compte.
Observez aussi ses « mots » et ses « maux » : le « pour un oui ou pour un non », qui peut être en
référence au mariage (où l’épouse dit « oui ») ; la « gueule », qui peut faire penser à un
comportement animal ; l’expression « briser le cœur », qui pourrait l’aider à chercher ce qui,
véritablement, lui « brise le cœur » (sans doute le manque d’amour ou le mauvais traitement
affectif durant son enfance) ; le fait de ne pas dormir (comme pour rester aux aguets des violences
de son mari) ; etc.

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