Sujet Pascal
Troisième partie
« L’homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais
c’est un roseau pensant. » Blaise Pascal
Cet esprit, qui compense la vulnérabilité humaine, n’est-il pas une arme qui risque
paradoxalement de ruiner son propriétaire ? Quels garde-fous peut-on lui imposer pour
prévenir les abus ?
I- L’esprit pallie la vulnérabilité physique de l’homme face à la nature
1- L’infiniment petit face à l’infiniment grand
Ex : « cette puissance à laquelle nous étions livrés, moi et mes bêtes », Haushofer
Ex : « le Nautilus, il ne pourrait supporter cette épouvantable pression et
s'aplatirait comme une feuille de tôle. », Nemo
2- Une intelligence exponentielle qui inverse les rôles
Ex : « L'homme peut apporter plusieurs solutions à un même problème posé par le
milieu. », Canguilhem
Ex : « mon électricité n'est pas celle de tout le monde », Nemo
II- Hubris de l’intellect humain vis-à-vis de la nature
1- Création de besoins artificiels et pillage des ressources naturelles
Ex : « Ned, se proposait de revenir le lendemain à cette île enchantée, qu'il voulait
dépeupler de tous ses quadrupèdes comestibles », Aronnax
Ex : « On est en train de payer le fait que toutes les bêtes de proie aient été
décimées depuis longtemps », Haushofer
2- Curiosité excessive et dérives de la science !
Ex : le désir de procéder à des expériences sur l’organisme humain, selon
Canguilhem
Ex : le mur : « une arme nouvelle qu’une des grandes puissances était parvenue à tenir
secrète ; une arme idéale qui laissait la terre intacte et ne tuait que les hommes et les
bêtes », Haushofer
III- La nature a besoin d’un « roseau pensant » mais conscient
1- La nécessité d’une conscience écologique
Ex : « Je ne tirais à cette époque, après y avoir longuement réfléchi, que des
chevreuils d’un an », Haushofer
Ex : « je ne permets pas ces passe-temps meurtriers », Nemo
2- Elaborer une éthique de la science
Ex : « on sait quelles normes éthiques, que les uns diront préjugés et les autres
impératifs imprescriptibles, viennent heurter ce genre d’expérimentation »,
Canguilhem
Ex : « Un tel mur n’aurait tout simplement pas dû exister. », Haushofer
Sujet Pascal
Troisième partie
L’entendement, censé pallier la fragilité humaine, se révèle un mal encore plus
redoutable que les aléas du milieu. Fantaisiste et trop curieux, il risque d’enfreindre toutes les
limites ; l’humanité doit se prémunir de ses dérapages en lui imposant des garde-fous.
Ce « roseau pensant » a d’abord besoin d’une conscience écologique. Nemo et
Aronnax ne cessent de le rappeler à tout l’équipage du Nautilus, à Ned notamment. Après la
scène des lamantins intensivement chassés par les humains, Aronnax essaye de conscientiser
ses compagnons à l’importance de respecter les écosystèmes. Nemo n’hésite pas réprimander
Ned qui voulait chasser des baleines pour se divertir : « je ne permets pas ces passe-temps
meurtriers », lui lance-t-il. C’est un peu l’attitude de la narratrice dans l’œuvre d’Haushofer :
le souci principal de cette femme est de sauvegarder l’équilibre dans la nature. Elle ne tue pas
à tort et à travers, mais « après y avoir longuement réfléchi ».
Pour ancrer cette conscience, encore faut-il établir des lois contraignantes, une
éthique de la science. Canguilhem évoque, par exemple, les « normes éthiques » qui font
barrage aux projets d’expérimentation sur le corps humain. Sans ces normes, la biologie
risque de faire du corps humain un simple objet de science. Or, la curiosité humaine n’ayant
pas de limite, on risque de déboucher sur des projets qui mettraient en péril toute l’espèce. La
narratrice déplore l’absence de cette éthique dans les recherches scientifiques, notamment
l’industrie de l’armement ; car selon elle, « Un tel mur n’aurait tout simplement pas dû
exister ».
Au demeurant, on pourrait dire que l’intelligence humaine est en soi problématique.
Sans elle, l’espèce risque de disparaître tout simplement ; car, vu ses insuffisances, elle ne
peut pas résister longtemps aux assauts d’un milieu hostile. Mais, une intelligence sans
entrave est encore plus dangereuse ; la capacité de l’homme à créer par l’imagination et sa
curiosité inextinguible font de lui une créature boulimique. Il demande toujours plus à la
nature, ses besoins ne cessent d’évoluer et de se réinventer. Un contrôle s’impose donc pour
empêcher ses excès. Quelles sont les modalités de ce « contrôle » et de cette « éthique » ?
Voilà une autre question qui mérite réflexion.