UNIVE RSITÉ DU L ITTORAL CÔTE D’O PALE
[Link] Laboratoire de Recherche sur l’Industrie et l’Innovation
CAHIERS DU [Link]
– DOCUMENTS DE TRAVAIL –
N°263 Février 2013
LA CHIMIE VERTE :
UNE NOUVELLE
INDUSTRIE DE
SUBSTITUTION
Clément WILS
1
LA CHIMIE VERTE : UNE NOUVELLE INDUSTRIE DE SUBSTITUTION
GREEN CHEMISTRY: A NEW INDUSTRY OF SUBSTITUTE
CLEMENT WILS1
Résumé : Ce rapport présente le contexte économique et social introduisant le
concept de la chimie verte qui pourrait s’annoncer comme une alternative d’avenir à
la pétrochimie. Il définit ce nouveau concept mis en avant au début des années 1990,
tout en précisant les acteurs principaux à son émergence. Les causes de son
développement seront également abordés et notamment la pression croissante des
particuliers, de plus en plus soucieux de leur environnement et de leur condition de
vie, envers les industriels. Enfin, nous traiterons des limites à l’émergence des
innovations et des nouvelles technologies du concept mais aussi de ses perspectives
difficiles afin de remplacer le paradigme pétrolier.
Abstract: This report deals with the economic and social environment introducing the
concept of the green chemistry which could be considered in the future as an
alternative to the petro chemistry. It defines the new concept imagined in the early
1990s, while specifying the main actors involved in its emergence. Finally, we discuss
the limitations to the emergence of innovations and new technologies of green
chemistry but also the prospects to replace the oil paradigm.
© Laboratoire de Recherche sur l’Industrie et l’Innovation
Université du Littoral Côte d’Opale, février 2013
1
Master « Electronique et Instrumentation », ULCO
2
LA CHIMIE VERTE : UNE NOUVELLE INDUSTRIE DE SUBSTITUTION
GREEN CHEMISTRY: A NEW INDUSTRY OF SUBSTITUTE
CLEMENT WILS
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION GENERALE ............................................................................................ 4
1. LA CHIMIE VERTE CONTRE LA PETROCHIMIE ................................................. 4
1.1 La chimie verte : un ensemble de technologies et de produits de substitution .... 4
1.2 Naissance, développement et diffusion des technologies ........................................ 6
2. ESSOR DE LA CHIMIE VERTE ET OBSTACLES A SA GENERALISATION .... 8
2.1 Les causes du développement des industries de substitution : l’essor de la
chimie verte……………………...…………………………………………………………….8
2.2 Des perspectives difficiles d’émergence d’une nouvelle ère industrielle .............. 9
CONCLUSION ....................................................................................................................... 11
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................. 11
3
INTRODUCTION GENERALE
L’industrie chimique s’est considérablement développée au cours du vingtième siècle, et plus
particulièrement depuis que nous utilisons le pétrole mais également depuis la seconde guerre
mondiale. La chimie fait intégralement partie de notre quotidien, dans les produits que nous
employons et que nous utilisons. Chaque produit est constitué au minimum d’une étape de
fabrication ayant un lien avec l’industrie de la chimie que ce soit dans les cosmétiques, dans la
pharmacie, les matériaux de constructions ou les produits ménagers. Cependant, l’image de la
chimie se détériore de jours en jours. Ce phénomène est principalement dû aux dégradations
et aux catastrophes liées à l’industrie chimique et pétrochimique dont les conséquences
humaines et écologiques sont lourdes. Bien que la fréquence de ces évènements reste très
faible, l’industrie chimique a déversé et déverse, encore et toujours, des substances et des
molécules a forte toxicité pour l’environnement et pour l’Homme.
De plus, sous la double pression de la décroissance pétrolière annoncée d’ici une cinquantaine
d’année et de l’impératif de réduction aux gaz à effet de serre, le monde scientifique et
industriel se regroupe autour de la recherche, du développement et de la production de
ressources issues de l’agriculture. Ce nouveau concept, lié au développement durable, est la
chimie verte. Elle propose une alternative crédible à la pétrochimie. Elle propose l’élaboration
et la conception de produits issus de la biomasse des végétaux pour la fabrication de produits
innovants comme des nouveaux matériaux, des nouveaux carburants et des nouvelles
molécules compétitives. Elle se porte donc, en garant d’un développement respectueux de
l’environnement, et au sens plus large de la planète et de l’Homme.
Nous allons traiter, dans une première partie, du contexte d’émergence de la chimie verte en
y apportant la définition de celle-ci et les produits issus de la chimie verte. Nous aborderons
son développement et sa diffusion depuis sa création. Puis, dans une seconde partie, nous
verrons l’essor de la chimie verte et les obstacles à sa généralisation en définissant les causes
du développement des industries de substitution au pétrole puis les perspectives qui risquent
d’être relativement difficile à l’émergence de cette nouvelle ère industrielle.
1. LA CHIMIE VERTE CONTRE LA PETROCHIMIE
1.1 La chimie verte : un ensemble de technologies et de produits de substitution
Qu’est-ce que la chimie verte ?
Au début des années 1990, Paul ANASTAS, chef du département de la chimie industrielle à
L’Agence de Protection de l’Environnement Américaine (EPA), met en avant le concept de
Chimie verte qui s’insère dans une démarche de développement durable pour
l’environnement. Grâce à la collaboration entre le gouvernement Américain et l’industrie, la
chimie verte a obtenu son statut actuel en tant que discipline scientifique. C’est alors que Paul
ANASTAS définit la Chimie verte comme la conception, le développement et la mise en
œuvre de produits et de procédés chimiques permettant de réduire ou d’éliminer l’utilisation
et la synthèse de substances dangereuses et néfastes. Il est important de comprendre que ces
substances dangereuses peuvent l’être de plusieurs manières différentes. En effet, le danger
peut être physique comme les substances inflammables ou explosives ; ils peuvent être dans
un autre cas toxicologiques c’est-à-dire cancérigène ou mutagène ou reprogène. Pour finir, ils
peuvent être dangereux de façon globale. Par cela, nous entendons que ces substances sont
4
dangereuses pour le maintien de notre écosystème, elles sont liées à une destruction de la
couche d’ozone, un changement climatique, une augmentation de l’effet de serre par exemple.
De plus, la chimie verte se base sur 12 principes élémentaires également définit par Paul
ANASTAS :
1. La prévention de la pollution à la source en évitant la production de résidus.
2. L’économie d'atomes et d’étapes qui permet de réaliser, à moindre coût, l’incorporation de
fonctionnalités dans les produits recherchés tout en limitant les problèmes de séparation et de
purification.
3. La conception de synthèses moins dangereuses grâce à l’utilisation de conditions douces et
la préparation de produits peu ou pas toxiques pour l’homme et l'environnement.
4. La conception de produits chimiques moins toxiques avec la mise au point de molécules
plus sélectives et non toxiques impliquant des progrès dans les domaines de la formulation et
de la vectorisation des principes actifs et des études toxicologiques à l’échelle cellulaire et au
niveau de l’organisme.
5. La recherche d’alternatives aux solvants polluants et aux auxiliaires de synthèse.
6. La limitation des dépenses énergétiques avec la mise au point de nouveaux matériaux pour
le stockage de l’énergie et la recherche de nouvelles sources d’énergie à faible teneur en
carbone.
7. L'utilisation de ressources renouvelables à la place des produits fossiles. Les analyses
économiques montrent que les produits issus de la biomasse représentent 5 % des ventes
globales de produits chimiques et pourraient atteindre 10 à 20 % en 2010. Plus de 75% de
l'industrie chimique globale aurait alors pour origine des ressources renouvelables.
8. La réduction du nombre de dérivés en minimisant l'utilisation de groupes protecteurs ou
auxiliaires.
9. L’utilisation des procédés catalytiques de préférence aux procédés stœchiométriques avec
la recherche de nouveaux réactifs plus efficaces et minimisant les risques en terme de
manipulation et de toxicité. La modélisation des mécanismes par les méthodes de la chimie
théorique doit permettre d’identifier les systèmes les plus efficaces à mettre en œuvre
(incluant de nouveaux catalyseurs chimiques, enzymatiques et/ou microbiologiques).
10. La conception des produits en vue de leur dégradation finale dans des conditions
naturelles ou forcées de manière à minimiser l’incidence sur l’environnement.
11. La mise au point des méthodologies d'analyses en temps réel pour prévenir la pollution, en
contrôlant le suivi des réactions chimiques. Le maintien de la qualité de l'environnement
implique une capacité à détecter et si possible à quantifier, la présence d'agents chimiques et
biologiques réputés toxiques à l’état de traces (échantillonnage, traitement et séparation,
détection, quantification).
12. Le développement d’une chimie fondamentalement plus sûre pour prévenir les accidents,
explosions, incendies et émissions de composés dangereux.
Contrairement à l’écologie qui s’intéresse plus au polluant déjà présent dans la nature, la
chimie verte a donc, pour but, de réduire et de limiter la pollution à sa source d’une manière
originale et innovante.
Les produits issus de la chimie verte et leurs acteurs
Les produits de la chimie verte sont, dans la majorité, issus du végétal ou biomasse. Pour ce
faire, la chimie verte utilise un craquage de la matière végétale connu depuis 1819,
l’hydrolyse acide. Une autre méthode consiste à utiliser un catalyseur enzymatique afin
d’accélérer ou de sélectionner une réaction chimique dans le cas de réactions concurrentes en
5
favorisant la production d'un produit plutôt qu'un autre. Les premiers produits à découler de la
Chimie verte ont été en priorité conçus afin de se substituer à la pétrochimie.
• Les biocarburants comme l’éthanol ou le bio-diesel ; il est une alternative au carburant
pour moteur diesel classique : gazole ou pétro-diesel. Il est obtenu à partir d’huile végétal,
principalement le colza en France, transformée par un procédé chimique appelé
transestérification. Les plus gros producteurs mondiaux sont l’Allemagne, les Etats-Unis et la
France par le groupe Diester Industrie,
• les biolubrifiants sont des substances grasses qui permettent de réduire les frottements
entre deux surfaces, ils peuvent servir comme huile de moteur par exemple. Certains de ces
biolubrifiants sont développés par le groupe pétrochimique TOTAL qui propose ainsi une
alternative fiable en réponse aux préoccupations croissantes à l'égard de l'environnement et du
développement durable,
• les agro-tensioactifs composés indispensables à l’hygiène et à la cosmétique présentent
différentes propriétés : mouillantes, solubilisantes, émulsifiantes ou détergentes. Plusieurs de
ces tensioactifs sont développés par le pôle IAR (Industries et Agro-Ressources),
• les agro-solvants sont des liquides qui ont la propriété de dissoudre ou de diluer d’autres
substances sans modification chimique d’aucun des composés. Les solvants permettent de
transporter, d’appliquer, de nettoyer ou de séparer des produits. A titre indicatif, les solvants
représentent 29% des COV (carbone volatil) émis dans l’atmosphère. Quelques-uns de ces
produits sont également proposés par le Pôle IAR.
• Enfin, les agro-matériaux qui désignent tous types de matériaux à base de ressources
biosourcés et/ou biodégradables. Ils peuvent être issus du chanvre ou du maïs afin d’aboutir à
des panneaux d’isolation par exemple.
La chimie verte regroupe donc les molécules chimiques d’origine renouvelable trouvant leurs
applications dans les domaines de la chimie classique, de la chimie fine et de la chimie
spécialisée Mais elle est également présente dans le domaine des matériaux et de l’énergie. La
chimie durable peut donc, théoriquement, substituer la source fossile par une source
renouvelable. Bien que la chimie verte commence à s’inscrire dans la vie du quotidien des
consommateurs et des industriels, elle a mis du temps à se diffuser dans les esprits de chacun.
1.2 Naissance, développement et diffusion des technologies
L’histoire de la chimie verte
Ainsi que nous l’avons vu précédemment le concept de la chimie verte est né au début des
années 1990 à l’initiative de Paul ANASTAS. L’évolution du concept a mené à la
collaboration de John WARNER pour la création des 12 principes de la chimie verte qui
servent encore aujourd’hui de fondement à la recherche et au développement de produits
innovants. Le concept est sorti de l’anonymat en Europe en 1993 par le biais de la parution
d’un livre intitulé « Chimie pour un monde propre » publié par la Commission Européenne de
la Chimie. Il a fallu attendre 1995 pour que cet intérêt pour la chimie durable touche les Etats-
Unis. En effet, le président Bill CLINTON a mis en place la première récompense à
reconnaitre les technologies chimiques qui incorporent les principes d’une chimie durable au
sein de la conception de leurs produits : le Presidential Green Chemistry Challenge Awards.
Cette récompense a permis la mise en lumière de ces possibilités de substitution à la chimie
classique, créant un intérêt économique et politique pour les industriels et pour le grand
public. S’en est suivi, en 1997, la création de l’Institut pour la Chimie Verte (Green
Chemistry Institute – GCI) consacré à la promotion et à l’avancement de la chimie verte.
6
En 1998, Paul ANASTAS et John WARNER ont concrétisé leurs recherches en établissant la
définition précise et les principes fondamentaux de la chimie dans un livre nommé « Chimie
verte : théorie et pratique ». Ce livre sert dorénavant de base à toute recherche portant sur la
chimie verte. Trois ans plus tard (2001) le GCI rejoignit l’American Chemical Society (ACS)
dans l’effort de résoudre les problèmes mondiaux liés à la chimie et à l’environnement. Ce
n’est qu’en 2006 que l’Union internationale de la chimie pure et appliquée a formé un sous-
comité sur la chimie verte et lancé une conférence internationale biannuelle, soit 16 ans après
la première mise en avant de ce concept par Paul ANASTAS. Cette dernière reconnaissance
affirme le statut de la chimie verte, à travers le monde, comme chimie palliative. Cela a
conduit, en 2007, à l’intérêt des industriels par la création de la première société dédiée au
développement de technologies pour la chimie verte par John WARNER et, en 2008, à la
création de la première et unique, à ce jour, Association Chimie Du Végétal (ACDV), en
Europe dont le siège social est basé en France. Elle était constituée de 5 entreprises
fondatrices : Roquette, Rhodia, le pôle IAR, UIC et Usipia. Aujourd’hui, l’ACDV est
composée de 45 représentants d’entreprises dont IMCD (alimentaire pour le pharmaceutique),
Michelin (pneumatique) et le groupe pétrochimique TOTAL.
Ainsi nous avons observé que de sa conception à sa diffusion, la chimie verte a été portée par
Paul ANASTAS et John WARNER. Afin de récompenser cela, Barack OBAMA (Président
actuel des États-Unis) a nommé Paul ANASTAS à la tête de l’EPA. Cette nomination a été
décisive à l’adoption, la promotion et à la reconnaissance de la chimie verte par le monde
politique, et de ce fait par le grand public. Aujourd’hui, de nombreux pays adoptent des
programmes prônant ce concept à travers des centres et des initiatives éducatives, tel que
l’Allemagne (avant-gardiste dans l’économie et le développement durable), l’Australie et
l’Italie.
La chimie verte en France, qu’en est-il ?
Même si l’industrie chimique française est seconde sur le marché européen. Elle est peu
investie dans le domaine de la chimie verte, contrairement à son homologue Allemand.
D’après la société ALCIMED, société de conseil et d’aide à la décision en marketing
stratégique, plusieurs éléments sont à prendre en compte afin d’expliquer ce retard. Tout
d’abord, la stratégie française en matière de chimie verte a été mise en place à partir de la
récente publication de l’étude réalisée par la PIPAME, alors que les Etats-Unis ont établi leur
carnet de route depuis les années 2000. Une autre raison est que la France ne dispose pas
assez de PME spécialisées dans les procédés innovants liés à la chimie verte. Pour finir,
l’industrie française à tarder à développer sa collaboration avec les biotechnologies.
Cependant, la France ne manque pas d’atouts puisque des projets pilotes ambitieux
commencent à émerger, comme le développement de bioraffineries par BioHub Roquette et
Axel One par exemple. Il existe également de nombreuses réflexions entre l’Ademe (Agence
de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et les groupes industriels français mais aussi
plusieurs pôles de compétitivité comme Axelera, IAR, Plastipolis, et des équipes de
recherches au sein de l’INRA, du CEA et de l’IFP par exemple. La chimie française doit donc
subir une transformation et s’appuyer sur le développement des bioraffineries américaines,
afin de répondre aux objectifs d’indépendance au pétrole, la chimie verte s’offre donc comme
une opportunité à son remplacement.
Dans ce cadre, 4 tendances technologiques de R&D ont été identifiées comme prioritaires à
moyen terme (5ans) dont 3 reposent sur les 12 principes de la chimie verte. Ces recherches
technologiques concernent :
7
• les procédés catalytiques qui s’intéressent au marché des polymères et des produits
chimiques actionné par le pôle de compétitivité Axelara.
• Les biotechnologies industrielles qui s’appliquent aux procédés et à la production des
produits chimiques en utilisant des enzymes et des micro-organismes au sein des industries
chimiques, agro-alimentaires et textiles par exemple.
• La chimie analytique est également concernée pour s’assurer de la qualité des matières
utilisées visant le marché des industries chimiques porté par le CNRS et les universités.
• Pour finir, il s’agit de développer, en parallèle, les nanotechnologies naturelles ou
artificielles (nanomatériaux) rassemblant des acteurs publics et privés.
2. ESSOR DE LA CHIMIE VERTE ET OBSTACLES A SA GENERALISATION
2.1 Les causes du développement des industries de substitution : l’essor de la chimie
verte
Une pénurie prévisible
Des plastiques aux tensio-actifs en passant par le cosmétique, les technologies liées à la
chimie verte et les bioraffineries représentent donc une alternative intéressante à la
pétrochimie, subissant dans un premier temps, l’augmentation pérenne de la montée du prix
de l’or noir dû aux spéculations et à la raréfaction. En effet, des estimations, sans cesse
renouvelées, démontrent une pénurie relative à 40 ans pour le pétrole mais également celle
des autres ressources énergétiques comme le gaz qui pourrait s’épuiser d’ici 70 ans et du
charbon d’ici 150 ans. Une alternative à ses ressources, que l’on utilise depuis près d’un
siècle, doit donc être, dès aujourd’hui, pensé et développé pour répondre à ces besoins
énergétiques dont nous sommes dépendants. A titre d’exemple, le prix du pétrole était six fois
moins cher que le prix du blé dans les années 50 alors qu’en 2011, il est trois fois plus cher.
Mais, il ne s’agit pas du seul argument au développement de la chimie durable.
Un coût environnemental de la pétrochimie relativement important
Les accidents liés à la pétrochimie sont peu communs mais restent encrés dans les mémoires,
du fait de leur envergure. La pétrochimie est, en effet, la plus grande activité polluante
atmosphérique en termes d’émission de gaz à effet de serre mais pas seulement. Les
destructions d’usines utilisant des matières issus de la pétrochimie sont rares mais présentes
comme la destruction de l’usine AZF à Toulouse en septembre 2001 suite à l’explosion d’un
stock de nitrate d’ammonium entrainant la mort de 31 personnes et faisant plus de 2500
blessés. La pétrochimie engendre également une pollution des sols de plus en plus croissante.
Pour récupérer le pétrole du sous-sol, des fosses toxiques sont créées pour entreposer les
déchets liés son retrait. Du mercure, du plomb et de l’arsenic sont également utilisé afin de
l’extraire dans certains cas, substances hautement toxiques pour l’Homme et pour son
environnement. De plus, une pollution des eaux est constatée, à la fois, par les dégazages des
pétroliers réalisés en pleine mer malgré l’interdiction et la sanction de un million d’euros et de
10 ans de prison. Mais les nombreux naufrages et marées noires restent tout de même très
présents et impliquent une énorme mobilisation afin de nettoyer les dégâts matériels, de la
faune et de la flore comme pour les marées noires du pétrolier Erika en 1999, au large de la
Bretagne et le Prestige en 2002 par exemple. L’impact économique, écologique, écotoxique et
sanitaire représente un véritable traumatisme pour les régions touchées. La fuite de pétrole sur
la plateforme pétrolière du groupe BP, en 2010, est estimée à 40 milliard de dollars. On
observe également une augmentation de la déforestation afin de trouver et de rallier les puits
de pétrole. Pour finir, les maladies liées à la pétrochimie son en augmentation comme les
8
cancers, les attaques cardiaques, troubles nerveux, leucémies, problèmes respiratoires. Cette
facture environnementale et sociale a engendré une prise de conscience grandissante.
Une prise de conscience grandissante
Nous commençons à voir, aujourd’hui, une prise de conscience générale de la nécessité
d’évoluer vers un développement durable. Cela se traduit par la pression constante de
l’opinion publique envers les entreprises polluantes. Les consommateurs et plus précisément
le citoyen commence à s’apercevoir de la dangerosité liée au pétrole comme l’augmentation
des maladies, les cancers et l’augmentation du nombre de cas d’Alzheimer qui peuvent être
liés à l’utilisation abusive de l’or noir. La population a donc des attentes en termes de santé,
mais elle prend également conscience d’un désir d’être plus respectueux envers
l’environnement et s’engage pour une meilleure qualité de vie. Elle comprend également que
le monde qui l’entoure change et qu’elle en est le principal responsable. De plus en plus de
personnes pensent dorénavant à long terme et veulent accorder les mêmes chances qu’elles à
leur progéniture, ce qui représente le fondement d’une économie et d’un développement
durable et d’avenir.
Des directives européennes pour l’environnement
La directive européenne REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and restriction of
CHemicals) vise à l’enregistrement, l’évaluation, l’autorisation et la restriction des molécules
issues de l’industrie chimique. Elle devrait conduire à interdire et réglementer sévèrement les
produits chimiques existants. Cette directive est entrée en rigueur en juin 2008. De plus, le
recensement de ces molécules doit alors permettre une utilisation et une gestion beaucoup
plus sûre, contrôlée et encadrée. Elle cible principalement les substances cancérigènes,
mutagènes, reprogènes et de hautes toxicités. Elle implique également les industriels dans
cette démarche puisqu’ils devront eux même certifier et prouver l’innocuité de leurs produits.
La directive européenne REACH ouvre donc une voie économique aux alternatives des
molécules provenant de la chimie verte.
2.2 Des perspectives difficiles d’émergence d’une nouvelle ère industrielle
Des procédés technologiques à réinventer
Depuis un siècle, lors de la découverte du pétrole, notre économie s’est totalement orientée
vers celui-ci en oubliant tous les procédés techniques et technologiques liés à une économie
non pétrolière. Nous avons favorisé les solutions simples qu’offrait cette matière. Les causes
du développement de la chimie verte font face, désormais, à une évidence majeure. Pour que
la chimie verte se développe et substitue la pétrochimie, il est nécessaire de repenser,
d’inventer et de réinventer les technologies de « l’avant pétrole ». L’Homme était capable de
concevoir du papier, en effet, la Bible de Gutenberg a été conçu avec de la fibre de chanvre.
L’utilisation et la réutilisation de ces procédés est donc vital et primordial à la chimie verte.
De nos jours, il est plus facile de faire usage de routines que nous avons inventé il y a moins
d’un siècle que d’utiliser des techniques qu’il faille rechercher pour l’évolution d’un nouvel
paradigme qui est néfaste au paradigme du pétrole. Des techniques comme l’hydrolyse acide
ont été conçu en 1819 par Henri BRACONNOT. Cette technique connue et étudiée depuis
longtemps représente une technique fondamentale pour le fractionnement de la biomasse. Il
est donc nécessaire de revoir nos façons de travailler et de penser depuis une cinquantaine
d’année pour aboutir à une chimie 100% verte.
9
Un manque de ressources et un conflit alimentaire
Une des autres difficultés qui s’annonce avec l’émergence de la chimie verte est la
problématique des ressources agricoles consommées pour l’alimentation de l’Homme et celles
utilisées par les industriels pour leurs produits. De nos jours, nous employons 62% de nos
ressources pour l’alimentation, 33% à titre énergétique et seulement 5% sont englouties par
nos usines. Le problème de l’espace et de l’utilisation agricole est donc une réalité. D’après
l’étude menée par le cabinet de conseil auprès des directions générale Mc KINSEY, la chimie
pourrait se servir jusqu’à de 50% nos ressources agricoles en 2030. La reconversion d’une
chimie sans pétrole vers une chimie de l’agro-ressource pose également d’autre problème.
Pour exemple, un hectare de culture de betteraves, produit en moyenne 2 tonnes équivalent
pétrole par an. Ainsi, il faudrait consacrer plus d’un tiers de la surface agricole mondiale à
cette filière pour subvenir à nos besoins actuels. Il se peut que l’emploi de ces ressources
engendre une montée des prix des céréales et des ressources terrestres et ainsi de
l’alimentation en générale. Néanmoins, l’Homme est capable, de nos jours, de fabriquer une
alimentation a plus forte énergie nutritive.
De plus, les industriels de la bioraffineries ont connaissances de ces problèmes. C’est
pourquoi, ils développent un modèle basé sur doublement de la production agricole d’ici
2050. Ce modèle terrestre consiste à s’approvisionner dans les champs et les forêts avoisinant
les bioraffineries. En opposition à un modèle portuaire où l’usine avoisinerai un grand port, il
faudrait donc acheminer les ressources jusqu’à elle. Ils considèrent, également, que leur
impact sur les prix restera minime. Cependant, il est fort probable que ces « solutions »
engendrent un appauvrissement des terres mais, également, un modèle peu viable à long terme
au niveau du renouvellement des biens. Il est envisageable que ce modèle ne soit applicable
qu’a quelques pays. En effet, des pays comme les pays du Maghreb sont pauvres en
ressources naturelles en dehors de l’énergie solaire. Des difficultés importantes doivent donc
être prise compte rapidement pour assurer la pérennité de la chimie verte.
Pour finir, certaines agro-ressources peuvent également poser des problèmes en termes
d’écologie. Nous pouvons prendre comme exemple le cas du maïs. Cette plante nécessite une
grande quantité d’eau et d’engrais afin de croître. La chimie verte demande une plus forte
exploitation de nos ressources agricoles mais cela se confronte à un autre problème grave
qu’est l’utilisation de l’eau, eau potable qui se raréfie également de plus en plus.
Un bilan énergétique peu avantageux
Bien que la combustion des biocarburants dégage moins de gaz à effet de serre, le dioxyde de
carbone principalement (CO2), comparé au pétrole dû à la compensation réalisée par
l’absorption du CO2 lors de la croissance de la plante entre 24% et 91% selon celle employé,
la production de biocarburant implique l’utilisation d’engrais, probablement de pesticides
chimiques, de matériels agricoles et de l’énergie qui ne s’inscrivent pas dans le cadre de la
chimie verte. Il se peut que les innovations issues de la chimie verte résolvent ce point.
Néanmoins, aujourd’hui, toutes les étapes de productions des biocarburants émettent des gaz à
effet de serre et consomment énormément d’énergie. Le rendement énergétique entre la
production et la consommation est donc relativement médiocre selon le type de biocarburant
utilisé. Ainsi, la combustion de la canne à sucre, par exemple, 5.82 fois plus d’énergie que
n’en consomme sa production. Cela est clairement moins satisfaisant pour le diester de colza
qui est de 2.23, de 1.35 pour le bioéthanol de blé, de 1.25 pour le bioéthanol de betterave et
moins de 1 pour le bioéthanol de maïs, ce qui signifie qu’il faut plus d’énergie pour le
produire que ce qu’il délivre lors de sa consommation. Les étapes de productions n’entrant
pas dans le cadre du concept de la chimie verte, les biocarburants ne représentent donc pas
10
une solution convenable à la substitution du pétrole même si les choses risquent de changer
avec l’apparition de nouvelles innovations vertes. De plus, pour changer totalement de
paradigme, il faudrait, dans le cas de la France, utiliser 66% des surfaces agricoles en colza
pour remplacer totalement le pétrole.
Des difficultés politiques envisageables
Le concept de chimie verte risque d’être confronté à des difficultés politiques. En effet, les
pays développés comme les États-Unis ou l’Europe sont conscients de l’enjeu économique,
social, et environnemental. En opposition, les pays pétroliers comme ceux du Tiers monde ou
des pays arabes ont une politique et une économie basée sur le pétrole. Il se peut que ces pays
freinent le développement et la connaissance de la chimie verte. Il est nécessaire que le
concept traverse toutes les frontières afin de répondre aux problèmes mondiaux dû au pétrole.
Dans un autre cas, la chimie verte peut représenter une solution économique de rattrapages au
développement pour ces pays.
CONCLUSION
La chimie verte s’impose donc comme une nouvelle approche radicalement nouvelle aux
problèmes de l’activité chimique et pétrochimique industrielle. Encadrées par des législations
et des règlements, les industriels cherchent à réduire et à minimiser l’impact et l’exposition
aux dangers des substances chimiques en les contrôlant à tous les stades de leurs procédés. La
chimie verte propose, par son concept innovant définit par Paul ANASTAS, d’aborder et
d’éliminer les problèmes de la chimie à la source en imaginant des processus de fabrication
sans dangers. Comme nous l’avons vu, il existe, néanmoins des barrières et des difficultés à
son développement global. Une rentabilité des produits issus de la chimie verte s’impose. En
effet, le paradigme vert ne pourra déloger celui du pétrole que si son retour sur investissement
se présente comme suffisamment important à court terme pour attirer les dirigeants
industriels, les investisseurs et les ré investisseurs. Il est fort probable que les investisseurs du
pétrole voient un avenir dans le concept de la chimie durable.
Pour cela, il faudrait que le coût de développement des nouveaux produits et nouvelles
molécules, mais également la mise en place de ce nouveau paradigme compensent les coûts
de transition vers celui-ci et englobent, par la même occasion, le coût de démantèlement du
paradigme pétrolier.
Le principal défi de la chimie verte est donc, aujourd’hui, de développer des procédés qui
présentent un avantage économiques vis-à-vis des procédés traditionnels pour être adoptés par
l’industrie. Ces produits doivent également posséder un avantage certain pour le citoyen et le
consommateur en faisant entrer ce concept dans les mœurs de chacun à travers le monde.
BIBLIOGRAPHIE
Sites internet
• La chimie verte, [Link] visité
le 05 janvier 2013
• Antionotti Sylvain, Cours de chimie verte,
[Link] visité le 05
janvier 2013
11
• OCDE l’Observateur, La
[Link] visité le
06 janvier 2013
• Delurzache Céline, A la conquête de la chimie verte,
[Link]
visité le 06 janvier 2013
• Collet Sylvain, La chimier verte et alternative prepare l’avenir,
[Link]
[Link]/41969974/0/fiche___ressourcepedagogique/&RH=1213690269247, visité le 06
janvier 2013,
• Terre mag, La chimie verte, [Link]
frontieres-2008/la-chimie-verte/, visité le 06 janvier 2013
• Gronier Daniel, DGChem, Chimie verte et développement durable,
[Link] visité le 06
janvier 2013
• Ladepeche, La chimie verte se pose ne alternative crédible au tout pétrole,
[Link]
[Link], visité le 06 janvier 2013,
• Levy Nicolas, Energie renouvelable : les ressources végétales renouvellent la chimie,
[Link] visité le 06 janvier 2013
• La marne, Agro-ressources & chimie verte, [Link]
[Link]/video-agro-ressources-et-chimie-verte, visité le 06 janvier 2013
• INRA, CNRS, Chimie verte du Carbone renouvelable,
[Link] visité le 06 janvier
2013
• Une alternative au pétrole, l’éthanol, [Link] visité le
08 janvier 2013
• Pascal Laurent, Julie Roiz, Jean-Luc Wertz, Aurore Richel et Michel Paquot, Le
bioraffinage, une alternative prometteuse à la pétrochimie,
[Link] visité le 08 janvier 2013
• Deguillement Denis, Marché et enjeux d’aujourd’hui et de demain pour les agro
ressources, [Link]
content/uploads/2010/03/march%C3%[Link], visité le 08 janvier 2013
• Reinert Magali, Novotic, de la chimie verte à la chimie doublement verte,
[Link]
rciales,produits,de_chimie_verte_chimie_doublement_verte,[Link], visité le 08 janvier
2013
• Total, Biolubrifiants, la protection de l’environnement,
[Link] visité le 08
janvier 2013
• Wikipédia, Biodiesel, [Link] visité le 08 janvier 2013
• ACS, 12 principles of Green Chemistry,
[Link]
N&node_id=830&use_sec=false&sec_url_var=region1&__uuid=35c0e713-94f2-4faf-af61-
3c7fd22d2b93/fr, visité le 08 janvier 2013
• ACS, Green Chemistry at a glance,
[Link]
N&node_id=830&use_sec=false&sec_url_var=region1&__uuid=35c0e713-94f2-4faf-af61-
3c7fd22d2b93/fr, visité le 08 janvier 2013
12
• Votre beauté, Favry Charlène, Quel avenir pour la chimie verte,
[Link]
visité le 08 janvier 2013
• L’echo republicain, [Link]
vivre/pratique-conso/2012/10/07/la-chimie-verte-se-pose-en-alternative-credible-au-tout-
[Link], visité le 08 janvier 2013
• CFE CGC, Généralité sur la chimie verte et durable,
[Link]
visité le 08 janvier 2013
Ouvrages
• Paul COLONNA, 2010, La chimie verte, Paris, Lavoisier
13