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Le document traite des anneaux et des corps, en présentant leurs propriétés élémentaires, notamment les définitions, les exemples, et les concepts tels que les idéaux et la divisibilité. Il aborde également des notions avancées comme les anneaux de polynômes et la réduction d'endomorphismes. Ce texte est destiné à des étudiants de Licence en mathématiques.

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Anneaux et corps

Xavier Blanc,
Université Paris Cité,
Licence 3ème année

5 janvier 2026
ii
Table des matières

1 Anneaux 1
1.1 Anneaux et corps : propriétés élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1.2 Diviseurs de zéro, anneaux intègres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.3 Eléments inversibles, corps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.1.4 Idéaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.1.5 Anneaux principaux et euclidiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2 Théorème chinois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.1 Anneaux quotients, factorisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.2 Idéaux premiers, idéaux maximaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.2.3 Théorème chinois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.3 Arithmétique dans les anneaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.3.1 Divisibilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.3.2 Plus grand commun diviseur et plus petit commun multiple . . . . . . . . . . 19
1.3.3 Factorisation dans les anneaux principaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20

2 Anneaux de polynômes 27
2.1 Définitions et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.2 Division euclidienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.3 Plus grand commun diviseur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
2.4 Décomposition en facteurs irréductibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
2.5 Fonctions polynomiales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
2.6 Irréductibles de R[X] et C[X] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.7 Critères d’irréductibilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42

3 Réduction d’endomorphismes 47
3.1 Espaces vectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
3.2 Applications linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.3 Polynômes d’endomorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
3.4 Polynôme minimal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
3.5 Trigonalisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.6 Diagonalisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
3.7 Décomposition de Dunford . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
3.8 Réduction de Jordan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70

iii
iv TABLE DES MATIÈRES
Chapitre 1

Anneaux

1.1 Anneaux et corps : propriétés élémentaires

1.1.1 Généralités

Définition 1.1 Un anneau est un ensemble non vide A muni de deux lois internes
A × A −→ A
(1.1)
(a, b) 7−→ a + b,

A × A −→ A
(1.2)
(a, b) 7−→ a, b
satisfaisant les propriétés suivantes
1. (A, +) est un groupe abélien.
2. La multiplication est associative :

∀(a, b, c) ∈ A3 , a(bc) = (ab)c.

3. Il existe un élément neutre 1A pour la multiplication :

∀a ∈ A, a1A = 1A a = a.

4. La multiplication est distributive par rapport à l’addition :

∀(a, b, c) ∈ A3 , a(b + c) = ab + ac, (a + b)c = ac + bc.

On dit que l’anneau A est commutatif si la multiplication est commutative, c’est-à-dire

∀(a, b) ∈ A2 , ab = ba.

1
2 CHAPITRE 1. ANNEAUX

Notation 1.2 Soit A un anneau.


• L’élément neutre pour l’addition est noté 0 ou 0A en cas d’ambiguïté.
• Pour tout x ∈ A, son symétrique pour l’addition s’appelle son opposé, et est noté −x.

Remarque 1.3 L’ensemble A muni de la multiplication n’est a priori pas un groupe. Par exemple,
Z muni de l’addition et de multiplication contient des éléments non inversibles pour la multiplication.

Remarque 1.4 Le neutre 1A est unique. En effet, si un autre neutre 1′A existe, alors

1A = 1A 1′A = 1′A .

Exercice 1.1 Soit A un anneau. Pour tout a ∈ A, et tout n ∈ N, on définit na = a + · · · + a, et


| {z }
n fois
son opposé −na, ce qui définit na pour tout n ∈ Z.
1. Démontrer que ∀a ∈ A, 0A a = a0A = 0A .
2. Démontrer que ∀a ∈ A, (−1A )a = a(−1A ) = −a.
3. Démontrer que ∀a ∈ A, ∀n ∈ Z, (n1A )a = a(n1A ) = na.
4. Démontrer que ∀(a, b) ∈ A2 , ∀n ∈ Z, (na)b = a(nb) = n(ab).
5. Démontrer que ∀a ∈ A, ∀(n, m) ∈ Z2 , n(ma) = (nm)a.

Exemple 1.5 Les ensembles Z, Q, R, C munis des additions et multiplications usuelles sont des
anneaux commutatifs.

Exemple 1.6 Pour tout entier n ≥ 1, l’ensemble Z/nZ est un anneau. En effet, cet ensemble est
un groupe additif abélien parce que Z en est un et que nZ en est un sous-groupe. Si d’autre part,
on définit la multiplication dans cet ensemble par

ab = ab,

ceci définit bien une loi de composition, qui est distributive par rapport à l’addition.

Démonstration. Commençons par démontrer que la multiplication ci-dessus définit bien une opé-
ration. Si a = a′ et b = b′ , alors il existe deux entiers m1 et m2 tels que

a′ = a + m1 n, b′ = b + m2 n.

Ceci implique que

a′ b′ = (a + m1 n)(b + m2 n) = ab + n(m1 b + m2 a + m1 m2 ),

donc ab = a′ b′ . Par ailleurs, le fait que la multiplication est associative et distributive par rapport
à l’addition découle directement du fait que c’est le cas dans Z. Et le neutre pour la multiplication
est 1. 2
√ √
Exemple 1.7 Les ensembles Z[i], Q[i], Z[ 2]  et Q[ 2], sous-ensembles de C, sont des anneaux
pour les lois induites. On rappelle que Z[d] = a + db, (a, b) ∈ Z2 .
1.1. ANNEAUX ET CORPS : PROPRIÉTÉS ÉLÉMENTAIRES 3

Exemple 1.8 Si A est un anneau et si n ≥ 1 est un entier, l’ensemble Mn (A) des matrices carrées
de taille n à coefficients dans A est un anneau. Ici, l’addition est l’addition terme à terme, et le
produit est défini, pour P = (pij )1≤i,j≤n et Q = (qij )1≤i,j≤n , alors
n
X
(P Q)ij = pik qkj .
k=1

Cet anneau est non commutatif, même si A est commutatif.

Exemple 1.9 Si A1 et A2 sont deux anneaux, alors le produit A1 × A2 est un anneau pour les lois

(a1 , a1 ) + (a′1 , a′2 ) = (a1 + a′1 , a2 + a′2 ), (a1 , a1 )(a′1 , a′2 ) = (a1 a′1 , a2 a′2 ).

Cet anneau est appelé le produit direct de A1 et A2 .

Exemple 1.10 Soit A un anneau, et X un ensemble. Soit l’ensemble AX des applications de X


dans A, muni des opérations suivantes :
2
∀(f, g) ∈ AX , ∀x ∈ X, (f + g)(x) = f (x) + g(x), f g(x) = f (x)g(x).

Pour ces lois, l’ensemble AX est un anneau.

Nous introduisons maintenant la notion de sous-anneau :


Définition 1.11 Soit A un anneau. Un sous-anneau de A est un sous-ensemble B de A vérifiant
les conditions suivantes :
1. 0A ∈ B, 1A ∈ B.
2. ∀(x, y) ∈ B 2 , x + y ∈ B, xy ∈ B, −x ∈ B.

La deuxième propriété montre que les lois de A induisent par restriction deux applications B×B −→
B. Il est alors immédiat que B muni de ces deux opérations est un anneau, de neutre 0B = 0A ,
1B = 1A . Autrement dit, un sous-anneau est un anneau pour les lois induites par celles de A.
√ √
Exemple 1.12 1. Dans l’exemple 1.7, les ensembles Z[i], Q[i], Z[ 2] et Q[ 2] sont des sous-
anneaux de l’anneau C.
2. Z est un sous-anneau de Q.
3. Si B est un sous-anneau de A, alors Mn (B) est un sous-anneau de Mn (A).
4. L’ensemble C 0 ([0, 1], R) des fonctions continues de [0, 1] dans R est un sous-anneau de l’en-
semble des fonctions de [0, 1] dans R (qui est bien un anneau car c’est un cas particulier de
l’exemple 1.10).

Proposition\1.13 Soit A un anneau. Soit (Ai )i∈I une famille de sous-anneaux de A. Alors l’en-
semble B = Ai est un sous-anneau de A.
i∈I

Démonstration. Remarquons tout d’abord que 1A ∈ Ai et 0A ∈ Ai pour tout i ∈ I, donc 1A ∈ B


et 0A ∈ B. D’autre part, si (x, y) ∈ B 2 , alors pour tout i ∈ I, (x, y) ∈ A2i , donc x + y ∈ Ai , xy ∈ Ai
et −x ∈ Ai . Ceci valant pour tout i ∈ I, on en déduit que x + y ∈ B, xy ∈ B et −x ∈ B. 2
4 CHAPITRE 1. ANNEAUX

Définition 1.14 Soient A et B deux anneaux. Une application f : A −→ B est un morphisme


d’anneaux si elle vérifie
1. f (1A ) = 1B .
2. Pour tout couple (x, y) ∈ A2 , f (x + y) = f (x) + f (y).
3. Pour tout couple (x, y) ∈ A2 , f (xy) = f (x)f (y).
On note Hom(A, B) l’ensemble des morphismes d’anneaux de A dans B. Dans le cas où f est
bijective, f est un isomorphisme d’anneaux.

Notation 1.15 Si f est un isomorphisme, on vérifie facilement que l’application réciproque f −1


est un isomorphisme d’anneaux. On dit dans ce cas que A et B sont isomorphes, ce qu’on note
A ≃ B.
Un isomorphisme de A dans lui-même est appelé automorphisme.

Remarquons qu’un morphisme d’anneaux est en particulier un morphisme de groupes additifs.

Proposition 1.16 Soient A et B deux anneaux, et soit f : A −→ B un morphisme d’anneaux.


Alors Im(f ) est un sous-anneau de B.

Démonstration. Comme f est un morphisme, f (0A ) = 0B et f (1A ) = 1B , donc 0B et 1B sont


bien des éléments de Im(f ). D’autre part, si b, b′ sont des éléments de Im(f ), alors il existe a ∈ A
et a′ ∈ A tels que f (a) = b et f (a′ ) = b′ . On en déduit que

b + b′ = f (a) + f (a′ ) = f (a + a′ ) ∈ Im(f ), bb′ = f (a)f (a′ ) = f (aa′ ) ∈ Im(f ).

D’autre part, f (a) + f (−a) = f (a + (−a)) = f (0A ) = 0B , donc f (−a) = −f (a) opposé de f (a).
Donc −b ∈ Im(f ), ce qui termine la preuve. 2
La proposition suivante explicite les morphismes de Z dans un anneau quelconque A.
Proposition 1.17 Soit A un anneau. Il existe un unique morphisme d’anneaux ΘA : Z −→ A. Il
est défini par
∀m ∈ Z, ΘA (m) = m1A .

Démonstration. Commençons par démontrer que l’application ΘA définie ci-dessus est bien un
morphisme. Il est clair que ΘA (0) = 0A , et que ΘA (1) = 1A . D’autre part, pour tout couple d’entiers
(n, n′ ) ∈ Z2 , nous avons

ΘA (n + n′ ) = (n + n′ )1A = n1A + n′ 1A = ΘA (n) + ΘA (n′ ),

et
ΘA (nn′ ) = (nn′ )1A = n1A n′ 1A = ΘA (n)ΘA (n′ ),
Enfin, ΘA (n) + ΘA (−n) = n1A + (−n)1A = 0A . Nous avons donc démontré que ΘA est bien un
morphisme. Supposons maintenant qu’il existe un autre morphisme f de Z dans A. Alors f (0) = 0A
et f (1) = 1A . D’autre part, on démontre par récurrence que f (n) = n1A . En effet, le résultat est
bien vrai pour n = 1, et s’il est vrai au rang n, alors

f (n + 1) = f (n) + f (1) = n1A + 1A = (n + 1)1A .

Ainsi, f = ΘA , ce qui prouve l’unicité. 2


1.1. ANNEAUX ET CORPS : PROPRIÉTÉS ÉLÉMENTAIRES 5

1.1.2 Diviseurs de zéro, anneaux intègres


Supposons que A est un anneau vérifiant 1A = 0A . Alors pour tout a ∈ A, on a

a = a1A = a0A = 0A .

Donc l’anneau A est réduit à un seul élément.

Définition 1.18 Un anneau A dans lequel 0A = 1A est appelé anneau trivial, et ne contient qu’un
seul élément.

Définition 1.19 Soit A un anneau. On dit que A possède des diviseurs de zéro s’il existe (a, b) ∈ A2
tel que ab = 0A . Dans ce cas, a est un diviseur de zéro à gauche, et b un diviseur de zéro à droite.

Exemple 1.20 Si A = M2 (R), alors


Å ã
0 1
A=
0 0
vérifie M 2 = 0. Cette matrice est donc un diviseur de zéro (à gauche et à droite).

Exemple 1.21 Soit l’anneau A = C × C produit direct de l’anneau C par lui-même. Alors les
vecteurs Å ã Å ã
1 0
a= , ,
0 1
sont diviseurs de zéro car ab = 0A .

Exemple 1.22 Soit A = C 0 (R, R). Soit f ∈ A \ {0} tel que f (x) = 0 pour tout x ≥ 0, et soit
g ∈ A \ {0} tel que g(x) = 0 pour tout x ≤ 0. Alors f g = 0.

Définition 1.23 Un anneau A est dit intègre s’il est non trivial, commutatif et ne possède pas de
diviseurs de zéros. En particulier, dans un tel anneau, pour tout couple (a, b) ∈ A2 ,

ab = 0A ⇒ a = 0A ou b = 0A .

Proposition 1.24 Si A est un anneau intègre, tout sous-anneau de A est intègre.

Démonstration. Soit B un sous-anneau de A. Comme A n’est pas trivial, 0A ̸= 1A , et comme


ces deux éléments sont dans B, ce dernier n’est pas trivial. En tant que sous-anneau de A, il est
commutatif car A l’est. Et si (a, b) ∈ B 2 vérifient ab = 0A , alors a = 0A ou b = 0A , puisque A est
intègre. 2

Exemple 1.25 1. Les anneaux Z, Q, R, C sont intègres.


2. L’anneau Z/4Z n’est pas intègre. En effet, 2 n’est pas nul, mais 2 2 = 4 = 0.
3. Si A est un anneau non trivial, alors le produit direct A × A n’est pas intègre, même si A
l’est. Voir en cela l’exemple 1.21.

4. Les anneaux Z[i] et Z[ 2] sont intègres.
6 CHAPITRE 1. ANNEAUX

1.1.3 Eléments inversibles, corps


Définition 1.26 Soit A un anneau. Un élément a de A est dit inversible s’il existe b ∈ A tel que
ab = ba = 1A .

Proposition 1.27 Soit A un anneau, et a ∈ A un élément inversible. L’élément b ∈ A tel que


ab = ba = 1A est unique, et est appelé inverse de a.

Démonstration. Notons b et c deux inverses de a. On a alors

c = 1A c = (ba)c = b(ac) = b1A = b,

puisque la multiplication est associative. 2

Notation 1.28 Pour un anneau A, si a ∈ A est inversible, on note a−1 l’élément défini à la
proposition 1.27, et on l’appelle inverse de a. On note A× l’ensemble des éléments inversibles de
A.

Proposition 1.29 Soit A un anneau. Alors A× est un groupe pour la multiplication. De plus,
2 −1
∀(a, b) ∈ A× , (ab)−1 = b−1 a−1 , et a−1 = a.

Démonstration. Notons d’abord que 1A ∈ A× , puisque 1A 1A = 1A . D’autre part, pour tout


a ∈ A× et tout b ∈ A× , on a

ab b−1 a−1 = a bb−1 a−1 = a1A a−1 = aa−1 = 1A .


 

De même, b−1 a−1 ab = 1A . Donc ab est inversible, et son inverse est égal à b−1 a−1 . Ainsi, la

multiplication est une loi interne sur A× , associative, d’élément neutre 1A , et chaque élément de
A× est inversible pour cette loi. Enfin, si a ∈ A× , alors a−1 est également inversible, puisque
a−1 a = aa−1 = 1A , et son inverse est égal à a. 2
Exemple 1.30 L’élément 0A n’est jamais inversible, sauf dans l’anneau trivial. En particulier, si A
n’est pas trivial, alors A× ⊂ A\{0}. D’autre part, 1A et −1A sont inversibles, donc {1A , −1A } ⊂ A× .

Exemple 1.31 Le nombre 2 est inversible dans Q, mais pas dans Z.

Exercice 1.2 Démontrer les propriétés suivantes :


1. Z× = {−1, 1}.
2. Q× = Q \ {0}.
3. C× = C \ {0}.

Exercice 1.3 Soient A et B deux anneaux, et soit f : A −→ B un morphisme d’anneaux. Dé-


montrer que la restriction de f à A× induit un morphisme de groupes multiplicatifs de A× dans
B×.
Définition 1.32 Soit A un anneau non trivial.
1. On dit que A est un anneau à division si A× = A \ {0}.
2. On dit que A est un corps s’il est à division et commutatif.
1.1. ANNEAUX ET CORPS : PROPRIÉTÉS ÉLÉMENTAIRES 7

Rappelons que l’addition est toujours commutative dans un anneau. Un anneau est dit commutatif
si sa multiplication est commutative.
Exemple 1.33 L’anneau Z est intègre, mais n’est pas un corps.
Exemple 1.34 Q, R, C sont des corps.
Exemple 1.35 L’anneau Z/3Z est un corps. En effet, il est composé des trois éléments 0, 1, 2.
D’après l’exemple 1.30, il suffit donc de démontrer que 2 est inversible. Or 2 2 = 4 = 1.
î√ ó
Exercice 1.4 Démontrer que Z[i] et Z 2 sont des corps.

Remarque 1.36 Un diviseur de zéro n’est jamais inversible. Donc un anneau à division est tou-
jours intègre. Et un corps et toujours un anneau intègre. En revanche, un anneau intègre peut ne
pas être un corps (exemple : Z).

Exercice 1.5 Soit A un anneau commutatif fini, et soit a ∈ A. Montrer que a est soit nul, soit
inversible, soit un diviseur de zéro (Considérer l’application de multiplication par a). En déduire
que tout anneau intègre fini est un corps.

1.1.4 Idéaux
Définition 1.37 Soit A un anneau commutatif. Un sous-ensemble I ⊂ A est un idéal de A si
1. I est un sous-groupe additif de A, et
2. pour tout a ∈ A, pour tout x ∈ I, ax ∈ I.

Remarque 1.38 Dans le cas d’un anneau non commutatif, on définit de la même façon la notion
d’idéal à gauche (si a ∈ A, x ∈ I ⇒ ax ∈ I) ou à droite (si a ∈ A, x ∈ I ⇒ xa ∈ I). Un idéal qui
est à la fois idéal à droite et idéal à gauche est appelé idéal bilatère.

Exemple 1.39 1. Les ensembles {0A } et A sont des idéaux de A.


2. Pour tout x ∈ A, l’ensemble xA = {xa, a ∈ A} est un idéal de A.
3. Tout idéal de Z est de la forme nZ, où n ∈ N.
Démonstration. Le premier point est évident.
Pour le deuxième, on considère deux éléments de xA. Ils s’écrivent xa et xb, pour certains
éléments a et b de A. Alors leur somme s’écrit xa + xb = x(a + b) ∈ xA. D’autre part, il est clair
que 0A = x0A ∈ xA, et que −xa = x(−a) ∈ xA. Ceci prouve que xA est un sous-groupe additif de
A. De plus, si c ∈ A, alors cax = x(ac) ∈ xA.
Enfin, pour le dernier point, on rappelle que tout sous-groupe additif de Z est de cette forme.
Il s’agit aussi d’un idéal car si p ∈ nZ et si q ∈ Z, alors p = nr, pour un certain r ∈ Z. Donc
pq = nqr ∈ nZ. 2
Le lemme suivant donne une caractérisation utile des idéaux d’un anneau
Lemme 1.40 Soit A un anneau commutatif. Soit I ⊂ A. Alors I est un idéal de A si et seulement
si :
1. I ̸= ∅.
2. Pour tout (x, y) ∈ I 2 , pour tout a ∈ A, x + ay ∈ I.
8 CHAPITRE 1. ANNEAUX

Démonstration. Il est clair qu’un idéal vérifie ces deux propriétés. Démontrons la réciproque. On
applique le point 2 avec a = −1A , ce qui donne

∀(x, y) ∈ I 2 , x − y ∈ I.

Comme I est non vide d’après le point 1, ceci prouve bien que c’est un sous-groupe additif. On
applique à nouveau le point 2, avec x = 0, ce qui donne que pour tout y ∈ I et tout a ∈ A, ay ∈ I.
Donc I est bien in idéal. 2
Lemme 1.41 Soient A et B des anneaux commutatifs. Soit f : A −→ B un morphisme d’anneau.
Alors pour tout idéal J de B, l’ensemble f −1 (J) est un idéal de A.

Démonstration. Comme f est un morphisme de groupes additifs, et que J est un sous-groupe


additif de B, il est clair que f −1 (J) est un sous-groupe additif de A. D’autre part, si x ∈ f −1 (J),
alors f (x) = y ∈ J. Pour tout a ∈ A, ax vérifie

f (ax) = f (a)f (x) = f (a)y ∈ J,

puisque J est un idéal. Donc ax ∈ f −1 (J), ce qui conclut la preuve. 2

Remarque 1.42 Sous les hypothèses du lemme 1.41, l’ensemble ker(f ) = f −1 ({0B }) est un idéal
de A.

Remarque 1.43 En revanche, il est faut que l’image d’un idéal par un morphisme est un idéal.
Cette propriété est vraie uniquement si f est surjective.

Démonstration. Un contre-exemple simple est f : Z −→ Q définie par f (n) = n pour tout n ∈ Z.


Alors f (Z) = Z n’est pas un idéal de Q.
Si maintenant on suppose que f : A −→ B est surjective, alors notons I ⊂ A un idéal de A. Il
est clair que f (I) est un sous-groupe additif de B. Et pour y ∈ f (I), il existe x ∈ I tel que f (x) = y.
Pour tout b ∈ B, il existe a ∈ A tel que f (a) = b. On a donc

by = f (a)f (x) = f (ax) ∈ f (I).

Ceci prouve que f (I) est bien un idéal. 2

Proposition 1.44 Soit A un anneau commutatif. Soit (Ik )k∈K une famille d’idéaux de A. Alors
l’intersection \
I= Ik
k∈K

est un idéal de A.
Démonstration. Chaque ensemble Ik est un sous-groupe additif par définition. Donc leur inter-
section en est un. D’autre part, si x ∈ I, alors x ∈ Ik pour tout k ∈ K. Donc pour tout a ∈ A,
ax ∈ Ik . Ceci valant pour tout k ∈ K, ax ∈ I. 2

Définition 1.45 Soit A un anneau commutatif et S une partie de A. L’idéal de A engendré par
S, noté (S), est le plus petit idéal de A contenant S, au sens de l’inclusion. Autrement dit, (S) est
l’intersection de tous les idéaux contenant S.
1.1. ANNEAUX ET CORPS : PROPRIÉTÉS ÉLÉMENTAIRES 9

Remarque 1.46 Notons que S peut être vide. Dans ce cas, (S) = {0A }.

Bien sûr, un tel idéal minimal existe car A est un idéal particulier contenant S.

Proposition 1.47 Soit A un anneau commutatif et S ⊂ A. Alors S = (S) si et seulement si S est


un idéal.

Démonstration. Si S = (S), il est clair que S est un idéal. Réciproquement, si S est un idéal, on
sait, par définition que S ⊂ (S). Et comme S est un idéal contenant S, on a également (S) ⊂ S. 2

Notation 1.48 Dans le cas où S est une partie finie {s1 , . . . sn }, on note

(S) = (s1 , . . . , sn ),

plutôt que ({s1 , . . . , sn }).

Proposition 1.49 Soit A un anneau commutatif et S une partie de A. Alors


( n )
X
(S) = ai si , n ≥ 0, si ∈ S, ai ∈ A .
i=1

Démonstration. Notons T l’ensemble à droite de l’égalité. Nous commençons par montrer que
T ⊂ (S). Puisque S ⊂ (S), il est clair que chaque si est dans (S). Et comme (S) est un idéal
ai si ∈ (S) pour tout i. Donc, comme (S) est un sous-groupe additif,
n
X
ai si ∈ (S).
i=1

On a donc démontré que T ⊂ (S). Pour l’inclusion inverse, il suffit de constater que S ⊂ T , et que
T est un idéal. La minimalité de (S) implique (S) ⊂ T . 2

Remarque 1.50 La proposition 1.49 implique donc que, pour tout s1 , . . . , sn ∈ A, on a


( n )
X
(s1 , . . . , sn ) = ai si , ai ∈ A .
i=1

En particulier, dans le cas n = 1, ceci donne

(s) = As = {as, a ∈ A} .

Lemme 1.51 Soit A un anneau commutatif, et soit I un idéal de A. Alors I = A si et seulement


si I contient un élément inversible de A. En particulier, (a) = A si et seulement si a ∈ A× .

Démonstration. Si I = A, alors 1A ∈ I, qui est inversible. Réciproquement, si I contient un


élément inversible qu’on note u, alors 1A = uu−1 ∈ I car I est un idéal. Donc I = A, puisque pour
tout a ∈ A, a = a1A ∈ I.
10 CHAPITRE 1. ANNEAUX

Soit maintenant a ∈ A. Si a est inversible, alors (a) = A d’après ce qu’on vient de démontrer.
Inversement, si (a) = A, alors la remarque 1.50 implique que, comme 1A ∈ A = (a), il existe b ∈ A
tel que ab = 1A . Donc ab = ba = 1A puisque A est commutatif, donc a est bien inversible. 2

Plus généralement, on a le résultat suivant :

Lemme 1.52 Soit A un anneau commutatif intègre. Alors pour tout couple (a, b) ∈ A2 ,

(a) = (b) ⇐⇒ ∃u ∈ A, b = au.

Démonstration. Si b = au avec u ∈ A× , alors tout élément de (b) s’écrit bx pour x ∈ A. Or


bx = aux ∈ (a), donc (b) ⊂ (a). Comme u est inversible, au également a = bu−1 , ce qui implique,
pour la même raison, que (a) ⊂ (b).
Réciproquement, si (a) = (b), on voit immédiatement que a = 0A ⇐⇒ b = 0A . Comme dans
ce cas a = b, on peut toujours supposer a ̸= 0A et b ̸= 0A . On sait alors qu’il existe u ∈ A tel que
a = bu et v ∈ A tel que b = av. Ainsi, a = avu. Comme a est intègre et que a ̸= 0, ceci ne peut être
vrai que si vu = 1A . Donc u ∈ A× , ce qui conclut la preuve. 2

1.1.5 Anneaux principaux et euclidiens


Définition 1.53 Soit A un anneau commutatif, et soit I un idéal de A. On dit que I est principal
s’il existe a ∈ A tel que I = aA.

Définition 1.54 Soit A un anneau commutatif. On dit que A est principal s’il est intègre et si tous
ses idéaux sont principaux.

Exemple 1.55 L’anneau Z est principal. Un corps K est principal (vérifier en exercice que ses
seuls idéaux sont {0} et K = (1)).

Définition 1.56 Un anneau commutatif A est dit euclidien s’il est intègre et s’il existe une appli-
cation
δ : A \ {0} −→ N
telle que, pour tout couple (a, b) ∈ A2 , il existe un couple (q, r) ∈ A2 tel que

a = bq + r, avec r = 0 ou δ(r) < δ(a).

Attention, dans la définition ci-dessus on ne suppose pas que le couple (q, r) est unique.

Exemple 1.57 1. L’anneau Z est euclidien pour δ(n) = |n|.


2. Si K est un corps, il est euclidien pour δ = 1. Le démontrer en exercice.
3. Si K est un corps, l’anneau K[X] est euclidien pour δ(P ) = deg(P ). Ceci sera démontré au
chapitre 2.

Nous avons le résultat suivant.


Théorème 1.58 Tout anneau euclidien est principal. Plus précisément, si A est euclidien pour
l’application δ, et si I est un idéal non nul de A, alors I = aA, avec δ(a) = min δ(x).
x∈I\{0}
1.2. THÉORÈME CHINOIS 11

Démonstration. Soit donc I un idéal de A. Si I = {0} = (0), alors il n’y a rien à démontrer. On
peut donc supposer que I ̸= {0}.L’ensemble

{δ(x), x ∈ I \ {0}}

est une partie non vide de N. Elle admet donc un plus petit élément. Soit a ∈ I \ {0} réalisant ce
minimum. Nous allons montrer que I = aA.
Tout d’abord, puisque a ∈ I et que I est un idéal, on a que pour tout b ∈ A, ab ∈ I, donc
aA ⊂ I.
Pour l’inclusion inverse, on suppose que b ∈ I. Alors puisque A est euclidien, il existe un couple
(q, r) ∈ A2 tel que b = aq + r, avec r = 0 ou δ(r) < δ(a). Si r ̸= 0, alors r = b − aq ∈ I \ {0}, donc,
par définition de a, δ(r) ≥ δ(a). Ceci est contradictoire, donc r = 0. D’où b = aq. Ceci prouve donc
que I ⊂ aA, et conclut la preuve. 2

Comme un anneau de polynômes à coefficients dans un corps est euclidien, ceci implique :

Corollaire 1.59 Pour tout corps K, l’anneau K[X] est principal.

Remarque 1.60 Le corollaire 1.59 n’est pas vrai pour un anneau : même si A est principal, A[X]
peut ne pas l’être.

Exercice 1.6 Soit A = Z[X]. On considère l’idéal I = (2, X) engendré par les polynômes 2 et X.
1. Démontrer que I = {P ∈ Z[X] tel que P (0) ∈ 2Z} .
2. Montrer que I n’est pas principal.

Exercice 1.7 Soit A un anneau tel que A[X] est principal.


1. Démontrer que A est intègre.
2. Soit a ∈ A \ {0}, et soit I = (a, X) l’idéal engendré. On note P ∈ A[X] tel que I = (P ).
Démontrer que P est constant et inversible.
3. Démontrer que a ∈ A× .
4. En déduire que A est un corps.

1.2 Théorème chinois


1.2.1 Anneaux quotients, factorisation
Soit A un anneau commutatif, et soit I un idéal de A. Puisque I est un sous-groupe additif du
groupe abélien (A, +), I est distingué dans A, et A/I est un groupe pour la loi

a + b = a + b.

Pour tout (a, b) ∈ (A/I)2 , on pose maintenant

a b = ab.
12 CHAPITRE 1. ANNEAUX

Proposition 1.61 Soit A un anneau commutatif, et soit I un idéal de A. Les applications suivantes

A/I × A/I −→ A/I,


a, b 7−→ a + b,

et
A/I × A/I −→ A/I,
a, b 7−→ ab,
sont bien définies. De plus, A/I muni de ces lois d’addition et de multiplication est un anneau
commutatif. De plus, l’application

π: A −→ A/I,
a 7−→ a,

est un morphisme d’anneaux.

Démonstration. On sait déjà que A/I est un groupe additif abélien. Pour montrer que la multi-
plication est bien définie sur A/I, on considère a, a′ , b, b′ des éléments de A tels que a = a′ et b = b′ .
Alors il existe x, y des éléments de I tels que a = a′ + x et b = b′ + y. Ainsi,

ab = (a′ + x)(b′ + y) = a′ b′ + xb′ + a′ x + xy,

donc ab = a′ b′ . Les propriétés de commutativité, associativité, distributivité découlent alors des


propriétés des lois de A. De plus, 1A est clairement un neutre pour la multiplication. Enfin, le fait
que π soit un morphisme d’anneaux provient de la définition même de la multiplication de A/I. 2

Définition 1.62 Soit A un anneau commutatif, et I un idéal de A. L’anneau A/I est appelé anneau
quotient de A par I, et l’application π : A −→ A/I définie dans la proposition 1.61 est appelée la
projection canonique de A sur A/I.

Théorème 1.63 (de factorisation) Soit A et B des anneaux commutatifs et I un idéal de A.


Soit f : A −→ B un morphisme d’anneaux tel que I ⊂ ker f . Alors il existe un unique morphisme
d’anneaux f : A/I −→ B tel que f = f ◦ π.
Ce morphisme d’anneaux est défini par ∀a ∈ A/I, f (a) = f (a).
De plus, il y une correspondance bijective entre Hom(A/I, B) et {f ∈ Hom(A, B), I ⊂ ker f }.

Démonstration. Pour démontrer l’existence de f , il suffit de vérifier que la définition ci-dessus


donne bien un morphisme. Commençons par montrer que f est bien définie. Pour cela, considérons
a et b tels que a = b. Alors il existe x ∈ I tel que b = a + x. Ainsi, puisque x ∈ I ⊂ ker f ,

f (b) = f (b) = f (a + x) = f (a) + f (x) = f (a) + 0B = f (a) = f (a).

De plus, comme f est un morphisme, on bien entendu que pour tout (a, b) ∈ A,

f (a + b) = f a + b = f (a + b) = f (a) + f (b) = f (a) + f (b).
1.2. THÉORÈME CHINOIS 13

De même, f (ab) = f (a)f (b), et, comme 1A/I = 1A , on a f (1A/I ) = 1B .


Pour démontrer l’unicité de f , on suppose qu’il existe un autre homomorphisme g tel que
f = g ◦ π. Alors, pour tout a ∈ A, on a f (a) = f (π(a)) = g(π(a)), autrement dit

∀a ∈ A, f (a) = g(a).

Ceci signifie que f = g.


Enfin, pour démontrer la correspondance bijective entre l’ensemble Hom(A/I, B) et l’ensemble
{f ∈ Hom(A, B), I ⊂ ker f }, on considère l’application du deuxième ensemble dans le premier qui
à f associe f défini ci-dessus. Il s’agit d’une application injective d’après ce qu’on vient de voir. Si
de plus F ∈ Hom(A/I, B), alors f = F ◦ π est un morphisme de A dans B, qui vérifie f = F . Ceci
prouve la surjectivité. 2

Théorème 1.64 (premier théorème d’isomorphisme) Soient A et B des anneaux commuta-


tifs. Soit f ∈ Hom(A, B). Alors les anneaux A/ ker(f ) et Im(f ) sont isomorphes : A/ ker(f ) ≃
Im(f ).

Démonstration. Considérons I = ker(f ), qui est un idéal de A puisque f est un morphisme


d’anneaux. Alors d’après le théorème 1.63, il existe un morphisme f : A/ ker(f ) −→ B tel que
f (a) = f (a), pour tout a ∈ A. Alors il est clair que f est injectif puisque f (a) = 0B ⇐⇒ a ∈
ker(f ) ⇐⇒ a = 0A . Ce morphisme est par ailleurs surjectif sur Im(f ) par définition, donc il est
bijectif. 2

Nous introduisons maintenant la notion de caractéristique d’un anneau commutatif A : on


rappelle pour cela que, d’après la proposition 1.17, il existe un unique morphisme ΘA de Z dans A.
Son noyau est un idéal de l’anneau Z, il est donc de la forme nZ, avec n ∈ N. Ce nombre s’appelle
la caractéristique de l’anneau A :

Définition 1.65 Soit A un anneau commutatif. La caractéristique de A est définie comme l’entier
n ≥ 0 tel que
ker(ΘA ) = nZ,
où le morphisme ΘA est défini à la proposition 1.17. On note ce nombre n = car(A).

Autrement dit, car(A) > 0 si et seulement si l’équation m1A = 01 admet au moins une solution
m ∈ Z. Dans ce cas, car(A) est le plus petit entier m non nul tel que m1A = 0A . De plus, pour tout
m ∈ Z, on a
m1A = 0A ⇐⇒ car(A)|m.

Exemple 1.66 Les anneaux Z, Q, R, C sont de caractéristique nulle.

Exemple 1.67 L’anneau Z/nZ est de caractéristique n.

Proposition 1.68 Soit A un anneau commutatif. On note n = car(A) sa caractéristique. Alors A


contient un sous-anneau isomorphe à Z/nZ. En particulier, si A est intègre, sa caractéristique est
soit nulle, soit égale à un nombre premier.
14 CHAPITRE 1. ANNEAUX

Démonstration. Considérons le morphisme canonique ΘA : Z −→ A défini par la proposition 1.17.


Si on lui applique le théorème de factorisation (théorème 1.63), on sait qu’il existe un unique
morphisme
ΘA : Z/nZ −→ A,
qui est injectif. Donc si A est intègre, Z/nZ l’est également. Or ceci n’est possible que si n = 0 ou
bien si n est premier. 2

Remarque 1.69 La réciproque de cette propriété est fausse. Il existe des anneaux de caractéristique
nulle ou égale à un nombre premier mais qui ne sont pas intègres. Par exemple C × C est de
caractéristique nulle mais n’est pas intègre. De même Z/2Z × Z/2Z est de caractéristique 2 mais
n’est pas intègre.

1.2.2 Idéaux premiers, idéaux maximaux


Définition 1.70 Soit A un anneau commutatif. Un idéal I de A est dit premier si

∀(a, b) ∈ A2 , ab ∈ I ⇒ a ∈ I ou b ∈ I.

Définition 1.71 Soit A un anneau commutatif, et I un idéal de A. On dit que I est maximal si
pour tout idéal J de A,
I ⊂ J ⇒ J = A ou J = I.

Exemple 1.72 L’idéal {0} est premier si et seulement si A est intègre.

Exemple 1.73 Si p est un nombre premier, alors pZ est un idéal premier de Z. Il est aussi maximal
(démontrer ces deux propriétés en exercice.

Exercice 1.8 On considère l’anneau Z[X]. Soit n un nombre entier et (n, X) l’idéal de Z[X] en-
gendré par n et X.
1. Démontrer que (n, X) = {P ∈ Z[X], n|P (0)} .
2. En déduire que (n, X) est premier si et seulement si n est premier.

Nous allons maintenant démontrer l’existence d’idéaux maximaux. Pour cela, nous avons besoin
d’un résultat intermédiaire appelé lemme de Zorn, qui nécessite la définition suivante :

Définition 1.74 Soit E un ensemble muni d’une relation d’ordre ≤. Soit S une partie de E.
On dit que x ∈ E est un majorant de S si ∀s ∈ S, s ≤ x.
On dit que E est inductif si toute partie de E totalement ordonnée admet un majorant.

On a alors :

Lemme 1.75 (de Zorn) Tout ensemble inductif non vide admet un élément maximal.

Théorème 1.76 (de Krull) Soit A un anneau commutatif. Alors tout idéal I ̸= A de A est
contenu dans un idéal maximal.
1.2. THÉORÈME CHINOIS 15

Démonstration. Soit donc I ̸= A un idéal de A. Considérons

E = {J idéal de A, I ⊂ J ⊊ A} .

L’ensemble E est ordonné pour l’inclusion, et il est non vide car I ∈ E. Nous allons démontrer qu’il
est inductif. Considérons donc une famille F = {Jk , k ∈ K} de E qui est totalement ordonnée. On
définit \
J= Jk ,
k∈K

qui vérifie I ⊂ J. D’autre part, J est un idéal de A. En effet, si x, y sont des éléments de J, alors
il existe k et ℓ dans K tels que x ∈ Jk et y ∈ Jℓ . Comment F est totalement ordonné, on a, par
exemple, Jk ⊂ Jℓ . Donc pour tout a ∈ A, x + ay ∈ Jℓ ⊂ J. De plus, on a J ̸= A. En effet, si J = A,
alors 1 ∈ J, donc il existe k ∈ K tel que 1 ∈ Jk , ce qui est contradictoire avec le fait que Jk ∈ E.
Donc J ∈ E est un majorant de F . Ceci prouve que E est inductif, donc, d’après le lemme 1.75, il
admet un élément maximal. Ainsi, il existe un idéal M de A tel que tout élément de E est contenu
dans M . Montrons que M est un idéal maximal. S’il existe un idéal N tel que M ⊊ N ⊊ A, alors
N ∈ E, donc N ⊂ M , ce qui est contradictoire. 2

Le théorème suivant donne une caractérisation des idéaux maximaux et des idéaux premiers.

Théorème 1.77 Soit A un anneau commutatif, et I un idéal de A.


1. I est premier si et seulement si A/I est intègre.
2. I est maximal si et seulement si A/I est un corps.
En particulier, tout idéal maximal est premier.

Démonstration. Pour démontrer le point 1, considérons un idéal premier I. Alors I ̸= A, donc


A/I n’est pas trivial. Soit a ∈ A/I et b ∈ A/I tels que a b = 0. Ceci signifie que ab ∈ I. Comme I
est premier, ceci implique a ∈ I ou b ∈ I, soit a = 0 ou b = 0. Réciproquement, si A/I est intègre,
alors il n’est pas trivial, donc I ̸= A. Si un couple (a, b) ∈ A vérifie ab ∈ I, on a a b = ab = 0, donc
a = 0 ou b = 0. C’est-à-dire a ∈ I ou b ∈ I. Autrement dit I est premier.
Démontrons maintenant le point 2. Si I est maximal, alors ici encore A ̸= I donc A/I n’est pas
trivial. Soit a ∈ A/I tel que a ̸= 0. Alors a ∈
/ I. Soit J = aA + I l’idéal engendré par I et a. Comme
I est maximal, aA + I = A. Donc il existe b ∈ A et x ∈ I tels que ab + x = 1A . Autrement dit
a b = ab = 1A . Ceci prouve que A/I est un corps.
Réciproqument, si A/I est un corps, alors A/I n’est pas trivial, donc I ̸= A. Soit J un idéal de
A tel que I ⊊ J. Alors il existe a ∈ J \ I. Comme A/I est un corps, il existe b ∈ A tel que a b = 1A .
Autrement dit ab = 1 + x, avec x ∈ I. Donc 1 = ab − x ∈ J. D’où J = A, donc I est bien un idéal
maximal. 2

1.2.3 Théorème chinois


Définition 1.78 Soit A un anneau commutatif. On dit que deux idéaux I et J de A sont comaxi-
maux si I + J = A.

Remarque 1.79 I et J sont comaximaux si et seulement s’il existe a ∈ I et b ∈ J tels que a+b = 1.
16 CHAPITRE 1. ANNEAUX

Exemple 1.80 Dans le cas A = Z, I = nZ et J = mZ. Alors nZ + mZ = pgcd(n, m)Z, donc I et


J sont comaximaux si et seulement si n et m sont premiers entre eux.

Lemme 1.81 Soit A un anneau commutatif, n ∈ N et soient I1 , . . . , In+1 des idéaux de A deux à
deux comaximaux. Alors I1 ∩ · · · ∩ In et In+1 sont comaximaux.

Démonstration. Soit i tel que 1 ≤ i ≤ n. Par hypothèse, Ii + In+1 = A, donc il existe ai ∈ Ii et


bi ∈ In+1 tels que ai + bi = 1A . En faisant le produit des ces égalités, on a donc
n
Y
(ai + bi ) = 1A .
i=1

En développant ce produit, on obtient que


n
Y
ai + b = 1A ,
i=1

où le terme b contient des sommes de produits contenant chacun au moins un bi . En conséquance,


n
Y \n
comme In+1 est un idéal, b ∈ In+1 . Comme de plus ai ∈ Ii , on obtient le résultat. 2
i=1 i=1

Théorème 1.82 (Théorème chinois) Soit A un anneau commutatif, et soit I1 , . . . , In des idéaux
de A deux à deux comaximaux (n ≥ 2). Alors pour tout (a1 , . . . , an ) ∈ An , il existe a ∈ A tel que

∀i ∈ {1, . . . , n}, a − ai ∈ Ii .

Démonstration. On procède par récurrence sur n.


Supposons tout d’abord n = 2. Alors I1 et I2 sont comaximaux, donc il existe b1 ∈ I1 et
b2 ∈ I2 tels que b1 + b2 = 1A . Pour (a1 , a2 ) ∈ A2 , on pose a = a1 b2 + a2 b1 . On a alors a − a1 =
a1 (b2 − 1A ) + a2 b1 = −a1 b1 + a2 b1 ∈ I1 , et a − a2 = a1 b2 + a2 (b1 − 1A ) = a1 b2 − a2 b2 ∈ I2 .
Supposons maintenant la propriété vraie au rang n. Considérons (a1 , . . . , an+1 ) ∈ An+1 . L’hy-
pothèse de récurrence prouve l’existence de y ∈ A tel que y − ai ∈ Ii pour tout 1 ≤ i ≤ n. D’après
\n
le lemme 1.81, les idéaux Ii et In+1 sont comaximaux. Donc, en appliquant le cas n = 2, on sait
i=1
qu’il existe x ∈ A tel que
n
\
x−y ∈ Ii , 1 ≤ i ≤ n, et x − an+1 ∈ In+1 .
i=1

Ceci implique que, pour tout 1 ≤ i ≤ n, ai − x = ai − y + y − x ∈ Ii . Ceci prouve le résultat au


rang n + 1 et termine la récurrence. 2

Dans le cas particulier de A = Z, les idéaux Ii sont de la forme Ii = ni Z, et le fait qu’ils soient
comaximaux deux à deux équivaut à ce que pgcd(ni , nj ) = 1, i ̸= j. Le résultat devient alors : pour
tout n-uplet (a1 , . . . , an ) tel que ai ∈ ni Z, il existe a ∈ Z tel que

∀1 ≤ i ≤ n, ai ≡ a mod ni .
1.3. ARITHMÉTIQUE DANS LES ANNEAUX 17

n
Y
On peut démontrer sans difficulté que a est unique modulo ni .
i=1

Une conséquence du théorème chinois est le résultat suivant :

Corollaire 1.83 Soit A un anneau commutatif, et soient I1 , . . . , In des idéaux deux à deux comaxi-
maux de A. Pour tout 1 ≤ i ≤ n, on note

πi : A −→ A/Ii

la projection canonique. Alors le morphisme

f : A −→ A/I1 × · · · × A/In
a 7−→ (π1 (a), . . . , πn (a)) ,

est surjectif, et son noyau est égal à


n
\
ker(f ) = Ii .
i=1

En particulier, on a l’isomporphisme suivant :

A/ (I1 ∩ · · · ∩ In ) ≃ A/I1 × · · · × A/In .

Démonstration. La surjectivité de f est une conséquence directe du théorème 1.82. De plus, un


n
\
élément a ∈ A est dans le noyau de f si et seulement si πi (a) = 0 pour tout i, c’est-à-dire a ∈ Ii .
i=1
Le dernier point est une application du théorème d’isomorphisme (théorème 1.64). 2

1.3 Arithmétique dans les anneaux


1.3.1 Divisibilité
Définition 1.84 Soit A un anneau commutatif. Soient a et b deux éléments de A. On dit que a
divise b s’il existe x ∈ A tel que ax = b. On écrit a|b. Ceci équivaut à (b) ⊂ (a).

Exemple 1.85 1. L’élément neutre 0 ne divise aucun élément de A à part lui-même.


2. 2 ne divise par 3 dans l’anneau Z. En revanche il le divise sans l’anneau Q.
3. 2 ne divise pas 1 + i dans Z[i]. Le démontrer en exercice.
4. 1 + i divise 2 dans Z[i] car (1 + i)(1 − i) = 2.

Définition 1.86 Soit A un anneau commutatif. Soient a ∈ A et b ∈ A. On dit que a et b sont


associés s’il existe u ∈ A× tel que a = bu.

La relation "être associés" est une relation d’équivalence sur A.

Un élément a ∈ A admet toujours comme diviseurs les inversibles de A et les ua, pour u ∈ A× .
En effet, a = u u−1 a . Il se peut qu’il n’y ait pas d’autre diviseur. Par exemple si p ∈ Z est premier,
seuls ±1 et ±p sont des diviseurs de p. Ceci amène à la définition suivante
18 CHAPITRE 1. ANNEAUX

Définition 1.87 Soit A un anneau commutatif. Un élément x ∈ A est dit irréductible si x ̸= 0,


/ A× , et, pour tout couple (a, b) ∈ A2 , on a
x∈

x = ab ⇒ a ∈ A× ou b ∈ A× .
/ A× , et que les seuls diviseurs de x sont les éléments u ∈ A× et
Cela revient à dire que x ̸= 0, x ∈
×
xu, u ∈ A .

Remarque 1.88 Si x ∈ A est irréductible, alors pour tout u ∈ A× , xu est irréductible.

Il se peut qu’un anneau ne possède pas d’élément irréductible. C’est par exemple le cas si A est
un corps. L’exercice suivant donne un exemple d’anneau qui n’est pas un corps mais ne contient
aucun irréductible.

Exercice 1.9 Soit

O = {z ∈ C, ∃P ∈ Z[X], P unitaire, P ̸= 0, P (z) = 0} .

1. Démontrer que O est un sous-anneau de C.


2. Démontrer que O est intègre mais n’est pas un corps.
3. Soit z ∈ C et y ∈ C tel que y 2 = z. Démontrer que si z ∈ O, alors y ∈ O.
4. En déduire que O n’admet aucun élément irréductible.

Exemple 1.89 Un entier relatif n est irréductible si et seulement si n = ±p, où p est un nombre
premier.
î√ ó
Exercice 1.10 Soit A = Z i 5 le sous-anneau de C engendré par Z et i. Montrer que les éléments
√ √
3, 2 + i 5, 2 − i 5 sont irréductibles dans A, et qu’ils ne sont pas associés deux à deux.

Lemme 1.90 Soit A un anneau commutatif, et x ∈ A. Alors les propriétés suivantes sont équiva-
lentes :
1. (x) est un idéal premier non nul de A.
/ A× , et pour tout (a, b) ∈ A2 , x|ab ⇒ x|a ou x|b.
2. x ̸= 0, x ∈
Si de plus A est intègre, ces deux propriétés équivalent au fait que x est irréductible.

Démonstration. Soit x ∈ A tel que (x) est un idéal premier non nul. Alors nécessairement x ̸= 0.
/ A× d’après le lemme 1.51. Soient
De plus, (x) ̸= A d’après la définition d’un idéal premier, donc x ∈
maintenant a et b tels que x|ab. Alors ab ∈ (x). Et puisque (x) est premier, a ∈ (x) ou b ∈ (x).
Autrement dit x|a ou x|b. Ceci prouve que la propriété 1 implique la propriété 2.
Réciproquement, si x vérifie la propriété 2, alors, puisque x n’est ni nul ni inversible, (x) ̸= (0)
et (x) ̸= A, toujours par le lemme 1.51. Si maintenant (a, b) ∈ A2 vérifient ab ∈ (x), alors x|ab, et
donc par hypothèse x|a ou x|b, et donc a ∈ (x) ou b ∈ (x). Ainsi (x) est premier.
Enfin, si on suppose que A est intègre et que x vérifie le propriété 2, alors par hypothèse x ̸= 0
/ A× . Soient a, b des éléments de A tels que x = ab. Alors en particulier x|ab, donc x|a ou x|b.
et x ∈
Supposons par exemple que x|a. Alors a = xu, u ∈ A. D’où x = bxu. Comme A est intègre, ceci
n’est possible que si bu = 1. Donc u ∈ A× , et x est irréductible. 2
1.3. ARITHMÉTIQUE DANS LES ANNEAUX 19

Remarque 1.91 Il se peut que, même si A est intègre, certains


î √ ó irréductibles de A ne vérifient
pas les propriétés 1 et 2 ci-dessus. Par exemple, si A = Z i 5 , alors 3 est irréductible (voir
Ä √ äÄ √ ä √ √
l’exercice 1.10). Mais 3|9 = 2 + i 5 2 − i 5 , alors que 3 ne divise ni 2 + i 5 ni 2 − i 5.

1.3.2 Plus grand commun diviseur et plus petit commun multiple


Nous définissons maintenant la notion de plus grand commun diviseur (pgcd) et plus petit
commun diviseur (ppcm).

Définition 1.92 Soit A un anneau commutatif et soient a, b deux éléments de A. On dit que d ∈ A
est un pgcd de a et b si
1. d|a et d|b.
2. Pour tout x ∈ A, si x|a et x|b, alors x|d.

Définition 1.93 Soit A un anneau commutatif et soient a, b deux éléments de A. On dit que
m ∈ A est un ppcm de a et b si
1. a|m et b|m.
2. Pour tout x ∈ A, si a|x et b|x, alors m|x.

Remarque 1.94 Il peut arriver que a et b n’aient pas de pgcd et/ou pas de ppcm.
î√ ó
Exercice 1.11 Soit A = Z i 5 .

1. Montrer que 9 et 3(2 + i 5) n’ont pas de pgcd.

2. Montrer que 3 et 2 + i 5 n’ont pas de ppcm.

Remarque 1.95 Si a = b = 0, alors un pgcd de a et b est 0. En revanche, si (a, b) ̸= (0, 0), et si


leur pgcd existe, il est non nul.

Démonstration. Si a = b = 0, alors, puisque tout élément de A divise 0, les propriétés de la


définition 1.92 sont bien vérifiées par d = 0.
Si maintenant a ̸= 0 (par exemple), alors d|a donc a = da′ , pour a′ ∈ A. Il est donc impossible
que d = 0. 2

Lorsqu’ils existent, le pgcd et le ppcm sont uniques à multiplication par un inversible près :

Lemme 1.96 Soit A un anneau commutatif intègre, et soit a et b deux éléments de A. S’ils ad-
mettent un pgcd, il est unique à multiplication par un inversible près. S’ils admettent un ppcm, il
est unique à multiplication par un inversible près.

Remarque 1.97 Cette propriété signifie que l’idéal engendré par un pgcd ne dépend pas du pgcd
choisi. De même pour un ppcm.
20 CHAPITRE 1. ANNEAUX

Démonstration. Soient d et d′ deux pgcd de a et b. Alors par définition, d′ |a et d′ |b, donc, puisque
d est un pgcd de a et b, d|d′ . De même, d′ |d. Donc il existe u ∈ A et v ∈ A tels que

d′ = ud, d = vd′ .

Si a = b = 0, alors on peut toujours supposer d = 0 car on sait, d’après le remarque 1.95. On a alors
d′ |0, donc d′ = 0 = d. Supposons maintenant que a ̸= 0. Alors, toujours d’après le remarque 1.95,
d ̸= 0. Les identités ci-dessus impliquent que d = uvd, d’où uv = 1, puisque A est intègre. Donc u
et v sont inversibles, et on obtient le résultat. Pour les ppcm, la preuve est similaire. 2

Définition 1.98 Soit A un anneau commutatif. On dit que deux éléments a et b de A sont premiers
entre eux si
∀d ∈ A, (d|a et d|b) ⇒ d ∈ A× .

Lemme 1.99 Soit A un anneau commutatif, et soit (a, b) ∈ A2 . Alors les deux propriétés suivantes
sont équivalentes :
1. a et b sont premiers entre eux.
2. a et b admettent un pgcd, noté d, qui vérifie d ∈ A× .
3. 1 est un pgcd de a et b.

Démonstration. Supposons que a et b sont premiers entre eux. Alors 1 est un diviseur de a et b.
De plus, si d|a et d|b, alors d ∈ A× , donc d divise 1, par définition de A× . Nous avons donc démontré
que 1 implique 3. Il est de plus clair que 3 implique 2. Enfin, si 3 est vrai, alors, par définition du
pgcd, tout diviseur de a et b est diviseur de 1, donc est inversible. 2

Exercice 1.12 Démontrer que si deux éléments irréductibles ne sont pas associés, ils sont premiers
entre eux.

1.3.3 Factorisation dans les anneaux principaux


Nous allons maintenant étudier les propriétés de l’anneau Z qui s’étendent aux anneaux princi-
paux.

Proposition 1.100 Soit A un anneau principal. Soient a et b deux éléments de A. Soient d ∈ A


et m ∈ A tels que
(a) ∩ (b) = (m), (a) + (b) = (d).
Alors d est un pgcd d a et b, et m est un ppcm de a et b.

Démonstration. Notons tout d’abord qu’un anneau principal est, par définition, commutatif et
intègre (voir la définition 1.53. Notons également que m et d existent tels que définis ci-dessus,
parce que A est principal.
Commençons par le cas où a = b = 0. alors 0 est à la fois un pgcd et un ppcm de a et b, par
définition. Et (a) + (b) = (a) ∩ (b) = (0).
1.3. ARITHMÉTIQUE DANS LES ANNEAUX 21

Si maintenant (a, b) ̸= (0, 0), alors, d défini comme ci-dessus est un diviseur de a et b. De plus,
si x|a et x|b, on a que (a) ⊂ (x) et (b) ⊂ (x). Ainsi, (d) = (a) + (b) ⊂ (x), donc x|d. Ce qui prouve
bien que d est un pgcd a et b. D’autre part, m défini comme ci-dessus est un multiple de a et b. Et
si x vérifie a|x et b|x, alors (x) ⊂ (a) et (x) ⊂ (b). Donc (x) ⊂ (m), ce qui implique que m|x. Donc
m est bien un ppcm de a et b. 2

Remarque 1.101 Soit A un anneau principal et a, b des éléments de A tels que (a, b) ̸= (0, 0).
Soit d un pgcd de a et b. Alors (d) = (a) + (b). Donc il existe (u, v) ∈ A2 tel que au + bv = d.
Autrement dit le théorème de Bézout est valable dans ce cas aussi. En général, le calcul de u et
v n’est pas simple, sauf si A est euclidien. On peut alors appliquer l’algorithme d’Euclide, comme
dans le cas A = Z. Nous le verrons pour le cas des anneaux de polynômes (Section 2.3).

Corollaire 1.102 Si A est un anneau principal, et si (a, b) ∈ A2 sont premiers entre eux avec
a ̸= 0, alors ∀c ∈ A, a|bc ⇒ a|c.

Démonstration. Si a et b sont premiers entre eux, alors d’après le lemme 1.99, 1 est pgcd de a et b.
Donc, d’après la remarque 1.101, il existe u ∈ A et v ∈ A tels que au + bv = 1. Donc c = acu + bcv.
Comme a|bc, il s’ensuit que a|acu + bcv = c. 2

Corollaire 1.103 Soit A un anneau principal, et (a, b) ∈ A2 . Alors a et b sont premiers entre eux
si et seulement si (a) et (b) sont comaximaux. Et dans ce cas, un ppcm de a et b est ab.

Démonstration. Si a = b = 0, alors un pgcd de a et b est 0, donc (a) + (b) = (0), donc (a) et
(b) ne sont pas comaximaux. Si maintenant a ou b est non nul, on note d un pgcd de a et b. On
alors (a) + (b) = A si et seulement si (d) = A, ce qui équivaut à c ∈ A× , autrement dit a et b sont
premiers entre eux, d’après le lemme 1.99. Nous avons donc démontré le premier point.
Pour le deuxième point, on suppose que a et b sont premiers ente eux. Soit x un multiple de a et
b. Alors x = as = br, pour un certain couple (r, s) ∈ A2 . Donc a|br, d’où, d’après le corollaire 1.102,
a|r. Ainsi, r = ar′ , pour un certain r′ ∈ A. On a donc x = abr′ , ce qui prouve que ab est un ppcm
de a et b. 2

On peut maintenant généraliser le théorème chinois au cas des anneaux principaux.

Corollaire 1.104 Soit A un anneau principal. Si a1 , . . . , an sont des éléments de A qui sont pre-
miers entre eux deux à deux, alors on a l’isomorphisme

A/(a1 . . . an ) ≃ A/(a1 ) × · · · × A/(an ).

Démonstration. Nous appliquons le corollaire 1.83 à Ik = (ak ). Pour pouvoir l’appliquer, il nous
suffit de démontrer que
(a1 ) ∩ · · · ∩ (an ) = (a1 . . . an ). (1.3)
Pour démontrer cette égalité, on procède par récurrence sur n. Si n = 1, il n’y a rien à démontrer
car (1.3) s’écrit (a1 ) = (a1 ). Si maintenant la relation (1.3) est vraie au rang n, et si a1 , . . . , an+1
sont des éléments de A qui sont premiers entre eux deux à deux, alors on peut écrire

(a1 ) ∩ · · · ∩ (an+1 ) = (a1 ) ∩ · · · ∩ (an ) ∩ (an+1 ) = (a1 . . . an ) ∩ (an+1 ), (1.4)


22 CHAPITRE 1. ANNEAUX

grâce à l’hypothèse de récurrence. D’autre part, comme an+1 est premier avec chacun des ai , il est
premier avec a1 . . . an . En effet, pour chaque i, il existe ui et vi dans A tels que 1 = ui ai + vi an+1 .
En faisant le produit de ces n égalités, on a donc
n n
!
Y Y
1= (ui ai + vi an+1 ) = ui ai + van+1 ,
i=1 i=1

pour un certain v ∈ A, puisque lorsqu’on développe le produit, il y a d’une par le produit de tous
les premiers termes, et d’autre part d’autres termes qui sont tous multiples de an+1 . Ceci montre
que bien que a1 . . . an et an+1 sont premiers entre eux. Ainsi, en reprenant l’égalité (1.4), on obtient
donc
(a1 ) ∩ · · · ∩ (an+1 ) = (a1 . . . an ) ∩ (an+1 ) = (a1 . . . an+1 ),
ce qui prouve bien (1.3) au rang n + 1, et achève la récurrence. 2

Exemple 1.105 Dans A = C[X], qui est principal, les polynômes X + 1 et X − 1 sont premiers
entre eux. Donc
C[X]/(X 2 − 1) ≃ C[X]/(X − 1) × C[X]/(X + 1).
D’autre part, pour tout a ∈ C, si on considère l’application de C[X] dans C qui à P associe le
nombre complexe P (a), il s’agit d’un morphisme d’anneaux dont le noyau est l’idéal (X − a). Ainsi,
le théorème 1.64 implique que C[X]/(X − a) ≃ C. Comme ceci vaut pour tout a ∈ C, on a donc
C[X]/(X 2 − 1) ≃ C[X]/(X − 1) × C[X]/(X + 1) ≃ C × C.

Proposition 1.106 Soit A un anneau principal. Alors tout idéal premier non nul est maximal.
Démonstration. Soit I un idéal premier non nul. Alors il existe a ∈ A \ {0} tel que I = (a).
Considérons un autre idéal J tel que I ⊂ J ⊂ A. Alors il existe b ∈ A \ {0} tel que J = (b). Comme
(a) ⊂ (b), il existe u ∈ A tel que a = bu. Or, d’après le lemme 1.90, a est irréductible. Donc a ∈ A×
ou u ∈ A× . Dans le premier cas, on a J = A, et dans le deuxième, b = u−1 a, donc I = J. 2

Remarque 1.107 Ce résultat est faux si A n’est pas principal. Par exemple, si A = Z[X], alors
(2) est un idéal premier (le prouver en exercice), mais il n’est pas maximal car (2) ⊊ (2, X) ⊊ Z[X].

Proposition 1.108 (lemme d’Euclide) Soit A un anneau principal. Alors a ∈ A est irréduc-
tible si et seulement si (a) est un idéal premier non nul (donc maximal). En particulier, si a est
irréductible, alors, pour tout (b, c) ∈ A2 , on a

a|bc ⇒ a|b ou a|c.

Démonstration. Supposons (a) premier. Alors le lemme 1.90 implique que a est irréductible.
Réciproquement, si a est irréductible, alors a ̸= 0 et a ∈/ A× . En particulier (a) ̸= (0) et (a) ̸= A.
Si (a) n’est pas maximal, il existe un idéal J tel que (a) ⊊ J ⊊ A. Comme A est principal, J = (b),
pour un certain b ∈ A. Donc a = bu, avec u ∈ A. Comme a est irréductible, b ∈ A× ou u ∈ A× .
Dans le premier cas, on J = A, et dans le deuxième J = (a). Ce qui est contradictoire. Donc (a)
est maximal, donc premier. 2
1.3. ARITHMÉTIQUE DANS LES ANNEAUX 23

Corollaire 1.109 Soit A un anneau principal qui n’est pas un corps. Alors a ∈ A est irréductible
si et seulement si (a) est un idéal maximal. En particulier, A/(a) est un corps si et seulement si a
est irréductible.

Démonstration. D’après la proposition 1.108, a est irréductible si et seulement si (a) est premier
non nul. Ceci est équivalent aussi au fait que (a) est maximal d’après le théorème 1.77 (rappelons
que (0) n’est pas maximal car A n’est pas un corps). Donc, toujours d’après le théorème 1.77, a est
irréductible si et seulement si A/(a) est un corps. 2

Remarque 1.110 En particulier, pour tout corps K, si P est irréductible dans K[X], alors
K[X]/(P ) est un corps. Par exemple, R[X]/(X 2 + 1) est un corps. On peut démontrer qu’il est
isomorphe à C (le faire en exercice, en démontrant que (X) est une racine du polynôme X 2 + 1
dans ce corps.)

Nous allons maintenant montrer l’existence d’une décomposition unique en produits de facteurs
irréductibles. Le point crucial est de montrer qu’un élément non nul et non inversible possède un
diviseur irréductible.

Lemme 1.111 Soit A un anneau principal. Alors tout élément non nul et non inversible possède
un diviseur irréductible. En particulier, tout anneau principal qui n’est pas un corps possède au
moins un élément irréductible.

Démonstration. Soit a ∈ A, non inversible et non nul. Alors (0) ⊊ (a) ⊊ A. D’après le théorème
de Krull (théorème 1.76), il existe un idéal maximal I tel que (a) ⊂ I ⊊ A. Comme A est principal,
il existe x ∈ A tel que I = (x). D’après le corollaire 1.109, x est irréductible. Et comme (a) ⊂ (x),
on a x|a.
Pour le deuxième point, comme A n’est pas un corps, il existe un élément a ∈ A qui n’est pas
inversible. Cet élément admet un diviseur irréductible d’après ce qui précède. 2

Théorème 1.112 Soit A un anneau principal. Alors tout élément non nul a ∈ A peut s’écrire

a = up1 . . . pr ,

où u ∈ A× et chaque pi est irréductible. De plus, cette écriture est unique à permutation et associa-
tion de facteurs près. Autrement dit, s’il existe une autre décomposition

a = u′ p′1 . . . p′s ,

alors r = s, et il existe σ ∈ Sr une permutation telle que, pour tout 1 ≤ i ≤ r, pi et p′σ(i) sont
associés.

Démonstration. Soit a ∈ A, a ̸= 0. Commençons par démontrer l’existence de la décomposition.


Si a ∈ A× , il n’y a rien à prouver. On suppose donc que a ∈ / A× . Ainsi, en particulier, A n’est pas
un corps. Le lemme 1.111 implique qu’il existe p1 irréductible tel que p1 |a. On peut donc écrire
a = p1 a1 , où a1 ∈ A. Si a1 est inversible, la preuve est finie. Sinon, on a (a) ⊂ (a1 ). Et cette
inclusion ne peut être une égalité que si a et a1 sont associés. Ce qui n’est pas le cas ici.
24 CHAPITRE 1. ANNEAUX

Puisque a1 est non nul et non inversible, on peut également lui appliquer le lemme 1.111, de
sorte que a1 = p2 a2 , c’est-à-dire a = p1 p2 a2 , avec p1 et p2 irréductibles. Si a2 est irréductible,
la preuve est finie. Sinon, comme précédemment, on a (a) ⊊ (a1 ) ⊊ (a2 ). On peut continuer ce
raisonnement est construire une suite (an )n∈N d’éléments de A. Si un an est inversible, on s’arrête.
Si aucun des an n’est inversible, on a alors une suite infinie d’idéaux strictement croissante :

(a) = (a0 ) ⊊ (a1 ) ⊊ · · · ⊊ (an ) ⊊ ...

On pose alors [
I= (an ).
n≥0

L’ensemble I est un idéal de A. En effet, si x et y sont des éléments de I, alors il existe n1 et n2 tels
que x ∈ (an1 ) et y ∈ (an2 ). Quitte à échanger le rôle de x et y, on peut supposer n1 ≤ n2 . Ainsi,
2
(x, y) ∈ (an2 ) , donc, pour tout b ∈ A, x + by ∈ (an2 ) ⊂ I. Comme A est principal, il existe b ∈ A
tel que I = (b). En particulier b ∈ I, donc il existe n ∈ N tel que b ∈ (an ), et donc

(b) ⊂ (an ) ⊊ I = (b),

ce qui est contradictoire. Ainsi, il existe n ∈ N tel que an est inversible, ce qui prouve l’existence
de la décomposition.
On démontre maintenant l’unicité. Supposons donc l’existence de deux décompositions

a = up1 . . . pr = u′ p′1 . . . p′s , (1.5)

On peut toujours supposer r ≥ s. On a p1 |u′ p′1 . . . p′s , donc, d’après la proposition 1.108, soit p1 |u′ ,
soit il existe j1 tel que p1 |p′j1 . Comme p1 est irréductible, il ne peut pas diviser u′ qui est inversible.
Donc il existe uj1 ∈ A tel que p1 = uj1 p′j1 . Comme p1 et p′j1 sont irréductibles, on a nécessairement
que uj1 ∈ A× . Comme A est intègre, on peut simplifier l’égalité (1.5) par p1 , et on a

up2 . . . pr = u′ uj1 p′1 . . . p′j1 −1 p′j1 +1 . . . p′s .

On répète l’argument avec p2 , qui est donc associé à un autre p′j2 , etc. Si jamais s > r, on termine
avec une relation de la forme Y
u = u′ uj1 uj2 . . . ujr p′j ,
1≤j≤s,
j̸=jℓ ,
1≤ℓ≤r

et le produit sur j n’est pas vide, précisément parce que s > r. Donc l’inversible u serait divisible
par au moins un p′j , qui est irréductible, ce qui est impossible. Donc s = r. L’application k 7→ jk
est donc bien une permutation d’ordre r, ce qui achève la démonstration. 2

Nous terminons ce chapitre par la notion d’anneau factoriel

Définition 1.113 Soit A un anneau commutatif intègre. On dit que A est factoriel s’il vérifie les
conclusions du thèorème 1.112, c’est-à-dire que tout élément de A est décomposable en produit d’élé-
ments irréductibles et d’un élement inversible, et que cette décomposition est unique à permutation
et association des facteurs près.
1.3. ARITHMÉTIQUE DANS LES ANNEAUX 25

Comme le montre le théorème 1.112, tout anneau principal est factoriel. En revanche, la réci-
proque est fausse. Par exemple, on a vu que Z[X] n’est pas principal, mais il est factoriel, comme
on le chapitre 2.
L’utilisation de cette propriété de décomposition permet en fait de démontrer que la plupart
des propriétés démontrées ci-dessus pour les anneaux principaux sont en fait vraies aussi pour des
anneaux factoriels :

Proposition 1.114 Soit A un anneau factoriel. Alors


1. ∀a ∈ A, si a est irréductible, alors (a) est premier.
2. A vérifie le lemme d’Euclide, c’est-à-dire que si a ∈ A est irréductible, et si a|bc, alors a|b ou
a|c.
3. A vérifie le lemme de Gauss, c’est-à-dire a, b, c sont des éléments non nuls de A, et si a et b
n’ont pas de facteurs irréductibles communs, a|bc implique a|c.

Démonstration. Soit donc A est factoriel, et a ∈ A irréductible. Supposons par l’absurde que (a)
n’est pas premier, donc que A/(a) n’est pas intègre. Donc il existe x et y dans A \ (a) tels que
xy ∈ (a). Donc a ne peut pas être présent dans la décomposition de x ni de y. Il n’est donc pas
présent non plus dans leur produit. Ce qui est contradictoire. Nous avons donc prouvé le premier
point. Le deuxième se démontre exactement de la même façon.
Démontrons maintenant le troisième point. Ecrivons pour cela les décompositions de a et b :

a = up1 . . . pr , b = vq1 . . . qs .

où u, v sont inversibles, les pi et qi irréductibles. Ainsi, a|bc s’écrit

vq1 . . . qs c = ay = up1 . . . pr y,

pour un certain y ∈ A. Comme aucun des pi n’est un qj , on en déduit que la décomposition de y


doit contenir au moins chaque qj . Comme A est intègre, on peut simplifier, et on a

vc = up1 . . . pr y ′ = ay ′ ,

pour un certain y ′ ∈ A. Ceci prouve que a divise c. 2


26 CHAPITRE 1. ANNEAUX
Chapitre 2

Anneaux de polynômes

2.1 Définitions et premières propriétés


Dans tout ce qui suit, A est un anneau unitaire. On suppose qu’il est commutatif, sauf mention
contraire.

Notation 2.1 Pour tout anneau commutatif unitaire, on note A× l’ensemble des éléments inver-
sibles de A.

Définition 2.2 Soit A un anneau commutatif unitaire. On appelle polynôme à une indéterminée
et à coefficients dans A toute suite P = (an )n∈N d’éléments de A tous nul à partir d’un certain
rang.

L’ensemble des polynômes est muni des opérations d’addition et de multiplication définies comme
suit : si P = (an )n∈N ∈ A[X], Q = (bn )n∈N ∈ A[X] et λ ∈ A, alors
• P + Q = (an + bn )n∈N ,
n
X
• P Q = (cn )n∈N , avec cn = ak bn−k ,
k=0
• λP = (λan )n∈N .

Proposition 2.3 Soit A un anneau commutatif unitaire, et soient P, Q ∈ A[X] et λ ∈ A. Alors


P + Q, P Q et λP définis ci-dessus sont des éléments de A[X].

Démonstration. Il est clair que P + Q, P Q et λP sont des suites d’éléments de A. Il nous faut
prouver que ces suites sont toutes nulles à partir d’un certain rang. On sait qu’il existe N ∈ N tel
que
∀n ≥ N, an = bn = 0,
ce qui implique en particulier que pour n ≥ N , an + bn = 0 et λan = 0. D’autre part, pour n ≥ 2N
on a
X n N
X −1 n
X Xn Xn
cn = ak bn−k = ak bn−k + ak bn−k = an−j bj + ak bn−k ,
k=0 k=0 k=N j=n−N +1 k=N

27
28 CHAPITRE 2. ANNEAUX DE POLYNÔMES

où on a, dans la première somme, fait le changement d’indice j = n − k. Ainsi, pour la première


somme, on a j ≥ n − N + 1 ≥ 2N − N + 1 = N + 1, donc bj = 0. Dans la deuxième somme, on a
k ≥ N , donc ak = 0. Ceci prouve que cn = 0 pour tout n ≥ 2N , donc que P Q ∈ A[X]. 2

Corollaire 2.4 Soit A un anneau commutatif unitaire. L’ensemble A[X] et un anneau commutatif
pour les lois d’addition et de multiplication définies ci-dessus. L’élément neutre pour l’addition est
la suite nulle, et l’élément neutre pour la multiplication est la suite (1, 0, . . . ).

Démonstration. La loi d’addition sur A[X] est commutative par définition, puisqu’elle l’est sur
A. Il est clair également que P + 0 = P , où on a noté 0 la suite nulle. Enfin, si P = (an )n∈N , alors
Q = (−an )n∈N vérifie P + Q = 0. Ainsi a[X], + est bien un groupe abélien.
La multiplication sur A[X] est commutative car, avec les notations ci-dessus, et en posant
j = n − k,
Xn Xn Xn
ak bn−k = an−j bj = bj an−j .
k=0 j=0 j=0

D’autre part, Si P = (an )n∈N , Q = (bn )n∈N et R = (cn )n∈N , on a que P (QR) = (dn )n∈N , avec
Ñ é
n
X n−k
X n n−k
X X
dn = ak bj cn−k−j = ak bj cn−k−j .
k=0 j=0 k=0 j=0

Et (P Q)R = (en )n∈N , avec


Ñ é
n
X Xk n X
X k n X
X n
en = aj bk−j cn−k = aj bk−j cn−k = aj bk−j cn−k ,
k=0 j=0 k=0 j=0 j=0 k=j

où on a interverti les deux sommes en k et j, en prenant en compte le fait que 0 ≤ j ≤ k ≤ n. On


pose maintenant ℓ = k − j, ce qui donne
n n−j
X X
en = aj bℓ cn−ℓ−j .
j=0 ℓ=0

On a donc bien dn = en , pour tout entier n. Ceci prouve que la multiplication est associative.
Pour démontrer que la multiplication est distributive par rapport à l’addition, on calcule, avec
les mêmes notations que ci-dessus, (P + Q)R = (αn )n∈N et P R + QR = (βn )n∈N :
n
X n
X n
X
αn = (ak + bk ) cn−k = ak cn−k + bk cn−k ,
k=0 k=0 k=0

et
n
X n
X
βn = ak cn−k + bk cn−k
k=0 k=0
2.1. DÉFINITIONS ET PREMIÈRES PROPRIÉTÉS 29

Enfin, T = (γn )n∈N = (1, 0, . . . ) est bien l’élément neutre pour la multiplication car
n
X
γk an−k = 1 × an + 0 × an−1 + · · · + 0 × a0 = an .
k=0

Ceci achève la démonstration. 2

Notation 2.5 Pour tout k ∈ N, on pose

X k = (0, . . . , 0, 1, 0, . . . ) , (2.1)

où le 1 est situé à la (k + 1)ème place. Pour k = 0, on note X 0 = 1. On vérifie alors facilement (le
faire en exercice) que X k X j = X k+j . Et on note
X
P = (an )n∈N = an X n , (2.2)
n∈N

où la somme est en fait finie par définition d’un polynôme.


X
Définition 2.6 Soit P = an X n un polynôme. On note
n∈N

deg(P ) = max {n ∈ N, an ̸= 0} . (2.3)

Notons que, par définition d’un polynôme, ce maximum existe toujours. Pour le cas particulier
du polynôme nul, par convention deg(0) = −∞.

Définition 2.7 Un polynôme P est dit unitaire si le coefficient de son terme de plus haut degré
(appelé coefficient dominant) est égal à 1.

Proposition 2.8 Soit A un anneau commutatif unitaire. On suppose de plus que A est intègre.
Alors pour tout couple (P, Q) ∈ A[X]2 , on a

deg(P Q) = deg(P ) + deg(Q). (2.4)

De plus, A[X] est intègre.

Démonstration. Si un des deux polynômes est nul, alors P Q = 0, et l’égalité devient −∞ = −∞,
ce qui est vrai. On suppose maintenant que ni P ni Q n’est le polynôme nul, et on définit n = deg(P ),
m = deg(Q). On a donc
X n Xm
P = ak X k , Q = bk X k ,
k=0 k=0

avec an ̸= 0 et bm ̸= 0. Dans ce cas, le terme de plus haut degré dans le produit P Q est an bm X n+m .
Comme A est intègre, an bm ̸= 0. Donc deg(P Q) = m + n.
Ceci implique en particulier que si ni P ni Q ne sont nuls, alors le degré du produit P Q est un
entier, donc ne vaut pas −∞, donc P Q ̸= 0. Autrement dit A[X] est intègre. 2
30 CHAPITRE 2. ANNEAUX DE POLYNÔMES

Remarque 2.9 Dans le cas où A n’est pas intègre, on a seulement l’inégalité

deg(P Q) ≤ deg(P ) + deg(Q)

La preuve de cette remarque suit exactement celle de la proposition 2.8, et elle est laissée en
exercice.
Proposition 2.10 Soit A un anneau commutatif unitaire et intègre. Les inversibles de A[X] sont
les polynômes de la forme P = a, où a ∈ A× .

Démonstration. Soit P un élément inversible de A[X]. Il existe donc Q ∈ A[X] tel que P Q = 1.
Donc, d’après la proposition 2.8, deg(P ) + deg(Q) = 0. Comme ni P ni Q ne peut être nul, les
degrés correspondants sont des entiers naturels. Ainsi, deg(P ) = deg(Q) = 0. Donc P est de la
forme P = a, avec a ∈ A, et Q de la forme Q = b, avec b ∈ A. De plus, ab = 1, donc a est inversible
dans A. 2

Exercice 2.1 Démontrer que ce résultat n’est plus vrai si A n’est pas intègre.

Remarque 2.11 Le procédé ci-dessus permet, à partir de l’anneau A, de définir l’anneau des po-
lynômes A[X]. On peut l’appliquer à A[X]. On obtient alors l’anneau des polynômes à deux indé-
terminées, noté A[X, Y ], ou A[X1 , X2 ]. Et en itérant ce procédé, on obtient l’anneau des polynômes
à n indéterminées, noté A[X1 , . . . , Xn ].

2.2 Division euclidienne


Définition 2.12 Soient P et Q deux éléments de A[x]. On dit que P divise Q, et on note P |Q,
s’il existe R ∈ A[X] tel que Q = P R.

Exemple 2.13 Dans Z[X], le polynôme X − 1 divise X n − 1, pour tout n ∈ N∗ . En effet,

X n − 1 = (X − 1) 1 + X + X 2 + · · · + X n−1 .


Proposition 2.14 Soit A un anneau commutatif intègre, et soient P, Q, R, S des éléments de A[X].
Alors :
1. Si P |Q et Q|R, alors P |R.
2. Si P |Q et P |R, alors P |(Q + R).
3. Si P |Q et Q ̸= 0, alors deg(P ) ≤ deg(Q).
4. Si P |Q et R|S, alors P R|QS.
5. Si P |Q, alors pour tout n ∈ N∗ , P n |Qn .
6. Si P |Q et Q|P , alors il existe a ∈ A× tel que P = aQ.

Démonstration. Les 5 premiers points sont des conséquences directes de la définition 2.12, leur
preuve est laissée en exercice. Pour le point 6, on sait que P = QR pour un certain R ∈ A[X], et
Q = P S, avec S ∈ A[X]. On en déduit que

Q = P S = QRS.
2.2. DIVISION EUCLIDIENNE 31

On sait que A est intègre, par hypothèse, donc A[X] l’est aussi d’après la proposition 2.8, donc
RS = 1. Or les inversibles de A[X] sont les éléments de A× , d’après la proposition 2.10. Autrement
dit il existe a ∈ A× tel que R = a. 2

Théorème 2.15 (Division euclidienne des polynômes) Soit A un anneau commutatif uni-
taire. Soient P et S deux éléments de A[X], tels que le coefficient dominant de S est inversible
dans A. Alors il existe Q et R dans A[X] tels que

P = QS + R, (2.5)

avec deg(R) < deg(S). Si de plus A est intègre, alors le couple (Q, R) vérifiant ces deux propriétés
est unique.

Démonstration. Commençons par prouver l’existence du couple (Q, R). Tout d’abord, si deg(P ) <
deg(S), alors Q = 0 et R = P conviennent. On peut donc supposer, pour la suite, que deg(P ) ≥
deg(S).
On procède par récurrence sur le degré de P . Si P est nul, il est clair que le couple Q = 0,
R = 0 convient. Si maintenant deg(P ) = 0, alors nécessairement deg(S) ≤ 0, donc P et S sont des
polynômes constants : P = a, S = b, avec a ∈ A et b ∈ A× , par hypothèse. Il suffit donc de prendre
Q = ab−1 , R = 0.
Supposons maintenant que le résultat est vrai pour tout couple de polynômes (P, S) tels que
deg(P ) ≤ n. On prend un couple (P, S) tels que n + 1 = deg(P ) ≥ deg(S). Alors
P = an+1 X n+1 + · · · + a0 , S = bm X m + · · · + b0 ,
avec m ≤ n + 1 et bm ∈ A× . On pose alors
R1 = P − b−1
m an+1 X
n+1−m
S.
Alors deg(R1 ) ≤ n, puisque le coefficient de degré n + 1 s’annule, par construction.
Si deg(R1 ) < deg(S), la preuve est terminée car on peut alors écrire
P = b−1
m an+1 X
n+1−m
S + R1 ,
avec deg(R1 ) < deg(S).
On suppose donc que deg(R1 ) ≥ deg(S). Alors on peut appliquer l’hypothèse de récurrence : il
existe Q2 et R2 tels que R1 = Q2 S + R2 , et deg(R2 ) < deg(S). Ainsi,
P = b−1 n+1−m
S + Q2 S + R2 = b−1 n+1−m

m an+1 X m an+1 X + Q2 S + R2 ,
avec deg(R2 ) < deg(S). La propriété est donc bien vraie au rang n + 1, ce qui achève la récurrence.
On suppose maintenant que A est intègre, donc A[X] l’est également. S’il existe deux couples
(Q1 , R1 ) et (Q2 , R2 ) solution, alors on a P = Q1 S + R1 = Q2 S + R2 , donc
S(Q2 − Q1 ) = R1 − R2
Ainsi, deg(S) + deg(Q2 − Q1 ) = deg(R1 − R2 ) < deg(S). Comme S n’est pas nul, puisque son
coefficient dominant est inversible, on a deg(S) ∈ N, donc l’inégalité devient deg(Q2 − Q1 ) < 0.
Ceci n’est possible que si deg(Q2 − Q1 ) = −∞, autrement dit si Q1 = Q2 . En revenant à l’égalité
S(Q2 − Q1 ) = R1 − R2 , on en déduit que R1 = R2 , ce qui prouve l’unicité. 2
32 CHAPITRE 2. ANNEAUX DE POLYNÔMES

Définition 2.16 Si A est un anneau commutatif unitaire et intègre, alors les polynômes Q et
R définis par le théorème 2.15 s’appellent, respectivement, le quotient et le reste de la division
euclidienne de P par S.

Remarque 2.17 Si A est un corps, alors le coefficient dominant de S est toujours inversible.
Autrement dit on peut diviser un polynôme P par n’importe quel polynôme non nul S tel que
deg(S) ≤ deg(P ).

Bien sûr, cette remarque est fausse pour un anneau A quelconque. Par exemple, X et 2X sont des
éléments de R[X] et on peut donc diviser le premier par le deuxième, pour obtenir 21 (et un reste
nul). Cependant, si on les considère comme des éléments de Z[X], alors cette division n’est plus
possible. En effet, si elle l’était, elle serait valable en tant que division sur R[X], donc par unicité
serait égale à Q = 12 et R = 0. Ce qui n’est pas possible puisque 12 ̸∈ Z[X].

On rappelle qu’un anneau commutatif intègre est dit principal si tous ses idéaux sont principaux,
et qu’un idéal I de A est principal s’il est de la forme I = aA, pour un certain a ∈ A. De plus, si
K est un corps, l’anneau K[X] est principal d’après le corollaire 1.59.

Remarque 2.18 Dans le preuve ci-dessus, on peut imposer que P est unitaire. Dans ce cas, il est
unique. Autrement dit, pour tout idéal I de K[X] non réduit à {0}, il existe un unique P unitaire
tel que I = (P ).

Démonstration. On sait qu’un polynôme P existe tel que I = (P ), d’après le théorème 1.59. P est
non nul car I ̸= {0}. S’il n’est pas unitaire, on note n sont degré et an son coefficient dominant, qui
est donc non nul. Alors a−1n P = Q vérifie également I = (Q) et est unitaire. Ceci prouve l’existence.
Pour l’unicité, on suppose qu’il existe deux polynômes unitaires P et Q tels que I = (P ) = (Q).
Alors P = QR et Q = P S, pour un couple (R, S) ∈ K[X]2 . Ainsi, P = P RS, donc, puisque K[X]
est intègre (d’après la proposition 2.8), et que P ̸= 0, on a donc RS = 1. Donc R et S sont des
polynômes constants. Donc P = aQ pour un certain a ∈ K. Ils sont donc de même degré. Et comme
ils sont tous les deux unitaires, on a donc a = 1, donc P = Q. 2

Remarque 2.19 La réciproque du théorème 1.59 est aussi vraie, au sens où si un anneau commu-
tatif unitaire A vérifie que A[X] est principal, lors A est un corps. En effet, si tel est le cas, alors
A est intègre. Si maintenant a ∈ A, a ̸= 0, alors (a, X) est principal, donc (a, X) = (P ), pour
un certain P ∈ A[X]. Donc a = P Q et X = P R, pour deux polynômes R et S. En particulier,
deg(P ) + deg(Q) = 0, donc P et Q sont des polynômes constants. D’où P = b ∈ A, b ̸= 0. De
même, 1 = deg(P ) + deg(R) donc R est de degré un. D’où R = α + βX, avec α, β ∈ A. Donc
X = bα + bβX. Ceci implique que bα = 0, donc α = 0, et bβ = 1. Donc b est inversible. Ceci
implique que (a, X) = (b) = A[X]. Donc a est inversible.

Exercice 2.2 Dans Z[X], on considère l’idéal (2, X), engendré par les polynômes 2 et X. Démon-
trer que
(2, X) = {P ∈ Z[X], P = a0 + · · · + an X n , a0 ∈ 2Z} .
En déduire que l’idéal (2, X) n’est pas principal.
2.3. PLUS GRAND COMMUN DIVISEUR 33

2.3 Plus grand commun diviseur


Définition 2.20 Soit A un anneau commutatif unitaire. Un polynôme non nul P ∈ A[X] est dit
irréductible s’il n’est pas inversible et si pour tous Q, R ∈ A[X], l’égalité P = QR implique que Q
ou R est inversible.

Définition 2.21 Soit K un corps. Un polynôme P ∈ K[X] est dit réductible s’il n’est pas inversible
et pas irréductible.

Exemple 2.22 Le polynôme P = 3 est inversible dans Q[X]. Il n’est donc pas irréductible. En
revanche, il est irréductible dans Z[X].
Le polynôme P = X 2 + 1 est irréductible dans R[X], mais il est réductible dans C[X], puisque
1
X + 1 = (X − i)(X + i).

Définition 2.23 (Plus grand commun diviseur) Soit K un corps, et soient P1 , . . . Pn des élé-
ments de K[X]. Puisque K[X] est principal, l’idéal
( n )
X
(P1 ) + · · · + (Pn ) = Ai Pi , Ai ∈ K[X] (2.6)
i=1

est engendré par un unique polynôme unitaire P . Ce polynôme est appelé le plus grand commun
diviseur (PGCD) des polynômes Pi , et on le note

P = pgcd(P1 , . . . , Pn ). (2.7)

Notons que l’unicité de P dans la définition 2.23 est assurée par la remarque 2.18.

Définition 2.24 (Plus petit commun multiple) Soit K un corps, et soient P1 , . . . Pn des élé-
ments de K[X]. Puisque K[X] est principal, l’idéal

(P1 ) ∩ · · · ∩ (Pn ) (2.8)

est engendré par un unique polynôme unitaire Q. Ce polynôme est appelé le plus petit commun
diviseur (PPCM) des polynômes Pi , et on le note

P = ppcm(P1 , . . . , Pn ). (2.9)

Ici aussi, l’unicité de Q dans la définition 2.23 est assurée par la remarque 2.18.

Proposition 2.25 Soit K un corps, et soient P, Q ∈ K[X]. Alors


1. Le polynôme pgcd(P, Q) divise à la fois P et Q.
2. Il existe un couple de polynôme (U, V ) tel que P U + QV = pgcd(P, Q).
3. Si D divise P et Q, alors il divise pgcd(P, Q).

Démonstration.
1. L’idéal I = (P ) + (Q) est engendré par pgcd(P, Q). Or P ∈ I et Q ∈ I. Donc pgcd(P, Q)
divise ces deux polynômes.
34 CHAPITRE 2. ANNEAUX DE POLYNÔMES

(U, V ) ∈ K[X]2 . Comme



2. Toujours en notant I = (P ) + (Q), on sait que I = U P + QV,
pgcd(P, Q) ∈ I, on obtient le résultat.
3. Si D est diviseur de P et Q, commme pgcd(P, Q) = P U + QV , avec (U, V ) ∈ K[X]2 , D divise
pgcd(P, Q).
2

Définition 2.26 Soit K un corps, et (P, Q) ∈ K[X]. On dit que P et Q sont premiers entre eux si
pgcd(P, Q) = 1.

D’après cette définition et la proposition 2.25, dire que P et Q sont premiers entre eux signifient
que les seuls polynômes qui divisent à la fois P et Q sont les polynômes constantes (non nuls).
On rappelle que deux éléments a et b d’un anneau sont associés s’il existe u ∈ A× tel que a = bu.

Proposition 2.27 Soit K un corps. Si P et Q sont deux polynômes irréductibles de K[X] qui ne
sont pas associés, alors P et Q sont premiers entre eux.

Démonstration. Supposons que P et Q ne soient pas premiers entre eux. Alors le polynôme
D = pgcd(P, Q) n’est pas un polynôme constant : deg(D) ≥ 1. En particulier, D divise P et
Q. Comme P et Q sont irréductibles, cela signifie que D = aP = bQ, avec (a, b) ∈ K2 . Donc
deg(D) = deg(P ) = deg(Q), et comme P et Q sont unitaires, a = b. Ce qui implique P = Q, et qui
contredit l’hypothèse P ̸= Q. 2

Exemple 2.28 Soient λ ̸= µ ∈ K. Alors les polynômes X − λ et X − µ sont premiers entre eux.

Algorithme d’Euclide pour trouver le PGCD L’algorithme d’Euclide pour calculer le PGCD
de deux polynômes A et B peut s’écrire comme suit : on suppose (quitte à échanger A et B) que
deg(B) ≤ deg(A), puis on effectue les divisions euclidiennes suivantes :

A = BQ1 + R1 , où deg(R1 ) < deg(B),


B = R1 Q2 + R2 , où deg(R2 ) < deg(R1 ),
R1 = R2 Q3 + R3 , où deg(R3 ) < deg(R2 ),
..
.
Rk−2 = Rk−1 Qk + Rk , où deg(Rk ) < deg(Rk−1 ),
Rk−1 = Rk Qk+1 + 0.

Le degré du reste Rk diminue strictement à chaque étape, et l’algorithme s’arrête lorsque Rk+1 = 0.
On a alors pgcd(A, B) = Rk , que l’on divise éventuellement par son coefficient dominant pour le
rendre unitaire. On prouve facilement par récurrence que chaque Rk divise A et B. De plus,

Théorème 2.29 (Théorème de Bézout) Soit K un corps. Soient P et Q deux éléments non
nuls de K[X]. Alors P et Q sont premiers entre eux si et seulement s’il existe (U, V ) ∈ K[X]2 tels
que
P U + QV = 1.
2.4. DÉCOMPOSITION EN FACTEURS IRRÉDUCTIBLES 35

Démonstration. Si P et Q sont premiers entre eux, alors pgcd(P, Q) = 1, donc, d’après la propo-
sition 2.25, il existe U et V tels que 1 = P U + QV . Réciproquement, si de tels polynômes existent,
alors (P ) + (Q) contient le polynôme 1, donc (P ) + (Q) = K[X], ce qui signifie que pgcd(P, Q) = 1.
2

Le théorème de Bézout a les conséquences suivantes :

Proposition 2.30 (Lemme de Gauss) Soit K un corps, et soient A, B, C trois éléments non
nuls de K[X], tels que pgcd(A, B) = 1. Si A|BC, alors A|C.

Proposition 2.31 (Lemme d’Euclide) Soit K un corps, et soient A, B, C trois éléments non
nuls de K[X]. Si A est irréductible et si A|BC, alors A|B ou A|C.

Démonstration de la proposition 2.30. Comme A|BC, il existe P ∈ K[X] tel que BC = AP .


De plus, A et B étant premiers entre eux, il existe deux polynômes U et V tels que 1 = AU + BV .
On a BV C = AP V , donc

AP V = (1 − AU )C, d’où A(P V + U C) = C,

ce qui implique que A divise C. 2

Démonstration de la proposition 2.31. Si A divise B, la preuve est finie. Si A ne divise pas


B, alors en notant D = pgcd(A, B), on a A = DP , pour un certain polynôme P . Comme A est
irréductible, ceci n’est possible que si D ou P est constant. Si P est constant, alors A divise D qui
divise B, ce qui est exclu. Donc D est constant, autrement dit A et B sont premiers entre eux.
Donc on peut appliquer la proposition 2.30, qui implique que A divise C. 2

Exercice 2.3 On a déjà vu que si λ ̸= µ ∈ K, alors les polynômes X − λ et X − µ sont premiers


entre eux. Démontrer que, pour tout couple d’entiers (n, m) ∈ N∗ × N∗ , (X − λ)n est premier avec
(X − µ)m .

2.4 Décomposition en facteurs irréductibles


Théorème 2.32 (Factorisation des polynômes) Soit K un corps, et soit P ∈ K[X] un poly-
nôme non nul. Alors P se décompose de manière unique sous la forme

P = αP1α1 P2α2 . . . Pm
αm
, (2.10)

où αi ∈ N∗ , les Pi sont des polynômes distincts, unitaires et irréductibles dans K[X] et α ∈ K∗ est
le coefficient dominant de P .

Démonstration. Le coefficient dominant de P est non nul, on peut toujours le factoriser et se


ramener au cas où P est unitaire, ce que nous supposons dans la suite.
On procède par récurrence sur le degré d de P . Si d = 0, alors P = 1 et le résultat est clair. On
suppose maintenant le résultat vrai pour tout polynôme de degré ≤ d, et que P est de degré d + 1.
Si P est irréductible la preuve est finie. Sinon, il existe Q et R tels que P = QR, avec deg(Q) ≥ 1 et
36 CHAPITRE 2. ANNEAUX DE POLYNÔMES

deg(R) ≥ 1. Donc comme deg(P ) = deg(Q) + deg(R) (voir la proposition 2.8), on a nécessairement
deg(Q) ≤ d et deg(R) ≤ d. On peut donc leur appliquer l’hypothèse de récurrence. Ceci prouve la
décomposition pour P .
Il reste à démontrer que cette décomposition est unique. Toujours avec P unitaire, on suppose
donc que
P = P1α1 . . . Pm
αm
= Qβ1 1 . . . Qβnn .

Pour tout i ∈ {1, . . . , m}, Pi |Qβ1 1 . . . Qβnn . Comme Pi est irréductible, ceci implique Pi |Qj pour un
certain j ∈ {1, . . . , n}. Comme Pi et Qj sont irréductibles et unitaires, on a donc Pi = Qj . Ceci
permet de définir une application ϕ de {1, . . . , m} dans {1, . . . , n} telle que Pi = Qϕ(i) . Comme les Qj
sont distincts, cette application est injective. Par symétrie, on peut construire une application ψ de
{1, . . . , n} dans {1, . . . , m} qui est elle aussi injective. Donc n = m et {P1 , . . . , Pm } = {Q1 , . . . , Qm }.
Quitte à réordonner les Qi , on peut supposer Qi = Pi . On a donc

P = P1α1 . . . Pm
αm
= P1β1 . . . Pm
βm
.

β
Pour i ̸= j, on a que pgcd(Piαi , Pj j ) = 1, donc d’après le lemme de Gauss Piαi |Piβi . Ceci implique,
puisque Pi est irréductible, que αi ≤ βi . Le raisonnement est valable en échangeant les rôles de αi
et βi , et il donne βi ≤ αi , donc αi = βi . 2

Proposition 2.33 Soit K un corps, et soient P, Q deux éléments non nuls de K[X]. On suppose
que P se décompose sous la forme

P = αP1α1 P2α2 . . . Pm
αm
,

Alors Q|P si et seulement si Q = βP1β1 P2β2 . . . Pm


βm
, avec β ∈ K∗ et βi ≤ αi , pour tout i ∈
{1, . . . , m}.

Démonstration. Si Q = βP1β1 P2β2 . . . Pm


βm
, avec βi ≤ αi , pour tout i ∈ {1, . . . , m}, alors il est clair
que Q divise P .
Réciproquement, si Q|P , alors P = QR, pour un certain R ∈ K[X]. Les facteurs irréductibles
de Q et R sont donc des diviseurs de P , donc sont les Pi . Ainsi,

Q = βP1β1 P2β2 . . . Pm
βm
, R = γP1γ1 P2γ2 . . . Pm
γm
,

2
où βi , γi ≥ 0, et (β, γ) ∈ (K∗ ) . Ceci implique donc que

P = βγP1β1 +γ1 P2β2 +γ2 . . . Pm


βm +γm
.

Par unicité de la décomposition en facteurs premiers, on a donc α = βγ, et αi = βi + γi pour tout


i. Ainsi, βi ≤ αi . 2
2.5. FONCTIONS POLYNOMIALES 37

2.5 Fonctions polynomiales


n
X
Définition 2.34 Soit K un corps, et soit P = aj X j ∈ K[X]. On appelle fonction polynomiale
j=0
associée à P l’application fP : A −→ A définie par
n
X
∀x ∈ A, fP (x) = a j xj . (2.11)
j=0

La fonction polynomiale fP ne doit pas être confondue avec le polynôme P lui-même. Par
exemple, il se peut que cette fonction soit nulle sans que P ne le soit. En effet, si K = Z/3Z, le
polynôme P = X 3 − X n’est pas nul. Cependant, nous avons
3 3
fP (0) = 0, fP (1) = 1 − 1 = 0, fP (2) = 2 − 2 = 8 − 2 = 2 − 2 = 0.

Néanmoins, par abus de langage, on notera souvent P la fonction fP , en particulier quand le


corps de base sera R ou C.

Proposition 2.35 L’application de K[X] dans l’ensemble des applications de K dans lui-même qui
à P associe fP est un morphisme d’anneaux.

Démonstration. Il nous faut démontrer que fP +λQ = fP + λfQ , pour tout (P, Q) ∈ K[X]2 et tout
λ ∈ K, et que fP Q = fP fQ . Pour cela, on suppose que
n
X m
X
j
P = aj X , Q= bj X j ,
j=0 j=0

avec aj , bj ∈ K. Ainsi,
max(n,m)
X
P + λQ = (aj + λbj ) X j ,
j=0

avec la convention que si j ≥ m + 1 bj = 0 et si j ≥ n + 1, aj = 0. Donc, pour tout x ∈ K,

max(n,m)
X
fP +λQ (x) = (aj + λbj ) xj .
j=0

Par ailleurs,
max(n,m) max(n,m) max(n,m)
X X X
fP (x) + λfQ (x) = aj xj + λ bj x j = (aj + λbj ) xj ,
j=0 j=0 j=0

toujours avec la convention que si j ≥ m + 1 bj = 0 et si j ≥ n + 1, aj = 0. Ceci prouve que


fP +λQ = fP + λfQ . La preuve que fP Q = fP fQ se fait exactement de la même façon. 2
38 CHAPITRE 2. ANNEAUX DE POLYNÔMES

Définition 2.36 Soit K un corps, et soit P ∈ K[X]. On dit que a ∈ K est racine de P si fP (a) = 0.

Proposition 2.37 Soit K un corps, et soit P ∈ K[X]. L’élément a ∈ K est racine de P si et


seulement si (X − a) divise P .

Démonstration. Supposons tout d’abord que (X − a)|P . Alors P = (X − a)Q, pour un certain
Q ∈ K[X]. Donc
fP (a) = (a − a)fQ (a) = 0.
Réciproquement, si fP (a) = 0, alors la division euclidienne de P par X − a donne que

P = (X − a)Q + R, deg(R) < 1.

Donc R est un polynôme constant : R = b ∈ K. Ainsi,

fP (a) = (a − a)fQ (a) + b = b.

Donc b = 0, puisque a est racine de P . Donc P = (X − a)Q. 2

Définition 2.38 Soit K un corps, et soit P ∈ K[X]. On suppose que a ∈ K est racine de P . On
dit que a est de multiplicité k ∈ N∗ si (X − a)k divise P et que (X − a)k+1 ne divise pas P .

Autrement dit, a est une racine de multiplicité k si et seulement si

P = (X − a)k Q, fQ (a) ̸= 0.

Définition 2.39 Soit A un anneau commutatif unitaire, et soit P ∈ A[X]. On suppose que P =
Xn
ai X i . On appelle polynôme dérivé de P le polynôme P ′ égal à
i=0

n
X
P′ = iai X i−1 . (2.12)
i=1

′
On définit en itérant cette opération les dérivées successives de P : P (k+1) = P (k) , pour tout
entier k.

Notons qu’une preuve simple permet de démontrer que pour tout couple de polynômes (P, Q),
(P Q)′ = P ′ Q+P Q′ , et que deg(P ′ ) = deg(P )−1, sauf si P est constant, auquel cas deg(P ′ ) = −∞.

Proposition 2.40 Soit P ∈ K[X], avec K = R ou C. Les trois propriétés suivantes sont équiva-
lentes :
1. a est racine de P de multiplicité k ;
2. P = (X − a)k Q, où Q est un polynôme tel que Q(a) ̸= 0 ;
3. P (j) (a) = 0 pour tout j ∈ {0, . . . , k − 1}, et P (k) (a) ̸= 0.
2.5. FONCTIONS POLYNOMIALES 39

Démonstration. On a déjà vu que le point 1 est équivalent au point 2.


Montrons maintenant que 2 implique 3, par récurrence sur k. Pour k = 1, on a P = (X − a)Q,
donc P ′ = Q + (X − a)Q′ , donc P ′ (a) = Q(a) ̸= 0. Si de plus 2 implique 3 pour k, et que
P = (X − a)k+1 Q, alors P ′ = (X − a)k ((k + 1)Q + (X − a)Q′ ), donc on peut appliquer l’hypothèse
de récurrence à P ′ , ce qui permet de prouver 3 pour k + 1.
Si maintenant 3 est vrai, on constate d’abord que, puisque deg(P ′ ) = deg(P ) − 1, deg(P (k) ) =
deg(P ) − k, puisque P (k) n’est pas nul. Donc deg(P ) ≥ k. Donc on peut effectuer la division
euclidienne de P par (X − a)k , ce qui donne

P = (X − a)k Q + R, deg(R) < k.

En particulier, R(a) = 0, et en calculant les dérivées successives de P , on a que R(j) (a) = 0 pour
tout j ∈ {0, . . . , k − 1}. Ainsi, R(k−1) est de degré au plus 0 et s’annule en a, donc R(k−1) = 0. De
même, R(k−2) = 0, et ainsi de suite. On obtient ainsi que R = 0, et on obtient 2. 2

Théorème 2.41 Soit K un corps, et soient α1 , . . . αr des racines deux à deux distinctes de P . On
suppose que αi est de multiplicité ki ∈ N∗ , pour tout i. Alors il existe Q ∈ K[X] tel que
k1 kr
P = (X − α1 ) . . . (X − αr ) Q, Q(αi ) ̸= 0, ∀i ∈ {1, . . . , r}. (2.13)

En particulier, deg(P ) ≥ k1 + · · · + kr .

Démonstration. Comme α1 est racine de P de multiplicité k1 , on sait d’après la proposition 2.40


que
P = (X − α1 )k1 Q1 , Q1 (α1 ) ̸= 0.
De plus, (X − α2 )k2 divise P , et est premier avec (X − α1 )k1 , d’après l’exercice 2.3. Donc, d’après
le lemme de Gauss (lemme 2.30), (X − α2 )k2 divise Q1 . En poursuivant ce raisonnement, on ob-
tient (2.13). De plus, ceci implique, grâce à la proposition 2.8, que deg(P ) = k1 + · · · + kr + deg(Q),
d’où, puisque Q ̸= 0 (rappelons que Q(αi ) ̸= 0), deg(P ) ≥ k1 + · · · + kr . 2

Remarque 2.42 On déduit du théorème 2.41 qu’un polynôme P ∈ K[X] de degré n admet au plus
n racines.
Notons cependant que cette remarque n’est pas valable sur un anneau quelconque. Par exemple,
dans Z/8Z, le polynôme P = 4X vérifie P (0) = 0 et P (2) = 8 = 0.

Corollaire 2.43 Soit K un corps infini. Alors l’homomorphisme d’anneaux de K[X] dans l’an-
neau des fonctions de K dans K qui à P associe fP est injectif. On appelle anneau des fonctions
polynomiales de K dans K l’image de cet homomorphisme.

Démonstration. Soit P ∈ K[X] tel que fP = 0. Soit n = deg(P ). Comme K est infini, on peut
trouver n + 1 éléments distincts α1 , . . . , αn+1 de K. Tous ces éléments sont racines de P . Ceci
implique donc, d’après la remarque 2.42, que deg(P ) ≥ n. Ceci est contradictoire. 2

Y Notons que ce résultat est faux pour un corps fini. En effet, si K est fini, le polynôme P =
(X − α) est non nul (il est unitaire), mais vérifie fP (α) = 0 pour tout α ∈ K.
α∈K
40 CHAPITRE 2. ANNEAUX DE POLYNÔMES

2.6 Irréductibles de R[X] et C[X]


Théorème 2.44 (Théorème de d’Alembert) Un polynôme non constant de C[X] possède au
moins une racine. En particulier, les polynômes irréductibles de C[X] sont exactement les polynômes
de degré 1.
n
X
Démonstration. Soit P = ai X i un polynôme à coefficients complexes de degré n ≥ 1 (donc
i=0
an ̸= 0). On a
n
X an−1 a0
∀z ∈ C∗ , |P (z)| = ai z i = |an | |z|n 1 + + ··· +
i=0
an z an z n

On en déduit que lim |P (z)| = +∞. Donc il existe R > 0 tel que
|z|→∞

∀z ∈ C tel que |z| > R, |P (z)| > |P (0)|.

L’application z 7→ |P (z)| est continue, et l’ensemble K = {z ∈ C, |z| ≤ R} est compact, donc le


minimum de cette fonction est atteint sur K. Autrement dit il existe z0 ∈ C tel que

|z0 | ≤ R et ∀z ∈ K, |P (z)| ≥ |P (z0 )|.

Puisque 0 ∈ K, on a |P (0)| ≥ |P (z0 )|. Ainsi,

∀z ∈ C, |P (z)| ≥ |P (z0 )|. (2.14)

Supposons maintenant que P n’a pas de racine. Nous avons donc |P (z0 )| > 0. Soit Q le polynôme
défini par Q(z) = P (z + z0 ). On note bi ses coefficients :
n
X
Q(z) = P (z + z0 ) = bi z i .
i=0

On sait que bn = an ̸= 0, et b0 = P (z0 ) ̸= 0. On définit alors

k = min {i ∈ {1, . . . , n}, bi ̸= 0} .

Soit ω ∈ C tel que ω k = − bbk0 . On a alors, pour tout t ∈ R,


n
X i
bi (ωt) = b0 1 − tk + o(tk ) ,

P (z0 + ωt) = b0 + quand t → 0.
i=k

Ainsi, pour t > 0 suffisamment proche de 0, on a


Å ã
1 k
|P (z0 + ωt)| ≤ |b0 | 1 − t < |b0 |.
2
Ceci est contradictoire avec (2.14). Nous concluons donc que P a au moins une racine. 2

Un corollaire immédiat du théorème 2.44 est le résultat suivant :


2.6. IRRÉDUCTIBLES DE R[X] ET C[X] 41

Corollaire 2.45 Tout polynôme de C[X] est scindé, c’est-à-dire qu’il s’écrit comme produit de
polynômes de degré 1.

Le théorème 2.44 permet de démontrer le résultat suivant :

Proposition 2.46 Les polynômes irréductibles de R[X] sont ceux de degré 1 et ceux de degré 2
dont le discriminant est strictement négatif.

Démonstration. Remarquons tout d’abord que tout polynôme de degré 1 est irréductible. Pour
un polynôme de degré 2, si son discriminant est strictement négatif, il n’a pas de racine réelle.
S’il était réductible, il serait divisible par un polynôme de degré 1, qui lui a une racine, ce qui est
impossible. Donc ce polynôme est bien irréductible.
Etudions maintenant la réciproque. Soit P un polynôme unitaire à coefficients réels, de degré
supérieur ou égal à 2. On peut considérer P comme un élément de C[X]. Pour tout α ∈ C, P (α) =
P (α). Donc si α est racine de P , son conjugué α est également racine de P . D’après le théorème de
d’Alembert, ce polynôme est scindé, donc s’écrit

k
Y r
Y
P = (X − αi ) (X − αi ) (X − βi ),
i=1 i=1

où les αi sont des complexes non réels, et les βi des réels. Ceci s’écrit également

k
Y r
Y
P = X 2 − 2 Re(αi )X + |αi |2 (X − βi ) (2.15)
i=0 i=1

Le discriminant du polynôme X 2 −2 Re(αi )X+|αi |2 s’écrit ∆ = 4 Re(αi )2 −4|αi |2 = −4 Im(αi )2 < 0.


La formule (2.15) donne donc une décomposition de P en facteurs irréductibles. 2

Remarque 2.47 Pour démontrer qu’un polynôme P est irréductible sur R[X], il ne suffit pas de
démontrer qu’il ne possède pas de racine. Par exemple, P = (X 2 + 1)2 n’a pas de racine mais est
réductible. En revanche, cette propriété est vraie pour un polynôme de degré 2, comme on l’a vu
ci-dessus.

On peut même facilement démontrer le résultat suivant :

Proposition 2.48 Soit K un corps. Soit P un polynôme de degré 2 et 3. Si P n’a pas de racine,
alors il est irréductible.

Démonstration. Supposons que P est réductible. Alors il existe Q et R des polynômes de degré
au moins 1 tels que P = QR. Donc deg(P ) = deg(Q) + deg(R). Ainsi, 2 ≤ deg(Q) + deg(R) ≤ 3.
En particulier, l’un au moins de ces polynômes est de degré 1. Il admet donc une racine, qu’on note
a ∈ K. Comme P = QR, a est aussi racine de P , ce qui est contradictoire. 2
42 CHAPITRE 2. ANNEAUX DE POLYNÔMES

2.7 Critères d’irréductibilité


Soit A un anneau commutatif intègre. Sur l’ensemble A × (A \ {0}), on définit la relation d’équi-
valence
(a, b) ∼ (c, d) ⇐⇒ ad = bc. (2.16)
a
La classe d’équivalence qui contient l’élément (a, b) sera notée .
b
Proposition 2.49 L’ensemble (A × (A \ {0})) / ∼ est noté Frac(A). On définit les lois d’addition
et de multiplication suivantes :
a c ad + bc a c ac
+ = , × = .
b d bd b d bd
Muni de ces lois, Frac(A) est un corps appelé corps des fractions de A.
De plus, l’application
i : A −→ Frac(A)
a 7−→ 1aA
est un morphisme d’anneaux injectif. L’anneau A peut donc être identifié comme un sous-anneau
de Frac(A).

Démonstration. Commençons par montrer que les lois sont bien définies sur Frac(A). Pour cela,
on fixe (a, b) ∈ A×(A \ {0}), (a′ , b′ ) ∈ A×(A \ {0}), (c, d) ∈ A×(A \ {0}) et (c′ , d′ ) ∈ A×(A \ {0}),
et on suppose
a a′ c c′
= ′, = ′,
b b d d
a c a′ c′ a c a′ c′
c’est-à-dire ab′ = a′ b et cd′ = c′ d. Nous devons établir que + = ′ + ′ et que × = ′ × ′ .
b d b d b d b d
D’après la définition des lois d’addition et de multiplication, ceci équivaut à

(ad + bc)b′ d′ = (a′ d′ + b′ c′ )bd et acb′ d′ = a′ c′ bd.

La deuxième égalité est obtenue en multipliant ab′ = a′ b par cd′ = c′ d. Pour la première, on la
réécrit
adb′ d′ + bcb′ d′ = a′ d′ bd + b′ c′ bd,
qui est vraie car d’une part adb′ d′ = ab′ dd′ = a′ bdd′ = a′ d′ bd, et d’autre part bcb′ d′ = bb′ cd′ =
bb′ c′ d = b′ cbd.
On vérifie facilement que ces lois font de Frac(A) un anneau, avec
0A 1A
0Frac(A) = , 1Frac(A) = .
1A 1A

Enfin, pour tout ab ∈ Frac(A), l’élément −a a a −a


b = −b vérifie bien b + b = 0Frac A . De plus, si
a b a b

b ∈ Frac(A) \ 0Frac(A) , a ∈ Frac(A) vérifie b a = 1Frac(A) . Ceci fait bien de Frac(A) un corps.
Enfin, l’application i définie ci-dessus est bien un morphisme :
1A 0A
i(1A ) = = 1Frac(A) , i(0A ) = = 0Frac(A) ,
1A 1A
2.7. CRITÈRES D’IRRÉDUCTIBILITÉ 43

et
a+b a b ab a b
i(a + b) = = + , i(ab) = = × .
1A 1A 1A 1A 1A 1A
Et ce morphime est injectif car

a b
i(a) = i(b) ⇐⇒ = ⇐⇒ a1A = b1A ⇐⇒ a = b.
1A 1A
2

On rappelle, pour énoncer le résultat suivant, que si A est un anneau, I un idéal de A, alors
A/I est un anneau, et que l’application

φ : A −→ A/I
a 7−→ a,

où a désigne la classe d’équivalence de de a dans A/I, est un morphisme d’anneaux appelé mor-
phisme canonique.

Définition 2.50 Soit A un anneau principal.


1. Pour tout P ∈ A[X], on définit le contenu de P comme étant le pgcd des coefficients de P .
Cet élément de A est défini à la multiplication près par un élément de A× .
2. On étend la définition du contenu à P ∈ Frac(A)[X] via la formule c(aP ) = ac(P ), pour tout
a ∈ Frac(A).
3. On dit que P est primitif si c(P ) ∈ A× .

Pour le polynôme nul, on convient que son contenu vaut 0 : c(0) = 0.


n
X αi
Dans le cas où P ∈ Frac(A)[X], on calcule le contenu comme suit : P = X i , et on pose
i=0
βi

n
1 X αi β i
β = ppcm (β0 , . . . , βn ) , P = X , (2.17)
β i=0 βi

αi β
et donc, comme pour tout i, ∈ A,
βi
Å ã
1 α0 β αn β
c(P ) = pgcd ,..., . (2.18)
β β0 βn
αi
On montre facilement que ce résultat ne dépend pas du choix des représentants des fractions .
βi

Proposition 2.51 Soit A un anneau principal. Alors, pour tout (P, Q) ∈ Frac(A)[X]2 , c(P Q) =
c(P )c(Q) (à multiplication près par un élément de A× ).
44 CHAPITRE 2. ANNEAUX DE POLYNÔMES

Démonstration. Commençons par le cas où P et Q sont primitifs. Il nous faut alors démontrer que
P Q est primitif. Pour cela, on fixe p ∈ A irréductible, et on veut prouver qu’au moins un coefficient
de P Q n’est pas divisible par p. Autrement dit que P Q ̸= 0, où P Q est la classe d’équivalence de
P Q dans A/pA[X]. Or P Q = P × Q, et par hypothèse P ̸= 0 et Q ̸= 0. Comme p est irréductible
et que A est principal, A/pA est intègre, donc P Q ̸= 0.
Si maintenant P et Q ne sont pas primitifs, on commence par examiner le cas où P = 0 ou
Q = 0, qui est trivial. Donc, en supposant que ni P ni Q ne sont nuls, on a que c(P )−1 P et c(Q)−1 Q
sont des polynômes primitifs de A[X]. Donc le produit c(P )−1 P c(Q)−1 Q est primitif. Ainsi,
c(P Q) = c c(P )c(Q)c(P )−1 P c(Q)−1 Q = c(P )c(Q)c c(P )−1 P c(Q)−1 Q = c(P )c(Q),
 

à multiplication près par un élément de A× . 2

Lemme 2.52 Soit A un anneau principal. Soit P ∈ A[X] un polynôme primitif, et (Q, R) ∈
Frac(A)[X]2 tels que P = QR. Alors il existe Qe ∈ A[X], R
e ∈ A[X], primitifs, tels que P = Q
e R,
e et
× 2
il existe (a, b) ∈ (A ) tels que Q
e = aQ et R
e = bR.

Démonstration. D’après la proposition 2.51, on a, à multiplication par des éléments de A× près,


1 = c(QR) = c(Q)c(R).
e = c(Q)−1 Q et R
On pose alors Q e = c(R)−1 R, qui sont donc primitifs. Et on a

Q
eRe = c(Q)−1 c(R)−1 QR = c(Q)−1 c(R)−1 P = P.

Il reste à prouver que Q


e et R
e sont à coefficients dans A. Pour cela on suppose que
n
X αi
Q= X i,
i=0
βi

et on applique donc les formules (2.17) et (2.18) à Q, ce qui donne


n n
β X αi X γi αi β
c(Q)−1 Q = Ä
α0 β αn β
ä Xi = X i, γi = ∈ A.
pgcd βi pgcd(γ0 , . . . , γn ) βi
β0 , . . . , βn i=0 i=0

Ainsi, c(Q)−1 Q ∈ A[X]. Bien évidemment, la même preuve s’applique au polynôme R. 2

Un corollaire immédiat du lemme 2.52 est le résultat suivant :


Corollaire 2.53 Soit A un anneau principal, et P ∈ A[X] un polynôme primitif. Alors P est
irréductible dans A[X] si et seulement s’il est irréductible dans Frac(A)[X].
Démonstration. Si P est irréductible dans Frac(A)[X], et si P = QR, avec Q et R dans A[X],
alors nécessairement Q ou R est un polynôme constant. Donc P = qR, avec q ∈ A. Donc c(P ) =
qc(R) ∈ A× , donc q est inversible. Ce qui prouve bien que P est irréductible dans A[X].
Réciproquement, s’il est irréductible dans A[X], alors si P = QR, avec (Q, R) ∈ Frac(A)[X],
en appliquant le lemme 2.52, P = Q e R,
e avec Qe et Re dans A[X] et primitifs. Ce qui contredit
l’irréductibilité de P dans A[X]. 2
2.7. CRITÈRES D’IRRÉDUCTIBILITÉ 45

Théorème 2.54 Soit A un anneau principal, et p ∈ A un élément irréductible. Soit φ : A → A/pA


le morphisme canonique. On note également φ l’extension naturelle de φ en un morphisme de A[X]
dans A/pA[X]. Soit P ∈ A[X] tel que deg(φ(P )) = deg(P ) et φ(P ) irréductible dans A/pA[X].
Alors P est irréductible dans Frac(A)[X]. Si de plus P est primitif, il est irréductible dans A[X].
n
X
Démonstration. Ecrivons P = ai X i , an ̸= 0. L’hypothèse deg(φ(P )) = deg(P ) signifie que
i=0
φ(an ) ̸= 0, autrement dit p ne divise pas an . En particulier p ne divise pas c(P ). Le polynôme Pe =
c(P )−1 P est un polynôme primitif de A[X], et il vérifie donc deg(φ(Pe)) = deg(Pe), et φ(Pe) = γφ(P ),
pour un certain γ ∈ A/pA. Donc Pe vérifie les mêmes hypothèses que P mais est primitif. On s’est
donc ramené au cas où P est primitif. Raisonnons maintenant par l’absurde : si P = QR, avec Q et R
des polynômes non constants de A[X], alors, comme P est primitif, on peut appliquer le lemme 2.52
et se ramener au cas où Q et R sont des éléments primitifs de A[X]. Alors φ(P ) = φ(R)φ(Q),
donc deg(φ(P )) = deg(φ(R)) + deg(φ(Q)). Comme on a toujours deg(φ(T )) ≤ deg(T ) pour tout
T ∈ A[X], on en déduit que deg(φ(Q)) = deg(Q) et deg(φ(R)) = deg(R), donc que φ(Q) et φ(R)
sont non constants. Ceci contredit le fait que φ(P ) est irréductible dans A/pA[X]. 2

Notons que lorsque A = Z, le théorème 2.54 montre que, pour prouver qu’un polynôme P à
coefficients entiers et primitif est irréductible dans Z[X] (ou de façon équivalente dans Q[X], d’après
le corollaire 2.53), il suffit de trouver un nombre premier p tel que P est irréductible dans Z/pZ[X].

Théorème 2.55 (Critère d’Eisenstein) Soit A un anneau principal. Soit K = Frac(A) le corps
des fractions de A. Soit P ∈ A[X],
n
X
P = ai X i , an ̸= 0.
i=0

On suppose qu’il existe un élément irréductible p de A tel que p divise ai pour tout 0 ≤ i ≤ n − 1, p
ne divise pas an , et p2 ne divise pas a0 . Alors P est irréductible sur K[X]. Si de plus P est primitif,
il est irréductible sur A[X].

Démonstration. Soit Q = c(P )−1 P , dont on rappelle que c’est un élément primitif de A[X]. Il
nous suffit de démontrer que Q est irréductible dans K[X]. Par hypothèse p ne divise pas c(P ).
Donc Q vérifie les mêmes hypothèses que P . Raisonnons par l’absurde et supposons que Q = RS,
avec R et S des éléments de K[X] non constants. D’après le lemme 2.52, on peut se ramener au
cas où (R, S) ∈ A[X]2 , et R et S sont primitifs.
On utilise les mêmes notations que dans le théorème 2.54 pour le morphisme φ de A dans A/pA
et dans les anneaux de polynômes correspondants. Par hypothèse, φ(P ) = αX n , où α ∈ A/pA,
α ̸= 0. Par ailleurs, φ(R)φ(S) = φ(P ) = αX n . Comme A/pA est intègre, on en déduit qu’il existe
m, r entiers et β, γ éléments de A/pA tels que 0 ≤ m + r ≤ n, φ(R) = βX m et φ(S) = γX r . Si
ni m ni r ne sont nuls, alors φ(R(0)) = φ(S(0)) = 0, autrement dit p divise R(0) et S(0). Donc p2
divise R(0)S(0) = P (0), ce qui est exclu par hypothèse. Donc au moins un des entiers m et r est
nul. Autrement dit R ou S est un polynôme constant. 2

Exemple 2.56 Ce résultat permet de démontrer que, pour tout n ∈ N∗ , le polynôme X n − 2 est
irréductible dans Q[X]. Il pour cela d’appliquer le théorème 2.55 avec A = Z et p = 2.
46 CHAPITRE 2. ANNEAUX DE POLYNÔMES

Remarque 2.57 Toutes les preuves de cette partie sont également valables si A est factoriel, c’est-
à-dire si tout élément a de A peut s’écrire de manière unique (à permutation des pi près) sous la
forme
a = upα 1 α2 αm
1 p2 . . . pm ,

où u ∈ A× , chaque pi est irréductible, et αi ∈ N∗ .


En particulier, les théorèmes 2.54 et 2.55 sont vrais sous cette hypothèse plus générale.
Chapitre 3

Réduction d’endomorphismes

Dans tout ce chapitre, K désigne un corps commutatif.

3.1 Espaces vectoriels


Ce paragraphe contient essentiellement

Définition 3.1 Soit E un ensemble muni d’une loi d’addition interne + et d’une loi de multipli-
cation externe ·, c’est-à-dire de deux applications :
ß ß
E × E −→ E K × E −→ E
et
(x, y) 7−→ x + y (λ, x) 7−→ E

On dit que (E, +, ·) est K-espace vectoriel si


1. (E, +) est un groupe commutatif.
2. Pour tout (x, y) ∈ E 2 et tout (λ, µ) ∈ K2 ,
(a) λ · (x + y) = λ · x + λ · y.
(b) (λ + µ) · x = λ · x + µ · x.
(c) λ · (µ · x) = (λµ) · x.
(d) 1 · x = x.

Exemple 3.2 Quelques exemples d’espaces vectoriels sont les suivants :


1. Kn
2. L’ensemble K[X] des polynômes à une indéterminée.
3. L’ensemble KN des suites à valeur dans K.
4. L’ensemble des fonctions de K dans K.
5. L’ensemble Mn,p (K) à n lignes et p colonnes à coefficients dans K.

Définition 3.3 Soit (E, +, ·) un K-espace vectoriel. Un ensemble F est un sous-espace vectoriel de
E si F ⊂ E et si F est un K-espace vectoriel pour les lois induites de E sur F .

47
48 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

Exemple 3.4 Le singleton {0} est un sous-espace vectoriel de E, de même que E lui-même. Un
autre exemple est
Kn [X] = {P ∈ K[X], deg(P ) ≤ n}
des polynômes de degré au plus n. C’est un sous-espace vectoriel de K[X].

Proposition 3.5 Soit (E, +, ·) un K-espace vectoriel et soit F ⊂ E. Alors F est un sous-espace
vectoriel de E si et seulement si les propriétés suivantes sont vérifiées :
1. F ̸= ∅.
2. ∀(x, y) ∈ F 2 , ∀λ ∈ K, x + λ · y ∈ F.

Proposition 3.6 Soit E un K-espace vectoriel, et soient F et G des sous-espaces vectoriels de E.


Alors
— L’ensemble F + G est un sous-espace vectoriel de E, où

F + G = {x + y, x ∈ F, y ∈ G} .

— L’intersection F ∩ G est un sous-espace vectoriel de E.

Notons que, plus généralement pour une famille (Fi )i∈I de sous-espaces vectoriels de E, alors leur
somme, définie par ( )
X X
Fi = xi , ∀i ∈ I, xi ∈ Fi ,
i∈I i∈I
\
est un sous-espace vectoriel de E. Et l’intersection Fi en est un également.
i∈I
X [
La somme Fi est le plus petit sous-espace vectoriel de E qui contient l’union Fi .
i∈I i∈I

Définition 3.7 Soit E un K-espace vectoriel, et soient F et G des sous-espaces vectoriels de E.


On dit que F et G sont en somme directe sur E si E = F + G et F ∩ G = {0}. On note

E = F ⊕ G.

Attention, ⊕ n’est pas une opération sur F et G, mais une assertion sur leurs propriétés rela-
tives. Autrement dit, on ne peut pas "décider" de faire une somme directe de deux sous-espaces
quelconques.

Proposition 3.8 Soit E un K-espace vectoriel, et soient F et G des sous-espaces vectoriels de E.


Les assertions suivantes sont équivalentes :
1. F et G sont en somme directe sur E.
2. Tout élément z de E s’écrit de façon unique sous la forme z = x + y, avec x ∈ F et y ∈ G.

On généralise sans problème la notion de somme directe à une famille de sous-espaces vectoriels
(Fi )i∈I :
3.1. ESPACES VECTORIELS 49

Définition 3.9 Soit E un K-espace vectoriel, et soit (Fi )i∈I une famille de sous-espaces vectoriels
de E. On dit que les sous-espaces (Fi )i∈I sont en somme directe sur E si
X
1. E = Fi
i∈I
X
2. Si xi = 0, avec xi ∈ Fi pour tout i ∈ I, alors xi = 0 pour tout i ∈ I.
i∈I

La deuxième
P condition implique que tout élément x de E s’écrit de manière unique sous la forme
x = i∈I xi , avec xi ∈ Fi pour tout i ∈ I.

Définition 3.10 Soit E un K-espace vectoriel, et soit A ⊂ E une partie quelconque de E. Il existe
un plus petit sous-espace vectoriel de E contenant A. On le note Vect(A) et on l’appelle le sous-
espace vectoriel engendré par A.

Proposition 3.11 Soit E un K-espace vectoriel, et soit A une partie de E. Alors


( n )
X
Vect(A) = λi xi , n ≥ 1, (λ1 , . . . , λn ) ∈ Kn , (x1 , . . . , xn ) ∈ An .
i=1

Lorsque A = {e1 , . . . , ep }, pour une collection de vecteurs ej , 1 ≤ j ≤ p, on notera Vect (e1 , . . . , en )


au lieu de Vect ({e1 , . . . , en }).

Définition 3.12 Soit E un K-espace vectoriel et soit E = (ei )i∈I une famille de vecteurs de E.
1. On dit que E est une famille libre (ou linéairement indépendante) si, pour toute famille (λi )i∈I
d’éléments de K presque tous nuls (c’est-à-dire que seul un nombre fini des λi est non nul),
X
λi ei = 0 ⇒ ∀i, λi = 0.
i∈I


2. On dit que E est génératrice si Vect (ei )i∈I = E.
3. On dit que E est une base si elle est libre et génératrice.

Proposition 3.13 Soit E un K-espace vectoriel et soit E = (ei )i∈I une famille de vecteurs de E.
Les propriétés suivantes sont équivalentes.
1. E est une base de E.
2. Pour tout x ∈ E, il existe une unique famille (λi )i∈I d’éléments de K presque tous nuls telle
que X
x= λi ei .
i∈I

La famille de scalaires (λi )i∈I s’appelle les coordonnées de la décomposition de x sur la base
E.
50 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

Théorème 3.14 (de la base incomplète) Soit E un K-espace vectoriel. Soit F une famille libre
et G une famille génératrice de E telles que F ⊂ G. Alors il existe un base B de E telle que
F ⊂ B ⊂ G. En particulier :
1. Tout espace vectoriel admet une base.
2. Toute famille libre peut être complétée en une base de E.
3. De toute famille génératrice de E on peut extraire une base de E

Définition 3.15 Un K-espace vectoriel E est de dimension finie s’il admet une base finie.

Proposition 3.16 Si un K-espace vectoriel E est de dimension finie, alors toutes ses bases ont le
même cardinal n. Cet entier est appelé la dimension de E, et on le note dim(E).

On rappelle que dim(Kn ) = n, que dim(Rn [X]) = n + 1, et que dim(Mn,p (R)) = np..

Proposition 3.17 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie n. Alors


1. Si F est une famille libre de n vecteurs, alors c’est une base.
2. Si F est une famille génératrice de n vecteurs, alors c’est une base.

Supposons que F = F = (e1 , . . . en ) est une base de E. On note, pour tout x ∈ E,


Ö è
x1 n
[x]F = .
. , où x =
X
xi ei . (3.1)
.
xn i=1

On rappelle que les xi s’appellent les coordonnées de la décomposition de x dans la base F.

Proposition 3.18 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie. Soient F et G deux sous-
espaces vectoriels de E. Alors

dim(F + G) = dim(F ) + dim(G) − dim(F ∩ G).

En particulier, si E = F ⊕ G, alors dim E = dim F + dim G.

Définition 3.19 Soit E un K-espace vectoriel, et soit F = {e1 , . . . , en } une famille de vecteurs de
E. On appelle rang de F la dimension du sous-espace engendré par F :

rang(F) = dim (Vect(F)) .

3.2 Applications linéaires


Définition 3.20 Soit E et F deux K-espaces vectoriels, et soit u : E −→ F . L’application u est
dite linéaire si, pour tout (x, y) ∈ E 2 et tout λ ∈ K,

u(x + λy) = u(x) + λu(y).

On note L(E, F ) l’ensemble des applications linéaires de E dans F . C’est un K-espace vectoriel.
3.2. APPLICATIONS LINÉAIRES 51

Une application linéaire de E dans E est un endomorphisme. On note L(E) = L(E, E) l’ensemble
des endomorphismes de E.
Une application linéaire qui est bijective est un isomorphisme.
Une application linéaire bijective de E dans lui-même est un automorphisme.
S’il existe un isomorphisme de E dans F , on dit que E et F sont isomorphes.

Proposition 3.21 Soient E et F deux K-espaces vectoriels, et soit u ∈ L(E, F ). On pose

ker(u) = {x ∈ E, u(x) = 0} , Im(u) = {u(x), x ∈ E} .

Le premier ensemble s’appelle le noyau de u, et est un sous-espace vectoriel de E. Le deuxième


s’appelle l’image de u, et est un sous-espace vectoriel de F .

La dimension de l’image de u s’appelle le rang de u, et est notée rang(u).


Théorème 3.22 (du rang) Soit E et F deux K-espaces vectoriels, et soit u ∈ L(E, F ). On sup-
pose que E est de dimension finie. Alors

dim(E) = dim(ker(u)) + rang(u).


Nous allons maintenant définir les matrices associées à des endomorphismes. Soit donc E et F
deux K-espaces vectoriels de dimension finie p et n, respectivement. On note
B = (e1 , . . . , ep ) , B ′ = (f1 , . . . , fn )
des bases de E et F , respectivement. Pour u ∈ L(E, F ), chaque u(ei ) peut se décomposer sur la
base B ′ , et on a donc
n
X
u(ej ) = aij fi , aij ∈ K.
i=1
On pose alors A = (aij )1≤i≤n, 1≤j≤p ,
qui est la matrice de u dans les base B et B ′ . On la note
á ë
a11 a12 . . . a1p
a21 a22 . . . a2p
A = MatB′ ,B (u) = .. .. .. .. ∈ Mn,p (K).
. . . .
an1 an2 . . . anp
p
X n
X
Pour x ∈ E et y ∈ F , on pose x = xj ej , u(x) = yi fi , autrement dit, avec la notation (3.1),
j=1 i=1
Ö è Ö è
x1 y1
.. = [x]B et .. = [y]B′ .
. .
xp yn
On a alors
[u(x)]B′ = MatB′ ,B (u)[x]B .

Lorsque E = F et B = B , on écrit simplement
MatB,B (u) = MatB (u) ∈ Mn (K).
52 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

Proposition 3.23 Soit E un K-espace vectoriel de dimension p, et F un K-espace vectoriel de


dimension n. Soit B une base de E et B ′ une base de F . Alors l’application

L(E, F ) −→ Mn,p (K)


u 7−→ MatB′ ,B (u)

est un isomorphisme d’espaces vectoriels. En particulier, dim(L(E, F )) = np.

La composition d’endomorphismes correspond au produit de matrice, comme l’indique le résultat


suivant :

Proposition 3.24 Soient E, F, G des espaces vectoriels de dimensions finies, soient B, B ′ , B ′′ des
bases respectives de E, F , G. Soient u ∈ L(E, F ) et v ∈ L(F, G). Alors

MatB′′ ,B (v ◦ u) = MatB′′ ,B′ (v) MatB′ ,B (u)

Définition 3.25 Pour E un K-espace vectoriel de dimension finie, si on note B = (e1 , . . . , en ) une
base de E et B ′ = (e′1 , . . . e′n ) une autre base de E. On définit PB,B′ la matrice de passage de B vers
B ′ , donnée par
PB,B′ = MatB,B′ (Id),
c’est-à-dire
PB,B′ = ([e′1 ]B . . . [e′n ]B ) .
On a alors
∀x ∈ E, [x]B′ = PB,B′ [x]B .
et
PB′ ,B PB,B′ = PB,B′ PB′ ,B = In

Avec les notations ci-dessus, pour tout u ∈ L(E), on a

MatB′ (u) = PB′ ,B MatB (u)PB,B′ . (3.2)

3.3 Polynômes d’endomorphismes


Définition 3.26 Soit E un K-espace vectoriel, et u ∈ L(E). Soit P ∈ K[X], que l’on écrit

P = an X n + · · · + a1 X + a0 .

On définit alors P (u) ∈ L(E) par

P (u) = an un + · · · + a1 u + a0 Id,

où uk = u · · ◦ u}, et u0 = Id l’application identité de E dans lui-même.


| ◦ ·{z
k fois
3.3. POLYNÔMES D’ENDOMORPHISMES 53

Lemme 3.27 Soit E un K-espace vectoriel, et u ∈ L(E). L’application

Φu : K[X] −→ L(E)
(3.3)
P 7−→ P (u)

est un morphisme d’anneaux. De plus, l’ensemble

K[u] = {P (u), P ∈ K[X]}

est un sous-anneau commutatif de L(E).

Démonstration. Soient P et Q deux polynômes à coefficients dans K. On veut montrer que


(P + Q)(u) = P (u) + Q(u) et que (P Q)(u) = P (u) ◦ Q(u). Il suffit pour cela de le démontrer si P
et Q sont des monômes. On prend donc P = aX n et Q = bX m . Alors

(P + Q)(u) = (aX n + bX m )(u) = aun + bum = P (u) + Q(u),

et
(P Q)(u) = abX n+m (u) = abun+m = aun ◦ bum = P (u) ◦ Q(u).


Comme K[X] est un anneau commutatif, et que K[u] = Φ(K[X]), on en déduit que K[u] est un
sous-anneau commutatif de L(E). 2

Définition 3.28 Soit P ∈ K[X] et M ∈ Mn (K), une matrice carré de taille n à coefficients dans
K. On écrit P sous la forme
P = an X n + · · · + a1 X + a0 .
On définit alors P (M ) ∈ Mn (K) par

P (u) = an M n + · · · + a1 u + a0 In ,

où on rappelle que In désigne la matrice identité de taille n.

La notion de polynôme de matrice est reliée à celle de polynôme d’endomorphisme par la pro-
priété suivante :

Proposition 3.29 Soit E un K-espace vectoriel de dimension n, et u ∈ L(E). Soit B une base de
E. Alors les matrices de u et de P (u) dans la base B vérifient

MatB (P (u)) = P (MatB (u)) . (3.4)

Démonstration. Il est clair que pour tout entier k, d’après la proposition 3.24,
k
MatB uk = (MatB (u)) .


Il suffit ensuite de se souvenir que l’application u 7→ MatB (u) est linéaire (proposition 3.23), pour
conclure que (3.4) est vérifiée. 2
54 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

Lemme 3.30 (des noyaux) Soit E un K-espace vectoriel, et u ∈ L(E). Soient P1 , . . . , Pr des
polynômes à coefficients dans K. On suppose que les Pi sont premiers deux à deux. Alors

ker(P1 . . . Pr (u)) = ker(P1 (u)) ⊕ · · · ⊕ ker(Pr (u)).

Démonstration. On procède par récurrence sur r. Pour r = 1 le résultat est évident. Supposons
qu’il est vrai au rang r. En posant P = P1 . . . Pr et Q = Pr+1 , on a que P et Q sont premiers entre
eux. Commençons par montrer que

ker(P Q(u)) = ker(P (u)) + ker(Q(u)). (3.5)

Si x ∈ ker(P (u)) et y ∈ ker(Q(u)), alors

P Q(u)(x + y) = P Q(u)(x) + P Q(u)(y) = Q(u) ◦ P (u)(x) + P (u) ◦ Q(u)(y)


= Q(u)(0) + P (u)(0) = 0.

Donc x + y ∈ ker(P Q(u)). Réciproquement, si z ∈ ker(P Q(u)), comme P et Q sont premiers entre
eux, par le théorème de Bézout, il existe (A, B) ∈ K[X]2 tel que

P A + QB = 1. (3.6)

Donc A(u)P (u) + B(u)Q(u) = Id. On pose alors

x = BQ(u)(z), y = AP (u)(z).

On a alors z = x + y, et, d’une part, P (u)(x) = BP Q(u)(z) = 0, et d’autre part, Q(u)(y) =


QAP (u)(z) = AP Q(u)(z) = 0. Nous avons donc bien démontré (3.5). Nous prouvons maintenant
que
ker(P (u)) ∩ ker(Q(u)) = {0}. (3.7)
Soit donc x ∈ ker(P (u)) ∩ ker(Q(u)). Alors P (u)(x) = Q(u)(x) = 0. En utilisant à nouveau (3.6),
on a x = AP (u)(x) + BQ(u)(x) = 0. Ceci prouve (3.7). Il suffit maintenant d’appliquer l’hypothèse
de récurrence à P = P1 . . . Pr , de sorte que

ker(P1 . . . Pr+1 (u)) = ker(P Q(u)) = ker(P (u)) ⊕ ker(Q(u))


= ker(P1 (u)) ⊕ · · · ⊕ ker(Pr (u)) ⊕ ker(Pr+1 (u)).

Ceci termine la preuve. 2

Exemple 3.31 Soit u ∈ L(E) un projecteur, c’est-à-dire que u vérifie u ◦ u = u. Une autre façon
d’écrire cela est
P (u) = 0, P = X(X − 1).
On a donc ker(P (u)) = E, et, d’après le lemme des noyaux, comme X et X − 1 sont premiers entre
eux,
E = ker(u) ⊕ ker(Id −u). (3.8)
3.4. POLYNÔME MINIMAL 55

Par ailleurs, x ∈ ker(Id −u) équivaut à u(x) = x, donc ker(Id −u) ⊂ Im(u). Et si y ∈ Im(u), alors
y = u(x), donc u(y) = u2 (x) = u(x) = y. Autrement dit ker(Id −u) = Im(u). L’égalité (3.8) devient
donc
E = ker(u) ⊕ Im(u).
Autrement dit, tout vecteur de E se décompose de façon unique en la somme d’un élément de ker(u)
et d’un élément de Im(u). Si E est de dimension finie, on peut donc construire une base constituée
de vecteurs de ker(u) d’une part et de vecteurs de ker(Id −u) = Im(u) d’autre part. Dans une telle
base, la matrice de u s’écrit par blocs :
Å ã
0 0
M= ,
0 Ip
où Ip est la matrice identité de taille p, et p la dimension de ker(Id −u) = Im(u).

Nous introduisons maintenant la notion de sous-espace stable.

Définition 3.32 Soit E un K-espace vectoriel, et u ∈ L(E). Un sous-espace F de E est dit stable
par u si u(F ) ⊂ F . Dans ce cas, u induit un endomorphisme de F par restriction : u|F ∈ L(F ),
avec
u|F : F −→ F
x 7−→ u(x)

Remarque 3.33 Avec les notations de la définition 3.32, on a que, pour tout P ∈ K[X],

P (u)|F = P u|F .

Exemple 3.34 Soit P ∈ K[X] et u ∈ L(E). Alors F = ker(P (u)) est un sous-espace de E qui est
stable par u. En effet, si x ∈ F , alors
P (u)(u(x)) = (P (u) ◦ u)(x) = (u ◦ P (u))(x) = u(0) = 0,
donc u(x) ∈ F .

3.4 Polynôme minimal


Définition 3.35 Soit E un K-espace vectoriel, u ∈ L(E) et P ∈ K[X]. On dit que P est un
polynôme annulateur de u si P (u) = 0, c’est-à-dire P ∈ ker(Φu ), où Φu est le morphisme d’anneaux
défini par (3.3).

Remarquons que ker(Φu ) peut être réduit à {0}, comme le montre l’exemple suivant. On pose
E = KN l’espace vectoriel des suites à valeurs dans K, et on définit u ∈ L(E) par
∀a = (a0 , a1 , . . . ) ∈ KN , u(a) = (0, a0 , a1 , . . . ).
n
X
αk X k tel que P (u) = 0. Alors, comme uk (a) 0 = 0, pour tout k ≥ 1,
 
Soit un polynôme P =
k=0

[P (u)(a)]0 = α0 a0 = 0.
56 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

Ceci vaut pour toute suite a ∈ E, donc α0 = 0. Ceci étant connu, on a alors, puisque uk (a) 1 = 0
 
pour tout k ≥ 2,
[P (u)(a)]1 = α1 a1 = 0,
ce qui implique ici aussi que α1 = 0. On répète le processus pour obtenir que tous les coefficients
αk sont nuls, donc que P = 0.
En revanche, si E est de dimension finie, alors u admet toujours un polynôme annulateur non
nul :
Proposition 3.36 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et soit u ∈ L(E). Alors ker(Φu )
est non nul. De plus, il existe un unique polynôme unitaire Πu tel que

ker(Φu ) = Πu K[X] = {Πu Q, Q ∈ K[X]} . (3.9)

Démonstration. Notons n la dimension de E. Alors L(E) est un K-espace vectoriel de dimension


n2 . La famille Ä 2
ä
Id, u, . . . , un

est donc liée car elle contient n2 + 1 éléments de L(E). Donc il existe des coefficients a0 , a1 , . . . an2
dans K, non tous nuls, tels que
Xn2
ak uk = 0.
k=0

n2
X
Ce qui signifie que le polynôme P = ak X k est annulateur de u, et est non nul.
k=0
D’autre part, K[X] est un anneau principal d’après le théorème 1.59. Donc l’idéal ker(Φu ) est
engendré par un unique polynôme unitaire. 2

Définition 3.37 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et soit u ∈ L(E). Alors le
polynôme Πu défini par la proposition 3.36 est appelé polynôme minimal de u. Il est caractérisé par
les propriétés suivantes :
1. le polynôme Πu est unitaire ;
2. Πu (u) = 0 ;
3. si P ∈ K[X] vérifie P (u) = 0, alors Πu |P .

Définition 3.38 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et soit u ∈ L(E). Pour tout
x ∈ E, l’ensemble des polynômes P tels que P (u)(x) = 0 est un idéal de K[X] engendré par un
unique polynôme unitaire Πu,x . Ce polynôme est appelé le polynôme minimal local de u en x.

Remarque 3.39 Le polynôme minimal Πu n’est jamais constant, sauf si E = {0}. En effet, si Πu
est constant, alors Πu = 1, donc Πu (u) = Id, qui ne peut être l’application nulle que si E = {0}.
3.4. POLYNÔME MINIMAL 57

Nous allons maintenant étudier les polynômes annulateurs de u.

Définition 3.40 Soit M ∈ Mn (K). On appelle polynôme caractéristique de M le polynôme χM ∈


K[X] défini par
χM = det(XIn − M ). (3.10)

Remarque 3.41 Si la matrice M a une structure par bloc triangulaire supérieure, c’est-à-dire
Å ã
A B
M= ,
0 C

alors la définition 3.40 implique que


χM = χA χB .
Et bien sûr, la même propriété reste vraie pour une matrice triangulaire inférieure par blocs.

Remarque 3.42 De même, si M est une matrice triangulaire, alors


n
Y
χM = (X − mii ) .
i=1

Nous précisons maintenant quelques propriétés du polynôme caractéristique d’une matrice.

Proposition 3.43 Soit M ∈ Mn (K). Alors le polynôme caractéristique χM défini par (3.10) est
de degré n et unitaire. De plus,

χM = X n + an−1 X n−1 + · · · + a0 ,

avec Tr(M ) = −an−1 et det(M ) = (−1)n a0 .

Démonstration. Si n = 1, on a bien évidemment que M = m ∈ K et que χM = X − m qui est


unitaire de degré 1. Et comme det(M ) = Tr(M ) = m, le résultat est démontré. Supposons donc
maintenant n ≥ 2. Le coefficient i, j de la matrice XIn − M s’écrit Xδij − mij , où δij est le symbole
de Kronecker. Donc
X n
Y 
χM = ε(σ) Xδiσ(i) − miσ(i) .
σ∈Sn i=1

Chaque terme du produit ci-dessus est de degré au plus 1, donc le produit est de degré au plus n.
Donc deg(χM ) ≤ n. D’autre part, si σ ̸= Id, alors il existe deux indices i ̸= j tels que σ(i) ̸= i
et σ(j) ̸= j. En effet, si n − 1 indices sont fixes, alors le dernier l’est aussi car σ est bijectif. Et si
σ(i) ̸= i, alors le terme d’indice i dans le produit ci-dessus s’écrit −miσ(i) , qui est soit nul, soit de
degré 0. Donc le produit pour σ ̸= Id est de degré au plus n − 2. Ainsi, le seul terme de la somme
qui contient des termes de degré n et n − 1 est celui qui correspond à σ = Id. Ce dernier s’écrit
donc
Yn
(X − mii ) ,
i=1
58 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

qui est unitaire de degré n. D’autre part, le développement du produit donne, pour le terme de
degré n − 1,
− (m11 + · · · + mnn ) X n−1 = − Tr(M )X n−1 .
Enfin, le terme constant du polynôme χM vaut χM (0) = det(−M ) = (−1)n det(M ). 2

Proposition 3.44 Soit E un K-espace vectoriel de dimension n, et soit u ∈ L(E). Soit B une base
de E. On définit
χu = det (XIn − MatB (u)) (3.11)
qui est un polynôme de degré n, unitaire, appelé polynôme caractéristique de u. Il ne dépend pas de
la base B choisie.

Démonstration. Le membre de droite de (3.11) est le polynôme caractéristique de la matrice


MatB (u) qui est, d’après la proposition 3.43, un polynôme unitaire de degré n. Pour établir que χu
ne dépend pas de B, on considère une autre base B ′ , et on note P la matrice de passage de B à B ′ .
Alors, d’après (3.2),
MatB′ (u) = P −1 MatB (u)P.
Donc

det (XIn − MatB′ (u)) = det XP P −1 − P −1 MatB (u)P = det P −1 (XIn − MatB (u)) P .
 

On utilise alors que det(AB) = det(A) det(B), pour toutes matrices carrées A et B, et que
det(P −1 ) = det(P )−1 , ce qui donne

det (XIn − MatB′ (u)) = det (XIn − MatB (u)) ,

et conclut la démonstration. 2

Exemple 3.45 (Matrice compagnon) Soit M ∈ Mn (K) la matrice définie par

0 ··· ··· 0 −a0


 
.. ..
.
 
1 . −a1 
.. .. 
 
M = 0 1
 ..
 . . . 

. . . .
 .. .. .. 0 .. 

0 ··· 0 1 −an−1

Alors on a
χM = X n + an−1 X n−1 + · · · + a1 X + a0 . (3.12)
En effet, on a
X 0 ··· 0 a0
.. .. ..
−1 . . . a1
χM = 0 .. .. ..
. . 0 .
.. .. ..
. . . X an−2
0 ··· 0 −1 X + an−1
3.4. POLYNÔME MINIMAL 59

On pose P = X n + an−1 X n−1 + · · · + a1 X + a0 . On ajoute XL2 + · · · + X n−1 Ln à L1 , et on a

0 0 ··· 0 P
.. ..
−1 X . . a1
χM = 0 .. .. .. .
. . 0 .
.. .. ..
. . . X an−2
0 ··· 0 −1 X + an−1

On développe par rapport à la première ligne, ce qui donne

−1 ∗ ··· ··· ∗
.. .. ..
0 . . .
χM = (−1) n+1
P .. .. .. .. .. = (−1)n+1 P (−1)n−1 = P.
. . . . .
.. .. ..
. . . ∗
0 ··· ··· 0 −1

Ceci prouve bien (3.12). La matrice M ci-dessus s’appelle la matrice compagnon du polynôme P .

Théorème 3.46 (Cayley-Hamilton) Pour tout u ∈ L(E), le polynôme caractéristique χu de u


est un polynôme annulateur de u

Remarque 3.47 Nous avons donc χu (u) = 0, ce qui implique en particulier que Πu |χu , donc
deg(Πu ) ≤ n, estimation nettement meilleure que celle donnée par la preuve du théorème 3.36, à
savoir deg(Πu ) ≤ n2 .

Avant de donner la preuve, notons qu’il est tentant d’écrire que M = MatB (u), et que χu =
det(XIn − M ) vérifie χu (M ) = det(M In − M ) = det(0) = 0. Cette preuve est fausse. En effet,
dans la formule qui définit χu , X doit rester un scalaire, pas une matrice. Il faut réellement, comme
nous allons le faire dans la preuve ci-dessous, calculer les coefficients du polynôme χu , puis calculer
χu (u) ou bien χu (M ), en utilisant la définition 3.40 ou la proposition 3.43.

Démonstration du théorème 3.46. Nous commençons par établir le résultat voulu dans un cas
particulier : on suppose qu’il existe x ∈ E tel que le système

B = x, u(x), . . . , un−1 (x)



(3.13)

est une base de E. Dans ce cas, on sait qu’il existe a0 , . . . , an−1 des éléments de K tels que

un (x) = −a0 x − a1 u(x) − · · · − an−1 un−1 (x). (3.14)


60 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

Dans ce cas, la matrice de u dans la base B s’écrit


0 ··· ··· 0 −a0
 
.. ..
.
 
1 . −a1 
.. .. 
 
MatB (u) = 0 1
 ..
 . . . 
. . .. 
 .. .. ... 0 . 
0 ··· 0 1 −an−1
Pour démontrer que χu (u) = 0, il suffit de prouver que χu (u)(e) = 0, pour tout e ∈ B, c’est-à-dire
∀m ∈ {0, . . . , n − 1}, χu (u)(um (x)) = 0.
Or on a
χu (u)(um (x)) = (χu ◦ um ) (x) = um (χu (u)(x)) ,
ce qui prouve qu’il suffit de démontrer que χu (u)(x) = 0. Or on calcule
χu (u)(x) = un + an−1 un−1 + · · · + a0 In (x) = un (x) + an−1 un−1 (x) + · · · + a0 x,


qui est bien nul d’après (3.14). Ceci termine la preuve dans le cas particulier où B défini par (3.13)
est une base de E.
Nous allons maintenant nous ramener à ce cas. Nous souhaitons montrer que χu (u) = 0, c’est-
à-dire
∀x ∈ E, χu (u)(x) = 0. (3.15)
Cette propriété est clairement vraie si x = 0. Prenons maintenant x ̸= 0 dans E. Puisque E est
de dimension n, on sait que le système (x, u(x), . . . un (x)) est lié. On peut donc définir d comme le
plus petit entier tel que
x, u(x), . . . , ud (x)

est lié.
On a alors l’existence (λ0 , . . . , λd ) ∈ Kd+1 non tous nuls, tel que
d
X
λi ui (x) = 0.
i=0

De plus, λd ̸= 0, car sinon d n’est pas minimal. On peut donc réécrire cette relation sous la forme
d−1
X
ud (x) = −ai ui (x) ,

ai ∈ K, (3.16)
i=0

λi
où on a posé ai = . Soit alors F le sous-espace vectoriel de E engendré par B = (x, u(x), . . . , ud−1 (x)).
λd
D’après (3.16), F est stable par u, et B est une base de F . Donc, d’après le début de la preuve
(c’est-à-dire le cas d = n), on a 
χu|F u|F = 0. (3.17)
Complétons maintenant B en une base B ′ de E. Dans cette base, la matrice de u s’écrit sous forme
triangulaire par blocs :
Å ã
A B 
MatB′ (u) = , où A = MatB u|F .
0 C
3.5. TRIGONALISATION 61

Ainsi,
χu (u) = χA (u) ◦ χC (u) = χC (u) ◦ χA (u).

Or on a χA (u)(x) = χA u|F (x), puisque x ∈ F , et donc χA (u)(x) = χu|F (u)(x) = 0, d’après (3.17).
Nous avons donc démontré (3.15), ce qui achève la démonstration. 2

3.5 Trigonalisation
On rappelle maintenant quelques définitions

Définition 3.48 Soit E un K-espace vectoriel, et soit u ∈ L(E). On dit que λ ∈ K est valeur
propre de u s’il existe x ∈ E, x ̸= 0, tel que u(x) = λx. Un tel vecteur x est appelé vecteur propre
de u associé à la valeur propre λ. Et l’ensemble

Eλ = ker (u − λ Id)

est un sous-espace vectoriel de E appelé sous-espace propre associé à la valeur propre λ.

L’espace Eλ est donc constitué de l’ensemble des vecteurs propres associés à la valeur propre λ
de u, auxquels on adjoint le vecteur nul.

Définition 3.49 Soit E un K-espace vectoriel, et soit u ∈ L(E). L’ensemble des valeurs propres
de u s’appelle le spectre de u, et on le note σ(u) ⊂ K.

Notons qu’a priori, σ(u) peut être vide, comme le montre l’exemple 3.51 ci-dessous.

Lemme 3.50 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie et u ∈ L(E). Alors ∀λ ∈ K, on a


λ ∈ σ(u) ⇐⇒ Πu (λ) = 0 ⇐⇒ χu (λ) = 0. En particulier, Πu et χu ont les mêmes racines.

Démonstration. Supposons que λ ∈ K est valeur propre de u. Alors ker(λ Id −u) ̸= {0}. Autrement
dit il existe x ∈ E \ {0} tel que u(x) = λx. Donc, pour tout k ∈ N, uk (x) = λk x. Ceci implique que,
pour tout P ∈ K[X], P (u)(x) = P (λ)x. On applique cela avec P = Πu , ce qui donne Πu (λ)x = 0,
donc Πu (λ) = 0 puisque x ̸= 0.
D’autre part, si Πu (λ) = 0, comme Πu divise χu , d’après la définition du polynôme minimal
(définition 3.37) et le théorème de Cayley-Hamilton (théorème 3.46), on a χu (λ) = 0.
Supposons maintenant que χu (λ) = 0. Fixons une base B de E, l’égalité précédente signifie que
det (MatB (u) − λIn ) = 0. Donc la matrice MatB (u) − λIn est non inversible, ce qui signifie que
l’endomorphisme u − λ Id et non inversible, c’est-à-dire λ ∈ σ(u). 2

Exemple 3.51 Prenons K = F3 , et u l’endomorphisme dont la matrice dans la base canonique est
Å ã
0 1
M= .
2 0

Alors χu = X 2 + 1, qui n’a pas de racine dans F3 . Donc σ(u) = ∅. On aurait le même résultat si
le corps de base était Q, car dans ce cas χu = X 2 − 2 qui n’a pas de racine dans Q non plus. En
revanche, si K = R, ce polynôme a des racines.
62 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

Définition 3.52 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, u ∈ L(E), et λ ∈ σ(u). On


appelle multiplicité de la valeur propre λ la multiplicité de λ en tant que racine de χu . On la note
mλ , qui est n o
mλ = max m ∈ N, (X − λ)m |χu .

Proposition 3.53 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, u ∈ L(E), et λ ∈ σ(u). Alors

1 ≤ dim(Eλ ) ≤ mλ . (3.18)

Démonstration. Par définition, le fait que λ soit valeur propre de u implique que dim(Eλ ) ≥ 1.
Soit d = dim(Eλ ), et soit (e1 , . . . , ed ) une base de Eλ . On la complète en une base de E. Dans cette
base, la matrice de u s’écrit Å ã
λId B
M= .
0 C
Donc le polynôme caractéristique de u vérifie
d
χu = χM = (X − λ) χC .
Ceci implique que l’ordre de λ en tant que racine de χu est supérieur à d, c’est-à-dire d ≤ mλ . 2

Définition 3.54 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie et u ∈ L(E). On dit que u est
trigonalisable s’il existe une base de E dans laquelle la matrice de u est triangulaire supérieure.

Lemme 3.55 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie. Alors u ∈ L(E) est trigonalisable
si et seulement s’il existe des sous-espaces vectoriels

{0} = E0 ⊂ E1 ⊂ · · · ⊂ En = E (3.19)

vérifiant
u(Ei ) ⊂ Ei , et ∀i ∈ {0, . . . , n}, dim(Ei ) = i. (3.20)

Démonstration. Supposons que u est trigonalisable. Soit (e1 , . . . en ) une base dans laquelle la
matrice de u est triangulaire supérieure. On a alors, pour tout i ∈ {1, . . . , n},
u(ei ) ∈ Vect (e1 , . . . , ei ) .
On définit alors E0 = {0} et Ei = Vect (e1 , . . . , ei ), pour tout i ≥ 1, qui vérifie clairement que
Ei ⊂ Ei+1 , En = E, et dim(Ei ) = i, et u(Ei ) ⊂ Ei .
Réciproquement, s’il existe des sous-espaces Ei vérifiant (3.19) et (3.20), alors on définit e1 ∈
E1 \ {0} qui forme une base de E1 , qu’on complète en une base de E2 qui s’écrit donc (e1 , e2 ), que
l’on complète à son tour en une base de E3 , etc. On a ainsi une base (e1 , . . . en ) qui vérifie, pour
tout i,
u(ei ) ∈ Vect (e1 , . . . , ei ) .
Ceci signifie très exactement que la matrice de u dans cette base est triangulaire supérieure, donc
que u est trigonalisable. 2
3.5. TRIGONALISATION 63

Remarque 3.56 Si u est trigonalisable, et si on note A la matrice correspondante de u dans une


base de trigonalisation, on a donc
n
Y
χu = χA = (X − aii ) .
i=1

Donc les termes diagonaux aii sont les valeurs propres de u, et χu est un produit de facteurs de
degré 1.

On rappelle ici qu’un polynôme est dit scindé s’il est produit de facteurs de degré 1.

Théorème 3.57 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie. Alors u ∈ L(E) est trigonalisable
si et seulement si son polynôme caractéristique est scindé sur K.

Démonstration. D’après la remarque 3.56, on sait que si u est trigonalisable, alors son polynôme
caractéristique est scindé.
Pour démontrer la réciproque, nous procédons par récurrence sur n. Si n = 1, il n’y a rien à
prouver. Admettons le résultat vrai si dim(E) ≤ n − 1. On suppose que dim(E) = n, et que χu est
scindé. Il s’écrit alors
Yr
χu = (X − λi )mi ,
i=1

où les λi sont dans K, distincts deux à deux, et mi ∈ N∗ . En particulier, λ1 est une valeur propre de
u : il existe e1 ∈ E tel que u(e1 ) = λ1 e1 . Complétons cet unique élément en une base B = (e1 , . . . , en )
de E. Dans cette base, la matrice de u s’écrit
Å ã
λ1 ∗
MatB (u) = ,
0 M

où M est une matrice carrée de taille n − 1, à coefficients dans K. On a χu = (X − λ1 )χM , donc


χM est scindé. Soit alors F = Vect(e2 , . . . en ), et soit u e l’endomorphisme de F défini par la matrice
M dans la base (e2 , . . . en ) de F . Alors d’après l’hypothèse de récurrence, u e est trigonalisable, donc
il existe une base Be = (f2 , . . . , fn ) telle que la matrice de ue dans Be est triangulaire supérieure. On
note cette matrice T , et P la matrice de passage de (e2 , . . . en ) à B, e de sorte qu’on a M = P T P −1 .
On définit alors la base B = (e1 , f2 , . . . , fn ). La matrice de passage de B à B ′ s’écrit donc

Å ã
1 0
Q= ,
0 P

et on a donc
Å ãÅ ãÅ ã Å ã
1 0 λ1 ∗ 1 0 λ1 ∗
MatB′ (u) = Q−1 MatB (u)Q = = .
0 P −1 0 M 0 P 0 T

Cette matrice est bien triangulaire supérieure, ce qui prouve que u est trigonalisable, et achève la
récurrence. 2
64 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

3.6 Diagonalisation
Définition 3.58 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et soit u ∈ L(E). On dit que u
est diagonalisable s’il existe une base de E dans laquelle le matrice de u est diagonale.

D’après cette définition, le fait que u soit diagonalisable équivaut à dire qu’il existe une base de
E constituée de vecteurs propres de u.

On rappelle qu’une conséquence directe du lemme des noyaux (lemme 3.30) est que pour tout
∈ L(E), les sous-espaces propres de E sont en somme directe, c’est-à-dire que si on pose F =
uX
Eλ ⊂ E, alors
λ∈σ(u)
M
F = Eλ .
λ∈σ(u)

Théorème 3.59 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et soit u ∈ L(E). Les propriétés
suivantes sont équivalentes :
1. u est diagonalisable.
2. E est la somme directe des sous-espaces propres de u.
3. Le polynôme χu est scindé, et pour tout λ ∈ σ(u), on a dim(Eλ ) = mλ , où Eλ est le sous-
espace propre associé à la valeur propre λ, et mλ sa multiplicité comme racine de χu .

Démonstration. Nous allons démontrer que 1 ⇒ 3 ⇒ 2 ⇒ 1.


Commençons par 1 ⇒ 3. Soit B = (e1 , . . . , en ) une base de E constituée de vecteurs propres de
u. Quitte à réordonner cette base, on peut supposer que la matrice de u dans B s’écrit
Ö è
λ1 Id1
MatB (u) = .. ,
.
λr Idr

où les λi sont distincts. On a donc


r
Y d
χu = (X − λi ) i ,
i=1

qui est bien scindé. De plus, di = mλi , multiplicité de λi comme racine de χu . Par ailleurs, les
di = mλi vecteurs de la base de diagonalisation associés à la valeur propre λi sont dans Eλi . Donc
di = mλi ≤ dim (Eλi ). Par ailleurs, on sait d’après la proposition 3.53 que dim (Eλi ) ≤ mλi , d’où
l’égalité dim (Eλi ) = mλi .
Démontrons maintenant que 3 ⇒ 2. Puisque χu est scindé, on a
r
Y mi
χu = (X − λi ) ,
i=1
3.6. DIAGONALISATION 65

où les λi sont distincts deux à deux. Comme χu est de degré n, on a donc


r
X
mi = n. (3.21)
i=1

De plus, d’après le lemme des noyaux (lemme 3.30), comme les (X − λi )mi sont premiers entre eux,
r
M r
X
ker (λi Id −u) = ker (λi Id −u) ⊂ E.
i=1 i=1

Comme on a aussi (3.21), la dernière inclusion est une inclusion entre deux espaces vectoriels de
même dimension. Il s’agit donc d’une égalite :
r
M
ker (λi Id −u) = E.
i=1

Démontrons que 2 ⇒ 1. Pour cela, on prend une base de chaque sous-espace propre Eλi , on les
réunit. On obtient ainsi une base de E, puis que ce dernier est une somme direct des Eλi . Et dans
cette base, la matrice de u est bien diagonale. 2

Une conséquence importante de ce théorème est le résultat suivant :


Corollaire 3.60 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et u ∈ L(E). Si u admet n
valeurs propres distinctes, alors u est diagonalisable.
Démonstration. Notons λ1 , . . . , λn les valeurs propres de u, qui sont donc distinctes. Chacune est
racine de χu , qui est de degré n et unitaire. Donc
n
Y
χu = (X − λi ).
i=1

Ainsi, mλi = 1 pour tout i, donc, d’après la proposition 3.53, dim(Eλi ) = mλi = 1. On peut donc
appliquer le point 3 du théorème 3.59. 2

Nous établissons maintenant un autre critère de diagonalisabilité.

Théorème 3.61 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et u ∈ L(E). Alors les propriétés
suivantes sont équivalentes :
1. u est diagonalisable.
2. Il existe un polynôme annulateur de u scindé à racines simples.
3. Le polynôme minimal Πu est scindé à racines simples.

Démonstration. Nous démontrons que 1 ⇒ 2 ⇒ 3 ⇒ 1. Commençons par 1 ⇒ 2. Si u est


diagonalisable, sa matrice dans une base B de diagonalisation s’écrit
Ö è
λ1 Im1
MatB (u) = M = .. .
.
λr Imr
66 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

Donc M − λi In a des coefficients nuls à la place de λi Imi . Donc le produit par blocs donne
r
Y
(M − λi In ) = 0.
i=1

r
Y
Ceci implique que le polynôme P = (X − λi ) est annulateur de u.
i=1
Démontrons maintenant que 2 ⇒ 3. Soit donc P un polynôme scindé à racines simples tel que
P (u) = 0. Alors Πu |P , par définition de Πu . Donc Πu est lui aussi scindé à racines simples.
Pour prouver que 3 ⇒ 1, on écrit que Πu est scindé à racines simples, donc s’écrit
r
Y
Πu = (X − λi ).
i=1

On peut donc appliquer le lemme des noyaux (lemme 3.30), qui implique que
r
M
E= ker (u − λi Id) .
i=1

On peut donc appliquer le point 2 du théorème 3.59, et en déduire que u est diagonalisable. 2

Une conséquence du théorème 3.61 est la condition de diagonalisabilité suivante :

Corollaire 3.62 Soit E un K-espace vectorielYde dimension finie, et u ∈ L(E). Alors u est diago-
nalisable si et seulement si le polynôme P = (X − λ) annule u. Et dans ce cas Πu = P .
λ∈σ(u)

Démonstration. Si u est diagonalisable, on reprend la preuve de l’implicaton 1 ⇒ 2 du théo-


Yr
rème 3.61, qui nous donne que P = (X − λi ) est annulateur de u. D’autre part, σ(u) =
i=1
{λ1 , . . . , λr }, ce qui prouve le résultat voulu.
Y
Réciproquement, si P = (X − λ) est annulateur de u, alors on est dans le cas 2 du
λ∈σ(u)
théorème 3.61, qui implique bien que u est diagonalisable.
Enfin, si u est diagonalisable, on sait que Πu est scindé à racines simples, que Πu divise le
polynôme P défini ci-dessus, et que chaque λ ∈ σ(u) est racine de Πu . 2

Pour compléter cette partie sur les critères de diagonalisation, nous nous intéressons au cas où
on souhaite diagonaliser simultanément deux endomorphismes.

Lemme 3.63 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et u ∈ L(E). Soit F un sous-espace
vectoriel de E qui est stable par u. Si u est diagonalisable (respectivement trigonalisable) dans E,
alors u|F est diagonalisable (respectivement trigonalisable) dans F .
3.6. DIAGONALISATION 67

Démonstration. Si u est diagonalisable, alors Πu est scindé à racines simples d’après le théo-
rème 3.61. Or on a 
Πu u|F = Πu (u)|F = 0,
donc u|F admet un polynôme annulateur scindé à racines simples. D’après le théorème 3.61, u|F
est donc diagonalisable.
Si maintenant u est trigonalisable, alors χu est scindé, d’après le théorème 3.57. De plus, si B0
est une base de F , on peut la compléter en une base B de E. Dans cette base, la matrice de u s’écrit
Å ã
M ∗
MatB (u) = ,
0 N

où M = MatB0 (u|F ). Ceci implique que χu = χM χN = χu|F χN . Donc χu|F est scindé. On applique
à nouveau le théorème 3.57, qui implique que u|F est trigonalisable. 2

Théorème 3.64 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et u et v deux éléments de L(E)
tels que u ◦ v = v ◦ u. Si u et v sont diagonalisables (respectivement trigonalisables), alors ils le sont
dans une base commune.
Démonstration. Soit λ ∈ σ(u). Le sous-espace propre Eλ de u est stable par v. En effet,

u(v(x)) = v(u(x)) = v(λx) = λv(x).

On applique le lemme précédent, qui implique que v|Eλ est diagonalisable. Donc il existe une base
de Eλ dans laquelle la matrice de v|Eλ est diagonale. Ceci vaut pour tout sous-espace propre Eλ de
u. Comme, par hypothèse, M
E= Eλ ,
λ∈σ(u)

on peut répéter la construction ci-dessus pour chaque Eλ , réunir les bases correspondantes en une
base de E, dans laquelle à la fois les matrices de u et v sont diagonales.
Supposons maintenant que u et v sont trigonalisables. On démontre qu’ils sont trigonalisables
dans une base commune par récurrence sur n = dim(E). Pour n = 1, il n’y a rien à démontrer.
Admettons que le résultat est vrai en dimension n − 1, et supposons dim(E) = n. Soit λ ∈ σ(u) :
le sous-espace propre Eλ est donc de dimension au moins égale à 1, et est stable par v, comme on
vient de le voir. Donc v|Eλ ∈ L(Eλ ), et on a χv|Eλ |χv , qui est scindé puisque v est trigonalisable
(théorème 3.57). Donc χv|Eλ admet au moins une racine, autrement dit v|Eλ admet une valeur
propre. Ainsi, il existe e1 ∈ Eλ tel que v(e1 ) = µe1 , pour un certain µ ∈ K. Complétons maintenant
{e1 } en une base de E. Dans cette base, les matrices respectives de u et v s’écrivent
Å ã Å ã
λ M µ N
MatB (u) = , MatB (v) = ,
0 A 0 B
où M et N sont des matrices à une ligne et n−1 colonnes, et A, B des matrices carrées de taille n−1.
Comme u et v commutent, on en déduit que AB = BA. Donc, en notant F = Vect(e2 , . . . , en ), les
endomorphismes u e et ve, respectivement de matrices A et B dans la base (e2 , . . . , en ), commutent.
On peut donc leur appliquer l’hypothèse de récurrence : il existe une base de F dans laquelle ces
endomorphismes ont une matrice triangulaire supérieure. Cette base complétée du vecteur e1 forme
une base de trigonalisation commune de u et v. 2
68 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

3.7 Décomposition de Dunford


Définition 3.65 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et v ∈ L(E). On dit que v est
nilpotent s’il existe k ∈ N∗ tel que v k = 0. L’indice de nilpotence de v, noté nv , est le plus petit
entier k ≥ 1 tel que v k = 0.

Définition 3.66 Une matrice N ∈ Mn (K) est dite nilpotente s’il existe k ∈ N∗ tel que N k = 0.
L’indice de nilpotence de N , noté nN , est le plus petit entier k ≥ 1 tel que N k = 0.

Les endomorphismes nilpotents ont des propriétés particulières que nous démontrons maintenant
Lemme 3.67 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et v ∈ L(E). Alors v est nilpotent
si et seulement si χv est scindé et σ(v) = {0}. Dans ce cas, on a
1. nv ≤ dim(E).
2. v est diagonalisable si et seulement si v = 0.
3. Soit w ∈ L(E) tel que w ◦ v = v ◦ w. Si w est nilpotent, alors v + w l’est également.

Démonstration. Si v est nilpotent, alors v k = 0, donc le polynôme minimal vaut Πv = X p pour


un certain p ∈ N. On sait que le polynôme minimal et le polynôme caractéristique ont les mêmes
racines (lemme 3.50). Donc χv est aussi une puissance de X, d’où χv = X n , où n = dim(E). En
particulier, il est scindé, et σ(v) = {0}. Réciproquement, si χv est scindé et que σ(v) = {0}, comme
les racines de χv sont les valeurs propres de v, ceci impose χv = X n , et donc v est nilpotent puisque
χv annule v.
On vient de voir que χv = X n , où n = dim(E). Donc v n = 0, ce qui prouve que nv ≤ dim(E).
Supposons de plus que v est diagonalisable. Alors, comme σ(v) = {0}, sa matrice dans une base
de diagonalisation est la matrice nulle. Donc v = 0.
Enfin, supposons que w commute avec v, et que w est nilpotent. Alors on calcule
nvX
+nw Ç å
nv + nw k
(v + w)nv +nw
= v ◦ wnv +nw −k .
k
k=0

Dans cette somme, si k ≥ nv , le terme v k est nul. Et si k < nv , alors nw + nv − k > nw , donc
wnv +nw −k = 0. Ainsi, (v + w)nv +nw = 0. 2

Lemme 3.68 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, u ∈ L(E), et λ ∈ σ(u). Pour
m
tout entier m ≥ 1, le sous-espace Fλm = ker (u − λ Id) est stable par u, et l’endomorphimse
(u − λ Id)|F m est nilpotent.
λ

m m
Démonstration. Soit x ∈ Fλm . Alors u(x) vérifie (λ Id −u) (u(x)) = u ((λ Id −u) (x)) = u(0) =
0. D’autre part, Ä äm m
(u − λ Id)|F m = (u − λ Id)|F m = 0,
λ λ

par définition de Fλm . 2


3.7. DÉCOMPOSITION DE DUNFORD 69

Définition 3.69 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et u ∈ L(E). Pour tout λ ∈ σ(u),
on note mλ sa multiplicité en tant que racine du polynôme caractéristique χu . Alors le sous-espace

Kλ = ker (λ Id −u)

est appelé sous-espace caractéristique de u associé à la valeur propre λ. D’après le lemme 3.68, Kλ
est stable par u.

Théorème 3.70 (Décomposition de Dunford) Soit E un K-espace vectoriel de dimension fi-


nie, et u ∈ L(E). On suppose que χu est scindé. Alors il existe deux endomorphismes d et v tels
que
1. d et v commutent ;
2. d est diagonalisable ;
3. v est nilpotent ;
4. u = d + v.
Une telle décomposition est unique, et il existe deux polynômes (P, Q) ∈ K[X]2 tels que d = P (u)
et v = Q(u).

Démonstration. Puisque χu est scindé, on peut l’écrire sous la forme


Y m
χu = (X − λ) λ ,
λ∈σ(u)

m
On note Kλ = ker (λ Id −u) λ le sous-espace caractéristique associé à la valeur propre λ, qui est
stable par u d’après le lemme 3.68. De plus, le theorème de Cayley-Hamilton (theorème 3.46)
implique que χu (u) = 0, et le lemme des noyaux (lemme 3.30) donne donc
M
E= Kλ . (3.22)
λ∈σ(u)

D’autre part, d’après le lemme 3.68, (u − λ Id)|Kλ est nilpotent. On définit donc d comme l’endo-
morphisme défini par
∀x ∈ Kλ , d(x) = λx. (3.23)
Ceci définit bien un unique endomorphisme de E, d’après (3.22). Dans une base constitutée de la
réunion de bases des sous-espaces Kλ , la matrice de cet endomorphisme est diagonale. d est donc
diagonalisable. On définit alors
v = u − d,
qui vérifie que v|Kλ = (u−λ Id)|Kλ , qui est nilpotent. Donc v est bien nilpotent. Il reste à démontrer
que d et v commutent. Pour cela, comme chaque Kλ est stable par d et v, il suffit de démontrer
que d|Kλ et v|Kλ commutent. Ceci se prouve par un simple calcul :

∀x ∈ Kλ , v(d(x)) = v(λx) = λv(x) = d(v(x)),

puisque v(x) ∈ Kλ .
70 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

Nous démontrons maintenant que d et v sont des polynômes en u. On pose


Y
∀λ ∈ σ(u), Qλ = (X − µ)mµ .
µ∈σ(u)\{λ}

Les polynômes Qλ sont premiers entre eux dans leur ensemble, car aucun facteur irréductible n’est
commun aux Qλ . Donc il existe des polynômes Uλ tels que
X
Uλ Qλ = 1. (3.24)
λ∈σ(u)

Nous allons démontrer que


Ñ é
X X
d= λUλ Qλ (u) = λUλ (u) ◦ Qλ (u). (3.25)
λ∈σ(u) λ∈σ(u)

Pour cela, il suffit de prouver que


∀(λ, µ) ∈ σ(u)2 , (Qλ Uλ ) (u)|Kµ = δλµ IdKµ . (3.26)
En effet, (3.26) implique que
Ñ é
X X
∀µ ∈ σ(u), λ (Uλ Qλ ) (u) = λ (Uλ Qλ ) (u)|Kµ = µ IdKµ ,
λ∈σ(u) λ∈σ(u)
|Kµ

ce qui correspond bien à la définition (3.23) de d. Pour prouver (3.26), on remarque que si µ ̸= λ,
alors (X − µ)mµ |Qλ , et donc (Qλ Uλ ) (u)|Kµ = 0, par définition de Kλ . Comme on a aussi (3.24),
on en déduit bien (3.26). Ce qui prouve (3.25). Ainsi, d est un polynôme en u. Donc il en est de
même pour v = d − u.
Démontrons maintenant l’unicité de cette décomposition. S’il existe deux couples (d, v) et (d′ , v ′ )
vérifiant les points 1, 2, 3 et 4, alors u = d + v = d′ + v ′ , donc d − d′ = v ′ − v. Comme d′ et v ′
commutent, d′ commute avec u = d′ + v ′ . Donc il commute avec tout polynôme en u. Donc il
commute avec d. De même, v et v ′ commutent. Le théorème 3.64 implique donc que d et d′ sont
diagonalisables dans une base commune. Dans la base de diagonalisation commune, la matrice de
d − d′ est diagonale. Donc d − d′ est diagonalisable. De plus, v et −v ′ sont nilpotents et commutent,
donc v − v ′ est nilpotent d’après le lemme 3.68. Donc d − d′ = v ′ − v est à la fois diagonalisable et
nilpotent. On applique à nouveau le lemme 3.68, et on en déduit que d = d′ et v = v ′ 2

3.8 Réduction de Jordan


Définition 3.71 Soit p ∈ N∗ et λ ∈ K. On appelle cellule de Jordan la matrice Jp,λ ∈ Mp (K)
définie par à í
λ 1
.
λ ..
Jp,λ = . (3.27)
..
. 1
λ
3.8. RÉDUCTION DE JORDAN 71

Notons qu’une cellule de Jordan est triangulaire supérieure, et vérifie que Jp,λ − λIp est une matrice
nilpotente.

h
X
Définition 3.72 Soit r ∈ N∗ , et ri ∈ N∗ , pour 1 ≤ i ≤ h, h ∈ N∗ fixé, tels que ri = r. On
i=1
appelle bloc de Jordan la matrice de Mr (K) définie par
Ö è
Jr1 ,λ
.. , (3.28)
.
Jrh ,λ

où chaque Jri ,λ ∈ Mri (K) est la cellule de Jordan définie par (3.27).

Soit u ∈ L(E), où E est un K-espace vectoriel de dimension n. Nous allons maintenant démontrer
que, sous certaines conditions, il existe une base B de E, appelée base de Jordan de u, tel que
Ö è
Jλ1
MatB (u) = .. , (3.29)
.
Jλp

où chaque Jλk est un bloc de Jordan, au sens défini par (3.28), avec λi ∈ K. Une matrice de la
forme (3.29) est appelée forme de Jordan de u.
Notons que si une telle matrice existe, elle est, par définition, triangulaire supérieure. En parti-
culier, on a alors
σ(u) = {λ1 , . . . , λp } .
D’autre part, si χu est scincé, alors par le lemme des noyaux, on sait que
M
E= Kλ ,
λ∈σ(u)

où Kλ est le sous-espace caractéristique associé à la valeur propre λ (défintition 3.69). Un tel


sous-espace est stable par u, et l’endomorphisme vλ ∈ L(Kλ ) défini par

vλ = (u − λ Id)|Kλ ,

est nilpotent. Imaginons un instant qu’on sache construire une base de Jordan pour tout endomor-
phisme nilpotent. Alors on en construit une pour chaque vλ sur chaque Kλ , qui est aussi une base
de Jordan pour u|Kλ = vλ + λ Id, car la matrice de l’endomorphisme λ Id est toujours égale à λIpλ ,
où pλ = dim(Kλ ), et ce quelle que soit la base choisie. En recollant ces bases on obtient une base
de Jordan de u.
Il est donc fondamental, avant de pouvoir obtenir une décomposition de Jordan, d’étudier les
endomorphismes nilpotents.
72 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

Lemme 3.73 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et v ∈ L(E) un endomorphisme


nilpotent. On note nv l’indice de nilpotence de v. Alors on a

∀i ∈ {1, . . . , nv } , ker v i−1 ⊊ ker v i ,


 
(3.30)

et
ker v i = ker (v nv ) = E.

∀i ≥ nv , (3.31)

Démonstration. Soit i ∈ N∗ . Il est clair que si i ≥ nv , alors v i = 0, donc ker(v i ) = E, ce qui


prouve (3.31).
On suppose donc pour la suite que i ∈ {1, . . . , nv }. Il est clair que ker(v i−1 ) ⊂ ker(v i ). Supposons
qu’il y ait égalité, et montrons qu’alors

ker v i = ker v i+1 .


 
(3.32)

On sait déjà que ker(v i ) ⊂ ker(v i+1 ). Supposons que x ∈ ker(v i+1 ). On a alors v i (v(x)) = 0, donc
v(x) ∈ ker(v i ) = ker(v i−1 ), donc v i (x) = 0, c’est-à-dire x ∈ ker(v i ). On vient donc de démontrer
ker(v i+1 ) ⊂ ker(v i ), d’où (3.32). Cette égalité se propage à tous les indices j ≥ i, et on a donc

ker v i−1 = ker v i = · · · = ker (v nv ) = E.


 

Comme nv est le plus petit entier n vérifiant v n = 0, ceci n’est possible que si i − 1 = nv , ce qui est
contradictoire. Ceci prouve donc bien (3.30). 2

Proposition 3.74 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et v ∈ L(E) un endomorphisme


nilpotent. Alors v admet une base de Jordan.

Démonstration. Soit nv l’indice de nilpotence de v. Nous allons construire des sous-espaces


(Fi )0≤i≤nv tels que, pour tout i ∈ {1, . . . , nv },

ker(v i ) = ker(v i−1 ) ⊕ Fi , v(Fi ) ⊂ Fi−1 .

Pour cela, on procède par récurrence descendante. Si i = nv , alors ker v nv −1 ⊊ ker (v nv ) = E. On



choisit pour Fnv un supplémentaire de ker(v nv −1 ) dans E, qui est non nul d’après ce qui précède.
De plus il vérifie v(Fnv ) ⊂ ker(v nv −1 ). En effet, si x ∈ Fnv , alors

v nv −1 (v(x)) = v nv (x) = 0. (3.33)

D’autre part, v(Fnv ) ∩ ker(v nv −2 ) = {0}, car si x ∈ v(Fnv ) ∩ ker(v nv −2 ), alors x = v(y), avec
y ∈ Fvn , et 0 = v nv −2 (v(y)) = v nv −1 (y). Donc y ∈ Fvn ∩ ker(v nv −1 ) = {0}, puisque ces deux
sous-espaces sont supplémentaires. Donc y = 0, d’où x = v(y) = 0. Nous avons donc prouvé que

v(Fnv ) ⊂ ker(v nv −1 ) et v(Fnv ) ∩ ker(v nv −2 ) = {0}.

Ceci implique qu’on peut choisir un supplémentaire Fnv −1 de ker(v nv −2 ) dans ker(v nv −1 ) qui
contient v(Fnv ).
Nous supposons maintenant que Fi est construit, et construisons Fi−1 . On sait que

ker(v i ) = ker(v i−1 ) ⊕ Fi .


3.8. RÉDUCTION DE JORDAN 73

Pour tout x ∈ Fi , on a
v i−1 (v(x)) = v i (x) = 0,
car Fi ⊂ ker(v i ). Donc v(Fi ) ⊂ ker(v i−1 ). De plus, v(Fi ) ∩ ker(v i−2 ) = {0}, car si x est un élément
de ce sous-espace, alors x = v(y), avec y ∈ Fi , et 0 = v i−2 (v(y)) = v i−1 (y), d’où y ∈ ker(v i−1 ),
qui est en somme directe avec Fi , donc y = 0, donc x = 0. On peut donc choisir pour Fi−1 un
sous-espace supplémentaire de ker(v i−2 ) dans ker(v i−1 ) contenant v(Fi ). On continue ce procédé
jusqu’à construire F1 = ker(v), puisque le noyau de v 0 = Id est nul, et donc v(F1 ) = {0}. Enfin, on
pose F0 = E.
Remarquons maintenant que v|Fi est injective pour i ≥ 2, car Fi ∩ ker(v) ⊂ Fi ∩ ker(v i−1 ) = {0}.
Remarquons également que
E = F1 ⊕ · · · ⊕ Fn v ,
car

E = ker (v nv ) = ker v nv −1 ⊕ Fnv = ker v nv −2 ⊕ Fnv −1 ⊕ Fnv = . . .


 

= ker(v 0 ) ⊕F1 ⊕ · · · ⊕ Fnv .


| {z }
={0}

On peut maintenant construire la base de Jordan. On note

di = dim(ker(v i )) − dim(ker(v i−1 )) = dim(Fi ).

On définit alors
Bnv = (env ,j )1≤j≤dn ,
v

une base de Fnv . Comme la resctriction de v à Fnv est injective, l’image de Bnv est une famille libre
de Fnv −1 . On la complète en une base de Fnv −1 :

Bnv −1 = (env −1,j )1≤j≤dn .


v −1

Plus généralement, si on a construit une base Bi de Fi , on remarque que v est injective sur Fi , donc
que l’image de Bi = (ei,j )1≤j≤di est une famille libre de Fi−1 . On la complète en une base de Fi−1 .
Ceci jusqu’à i = 1, et on obtient alors une base B1 = (e1,j )1≤j≤d1 de F1 = ker(v). La famille

B = e1,1 , . . . , e1,d1 , e2,1 , . . . , e2,d2 , . . . . . . , env ,1 , . . . , env ,dnv ,

est une base de E, consistant en la réunion des bases Bi . En réordonnant correctement les vecteurs
de cette base B, nous allons construire une base de Jordan de v. Nous avons un tableau de la forme

B nv • • •
Bnv −1 • • • • •
.. (3.34)
.
B1 • • • • • ... •

où chaque point représente un vecteur de la base B. Par construction, les vecteurs de B1 on une
image nulle par v, puisque F1 = ker v. Et pour chaque i ≥ 2, l’image d’un vecteur de Bi , est le
vecteur de Bi−1 juste en-dessous. En particulier, les vecteurs d’une colonne donnée, ordonnés du bas
74 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

vers le haut, engendrent un sous-espace stable par v, et E est somme directe de ces sous-espaces.
La matrice de v restreinte à un de ces sous-espaces est une cellule de Jordan dont la taille est la
hauteur de la colonne. En effet notons f1 , . . . , fs les vecteurs d’une telle colonne. Alors nous avons
v(f1 ) = 0, v(f2 ) = f1 , ..., v(fs ) = fs−1 ,
donc la matrice correspondante est
à í
0 1
..
0 .
J= ∈ Ms (K).
..
. 1
0
Pour avoir une base de Jordan, on ordonne donc les vecteurs de la base comme suit : on part de la
colonne la plus à droite du tableau (3.34), et on numérote cette colonne de bas en haut. Une fois
tout en haut, on redescende en bas de la colonne voisine de gauche, et on recommence le procédé
jusqu’à épuisement des colonnes. 2

Notation 3.75 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, u ∈ L(E), et λ ∈ σ(u). Alors
pour tout k ∈ N, on note

dk,λ = dim ker(u − λ Id)k − dim ker(u − λ Id)k−1 .


 
(3.35)

Lemme 3.76 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et v ∈ L(E) un endomorphisme


nilpotent, d’indice de nilpotence nv . Soit
Ö è
Jr1 ,0
J0 = .. ,
.
Jrh ,0

une forme de Jordan de v. Alors rh = nv . De plus, la taille d’un bloc de Jordan de J0 est inférieure
ou égale à nv , et pour tout k ∈ {1, . . . , nv }, le nombre de cellules de Jordan de taille supérieure
ou égale à k est égal à dk,0 , où dk,λ est défini par (3.35). En particulier, le nombre de cellules de
Jordan de taille k de J0 est égal à
dk,0 − dk+1,0 .

Démonstration. Soit Js,0 une cellule de Jordan de taille s. Un simple calcul montre que
®
k
 k si 1 ≤ k ≤ s − 1,
dim ker Js,0 =
s si k ≥ s.
En particulier, Js,0 est nilpotent d’indice s. En conséquence, J0 est nilpotente d’indice rh , donc
nv = rh . Soit nk le nombre de cellules de Jordan de taille k, et mk le nombre de cellules de Jordan
de taille supérieure ou égale à k. On a donc
mk = nk + · · · + nnv . (3.36)
3.8. RÉDUCTION DE JORDAN 75

k
De plus, si Js,0 est une cellule de Jordan de taille s avec 1 ≤ s ≤ k − 1, alors Js,0 = 0 et donc
dim ker Js,0 = s. Et si k ≤ s ≤ nv , alors dim ker Js,0 = k. Ainsi, la dimension de ker(J0k ) vaut
k k
 
n1 + 2n2 + · · · + (k − 1)nk−1 + k(nk + · · · + nr ), c’est-à-dire

dim ker(J0k ) = n1 + 2n2 + · · · + (k − 1)nk + kmk .

Ainsi,

dim ker(J0k ) − dim ker(J0k−1 ) = (k − 1)nk−1 + kmk − (k − 1)mk−1


= mk + (k − 1) (nk−1 + mk − mk−1 ) = mk ,

car mk = mk−1 − nk−1 , d’après (3.36). On obtient donc que dk,0 = mk , d’où nk = mk − mk+1 =
dk,0 − dk+1,0 . Ceci conclut la preuve. 2

Nous pouvons maintenant énoncer le théorème de décomposition de Jordan

Théorème 3.77 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et u ∈ L(E). On suppose que
χu est scindé. Alors Πu est aussi scindé, et u admet une base de Jordan. Ecrivons
Y
Πu = (X − λ)rλ .
λ∈σ(u)

Alors la taille maximale d’une cellule de Jordan du bloc Jλ est rλ . De plus, pour tout k ∈ {1, . . . , rλ },
le nombre de cellules de Jordan de taille k vaut

dk,λ − dk+1,λ ,

où dk,λ est défini par (3.35).

Démonstration. Comme χu est scindé, Πu l’est aussi parce que Πu divise χu . Les racines de Πu
sont les valeurs propres de u d’après le lemme 3.50. De plus, chaque sous-espace caractéristique Kλ
est stable par u, et on a
M
E= Kλ .
λ∈σ(u)

Il suffit donc de construire une base de Jordan sur chaque Kλ , puis de les rassembler pour obtenir
une base de Jordan sur E. Comme u − λ Id est un endomorphisme de Kλ qui est nilpotent, on peut
appliquer la proposition 3.74, et on a une base de Jordan pour u − λ Id sur Kλ . Comme la matrice
de λ Id est égale à λIp , où p = dim(Kλ ), quel que soit λ, il s’agit d’une base de Jordan pour u.
Soit λ ∈ σ(u) et soit vλ = (u − λ Id)|Kλ . Montrons tout d’abord que, pour tout i ∈ {0, . . . , mλ },

i
ker vλi = ker (u − λ Id) .

(3.37)
i i
Il est clair que si x ∈ ker vλi , alors (u − λ Id) (x) = 0. On a donc ker vλi ⊂ ker (u − λ Id) .
 
D’autre part, on sait que, puisque i ≤ mλ ,
i mλ
ker (u − λ Id) ⊂ ker (u − λ Id) = Kλ .
76 CHAPITRE 3. RÉDUCTION D’ENDOMORPHISMES

i i
Et on a donc que pour tout x ∈ ker (u − λ Id) , vλi (x) est bien défini et vaut vλi (x) = (u − λ Id) (x) =
0, d’où l’inclusion inverse, et l’égalité (3.37). De plus, vλ est nilpotent, et nous allons montrer que
son indice de nilpotence est égal à rλ . Pour cela on note tout d’abord que ker(vλrλ ) ⊂ Kλ , pour
tout λ ∈ σ(u). De plus, le lemme des noyaux (lemme 3.30) appliqué, d’une part avec χu (u) = 0, et
d’autre part avec Πu (u) = 0, donne
M M r
M
E= Kλ = ker (u − λ Id) λ = ker(vλrλ ).
λ∈σ(u) λ∈σ(u) λ∈σ(u)

En particulier, comme on sait déjà que dim ker(vλrλ ) ≤ dim Kλ , on obtient dim ker(vλrλ ) = dim Kλ ,
et donc vλrλ = 0. Si l’indice de nilpotence s de vλ était strictement plus petit que rλ , on aurait donc
vλs = 0, ce qui implique que (X − λ)s est annulateur de u|Kλ . On pose alors
Y
P = (X − λ)s (X − µ)rµ
µ∈σ(u)\{λ}

Alors P (u) = 0, car si x ∈ Kµ , µ ̸= λ, (u − µ Id)rµ (x) = 0, et si x ∈ Kλ , (u − λ Id)s (x) = 0. Comme


deg(P ) < deg(Πu ), ceci est contradictoire avec le fait que Πu est le polynôme minimal de u.
Nous avons donc démontré que l’indice de nilpotence de vλ est rλ , donc que la taille maximale
d’une cellule de Jordan du bloc Jλ est rλ , d’après le lemme 3.76. 2

Les résultats ci-dessus indiquent une méthode pratique pour obtenir la forme de Jordan d’un
endomorphisme u ∈ L(E), ainsi qu’une base de Jordan associée.
1. Tout d’abord, il faut calculer le polynôme minimal Πu de u, qu’on écrit
Y
Πu = (X − λ)rλ .
λ∈σ(u)

Pour ce faire, on peut commencer par calcule χu , et obtenir ainsi mλ , multiplicité de λ. Alors,
rλ est l’indice de nilpotence de (u − λ Id)|Kλ , c’est-à-dire

rλ = inf {r ∈ N, dim ker [((u − λ Id)r )] = mλ } .

2. Pour obtenir la forme de Jordan, pour tout λ ∈ σ(u) et pour tout k ∈ {1, . . . , rλ }, on calcule

dk,λ = dim ker (u − λ Id)k − dim ker (u − λ Id)k−1 .


   

Le nombre de cellules de Jordan de taille k dans le bloc de Jordan Jλ est alors égal à la
différence dk,λ − dk+1,λ .
Pour obtenir ces nombres simplement, on peut construire un tableau à rλ lignes tel que pour
tout entier k ∈ {1, . . . , rλ }, la ligne k ait dk,λ cases. Alors dk,λ − dk+1,λ est le nombre de
colonnes de hauteur k (notons que drλ +1,λ = 0.) On en déduit la structure de Jλ et on colle
tous les blocs dans une matrice diagonale par blocs pour obtenir la forme de Jordan de u.
3. Pour obtenir la base de Jordan, pour chaque λ ∈ σ(u), on construit un tableau à rλ lignes
formé de vecteurs de E comme suit.
On choisit tout d’abord des vecteurs formant une base d’un supplémentaire du sous-espace
ker (u − λ Id)rλ −1 dans ker ((u − λ Id)rλ ) , et on les dispose dans la première ligne. On ap-

plique ensuite u − λ Id à ces vecteurs, et on complète cette nouvelle famille en une base d’un
3.8. RÉDUCTION DE JORDAN 77

supplémentaire de ker (u − λ Id)rλ −2 dans ker (u − λ Id)rλ −1 , que l’on dispose dans la ligne
 
suivante du tableau. On répète ce procédé jusqu’à obtenir une base de ker (u − λ Id) que l’on
dispose dans la dernière ligne du tableau. On renumérote ensuite les vecteurs en partant de la
colonne de droite de bas en haut, puis en recommençant le procédé avec la colonne voisine de
gauche, jusqu’à la colonne de gauche. On recolle alors toutes les familles de vecteurs obtenues
ainsi pour chaque valeur propre, et l’on obtient une base de Jordan de u.

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