1) Le regard d’une femme inca
Zilia est une femme, prêtresse inca, réduite à l’esclavage. Mme de Graffigny lui attribue langage
très poétique :
Les cris de ta tendre Zilia, tels qu'une vapeur du matin, [...] se dissipent avant d'arriver jusqu'à toi.
Lettre première
Dans un premier temps, malgré la différence de langue, Zilia comprend les émotions, et
notamment les opéras.
Il faut, mon cher Aza, que l'intelligence des sons soit universelle, car il ne m'a pas été plus difficile
de m'affecter des [...] passions que l'on a représentées, que si elles eussent été exprimées dans
notre langue.
Lettre dix-septième
Mais la connaissance de la langue lui ouvre les yeux sur la réalité des mœurs françaises.
À mesure que j'en ai acquis l'intelligence, un nouvel univers s'est offert à mes yeux. Les objets ont
pris une autre forme, chaque éclaircissement m'a découvert un nouveau malheur !
Lettre dix-huitième
2) Les mœurs françaises
Tout d’abord, Zilia constate que les français mettent tout leur génie au service du superflu, pour
paraître riches.
Leur goût effréné pour le superflu a corrompu leur raison, leur cœur, et leur esprit. [...] Quel travail
pour soutenir leur dépense au-delà de leurs revenus !
Lettre vingt-neuf
Alors que pour Zilia, l’affection et l’amitié sont des valeurs élevées, la politesse des français lui
paraît absurde.
Ce qu'ils appellent la politesse leur tient lieu de sentiment : elle consiste dans une infinité de
paroles sans signification, d'égards sans estime et de soins sans affection.
Lettre vingt-neuf
Ainsi, elle embarrasse ses interlocuteurs français quand elle met les valeurs humaines au-dessus du
prestige et du rang social.
Si je parle de l'équité à l'égard des inférieurs [...] et de la fermeté à [...] fuir les vicieux de qualité, je
remarque à leur embarras qu'elles me soupçonnent de parler la langue péruvienne.
Lettre trente-quatre
3) La condition féminine
À travers Zilia, Mme de Graffigny dénonce l’éducation des femmes en France, dont on ne soigne
que les apparences.
Au peu de soin que l'on prend de leur âme, on serait tenté de croire que les Français [...] leur en
refusent une. [...] Régler les mouvements du corps [et] du visage, composer l'extérieur, sont les
points essentiels de l'éducation.
Lettre trente-quatre
Mme de Graffigny dénonce aussi l’institution du mariage, une véritable servitude pour les femmes.
Il semble qu'en France les liens du mariage ne soient réciproques qu'au moment de leur
célébration, et que dans la suite les femmes seules doivent y être assujetties.
Lettre Trente-quatre
Enfin, les désordres de la société découlent naturellement de ce déséquilibre donnant tout le
pouvoir aux hommes.
Quand tu sauras qu'ici l'autorité est entièrement du côté des hommes, tu ne douteras pas, mon
cher Aza, qu'ils ne soient responsables de tous les désordres de la société.
Lettre trente-quatre
4) La sagesse et le bonheur
Ainsi Mme de Graffigny attribue au peuple inca précisément la sagesse qui manque aux français :
S'ils vivaient parmi nous, ils deviendraient vertueux : l'exemple et la coutume sont les tyrans de
leur conduite. Tel [...] médit pour n'être pas méprisé. [...] Tel autre serait bon [...] s'il ne craignait
d'être ridicule.
Lettre trente-deux
Zilia s’étonne par exemple des tragédies, qui offrent un spectacle mortifère, au lieu de donner des
exemples de vertu.
De belles femmes, qu'apparemment ils persécutent, pleurent sans cesse. [...] Notre Nation [...]
chérit le bien par ses propres attraits ; il ne nous faut que des modèles de vertu pour devenir
vertueux.
Lettre trente-deux
Dans sa dernière lettre, Zilia invite Déterville à partager, non une passion amoureuse, mais une
amitié faite d’échanges sincères.
Venez, Déterville, venez apprendre de moi à économiser les ressources de notre âme [...] à
connaître les plaisirs innocents et durables. [...] Vous trouverez dans mes sentiments [...] tout ce
qui peut vous dédommager de l'amour.
Lettre quarante et une