Activité 1 : La Commune et les arts (1/2)
Doc. 1 : Gustave Courbet
Né le 10 juin 1819 et mort en 1877, Courbet est un peintre et sculpteur français.
Déçu par le gouvernement de Défense nationale, proche de la Fédération
jurassienne du théoricien anarchiste Bakounine, il prend une part active à la
Commune de Paris. Il est élu au conseil de la Commune par le 6e arrondissement et
délégué aux Beaux-Arts. Le 17 avril 1871, il est élu président de la Fédération des
artistes. Il fait alors blinder toutes les fenêtres du palais du Louvre pour en protéger
les œuvres d’art, mais aussi l’Arc de Triomphe et la fontaine des Innocents. Il prend
des mesures semblables à la manufacture des Gobelins, et fait même protéger la
collection d'œuvres d'art d'Adolphe Thiers, dont notamment ses porcelaines de
Chine. Il est chargé de la destruction de la colonne Vendôme.
Doc. 2 : La Fédération des artistes de la Commune
L'apport de Courbet consista principalement à l'établissement d'une fédération
laissant libre les artistes de gérer leurs propres affaires en dehors de toute tutelle
administrative ou étatique. La fédération des artistes réprouve l'idée d'octroi de
subventions, les considérant comme une forme de tutelle et privilégiant une
organisation corporatiste prenant la forme d'un syndicat des artistes.
Doc. 3 : La destruction de la colonne Vendôme
La colonne de la place Vendôme est un hommage à la Grande Armée surmonté d’une statue de Napoléon I er. La
Commune décide sa destruction et la fait abattre par des terrassiers.
« La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie,
un symbole de la force brute et de la fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit
international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grands
principes de la République française, la fraternité, décrète : La colonne de la place Vendôme sera démolie. »
Placard de la Commune de Paris
Activité 1 : La Commune et les arts (2/2)
Doc. 4 : L’art de la Commune
D'après l'universitaire américaine Kristin Ross, « par luxe communal, les artistes et les artisans de la Commune
semblaient penser à une sorte de beauté publique : l'amélioration des espaces partagés dans toutes les villes et
tous les villages, le droit pour chacun de vivre et de travailler dans un environnement agréable. En créant un art
public, un art vécu, au niveau de municipalités autonomes, le luxe communal œuvrait contre la conception même
de l'espace monumental et sa logique centralisatrice (nationaliste). »
Il s'agit également de gommer la séparation entre arts décoratifs et beaux arts réservés à une élite consommant
des produits de luxe. Élisée Reclus, dans son livre L'art et le peuple, décrira une volonté de transformer ce qu'il
appelle le « palais coutumier » (lieu où sont enfermés les beaux arts pour une petite élite) en un feu de joie créatif
d'art vécu, indispensable et non superflu :
Doc. 5 : Qu’est-ce qu’un artiste ?
Les artistes de la Commune sont des artistes engagés,
comprenant que l’art est politique. Ils seront critiqués
pour cela après coup (comme Courbet, fustigé par des
artistes et écrivains bourgeois comme Émile Zola et
Alexandre Dumas pour être sorti d’une supposée
« neutralité » d'artiste et s'être engagé politiquement).
Le cordonnier Napoléon Gaillard par exemple se réclame
d'une pratique quotidienne des arts intégrée dans le
travail des artisans. Il revendique une forme d'art dans sa
pratique de cordonnier. Il se fait (de façon
emblématique) photographier signant la barricade qu'il a
créée place de la Concorde, ce qui lui vaut le surnom de
Château Gaillard par la suite. Gaillard indique aussi être Barricade des fédérés construite par Gaillard père, au coin des rues
St Florentin & de Rivoli - Liébert, Alphonse , photographe (CC0 Paris
fier de « faire une chaussure bien chaussante » et
Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris)
revendique en tant que cordonnier un statut « d'artiste
chaussurier ».
Doc. 6 : Œuvres d’artistes ayant participé à la Commune
L’Internationale, écrite par Eugène Pottier pendant la
Le Désespéré, Gustave Courbet, 1845. semaine sanglante.
Activité 2 : La Commune et la démocratie (1/2)
Doc. 1 : Qui sont les Communards ?
Les archives de la répression qui frappa l'insurrection
permettent de brosser le portrait social des
communards. L'insurgé typique de 1871 est un
travailleur parisien, un homme d'une trentaine d'années.
Parmi les insurgés, on rencontre principalement les
ouvriers du bâtiment, les journaliers, et les travailleurs
du métal, ouvriers d'ateliers ou de petites fabriques. Ils
forment respectivement 17 %, 16 % et 10 % du total.
Viennent ensuite les employés (8 %), les cordonniers-
savetiers (5 %), les marchands de vin (4 %) et les ouvriers
du livre (3 %), fortement politisés.
Jacques Rougerie, « La véritable Commune de Paris »,
dans le mensuel La Une, no 41, juin 2000, p.16.
Doc. 2 : La Commune et la presse
La liberté de la presse est réaffirmée le 19 mars par le Comité central
de la Garde nationale. La Commune de Paris de 1871 est la période
pendant laquelle le plus de journaux furent créés. Si la liberté de la
presse fut restreinte, si de nombreux journaux furent supprimés car
reprenant les idées politiques de Versailles, la Commune n'empêcha
jamais la parution de nouveaux journaux.
Des journaux anti-communards continuent donc de paraître à Paris.
Ils se livrent à des attaques violentes contre le soulèvement et
relaient les mots d'ordre politiques de Thiers. Le 18 avril, la Commune
menace d'interdiction les journaux « favorables aux intérêts de
l'armée ennemie » qui continuent tout de même de paraître. Les
publications interdites peuvent reparaître quelques jours plus tard du
fait de la totale liberté laissée pour la fondation d'un journal.
Thiers chargeant les communards
(couverture du Fils du père Duchêne
Illustré).
Activité 2 : La Commune et la démocratie (2/2)
Doc. 3 : Les mesures de la Commune
La Commune administre Paris durant 72 journées d'une intense
activité législative. Quelques mesures sont symboliques : le drapeau
rouge est adopté le 28 mars et le calendrier républicain (an 79 de la
République) remis en vigueur. La Commune n’ayant aucune légitimité
au regard du gouvernement légal du pays, ces mesures disparaissent
avec elle.
Doc. 4 : La Commune sociale
Le 29 mars, un décret remet les loyers non payés d'octobre 1870 à avril 1871 (les locataires ne sont tout
simplement plus redevables de ces loyers). Le 16 avril, un délai de trois ans est accordé pour le règlement des
dettes et des échéances. La solidarité est également organisée : une pension est versée aux blessés ainsi qu'aux
veuves (600 francs) et aux orphelins (365 francs) des gardes nationaux tués au combat. Pour comparaison, le
salaire moyen d’un ouvrir non nourri en 1871 est de 2,65 francs par jour. Le 25 avril, un décret réquisitionne les
logements vacants au profit des sinistrés des bombardements prussiens et versaillais ; des orphelinats sont créés.
Doc. 5 : La Commune et le travail
Le 16 avril, un décret réquisitionne les ateliers abandonnés par leurs propriétaires (assimilés à des déserteurs) ; il
prévoit de les remettre à des coopératives ouvrières. La journée de travail est de 10 heures et l'encadrement est
élu par les salariés. Pour contrer une pratique très répandue, la Commune interdit les amendes patronales et
retenues sur salaires. Pour lutter contre le sous-salariat dans les appels d'offres concernant les marchés publics, un
cahier des charges avec indication du salaire minimum est créé. Dans les entreprises, un conseil de direction est élu
tous les 15 jours par l'atelier et un ouvrier est chargé de transmettre les réclamations.
Doc. 6 : La Commune et la citoyenneté
L'appel du 22 mars du Comité central de la Garde nationale énonce que « les membres de l'assemblée municipale,
sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l'opinion, sont révocables, comptables et responsables » et que leur
mandat est impératif. Il s'agit d'une démocratie directe reposant sur une citoyenneté active, renouant avec l'esprit
de la Constitution de 1793 (constitution de l’an II). Les citoyens doivent s’impliquer et participer à la vie politique,
pas juste les élus. La Commune de Paris ouvre la citoyenneté aux étrangers : « Considérant que le drapeau de la
Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen
aux étrangers qui la servent. [...] ».
Doc. 7 : La Commune et les cultes
Dans le domaine des cultes, la Commune rompt avec le concordat de 1801 qui faisait du catholicisme « la religion
de la majorité des Français ». Le 2 avril, la Commune décrète la séparation de l'Église (catholique) et de l'État, la
suppression du budget des cultes et la sécularisation des biens des congrégations religieuses. L’enseignement est
laïcisé avec des écoles professionnelles de garçons et de filles.
Activité 3 : la Commune et les femmes (1/2)
Doc. 1 : Les femmes au XIXe siècle
Sous le Second Empire, les inégalités
salariale sont fortes : les hommes
gagnent deux fois plus que les femmes.
La plupart d'entre elles sont ouvrières.
En général, elles travaillent depuis leur
domicile pour pouvoir s'occuper de
leur famille où les problèmes d'alcool
sont fréquents. Les femmes dans
l’industrie sont en concurrence avec les
couvents qui bénéficient d'une main
d’œuvre gratuite, ce qui baisse leurs
salaires. Parfois elles doivent se
prostituer pour que leur famille
subsiste.
La soupe du matin par Norbert Goeuneutte (1854 - 1894)
Doc. 2 : Les premières féministes
Les premières féministes françaises apparaissent en France après les
années 1860. André Léo publie des ouvrages consacrés à l'égalité des
sexes. En 1866, elle crée l'« Association pour l'amélioration de
l'enseignement des femmes » et en 1868, elle publie un texte défendant
l'égalité des sexes qui est à l'origine du premier groupe féministe français.
D'autres femmes défendent aussi l'idée de la libération des femmes
comme Julie Daubié, première femme à obtenir le baccalauréat en 1861,
Paule Minck, Amélie Bosquet, Adèle Esquiros, etc.
Photographie : Victoire Léodile Béra (1824-1900), dite André Léo,
romancière, journaliste militante féministe se situant entre socialisme et
anarchisme, membre de la Première Internationale.
Doc. 3 : Les femmes dans le déclenchement de la
Commune
Quand le gouvernement décide de désarmer les
Parisiens, ceux-ci se sentent directement menacés. Les
femmes commencent à participer aux différentes
manifestations. Le 18 mars, l'armée vient chercher les
canons à Montmartre mais le peuple parisien s'y oppose.
Ce sont les femmes qui, réveillées les premières,
empêchent les soldats de saisir les canons.
Activité 3 : la Commune et les femmes (2/2)
Doc 4 : Des mesures profitables aux femmes.
Peu de dirigeants masculins de la Commune se préoccupent des enjeux directement liés au sort des femmes. Les
femmes n'ont pas accès aux postes de pouvoir durant cette période. Beaucoup des mesures de la Commune
concernent toutefois le droit des familles et des travailleuses, comme :
• la reconnaissance de l'union libre (le mouvement verse une pension aux veuves de fédérés, mariées ou non,
ainsi qu'à leurs enfants légitimes ou naturels) ;
• l'interdiction de la prostitution, la mise en place du début d'une égalité salariale ;
• l'accès à l'éducation et de la facilitation du divorce ;
• le 10 mai 1871, la Commission du Travail et d'échange reconnaît la nécessité de créer des syndicats de
femmes pour l'organisation du travail des femmes ;
• le temps manque pour instaurer le droit de vote des femmes. On ne sait si les hommes l’auraient accepté.
Doc. 5 : Souvenirs de la Commune
Louise Michel, alias « Enjolras », 1830-1905, est une institutrice, écrivaine, militante anarchiste, franc-maçonne
française, aux idées féministes et l’une des figures majeures de la Commune de Paris, participant aux événements
de la butte Montmartre et à la semaine sanglante.
Paris respirait ! […]. La femme, qui demandait contre son mari la séparation de corps, appuyée sur des preuves
valables, avait droit à une pension alimentaire. […]
Je faisais partie […] du 61e bataillon de marche de Montmartre, corps d'armée d'Eudes […]. Après avoir pris les
Moulineaux, on entra au fort d'Issy, où l'un de nous eut la tête emportée d'un obus. […] Suivant l'appel que nous
avions publié dans les journaux2, elles pansaient les blessés sur le champ de bataille et souvent ramassèrent le fusil
d'un mort. Il en fut ainsi de plusieurs cantinières : Marie Schmid, madame Lachaise, madame Victorine Rouchy […].
J'étais souvent avec les ambulancières venues nous retrouver au fort d'Issy, mais plus souvent encore avec mes
camarades des compagnies de marche ; ayant commencé avec eux, j'y restais et je crois que je n'étais pas un
mauvais soldat.
Louise Michel, La Commune, 1898.
1. Un pouvoir abusivement autoritaire.
2. L'appel de l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, à laquelle Louise Michel appartient, est notamment
relayé dans Le Cri du peuple, quotidien créé le 22 février 1871.
Doc 6 : Les soldates
Les femmes veulent faire partie de la défense de la Commune sans distinction de sexe.
Malgré les nombreux appels des femmes, le gouvernement de la Commune fut lent à
incorporer les femmes dans la défense de Paris contre les Versaillais. Seule la 12e légion
(légion des femmes) parvient à organiser une compagnie de « citoyennes volontaires ».
Au cours de la semaine sanglante, plusieurs milliers se sont retrouvées sur les barricades
à défendre Paris. Louise Michel est connue pour avoir revêtu l'habit des « fédérés » mais
on note aussi Léontine Suétens par exemple, blessée deux fois.
Photographie : Louise Michel en uniforme de fédéré
Activité 4 : La semaine sanglante (1/2)
Doc. 1 : Gustave Flourens
Blanquiste et républicain rouge, Flourens est élu à la Commune par le 19e
arrondissement puis nommé général et chargé de la défense du Paris
révolutionnaire.
Début avril, les Les Versaillais amassent 130 000 soldats autour de Paris avec
l’autorisation des Prussiens qui occupent le pays. Ils sont commandés par le
général Mac Mahon.
Partisan d’une offensive, la Commune mobilise la Garde nationale et Flourens
mène une offensive en direction de Versailles le 3 avril. Mal préparés et peu
expérimentés, ils sont vaincus.
Capturé et désarmé, Flourens est assassiné par un officier versaillais. Son corps
est ramené à Versailles et exposé aux bourgeois qui viennent contempler et
moquer le cadavre du général de la Commune.
Doc 2 : Barricade de la rue de Charonne
Après l’échec de l’offensive du 3 avril, les Communards
fortifient Paris et se replient sur des barricades. Doc 3 : La défense de Paris
Doc : 4 : La répression de la
semaine sanglante, gravure
photographiée et retouchée
Du 21 au 28 mai 1871, la semaine
sanglante commence par des
bombardements versaillais, tandis
que les Communards allument des
feux pour faire diversion ou par
vengeance. Les troupes entrent
ensuite dans la ville pour s’attaquer
aux barricades en ruine.
Activité 4 : La semaine sanglante (2/2)
Doc. 5 : Femmes défendant la
barricade de la place Blanche lors de
la semaine sanglante (lithographie)
Doc. 6 : Caricature de « pétroleuse » d’après une carte postale versaillaise de 1871
Le mythe des « pétroleuses » a été créé par les Versaillais pour persuader leurs
troupes du caractère barbare de leurs adversaires et expliquer les destructions qui
ont lieu lors de la semaine sanglante. En effet, les incendies ravagent Paris et les
destructions sont nombreuses. Les Tuileries brûlent, une partie des archives du
Louvre sont détruites et l’Hôtel de Ville est incendié. Pourtant, malgré la
propagande versaillaise encore importante aujourd’hui, les historiens estiment
que les pétroleuses n’ont jamais existé. Une grande partie des destructions vient
des combats, des bombardements des Versaillais, des immeubles détruits pour
contourner les barricades et une minorité d’actes de vengeance de Communards.
Doc. 7 : La répression de la Commune
Les témoins mentionnent les nombreuses exécutions
commises par les Versaillais. Les historiens estiment le
nombre de victimes à 20 000. Les prisonniers sont
emmenés à Versailles. Certains sont torturés ou ont les
yeux crevés par les parapluies des bourgeoises qui
viennent les moquer. Les tribunaux prononcent 10 137
condamnations dont 93 à mort, 251 aux travaux forcés,
4 586 à la déportation (en particulier en Kanaky,
nommée Nouvelle-Calédonie), les autres à des peines de
prison variables.
Corps de combattants de la Commune de Paris disposés
dans des cercueils