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Chapter 2

Le document traite de l'exponentielle d'une matrice et de son application aux systèmes différentiels linéaires. Il présente des définitions, des propositions et des théorèmes concernant l'exponentielle de matrices, ainsi que des méthodes de résolution pour des systèmes différentiels à coefficients constants, qu'ils soient homogènes ou non homogènes. Des exemples illustrent les concepts abordés, notamment la résolution de systèmes à l'aide de matrices diagonalisables et nilpotentes.

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Le document traite de l'exponentielle d'une matrice et de son application aux systèmes différentiels linéaires. Il présente des définitions, des propositions et des théorèmes concernant l'exponentielle de matrices, ainsi que des méthodes de résolution pour des systèmes différentiels à coefficients constants, qu'ils soient homogènes ou non homogènes. Des exemples illustrent les concepts abordés, notamment la résolution de systèmes à l'aide de matrices diagonalisables et nilpotentes.

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Exponentielle d’une matrice et

Application aux systèmes différentiels linéaires


1 Exponentielle d’une matrice et
Application aux systèmes différentiels
linéaires

Dans toute la suite le corps K considéré est R ou C.

1.1 Exponentielle d’une matrice


Définition 1. On appelle exponentielle de A ∈ Mn (K), la somme de la série normalement
convergente
X Ak
eA = .
k≥0
k!

Exemple 1. Si A est la matrice diagonale


 k
λ1 0 · · · 0 λ1 0 · · · 0
  
.. . .. .
 0 λ2
 . ..  k  0 λk2
 . .. 
A=. .  , alors A =  . . ,
 
 .. .
.. .. 0   .. .
.. .. 0 
0 · · · 0 λn 0 · · · 0 λkn
et donc
eλ1 ··· 0
 
0
. . 
0 eλ2 . . .. 

A
e = .

.. .. ..
 . . . 0 
0 · · · 0 eλn
Proposition 1. Soit A, B ∈ Mn (K) et P ∈ GLn (K) :
1. Si AB = BA, alors eA eB = eA+B = eB eA et BeA = eA B.
2. (eA )−1 = e−A .
−1
3. eP AP = P −1 eA P .
4. Pour tout t ∈ R, on a etIn A = etA .
Proposition 2. Si on considère la fonction fA : R → Mn (R) définie pour A fixé par
fA (t) = etA ,
fA′ (t) = AfA (t) = fA (t)A.

1
1.2 Calcul pratique de l’exponentielle d’une matrice
De manière générale si A ∈ Mn (K) et si son polynôme caractéristique est scindé, alors il
existe une matrice D diagonalisable et une matrice N nilpotente telles que :
1. A = D + N
2. DN = N D
On a :
eA = eD+N = eD eN .
Comme la matrice D est diagonalisable il existe P ∈ GLn (K) telle que :

···
 
λ1 0 0
... .. 
0 λ2 .

−1
P DP =  . .. .. .
 .. . . 0
0 ··· 0 λn

D’autre part N est nilpotente donc il existe un entier p ≤ n tel que N p = 0. Donc :
 λ1
0 ··· 0

e
. .. 
 0 eλ2 . .
 
A

.  −1 1 2 1 p−1
e =P . . P In + N + N + · · · + N .
 .. .. ... 0  2! (p − 1)!
0 · · · 0 eλn

1.3 Systèmes différentiels linéaires à coefficients constants


Définition 2. Soit n ∈ N∗ . Pour tout i ∈ {1, . . . , n} soit bi : I → K une fonction continue
et pour tout (i, j) ∈ {1, . . . , n}2 soit aij ∈ K.
1. Le système :  ′
y1 = a11 y1 + · · · + a1n yn + b1

..
(SL) .

 ′
yn = an1 y1 + · · · + ann yn + bn
s’appelle système différentiel linéaire d’ordre 1 à coefficients constants.
2. Le système :  ′
y1 = a11 y1 + · · · + a1n yn

..
(SH) .

 ′
yn = an1 y1 + · · · + ann yn
s’appelle système différentiel linéaire homogène associé à (SL).

Résoudre (SL) ou (SH) revient à trouver un intervalle non vide J ⊂ I et des fonctions
y1 , . . . , yn dérivables sur J et vérifiant le système considéré.

2
   
y1 b1
 ..   .. 
Si on note A = (aij )1≤i,j≤n , Y =  .  et B =  . , alors :
yn bn

(SL) ⇐⇒ (L) Y ′ = AY + B

et
(SH) ⇐⇒ (H) Y ′ = AY.
Résoudre (L) ou (H) revient à trouver un intervalle non vide J ⊂ I et une fonction
Y : J → Kn dérivable sur J et vérifiant respectivement (L) ou (H).

1.3.1 Système différentiel linéaire homogène


Notons C(I, Kn ) l’espace vectoriel des fonctions continues de I dans Kn .
Théorème 1. L’ensemble SH des solutions sur R de H : Y ′ = AY est un sous-espace
vectoriel de C(R, Kn ) de dimension n. Plus précisément :

SH := t 7→ etA C où C ∈ Kn .


De plus pour tout (t0 , Y0 ) ∈ R × Kn il existe une unique solution Y de H telle que Y (t0 ) = Y0 .

Méthodes de résolution
Cas où A est diagonalisable :
Théorème 2. Soit A ∈ Mn (K) une matrice diagonalisable. Notons λ1 , . . . , λn les valeurs
propres et (v1 , . . . , vn ) une base de vecteurs propres associés. Alors
   

 n c 1 

X
λi t  ..  n
SH = t 7→ ci e vi où  .  ∈ K .
 
 i=1 c 
n

Exemple 2. Résoudre le système différentiel


 
2 −1 1
Y ′ = AY, avec A = 1 0 1 .
1 −1 2
D’après un calcul simple, on a

λ1 = 1, v1 = (1, 1, 0) et v2 = (−1, 0, 1)
λ2 = 2, v3 = (1, 1, 1).

La matrice A est diagonalisable, donc


     
1 −1 1
t  t 2t  
Y (t) = c1 e 1 + c2 e 0 + c3 e
 1 .
0 1 1

3
D’où 
t t 2t
y1 (t) = c1 e − c2 e + c3 e

y2 (t) = c1 et + c3 e2t , c1 , c2 , c3 ∈ R

y3 (t) = c2 et + c3 e2t

Cas où A est une matrice carrée quelconque : Supposons que le polynôme caracté-
ristique de A est scindé sur K, donc la décomposition de Dunford permet d’écrire A sous la
forme « diagonalisable + nilpotente ». Autrement dit, il existe une matrice inversible P telle
que la matrice P −1 AP = D + N avec D diagonale, N nilpotente et N D = DN .
On note cette matrice B = P −1 AP = D + N . (B est une matrice de Jordan, ou même
une matrice triangulaire quelconque).
Posons X = P −1 Y (donc Y = P X). L’équation H : Y ′ = AY devient une équation de
X′ :
X ′ = P −1 Y ′ = P −1 AY = P −1 AP X = BX.
Les solutions X(t) sont données par X(t) = etB C où C ∈ Kn . D’autre part
etB = et(D+N ) = eDt eN t
et les matrices eDt et eN t sont faciles à calculer.
Finalement, on obtient Y (t) = P X(t) = etB C avec C ∈ Kn .
Exemple 3. En utilisant à nouveau la matrice A des exemples précédents, cherchons à ré-
soudre le système différentiel
 
7 3 −4

Y = AY avec A = −6  −2 5  .
4 2 −1
On a montré que la forme réduite de Jordan associée à A est :
J = P −1 AP = D + N
avec      
1 −1 0 2 0 0 0 0 0
P = 1 2 1  , D = 0 1 0 , N = 0 0 1 .
2 1 1 0 0 1 0 0 0
D est bien diagonale, N est nilpotente, car N 2 = 0 et DN = N D.
Posons X = P −1 Y (donc Y = P X). L’équation devient une équation de X : X ′ = JX.
Les solutions de X ′ = JX sont X(t) = eJt C, C ∈ R3 .
 2t   
e 0 0 1 0 0
eDt =  0 et 0  , eN t = I + N t = 0 1 t 
0 0 et 0 0 1
Ainsi  
e2t 0 0
etJ = eDt eN t =  0 et tet  .
0 0 et

4
Les solutions du système Y ′ = AY sont
  
e2t −et −tet c1
2t t t  
Y (t) = P X(t) = e
 2e (2t + 1)e c2 .
2t t t
2e e (t + 1)e c3

D’où 
2t t 2t
y1 (t) = c1 e − c2 e − c3 te

y2 (t) = c1 e2t + 2c2 et + c3 (2t + 1)et , c1 , c2 , c3 ∈ R

y3 (t) = 2c1 e2t + c2 et + c3 (t + 1)et

Remarque 1. On remarque que dans les deux cas, le calcul de P −1 est inutile.

1.3.2 Système différentiel linéaire non homogène


Soient I un intervalle de R, B : I → Kn une fonction continue et A ∈ Mn (K).
Théorème 3. On suppose que l’ensemble SL des solutions de L : Y ′ = AY + B est non vide.
Soit Z ∈ SL . Alors :
SL := t 7→ etA C + Z(t) où C ∈ Kn .


Théorème 4. Pour tout t0 ∈ I :


Z t
n
Z:I→K , t 7→ Z(t) = e(t−s)A B(s) ds
t0

est une solution de L.


Remarque 2. On a
1. Les solutions de H : Y ′ = AY sont données par Y (t) = etA C avec C ∈ Kn . Si l’on
cherche une fonction dérivable C : I → Kn telle que Z(t) = etA C(t) soit solution de L
on a :

0 = Z ′ (t) − (AZ(t) + B(t))


= AetA C(t) + etA C ′ (t) − (AetA C(t) + B(t))
= etA C ′ (t) + B(t)

Donc C ′ (t) = e−tA B ′ (t) et on retrouve l’expression précédente (ce que l’on appelle mé-
thode de variation de la constante).
2. Pour résoudre L il suffit tout simplement de trouver une solution particulière Z de L
et dans ce cas les solutions de L s’écrivent comme la somme de Z et d’une solution de
H.
Exemple 4. Résoudre le système différentiel :
(
y1′ (t) = 76 y1 (t) − 14
15
y2 (t) + e2t
(L) avec y1 (0) = 4, y2 (0) = −1.
y2′ (t) = − 57 y1 (t) + 37 y (t) + e−t
14 2

5
(L) ⇐⇒ Y ′ (t) = AY (t) + B(t) avec
 6 15
    
7
− 14
y1 (t) e2t
A= , Y (t) = , B(t) = .
− 57 37
14
y2 (t) e−t
1
Les valeurs propres de A sont λ1 = 2
et λ2 = 3. Les vecteurs propres associés sont
   
3 −1
v1 = , v2 = .
1 2

Les solutions du système (L) sont données par :


Z t
At
Y (t) = e Y (0) + e(t−s)A B(s) ds.
0

Comme A est diagonalisable, alors


   t/2  2 1

tA tD −1 3 −1 e 0 7 7
e = Pe P =
1 2 0 e3t − 17 3
7
 6 t/2 1 3t 3 t/2 3 3t 
e + e e − e
= 27 t/2 72 3t 71 t/2 67 3t .
7
e − 7e 7
e + 7e

Donc
6
et/2 + 1 e3t 3 et/2 − 3 e3t
 
4
Y (t) = 27 t/2 72 3t 71 t/2 67 3t
7
e − e e + 7e −1
Z t  6 7(t−s)/2 7 1 3(t−s) 3 (t−s)/2 3 3(t−s)
  2s 
7
e + 7
e 7
e − 7
e e
+ 2 (t−s)/2 2 3(t−s) 1 (t−s)/2 6 3(t−s) −s ds
0 7
e − 7
e 7
e + 7
e e
 t/2  Z t  6 t/2+3s/2 1 3t−s 3 t/2−3s/2 3 3t−4s 
3e + e3t 7
e + 7e + 7e − 7e
= t/2 + 2 t/2+3s/2 2 3t−s 1 t/2−3s/2 ds
e − 2e 3t
0 7
e − 7e + 7e + 67 e3t−4s
 t/2  R t 6 t/2+3s/2 1 3t−s 3 t/2−3s/2 3 3t−4s  
3e + e3t e + e + e − e ds
= t/2 + R0t 27 t/2+3s/2 72 3t−s 71 t/2−3s/2 76 3t−4s 
e − 2e3t 0 7
e − 7
e + 7
e + 7
e ds
3 2t 5 −t
e − 27 et/2 + 28 1 3t
 t/2   
3e + e3t 7
e − 28 e
= t/2 3t + 10 2t 13 −t 2 t/2 1 3t
e − 2e e − 42 e − 21 e − 14 e
 19 t/2 29 3t 21 3 2t 5 −t

7
e + 28 e + 7 e − 28 e
= 19 t/2 29 3t 10 2t 13 −t .
21
e − 14 e + 21 e − 42 e

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