Inception - Wikipédia
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Inception
Logo du film.
Sorti deux ans après le grand succès de The Dark Knight du même réalisateur, le film voit le
jour grâce à la réputation de celui-ci : les sociétés de production Warner Bros. et Legendary
Pictures lui octroient un budget de 160 millions de dollars, sans compter 100 millions dévolus
à la promotion du film.
Inception reçoit un accueil très positif dans le monde entier, les critiques ayant
particulièrement salué son originalité, son casting, sa musique et ses effets visuels. Il
rapporte plus de 800 millions de dollars, le classant dans les quarante plus gros succès au
box-office mondial. Le film remporte quatre Oscars, dont celui de la meilleure photographie,
et il est nommé à ceux du meilleur film et du meilleur scénario original. Il est également
classé dans les quinze premiers films du « Top 250 » de l'Internet Movie Database (IMDb)
avec une note de 8.7⁄10 basée sur l'avis de plus de deux millions de personnes1.
Synopsis
Dans un futur proche, les États-Unis ont développé ce qui est appelé le « rêve partagé », une
méthode permettant d'influencer l'inconscient d'une victime pendant qu'elle rêve, donc à
partir de son subconscient. Des « extracteurs » s'immiscent alors dans ce rêve, qu'ils ont
préalablement modelé et qu'ils peuvent contrôler, afin d'y voler des informations sensibles,
stockées dans le subconscient de la cible. C'est dans cette nouvelle technique que se sont
lancés Dominic Cobb et sa femme, Mal. Ensemble, ils ont exploré les possibilités de cette
technique et l'ont améliorée, leur permettant d'emboîter les rêves les uns dans les autres,
accentuant la confusion et donc diminuant la méfiance de la victime. Mais l'implication du
couple dans ce projet a été telle que Mal a un jour perdu le sens de la réalité ; pensant être
en train de rêver, elle s'est suicidée, croyant ainsi revenir à sa vision de la réalité. Soupçonné
de son meurtre, Cobb est contraint de fuir les États-Unis et d'abandonner leurs enfants à ses
beaux-parents. Il se spécialise dans l'«extraction», en particulier dans le domaine de
l'espionnage industriel ; mercenaire et voleur, il est embauché par des multinationales pour
obtenir des informations de leurs concurrents commerciaux.
Cobb réunit une équipe d'experts chevronnés pour réussir : outre Arthur, son associé, il
embauche Eames, un faussaire spécialisé dans le vol d'identité, Yusuf, responsable de la
sédation des participants au rêve, et Ariane, une talentueuse étudiante en architecture, dont
le travail sera de concevoir les différents niveaux de rêve. Novice, elle est initiée par Cobb aux
rêves partagés. Elle découvre les infinies possibilités de manipulation des rêves, mais
apprend par hasard les dégâts de la culpabilité que Cobb porte à propos de la mort de sa
femme : cette culpabilité prend la forme d'une projection incontrôlable de son inconscient,
une Mal vindicative qui apparaît encore et encore comme une intruse dans les rêves de Cobb
et qui les influence parfois dangereusement. Cependant, la fascination du projet l'emporte
sur les risques de ne pas se réveiller d'un des niveaux les plus profonds de rêve, ainsi que sur
la menace que représente l'imprévisibilité de la psyché de Cobb.
Pour l'aider, Arthur conseille à Ariane de se fabriquer un « totem », un petit objet qui peut
être visuellement commun mais dont les propriétés physiques sont modifiées (densité, centre
de gravité, etc.). Ainsi, son possesseur peut faire la différence entre la réalité, ses propres
rêves et les rêves d'un autre. Arthur empêche notamment Ariane de manipuler son totem : un
dé pipé. Cobb possède lui-même un totem : son alliance [réf. nécessaire]. Lorsqu'il est dans un
rêve, il la porte systématiquement à sa main gauche mais ne l'a plus dans le monde réel (le
film mène cependant à une fausse piste en faisant concentrer le spectateur sur un autre
objet que possède Cobb et qui est en réalité le totem de Mal : une petite toupie qui, si elle
est lancée dans un rêve, tourne indéfiniment sans jamais tomber). Ariane se munira d'une
pièce de jeu d'échecs qui ne peut pas tomber en rêve.
L'équipe prévoit de mettre en œuvre le plan au cours du vol Sydney - Los Angeles, le plus
long du monde. Pendant le vol, ils droguent leur cible, Robert Fisher, et Cobb, Arthur, Eames,
Ariane, Yusuf et Saito le rejoignent dans son rêve. Dans le premier niveau de rêve, ils se
retrouvent dans un décor urbain et pluvieux, où ils enlèvent Fisher ; mais leur plan prend
rapidement une tournure désastreuse, lorsqu'ils réalisent que leur cible a préalablement été
entraînée à lutter contre les incursions étrangères dans son subconscient. Cet entraînement
prend la forme d'une équipe de sécurité privée et lourdement armée qui prend pour cible les
« intrus », à savoir Cobb et son équipe. Au cours de l'attaque, Saito est gravement blessé.
Finalement, ils se réfugient dans une cachette, et tentent d'amadouer Fisher, grâce à la
présence de son parrain, Peter Browning, interprété par Eames. Celui-ci évoque l'existence
d'un second testament secret laissé par Maurice Fisher à l'intention de son fils. Cobb décide
de descendre à un niveau de rêve inférieur et ils s'échappent dans une camionnette conduite
par Yusuf, tout en se plongeant dans ce nouveau rêve emboîté. La camionnette est prise en
chasse par l'équipe de sécurité de Fisher jusqu'à un pont où, d'après le plan, une chute dans
la rivière donnerait aux rêveurs la « décharge » (une sensation de chute) nécessaire pour les
réveiller, si tant est qu'elle soit coordonnée avec les décharges des niveaux de rêve inférieurs.
D'après la règle qui veut que la vitesse de pensée soit potentialisée dans les niveaux de rêve
les plus profonds, le temps s'y déroule donc plus lentement que dans le niveau de rêve
supérieur. Ainsi, les quelques minutes de course-poursuite dans la camionnette
correspondent à plusieurs heures dans les rêves inférieurs. Dans le deuxième niveau de rêve,
un hall d'hôtel d'affaires, Cobb accoste Fisher en lui disant qu'il est une projection de son
esprit, un allié dans la protection de son subconscient contre des forces extérieures voulant
lui extraire des informations. Fisher se laisse duper et accepte de le suivre dans un troisième
niveau de rêve, où il va tenter de mettre la main sur le second testament de son père et de
prendre connaissance de son contenu. Alors qu'Arthur a la tâche de trouver un moyen de leur
donner une décharge dans ce deuxième niveau, Cobb, Ariane, Saito, Eames et Fisher
s'endorment à nouveau et se retrouvent dans le troisième niveau, une forteresse hautement
sécurisée en montagne. Après avoir réussi à s'infiltrer au cœur de la place forte, les choses se
compliquent, lorsque Saito succombe à ses blessures et que Fisher est abattu par Mal avant
d'avoir pu ouvrir le coffre-fort contenant le testament. Mais Ariane persuade Cobb de
pénétrer dans un dernier niveau de rêve, le plus profond, appelé les « limbes », où se
rassemblent tous ceux qui meurent dans un rêve mais qui, en raison des grosses doses de
sédatifs, sont incapables de se réveiller, et sont donc condamnés à y errer pour l'éternité (le
temps y étant distendu à l'infini).
Dans les limbes, Cobb retrouve une projection de Mal, qui tente de le convaincre de rester
avec elle. Cobb révèle à Ariane comment il savait que l'inception était chose possible : il
l'avait déjà réalisée avec sa femme. À une époque, ils avaient décidé de s'installer dans les
limbes et avaient construit tout un monde là-bas. Mal avait fini par oublier que ce n'était pas
la réalité, mais Cobb voulait revenir dans le monde réel. Il lui avait alors inséré l'idée qu'elle
était dans un rêve, espérant ainsi la ramener dans la réalité. Mais l'idée avait tellement bien
germé dans l'esprit de Mal qu'elle s'est finalement persuadée que la réalité dans laquelle elle
avait émergé était simplement un niveau supérieur du rêve, et que la réalité était plus haut
encore. Alors qu'Ariane saute dans le vide avec Fisher pour se réveiller avec lui dans le
troisième niveau de rêve, Cobb part à la recherche de Saito, piégé lui aussi dans les limbes,
sans qui il n'a aucune chance de retrouver ses enfants. Dans la forteresse, Fisher ouvre le
coffre-fort où il découvre le fameux testament de son père, qui le convainc de ne pas suivre
ses traces et de vivre une autre vie que la sienne. L'inception réussit donc, puisque Fisher,
touché par la prétendue dernière volonté de son père, accepte de démanteler l'empire
commercial de ce dernier. Cobb rencontre un Saito déjà devenu sénile et le persuade de tenir
son engagement et de revenir à la réalité avec lui. Peu après, tous se réveillent dans l'avion
alors que l'appareil amorce sa descente sur Los Angeles. Saito passe un appel, après quoi
Cobb franchit sans problème les contrôles de sécurité de l'aéroport ; il rentre donc enfin chez
lui et y retrouve ses enfants. Avant de les rejoindre, Cobb lance sa toupie sur la table. Celle-ci
tourne et vacille légèrement, mais Cobb ne regarde pas le résultat .
Fiche technique
Distribution
Leonardo DiCaprio (VF : Damien Ferrette ; VQ : Joël Legendre) : Dominic « Dom » Cobb,
l'extracteur
Joseph Gordon-Levitt (VF : Alexis Victor ; VQ : Hugolin Chevrette-Landesque) : Arthur, l'organisateur
Ellen Page (VF : Jessica Monceau ; VQ : Annie Girard) : Ariane, l'architecte (crédité Ellen Page)
Tom Hardy (VF : Patrice Baudrier ; VQ : Paul Sarrasin) : Eames, le faussaire
Ken Watanabe (VF : Tōru Tanabe ; VQ : Tōru Tanabe / Stéphane Rivard) : Mr. Saito, le touriste
Marion Cotillard (VF et VQ : elle-même) : Mallorie « Mal » Cobb, l'ombre
Dileep Rao (VF : Gilles Morvan ; VQ : Tristan Harvey) : Yusuf, « le chimiste »
Cillian Murphy (VF : Rémi Bichet ; VQ : Philippe Martin) : Robert Michael Fischer Jr., la cible
Tom Berenger (VF : Jacques Frantz ; VQ : Mario Desmarais) : Peter Browning
Michael Caine (VF : Frédéric Cerdal ; VQ : Vincent Davy) : Professeur Stephen Miles
Lukas Haas (VF : Philippe Bozo ; VQ : Sébastien Reding) : Nash
Pete Postlethwaite (VF : Jean-Bernard Guillard ; VQ : Aubert Pallascio) : Maurice Fischer
Talulah Riley : « Blonde »
Version française réalisée par Cinéphase sous la direction artistique de Michel Derain, avec une adapation de
dialogues de Pierre Arson. ; Version québécoise réalisée par Technicolor Services Thomson sous la direction
artistique de Sébastien Reding, avec une adaptation de dialogues de Pascale Lortie et Michel Gatignol.
Sources et légende: version française (VF)5 et version québécoise (VQ)6
Acteurs principaux
Leonardo Joseph Ellen Page Tom Ken Marion
DiCaprio Gordon- Hardy Watanabe Cotillard
Levitt
Production
Développement
L'élaboration d'Inception a pris presque dix ans à Christopher Nolan7 : il commence en effet
au début des années 2000 par écrire un traitement de quatre-vingts pages racontant
l'histoire d'un « voleur de rêves ». À l'origine, Nolan l'avait conçu comme un film d'horreur8,
mais l'a finalement transformé en un thriller et un film de casse, des films qui sont d'habitude,
d'après le réalisateur, « délibérément superficiels en termes d'émotions9. » En retravaillant
son premier brouillon, il décide que le genre initial ne peut pas fonctionner parce que son
histoire est devenue très fortement liée à l'idée d'un « état intérieur » envahi par les rêves et
la mémoire : elle nécessite donc de creuser l'état émotionnel des personnages plutôt que de
ne se concentrer que sur le casse9.
Inception est le deuxième long métrage de Nolan, où il a été seul à travailler sur le scénario,
après Following en 1999. En effet, les scénarios de Memento, sorti en 2000, et du Prestige,
sorti en 2006, ont été écrits avec son frère Jonathan Nolan, et David S. Goyer a écrit avec lui
les scénarios des trois films de Batman (Jonathan a participé aux deux derniers). Quant à
Insomnia, sorti en 2002, le scénario a été écrit par Hillary Seitz.
Nolan a d'abord présenté le projet à Warner Bros. en 2001, mais le studio, sentant qu'il avait
besoin de plus d'expérience sur des films de grande ampleur, l'a d'abord recruté pour réaliser
Batman Begins en 2005 puis The Dark Knight en 2008 et enfin The Dark Knight Rises en
2012. Nolan convient qu'un film comme Inception a besoin d'un énorme budget, parce que
« Dès que l'on parle des rêves, le potentiel de l'esprit humain est infini. Et donc l'échelle du
film doit paraître illimitée. On doit avoir le sentiment que ça pouvait aller partout et nulle part
à la fin du film. Et ça doit fonctionner à une énorme échelleN 1,10,11. » Après The Dark Knight,
Nolan passe six mois à peaufiner le scénario10 avant que la Warner n'accepte de l'acheter en
février 200912. Il explique que pour compléter le script, il s'est demandé ce qui arriverait si
plusieurs personnes partageaient le même rêve : « une fois qu'on abolit l'intimité [du rêve
individuel], on a créé un nombre infini d'univers alternatifs dans lesquels les gens
interagissent de façon significative, avec de la validité, du poids, avec des conséquences
spectaculairesN 2,13... » Nolan a finalement passé des mois à réécrire le scénario pour
s'assurer que le parcours émotionnel du personnage principal était finalement le moteur du
film7. Emma Thomas, la femme de Nolan, a produit tous ses films depuis son court métrage
Doodlebug ; ils sont ensemble les producteurs du film.
Influences
Nolan dit s'être inspiré des expériences de rêve lucide qu'il a vécues étant adolescent et des
points communs retrouvés dans les rêves des gens, comme la sensation de tomber14,15,9,16. Il
s'est aussi inspiré de « cette époque où l'on avait des films comme Matrix, comme Dark City,
comme Passé virtuel et, dans une certaine mesure, aussi comme Memento. Ils étaient fondés
sur le principe que le monde autour de nous pourrait ne pas être réelN 3,9,15. » Le réalisateur
cite aussi les films d'Alfred Hitchcock La Maison du docteur Edwardes, Sueurs froides et Pas
de printemps pour Marnie comme inspiration des représentations de l'esprit humain11.
Christopher Nolan ajoute avoir été influencé par l'œuvre de l'écrivain argentin Jorge Luis
Borges17,18 et par le roman fantastique de Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles, pour la
construction d'un univers où ce qui semble impossible devient possible19.
Des commentateurs mentionnent également les films L'Année dernière à Marienbad d'Alain
Resnais, 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick, eXistenZ de David Cronenberg19, et
notent une atmosphère d'étrangeté et d'onirisme parfois proche de celle créée par David
Lynch. Ils pointent également divers éléments communs avec Le Locataire de Roman
Polanski pour le film vécu comme un long cauchemar et le système de boucle infernale ; avec
Blade Runner de Ridley Scott pour le travail sur la mégalopole, l'onirisme et l'ambiguïté de la
fin ; et avec La Clepsydre de Wojciech Has pour le paradoxe narratif et le rythme11, et
rapprochent Inception d'une version lynchienne de James Bond20,11,21 ou du film Dreamscape
de Joseph Ruben22,23.
Un grand nombre de similarités entre le film d'animation Paprika de Satoshi Kon et celui de
Nolan ont été remarquées par les critiques à la sortie du film, à commencer par le thème
commun de l'intrigue, l'intrusion dans le rêve de quelqu'un d'autre. Quelques exemples de
séquences reprises par Nolan au film de Kon : la scène où l'architecte de l'esprit Ariane brise
un miroir dans un rêve, celle de l'ascenseur, ou encore les courses poursuites dans les
couloirs du deuxième niveau du rêve où est pratiqué l'inception24,25,11 . Bien que l'influence de
Paprika soit évidente, Christopher Nolan n'a jamais publiquement confirmé qu'il s'était inspiré
de ce film, les liens entre ce film d'animation japonais et Inception étant systématiquement
faits par des commentateurs et non par Nolan lui-même26.
Le magazine The New Yorker compare le traitement cinématographique de Nolan aux rêves
représentés dans les films Belle de jour et Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis
Buñuel27. Enfin, l'histoire de la bande dessinée Le Rêve d'une vie narrant les aventures de
l'oncle Picsou, Donald Duck et ses neveux, et publiée dans Picsou Magazine en 2004,
comporte des similarités avec le scénario du film, notamment le fait d'entrer dans les rêves
afin d'y voler des secrets28,29,30.
Par ailleurs, Inception diffère des films de la franchise Matrix par le fait que ceux-ci mettent
en scène des personnages opprimés par des ordinateurs et autres machines dans un monde
autoritaire, monde typique de Michel Foucault et Jean Baudrillard développé dans leurs
théories sur le contrôle social. Le monde d'Inception, lui, se rapproche du travail de Gilles
Deleuze et Félix Guattari, un monde où les différentes dimensions ont toujours été « là »,
indissociables et dépendantes les unes des autres, et à travers lesquelles les personnages ont
appris à se déplacer31.
Leonardo DiCaprio est le premier acteur à être embauché pour le film7. Nolan avait déjà
essayé de l'engager pour l'un de ses précédents films, mais avait jusqu'alors été incapable de
le convaincre de travailler avec lui. DiCaprio accepte finalement d'apparaître dans Inception,
déclarant qu'il était « intrigué par le concept — cette notion de film de casse onirique et
comment ce personnage va déverrouiller son monde imaginaire et, à terme, affecter sa
réalitéN 4,32. » L'acteur trouve que le scénario est « très bien écrit, complet, même si vous
avez vraiment besoin de Chris en personne, pour tenter de faire ressortir certaines des
choses qui ont tourné dans sa tête pendant les huit dernières annéesN 5,10. » Le rôle de
Dominic Cobb a préalablement été offert à Brad Pitt et Will Smith33,34. Par ailleurs, le nom du
personnage est similaire à celui du héros dans le premier film de Nolan, Following16. Pour le
film, Nolan retrouve de nombreux acteurs avec lesquels il a déjà travaillé : Michael Caine pour
la quatrième fois après Batman Begins, Le Prestige et The Dark Knight, Cillian Murphy pour la
troisième fois, après avoir tenu le rôle du Dr Jonathan Crane dans Batman Begins et The Dark
Knight, Russ Fega après Memento et Le Prestige, ainsi que Ken Watanabe cinq ans après
Batman Begins.
Après DiCaprio, Nolan contacte l'acteur irlandais Cillian Murphy et lui propose de choisir son
rôle16, et celui-ci se décide pour le rôle de la cible, Robert Fischer, décrit par son interprète
comme un « gamin irritable en manque d'attention paternelle, il a tout sur le plan matériel,
mais il a un profond manque émotionnelN 6 ». L'acteur dit s'être inspiré des fils du magnat
des médias Rupert Murdoch, « pour ajouter à tout cela l'idée de vivre dans l'ombre de
quelqu'un d'aussi immensément puissantN 7 »35. James Franco devait à l'origine tenir le rôle
d'Arthur, mais en raison d'un conflit d'emploi du temps, il a été remplacé par Joseph Gordon-
Levitt. Celui-ci décrit son personnage comme étant « celui qui dit [à Cobb] : « OK, tu as ton
idée ; de mon côté je vais gérer les détails pratiques pour que tu puisses réussirN 8,36. »
Le rôle d'Ariane (Ariadne en anglais, nom issu de la graphie grecque) est inspiré par la
princesse homonyme de la mythologie grecque, fille du roi Minos et sauveuse du héros
Thésée en l'aidant à s'échapper du labyrinthe qui retenait le Minotaure. Nolan, après avoir
envisagé Evan Rachel Wood, Emily Blunt, Rachel McAdams, Emma Roberts, Jessy Schram et
Carey Mulligan16, engage Ellen Page, qui a interprété le rôle principal dans le film Juno. Il
explique que l'artiste canadienne, désormais appelée Elliot, « est une combinaison parfaite de
fraîcheur et de jugeote et de maturité au-delà de son âgeN 9,37. » Page ajoute que son
personnage, Ariane, est en quelque sorte un proxy (un intermédiaire) entre le public et
l'histoire, puisqu'elle apprend en même temps que les spectateurs le concept des rêves
partagés38. Le Britannique Tom Hardy interprète le voleur d'identité Eames, « un vieux
diplomate dans le genre de Graham Greene possédant une sorte de grandeur ternie, usée –
un mélange entre un vieil amant de Shakespeare et un membre des forces spéciales de Sa
MajestéN 10,39. » Le rôle de Mal échoit à Marion Cotillard après le refus de Kate Winslet16.
Gordon-Levitt, Cotillard et Hardy retrouvent également Nolan en 2012 pour le dernier
épisode de la franchise Batman, The Dark Knight Rises.
Nolan a écrit le rôle de Saito pour l'acteur japonais Ken Watanabe qui jouait le rôle du faux
antagoniste Ra's al Ghul de Batman Begins40,16. Watanabe explique qu'il a essayé de faire
ressortir différentes caractéristiques de son personnage selon le niveau du rêve dans lequel il
se trouvait41. Enfin, Dileep Rao décroche le rôle du chimiste, « un pharmacologue d'avant-
garde, engagé par des gens comme Cobb, qui veulent faire ce boulot sans surveillance, sans
enregistrement et sans validation de quiconqueN 11,42. »
Tournage
Le tournage du film commence le 19 juin 2009 à Tokyo, avec la scène de l'hélicoptère où
Saito engage Cobb8,43. Les scènes inspirées par l'île d'Ha-shima, au large de Nagasaki, ont
été reconstituées numériquement à partir de décors filmés au Maroc44.
Le 17 août 2009, la production arrive à Paris48, où sont filmées les scènes où Cobb entre à
l'école d'architecture (le musée Galliera), ainsi que les scènes où Cobb explique à Ariane le
principe des rêves partagés49. Le bistro est créé de toutes pièces à l'angle des rues César-
Franck et Bouchut, puis le reste de la scène est filmé aux alentours du pont de Bir-Hakeim50.
Alors que les autorités parisiennes interdisent l'utilisation d'explosifs dans la scène du bistro,
les techniciens utilisent de l'azote à haute pression. Le directeur de la photographie met en
place six caméras pour filmer la séquence sous plusieurs angles. Des écrans verts sont
utilisés sur place pour les séquences du « Paris pliant » et du pont, avant l'incrustation
d'images de synthèse en postproduction51.
Le 24 août 2009, l'équipe se rend au Maroc52, où la ville de Tanger est utilisée pour figurer
Mombasa (au Kenya). La poursuite à pied est filmée dans la médina53, grâce à une
combinaison de caméras à main et de steadicam54. C'est également à Tanger qu'est filmée
l'émeute du second rêve de Saito au début du film.
Postproduction
Le film a été tourné principalement en format anamorphosé de 35 mm, ainsi que quelques
séquences en 65 mm et les séquences aériennes en VistaVision. Contrairement à The Dark
Knight, aucune image n'a été filmée en IMAX7. Les séquences au ralenti ont été tournées
grâce à une caméra Photo-Sonics 35 mm à une vitesse de 1 000 images par seconde. Le
directeur de la photographie Wally Pfister a également testé l'utilisation d'une caméra
numérique à haute vitesse, mais le nombre de problèmes techniques rencontrés a contre-
indiqué son choix pour le montage final59. Nolan a choisi de ne pas tourner le film en 3D,
préférant filmer avec un objectif à focale fixe7, ce qui est impossible à faire avec les caméras
3D60. Nolan a par ailleurs critiqué l'image sombre que la projection en 3D produit, et
contredit ceux qui affirment que le film traditionnel ne permet pas une perception de la
profondeur réaliste : « Je crois qu'il est inapproprié d'opposer la 3D et la 2D. Tout le principe
des images cinématographiques est de refléter les trois dimensions... 95 % de la profondeur
que l'on perçoit à l'écran vient des techniques d'occlusion, de la résolution, de la couleur et
ainsi de suite, donc l'idée d'appeler un film en 2D, « film en 2D » est un peu trompeurN 12,61. »
Le réalisateur a cependant fait un test de conversion en 3D en postproduction, mais a estimé
que, même si cela était possible, il allait manquer de temps pour terminer la conversion selon
un niveau de qualité qui le satisferait8,61. Pfister a tenté de donner à chaque lieu et niveau de
rêve une apparence différente, afin d'aider le public à différencier la narration pendant la
partie de montage rapide aux deux tiers du film. La forteresse de la montagne semble stérile
et froide, les scènes dans l'hôtel possèdent des teintes chaudes, alors que les scènes dans le
van sont plus neutres46.
Pour les séquences oniriques du film, Nolan a utilisé un peu d'images de synthèse, mais leur
a préféré des effets visuels lorsque c'était possible. Il explique que « c'est toujours très
important pour moi de filmer le plus possible, et ensuite, lorsque c'est nécessaire, les images
générées par ordinateur sont très utiles pour compléter ou mettre en valeur ce que vous avez
atteint physiquementN 13,62. » Pour cela, le superviseur des effets visuels Paul Franklin a créé
une maquette du décor de la montagne et l'a fait exploser. La scène de combat sans gravité a
été tournée avec l'ajout d'effets créés par ordinateur afin de tordre subtilement des éléments
tels que la physique, l'espace et le temps63.
L'effet le plus difficile à réaliser a été la ville des « limbes » parce qu'elle s'est développée de
façon continue au cours de la production. Franklin a embauché des artistes qui ont construit
divers concepts urbains, alors que Nolan avait sa version idéale personnelle : « quelque
chose de glacial, clairement moderniste dans son architecture, mais avec des pans entiers
s'effondrant dans la mer comme des icebergsN 14,63. » Franklin et son équipe finalisent une
ville qui ressemble à une « version iceberg » de Gotham City, mais avec en plus de l'eau qui
court à travers63. Pour cela, ils ont créé un modèle informatique de base d'un glacier, après
quoi des designers ont inséré un programme qui créait des éléments comme des routes, des
intersections ou des ravins, jusqu'à obtenir un ensemble complexe ressemblant à une ville,
tout en conservant un aspect organique. Pour la séquence du Paris-pliant, Franklin a fait
appel à des artistes qui ont proposé des dessins conceptuels à partir desquels son équipe a
créé des animations informatiques brutes. Plus tard, pendant le tournage, Nolan a ainsi pu
diriger DiCaprio et Page dans cette animation créée par ordinateur63. Inception ne compte
pas moins de 500 effets visuels, ce qui est cependant assez peu comparé aux films à effets
spéciaux contemporains qui peuvent contenir de 1 500 à 2 000 effets spéciaux63.
Les effets visuels ont été réalisés par Double Negative et New Deal Studios.
Bande originale
Inception: Music from the
Motion Picture
Bande originale de Hans Zimmer
Sortie 13 juillet 2010
Durée 49 minutes 13 secondes
Genre Musique de film
Producteur Hans Zimmer
Lorne Balfe
Christopher Nolan
Alex Gibson
Label Reprise Records
Bandes originales par Hans Zimmer
Voyage dans Megamind
l'espace-temps (2010)
(2010)
La musique du film a été composée par Hans Zimmer, qui signe ainsi sa troisième
collaboration avec Christopher Nolan après Batman Begins et The Dark Knight. Il décrit son
travail comme « une bande originale électronique et dense, [pleine de] nostalgie et de
tristesse64,65. » Écrite en simultané avec le tournage du film, la musique contient un son de
guitare rappelant Ennio Morricone. Pour interpréter ces partitions de guitare, Hans Zimmer
s'est tourné vers Johnny Marr, ancien guitariste du groupe de rock The Smiths66.
La chanson Non, je ne regrette rien, chantée par Édith Piaf, apparaît à plusieurs reprises.
Dans le film, ce titre annonce en effet le passage à une autre réalité67. Par ailleurs, Zimmer a
réutilisé certains morceaux de la partition dans la musique du film66 : en effet, il a révélé que
toute la bande originale du film est basée sur la chanson de Charles Dumont, et que, selon
ses propres mots, toute la musique de la bande-son est faite de subdivisions et de
multiplications du tempo de la chanson d'Édith Piaf67,68. L'utilisation de Non, je ne regrette
rien a été encouragée par Christopher Nolan lui-même, qui l'avait déjà incluse dans tout le
script67. L'un des éléments caractéristiques de la bande son est un choc puissant de basses,
formé à partir de cette même chanson69 : cet élément, appelé Inception Sound ou plus
communément désigné par une onomatopée, a été utilisé à outrance dans les bandes
annonces de films d'actions qui ont suivi70, au grand dam de Hans Zimmer71.
L'album de la bande originale est sorti le 13 juillet 2010, édité par Reprise Records72, alors que
la majorité de la musique composée pour le film est également disponible en 5.1 surround sur
le deuxième disque du coffret Blu-ray73. La musique est nommée à l'Oscar de la meilleure
musique de film, remportée en 2011 par Trent Reznor et Atticus Ross pour la bande originale
de The Social Network74.
Bonus tracks
No Titre Durée
13. Projections 7 min 04 s
5 min 35
14. Don't Think About Elephants
s
12 min 39 s
Thèmes
Rêves et réalité
Le film explore différents thèmes, mais avant tout ceux du rêve et de la réalité, et de la
confusion qui lie les deux. Le personnage de Cobb est obnubilé par une idée, similaire aux
idées qui peuvent caractériser la victime d'une inception : « l'idée de personnes partageant
un espace onirique... Cela vous donne la capacité d'accéder à l'inconscient de quelqu'un.
Dans quel but user, abuser de celaN 15,7 ? » Le rêve et ses différents niveaux interconnectés
représentent la majorité de l'intrigue et constituent un contexte dans lequel les personnages
naviguent ; les interactions entre les strates oniriques (une voiture qui bouge dans le premier
niveau du rêve modifie la pesanteur du deuxième) sont un des protagonistes abstraits les
plus importants du film31.
Pour Deirdre Barrett, onirologue à l'université Harvard, le film présente des lacunes sur le
plan des rêves, mais leur nature illogique, aléatoire et décousue n'en fera jamais un bon
thriller de toute façon75. Il indique toutefois que Nolan a représenté certains aspects de façon
tout à fait crédible, citant la scène dans laquelle Cobb, endormi, est poussé dans une
baignoire pleine, et l'eau jaillit alors par les fenêtres de l'immeuble, dans le rêve, pour le
réveiller : « c'est vraiment ainsi que les stimuli réels sont incorporés [aux rêves], et vous vous
réveillez très souvent juste après cette intrusionN 16,75. »
Nolan a donné sa définition de la relation entre rêve et réalité pour défendre ces apparentes
lacunes : « J'ai essayé de travailler cette idée de la manipulation et de la gestion d'un rêve
conscient comme étant une compétence que ces gens ont. Le scénario est basé vraiment sur
ces expériences et concepts courants et très élémentaires, et jusqu'où ils peuvent vous
mener ? Et la seule idée bizarre du film, vraiment, c'est l'existence d'une technologie qui vous
permet de pénétrer et de partager le même rêve que quelqu'un d'autreN 17,9. »
Rêves et cinéma
Certaines personnes soutiennent que le film lui-même est l'allégorie d'un rêve. Nolan
explique qu'il y a de grandes similitudes entre l'inception que l'équipe tente de faire sur Fisher
et ce que les cinéastes ont l'ambition de réaliser vis-à-vis de leurs spectateurs76. Selon le
vulgarisateur américain Jonah Lehrer, cette théorie est juste. Il va jusqu'à la consolider en
présentant des études neurologiques indiquant que l'activité cérébrale est très similaire entre
regarder un film et dormir ; dans les deux cas, le cortex visuel est très actif et le cortex
préfrontal – qui traite de la logique, de l'analyse délibérée et de la conscience de soi – est
calme77.
Ian Alan Paul soutient que faire l'expérience d'aller au cinéma est en soi un exercice de rêve
partagé, surtout dans le cas d'Inception : le découpage net des scènes force le spectateur à
créer de grands arcs narratifs pour conserver la cohérence du film et le comprendre31. Cette
exigence de production d'images de la part du public, en parallèle à sa consommation, est
analogue au rêve lui-même31. Comme dans l'histoire du film, dans un cinéma, on pénètre
dans le rêve d'un autre - dans le cas présent, celui de Nolan - pour le partager, et comme
pour toute œuvre d'art, on en fait une lecture influencée par ses propres désirs et son
subconscient31.
« COBB : Une idée, c'est comme un virus, des plus résistantes, des plus
contagieuses. La moindre graine d'idée peut germer. Et en germant, elle
peut te caractériser, ou te détruireN 18. »
Architecture et paradoxes
L'architecture est un élément majeur du film. Nolan a souhaité explorer les analogies entre la
façon dont nous vivons dans un espace en trois dimensions qu'un architecte a créé et
comment un public va ressentir un récit au cinéma qui construit une réalité en trois
dimensions à partir d'un medium en deux dimensionsN 20,76.
Des objets impossibles tels que l'escalier de Penrose accentuent le surréalisme du monde des
rêves et sont utilisés par les protagonistes pour se débarrasser de leurs poursuivants.
D'autres illusions d'optique sont aussi représentées, comme la mise en abyme, le tout n'étant
possible que dans le monde paradoxal des rêves79.
Christopher Nolan s'inspire de Maurits Cornelis Escher, reconnu comme maître de l'illusion.
Cet artiste utilise des gravures, peintures et lithographies déstabilisantes. Effectivement, il est
fort probable qu'il se soit aussi inspiré de l'escalier de Penrose pour son œuvre Montée et
Descente (1960). Ses œuvres font preuve d'un "paradoxe primordial"80 représentant des
concepts logiquement et physiquement impossibles. L'illusion d'optique est flagrante dans la
scène où Arthur (Joseph Gordon-Lewitt) explique à Ariane (Elliot Page) que, pour résoudre le
paradoxe de l'escalier sur lequel ils marchent, il s'agissait « d’un problème de point de vue et
de perspective », alors même que la caméra change de point de vue lors de ces paroles.
Accueil
Promotion
Une campagne de marketing viral est lancée peu après la diffusion du premier trailer en
août 2009, avec la mise en ligne du site officiel du film qui ne contenait alors qu'une
animation de la toupie de Cobb. En décembre, le site a proposé un jeu en ligne, Mind Crime
(« crime de l'esprit »), qui révélait, après l'avoir achevé, l'affiche du film82. Le reste de la
campagne s'est déroulé après le WonderCon d'avril 2010, où la Warner a proposé des T-shirts
figurant la mallette PASIV utilisée pour créer la dimension du rêve, ainsi qu'un code QR
menant au manuel de l'appareil, disponible en ligne83. Mind Crime a également compté un
niveau supplémentaire, proposant des bonus, dont une « bande-annonce cachée »84. Par la
suite, divers éléments de marketing font surface jusqu'à la sortie du film en juillet, comme un
manuel de « rêves partagés » envoyé au magazine Wired85 ou la publication en ligne de
posters, publicités, applications pour mobiles et sites web liés au film86,87. La Warner a
également édité en ligne un comic servant de préquelle, Inception: The Cobol Job88.
La bande-annonce officielle est mise en ligne le 10 mai 201084. La musique, Mind Heist
(« casse de l'esprit »), a été composée spécialement pour l'occasion par Zack Hemsey89. Le
trailer devient rapidement viral, avec des mashups copiant son style ou sa musique bientôt
disponibles sur YouTube90 ou sur des sites professionnels comme CollegeHumor (en)91,92.
Sortie
Inception sort au cinéma aux États-Unis le 16 juillet 2010 à la fois dans les salles
traditionnelles et les salles IMAX93,94. Aux États-Unis et au Canada, le jour de sa sortie, le film
passe dans 3 792 cinémas traditionnels et 195 salles IMAX93, soit environ 7 100 écrans95. La
grande première se déroule à Leicester Square, à Londres, le 8 juillet96.
Accueil critique
Inception
Score cumulé
Site Note
Metacritic 74/10097
Rotten Tomatoes 87 %98
Allociné 99
Compilation des critiques
Périodique Note
20 Minutes 99
Le Parisien 99
Les Inrockuptibles 99
Le Point 99
Ouest-France 99
Paris Match 99
Libération 99
La Croix 99
Le Monde 99
L'Express 99
Le Journal du 99
Dimanche
Télérama 99
Inception est largement salué par la critique dans le monde entier. Sur le site Rotten
Tomatoes, le long-métrage obtient 87 % d'avis favorables et atteint la note moyenne de 8⁄1098.
L'audience du même site lui accorde 91 % de critiques positives. Le site Metacritic lui attribue
74⁄100, basé sur 42 critiques97, ainsi qu'une moyenne de 8,6/10 pour les utilisateurs.
Roger Ebert, du Chicago Sun-Times, lui donne 4 étoiles sur 4, affirmant que s'il y a une faille
dans le film, il ne l'a pas trouvée et que, dans une industrie du cinéma envahie par les
« suites, remakes et franchises », Nolan réussit à faire un film « totalement original » sur le
fait de « se frayer un chemin à travers des couches concentriques de réalité et de rêve, de
réalité à l'intérieur des rêves, et de rêves sans réalité. C'est un acte de jonglerie
stupéfiant »100. Nev Pierce, du magazine Empire, lui donne 5 étoiles sur 5, affirmant que
Nolan signe « un film véritablement original », où « l'action tonitruante » ne le dispute qu'à
l'émotion, et bénéficiant d'une « étonnante interprétation de DiCaprio »101. Pour Peter
Travers, de Rolling Stone, qui lui donne 4,5 étoiles sur 5, le film, comparé à une « partie
d'échecs extrêmement ingénieuse », « mérite toute l'attention qu'il demande », et bénéficie
d'un aspect visuel « stupéfiant » pour un « résultat sensationnel »102. Justin Chang, de
Variety, évoque un « récit diaboliquement complexe se déroulant dans le labyrinthe du
subconscient », « un puzzle métaphysique mais aussi métaphorique » puisqu'il y a une
relation directe entre la conception de rêve de Cobb et la réalisation de Nolan, « construire
un simulacre de réalité dans le but de nous séduire, semer le désordre dans nos têtes et
laisser une impression durable »103. Et Lisa Schwarzbaum, d'Entertainment Weekly, lui donne
la note de B+, évoquant un « film audacieux » réalisé avec brio, aux « images hypnotiques »
mais dont le défaut est d'être bien moins intéressant sur le plan émotionnel qu'intellectuel.
Elle met aussi en avant les seconds rôles, notamment Tom Hardy « qui attire le regard sans
un effort » et Marion Cotillard qui mêle « tendresse et malveillance sous-jacente »104.
Parmi les critiques négatives, A. O. Scott, du New York Times, affirme qu'il y a « beaucoup à
voir dans Inception mais rien qu'on ne puisse considérer comme une authentique vision.
L'idée que M. Nolan se fait de l'esprit humain est trop littérale, trop logique, trop limitée par
des règles pour permettre la pleine mesure de folie — le risque de véritable confusion, de
délire, d'ambiguïté inexprimable, que ce sujet requiert »105. Et David Denby, du New Yorker,
estime que le film est loin de donner autant de plaisir que Nolan l'avait imaginé, affirmant en
conclusion que c'est « un film à l'aspect visuel sensationnel qui se perd dans des
enchevêtrements mirifiques, un film dévoué à ses propres rouages et pas grand-chose
d'autre »27. Il critique le plagiat maladroit de Nolan vis-à-vis du séquençage de Buñuel.
« [Nolan] nous pousse discrètement dans les rêves et nous laisse seuls à profiter de notre
émerveillement, mais il travaille sur tellement de niveaux et de représentations à la fois qu'il
doit donner des précisions simplement pour expliquer ce qui se passe27. »
Sur le site Allociné, la note moyenne des 24 critiques de presse française recensées est de 4,1
sur 599 et la note moyenne des critiques du public est de 4,5 sur 5 basée sur plus de
50 000 notes dont 6 119 critiques106, ce qui en fait le 12e du « Top 250 » du site.
Pour Gaël Golhen, de Première, Nolan réunit « le casting le plus brillant de l'année dans une
intrigue complètement dingue dans son fond comme dans sa forme » et « ce film de casse
mental [...] d'une beauté hallucinante [...] est bien parti pour être le mètre étalon des thrillers
de studio pour la décennie qui vient »107. Fabrice Leclerc, de Studio Ciné Live, évoque « un
prodige de cinéma déguisé en blockbuster hollywoodien » avec « un casting choral
impressionnant (DiCaprio, Joseph Gordon Lewitt ou Tom Hardy pour ne citer qu'eux) » et où
Nolan exprime ses thèmes récurrents, « choc entre réalité et fantasme, distorsion du temps,
récit destructuré, montage en abîme, héros en pleine autodestruction », dans un
« maelström d'action et de faux-semblant »108. Jacky Goldberg, des Inrockuptibles, affirme
que le film « bâtit des cathédrales narratives, enchaîne les effets plastiques inouïs, multiplie
les moments de bravoure [...], imposant au spectateur un état de sidération constant, et
repoussant loin, très loin, les limites du film d'action contemporain », que Leonardo DiCaprio
« porte le film à un niveau d’exigence exceptionnel » et que Cillian Murphy est « assez
émouvant »109. Pour Gilles Penso, de L'Écran fantastique, « Christopher Nolan nous offre un
de ses films les plus passionnants et les plus impressionnants : un voyage tortueux dans le
monde des rêves qui fera date dans l'histoire du cinéma de science-fiction »99. Alexandre
Poncet, de Mad Movies, estime que « si la mise en scène peine par moments à tenir le niveau
du manuscrit de départ, on ne peut rester qu'admiratifs devant la limpidité et la stature du
résultat final »99. Pour Stéphanie Dreyfus, de La Croix, le scénario d’Inception est une
« variation tortueuse sur le pouvoir de l'imagination », basé sur une « fort belle métaphore »
du rêve78. Le scénario, qu'elle qualifie de « complexe », « se déploie selon une mécanique
bien huilée », mais « le film multiplie les explications et les ralentis sur des images clés »
pour combler les difficultés occasionnées par la complexité du scénario et les différents
niveaux sur lesquels il joue78.
Du côté des critiques mitigées ou négatives, Adrien Gombeaud, de Positif, évoque un film
« visuellement brillant, bien au-dessus des machines hollywoodiennes estivales habituelles »
mais aussi « frustrant » car « il manque l'ultime pirouette, la touche de pureté qui soulève les
hourras » et où « tout est long, complexe mais finalement assez courant »110. Didier Péron,
de Libération, affirme qu'on « ne passe pas un mauvais moment à regarder Inception mais il
y a juste [sic] une disproportion flagrante entre l'ambition affichée et l’imaginaire visuel
souvent convenu qu’elle déclenche tous azimuts » et que le film « démarre fort sur une
dislocation assez époustouflante des traditionnelles scènes d’exposition et se termine en
blockbuster plutôt balisé, entre John Woo et James Bond »111. Danièle Attali, du Journal du
dimanche, évoque un film « aussi déroutant qu’il tente d’être compliqué » et qui « nous a
laissés à la porte des rêves qu’il prétend procurer », déplorant aussi la « bande-son
assourdissante qui ne se tait jamais »107. Et pour Louis Guichard, de Télérama, « la fausse
bonne idée de Christopher Nolan consiste précisément à mettre en scène le rêve comme un
jeu vidéo en ligne » et les idées intéressantes du film ne sont que « des trucs passagers, au
service d'une histoire décevante, et ensevelis sous un déluge visuel, à l'insistance plus
soporifique qu'onirique »112.
Inception est actuellement classé dans les quinze premiers films du « Top 250 » de l'Internet
Movie Database avec une note de 8.8⁄10 basée sur plus d'un million de votes d'utilisateurs1,113.
Box-office
Le jour de sa sortie, le film rapporte 21 600 000 $, y compris avec les 3 000 000 $ des
projections de minuit concernant 1 500 à 1 600 salles114. Le lendemain, samedi, les recettes
sont de 21 500 000 $114. Inception se classe no 1 au box-office américain le premier week-
end, totalisant 62 700 000 $ de recettes95 ; la production comptait sur 60 400 000 $114. Ce
premier week-end le classe en 2e meilleur début commercial pour un film de science-fiction
qui ne soit pas une préquelle, un remake ou une adaptation, derrière Avatar avec
77 000 000 $ au week-end d'ouverture, en 200995. Il est resté en tête du box-office les 2e et
3e semaines, avec une chute des recettes équivalente à 32 % (42 700 000 $) et 36 %
(27 500 000 $), respectivement ; cette chute est, comparativement à d'autres films à succès,
relativement faible115,116. La 4e semaine, il a cédé la première position au film de Adam McKay
Very Bad Cops117.
Le film est un grand succès commercial, rapportant 825 532 764 $ de recettes au box-office
mondial, dont 292 576 195 $ aux États-Unis et au Canada, pour un budget de 160 millions de
dollars3. Cela en fait le 4e plus gros succès commercial de l'année 2010 au niveau mondial
derrière Toy Story 3, Alice au pays des merveilles et Harry Potter et les Reliques de la Mort
(première partie)118, et le 6e en Amérique du Nord119. Il réalise 4 938 587 entrées en France,
665 260 en Belgique, 615 381 au Québec et 438 520 en Suisse120. Inception est la
3e production la plus lucrative du réalisateur, Christopher Nolan — après The Dark Knight : Le
Chevalier noir et The Dark Knight Rises —121 et la 2e pour Leonardo DiCaprio après Titanic122.
Distinctions
Inception apparaît en 2010 dans plus de 273 listes de critiques de cinéma des dix meilleurs
films de l'année, et il est numéro un dans 55 de ces listes. En moyenne, il est classé deuxième
après The Social Network, et l'un des plus salués par la critique anglo-saxonne avec Le
Discours d'un roi et Black Swan124.
Le film a remporté de nombreuses récompenses dans les catégories techniques, dont quatre
Oscars125 et trois BAFTA Awards126. Dans la plupart des catégories artistiques, comme
meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario, Inception a été battu par The Social
Network ou Le Discours d'un roi125,126,127. Il a cependant remporté trois des plus importantes
récompenses de film fantastique ou de science-fiction : le Saturn Award du meilleur film de
science-fiction128, le prix Bradbury du meilleur film129 et le prix Hugo du meilleur long
métrage130. Au total, le film a remporté 131 prix sur presque 300 nominations. En 2012,
Inception a été nommé 35e de la liste des 75 films les mieux montés de tous les temps par la
guilde des monteurs de film américaine, la Motion Picture Editors Guild131.
Note : Les informations ci-dessous sont issues de la page Awards du film sur l'Internet Movie Database132. Les
listes ci-dessous ne répertorient que les prix principaux.
Récompenses
Oscars 2011 : Saturn Awards 2011 :
Meilleure photographie pour Wally Meilleur film de science-fiction
Pfister
Meilleure réalisation pour Christopher
Meilleur montage de son pour Richard Nolan
King
Meilleur scénario pour Christopher
Meilleur mixage de son pour Lora Nolan
Hirschberg, Gary A. Rizzo et Ed Novick
Meilleure musique pour Hans Zimmer
Meilleurs effets visuels pour Paul
Meilleurs effets spéciaux pour Chris
Franklin, Chris Corbould, Andrew
Corbould, Andrew Lockley et Paul
Lockley et Peter Bebb
Franklin
BAFTA Awards 2011 :
Meilleurs décors pour Guy Hendrix Prix Hugo 2011 : meilleur film
Dyas, Larry Dias et Doug Mowat Prix Ray-Bradbury 2011 : meilleur film
Meilleur son pour Richard King
Meilleurs effets visuels pour Paul
Franklin, Chris Corbould, Andrew
Lockley et Peter Bebb
Nominations
Oscars 2011 : Meilleur scénario original pour
Meilleur film pour Christopher Nolan et Christopher Nolan
Emma Thomas
Meilleure photographie pour Wally
Meilleur scénario original pour Pfister
Christopher Nolan
Meilleur montage pour Lee Smith
Meilleurs décors pour Guy Hendrix
Meilleure musique de film pour Hans
Dyas, Larry Dias et Doug Mowat
Zimmer
Meilleure musique originale pour Hans
Zimmer
BAFTA Awards 2011 :
Meilleur film pour Christopher Nolan et
Emma Thomas
Meilleur réalisateur pour Christopher
Nolan
Golden Globes 2011 : Meilleur acteur pour Leonardo
Meilleur film pour Christopher Nolan et DiCaprio
Emma Thomas
Meilleure actrice pour Elliot Page
Meilleur réalisateur pour Christopher
Meilleur acteur dans un second rôle
Nolan
pour Tom Hardy
Meilleur scénario pour Christopher
Meilleurs décors pour Guy Hendrix
Nolan
Dyas
Meilleure musique de film pour Hans
David di Donatello 2011 : meilleur film
Zimmer
étranger
Saturn Awards 2011 :
César 2011 : meilleur film étranger
Analyse
Pour Cyril Beghin, des Cahiers du cinéma, Inception est la « fable parfaite » de la théorie de
philosophie politique qui énonce que « l'esprit du capitalisme aura atteint son stade ultime
lorsqu'il coïncidera avec l'image du fonctionnement du cerveau » où même le monde
supposé réel ressemble au cauchemar de quelqu'un d'autre. Les différentes strates de rêves
sont l'occasion, pour le réalisateur, d'opérer une variation de genres où l'imagerie
hollywoodienne remplace l'imagerie onirique, les niveaux étant « autant ceux d'un vaste jeu
de rôles que les strates toujours plus profondes d'un subconscient hanté par un trauma ». De
même, le niveau du bunker dans la neige « lorgne vers le jeu vidéo », Nolan « cherchant à
combiner la métaphore psychique avec les illustrations gamer ». Beghin voit une
ressemblance entre Inception et Shutter Island, autre film avec Leonardo DiCaprio en vedette
et sorti quelques mois plus tôt, à travers l'interaction dans ces deux films « entre architecture
de jeu vidéo et structure psychique »133.
Jean-Philippe Tessé, également des Cahiers, relève une autre similitude avec Shutter Island,
les deux films trouvant leur résolution dans « l'articulation d'un traumatisme et d'une figure
féminine aussi déréglés l'un que l'autre ». C'est, pour Tessé, un film sur l'inconscient qui
révèle quelque chose sur « l'inconscient hollywoodien et ses films de mecs qui recourent à
des ressorts difficiles à maîtriser qu'ils identifient au féminin ». Le personnage interprété par
Elliot Page symbolise « l'inconscient méandreux féminin » qui invente une « géométrie
perverse » et des « rêves plus labyrinthiques, plus retors que ceux qu'un homme pourrait
imaginer. » Cette complexité déroute les hommes, dont l'inconscient est « bien ordonné » et
tourné vers une pragmatique efficacité au détriment de sentiments plus complexes. Le
personnage joué par Marion Cotillard est celui d'une folle « hystérique et morbide,
prisonnière de ses tourments, gouvernée par ses passions, irrationnelle, incontrôlable ». Ces
deux figures féminines sont l'incarnation « d'archaïques fantasmes » masculins « imbibés de
morale judéo-chrétienne »134.
Titre
Le titre, Inception, peut être traduit de l'anglais par « début », « origine » (le titre choisi au
Québec) ou « conception », dans le sens « création de quelque chose ». Le terme est dérivé
du latin inceptio, « commencement », lui-même issu de incĭpĭō, « entreprendre » ou
« commencer »135.
Inception n'est pas aussi parsemé de références aux films noirs que les deux premiers films
de Nolan, Following et Memento ; il contient, cependant, un grand nombre de
caractéristiques du genre138. Le personnage de Mal interprété par Marion Cotillard est le
principal antagoniste du film, dont la présence récurrente et malveillante perturbe les rêves
de Cobb. Celui-ci est incapable de contrôler ces projections de sa propre culpabilité dans le
suicide de sa femme, remettant en cause ses capacités d'extracteur139. Nolan a décrit Mal
comme « l'essence de la femme fatale140 » et elle est, ainsi, la référence principale au film
noir. Sa relation avec Cobb est spirituelle (caractéristique de la femme fatale), une
manifestation de l'inconscient névrosé et de la peur de son auteur76. De plus, son surnom
« Mal » renvoie à sa signification en français : le Mal. L'éclairage est également
caractéristique du film noir141 et les personnages moralement corrompus (antihéros) sont, au
même titre que les femmes fatales, des personnages représentatifs du genre138.
Nolan commence son film avec la structure d'un film de casse, l'exposition (introduction)
étant un élément essentiel du genre, bien qu'il soit ici adapté avec un côté narratif
émotionnel plus travaillé, allant de pair avec le monde des rêves et du subconscient76.
Dispositif assez formel dans les films du genre – où la préparation du casse occupe la
première partie du film (l'équipe se rassemble, le chef explique le plan, etc.), de façon bien
tranchée avec la partie du « casse » lui-même –, l'exposition a, dans Inception, un aspect
continu alors que le groupe progresse dans les différents niveaux de rêve : les explications
sont données en temps réel142. Ainsi, les trois quarts du film, jusqu'à ce que le van commence
sa chute du pont, sont dévolues à expliquer le plan. L'exposition prend le pas sur la
description des personnages : leurs relations sont conditionnées par leurs aptitudes et rôles
respectifs.
Enfin, le film se rapproche des films d'action par un certain nombre de scènes de fusillades
ou de combat. De plus, l'utilisation du ralenti, caractéristique du genre, est utilisé dans le film
non seulement pour accentuer le suspense, mais aussi pour prendre le temps de différencier
les différents niveaux de rêve : plus le van chute du pont et se rapproche de l'eau, plus le
niveau de rêve est profond143. La scène de fusillade dans la station de ski se rapproche d'un
film de James Bond, des films d'action ayant développé un genre à part entière, associant
des chorégraphies travaillées et un héroïsme épique76.
Nolan et son équipe ont dû trouver des astuces pour rendre compréhensible au spectateur
l'alternance des séquences selon les niveaux de rêve. Pour distinguer rapidement les niveaux,
ils ont combiné un montage parallèle, comme à la fin de The Dark Knight, et des décors très
différents les uns des autres (ville sous la pluie, intérieur de nuit, paysage enneigé), Nolan ne
voulant pas faire de post-traitement de l'image76. Les villes représentées dans le film sont
également très différentes les unes des autres : Tokyo la ville fractale, Paris la ville rectiligne
et Mombasa la ville labyrinthique76.
Mythologie et philosophie
Dans le film, Nolan a utilisé des références à la mythologie et à la religion. Yusuf est le nom
arabe de Joseph, le fils de Jacob mentionné dans le livre de la Genèse qui avait le don
d'interpréter les rêves. Ariane (Ariadne en version originale) fait référence à la figure
mythologique grecque homonyme, fille du roi Minos et de la reine Pasiphaé, qui a aidé
Thésée à s'échapper du labyrinthe du Minotaure144. Nolan explique qu'il « aime l'idée qu'elle
soit le guide de Cobb [dans le labyrinthe des rêves]76. »
Le monde des limbes est interprété comme un monde utopique et, donc, par définition, un
lieu fictif (du grec οὐ-τοπος / ou-topos, le « lieu qui n'existe pas151 »). Mal s'y est perdue, et
ce monde onirique est devenu « réel », au point qu'elle ne pouvait plus faire la différence
entre la réalité et sa propre réalité. Mais comme dans toute utopie (du grec εὖ-τοπος / eu-
topos, le « bon lieu152 »), les limbes sont un monde parfait, où le rêveur contrôle le moindre
événement. Implicitement, le film pose la question au spectateur : si vous en aviez la
possibilité, resteriez-vous dans les limbes à rêver pour l'éternité153 ?
Enfin, l'inception elle-même questionne la possibilité que notre libre arbitre soit aussi
aisément manipulable. Comme le dit Arthur dans le film, l'esprit peut toujours trouver la
genèse d'une idée. Cependant, la défense psychologique n'est pas uniquement liée à la
capacité de l'esprit à retrouver le chemin de l'idée première154. De plus, de nombreux
facteurs entrent en jeu dans une prise de décision. Ce choix est presque toujours influencé,
le libre arbitre intervenant dans la façon dont ces facteurs sont plus ou moins utilisés, et la
façon dont un individu s'y réfère ou s'en détache149. Théoriquement, une vraie inception
(implanter une idée totalement étrangère dans l'esprit de quelqu'un d'autre) est difficilement
réalisable. Cependant, certains mécanismes permettent de contourner ce libre arbitre et la
possibilité pour quelqu'un de s'approprier une idée qui n'est pas la sienne existe. C'est le cas
du lavage de cerveau, de certains cas d'hypnose, du résultat de la propagande, de la
publicité, de la manipulation mentale et des phénomènes de pression psychologique
(pression hiérarchique, pression des pairs, pression familiale, etc.). Mais ces dernières (à
l'exception du lavage de cerveau) ne sont possibles que si le sujet possède déjà une certaine
inclination vers l'idée en question. Eames explique dans le film qu'« il faut trouver la version
la plus simple de l'idée pour qu'elle pousse naturellement dans l'esprit du sujetN 23. » Mais
l'inception du film est l'implantation d'une idée envers laquelle le sujet est totalement
réfractaire, et dont l'esprit a préalablement été entraîné à résister à certaines attaques
mentales. Le propos du film, sans parler de la technologie inédite permettant le partage des
rêves, est donc exagéré et irréaliste154.
Fin du film
La fin du film est volontairement incertaine. Le générique de fin apparaît brutalement après
un plan de quelques dizaines de secondes où la toupie tourne sur la table, menaçant de
tomber sans jamais le faire, invitant le spectateur à spéculer sur le caractère réaliste ou
onirique de la séquence précédente où Cobb retrouve finalement ses enfants. Le script du
film indique : « Derrière lui, sur la table, la toupie est TOUJOURS EN TRAIN DE TOURNER.
Et... FONDU AU NOIR »N 24. Christopher Nolan admet avoir voulu jouer sur l'ambiguïté de la
toupie qui ne tombe pas : « donner une explication claire nuirait au film. [...] J'ai coupé ce
plan final pour imposer une ambiguïté. Cela m'a toujours paru comme une fin idéale155 » et
ajoute que l'intérêt essentiel de la scène c'est que « Cobb ne regarde pas la toupie ; il
regarde ses enfants, et laisse la toupie derrière lui. Là se trouve la véritable signification
émotionnelle de la fin156. »
Utilité d'Ariadne
Ariadne, le personnage joué par Elliot Page, est considérée comme superflue par certains
internautes car selon eux elle n'aurait d'autre utilité que de poser des questions à Cobb
(environ quatre-vingts159) et n'assurant pas particulièrement une présence féminine forte
dans le film. Elle serait toutefois indispensable pour éviter la confusion totale du spectateur
en immersion dans cette technologie inconnue160 (les réponses qu'appellent ses questions
"vulgarisant" le concept aux yeux du spectateur), et certaines de ses actions sont
déterminantes dans le film, c'est notamment elle qui suggère à Cobb d'aller dans les limbes
pour chercher Fischer et Saito.
Autour du film
Édition en vidéo
Inception est sorti en disque Blu-ray le 3 décembre 2010 et en DVD le 8 décembre 2010161.
La version en DVD comporte en bonus quatre documentaires sur le concept et le design du
film162, alors que la version en Blu-ray comprend un mode extraction pendant la lecture du
film qui consiste en plusieurs modules du making-of, ainsi que deux documentaires sur la
nature des rêves, une version animée du comic qui sert de prologue au film et dix morceaux
de la bande originale163. Une édition limitée dans un coffret reproduisant la mallette utilisée
pour créer l'univers onirique du film est sortie le 23 novembre 2011. Elle comporte le film en
version DVD et Blu-ray, une toupie, un livret sur les différentes interprétations du film, ainsi
que tous les bonus de la version Blu-ray164. Un an après sa sortie sur le marché vidéo, le film
avait déjà rapporté plus de 86 000 000 $, et ce, uniquement en Amérique du Nord165.
Produits dérivés
En décembre 2010, Christopher Nolan confirme le développement d'un jeu vidéo basé sur
l'univers du film : « j'ai toujours imaginé Inception comme un monde dans lequel de
nombreuses autres histoires pourraient se dérouler. Pour le moment, la seule direction dans
laquelle nous nous dirigeons est le développement d'un jeu situé dans cet univers166,167 ».
Notes et références
(en)/(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en anglais « Inception (http
s://[Link]/wiki/Inception?oldid=559823315) » (voir la liste des auteurs ([Link]
ion?action=history)) et en allemand « Inception ([Link] »
(voir la liste des auteurs ([Link]
Notes
1. Citation originale : « As soon as you're talking about dreams, the potential of the human
mind is infinite. And so the scale of the film has to feel infinite. It has to feel like you
could go anywhere by the end of the film. And it has to work on a massive scale. »
2. Citation originale : « Once you remove the privacy, you've created an infinite number of
alternative universes in which people can meaningfully interact, with validity, with
weight, with dramatic consequences. »
3. Citation originale : « That era of movies where you had The Matrix (1999), you had Dark
City (1998), you had The Thirteenth Floor (1999) and, to a certain extent, you had
Memento (2000), too. They were based in the principles that the world around you
might not be real. »
4. Citation originale : « [I was] intrigued by this concept – this dream-heist notion and how
this character's going to unlock his dreamworld and ultimately affect his real life. »
5. Citation originale : « [The script was] very well written, comprehensive but you really
had to have Chris in person, to try to articulate some of the things that have been
swirling around his head for the last eight years. »
6. Citation originale : « A petulant child who's in need of a lot of attention from his father,
he has everything he could ever want materially, but he's deeply lacking emotionally. »
7. Citation originale : « To add to that the idea of living in the shadow of someone so
immensely powerful. »
8. Citation originale : « The one saying, 'Okay, you have your vision; now I'm going to figure
out how to make all the nuts and bolts work so you can do your thing'. »
9. Citation originale : « A perfect combination of freshness and savvy and maturity beyond
her years. »
10. Citation originale : « An old, Graham Greene-type diplomat; sort of faded, shabby,
grandeur – the old Shakespeare lovey mixed with somebody from Her Majesty's Special
Forces. »
11. Citation originale : « An avant-garde pharmacologist, who is a resource for people, like
Cobb, who want to do this work unsupervised, unregistered and unapproved of by
anyone. »
12. Citation originale : « I think it's a misnomer to call it 3D versus 2D. The whole point of
cinematic imagery is it's three dimensional... You know 95% of our depth cues come
from occlusion, resolution, color and so forth, so the idea of calling a 2D movie a '2D
movie' is a little misleading. »
13. Citation originale : « It's always very important to me to do as much as possible in-
camera, and then, if necessary, computer graphics are very useful to build on or
enhance what you have achieved physically. »
14. Citation originale : « Something glacial, with clear modernist architecture, but with
chunks of it breaking off into the sea like icebergs. »
15. Citation originale : « The idea of people sharing a dream space... That gives you the
ability to access somebody's unconscious mind. What would that be used and abused
for? »
16. Citation originale : « That's very much how real stimuli get incorporated, and you very
often wake up right after that intrusion. »
17. Citation originale : « I tried to work that idea of manipulation and management of a
conscious dream being a skill that these people have. Really the script is based on those
common, very basic experiences and concepts, and where can those take you? And the
only outlandish idea that the film presents, really, is the existence of a technology that
allows you to enter and share the same dream as someone else. »
18. Citation originale : « Cobb : An idea is like a virus, resilient, highly contagious. The
smallest seed of an idea can grow. It can grow to define or destroy you. »
19. Citation originale : « I gravitated toward the creative process that I know. The way the
team works is very analogous to the way the film itself was made. I can't say that was
intentional, but it’s very clearly there. I think that’s just the result of me trying to be very
tactile and sincere in my portrayal of that creative process. »
20. Citation originale : « And I'm very interested in the similarities or analogies between the
way in which we experience a three–dimensional space that an architect has created
and the way in which an audience experiences a cinematic narrative that constructs a
three–dimensional -reality from a two-dimensional medium—assembled shot by shot. I
think there’s a narrative component to architecture that’s kind of fascinating. »
21. Citation originale : « We don't have the brand equity that usually drives a big summer
opening, but we have a great cast and a fresh idea from a filmmaker with a track record
of making incredible movies. If you can't make those elements work, it's a sad day. ».
22. Citation originale : « Cobb : What do you want from us?
Saito : Inception. Is it possible?
Arthur : Of course not.
Saito : If you can steal an idea from someone's mind, why can't you plant one there
instead?
Arthur: Okay, this is me, planting an idea in your mind. I say: don't think about elephants.
What are you thinking about?
Saito: Elephants?
Arthur: Right, but it's not your idea. The dreamer can always remember the genesis of
the idea. True inspiration is impossible to fake.
Cobb: No, it's not. »
23. Citation originale : « It's not just about depth. You need the simplest version of the idea,
the one that will grow naturally in the subject's mind. »
24. Citation originale : « Behind him, on the table, the spinning top is STILL SPINNING. And
we – FADE OUT. »
Références
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Voir aussi
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(en)David Kyle-Johnson, Inception and Philosophy : Because It's Never Just a Dream, John
Wiley & Sons, 2011, 386 p. (ISBN 978-1-118-07263-9 et 1-118-07263-4, lire en ligne ([Link]
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Articles connexes
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Suggestion
Liens externes
(en) Site officiel ([Link] [archive]