Progrès Techniques Et Détection Des Cancers Du Sein en Échographie
Progrès Techniques Et Détection Des Cancers Du Sein en Échographie
56-64
© Masson, Paris, 2002
SESSION II : ÉCHOGRAPHIE
RÉSUMÉ SUMMARY
L’exploration échographique mammaire a bénéficié The near-field imaging capability of sonography equip-
des progrès des appareillages et de l’arrivée des sondes ment has recently and markedly improved, including
de très haute fréquence (10-20 Mhz). Les progrès les broad bandwith transducers, improved signal process-
plus récents concernent l’imagerie harmonique, la foca- ing, tissue harmonic imaging, spatial compounding,
lisation électronique, le « spatial compounding »,... extended-field-of-view imaging...Ultrasonography can
L’échographie est devenue un complément indispensa- improve the specificity of clinically and mammograph-
ble de la mammographie, permettant de classer bon ically detected abnomalities, and helps accurately dis-
nombre de lésions indéterminées en bénignes ou mali- tinguish benign solid nodules from indeterminate or
gnes. Son utilisation judicieuse et la connaissance des malignant nodules. The aim of this distinction is to ob-
critères d’analyse doit permettre de diminuer le nom- viate surgical biopsy.
bre de biopsies inutiles.
Rédacteur en chef honoraire :
J.L. Lamarque
Mots-clés : Rédacteurs
échographie,
en chef :Rédacteurssein, haute
en chef adjoints : fréquence, innova-
tions technologiques,
Y. Grumbach
cancer mammaire, détection. Key words: ultrasonography, technology update, breast,
A. Le Treut
Y. Grumbach
high frequency, breast neoplasm, diagnosis.
Secrétaires de rédaction :
P. Boulet
J. Pujol
P. Taourel
Comité de rédaction :
C. Balu-Maestro, B. Baratte, P. Boulet, L. Cambier, M.H. Dilhuydy, R. Gilles, B. Gollentz, P.A. Gaumot, D. Gros, C. Hagay, M.Y. Mourou, D. Serin, P. Taourel, A. Tardivon, A. Travade, H. Tristant, J.M. Tubiana.
Comité Scientifique :
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Haehnel (F), J. Hendriks (NL), C. Hessler (CH), S. Heywang-Köbrunner (D), A. Isnard (F), D. Janssens (L), V. Latanzio (I), S. Mazy (B), E. Mendelson (USA), M. Namer (F), V. Neel-Paprocki (F), F. Nissen (DK), R. Otto (CH), M. Prats-
Esteve (E), I. Ramos (P), G. Rizzato (I), S. Schraub (F), I. Schreer (D), F. Solsona (E), G. Svane (S), J. Teubner (D), A. Van Steen (B), R. Wilson, G. Wolf (A).
© Masson éditeur, Paris, 2000 les limites basses et hautes du spectre. À partir de
proposent de façon régulière de nouvelles inno-
Publication périodique trimestrielle 1994, les sondes font des progrès dans toutes les
vations [29]. Commission paritaire : 73923
valeurs de bande et se développent des sondes
Dépôt légal 1998 : ••••
Le but est d’améliorer la résolution de l’image,
Bialec sa - Nancy dites très hautes fréquences 10-12 MHz, voire 15,
qui dépend de plusieurs facteurs : la résolution 20 Mhz. L’augmentation de la fréquence amé-
longitudinale, la résolution latérale plus difficile à liore la résolution et le contraste [7, 17].
maîtriser et l’épaisseur de coupe qui sont liés à
JLS
multiple de deux de ceux de l’émission. Cette Le bénéfice de cette image harmonique est évi-
technique qui permet d’obtenir un nombre dou- dent en échographie abdominale pour les patients
ble ou supérieur de canaux que celui implanté peu échogènes. En exploration mammaire par
dérive des techniques de l’imagerie radar. Dans contre, son bénéfice serait en théorie moindre, car
ce cas la réception se fait sur la moitié des cris- il y a trop peu de tissus traversés, et pas assez de
taux constitutifs de la sonde. déformation du faisceau pour générer une harmo-
Cet artifice informatique présente les avanta- nique suffisante à améliorer la qualité de l’image.
ges suivants : Le signal harmonique est progressivement généré
— une réduction de la taille des pixels et donc lors de la pénétration dans les différents tissus ; or
une plus grande résolution spatiale ; plus la fréquence d’émission augmente comme
— une meilleure focalisation du faisceau c’est le cas en exploration mammaire et plus la pé-
ultrasonore ; nétration diminue (loi de l’atténuation). Dans une
— une augmentation de la cadence image. expérience clinique préliminaire, Fornage a pour-
tant trouvé un intérêt à l’utilisation de
Les avancées dans la conception des transducteurs l’harmonique : pour affirmer le contenu liquidien
d’une lacune, pour mieux mettre en évidence des
Les dernières tendances sont d’obtenir des contours irréguliers et des microcalcifications [11].
composés dont l’impédance acoustique serait très
• De contraste
proche de celle des tissus humains, ceci afin
d’améliorer la transmission de l’énergie ultrasoni- L’imagerie en harmonique est obtenue soit à
que. partir des tissus (Imagerie Harmonique Tissulai-
re) soit en utilisant des produits de contraste (Ima-
Les fréquences harmoniques gerie Harmonique de Contraste) [14]. Dans ce
dernier cas, pour éliminer le signal fondamental et
• Tissulaires obtenir un signal harmonique pur, chaque cons-
ATL a été à l’origine d’un des développements tructeur a mis au point une technique : Pulse in-
récents les plus intéressants, avec la modalité version imaging pour la société ATL-Philips,
« Tissue Harmonic Imaging » (THI). La sonde Inversion de phase pour la société Siemens
émet une onde ultrasonore à la fréquence fonda- (figure 1), Emission pure sans distorsion pour la
mentale ; après différentes réflexions sur les tissus société Aloka, Single pulse cancellation pour Acu-
composant la structure explorée, le signal ultraso- son. Sur les appareils ATL, le système émet une
nore revient au niveau des éléments composant le série de signaux à la fréquence fondamentale en
cristal en une série d’ondes dites harmoniques phase et une série en inversion de phase ; un trai-
dont les fréquences sont des multiples de la fré- tement mathématique somme les deux signaux
quence fondamentale. La décomposition donne fondamentaux qui s’annulent ; les réponses har-
des harmoniques dites de rangs paires (2, 4, ...) moniques sont additionnées pour constituer une
dont les fréquences sont doubles ou quadruples réponse harmonique pure. Le Single pulse cancel-
de la fréquence fondamentale et des harmoniques lation de Acuson consiste en une annulation (can-
de rangs impaires (3, 5, ...) dont les fréquences cellation) de la fondamentale par une seule
sont triples ou quintuples de la fréquence fonda- émission (single emission). Le principe consiste en
mentale. un balayage classique de ligne ultrason mais où
Le signal ultrasonore comporte donc la fré- chaque ligne sera alternativement en phase et dé-
quence fondamentale et les fréquences harmoni- phasage. Le multi-formateur de faisceau à cohé-
ques dont l’intensité est très faible par rapport à rence de phase va permettre l’analyse horizontale
celle de la fondamentale. Or ce signal fondamental de l’information de manière à reconstruire des cel-
est profondément parasité par le bruit qui est un lules images. La sommation de ces informations
phénomène aléatoire. La sonde, elle, code un si- entraînera l’annulation de la fondamentale sans
gnal proportionnel à l’amplitude des échos reçus. perte de cadence image et sans artéfact de mouve-
Il faut donc trouver une technique permettant ments. Le bénéfice clinique est la détection de très
d’obtenir un signal « pur », c’est-à-dire non pertur- petites quantités de produit de contraste avec une
bé. La seconde harmonique présente cet avantage. excellente résolution spatiale.
Le bruit ayant un domaine de fréquence aléatoire La simple émission est à préférer à une double
parasite en premier le signal fondamental, la se- émission en phase et déphasage car l’émission
conde harmonique étant épargnée, elle présente multiple diminue la cadence image et maximalise
une intensité exploitable sur le plan du traitement les flashs d’artéfacts de mouvement (mouvement
du signal. des tissus entre deux tirs consécutifs pour la même
Les avantages sont très importants, à savoir : ligne ultrason).
une réduction de l’épaisseur du faisceau, une dimi-
nution des artéfacts de parois, une amélioration de La focalisation électronique
la résolution et une réduction de la dynamique de L’augmentation du nombre de transducteurs a
l’image. Cette dernière caractéristique permet entraîné leur miniaturisation et par là un faisceau
d’obtenir une image plus contrastée. divergent donc comportant une mauvaise résolu-
58 M. BOISSERIE-LACROIX et al.
FIG. 1. — Imagerie harmonique. Inversion de phase (Société FIG. 2. — Focalisation dynamique à l’émission.
Siemens). FIG. 2. — Dynamic localization at emission.
FIG. 1. — Harmonic imaging. Phase inversion (Siemens).
tion latérale. Pour améliorer cette dernière, on Il s’agit de nouvelles générations de sondes de
utilise la focalisation électronique. technologie plano-concave (Hanafy Lens Techno-
On peut s’intéresser aux échos réfléchis sur logy) type 4C1 (exploration abdomino-pelvienne),
chacun des transducteurs élémentaires, et corri- 15L8W (exploration du sein), constituées d’une
ger les décalages de phase à la réception. On peut rangée de 128 à 280 cristaux taillés sous forme pla-
s’intéresser au faisceau émis : la commande no-concave équivalentes aux sondes matricielles
d’émission est retardée électroniquement par un en contrôlant très finement l’épaisseur du plan de
jeu de retards symétriques (les transducteurs cen- coupe (figure 3a). Cette technologie présente
traux sont excités plus tard que les périphériques) l’avantage d’être moins fragile car moins comple-
selon une loi donnant une forme sphérique au xe pour un coût à l’achat et de maintenance équi-
faisceau qui vient converger vers une distance valent aux sondes normales (planes). La forme
donnée. spécifique de taille confère des propriétés particu-
L’avantage de la focalisation électronique est lières au cristal en augmentant sa bande passante
de pouvoir choisir la distance focale qui convient à l’émission. L’épaisseur du cristal, plus fine en son
à chaque tissu exploré et à chaque lésion selon sa centre va résonner à des fréquences hautes qui na-
profondeur dans le parenchyme. Les appareils turellement (vu la forme de cristal) se focaliseront
récents donnent à sélectionner plusieurs zones en champs proximaux. À l’opposé, les extrémités,
focales, et il est impératif de choisir la mieux plus épaisses, résonneront à des fréquences plus
adaptée : la qualité de l’image et l’analyse d’une basses qui se focaliseront naturellement en
lésion sont nettement améliorées. Cependant la champs profonds (figure 3b).
cadence image est ralentie quand la focalisation — Les propriétés de cette découpe spécifique
est étroite. sont aussi : une épaisseur de plan de coupe cons-
Parmi les derniers progrès, on note : tante, une répartition homogène de l’énergie dis-
tribuée (propriété fondamentale pour l’utilisation
— la focalisation dynamique à l’émission de
des produits de contraste), et une amélioration de
Acuson. Cette technologie s’intéresse à la modula-
la résolution spatiale et de la bande passante.
tion du pulse à l’émission. Elle se propose une fo-
calisation multiple à l’émission dont les bénéfices Le « spatial compounding »
cliniques d’homogénéité de l’image sont connus,
sans perte de cadence image et avec synergie avec Le Compounding (« composition ») est une
les autres modes telle que l’imagerie d’Harmoni- technique qui permet de diminuer le bruit de
que ou le Doppler couleur (figure 2). fond et d’augmenter la résolution de contraste en
faisant intervenir la combinaison de plusieurs
Plusieurs constructeurs s’intéressent à la focali-
images [18].
sation de l’épaisseur du plan de coupe.
ATL a ainsi introduit le SonoCT Real-time
— les sondes matricielles (GE, Siemens) Compound Imaging : de multiples lignes de
— la technique HDI de la Société ATL balayage composent l’image (figure 4). On peut
La technique HDI (High Definition Imaging) comparer ces angles de tirs (9 sur une sonde secto-
est basée sur des lignes à retard numériques évi- rielle, 7 sur une sonde linéaire) à une stéréotaxie
tant la réduction de la bande passante et la distor- où un point est vu sous différents angles. La déno-
sion du signal comme avec les lignes analogiques. mination « CT » fait allusion au principe du scan-
— la lentille Hanafy de la Société Acuson ner où un point est balayé sous plusieurs angles.
Progrès techniques et détection des cancers du sein en échographie 59
FIG. 3. — a. La lentille Hanafy : forme plano-concave du cristal. b. La lentille Hanafy : augmentation de la bande passante.
FIG. 3. — a. Hanafy’s lens is formed by a plane concave crystal. b. Augmentation of the passing band with Hanafy’s lens.
Deux types de compounding sont en fait envi- Cette technologie issue du radar est basée sur
sageables en ultrasons : la variation des fréquen- une modulation du « single pulse à l’émission »
ces d’émission ou de l’angle d’insonification. en fréquence et en amplitude. Cette modulation
Cette technique apporte de l’information sup- complexe permet d’augmenter l’énergie du signal
plémentaire : en temps réel des détails sont plus sans toucher à l’index mécanique et l’amplitude,
nets, notamment les interfaces, les bords d’une autorisant des explorations en profondeur tout en
lacune ; les artéfacts sont réduits. augmentant la fréquence d’émission (figures 5a et
On peut combiner imagerie d’harmonique et 5b). La résolution spatiale est améliorée et la
compounding sur les sondes courbes abdominales profondeur d’exploration augmentée ; les caden-
mais pas sur les superficielles. ces images sont élevées. Pour une mise en œuvre
efficace, un hardware de modulation de pulse à
La technique Chirp l’émission est nécessaire. Cette technologie est
pour le moment disponible sur une sonde
C’est une nouvelle technologie introduite sur le existante : 15L8W. Ses domaines d’utilisation
Séquoia Acuson : Chirp coded excitation, qui per- sont les images dites superficielles aussi bien
met d’atteindre des pénétrations de 8 cm à 14 Mhz. structurelles que vasculaires, le sein, la néonato-
logie, pédiatrie.
La largeur du champ
La plupart des sondes très haute fréquence ont
un champ de vue encore limité pour préserver
une excellente résolution spatiale [25]. La société
Siemens a mis au point « SieScape » dont le
champ de vue est large de 6 à 26 cm. On active la
fonction, et on déplace lentement le transducteur
dans un plan. L’ordinateur calcule la translation
et la rotation de l’image, et on obtient en temps
réel une cartographie du sein.
Cette technique s’avère intéressante pour
mesurer la distance entre deux lésions, ou les rap-
ports d’un cancer avec le mamelon.
Le traitement de l’information
La digitalisation du signal
— Le signal électrique de radiofréquence est
transformé en signal vidéo avec échelle de gris. Le
signal est digitalisé de plus en plus précocement
FIG. 4. — Spatial compounding (Société ATL-Philips). dans la chaîne de traitement, transformant les si-
FIG. 4. — Spatial compounding (ATL-Philips). gnaux analogiques en valeurs numériques traitées
60 M. BOISSERIE-LACROIX et al.
dans les circuits digitaux, plus stables, plus fiables port à celles de 7,5 Mhz [15]. Par contre, les
et moins sensibles au bruit de fond que les circuits microcalcifications ne peuvent pas être détectées
analogiques. dans un conjonctif échogène. On visualise les cal-
cifications à l’intérieur d’une masse solide dans
Le SonoCT RES (résolution) (ATL-Philips) 80 à 97 % des cas [1], et ces microcalcifications
— Il s’agit d’un post-traitement d’images utili- seraient plus faciles à mettre en évidence dans les
sant des logiciels de scanners et d’IRM, sur image cancers invasifs que dans les nodules dystrophi-
figée. Cette nouvelle technique n’apporte pas da- ques bénins [13, 19]. La sensibilité de détection
vantage d’information, mais enlève du bruit. s’améliore encore quand on passe à 13 Mhz,
L’image ainsi traitée donne une impression de jusqu’à 100 % pour Rizatto quand les microcalci-
« bas-relief ». fications sont à l’intérieur d’un nodule, et 87 %
quand elles sont isolées [26].
Le stockage des images Leur détection est aussi liée à l’expérience de
Le stockage des images connaît lui aussi de très l’opérateur, et Gufler reconnaît que la majorité de
nets progrès soit par la mise en place de disque ces microcalcifications n’ont été repérées à l’écho-
dur soit de disque optique numérique. Les der- graphie que parce que l’on connaissait leur locali-
nières années de la décennie voient l’installation sation à la mammographie. L’échographie ne peut
du disque magnéto-optique de grande capacité. se substituer à la mammographie dans le dépistage
des foyers, et ne fournit pas d’indication sur la
Le contrôle qualité taille et la morphologie des dépôts calciques [13].
FIG. 6. — a. Échographie à 8 Mhz : très discrète plage atténuante difficile à repérer dans un sein à prédominance graisseuse.
b. Échographie à 13 Mhz : lacune hypoéchogène à contours irréguliers. Carcinome canalaire infiltrant de 2 cm.
FIG. 6. — a. 8 Mhz ultrasound image : very discrete attenuation difficult to recognize within the predominantly fathy breast. b. 13 Mhz
ultrasound image. Hypoechogenic defect with irregular contours. 2 cm infiltrating ductal carcinoma.
ment de la mammographie lorsque cette dernière plus irréguliers dans 23 % ; ainsi qu’une meilleure
est normale mais l’examen clinique suspect, ou visibilité des spicules dans 32 %, des microlobula-
lorsque les signes mammographiques sont ambi- tions dans 23 %, et de la couronne échogène dans
gus [10]. 9 %. La haute fréquence a augmenté dans 73 % la
Lorsqu’on recherche une multifocalité dans les valeur prédictive positive (VPP) de malignité de la
seins denses, l’échographie est meilleure que la mammographie, et a augmenté de 16 % la VPP de
mammographie (38 % de détection versus 31 %) malignité de l’échographie réalisée en basse fré-
[4]. Les données récentes confirment cette supé- quence (figures 7a et 7b).
riorité, et Berg recommande d’examiner par
échographie l’ensemble du sein lorsqu’un traite- Échographie et dépistage
ment conservateur est envisagé [3]. DANS LES SEINS DENSES
Dans la caractérisation des images mammogra- Les avis sont partagés sur la nécessité d’une
phiques ambiguës échographie complémentaire dans les seins den-
ses [2, 16]. Pour certains auteurs, l’apport de la
Les critères séméiologiques traditionnels ont
haute fréquence porterait davantage sur l’amélio-
évolué, autorisant une meilleure évaluation des
ration de l’analyse séméiologique que sur la
petites images lacunaires. Stavros a étudié 750
détection des lésions [17]. L’échographie à
nodules solides en 10 Mhz et a déterminé des cri-
13 Mhz n’augmenterait pas la détection quand la
tères permettant dans certains cas un diagnostic
mammographie est de bonne qualité, mais reste
précis [28]. Dans l’étude de Stavros, l’échogra-
indispensable pour l’analyse de nodules palpables
phie a orienté le diagnostic vers la malignité dans
sans traduction mammographique ou d’opacités
22 % des images mammographiques interprétées
mammographiques [2]. D’autres auteurs au con-
bénignes et 84 % des images mammographiques
traire soulignent l’apport à la détection des
ambiguës [28].
cancers : 0,41 % dans la série de Buchberger [8].
L’apport au diagnostic a également été précisé
Mais le nombre global de lésions mises en évi-
dans une étude multicentrique concernant 1 077
dence en échographie par rapport à la mammo-
patientes qui ont toutes eu une biopsie, et
graphie est loin d’être négligeable : 17 % avec
comparant mammographie seule et mammogra-
une sonde de 7,5 Mhz [16] et 37,3 % de lésions
phie associée à une échographie à très haute fré-
supplémentaires avec une sonde de 10 Mhz [8].
quence. Dans les cas ambigus, l’échographie à
Le taux de faux-positifs ainsi générés est souligné
très haute définition a permis de réduire de façon
dans la littérature. Les 3/4 des lésions détectées à
significative le nombre de biopsies inutiles grâce
l’échographie seule font moins de 10 mm [8].
à sa très bonne valeur prédictive négative : 40 %
des biopsies auraient pu être évitées [27].
CHEZ LES FEMMES AUX ANTÉCÉDENTS PERSONNELS
Nous avons revu 100 échographies de lésions
OU FAMILIAUX
ACR 3 ou 4, explorées en 7,5, 10 et 13 Mhz, cette
étude ayant fait l’objet d’une thèse [23]. En haute Les avis sont également partagés. O’Driscoll,
fréquence, il a été noté une hypoéchogénicité plus sur une série de 149 patientes, trouve un taux de
marquée dans 68 % des cancers et des contours biopsie (chirurgicale) acceptable [20].
62 M. BOISSERIE-LACROIX et al.
FIG. 7. — a. Mammographie en compression localisée : opacité stellaire à centre clair de 1 cm, classée ACR 4.
Échographies à 8 Mhz (b), 12 Mhz (c) et 14 Mhz avec Chirp (d) : lacune de 15 mm. L’augmentation de fréquence renforce l’hy-
poéchogénicité, fait apparaître les contours plus irréguliers, met en évidence une rupture des strates et une couronne hyper-
échogène. Aspect échographique très suspect ACR 5. Histologie : carcinome canalaire infiltrant.
FIG. 7. — a. Mammography with local compression : star-shaped opacity with aclear 1 cm center, ACR class 4. 8 Mhz (b) 12 Mhz (c)
and 14 Mhz chirp ultrasound images (d) showing a 15 mm defect. Higher frequency enhances the hyperecho genicity, visualizes
more irregular contours, demonstrates rupture of the strata, and discloses a hyperechogenic periphery. Highly-suspected ACR class
5 image. Histology : infiltrating ductal carcinoma.
RÉFÉRENCES
[1] BALU-MAESTRO C, CAZENAVE F, MARCY PY, CHAUVEL
FIG. 8. — Patiente de 50 ans, présentant un nodule mobile de C. Échographie en sénologie : nouvelles techniques et
8 mm du prolongement axillaire droit. Mammographie nor- place actuelle. Reprod Hum Horm 1997 ; (X) 5 : 291-302.
male (glandes assez denses). Échographie à 8 Mhz normale.
Échographie à 13 Mhz : lacune discrètement hypoéchogène, [2] BALU-MAESTRO C, CAZENAVE F, MARCY PY, BRUNE-
TON JN, CHAUVEL C, BLEUSE A. Systematic ultrasono-
très superficielle, semblant envahir le revêtement cutané.
graphy in asymtomatic dense breasts. Eur J Radiol
Exérèse : carcinome canalaire in situ.
1998 ; 26 (3) : 254-256.
FIG. 8. — 50-year-old women with a mobile 8-mn nodule pro-
[3] BERG WA, GILBREATH PL. Multicentric and multifocal
longed into the right axilary region. Normal mammography cancer : whole-breast US in preoperative evaluation. Ra-
(dense gland). Normal 8 Mhz ultrasound. 13 Mhz ultrasound diology 2000 ; 214 (1) : 59-66.
showed a very superficial discretely hypoechogenic defect
which appared to invade the skin. Resection : in situ ductual [4] BOETES C, M US RD, H OLLAND R, B ARENSTZ JO, S TRIJK
carcinoma. SP, Wobbes T et al. Breast tumors : comparative accu-
racy of MRImaging relative to mammography and US
for demonstration extent. Radiology 1995 ; 197 : 743-747.
leur traduction échographique par des microcal- [5] BOISSERIE-LACROIX M. La caractérisation des placards
cifications essentiellement. Dans l’étude de mal systématisés en haute fréquence. In : N Grenier, MF
Buchberger [8], les 9 cancers manqués sur les Sarramon, livre des résumés, Société Française pour
103 correspondent à 8 carcinomes canalaires in l’Application des Ultrasons en Médecine et Biologie
(SFAUMB), Toulouse, 17-19 mai 2001.
situ et à un carcinome canalaire infiltrant de
[6] BOISSERIE-LACROIX M, RANCHON N. L’échographie
10 mm. Dans la thèse de N Ranchon, les mam- mammaire en haute fréquence. Gynécol Obstét Fertil
mographies comportant des microcalcifications 2002 ; 30 : 147-153.
canalaires ACR 5 n’ont pas été prises en compte ; [7] BOKOBSA J, BENMUSSA M, ELBAZ P, TRISTANT H. Pro-
mais deux carcinomes intracanalaires ont été mis grès techniques et technologiques. Valeurs, limites et
en évidence alors que la mammographie était applications ; les sondes, le Doppler. J Le Sein 1997 ; 3 :
181-182.
négative, l’un se traduisant par une lacune super-
ficielle irrégulière correspondant cliniquement à [8] BUCHBERGER W, DEKOEKKOEK-DOLL P, SPRINGER P,
STOEGER A, OBRIST P, DUNSER M. Incidental findings
un nodule de 8 mm (figure 8), l’autre par un syn- on sonography of the breast : clinical significance and
drome de masse dans un canal dilaté lors d’écou- diagnostic workup. AJR 1999 ; 173 : 921-927.
lement [23]. [9] BUTLER RS, VENTA LA, WILEY EL, ELLIS RL, DEMPEY
PJ, RUBIN E. Sonographic evaluation of infiltrating lobu-
lar carcinoma. AJR 1999 ; 172 : 325-330.
Variabilité intra- et interobservateurs
[10] CHAPELLIER C, BALU-MAESTRO C, BLEUSE A, ETTORE
Les critères descriptifs énoncés par Stavros ne F, BRUNETON JN. Ultrasonography of invasive lobular
carcinoma of the breast : sonographic patterns and dia-
sont cependant pas toujours faciles à appliquer et gnostic value. Report of 102 cases. J Clin Imaging 2000 ;
comportent une certaine part de subjectivité. Des 24 (6) : 333-336.
lecteurs différents peuvent être en désaccord sur [11] FORNAGE BD. Recent advances in breast sonography.
le niveau d’hypoéchogénicité, ou sur les JBR-BTR 2000 ; 83 (2) : 75-80.
contours d’une image : notamment les petits kys- [12] GRUMBACH Y, BARATTE B. Quoi de neuf en échogra-
tes non sous tension peuvent présenter des phie ? l’assurance et le contrôle qualité en échographie
mammaire (en mode B échelle de gris). J Le Sein 2001 ;
contours aplatis un peu flous qui vont les faire 11, 1-2 : 35-37.
classer irréguliers et donc suspects. L’évaluation
[13] GUFLER H, BUITRAGO-TELLEZ CH, MADJAR H, ALL-
du rapport hauteur-épaisseur n’est pas non plus M A N KH, UH L M, Rohr-Reyes A. Ultrasound demons-
aisée à évaluer quand la lacune est mal définie. tration of mammographically detected microcalcifica-
La variabilité de description peut concerner tions. Acta Radiol 2000 ; 41 (3) : 217-321.
aussi un même lecteur : dans l’étude récente pré- [14] HAERTEN R, LOWERY C, BECKER G, GEBEL M, ROSEN-
THAL S, SAUERBREI E. Ensemble‰ Tissue Harmonic
cédemment citée, nous avons décrit et classé Imaging. The Technology and clinical utility. Electrome-
différemment des images échographiques en dica 1999 ; 67, 1 : 50-56.
revoyant des dossiers ultérieurement [23]. [15] HUANG CS, WU CY, CHU JS, LIN JH, HSU SM, CHANG
KJ. Microcalcifications of non-palpable breast lesions
detected by ultrasonography : correlation with mammo-
CONCLUSION graphy and histopathology. Ultrasound Obstet Gynecol
1999 ; 13 : 431-436.
L’échographie est un examen d’une grande [16] KOLB TM, LICHY J, NEWHOUSE JH. Occult cancer in wo-
men with dense breasts : detection with screening US-
souplesse de mise en œuvre, et qui apporte une diagnostic yield and tumor characteristics. Radiology
très grande richesse dans l’exploration des diffé- 1998 ; 207 : 191-199.
64 M. BOISSERIE-LACROIX et al.
[17] LE T REUT A, PROUVOST E, DE B OUCAUD L. L’échogra- [24] REVELON G, S HERMAN ME, G ATEWOOD OM, B REM RF.
phie mammaire en haute fréquence. Gynécologie Prati- Focal fibrosis of the breast : imaging characteristics and
que 1999 ; 112 : 1-3. histopathologic correlation. Radiology 2000 ; 216 : 255-
259.
[18] MERRITT CR. Update on ultrasonography. Technology
update. Radiol Clin North Am 2001 ; 39 (3) : 385-397. [25] RIZZATTO G, CHERSEVANI R, ABBONA M, LOMBARDO
VL. High-resolution sonography of breast carcinoma.
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Coordonnateurs
F. LAFFARGUE – J.B. DUBOIS