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Perspectives D'utilisation Des Flavines en Thérapeutique: To Cite This Version

La thèse de Jonathan Philippe Ribes explore les perspectives d'utilisation des flavines en thérapeutique, en mettant en avant leurs propriétés physico-chimiques et biologiques. Elle examine les applications potentielles des flavines dans le traitement de diverses maladies, notamment le cancer, les infections et les maladies neurodégénératives. Le document présente également des recherches sur l'ingénierie tissulaire et d'autres domaines d'application des flavines dans la santé.

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Perspectives D'utilisation Des Flavines en Thérapeutique: To Cite This Version

La thèse de Jonathan Philippe Ribes explore les perspectives d'utilisation des flavines en thérapeutique, en mettant en avant leurs propriétés physico-chimiques et biologiques. Elle examine les applications potentielles des flavines dans le traitement de diverses maladies, notamment le cancer, les infections et les maladies neurodégénératives. Le document présente également des recherches sur l'ingénierie tissulaire et d'autres domaines d'application des flavines dans la santé.

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Perspectives d’utilisation des flavines en thérapeutique

Jonathan Philippe Ribes

To cite this version:


Jonathan Philippe Ribes. Perspectives d’utilisation des flavines en thérapeutique. Sciences du Vivant
[q-bio]. 2020. �dumas-03199327�

HAL Id: dumas-03199327


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U.F.R. DES SCIENCES PHARMACEUTIQUES

Année 2021 Thèse N°3

THÈSE POUR l’OBTENTION DU


DIPLOME D’ÉTAT DE DOCTEUR EN PHARMACIE
Présentée et soutenue publiquement par

Jonathan Philippe RIBES


Né le 17 août 1993 à Bordeaux
le 04 septembre 2020

PERSPECTIVES D’UTILISATION DES FLAVINES EN


THÉRAPEUTIQUE

Sous la direction du Professeur Isabelle Bestel

Professeur Isabelle Bestel Présidente


Professeur Pascale Dufourcq Membre du jury
Docteur Estelle Rascol Membre du jury
Docteur Dario Bassani Membre du jury
U.F.R. DES SCIENCES PHARMACEUTIQUES

Année 2020 Thèse N°3

THÈSE POUR l’OBTENTION DU


DIPLOME D’ÉTAT DE DOCTEUR EN PHARMACIE
Présentée et soutenue publiquement par

Jonathan Philippe RIBES


Né le 17 août 1993 à Bordeaux

le 04 septembre 2020

PERSPECTIVES D’UTILISATION DES FLAVINES EN


THÉRAPEUTIQUE

Sous la direction du Professeur Isabelle Bestel

Professeur Isabelle Bestel Présidente


Professeur Pascale Dufourcq Membre du jury
Docteur Estelle Rascol Membre du jury
Docteur Dario Bassani Membre du jury

1
2
Remerciements
À Madame le Professeur Isabelle BESTEL qui m’a fait l’honneur de diriger cette thèse et qui
a accepté la présidence de ce jury. Pour la confiance que vous me témoignez depuis mon stage de
5ème année de Pharmacie et encore à présent, en Thèse de Chimie mais également pour toute l’aide
apportée sur la rédaction de ce manuscrit.

À Madame le Professeur Pascale DUFOURCQ, pour votre pédagogie sur l’ensemble des
enseignements dispensés à vos étudiants, au cours de ces années d’études. A Madame le Docteur
Estelle RASCOL, pour sa gentillesse et son aide très précieuse afin de mener à bien mes travaux
de Thèse de Chimie. A Monsieur le Docteur Dario BASSANI, pour sa patience et sa disponibilité,
dans ses explications de notions de photochimie, malgré leurs complexités et mon inexpérience
dans ce domaine. A tous les trois, un grand merci pour avoir accepté d’être les membres de mon
jury et pour tout l’intérêt que vous avez accordé à mon travail.

À Monsieur le Docteur Edouard BADARAU, pour son soutien et sa volonté quotidienne de


m’aider à progresser. J’ai le privilège depuis mon stage de 5ème année de profiter de son expérience
en chimie et en modélisation moléculaire afin de compléter ma formation et ma compréhension sur
la complexité des flavines.

À Monsieur le Professeur Jean GUILLON et Monsieur le Docteur Stéphane MOREAU de


m’avoir donné l’envie d’approfondir mes connaissances en chimie et en chimie thérapeutique lors
de vos cours en pharmacie, du Master 2 Conception d’Outils Thérapeutiques et Diagnostiques et
surtout au travers des séances de travaux pratiques, que j’ai maintenant l’occasion d’animer en
votre compagnie. Je souhaite vous exprimer toute ma gratitude et je remercie à nouveau Monsieur
le Docteur Stéphane MOREAU pour la relecture de ce manuscrit et son avis éclairé.

A Messieurs les Docteurs Jean DESSOLIN et Antoine MEUNIER, ainsi qu’à Mesdames les
Docteurs Nada TAÏB-MAAMAR et Maylou VANG pour l’ensemble des conseils avisés transmis
qui ont contribué pleinement à ma formation. Je souhaite également remercier à nouveau Monsieur
le Docteur Jean DESSOLIN pour la relecture de ce manuscrit.

Aux membres de l’équipe : Madame le Docteur Cristina AMARANDEI, Monsieur le


Docteur Adama DIEDHIOU, Benoît BOUZAID, Lisa CLAVEL, Pauline COSSARD, Samantha

3
DI GEORGIO, Romain LAFITTE, Jessica MURE D’ALEXIS, pour leur bienveillance à mon
égard et leur bonne humeur quotidienne.

À Messieurs les Docteurs François LEFOULON et François RIVIÈRE, mon cousin, pour
m’avoir tendu la main et permis de mettre un premier pied dans le domaine de la recherche.

À Marie CHAUVA, pour ton aide dans la compréhension et la rédaction de la partie


odontologie de cette thèse.

À l’ensemble de mes amis de promotion en pharmacie : Elise MOUROT, Claudia


POULAIN, Emma QUEINNEC, Félana RABEMANANTSOA, Kareen RAMAHANDRY, Julie
ROIGT, ainsi que mon binôme de travaux pratiques Paul RIVIÈRE pour votre bonne humeur, votre
gentillesse ; les travaux que nous avons accomplis ensemble et les bons moments que nous avons
partagés au cours de nos études.

Je voudrais exprimer ma gratitude la plus sincère à l’ensemble de ma famille et plus


particulièrement à mes parents, mes beaux-parents, mon frère et mon grand-père pour votre
présence, votre support depuis de longues années, votre aide et la confiance que vous m’avez
accordés. Vos encouragements m’ont inculqué ma détermination et la valeur du travail. J’ai
également une pensée particulière pour mes grands-parents maternels et ma grand-mère paternelle
trop tôt disparus.

Enfin, mes derniers remerciements seront pour toi, Richina, pour ton soutien indéfectible,
ton écoute précieuse et tes conseils avisés. La vie est plus douce à tes côtés et je suis très heureux
que tu partages ma vie.

Merci à Maman, Serge et Richina pour leurs nombreuses lectures de ce travail.

“ La vérité d'hier est morte, celle de demain est encore à bâtir. Aucune synthèse valable n'est
entrevue, et chacun d'entre nous ne détient qu'une parcelle de vérité. ”
Antoine de Saint-Exupéry

“ La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout
fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici, nous avons réuni théorie et pratique : Rien ne
fonctionne... et personne ne sait pourquoi ! ”
Albert Einstein
4
Table des Matières
Remerciements ................................................................................................................................. 3
Table des Matières ........................................................................................................................... 5
Abréviations ..................................................................................................................................... 7
Tables des Illustrations ..................................................................................................................... 9
Table des Schémas ......................................................................................................................... 11
Liste des Tableaux .......................................................................................................................... 11
Lexique ........................................................................................................................................... 12
1. Introduction ............................................................................................................................. 15
1.1. Découverte de la riboflavine............................................................................................ 16
1.2. Propriétés physico-chimiques .......................................................................................... 16
1.3. Propriétés biologiques ..................................................................................................... 21
2. Utilisation des flavines dans la santé et en pharmacie entre 2008-2018 ................................. 27
2.1. Destruction de cellules, micro-organismes, virus ............................................................ 28
2.1.1. Applications anti-cancéreuses .................................................................................. 28
[Link]. Généralités sur les cancers ................................................................................ 28
[Link]. Relation entre cancer et riboflavine .................................................................. 32
[Link]. Interactions entre les flavines et l’ADN ............................................................ 35
[Link]. Thérapie photodynamique................................................................................. 38
[Link]. Mise au point de principes actifs à base de flavines ......................................... 39
[Link]. Utilisation de flavines comme inhibiteur de tyrosines kinases ......................... 47
2.1.2. Utilisation de la RF comme agent anti-infectieux : Mirasol system ........................ 48
[Link]. Généralités sur le sang ...................................................................................... 48
[Link]. Les transfusions en France ................................................................................ 50
[Link]. Utilisation de la riboflavine pour le Mirasol system et comparaison aux autres
méthodes photochimiques ............................................................................... 52
2.2. Applications en ingénierie tissulaire................................................................................ 58
2.2.1. Traitement du kératocône ......................................................................................... 58
[Link]. Description de l’œil ........................................................................................... 58
[Link]. Physiologie de la cornée ................................................................................... 59
[Link]. Physiopathologie du kératocône ....................................................................... 60
[Link]. Traitement par photoréticulation du collagène cornéen .................................... 62
5
2.2.2. Autres exemples de photoréticulation du collagène ................................................. 67
[Link]. En odontologie .................................................................................................. 67
[Link]. En chondrologie ................................................................................................ 71
[Link]. En ostéologie ..................................................................................................... 75
[Link]. En cardiologie ................................................................................................... 77
2.3. Autres applications des flavines ...................................................................................... 81
2.3.1. Système nerveux central ........................................................................................... 81
[Link]. La maladie d’Alzheimer.................................................................................... 81
[Link]. La sclérose latérale amyotrophique................................................................... 82
[Link]. La migraine ....................................................................................................... 83
[Link]. La maladie de Parkinson ................................................................................... 86
2.3.2. Système cardiovasculaire ......................................................................................... 87
[Link]. L’hypertension .................................................................................................. 87
[Link]. La reperfusion d’organes .................................................................................. 91
2.3.3. Maladies métaboliques ............................................................................................. 93
[Link]. Déficit multiple en acyl-CoA déshydrogénases et syndromes de Brown-Vialetto-
Van Laere et Fazio Londe ............................................................................... 93
[Link]. Le diabète .......................................................................................................... 94
[Link]. L’ostéoporose .................................................................................................... 95
[Link]. Utilisation comme antidote ............................................................................... 96
[Link]. Formulations à libération prolongée lors de carence ........................................ 98
2.3.4. Antibiothérapie ....................................................................................................... 100
3. Conclusion ............................................................................................................................ 108
4. Contextualisation de cette thèse ............................................................................................ 112
Bibliographie ................................................................................................................................ 117
Serment de Galien ........................................................................................................................ 127

6
Abréviations

µg : microgramme CE : Conformité Européenne


µm : micromètre CGM : chitosan glycol méthacrylé
µM micromolaire cm : centimètre
µmol : micromole CMH : complexes majeurs
µs : microseconde d’histocompatibilité
0
RF : état fondamental de la riboflavine COX : cyclooxygénase
1
O2 : oxygène singulet CPA : cellules présentatrices d’antigènes
1
RF* : état singulet de la riboflavine CpG : Cytosine–phosphate–Guanine
3D : tridimensionnelle CSM : cellule souche mésenchymateuse
3
RF* : état triplet de la riboflavine Ctr : récepteur à la calcitonine
5-A-RU : 5-amino-ribityl uracile CXL : corneal collagen cross-linking
5-OE-RU : du 5-(2-oxoethylideneamino)-6- (photoréticulation du collagène
D-ribitylaminouracile cornéen)
5-OP-RU : 5-(2-oxopropylideneamino)-6-D- D : day (jour)
ribitylaminouracile DMAD : déficit multiple en acyl-CoA
A : adénine déshydrogénases
ADN : Acide DésoxyriboNucléique EFS : Etablissement Français du Sang
AF : annulus fibrosus EPR : Enhanced Permeability and Retention
AFAD : 8-amino-8-déméthyl-Flavine (Perméabilité et rétention
Adénine Dinucléotide augmentées)
AFMN : 8-amino-8-déméthyl-Flavine ERA : espèces réactives de l’azote
MonoNucléotide ERO : espèces réactives de l'oxygène
AH : acide hyaluronique FAD : flavine adénine dinucléotide
AINS : anti-inflammatoires non stéroïdiens FAK : Focal Adhesion Kinase
ALAT : alanine aminotransférase FDA : Food and Drug Administration
Alp : phosphatase alcaline FL : Fazio Londe
ANSM : Agence Nationale de Sécurité du FMN : flavine mononucléotide
Médicament FRET : Förster Resonance Energy Transfer
ARF : 8-amino-8-déméthyl-riboflavine g : gramme
ARN : Acide RiboNucléique G : guanine
ARNm : Acide Ribonucléique messager GAG : glycosaminoglycane
ASAT : aspartate aminotransférase GSH-Px : glutathion peroxydase
ATP : Adénosine TriPhosphate GTP : guanosine triphosphate
AVC : accident vasculaire cérébral GvH : greffon versus hôte
Aβ : amyloïde-béta Gy : Gray
BVVL : Brown-Vialetto-Van Laere h : heure
C : cytosine H2O2 : peroxyde d'hydrogène
CAT : catalase HAS : Haute Autorité de Santé
CCl4 : tétrachlorométhane HEPES : (acide 4-(2-hydroxyéthyl)-1-
CD : cluster de différenciation pipérazine éthane sulfonique)
CDK : Cycline-Dependent Kinases His : histidine

7
HO∙ : radical hydroxyde pH : potentiel Hydrogène
HPV : Human Papillomavirus PI3K : phosphoinositide 3-kinase
Ig : immunoglobuline QD : quantum dot
IL : interleukine RANK : receptor activator of nuclear factor
IR : infra-rouges kappa-B
IRM : imagerie par résonnance magnétique RANKL : receptor activator of nuclear
Itgb3 : intégrine β3 factor kappa-B ligand
J : joule RCP : protéine de transport de la riboflavine
kDa : kilodalton RF : riboflavine
kPa KiloPascal RfdiC14 : (S)-2,3-Bis(tetradecyloxy)propyl
l : litre (5-(7,8-dimethyl-2,4-dioxo-3,4-
Lpcat2 : lysophosphatidylcholine dihydrobenzo[g]pteridin-10(2H)-yl)-
acyltransferase2 2,3,4-trihydroxypentyl)phosphate
LSD1 : lysine spécifique déméthylase 1 RFL : laurate de riboflavine
M : mois RFVT : récepteur membranaire de la
MA : maladie d’Alzheimer riboflavine
MAIT : Mucosal-Associated Invariant T RL-6,7-diMe : 6,7-dimethyl-8-D-
MAPK : Mitogen-activated protein kinases ribityllumazine
M-CSF : macrophage-colony stimulating RL-6-Me-7-OH : 7-hydroxy-6-methyl-8-D-
factor ribityllumazine
MEC : matrice extracellulaire RoFAD : RoséoFlavine Adénine
MES : acide 2-(N- Dinucléotide
morpholino)éthanosulfonique RoFMN : RoséoFlavine MonoNucléotide
mg : milligramme SHH : Sonic HedgeHog
min : minute SHRSP : stroke-prone spontaneously
ml : millilitre hypertensive (modèle AVC souris)
mm : millimètre SLA : sclérose latérale amyotrophique
mmHg : millimètre de mercure SOD : superoxyde dismutase
MMP : Métalloprotéinases Matricielles SRAS : syndrome respiratoire aigu sévère
mol : mole T : thymine
MP : maladie de Parkinson TCR : T cell receptor (Récepteur des
Ms : Mirasol system cellules T)
MTHFR : 5,10-méthylènetétrahydrofolate TGF : Transforming growth factor (facteur
réductase de croissance transformant)
mW : milliWatt TK : tyrosine kinase
NFH : neurofilament protein TNF-α : Tumor Necrosis Factor α
NF-κB : nuclear factor-kappa B, : Nuclear TPEGS : D-α-tocophérol polyéthylène
Factor kappa B glycol 1000 succinate
nm : nanomètre UV : ultra-violet
NP : nucleus pulposus VIH : virus de l’immunodéficience humaine
ns : nanoseconde λ : longueur d'onde
O2 : dioxygène ФF : rendement quantique de fluorescence
O2∙- : anion superoxyde ФISC : rendement quantique de conversion
OMS : Organisation Mondiale de la Santé intersystème
PEG : polyéthylène glycol

8
Table des Illustrations
Figure 1 : Représentation du nombre de publications possédant les termes "riboflavine" ou
"flavine" entre 1930 et 2018, selon le moteur de recherche Scopus .............................. 15
Figure 2 : Spectres d'absorbance et de fluorescence de la RF et FMN .......................................... 18
Figure 3 : Diagramme de Jablonski et application en thérapie photodynamique .......................... 19
Figure 4 : Absorption, distribution, métabolisation et élimination de la RF ................................. 23
Figure 5 : Répartition des articles publiés entre 2008 et 2018 selon les domaines d'intérêt ......... 27
Figure 6 : Les étapes de formation d'un cancer .............................................................................. 29
Figure 7 : a°) Incidence cancer du poumon chez la femme, b°) Mortalité cancer de la thyroïde chez
la femme ........................................................................................................................ 32
Figure 8 : Schéma d'internalisation de la RF dans une cellule ....................................................... 35
Figure 9 : Mésappariement G-T qui permet l’intercalation de la RF ; b°) Grossissement sur les
liaisons hydrogènes et π-stacking avec la RF ................................................................ 36
Figure 10 : Interaction entre la RF et le G-quadruplex .................................................................. 37
Figure 11 : Représentation des voies de signalisation impactées par la RF* afin de diminuer
l'agressivité de cellules de mélanome (B16F10) ........................................................... 39
Figure 12 : Illustration de l'effet EPR et de la diffusion de particules selon leur taille a°) Dans un
tissus sain; b°) Dans un tissus tumoral .......................................................................... 40
Figure 13 : RF conjuguées au dendrimère a°) via son N3 ; b°) via son N10 ................................. 41
Figure 14 : Liposomes furtifs vectorisés par la RF ........................................................................ 42
Figure 15 : Nanoparticules d'oxyde de fer superparamagnétique fluorescentes recouvertes de FMN
et de GMP ...................................................................................................................... 43
Figure 16 : Nanoparticules permettant la conversion ascendente ; b°) Diagramme de Jablonski
expliquant le phénomène de conversion ascendente utilisé pour irradier les flavines .. 45
Figure 17 : Structure a°) de l’hémoglobine, b°) de l'hème ............................................................. 49
Figure 18 : Processus d'inactivation de pathogènes par Mirasol system........................................ 53
Figure 19 : Influence des méthodes photochimiques sur les protéines plasmatiques de la
coagulation ..................................................................................................................... 54
Figure 20 : Méthodes d'inactivation des produits dérivés du sang autorisées selon les pays ........ 57
Figure 21 : Coupe sagittale de l'œil ................................................................................................ 59
Figure 22 : Histologie de la cornée ................................................................................................ 60
Figure 23 : a°) Vision d’une personne saine ; b°) Vision déformée d’un patient atteint de kératocône
....................................................................................................................................... 60
Figure 24 : Rigidification de la cornée induite après CXL ............................................................ 63
Figure 25 : Exposition d'une cornée kératocônique à une solution de flavine, irradiée par des UV-
A durant le CXL ............................................................................................................ 64
Figure 26 : Anatomie de la dent ..................................................................................................... 67
Figure 27 : a°) Encapsulation de chondrocytes dans un hydrogel photoréticulé ; b°) Image de
microscopie électronique à balayage d’un chondrocyte encapsulé ............................... 73
Figure 28 : Anatomie du genou ...................................................................................................... 74
Figure 29 : Hernie discale .............................................................................................................. 75
Figure 30 : Calvaria de souris : a°) Après craniotomie 3 mm, b°) après application gel CGM
(témoin), c°) cicatrisation plus rapide avec le traitement gel CGM +CSM + lysozymes
....................................................................................................................................... 77
Figure 31 : Structure du cœur ......................................................................................................... 78
9
Figure 32 : Bioimpression 3D : gélification par photoréticulation et effet thermique ................... 80
Figure 33 : Imagerie par microscopie à force atomique des fibrilles de peptide Aβ : a°) natives ;
b°) après photooxygénation ........................................................................................... 82
Figure 34 : Métabolisme de l'homocystéine ................................................................................... 89
Figure 35 : a°) Effets délétères de l’hypoxie lors d’un infarctus du myocarde, b°) compensés par
l’effet cardioprotecteur de la supplémentation en RF .................................................... 92
Figure 36 : c°) Auto-organisation des nanocristaux ; d°) Imagerie en MET des nanocristaux...... 99
Figure 37 :c1°) Représentation des nanotubes de RFL + TPEGS + Lécithine c2°) MET des
nanotubes; d1°) Représentation des nanosphères de RFL + TPEGS + Lécithine ;
d2°) MET des nanosphères .......................................................................................... 100
Figure 38 : a°) Représentation secondaire du riboswitch ; b°) Détail des interactions hydrogènes
entre l’aptamère et la FMN ; c°) Mécanisme de régulation par le riboswitch ............. 102
Figure 39 : Interaction de la RoFMN avec l'azoréductase a°) en présence d'une molécule d'eau au
sein de la poche hydrophobe ; b°) sans molécule d'eau ............................................... 104
Figure 40 : Cellule infectée par des Salmonelles reconnue par un lymphocyte MAIT ............... 106
Figure 41 : a°) CryoTEMs des auto-assemblages de RfdiC14 ; b°) Modèle tout atome et gros grain
du RfdiC14 ; c1°) Simulation par modélisation moléculaire : d’auto-assemblages
multilamellaires du RfdiC14; c2°) Grossissement de c1 ; d°) Interactions des cycles
isoalloxazines par π-stacking ....................................................................................... 114

10
Table des Schémas
Schéma 1 : Structures chimiques du lumichrome, de la lumiflavine, RF, FMN et FAD ; cycle
isoalloxazine en jaune, chaine ribityle en bleue .......................................................... 17
Schéma 2 : Différents états d'oxydo-réduction des flavines .......................................................... 18
Schéma 3 : Synthèse de la RF ........................................................................................................ 20
Schéma 4 : a°) Interaction de la thymine et de la lumiflavine, insérée dans un site abasique ;
b°) Représentation des liaisons hydrogènes formées entre les bases de l'ADN (A, T, C,
G) et la lumiflavine ...................................................................................................... 36
Schéma 5 : a°) RF-tétrabutyrate ; b°) RF-tétraacétate.................................................................... 43
Schéma 6 : RF fonctionnalisée par le 1,2-éthanedithiol afin de lier la RF aux nanoparticules d’or
..................................................................................................................................... 44
Schéma 7 : Réduction de la prodrogue du cisplatine induite par la photocatalyse de la RF dans un
tampon MES ................................................................................................................ 46
Schéma 8 : Structures générales des a°) 5-déazaflavines et b°) flavines-5-oxydes étudiées ;
c°) composé retenu par H.I Ali et son équipe.............................................................. 48
Schéma 9 : Molécules utilisées pour l'inactivation de pathogènes................................................. 52
Schéma 10 : Mécanismes du CXL proposés par [Link] et son équipe ................................ 66
Schéma 11 : a°) bis-riboflavine ; b°) bis-isoalloxazine .................................................................. 82
Schéma 12 : Nitroprussiate de sodium ........................................................................................... 97
Schéma 13 : a°) Laurate de riboflavine ; b°) Structure des poloxamères ..................................... 99
Schéma 14 : a°) D-α-Tocopherol polyethylene glycol 1000 succinate ; b°) Lécithine ............... 100
Schéma 15 : a°) roséoflavine ; b°) 8-déméthyl-8-amino-RF........................................................ 104
Schéma 16 : Molécule antituberculeuse testée par M. Cushman et son équipe ........................... 105
Schéma 17 : Formation des ligands des cellules MAIT ............................................................... 107
Schéma 18 : Molécule de RfdiC14 .............................................................................................. 113
Schéma 19 : Représentation de la stratégie de synthèse et des objectifs de l’équipe................... 116

Liste des Tableaux


Tableau 1 : Protéines et enzymes constituant le flavoprotéome .................................................... 24
Tableau 2 : Incidence et mortalité des principaux cancers selon le sexe, en France, en 2018 ....... 31
Tableau 3 : Logarithme de réduction de pathogènes selon les trois méthodes ayant obtenu le
marquage CE ............................................................................................................... 55
Tableau 4 : Principes actifs utilisés dans la prophylaxie des crises de migraine ........................... 84
Tableau 5 : Récapitulatif des différentes applications des flavines dans la santé ........................ 111

11
Lexique
Acidurie L ou D-2-hydroxyglutarique : est un groupe de maladies neurométaboliques avec
un large spectre clinique allant de manifestations néonatales sévères, à des formes progressives et
des cas asymptomatiques. Sur le plan biochimique, l’acidurie hydroxyglutarique est caractérisée
par des taux élevés d'acide hydroxyglutarique II dans le plasma, le liquide céphalo-rachidien et les
urines (1).

Acidémie glutarique type III : est un déficit en glutaryl-CoA oxydase. Il s’agit d’une
affection péroxisomale entraînant une acidurie glutarique. Il n'y a pas de phénotype bien déterminé
associé à cette affection (2).

Acidémie isovalérique : est caractérisée par un déficit en isovaléryl-CoA déshydrogénase.


Une grande variabilité clinique peut se présenter au cours de la petite enfance avec des
manifestations aiguës (vomissements, retard de croissance, convulsions, léthargie, odeur
caractéristique de « pieds en sueur », pancréatite aiguë, retard de développement) ou dans l'enfance
avec une acidose métabolique qui peut être fatale en l'absence d'un traitement immédiat (3).

Déficit multiple en acyl-CoA déshydrogénases : est un trouble de l'oxydation des acides


gras et des acides aminés. Il s'agit d'une maladie cliniquement hétérogène, variant d'une
présentation sévère néonatale avec une acidose métabolique, une cardiomyopathie et une
hépatopathie à une forme modérée infantile/adulte avec des crises de décompensation métabolique,
une faiblesse musculaire et une insuffisance respiratoire (4).

Desmostérolose : est un trouble de la biosynthèse du cholestérol, caractérisé par de multiples


malformations et une accumulation généralisée de desmostérol. Elle a été rapportée chez deux
patients. Tous deux avaient des taux plasmatiques et tissulaires de desmostérol élevés, un visage
dysmorphique et une fente palatine. La présence d’autres malformations très variables, a été
observée chez ces patients, l’un étant décédé une heure après sa naissance (5).

Homocystinurie classique : est un déficit en cystathionine bêta synthase caractérisé par une
atteinte des yeux, du squelette, du système nerveux central et du système vasculaire (6).

Maladie de Charcot-Marie-Tooth liée à l'X type 4 : est une neuropathie génétique


sensorimotrice périphérique, axonale et rare. Au début de l'enfance apparaissent une faiblesse
12
musculaire distale sévère, lentement progressive et une perte auditive neurosensorielle ainsi qu’une
atteinte cognitive, associées. Les filles sont asymptomatiques et ne manifestent pas le phénotype
(7).

Maladie du sirop d’érable : est un trouble héréditaire et rare du métabolisme des acides
aminés à chaîne ramifiée. Elle se caractérise par des difficultés pour s'alimenter, une léthargie, des
vomissements et une odeur de sirop d'érable dans le cérumen et dans les urines observés
précocement après la naissance, suivis par une encéphalopathie et une insuffisance respiratoire
centrale en l'absence de traitement (8).

Paragangliomes héréditaires : sont des tumeurs neuroendocrines rares développées aux


dépens d'un paraganglion siégeant de la base du crâne au plancher pelvien (9).

Porphyrie variegata : est une forme de porphyrie hépatique aiguë caractérisée par la
survenue de crises neuro-viscérales et / ou par la présence de lésions cutanées (10).

Sarcosinémie : est une maladie métabolique, caractérisée par une élévation du taux de
sarcosine dans le plasma et dans l'urine due à un déficit en sarcosine déshydrogénase (11).

Syndrome d'Antley-Bixler : est un syndrome rare caractérisé par une craniosynostose


(fusion prématurée des sutures crâniennes) avec hypoplasie de l'étage moyen de la face, une
synostose radio-humérale, une incurvation fémorale et des contractures articulaires (12).

Syndrome Brown-Vialetto-Van Laere : est une maladie progressive des motoneurones


caractérisée par des insuffisances respiratoires, une surdité et une paralysie ponto-bulbaire
également appelée syndrome de Fazio-Londe (13).

Syndrome de Brunner : est un déficit en monoamine oxydase A. Il s’agit d’un trouble très
rare du métabolisme des amines biogènes, récessif lié à l'X se manifestant au cours de l'enfance,
caractérisé sur le plan clinique par une déficience intellectuelle légère, une agressivité impulsive et
parfois un comportement violent (14).

Syndrome de Leigh : ou encéphalomyopathie nécrosante subaiguë est une maladie


neurologique progressive caractérisée par des lésions neuropathologiques associant en particulier
une atteinte du tronc cérébral et des ganglions de la base (15).

13
Syndrome de Miller-Fisher : est une forme rare, du syndrome de Guillain-Barré
(neuropathies post-infectieuses rares qui surviennent en général chez des sujets en bonne santé),
touchant les nerfs crâniens (16).

Xanthinurie type I : trouble rare du métabolisme des purines. Il est caractérisé par un déficit
isolé en xanthine déshydrogénase, causant une hyperxanthinémie avec peu ou pas d'acide urique et
une xanthinurie, conduisant à une urolithiase, une hématurie, des coliques néphrétiques et des
infections du tractus urinaire (17).

Xanthinurie type II : trouble rare du métabolisme des purines. Il est caractérisé par un
déficit en xanthine déshydrogénase et en aldéhyde oxydase, conduisant à une urolithiase à cristaux
de xanthine et à une insuffisance rénale chez certains patients (18).

14
1. Introduction
Les vitamines sont des substances organiques actives, indispensables en infime quantité à la
croissance et au bon fonctionnement d’un organisme humain ou animal alors que celui-ci ne peut
en effectuer lui-même la synthèse. La vitamine B2 également nommée riboflavine (RF) est un
composé essentiel que nous apportons par notre alimentation. Cependant, l’Homme possède les
enzymes permettant de synthétiser les dérivés biologiquement actifs de la RF : la flavine
mononucléotide (FMN) et la flavine adénine dinucléotide (FAD).

Depuis la découverte de la RF en 1933, le nombre de publications concernant les flavines


dans leur généralité n’a cessé d’augmenter montrant tout l’intérêt autour de cette molécule. Depuis
2002, on constate que le nombre de travaux de recherche comportant les mots « riboflavine » ou
« flavine » dans leur titre croît et dépasse les 200 publications, chaque année depuis 2008 (Figure
1) traduisant l’attrait pour ces molécules et montrant que l’étude des flavines est un sujet de
recherche d’actualité.

300
Nombre de publications comportant
"RF" ou "flavine" dans leur titre

250

200

150

100

50

0
1930 1938 1946 1954 1962 1970 1978 1986 1994 2002 2010 2018
Temps (en année)

Figure 1 : Représentation du nombre de publications possédant les termes "riboflavine" ou "flavine"


entre 1930 et 2018, selon le moteur de recherche Scopus

L’objectif de cette thèse consiste en l’exposé des domaines d’applications des flavines dans
la santé entre 2008 et 2018 afin de comprendre tout l’intérêt que suscite cette famille de molécules.

15
1.1. Découverte de la riboflavine
La découverte de la riboflavine ou vitamine B2, a été jalonnée de plusieurs étapes. En effet,
dans un premier temps, a été découvert le complexe de vitamine B qui était un mélange de
vitamines toutes hydrosolubles (vitamine B1 : thiamine, B2 : riboflavine, B3 : niacine, B5 : acide
pantothénique, B6 : pyridoxine, B8 : biotine, B9 : acide folique, B12 : cyanocobalamine) et de
composés anciennement appelés vitamines à tort car l’organisme est capable de les produire (B4 :
adénine, B7 : myo-inositol, B10 : acide para-aminobenzoïque, B11 : L-carnitine) (19).

En 1927, Chick et Roscoe ont observé que certains aliments avaient des propriétés plus
accentuées contre le béribéri (carence en vitamine B1) et comprirent que ce complexe de vitamine
B contenait au moins deux molécules. La thiamine fut ensuite isolée de ce mélange et le nom de
vitamine B1 lui fut attribué (20).

De la même façon, en 1932, György a remarqué que ce qui était appelé le facteur vitamine
B2, à cette époque, avait des propriétés sur la croissance et une propriété anti-pellagre (carence en
vitamine B3). La vitamine B2 fut isolée et cristallisée par Kuhn en 1933. Le nom de lactoflavine lui
a été attribué lorsqu’elle était issue du lait ou d’ovoflavine lorsqu’elle provenait des œufs ou encore
hépatoflavine lorsqu’elle était d’origine hépatique. Cette molécule nécessitait l’équivalent de 5 000
litres de lait ou 34 000 œufs pour en isoler un gramme. Il a été remarqué que cette vitamine, d’une
couleur jaune-vert fluorescente, se dégradait sous l’effet des rayons ultra-violets mais qu’elle était
thermostable. György observa par la suite, que la privation en vitamine B2, chez des rats, menait à
des retards de croissance, mais qu’il ne s’agissait pas du facteur anti-pellagre et il conclut qu’il
s’agissait de deux molécules différentes. Ce facteur, désormais appelé niacine ou vitamine B3 fut
isolé en 1937 par Elvehjem (19,20).

Karrer et Kuhn menèrent chacun de leur côté des travaux sur les vitamines, qui permirent de
caractériser la vitamine B2 et de proposer sa structure chimique en 1934. L’ensemble de leurs
recherches fut récompensé par un prix Nobel chacun, respectivement en 1937 et 1938 (20,21).

1.2. Propriétés physico-chimiques

Le nom de riboflavine (RF) a été attribué à la vitamine B2 par le Council of Pharmacy and
Chemistry of the American Medical Association en 1937, car elle est constituée d’un système

16
hétérocyclique isoalloxazine substitué sur le N10 par une chaine ribityle pentacarbonée (Schéma
1) (20,22). La RF est un composé organique jaune-orangé thermostable mais photosensible. Le
lumichrome (isoalloxazine) et la lumiflavine (isoalloxazine méthylée en N10) sont les produits de
photo-dégradation de la RF respectivement en milieu acide ou basique, dépourvus de la partie
ribose (23). La flavine mononucléotide (FMN) et la flavine adénine dinucléotide (FAD) sont les
dérivés biologiquement actifs de la RF respectivement phosphorylés et « adénylés » (Schéma 1).
La RF est faiblement soluble dans l’eau alors que la FMN et la FAD ont une meilleure
hydrosolubilité grâce à leur groupement phosphate (22,23).

Schéma 1 : Structures chimiques du lumichrome, de la lumiflavine, RF, FMN et FAD ; cycle


isoalloxazine en jaune, chaine ribityle en bleue

Les propriétés physico-chimiques des flavines leur sont conférées par leur cycle
isoalloxazine. En effet, les flavines possèdent plusieurs états d’oxydo-réduction : la forme oxydée,
la forme semiquinone réduite d’un électron et la forme hydroquinone complètement réduite. Ces
différents états redox influencent le repliement du cycle isoalloxazine puisque les formes oxydées
et semiquinones sont planes, contrairement à la forme hydroquinone (Schéma 2) (22,24).

17
Schéma 2 : Différents états d'oxydo -réduction des flavines i nspiré selon les revues des équ ipes de I.
Bestel et [Link] (22,24)

Le cycle isoalloxazine est également responsable de l’absorbance et de la fluorescence des


flavines. La RF et la FMN ont les mêmes spectres d’absorbance (maxima λ= 223 nm, 266 nm, 373
nm et 445 nm) car la nature de la chaine ribityle n’influence que très peu ces propriétés. Concernant
leur fluorescence, les flavines sont excitées à λ = 446 nm et émettent une lumière jaune, λ = 535
nm (Figure 2). En revanche la fluorescence de la FAD est inhibée par des interactions intra
moléculaires entre le cycle isoalloxazine et l’adénine (23,25,26).

Figure 2 : Spectres d'absorbance et de fluorescence de la RF et FMN (25)

Les flavines sont des molécules photosensibilisatrices : après irradiation par une source
lumineuse, un photon apporte l’énergie permettant le passage d’un électron, initialement à un état
18
fondamental (0RF) vers un état singulet instable (1RF*) (Figure 3). Le temps de demi-vie de 1RF*
est très court, environ 5 ns et il subit un phénomène de conversion interne. La conversion interne
est un mécanisme qui permet la dissipation non radiative de l’énergie par différence avec la
fluorescence qui permet un retour à l’état fondamental de manière radiative (27,28).

Le mécanisme de conversion intersystème permet le passage de l’état singulet instable où les


spins sont en sens inverse ↑↓ vers un état triplet métastable (3RF*) où les spins sont dans le même
sens ↑↑ ou ↓↓. Le temps de demi-vie de l’état triplet de la RF est de 15 µs, soit 3000 fois plus
important que l’état 1RF*. Là encore un retour à l’état fondamental pourra se faire soit de manière
radiative soit par un processus non radiatif. La phosphorescence est le processus radiatif permettant
le retour à un état fondamental. Le photon phosphorescent est émis de manière différée et à des
longueurs d’ondes supérieures par rapport au photon fluorescent (27,28).

Figure 3 : Diagramme de Jablonski et application en thérapie photodynamiqu e (27)

Les réactions de type I et II permettent quant à elles un retour à l’état fondamental de manière
non radiative. Dans le cadre des réactions de type I, 3RF* réagit avec un substrat ce qui permettra
par la suite de générer des espèces réactives de l’oxygène (ERO) telles que l’anion superoxyde
O2∙-, le radical hydroxyde HO∙ et le peroxyde d’hydrogène H2O2. Par ailleurs, lors des réactions de
type II, 3RF* va réagir directement avec le dioxygène O2 qui sera à son tour excité en une ERO :
l’oxygène singulet 1O2. L’ensemble des ERO obtenues par mécanisme de type I ou II sont

19
cytotoxiques. Les applications dérivées de ces principes physico-chimiques seront détaillées par la
suite (27,28).

Le rendement quantique de fluorescence (ФF), permet de mesurer l’efficacité de l’émission


𝑛𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝑝ℎ𝑜𝑡𝑜𝑛𝑠 𝑓𝑙𝑢𝑜𝑟𝑒𝑠𝑐𝑒𝑛𝑡𝑠 é𝑚𝑖𝑠
de lumière fluorescente par le rapport : Ф𝐹 = , compris entre 0 et
𝑛𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒 𝑝ℎ𝑜𝑡𝑜𝑛𝑠 𝑎𝑏𝑠𝑜𝑟𝑏é𝑠

1. La valeur de ФF de la RF est comprise entre 0.29 et 0.39. De la même manière, le rendement


quantique de conversion intersystème (ФISC) de la RF est compris entre 0.6 et 0.7 et environ la
moitié de cette énergie permet la formation de l’1O2 (27,28). Cela signifie donc que la dissipation
d’énergie de la 1RF* se fait par émission de lumière fluorescente, dans des proportions pouvant
atteindre jusqu’à 39 % mais surtout par conversion intersystème en formant 3RF* (jusqu’à 70%).
A son tour, 3RF* cède son énergie pour retourner à l’état fondamental, principalement par des
réactions de type I et de type II.

Parmi les voies de synthèse de la RF répertoriées dans la littérature, celle proposée par
l’équipe de C.D. Poulter en 2016, a permis l’obtention de la RF en trois étapes avec un rendement
global pouvant atteindre jusqu’à 72% (Schéma 3). Ils ont tout d’abord procédé à l’amination
réductrice de la 3,4-diméthylaniline avec le D-ribose et en présence de cyanoborohydrure de
sodium. Par la suite, la réaction de diazotation a permis d’obtenir le cation benzènediazonium
formé à partir d’une aniline et de l’acide nitreux généré in situ par le nitrite de sodium et l’acide
chlorhydrique. Ce cation benzènediazonium est utilisé pour faire une substitution électrophile
aromatique en position 6 de la 3,4-diméthylaniline alkylée. La dernière étape consiste en la
formation du cycle isoalloxazine selon une condensation de Tishler à partir de l’acide barbiturique
(29).

Schéma 3 : Synthèse de la RF (29)

20
Cependant, la production de RF se fait aujourd’hui par voie biotechnologique. En effet, les
procaryotes, les champignons et les végétaux (au sein de leurs chloroplastes) sont des organismes
auxotrophes pour la RF. C’est-à-dire, qu’ils sont capables de produire la RF mais aussi la FMN et
la FAD, respectivement en une étape (de phosphorylation) et deux étapes supplémentaires
(phosphorylation et adénylation). Bacillus subtilis (bactérie) et Ashbya gossyii (champignon) sont
les microorganismes principalement utilisés du fait qu’ils surproduisent et excrètent la RF dans
leur milieu de culture, à raison de 15 g/l. Ces microorganismes produisent la RF en neuf étapes à
partir du guanosine triphosphate (GTP) et du ribulose-5-phosphate (23).

La production mondiale de RF, dominée par la Chine, représentait un chiffre d’affaire


compris entre 150 et 500 millions de dollars pour un volume avoisinant 10 000 tonnes, en 2008.
Environ 80% de cette production est utilisée en tant qu’additif alimentaire pour nourrir les animaux
d’élevage tandis que le reste est utilisé dans l’industrie agro-alimentaire (colorant E-101) ou dans
le domaine de la santé (23).

1.3. Propriétés biologiques


La RF est une vitamine essentielle à la vie cellulaire. L’Homme n’est pas capable de la
synthétiser étant donné que les cellules eucaryotes ne possèdent pas les enzymes nécessaires à sa
biosynthèse. Nous l’apportons donc principalement par notre alimentation et en moindre mesure
par la production de la microflore intestinale. Cette vitamine est retrouvée dans de nombreux
aliments en faible quantité : lait et produits laitiers, viandes maigres, œufs, céréales, certains
poissons gras ou encore fruits et légumes. Les apports journaliers recommandés en RF dépendent
de l’âge mais en moyenne l’homme a besoin de 1.3 mg / jour tandis que les besoins chez les femmes
sont estimés à 1.1 mg / jour (besoins physiologiquement plus importants au court d’une grossesse
et lors de la période de lactation où le lait permet l’apport de 650 µg/l au nourrisson). Cependant
des carences en RF peuvent survenir au cours de l’allaitement (besoins accrus pour la mère) ; en
conditions physiopathologiques telles que l’alcoolisme, la maladie cœliaque, certaines pathologies
cancéreuses ou lors de l’administration médicamenteuse d’antipsychotiques tels que les
phénothiazines, d’antipaludéens tel que la quinacrine, d’anticancéreux comme la doxorubicine,
d’anticonvulsivants comme le phénobarbital ou encore lors de la photothérapie du nourrisson. Les
carences en RF également appelées ariboflavinose sont à l’origine des symptômes suivants :

21
fatigue, anémie, acidose, migraines, neuropathie périphérique, retard de croissance, symptômes
dermatologiques, glossite, cataracte et cécité (22,23,30–33).

D’un point de vue pharmacocinétique, avant d’être absorbées au niveau de l’intestin grêle et
du côlon, la FAD et la FMN sont converties en RF par des pyrophosphatases et phosphatases
(Figure 4). La RF est ensuite internalisée au niveau du pôle apical des entérocytes via le
transporteur RFVT-3. Ce transporteur saturable et pH-dépendant est composé de 11 domaines
transmembranaires de 469 acides aminés (32,34).

L’Homme possède deux enzymes : la flavokinase et la flavine adénine dinucléotide


synthétase (FAD synthétase) qui permettent de produire successivement la FMN et la FAD, tout
d’abord par phosphorylation de la RF puis par adénylation de la FMN. Ces enzymes sont exprimées
au sein de nos cellules intestinales ainsi que dans l’ensemble de nos cellules. La flavokinase est
plutôt localisée au niveau de l’appareil de Golgi alors que la FAD synthétase est une enzyme
cytosolique. La RF non convertie dans les entérocytes va traverser le pôle basal de ces cellules via
des transporteurs pH indépendants : RFVT-1 et RFVT-2 qui possèdent 10 domaines
transmembranaires, respectivement de 448 et 445 acides aminés. Ainsi, la RF se trouve dans la
circulation sanguine. Une fraction sera de nouveau convertie en FMN et FAD alors que le reste de
la RF sera prise en charge par différentes protéines responsables de sa distribution : la Riboflavin
Carrier Protein (RCP), l’albumine et de manière moins importante certaines immunoglobulines
(22,30,32,34).

Le processus d’internalisation n’est pas encore très bien connu et les structures
cristallographiques des protéines qui interviennent n’ont pas encore toutes été publiées. Cependant,
nous savons que les récepteurs RFVT sont tissus spécifiques : RFVT-1 est localisé au niveau du
placenta et de l’intestin grêle, RFVT-2 est principalement situé dans le cerveau et les glandes
salivaires alors que l’on retrouve RFVT-3 au niveau testiculaire, de l’intestin grêle et de la prostate
(22,32,34).

La concentration plasmatique en RF est régulée par l’hormone thyroïdienne et serait


influencée par les rythmes circadiens. La RF et ses métabolites (7α-hydroxyRF, 8α-sulfoRF, 8α-
hydroxyRF, lumiflavine et 10-hydroxyéthylRF) sont éliminés dans les urines et sont responsables
de leur coloration. Les surdosages lors d’une supplémentation en RF causent rarement d’effets
22
indésirables, car la vitamine B2 peut être biotransformée ou excrétée en tant que telle, dans les
urines. Cependant, une phototoxicité peut apparaître lors d’une supplémentation supérieure à 100
mg répétée. Les espèces radicalaires générées entrainent la formation d’adduits entre la RF et le
tryptophane qui sont hépatotoxiques et ont une cytotoxicité pour les protéines du cristallin et de la
rétine qui sont constamment exposées à la lumière (30,32).

Figure 4 : Absorption, distribution, métabolisation e t élimination de la RF (32)

La RF internalisée dans des cellules est transformée en FMN et FAD qui sont utilisées par
l’ensemble des protéines et enzymes constituant le flavoprotéome. Ces protéines sont
essentiellement des déshydrogénases, des oxydoréductases, des transférases, des mono-oxygénases
ou encore des hydrolases. Parmi ces flavoprotéines, 84 % sont FAD-dépendantes alors que
seulement 16 % utilisent la FMN comme cofacteurs. Les flavines sont engagées dans de
nombreuses réactions métaboliques comme la béta-oxydation mitochondriale et peroxysomale des
acides gras, le cycle de l’acide citrique, la dégradation d’acides aminés. Elles sont impliquées au
niveau nucléaire dans le remodelage de la chromatine, la réparation de l’ADN ; mais aussi dans le
repliement protéique ou encore l’apoptose. Ces protéines participent aussi à la biosynthèse
d’hormones (stéroïdes, thyroxine) ou de cofacteurs (coenzyme A et Q10, folate,
pyridoxine/pyridoxal 5’-phosphate, niacine) et de l’hème (Tableau 1). De ce fait, les maladies
génétiques liées à des mutations inactivantes d’enzymes du flavoprotéome se traduisent par des

23
symptômes très handicapants ou engendrent la mort de l’embryon ou du fœtus car ces déficits
empêchent leur développement (31,35).

Tableau 1 : Protéines et enz ymes constituant le flavoprotéome (31,35)

Enzymes Cofacteurs Fonctions métaboliques Maladies / Symptômes


Acidose lactique, syndromes
D-lactate déshydrogénase FAD Métabolisme du pyruvate
neurologiques
Xanthine déshydrogénase FAD Dégradation des purines Xanthinurie type I *
Glycolate oxydase FMN Métabolisme de la glycine Diabète type II, néphrolithiase
Glycérol 3-phosphate
FAD Transport électron Diabète type II
déshydrogénase
Agénésies dentaire, fente labiale,
Choline déshydrogénase FAD Dégradation de la choline. diminution de la motilité des
spermatozoïdes
Acidurie L-2-hydroxyglutarique *,
L-2-Hydroxyglutarate
FAD Réparation métabolique retard psychomoteur,
déshydrogénase
leukoencéphalopathie
Acidurie D-2-hydroxyglutarique*,
D-2-Hydroxyglutarate
FAD Réparation métabolique retard du développement, épilepsie,
déshydrogénase
hypotonie
Métabolisation substrats (dont
Aldéhyde oxydase FAD Xanthinurie type II*
xénobiotiques) par oxydation
Dihydropyrimidine Comportement autistique,
FMN / FAD Catabolisme pyrimidines
déshydrogénase microcéphalie, hypertonie musculaire
3b-Hydroxystérol D24-
FAD Biosynthèse stérol. Desmostérolose*
réductase
Dihydroorotate
FMN Biosynthèse pyrimidines Syndrome de Miller Fischer*
déshydrogénase
Protoporphyrinogène IX
FAD Biosynthèse de l’hème. Porphyrie Variegate*
oxydase
Acyl-CoA oxydase FAD Dégradation lipidique Hypotonie, démyélinisation nerveuse
Acidurie Glutarique III*,
Glutaryl-CoA oxydase FAD Dégradation Glutaryl-CoA.
macrocéphalie
Déficience complexe II
Succinate déshydrogénase 8a-(n3-His)-
Cycle de l’acide citrique mitochondrial, syndrome de Leigh*,
sous unité A FAD
paragangliome*
Chaine courte (butyryl-) acyl
FAD Béta-oxydation Parfois asymptomatique
CoA déshydrogénase
Hypoglycémie, léthargie,
Chaine moyenne acyl-CoA
FAD Béta-oxydation vomissements, crises d'épilepsie,
déshydrogénase
coma
Acidémie glutarique, crises
Glutaryl-CoA encéphalopathiques, trouble du
FAD Dégradation lysine
déshydrogénase mouvement : dyskinétique
dystonique
Isovaleryl-CoA
FAD Dégradation leucine. Acidémie isovalérique*
déshydrogénase
Hypotonie, retard de développement,
2-Methylbutyryl-CoA
FAD Dégradation isoleucine. léthargie, hypoglycémie, acidose
déshydrogénase*
métabolique
Cardiomyopathie hypoglycémie,
Chaine longue-acyl-CoA
FAD Béta-oxydation hépatopathie, intolérance à l'effort et
déshydrogénase
une rhabdomyolyse
Cardiomyopathie hypoglycémie,
Chaine très longue acyl-CoA
FAD Béta-oxydation hépatopathie, intolérance à l'effort et
déshydrogénase
une rhabdomyolyse

24
Isobutyryl-CoA Cardiomyopathie, anémie, retard
FAD Dégradation valine.
déshydrogénase staturo-pondéral
Chaine longue insaturée-
acyl-CoA déshydrogénase
FAD Béta-oxydation
(complexe I de protéine
chaperonne)
Chaine longue et ramifiée- Défaut de synthèse des acides
FAD Béta-oxydation
acyl-CoA déshydrogénase billiaires
Cardiomyopathie hypoglycémie,
C22-longue-chaine-acyl-CoA
FAD Béta-oxydation hépatopathie, intolérance à l'effort et
déshydrogénase
une rhabdomyolyse
D-aspartate oxydase FAD Dégradation aspartate Schizophrénie
Oxydation des L-amino-
L- acide aminé oxydase FAD Cardiomyopathie
acides
Oxydation des D-amino- Schizophrénie,
D- acide aminé oxydase FAD
acides Sclérose latéral amyotrophique
8a-(n3-His)- Oxydation de Syndrome de Brunner*,
Monoamine oxydase
FAD neurotransmetteur comportement antisocial et autistique
Pyridoxal 5’-phosphate
FMN Métabolisme vitamine B6 Encéphalopathie, épilepsie
oxydase
Catécholamine oxydase
FAD Oxydation Hypertension
(rénalase)
Homocystinurie*,
5,10-Méthylène-
FAD Métabolisme folate. défaut du tube neural,
tétrahydrofolate réductase
schizophrénie
8a-(n3-His)-
L-pipecolate oxydase Dégradation de la lysine Dysfonctions neurologiques sévères
FAD
Spermine oxydase FAD Biosynthèse de spermidine Carcinome gastrique
Flavoprotéine transférant
électron ubiquinone FAD Transport électron Acidémie glutarique IIC
oxydoréductase
Flavoprotéine transférant Acidémie glutarique IIA, IIB
FAD Transport électron
électron
8a-(n3-His)-
Sarcosine déshydrogénase Dégradation choline. Sarcosinémie*
FAD
Diméthylglycine 8a-(n3-His)-
Dégradation choline. Déficit en DMGDH-
déshydrogénase (DMGDH) FAD
Histone déméthylase lysine-
FAD Transcription ADN Fente palatine, retard psychomoteur
spécifique
Hyperprolinémie type I,
Proline déshydrogénase 1 FAD Métabolisme acides aminés
schizophrénie
Méthémoglobinémie
Cytochrome-b5 réductase FAD Métabolisme hème.
type I et II
NADPH-hémoprotéine
Donneur d’électron aux Syndrome d’Antley-Bixler, désordre
réductase (cytochrome P450 FMN
enzymes du cytochrome P450 stéroïdogenèse
réductase)
NAD(P)H déshydrogénase Détoxification quinone, Toxicité benzène,
FAD
(quinone) dégradation p53 cancer du sein
NADH-ubiquinone
Myopathies, maladie de Parkinson,
oxydoréductase du complexe FAD Transport électron
syndrome de Leigh*
I, sous unité UQOR1
Diflavine oxydoréductase 1 Chaine mitochondriale
FMN Cancers
dépendant NADPH respiratoire
ARNt dihydrouridine
FMN Réduction uridine Létal
synthase
Dihydrolipoyl Syndrome de Leigh*, maladie du
FAD Métabolisme énergie
déshydrogénase sirop d’érable*
Glutathion-disulfide
FMN Détoxification Anémie hémolytique
réductase

25
Régulation par oxydo-
Thioredoxin-disulfide Carence familiale en
FAD réduction des facteurs de
réductase glucocorticoïdes
transcription
Flavoprotéine du réticulum
endoplasmique associée à la FAD
dégradation
Myopathie, cataracte, retard de
Sulfhydryl oxydase FAD Balance redox disulfide
développement, perte de l’audition
Prenylcysteine oxydase FAD Rupture de liaison C-S Maladies cardiovasculaires
Ribosyldihydronicotinamide
FAD Détoxification quinone Susceptibilité de cancer du sein
déshydrogénase
Triméthylaminurie : odeur
Flavine monooxygénases FAD Détoxification caractéristique de poisson (sueur,
urine, haleine)
Catabolisme du tryptophane,
Kynurénine 3-
FAD nicotinamide adénine Schizophrénie
monooxygénase
dinucléotide
Oxyde nitrique synthase FMN Vasodilation Hypertension
Squalène monooxygénase FAD Biosynthèse du cholestérol
Monooxygénase 6 du Carence coenzyme Q10, syndrome
FAD Biosynthèse coenzyme Q10.
coenzyme Q10. néphrotique, surdité
Ferriréductase (biliverdine
FMN Dégradation de l’hème Ictère
IX béta réductase)
Carence en cobalamine,
Méthionine synthase
FMN Biosynthèse méthionine. homocystinurie,
réductase
défaut tube neural
Ferrédoxine-NADP+ Biosynthèse des stéroïdes, Neuropathie auditive et atrophie
FAD
réductase vitamine D, acides billaires optique
NAD(P)H oxydase
Maladie granulomateuse chronique,
cytochrome b(558), sous FAD Génération de superoxide
mycobactériose atypique
unité béta
Thyroïde oxydase / dual Biosynthèse hormone
FAD Dyshormonosynthèse thyroïdienne
oxydase 2 thyroïdienne
Synthèse valine, leucine,
Acétolactate synthase FAD
isoleucine
Alkyldihydroxyacétone Chondrodysplasie ponctuée
FAD Biosynthèse lipidique
phosphate synthase rhizomélique type 3
4’-
Phosphopantothenoylcysteine FMN Synthèse du coenzyme A Létal
décarboxylase
Biosynthèse d’hormones Syndrome ovarien polykystique,
Cytochromes FAD stéroïdiennes, métabolisation infertilité, syndrome d’Antley-
xénobiotiques… Bixer*…
FAD Syndrome de Charcot, surdité liée à
Protéine induisant l’apoptose Control redox
6-OH-FAD l’X
Désiodation de la mono- et Dyshormonosynthèse thyroïdienne
Iodotyrosine désiodase FMN
di-iodotyrosine type 4
protéine interagissant avec Orientation cytosquelette, Anomalie organisation cellulaire et
FAD
CasL guidant l’axone trafic vésiculaire du cytosquelette (souris KO)
Oxydoréductase FAD-
Carence en complexe I
dépendent (molécule FAD Molécule chaperonne
syndrome de Leigh*
chaperonne du complexe 1)
Syndrome de Brown-Vialetto-Van
Transporteur riboflavine RF Internalisation de riboflavine
Laere et syndrome de. Fazio-Londe*
Riboflavine / FMN réductase FMN Oxydation flavines Cardiomyopathies
Riboflavine kinase RF Phosphorylation RF Létale
FAD synthétase FMN Adénylation de la FMN Myopathie de stockage des lipides

26
2. Utilisation des flavines dans la santé et en pharmacie entre 2008-
2018
La base de données Scopus permet d’étudier le nombre de publications qui comportent les
mots « riboflavine » ou « flavine » dans leur titre en fonction des domaines de recherche
d’appartenance (Figure 5). On constate qu’au cours de cette période, 56 % des articles concernent
le domaine de la santé (teintés en bleu), alors que les 44 % suivants concernent des sciences plus
fondamentales (colorés en vert). La biochimie, la génétique et la biologie moléculaire (22 %) ainsi
que la médecine (17 %) représentent une part prépondérante dans la santé. L’immunologie et la
microbiologie (6 %), la pharmacologie, la toxicologie et la pharmacie (5 %) et les neurosciences
(3%) représentent un nombre de publications moins important.

5% 4%
7% 22%

23%
17%

5% 6%
3% 3% 5%

Biochimie, Génétique et biologie moléculaire Médecine


Immunologie et Microbiologie Pharmacologie, Toxicologie et Pharmacie
Neurosciences Autres (santé)
Autres Chimie
Agriculture et Sciences Biologiques Sciences matérielles
Physique

Figure 5 : Répartition des articles publiés entre 2008 et 2018 selon les domaines d'intérêt (Scopus)

Cette veille scientifique présente les travaux utilisant les flavines selon les propriétés
physico-chimiques et biologiques mises en jeu ainsi que des applications médicales considérées.
Les principaux domaines exposés consistent en la destruction de cellules, micro-organismes et
virus. Par la suite, les applications des flavines dans l’ingénierie tissulaire sont exposées. Cette
partie s’achève en expliquant d’autres perspectives de traitements utilisant les flavines.

27
2.1. Destruction de cellules, micro-organismes, virus
2.1.1. Applications anti-cancéreuses
[Link]. Généralités sur les cancers
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), « le cancer est un terme générique
appliqué à un grand groupe de maladies pouvant toucher une partie quelconque de l’organisme.
Les autres termes employés sont ceux de tumeurs malignes et de néoplasmes. L’une des
caractéristiques définissant le cancer est l’apparition rapide de cellules anormales dont la croissance
s’étend au-delà de leurs limites habituelles et qui peuvent alors envahir des zones voisines de
l’organisme et se propager à d’autres organes. Il est fait référence à ce processus sous le terme de
dissémination métastatique. Les métastases sont la principale cause de décès par cancer. » (36).
D’un point de vue médical, le cancer représente un groupe de pathologies hétérogènes, très
différentes les unes des autres.

L’Homme est constitué de différents types cellulaires organisés en tissus. Ces cellules, dont
les fonctions sont bien définies, ont un cycle de vie au cours duquel elles naissent lors d’une mitose
par division cellulaire, se développent puis meurent de façon programmée lors de l’apoptose. Il
arrive qu’au cours de la mitose, surviennent des mutations de l’Acide DésoxyriboNucléique (ADN)
qui sont des erreurs de réplication. Si ces erreurs ne sont pas réparées, elles s’accumuleront au
cours des divisions cellulaires successives et pourront être à l’origine du processus de
cancérisation : des cellules précancéreuses deviendront alors cancéreuses (37).

Les mutations sont liées à des facteurs de risques qui peuvent être externes tels que le mode
de vie (tabac, alcool, alimentation…), l’exposition à des produits chimiques (benzène…), à des
agents physiques (rayonnements nucléaires ou solaires, inhalation de poussières,
microparticules…) ou à des virus (Papillomavirus humain et cancer du col de l’utérus, Helicobacter
pylori et cancer de l’estomac, Virus Hépatite B et C et cancers hépatiques…). Il est possible d’agir
sur ces facteurs en vue de diminuer leur incidence (hygiène de vie, campagne de vaccination,
dépistages…). En revanche, il n’est pas possible d’influencer les facteurs internes comme l’âge
(l’incidence des cancers augmente chez les personnes âgées), l’hérédité (certaines mutations
peuvent être transmises dès la fécondation des gamètes si les parents sont porteurs de mutations
germinales) (38).

28
Il existe différentes mutations : les mutations ponctuelles entrainent des variations légères de
l’ADN qui peuvent être sans conséquence et participent au polymorphisme. Les mutations
ponctuelles peuvent aussi engendrer des mutations plus complexes lorsqu’elles atteignent une
séquence codante. Il existe également des anomalies avec des effets plus graves comme les
insertions (ajout d’un ou plusieurs nucléotides), les délétions (perte d’un ou plusieurs nucléotides),
les translocations (échanges de portions de chromosomes). Ces anomalies induisent le processus
de cancérisation des cellules lorsqu’elles atteignent les gènes qui codent pour des protéines
impliquées dans la réparation de l’ADN lésé ou lorsqu’elles activent des proto-oncogènes (qui
favorisent la prolifération cellulaire) ou par la répression de gènes suppresseurs de tumeur (qui
freinent la prolifération cellulaire) (39).

Cette première étape où survient une lésion importante de l’ADN s’appelle l’initiation
(Figure 6, Étape 1). Par la suite, lors de l’étape de promotion, la cellule transformée se développe
et prolifère localement et forme un groupe de cellules transformées (Étape 2). La dernière étape est
la progression au cours de laquelle ces cellules pourront se multiplier de façon anarchique et seront
disséminées dans la circulation sanguine ou lymphatique, jusqu’à envahir d’autres organes (Étape
3). Ainsi, ces cellules se multiplieront et formeront de nouvelles masses de cellules tumorales,
appelées métastases (Étape 4).

Figure 6 : Les étapes de formation d'un cancer (40)

Les cellules cancéreuses acquièrent des caractéristiques comme la capacité de se diviser


indéfiniment, en échappant au processus d’apoptose car elles deviennent indépendantes des

29
signaux qui régulent leur croissance et leur division. Du fait de leur division cellulaire plus
importante, ces cellules ont un métabolisme accru, notamment en oxygène et en nutriment (glucose,
vitamines…). Les cellules vont permettre l’angiogenèse, c’est à dire la formation de néovaisseaux
afin d’assurer son irrigation. De plus, les cellules cancéreuses se dédifférencient et perdent les
caractéristiques de leur tissu d’appartenance, ce qui constitue un critère d’agressivité de la tumeur.
Le système immunitaire permet d’éliminer les cellules cancéreuses reconnues comme
« étrangères » ; cependant s’il n’y parvient pas, le cancer se développe (41).

Les cancers sont classifiés en fonction de leur histologie. Les carcinomes sont localisés dans
les épithéliums (adénocarcinomes du sein ou de la prostate). Les sarcomes sont retrouvés au niveau
des tissus mous (tissus adipeux, muscles, vaisseaux, viscères) ou des tissus de soutien (os,
cartilage). Les cancers hématopoïétiques affectent la moelle osseuse, le sang ou les organes
lymphoïdes (42). D’un point de vue clinique, les cancers sont également classés en quatre stades
de gravité croissante qui prennent en compte la taille et le volume tumoral ; mais aussi si la tumeur
est localisée ou s’il y a un envahissement ganglionnaire ou si des métastases sont disséminées dans
l’organisme. Néanmoins, plus un cancer est diagnostiqué précocement, meilleures seront les
chances de survie (43).

Les cancers sont diagnostiqués chez les patients sur la base d’examens
anatomopathologiques qui consistent en l’analyse visuelle d’un échantillon prélevé par biopsie. De
plus en plus, ces résultats sont corrélés par la mesure de biomarqueurs spécifiques des cellules
cancéreuses d’un type de cancer donné. Ces marqueurs biologiques sont des molécules excrétées
en faible quantité dans le sang et dont le dosage se fait sur un prélèvement sanguin (43). D’autres
techniques, comme le séquençage de gènes peuvent être intéressantes pour des formes plus rares
de cancer afin de déterminer la nature d’une mutation.

La prise en charge peut varier en fonction du type de cancer, de son stade, de l’âge et la
condition physique du patient. Les principaux traitements actuels sont :

- la chirurgie qui permet d’extraire la masse tumorale et l’ablation de ganglions,


- la chimiothérapie qui utilise de petites molécules appartenant notamment aux classes des
agents intercalants, des poisons du fuseau, des alkylants, des antimétabolites afin de tuer
les cellules cancéreuses,
30
- la radiothérapie qui consiste à délivrer localement des rayons ou des radiations ionisantes
pour éliminer les cellules cancéreuses,
- l’hormonothérapie qui s’adresse aux patients ayant un cancer hormono-dépendant afin de
ralentir sa croissance,
- les thérapies ciblées et biothérapies qui sont des traitements plus récents qui permettent
une médecine « personnalisée ». Ces traitements sont administrés en fonction des cancers
et des marqueurs exprimés par les cellules tumorales. Ces traitements présentent
l’avantage d’induire moins de traitements indésirables que les chimiothérapies.
La prise en charge médicamenteuse s’intéresse également à l’atténuation des effets
indésirables provoqués par les traitements (antiémétiques, antidiarrhéiques…) et à diminuer la
douleur afin d’améliorer le confort du patient. Par ailleurs, la prise en charge psychologique est
capitale pour les accompagner et les aider (44).

Dans le monde, l’incidence des cancers s’élève à 18,1 millions de nouveaux cas et la mortalité
à 9,6 millions de décès, en 2018. En France, l’incidence des cancers représentait 382 000 nouveaux
cas (54 % d’hommes et 46 % de femmes) ce qui représente une baisse de 1,4 % chez les hommes
et une légère hausse +0,7 % par an chez les femmes. La mortalité s’élève à 157 400 décès en 2018
(57 % d’hommes et 43 % de femmes) où elle a diminué respectivement de 2,0 et 0,7 % par an,
depuis 2010. L’incidence et la mortalité des principaux cancers en fonction du sexe sont
répertoriées (Tableau 2). Il est intéressant de noter que la survie à 5 ans des patients s’est améliorée
en 2010 par rapport à 1990 grâce à des diagnostics plus précoces et l’apparition de nouveaux
traitements (45,46).

Tableau 2 : Incidence et mortalité des principaux cancers selon le sexe, en France, en 2018 (45,46)

Incidence (nombre de nouveaux cas


Mortalité (nombre de décès en 2018)
en 2018)
Prostate (50 000) Poumon (23 000)
Homme Poumon (31 000) Colorectal (9 000)
Colorectal (23 000) Prostate (8 000)
Sein (58 000) Sein (12 000)
Femme Colorectal (20 000) Poumon (10 000)
Poumon (15 000) Colorectal (8 000)

31
Il est curieux d’observer qu’il existe des disparités géographiques pour certains cancers au
sein du territoire français. Les cartes (Figure 7) montrent le rapport de l’incidence ou la mortalité
d’un département par rapport aux données nationales. Les départements en vert présentent donc
des données inférieures aux données nationales contrairement aux départements en rouge. Par
exemple, on constate une sur-incidence des cancers du poumon chez les femmes dans le sud de la
France et une surmortalité des cancers de la thyroïde chez la femme dans le nord-est, entre 2007 et
2016, selon un rapport publié par Santé Publique France (47).

Figure 7 : a°) Incidence cancer d u poumon chez la femme, b°) Mortalité cance r de la thyroïde chez la
femme (47)

[Link]. Relation entre cancer et riboflavine


Comme énoncé précédemment, les cellules cancéreuses ont un métabolisme accru. De ce
fait, ces cellules surexpriment certains récepteurs et notamment les récepteurs à la RF. Ainsi, il a
été constaté, dans plusieurs études, que les récepteurs RFVT-2 et surtout RFVT-3, étaient
surexprimés au niveau des cancers du sein (48), de la prostate (49), du col de l’utérus (50,51), de
l’œsophage (52–54), de l’estomac (55), du poumon (56) et du gliome (57).

Au cours d’une étude, A. Hasimu et son équipe ont cherché les mécanismes moléculaires
impliqués dans cette augmentation du nombre de récepteur RFVT. Dans le cadre des cancers du
col de l’utérus, il a été observé que l’hyperméthylation de l’ADN au niveau de deux zones qui
contiennent des îlots CpG (riches en cytosines et en guanines) de la région promotrice du gène
codant pour RFVT-3 avait pour conséquence la surexpression de ce récepteur (50).

32
L.-Y. Xu et son équipe ont souligné l’importance de l’inflammation dans les cancers de
l’œsophage et du poumon. En effet, le Tumor Necrosis Factor α (TNF-α) qui est une cytokine
inflammatoire active une protéine anti-apoptotique, le Nuclear Factor kappa B (NF-κB). Une fois
activé, ce facteur de transcription migre au niveau du noyau de la cellule et favorise la transcription
et l’expression du récepteur RFVT-3 (53). De plus, les faibles taux plasmatiques en RF ont pour
conséquence la surexpression des récepteurs RFVT-3. Cela engendre une diminution de la
production des protéines P21 et P27 dont le rôle est de stopper le cycle cellulaire par inhibition des
Cycline-Dependent Kinases 4 (CDK4). Dès lors, le cycle cellulaire est activé et la prolifération
devient incontrôlée par levée de l’inhibition des CDK-4 et d’autres protéines activatrices (58).

L’équipe de M.-C. Yin avance que des apports itératifs en RF conduisant à des concentrations
plasmatiques supérieures à 200 µmol/l favorisent le processus de cancérisation en activant la
production d’interleukine 6 (IL-6) et de TNF-α. Ces cytokines inflammatoires, activent plusieurs
voies de signalisation (NF-κB, Focal Adhesion Kinase (FAK), Mitogen-Activated Protein Kinase
(MAPK…)) connues pour être impliquées dans la prolifération, l’invasion et la migration cellulaire
ainsi que la formation de métastases. Cependant cette concentration plasmatique semble
difficilement atteignable (plus d’un millier de fois supérieure aux concentrations physiologiques),
notamment du fait de l’élimination rénale (56).

Par ailleurs les résultats recueillis par les équipes de H. Upur et L.-Y. Xu suggèrent que le
manque de RF est assez fréquent chez les patients atteints de pathologies cancéreuses. Ceci peut
s’expliquer par une diminution de l’alimentation suite à une perte d’appétit ou à cause de la douleur,
par une diminution de l’absorption et de la distribution de la RF ou par une augmentation de l’efflux
plasmatique de la RF (51,52). Le manque de RF peut être considéré comme facteur de mauvais
pronostic, notamment lors du processus de cancérogenèse du cancer du col de l’utérus. En effet, de
faibles concentrations plasmatiques et tissulaires semblent être inversement corrélées avec une
infection à HPV 16 ou 18 (Human Papillomavirus) (51). De la même manière, les patients atteints
d’un cancer de l’œsophage présentent globalement des taux plasmatiques amoindris en RF. En
revanche, les patients ayant un cancer de l’œsophage avec des taux plus élevés en RF ont une
espérance de vie plus élevée avec moins de chance de rechute et de développer des métastases
(52,59).

33
Il a également été observé lors des cancers du sein, de la prostate androgène dépendants ou
indépendants et les adénocarcinomes hépatiques, une surexpression plasmatique de la RCP, qui
permet le transport de la RF. Cette protéine pourrait constituer un biomarqueur dont le dosage
permettrait de diagnostiquer précocement ces pathologies cancéreuses (49).

L’ensemble des informations actuellement disponibles sont assez hétérogènes car il s’agit de
travaux qui concernent un phénomène ponctuel jouant un rôle dans la cancérisation d’un type
cellulaire donné. Ces travaux préliminaires demandent à être confirmés par d’autres études afin de
mieux comprendre le rôle des récepteurs RFVT lors du processus de cancérisation et afin de
déterminer si les causes de sa surexpression pourraient être généralisées à plusieurs types de
cancers ou s’il s’agit de phénomènes très spécifiques.

Par ailleurs, l’internalisation de la RF a été étudiée sur des cellules d’adénocarcinome


mammaire (Figure 8). La RF se lie aux récepteurs RFVT. Par la suite, les clathrines qui sont des
protéines permettant l’invagination membranaire sont recrutées afin d’internaliser le ligand et son
récepteur par endocytose dans des endosomes précoces. Ces vésicules peuvent soit repartir en
surface soit fusionner avec un lysosome pour former des lysosomes tardifs. Le milieu intra
vésiculaire est acidifié (diminution du pH de 6 à 5) grâce à l’influx de protons via des pompes à
proton et induit la dissociation de la RF et son récepteur. Par la suite, les récepteurs sont recyclés,
une partie de la RF est utilisée par le flavoprotéome et une partie est dégradée. La connaissance
des mécanismes d’internalisation de la RF pourrait permettre d’utiliser la RF comme agent de
vectorisation d’un principe actif afin de le conduire préférentiellement au niveau des cellules
cancéreuses et ainsi de diminuer les effets indésirables dus à un manque de sélectivité (48).

34
Figure 8 : Schéma d'internalisa tion de la RF dans une cellule (48)

[Link]. Interactions entre les flavines et l’ADN


Les flavines peuvent interagir avec les bases nucléiques dans la double hélice d’ADN étant
donné que le cycle isoalloxazine des flavines est plan. Il a été observé que la RF était capable de
reconnaître et s’intercaler au niveau des mésappariements entre guanines et thymines (G-T). Ces
mésappariements sont dus à la 5-méthylcytosine qui représente jusqu’à 8 % de la cytosine totale
contenue dans l’ADN. Ces bases nucléiques sont sujettes à une désamination spontanée, formant
la thymine. Il a été constaté que ces mésappariements étaient 100 à 1000 fois plus fréquents au sein
de 18 % des tumeurs solides et 10 % des leucémies. Ainsi, la RF peut créer des liaisons hydrogènes
avec la guanine et des interactions de type π-stacking avec la thymine et les autres bases nucléiques
environnantes (Figure 9). Ces thymines, dont la disposition est défavorable, peuvent être clivées et
forment des sites abasiques ou apuriniques/apyrimidiques (60).

35
Figure 9 : Mésappariement G-T qui permet l’intercalation de la RF ; b°) Grossissement sur les liaisons
hydrogènes et π-stacking avec la RF (60)

Par ailleurs, l’équipe de N. Teramae a rapporté que les sites abasiques peuvent être la cause
de mutations en cas de non-réparation de l’ADN. De ce fait, l’ADN polymérase lors de la
réplication insère aléatoirement une des quatre bases nucléiques. L’hydrolyse des bases nucléiques
se fait physiologiquement cependant, le nombre de sites abasiques est augmenté lors d’une
irradiation. Ces sites abasiques sont de nature hydrophobe et présentent une affinité plus importante
pour la lumiflavine que pour la RF, du fait de l’encombrement stérique apporté par la chaine ribityle
(Schéma 4a). Il a donc été constaté par modélisation moléculaire que ces flavines se lient par effet
hydrophobe, π-stacking avec les bases nucléiques environnantes (et plus particulièrement les
guanines qui juxtaposent le site abasique) et par liaisons hydrogènes (de manière plus stable avec
la thymine). En effet, les liaisons hydrogènes formées avec la thymine nécessitent une énergie
supérieure pour induire leur rupture car ces liaisons formées avec « le motif uracile » des flavines
(en orange, Schéma 4b) leur permettent de se loger au sein de la double hélice d’ADN de manière
plus favorable (61).

Schéma 4 : a°) Interaction de la thymine (vert) et de la lumiflavine (orange), insérée dans un site
abasique ; b°) Représentation d es liaisons hydrogènes formées entre les bases de l'ADN (A , T, C, G) et la
lumiflavine (61)
36
R. Pei et son équipe se sont intéressés aux interactions entre la RF et les G-quadruplexes
(Figure 10) (62). Les G-quadruplexes sont des structures de l’ADN riches en guanines. Quatre
guanines forment des structures planes appelées quartets. Ainsi, plusieurs quartets adoptent une
conformation secondaire et s’empilent pour former les G-quadruplexes. Ces structures sont
stabilisées par des cations sodium ou potassium. Ces séquences riches en guanines sont impliquées
dans la réplication de l’ADN mais elles sont aussi retrouvées dans le génome humain au niveau
des télomères à l’extrémité des chromosomes, au niveau de régions promotrices de gène où elles
participent à la gestion et la régulation de ces gènes.

Figure 10 : Interaction entre la RF et le G -quadruplex (62)

Les télomères sont des régions non codantes qui protègent l’ADN. Lorsque les séquences
codantes sont endommagées, la cellule meurt. Cependant dans le cadre de pathologies cancéreuses,
la télomérase (enzyme synthétisant les télomères) est surexprimée. Ce mécanisme permet de
synthétiser de nouveau le télomère et inhibe la mort des cellules cancéreuses. Cette enzyme
constitue donc une cible de traitement afin d’empêcher la survie et la prolifération cellulaire.
L’objectif est de bloquer la télomérase d’accéder aux télomères en stabilisant les G-quadruplexes
et en empêchant le dépliement de l’ADN, grâce à des ligands qui stabilisent ces structures (63).

L’équipe de [Link] s’est intéressée aux interactions de la RF avec les G-quadruplexes et a


montré une extinction de la fluorescence qui est quenchée par les guanines du G-quadruplexe (62).
Il pourrait également être envisagé de synthétiser des ligands ayant un motif isoalloxazine afin de
contrarier la télomérase.

37
[Link]. Thérapie photodynamique
La thérapie photodynamique antitumorale utilise la combinaison de la lumière, d’un
photosensibilisateur et de l’oxygène, en vue de détruire sélectivement des tissus cancéreux de
tumeurs solides. Cette technique est d’ores et déjà utilisée dans le traitement de certains cancers
cutanés du fait qu’elle permet une destruction sélective des cellules cancéreuses. Il est ainsi
possible d’épargner les tissus sains et d’atténuer certains effets indésirables chez le patient (60).

La RF est un des photosensibilisateurs naturels les plus prometteurs et efficaces. Néanmoins,


les mécanismes moléculaires régissant ce phénomène restent à élucider afin de mieux comprendre
ces processus. Cependant, nous savons que la RF, sous l’effet d’une irradiation dans le domaine de
l’UV-visible (ultraviolet-lumière bleue), induit la mort cellulaire en générant un stress oxydatif au
niveau de l’ADN, par exemple. Deux mécanismes aboutissent à la destruction de la cellule : le
mécanisme de type I (réaction de la 3RF* directement avec un substrat, comme les bases nucléiques)
et le mécanisme de type II (réaction de la 3RF* avec le O2, formant l’oxygène singulet 1O2 qui est
une espèce très réactive permettant par exemple le photoclivage de l’ADN) (60) (cf. 1.2. Propriétés
physico-chimiques).

Sous l’effet d’un photosensibilisateur irradié, les bases pyrimidiques (cytosine, thymine et
uracile) et de manière plus significative les bases puriques (adénine, xanthine, hypoxanthine et
surtout la guanine) sont lésées au sein des ARN (Acide RiboNucléique) et de l’ADN. De nombreux
peptides et protéines (récepteurs, enzymes, hormones …) perdent leur fonction du fait que plusieurs
acides aminés comme le tryptophane, la tyrosine, l’histidine, la méthionine subissent une photo-
dégradation. Les lipides insaturés sont détériorés en lipides peroxydés au niveau de la membrane
plasmique et de la membrane des organites et des vésicules intracellulaires. Cela engendre
également l’oxydation de vitamines et molécules phénoliques antioxydantes telles que l’acide
ascorbique, l’acide folique, la thiamine, le pyridoxal, les tocophérols ou les polyphénols (28).

C.V. Ferreira et son équipe proposent des mécanismes moléculaires impliqués dans des voies
de signalisation qui induisent la mort de cellules de mélanome lorsqu’elles sont traitées par thérapie
photodynamique avec la RF (Figure 11). D’après les expériences menées in vitro et les
observations par Western blot, ils suggèrent que la capacité de migration est atténuée du fait de
l’inhibition des Métalloprotéinases Matricielles 9 et 2 (MMP-9 et MMP-2). De plus, les voies de

38
transduction du signal activant les protéines AKT (serine/thréonine kinase) et Ras (tyrosine kinase)
via la phosphoinositide 3-kinase (PI3K) sont inhibées, diminuant la survie et l’invasion cellulaire.
La voie Sonic HedgeHog (SHH) est aussi impactée et diminue la formation de métastases et
l’angiogenèse. L’ensemble de ces réactions génère un stress oxydatif et conduit à l’apoptose des
cellules par l’inhibition de Bcl-2 qui par levée d’inhibition de Bax permet le relargage de
cytochrome C activant les caspases (64).

Figure 11 : Représentation des voies de signalisation impactées par la RF* afin de diminuer l'agressivité
de cellules de m élanome (B16F10)(64)

[Link]. Mise au point de principes actifs à base de flavines


Les nanoparticules ont une taille comprise entre un et quelques centaines de nanomètres.
L’intérêt d’utiliser ces nanoparticules en médecine consiste à exploiter l’effet EPR (Enhanced
Permeability and Retention). En effet, les vaisseaux formés au cours de l’angiogenèse ont une
perméabilité augmentée aux nanoparticules grâce à la présence de pores. De plus, le drainage
lymphatique au sein des tumeurs étant inefficace, ces nanoparticules peuvent s’accumuler dans des

39
tissus cancéreux afin de libérer localement des principes actifs cytotoxiques et diminuer leurs effets
indésirables. Les nanoparticules permettent donc un ciblage passif des tissus tumoraux (Figure 12)
(65,66). Cependant l’effet EPR est controversé étant donné que la morphologie des tumeurs varie
pour un type de cancer donné. On observe également des variabilités subrégionales au sein d’une
même tumeur. En effet, cette hétérogénéité provient de la formation de fibrose qui empêcherait la
diffusion et la pénétration de nanoparticules en profondeur dans l’environnement tumoral (67).

Figure 12 : Illustration de l'effet EPR et de la diffusion de particules selon leur taille a°) Dans un tissus
sain; b°) Dans un tissus tumoral (66)

 Vectorisation de nanoparticules

F. Kiessling et son équipe ont montré qu’il était possible de majorer significativement
l’internalisation de polymères lorsqu’ils étaient liés à la RF, au sein de tumeurs. Les polymères
d’intérêt sont le polyéthylène glycol (PEG) de 10 et 40 kDa. Il a été observé que le PEG 10 kDa
s’accumulait davantage dans les cellules cancéreuses que dans les macrophages ou cellules
endothéliales angiogéniques alors que le PEG 40 kDa est principalement internalisé par les
macrophages et cellules tumorales. Il est également avancé que l’internalisation dans les
macrophages n’est pas un inconvénient étant donné que ces cellules agissent comme des réservoirs,
capables de libérer localement les nano-objets de manière différée (67).

C. Giovannangeli et son équipe ont proposé de vectoriser des acides nucléiques peptidiques
par la RF. Ces molécules miment la structure de l’ADN mais elles sont reliées à une chaine centrale
de nature peptidique. Ces molécules sont développées et utilisées lors de thérapies antisens
(interaction avec un ARNm afin d’inhiber sa traduction et l’expression des protéines ciblées). Elles
présentent l’avantage d’être résistantes à la dégradation enzymatique des protéases et des

40
nucléases. Cependant, ces molécules sont très hydrophiles et n’ont pas la capacité de traverser la
membrane cytoplasmique. La liaison de la RF à ces acides nucléiques peptidiques a permis leur
internalisation au sein de cellules cancéreuses et de les retrouver plus spécifiquement dans des
endosomes et lysosomes. L’utilisation de chloroquine connue pour lyser les endosomes, a permis
la libération des acides nucléiques peptidiques dans la cellule afin qu’ils puissent agir avec leur
cible (68).

L’équipe de J.R. Baker Jr et celle de J. Luo se sont intéressées à la vectorisation de principes


actifs anticancéreux par des dendrimères décorées de RF. Les dendrimères sont des
macromolécules synthétisées à partir de polymères qui forment une arborescence. A l’extrémité
des ramifications sont fonctionnalisées des molécules permettant le ciblage comme la RF et le
traitement cytotoxique comme le méthotrexate (69) et la doxorubicine (70). De multiples
interactions entre les molécules RF décorant les dendrimères et les récepteurs RFVT surexprimés
sur les cellules cancéreuses ont permis d’observer une internalisation accrue et une cytotoxicité
importante et spécifique (69,70). Par ailleurs, K. Sinniah et son équipe se sont intéressés à
l’influence de la position de conjugaison de la RF aux dendrimères sur l’affinité à la RCP. La RF
a donc été reliée aux dendrimères au niveau de l’atome N3 ou sur l’alcool primaire de la chaine
ribityle (Figure 13). Il a été observé que l’affinité pour la RCP de la RF conjuguée était moins
importante que celle de la RF libre et que l’affinité était diminuée lorsque le nombre de RF liées
augmente ou encore que la RF était liée au niveau de son alcool primaire. Cela montre l’importance
de cet alcool lors de l’interaction avec la RCP (71).

Figure 13 : RF conjuguées au dendrimère a° ) via son N3 ; b°) via son N10 (71)

I. Bestel et son équipe sont parvenues à synthétiser des phospholipides en reliant la RF via
une liaison phosphodiester à un glycérol lié à deux chaînes grasses. D’autres phospholipides
41
comportant un espaceur PEG entre la tête flavine et la partie phosphate ont été synthétisés et
introduits à hauteur de 1 % dans des liposomes (Figure 14). Les liposomes sont des auto-
assemblages sphériques constitués d’une bicouche de phospholipides. L’utilisation du PEG permet
de rendre les liposomes furtifs, dans la circulation sanguine et de ralentir leur élimination. Ainsi
l’accumulation de ces formulations dans les cellules tumorales ainsi que leur pharmacocinétique
ont pu être vérifiées au cours de tests in vivo (72). Par ailleurs, l’encapsulation d’un agent de
contraste, l’indocyanine verte est observée en photoacoustique (technique qui permet la conversion
d’un signal lumineux en signal acoustique). Cette technique présente l’avantage de combiner une
haute résolution spatiale grâce aux ultrasons et un contraste important grâce à l’imagerie optique.
Les liposomes ont ainsi été localisés précisément dans la tumeur, in vivo, au cours du temps et ont
été quantifiés afin de montrer l’efficacité du ciblage par la RF (73).

Figure 14 : Liposomes furtifs vectorisés par la RF (72)

 Utilisation pour le diagnostic de pathologies cancéreuses

F. Kiessling et son équipe se sont intéressés au diagnostic de pathologies cancéreuses en


mettant au point des nanoparticules d'oxyde de fer superparamagnétique greffées par des molécules
de FMN. D’une part, les nanoparticules d'oxyde de fer superparamagnétique ont été choisies
comme support car elles constituent d’excellents agents de contraste en imagerie par résonance
magnétique (IRM) ; d’autre part, la FMN permet le ciblage des cellules cancéreuses, émet une
lumière fluorescente et ralentit la dégradation oxydative des nanoparticules de fer. Le couplage de
ces deux techniques permet une co-localisation des signaux au sein des tumeurs.

Afin de stabiliser ces nanoparticules et d’espacer les noyaux isoalloxazines pour éviter
l’inhibition de la fluorescence, des nucléotides ont été ajoutés. Du fait de l’encombrement stérique
trop important des nucléotides di- et triphosphates, diminuant le taux de greffage de la FMN et par

42
conséquent l’internalisation cellulaire, les nucléotides monophosphates semblent les plus adaptés
(74). Finalement, le guanosine monophosphate a été retenu pour réaliser l’évaluation biologique
sur l’animal (Figure 15). Les tests in vivo ont montré une très forte accumulation de ces
formulations au sein des cellules cancéreuses, des cellules angiogéniques et des macrophages et la
conservation de leurs propriétés superparamagnétiques et de fluorescence (75,76).

Figure 15 : Nanoparticules d'oxyde de fer superparamagnétique fluorescentes recouvertes de FMN (vert) et


de GMP (bleu) (75)

 Utilisation comme photosensibilisateur

Les équipes de A.M. Edwards (77) et de P. Pons (78) ont respectivement synthétisé la
2’,3’,4’,5’-RF-tétrabutyrate (Schéma 5a) et la 2’,3’,4’,5’-RF-tétraacétate (Schéma 5b). Ces
estérifications de la RF ont permis de synthétiser des molécules plus apolaires qui diffusent mieux
au travers des membranes cellulaires mais aussi d’apporter une plus grande photo-stabilité afin de
ralentir la dégradation et montrer des résultats plus intéressants que la RF lors de tests cellulaires
(77,78).

Schéma 5 : a°) RF-tétrabutyrate (77); b°) RF -tétraacétate (78)

S. Basu et son équipe ont conçu des nanoparticules d’or décorées par des molécules de RF
liées via des liaisons thioesthers (Schéma 6). L’utilisation en thérapie photodynamique de ces nano-
objets sur des lignées cancéreuses induisait leur apoptose et fragmentait leur ADN (79).

43
Schéma 6 : RF fonctionnalisée par le 1,2 -éthanedithiol afin de lier la RF aux nanoparticules d’or (79)

Les équipes de [Link] (80) et H.-S. Qian (81) ont formulé des nanoparticules
capables de convertir les rayonnements infra-rouges (IR) en rayonnements UV-visibles.
L’avantage d’irradier dans l’IR (à 970-980 nm) permet d’utiliser une lumière moins énergétique,
moins ionisante et mutagène pour les cellules et surtout une administration plus profonde dans les
tissus. En effet, la pénétration des rayonnements IR est inférieure au centimètre alors que la
pénétration des UV est seulement de 60 µm. L’utilisation de rayonnements IR, a l’avantage d’être
moins invasive pour une utilisation en thérapie photodynamique afin de traiter des tumeurs moins
superficielles que les cancers cutanés.

Les nanoparticules formulées sont constituées d’une matrice inorganique de nanocristaux de


fluorure de sodium et d’yttrium (NaYF4), d’ions ytterbium (Yb3+) et thulium (Tm3+) qui permettent
l’émission de lumière par conversion ascendente via des transferts d’énergie selon un processus
anti-Stokes (Figure 16). L’absorption successive de deux photons dans l’IR induit le transfert
d’énergie des ions sensibilisateurs ou donneurs Yb3+ excités vers les ions Tm3+ activateurs ou
accepteurs. Les ions Tm3+ possèdent plusieurs états excités avec des demi-vies longues approchant
une milliseconde. Les relaxations radiatives permettent d’observer l’émission de lumières
d’énergies plus élevées, aux longueurs d’ondes 800 nm, 650 nm, 510 nm, 475 nm, 450 nm, 360
nm, 345 nm. Plus le nombre de photons séquentiels absorbés par les ions Tm3+ est important et
plus les photons émis sont énergétiques (80,82).

Ainsi, les photons émis à 360 nm et 475 nm ont la capacité d’irradier les flavines par transfert
d’énergie (FRET : Förster Resonance Energy Transfer). Les équipes de [Link] et H.-S.
Qian ont respectivement soit co-administré séparément les nanoparticules permettant la conversion

44
ascendente et la FMN, soit la RF-tétraacétate directement liée sur les nanoparticules. Bien que ces
nanoplateformes de thérapie photodynamique convertissent seulement 2 % de la lumière IR en
rayonnement à 360 nm et 475 nm, cela suffit à déclencher l’irradiation des flavines, comme
l’attestent les tests in vivo sur modèle murin et entrainent une régression du volume tumoral (80,81).

Figure 16 : Nanoparticules permettant la conversion ascendente ; b°) Diagramme de Jablonski expliquant


le phénomène de conversion ascendente utilisé pour irradier les flavines (80)

Plusieurs études se sont intéressées à la co-administration de cisplatine et de RF irradiée. Le


cisplatine est un antinéoplasique utilisé dans le traitement des cancers de l’endomètre, l’œsophage,
l’ovaire, la vessie, le col de l’utérus, du testicule, oropharyngé, cutané. Il agit par l’alkylation de
l’ADN en générant des stress oxydatif et nitrosatif. Cependant, le cisplatine induit des effets
indésirables assez importants liés à son hépato-, néphro-, neuro-, immuno-, spermo- et ototoxicité.
I. Nassem et son équipe suggèrent que la RF irradiée améliore l’activité antinéoplasique du
cisplatine en sensibilisant les cellules cancéreuses (83). Ils ont également observé une diminution
des effets indésirables du cisplatine et plus particulièrement des toxicités hépatique et rénale. Ils
ont expliqué ce résultat par la génération d’ERO qui annihilent les espèces radicalaires générées
par le cisplatine et réduisent son stress oxydatif (84).

L’équipe de L. Salassa a travaillé sur cette même thématique et s’est intéressée à l’activation
de prodrogues à base de sels de platine (cisplatine (85) et du carboplantine (86)). En effet, le
complexe de PtIV est initialement inactif. La 3RF* obtenue après irradiation de la RF, sert de
photocatalyseur et permet la formation de PtII cytotoxique (Schéma 7). Il a également été démontré
que l’utilisation de tampon MES (acide 2-(N-morpholino)éthanosulfonique) ou HEPES (acide 4-
(2-hydroxyéthyl)-1-pipérazine éthane sulfonique) permet d’améliorer la stabilité de la RF et de
ralentir sa photodégradation (85,86). Les tests menés ont permis d’observer une augmentation de
la phosphorylation des histones suite aux lésions de l’ADN induites par les sels de platine. Ces

45
dommages étant irréversibles, ils causent la mort des cellules traitées par ces prodrogues et la RF
irradiée.

Schéma 7 : Réduction de la prodrogue du cisplatine induite par la photocataly se de la RF dans un tampon


MES (85)

 Utilisations combinées pour des applications en théranostique


Le mot théranostique est un condensé de thérapeutique et diagnostic. Cela signifie que par le
biais de cette approche, l’intérêt est double : déceler une tumeur et la traiter en tuant les cellules
cancéreuses. F. Pan et son équipe ont mis au point des quantums dots (QD) à cet effet. Les QD sont
des nanoparticules métalliques au fort pouvoir fluorescent dont la longueur d’émission dépend des
atomes utilisés ainsi que de leur taille. Ainsi, ces nanoparticules offrent une large gamme
d’émission lumineuse : dans l’UV, le visible et l’IR. Cependant, ces objets présentent souvent une
forte toxicité à cause de l’utilisation de métaux lourds.

L’équipe de F. Pan (87) a donc mis au point des QD de fer et azote encapsulés dans une
vésicule polymérique de chitosan pour diminuer leur toxicité. Ces nano-objets sont capables
d’émettre une lumière fluorescente verte et également d’être utilisés en hyperthermie du fait que
ce sont des particules de fer supermagnétique. Ainsi, il a été observé qu’après irradiation dans l’IR,
la température augmentait localement au niveau tumoral jusqu’à 50,2°C lors des tests in vivo. De
plus, ces nanoparticules ont été vectorisées par l’acide folique alors que la RF a été greffée aux QD
pour être utilisée en tant que photosensibilisateur et de cumuler les effets de la thérapie
photodynamique après irradiation dans l’IR. En effet, ces QD ont également la possibilité de
conversion ascendente de la lumière IR en lumière UV et permettent le traitement d’une tumeur
par la production d’espèces radicalaires. Enfin, un traitement par chimiothérapie est administré, en
46
libérant de la doxorubicine sous l’effet d’un pH acidifié, à l’intérieur des endosomes et lysosomes
et de l’augmentation de température. Ainsi, la combinaison de l’ensemble de ces approches permet
un traitement prometteur afin d’éradiquer la tumeur, sans présenter de toxicité pour le reste de
l’organisme (rate, foie, cœur, poumons, reins) (87).

[Link]. Utilisation de flavines comme inhibiteur de tyrosine kinases


Les tyrosine kinases (TK) sont des protéines qui ont besoin d’ATP pour la phosphorylation
de leurs propres résidus tyrosines ou ceux d’autres enzymes afin de déclencher la transduction du
signal. Ces kinases entrent physiologiquement dans des cascades de signalisations cellulaires
impliquées dans la prolifération, la différenciation, le métabolisme et la mort cellulaire mais elles
peuvent être également suractivées dans certains cancers.

Les équipes de T. Nagamatsu (88) et H.I. Ali (89) se sont intéressées aux propriétés de dérivés
alloxazines : les 5-déazaflavines (Schéma 8a) et les flavines-5-oxydes (Schéma 8b) afin de les
utiliser en tant qu’inhibiteurs de TK. Il est ressorti des études de modélisation que les 5-
déazaflavines présentaient un plus grand intérêt car elles agissent comme antagonistes. Ces
composés sont des dérivés du coenzyme F420 utilisé chez certaines bactéries, car elles présentent
l’avantage de posséder un fort pouvoir oxydant (88,89).

H.I Ali et son équipe ont montré que les déazaflavines avaient une sélectivité pour les TK :
Abl-1 et FAK par rapport aux 20 kinases étudiées. Ils se sont aperçus que le groupement R3 favorise
les interactions dans la poche hydrophobe du site de liaison de l’ATP entrainant une augmentation
de l’apoptose et de la mort cellulaire. Finalement, la molécule où R3 = (4-((4-méthylpipérazin-1-
yl)méthyl)phényl)méthanamine (Schéma 8c) a été conservée car celle-ci présentait les meilleurs
résultats, corrélés, entre les études de modélisation moléculaire (docking) et les tests d’inhibition
de TK in vitro avec une CI50 = 0.04 µM (89).

47
Schéma 8 : Structures générales des a°) 5 -déazaflavines et b°) flavines-5-oxydes étudiées ; c°) composé
retenu par H.I Ali et son équipe (89)

2.1.2. Utilisation de la RF comme agent anti infectieux : Mirasol system


[Link]. Généralités sur le sang
Le sang est un tissu liquide composé des globules rouges (ou hématies ou érythrocytes), des
globules blancs (ou leucocytes) et des plaquettes (ou thrombocytes) qui forment une suspension
homogène dans le plasma. Le sang est un fluide vital impliqué dans de nombreux processus
physiologiques. Le volume de sang chez un adulte est en moyenne de 5 litres (90).

Tout d’abord, le sang permet l’irrigation de l’ensemble des tissus de l’organisme afin de les
approvisionner en oxygène et en nutriments puis de récupérer le dioxyde de carbone et autres
déchets issus du métabolisme. Le sang véhicule également des hormones ou autres molécules qui
assurent une communication entre l’ensemble des cellules de l’organisme et participent à son
homéostasie (90).

Le sang oxygéné circule dans les artères sous l’impulsion du cœur, après son éjection du
ventricule gauche, il irrigue l’ensemble des organes. Le sang désoxygéné revient au travers du
système veineux vers l’oreillette droite puis il est éjecté par le ventricule droit dans la petite
circulation afin de s’oxygéner au niveau des alvéoles pulmonaires. Ce sang oxygéné revient dans
l’oreillette gauche avant d’entamer un nouveau cycle. Les déchets autres que le dioxyde de carbone
sont principalement éliminés par les reins et le foie. Les hématies sont des cellules anucléées qui
représentent environ 44 % du volume sanguin total. Elles sont responsables du transport de
l’oxygène, car elles contiennent une métalloprotéine dans leur cytoplasme : l’hémoglobine. Cette
protéine est liée à des molécules d’hème, constituée d’un motif porphyrique et d’un atome de fer
coordonné aux atomes d’azotes des noyaux pyrroles (Figure 17a, 17b). Le fer est capable de former

48
une liaison réversible avec l’oxygène pour former l’oxyhémoglobine et de le libérer dans les tissus
(90).

Figure 17 : Structure a°) de l’hémoglobine (91), b°) de l'hème

Le sang est également impliqué dans la protection de l’organisme. Les cellules immunitaires
sont les leucocytes qui comprennent les lymphocytes B et T, les monocytes et les polynucléaires
neutrophiles, éosinophiles et basophiles. De manière schématique, il existe une immunité
aspécifique (permettant de déclencher un processus inflammatoire, la phagocytose et le
complément), ainsi que deux immunités adaptatives : l’immunité humorale (libération
d’immunoglobulines spécifiques d’un antigène donné par les lymphocytes B et formation d’un
immun complexe) et l’immunité cellulaire (médiée par les lymphocytes T cytotoxiques et T
auxiliaires) (90).

Le sang contient aussi des thrombocytes qui jouent un rôle essentiel lors du processus de
l’hémostase en initiant la coagulation. Après la vasoconstriction des vaisseaux, il se forme le clou
plaquettaire qui permet d’initier une cascade protéique aboutissant à la formation de la fibrine à
partir du fibrinogène. La fibrine formée est insoluble dans le plasma et forme un caillot afin
d’arrêter les saignements (90).

Les leucocytes et thrombocytes représentent 1 % du volume sanguin total. Le volume restant


(55 %) est constitué par le plasma. Le plasma est une solution acellulaire composée de différents
électrolytes et protéines qui sont essentiels respectivement dans la régulation de l’équilibre acido-

49
basique et la pression oncotique. Les principales protéines retrouvées sont l’albumine, les
globulines et le fibrinogène, tandis que les lipoprotéines régissent le transport des lipides (90).

[Link]. Les transfusions en France


Les transfusions regroupent la collecte et l’utilisation du sang total et des dérivés du sang :
globules rouges, plaquettes, plasma et fractions plasmatiques. Aujourd’hui, le sang total est
fractionné, suite à une opération de centrifugation, afin d’administrer la fraction appropriée au
patient selon ses besoins. De plus, chaque fraction ayant des durées de conservations différentes,
cela permet de mieux contrôler la qualité des produits administrés. En effet, les produits labiles tels
que les plaquettes et globules rouges ont des durées de vie respectives de 7 et 42 jours alors que le
plasma et les produits préparés à partir de celui-ci (albumine, fibrinogène, immunoglobulines,
facteurs de coagulation) sont dits stables car ils ont une durée de vie d’un an (92,93).

Les transfusions de globules rouges permettent de compenser les pertes sanguines dues à des
hémorragies lors d’opérations chirurgicales, d’accouchements mais aussi de compenser des
anémies (liées à une leucémie ou une hémolyse, par exemple). L’exsanguino-transfusion permet
de renouveler plus de la moitié du volume sanguin afin d’éliminer des produits toxiques. Les
fractions plasmatiques concentrées en albumine sont administrées aux grands brûlés (afin de
restaurer la masse liquidienne dans la circulation), tandis que les fractions coagulantes sont
administrées aux patients hémophiles et les immunoglobulines permettent de lutter contre des
maladies infectieuses ou virales (92).

En France, le don de sang est volontaire, anonyme et bénévole. Les donneurs doivent être
majeurs, avoir une pression artérielle normale et non affectés de syphilis, paludisme, cancer,
tuberculose et aucune allergie majeure. Les tests ont été renforcés concernant la recherche des virus
de l’immunodéficience humaine (VIH) et des hépatites B et C suite aux affaires de sang contaminé,
entre 1970 et 1990, dans plusieurs pays et notamment en France ou aux Etats Unis. Suite à ces
évènements, les dépistages ont été améliorés, grâce à l’aide de la biologie moléculaire qui renseigne
sur les statuts sérologiques des donneurs ou encore grâce à la déleucocytation systématique de tous
les produits sanguins qui évite les réactions de type greffon versus hôte (GvH). L’ensemble des
échantillons sont aujourd’hui collectés et contrôlés par l’Etablissement Français du Sang (EFS) qui

50
ensuite, approvisionne 1500 hôpitaux et cliniques afin de soigner 1 million de patients chaque
année (94,95).

Selon un article de J.P. Cazenave (94) publié sur le site de l’Académie de Médecine, il existe
un risque pour de nombreux agents pathogènes non testés, émergents ou ré-émergents dus aux
voyages, aux changements climatiques modifiant les zones d’habitat des animaux vecteurs. De ce
fait, il existe par exemple, des possibilités d’infections :

- virales par des virus connus mais non testés : cytomégalovirus, parovirus B19,

- virales par des virus émergents ou ré-émergents tels que les arbovirus transmis par des
arthropodes hématophages (responsables du chikungunya ou de la dengue), le coronavirus
responsable du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), le virus influenza H1N1…

- parasitaires à Trypanosoma cruzi (maladie de Chagas), Plasmodium falciparum


(paludisme),

- aux prions (protéines infectieuses) responsables de la maladie de Creutzfeldt-Jacob,

- bactériennes comme Coxiella burnetii (fièvre Q).

La mise au point de tests de dépistage de plus en plus nombreux pour chaque nouveau
pathogène est compliquée. Il est également possible que des pathogènes puissent ne pas être
détectés au cours d’une période où leur quantité est inférieure au seuil de sensibilité du test. C’est
à cet égard qu’un changement de paradigme s’opère et la prévention de la transmission des
maladies infectieuses devient alors proactive au lieu d’être réactive. L’inactivation des pathogènes
apparait donc comme une solution afin d’améliorer la sécurité des patients transfusés (94).

Cependant, les méthodes de stérilisation par la chaleur ne sont pas applicables aux produits
sanguins pour ne pas détériorer les cellules et protéines. Aujourd’hui, en France, les fractions
plasmatiques sont inactivées par solvant-détergent ou via le bleu de méthylène sans altérer leur
qualité. En revanche, ces méthodes ne sont pas applicables à toutes les fractions puisque la méthode
solvant-détergent lyse les thrombocytes et est inefficace contre les virus nus et prions alors que le
bleu de méthylène est inefficace contre les virus intracellulaires (94). Certains pays comme les
Etats Unis utilisent également les irradiations par rayonnement gamma entre 25 et 30 Gy afin

51
d’éliminer les leucocytes résiduels. Cependant, l’utilisation de césium ou de cobalt radioactifs est
plus contrainte et il est plus difficile de se les procurer pour des causes de sécurité liées aux risques
terroristes (96,97).

De ce fait, des méthodes photochimiques ont été mises au point et permettent de conserver
la survie et la fonction des hématies et des thrombocytes. Trois technologies ont obtenu la
conformité européenne (marquage CE) : Theraflex-UV (photosensibilisateur : bleu de méthylène),
Mirasol PRT system (photosensibilisateur : RF, détaillé ci-dessous) et Intercept Blood System
(photosensibilisateur : amotosalen) (Schéma 9). Le S-303 ou l’amustaline (Schéma 9) est un agent
alkylant dérivé des gaz moutarde. Cette molécule fait l’objet d’études cliniques en phase III afin
d’inactiver les pathogènes contenus dans les concentrés de globules rouges par procédé chimique
(94,98,99).

Schéma 9 : Molécules utilisées pour l'inactivation de pathogènes (98)

[Link]. Utilisation de la riboflavine pour le Mirasol system et comparaison aux


autres méthodes photochimiques
Au cours de la première étape du Mirasol system (Ms), l’échantillon est transféré dans une
poche d’irradiation constituée de matériaux biocompatibles (Figure 18). La solution stérile de RF
(à une concentration de 500 µM, dans 35 ml de solution saline à 0,9% et à un pH compris entre 4
et 5) est utilisée pour photosensibiliser l’échantillon. L’irradiation de l’échantillon dure entre 5 et
8 minutes. La puissance d’irradiation est fixée à 6,2 J/ml dans les domaines d’irradiation des UV-
B (280-315 nm) et UV-A (315-400 nm). Les espèces radicalaires générées permettent la lésion
irréversible des acides nucléiques et plus particulièrement des guanines. Ainsi, les protéines
plasmatiques, les hématies et thrombocytes sont préservés car ils sont anucléés, au contraire des
parasites, virus enveloppés et quelques virus non enveloppés, bactéries et leucocytes. La
photodégradation de la RF induit la formation de lumichrome, 2’-cétoriboflavine, 4’-
cétoriboflavine et de formylméthylflavine qui ne sont pas géno- ou cyto-toxiques pour l’Homme.
52
Ainsi, l’échantillon peut être directement conditionné avant d’être administré à un patient (100).
Le Ms est applicable pour la décontamination du plasma et des concentrés plaquettaires. En
revanche, le traitement du sang complet est plus compliqué car le maximum d’absorption de
l’hémoglobine se situe entre 400 et 450 nm. Etant donné que l’hémoglobine absorbe un peu dans
la région des UV-A, l’énergie lumineuse administrée est normalisée selon la concentration en
hématie (101).

Figure 18 : Processus d'inactivation de pathogènes par Mirasol system (102)

Le Ms a montré une efficacité comparable à l’inactivation par rayonnement gamma sur les
leucocytes. L’inactivation des leucocytes permet de prévenir les GvH, l’alloimmunisation
(immunisation humorale qui se produit entre individus de la même espèce), le microchimérisme
(présence d'un petit nombre de cellules génétiquement distinctes chez l'individu hôte provenant
d'un autre individu : peut se produire physiologiquement au cours de la grossesse). Il a également
été observé que la libération de cytokines inflammatoires (TNF-α, interféron- α, IL-1, IL-2, IL-4,
IL-8, IL-10) était diminuée lors de l’inactivation par Ms par rapport aux rayonnements gamma. La
diminution de ces cytokines diminue ainsi le risque de réaction transfusionnelle fébrile non
hémolytique (réaction inflammatoire dont les premiers symptômes sont des poussées fiévreuses et
les frissonnements) (96,97).

L’utilisation de ces méthodes photochimiques provoque néanmoins une perte d’activité des
facteurs de coagulation. L’ensemble des facteurs de coagulation est légèrement réduit mais de
manière non significative selon la méthode d’inactivation étudiée. Cependant, le Ms est la méthode
qui affecte le moins la quantité de fibrinogène : perte d’environ 23 % tandis qu’elle est évaluée à
28 % pour Intercept Blood System et 35 % pour Theraflex (photo-oxydation de résidus histidines)
(Figure 19) (103).

53
120
100
Rétention des protéines
après traitement (%)

80
60
40
20
0

Protéines plasmatiques de la coagulation


Mirasol sytem (Riboflavine) Theraflex (Bleu de méthylène) Intercept Blood System (Amotosalen)

*Traitement du Facteur XII par Intercept Blood System : non trouvé dans la littérature
Figure 19 : Influence des méthodes photochi miques sur les protéines plasmatiques de la coagulation
(données issues de (103))

Le Theraflex utilise quant à lui le bleu de méthylène qui est une phénothiazine chargée
positivement. Ce colorant ne pénétrant pas à l’intérieur des cellules, il ne permet pas l’inactivation
des virus intracellulaires ou des leucocytes. En revanche, son efficacité a notamment été prouvée
sur les virus enveloppés et non-enveloppés afin d’inactiver les pathogènes contenus dans le plasma
(99). La technologie Intercept Blood System utilise une furocoumarine comme
photosensibilisateur : l’amotosalen. L’activation de cette méthode est permise par les UV-A afin
de traiter le plasma et les concentrés plaquettaires mais pas le sang total du fait de l’absorption des
UV-A par l’hémoglobine. Ainsi cette méthode induit l’inactivation des virus enveloppés, bactéries,
protozoaires et leucocytes. Cependant les résultats sur les virus non enveloppés sont variables (99).
Toutefois, l’amotosalen nécessite une étape de purification indispensable car les produits de
dégradation formés induisent des pathologies pulmonaires (101).

La revue de C.V. Prowse liste la réduction logarithmique générée par ces trois méthodes
photochimiques (98). Plusieurs exemples (Tableau 3) montrent que dans l’ensemble, l’Intercept
Blood System obtient les meilleurs résultats (colorés en bleu) et permet une diminution
significativement plus importante des virus enveloppés, des bactéries Gram positives et négatives
ainsi que des spirochètes. Le Ms apporte des résultats intéressants ponctuellement et notamment
pour le traitement de certains parasites.
54
Tableau 3 : Logarithme de réduction de pathogènes selon les trois méthodes ayant obtenu le marquage CE
(98)

Méthode d’inactivation de pathogène


Mirasol sytem Theraflex Intercept Blood System
Pathogènes (Riboflavine) (Bleu de méthylène) (Amotosalen)
Virus enveloppés
VIH-1 intracellulaire 4.5 ~ >6.1
VIH-1 libre 5.9 1.4 >6.2
Virus hépatite B 2.3 ~ >5.5
Virus hépatite C 3.2 ~ >4.5
CMV intracellulaire ~ ~ >5.9
CMV libre 2.1 3.5 *
West Nile virus >5.1 5.4 >6
Corona virus SRAS ~ ~ >5.8
Chikungunya 2.1 ~ >6.4
Virus Influenza H5N1 >5 ~ >5.9
Virus non enveloppés
Parvovirus B19 >5 5.5 3.5-5
Virus de l’hépatite A 1.8 ~ 0
Bactéries Gram négatives
Escherichia coli 4.4 >4.0 >6.4
Serratia marcescens 4.0 >4.0 >6.7
Klebsiella pneumoniae 2.8 4.8 >5.6
Pseudomonas aeruginosa >4.6 >4.9 4.5
Salmonella choleraesuis ~ ~ >6.2
Enterobacter cloacae >2.0 >4.3 5.9
Bactéries Gram positives
Staphylococcus epidermidis 4.2 4.8 >6.6
Staphylococcus aureus 4.0 >4.8 6.6
Streptococcus pyogenes >2.2 ~ >6.8
Listeria monocytogenes ~ ~ >6.3
Corynebacterium
~ ~ >6.3
minutissimum
Bactéries spirochètes
Trepenoma pallidum (syphilis) ~ ~ >6.8
Borrelia burgdorferi
~ ~ >6.8
(Lyme disease)
Parasites
Plasmodium falciparum
>3.2 ~ >6
(malaria)
Trypanozoma cruzi
6.0 ~ >5.3
(Maladie de Chagas)
Leishmania mexicana
~ ~ >5.0
(promastigote)
Leishmania major
>5.0 ~ >4.3
(amastigote)
Babesia microti
>4.0 ~ >5.3
(babésiose)
Leucocytes
Viabilité lymphocytes T >5.0 ~ >4.3
Cytokines inflammatoires Absence ~ Absence
~ : Pas de données disponibles dans la littérature, * : réduction inférieure à la limite de détection, █ : meilleurs
résultats d’inactivation de pathogènes

Actuellement, une vingtaine de pays (Figure 20a) ont approuvé le Ms. Cependant, la seule
méthode photochimique approuvée en France par l’Agence National de Sécurité de Médicament
55
(ANSM) est l’Intercept Blood System pour le traitement des concentrés plaquettaires et du plasma
(94). En effet, cette méthode semble la plus efficace et a été approuvée par un nombre important
de pays (Figure 20b). A l’instar de l’ANSM, l’agence sanitaire du médicament aux Etats Unis, la
Food and Drug Administration (FDA) a approuvé la méthode utilisant l’amotosalen et a également
autorisé des essais clinique de phase III, actuellement en cours, pour l’inactivation de pathogènes
par Ms. Quelques pays utilisent l’inactivation par Theraflex pour la décontamination du plasma
(Figure 20c). Les méthodes photochimiques devraient peu à peu remplacer, la méthode de
référence depuis le début des années 1990 par solvant et détergent pour l’inactivation du plasma
(Figure 20d) (104).

56
Figure 20 : Méthodes d'inactivation des produits dérivés du sang autorisées selon les pays ; carte s
réalisées d’après des données de l’Americ an Association of Blood Banks (104) :

a°) Mirasol system autorisé sur █ les dérivés plaquettaires ou █ dérivés plaquettaires + le plasma ; b°) Intercept
Blood System autorisé sur █ les dérivés plaquettaires ou █ le plasma ou █ les dérivés plaquettaires + le
plasma; c°) Theraflex autorisé sur █ le plasma ; d°) solvant/détergent utilisé sur █ le plasma

57
2.2. Applications en ingénierie tissulaire
2.2.1. Traitement du kératocône
[Link]. Description de l’œil
L’œil est l’organe sensoriel de la vision. Il permet de percevoir la lumière et d’intégrer des
informations visuelles afin d’appréhender la perception des formes, des reliefs, des textures, des
couleurs, des contrastes et des déplacements (105,106).

L’œil est une sphère aplatie de 2,5 cm de diamètre, logé au niveau crânien dans la cavité
orbitale. Le mouvement du globe oculaire est permis par les six muscles oculomoteurs insérés au
niveau de la sclère (partie blanche de l’œil). D’avant en arrière (Figure 21), l’œil est protégé par la
paupière qui permet également d’humidifier le globe en étalant des larmes sécrétées par la glande
lacrymale principale (située sur le bord supérieur latéral de l’orbite). L’excès de larme s’évacue au
travers du canal lacrymal qui débouche dans la fosse nasale (105,106).

La cornée a principalement un rôle dans la réfraction de la lumière et contribue à la


convergence des rayons lumineux vers la rétine. La cornée et le cristallin sont séparés par l’humeur
aqueuse contenue dans la chambre antérieure. L’iris est la partie colorée de l’œil qui délimite en
son centre un orifice appelé la pupille. L’iris permet l’accommodation en régulant la quantité de
lumière qui pénètre au travers de la pupille grâce aux fibres musculaires circulaires responsables
de la contraction (myosis) alors que les fibres musculaires radiaires favorisent une dilatation de la
pupille (mydriase). Le cristallin est une lentille biconvexe dont la plasticité modifie la courbure et
ajuste l’indice de réfraction de la lumière (105,106).

Les rayons lumineux traversent le corps vitré et atteignent la rétine qui correspond à la couche
neurosensorielle. La rétine est munie de cellules photoréceptrices : les bâtonnets, responsables de
la vision scotopique (nocturne, faible résolution, sensible aux mouvements) tandis que les cônes
sont responsables de la vision photonique (diurne, distinction des couleurs). Ces cellules sont
capables de la phototransduction, c’est-à-dire, qu’elles convertissent un signal lumineux en signal
électrique. Elles transmettent ces signaux aux cellules nerveuses dont les axones convergent au
niveau du point aveugle pour former le nerf optique. Le nerf optique est le deuxième nerf crânien
(105,106).

58
Les nerfs optiques sont des nerfs sensitifs qui se rejoignent au niveau du chiasma optique. Ils
y forment une décussation partielle (croisement des fibres provenant des rétines nasales mais pas
des rétines temporales). Ensuite, ils se projettent au niveau du corps genouillé latéral (thalamus)
puis terminent au niveau de l’aire de la vision principalement située au niveau du lobe occipital
(105,106).

Figure 21 : Coupe sagittale de l'œil (105)

[Link]. Physiologie de la cornée


La cornée permet la réfraction et représente environ les deux tiers de la puissance optique de
l’œil. Ce tissu résistant et transparent a une épaisseur centrale d’environ 520 µm. La cornée se
compose de cinq couches de cellules (Figure 22) : l’épithélium superficiel (5 à 8 strates cellulaires),
la membrane de Bowman (lame basale), le stroma cornéen, la membrane de Descemet (lame
basale) puis de l’endothélium cornéen (couche unicellulaire) en profondeur. Le stroma représente
80 à 90 % du volume cornéen. Il est constitué essentiellement d’une matrice extracellulaire (MEC)
faite d’eau, de collagène de type I et V, de protéoglycanes et glycosaminoglycanes et d’une quantité
minime de cellules : kératinocytes et fibres nerveuses. L’agencement du collagène est capital pour
que la cornée conserve sa transparence et son anisotropie. Le stroma cornéen n’étant pas
vascularisé, les substances nutritives diffusent depuis l’humeur aqueuse et également proviennent
d’échanges avec les larmes (106–109).

59
Figure 22 : Histologie de la cornée (108)

[Link]. Physiopathologie du kératocône


Le kératocône se caractérise par l’amincissement de la cornée et la formation d’une
protrusion (cornée conique). Ces déformations cornéennes sont bilatérales et souvent asymétriques
(les yeux ne sont pas touchés selon le même degré de gravité). Ces symptômes entrainent une
détérioration de la vue (Figure 23): myopie (baisse de l’acuité visuelle pour des objets éloignés),
astigmatisme (déformation de l’image, vision floue) ainsi qu’une photophobie (sensibilité
excessive à la lumière) et une irritation oculaire qui engendre un larmoiement. Sans prise en charge,
ces symptômes peuvent s’accentuer et la correction apportée par le port de lunettes ne suffit plus à
compenser l’astigmatisme. La cornée peut s’opacifier, troublant davantage la vision. Cette
évolution est susceptible dans les cas les plus extrêmes, d’aboutir à la cécité du patient (110,111).

Figure 23 : a°) Vision d’une personne saine ; b°) Vision déformée d’un patient atteint de k ératocône (110)

Le kératocône est une pathologie dégénérative et non inflammatoire de la cornée où la MEC


du stroma est altérée. La structure et l’organisation du collagène sont modifiées. De plus, une part
60
des kératinocytes, impliqués dans la biosynthèse de la MEC, entre en apoptose. Il a également été
observé que l’expression d’enzymes protéolytiques et lysosomales était augmentée et corrélée avec
une diminution de la concentration des inhibiteurs de ces protéases. De ce fait, l’épaisseur du
stroma ainsi que les propriétés biomécaniques de la cornée diminuent et induisent sa fragilité (110–
112).

Les causes de cette maladie ne sont pas encore bien établies. Les hypothèses émises discutées
concernent certains facteurs : hormonaux, métaboliques, environnementaux, comportementaux,
iatrogéniques, idiopathiques ou même inflammatoires. Cependant, le facteur génétique semble
important car les formes familiales représentent 10 % des patients atteints de kératocône. Il a
également été mis en exergue que plusieurs maladies génétiques (syndrome de Down, syndrome
de Turner, syndrome de Marfan…) étaient associées à une prévalence de cette dégénérescence
structurale de la cornée. Le facteur mécanique, provoqué par le frottement préférentiel et répété de
l’œil (d’origine allergique, conjonctivite, amétropie, fatigue accommodative, dermatites
atopiques…), pourrait avoir une incidence sur l’aggravation du kératocône et expliquerait son
asymétrie. En revanche, les personnes diabétiques sont moins exposées au kératocône
probablement du fait de la glycation du collagène (108,110,113).

Le kératocône est souvent découvert à la puberté (entre 10 et 20 ans) car cela correspond à
l’âge de progression de la maladie. Cependant, le kératocône a tendance à ne plus progresser autour
de 40 ans du fait que la cornée se stabilise en vieillissant. Cette pathologie touche une personne sur
2000, bien qu’il soit possible que la prévalence soit en réalité plus importante, étant donné que les
formes les moins sévères sont sous-diagnostiquées. Cette pathologie affecte indifféremment tous
les individus quelque soit leur sexe ou leur origine ethnique (108,110,113).

Afin de diagnostiquer le kératocône, l’ophtalmologiste met en évidence plusieurs symptômes


via un biomicroscope : la forme conique de la cornée, un astigmatisme irrégulier et évolutif, ainsi
que l’opacité et la présence de cicatrices cornéennes (strie de Vogt, hypertrophie des nerfs
cornéen…). Par la suite, des examens approfondis sont réalisés tels que la topographie cornéenne
(mesure des rayons de courbure de la cornée à différents endroits), la pachymétrie cornéenne
(évaluation de l’épaisseur de la cornée et détermination du point d’amincissement), l’abérométrie
cornéenne (mesure de la qualité optique de la cornée qui varie en fonction de sa déformation) et la

61
viscoélasticité cornéenne (propension de la cornée à reprendre sa forme après avoir exercé une
pression via un flux d’air) (108,114).

Actuellement la prise en charge du kératocône prend en considération de nombreux


critères tels que : l’âge du patient, l’évolutivité de la maladie, la transparence et l’épaisseur de la
cornée, le confort visuel (atteinte asymétrique), la tolérance aux lentilles rigides (108)… De ce fait,
après le traitement de première intention que constitue le port de lentilles (108,115),
l’ophtalmologue peut proposer :

- la pose d’anneaux intra-cornéens afin de retendre la cornée centrale (108,116);


- une greffe cornéenne pré-descemétique (afin de préserver l’endothélium sain et de favoriser
une plus grande longévité et une meilleure efficacité de la greffe), où la partie de cornée
endommagée est remplacée par la même partie de cornée saine d’un donneur (108,117);
- la photoréticulation du collagène cornéen (ou corneal collagen cross-linking (CXL) en
anglais) stabilise la forme de la cornée et ralentit la progression de la maladie. Bien que ce
traitement ait été autorisé en 2016 par la FDA aux Etats Unis, le CXL est encore en cours d’essais
cliniques, en France. En effet, la Haute Autorité de Santé (HAS) a notamment recommandé la
nécessité d’étudier les conséquences du CXL sur le long terme afin d’obtenir des données
actuellement insuffisamment renseignées par manque de recul (108,118,119).

En complément de ces traitements, les patients utilisent des lentilles ou des verres scléraux.
Les verres scléraux sont des lentilles de plus grandes dimensions qui offrent un gain d’acuité
visuelle très important car elles utilisent un matériau permettant d’augmenter la perméabilité à
l’oxygène. De plus, ces lentilles ne sont pas en contact avec la cornée et sont mieux tolérées par les
patients (120).

[Link]. Traitement par photoréticulation du collagène cornéen


L’objectif du traitement par CXL est de rigidifier le stroma cornéen à l’aide d’une réaction
photochimique où une solution de flavine : riboflavine-5’-phosphate (=FMN) ou RF est irradiée
par des UV-A. La formation d’espèces radicalaires permet ainsi de générer des ponts chimiques
entre les fibres de collagènes et de ralentir la progression de la maladie (Figure 24) (121–126).

62
Les patients doivent avoir une épaisseur cornéenne minimale de 400 µm pour bénéficier du
traitement par CXL. Il a été établi, au cours des essais précliniques, que pour des cornées plus fines,
il existe un risque que les UV-A atteignent l’endothélium. Les conséquences de cet acte mèneraient
à des lésions irréversibles et à une opacification de la cornée (121–126).

Figure 24 : Rigidification de la cornée induite après CXL (118)

Le protocole, se déroule en conditions stériles et débute par une anesthésie topique


(proxymétacaïne ou lidocaïne). Par la suite, l’épithélium du centre de la cornée est enlevé, sur une
largeur de 7 à 9 mm afin de perméabiliser la cornée. En effet, les jonctions serrées, formées entre
les cellules épithéliales, imperméabilisent la cornée à la solution de flavine (121–126).

Ensuite, une solution de FMN (qui présente l’avantage d’être plus soluble que la RF) ou de
RF à 0,01 % et de dextrane T500 20 % (agent isotonisant qui permet un contrôle de l’osmolarité,
ainsi qu’une augmentation de la viscosité entrainant une rétention allongée au niveau du globe
oculaire) est administrée toutes les 5 min lors des 30 min qui précèdent l’irradiation puis toutes les
5 min, au cours de l’irradiation afin de saturer le stroma antérieur (Figure 25). Bien que les maxima
d’absorbance des flavines soient : λ= 223 nm, 266 nm, 373 nm et 445 nm, le CXL utilise une
lumière UV-A. Même s’ils ne correspondent pas aux longueurs d’ondes les plus intensément
absorbées par les flavines, les UV-A sont moins mutagènes que les UV-B et UV-C et présentent
l’avantage d’être non visibles au contraire de la lumière bleue. La longueur d’onde choisie pour le
CXL est donc de 370 nm tandis que la dose totale administrée est de 5.4 J/cm² en utilisant une
puissance de 3 mW/cm², pendant 30 min (121–126).

Certaines variations du protocole sont étudiées comme :

- l’utilisation de pilocarpine 1 % induit un myosis en réduisant l’ouverture de la pupille afin


de limiter l’exposition de la rétine à la lumière.

63
- l’utilisation du chlorure de benzalkonium permet de perméabiliser les jonctions serrées de
manière moins traumatique, afin de diminuer la douleur et le risque d’infections post-opératoires
liés à la désépithélialisation. Ainsi, l’absorption de la solution de flavine dans le stroma est
favorisée, cependant, les résultats obtenus sont moins reproductibles que lors de l’abrasion
complète de l’épithélium. Un procédé intermédiaire utilisant un laser femtoseconde permet de
creuser des puits de 100 µm de profondeur dans la cornée. Ainsi, la solution de flavines est absorbée
au sein du stroma sans léser significativement l’épithélium et facilite la cicatrisation, perçue comme
moins douloureuse par les patients.
- l’utilisation d’une solution de flavine hypo-osmolaire et dépourvue de dextrane pour des
patients ayant une épaisseur minimale de cornée, inférieure aux 400 µm recommandés pour
effectuer le CXL. En effet, les cellules cornéennes vont gonfler suite au phénomène de turgescence
et accroître l’épaisseur de la cornée. Ainsi, le CXL peut être pratiqué sans risquer de léser
l’endothélium (121–126).

Figure 25 : Exposition d'une cornée kératocônique à une solution de flavine, irradiée par des UV -A durant
le CXL (125)

A l’issue du traitement, une lentille pansement est posée et des collyres antibiotiques et anti-
inflammatoires sont prescrits pour éviter une infection locale et soulager la douleur causée par la
desépithélialisation. Il est recommandé que le patient protège ses yeux au cours des 24 h suivant
l’opération avec des lunettes de soleil. Cette protection est nécessaire, le temps que l’ensemble des
flavines soit éliminé par le larmoiement et évacuées dans le canal lacrymal pour éviter un surdosage
des UV administrés (121–126).

Suite au traitement, il est normal que les patients aient une vision floue, un larmoiement et
une sensation de corps étranger au cours des 24 à 48 premières heures. Ensuite, les patients
observent ensuite une brume qui disparait entre 6 mois et un an après l’opération et tandis que leur
pression intra-oculaire peut être augmentée (121–126).

64
Il est estimé que la ré-épithélialisation nécessite au moins 4 jours et elle est jugée qualitative
après 3 mois. L’ensemble des fibres nerveuses des kératinocytes du stroma antérieur entrent en
apoptose et disparaissent suite au traitement. Les fibres nerveuses sont complètement reformées
après 6 mois et permettent de retrouver l’intégralité de la sensibilité cornéenne. Les kératinocytes,
quant à eux, repeuplent le stroma entre le 3 et 6ème mois post-opératoire. Ils sécrètent de l’acide
hyaluronique qui joue un rôle très important afin d’espacer les fibres de collagène pour mieux
résister aux contraintes et cela augmente la densité de la matrice extracellulaire du stroma. Afin de
contrôler le bon déroulement de la cicatrisation, de vérifier l’ensemble des symptômes ainsi que
l’absence d’infection, le patient sera suivi en post-opératoire à D1, D3, M1, M6 et 1 an (124,127).

G.W. Conrad et son équipe (128) ont proposé un mécanisme d’action afin d’expliquer la
formation des pontages chimiques entre les fibres de collagène au cours du CXL. Des espèces
radicalaires et notamment de l’oxygène singulet, sont générés suite à l’irradiation d’une solution
de flavine par des UV-A et induisent la formation d’un dérivé imidazolone à partir des résidus
histidines (Schéma 10). Cet intermédiaire imidazolone étant très réactif, sa durée de vie très courte,
lui permet de réagir avec les acides aminés nucléophiles composant les fibres de collagène :
histidine, hydroxyproline, tyrosine, thréonine (en vert). L’imidazolone peut également réagir (en
rose) avec l’allysine (en rouge) ou l’hydroxyallysine (en violet) qui sont des composés synthétisés
par la lysyl oxydase à partir des résidus lysine du collagène. Une dernière voie utilise la 2,3-
butanedione, qui est une molécule diélectrophile issue de la photodégradation des flavines. La 2,3-
butanedione est susceptible de réagir avec les fonctions carbonylées de deux molécules d’allysines
et de permettre la photoréticulation du collagène par réactions d’aldolisation (en bleu) (128).

65
Schéma 10 : Mécanismes du CXL proposé s par [Link] et son équipe (128)

Les essais in vitro ont montré que les cornées traitées par CXL avaient de meilleures
caractéristiques biomécaniques :

- augmentation de sa raideur, mesurée par le module de Young,


- augmentation du diamètre des fibres de collagène (12 % sur des cornées de lapin),
- augmentation de la résistance à la digestion enzymatique (multipliée par 2,2 pour la pepsine,
par 2,3 pour la collagénase, 2,5 pour la trypsine),
- diminution de la perméabilité de la pilocarpine (in vivo) et de la fluorescéine (in vitro) ayant
pour conséquence un ralentissement de la diffusion au travers des nutriments ou des formulations
topiques (121–126).

Le CXL pourrait faire l’objet d’études dans d’autres pathologies cornéennes, en ingénierie
tissulaire telles que : la dégénérescence pellucide marginale, la kératectasie iatrogène, la
kératopathie bulleuse, l’ulcération de la cornée. Une autre application oculaire, notamment dans le
cadre des kératites infectieuses permet l’inactivation d’agents infectieux (selon le même principe
que celui du Mirasol system) (122).

En effet, l’étude d’A. Behrens et son équipe montre l’efficacité du CXL, in vitro, contre les
principales bactéries responsables des kératites infectieuses. Ces résultats sont d’autant plus
intéressants que cette technique a montré une activité sur des souches résistantes aux
66
antibiotiques (Staphylococcus aureus résistant à la méticilline, Pseudomonas aeruginosa
multirésistant et Streptococcus pneumoniae résistant) et pourrait constituer une véritable
alternative de traitement (129). Cependant, l’équipe de T. Bourcier a montré que le CXL est
inefficace contre les organismes fongiques (130). En revanche, au cours de tests in vitro sur gélose,
l’association du CXL et de l’amphotéricine B, comparée avec l’amphotéricine B seule, a permis
d’inhiber la croissance (mesurée par rapport à la surface) d’environ 30 % de Candida albicans,
30 % de Fusarium sp et 50 % d’Aspergillus fumigatus. L’ensemble de ces tests demande
d’avantage de résultats et notamment des essais sur l’animal avant d’envisager de tester leur
efficacité chez l’homme (130).

2.2.2. Autres exemples de photoréticulation du collagène


[Link]. En odontologie
La dent se compose de deux parties : la couronne (partie apparente qui dépasse de la gencive)
et la racine (partie attachée par le ligament alvéolo-dentaire, dans les os maxillaires et
mandibulaire). Le collet correspond à la partie de la couronne, en contact avec la gencive (Figure
26). La dentine est protégée par l’émail, au niveau coronaire et le cément au niveau radiculaire. La
dentine renferme la pulpe dentaire qui constitue la partie innervée et vascularisée de la dent. Elle
est moins minéralisée que l’émail, néanmoins, les éléments minéraux qui la constituent
(hydroxyapatite, phosphates, oligoéléments), représentent 70 % en masse ; d’une partie organique
(majoritairement constituée par du collagène de type I, 20 %) et d’eau (10%) (131,132).

Figure 26 : Anatomie de la dent (133)

La maladie carieuse est due à des infections bactériennes (principalement Streptococcus


mutans, Lactobacillus casei et Actinomyces israelii). Ces bactéries présentes dans la plaque
dentaire dissolvent les substances minérales de l’émail puis de la dentine jusqu’à atteindre la pulpe
67
dentaire (moment où la douleur est ressentie par le patient du fait qu’il s’agisse de la zone innervée
de la dent). Elles utilisent les glucides pour leur propre métabolisme et génèrent, au cours de la
glycolyse, des acides organiques responsables de la déminéralisation de l’émail (pH inférieur à
5,5). Leur présence est favorisée par des grignotages répétés et la consommation de boissons
sucrées ainsi qu’une hygiène bucco-dentaire insuffisante. D’autres facteurs plus spécifiques
intrinsèques au patient peuvent intervenir : les facteurs hormonaux (liées aux hypothyroïdies et
hypoparathyroïdies), génétiques et salivaires (pH, sécrétion insuffisante, immunologiques :
absence d’IgA…). Les principales mesures de prévention consistent en un brossage des dents
biquotidien associé à l’utilisation d’un dentifrice fluoré et dans la surveillance dentaire réalisée par
un dentiste, une fois par an. Le fluor favorise la reminéralisation en précipitant des ions fluorures,
phosphates, hydroxyles (134,135)…

Un interrogatoire initial associé à un examen clinique et un examen radiographique,


permettent de déceler la présence d’une carie et d’en réaliser le diagnostic. Dans un second temps,
le traitement consiste en l’exérèse du tissu dentaire carié puis à la restauration de l’intégrité de la
dent afin de lui rendre sa forme et sa fonction. Différents types de restaurations existent et sont
indiqués en fonction de la perte de tissu dentaire (protocole de restauration adhésive directe décrit
ci-dessous). L’utilisation de composite de restauration nécessite la création d’une couche hybride,
au préalable, à l’aide d’un système adhésif amélo-dentinaire (135).

Le protocole de restauration directe débute par l’étape de mordançage qui consiste en


l’administration d’acide orthophosphorique concentré (entre 30 et 40 %, pendant 15 secondes sur
la dentine et 30 secondes sur l’émail). Cette étape permet d’éliminer le tissu dentaire superficiel,
également appelé « boue dentaire ». Ainsi, il se créé des rugosités de surface et la partie
superficielle exposée à l’acide se déminéralise et seules les fibres de collagène subsistent. Il s’en
suit une étape de séchage partiel de la dent (131,132).

Ensuite, deux produits peuvent être appliqués simultanément ou dissociés : le primaire et


l’adhésif. Le primaire est constitué de monomères amphiphiles (l’hydroxyéthylméthacrylate est
couramment utilisé) afin d’interagir avec le collagène humide, d’une part, et avec la résine
acrylique, hydrophobe de l’adhésif, d’autre part. Ces systèmes contiennent également des
initiateurs (par exemple, la camphorquinone, sous l’action d’énergie lumineuse, induit la

68
production d’espèces radicalaires puis la photopolymérisation ainsi que la prise du primaire et de
l’adhésif). Les irrégularités formées lors du mordançage favorisent l’apparition de brides au sein
d’une couche hybride entre le collagène et ces composés résineux ; ils permettent une meilleure
adhésion (131,132).

Une fois la couche hybride formée, le montage est effectué par incrémentations et
photopolymérisations successives de composite de restauration dentaire. Ces matériaux composites
contiennent notamment une résine de méthacrylate. Cet ensemble composite possède des propriétés
mécaniques supérieures à chacun des constituants isolés. L’ensemble des monomères est soit
photopolymérisé, soit chémopolymérisé ou bien l’utilisation des deux stimuli peut être combinée
afin d’induire la polymérisation par des réactions d’addition. Cependant, d’autres protocoles
existent et permettent de fusionner ou d’individualiser les étapes décrites précédemment. Les
dentistes ont donc recours à une batterie de matériaux, choisis en fonction du protocole appliqué et
selon les signes cliniques présentés par le patient (131).

Il a été observé suite au mordançage et à la déminéralisation de la dentine, que le collagène


devenait la cible d’enzymes d’origine endogènes : essentiellement les métalloprotéinases
matricielles (MMP-2, 3, 8, 9 et 20) et les cathepsines à cystéine. La destruction du réseau de
collagène a pour conséquence un vieillissement accéléré du joint dento-protéique, au niveau de la
couche hybride (perte d’étanchéité, récidives carieuses, sensibilité post opératoire, coloration).
D’autres facteurs opérateurs dépendants, tels qu’un mauvais séchage (à la suite du mordançage) ou
une photopolymérisation insuffisante des monomères conduisent également à l’accélération de la
détérioration du joint dento-protéique (131,132).

Afin de lutter contre la dégradation enzymatique du réseau de collagène et de la couche


hybride, il a été suggéré d’utiliser la chlorhexidine (un inhibiteur de métalloprotéases), après le
mordançage. Cependant, à plus long terme, la chlorhexidine est éliminée à cause de son
hydrosolubilité et les MMP retrouvent leur activité (131,132).

C’est dans ce contexte, que l’utilisation d’agents de réticulation a montré son intérêt en
odontologie. Les agents chimiques de réticulation tels que les carbodiimides, les
proanthocyanidines et les acides tanniques se sont montrés efficaces, mais ils nécessitent un temps
d’application d’une heure. Leur application en clinique parait limitée du fait de cette attente trop
69
longue. Le glutaraldéhyde possède un temps d’action plus rapide cependant il n’est pas utilisable
à cause de sa cytotoxicité pour la pulpe dentaire (136,137).

Des agents de photoréticulation comme les porphyrines, le bleu de méthylène, le rose


Bengale sont des photosensibilisateurs connus mais ils paraissent inadaptés d’un point de vue de
l’esthétisme, à cause de leur coloration. En revanche, l’utilisation des flavines en solution diluée,
de couleur jaune pâle apparait plus adaptée (137).

Après l’étape de mordançage et de séchage, les équipes d’A. Mazzoni (136) et H.-T. Chang
(137) ont administré une solution de riboflavine-5’-phosphate (FMN) sur la dentine et l’ont irradiée
par des UV-A. A l’issue de ce prétraitement, ils ont appliqué le primaire et l’adhésif qu’ils ont
photopolymérisé puis ont appliqué le composite avant de l’irradier.

D’une part, ces résultats ont montré que la photoréticulation du collagène de la dentine,
engendre la formation de liaisons covalentes entre les fibres. Il a également été observé que les
fibres de collagène adoptent une orientation isotrope augmentant l’espace inter fibrillaire. Ainsi,
ce prétraitement permet d’augmenter les propriétés de rigidité de la dentine et a également pour
conséquence une amélioration des propriétés biomécaniques du joint dento-protéique. Les forces
d’adhésion et l’étanchéité entre la dentine et la résine sont augmentées (136,137).

D’autre part, les espèces radicalaires, générées lors de l’irradiation des flavines par des UV-
A, permettent l’inactivation aspécifique des collagénases : MMP (notamment MMP-9) et des
cathepsines. L’inactivation de ces enzymes améliore la résistance et la stabilité de la couche hybride
par rapport l’utilisation de chlorhexidine dont l’efficacité est temporaire. Ainsi, l’intégrité du joint
dento-protéique face à la biodégradation est assurée sur un plus long terme (136–139).

A.S. Fawzy et son équipe (140) ont proposé d’effectuer ce prétraitement en ajoutant du
chitosan à la solution de flavines. Le chitosan est un polyoside inerte et biocompatible très
intéressant en ingénierie tissulaire. Le chitosan possède des fonctions amines qui lui permettent de
participer aux réactions de photoréticulation et de former des liaisons covalentes avec le collagène,
mais surtout d’interagir via des liaisons ioniques qui lui donnent ses propriétés bioadhésives. La
surface de la dentine est alors recouverte de ce film polymérique semicristallin et forme une
membrane plus rigide et plus stable que le collagène. L’inactivation des collagénases est conservée

70
et confère une résistance accrue à la dégradation enzymatique. De plus, il a été observé que la
surface formée n’est pas lisse mais possède des microfibrilles qui améliorent l’infiltration de résine
et offre de meilleures propriétés mécaniques à la couche hybride (140).

Au cours d’une autre étude, A.S. Fawzy et son équipe (141) se sont intéressés à l’ajout de
flavines directement dans le système primaire-adhésif. Cette méthodologie s’avère aussi efficace
sur l’inactivation enzymatique que lorsque la solution de flavines est appliquée au cours d’un
prétraitement. Les propriétés de pénétration de la résine au sein des irrégularités de la dentine ne
sont pas affectées pour des concentrations de flavine de 1 à 3 %. Cette nouvelle procédure offre
donc des propriétés d’adhésion comparables, en évitant l’étape de prétraitement. Cet aspect est à
prendre en considération car il faciliterait l’utilisation clinique des flavines si elles étaient
incorporées au système primaire-adhésif et permettrait un meilleur contrôle de la procédure et une
meilleure reproductibilité des résultats (141).

[Link]. En chondrologie
Le cartilage est un tissu conjonctif retrouvé, notamment, au niveau : des articulations, des
disques intervertébraux, des jonctions costo-sternales, de la cloison nasale, du larynx, de la trachée,
des bronches et des oreilles... Le cartilage articulaire recouvre les extrémités des os et il favorise
leur glissement. Il permet également la transmission et l’amortissement des forces mécaniques
lorsque les articulations sont sollicitées (142,143).

Le cartilage contient des chondrocytes qui représentent 3 % en masse de ce tissu. Ces cellules
sont entourées d’un réseau de fibres de collagène (de type II, IX et XI (20 %)), de protéoglycanes
et de glycosaminoglycanes (GAG : héparanes sulfates, kératanes sulfates, chondroïtines sulfates,
dermatanes sulfates, acide hyaluronique … (7 %)). Ces molécules constituent la MEC et permettent
la rétention de l’eau (70 %) (142,143).

Le cartilage n’étant pas innervé, ni vascularisé, ce tissu possède de faibles capacités de


cicatrisation alors qu’il est particulièrement exposé aux traumatismes. Les principales
chondropathies sont l’arthrose suite à l’usure et au vieillissement du cartilage ainsi que l’arthrite
dont l’origine est inflammatoire (142).

71
L’arthrose est une forme rhumatismale fréquente dont les principaux facteurs de risques
sont : l’âge, l’obésité, l’activité physique intense ou le port fréquent de charges lourdes, la
polyarthrite rhumatoïde ou encore l’hérédité. Cette pathologie se caractérise par des raideurs et
douleurs articulaires ainsi qu’une gêne fonctionnelle (144).

Au cours de plusieurs études, M. Lee et son équipe (145–148) ont proposé une approche
d’ingénierie tissulaire afin de reconstituer les tissus cartilagineux lésés superficiellement. Leur
objectif consistait, en l’encapsulation de chondrocytes au sein d’un polymère biocompatible : le
chitosan glycol méthacrylé (CGM), possédant des similarités chimiques avec les GAG. Ce
polymère gélifie lors de sa photoréticulation à l’aide d’un photosensibilisateur et de la lumière.
Dans un premier temps, ils ont comparé trois photosensibilisateurs : la camphorquinone, la
fluorescéine et la RF (145). Ces molécules ont été irradiées par une lumière visible, du fait qu’elle
est moins énergétique et cytotoxique que la lumière UV, mais aussi car elle permet une atteinte
plus profonde des tissus. La RF a été retenue étant donné que les résultats de viabilité cellulaire
(80-90 % de survie) étaient les meilleurs. Ces cellules ont également d’excellentes propriétés de
prolifération au long cours, sans changement de leur phénotype, après irradiation. De plus, le gel
photoréticulé présentait des propriétés de résistance mécanique améliorées après avoir exercé une
force de compression et une résistance accrue face à la dégradation enzymatique. Ce dernier
paramètre est à prendre en compte car la concentration en lysozymes est 1000 fois supérieure au
niveau du cartilage par rapport au sérum (145).

Au cours d’une seconde étude (146), ils ont encapsulé ces chondrocytes en présence d’acide
hyaluronique (AH) afin d’introduire un milieu plus favorable à la prolifération de ces cellules. Par
ailleurs, les charges opposées des fonctions amines du CGM et acides carboxyliques de l’AH ont
renforcé la densité du gel ainsi que la stabilité mécanique et enzymatique grâce à la formation de
liaisons ioniques. La viabilité post irradiation reste proche de 90 %, cependant, l’adhésion et la
prolifération sont supérieures en présence d’AH. Les cellules formant des clusters conservent leurs
propriétés phénotypiques et augmentent leur production de GAG, in vitro (146).

Lors de leurs travaux suivants, ils ont montré les capacités de cellules souches
mésenchymateuses (CSM) à se différencier au sein d’un gel constitué de CGM et de collagène de
type II photoréticulés (Figure 27). Ces cellules ont été utilisées car elles ont la capacité de se

72
différencier en chondrocytes et leur accès est plus facile (moelle osseuse, tissus adipeux, périoste,
muscles squelettiques, liquide synovial). De plus, ces cellules indifférenciées restent viables au
cours de leur encapsulation. Une fois différenciées notamment grâce à la présence du collagène II
qui joue un rôle essentiel dans la chondrogenèse, elles prolifèrent et retrouvent la capacité de
synthétiser des GAG, in vitro (147).

Figure 27 : a°) Encapsulation de chondrocytes dans un hydrogel pho toréticulé ; b°) Image de microscopie
électronique à balayage d’un chondrocyte encapsulé (147)

Cependant, la présence seule du collagène II limite le développement des chondrocytes. Une


raison pour laquelle, par la suite, ils se sont intéressés à l’ajout d’un facteur de croissance, le TGF-
β1 impliqué physiologiquement dans ce processus. Les taux de viabilité des CSM après irradiation
ont été évalués à 93 %. Dans ces conditions, les cellules ont proliféré, formé des agrégats et sécrété
4,5 fois plus de GAG, très importants pour la reconstitution de la MEC. Les premiers tests in vivo,
se sont avérés encourageants, du fait de l’absence d’effets indésirables après une injection sous-
cutanée du gel (148).

L’équipe de P.A. Torzilli (149) a lié chimiquement un hyaluronate de sodium et la tyramine.


Cette molécule gélifie sous l’effet de la photoréticulation en présence de RF notamment grâce à la
dimérisation des molécules de tyramine, en préservant les charges négatives. Le gel formé est
stable, biocompatible et peu cytotoxique. Les hyaluronates permettent une captation des molécules
d’eau et la photoréticulation diminue l’efflux d’eau. Les propriétés mécaniques sont améliorées et
notamment la résistance aux forces de compression. Il est également possible que la dégradation
enzymatique et l’adhésion des macrophages, impliqués dans des réactions inflammatoires, soient
diminuées (149).

L’équipe de S. Hwang (150) s’est intéressée à la régénération du ménisque selon un procédé


similaire. Ce cartilage est un fibrocartilage (Figure 28) qui permet la protection des cartilages, tibial
73
et fémoral, par absorption des chocs. Les lésions méniscales sont communes chez les sportifs. Elles
provoquent le blocage du genou en demi-flexion avec impossibilité d’extension. Les fissurations
ou ruptures du ménisque sont diagnostiquées via un examen clinique (manipulation articulaire),
alors que les examens d’imagerie médicale (radiographie, IRM) permettent d’identifier la présence
éventuelle de pathologies associées. Le traitement peut consister en une méniscectomie, car ce
fibrocartilage ne cicatrise pas. Cependant, cela prédispose les patients à l’apparition d’arthrose
(150,151). L’équipe de S. Hwang a donc mis au point un hydrogel composé de collagène de type
I, de RF et d’AH, encapsulant des CSM. Ce gel photoréticulé sous l’action de la lumière, est exposé
au TGF-β1 et sert de matrice biocompatible afin de constituer un microenvironnement propice à la
régénération du cartilage méniscal. Les résultats obtenus sont comparables à ceux de M. Lee et son
équipe (148). Ils ont ainsi constaté une augmentation du module d’élasticité d’un facteur 5,5 après
photoréticulation (150).

Figure 28 : Anatomie du genou (152)

Les équipes de L.J. Bonassar (153,154) et R. Härtl (155) ont travaillé sur les pathologies des
disques intervertébraux. Les disques sont situés entre les vertèbres et ont un rôle dans
l’amortissement et la distribution des pressions. Les disques ont une forme biconvexe. Ils sont
composés d’un anneau fibro-cartilagineux périphérique : l’annulus fibrosus (AF), où les fibres sont
organisées de manière concentrique autour du nucleus pulposus (NP) dont la consistance est molle
et gélatineuse. La hernie discale est une discopathie qui atteint principalement la région lombaire.
Le processus dégénératif débute par l’atteinte de l’AF. De ce fait, et au fil du temps, le NP migre
vers le canal spinal et y comprime les voies nerveuses (Figure 29). Il en résulte l’apparition de
douleurs neuropathiques handicapantes. Le traitement actuel consiste en la discectomie avec fusion
74
partielle ou complète des vertèbres adjacentes. Cependant, malgré l’ablation chirurgicale du disque,
certains patients développent des formes de douleur chronique (154–156).

Figure 29 : Hernie discale (157)

C’est dans ce contexte que L.J. Bonassar et son équipe ont étudié la réparation de l’AF par
injection de collagène de type I, photoréticulé en présence de RF. Ils ont montré sur des modèles
ex vivo, que le gel formé, du fait de sa densité et de sa rétention des molécules d’eau améliorait les
propriétés du disque face aux contraintes mécaniques (153). Au cours d’une seconde étude, ils ont
proposé une réparation du NP avec un AH modifié (HYADD4®). Le NP est stabilisé en réalisant
un patch au niveau de l’AF avec du collagène photoréticulé en présence de RF. Ils ont montré que
la résistance à la compression était essentiellement due au rétablissement de l’intégrité du NP suite
à l’injection du dérivé d’AH. En revanche, le patch de collagène contribue à une meilleure rétention
d’eau au sein du disque. La combinaison de ces deux approches semble prometteuse afin de rendre
leur fonctionnalité aux disques intervertébraux herniés (154).

Härtl et son équipe (155) ont également photoréticulé du collagène au niveau discal, sous
l’effet de la RF et de lumière bleue. Ils ont montré la capacité de fixation du gel au tissu discal afin
de combler le tissu lésé, sa biocompatibilité traduite par une viabilité cellulaire afin de régénérer le
disque. Ce procédé ralentit la dégradation et favorise la migration des fibroblastes du disque et leur
infiltration au sein du gel photoréticulé. Ces cellules contribuent à la synthèse du tissu conjonctif
fibreux et au remodelage du disque intervertébral.

[Link]. En ostéologie
Des pathologies osseuses surviennent suite à des traumas, des opérations chirurgicales, des
maladies congénitales ou dégénératives comme l’arthrose. Contrairement au tissu cartilagineux,
l’os est vascularisé et innervé ce qui lui confère des propriétés de régénération. Cependant, la

75
régénération osseuse est limitée. Actuellement, les patients souffrant d’un défaut de cicatrisation
osseuse sont traités par chirurgie en réalisant une greffe autologue osseuse.

L’équipe de M. Lee a adapté le protocole utilisé pour les traitements de tissus cartilagineux
(décrit précédemment) pour la réparation de tissu osseux. Leur objectif consiste en la formulation
d’un gel de CGM, photoréticulé à l’aide de RF, activée par une lumière bleue. Ce gel encapsule
des CSM. Les cellules progénitrices se différencient, par la suite, en ostéocytes impliqués dans la
régénération de l’os lésé. Afin de créer un environnement favorisant la prolifération et la
différenciation, ils ont incorporé du collagène de type I dans le gel. Le collagène I a également la
capacité d’introduire de l’encombrement qui réduit l’accès aux enzymes et ralentit la dégradation
du gel. Les marqueurs de différenciation observés au cours de l’ostéogenèse sont l’augmentation
des phosphatases alcalines (marqueur précoce) et le dépôt de calcium (marqueur plus tardif :
impliqué dans la reminéralisation osseuse, responsable de l’opacification tissulaire). La
prolifération a été contrôlée par dosage de l’ADN et ils ont constaté, visuellement la formation de
couches multicellulaires (158).

Au cours de leur étude suivante, M. Lee et son équipe ont ajouté à la formulation précédente
des lysozymes. Leur objectif était d’encapsuler ces enzymes afin qu’elles puissent contrôler la
dégradation du polymère. Ainsi, ils ont pu vérifier qu’il se formait des pores qui facilitent la
pénétration de molécules de la MEC capables d’interagir avec les CSM et d’induire leur
prolifération et leur migration. Des essais in vivo, sur des souris ayant subi une craniotomie
montrent que les calvaria des animaux traités avec le gel contenant les lysozymes favorisent une
meilleure régénération osseuse que les témoins non traités ou seulement avec le gel de CGM
(Figure 30). Du fait de l’activité antimicrobienne des lysozymes, capables de cliver les
peptidoglycanes des bactéries Gram positives, ce système pourrait avoir une deuxième application
pour diminuer les risques infectieux. L’encapsulation d’un principe actif capable d’induire
l’angiogenèse figure parmi leurs perspectives afin d’induire la régénération vasculaire et tissulaire.
En revanche, l’inconvénient de cette approche réside dans le manque de contrôle de l’activité
enzymatique aboutissant en la formation de pores de tailles non homogènes. Cette importante
variation de taille limite la diffusion de facteurs de croissance et conduit à une inégalité de
prolifération et de différenciation des cellules dans le gel et constitue un objectif afin d’améliorer
ce système (159).
76
Figure 30 : Calvaria de souris : a°) Après craniotomie 3 mm, b°) après application gel CGM ( témoin), c°)
cicatrisation plus rapide avec le traitement gel CGM +CSM + lysozymes (159)

[Link]. En cardiologie
Le cœur est un viscère situé dans la cage thoracique entre les poumons. Il s’agit d’un organe
creux et contractile qui joue le rôle de pompe. En effet, la partie gauche du cœur, composée de
l’oreillette gauche et du ventricule gauche séparés par la valve mitrale (Figure 31), irrigue
l’ensemble des organes au travers de la grande circulation. Il régule le débit sanguin en fonction
des besoins physiologiques et l’augmente, par exemple, au cours d’un effort physique. La partie
droite du cœur (oreillette droite et ventricule droit séparés par la valve tricuspide) permet l’éjection
du sang dans la petite circulation et son oxygénation au niveau des alvéoles pulmonaires (160).

D’un point de vue histologique, la paroi interne se compose de l’endocarde. Cet endothélium
tapisse une tunique musculaire contractile : le myocarde. Une enveloppe protectrice appelée
péricarde recouvre le myocarde. Le péricarde est formé de deux feuillets. Le péricarde séreux est
en contact avec le myocarde et est séparé par la cavité péricardique du péricarde fibreux, plus
superficiel. Au sein du tissu myocardique, dans la paroi de l’oreillette droite, se trouve le nœud
sinusal (ou nœud de Keith et Flack) capable de donner l’impulsion électrique qui stimule et
entretient les battements du cœur. Ce courant électrique se propage jusqu’au nœud
atrioventriculaire (ou nœud d’Aschoff-Tawara) situé dans l’oreillette droite, au niveau de la paroi
interatriale. Ce deuxième nœud régule l’impulsion électrique et la transmet au faisceau de His
localisé dans la paroi interventriculaire. Ce faisceau se divise en deux branches, droite et gauche,
dont les ramifications forment le réseau de Purkinje qui se distribue dans le myocarde ventriculaire
et induit la contraction des ventricules (160).

77
La fréquence cardiaque est également influencée par son innervation parasympathique
permise par le nerf vague (X). Par ailleurs, le cœur est vascularisé par les artères coronaires.
L’oblitération de l’une d’entre elles, mène à un infarctus du myocarde. Cette ischémie induit la
nécrose des tissus non vascularisés. Au cours de la cicatrisation, les cardiomyocytes n’ayant pas la
capacité de proliférer, le tissu nécrosé est remplacé par du tissu fibreux, non contractile (158).

Figure 31 : Structure du cœur (160)

A. Heisterkamp et son équipe (161) ont mené une étude afin de réaliser de l’ingénierie
tissulaire tridimensionnelle (3D) sur du tissu cardiaque, sans altérer les cardiomyocytes. Afin
d’induire la photoréticulation de ce tissu, ils ont utilisé un laser femtoseconde dans le proche
infrarouge. Le processus d’excitation est non-linéaire. En effet, deux photons de plus faible énergie
mais plus pénétrants, sont absorbés dans un intervalle de temps de l’ordre de la femtoseconde.
Ainsi, ils permettent la conversion ascendente en un photon d’énergie supérieure capable de
photosensibiliser la RF et générer des espèces radicalaires. Ce procédé a permis de traiter
efficacement le tissu bio-artificiel sur une hauteur de 520 µm, soit 65 % de la hauteur totale. Ils ont
constaté l’augmentation des propriétés mécaniques (rigidité et élasticité) et le maintien de la
viabilité des cellules (fibroblastes et cardiomyocytes) et de leur force de contraction. Cette

78
méthodologie permet un contrôle spatial de haute précision, en 3D, de la photoréticulation du
collagène tissulaire (161).

M. Schulz-Siegmund et son équipe se sont intéressés à la mise au point d’un protocole de


décontamination et de décellularisation du tissu provenant du péricarde. Ce tissu peut notamment
être utilisé dans la reconstruction des valves cardiaques. Le protocole utilise notamment une
solution de RF irradiée suivie d’une irradiation électronique de faible énergie afin d’inactiver des
bactéries et les spores de ce tissu (162).

La bio-impression 3D est une technique récente qui est actuellement en développement. Cette
approche est très intéressante car elle apporterait une solution face à la croissance de la demande
de greffe et au manque de donneurs. La bio-impression 3D permettrait également une diminution
du rejet d’organe suite à sa transplantation. Bien que le tissu cardiaque soit complexe (hétérogénéité
cellulaire), l’équipe de D.-W. Cho (163) a étudié l’intérêt de compléter la bio-impression 3D de ce
tissu par la photoréticulation, initiée par l’irradiation de la RF par des UV-A. Leur objectif est
d’augmenter le module d’élasticité (à 10-15 kPa) et la rigidité (supérieure à 1 kPa) du tissu imprimé
afin que ses propriétés se rapprochent de celles des tissus naturels. Le tissu cardiaque a été
reconstitué à partir d’une MEC humaine décellularisée, de cardiomyocytes et de RF puis a subi une
gélification en deux temps. Tout d’abord, une photoréticulation puis un changement
conformationnel thermique des protéines, lors d’une étape d’incubation à 37°C (Figure 32). Ils ont
tout d’abord observé que la RF augmentait légèrement la viscosité qui est un paramètre très
important pour que le tissu imprimé conserve sa structure. Ils ont montré que les deux étapes de
gélification permettent une augmentation du module d’élasticité à 15,74 kPa. Cependant l’étape de
photoréticulation contribue principalement à cet effet et permet de conserver une viabilité de 95 %
des cardiomyocytes. Lorsque la bio-impression 3D de tissu utilise des cellules progénitrices
cardiaques, ces cellules prolifèrent et se différencient davantage après 7 jours, sur une matrice plus
rigide notamment du fait de la production de facteur de transcription (163).

79
Figure 32 : Bioimpression 3D : gélification par photorét iculation et effet thermique (163)

K.K. Parker et son équipe (164) ont utilisé la bio-impression 3D afin de former des
microstructures, contenant des cardiomyocytes. Les cellules cardiaques ont été insérées au sein
d’une matrice en gélatine et photoréticulées (photosensibilisée par la FMN). Ce procédé est plus
rapide et présente l’avantage d’être reproductible, avec peu de variabilité spatiale. Les
microstructures formées sont anisotropes et ont un module d’élasticité, comparable au cœur
humain. Cependant, de façon tout à fait remarquable, ces microstructures ont montré que les
cellules étaient viables et surtout, capables de réponses contractiles spontanées et sous l’impulsion
d’un signal électrique. Au cours des prochaines années, K.K. Parker et son équipe souhaitent
réaliser des microstructures de cellules musculaires ainsi que de cerveau (en utilisant des neurones
et cellules gliales) selon ce même modèle. A l’avenir, la bio-impression 3D de tissus photoréticulés
pourrait être utilisée dans un but d’ingénierie tissulaire et connaître des champs d’application
élargis (164).

80
2.3. Autres applications des flavines
2.3.1. Système nerveux central
[Link]. La maladie d’Alzheimer
La maladie d’Alzheimer (MA) est une maladie neurodégénérative caractérisée par une
démence, dont les principaux symptômes sont la perte de mémoire, la désorientation spatiale et le
ralentissement des capacités intellectuelles. La prévalence de cette pathologie est en augmentation
du fait, qu’elle affecte, les personnes âgées et d’autre part, du fait du vieillissement de la population.
D’un point de vue moléculaire, la MA se caractérise par une déficience des neurotransmissions
cholinergiques, une réponse inflammatoire, l’augmentation des concentrations des protéines tau et
amyloïde-béta (Aβ). Ces dernières s’assemblent et forment des fibrilles neurotoxiques, ayant une
structure de feuillets-β. Il a également été remarqué une élévation excessive du stress oxydatif. Ce
phénomène est causé par une augmentation des concentrations d’ERO. En effet, les quantités
d’ERO produites dépassent les capacités des enzymes anti-oxydantes : catalase (CAT), superoxyde
dismutase (SOD), glutathion peroxydase (GSH-Px). L’accumulation des ERO induit la
peroxydation des lipides, des protéines et de l’ADN entrainant l’apoptose neuronale (165).

L’équipe de K. Zhao (165) a montré un effet protecteur de la RF, sur un modèle murin. Ils
ont observé que la RF induit une augmentation significative de l’expression du facteur de
transcription nucléaire Nrf2 (connu pour être impliqué dans les maladies cardiovasculaires, des
systèmes nerveux et digestif). La forme cytoplasmique Nrf2 activée (non liée à la protéine
inhibitrice Keap1), migre dans le noyau et favorise l’expression et l’activité des protéines anti-
oxydantes CAT, SOD, GSH-Px. Ainsi, les souris traitées avec la RF ont des capacités cognitives
(orientation spatiale, apprentissage, mémorisation) significativement améliorées (165).

R. Csuk et son équipe (166) ont synthétisé des molécules reliant deux molécules de RF
acétylées ou deux isoalloxazines reliées par un espaceur pipérazine dialkylée (Schéma 11). Ces
molécules sont dépourvues de fonctions alcools qui ont été acétylées ou supprimées. Ces
modifications chimiques augmentent la lipophilie et le coefficient de partage de ces molécules,
favorisant le passage de la barrière hémato-encéphalique. Ces deux composés hétérocycliques
peuvent interagir par des liaisons de type π-stacking avec les résidus tyrosines des protéines Aβ et
perturber la formation des neurofibrilles cytotoxiques à des concentration de 4 µM (166).

81
Schéma 11 : a°) bis-riboflavine ; b°) bis-isoalloxazine (166)

L’équipe de M. Kanai (167) et Y. Sohma (168) se sont intéressés au traitement de la protéine


Aβ, in vitro, en présence de RF, irradiée par une lumière visible (500 nm). Ils ont remarqué que la
photooxygénation permettait la modification des résidus tyrosines, histidines et méthionines,
essentiellement localisés dans le premier tiers du peptide. La détérioration du peptide diminue
considérablement l’agrégation sous forme de feuillet-β (Figure 33) et la cytotoxicité neuronale
(167,168).

Figure 33 : Imagerie par microscopie à force atomique des fibrilles de peptide Aβ : a°) natives ; b°) après
photooxygénation (167,168)

[Link]. La sclérose latérale amyotrophique


La sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou maladie de Charcot est une maladie
neurodégénérative liée à la mort progressive des motoneurones. L’essentiel des cas diagnostiqués
sont sporadiques (90 %). Le décès du patient survient dans les 5 années après le diagnostic (effectué
entre 50 et 70 ans). La SLA se manifeste au début par une difficulté à déglutir et articuler, des
raideurs musculaires et articulaires puis par une fonte musculaire jusqu’à l’atteinte des muscles
respiratoires. Cette maladie multifactorielle est notamment caractérisée par un stress oxydatif
important (anomalie SOD), une excitotoxicité du glutamate, une auto-immunité (169)…

82
L’équipe de S.A. Sadiq (169) a investigué la cible potentielle des anticorps monoclonaux
produits. Cette étude a été menée sur les tissus d’un patient décédé. Ils ont découvert que les IgA
produites sont dirigées contre la FAD synthétase responsable de l’adénylation de la FMN en FAD.
Ils ont également observé une diminution significative de l’expression de cette enzyme mais aussi
d’autres enzymes impliquées dans la respiration mitochondriale (riboflavine kinase, cytochrome
C1, sous-unité B de la succinate déshydrogénase). De ce fait, la respiration mitochondriale qui est
impliquée dans le transport d’électrons, est altérée et provoque un dysfonctionnement du
métabolisme oxydatif puis cause la mort des motoneurones. Par ailleurs, cette IgA reconnaît
également une autre protéine, la NFH (neurofilament protein), bien qu’elle n’ait pas d’homologie
de séquence peptidique. Il est possible que la reconnaissance de l’épitope soit due à une
conformation similaire (169).

J.J. Anders et son équipe (170) ont traité des modèles murins de la SLA soit avec de la RF
seule ou accompagnée par une thérapie lumineuse infrarouge à 810 nm (activité anti oxydante et
neuroprotectrice). Aucun des deux groupes n’a montré d’effet protecteur et d’allongement du
temps de survie ou encore d’amélioration motrice (170). Cette inefficacité vis-à-vis de la RF
semble cohérente avec les conclusions de l’équipe de S.A. Sadiq (169). Malgré l’apport du substrat,
la FAD synthétase demeure en incapacité de produire la FAD et en incapacité de rétablir le
métabolisme normal.

[Link]. La migraine
La migraine est un trouble qui affecte 12 % de la population et préférentiellement les femmes
(3 fois plus impactées que les hommes). Les crises ont un impact qui entraine une détérioration de
la qualité de vie, d’un point de vue social et des activités professionnelles. Les crises sont
invalidantes car elles durent 4 à 72 heures et se manifestent par des maux de têtes chroniques
unilatéraux et pulsatiles, des nausées, des vomissements, une photophobie et une phonophobie…
Les crises sévères de migraine sont principalement traitées par des triptans (les patients ne
répondant pas aux triptans sont traités par des dérivés ergotés) associés ou non à des anti-
inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou des antalgiques. La précocité du traitement influence la
sévérité et la durée de la crise (171).

83
Le deuxième enjeu du traitement de la migraine réside dans la prise d’un traitement de fond
qui permet de diminuer la fréquence, l’intensité et la durée des crises. L’utilisation des traitements
prophylactiques actuels s’appuie sur les mécanismes physiopathologiques multifactoriels de cette
pathologie :

- l’excitabilité anormale des neurones hypothalamiques et corticaux entrainant leur


dépolarisation.

- l’hyperexcitabilité du nerf trijumeau (V) prédispose aux migraines. En effet, certaines


mutations de canaux ioniques calciques ont été décrites.

- ils déclenchent le relargage axonal de neuropeptides vasoactifs qui initient le phénomène


inflammatoire au niveau de la dure mère.

- l’amplification de l’inflammation par activation des cellules endothéliales, des mastocytes


et des plaquettes qui libèrent des substances pro-inflammatoires (cytokines, sérotonine, oxyde
nitrique).

- la vasodilation des vaisseaux de la région méningée. L’afflux sanguin entraine une


hypertension localisée et cause la douleur (171).

Les principaux principes actifs utilisés dans le cadre des traitements prophylactiques des
crises de migraine sont l’amytriptiline, le propranolol, la flunarizine, l’acide valproïque et le
topiramate. D’autres alternatives thérapeutiques existent (Tableau 4). Les différentes stratégies
consistent à diminuer le débit sanguin, l’excitabilité neuronale principalement en diminuant la
libération de neuromédiateurs activateurs ou l’inflammation (171).

Tableau 4 : Principes actifs utilisés dans la prophylaxie des crises de migraine (171,172)

Traitements Classes thérapeutiques Effets thérapeutiques Principes actifs


Propranolol, métoprolol,
Βéta-bloquants Vasoconstriction
timolol, aténolol, nadolol
Inhibition de la recapture de
Antidépresseur Amitriptyline
noradrénaline et sérotonine
Diminue la libération
Recommandés par la HAS Inhibiteur calcique d’histamine, dopamine, Flunarizine
(171,172) sérotonine, acétylcholine
Libération de GABA
Topiramate, acide
Antiépileptiques augmenté et glutamate
valproïque, gabapentine
diminué
Antagonistes Diminution de la libération
Pizotifèn, méthysergide
sérotoninergiques de sérotonine
84
Diminue la libération
d’histamine, sérotonine,
Autres antimigraineux Oxétorone, indoramine
effet antiémétique

Βéta-bloquant Vasoconstriction Nébivolol


Inhibiteurs de l’enzyme de Baisse de la pression
Captopril, lisinopril
conversion artérielle
Antagoniste des récepteurs Baisse de la pression
Candesartan
de l'angiotensine II artérielle
Fluoxétine, fluvoxamine,
Inhibition sélective de la
Antidépresseurs paroxétine, sertraline,
recapture de la sérotonine
citalopram
En cours d’essais cliniques ou
Diminue la libération
non utilisés mais ayant Cinnarizine /
Inhibiteurs calciques d’histamine, dopamine,
montré une activité (171) cyclandelate
sérotonine
Antagoniste
sérotoninergique,
Antipsychotique Olanzapine
dopaminergique et
cholinergique
Antileukoitriène Anti-inflammatoire Montélukast
Autres antimigraineux Anti-inflammatoire Mélatonine
Autre antimigraineux Myorelaxation Toxine botulique
Une supplémentation nutritionnelle peut également avoir des effets intéressants : la
camomille (contient de la mélatonine), les extraits de racine de pétasite (effet anti-inflammatoire),
les acides gras polyinsaturés (effet anti-inflammatoire potentiel), le magnésium (cofacteur
d’enzymatique, implication dans la neurotransmission sérotoninergique et la synthèse d’oxyde
nitrique), la RF, le coenzyme Q10 et la niacine (cofacteurs enzymatiques impliqués dans la
respiration mitochondriale). Plusieurs études ont montré l’efficacité de la RF à haute dose, dans le
traitement de fond de la migraine chez l’adulte. Les mécanismes évoqués sont la stabilisation de la
fonction neuronale, la restauration de l’homéostasie des phosphates (171). De plus, la diminution
du métabolisme oxydatif mitochondrial perturbe l’excitabilité des neurones du cortex. G. Comi et
son équipe ont montré que la RF contribue à la restauration des capacités de production énergétique
mitochondriale et diminue l’hyperexcitabilité cérébrale (173).

L’utilisation de RF chez l’enfant (patients plus fragiles) a été étudiée afin de vérifier son
efficacité car elle a l’avantage de ne pas présenter d’effets secondaires contrairement aux principes
actifs prescrits pour les patients adultes. Plusieurs études réalisées en pédiatrie ont montré des
résultats controversés. A. Parmeggiani et son équipe ont montré que la prise quotidienne de RF à
forte dose (200 mg pendant 4 mois), réduisait significativement la fréquence et l’intensité des crises
et plus particulièrement chez les garçons. En revanche, cette étude ne comporte pas un groupe de
patients ayant reçu un placebo, évoquant des problèmes éthiques vis-à-vis de la population jeune
étudiée (174). A l’opposé, les équipes de J. Anthony (175) et de W.-F. Arts (176) ont montré une
85
inefficacité de la RF dans la prophylaxie de la migraine chez les enfants. En effet, ils ont administré
quotidiennement 200 mg (âge 5 à 15 ans, 3 mois de traitement) (175) et 50 mg (âge 6 à 13 ans, 4
mois de traitement) (176) respectivement, sans remarquer d’effet favorable. En effet, la fréquence,
la durée et l’intensité des crises de migraine ne diminuent pas significativement (175,176).

[Link]. La maladie de Parkinson


La maladie de Parkinson (MP) est une maladie neurodégénérative qui affecte les neurones
dopaminergiques de la substance noire. La MP se caractérise par un stress oxydant qui induit la
dégradation de lipides, protéines et ADN neuronaux, notamment à cause de la diminution des
concentrations de facteurs protecteurs comme le glutathion. La dopamine participe à ce stress
oxydant et contribue à la vulnérabilité des neurones. En effet, son oxydation en intermédiaire
quinone est suivie par sa cyclisation et conduit en la formation d’une espèce hautement réactive
l’aminochrome. L’aminochrome est réduit en neuromélanine qui s’accumule dans la substance
noire. Cette substance déclenche une réaction inflammatoire, amplifiée par les cellules
microgliales, qui exacerbe la dégénération neuronale. Par ailleurs, la production d’ERO est
également causée par une dysfonction mitochondriale qui favorise la peroxydation des
phospholipides mitochondriaux et déclenche l’apoptose des neurones. L’apoptose est aussi causée
par la formation de corps de Lewy suite à l’accumulation d’agrégats d’α-synucléine (177).

La MP atteint principalement les patients de plus de 65 ans. La MP se manifeste


essentiellement par les symptômes suivants : une bradykinésie (mouvements lents) qui évolue vers
une akinésie (absence de mouvements), une hypertonie musculaire (rigidité musculaire et
articulaire) et des tremblements au repos (177).

La RF possède de multiples effets neuroprotecteurs, qui peuvent être utilisés dans le


traitement de la MP et de la migraine, en diminuant :

- le stress oxydatif car la FAD est utilisée comme groupement prosthétique de la glutathion
réductase qui convertit le glutathion oxydé en sa forme réduite active. Elle permet aussi, une
élévation des taux de SOD et GSH-Px, qui sont des enzymes antioxydantes. La RF est impliquée
dans la formation du phosphate de pyridoxal, forme active de la vitamine B6. Par ailleurs, la forme
réduite de la RF, la dihydroriboflavine possède également un effet antioxydant et désactive les
peroxydes lipidiques (177).
86
- l’inflammation neuronale en inhibant la migration du NF-κB, au niveau nucléaire et par
conséquent, la transcription de gênes pro-inflammatoires (TNF-α, COX2, IL-1β, production
d’oxyde nitrique…). A l’inverse, la transcription de gènes anti-inflammatoires est favorisée (IL-
10, MCP-a). La RF est aussi impliquée indirectement dans la biosynthèse de la vitamine D qui
possède une activité inflammatoire indirecte (177).

- les dysfonctions mitochondriales, en augmentant la concentration de FAD, indispensable à


la respiration mitochondriale (177).

- la concentration en homocystéine qui est neurotoxique. Sa métabolisation utilise la RF


directement et indirectement via le phosphate de pyridoxal. La 5,10-méthylènetétrahydrofolate
réductase (MTHFR) est impliquée dans ce processus. La substitution de la cytosine 377 en thymine
conduit au remplacement lors de la traduction d’une isoleucine par une valine. Ce génotype est
associé à des taux d’homocystéine augmentés (177) (cf. [Link] L’hypertension). De plus, lorsque
des personnes sont homozygotes pour cette mutation, elles ont plus de risque de développer une
schizophrénie ou des psychoses. La supplémentation en RF améliore les symptômes de ces patients
(178).

- l’excitoxicité glutamatergique en inhibant la libération neuronale de glutamate. De plus, la


voie de la kynurénine intervient dans la métabolisation du tryptophane. Cette molécule est elle-
même transformée en acide kynurénique (métabolite neuro-actif, antagoniste des récepteurs
NMDA). Cette voie de synthèse fait intervenir la RF et le phosphate de pyridoxal (177).

Grâce à ses nombreuses propriétés neuroprotectives, la RF pourrait donc constituer un


complément, aux principes actifs actuellement sur le marché (L-DOPA, les agonistes
dopaminergiques et les inhibiteur de monoamine oxydase) du fait de son action synergique sur de
multiples cibles. De plus, la RF contribue aussi à l’augmentation de l’absorption de la L-DOPA
(177).

2.3.2. Système cardiovasculaire


[Link]. L’hypertension
L’hypertension est caractérisée par une pression artérielle systolique et diastolique
respectivement supérieures ou égales à 140 / 90 mmHg. Les patients hypertendus ont un risque

87
augmenté de développer des maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accident
vasculaire cérébral (AVC)). Avant de débuter un traitement médicamenteux, des règles hygiéno-
diététiques sont instaurées afin de modifier plusieurs facteurs de risque : diminution de la
consommation de sel, perte de poids en cas d’obésité, pratiquer une activité sportive, diminution
du tabagisme. Après réévaluation de la pression artérielle, un traitement médicamenteux peut être
instauré afin d’abaisser la pression artérielle. Les principales familles d’antihypertenseur sont les
bétabloquants, les diurétiques, les inhibiteurs calciques, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion
et les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II. Ils sont utilisés seuls ou en association et
plutôt à faible dose en début de traitement (179,180).

L’homocystéine est un acide aminé soufré non utilisé pour la synthèse protéique.
L’homocystéine est le précurseur de la cystéine. Elle provient du catabolisme de la méthionine
mais elle peut également être recyclée en méthionine (Figure 34). Cette réaction de méthylation est
catalysée par la méthionine synthase à partir du 5-méthyltétrahydrofolate avec la vitamine B12
comme cofacteur. Le tétrahydrofolate formé est converti grâce à la sérine
hydroxyméthyltransférase en 5,10-méthylènetétrahydrofolate. Ce produit est le précurseur de la 5-
méthyltétrahydrofolate. Il est obtenu grâce à une oxydoréductase la 5,10-
méthylènetétrahydrofolate réductase (MTHFR) (179,180).

88
Figure 34 : Métabolisme de l'homocystéine (179)

Il a été observé que la mutation de la cytosine en 677 par une thymine conduit en la formation
d’une enzyme thermolabile. Cela s’explique par un changement de conformation suite au
changement d’une alanine par une valine, plus hydrophobe et entrainant une réduction de l’affinité
pour la FAD. Les patients homozygotes pour cette mutation (677TT) ont par conséquence une
augmentation des taux d’homocystéine, non reconvertis en méthionine du fait de la faible quantité
de 5-méthyltétrahydrofolate produit. De plus, ce génotype est associé à une augmentation de la
pression artérielle et une majoration du risque de développer des maladies cardiovasculaires (179–
183). Cependant actuellement, on ne sait pas si l’homocystéine est un biomarqueur ou facteur de
risque de ces maladies. En revanche, lors de tests in vitro, l’homocystéine favorise l’athérosclérose
et les maladies arthérothrombotiques en favorisant des réactions inflammatoires, pro-coagulantes.
L’homocystéine entraine également la formation d’ERO et de peroxynitrites des lipides et
lipoprotéines athérogènes, présents dans l’intima ou encore une diminution de la production
d’oxyde nitrique vasodilatateur (184).

89
Les équipes de J.M. Scott (181), T.F. Amaral (182), G.A. Wittert (183) se sont intéressées à
la supplémentation en RF (1.6 mg / jour, pendant 16 semaines), chez des patients hypertendus. J.M.
Scott et son équipe ont remarqué que la supplémentation en RF permettait de rétablir les stocks de
5-méthyltétrahydrofolate, d’augmenter la synthèse d’oxyde nitrique entrainant une baisse de la
tension artérielle de plus 5 mmHg. Ainsi, cela pourrait diminuer le risque d’AVC de 20 % chez les
patients possédant la mutation du gène de la MTHFR pour le génotype 677TT (181).

T.F. Amaral et son équipe avancent que des prises quotidiennes de RF (10 mg / jour, pendant
4 semaines) diminuent la concentration plasmatique en homocystéine de 1.31 mol/l, chez des
personnes âgées (60 à 94 ans) sans affecter la concentration d’autres protéines plasmatiques (la
ferritine, la protéine C réactive) ou d’acide urique. Ces supplémentations paraissent d’autant plus
justifiées que cette catégorie de la population a des apports en RF insuffisants. Il a été estimé que
dans cette tranche d’âge, 30 à 55 % des hommes et 43 à 68 % des femmes avaient un déficit en RF.
L’administration de RF permet de diminuer les risques de maladies cardiaques de 5 à 7 % et d’AVC
de 8 à 11 % (182).

G.A. Wittert et son équipe ont étudié l’effet d’une alimentation enrichie en RF, pendant 5
années, sur la pression artérielle. Cette étude s’est intéressée à la population chinoise, dont environ
90 % aurait des apports en RF insuffisants. Ils ont observé des effets bénéfiques chez le groupe
supplémenté en RF. Ils évoquent que l’effet antihypertenseur lié à la RF est dû à l’inhibition des
canaux calciques et au blocage de la libération du glutamate (183).

Du fait de sa capacité d’action sur différentes cibles (baisse des taux d’homocystéine,
augmentation des taux d’oxyde nitrique, inhibition des canaux calciques et blocage des canaux
glutamatergiques), la RF pourrait être associée à un antihypertenseur, principalement chez les
patients MTHFR muté, afin d’obtenir un effet synergique sur la diminution des pressions artérielles
systolique et diastolique (179–183).

Par ailleurs, la revue publiée par l’équipe de M. Ward (180) rappelle un potentiel intérêt
d’une supplémentation en RF chez les femmes enceintes. En effet, la grossesse peut causer une
pré-éclampsie qui se caractérise par une augmentation de la tension artérielle. La pré-éclampsie est
à l’origine de naissance de grands prématurés et peut causer la mort de la mère et/ou du nourrisson.
La mutation de la MTHFR 677TT constitue un facteur de risque de développer une hypertension
90
gestationnelle. L’apport de RF, en plus des traitements antihypertenseurs, pourrait être intéressant
afin de réduire la tension artérielle et les comorbidités associées (180).

[Link]. La reperfusion d’organes


X. Liu et son équipe ont observé que la flavokinase (ou riboflavine kinase) qui convertit la
RF en FMN, possédait un rôle protecteur vis-à-vis des AVC. Les modèles étudiés sont des rats
SHRSP (stroke-prone spontaneously hypertensive). Ces animaux ont notamment une sous-
régulation de la flavokinase et présentent davantage de risques de développer une ischémie
cérébrale. Lors de la survenue de l’AVC, ces animaux ont une obstruction des vaisseaux cérébraux
significativement plus importante que les animaux témoins. Ainsi, le nombre de neurones qui
entrent en apoptose dans les aires cérébrales touchées sont plus importants chez les rats SHRSP.
Les animaux traités paraissent plus protégés et l’ischémie a des conséquences moins importantes
en terme d’apoptose neuronale grâce à l’expression de facteur anti-apoptotique (185).

L’équipe de F. Campos (186) a montré l’intérêt d’administrer la RF en bolus sur des modèles
animaux ayant subi un AVC afin de diminuer la concentration sanguine glutamatergique.
L’aspartate aminotransférase (ASAT) est une enzyme qui catalyse la transformation de
l’oxaloacétate et du glutamate en aspartate et α-cétoglutarate. La métabolisation du glutamate par
l’ASAT nécessite l’utilisation du phosphate de pyridoxal et donc indirectement de la RF
(nécessaire à la formation du phosphate de pyridoxal). La diminution de l’excitoxicité
glutamatergique a un effet neuroprotecteur et réduit les lésions dues à l’ischémie (186).

L’équipe de J. Ge (187) s’est intéressée aux bénéfices d’apport de la RF après la survenue


d’un infarctus du myocarde. La lysine spécifique déméthylase 1 (LSD1) est une enzyme capable
d’effectuer le clivage oxydatif d’un ou deux groupements méthyles sur l’histone H3, en présence
de FAD. La déméthylation des histones est une modification épigénétique, dont la régulation par
la LSD1 peut être médiée par une supplémentation en RF. Suite à un infarctus du myocarde, ces
conditions ont un effet protecteur sur les cardiomyocytes non irrigués et en hypoxie. En effet,
l’hypoxie inhibe l’activité de la LSD1 (Figure 35a). L’histone H3 diméthylée entraine la
surexpression aberrante de gènes comme Lpcat2 (lysophosphatidylcholine acyltransferase2),
impliqués dans le métabolisme des phopholipides. La proportion de phospholipides oxydés (la 1-
palmitoyl-2-(5′-oxo-valeroyl)-sn-glycéro-3-phosphocholine et la 1-palmitoyl-2-glutaroyl-sn-

91
glycéro-3-phosphocholine) augmente. Ils modifient la fluidité membranaire, contribuent à l’entrée
en apoptose des cardiomyocytes et à la formation de lésions du tissu cardiaque. En revanche,
l’apport de RF, augmente la concentration en FAD. Ce cofacteur est utilisé par la LSD1 afin de
déméthyler l’histone H3 et permet une régulation des gènes tels que Lpcat2. Ainsi, l’homéostasie
phospholipidique est favorisée et la viabilité des cardiomyocytes est augmentée (187).

Figure 35 : a°) Effets délétères de l’hypoxie lors d’un infarctus du myocarde, b°) compensés par l’effet
cardioprotecteur de la supplémentation en RF, inspiré de J Ge et son équipe (187)

D.J. Pinsky et son équipe (188) ont travaillé sur l’apport de RF après une greffe cardiaque.
En effet, suite à une greffe, il existe un risque de rejet du greffon. Le rejet est déclenché par des
facteurs immunologiques mais aussi non immunologiques comme la génération d’ERO et
d’espèces réactives de l’azote (ERA). Les ERA sont issues d’une production excessive d’oxyde
nitrique, par la NO synthase des leucocytes, qui réagit avec l’anion superoxyde et forme des
peroxynitrites. D’une part, ces espèces radicalaires favorisent la réaction inflammatoire et induisent
la transcription du NF-κB qui sur régule la NO synthase. D’autre part, les ERO et ERA sont très
toxiques et lèsent les composantes cellulaires du greffon (lipides, protéines, ADN) menant à
l’apoptose de ces cellules (188).

D.J. Pinsky et son équipe évoquent que la RF peut agir via plusieurs mécanismes. Ils avancent
que la RF peut être réduite en dihydroriboflavine par une flavine réductase. Cette molécule possède
92
des propriétés antioxydantes bénéfiques face au stress oxydant. La RF permet également
d’augmenter l’activité de la SOD et diminue la concentration des différentes espèces radicalaires.
De plus, la RF inhibe l’induction du NF-κB, diminuant l’expression de cytokines inflammatoires
et de NO synthase (exprimée par les macrophages). Ainsi, la génération d’ERA et le stress nitrosatif
se trouvent amoindris. Il a aussi été constaté que les propriétés d’adhésion des cellules
inflammatoires étaient inhibées. De plus, une suppression de l’envahissement cellulaire des
lymphocytes T (CD4+ et CD8+) au sein du tissu cardiaque greffé a été constatée. Ce phénomène
s’explique par la diminution significative de l’expression d’interféron-γ (connu pour améliorer la
présentation d’antigènes et l’immunité cellulaire). Ces données montrent bien que la RF contribue
à moduler les réponses immunitaires cellulaire et humorale afin de préserver les cardiomyocytes
face au stress oxydant. L’apoptose des cardiomyocytes est réduite selon plusieurs approches,
favorisant la viabilité du greffon (188).

F.S. Ramalho et son équipe (189) ont mené une étude sur l’intérêt d’administrer la RF suite
à l’ischémie hépatique succédant une greffe de foie. Ces ischémies sont susceptibles
d’endommager les foies greffés. Les lésions proviennent notamment d’une réponse inflammatoire
excessive suite à l’infiltration de neutrophiles qui libèrent des ERO et des ERA. L’administration
de RF permet de diminuer les taux de transaminases (ALAT et ASAT) plasmatiques par rapport
aux animaux témoins, indiquant une diminution de la cytolyse hépatique. Ils l’expliquent par
l’action antioxydante combinée de la dihydroriboflavine, du glutathion dont la régénération est
accélérée et par l’augmentation d’activité de la SOD. Cela permet de réduire les radicaux libres
générés. Ainsi, le recrutement de neutrophiles est diminué, empêchant la production de cytokines
pro-inflammatoires (TNFα, IL-1, IL-6, interféron-γ) et d’oxyde nitrique. Par ailleurs, la production
de protéases capables de dégrader les protéines cellulaires et de provoquer l’apoptose, telles que la
chymotrypsine, la trypsine ou le protéasome sont également inhibés (189).

2.3.3. Maladies métaboliques


[Link]. Déficit multiple en acyl-CoA déshydrogénases et syndromes de Brown-
Vialetto-Van Laere et Fazio Londe
L’administration de RF a montré une amélioration des symptômes chez les patients atteints
d’un déficit multiple en acyl-CoA déshydrogénases (DMAD) ou des syndromes de Brown-
Vialetto-Van Laere (BVVL) et Fazio Londe (FL) (190–193).
93
Le DMAD est une maladie autosomique récessive liée à la mutation des gènes (ETFA, ETFB,
ETFDH). Ces gènes codent pour les flavoprotéines impliquées dans le transport d’électrons
(oxydoréductases de la respiration mitochondriale) ainsi que l’oxydation des acides gras (provoque
l’accumulation de lipides au niveau des muscles squelettiques, cardiaques, du foie et des tubules
rénaux). Le DMAD se caractérise par des troubles métaboliques comme une hypoglycémie, une
acidose métabolique, une hyperammoniémie. Les principaux symptômes observés, chez les
patients atteints de DMAD, sont des vomissements intermittents et des douleurs abdominales
(stéatose hépatique, hépatomégalie et pancréatite), des faiblesses et douleurs musculaires, une perte
de poids, une dysarthrie (trouble de la parole d’origine articulaire). Bien que le mécanisme ne soit
actuellement pas encore compris, certains patients répondent favorablement suite à une
administration de RF et voient leur symptômes régresser (190,191).

Le syndrome de BVVL est une maladie rare liée à la mutation du gène qui code pour la
protéine de transport RFVT-2 empêchant ainsi l’absorption de la RF. Il existe également des formes
de ces maladies où les mutations touchent les gènes codant pour les transporteurs RFVT-1 ou
RFVT-3. Les symptômes qui caractérisent cette pathologie sont la surdité, l’atrophie optique, une
paralysie bulbaire et du diaphragme (responsable du décès des patients), des retards mentaux ainsi
que des problèmes psychiatriques… Le syndrome de FL reprend l’ensemble des symptômes du
syndrome de BVVL, à l’exception de la surdité. Ces pathologies sont souvent fatales (192,193).

L’apport de RF par voie intraveineuse augmente l’espérance de vie des jeunes patients
atteints de ces maladies. Des améliorations de la force musculaire, de l’audition, de la vision et de
la respiration ont été notées. Certains patients ont même retrouvé l’ensemble de leurs capacités.
Cependant, le mécanisme d’action de la RF n’est pas encore bien compris (192,193).

[Link]. Le diabète
Les patients souffrant de diabète de type 2 ont une glycémie élevée, supérieure à 1,26 g/l à
jeun. Peu à peu, les cellules de l’organisme perdent leur sensibilité à l’insuline et provoquent à
terme une insulino-résistance (foie, muscle…) liée à une insuffisance sécrétoire de l’insuline. Ceci
s’explique entre autre par une dysfonction des cellules β-pancréatiques. En effet, la production
radicalaire génère un stress oxydant qui déborde les systèmes de régulation, provoquant l’apoptose
de ces cellules (194).

94
L’équipe d’I. Naseem (194) a administré la RF chez des souris diabétiques. Ils ont observé
une augmentation de l’activité d’enzymes antioxydantes telles que la catalase et la glutathion
réductase. Ce traitement diminue ainsi la formation d’espèces délétères comme les peroxydes
lipidiques, les protéines carbonylées et les lésions oxydatives de l’ADN ; induisant la survie des
cellules pancréatiques moins soumises au stress oxydant. Par ailleurs, il semblerait que les taux de
calcium intracellulaire, participant à la sécrétion d’insuline soient augmentés, en présence de RF.
Il apparait également que les récepteurs au glucose GLUT4, au niveau des cellules musculaires
squelettiques et des adipocytes, soient davantage exprimés et favorisent l’internalisation du glucose
(194).

D’un point de vue histologique, ils ont constaté que les animaux traités avec la RF possèdent
moins de lésions, aux niveaux du foie et des glomérules rénaux que ceux du groupe témoin. Ces
résultats sont également corrélés à une amélioration des marqueurs de la fonction hépatique et
rénale. I. Naseem et son équipe proposent donc que le traitement à base de RF puisse réduire les
risques de complications, chez les patients diabétiques, par réduction du stress oxydant et du
processus inflammatoire (194).

[Link]. L’ostéoporose
Les os possèdent plusieurs fonctions :

- Mécanique : ils protègent plusieurs organes (au niveau du crâne et de la cage thoracique),
- De mouvement : ils permettent l’ancrage des muscles et sont reliés par des articulations afin
de se mouvoir,
- Hématopoïétique : ils renferment la moelle osseuse où se déroulent l’érythro-, la leuco- et
la thrombo-poïèse,
- Métabolique : ils constituent les réserves minérales notamment dans le métabolisme
phospho-calcique.
Les os sont en perpétuel renouvellement. La résorption osseuse est assurée par les
ostéoclastes tandis que la formation osseuse est permise par les ostéoblastes. Les ostéoclastes sont
activés physiologiquement lorsque le ligand RANKL se lie à leurs récepteurs de surface RANK et
par le facteur de stimulation M-CSF (macrophage-colony stimulating factor). Les ostéoblastes

95
contribuent au remodelage osseux car en proliférant, ils minéralisent la MEC environnante et se
différencient en ostéocytes.
L’ostéoporose est une maladie métabolique où la balance résorption/formation osseuse
penche en faveur de la résorption. Il se forme alors dans un premier temps une perte osseuse puis
des dommages microstructuraux qui aboutissent à des fractures osseuses. L’ostéoporose est une
pathologie liée à des déséquilibres hormonaux observés lors d’hyperparathyroïdies et lors d’une
diminution des taux d’œstrogène, notamment chez les femmes ménopausées.

L’équipe de J. Xu (195) s’est intéressée à l’effet du lumichrome sur la résorption osseuse sur
des modèles animaux ayant subi une ovariectomie. Ils ont mis en évidence que le lumichrome
inhibe la voie de signalisation activée par RANKL. Ainsi, l’activité du NF-κB et de la MAPK sont
diminués. Par conséquent, la quantité du facteur de transcription NFATc1 est diminuée, à son tour,
régulant l’expression de gènes ostéoclastes spécifiques, codant pour la métalloprotéinase
matricielle 9 (MMP9), la cathepsine K (Ctsk), le récepteur à la calcitonine (Ctr) et l’intégrine β3
(Itgb3). Par ailleurs, la signalisation calcique est également impactée et permet de rétablir
significativement des libérations oscillatoires et d’éviter une libération continue. Cela permet de
diminuer l’exocytose de protons qui favorise la déminéralisation osseuse et de diminuer la
migration des ostéoclastes. De plus, le lumichrome favorise l’activité des ostéoblastes en activant
les gènes de la phosphatase alcaline (Alp), de la différenciation des ostéoblastes (Runx2) et de la
production du collagène de type I (Col1a1). Ainsi, le traitement par le lumichrome permettrait de
rétablir la balance résorption/formation osseuse (195).

[Link]. Utilisation comme antidote


Un antidote est une substance capable de neutraliser les effets toxiques d’un poison
(substances exogènes comme des médicaments, venins, toxines bactériennes ou virales…).

R.T. Peterson et son équipe (196) ont étudié l’efficacité de la RF dans l’intoxication au
cyanure. L’exposition à cette substance a lieu au cours de l’inhalation de fumée, de la
consommation d’aliments (amande amère, manioc…), de traitements médicamenteux
(nitroprussiate de sodium…), d’accidents industriels. L’intoxication au cyanure se manifeste par
des troubles cardiaques, neurologiques (convulsions, crises d’épilepsie) et des dysfonctions

96
métaboliques pouvant entrainer la mort. Le traitement actuel consiste en l’inhalation de nitrite
d’amyle, puis l’injection de nitrite de sodium, thiosulfate de sodium et l’hydroxycobalamine (196).

L’équipe de R.T. Peterson a effectué un criblage à haut-débit sur des petites molécules. La
RF s’est avérée être la molécule la plus efficace. Par la suite, ils ont mené des essais sur des
poissons-zèbres (zébrafish) et ont observé une normalisation métabolique des animaux traités. Ils
ont poursuivi ces travaux sur des lapins et ont observé une amélioration des symptômes cardiaques
et neurologiques après administration de RF. Ensuite, ils ont administré un vasodilatateur puissant,
le nitroprussiate de sodium (Schéma 12) chez 5 patients. Cette molécule libère du cyanure dans le
sang. Ainsi, ils ont remarqué que les taux d’inosine étaient augmentés de la même façon que chez
les poissons-zèbres et lapins lors de l’exposition au cyanure. Le traitement par la RF permettait une
diminution des taux d’inosine sur les modèles animaux. Ils supposent donc que l’inosine pourrait
servir de biomarqueur de cette intoxication. De plus, la RF pourrait constituer un traitement
prophylactique en association à cet antihypertenseur, en servant d’antidote face aux intoxications
au cyanure (196).

Schéma 12 : Nitroprussiate de sodium (196)

S.F. Ahmad et son équipe (197) se sont intéressés à l'effet de l’administration de RF après
exposition de rats au tétrachlorométhane (CCl4). Cette substance, source d’un stress radicalaire, est
hépatotoxique. Le CCl4 entraine une nécrose des hépatocytes qui conduit à une cirrhose et est
également responsable de pathologies cancéreuses (197).

Cette étude montre un effet hépatoprotecteur significatif dose-dépendant de la RF. Ainsi, les
animaux traités ont vu leurs taux enzymatiques d’alanine et d’aspartate aminotransférases (ALAT
et ASAT) et de phosphatases alcalines retrouver des valeurs normales. Les analyses plasmatiques
indiquent également une augmentation de la concentration du glutathion (molécule antioxydante)
et une diminution de celle du malone-dialdéhyde (marqueur du stress oxydant). D’un point de vue
histologique, ils ont constaté une diminution de l’infiltration des monocytes au sein du foie et de la
97
stéatose hépatocytaire. Le phénomène inflammatoire est aussi réduit suite à la diminution des taux
de TNF-α libérés par les leukocytes. Suite à ces résultats encourageants, ils suggèrent de mener des
essais sur d’autres molécules hépatotoxiques (le paracétamol, les nitrosamines, les hydrocarbures
aromatiques polycycliques par exemple) afin de vérifier l’effet hépatoprotecteur de la RF (197).

[Link]. Formulations à libération prolongée lors de carence


Les carences en RF peuvent survenir chez les personnes souffrant de malnutrition et
notamment chez les personnes âgées, plus vulnérables. Ces carences peuvent être secondaire à des
pathologies telles que la séropositivité au VIH, les maladies inflammatoires de l’intestin, le diabète,
les maladies cardiaques chroniques. Elles sont également associées à la prise de contraceptifs oraux
et à des traitements anticancéreux (méthotrexate) (198).

Ces patients nécessitent donc des apports de RF. Cependant, cette supplémentation doit être
quotidienne car la RF est très rapidement métabolisée et éliminée. Les équipes de J. Dong (198) et
X. Tang (199) ont étudié la possibilité de synthétiser des formes à libération prolongée afin
d’apporter de faibles concentrations de RF en continu et de garantir une meilleure observance des
patients. Ils ont synthétisé une prodrogue : le laurate de RF (RFL) (Schéma 13a) où l’alcool
primaire de la RF est estérifié par un acide en C12. Ce composé amphiphile étant insoluble ou très
faiblement soluble dans la plupart des solvants, il a été formulé sous forme de nanosuspension ou
de nanocristaux. Ces particules, en dispersion colloïdale, ont été stabilisées par des surfactants
(198,199).

J. Dong et son équipe ont utilisé le poloxamère P188 (Schéma 13b) qui est un copolymère à
trois blocs. En effet, le bloc central, de polypropylène glycol (en rouge) est apolaire, au contraire
des blocs de polyéthylène glycol aux extrémités qui sont hydrophiles (en bleu ciel). Le sigle P188
est un code utilisé : P pour poloxamère, les deux premiers chiffres multipliés par 100 indiquent la
masse moléculaire du bloc central (1800 g/mol, dans cet exemple) tandis que le dernier chiffre
multiplié par 10 indique le taux d’oxyde d’éthylène (80 %, dans cet exemple) (198).

Les molécules de laurate de RF et de poloxamère s’assemblent en bicouches et forment des


nanostructures tubulaires de taille régulière, 518 nm de long en moyenne (Figures 36c, 36d). Les
têtes flavines (en bleu foncé) sont positionnées à l’intérieur et à l’extérieur alors que les chaines
polyéthylène glycol restent à l’extérieur, en contact avec le milieu aqueux. Les chaines laurates (en
98
jaune) et le propylène glycol (en rouge) constituent la partie hydrophobe. Ainsi, des estérases
plasmatiques permettent une libération lente de RF après injection intramusculaire lors d’essais sur
des rats. D’autres tests sur des rats traités par le méthotrexate et souffrant en conséquence de
mucites, d’ulcères et d’une perte de poids, ont vu leurs symptômes et leur état général s’améliorer
suite à l’administration de ces formulations de laurate de RF (198).

Schéma 13 :a°) Laurate de riboflavine ; b°) Structure des poloxamères ; Figure 36 : c°) Auto-organisation
des nanocristaux ; d°) Imagerie en MET des nanocristaux (198)

L’équipe de X. Tang a travaillé sur le laurate de RF (RFL) et a étudié plusieurs tensioactifs.


Il est intéressant de noter que l’ensemble des nanoparticules formulées sont de nouveau tubulaires
à l’exception de la formulation composée à 75 % de RFL et de 25 % de D-α-tocophérol
polyéthylène glycol 1000 succinate (TPEGS Schéma 14a) et de lécithine (Schéma 14b), selon un
ratio 3 : 1. En effet, cette formulation permet de générer des nanotubes (Figure 37c2), ainsi que des
nanosphères d’une taille inférieure à 100 nm (Figure 37d2) (199).

Ils expliquent ce phénomène (Figure 37 c1 et d1) d’une part, par la stabilisation des particules
via l’interaction de la chaine hydrophobe du TPEGS au sein de la couche grasse constituée des
chaines laurates des RFL. D’autre part, la partie PEG polaire du TPEGS se retrouve à l’extérieur
dans le milieu aqueux, au même titre que la partie chargée la lécithine qui est un phospholipide
zwitterionique (chargée positivement et négativement). Ceci aurait pour effet de diminuer la
tension de surface de la solution aqueuse, augmentant ainsi la stabilité des particules sphériques
(199).

99
Ces particules présentent l’avantage de pouvoir subir une filtration stérilisante sans être
détériorées, au travers de filtre d’une taille de pore de 220 nm. De plus, elles conservent une
excellente biocompatibilité chez le rat après injection intramusculaire. En effet, elles présentent
des effets irritants réversibles contrairement aux nanotubes administrés (infiltration de cellules
inflammatoires provoquant notamment une irritation musculaire) (199).

Schéma 14 : a°) D-α-Tocophérol polyéthylène glycol 1000 succinate ; b°) Lécithine ; Figure 37 :c1°)
Représentation des nanotubes de RFL + TPEGS + Lécithine c2°) MET des nanotubes; d1°) Représentation
des nanosphères de RFL + TPEGS + Lécithine ; d2°) MET des nanosphères (199)

2.3.4. Antibiothérapie
Au cours de ces dernières années, de nombreux micro-organismes ont développé des
résistances aux antibiotiques (les pneumocoques à la pénicilline et aux macrolides, les

100
staphylocoques à la méticilline, les entérocoques à la vancomycine, Mycobacterium tuberculosis à
plusieurs principes actifs…) (200).

La RF est une molécule indispensable au développement des bactéries car la FMN et la FAD
sont utilisées comme cofacteurs par de nombreuses flavoprotéines. Certaines bactéries sont
capables de synthétiser la RF à partir d’une molécule de GTP et de deux molécules de ribulose-5-
phosphate. Ces enzymes représentent des cibles intéressantes car l’Homme ne possède pas ces
enzymes diminuant le risque d’effet secondaire. De plus, la synthèse de la RF est régulée par un
système : le riboswitch. Ce système est médié par des récepteurs constitués d’ARNm appelés
aptamères (Figure 38a) (200–202).

Ces structures ARN sont situées en amont (extrémité 5’) des séquences condentes pour les
enzymes impliquées dans la synthèse de la RF. La FMN est un métabolite de la RF, capable de se
lier à ces aptamères. La FMN est capable d’interagir avec les guanines de l’aptamère grâce la
formation de liaisons hydrogènes, aux niveaux du motif uracile-like du noyau isoalloxazine, d’une
des fonctions alcool de la chaine ribityle et surtout du groupement phosphate (Figure 38b) (200–
202).

En l’absence de FMN, l’aptamère change de conformation, sous l’action de complexes


enzymatiques (dégradosome), favorisant la fixation des ribosomes. Ainsi, la traduction des
enzymes impliquées dans la synthèse de la RF est assurée et permet d’augmenter les taux de RF
intracellulaire (Figure 38c). En revanche, lorsque les concentrations en RF et par conséquent en
FMN sont hautes, la FMN se lie à l’aptamère stabilisant sa structure et empêchant son changement
de conformation. Ainsi, la fixation de ribosomes est inhibée, bloquant la traduction des enzymes
capables de synthétiser la RF (200–203).

101
Figure 38 : a°) Représentation secondaire du riboswitch (202) ; b°) Détail des interactions
hydrogènesentre l’aptamère et l a FMN (200); c°) Mécanisme de régulation par le riboswitch inspiré de la
Thèse de T. Esquerre (203)

La roséoflavine (Schéma 15a) est un analogue de la RF où le groupement méthyle en position


8a est substitué par un groupement diméthylamine. Cette molécule est naturellement synthétisée
par des bactéries : Streptomyces davawensis et Streptomyces cinnabarinus. La roséoflavine est
transportée dans les micro-organismes auxotrophes pour la RF, au travers de canaux qui permettent
l’influx de la vitamine B2. Ensuite, elle agit comme un « cheval de Troie » car elle est prise en
charge par les mêmes enzymes que la RF et convertie en analogue de la FMN (RoFMN) puis de la
FAD (RoFAD). La RoFMN est capable d’interagir avec les riboswitches, impliqués dans la
régulation de la synthèse des canaux transmembranaires responsables de l’influx de RF (bactéries
auxotrophes) ou les riboswitches impliqués dans la production d’enzymes indispensables à la
102
synthèse de la RF. La diminution de la traduction de ces protéines aboutit à la diminution des
concentrations en RF intracellulaires. La RoFMN est plus affine que la FMN pour l’aptamère grâce
à la flexibilité du récepteur. La RoFMN se lie donc plus étroitement au récepteur, non pas grâce à
la formation de liaison hydrogène entre l’aptamère et à la fonction amine en position 8a mais grâce
à la formation d’interactions supplémentaires au niveau de la chaine ribityle. De plus, ces molécules
inhibent également les flavoprotéines et notamment celles impliquées dans la synthèse de la RF,
absentes chez l’Homme (200–202).

La roséoflavine possède une activité antibiotique du fait de sa toxicité pour les bactéries
Gram positives et négatives. De nos jours, les espèces mutantes, dont les riboswitches ne se lient
pas à la roséoflavine ou la FMN, sont utilisés pour synthétiser la RF par biotechnologie car elles
sont incapables de réprimer la production des enzymes et surproduisent la RF (Bacillus subtilis ou
Lactococcus lactis) (200–202).

La 8-amino-8-déméthyl-riboflavine (ARF) également produite par Streptomyces davawensis,


est un analogue de la RF dont le groupement méthyle en position 8a est substitué par une amine
primaire (Schéma 15b). Cette flavine agit de la même façon que la roséoflavine après
phosphorylation et formation de l’AFMN. Plusieurs hypothèses ont été proposées et l’équipe de
M. Mack suggère que les mécanismes puissent changer selon que la flavoprotéine soit inhibée par
la RoFMN ou l’AFMN. Ces molécules possèdent un encombrement stérique comparable à celui
de la FMN ou FAD. Cependant, l’AFMN avec sa fonction amine en 8a hydrophile, interagit moins
bien avec la poche hydrophobe des récepteurs qui accueillent le diméthylbènzene de la FMN. Par
ailleurs, la fonction amine de la RoFMN ou de l’AFMN semble diminuer l’activité catalytique de
ces flavines en modifiant leur potentiel redox lorsqu’elles se lient aux flavoprotéines, entrainant
leur inactivation. En effet, à titre d’exemple, l’azoréductase, une flavoprotéine présente chez
Escherichia coli, possède un potentiel redox de -145 mV lorsqu’elle est liée à la RF et -223 mV
lorsqu’elle est liée à la RoFMN. Cette inactivation pourrait être médiée par un environnement
polaire où une seule et unique molécule d’eau, au sein de la flavoprotéine entrainerait la perte du
pouvoir oxydant des isoalloxazines (Figure 39) (204,205).

103
Schéma 15 : a°) roséoflavine ; b°) 8-déméthyl-8-amino-RF (204)

Figure 39 : Interaction de la RoFMN avec l'azoréductase a°) en présence d'une molécule d'eau au sein de
la poche hydrophobe ; b°) sans molécule d'eau (distance en bleue en Ångström) (206)

L’équipe de M. Mack avance également que les cofacteurs actifs de la roséoflavine, RoFMN
et RoFAD, interagissent de manière aspécifique avec 37 des 38 flavoprotéines de Escherichia coli,
qui représentent jusqu’à 3 % de son protéome. Ainsi, ces protéines essentielles à la vie des bactéries
deviennent inactives ou partiellement actives et causent leur mort. L’action de cette molécule sur
un nombre de cibles aussi important réduit les probabilités de mutation et à fortiori
d’antibiorésistance (204,205). Ils ont également montré la toxicité supérieure de la roséoflavine à
celle de l’ARF sur Listeria monocytogenes, agent responsable de la listériose. Elles agissent comme
évoqué précédemment, en ciblant le riboswitch et en inhibant les 34 flavoprotéines de cette
bactérie. Il est probable que l’action moins importante de l’ARF, plus hydrophile, s’explique par
une liaison moins affine de l’amine primaire au sein de la poche apolaire des flavoprotéines (207).

Par ailleurs, ils se sont également intéressés à la métabolisation de ces molécules par la
flavokinase et la FAD synthétase humaines. Leurs travaux relèvent que la roséoflavine est un bon
substrat pour chacune de ces deux enzymes alors que l’ARF est convertie en AFMN mais la forme

104
adénylée, l’AFAD, n’est pas synthétisée. Ainsi, ils suggèrent que l’ARF pourrait constituer un
« hit » afin de développer une nouvelle famille d’antibiotiques moins toxique pour l’Homme que
la roséoflavine. En effet, ils ont déterminé que la RoFAD était un cofacteur inactif perdant son
activité catalytique oxydo-réductrice et pourrait affecter le métabolisme cellulaire humain (208).

M. Cushman et son équipe ont identifié une molécule antibiotique efficace sur
Mycobacterium tuberculosis, agent infectieux de la tuberculose, et sur Escherichia coli, par un
criblage à haut débit (Schéma 16). Cette molécule est un inhibiteur d’enzymes impliquées dans les
dernières étapes de la biosynthèse de la RF : la riboflavine synthase et la lumazine synthase (209).

Schéma 16 : Molécule antituberculeuse testée par M. Cushman et son équipe (209)

Par ailleurs, de nombreuses bactéries comme Salmonella typhimurium, Escherichia coli,


Pseudomonas aeruginosa, Klebsiella pneumoniae, Mycobacterium tuberculosis ainsi que des
levures du genre Candida sont capables de synthétiser la RF au contraire des virus. De ce fait, la
production de métabolites précurseurs est capable d’être reconnue comme étranger par le système
immunitaire (210).

En effet, les lymphocytes MAIT (Mucosal-Associated Invariant T) sont des cellules


immunitaires CD4+, découvertes, en 2003. Les lymphocytes MAIT sont impliqués dans
l’immunité adaptative. Ils représentent jusqu’à 10 % des lymphocytes contenus dans le sang
périphérique et peuvent atteindre 45 % des lymphocytes T, au niveau du foie. Les MAIT possèdent
des récepteurs (TCR) particuliers. Les lymphocytes T sont capables de reconnaître les peptides ou
lipides exogènes présentés au niveau des complexes majeurs d’histocompatibilité (CMH). Les
CMH sont des protéines retrouvées au niveau des cellules présentatrices d’antigènes (CPA) comme
les macrophages, les monocytes, les cellules dendritiques… Contrairement aux autres lymphocytes
T, les cellules MAIT peuvent reconnaitre via leur TCR des petites molécules exogènes présentées
par des CPA, sur des CMH particuliers de type MR1 (Figure 40). En réponse à ce signal les cellules
MAIT produisent d’une part, une réponse inflammatoire par libération d’interféron-γ, TNF-α, IL-
105
17. D’autre part, elles ont la capacité de libérer la granzyme B et perforine qui sont des protéases
capables de tuer les cellules infectées ainsi que les pathogènes infectants. La réponse inflammatoire
des lymphocytes MAIT peut également être activée indépendamment du MR1 car ces cellules sont
sensibles à la production d’IL-12 et IL-18 par les CPA (210–213).

Figure 40 : Cellule infectée par des Salmonelles r econnue par un lymphocyte MAIT (211)

D’un point de vue mécanistique, les MR1 des CPA sont capables de présenter des molécules
exogènes produites par les pathogènes. Il s’agit de ptérines dérivées de l’acide folique (6-
formylptérine et de acétyl-6-formylptérine) qui sont inhibitrices de l’activation des cellules MAIT.
A l’opposé les lumazines ainsi que les adduits pyrimidines sont des composés activateurs des
lymphocytes MAIT. Ces types de composés sont des dérivés de la biosynthèse de la RF produits
par les pathogènes à partir du 5-amino-ribityl uracile (5-A-RU) (Schéma 17 en bleu). Les flèches
vertes indiquent les réactions enzymatiques qui permettent la synthèse de la RF et de ses
précurseurs la 7-hydroxy-6-méthyl-8-D-ribityllumazine (RL-6-Me-7-OH) et la 6,7-diméthyl-8-D-
ribityllumazine (RL-6,7-diMe). Ces deux lumazines (RL-6-Me-7-OH et RL-6,7-diMe) sont
reconnues par les MR1 mais sont très faiblement activatrices des lymphocytes MAIT. En revanche,
lorsque le 5-A-RU réagit par condensation (de façon non enzymatique : flèches rouges) avec des
petites molécules telles que le glyoxal ou le méthylglyoxal, issues du métabolisme de la cellule
hôte ou du pathogène, il se produit respectivement du 5-(2-oxoéthylideneamino)-6-D-
ribitylaminouracile (5-OE-RU) et du 5-(2-oxopropylideneamino)-6-D-ribitylaminouracile (5-OP-
RU). Ces molécules sont des adduits pyrimidines capables d’être stabilisés par les MR1 et d’activer

106
les cellules MAIT (agonistes mille fois plus puissants que RL-6-Me-7-OH et RL-6,7-diMe). Ces
molécules deviennent moins actives lorsqu’elles se cyclisent et forment des dérivés lumazines
(210–213).

Schéma 17 : Formation des ligands des cellules MAIT (210,212)

Il a été observé que les cellules MAIT étaient impliqués dans de nombreuses pathologies
(cancer, infections virales, asthme, bronchopneumopathie chronique obstructive, maladie de
Crohn, colite, polyarthrites rhumatoïde, psoriasis, lupus, diabète). Leur rôle reste à définir afin de
comprendre leur intervention (211).

107
3. Conclusion
Les principales propriétés des flavines mises à profit sont leur capacité d’émettre des ERO,
leurs propriétés physico-chimiques, ainsi que leurs propriétés biologiques et pharmacologiques
(Tableau 5). D’une part, les ERO sont utilisées afin d’induire la mort de cellules lors du Mirasol
system (cellules immunitaires et pathogènes), en thérapie photodynamique (pathologies
cancéreuses), au cours de kératites infectieuses (pathogènes). D’autre part, les ERO émises par les
flavines après irradiation sont utilisées dans le domaine de l’ingénierie tissulaire afin de
photoréticuler le collagène en préservant l’intégrité des cellules irradiées.

Cette dualité ne semble pas s’expliquer par la nature des flavines irradiées puisque les
photosensibilisateurs utilisés sont essentiellement la RF ou la FMN. La puissance d’irradiation
(correspond au produit du nombre de photons émis par seconde et de l’énergie lumineuse) semble
être le paramètre essentiel. En effet, les puissances d’irradiation utilisées pour induire la mort de
cellules sont 10 à 100 fois supérieures à celles administrées en ingénierie tissulaire. Les variations
d’énergie appliquées (lumière bleue, UV-A, B, C) induisent l’absorption de photons plus ou moins
énergétiques par les flavines mais sans en modifier leur rendement de conversion intersystème. Par
ailleurs, les photons les plus énergétiques ont également des propriétés cellulicides. La
comparaison des différents protocoles est extrêmement complexe du fait qu’ils ne sont pas
uniformisés (par exemple, hétérogénéité des unités de puissance appliquées : Watt, Joules, Watt /
unité de surface, Watt / unité de volume). Par ailleurs, le temps d’irradiation, lorsqu’il est augmenté
permet d’accroître les ERO générées dans les limites de stabilité et de photodégradation des
flavines. De plus, une concentration plus importante en flavines peut potentiellement favoriser une
génération radicalaire accrue, jusqu’à atteindre une concentration maximale où les ERO sont
quenchées.

D’autres propriétés physico-chimiques des flavines ont été exploitées comme leur planéité,
leur caractère aromatique et la partie uracile-like qui les compose. Ces spécificités ont été mises à
profit du fait que les flavines ont la capacité d’interagir avec l’ADN ou encore au sein de peptides
contenant des cycles aromatiques par interactions de type π-stacking (peptide Aβ). Les flavines
sont également capables d’émettre une lumière fluorescente après irradiation. Cependant du fait de
son rendement quantique de fluorescence proche de 40 % et de sa plus faible intensité de

108
fluorescence (ou brillance), la RF est moins intéressante que des fluorophores de référence comme
la fluorescéine qui émet également une lumière dans le jaune (λ = 520 nm).

Les flavines sont surtout indispensables pour leurs propriétés biologiques. En plus d’être
biocompatibles, les dérivés biologiquement actifs de la RF, la FMN et FAD ont un rôle capital en
tant que cofacteur enzymatique pour les cellules eucaryotes et procaryotes. En effet, environ 80
flavoprotéines qui regroupent essentiellement des enzymes, sont présentes dans la plupart des
cellules humaines. De ce fait, les flavines agissent de manière aspécifique sur plusieurs cibles.
Cependant, étant donné leur très faible toxicité, l’action aspécifique des flavines pourrait s’avérer
être positive.

Ces flavines sont très intéressantes d’un point de vue enzymatique grâce à leurs propriétés
redox, utilisées pour le transport d’électrons. Des exemples attestent du caractère essentiel des
flavines dans le métabolisme cellulaire : l’utilisation d’antagonistes en antibiothérapie induit la
mort de bactérie. Par ailleurs, sans apport de RF, les patients atteints du syndrome BVVL décèdent
très jeunes alors que l’administration de vitamine B2, permet une amélioration des symptômes. Les
flavines semblent également avoir un intérêt pharmacologique en interagissant indirectement sur
des facteurs de transcription, empêchant la survie cellulaire et favorisant l’apoptose dans le cadre
de pathologies cancéreuses, ou encore par inhibition de NFATc1, inhibant ainsi les ostéoclastes et
ralentit la résorption osseuse dans l’ostéoporose. Les flavines ont aussi la capacité d’activer la
transcription de certains gènes : en favorisant le développement de la MEC, en ingénierie tissulaire,
ou encore Nrf2 qui permet la transcription d’enzymes antioxydantes et apporte un intérêt
notamment dans les pathologies cardiovasculaires.

Le traitement du kératocône et le Mirasol system dont les études ont débuté, il y a plusieurs
années, font aujourd’hui l’objet d’essais cliniques en France. En dehors de ces deux exemples, de
nombreuses études en oncologie, en ingénierie tissulaire ou en pharmacologie vont nécessiter des
travaux confirmant les données obtenues au cours de cette décennie. Ainsi, l’approfondissement
de ces recherches pourrait permettre dans un premier temps, l’emploi de la RF en association avec
des traitements existants dans des pathologies du système nerveux central (migraine, maladie de
Parkinson), cardiovasculaires (hypertension artérielle, reperfusion d’organes…), métaboliques
(syndrome de DMAD, de BVVL et de FL, diabète, ostéoporose, en tant qu’antidote…), en

109
oncologie (notamment pour les cancers de meilleurs pronostics lorsque les taux de RF sont
normaux)… Si les bienfaits de la RF sur ces pathologies s’avèrent fondés, il est possible que cette
molécule contribue à améliorer l’état de santé des patients traités.

L’utilisation de la RF dans de nombreuses applications pourrait être facilitée. En effet, cette


vitamine possède un caractère essentiel et elle est peu toxique, notamment pour l’homme. Par
exemple, au cours d’une administration par voie orale, seule les quantités nécessaires sont
absorbées au niveau des entérocytes étant donné que les transporteurs RFVT-2 sont internalisés au
fur et à mesure avant d’être recyclés. Par ailleurs, l’administration de RF par voie intraveineuse
conduit rapidement en sa métabolisation afin de la rendre plus hydrophile et permettre son
élimination rapide dans les urines. Du fait de ses moyens de régulations, la RF semble avoir une
certaine innocuité et sécurité d’emploi qui pourraient être intéressantes. De plus, la RF présente
également l’avantage d’être facilement accessible car sa synthèse se fait par biotechnologies. Par
conséquent, son coût de production est relativement peu élevé.

La mise au point de nanoformulations afin d’exploiter son potentiel anticancéreux pourrait


permettre de lutter contre certaines difficultés physico-chimiques et pharmacocinétiques. En effet,
la solubilité de la RF à 25°C est proche de 80 mg/l. L’utilisation sous forme de suspensions
colloïdales permettrait d’augmenter les quantités de flavines administrées. La pharmacocinétique
de ces nanoparticules serait très intéressante car la métabolisation pourrait être ralentie et la
clairance diminuée (protection du principe actif). Par ailleurs, la distribution serait également
modifiée et pourrait permettre de profiter de l’effet EPR afin d’induire une accumulation localisée
de nanoparticules au niveau de néovaisseaux angiogéniques, au sein du tissu tumoral. Ainsi, les
flavines pourraient être utilisées en tant qu’agent de vectorisation, ciblant les récepteurs RFVT ou
en tant que principe actif (génération d’ERO).

L’ensemble de ces éléments expliquent l’attrait de la communauté scientifique pour ces


molécules, dotées de très nombreuses propriétés qui ont été détournées et sont destinées à être
appliquées dans le traitement de nombreuses pathologies. Ainsi, l’intérêt croissant pour ces
molécules s’est traduit par une très nette augmentation du nombre de publications, notamment
depuis 2002 (Figure 1). Par ailleurs les propriétés des flavines leur valent d'être utilisées dans de
très nombreuses autres aires de recherche (chimie, sciences biologiques…).

110
Tableau 5 : Récapitulatif des différentes applications des flavines dans la santé

Propriétés Photosensibilisatrice
Physicochimiques Pharmacologiques
Applications génération d’ERO
Fluorescence
Interaction avec l’ADN
G-quadruplexe (62)
Diagnostic
Nanoparticules fer
superparamagnétique (74– Vectorisation, Diagnostic
Photothérapie dynamique 76) Ciblage récepteur RFVT
Destruction de cellules Planéité (67–73)
Oncologie
cancéreuses (64,77–81,83– Interaction avec l’ADN Mort cellules cancéreuses
87) Mésappariement (60) Inhibiteur de tyrosine
Site abasique (61) kinase (88,89)
G-quadruplexe (60)60)
Interaction avec l’ADN
Grâce la partie uracile-like
et interactions π-stacking
(60–62)
Sang
Mirasol system (96–101)
Anti-infectieux Œil
Kératite infectieuse
(129,130)
Photoréticulation du
collagène : kératocône
(121–128), cartilage (145–
149) (ménisque (150),
Ingénierie tissulaire disque intervertébraux
(153–155)), os (158,159) et
dent (136–141), cœur
(161,162)(bioimpression
3D(163,164))
Maladie d’Alzheimer et de
Parkinson
Transcription d’enzymes
antioxydantes (165,177)
Planéité
Maladie d’Alzheimer Migraine et maladie de
Maladie d’Alzheimer
Système nerveux central Détérioration de la protéine Parkinson
Perturbation de la formation
Aβ (167,168) Normalisation excitabilité
de neurofibrilles Aβ (166)
neuronale (171,173–177)
Maladie de Parkinson
Diminution inflammation
(177)
Hypertension artérielle,
AVC, infarctus du
myocarde, pré-éclampsie
Activation NO synthase,
diminution des taux
Système cardiovasculaire
d’homocystéine (179–184)
Reperfusion d’organes
Diminution de
l’inflammation et
immunitaire (185–189)
DMAD (190,191),
Syndromes de BVVL et FL
Maladies métaboliques
(192,193)
Diabète

111
Augmentation de
l’expression GLUT 4 (194)
Ostéoporose
Diminution de la résorption
osseuse, activation
ostéoblastes (195)
Antidote
Cyanure, CCl4 (196,197)
Ariboflavinose
Compensation de carences
par des formulations à
libération prolongée
(198,199)
Effet bactéricide
Diminution de la synthèse
Antibiothérapie
ou l’apport de RF selon les
organismes (200–209)

4. Contextualisation de cette thèse


J’ai effectué mon stage de Master 2 au sein de l’équipe du Professeur Isabelle Bestel en 2018.
Par la suite, il m’a été donné l’opportunité de poursuivre ces travaux de recherche lors d’une Thèse
en Chimie.

Les travaux antérieurs de l’équipe ont permis de développer des phospholipides synthétiques
(le RfdiC14 Schéma 18). Cette molécule a été obtenue à partir de la RF native, liée à un glycérol
diéthérifié par des chaines grasses, selon la stratégie de synthèse des phosphoramidites. Le RfdiC14
a été introduit à hauteur de 1 % parmi d’autres phospholipides commerciaux et a permis la
formulation de liposomes. In vitro, ces nanoparticules ont montré des propriétés intéressantes en
tant qu’agent de vectorisation, sur des cellules de cancer de la prostate (qui surexpriment les
récepteurs à la RF), du fait de l’augmentation de l’internalisation des liposomes vectorisés. Lors de
l’ajout de PEG, ces liposomes ont montré leur furtivité in vivo, étant donné que leur élimination
n’a pas été accélérée par rapport à des liposomes contrôles. De plus, les liposomes s’accumulent
au sein du microenvironnement tumoral probablement grâce à l’effet EPR et facilite leur rétention,
alors que la présence de RF permet l’internalisation au sein des cellules cancéreuses (72,214).

112
Schéma 18 : Molécule de RfdiC14 (72,214)

Par ailleurs, des tests d’auto-assemblage du RfdiC14 pur ont été réalisés. Il est intéressant de
souligner que pour une concentration de 2 mg de RfdiC14 par ml d’une solution tamponnée, la
cryo-microscopie électronique en transmission montre que le RfdiC14 s’auto-organise sous forme
de couches phospholipidiques multilamellaires (Figure 41a). Lors de leur irradiation, ces auto-
assemblages possèdent des propriétés de fluorescence et d’émission d’espèces radicalaires inhibées
à cause du phénomène de quenching (214).

Des travaux de modélisation, effectués par l’équipe d’Isabelle Bestel (215), suggèrent que
des interactions de type π-stacking favorisent cet agencement spatial. En effet, la modélisation en
modèle gros grain, permet de représenter la molécule de RfdiC14 de manière simplifiée (Figure
41b). Chaque grain représente quatre atomes lourds sans prendre en compte les atomes
d’hydrogène. Ainsi ces modèles permettent d’observer des phénomènes d’agrégation pour des
systèmes très complexes dans un temps raisonnable, difficilement applicable au modèle tout atome.
Ces études, appliquées aux molécules de RfdiC14, ont donc permis leur auto-assemblage sous
forme de couches multilamellaires (Figure 41c). La visualisation au niveau atomique (Figure 41d)
confirme l’existence d’interactions de type π-stacking entre les différentes têtes isoalloxazines.

113
Figure 41 : a°) CryoTEMs des auto-assemblages de RfdiC14 ; b°) Modèle tout atome et gros grain du
RfdiC14 ; c1°) Simulation par modélisation moléculaire : d’auto -assemblages multilamellaires du RfdiC14;
c2°) Grossissement de c1 ; d°) Interactions des cycles isoalloxazines par π -stacking (215)

Désormais, l’équipe souhaite préparer des nanoparticules enrichies en RF, susceptibles de


former des « nanobombes » de radicaux libres à visée antitumorale. Dans ce contexte, l’objectif de
mon stage et de ma Thèse de Chimie, consiste en la synthèse d’une bibliothèque d’analogues de la
RF possédant un groupement volumineux au niveau du cycle isoalloxazine. Notre hypothèse de

114
départ est que ce groupement permettrait d’une part, la déstabilisation des interactions π-stacking
et des couches multilamellaires sous l’effet de l’encombrement stérique. Ainsi, cela favoriserait la
formation d’auto-assemblages vésiculaires qui seraient idéalement composés de cent pour cent de
nos molécules. Du fait de l’espacement entre les têtes isoalloxazines, causé par le groupement
volumineux introduit, cela permettrait d’annihiler le phénomène de quenching et de retrouver les
propriétés radicalaires de chaque flavine. Ainsi, nous pourrions générer des « nanobombes
radicalaires » (Schéma 19).

Les analogues synthétisés doivent donc avoir un encombrement stérique plus important que
les groupements méthyles en position 7a, 8a et 3 du cycle isoalloxazine de la RF. Par ailleurs, ces
pharmacomodulations seraient susceptibles de modifier l’activité radicalaire afin de la potentialiser
(216). En effet, le retour à l’état fondamental de la RF excitée se fait selon une balance entre la
génération d’espèces radicalaires et l’émission de lumière fluorescente. Nous souhaiterions donc
déséquilibrer cette balance en faveur de la génération de radicaux libres et au détriment de la
fluorescence.

La synthèse de ces molécules est effectuée, selon la méthodologie publiée par F.


Papadimitrakopoulos et son équipe en 2007 (217). Nous utiliserons des anilines commerciales,
diversement substituées par différents groupements afin de générer une bibliothèque d’analogues
de la RF. De plus, les analogues synthétisés, ne comportent pas d’alcools secondaires sur la chaine
pentacarbonée, contrairement à la RF, afin de s’affranchir des différentes étapes de protection
préalables à l’insertion du groupement phosphoramidite.

La quantification des propriétés radicalaires, s’inspirera d’un test décrit par J.-Y. Liang et
son équipe (218,219). L’irradiation de la RF, par une lumière bleue génère des ERO. Ces ERO
permettent la réduction d’un indicateur coloré qui est un sel de tétrazolium. L’espèce réduite
formée absorbe à 560 nm et permettra indirectement une quantification des ERO générées par
spectrométrie UV-visible. Cette méthodologie sera adaptée pour pouvoir dégager une étude
relation structure activité en fonction des substituants introduits sur le cycle isoalloxazine et afin
de mesurer la quantité d’ERO générées par nos auto-assemblages. Ces formulations seront
justement obtenues par une méthode classique de formulation de phospholipides par réhydratation
d’un film lipidique puis extrusion (220).

115
Il est possible que l’encombrement stérique ajouté sur les têtes flavines permette de pertuber
les intéractions π-stacking. Cependant, il est possible qu’après irradiation des auto-assemblages
formulés, nous ne puissions pas observer la formation de radicaux libres. En effet, il est possible
que l’état triplet ne se forme pas ou qu’il se forme mais soit stabilisé, en raison de l’auto-
organisation de l’assrmblage obtenu et de la proximité persistante entre les têtes flavines. La
spectroscopie d’absorption transitoire pourrait constituer une technique de choix dans la
compréhention de ce phénomène. Ces expériences pourraient être menées en collaboration avec
l’équipe du Dr. Dario Bassani.

Schéma 19 : Représentation de la stratégie de synthèse et des objectifs de l’équipe

Ce projet a donc éveillé ma curiosité concernant l’utilisation récente des flavines et avait un
double objectif. A titre individuel, cette Thèse d’exercice en Pharmacie m’a permis d’explorer la
littérature et d’enrichir mes connaissances sur les flavines. Le deuxième objectif de cette étude
consistait à recenser et expliquer un maximum d’utilisations récentes des flavines afin d’élargir le
champ d’application de nos travaux. Ainsi, cela pourrait nous offrir de nouvelles perspectives de
recherche afin de mieux exploiter nos résultats.

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135
Serment de Galien
Je jure, en présence des maîtres de la Faculté́ , des conseillers de l’ordre des
Pharmaciens et de mes condisciples :

D’honorer ceux qui m’ont instruit dans les préceptes de mon art et de leur
témoigner ma reconnaissance en restant fidèle à leur enseignement ;

D’exercer, dans l’intérêt de la santé publique, ma profession avec conscience et


de respecter non seulement la législation en vigueur, mais aussi les règles de
l’honneur, de la probité́ et du désintéressement ;

De ne jamais oublier ma responsabilité́ et mes devoirs envers le malade et sa


dignité́ humaine.

En aucun cas, je ne consentirai à utiliser mes connaissances et mon état pour


corrompre les mœurs et favoriser des actes criminels.

Que les hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses.

Que je sois couvert d’opprobre et méprisé de mes confrères si j’y manque.

136
PERSPECTIVES D’UTILISATION DES FLAVINES EN THÉRAPEUTIQUE
Résumé
La Riboflavine ou vitamine B2 est une molécule indispensable à la vie cellulaire. En effet, cette molécule
et ses dérivés biologiquement actifs, la flavine mononucléotide et la flavine adénine dinucléotide permettent le
fonctionnement d’environ 80 flavoprotéines, principalement des enzymes. Ces protéines sont notamment
impliquées dans la croissance et le bon fonctionnement du métabolisme cellulaire des organismes.
Depuis sa découverte en 1933, le nombre de publications concernant les flavines n’a cessé d’augmenter,
avec une progression importante depuis 2008. Quelles sont les raisons pour lesquelles, la riboflavine et les
flavines, suscitent-elles un tel intérêt ?
Au regard de leurs propriétés physico-chimiques (émission de lumière fluorescente et génération d’espèces
radicalaires après irradiation), biologiques (propriétés oxydo-réductrices permettant le transport d’électron) et
leur biocompatibilité, les flavines apparaissent comme un espoir thérapeutique dans différents domaines. En effet,
de nombreux travaux montrent que les flavines sont utilisées, sous leur forme naturelle ou au sein de
nanoformulations, pour leurs propriétés pharmacologiques mais aussi en tant que photosensibilisateur ou comme
agent de vectorisation. Ainsi, l’emploi des flavines s’avère très prometteur dans des applications variées, allant
du traitement antitumoral, antiviral, antibiotique, des maladies neurodégénératives et cardiovasculaires à la
régénération tissulaire.
Mots clés : Flavines, Riboflavine, Applications Médicales, Cancer, Nanoformulations, Ingénierie Tissulaire,
Espèces Radicalaires

PROSPECTS FOR THE USE OF FLAVINS IN THERAPY


Abstract
Riboflavin or vitamin B2 is an essential molecule for cell life. This molecule and its biologically active
derivatives, the flavin mononucleotide and the flavin adenine dinucleotide are the support of about 80
flavoproteins, mainly enzymes. These proteins are involved in cell growth and proper functioning of the cellular
metabolism of organisms.
Since its discovery in 1933, the number of publications on flavins has regulary increased with a significant
progress since 2008. Why riboflavin and the other flavins are attracting so much interest?
Thanks to physico-chemical properties (emission of fluorescence and generation of radical species upon
irradiation), biological (redox properties allowing electron transport) and biocompatibility, flavins are emerging
as a therapeutic hope in various fields. Many studies show that flavins could be used, either in their natural form
or in nanoformulations, for their pharmacological activities as well as a photosensitizing or vectorization
properties. The exploitation of flavins thus seem very promising for a variety of applications, ranging from anti-
tumour, antiviral, antibiotic treatment to neurodegenerative and cardiovascular diseases therapies and tissue
regeneration.
Keywords: Flavins, Riboflavin, Medical Applications, Cancer, Nanoformulations, Tissue Engineering,
Radical Species
Discipline : Pharmacie
Intitulé et adresse du laboratoire : Molecular Modelling for Biomolecular Engineering,
UMR 5248 CBMN, University of Bordeaux,
1 Allée Geoffroy Saint-Hilaire, 33600 Pessac

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