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Architecture Rwanda

Le document explore l'architecture au Rwanda, mettant en lumière la tension entre tradition et modernité, ainsi que l'importance de la culture et des techniques de construction traditionnelles. Il décrit les caractéristiques des habitations anciennes et modernes, les matériaux utilisés, ainsi que les défis liés à l'urbanisation et à la croissance démographique. Enfin, il souligne la nécessité de préserver les savoir-faire architecturaux rwandais face à l'influence croissante des modèles étrangers.
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Architecture Rwanda

Le document explore l'architecture au Rwanda, mettant en lumière la tension entre tradition et modernité, ainsi que l'importance de la culture et des techniques de construction traditionnelles. Il décrit les caractéristiques des habitations anciennes et modernes, les matériaux utilisés, ainsi que les défis liés à l'urbanisation et à la croissance démographique. Enfin, il souligne la nécessité de préserver les savoir-faire architecturaux rwandais face à l'influence croissante des modèles étrangers.
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ARCHITECTURE au RWANDA

entre tradition et modernité

Kigali, mars 2008


Tout le monde connait le passé récent triste du Rwanda. Mais tout le reste est inconnu.
Même vivant au Rwanda, il est dur de trouver des informations et des livres qui parlent d’un passé autre que celui
tragique du génocide. On pense que la culture et la tradition n’existent pas. Petit à petit, on découvre les traces d’une
culture liée aux saisons agricoles et toute une vie bien connectée avec la terre.
Aujourd’hui encore, la société rwandaise est restée une société paysanne, seulement 10% de la population est ur-
baine. Il faut alors essayer de comprendre que l’occupation des sols et l’usage de la terre en général sont essentiels et
très importants pour ses habitants.
Le Rwanda est aussi le pays le plus densément peuplé du continent. Il n’existe plus de terre qui ne soit pas habitée
ou cultivée. En plus, le taux de croissance démographique est si rapide qu’il induit des problèmes d’urbanisme et de
logement énormes.
Au cours de l’année 1991 à Kigali, une large proportion (93%) de logements se composait d’ ‘installations spontanées’
à la périphérie de la ville. Seulement 7% étaient planifiés et construits conformément aux standards d’urbanisation.
Comme dans la plupart des pays africains, les plans sont issus en grande partie de modèles européens, produisant des
logements planifiés, mais inabordables pour la majorité des habitants.1
Surtout, les avantages des techniques de construction traditionnelles ne semblent pas être facilement compris par la
plupart des Rwandais. Il semble que l’utilisation des matériaux traditionnels, la connaissance des techniques de con-
struction et l’organisation spatiale ancienne se perdent en raison de l’augmentation de la population et son aspiration
à leur conception de modernité.
Au lieu de garder des techniques traditionnelles en essayant de les améliorer, et ainsi garder une style propre à
l’Afrique, voire à son propre pays, les rwandais se tournent vers la modernité et les modèles étrangers. Au lieu de les
protéger, ils essaient de les cacher et même de les oublier.
C’est ce qui rend la tâche d’écriture difficile, en plus du manque d’écrits sur le sujet.
Pourtant, c’est bien ce qui oblige d’écrire sur Rwanda.

1
Mimar 38 : Architecture in Development. London, 1991
Schilderman, Theo : Rwanda, low-cost construction in Kigali, page 48

1
COSMOGONIE RWANDAISE et FONDEMENTS MYTHIQUES

Le monde appelé ibuntu ou ibuzima, ‘le monde des humains où s’épanouit la vie animale et végétale’ est un espace
médian en relation avec le domaine divin des cieux (ijuru) et avec le monde abyssal des ancêtres (ibuzimu). Ces trois
espaces superposés présentent une homologie structurelle.
La terre (isi) est représentée comme un disque qui prend fin ‘là où les choses tombent dans le vide’ (iyo gihera).La limite
supérieure du monde commun est constituée par un dôme rocheux (urutare).
Autour du disque de la voûte céleste s’élève une immense palissade qui empêche les êtres vivants de tomber dans le
néant (ubusa) espace vide qui cerne l’univers connaissable. Le royaume Rwanda est au cœur du disque terrestre. Le
mot Urwanda désigne aussi bien le monde en son entier, que le royaume homonyme. 2

La tradition attribue à Gihanga, héros semi-céleste, l’utilisation exclusive de matériaux végétaux dans les construc-
tions et l’introduction de l’architecture de forme ronde.
C’est cette invention qui vaudrait à ses successeurs le nom de ‘Rois de la Corde’, ‘ceux qui manient la corde du bâtis-
seur’. Traditionnellement, pour effectuer le tracé de la fondation d’une maison traditionnelle, on trace un cercle à l’aide
d’une cordelette (umushumi) fixée à un pieu central. Ce cercle est la représentation symbolique du voyage circulaire
que Gihanga effectua autour du Rwanda, au commencement, par lequel il ‘fonda’ le Rwanda. Toute construction fa-
miliale doit donc s’inspirer de cette construction primordiale, car chaque famille est la représentation de cette grande
famille qu’est l’Humanité (Abantu), les Enfants de Muntu. 3

2
[Link] Oral Literature of Rwanda. [Link] janvier 2008
3
[Link] Oral Literature of Rwanda. [Link] janvier 2008

2
L’HABITAT ANCIEN
Les Rwandais organisaient leurs habitations là où les augures avaient trouvé un emplacement propice. Le chef de la fa-
mille construisait les sanctuaires destinés au culte des ancêtres dans l’arrière-cour pour pouvoir vivre harmonieusement
avec eux et pour gagner leurs faveurs.
L’habitat humain traditionnel présentait les caractéristiques suivantes :
1- les habitations n’étaient pas groupées en villages compacts; elles étaient plutôt dispersées sur les collines et habitées
par les membres d’un même lignage.
2- chaque habitation était entourée des champs plantés le plus souvent de bananier, de sorgho, de haricots et de patates
douces. Sinon, l’habitation était prolongée par une aire pour le bétail ou un espace réservée au travail d’un artisan.
3- les habitations étaient situées sur les sommets des collines et sur les parties élevées des versants, où la pente était la
moins forte.
Les huttes et les enclos étaient construits selon un même plan circulaire, les cercles pouvant s’interpénétrer. Une hutte
était incluse dans un enclos circulaire plus grand. Les gens pauvres avaient une petite hutte, rudimentaire et sans enclos.
Chez les gens riches, on trouvait plusieurs huttes : hutte principal, pour le chef, une seconde hutte, généralement, la
hutte de la femme, une troisième réservée à la cuisine, une quatrième pour les filles adolescentes ou pour les visiteurs.
L’entrée de l’enclos et celle de la maison se situaient dans le même axe. A l’intérieur de l’enclos se trouvaient des con-
structions plus petites comme des greniers et/ou des poulaillers.

Constructions et matériaux
La construction commence avec le choix du terrain qui est défriché et terrassé. Puis un périmètre circulaire y est tracé
pour définir l’emplacement de la maison et, à distance égale, des perches verticales (umuganda) souvent en bois de
markhamia (umusave) y sont fixées. Les perches sont reliées par des traverses horizontales constituées d’un assemblage
de tiges flexibles de plantes telle que le markhamia, phyllanthus, indigofera (imbabaza) et hyparrhenia rufa (umukenke).
L a traverse (urubariro) est tenue par des cordes faites d’écorces de bananier (ibirere), de ficus (umuvumu) ou de pa-
pyrus (umuhotora).
Le squelette de la hutte est ensuite recouvert de bottes d’herbes : herbe des marais, cyperus latifolius (urukangaga),
herbe fine eragrostis olivacea (ishinge), hyparrhenia filipendula (umukenke), mischantus (uruhugu) ou encore tiges de
sorgho.
Le sol des huttes soignées est recouvert d’une couche d’herbes fines (ishinge) sur laquelle on étend des petites nattes
(umuce ou umusambi).
Le plafond (igisenge), partie centrale du dôme et élément architectural le plus important, a été préparé indépendam-
ment. Il est placé au milieu des perches et maintenu à la bonne hauteur par une quinzaine ou une vingtaine de piliers (ink-
ingi). Sur ce plafond, on recourbe et on fixe les perches. On installe également un auvent au dessus de la porte d’entrée
ainsi que les piliers qui délimitent celui-ci.

3
Markhamia Phyllanthus Indigofera Hyparrhenia rufa Bananier Ficus

Papyrus Cupressus Miscanthus Arudinaria Sorghum Pyrèthre

Les habitations se distinguaient par leur grandeur et leur forme, par la qualité architecturale des constructions, le
décor ainsi que l’aménagement intérieur et extérieur des habitations et de leurs abords immédiats. Par ailleurs, on
pouvait observer des variantes régionales, notamment en ce qui concerne l’organisation spatiale des concessions, les
matériaux de construction, l’aménagement intérieur et le décor d’habitation.

L’habitation traditionnelle dans le nord


Dans la plus grande partie de la région du Musanze, où le sol est constitué de lave très fertile, les habitations
présentent quelques particularités. Les matériaux de construction qu’on y emploie actuellement sont entre autres :
-le bambou arundinaria (umugano) pour l’armature de la hutte,
-le cyprès (isipuri) pour les poteaux,
-la bouse de vache, pour protéger et colmater l’armature extérieure,
-les tiges de pyrèthre séchées (ishari) pour recouvrir le toit et
-les pierres (ibuye) pour élever les murets de clôture.
Les maisons se caractérisaient entre autre par un auvent et une toiture qui dépassent la paroi. Un auvent qui
protège l’entrée est fixe à une saillie de la toiture. Bien que le mur et le toit semblent distincts, ils ont une armature
commune.

L’habitation traditionnelle dans l’est


Dans la Province de Kibungo, la tradition attribue au prince Kakira, le fils du roi Gisaka, l’invention de l’art de dé-
corer les maisons (imigongo) au début de XIXème siècle.
En plus, les motifs géométriques, utilisant les couleurs naturelles, comme le noir, blanc et bordeaux, étaient peints
directement sur des cloisons et sur certains piliers qui étaient enduits de bouse de vache modelée en relief de
manière à délimiter des surfaces par des arêtes saillantes. Le bordeaux et le blanc provenaient de terres naturelles.
La préparation du noir brillant était plus complexe : on mélangeait des cendres de feuilles de bananier, du suc d’aloès
(rubamba), de l’urine de vache et de fruit de solanum aculeastrum (umutobotobo).
Certains éléments fonctionnels de l’habitation étaient fréquemment modelés en argile, en particulier le seuil et la
plaque de foyer, des cloisons, des piliers et des étagères pour les pots à lait.

4
LE DEVELOPPEMENT MODERNE
Le logement circulaire (rotonde) était la norme pour les Rwandais, comme pour la plupart des peuples de l’Afrique
subéquatorial, jusqu’à l’arrivée des Allemands en 1894.
Pendant les années 1920, la construction des habitations conservait une structure portante en bois déduite clairement
de la construction traditionnelle, mais avec un remplissage en terre, qui fournit un mode de construction plus ignifuge et
qui ne nécessite pas autant de roseaux.
Durant les années 1930, la disponibilité croissante de bois avec une plus grande section et l’influence des styles colo-
niaux apportée par les missionnaires, a incité le développement d’un plan rectangulaire et de petites fenêtres à volets.
Donc les habitations traditionnelles circulaires ont été généralement remplacées par des maisons rectangulaires, sauf
pour les animaux. Aujourd’hui encore ils gardent la même organisation spatiale que les enclos traditionnels, sauf que le
plan est rectangulaire au lieu de circulaire.
Par contre au nord-est et dans les régions moins riches, certaines habitations et enclos sont encore de forme circu-
laire.

FONDATIONS
Les maisons rwandaises traditionnelles n’ont pas de fondations. Elles ont une structure portante de bois ou en bam-
bou, plantée directement dans le sol.
Sans les fondations, les termites et l’humidité ont directement accès aux matériaux organiques. La maison n’est égale-
ment pas bien protégée contre les pluies fortes, le vent et les tremblements de terre nombreux dans la région.
Aujourd’hui, le type de fondation le plus courant au Rwanda est ‘linéaire’. Les matériaux qui conviennent bien aux
fondations sont les moellons et les briques cuites.

MURS
Les matériaux les plus utilisés dans la construction des murs sont, dans l’ordre d’importance : le torchis, les blocs
d’adobe, les briques cuites, les moellons et les blocs de ciment. Aujourd’hui le torchis et les blocs d’adobe non com-
pressés sont interdits. Depuis ces dernières années, on utilise de plus en plus des blocs en terre stabilisés.
Le plus souvent, on trouve une terre qui convient à la construction sur les flancs de collines. Dans les vallées, la terre
contient souvent trop d’argile ce qui n’est pas adéquat pour la construction car son volume est susceptible de trop
varier.
Le sol au Rwanda est généralement composé d’argile latérite, bien que la montmorillonite peut être trouvée au nord
dans la zone des volcans. L’argile latérite est en général de couleur rouge. Elle est composée d’une grande quantité
d’oxyde de fer et d’aluminium et est excellente pour la fabrication des blocs.

5
La terre crue est le matériau le plus utilisé dans la construc-
tion des maisons au Rwanda.
Le torchis est le plus fréquemment employé dans la con-
struction des murs qui possèdent une structure portante en
bois ou bambou, reliée par des branches ou tiges horizon-
tales. Le torchis est composé de terre ainsi que de paille. Il
est utilisé comme remplissage de cette structure en bois et
comme un enduit protecteur chez les plus pauvres.
Afin d’atteindre les caractéristiques requises pour une
terre de construction, l’utilisation de la couche arable orga-
nique est à éviter et la terre doit être préparée proprement.
La terre peut être émiettée à la houe ou à la dame. Les
cailloux sont éliminés à la main ou par tamisage. Ensuite, la
terre est mise en tas ou dans un puits, arrosée et bien mé-
langée. Ce malaxage peut être fait aux pieds ou à la houe,
et même en employant des animaux que l’on fait marcher
dans cette terre. Après, on la couvre pour la laisser mûrir
pendant au moins trois jours. Avant son emploi, il suffit
normalement d’ajouter encore un peu d’eau pour mélanger
de nouveau.
La durabilité du torchis est limitée, s’il n’est pas protégé par
un enduit et par une fondation enveloppante et élevée.
Les blocs d’adobe
Au cours des cinquante dernières années pour de nom-
breuses maisons traditionnelles du Rwanda , les murs en
torchis ont été remplacés par des blocs d’adobe creusés
à proximité du site, mélange d’eau, de fumier, de cendres
et de la paille hachée, moulé ensuite dans des caisses en
bois et séché au soleil avant utilisation. De cette façon,
on épargne le bois qui devient de plus en plus rare et
cher.
Généralement, on utilise des moules confectionnés avec
des planches de bois dont les dimensions ne sont pas
standardisées. Il est préférable d’employer des blocs
carrés (38x38x8cm) car ils résistent quatre fois mieux
aux tremblements de terre, que ceux de 40x19x12xm qui
sont utilisés couramment.
Le plus souvent, on remplit ces moules et on tasse la
terre à la main, directement sur le sol. Les blocs sèchent
sur place, couverts d’herbes ou feuilles de bananier, et
sont alors retournés après quelques jours.
Comme le torchis, les murs en d’adobe résistent mal à
l’humidité et ils ont besoin d’une fondation élevée et d’un
enduit. Ils exigent une protection de la tête pendant la
construction et de larges avant-toits.
Le début de la saison sèche est préférable pour la con-
struction, car en pleine saison les blocs risquent de séch-
er trop vite et de se fissurer. La construction doit être
6 terminée avant la saison des pluies.
Les blocs compressés
Ces blocs sont fabriqués au Rwanda le plus souvent dans des presses métalliques manuelles, mais parfois aussi dans
des presses électriques et des presses à pétrole.
Pour arriver à un compactage suffisant, il ne faut pas faire des blocs aussi grands que les blocs d’adobe. Leurs di-
mensions sont le plus souvent de 14x14x29cm ou de 9x14x29cm. Une équipe de quatre personnes peut facilement
fabriquer 400 blocs par jour avec la presse manuelle.
Les blocs peuvent être carrés et plats ou bien autobloquants. L’avantage des
murs en blocs autobloquants est qu’on utilise moins ou pas de mortier. D’un au-
tre côté, les blocs carrés sont plus facile pour réaliser les courbes et les intersec-
tions des murs.
Les avantages des blocs compressés sont : une plus grand résistance, moins de
fissures et au final, des murs plus réguliers. Les inconvénients sont un coût plus
élevé et des dimensions plus petites.
Les blocs stabilisés
Traditionnellement, pour la stabilisation des blocs, on ajoutait la terre de termitières, la bouse de vaches ou les extraits
de plantes. Généralement, ces liants aidaient à augmenter la résistance et la durabilité des constructions.
Actuellement, on utilise le plus souvent des liants commercialisés, tels que la chaux ou le ciment, et parfois le bitume.
Avec les liants, les blocs deviennent beaucoup plus résistants et durables et mieux protégés contre l’érosion. Il devient
ainsi possible d’employer des terres qui ne conviendraient pas sans liant.
Les terres contenant beaucoup d’argile peuvent être stabilisées à la chaux, celles qui ont trop de sable sont stabilisées
au ciment. Pour le Rwanda de telles améliorations sont généralement trop chères, même si on pouvait éliminer l’enduit
de cette façon.
La terre cuite, une technique amenée par les missionnaires, était aussi beaucoup employée, surtout pour fabriquer des
briques ou des tuiles et plus rarement des carreaux. Les briques cuites ont une meilleure résistance aux insectes, au
feu et à l’humidité en comparaison aux blocs en terre non-cuite.
Mais elles sont souvent mal cuites et les dimensions sont très petites. Elles aussi coûtent très chères pour la majorité
de la population. En plus, on utilise beaucoup de bois pour la cuisson et, avec le bois qui disparaît, on essaie de trouver
d’autres solutions.
Les moellons peuvent convenir très bien pour les murs en maçonnerie, mais ils sont rarement utilisés, sauf dans la région
des volcans. En général, il y a peu de connaissance sur l’utilité des pierres naturelles du Rwanda pour la construc-
tion.
Les blocs de ciment sont de bonne qualité et faciles à faire. Ils résistent bien à l’humidité, aux insectes et au feu et
ont une bonne isolation. Cependant, ils ne répondent pas au développement durable et ils coûtent trop chers pour
environ 98% de la population.

7
ENDUITS
Tous les murs extérieurs en terre doivent être terminés avec un enduit pour les protéger contre l’érosion
due à l’eau de pluie et les excès de séchage et de fissuration, ce qui expose le bois structurel à l’humidité
et à la pourriture.
L’utilisation de terre comme un enduit était déjà connue dans la construction traditionnelle des greniers
imperméables. On utilisait traditionnellement un mélange de terre, d’herbes et de bouse de vache pour un
enduit, parfois décoré avec des motifs géométriques de couleurs différentes.
Actuellement, on utilise le plus souvent le ciment, qui est considéré comme plus ‘moderne’, même si il ne
‘respire’ pas et qu’il ne se lie pas facilement à la terre. Le ciment tend à tomber en morceaux s’il n’est pas
armé, par exemple avec un grillage.
On pourrait supprimer l’enduit en fabriquant des blocs en terre stabilisée, ou des blocs avec un enduit
incorporé, en déposant une petite couche de mortier au fond du moule. Ces blocs sont maçonnés avec
l’enduit vers l’extérieur, puis jointoyés.

8
TOITURE
Les formes de la toiture les plus utilisées au Rwanda sont la toiture à un ou deux
versants et quelques fois quatre. Une toiture à un versant est facile à exécuter,
mais la façade la plus haute est mal protégée contre les pluies. Une toiture à deux
ou à quatre versants contient une faitière qui est souvent un point faible.
La structure la plus facile, la moins chère et la plus souvent utilisée est celle des
murs portants sur lesquels on pose les pannes. On utilise le plus souvent des
pannes et des charpentes faites de bois ronds, or la solution la plus faciles, mais la
plus chères, est l’utilisation du bois scié ou des profilés métalliques.
La plupart des habitations au Rwanda sont aujourd’hui couvertes de tôles ou de
tuiles d’argile brûlée, bien que certaines petites constructions aient toujours une
couverture en feuilles de bananier ou autre végétation. La pente minimale pour les
tôles galvanisées est de 14%, pour les tuiles demi-rondes est de 26% et pour les
pailles et chaume est de 45%.
Une couverture en tôles est plus étanche, mais beaucoup moins durable qu’une
couverture en tuiles, surtout quand on cuisine dans la maison. Une couverture en
tôles minces ne tiendra pas plus de 10 ans, en moyenne. Elles ne protègent pas
contre la chaleur et sont très bruyantes lors des pluies.
Une couverture en tuiles cuites protège bien de la chaleur. Lorsque les tuiles
sont bien choisies, la durabilité peut même atteindre 50 ans. La plupart des tuiles
fabriquées au Rwanda sont du type ‘romaine’, de section presque semi-circulaires
et de dimensions différentes selon le lieu de fabrication.
On peut distinguer trois différents systèmes de support des tuiles. Le système
traditionnel, qui est encore très répandu, est la pose de tuiles cuites sur des ro-
seaux horizontaux, liés à des rondins avec des cordes spéciales en papyrus. Pour
éviter le glissement des tuiles, on les pose sur une couche de terre elle-même dé-
posée sur les roseaux. Les deux autres systèmes sont sur des lattes dans le sens
de la pente ou bien sur des lattes (liteaux) horizontales.

9
POUR LE MAINTIEN D’UNE INDUSTRIE
DE LA CONSTRUCTION DURABLE
les interdictions, la pseudo-modernité, l’amélioration...

10
Colonisation, influences des étrangers, commerce et globalisation ont apportés de nouvelles idées de modernité et
de nouveaux matériaux et techniques. Cela a abouti à l’idée de vouloir remplacer le plus vite possible tout ce qui est
traditionnel par des inventions qui viennent de l’étranger, bien qu’ils ne soient pas convenables pour le Rwanda.
Le style des maisons traditionnelles aux formes rondes a pratiquement été abandonné, aussi bien quant à la forme
qu’aux matériaux utilisés. Au milieu des années 80, il y avait des déclarations politiques en faveur de l’utilisation des
matériaux locaux. La production de blocs d’adobe n’entrait pas dans la politique d’appui. Cette dernière était seule-
ment limitée à la promotion d’installations d’utilité publique (latrines, compostage et évacuation des eaux usées). 4
Le toit en paille a été aussi rejeté par les politiciens locaux comme étant démodé. La norme pour le développement
d’une commune était la diminution des toits en paille. Le toit en paille a donc vite disparu. Il y a eu aussi une politique
de substitution de l’importation par la production locale de la tôle ondulée, mais enfin avec un résultat négatif.
En milieu urbain, surtout à Kigali, la situation était encore plus notoire. Les constructions d’habitations modernes
se sont développées à grande vitesse. La pression sociale et politique de modernisation a poussé l’importation mas-
sive de matériaux de construction. Ces derniers représentent une image de durabilité, mais menacent l’existence des
matériaux traditionnels.
Chacun agit selon sa propre vision et son influence sur la société :
Le ministre d’infrastructure Stanislas Kamanzi a dit que l’usage de briques en terre non cuite (rukarakara) dans la
construction des maisons était interdit au Rwanda à partir du 16 juillet 2006.
Le nouveau plan pour le développement de Kigali impliquait la construction des maisons bonnes marchées, sans
l’emploi de terre non cuite. Le prix de chaque maison allait être de moins d’un million de francs rwandais. Chaque
habitant pourrait avoir sa maison. La Caisse Sociale du Rwanda planifiait l’amélioration des bidonvilles autour de
Kigali.
Cinquante machines ont aussi été importées pour éviter la coupe des arbres pour la cuisson de briques. 5

4
ATOL (Service d’information et de gestion de la connaissance dans la coopération internationale) .

11
L’Emploi rural au Rwanda. Louvain, Belgique, 1994, pages 65-91
5
The New Times. July 22, 2006 : Mud Brick to be banned in Rwanda
Heureusement, depuis quelques années il y a quelques
organisations étrangères au Rwanda qui essaient de
protéger et améliorer les matériaux et techniques tra-
ditionnels.
Il existe maintenant quelques manuels pour tous ceux
qui construisent eux-mêmes et pour les autres qui veu-
lent mieux comprendre la construction au Rwanda. On
y montre l’utilisation correcte des matériaux locaux et
les erreurs constatées sur des chantiers au Rwanda.
On y donne également quelques recommandations très
utiles pour l’amélioration de la construction : comment
faire une fondation imperméable, des murs stables, des
poutres et des linteaux, des ouvertures limitées, et un
bon toit.
On y explique aussi l’utilisation de l’infrastructure du-
rable: la récolte d’eau de pluie, le digesteur de biogaz et
les panneaux solaires.

Après l’interdiction des briques ‘rukarakara’, la solu-


tion qui a été adoptée pour la construction en terre est
la stabilisation. La construction en terre est de nouveau
autorisée.
Il n’existe pas encore de code national sur la construc-
tion en terre, mais il existe maintenant, à l’initiative de la
DED (Coopération Allemande de Développement),
un avant-projet en cours d’élaboration.
En voici quelques propositions:

12
POUR ADOBE NON STABILISE
• la résistance à la compression doit être au moins de 0,7 MP
• la teneur en humidité doit être inférieure ou égale à 4 % du poids
• il faut avoir moins de trois fissures par bloc, et pour chaque fissure moins de 8mm de long
et moins de 4mm de large
• le bâtiment doit avoir seulement un étage
• la maçonnerie doit être imperméable pour premiers 10 cm de murs

POUR ADOBE STABILISE


• la résistance à la compression doit être au moins de 2 MP
• la teneur d’humidité et les nombres de fissures sont les mêmes que pour l’adobe non sta
bilisé
• si le bâtiment a plus d’un étage, il doit avoir un renforcement structural
• absorption d’eau : un échantillon en terre stabilisé ne peut pas obtenir plus que 2,5% de
poids quand il est placé sur la surface poreuse pendant sept jours
• l’utilisation de la couche arable pour faire des briques est interdite
• linteaux doivent être en bois, acier, béton ou bambou
• la couverture doit toujours dépasser des murs afin de les protéger contre les pluies
• la finition extérieure n’est pas une obligation, mais elle est recommandable. Pour des murs
de blocs en terre non stabilisée, il est recommandé d’avoir un enduit extérieur complet,
avec de la chaux ou du plâtre stabilisé avec du ciment (min 2%)

13
14
QUESTIONS
Ils restent encore quelques questions pour l’avenir:
• Est-ce possible d’avoir plusieurs étages? Une plus grande et plus haute structure ?
Le Rwanda, pays très peuplé, doit trouver une autre solution d’occupation de sols.
• Est-ce possible de construire des bâtiments sur pilotis dans les vallées ?
• Généralement, on ne trouve pas de maisons dans les vallées à cause de l’érosion due aux eaux de plu
ies et de la terre argileuse qui n’est pas adéquate pour la construction.
• Quelle est la fondation soutenable la moins chère ?
• Peut-on substituer le bambou au bois, en cultivant un bambou d’un plus grand diamètre que celui
existant au Rwanda ?
• Est-il nécessaire d’utiliser du ciment ou de la chaux pour la stabilisation des blocs, ou peut-on garder
les techniques traditionnelles?
• Peut-on trouver une solution de toiture plus durable que celle des tôles et moins chère et moins lourde
que celle des tuiles?
• ...

15
IMIGONGO mur

UN IDEE, ma proposition :
L’idée serait de proposer un ensemble de constructions (de
forme circulaire) qui présentent les différentes techniques
le Pavillon Sonsbeek, Aldo van Eyck
traditionnelles et améliorées: un mur en paille, un mur torchis, un
mur en blocs d’adobe non-compressé, un mur en blocs d’adobe
compressé, un mur en blocs d’adobe stabilisé…
Il est possible de présenter un projet avec une vision moderne,
qui explique et défend l’intérêt d’une architecture durable.
Il est nécessaire de sensibiliser la classe dirigeante concernant
l’utilisation des matériaux traditionnels, en leur expliquant qu’ils
ne sont pas synonymes de pauvreté.
INZU traditionnel

mur en blocs d’adobe compressé

TOITURE

mur en paille

mur en blocs d’adobe mur en blocs d’adobe torchis


stabilisé non-compressé
15 16
I INTRO………………………………………………………………………………………………………………………......................................................................1
II COSMOGONIE RWANDAISE et FONDEMENTS MYTHIQUES …………………………..…………....2
III L’HABITAT ANCIEN
Constructions et matériaux………………………………………………………………………………………………..............................................................3
L’habitation traditionnelle dans le nord…….………………………………………………………………………...........................................................4
L’habitation traditionnelle dans l’est
IV L’EVOLUTION/LE DEVELOPPEMENT MODERNE
FONDATIONS…………………………………………………………………………………………………………………….......................................................5
MURS
La terre crue
-torchis………………………………………………………………………………………………………............................................................................ 6
-Les blocs d’adobe
-Les blocs compressés……………………………………………………………………………................................................................………... 7
-Les blocs stabilisés
La terre cuite
Les moellons
Les blocs de ciment
ENDUITS……………………………………………………………………………………………………………........................................................………….….... 8
TOITURE………………………………………………………………………………………………………………........................................................……….……. 9
V L’INFLUENCE D’ETRANGERS et la ‘pseudo-modernité’ ……………………………………....................……………......10
L’influence d’étrangers………………………………………………………………………………………………..........................................................…...11
La solution……………………………………………………………………………………………………………………...............................................................12
L’amélioration………………………………………………………………………………………………………………...............................................................13
VI QUESTIONS…………………………………………………………………………………………………….……….....................................................14
VII UNE IDEE…………………………………………………………………………………………………………………...........................................................15

Référence :
• Schilderman, Theo. La Maison. Guide pour la construction et l’amélioration de l’habitat au Rwanda. Louvain, Bel gique,
1987
• Robin Kent : Conservation in Rwanda, [Link] novembre 2007
• Butare Museum. Butare, Rwanda, 2007-2008
• DED : Low cost housing. Manual. Kigali, 2007
• DED : KIGALI DRAFT CODE. Kigali 2007
• Craterre : Earth Architecture in Uganda, Pilot project in Bushennyi 2002-2004, [Link]
[Link], janvier 2008

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