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Place Du Droit Pénal Spécial Dans Le Droit

Le Droit Pénal Spécial se concentre sur les infractions spécifiques, leurs éléments constitutifs et les peines associées, tout en étant étroitement lié au Droit Pénal Général. Il établit les conditions d'incrimination et de sanction, en tenant compte des circonstances aggravantes ou atténuantes, et est influencé par la criminologie. Les infractions contre les personnes, notamment les homicides volontaires, sont définies par des éléments tels que l'existence d'une victime, un acte matériel, et l'intention coupable.

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Place Du Droit Pénal Spécial Dans Le Droit

Le Droit Pénal Spécial se concentre sur les infractions spécifiques, leurs éléments constitutifs et les peines associées, tout en étant étroitement lié au Droit Pénal Général. Il établit les conditions d'incrimination et de sanction, en tenant compte des circonstances aggravantes ou atténuantes, et est influencé par la criminologie. Les infractions contre les personnes, notamment les homicides volontaires, sont définies par des éléments tels que l'existence d'une victime, un acte matériel, et l'intention coupable.

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INTRODUCTION

1. Place du Droit Pénal Spécial dans le droit


Le Droit Pénal Spécial est la branche du Droit Pénal qui traite des infractions et
donne, pour chacune d’entre elles, les éléments constitutifs, les peines et, le cas
échéant, les particularités de la répression, alors que le Droit Pénal Général envisage,
de façon synthétique, les questions qui concernent l’ensemble des infractions.
Le Droit Pénal Spécial constitue de toute évidence, la partie la plus ancienne du Droit
pénal, car les sociétés organisées ont commencé par incriminer et punir certains faits
précis qui troublaient l’ordre public et l’organisation sociale, avant de se livrer à une
généralisation dont le besoin ne se faisait pas sentir ou à une systématisation qui
supposait un degré d’abstraction que ces sociétés étaient loin d’avoir atteint.
Il ne faudrait, cependant pas opposer trop nettement le Droit Pénal Spécial et le Droit
Pénal Général ; ces deux (2) branches du Droit Pénal sont en réalité, intimement liées.
Le Droit pénal Général détermine les règles qui sont communes à toutes les
infractions, ainsi que les conditions dans lesquelles ces infractions sont punissables.
Le Droit Pénal Général, est donc, l’étude de l’ensemble des règles applicables à toutes
les infractions, ou, l’étude des principes qui sont communs aux différentes infractions.
Le Droit Pénal Général ne doit, cependant, son existence qu’au Droit Pénal Spécial
dont il utilise les données pour en extraire des théories générales.
Mais tandis que le Droit pénal Général nous apprend qu’il existe (3) éléments dans
une infraction (élément légal, élément matériel, élément moral), le Droit pénal Spécial
prend appui sur ces éléments et individualise les infractions.
La criminologie, quant à elle, tente après analyse, d’expliquer le comportement des
délinquants, ce qui permettra au législateur d’incriminer ou de dépénaliser certains
comportements, selon l’évolution des mœurs, des conditions de vie en société ou de
l’économie (c’est en ce sens que la criminologie contribue au Droit Pénal Spécial).
Le Droit Pénal Spécial analyse les conditions précises de l’incrimination des
infractions et de leur sanction en fonction des circonstances aggravantes ou
atténuantes prévues par la loi.
En effet, c’est par un examen attentif des éléments constitutifs de l’infraction que,
pourra être concrétisée ou évincée la responsabilité pénale d’un individu. Mais le
Droit Pénal Spécial ne peut être dissocié du Droit Civil, du Droit Commercial, de
l’Économie etc… dans la mesure où il sanctionne le comportement d’un individu
agissant au sein d’une société du moment, sa caractéristique déterminante, est que, le
Droit Pénal Spécial n’existe que si le législateur a voulu sanctionner l’inobservation
de certaines règles, les autres demeurant dans le dossier de la réparation civile.
En résumé, le Droit Pénal Spécial fixe le cadre dans lequel s’exercera la répression
d’un fait contraire à l’ordre public, en déterminant le texte précis en vertu duquel
s’exercera cette répression. Il s’agit en fait, de détailler les éléments constitutifs de
chaque infraction. Le Droit Pénal Spécial est donc un catalogue des incriminations.

11
Ce fait que réprime la loi Pénale peut consister dans l’accomplissement d’un acte
prohibé ou, dans l’omission d’un devoir imposé par la loi. Il existe donc des délits
d’action et des délits d’inaction ou d’omission.
Ex : - délit d’action : vol, escroquerie, viol, attentat à la pudeur ;
- délit d’omission : non assistance à personne en danger ;

2. La légalité des infractions et des peines


Selon l’article 111-1 du Code Pénal « Nulle infraction ne peut être punie et nulle
peine prononcée si elles ne sont légalement prévues » c’est-à-dire que nulle
contravention, nul délit, nul crime, ne peut être puni de peines qui n’étaient pas
prononcées par la loi, avant qu’ils ne fussent commis.
C’est à l’occasion de l’énonciation du principe de la non rétroactivité de la loi pénale
que le Code Pénal exprime le principe de la légalité, souvent rappelé par l’adage « ni
infraction, ni peine, sans texte légal ».
La loi détermine les crimes, les délits et les contraventions (les trois (3) types
d’infraction) ainsi que les sanctions applicables à leurs auteurs. L’application, par
analogie des dispositions pénales à des faits qu’elle n’a pas déclaré punissables, est
interdite.
Ce principe de légalité impose toujours de rechercher, en présence de chaque fait à
juger (réprimer), le texte légal, c’est-à-dire la qualification pénale (ce qui exclut le
raisonnement par analogie).
Le principe de légalité a deux (2) conséquences :
- Une faute n’est punissable que si la loi l’érige en infraction ;
- Le juge pénal, qui doit appliquer la Loi à des faits précis, a une marge de
manœuvre très étroite. Il ne peut déclarer un prévenu coupable d’une
infraction, et le condamner de ce chef, que dans la mesure où, le fait reproché
constitue une contravention, un délit ou un crime prévu par la Loi.
Heureusement que notre pays possède désormais un nouveau Code Pénal qui regroupe
la multitude de lois portant des incriminations qui étaient extérieures au Code pénal
hérité du colonisateur.
Ce Cours sera essentiellement consacré à l’étude des infractions commises contre les
particuliers et contre la chose publique.

11
PREMIERE PARTIE : LES INFRACTIONS CONTRE
LES PERSONNES

Les infractions contre les personnes concernent aussi bien les atteintes à la vie que les
atteintes à l’intégrité physique de la personne.

TITRE I : LES INFRACTIONS PORTANT ATTEINTE A LA VIE


Atteindre autrui dans sa personne c’est attenter à la vie et de tout temps, c’est
l’infraction la plus grave qui puisse exister. « Tu ne tueras pas » dit l’un des
commandements de Dieu.
On ne peut qu’être frappé de constater qu’à une époque où d’immenses progrès sont
faits pour maintenir en vie des personnes malades, certains aient un aussi profond
mépris de la vie humaine et n’hésitent pas à tuer pour un profit minime ou même sans
raison.
Il y a des degrés de violence. Certains veulent tuer, d’autres se défendent d’avoir eu
un tel dessein mais reconnaissent avoir voulu faire mal. Dans les deux cas, ils ont
voulu atteindre autrui.

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CHAPITRE 1 : LES HOMICIDES VOLONTAIRES

Selon l’article 512-11 du Code Pénal : l’homicide commis volontairement est qualifié
meurtre ; donc l’homicide volontaire ou meurtre est le fait pour une personne de
donner volontairement la mort à autrui.

SECTION I – LES ELEMENTS CONSTITUTIFS

Paragraphe 1. L’existence d’une victime


Cette victime doit être une personne humaine et non un animal. En outre, la victime
doit être autrui et non la personne de l’auteur de l’infraction, ce qui permet d’écarter
le suicide (meurtre de soi) qui n’est pas punissable. Un fœtus n’est pas une personne
humaine, bien qu’il ait des droits. En effet dès que l’enfant est conçu, il est tenu pour
être né.
Il importe peu que la victime soit identifiée ou non, que l’auteur de l’infraction ait raté
sa cible par erreur ou par maladresse. L’erreur sur la victime n’a aucun impact sur la
constitution de l’infraction, c’est l’atteinte à la vie humaine qui est sanctionnée.
On ne tue pas un cadavre, mais il peut y avoir tentative de meurtre, si l’auteur ignorait
que la victime était déjà morte. Une personne agonisante est toujours en vie.

A quel moment, peut-on dire que la personne est morte ? Le Code Pénal ne définit pas
la mort.
En droit, la mort est l’état de la personne dont le système cérébral peut être considéré
par les artériographies et par les électroencéphalogrammes convergents, comme
irrémédiablement détruit.
Actuellement, la médecine définit la mort par la constatation de deux
encéphalogrammes plats. C’est donc la mort du cerveau qui, même si les organes sont
maintenus en activité, détermine la mort d’une personne.

Paragraphe 2. L’existence d’un acte matériel


L’acte matériel consiste dans un acte positif de nature à donner la mort. La seule
volonté, certaine et avouée de donner la mort, ne constituerait ni le crime, ni la
tentative.
L’acte peut être exécuté à main nue (coup, étranglement) à l’aide d’un moyen de
nature à donner la mort (armes à feu, armes blanches) ou de tout autre moyen non
destiné à ces usages, mais utilisé comme tel (objet, marteau).
L’acte homicide doit être un acte unique ou composé d’actes commis dans le temps
ou des lieux différents. Mais, certains auteurs, estiment que la limitation aux seuls
crimes commis par acte positif ne se justifie pas par la seule énonciation du terme
« volontairement ».
Ainsi nous verrons que des actes d’omission volontaire sont parfois incriminés,
lorsqu’il en résulte des conséquences portant atteinte à la personne (défaut de soins,
omission de porter secours) mais ces conséquences ne sont pas exclusivement causées
par l’omission. Un acte positif est toujours exigé pour qu’il y ait homicide. Il doit
exister une relation de cause à effet entre l’acte et le décès.

11
Mais, il subsiste une difficulté, lorsque le décès survient longtemps après et en cas de
pluralité d’auteurs.

Paragraphe 3. L’intention coupable (animus necandi)


L’auteur doit avoir eu l’intention de donner la mort. L’incrimination spécifique de
coup ayant entraîné la mort sans intention de la donner, a mis fin au problème posé
par l’individu qui avait voulu porter des coups et non donner la mort, alors que celle-
ci était intervenue.
Jusqu’en 1982, l’auteur des coups était coupable de meurtre mais la preuve de
l’intention d’homicide était malaisée.
L’intention homicide peut résulter d’un aveu ou d’indices. L’usage d’une arme à feu
conçue pour tuer permettra de retenir l’intention.
Mais le seul usage, si la victime n’est pas atteinte, est insuffisant à prouver l’intention
criminelle. L’usage d’un gourdin, qui peut être employé pour faire mal et non
nécessairement pour tuer, ne permettra pas à lui seul de prouver l’intention homicide.
Il conviendra de rechercher, les indices dans la motivation de l’acte.
Peu importe le mobile ; qu’il soit passionnel ; politique ou de défense tel le cas d’un
cambrioleur tué par un piège placé dans le placard. Ce n’est qu’en cas de légitime
défense qu’il n’y aura pas d’incrimination, mais il est alors nécessaire que la défense
soit proportionnée à l’attaque. L’acte préparé pour le cas où il n’y aurait une attaque,
ne peut constituer la légitime défense.
Peu importe le consentement de la victime. Tuer un adversaire dans un duel, est un
homicide volontaire même si la victime avait accepté cette éventualité et si la
détermination de cette victime était laissée au hasard ou à l’habileté.
Le duel est en effet interdit de nos jours. L’acte homicide commis sur la demande de
la victime ou euthanasie est un meurtre. Mais certains auteurs, estiment que la victime
peut disposer de sa vie.
Le suicide n’est pas incriminé. Ainsi celui qui s’est pendu et qui a eu la vie sauve
grâce à l’intervention rapide d’un tiers ne peut être poursuivi. Mais, par contre celui
qui aide au suicide peut faire l’objet de poursuites. De même, la provocation au
suicide tenté ou consommé constitue un délit.
Qu’en est-il de celui qui commet un homicide par erreur ? Deux situations peuvent se
produire :

- L’auteur commet une erreur de fait. Il utilise une arme qu’il ne croyait pas
chargée. Il conviendrait alors de rechercher les indices de l’intention homicide
ailleurs que dans la simple utilisation de l’arme.

- L’auteur commet une erreur sur l’identité de la victime. L’identité importe peu
puisque c’est la personne humaine qui est atteinte. L’auteur a eu l’intention
homicide d’un humain, même s’il n’a pas eu l’intention de tuer la victime. Le
fait, d’envoyer un colis piégé dont l’ouverture cause des blessures à une autre
personne que, celle visée, constitue une tentative d’homicide.

11
SECTION II – LA REPRESSION DE L’HOMICIDE VOLONTAIRE

Le meurtre simple est puni maintenant d’une peine d’emprisonnement de 11 à 30 ans


(article 512-16 code pénal).
Le crime de meurtre peut avoir été exécuté dans des circonstances qui aggravent la
culpabilité de son auteur et impliquent l’application de peines plus sévères. Les causes
d’aggravation peuvent tenir soit aux conditions dans lesquelles le meurtre a été
commis, soit à la qualité de la victime.

Paragraphe 1 –Les circonstances d’aggravation tenant aux conditions dans


lesquelles le meurtre a été commis.

Elles sont au nombre de quatre (4).

a) Préméditation ou guet-apens
Lorsque le meurtre a été commis avec préméditation ou guet-apens, il prend le nom d’
« assassinat ».
La préméditation est le dessein, formé avant l’action, d’attenter soit à la personne d’un
individu déterminé, soit même à la personne de tout individu qui sera trouvé ou
rencontré. Pour qu’il y ait meurtre, la volonté de tuer est nécessaire. Cette volonté
n’est pas préméditée si elle surgit tout à coup.
La préméditation implique une résolution prise de sang froid, réfléchie, délibérée à
l’avance. Il n’est pas indispensable qu’un long espace de temps se soit écoulé entre la
conception du crime et son accomplissement, il suffit que l’agent ait pu réfléchir avant
d’accomplir son acte.
La préméditation est caractérisée quand bien même le dessein d’attenter à la vie
d’autrui serait dépendant de quelques circonstances ou de quelques conditions (article
216-5 CP).
Ainsi, prémédite son crime, l’individu qui, se proposant de commettre un vol dans une
maison habitée, prévoit le cas où il serait surpris et prépare l’arme dont il doit se
servir, le cas échéant, pour tuer la personne qui le surprendrait.
Peu importe que l’agent se soit proposé de tuer une personne déterminée ou toute
autre personne qu’il rencontrerait. Peu importe même qu’il ait tué une personne autre
que celle qu’il croyait ou voulait atteindre.

Le guet-apens consiste à attendre un certain temps dans un lieu un individu pour lui
donner la mort ou exercer sur lui des actes de violence (article 216-6 CP). Le guet-
apens suppose donc la préméditation ; c’est un des actes extérieurs qui peuvent la
révéler. L’assassinat est désormais puni de la peine de l’emprisonnement à vie (article
512-15 CP).

b) Meurtre précédé ou accompagné d’un viol, de tortures ou d’actes de


barbarie
Le fait qu’un crime quelconque a été précédé de tortures, de viol ou d’actes de
barbarie est considéré par l’article 512-17 du code pénal comme une circonstance

11
aggravante. L’auteur dans ces cas de figure est puni de l’emprisonnement à vie. Il
n’est pas nécessaire que les actes de barbarie aient eu pour but de donner la mort.

c) Concomitance du meurtre avec un autre crime (article 512-17 du Code


Pénal)
Le meurtre est aggravé et puni de l’emprisonnement à vie, s’il a été précédé,
accompagné ou suivi d’un autre crime. Cette circonstance aggravante exige la réunion
de deux (2) conditions essentielles : il faut la simultanéité du meurtre avec un autre
crime c’est à dire que l’acte punissable, concomitant au meurtre soit un autre crime. Il
est nécessaire que l’auteur du meurtre soit en même temps l’auteur du crime
concomitant, en cas de pluralité d’agents, il est nécessaire qu’ils aient participé aux
deux (2) crimes comme auteurs, coauteurs ou complices.

d) Délit corrélatif
Le concours du meurtre avec un délit constitue une cause d’aggravation du meurtre, si
celui-ci a eu pour objet soit de préparer, faciliter ou exécuter le délit, soit de favoriser
la fuite ou d’assurer l’impunité du coupable (Article 512-17 dernier tiret CP).
Il ne suffit pas, comme dans le cas précédent, qu’il y ait eu simultanéité entre les deux
(2) infractions, il faut, de plus, que le meurtre soit en corrélation avec le délit, et ait eu
pour objet d’en favoriser l’exécution ou d’en assurer l’impunité. Mais il importe peu
que le meurtre et le délit aient été ou non commis par un même auteur. Peu importe
également que le délit ait été consommé ou non ; il suffit que le meurtre ait eu pour
but de le préparer, tel est le cas du malfaiteur qui, surpris au moment où il se dispose à
commettre un vol, tue le témoin.
Peu importe la nature du délit corrélatif. Ce peut être un vol, un délit de chasse etc.
Ce peut même être un vol couvert par l’impunité de l’article 616-1 du Code Pénal
(immunité familiale).
La peine encourue est l’emprisonnement à vie.

Paragraphe 2 – Les causes d’aggravation tenant à la qualité de la victime

a) Meurtre d’un nouveau-né : infanticide (article 512-13 du Code Pénal)


L’article 512-13 du Code Pénal nouveau dispose que l’infanticide est le meurtre ou
l’assassinat d’un enfant nouveau-né. C’est donc un homicide volontaire comportant
les mêmes éléments que ce crime et soumis aux mêmes causes d’aggravation. Le seul
élément particulier est que la victime est un enfant nouveau-né. L’alinéa 2 du même
article prévoit qu’« un enfant est considéré comme nouveau-né jusqu’à l’expiration du
délai prescrit pour la déclaration de naissance ». Ce délai est de deux mois selon les
termes de l’article 106 du code des personnes et de la famille.
Il ne serait donc plus question d’infanticide dès que la naissance de l’enfant aura été
déclarée à l’état civil. Il s’agit dans ce cas d’un meurtre quel que soit l’auteur.
Pour qu’il y ait infanticide, il faut que l’enfant soit né vivant et non mort-né. C’est le
médecin légiste qui recherchera si l’enfant a respiré pour dire que l’enfant était né
vivant. Toute manifestation de vie est suffisante, car il n’est pas nécessaire que
l’enfant soit né viable.

11
L’infanticide, suppose, un acte positif. Il faut donc un fait viable, matériel, étant
précisé toutefois que l’omission volontaire des soins indispensables à la vie de
l’enfant qui vient de naître, doit être considérée comme un fait positif. C’est une autre
qualification qu’il faudra retenir si l’enfant est mort par négligence ou manque de
soins. Ainsi, seraient coupables d’infanticide, ceux qui laisseraient volontairement un
enfant nouveau-né, mourir de faim ou de froid. Il faut un élément intentionnel.
La peine applicable aux auteurs ou complices du crime d’infanticide est celle de
l’assassinat.
Le seul intérêt de distinguer l’infanticide de l’homicide volontaire proprement dit,
consiste dans la circonstance que la mère bénéficie d’une véritable excuse légale qui
d’ailleurs lui est toute personnelle. Lorsqu’elle est auteur principal ou complice de
l’assassinat ou du meurtre de son nouveau-né, la mère est punie dans le premier cas de
l’emprisonnement à vie et dans le deuxième cas, d’un emprisonnement de onze (11) à
vingt et un ans (article 512-15 aliéna 3).

b) Meurtre d’un ascendant : le parricide (article 512-12 CP)


Le parricide est le meurtre d’un ascendant qui peut être le père ou la mère biologique
ou adoptif ou tout autre ascendant légitime. C’est une infraction distincte du meurtre
et non une circonstance aggravante.
Le lien de filiation peut être légitime, naturel ou adoptif, mais il doit être établi que
l’auteur en a eu connaissance. Tuer une personne dont on ignore qu’il est son père est
un meurtre et non un parricide.
Par contre, tuer un tiers par erreur en voulant tuer son père est un parricide. Le
parricide est puni de l’emprisonnement à vie (article 512-15 alinéa 1 Code Pénal).

c) Meurtre d’un mineur de moins de quinze (15) ans


C’est une des innovations du nouveau code pénal. En effet l’ancien code prenait
seulement en compte le nouveau-né comme élément aggravant concernant les
victimes de meurtre de personnes non adultes. L’auteur écopera de l’emprisonnement
à vie selon l’article 512-17 premier tiret du code pénal.

d) Meurtre commis sur des personnes spécifiées : magistrat, fonctionnaire de police


nationale, militaire de la gendarmerie, membre de l’administration pénitentiaire ou
toute autre personne dépositaire de l’autorité publique, à l’occasion de l’exercice ou
en raison de ses fonctions.
Il est à faire observer qu’en l’espèce la qualité de la victime doit être apparente ou
connue de l’auteur.

Paragraphe 3– Les causes de justification et d’excuse

A. Les excuses atténuantes


L’effet de l’excuse est de réduire la peine à une peine correctionnelle, mais
l’infraction reste un crime, notamment au regard de la prescription ou de l’amnistie.
L’article 217-1 du Code Pénal pose la règle de la légalité des excuses. Les excuses
n’existent qu’en cas de provocation par des coups ou violences graves exercées par la
victime sur des personnes mêmes différentes de l’auteur du meurtre. La provocation
11
n’exige pas que la défense soit proportionnée à l’attaque. Il y a excuse atténuante pour
le meurtre commis de jour, en repoussant une escalade ou une effraction des clôtures,
murs ou entrée d’une maison habitée ou de leurs dépendances. (Article 512-37 Code
Pénal). Si les faits ont lieu de nuit, il s’agit de légitime défense.
Sont aussi excusables le meurtre ou les coups portés ou les blessures faites par un
conjoint sur l’autre ainsi que sur son complice à l’instant où il les surprend en flagrant
délit d’adultère au domicile conjugal (512-38 du code pénal).
Le crime de castration est excusable s’il a été immédiatement provoqué par un attentat
à la pudeur commis avec violences ou par un viol (Article 512-39 CP).

B. Les causes de non imputabilité


Elles sont prévues par les articles 132-4 à 132-7 du Code Pénal. Ce sont les cas de
contrainte, de démence, de la minorité de moins de treize ans. Si le prévenu au
moment de l’action se trouvait dans l’un de ces cas de figure il n’y a ni crime, ni délit,
ni contravention.
 La démence

- La démence consiste en diverses formes d’aliénation mentale se traduisant


surtout par des troubles ou des maladies de l’intelligence qui suppriment la
capacité de discernement.

- La contrainte se caractérise par l’abolition de la liberté d’action sous


l’influence d’un événement imprévisible et irrésistible.
Elle est imprévisible lorsqu’elle est telle que l’individu n’aurait pu l’éviter. C’est le
cas lorsqu’elle est causée par un évènement indépendant de la volonté (cas de la force
majeure en droit civil). Elle ne doit pas être le résultat d’une faute antérieure. La
contrainte doit se manifester au temps de l’action pour être prise en considération et
justifier l’irresponsabilité.
Le caractère irrésistible de la contrainte est présent toutes les fois que les
circonstances de commission de l’infraction présentées, placent l’auteur dans une
situation d’impossibilité absolue d’agir autrement ou de se conformer à la loi.
Il est à noter que l’article 132-5 introduit de nouveaux termes que sont les troubles
psychiques et neuropsychiques traduisant certainement la volonté pour le législateur
d’élargir le champ d’application de l’irresponsabilité pénale et de la réduction des
peines. Ces termes prennent en compte différentes affections mentales qui ne relèvent
pas rigoureusement du domaine de la démence. Les sujets concernés sont dans des
états mentaux intermédiaires qui n’abolissent pas complètement la capacité de
discernement ou celle de contrôle des actes. Il s’agit des débiles, idiots, épileptiques,
hystériques, des somnambules naturels (par opposition au somnambulisme par
hypnose). L’article 132-5 affirme que demeure punissable, la personne qui était
atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré
son discernement ou entravé le contrôle de ses actes.

 Le mineur de moins de treize ans

11
L’incapacité de discernement n’est pas uniquement liée à la maladie mentale, elle peut
être due au non développement des fonctions de discernement de l’individu ou à
l’immaturité de sa mentalité. Cette hypothèse concerne particulièrement les enfants à
cause de leur jeune âge. Cette catégorie de personne est soumise à un régime
particulier, en ce qui concerne leur responsabilité pénale. L’article 132-7 alinéa 1
dispose que l’âge de celle-ci est fixé à 13 ans. L’alinéa 2 énonce en conséquence qu’il
n’y a ni crime, ni délit, ni contravention lorsque l’auteur de l’infraction était âgé de
moins de treize ans, à la date de la commission des faits.
Le mineur de 13 ans ne peut faire l’objet que de mesures éducatives et de sureté.

 L’erreur de droit
Notons que le nouveau code pénal consacre désormais aussi comme cause de non
responsabilité, l’erreur de droit. L’article 132-6 dispose en effet que lorsqu’un service
public de l’Etat ou d’une collectivité publique est à l’origine d’une erreur de droit,
n’est pas pénalement responsable la personne qui justifie avoir cru, par cette erreur
qu’elle n’était pas en mesure d’éviter, pouvoir légitimement accomplir l’acte.
Ce sont les cas d’ignorance de la loi tirés de la non publication officielle des textes
légaux, la commission de l’infraction dans l’intervalle du délai de huit jours après
promulgation sans qu’il soit entrée en vigueur. Il peut s’agir de la commission d’une
infraction par un citoyen à la suite d’une mauvaise interprétation d’un texte par
l’autorité administrative elle-même. C’est l’exemple d’un service des douanes qui
informe un commerçant de façon erronée. Dans ce cas, le juge peut estimer qu’il n’y a
pas lieu de sanctionner le contribuable puisqu’il s’est adressé à un spécialiste de
l’administration afin d’obtenir des renseignements exacts.

C. Les faits justificatifs


Le fait justificatif se définit comme étant « une circonstance qui enlève son caractère
illégal à un acte volontaire contraire à l’ordre social et qui, sans cette circonstance,
devrait constituer une infraction ».
Les homicides, les blessures et les coups cessent d’être punissables, lorsqu’ils sont
accomplis pour un des motifs légitimes précisés par les articles 132-1, 132-2 et 132-3
du Code Pénal.
Ainsi, selon l’article 132-1 du Code Pénal, il n’y a ni crime, ni délit lorsque
l’homicide, les blessures et les coups étaient ordonnés par la loi et commandés par
l’Autorité légitime, sauf si cet acte est manifestement illégal.

De même, il n’y a ni crime, ni délit lorsque l’homicide, les blessures et les coups
étaient commandés par la nécessité actuelle de la légitime défense de soi-même ou
d’autrui (article 132-2 alinéa 1 et 2 du Code pénal).

La légitime défense doit être appréciée en fonction de la nature de l’agression et de la


riposte. L’agression doit être réelle, actuelle et injuste. La riposte doit être nécessaire
et ne pas dépasser la mesure suffisante pour arrêter l’agression.

L’état de nécessité doit répondre à une nécessité véritable et doit prévenir un danger
réel. Se trouve donc exclu du champ d’application des homicides, blessures et coups
11
non qualifiés, crimes ou délits, l’état de simple convenance ou un danger futur ou
éventuel.
Enfin selon l’article 132-2 alinéa 3 du Code Pénal, il y a nécessité actuelle de défense,
si l’homicide a été commis, si les blessures ont été faites ou si les coups ont été portés
en repoussant pendant la nuit l’escalade ou l’effraction des clôtures, murs ou entrées
d’une maison ou d’un appartement habité ou de leurs dépendances ou en se défendant
contre les auteurs de vols ou de pillages exécutés avec violence.

11
CHAPITRE 2 : LES NUISANCES A LA SANTE ET DES INFRACTIONS
ASSIMILEES

SECTION-I -L’USAGE D’UN POISON OU D’UNE SUBSTANCE


TOXIQUE

Paragraphe I : L’empoisonnement
Il est défini par l’article 512-14 du Code Pénal comme :
- tout attentat à la vie d’une personne ;
- par l’effet des substances qui peuvent donner la mort plus ou moins
promptement ;
- de quelques manières que ces substances aient été employées ou administrées
- et quelles qu’en aient été les suites.

L’homicide par l’administration d’une substance mortelle fait l’objet d’une infraction
particulière dans le Code Pénal, qui le distingue du meurtre. L’acte matériel est
accompli sournoisement, alors que la victime n’est pas sur ses gardes et ne peut se
défendre.
La loi punit sévèrement, le crime d’empoisonnement, en raison du caractère
particulier de gravité qu’il présente. Il arrive que le coupable soit une personne
habitant avec la victime et unie à elle par des liens de proche parenté. De plus, ce
crime est généralement précédé d’une préparation longue et minutieuse.

A– Les éléments constitutifs

1-L’administration de substance mortelle


Il s’agit d’une substance qui peut donner la mort, quelle que soit sa nature (végétale,
animale ou minérale). Avec l’évolution de la science, il n’y a pas de définition précise
de la substance. L’analyse toxicologique permettra de déterminer la nature de la
substance utilisée. Il ne paraît pas nécessaire que la substance administrée soit une
substance vénéneuse, c’est à dire de nature à causer la mort par des réactions
chimiques.
Il s’agit, en général, de ce qu’il a convenu d’appeler des poisons mais aussi de toute
substance, un virus, une matière radioactive constitue une substance mortelle.
L’administration de bacilles mortels constituerait un empoisonnement (Cour d’Appel
Abidjan, 15 juillet 1986, in Penant n°809 mai à septembre 1992 p 242 note Isabelle,
frey, Dalloz).
Même, si chaque dose n’est pas mortelle, l’usage répété de la substance peut devenir
mortelle.

2-L’acte matériel

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Il faut un acte positif de mise à disposition de la victime. Quel que soit le moyen
employé, l’administration de produit constituera l’acte matériel et que ce soit par
absorption, inhalation, injection ou perfusion.

3-L’intention coupable
L’attentat suffit sans qu’il soit nécessaire que la vie ait été supprimée. Peu importe
donc le résultat. L’auteur peut être coupable même si la victime ne décède pas ou si,
après avoir administré un poison, il donne un antidote la sauvant. Attenter à la vie
n’exige pas la mort de la victime ni même une maladie dont elle resterait atteinte.
C’est la conscience de pouvoir donner la mort qui constitue l’intention. Mais si le
résultat n’est pas obtenu, n’est-ce pas une tentative ?
L’homicide n’est réalisé que lorsque le but recherché est atteint, à défaut, il s’agit
d’une tentative d’homicide, alors que dans l’empoisonnement, le but recherché est
l’attentat à la vie, c’est pourquoi cette infraction est qualifiée de formelle.
Si le poison n’a pas été absorbé, on peut se trouver en présence d’une tentative. Il en
sera ainsi toutes les fois que le poison aura été mis à la disposition de la victime, dès
lors que ce sera par suite de circonstances indépendantes de la volonté de son auteur
que l’absorption du poison n’aura pas eu lieu. Ainsi, le poison aura été mélangé aux
aliments de celui dont on désire la mort ; un breuvage aura été substitué au
médicament que doit prendre la victime ou même le flacon contenant la substance
toxique aura été remis à un tiers chargé de l’administration à la personne choisie
comme victime ; mais la victime se sera abstenue d’absorber le poison par méfiance
ou à la suite d’un avertissement reçu d’un tiers.

B - La répression

L’empoisonnement est un crime puni de l’emprisonnement à vie (article 512-15


alinéa 1).

PARAGRAPHE II–L’ADMINISTRATION DE SUBSTANCES NUISIBLES A


LA SANTE

Est coupable du délit d’administration de substances nuisibles, celui qui aura :


- occasionné à autrui une maladie ou incapacité de travail personnel ;
- en lui administrant volontairement, de quelque manière que ce soit ;
- des substances qui, sans être de nature à donner la mort, sont nuisibles à la
santé (article 512-33 Code Pénal).

A – Les éléments constitutifs

a) La substance utilisée : l’infraction de l’article 512-33 du Code Pénal suppose


l’administration d’un produit simplement nuisible à la santé, c’est à dire
capable de provoquer une maladie plus ou moins grave ou quelque trouble
fonctionnel, sans entraîner la mort. Cependant une même substance peut être

13
soit mortelle, soit nuisible à la santé. Ainsi la nocivité de la substance est
laissée à l’appréciation des juges de fait.
b) L’acte matériel d’administration : Tout acte peut être retenu de fait, dès
l’instant où il est positif, notamment le fait d’introduire un produit nocif dans
les aliments offerts à la vente dans un magasin à l’aide d’une seringue.

c) Le résultat : Il faut que la victime soit atteinte d’une maladie consécutive à


l’absorption de la substance. Si la victime est résistante et n’est pas malade, il
n’y a pas d’infraction. Si elle est de santé fragile et qu’elle est malade alors que
la substance est reconnue non nuisible, il n’y a pas non plus infraction. Ceci
exclut toute tentative.

d) L’intention coupable : C’est la conscience de nuire à la santé d’autrui et non


pas la recherche de sa mort. Si la mort survient bien que la substance ne soit
pas mortelle, il n’y aura pas empoisonnement mais administration de substance
nuisible, même si l’auteur a eu une intention homicide.

B- La répression
La sanction prévue par l’article 512-33 du Code Pénal est une peine
d’emprisonnement de deux (02) ans à trois (3) ans et une amende de 250 000 F à
3000 000 F, pour quiconque cause à autrui une maladie ou incapacité de travail
personnel en lui administrant de quelque manière que ce soit, sciemment mais sans
intention de donner la mort, des substances nuisibles à la santé.
Lorsqu’il en est résulté une maladie ou incapacité totale de travail personnel
supérieure ou égale à vingt et un jours, la peine est un emprisonnement de deux (2)
ans à cinq (5) ans et une amende de 2 000 000 F à 5 000 000 F (article 512-33 alinéa 2
du Code Pénal)
Si les substances administrées ont occasionné soit une maladie paraissant incurable,
soit la perte de l’usage d’un organe, soit une infirmité permanente, la peine est un
emprisonnement de cinq (5) ans à dix (10) ans et une amende de 5.000.000 F à
10.000.000 F (article 512-33 alinéa 3 du Code Pénal)
Lorsque la mort sans intention de la donner s’en est suivie, la peine est un
emprisonnement de onze (11) à vingt et un (21) ans et une amende de 10.000 000 F à
20.000 000 F (article 512-33 alinéa 4 du Code Pénal).
Dans tous les cas, la juridiction saisie peut en outre prononcer l’interdiction d’exercice
des droits de famille, l’interdiction de séjour et / ou l’interdiction professionnelle pour
une durée qui ne peut excéder cinq (5) ans (article 512-33 alinéa 5 du Code Pénal).

PARAGRAPHE III – LA TRANSMISSION VOLONTAIRE DU VIH


Le virus d’immunodéficience humaine (VIH) est celui responsable du sida.
Est séropositive toute personne ayant une présence de VIH ou d’anticorps anti-VIH
dans son organisme lors du test de dépistage (article 512-29 du code pénal).

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Est coupable du délit de transmission du VIH par abstention, celui qui en
connaissance de son état séropositif s’abstient d’en informer son conjoint ou
partenaire sexuel et le contamine (article 512-31 du code pénal).

A – Les éléments constitutifs

a) L’acte matériel de contamination : Tous les moyens à priori sont admis. Il


importe pour l’essentiel que la contamination du partenaire soit effective et
soit le fait de l’auteur initialement malade ou contaminé.
b) L’intention coupable : L’auteur doit avoir eu connaissance de son état
sérologique positif qu’il ne dissimule malicieusement en ne soustrayant pas
sa partenaire au risque de contamination ou encore s’adonne à la
contamination de toute autre personne que le partenaire. C’est la volonté de
nuire à la santé qui est ici sanctionnée.

B- La répression
L’auteur est puni d’une peine d’emprisonnement d’un (1) an à dix (10) ans et d’une
amende de cinq cent mille (500.000) à cinq millions (5.000.000) FCFA.
Si la mort du partenaire résulte de cette contamination, ou si elle résulte d’un viol la
peine est de onze (11) ans à trente (30) ans.
L’article 512-32 CP sanctionne toute personne qui transmet ou tente de transmettre
par quelque moyen que ce soit le VIH à toute autre personne. Dans ces cas, la peine
est un emprisonnement de trois (03) ans à dix (10) ans et d’une amende de 2.000.000
F à 20.000.000 F.
Si au moins deux personnes ont été contaminées, la peine est l’emprisonnement à vie.

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CHAPITRE 3 : LES INFRACTIONS CONTRE LES MORTS

Les personnes décédées sont dépourvues de personnalité juridique et par conséquent


l’ensemble de leur patrimoine est transmis à leurs ayants droit. Dès lors, toute atteinte
postérieure à la mort d’une personne ne saurait constituer la violation d’un droit
subjectif, les morts en étant dépourvus. Cependant, les personnes mortes n’en sont pas
moins dignes d’une protection particulière. C’est pourquoi, le législateur a érigé en
infractions certains comportements envers les morts.

SECTION I : LE RECEL DE CADAVRE


L’infraction de recel de cadavre est une infraction ancienne, puisqu’elle existait déjà
dans l’ancien code pénal, avant d’être reprise dans le nouveau code. Ainsi, selon
l’article 356-3 du CP, est coupable de cette infraction, quiconque recèle le cadavre
d’une victime d’homicide ou morte des suites de coups et blessures ou retient sans
motif légitime par devers lui le cadavre d’une personne . A la lecture de cette
disposition, il y’a deux modes de constitution de l’infraction de recel de cadavre : le
recel de cadavre avec ou sans infraction préalable.

PARAGRAPHE 1 : Le recel de cadavre avec une infraction préalable


Dans cette hypothèse, l’infraction de recel de cadavre est une infraction de
conséquence, dans la mesure où sa constitution requiert un crime ou délit préalable.
Ainsi, en l’absence de cette infraction, le recel de cadavre ne peut être constitué. Ici, le
législateur cherche à protéger une vérité judiciaire : on réprime celui qui
volontairement tend à empêcher la justice de découvrir la vérité sur l’existence ou les
circonstances de la mort d’un individu.

A-Eléments constitutifs
La constitution de cette infraction suppose :
- L’existence préalable de l’infraction d’homicide ou de coups et blessures
volontaires. Le cadavre sur lequel porte le recel, doit provenir d’un homicide
qui peut être volontaire ou involontaire ou de l’infraction de coups mortels,
c’est-à-dire des violences volontaires ayant entrainé la mort, sans intention de
la donner. En conséquence, si le cadavre provient d’une mort naturelle,
l’infraction ne sera pas constituée dans ce cas. Il en va de même du recel d’un
fœtus, car le fœtus n’est pas encore une personne, donc il n’existe pas de
cadavre au sens de la loi.
- L’existence d’un acte matériel de recel. Le législateur ne donne aucune
définition de l’acte de recel. Globalement, on s’accorde à dire qu’il s’agit de
tout acte de dissimulation du corps.
- L’intention coupable. Le recel de cadavre étant une infraction intentionnelle,
son auteur doit avoir conscience du caractère repréhensible de son acte.

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B- La répression
L’infraction est punie d’une peine d’emprisonnement de un an à trois ans et d’une
amende de trois cent mille (300 000) à un million (1 000 000) de francs CFA.

PARAGRAPHE 2 : Le recel de cadavre sans infraction préalable


Dans ce cas, l’infraction est constituée sans qu’il y’ait au préalable une infraction en
amont. L’infraction sera constituée en l’espèce, même si le cadavre provient d’une
mort naturelle.

A-Eléments constitutifs
La constitution de cette infraction suppose :
- L’absence de motif légitime. Il s’agit en l’occurrence d’une rétention de
cadavre sans raison valable. La rétention sera, par exemple, licite, si elle a été
commandée par les nécessités de santé publique ou d’hygiène publique ou
pour les besoins d’une procédure judiciaire.
- L’existence d’un acte matériel de rétention. La rétention consiste à garder en
sa possession, de garder la détention matérielle du cadavre, empêchant toute
inhumation.
- L’intention coupable. La rétention de cadavre est une infraction intentionnelle.
Son auteur doit avoir conscience de son acte.

B- La répression
L’infraction est punie d’une peine d’emprisonnement de un an à trois ans et d’une
amende de trois cent mille (300 000) à un million (1 000 000) de francs CFA.

SECTION 2 : LES ATTEINTES AU RESPECT DU AUX MORTS

Le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort. Ainsi certains


comportements portant atteinte à l’intégrité des cadavres, tombeaux, sépulture, d’urne
cinéraire ou de monument édifié à la mémoire des morts tombent sous le coup de la
répression.

PARAGRAPHE 1 : LES ATTEINTES A L’INTEGRITE DU CADAVRE

Il s’agit des incriminations tendant à protéger le cadavre de toute agression physique.


Ici le cadavre est protégé en lui-même dès la mort, indépendamment de toute
inhumation. Ainsi, dès qu’une personne décède, toute atteinte contre ce corps est
susceptible d’entrer dans le champ d’incrimination.

A- LA MUTILATION DE CADAVRE (Article 356-4 CP)


1) Les éléments constitutifs
Pour que l’infraction soit constituée, il faut :
- L’exigence d’une atteinte physique constituant une mutilation. La mutilation
consiste à détériorer, à priver un corps d’un membre ou d’une partie ;

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- L’existence d’un cadavre ;
- L’intention coupable.

2) La répression
La mutilation de cadavre est punie d’une peine d’emprisonnement de un à trois ans, et
d’une amende de trois cent mille à un million de francs CFA.
Si les mutilations ont été faites dans un but de trafic ou de commerce portant sur les
ossements ou toute autre partie du corps humain, la peine d’emprisonnement est de
cinq ans à dix ans.

B- LES AUTRES ATTEINTES AU CADAVRE (Article 356-1 CP)


A côté de la mutilation de cadavre, toute autre atteinte à l’intégrité physique du
cadavre est repréhensible.

1) Les éléments constitutifs


- Toute atteinte à l’intégrité physique du cadavre par quelque moyen que ce
soit ; l’élément matériel doit être largement conçu au regard du texte
d’incrimination. Il peut s’agir d’un coup de pied, d’une gifle ou même de tirer
les oreilles d’un cadavre ;
- L’existence d’un cadavre ; l’infraction doit porter sur le corps d’une personne
décédée.
- L’intention coupable ;

2) La répression
L’infraction est punie d’une peine d’emprisonnement de un an à cinq ans et d’une
amende de deux cent cinquante mille (250 000) à deux millions (2 000 000) de francs.
Si l’infraction a été commise à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance,
vraie ou supposée, des personnes décédées à une ethnie, une nation, une race ou une
religion déterminée, la peine est d’une peine d’emprisonnement de trois ans à dix ans
et d’une amende de trois cent mille (300 000) à trois millions (3 000 000) de francs
CFA.

PARAGRAPHE 2 : LES PROFANATIONS ET VIOLATIONS DE


SEPULTURE

A- Les éléments constitutifs


- L’existence d’une sépulture, tombeaux, urnes cinéraires ou de monument
édifié à la mémoire des morts. La sépulture est le lieu où l’on inhume un
corps. Le tombeau est le monument élevé à l’endroit de l’enterrement d’un
corps. Quan à l’urne cinéraire, c’est le vase destiné à contenir les cendres d’un
mort.
- L’exigence d’un acte matériel de violation ou de profanation. Les
comportements incriminés sont constitués de divers actes matériels consistant
à s’attaquer soit au cadavre qui a été inhumé, soit à un bien en lien avec la

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dignité et le respect dû aux morts (tombeaux, sépulture, urnes cinéraires,
monuments édifiés à la mémoire des morts etc. …) ; Par exemple détruire les
fleurs fraiches déposées sur les tombes, endommager les tombeaux et les
éléments funéraires posés dessus en frappant ceux-ci sont constitutifs de
l’infraction. Ainsi des fossoyeurs qui profiteraient de leur métier pour éventrer
des cercueils et les fouiller afin de s’approprier l’or des cadavres (bijoux et
dents en or) commettraient également, en plus du vol, le délit de violation de
sépulture et d’atteinte à l’intégrité des cadavres.
- L’intention coupable. L’auteur de l’infraction doit avoir conscience

TITRE II : LES ATTEINTES A L’INTEGRITE PHYSIQUE OU


PSYCHIQUE

19
CHAPITRE 1 : LES VIOLENCES VOLONTAIRES
Il s’agit des coups et blessures volontaires non qualifiés meurtres et autres délits
volontaires.

SECTION I : LES COUPS ET BLESSURES VOLONTAIRES

Paragraphe 1. Les éléments constitutifs

A- L’acte matériel de violence


Il faut un acte positif. Il peut s’agir de coups portés à main nue ou avec un instrument.
Il importe peu que les coups aient laissé ou non des traces.
Il peut s’agir de blessures supposant, contrairement aux coups, une lésion, une rupture
des téguments, quelle que soit leur importance, et le moyen utilisé pour les provoquer.
Il y a blessures volontaires lorsque l’auteur excite un animal pour le pousser à mordre.
Le délit de coups et blessures et la contravention de violences légères sont à bon droit
retenus à l’encontre d’un individu qui, surpris en flagrant délit de vol ou de complicité
de vol, invoquerait pour se justifier, le fait qu’étant l’objet d’une séquestration qu’il
estimait arbitraire, il avait été contraint d’exercer des violences pour se libérer ; car
dans les cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement,
toute personne a qualité pour en appréhender l’auteur et le conduire devant l’Officier
de Police Judiciaire le plus proche. Il n’est donc commis aucune arrestation ou
détention illégale lorsque l’on s’assure de la personne d’un délinquant jusqu’à ce que
celui-ci soit remis entre les mains de l’Officier de Police Judiciaire qui a été avisé
dans les meilleurs délais que les circonstances permettent.
Il peut s’agir encore de violence, c’est-à-dire la manifestation d’un mouvement de
force sans que, pour autant, il y ait nécessairement coup ou blessure, c’est-à-dire
contact avec le corps de la victime. Il suffit de provoquer un trouble physiologique. Il
en est ainsi du fait de tirer un coup de feu en l’air ou de menacer quelqu’un à l’aide
d’une arme.
Il peut s’agir aussi de voies de fait qui ont été assimilées à la violence. Exemple : jeter
le contenu d’un verre au visage ou tirer les cheveux.
La violence ou la voie de fait ne suppose pas nécessairement qu’une atteinte ait été
portée au corps de la personne. Il suffit qu’elle ait été impressionnée (trouble
psychique provoqué par des appels téléphoniques intempestifs, projection de gaz
lacrymogène, de pétard etc.)
Mais encore faut-il que les conséquences de la violence puissent être constatées par un
examen médical.

B- La victime

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Il est nécessaire que la victime soit une personne humaine, quelque soit son âge ou
son sexe. Une incrimination spéciale existe pour les mauvais traitements à animaux ou
actes de cruauté. Il faut qu’elle soit vivante. On ne peut porter des coups à un cadavre.

C- L’intention coupable
L’auteur a dû avoir l’intention de porter des coups ou d’exercer des violences. Peu
importe le mobile qui l’a guidé ; il suffit qu’il ait agi sans droit et en connaissance de
cause (même s’il s’agit d’une plaisanterie). Peu importe aussi que la victime ne soit
pas celle envisagée ; celui qui blesse une personne en projetant un tabouret alors
qu’une autre personne était visée, est coupable de coups et blessures volontaires.
L’erreur sur la personne n’excuse pas l’auteur.
Le juge doit toujours constater que l’agent a agi « volontairement ».

D- Le lien de causalité
Il faut que l’acte matériel ait atteint ou impressionné la personne d’autrui. Le lien de
causalité doit être rapproché de l’intention. Ainsi, projeter une personne à terre,
laquelle entraîne dans sa chute une autre personne ne doit pas constituer l’infraction à
l’égard de cette dernière.

E- Le consentement de la victime
L’accord de la victime pour subir les coups ou les blessures ne fait pas disparaître
l’infraction. Ainsi, l’ablation du clitoris tout comme la circoncision constitue des
blessures volontaires même si elles sont pratiquées pour des motifs religieux. Mais, le
praticien, qui agit selon les règles de sa profession dans un but curatif ne commet pas
l’infraction. Il en est ainsi en cas de circoncision pour cause de phimosis.

SECTION II – LES COUPS ET BLESSURES ACCOMPAGNES DE


CIRCONSTANCES AGGRAVANTES

L’infraction peut être aggravée, soit en raison du préjudice qu’elle a causé, soit en
raison des circonstances ayant accompagné le délit, soit en raison de la qualité de la
victime.

Paragraphe 1– Les circonstances aggravantes tenant au préjudice causé

Le délit ordinaire consiste dans des coups, des blessures ou des violences n’ayant
entraîné aucune incapacité ou une incapacité de travail inférieur à vingt et un (21)
jours (article 512-18 alinéa 1er du Code Pénal)

a) la maladie ou l’incapacité de travail personnel causée par l’infraction a duré


plus de vingt et un (21) jours ; l’infraction reste un délit, mais la peine est plus
forte ; il faut qu’il y ait relation de cause à effet entre les blessures et
l’incapacité (article 512-18 du Code Pénal). En ce qui concerne l’incapacité, il
s’agit d’un arrêt d’activité et pas seulement d’un arrêt d’une activité

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professionnelle rémunératrice. Ainsi une mère au foyer, sans emploi, peut
justifier d’une incapacité de travail temporaire.

L’incapacité de travail temporaire est un état provisoire qui s’achève lorsque le


médecin fixe la date de consolidation. La peine encourue est l’emprisonnement de
deux (2) ans à sept (7) ans et une amende de 1.000.000 F à 5.000.000 FCFA.

b) les violences ont eu pour conséquence une infirmité permanente. Quand les
violences ont été suivies de mutilation, amputation ou privation de l’usage
d’un membre, cécité ou autres infirmités permanentes, l’infraction devient un
délit puni d’un emprisonnement de deux (2) à dix (10) ans (article 512-21
alinéa1 du Code Pénal)

c) La mort de la victime résulte des violences sans que l’auteur ait voulu la
donner ; elle est consécutive au coup porté. Il doit y avoir relation de cause à
effet entre les coups reçus par la victime et son décès. La mort, quelque soit
l’époque, plus ou moins tardive à laquelle elle survient, doit du moins être la
conséquence directe de la blessure. Le coupable est puni d’un emprisonnement
de sept (7) à dix (10) ans : article 512-21 alinéa 2. C’est l’infraction de coups
mortels.

Paragraphe 2 –Les circonstances aggravantes tenant aux conditions dans


lesquelles l’infraction a été commise

La préméditation ou le guet-apens est une circonstance aggravante de l’infraction de


coups volontaires.
Si l’incapacité de travail est plus de sept (7) jours et inférieure à vingt et un (21) jours,
le caractère de l’infraction n’est pas modifié et la peine d’emprisonnement est le
maximum de la peine prévue à l’article 512-18 alinéa 1 er du Code Pénal. (3 ans et une
amende de 2.000.000 FCFA).
Si l’incapacité de travail est inférieure ou égale à sept (7) jours l’emprisonnement est
le maximum de la peine prévue à l’article 512-19 alinéa 1 er du Code Pénal (1 an et une
amende de 600.000 f CFA). Ici en plus de la préméditation et du guet-apens, si les
faits ont eu lieu publiquement, le maximum de la peine est prononcé.
Si les coups et blessures, les violences et voies de fait sont exercées avec
préméditation ou guet-apens et s’il en est résulté des mutilations, amputation ou
privation de l’usage d’un membre, cécité ou perte d’un œil ou autres infirmités
permanentes, la peine est l’emprisonnement à vie (art 512-22 CP).

Paragraphe 3–Les circonstances aggravantes tenant à la qualité d’ascendant de


la victime (article 512-23 et suivants CP)

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A l’égard du père ou de la mère légitime, naturel ou adoptif ou de tout autre
ascendant, l’infraction s’aggrave. Le motif de cette sévérité se conçoit aisément.
Même les violences et voies de fait volontairement exercées sur un ascendant,
donnent lieu à la même aggravation.

L’auteur est puni :

-d'un emprisonnement de deux mois à deux ans et d'une amende de 250.000 à 600.000
francs, si les blessures ou les coups n'ont occasionné aucune maladie ou incapacité ou
s'ils ont entraîné une incapacité totale de travail personnelle inférieure ou égale à sept
jours ;

-d'un emprisonnement de deux ans à cinq ans et d'une amende de 250.000 à 600.000
francs si les coups et blessures ont occasionné une incapacité totale de travail
personnelle de plus de sept jours et de moins de vingt et un jours ;

-d'un emprisonnement de cinq ans à dix ans, si les coups et blessures ont occasionné
une incapacité totale de travail d'au moins vingt et un jours ;

-d'un emprisonnement de dix à vingt ans, si les violences ci-dessus exprimées sont
suivies de mutilations, amputations ou privation de l'usage d'un membre.

-de l’emprisonnement à vie si les coups portés ou les blessures faites volontairement
sans intention de donner la mort l’ont pourtant occasionnée.

Dans tous les cas de préméditation ou guet-apens, le maximum de la peine est


prononcé.

SECTION III – LES MENACES (ARTICLE 521-1 CP)


La loi incrimine les menaces parce qu’elles constituent un acte de violence morale qui
trouble celui qui en est victime et porte atteinte à sa liberté. Le délit de menace est
toujours intentionnel. Il n’existe que si l’auteur a écrit ou émis des images qui étaient
de nature à intimider.
Mais il importe peu qu’il ait eu ou non l’intention de les réaliser, qu’il ait été ou non
capable de les mettre à exécution.
Les menaces peuvent se rapporter à un attentat contre les personnes ou contre les
biens.
En cas de menace sous condition d’une atteinte aux personnes, la peine est
l’emprisonnement de deux (2) ans à cinq (5) ans et d’une amende de 2 000.000 F à 5
000.000 F (article 521-1 du Code Pénal).
Les menaces sous condition d’atteinte aux biens sont punies d’un emprisonnement de
six (6) mois à cinq (5) ans et d’une amende de 250.000 F à 2000.000 F (article 521-3
du Code Pénal).

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Lorsque la menace est faite à un magistrat, un officier ou un agent de police judiciaire,
un officier public ou ministériel, un auxiliaire de justice dans l’exercice ou à
l’occasion de l’exercice de ses fonctions, la peine est l’emprisonnement de deux (2) à
cinq (5) ans et l’amende de 2000.000 F à 5000.000 F (article 521-2 alinéa 2 du Code
Pénal).
Il en est de même lorsque la menace est faite à un témoin, à une victime ou à toute
autre personne, soit en vue de les déterminer à ne pas dénoncer les faits, à ne pas
porter plainte, à ne pas faire de déposition, soit en raison de la dénonciation, de la
plainte ou de la déposition (article 521-2 alinéa 3 du Code Pénal).

CHAPITRE 2 : L’AVORTEMENT

Les cas d’avortement au Burkina Faso sont fréquents au point où on a tendance à


banaliser l’acte qui est pourtant sanctionné par l’article 513-10 du Code Pénal.
Le Code Pénal est encore plus sévère à l’égard des mis en cause dès lors qu’il est
prouvé que ceux-ci se livrent de façon habituelle à des avortements ou si, appartenant
au corps médical ou à une profession liée à la santé publique, ils favorisent ou mettent
eux-mêmes en œuvre les moyens de procurer l’avortement.

SECTION I – LES ELEMENTS CONSTITUTIFS

Selon Garraud, l’avortement peut être défini comme « l’expulsion prématurée


volontairement provoquée, du produit de la conception ». Ce délit comporte trois
éléments :

Paragraphe 1 – l’expulsion prématurée du fœtus


La loi veut essentiellement protéger contre toute manœuvre criminelle portant atteinte
à l’évolution normale de la grossesse. L’avortement est donc punissable quel que soit
le moment auquel il est pratiqué que ce soit dans les tous premiers jours de la
conception ou dans les tous derniers jours de la grossesse.
Si les manœuvres d’avortement n’ont pas abouti à l’expulsion du fœtus, on se trouve
en présence d’une simple tentative. Mais la loi précise que la tentative est punissable
comme le délit lui-même.
Les manœuvres abortives sont punissables même si elles sont exercées sur une femme
« supposée enceinte ». Il faut toutefois au moins que l’avorteur ait cru la femme
enceinte (dans le cas contraire, il pourrait s’agir de violences volontaires).

Paragraphe 2 – L’emploi de moyens artificiels

24
L’avortement suppose l’emploi de moyens artificiels destinés à procurer l’expulsion
prématurée du fœtus.
Mais peu importe la nature des moyens employés ; ce peut être l’absorption
d’aliments, de breuvage ou de médicaments ou des interventions. Il importe peu qu’en
fait les moyens employés dans l’intention de provoquer l’avortement, aient été par eux
même insuffisants pour produire le résultat recherché. On ne s’en trouve pas moins en
présence d’une tentative.
L’insuffisance des moyens employés est, dans les termes mêmes de l’article 122-1 du
Code Pénal « la circonstance indépendante de la volonté de leur auteur » qui a fait
manquer son effet à l’acte.

Paragraphe 3 – L’intention coupable

Enfin, le délit d’avortement suppose l’intention coupable. L’auteur des manœuvres


abortives a dû agir sciemment dans le dessein de provoquer un avortement. Il n’y
aurait pas délit d’avortement, s’il avait porté des coups sur une femme enceinte dans
des conditions telles que l’accouchement avant terme aurait été la conséquence
imprévue de ces violences.

SECTION II – LES DIVERS CAS DE PARTICIPATION AU DELIT


D’AVORTEMENT

Paragraphe 1– L’avortement effectué par un tiers

Celui qui exerce des manœuvres sur une femme enceinte ou supposée, est auteur
principal du délit d’avortement si la femme n’est pas consentante et coauteur si la
femme est consentante. Dans un cas comme dans l’autre, l’auteur encourt les peines
d’emprisonnement d’un (1) à cinq (5) ans et une amende de 1000.000 F à 3.000.000F.

Si la mort en est résulté, la peine est un emprisonnement de onze (11) à vingt et un


(21) ans et une amende de cinq millions (5.000.000) à dix millions (10.000.000)
FCFA.
La juridiction saisie peut en outre prononcer l’interdiction professionnelle et ou
l’interdiction de séjour pour une durée qui ne peut excéder cinq (5) ans.
S’il est établi que le coupable s’est livré habituellement à la pratique de l’avortement,
il encourt une peine de cinq (5) à dix (10) ans et une amende de cinq millions
(5.000.000) à dix millions (10.000.000) dans le cas de l’article 513-10 alinéa 1 er et à
vie dans le cas prévu à l’alinéa 3 dudit article (décès de la victime).

Paragraphe 2 – L’avortement commis par la femme


Dans l’ancien Code Pénal (antérieur à 1996), la femme qui s’est procurée ou a tenté
de se procurer l’avortement ou qui s’est soumise aux moyens à elle indiqués ou
administrés à cet effet même si elle n’est pas enceinte, encourt une peine de six (6)

25
mois à deux (2) ans de prison, et une amende de 36.000 F à 720.000 F (article 371 §
3).
Elle encourait en outre de plein droit, l’interdiction de n’exercer aucune fonction ou
de ne remplir aucun emploi dans une clinique ou maison d’accouchement et
l’interdiction de séjour de deux (2) à cinq (5) ans peuvent lui être appliquée.
Dans le nouveau Code Pénal aucune disposition ne traite de cette question.

Paragraphe 3 – Les complices

Les complices, dans les termes des articles 131-4 du Code Pénal sont ceux qui sans
avoir pris part à l’avortement, ont provoqué l’action ou donné des instruments pour la
commettre, sciemment procuré les instruments ou moyens qui ont servi à la perpétrer,
ou encore en connaissance de cause aidé ou facilité les auteurs de l’infraction dans les
faits qui l’ont préparé. Conformément aux principes généraux, ils sont punis dans les
mêmes conditions que les auteurs principaux.

SECTION III – L’INTERRUPTION VOLONTAIRE DE GROSSESSE

Il est admis généralement que l’avortement cesse d’être punissable dans trois (3) cas :

1. / Lorsqu’il est pratiqué pour sauver la vie de la mère.


Lorsque la sauvegarde de la vie de la mère gravement menacée exige soit une
intervention chirurgicale, soit l’emploi d’une thérapie pouvant entraîner l’interruption
de la grossesse, le médecin traitant ou le chirurgien doivent obligatoirement prendre
l’avis de deux (2) médecins consultants dont l’un pris sur la liste des experts près le
tribunal, qui, après examen et discussion, attestent par écrit que la vie de la mère ne
peut être sauvegardée qu’au moyen d’une telle intervention thérapeutique. Un des
exemplaires de la consultation est remis à la malade, les deux (2) autres conservés par
les deux (2) médecins consultants.

2./ Lorsque les examens médicaux attestent qu’il existe une forte probabilité que
l’enfant à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité reconnue comme
incurable au moment du diagnostic.

3./ Lorsqu’en cas de viol ou d’inceste établis, la matérialité de la détresse est établie
par le ministère public, la femme enceinte peut demander à un médecin dans les
quatorze premières semaines, l’interruption de sa grossesse.

Les textes en vigueur écartent ainsi volontairement les aspects moraux,


psychologiques et même sociologiques qui pourraient justifier l’avortement.

Cependant, la multiplication des avortements souvent au vu et au su de tout le monde,


est un véritable défi à la législation en la matière. En effet, victimes, parents,
praticiens, témoins, tous ferment les yeux dans une parfaite complicité qui ne se

26
fissure que lorsque survient le drame. La loi du silence, semble couvrir donc les actes
abortifs exercés dans la plus grande illégalité, et surtout la plupart du temps dans des
lieux et dans des conditions psychologiques les plus suspects, ce qui accroît davantage
les risques de drames tels que la stérilité et les décès.

Face à cette réalité est-il toujours nécessaire de maintenir le sceau de l’intervention ?


Une libération de l’acte de l’avortement ne va-t-il pas amoindrir les risques liés à la
clandestinité ?

SECTION IV – LA PROVOCATION A L’AVORTEMENT


Plusieurs dispositions législatives répriment la provocation à l’avortement.
Aux termes de l’article 513-15 du Code Pénal et les articles 645 et 646 du Code de la
Santé Publique, il est interdit à toute personne d’inciter à l’avortement par tout moyen
de diffusion ou de publicité c’est-à-dire d’exposer, d’offrir, de faire offrir, de vendre,
de faire vendre, de distribuer, de faire distribuer, de quelque manière que ce soit, les
remèdes, substances et sondes, intra utérines et autres objets analogues susceptibles de
provoquer ou de favoriser l’avortement.
Toutefois, les pharmaciens pourront vendre les remèdes, substances et objets ci-
dessus spécifiés, mais seulement sur prescription médicale qui devra être transcrite sur
un registre côté et paraphé par le maire ou le commissaire de police.
Il est interdit aux fabricants et négociants en appareils gynécologiques de vendre
lesdits objets à des personnes n’appartenant pas au corps médical ou ne faisant pas
elles-mêmes profession de commerçants patentés, de vendre des appareils
chirurgicaux.
Toute infraction aux dispositions qui précèdent est punie d’un emprisonnement de
deux (2) mois à deux (2) ans et d’une amende de 50.000 F à 600.000 F ou de l’une de
ces deux (2) peines seulement.
Les tribunaux ordonnent, dans tous les cas, la confiscation des objets, substances,
instruments, remèdes saisis. Ils peuvent en outre prononcer à l’égard du condamné,
l’interdiction d’exercer la profession à l’occasion de laquelle, le délit a été commis.

CHAPITRE 3 : LA TORTURE ET LES PRATIQUES ASSIMILEES

L’accomplissement de tels actes constitue tantôt un délit ou un crime puni de peines


nuancées selon les conséquences, la période de leur commission ou la qualité de la
victime. La place faite à la répression de tels agissements est destinée à mettre la
législation burkinabè en conformité avec les conventions internationales et les
engagements souscrits par le Burkina Faso à travers son ministère en charge des droits
humains.

27
La torture est définie par l’article 512-1 comme tout acte ou omission par lequel une
douleur ou des souffrances aigues, physiques ou mentales, sont intentionnellement
infligées à une personne aux fins, notamment d’obtenir d’elle ou d’une tierce
personne des renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce
personne a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire
pression sur elle ou d’intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour
tout motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu’elle soit, lorsqu’une telle
douleur ou de telles souffrances sont infligées par un agent de l’Etat ou toute autre
personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès
ou tacite.
Sont assimilés à la torture, les actes ou omissions constitutifs de peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants qui ne sont pas des actes de torture tels que définis
plus haut mais qui sont commis par un agent de l’Etat ou toute autre personne agissant
à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite,
notamment l’arrestation et la détention arbitraires (article 512-1 CP).

Section I- Des éléments constitutifs

A- La nécessité pour l’auteur d’être un agent public.


L’infraction, à l’examen de l’article 512-1, pour exister exige que l’auteur soit un
agent de l’Etat. Au sens de cette disposition, l’agent de l’Etat est :
- Un fonctionnaire ou toute autre personne chargée d’une mission de service
public ;
- Toute personne investie d’un mandat public ou électif ;
- Un membre des forces de sécurité ou de défense.

B- L’existence de violences physiques ou mentales


La victime doit avoir subi réellement des violences particulièrement graves se
traduisant par des atteintes corporelle et psychologique fortes mais sans intention de
donner la mort. Elles ont lieu en général dans des locaux officiels. Exemple :
ambassade, prison, violon etc.

C- La volonté d’intimider, de punir, d’obtenir des aveux ou renseignements,


de faire pression.
L’auteur usant de sa position ou sous le couvert de sa fonction, inflige les
violences en vue d’aboutir à un de ces objectifs.

D- L’arrestation et détention arbitraires


L’agent public doit se conformer à la législation pour procéder à une arrestation et une
détention de toute personne, à défaut son agissement est assimilé à la torture.

E- L’intention coupable

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Elle est présente dès lors que les meurtrissures sont volontairement imposées pour
soustraire des paroles ou pour faire accomplir ou s’abstenir d’accomplir un acte chez
la victime.

Section II- La répression


Les auteurs de barbarie ou de pratiques assimilées sont punis d’une peine
d’emprisonnement de trois ans à cinq ans et d’une amende de trois cent mille
(300.000) à un million cinq cents mille (1.500.000 francs CFA).
L’infraction est aggravée lorsqu’elle est commise avec au moins une des
circonstances suivantes :
- Si la victime est âgée de moins de dix-huit (18) ans
- Si la victime est une femme enceinte
- Si la victime présentait un handicap au moment des faits
- Si la victime est une personne âgée
- S’il en est résulté une infirmité temporaire
La peine dans ces cas est une peine d’emprisonnement de cinq ans à dix ans et d’une
amende d’un million (1.000.000) à cinq millions (5.000.000) francs CFA.
Enfin l’emprisonnement à vie est encouru lorsque :
- La victime décède
- Si les faits ont été commis en période de conflits armés ou de troubles
intérieurs
- Si les faits ont entrainé une infirmité permanente.

29
CHAPITRE 4 : LES VIOLENCES SEXUELLES ET LES ATTEINTES A LA
PUDEUR

SECTION I – LE VIOL
Selon l’article 533-10 du Code Pénal constitue un viol, tout acte de pénétration
sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence,
contrainte ou surprise. Ainsi, le viol doit être appréhendé non seulement sous l’aspect
social d’une menace par les structures familiales, mais il doit être aussi considéré sous
l’aspect psychique de la meurtrissure infligée à une personne et résultant d’une
atteinte à la dignité de la victime.

Paragraphe 1 – Les éléments constitutifs

A- L’acte matériel
Le viol est déterminé par l’acte de pénétration sexuelle des parties génitales de la
personne ou toute autre partie du corps. Ainsi les actes de fellation ou de sodomie
imposés sont des actes de pénétration. Peu importe le sexe de la victime ; peu importe
la nature de l’objet pénétrant, membre viril ou autre objet.
La victime doit être vivante car le viol d’un cadavre constitue une violation de
sépulture.

B- L’acte de contrainte ou l’absence de consentement de la victime


La violence est l’essence même du viol. Elle peut se traduire par une violence
physique ou par une violence morale et par menace. Il peut s’agir aussi d’une
contrainte par abus d’autorité ou encore une surprise.
C’est l’absence de consentement qui constitue en fait la contrainte. Mais un
consentement donné par crainte ou sous l’effet de la violence ne fait pas disparaître
l’infraction si, à l’origine il n’y avait pas consentement.

C- L’intention coupable
Elle consiste dans l’intention d’agir contre le consentement de la victime. Mais il n’y
a pas intention coupable lorsque le comportement même de la victime a pu faire croire
qu’elle était consentante.

Paragraphe II- La Répression


Le viol désormais est puni d’une peine d’emprisonnement de sept (7) ans à dix (10)
ans et d’une amende de six cent (600.000) à deux millions (2.000.000) FCFA. Mais la
peine est aggravée dans un grand nombre de circonstances qui tiennent soit au résultat
des violences, soit à la qualité de la victime ou de l’auteur, soit aux modalités du
crime.
Ainsi le viol est puni de onze (11) ans à vingt et un (21) ans et d’une amende de un
million (1.000.000) à trois millions (3.000.000) FCFA :
- Lorsqu’il a entrainé une mutilation ou une infirmité permanente ;

30
- Lorsqu’il est commis sur un mineur âgé de treize (13) à quinze (15) ans au
plus ;
- Lorsqu’il est commis sur une personne dont la particulière vulnérabilité, due à
son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou
psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou est connue de l’auteur ;
- Lorsqu’il est commis par un ascendant ou par toute autre personne ayant sur la
victime une autorité de droit ou de fait ;
- Lorsqu’il est commis par une personne qui abuse de l’autorité que lui
confèrent ses fonctions ;
- Lorsqu’il est commis par plusieurs personnes agissant en qualité de co-auteurs
ou de complices ;
- Lorsqu’il est commis avec usage ou menace d’une arme
- Lorsque la victime a été mise en contact avec l’auteur des faits grâce à
l’utilisation, pour la diffusion de messages à destination d’un public non
déterminé, d’un réseau de communication électronique ;
- Lorsqu’il est commis en concours avec un ou plusieurs autres viols commis
sur d’autres victimes
- Lorsqu’il est commis par une personne agissant en état d’ivresse manifeste ou
sous l’emprise manifeste de produits stupéfiants.

La question de la possibilité du viol conjugal est désormais tranchée par l’actuel code
pénal. L’article 533-12 dispose en effet que lorsque le viol est commis de manière
répétitive sur une partenaire intime et habituelle avec qui l’auteur entretient des
relations sexuelles stables et continues ou lorsque ladite partenaire est dans une
incapacité physique quelconque d’accomplir une relation sexuelle. Dans ce cas la
peine est une amende de deux cent cinquante mille francs (250.000) à six cent mille
(600.000) FCFA.
Le nouveau code prend aussi en compte la situation des rapports sexuels en milieu
scolaire. Le législateur en légiférant sur la question veut certainement atténuer le
phénomène des grossesses en milieu scolaire.
L’article 533-14 punit pour cela d’une peine d’emprisonnement de cinq (5) ans à dix
(10) ans et d’une amende de neuf cent mille (900.000) à cinq millions (5000.000)
FCFA, le fait pour un personnel de l’enseignement ou de tout système éducatif,
d’avoir une relation sexuelle avec un élève, un apprenti ou stagiaire mineur de l’un ou
l’autre sexe.
La peine est aggravée en cas de grossesse de l’apprentie ou de la stagiaire. L’auteur
écopera d’un emprisonnement de sept (7) ans à dix (10) et d’une amende de trois
millions (3000.000) à six millions (6000.000) FCFA.
Il peut en outre être prononcé en son encontre l’interdiction d’exercer la profession
d’enseignant ou de membre du système éducatif pour une période de cinq (5) ans
maximum.

SECTION II – LE DELIT D’ADULTERE

31
Aux termes de l’article 533-15 du Code Pénal constitue le délit d’adultère le fait pour
une personne d’avoir des relations sexuelles avec une personne autre que son conjoint.
Ainsi toute personne convaincue d’adultère est punie d’une amende de 250.000 F à
600.000 F. La peine d’emprisonnement désormais n’existe plus pour cette infraction.

Les poursuites ne peuvent être engagées que sur plainte du conjoint et le retrait de la
plainte met fin aux poursuites exercées contre le conjoint adultère et son complice.

De même tout retrait de plainte survenue postérieurement à une condamnation


devenue définitive, arrête les effets de cette condamnation tant à l’égard du conjoint
adultère que de son complice (article 533-16 alinéa 3 du Code de pénal).

SECTION III – LE DELIT D’INCESTE


Selon l’article 533-18 du Code Pénal constitue le délit d’inceste, le fait d’avoir des
rapports sexuels avec ses ascendants ou descendants sans limite de degré ou avec une
sœur ou un frère germain, consanguin ou utérin. En dehors des cas de concubinage
notoire ou de mariage incestueux, les poursuites ne peuvent être engagées que sur
plainte d’un parent contre la ou les personnes désignées dans la plainte.
Le délit d’inceste est puni d’un emprisonnement de (1) à cinq (5) ans et d’une amende
de 1000.000 F à 5000.000 FCFA.

SECTION IV – L’ATTENTAT A LA PUDEUR

L’attentat à la pudeur est un délit prévu et réprimé par l’article 533-2 du Code Pénal.

Paragraphe 1– Les éléments constitutifs

Le Code Pénal, définit l’attentat à la pudeur, comme étant tout acte de nature sexuel,
contraire aux bonnes mœurs, exercé directement et intentionnellement sur un mineur
ou avec violence, contrainte ou surprise sur un adulte. Il peut s’agir d’un acte
impudique sur une personne ou tout acte contraire aux bonnes mœurs exercé sur une
personne de l’un ou l’autre sexe. Il faut qu’il y ait une atteinte corporelle :
attouchement ou geste impudique par exemple : relever la jupe.

L’acte doit être immoral et choquant. La victime de l’acte peut être l’auteur. Ainsi
faire commettre sur soi des actes obscènes est un attentat à la pudeur (masturbation).

Si la victime est un mineur âgé de moins de 18 ans, l’acte n’a pas besoin d’être
accompagné de violence, contrainte ou surprise (ces circonstances aggraveront
seulement l’infraction). Ces circonstances sont pourtant exigées lorsqu’il s’agit d’une
victime âgée de plus de 18 ans pour que l’infraction soit constituée.
L’erreur sur l’âge de la victime ne constitue pas une cause d’impunité. L’attentat à la
pudeur exige pour être caractérisé, une intention criminelle chez l’auteur. Cette
intention consiste en la connaissance qu’il a du caractère immoral ou choquant de

32
l’acte qu’il accomplit ou la conscience d’attenter à la personne. Le consentement de la
victime importe peu. Mais l’attouchement effectué par un professionnel selon les
règles de son art, exclut l’infraction.

Paragraphe 2 – Les pénalités

L’attentat à la pudeur est puni d’un emprisonnement de un (1) à sept (7) ans et d’une
amende de 500.000 à 1000.000 FCFA si la victime de l’un ou l’autre sexe est âgée de
moins de treize (13) ans ;
Si la victime a un âge compris entre treize (13) et quinze (15) ans l’emprisonnement
est de un (1) à cinq (5) ans et l’amende de 500.000 à 1000.000 FCFA en l’absence de
violence, contrainte ou surprise.
Lorsque le mineur a un âge supérieur à quinze (15) ans et inferieur à dix-huit (18) ans,
l’emprisonnement est de six (6) mois (1) à cinq (5) ans et l’amende de 250.000 à
600.000 FCFA.
Pour le mineur de moins de treize (13) ans la peine est aggravée de sept (7) ans à dix
(10) ans d’emprisonnement et une amende de 1000.000 à 3000.000 FCFA si le
coupable est un ascendant du mineur ou s’il est de ceux qui ont autorité sur lui ou s’il
a abusé de l’autorité que lui confère sa fonction ou s’il a agi en réunion.

Pour l’âge compris entre quinze (15) ans et dix-huit (18) ans la peine est réduite au
minimum à quatre (4) ans et conservé au maximum de dix (10) ans si le coupable est
un ascendant du mineur ou s’il est de ceux qui ont autorité sur lui ou s’il a abusé de
l’autorité que lui confère sa fonction ou s’il a agi en réunion art 533-4 alinéa 3).

SECTION V – L’OUTRAGE PUBLIC A LA PUDEUR

La prévention d’outrage public à la pudeur, n’a pas pour objet de réprimer les actes
impudiques en tant que commis à l’égard d’une personne déterminée, mais
uniquement le scandale causé par ces actes.
Constitue un outrage public à la pudeur, tout acte intentionnel contraire aux bonnes
mœurs commis publiquement ou dans un lieu privé accessible au regard du public,
susceptible d’offenser la pudeur et le sentiment moral des personnes qui en sont les
témoins involontaires (article 533-1).

Paragraphe 1. Les éléments constitutifs

A- L’acte scandaleux
Il suppose un fait matériel contraire aux bonnes mœurs. Il ne s’agit pas d’attenter au
corps d’une personne, mais de la choquer par une exhibition scandaleuse. Des paroles,
des chants ou des écrits ne constituent pas un acte. Par contre le fait de s’exhiber
même sans bouger est incriminé. L’acte doit être scandaleux. L’exhibition des parties
sexuelles ou des gestes impudiques ou obscènes sont incriminés. L’acte impudique

33
peut résulter d’acte indécent commis par l’auteur, sans qu’une personne déterminée ne
soit en cause. Ainsi uriner en public est un acte outrageant.

B- La publicité de l’acte
Pour qu’il soit scandaleux : l’acte doit pouvoir être vu ; c’est le cas des actes commis
dans la rue, les bois, les jardins publics. Il s’agit d’une publicité dite absolue ou
permanente dans un lieu où le public peut avoir accès à tout moment. Ces lieux sont
les lieux publics par nature. Il faut par contre des lieux où le public n’est admis que
dans certaines conditions.
Il en est ainsi des restaurants, cafés, cinés, musés, églises etc… Il est donc nécessaire
de constater que l’acte a été commis à un moment où le public était admis à pénétrer
dans le lieu. Il en est de même des lieux privés où le public n’est admis que par
moment. Ex : un véhicule de transport en commun.

S’il s’agit d’un véhicule privé, il convient de rechercher si des tiers peuvent voir l’acte
normalement sans qu’il soit nécessaire de s’aider d’un subterfuge pour regarder ce qui
se passe dans le lieu privé.

C- L’intention coupable
L’auteur doit avoir eu l’intention de froisser la pudeur publique, même une simple
faute, une négligence peut constituer cette intention. Ce qui a permis de dire que
l’intention n’était pas nécessaire pour qu’il y ait le délit d’outrage public à la pudeur.

Paragraphe 2– La répression

L’outrage public à la pudeur est puni d’une peine d’emprisonnement de trois (3) mois
à deux (2) ans et d’une amende de 250.000 F à 2000.000 F. Toutefois l’outrage public
à la pudeur commis en privé en présence d’un mineur constitue le délit d’incitation de
mineur à la débauche prévu et puni par l’article 533-19 du Code Pénal.

SECTION VI- LE HARCELEMENT SEXUEL


Cette incrimination nouvelle ajoutée dans le nouveau code pénal été à l’initiative des
organisations de défense des droits de la femme.

Paragraphe I- Les éléments constitutifs


Cette infraction qui est prévue à l’article 533-9 CP est généralement l’œuvre d’une
personne abusant de l’autorité que lui confèrent ses fonctions, en général le supérieur
hiérarchique de la victime. Toutefois, l’infraction peut être imputée à toute personne
qui jouit d’une certaine autorité sur la victime en dehors de tout rapport de
subordination hiérarchique. Il en découle généralement deux éléments constitutifs.
Comme dans toute agression, le coupable use de toute forme de pression (propos,

34
comportements, menaces ect…) dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle à
son profit, ou au profit d’un tiers.

A- Le harcèlement sexuel proprement dit


Cette infraction nécessite pour sa constitution un acte matériel consistant à l’usage
répété des propos ou de tout tout comportement de nature sexuelle. C’est le cas des
envois répétés des messages, des images ou vidéos à connotation sexuelle à la
victime, des tentatives d’embrassade, d’attouchements etc…. Ces agissements doivent
avoir pour effet de porter atteinte à la dignité de la victime en raison de leur caractère
dégradant ou humiliant ou de créer chez elle une situation intimidante, hostile ou
offensante.

B- Le harcèlement sexuel par assimilation


Tombe sous le coup de cette incrimination, l’usage même non répété, de toute forme
de pression grave à l’encontre de la victime, comme les ordres, menaces, contraintes
en brandissant par exemple un licenciement, une promotion ou un avancement. Cette
pression doit avoir pour but d’obtenir de la victime des faveurs de nature sexuelle au
profit de son auteur ou d’une tierce personne. Ne constituent pas par contre une
pression une simple séduction ou une déclaration d’un sentiment sincère d’amour non
assorties de menace. En France, a été reconnu coupable de cette infraction, un
contremaître d’une usine, reconnu pour la permanence de ses sollicitations, qui a
déclaré à une de ses subordonnées : « n’oubliez pas que je suis le chef et j’ai mon mot
à dire auprès du directeur, alors il faut être gentille avec le chef », et d’indiquer à une
autre que si elle faisait des « histoires », son emploi serait menacé, menace d’autant
plus caractérisée que cette salariée était sous contrat à durée déterminée. (Lyon, 26
nov. 1998 : JCP. II. 10145, note Mistretta).

Paragraphe II- La répression


Le harcèlement sexuel est puni d’une peine d’emprisonnement de un (1) an à trois (3)
ans et d’une amende de 250.000 à 2000.000 FCFA.
La peine passe de trois (3) ans à cinq (5) ans et à une amende de 1050.000 à 2000.000
FCFA, lorsque les faits sont commis :
- Par une personne qui abuse de l’autorité que lui confère ses fonctions ;
- Sur un mineur de moins de dix-huit ans ;
- Sur une personne dont la particulière vulnérabilité due à son âge, à une
maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état
de grossesse, est apparente ou connue de l’auteur.

SECTION VII – LA STIMULATION DES PASSIONS D’AUTRUI

Paragraphe 1 – La prostitution
Le commerce de la chair, au grand damne des bonnes mœurs a atteint le seuil critique
dans nos villes. Depuis quelque temps, en effet la prostitution a débordé le cadre

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traditionnel des femmes assises devant leur « entrée-couché » et des belles de nuit à
l’habillement et au maquillage suggestif rendant certains quartiers chauds pour se
répandre dans les marchés, les établissements scolaires, quelques cours d’habitation
au dessus de tout soupçon. Ainsi au nom de la crise économique, la prostitution, qu’on
dit être le plus vieux métier du monde, semble être une activité légale. Il n’est donc
pas excessif de dire que ces déviations et pratiques sexuelles interpellent les différents
acteurs de la société.
La prostitution est définie selon l’article 533-20 alinéa 1 du Code Pénal comme étant
le fait pour une personne de l’un ou l’autre sexe de se livrer habituellement à des
actes sexuels avec autrui moyennant rémunération.

Doit-on la réprimer ? Mais comment appréhender l’infraction, si l’on ne veut pas


laisser subsister un marché parallèle et comment ne pas porter atteinte alors à la
liberté individuelle ? Dans la mesure où toute personne majeure est libre de se
conduire comme elle l’entend dès l’instant où elle ne nuit pas à autrui ?

Doit-on l’admettre ou la réglementer ?


La prostitution doit être analysée sous un angle médical et social. Il convient donc de
prévenir la prostitution en assurant le redressement de la prostituée et d’éviter la
prolifération des maladies sexuellement transmissibles et le sida. La prostitution
n’était donc sanctionnée que par une contravention de racolage prévue et punie par la
loi n°11/64 A.N portant réglementation de la circulation des mineurs, de la
fréquentation des débits de boisson, dancing, salles de ciné et de spectacles par les
mineurs, promulguée par le décret n°347/PRES/L.A.N du 14 août 1964.
Mais aujourd’hui, l’infraction est punie (article 533-20 alinéa 2) d’une peine de prison
de un(1) mois à trois(3) mois et d’une amende de 250.000 à 600.000 à condition que
l’auteur se soit prostitué par racolage sur la voie publique. La simple attitude
suggestive de la personne déambulant dans la rue ou attendant sur le trottoir n’est pas
suffisante pour caractériser l’infraction. Mais elle peut constituer le racolage passif.
De même, le port d’une jupe courte ne constitue pas un moyen de racolage.
A l’heure de l’alcoolisme, de la drogue, des avortements clandestins tragiques, de la
pédophilie, de la criminalité, du banditisme et du sida, la lutte contre le phénomène de
la prostitution nécessite la constitution d’un front contre la perversion sexuelle tribut
cher payé à l’urbanisation et au cosmopolitisme.

Paragraphe 2 – Le proxénétisme (article 533-22 du Code Pénal)

Le proxénète est celui qui favorise la prostitution pour retirer un profit financier.
En faisant de la débauche d’autrui, le proxénète va faire travailler pour son compte la
prostituée ou contraindre une femme à se prostituer. Sur le plan international on a pu
parler d’une traite d’êtres humains.

A- Le proxénète

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Est qualifié proxénète, celui qui :

- d’une manière quelconque aide, assiste ou protège sciemment la prostitution


d’autrui ou le racolage en vue de la prostitution. Il importe peu que l’aide soit
onéreuse ou bénévole ;

- sous une forme quelconque partage les produits de la prostitution ou reçoit des
subsides de prostitution.
Exemple : du mari dépendant de l’argent de sa femme qui se livre à la
prostitution ;

- sciemment vit en concubinage avec une prostituée. « Vivre avec » c’est


partager la vie intime de la prostituée et non seulement cohabiter. Ainsi les
enfants de la prostituée ne vivent pas avec.

- Étant en relation habituelle avec des prostituées ne peut justifier de ressources


correspondant à son train de vie.

- Fait office d’intermédiaire entre les prostituées et ceux qui les exploitent.

- Entrave l’action d’organisations de prévention et d’assistance de la prostitution


par menace ou tout autre moyen.

Le proxénétisme est prévu et réprimé par l’article 533-22 du Code Pénal. La peine est
un emprisonnement de 3 ans à 10 ans et d’une amende de 1000.000 à 6000.000
francs.

B – Le proxénétisme hôtelier
Est concerné celui qui met à la disposition des prostituées des locaux pour leur
permettre d’exercer. Il peut s’agir :
- d’un établissement de prostitution, qualifié de maison de tolérance, c’est-à-dire
un local où est exploitée la prostitution d’autrui ;

- d’un établissement ouvert au public en tant que hôtel, débit de boisson,


restaurant, club,… etc. lorsque le responsable y tolère la présence de
prostituées, y recherchant leur clientèle ou y exerçant.

Qu’en est-il de la tenancière d’un bar qui de temps en temps a des rapports sexuels
avec des clients dans son établissement ? La tenancière d’un bar qui a des rapports
sexuels avec des clients dans son établissement, n’est pas concernée puisque c’est elle
qui se prostitue.

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La peine est un emprisonnement de 2 à 5 ans et une amende de 1.500.000 à 5.000.000
de francs, la fermeture pour une durée déterminée de l’établissement et le retrait de la
licence pour les débits de boisson. (art 533-27)

C – Le proxénétisme immobilier
Est concerné celui qui vend ou met à la disposition d’une prostituée, un local privé
pour s’y livrer à la prostitution et non se loger.

L’infraction n’existe que si le vendeur, ou le bailleur, sait que le local sera utilisé pour
la prostitution ou si, informé de cet état, il continue à mettre le local à disposition. Une
personne, propriétaire d’un appartement, ne commet pas l’infraction, si, elle s’y livre
à la prostitution. L’infraction concerne l’aide à autrui.
La peine est de cinq (5) ans à dix (10) ans d’emprisonnement et une amende de
3000.000 à 10.000.000 francs.

D – Le proxénétisme aggravé
Le proxénétisme aggravé selon l’article 533-24 du Code Pénal vise notamment le délit
qui a été commis à l’égard d’un mineur ou qui a été accompagné de menace, de
contrainte, de violence, de voie de fait, d’abus d’autorité ou de dol, ou lorsque l’auteur
du délit était porteur d’une arme apparente ou cachée.

La peine est un emprisonnement de 5 à 10 ans et une amende de 1000.000 à


10.000.000 francs.

Il en est de même lorsque l’auteur du délit est appelé à participer de par ses fonctions
à la lutte contre la prostitution, à la protection de la santé ou au maintien de l’ordre, ou
lorsque l’auteur du délit est époux, père, mère ou tuteur de la victime ou enfin si
l’auteur est instituteur, ministre d’un culte ou ayant une autorité sur elle.

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CHAPITRE 5 : DES ATTEINTES A L’EGARD DES FEMMES ET DES
FILLES

Les violences contre les femmes et les filles désignent l'ensemble des comportements
individuels ou collectifs violents reposant exclusivement sur une question de genre.
Elles sont associées aux mariages forcés, aux grossesses forcées ou
avortements, agressions sexuelles et violences conjugales.
De nombreuses personnes, collectivités, organismes humanitaires ou politiques se
sont attachés à dénoncer des sévices existants ou aggravés uniquement en raison de
l'appartenance d'une personne à un genre. Généralement ce sont les femmes qui sont
les victimes de ce qui est présenté comme une tendance collective et/ou culturelle à
autoriser ou à inciter ce type d'agressions devenues récurrentes.
Les diverses études et publications qui visent à exposer ce sujet au grand public
s'attachent tout particulièrement à distinguer et à mettre en évidence le phénomène
de discrimination sexiste, incompatible avec les principes des Droits de l'homme.

SECTION I- DEFINITIONS ET TYPOLOGIE DES VIOLENCES A L’EGARD


DES FEMMES ET DES FILLES
L’article 513-1 aborde de façon très large les formes de violences infligées à la gente
féminine. Au sens de cette disposition, on entend par :
- Violences à l’égard des femmes et des filles : tout acte de violence dirigée
contre les personnes de sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux
femmes et aux filles un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles,
psychologiques, morales, économiques et culturelles y compris la menace de
tels actes, que ce soit dans la vie publique ou privée ;
- Violences culturelles : toute pratique néfaste et dégradante à l’égard des
femmes et des filles tirant leur justification dans les coutumes, traditions et
religions ;
- Violences économiques : le fait d’user de ses moyens pour ralentir ou
empêcher l’épanouissement économique ou financier de toute personne ou le
fait d’empêcher toute personne de jouir de ses droits socio-économiques ;
- Violences morales et psychologiques : tout comportement, propos et attitude
qui portent atteinte à la personnalité de la femme ou de la fille, à son image, à
l’estime de soi et à son équilibre intérieur ;
- Violences patrimoniales : tout acte ou négligence affectant la survie de la
victime et consistant à transformer, soustraire, détruire, retenir ou détourner
des objets, documents, biens et valeurs, droits patrimoniaux ou ressources
économiques destinées à couvrir ses besoins et pouvant s’étendre aux
dommages causés aux biens communs ou propres à la victime ;

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- Violences physiques : tout acte ou comportement qui porte atteinte à
l’intégrité physique de la femme ou de la fille ;
- Violences sexuelles : toute atteinte sexuelle commise avec violence,
contrainte, menace, sur une femme ou une fille.

SECTION II- LE RAPT


Cette infraction est nouvelle dans l’ordonnancement juridique et vient combler un
vide juridique qui empêchait de sanctionner cette pratique culturelle. Elle est prévue
par l’article 513-2 du code pénal.
A- Les éléments constitutifs
1- L’acte materiel
L’infraction consiste à l’enlèvement, détention ou séquestration d’une femme ou
d’une fille avec pour objectif de lui imposer un mariage ou une union.
2- L’absence de consentement
Le rapt se particularise par la contrainte, la surprise de la femme ou de la jeune fille.
Celle-ci est embarquée dans une aventure conjugale en l’absence de toute volonté.
3- L’élément intentionnel
Il se déduit de l’attitude même de l’auteur qui en toute connaissance de cause se
soustrait ou s’enfuit avec la victime. Il se traduit particulièrement par la préméditation
de l’acte qui a lieu à l’insu des proches de la victime.
B- La répression
Le rapt est puni d’une peine d’emprisonnement de six (6) mois à cinq (5) ans et d’une
amende de cinq cent mille (500.000) à un million (1.000.000) de FCFA (article 513-2
alinéa 3 CP).
Lorsque l’auteur du rapt s’est livré à des sévices sexuels ou à un viol sur la victime, la
peine est portée à un emprisonnement de cinq (5) à dix (10) ans et à une amende d’un
(1) million à cinq (5) millions de FCFA.

SECTION III- LES SEVICES OU TORTURES SEXUELLES


A- Les éléments constitutifs
L’article 513-3 incrimine le fait d’introduire une substance dans les organes génitaux
d’une femme ou d’une fille, ou d’appliquer un objet ou une substance sur les seins
d’une femme ou d’une fille en vue de lui infliger des brulures, des lésions ou des
souffrances.
B- La répression

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L’auteur des sévices ou tortures sexuelles est puni d’un emprisonnement de deux (2)
ans à cinq (5) ans et d’une amende de cinq cent mille (500.000) à un million
(1000.000) CFA.

SECTION IV – L’ESCLAVAGE SEXUEL


Au sens de l’article 513-4, le délit d’esclavage sexuel exige que son auteur conduise
par la contrainte une fille ou une femme à se soumettre ou à s’adonner à diverses
pratiques sexuelles.
L’infraction est punie d’une peine d’emprisonnement de deux (2) ans à cinq (5) ans et
d’une amende de un million (1.000.000) à deux millions (2.000.000) de FCFA.

SECTION V- LES VIOLENCES MORALES ET PSYCHOLOGIQUES


A- Les éléments constitutifs
Selon l’article 513-4, constituent des violences morales et psychologiques envers une
fille ou une femme les agissements suivants :
- Tout propos ou attitude, accompagné ou non d’agression physique, dont
l’objectif est de porter atteinte à l’amour propre de la femme ou de la fille, de
la dénigrer, et réduisant la victime à un état d’impuissance ou de soumission ;
- Les gestes, paroles, écrits, par lesquels on signifie une intention indécente ou
malveillante ou une volonté manifeste de causer des dommages matériels, de
blesser ou de tuer la femme ou la fille ;
- L’atteinte aux droits de la santé sexuelle et de la santé de la reproduction de la
femme ou de la jeune fille, la limitation de la jouissance de ces droits, au
moyen de la contrainte, du chantage, de la corruption ou de la manipulation,
notamment l’interdiction d’utiliser des méthodes contraceptives ;
- La répudiation ou les mauvais traitements infligés à une femme qui accouche
d’un enfant de sexe non désiré par son époux ;
- Les mauvais traitements infligés aux femmes stériles ;
- L’abandon moral et matériel du foyer
- L’interdiction sans motifs tirés de l’intérêt ou de la stabilité du ménage, de
rendre visite à ses parents ou de recevoir leurs visites
- L’interdiction sans raison fondée d’exercer une profession, de pratiquer une
activité génératrice de revenus, une activité associative et politique
- Le traitement inégalitaire des épouses dans le cadre d’un mariage
polygamique.

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B- La répression
Pour la commission de l’un quelconque de ces actes, le coupable est puni d’une
peine d’amende de deux cent cinquante mille (250.000) à six cent mille (600.000)
FCFA.
Lorsque l’auteur chasse, renvoie, rejette ou inflige des mauvais traitements à une
fille ou à une femme qu’il accuse ou soupçonne de sorcellerie, la peine passe à un
emprisonnement de un (1) an à cinq (5) ans et d’une amende de six cent mille
(600.000) à un million cinq cent mille (1.500.000) FCFA.

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CHAPITRE 6 : LA TRAITE DES PERSONNES ET DES PRATIQUES
ASSIMILEES

La traite des personnes est un problème qui a suscité l’attention croissante du monde
entier ces dix dernières années. Au départ les actions de plaidoyer et d’assistance ne
visaient que la traite des femmes et des fillettes aux fins de prostitution forcée et dans
une moindre mesure de servitude domestique. Désormais, on prend de plus en plus
conscience que des femmes, des enfants et des hommes sont enrôlés de force dans de
nombreuses et différentes formes de travail.

SECTION I : LA TRAITE DES PERSONNES

Selon l’article 511-1 du code pénal, la traite des personnes désigne le recrutement, le
transport, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par le recours à la menace ou le
recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par l’enlèvement, fraude,
tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par offre ou
l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une
personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation.
L’alinéa 2 de cette disposition précise que l’exploitation comprend : l’exploitation de
la prostitution d’autrui ou d’autres formes d’exploitation sexuelle, le travail ou les
services forcés, l’esclavage ou les pratiques analogues à l’esclavage, la servitude ou le
prélèvement d’organes.

PARAGRAPHE I : LES ELEMENTS CONSTITUTIFS DE LA TRAITE

A- L’élément matériel
Il faut un acte positif. Il peut s’agir d’approcher des personnes qui acceptent un projet
de déplacement d’un endroit donné vers un autre, on parle alors de recrutement. Les
personnes identifiées ou appâtées seront ensuite transportées, transférées pour enfin
être reçues sur un autre territoire ou dans une autre ville du même territoire.

B- Les moyens mis en œuvre


Il s’agit ici de déterminer le procédé utilisé par le trafiquant pour parvenir à son
objectif. Il peut consister en l’usage de la force, par la fraude, l’abus d’un pouvoir sur
la victime enfin une offre ou l’acceptation de paiement ou d’avantages pour obtenir le
consentement d’une personne ayant autorité sur une autre.

C- L’élément moral : l’exploitation


L’auteur de l’infraction doit avoir la conscience que l’accomplissement des actes
matériels suscités vise à obtenir l’exploitation de la victime soit par l’auteur ou par un
tiers. Il n’est par conséquent pas nécessaire que l’auteur du crime exploite
effectivement celle-ci.
L’exploitation s’entend de l’activité sexuelle au profit d’autrui, du travail forcé, du
prélèvement d’organes etc.

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D- LA QUESTION DU CONSENTEMENT
L’article 3 relatif à la loi sur la traite des personnes stipule que le consentement d’une
victime de la traite des personnes à l’exploitation envisagée est indifférent lorsqu’il a
été démontré que la duperie, la contrainte, la force ou d’autres moyens interdits ont
été utilisés.
Le consentement ne peut donc être invoqué à titre de défense pour exonérer une
personne de sa responsabilité pénale.
Pour les affaires de traite impliquant des enfants, l’article 511-2 CP admet que
l’infraction soit constituée même en l’absence des moyens interdits (contrainte,
duperie etc.).
Ces deux exemples reflètent le simple fait que personne ne peut consentir à être
exploité, puisque dans le cas des adultes le consentement est annulé par l’usage de
moyens irréguliers et que dans le cas des enfants leur situation de vulnérabilité les met
d’emblée dans l’impossibilité d’apporter leur consentement.

PARAGRAPHE II : LES SANCTIONS

L’infraction est établie dès lors que l’auteur a accompli l’un des actes matériels que
sont le recrutement, le transport le transfert, l’hébergement etc. Dans ces cas la peine
encourue est de cinq ans à dix ans et une amende de un million (1000.000) à cinq
millions (5.000.000) FCFA.
La peine est de onze (11) ans à vingt et un ans et l’amende de deux millions
(2.000.000) à dix millions (10.000.000) FCFA lorsque l’infraction est commise avec
l’une des circonstances aggravantes suivantes :
 si la victime est un mineur d’au plus quinze ans ;
 si la victime est particulièrement vulnérable en raison d’une déficience
physique ou psychologique ou de son état de santé, de grossesse ou de
son âge avancé ;
 si l’acte a été commis par fraude ou violence, par usage de fausse
qualité, faux titre ou des documents falsifiés ou altérés ou de fausse
autorisation ;
 si l’auteur fait usage de stupéfiants ou de toute autre substance de
nature à altérer la volonté de la victime ;
 si l’auteur est porteur d’une arme apparente ou cachée ;
 si l’auteur est un ascendant ou une personne ayant autorité sur la
victime ;
 si la victime a été séquestrée, privée d’aliments ou exposée dans un
endroit public ou privé de recrutement ;
 si la victime est exposée à des travaux dangereux, pénibles ou aux pires
formes du travail des enfants ;
 si l’auteur a commis des abus sexuels sur la victime.

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Enfin l’auteur sera puni à l’emprisonnement à vie en cas de mutilation, d’infirmité
permanente, de décès de la victime ou lorsque la traite a pour but le prélèvement
d’organe.

SECTION II LES PRATIQUES ASSIMILEES A LA TRAITE


Il s’agit de l’exploitation de la mendicité d’une personne et du trafic illicite de
migrants.

PARAGRAPHE I : L’exploitation de la mendicité d’autrui

L’exploitation de la mendicité est définie par l’article 511-12 du code pénal. Cet
article la définit comme suit :
« L’exploitation de la mendicité d’autrui s’entend de quiconque organise ou exploite
la mendicité d’une personne, entraine ou détourne une personne pour la livrer à la
mendicité, exerce sur une personne une pression pour qu’elle mendie ou continue de
le faire, se fait accompagner par un ou plusieurs jeunes enfants en vue d’en tirer
directement ou indirectement un avantage financier, matériel ou tout autre avantage ».
Cette infraction, pour être constituée, recoupe plusieurs comportements :

A- Les éléments constitutifs


L’auteur va s’atteler à l’organisation de la mendicité d’une autre en vue d’en tirer
profit. Il s’agit dans la plupart des cas de mineurs.
L’infraction peut consister au détournement ou à l’entrainement d’une personne pour
la livrer à la mendicité ou à exercer sur elle une pression pour qu’elle mendie ou
continue de le faire.
Il s’agit enfin de l’attitude consistant à se faire accompagner par un ou plusieurs
jeunes enfants en vue d’en tirer directement ou indirectement un avantage financier,
matériel ou tout autre avantage.

B- La répression
L’auteur de l’infraction est puni d’un emprisonnement de un (1) à dix (10) ans et
d’une amende de cinq cent mille (500.000) à deux millions (2.000.000) F CFA.
Le maximum de la peine est prononcé lorsque la victime est mineure,
particulièrement vulnérable ou a subi des violences, contrainte.

PARAGRAPHE II : LE TRAFIC ILLICITE DE MIGRANTS


Le trafic illicite de migrants s’entend du fait pour toute personne ou groupe de
personne d’organiser le transport sur terre, sur mer ou par air, l’hébergement ou le
transit de migrants clandestins afin d’en tirer directement ou indirectement un
avantage financier, matériel ou tout autre avantage et que le territoire national serve
de zone d’origine de transit ou de destination (article 511-18 CP).
Cette infraction se caractérise essentiellement par :
- L’entrée illégale d’une personne sur un territoire. Le transport d’une personne
d’un point initial vers un autre d’accueil par tout moyens (terre, eau, air).

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- La transnationalité du transfert. Elle va consister à faire passer
clandestinement la victime d’un Etat vers un autre. L’infraction est
transnationale contrairement à la traite des personnes qui elle peut se
commettre sur un même territoire.
- L’obtention de tout gain avant ou après l’opération de passage. La relation
entre le trafiquant et le migrant objet du trafic s’achève habituellement lorsque
le passage de la frontière a été facilité. Le trafiquant n’a pas l’intention
d’exploiter la personne concernée après l’arrivée.
Les auteurs de trafic illicite de migrants sont punis d’une peine d’emprisonnement de
cinq (5) ans à dix (10) ans et d’une amende de cinq (5) millions à dix (10) millions.
L’article 511-19 prévoit la même peine pour toute personne commettant une fraude ou
la falsification, la contrefaçon de visas, de documents ou titres de voyage ou de tous
autres documents attestant la qualité de résident ou de ressortissant du Burkina Faso
ou d’un pays étranger ou accordant le statut de refugié, d’apatride, de personne
déplacée ou victime de trafic d’êtres humains.
Enfin la peine est un emprisonnement de onze (11) ans à vingt et un (21) ans et d’une
amende de cinq (5) millions à vingt (20) millions, lorsque :
- L’auteur met en danger ou risque de mettre en danger la vie ou la sécurité des
migrants concernés
- L’auteur fait subir aux migrants un traitement inhumain ou dégradant, y
compris leur exploitation.

CHAPITRE 7 : LES DELITS DE DIFFAMATION ET D’INJURE

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Aux termes de l’article 524-1, la diffamation est « toute allégation ou imputation d’un
fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps
auquel le fait est imputé » et constitue une injure, au sens de l’article 524-2 : « toute
expression outrageante, terme de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation
d’aucun fait ».

La loi, à divers égards, traite de l’injure et de la diffamation.

SECTION I – LA DIFFAMATION
Paragraphe 1 – Les éléments constitutifs du délit de diffamation
A – La publicité
La diffamation ne devient un délit que si elle est publique. La publicité peut résulter
soit de discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, soit
d’écrits, imprimés vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou
réunions publics ou de placards ou affiches exposés au regard du public. Elle peut
résulter aussi de dessins, gravures, peintures, distribués ou exposés dans des lieux au
regard du public.
Les lieux publics sont outre les lieux publics par nature, ceux qui sont affectés à
l’usage de tous et accessibles à chacun à tout moment. Exemple : les rues.
Les lieux publics par destination. Exemple : cafés, églises, salles d’audience, bureaux
qui sont ouverts au public à certains moments déterminés.

Un lieu privé peut devenir occasionnellement public par le fait de la présence d’un
certain nombre de personnes. Exemple : de la conciergerie où n’importe qui peut
entrer.
S’il s’agit de paroles, il faut que les propos soient prononcés sur un ton assez élevé
pour être entendus des tiers.
S’il s’agit d’écrits, de dessins, la vente ou la distribution constitue par elle-même la
publicité exigée par la loi. Même l’envoi sous pli fermé et par poste peut constituer la
publicité s’il est fait à un certain nombre de personnes.
Même les propos tenus au cours d’une émission radiophonique ou de télévision,
peuvent constituer le délit de diffamation.

B – Allégation ou imputation d’un fait déterminé et précis


Une allégation est une assertion ou une affirmation produite sur la foi d’autrui, sur la
rumeur publique, sur des hypothèses ou une reprise d’écrit ou de propos d’autrui.
L’imputation au contraire, est une affirmation personnelle, une accusation ferme.
L’allégation ou l’imputation, doit porter sur un fait précis qui, puisse faire l’objet
d’une preuve, d’un débat contradictoire pour en établir la réalité ou la fausseté et, à
défaut, de faits précis, il peut y avoir injure.
L’allégation ou l’imputation est punissable si le fait est présenté sous forme
dubitative, hypothétique, par insinuation ou par, sous-entendu.
C – Fait de nature à porter atteinte à l’honneur ou la considération

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Un fait porte atteinte à l’honneur, quand il est contraire à la probité ou à la loyauté.
Exemple : X a fait agir des influences pour se faire exempter du SND. Par contre un
fait porte atteinte à la considération lorsqu’il constitue un manquement aux principes
qu’un homme est tenu d’observer en raison de sa situation sociale ou de sa profession.
Cependant, la nécessité de protéger l’honneur et la considération des personnes doit se
concilier avec les droits de libre discussion et de critiques qui appartiennent aux
citoyens surtout à l’égard de ceux qui, se livrant à des travaux littéraires ou
scientifiques ou prenant part aux luttes politiques, s’offrent eux-mêmes à
l’appréciation du public.
La loi protège essentiellement les valeurs morales plutôt que les valeurs intellectuelles
professionnelles. Il appartient au juge de vérifier compte tenu des circonstances
intrinsèques si le propos, l’écrit ou le dessin publié est attentatoire à l’honneur ou à la
considération.

D – Désignation de la personne ou du corps contre lequel l’allégation ou


l’imputation est dirigée
La diffamation peut être aussi bien dirigée contre une personne morale que contre une
personne physique, mais il n’est pas nécessaire que le corps ou la personne soit
nommé (e) expressément ; il suffit qu’on puisse le reconnaître. Ce corps ou cette
personne doit être personnellement atteint ; ainsi, lorsqu’une collectivité non visée par
la loi et non dotée de la personnalité morale ou lorsqu’il faut rechercher si chacun des
membres de cette collectivité a pu être directement atteint. Dans ce cas, chacun d’eux
a le droit de porter plainte.

E – l’intention de nuire
L’intention coupable ou dol spécial, consiste dans la connaissance chez le diffamateur
que les propos, les dessins ou les écrits atteindraient autrui dans son honneur et sa
considération ; elle est présumée et c’est le prévenu qui doit prouver sa bonne foi. Ni
la volonté d’informer le public, ni l’absence d’animosité personnelle envers le
diffamé, ni les réserves ou restrictions ultérieures ne suffisent à détruire la
présomption de mauvaise foi, car le devoir d’objectivité du journaliste, lui impose de
vérifier avant la publication, l’exactitude des faits qu’il publie.
La loi punit la diffamation avec une distinction selon que le fait est vrai ou faux, hors
les cas où la preuve de la vérité du fait diffamatoire est admise comme un fait
justificatif.

Paragraphe 2 – preuve de la vérité du fait diffamatoire et d’immunité


La diffamation n’est pas punissable en cas de vérité des faits et d’immunité.

A – L’exception de vérité
D’une manière générale, la vérité du fait définitivement établie, fait disparaître le
délit. Toutefois, la règle de l’exception de vérité n’est pas recevable quand l’allégation
ou l’imputation concerne :
- la vie privée de la personne ;

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- des faits remontant à plus de 10 ans ;
- des faits constituant une infraction amnistiée ou prescrite ou qui ont donné lieu
à une condamnation effacée par la réhabilitation ou la révision.

De même que la preuve de la vérité du fait diffamatoire, les discours et débats tenus
dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale ainsi que les rapports ou toute pièce
imprimée par ordre de cette assemblée ne peuvent donner lieu à des poursuites.
L’immunité couvre aussi les comptes rendus des séances publiques faites de bonne foi
dans les journaux.

Sont, par ailleurs couverts par l’immunité, les comptes rendus fidèles faits de bonne
foi des débats judiciaires. Ainsi, les parties présentes au procès, et qui prétendent que
des faits sont étrangers à la cause, doivent faire des réserves à l’audience, pour une
action publique ou civile ultérieure, car les discours prononcés et les documents
produits contenant d’imputations diffamatoires étrangères à la cause instruite, ne
bénéficient pas de l’immunité.

Paragraphe 3 – Les personnes et les corps protégés contre la diffamation


Les corps et les personnes protégés contre la diffamation sont énumérés par l’article
524-4 CP.

A – Les personnes publiques collectives


L’article 524-4 CP énumère les cours et tribunaux, les forces armées, les corps
constitués et les administrations publiques. La diffamation doit atteindre ces diverses
personnes collectives dans la fonction que la loi leur attribue.

B – Les membre du gouvernement, les citoyens chargés d’un service ou d’un


mandat public temporaire ou permanent.
L’article 524-4 du CP protège aussi les personnes ayant une certaine qualité ou
disposant d’une part de l’autorité publique. Ce sont : les présidents d’institutions, des
membres du parlement ou du gouvernement, les membres du conseil supérieur de la
magistrature, les citoyens chargés d’un service ou d’un mandat public temporaire ou
permanent, les magistrats, les jurés et les témoins en raison de leur déposition.
La diffamation doit avoir été commise en raison de leur fonction ou de leur qualité.
Les propos doivent incriminer sa vie publique plutôt que sa vie privée. Ils doivent
s’apprécier d’après la nature du fait sur lequel ils portent (exemple : les critiques
d’acte de la fonction ou d’abus de la fonction).

C – La diffamation envers les particuliers


Les particuliers ne sont pas seulement les personnes physiques mais aussi les
collectivités lorsqu’elles ont la personnalité morale (les syndicats, les associations…)

D – La diffamation à la mémoire des morts

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Cette diffamation n’est punissable que si l’auteur en attaquant la personne décédée a
voulu atteindre l’honneur des héritiers, époux et légataires universels.

Paragraphe 4 – la répression
Les peines applicables en matière de diffamation varient suivant la qualité des
personnes ou des corps protégés et contre lesquels le délit a été commis. Lorsqu’elle
est commise envers :

- les administrations publiques, corps constitués, les armées, les cours et


tribunaux, un ou plusieurs membres du gouvernement, toute personne chargée
d’un service public, la peine est un emprisonnement de deux (2) mois à un (1)
an et d’une amende de 250.000 f à 1.000.000 FCFA ;
- Les particuliers, la peine est un emprisonnement de deux mois à six mois et
d’une amende de 500.000 à 2.000.000 francs ;
- La peine est portée de un an à cinq ans et d’une amende de 250.000 f à
1.000.000 FCFA, si la diffamation est commise par le biais d’un moyen de
communication électronique.

Paragraphe 5 – La procédure

A – Le délai de prescription de trois mois


En matière de presse, le délai de prescription de l’action publique est particulièrement
court : trois mois (article 524-8 CP).
Ce délai court à compter de la commission des faits (qui peut être la diffusion du
message incriminé dans le ressort du tribunal correctionnel), mais aussi du dernier
acte de poursuite ou d’instruction.

B – Les poursuites
L’injure ou la diffamation n’est poursuivie qu’à la demande des victimes ou de leurs
représentants officiels. Aussi, le désistement arrête la poursuite.
La seule exception concerne l’incitation à la haine contre un groupe de personnes en
raison de leur race, ethnie ou religion, où le ministère public défend véritablement la
société.

a) Les particuliers victimes d’injures ou de diffamation


L’article 121 de la loi 085/CNT vise les cas d’injure et de diffamation envers des
particuliers. Ces infractions sont également contenues dans les articles 524-4 et 524-6
du Code Pénal.
La poursuite pour ces personnes ne pourra aussi avoir lieu que sur plainte de la
personne diffamée ou injuriée. Si la victime est une personne morale, il faudra une
décision de l’organe qui la représente.

b) Les corps diffamés

50
Si les cours, les tribunaux ou les corps constitués (Assemblée Nationale,
Gouvernement, Conseil Économique et Social, Conseil Supérieur de la Magistrature,
Chambre des Représentants, Conseils Provinciaux, Conseils Municipaux, Conseils
d’Arrondissements, Chambre de Commerce, Ordres professionnels, autorités
administratives indépendantes tels que le Conseil Supérieur de l’Information ou la
Commission Électorale Nationale Indépendante) sont victimes d’injure ou de
diffamation, il faudra une délibération de leur Assemblée Générale pour autoriser leur
chef à porter plainte.

c) Les administrations diffamées


Si les victimes ne sont pas des corps, mais des administrations qui ne sont pas dotées
d’organes délibérants (forces armées, administrations publiques), seul le Ministre
pourra prendre l’initiative d’une plainte.

d) Les autorités individuelles outragées, injuriées ou diffamées


Trois cas sont envisagés :
Certaines autorités injuriées, outragées ou diffamées doivent prendre elles-mêmes
l’initiative des poursuites : députés et représentants ; jurés ou témoins. On peut
ajouter, bien que le texte soit muet : le Chef de l’État, les membres du gouvernement,
les Présidents d’Institutions et les membres du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Si c’est leur mémoire qui est diffamée ou injuriée, leurs héritiers peuvent agir : en cas
d’injure uniquement si le défunt était Chef de l’État ou du gouvernement ou Président
de l’Assemblée, ou encore diplomate.
Pour d’autres autorités, l’initiative des poursuites appartient soit aux victimes, soit au
Ministère dont elles relèvent : fonctionnaires publics (auxquels les juges doivent être
assimilés), dépositaires et agents de l’autorité publique, citoyens chargés d’un service
ou d’un mandat public.
Enfin, l’outrage envers les Chefs d’État étrangers ou les agents diplomatiques
étrangers accrédités au Burkina Faso, sera poursuivi sur la demande des victimes,
adressée au gouvernement du Burkina Faso par la voie diplomatique. C’est donc le
procureur du Faso qui, en fin de compte, citera l’auteur de l’infraction.

Section II – L’INJURE

Paragraphe 1– Les éléments constitutifs

A – La publicité
Comme la diffamation, l’injure ne constitue un délit que si elle est publique et à
défaut de publicité, elle correspond davantage à la contravention d’injure non
publique.
Est définie comme injure toute expression outrageante, termes de mépris ou invective
ne renfermant l’imputation d’aucun fait précis. Elle ne peut donc pas être effacée par
la vérité du fait.

51
B – Expression outrageante, terme de mépris ou invective
La loi n’exige pas comme en cas de diffamation l’allusion à un fait précis. Peu
importe que l’expression incriminée porte ou non atteinte à l’honneur ou à la
considération.
Son caractère injurieux résulte de sa violence ou de sa grossièreté.
La notion d’injure peut varier dans le temps. Ainsi, il peut y avoir injure ou non selon
l’appartenance à une certaine philosophie ou doctrine, selon l’endroit ou même le
milieu social. Exemple : traiter quelqu’un d’esclave, sauvage dans un contexte de
parenté à plaisanterie.

C – Désignation de la personne visée


L’injure doit avoir été adressée par écrit, dessin ou discours, directement à une
personne ou à un corps protégé par la loi. Même le parent de la personne injuriée peut
s’estimer injurié lui-même.

D – L’intention coupable
L’auteur de l’injure doit avoir agi avec l’intention coupable. Cette intention est
présumée. La présomption de mauvaise foi ne disparaît qu’en présence de faits
justificatifs, ainsi, l’injure n’est pas punie si elle a été provoquée.
La provocation constitue donc en matière d’injure un fait justificatif que le prévenu
doit expressément invoquer. Mais cette provocation ne joue que si l’injure n’intervient
pas trop longtemps après ladite provocation et qu’elle soit proférée à l’adresse de
l’auteur même de la provocation. La provocation est un fait justificatif si l’injure
intervient immédiatement après ladite provocation.

Paragraphe 2 – Les personnes et corps protégés contre l’injure


Les personnes et corps protégés contre l’injure sont les même que ceux protégés par
les articles 115 à 122 de la loi 057-2015/CNT portant régime juridique de la presse
écrite au Burkina Faso.

Paragraphe 3- Principales infractions relatives à la diffamation par voie de


presse

• La publication de secret militaire hormis les cas autorisés par la loi


• Publication portant volontairement atteinte à la vie privée d’autrui par la
publication :
* la publication de paroles prononcées dans un lieu privé
* image privée dans un lieu privé
• La publication d’un montage réalisé avec l’image d’une personne sans son
consentement
• La publication des actes d’instruction préparatoires de crime ou délit
• Des débats des juridictions militaires statuant en matière de sécurité d’Etat
• L’usage de moyens d’enregistrement de son ou d’image lors des audiences
des cours et tribunaux sans l’autorisation du tribunal ou de la cour

52
• Le compte rendu des délibérations des cours et tribunaux
• La diffamation envers les cours et tribunaux, les forces de défense et de
sécurité et les corps constitués
• Diffamation envers les particuliers, groupe de personne du fait de leur
appartenance à une ethnie, religion, race
• Injure envers les particuliers en l’absence de provocation

Paragraphe 4 – La répression
Est punie d’une amende d’un million (1 000 000) à cinq millions (5 000 000) de
francs CFA, quiconque commet un délit d’injure, par voie de presse, envers les
particuliers lorsqu’elle n’est pas précédée de provocation. Le maximum de l'amende
est appliqué si l'injure est commise envers un groupe de personnes qui appartiennent,
à une race, une ethnie, une religion ou un parti politique déterminé, dans le but
d'inciter à la haine entre les citoyens. ( art 121 de la loi 057-2015).

53
TITRE III : LES AUTRES ATTEINTES A LA PERSONNE

CHAPITRE 1 : LES HOMICIDES ET LES BLESSURES INVOLONTAIRES


L’importance des infractions prévues et punies par l’article 522-1 et suivants du Code
Pénal s’accroît de jour en jour. L’intervention de « l’instrument » mis à la disposition
de l’homme n’est pas étrangère à cette évolution. Lorsqu’un ivrogne prend place au
volant de son véhicule dans un état qui ne lui permet pas de le maîtriser, il cause un
accident ; il n’avait pas l’intention de nuire à une personne en particulier mais son
comportement reste nuisible et le résultat prévisible.
De même lorsqu’un automobiliste franchit un feu rouge, il provoque un accident, le
résultat n’était-il pas voulu ?

SECTION I – LES ELEMENTS CONSTITUTIFS

Aux termes de l’article 522-1 du Code Pénal, le fait de causer par maladresse,
imprudence, inattention, négligence ou inobservation d’une loi ou d’un règlement, la
mort d’autrui constitue un homicide involontaire.
L’énonciation de la disposition suscitée fait apparaître trois éléments constitutifs
interdépendants : la faute, le préjudice et le lien de causalité les reliant.
Ce sont ces éléments qui constituent également le délit civil prévu à l’article 1382 du
Code Civil selon lequel tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un
dommage, oblige celui par lequel il est arrivé à le réparer.
A quelles conditions la faute serait-elle incriminée ?

Paragraphe 1- La faute

Les fautes selon l’énumération de l’article 522-1 du Code pénal peuvent être classées
en trois catégories :

a) il peut s’agir d’actes positifs accomplis par maladresse ou imprudence, défaut


d’adresse ou de précaution,

b) il peut s’agir d’actes d’omission, d’inattention ou de négligence. A-t-on le


droit d’être distrait ?
Certainement pas dans l’exercice d’une profession. Le chirurgien qui oublie une pince
dans le corps d’un patient, au cours d’une opération, commet une faute engageant sa
responsabilité.
A-t-on le droit d’être maladroit ?
Le développement du machinisme et des techniques a multiplié les conséquences de
la défaillance humaine. Ainsi, c’est au juge qu’il appartiendra de dire s’il y a ou non
maladresse, puisque le législateur n’a établi aucune liste des maladresses possibles.
L’existence d’un préjudice peut amener le juge à retenir une faute qui n’aura pas été

54
appréciée s’il n’avait pas existé. De nombreuses fautes ne sont pas incriminées dès
lors qu’il n’existe pas de préjudice.

c) Il peut s’agir d’inobservation des règlements.


L’automobiliste qui circule à une vitesse supérieure à la vitesse réglementaire commet
la contravention de dépassement de vitesse autorisée, mais l’inobservation de la
réglementation sera constitutive d’une faute si elle a causé à autrui un préjudice.
Le règlement peut être une loi, un décret, un arrêté ou une règle professionnelle
(déontologie médicale).

On admet facilement qu’enfreindre une disposition réglementaire puisse constituer


une faute, à condition de connaître la réglementation applicable. Certes, nul n’est
censé ignorer la loi, mais la prolifération des dispositions réglementaires suscite leur
inobservation tant il est difficile de savoir ce qu’il faut faire. La conséquence est que
l’auteur d’une faute par inobservation d’un règlement qu’il ignorait, estimera n’avoir
pas commis de faute et être condamné par présomption d’imputabilité. Il a tort mais
dans son esprit, le sentiment d’injustice subsistera.
Quel que soit la gravité de la faute, l’auteur n’a jamais eu l’intention de nuire à autrui,
même s’il devait avoir conscience de parvenir à ce résultat.

Paragraphe 2 – Le préjudice

L’infraction n’existe que s’il y a atteinte à la vie, c’est l’homicide, c’est-à-dire


l’atteinte à la vie qui est pris en compte.
Quel que soit la gravité de la faute, il n’y aura infraction d’homicide ou de blessures
involontaires que si ce résultat est atteint. Le résultat sera déterminant de la
répression, car ce n’est pas la gravité de la faute qui décidera de la répression, mais la
gravité du préjudice.

Paragraphe 3 – Le lien de causalité

La faute doit être la cause directe ou indirecte du préjudice subi. Qu’en est-il lorsque
le préjudice résulte de la commission de plusieurs fautes ou lorsqu’il n’a été possible
que par un concours d’interventions ou d’omissions ?
On peut distinguer plusieurs situations :

- Cas des fautes simultanées


Deux chasseurs tirent dans un fourré sur ce qu’ils croient être un gibier. En fait, il
s’agissait d’un homme qui va être blessé. Tous les deux ont commis une faute, car on
ne doit pas tirer sans voir. La victime n’a reçu qu’une décharge de plomb, mais il est
impossible d’identifier le fusil d’où elle provient, car ils ont tous les deux crée un
risque qui s’est concrétisé par des blessures.
Il en est de même lorsqu’un premier automobiliste heurte un piéton et le projette au
sol et un deuxième vient l’écraser.

55
- Cas de fautes successives
Lorsqu’un accident de la circulation provoque des blessures nécessitant une
hospitalisation, et si le chirurgien commet une faute qui provoque la mort du patient,
l’auteur de l’accident et le chirurgien seront tous deux responsables d’homicide
involontaire.

- La faute de la victime est-elle exonératoire ?


Si cette faute constitue un cas de force majeure, c’est-à-dire qu’elle résulte d’un
événement imprévisible et irrésistible et aux conséquences duquel l’auteur ne pouvait
pas remédier, il n’y aura pas d’infraction.
A défaut, le juge pourra en tenir compte pour atténuer la peine, mais l’infraction sera
constituée. La victime sera indemnisée de son préjudice même si elle a commis une
faute, mais il y aura partage de responsabilité entre l’auteur et la victime.

Paragraphe 4 – L’intention coupable

Il n’y a pas d’intention de nuire. Cette intention est la conscience de commettre une
faute, peu importe que les conséquences aient été ou non prévisibles. L’intention sera
donc examinée, analysée en même temps que la faute. Si l’auteur n’a pas eu
conscience qu’il commettait une faute, il n’y a pas d’infraction.

SECTION II – LA REPRESSION

Toutes les fautes d’imprudence sont de la compétence des juges répressifs. Si le juge
répressif estime qu’il n’y a pas de faute pénale, il ne pourra davantage y avoir de faute
civile. Seule la responsabilité civile par présomption de l’article 1384 du Code Civil
pourra être invoquée devant le juge civil.

La sanction dépendra du préjudice subi, ainsi :

- si la victime décède des suites de ses blessures, même si ces dernières ne sont
qu’en partie la cause du décès, la peine sera un emprisonnement de six (6)
mois à trois (3) ans et une amende de 250.000 F à 2.000.000 F.
La peine est de un (1) an à sept (7) ans et une amende de 500.000 F à
5.000.000 F lorsque :
 l’auteur du délit a agi en état d’ivresse ;
 l’auteur a commis un délit de fuite ou a tenté par tout autre moyen
d’échapper à la responsabilité qu’il peut encourir
S’agissant des conducteurs de véhicule, les peines sont également un
emprisonnement de un (1) an à sept (7) ans et une amende de 500.000 F à
5.000.000 F lorsque :
 le conducteur se trouvait en état d’ivresse ou était sous l’empire d’un
état alcoolique caractérisé par une concentration d’alcool dans le sang

56
ou dans l’air expiré égale ou supérieure aux taux fixés par les
dispositions législatives ou réglementaires du code de la route ou
d’autres lois et règlements ;
 l’homicide involontaire est intervenu en raison du fait que le
conducteur a tenté d’échapper ou a refusé de se soumettre à un
contrôle de sécurité routière ;
 il résulte d’une analyse sanguine ou d’une vérification que le
conducteur avait fait usage de substances ou de plantes classées
comme stupéfiants ;
 le conducteur n’était pas titulaire du permis de conduire exigé par la
loi ou le règlement ou son permis avait été annulé, invalidé, suspendu
ou retenu
 le conducteur a commis un dépassement de la vitesse maximale
autorisée ;
 le conducteur, sachant qu’il vient de causer ou d’occasionner un
accident, ne s’est pas arrêté et a tenté ainsi d’échapper à la
responsabilité pénale ou civile qu’il encourt ;

Les peines sont un emprisonnement de un (1) an à dix (10) ans et une amende de
600.000 F à 10.000.000 F lorsque l’homicide involontaire a été commis avec
plusieurs des circonstances précédemment citées.

- Si la victime est atteinte d’une incapacité totale de travail personnel supérieure


à trois (3) mois :
la peine est un emprisonnement de trois (3) mois à deux (2) ans et une amende
de 250.000 F à 2.000.000 F .
En cas de délit de fuite, de conduite sous l’emprise d’un état alcoolique ou de
stupéfiants, de refus de vérification ou d’obtempérer, les peines du délit sont portées à
l’emprisonnement de six (6) mois à trois (3) ans et une amende de 300.000 F à
3.000.000 FCFA.

- Lorsqu’une même faute entraîne des blessures sur plusieurs personnes dont
l’incapacité temporaire totale est soit inférieure ou égale à six (6) jours
(contravention), soit supérieure ou égale à trois (3) mois, il n’y a pas cumul
des peines mais un seul fait unique punissable. Mais il est d’usage de
distinguer dans la prévention, les deux infractions pour permettre
l’intervention des victimes.

57
CHAPITRE II – LES INFRACTIONS PAR ABSTENTION

C’est le législateur qui, à travers l’article 521-7 du Code pénal, a incriminé certains
faits d’abstention. Cet article fait suite aux articles 131-4 et suivants du Code Pénal
réprimant la complicité. Mais il faut se garder de ce rapprochement trop rapide, car la
complicité suppose un acte positif et il ne faut pas étendre le domaine de l’article 521-
7 pour en faire l’incrimination d’une fallacieuse complicité par abstention.
L’incrimination des actes d’abstention comporte donc des limites qu’il faut se garder
de dépasser.

SECTION I – LA NON ASSISTANCE A PERSONNE EN DANGER

Est concerné par l’article 521-7 du Code Pénal, quiconque pouvant


empêcher par son action personnelle, soit un fait qualifié crime, soit un délit contre
l’intégrité corporelle d’une personne ou pouvant porter à une personne en péril
l’assistance qu’il pouvait prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant des
secours sans risque pour lui ou pour les tiers, s’abstient volontairement de le faire.

Paragraphe 1 – Les éléments constitutifs

A – L’existence d’un danger

Le danger résulte d’un crime ou d’un délit qui va se commettre. Il convient


toutefois de faire une différence entre ces deux infractions. Il y aura danger dans tous
les cas lorsqu’il s’agira d’une atteinte à la personne. L’atteinte à la personne doit
revêtir une certaine gravité, telle que la personne puisse craindre pour sa vie dans les
instants qui vont suivre. Il doit y avoir péril de perdre la vie ou de souffrir d’une grave
lésion corporelle. Peu importe la cause du péril. Les faits peuvent émaner de tiers ou
de la victime elle-même (suicide) ou de tout autre élément matériel.
Un automobiliste auteur de blessures involontaires qui prend la fuite, est
coupable de blessures involontaires, mais est-il coupable de non-assistance à personne
en danger ?
La réponse est affirmative, il sera poursuivi pour non-assistance à personne en
danger.
La loi ne fait donc aucune différence sur l’origine du péril. Elle est toutefois
contestable lorsque le danger résulte d’une infraction volontaire puisque l’auteur se
voit déjà reproché le résultat de son acte.

58
Dès l’instant où il y a intention de nuire peut-il y avoir en outre défaut
d’assistance ? Il est évident que l’on ne peut pas envisager que l’auteur du crime ou
du délit puisse être aussi l’auteur de l’abstention.
Le danger doit-il être imminent ? La notion de péril implique la proximité
du danger. Le danger doit-il être réel ? Oui mais peu importe qu’ultérieurement il
s’avère qu’il n’y avait pas péril ou que l’aide apportée se soit révélée inutile.
Le danger doit menacer une personne humaine en vie, car un cadavre ne se
trouve plus en péril même si une mutilation peut avoir lieu.

B – L’acte d’abstention

L’acte doit être volontaire, mais il n’est pas nécessaire qu’il ait eu intention de nuire
bien que souvent, l’abstention résulte de cette intention. L’acte est caractérisé par le
côté négatif de ce qu’il fallait faire pour éviter le crime ou l’atteinte corporelle. S’il
s’agit de prévenir un crime ou un délit, il faut une action immédiate et s’il s’agit d’un
péril, il faut une assistance par une action personnelle ou en provocant des secours.
Mais l’action immédiate peut être une intervention personnelle ou celle d’un tiers
appelé à l’aide. Pour que l’abstention soit volontaire, encore faut-il que l’auteur ait eu
conscience de la nécessité d’intervenir. C’est in concreto, compte tenu de la
personnalité de l’auteur qu’il faudra rechercher cette notion. Par contre si la victime
refuse des soins prescrits, le médecin ne peut être retenu dans les liens de la
prévention.

C – L’absence de risque

On ne peut exiger d’une personne qu’elle mette sa vie en péril ou celle des autres pour
venir en aide à autrui.
L’auteur de l’abstention peut donc s’exonérer de l’obligation d’agir en justifiant d’un
risque encouru. Le risque doit être encouru soit par celui qui doit agir, soit par des
tiers ou la victime.

Paragraphe 2 – La répression

La peine applicable est un emprisonnement de trois (3) mois à trois (3) ans et une
amende de 250.000 F à 3000.000 F. En principe les dispositions de l’article 521-7 du
Code Pénal ne sont visées que lorsqu’une intention de nuire est sous-jacente et qu’il
n’est pas possible de retenir un acte positif d’action ou de complicité. Le texte permet
donc d’incriminer l’égoïste et de porter atteinte à la liberté individuelle.

SECTION II – LA NON REVELATION DE FAITS DELICTUEUX POUVANT


ETRE REITERES

Paragraphe 1– La non dénonciation d’un crime ou d’un délit

59
Aux termes de l’article 131-4, alinéa 5 du Code pénal, celui qui a
connaissance qu’un crime ou un délit a été tenté ou consommé et qui ne prévient pas
les autorités administratives ou judiciaires alors qu’il est encore possible d’en limiter
les effets ou d’éviter une réitération encourt la peine de l’infraction que son abstention
a causé. Il ne s’agit pas de dénoncer un crime ou un délit mais d’en limiter les
conséquences.

Paragraphe 2 – La non révélation de l’innocence d’une personne article 374-11


du Code Pénal

Celui qui détient la preuve de l’innocence d’une personne incarcérée, soit à


la suite d’un jugement ou d’une détention provisoire et qui volontairement, s’abstient
d’apporter son témoignage aux autorités de justice ou de police est puni :
- S’il s’agit d’un crime, d’une peine d’emprisonnement de deux (2) ans à cinq
(5) ans et d’une amende de six cent mille francs (600.000) à un million cinq
cent mille (1.500.000) FCFA ;

- S’il s’agit d’un délit, d’une peine d’emprisonnement de deux (2) mois à deux
(2) ans et d’une amende de deux cent cinquante mille francs (250.000) à six
cent mille (600.000) FCFA.
Dans ces deux cas, sont exonérés l’auteur, ses complices et ses parents ou alliés
jusqu’au même degré inclus.
Toutefois, n’encourt aucune peine celui qui apporte son témoignage tardivement mais
spontanément (art 374-11 alinéa 2).

60
61
DEUXIEME PARTIE

LES INFRACTIONS CONTRE LA CHOSE PUBLIQUE

TITRE I : LES ATTEINTES A LA FOI PUBLIQUE

La valeur attachée à l’écrit qui, de tout temps a été le moyen de preuve


parfait, a conduit certaines personnes malhonnêtes à imaginer de le falsifier pour
obtenir ce à quoi elles n’ont pas droit. Cette attitude doit être incriminée sous peine de
porter atteinte à la crédibilité de l’écrit. Ainsi, le législateur, dans les articles 373-1 à
373-14 du Code pénal, réprime deux types d’infractions différentes :

- D’une part est sanctionné, celui qui fabrique le faux qui peut porter sur des
écritures publiques ou authentiques ;

- D’autre part est sanctionné, celui qui utilise le faux, il s’agit d’une infraction
distincte car le faussaire n’est pas toujours l’utilisateur.

CHAPITRE 1 - LES FAUX EN ECRITURE

L’infraction de faux suppose l’existence d’un écrit, dont la nature et la


teneur devront être appréciées par les juges. Ne constitue pas un faux l’altération
verbale de la vérité. Celle-ci est réprimée par le délit de faux témoignage (article 374-
2 du Code Pénal) et le délit de faux serment (Art. 374-10).

SECTION I – LES ELEMENTS CONSTITUTIFS

Paragraphe 1– L’écrit protégé

Les articles 373-1 et suivants du Code Pénal répriment les faux en écritures
publiques ou authentiques.

A – Les écritures publiques ou authentiques

62
L’écriture publique est l’œuvre ou est réputée être l’œuvre d’un
fonctionnaire l’écriture authentique est l’œuvre qui émane ou est réputée émaner d’un
officier public ou d’une personne désignée par la loi pour dresser certains actes et
faire certaines constatations.

On distingue quatre catégories d’actes publiques ou authentiques à savoir :

- les actes politiques émanant des pouvoirs législatifs ou exécutifs tels que les
lois, décrets, ordonnances et traités internationaux ;

- les actes judiciaires dressés par les magistrats ou leurs auxiliaires tels que les
jugements, les arrêts, les procès-verbaux d’enquête de gendarmerie ou de
police, les rapports d’experts désignés en justice, les procès-verbaux
d’adjudication… etc.

- les actes administratifs ou extraits d’actes émanant de diverses administrations


telles que les arrêtés ministériels ou préfectoraux, les expéditions d’acte de
naissance ou de décès, les diplômes universitaires, les listes électorales, les
billets de loterie, les reçus de la poste…etc.

- les actes extrajudiciaires établis par les officiers publiques tels que les actes
notariés, les actes d’huissiers, de commissaires-priseurs, d’agent de changes
etc… ;

B – La teneur de l’écrit

L’altération de la vérité doit être réalisée dans un document source d’un


droit ou d’une obligation et porter sur les mentions substantielles de l’acte. Ainsi le
document doit constituer un titre pour être source d’obligation ou avoir une valeur
probatoire. Un écrit peut devenir un titre selon l’usage que l’on en fait. La forme prise
par l’acte importe peu. Ainsi, il peut s’agir d’un document sur lequel est portée une
écriture manuscrite, imprimée ou dactylographiée. Cependant, le document doit avoir
une existence certaine.

Paragraphe 2– L’altération de la vérité

Pour que l’écrit falsifié soit punissable, trois éléments doivent être réunis, à
savoir l’altération de la vérité, causant un préjudice et un élément intentionnel.

A – L’altération de la vérité

Elle peut se réaliser soit par commission, soit par omission, mais il est
nécessaire que le fait énoncé dans le document soit inexact.

63
Le législateur distingue deux procédés que la doctrine et la jurisprudence
classent en deux catégories ; ainsi l’altération de la vérité est soit matérielle, soit
intellectuelle.

1. L’altération matérielle

Le faux est dit matériel lorsqu’il s’effectue par une altération physique d’un
écrit laissant des traces et pouvant être décelée par expertise.
Elle peut consister pour une personne, soit à signer un acte d’un nom qui ne
lui appartient pas ou de celui d’une personne imaginaire, soit à imiter la signature
d’une autre personne.
Elle peut aussi consister dans un changement matériel pouvant être
caractérisé par une addition ou une suppression de clause, une surcharge, un grattage,
un lavage ou une dissimulation ou tous autres procédés fallacieux.
L’altération de la vérité consiste aussi dans la contrefaçon d’écriture par
l’imitation d’une écriture ou dans la fabrication de conventions, dispositions,
obligations ou décharges.

2. L’altération intellectuelle

A la différence de l’altération matérielle, l’altération intellectuelle ne laisse


aucune trace physique. Le faux intellectuel est donc l’altération de la vérité exprimée
par l’auteur d’un écrit, soit par affirmation, soit par omission. En d’autres termes c’est
l’altération du sens ou de la portée des faits que l’acte avait pour objet de constater.
Le faux intellectuel peut résulter de plusieurs procédés :
- la supposition de personnes ; l’auteur du délit énonce faussement dans l’acte le
nom d’une personne n’ayant pas participé à la rédaction de l’acte ;
- la dénaturation de la substance ou des circonstances : c’est par exemple,
l’écriture de « conventions ou dispositions autres que celles qui avaient été
dictées par les parties », ou la constatation comme vrais, des faits faux.
- La simulation : elle consiste à créer un acte apparent qui ne correspond à
aucune opération réelle ou à déguiser un acte véritable sous l’apparence d’un
autre acte pour tromper les tiers.
La preuve de l’altération intellectuelle est souvent plus difficile à apporter.

B – Le préjudice

Le faux est punissable quand il est de nature à occasionner à autrui un


préjudice. Il n’est donc pas nécessaire que le préjudice soit réalisé, il suffit qu’il ait été
possible ;

Le préjudice peut résulter de la nature de l’acte. Ainsi il peut être matériel,


moral ou social.

Le préjudice est matériel quand le faux porte atteinte à la société. Ainsi tout
acte authentique faux porte atteinte à la foi publique attachée à cet acte.
64
C – L’intention frauduleuse

C’est la conscience chez le faussaire d’altérer la vérité et que cette


altération est susceptible de porter préjudice.

Une présomption simple de mauvaise foi est établie lorsque le document


falsifié est un acte authentique ou public. Il importe donc peu qu’il y ait eu ou non
intention de nuire.

Section II – La répression du faux

Paragraphe 1– Le faux en écritures authentiques ou publiques :

Aux termes de l’article 373-11 du Code pénal, le faux en écriture publique


ou authentique est puni :
- d’une peine d’emprisonnement de onze ans à trente ans et d’une amende de
cinq millions (5 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA si le
coupable est un fonctionnaire ou officier public agissant dans le cadre de ses
fonctions ;
- d’une peine d’emprisonnement de cinq ans à dix ans et d’une amende de un
million (1 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA si l’infraction a
été commise par des particuliers

Paragraphe 2– Le faux commis dans certains documents administratifs

L’article 373-2 du Code Pénal prévoit une peine d’emprisonnement de trois


mois à trois ans et une amende de deux cent cinquante mille (250 000) à neuf cent
mille (900 000) francs CFA pour celui qui se fait délivrer indûment des documents
authentiques ou publics, soit en faisant de fausses déclarations, soit en prenant un faux
nom ou une fausse qualité, soit en fournissant de faux renseignements, certificat ou
attestation.

CHAPITRE 2 – L’USAGE DE FAUX


65
L’usage de faux est une infraction distincte du faux, car le faussaire n’est pas toujours
l’utilisateur du faux. Prévu et réprimé par l’article 373-12 du Code pénal, l’usage de
faux sera souvent plus facile à poursuivre, l’identité de l’usager étant plus facile à
connaître que celle du faussaire.

SECTION I – les éléments constitutifs

L’usage de faux suppose un acte d’usage portant sur une pièce fausse et
causant un préjudice. Ainsi, pour être punissable, l’usage de faux doit remplir quatre
conditions :

- il faut qu’il y ait un acte d’usage, consistant à mettre en circulation, une pièce
falsifiée ;

- la pièce doit présenter matériellement les caractères d’un faux punissable,


indépendamment de toute considération relative à la culpabilité de son auteur ;

- celui qui utilise le document faux doit au moment de l’usage, être de mauvaise
foi, c’est-à-dire qu’il doit avoir connaissance de la falsification de la pièce par
lui utilisée ;

- le délit d’usage de faux peut être poursuivi alors que le faux est prescrit, car la
prescription ne court pour l’usage qu’à compter du dernier usage.

SECTION II – les sanctions pénales

L’usage de faux est puni d’un emprisonnement de deux ans à dix ans et
d’une amende de un million (1 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA
lorsqu’il s’agit d’un acte public ou authentique.

CHAPITRE 3- L’USURPATION DE FONCTIONS OU DE TITRE

66
Les infractions d’usurpation de fonctions ou de titres sont en principe des délits
contre la foi publique réglementés par les articles 375-1 à 375-9 du code pénal.
Les infractions abordées sous ce chapitre ont pour point commun de sanctionner des
comportements qui entrainent ou qui sont susceptibles d’entraîner une confusion entre
des activités privées et celles réservées à l’administration publique ou exercées sous
son contrôle.

SECTION I- L’usurpation de fonctions : L’immixtion dans une


Fonction publique, civile ou militaire.

Selon l’article 375-1 du code pénal, l’infraction existe lorsqu’une personne, sans titre,
s’immisce dans des fonctions publiques, civiles ou militaires ou accomplit un acte de
ces fonctions. De cette disposition, se dégagent trois éléments constituant l’infraction.
D’une part, un acte est accompli par une personne agissant sans titre et qui sait qu’elle
n’a aucun titre.
D’autre part, le coupable s’immisce dans l’exercice d’une fonction publique, civile ou
militaire, c'est-à-dire d’une fonction qui investit son titulaire d’une partie de la
puissance publique : fonctionnaires, personnes investies d’un mandat électif public,
officiers publics et ministériels.
Enfin, le coupable doit accomplir l’un des actes réservés au titulaire de cette fonction.
C’est l’exemple d’un gendarme stagiaire ayant usurpé le titre d’administrateur civil
pour obtenir d’une administration des renseignements confidentiels.
L’infraction est punie d’une peine d’emprisonnement de un an à cinq ans et d’une
amende de cinq cent mille (500 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA. Si les
faits d’immixtion correspondent à une infraction plus grave, celle –ci sera retenue
contre l’auteur.

Section II. L’usurpation de signes réservés à l’administration

A- L’usurpation véritable.

L’article 375-3 du code pénal punit cette forme d’usurpation dès l’instant qu’elle est
accomplie par toute personne agissant publiquement et sans droit. Il s’agit du port
d’un costume, un uniforme ou une décoration réglementée par l’autorité publique ;
Le coupable est puni d’une peine d’emprisonnement de trois mois à un an et d’une
amende de cinq cent mille (500 000) à cinq millions (5 000 000) de francs CFA.

B- L’usage créant un risque de confusion

L’article 375-5 sanctionne le fait pour toute personne de revêtir publiquement un


costume présentant une ressemblance de nature à causer intentionnellement une
méprise dans l’esprit du public avec les uniformes militaires et paramilitaires ou de
tout fonctionnaire exerçant des fonctions de police judiciaire ou des forces de police
auxiliaire.

67
L’auteur de l’infraction est puni d’une peine d’emprisonnement de deux mois à six
mois et d’une amende de deux cent cinquante mille (250.000) à six cent mille
(600.000) francs CFA.

Section III. L’usurpation de titres

Cette infraction est prévue par l’article 375-2 du code pénal.


Elle consiste à faire usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession
réglementée par l’autorité publique ou d’un diplôme officiel ou d’une qualité dont les
conditions d’attribution sont fixées par l’autorité publique. C’est l’exemple de
l’utilisation du titre d’avocat par un agent d’affaire, la mention d’un titre dans un
annuaire etc…

Par diplôme officiel, on entend seulement les titres universitaires délivrés par l’Etat
(Baccalauréat, licence, maîtrise, doctorat) à l’exclusion de ceux qui sont délivrés par
des organismes, écoles ou instituts privés.

Quant au terme « qualité », il désigne également un titre délivré par l’autorité


publique, mais sans relation avec l’exercice d’une profession ou la possession d’un
diplôme : membre de la commission vérité justice, membre de l’académie française
par exemple.

L’acte matériel d’usage du titre ou du diplôme se manifeste de façon tout à fait


banale par des mentions sur le papier à en-tête ou sur les cartes de visite, à l’occasion
de témoignages ou de dépositions, voire même au cours de simples affirmations
verbales.

Quant à la publicité, elle résulte selon la formule de la cour de cassation française,


de l’usage de tous les actes de la vie sociale, commerciale et mondaine du titre usurpé.
En cas d’usage d’un titre, diplôme officiel ou d’une qualité dans les conditions sus
indiquées, le coupable est puni d’une peine d’emprisonnement de trois mois à deux
ans et d’une amende de cinq cent mille (500 000) à cinq millions (5 000 000) de
francs CFA, à moins que des peines plus sévères ne soient prévues par un texte
spécial.

Section IV. L’usage irrégulier de qualité

L’article 375-8 du code pénal punit d’une amende de deux cent cinquante mille
(250 000) à six cent mille (600 000) francs CFA le fait de faire figurer ou laisser
figurer certaines qualités, bien réelles et usurpées dans l’exercice de certaines
professions. IL s’agit de celle d’ancien magistrat, d’ancien officier de police
judiciaire, d’ancien notaire, d’ancien huissier, d’ancien avocat, de fonctionnaire,
d’ancien fonctionnaire, de gradé militaire ou d’ancien gradé militaire sur tous
documents ou écrits quelconques utilisés dans le cadre de l’activité.

68
La peine est un emprisonnement de deux mois à six mois et d’une amende de deux
cent cinquante mille (250 000) à six cent mille (600 000) francs CFA lorsque l’auteur
en sa qualité de fondateur, directeur ou gérant de société ou d’établissement à objet
commercial, industriel ou financier a laissé figurer le nom d’un ancien membre du
gouvernement, ou d’une institution dans toute publicité faite dans l’intérêt de
l’entreprise qu’il dirige. (Article 375-9).

69
TITRE II : LES INFRACTIONS CONTRE LA CONSTITUTION ET LA PAIX
PUBLIQUE

CHAPITRE I – LES DETOURNEMENTS OU LES DISSIPATIONS COMMIS


PAR LES FONCTIONNAIRES PUBLICS, OU LES PARTICULIERS : LE
DETOURNEMENT DE BIENS PUBLICS

L’infraction qui était prévue et punie par l’article 59 de la loi 004-2015/CNT portant
prévention et répression de la corruption au Burkina Faso a été reprise par les articles
332-17 du code pénal.

Paragraphe 1 – Les éléments constitutifs

Aux termes de l’article 332-17 du code pénal, toute personne qui


« détourne ou dissipe à des fins personnelles des deniers publics, effets actifs en
tenant lieu, titres de paiement, valeurs mobilières, acte contenant ou opérant
obligations ou décharge, matériels ou objets mobiliers appartenant, destinés ou
confiés à l’État, aux collectivités ou établissements publics, aux organismes ou
sociétés bénéficiant d’une participation de l’État, qu’elle détient en raison de ses
fonctions, est coupable de détournement de biens publics ».

A – Le détournement ou la dissipation

L’article 332-17 du code pénal emploie les expressions détournement ou


dissipation, cela suppose que l’auteur était déjà en possession des objets qu’il
s’approprie. L’infraction se rapproche de ce point de vue de l’abus de confiance.

B – Les objets ou les biens susceptibles de détournement ou de dissipation

Le détournement doit porter sur des choses limitativement déterminées par


l’article 332-17 ci-dessus. En faisant varier les pénalités suivant la valeur des choses
détournées ou dissipées, la loi indique nettement que ces choses doivent être des
sommes d’argent ou des effets ou objet représentant des sommes d’argent ou ayant
une valeur estimable en argent. Les choses détournées ou dissipées doivent être des
deniers publics, des effets actifs en tenant lieu, des pièces de paiement, des titres de
bourses ou enfin des actes et effets mobiliers, expression vague dans laquelle doivent
rentrer tous objets susceptibles d’estimation et compris les denrées ou marchandises
dont la garde ou la manutention est confiée à des comptables matière.

C – La qualité de l’auteur

L’auteur du détournement ou de la dissipation peut être un fonctionnaire ou


toute autre personne. Ainsi, la qualité de fonctionnaire n’est pas un élément
caractéristique de l’infraction.
70
D – La détention des valeurs en raison des fonctions

L’infraction est un délit de fonction. L’auteur doit avoir détourné des


valeurs qu’il détenait en vertu de ses fonctions.

E – L’intention coupable

L’intention frauduleuse est la conscience de commettre un détournement ou


une dissipation. Elle est requise pour que l’infraction soit constituée.

Paragraphe 2 – Les pénalités


La peine est fonction du montant des biens détournés qui peut changer la nature de
l’infraction.
Si la valeur des biens détournés est inférieure ou égale à un million (1 000
000) de francs CFA, la peine est un emprisonnement de un an à cinq ans et une
amende égale au triple de la valeur du bien détourné sans que cette amende puisse être
inférieure à un million (1 000 000) de francs CFA ;
Si le détournement porte sur des biens dont la valeur est supérieure à un
million (1 000 000) de francs CFA et inférieure ou égale à dix millions (10 000 000)
de francs CFA, la peine est un emprisonnement de cinq ans à dix ans et une amende
égale au triple de la valeur du bien détourné sans que cette amende puisse être
inférieure à cinq millions (5 000 000) de francs CFA ;
Si la valeur du détournement est supérieure à dix millions (10 000 000) de
francs CFA, le détournement de deniers publics devient un crime puni d’une peine
d’emprisonnement de onze ans à vingt et un ans et d’une amende égale au triple de la
valeur du bien détourné sans que cette amende puisse être inférieure à dix millions (10
000 000) de francs CFA.

Dans les deux derniers cas, la juridiction peut en outre prononcer l’interdiction
d’exercice des droits civiques pour une durée qui ne peut excéder cinq ans.

SECTION II – L’ENRICHISSEMENT ILLICITE


L’enrichissement illicite est une infraction prévue et réprimée par l’article
332-24 du Code pénal.

Paragraphe 1– Les éléments constitutifs


Est coupable du délit d’enrichissement illicite, toute personne qui se sera
enrichie en se servant de deniers, matériels, titre, acte, objet et effet ou toute autre
moyen appartenant à l’État.

Paragraphe 2– Les pénalités

Toute personne reconnue coupable d’enrichissement illicite sera punie


conformément aux dispositions de l’article 332-17 du Code Pénal, c’est-à-dire comme
en matière de détournement de deniers publics.
71
72
CHAPITRE 2 – LA CONCUSSION

Selon l’article 332-9 du code pénal, la concussion est le fait pour tout agent
public de recevoir, d’exiger ou ordonner de percevoir ce qu’il sait ne pas être ou
excéder ce qui est dû, soit à lui-même, soit à l’administration, soit aux parties pour
lesquelles il perçoit.

SECTION I – LES ELEMENTS CONSTITUTIFS

Paragraphe 1–La qualité du coupable

La concussion doit être un abus de la puissance publique ; il est nécessaire


que son auteur soit investi d’une partie de cette puissance. Ainsi, le coupable ne peut
être qu’un agent public, c'est-à-dire un fonctionnaire ou officier public tel qu’un
maire, un policier, un magistrat, un commis ou préposé du fonctionnaire agissant au
nom de son supérieur.

La loi s’applique à tous les agents publics même s’ils n’ont pas
d’attributions financières.

Paragraphe 2 – La perception indue

L’acte du coupable consiste en principe à recevoir, à exiger ou à ordonner


de percevoir une somme non due ou excédant ce qui était dû en la présentant comme
légalement due sans quoi il y aurait corruption de fonctionnaire.

La victime est normalement un administré et peu importe alors que celui-ci


ait ou non conscience de l’abus commis à son endroit. La victime peut être aussi une
caisse publique. Peu importe que l’indu soit perçu à titre de droit, taxe ou
contribution, à titre de traitement ou salaire ou tout simplement à titre de deniers
revenus publics ou communaux.

Paragraphe 3 – L’intention coupable

Le fonctionnaire, l’officier public ou l’employé n’est concussionnaire que


s’il sait que la somme qu’il perçoit, exige ou ordonne de percevoir n’est pas due ou
excède ce qui est dû.

Peu importe son mobile même désintéressé. Peu importe que la somme ait
été exigée par perception illicite, par excès de zèle et sans l’intention de se
l’approprier.

SECTION II – LES PEINES APPLICABLES

Si la totalité des sommes indûment perçues est inférieure ou égale à cinq


cent mille (500 000) francs, l’auteur sera puni d’un emprisonnement de un an à cinq
73
ans et d’une amende égale au double du produit de l’infraction sans que cette amende
puisse être inférieure à deux millions (2 000 000) de francs CFA.

Si le montant des sommes indûment perçues est supérieur à 500.000 F, la


peine est un emprisonnement de cinq ans à dix ans et d’une amende égale au double
de la valeur du produit de l’infraction, sans que cette amende puisse être inférieure à
dix millions (10 000 000) de francs CFA.

74
CHAPITRE III – LA CORRUPTION, TRAFIC D’INFLUENCE INGERENCE
DES FONCTIONNAIRES DANS LES AFFAIRES DU COMMERCE
INCOMPATIBLE AVEC LEUR QUALITE

La lutte contre la corruption et pour la promotion de la « bonne gouvernance » sont


aujourd'hui des priorités politiques internes et de la coopération internationale. Le
Burkina Faso ne fait pas exception à cette règle. En effet, il existe dans ce pays
plusieurs structures gouvernementales de lutte contre la corruption. Ainsi, dans le
cadre de la moralisation du monde des affaires et de la bonne gouvernance, la loi
sanctionne le recours à des procédés frauduleux pour obtenir la conclusion de
certaines affaires. Il en est ainsi en cas de corruption et de trafic d'influence ou de
favoritisme. La corruption et le trafic d'influence supposent que soit établi et sans
ambiguïté, l'existence d'un pacte conclu entre corrupteur et corrompu antérieurement à
la remise des fonds ou des dons sollicités ou promis en échange de l'accomplissement
d'un acte promis ou de son abstention. Dès que ce pacte est établi, peu importe par la
suite l'ordre dans lequel seront exécutées les obligations souscrites par chaque partie
au pacte. Quelles sont alors les dispositions légales dont disposent les institutions
burkinabé pour faire face à ces fléaux que sont la corruption, le trafic d'influence et
autres ingérences des fonctionnaires dans les affaires incompatibles avec leur qualité ?
Les lignes qui suivent répondront à cette question relativement à chacune de ces
infractions.

75
CHAPITRE IV – L’ABUS D’AUTORITE

SECTION I - LA VIOLATION DE DOMICILE

L’article 341-6 du Code Pénal, protège contre les abus des représentants de l’autorité
le domicile des citoyens, dont l’inviolabilité est une partie des garanties de la liberté.

L’infraction suppose deux (2) éléments :

a) Il faut, en premier lieu, que le fonctionnaire ou dépositaire de l'autorité


publique se soit introduit au domicile d’autrui. La notion de domicile est prise
au sens large. Le domicile, dont la violation est punie, n’est pas seulement le
lieu où une personne a son principal établissement, c’est le local qui sert à son
habitation, son chez soi. Il importe peu, qu’il s’agisse d’une demeure purement
temporaire, comme une chambre meublée. La loi protège aussi les
dépendances du domicile, tels que la cour ou le jardin, pourvu que ces
dépendances soient comprises dans la clôture. Il ne suffit pas que le local soit
destiné à l’habitation, il faut aussi qu’il soit habité. Mais peu importe que lors
de la violation l’habitant soit présent ou absent ;

b) En deuxième lieu, il faut que l’auteur de la violation de domicile soit un


dépositaire de l'autorité publique, c’est-à-dire un fonctionnaire de l’ordre
administratif, judiciaire, un officier de police, commandant ou un agent de la
force publique. Il faut d’ailleurs que le fonctionnaire ou agent agisse en sa
qualité, abusant ainsi de son autorité. Il faut encore que le fonctionnaire ou
agent pénètre au domicile du particulier en dehors des cas prévus par la loi ou
sans observer les formes légales.

Un fonctionnaire, peut pénétrer chez un particulier, lorsqu’il s’agit d’opérer une


arrestation, en exécution soit d’un mandat d’arrêt ou d’amener, soit d’un jugement
portant condamnation à une peine d’emprisonnement ou à la contrainte par corps.

En outre, la loi permet aux officiers de police judiciaire de pénétrer dans les lieux
publics, (cafés, auberges, boutiques, etc.) tant qu’en fait ils sont ouverts au public.
Mais cette faculté n’est accordée que pour constater les infractions qui peuvent s’y
commettre, et sauf, le cas de crime flagrant, l’officier ne pourrait ni effectuer une
perquisition, ni opérer une saisie.

Les officiers de police peuvent effectuer des visites domiciliaires pour


découvrir les preuves d’un délit. Ils opèrent ces visites, soit de leur propre autorité,
lorsqu’il y a crime flagrant, soit en cas de délit commis dans l’intérieur d’une maison,
lorsque le chef de la maison les requiert de le constater. En dehors de ces hypothèses,
le juge d’instruction peut seul effectuer une perquisition ou donner commission
rogatoire à un autre juge d’instruction ou un officier de police judiciaire qui a ainsi les
droits du magistrat instructeur.
76
Toutefois, une perquisition peut être opérée sans ordre du juge
d’instruction, un officier de police judiciaire ou même par la gendarmerie, si
l’intéressé y consent librement.
Le coupable de l’abus est puni d’une peine d’emprisonnement de trois mois à deux
ans et d'une amende de deux cent cinquante mille (250 000) à six cent mille (600 000)
francs CFA.

SECTION II – L’EMPLOI DE VIOLENCES SANS NECESSITE

Lorsqu’un fonctionnaire ou agent de la force publique, dans l’exercice ou à


l’occasion de ses fonctions, a, sans motif légitime, usé ou fait user de violences envers
les personnes, sa qualité constitue une circonstance aggravante du délit ou du crime
par lui ainsi commis. La peine encourue, est celle prévue par la règle à l’article 344-1
du Code Pénal. (C’est-à-dire du maximum de la peine, s’il s’agit d’un délit ;
˗ de l’emprisonnement de onze à trente ans, si le crime emporte contre tout autre
auteur la peine d’emprisonnement de plus de dix ans).

En revanche, si, le fonctionnaire ou l’agent, a eu un motif légitime d’exercer les


violences, il n’encourt aucune peine.

La loi ne précise pas ce qu’il faut entendre par « motifs légitime » et laisse ce point
à l’appréciation des juges. Ce peut être l’ordre de la loi ou la nécessité de se défendre.
Le motif légitime est plus large que la légitime défense ; ainsi l’agent, prenant lui-
même, l’offensive pour exécuter un ordre de justice, peut user de violences s’il
rencontre une résistance, sans toutefois que, la violence soit hors de proportion avec
l’importance de l’ordre. Il semble que la provocation doit être considérée comme un
motif légitime.

Cependant, il paraît bien que, dans l’intention du législateur, l’existence d’un motif
légitime soit un « fait justificatif » enlevant à l’acte tout caractère répréhensible.

SECTION III – LA VIOLATION DU SECRET DES CORRESPONDANCES

L’article 341-8 du Code Pénal punit d’une peine d’emprisonnement de six mois à dix
ans et d’une amende de trois cent mille (300 000) à un million cinq cent mille (1 500
000) francs CFA tout fonctionnaire ou agent préposé de l’administration des postes
qui a supprimé ou ouvert une lettre confiée à la poste.

Le coupable peut être en outre interdit de tout emploi public pour une durée qui ne
peut excéder cinq (5) ans.

Il doit s’agir de la suppression ou de l’ouverture d’une lettre.

77
A la suppression définitive doivent être assimilés la suppression momentanée, le
retard volontaire dans la transmission ou dans la distribution.

L’ouverture suppose un pli clos et cacheté. Il n’y aura donc pas délit si l’agent avait
pris connaissance du contenu d’un paquet d’imprimés circulant sous pli non cacheté.
De même, s’il avait révélé la correspondance écrite sur une carte postale. Toutefois, si
la simple ouverture de plis non clos n’est pas visée par le texte, il en est autrement de
leur suppression. La loi s’applique à la suppression de prospectus ou circulaires sous
bandes de cartes postales et même de télégrammes.

Au-delà des correspondances confiées à la poste, l’article 525-4 punit d’une peine
d’emprisonnement de deux mois à un an et d’une amende de deux cent cinquante
mille (250 000) à six cent mille (600 000) francs CFA, quiconque, de mauvaise foi,
ouvre ou supprime les lettres ou correspondances adressées à des tiers.
La même peine est encourue pour celui qui, de mauvaise foi :
˗ retarde ou détourne des correspondances arrivées ou non à destination et adressées à
des tiers ;
˗ prend frauduleusement connaissance du contenu ;
˗ intercepte, détourne, utilise ou divulgue des correspondances émises, transmises ou
reçues par la voie électronique ou procède à l'installation d'appareils conçus pour
réaliser de telles interceptions.

Dans ces cas, sont couverts par une immunité les père, mère, tuteur ou responsable à
l’égard des enfants mineurs non émancipés lorsqu’ils agissent dans l’intérêt de ces
derniers.

78
TITRE 3 : LES CRIMES ET DÉLITS CONTRE LA SÛRETÉ DE
L’ETAT

CHAPITRE I – LES ATTEINTES A LA SURETE EXTERIEURE DE L’ETAT

La loi pénale punit divers agissements qui compromettent la sûreté de l’État, soit sa
sûreté extérieure, en favorisant les entreprises de puissances étrangères, ou en portant
atteinte à la défense nationale, soit sa sûreté intérieure, leurs auteurs, cherchant à
renverser le gouvernement établi, à modifier, par d’autres voies que les voies à l’unité
du pays.

SECTION I – LA TRAHISON

Sous le nom de trahison, le Code Pénal punit les infractions suivantes :

Paragraphe 1 – Port d’armes contre le Burkina Faso

Tout Burkinabé, qui prend du service dans une armée ennemie contre l’Etat
Burkinabé, est coupable des faits de trahison aux termes de l’article 311-1 alinéa 1 er
du Code Pénal.

Paragraphe 2 – Intelligences favorisant les armées étrangères

L’article 311-1 alinéa 2 du Code Pénal, vise tout Burkinabé qui entretient
des intelligences avec une puissance étrangère en vue de l’engager à entreprendre des
hostilités contre le Burkina Faso, ou lui en fournit les moyens, soit en facilitant la
pénétration des forces étrangères sur le territoire, soit en ébranlant la fidélité des
armées de terre ou de l’air, soit en toute autre manière.

Ce texte prévoit deux (2) infractions distinctes :

La première suppose l’entretien d’intelligences avec une puissance


étrangère dans un but déterminé, qui est d’engager cette puissance à entreprendre des
hostilités contre le Burkina Faso. La loi ne précise pas ce qu’il faut entendre par
« intelligences » et elle laisse au juge le soin d’en constater souverainement
l’existence.

A la différence du cas visé à l’article 311-1 alinéa 1 er, le crime peut être
commis en temps de paix et il est d’ailleurs caractérisé même si les intelligences n’ont
pas abouti au résultat recherché.

La deuxième infraction prévue par l’article 311-1 alinéa 2, réprime le fait


de fournir à une puissance étrangère des moyens d’entreprendre des hostilités contre
le Burkina.

79
Elle peut se commettre soit en facilitant la pénétration des forces étrangères
sur le sol burkinabé, soit en ébranlant la fidélité des armées Burkinabé, par exemple
en provoquant des mutineries, soit enfin, dit la Loi, volontairement imprécise, « de
toute autre manière ».

Paragraphe 3 – La livraison de territoire ou matériel à l’ennemi

L’article 311-1 alinéa 3 punit tout Burkinabé qui livrera à une puissance
étrangère ou à ses agents, soit des troupes Burkinabé, soit des ouvrages, postes,
arsenaux, matériels, munitions ou appareils de navigation aérienne ou de locomotion
ferroviaire, appartenant au Burkina Faso ou affectés à sa défense. On entend par agent
d’une puissance étrangère, tout individu, chargé d’une mission d’un gouvernement
étranger. Mais l’existence de cette mission, qui est généralement secrète, est une
question de fait abandonnée à la conscience des juges.

Paragraphe 4– la provocation adressée à des militaires de passer au service de


l’ennemi

L’article 311-2, punit tout Burkinabé qui, en temps de guerre, ou bien incite
des militaires à passer au service d’une puissance étrangère, ou leur en facilitera les
moyens, ou bien fera des enrôlements par une puissance en guerre avec le Burkina.

Dans le premier cas, le crime n’est constitué que si la provocation est


adressée à des militaires en activité de service.

Dans le deuxième cas, l’enrôlement par une puissance en guerre avec le


Burkina est punissable alors même qu’il concerne les civils.

Paragraphe 5– L’intelligence avec une puissance étrangère

L’article 311-2 alinéa 4 du Code Pénal, punit tout Burkinabé qui, en temps
de guerre, entretiendra des intelligences avec une puissance étrangère ou avec ses
agents en vue de favoriser les entreprises de cette puissance contre le Burkina Faso.

Paragraphe 6– La livraison d’un secret de la défense nationale

L’article 312-2 du Code Pénal, punit d’une peine d’emprisonnement de un


an à dix ans et d’une amende de deux cent cinquante mille (250 000) à trois millions
(3 000 000) de francs CFA, qui livrera à une puissance étrangère ou à ses agents, sous
quelque forme et par quelques moyens que ce soit, un secret de la défense nationale,
ou qui s’assurera par quelque moyen que ce soit la possession d’un secret de cette
nature en vue de le livrer à une puissance étrangère ou à ses agents le porte ou le
laisse porter à la connaissance du public.

La livraison ou la prise de possession, prévues par le texte, se fait par « tout


moyens ». La loi, volontairement très large, veut atteindre toutes les formes plus
80
directes ou dissimulées que peut revêtir la livraison et tous agissements susceptibles
de prendre la prise de possession du secret.

La prise de possession, peut, notamment se réaliser par des prises de


photographies, levés, dessins, opérations topographiques, ou par la pénétration dans
des ouvrages militaires. La livraison doit être faite à une puissance étrangère, ou la
prise de possession doit être faite en vue de livrer le secret à une puissance étrangère.
Il n’est pas nécessaire que la puissance étrangère soit en état de guerre avec le
Burkina.

Aux termes de l’article 312-6 du Code Pénal, sont notamment réputés


secrets de la défense nationale :

1) Les renseignements d'ordre militaire, diplomatique, économique ou industriel qui,


par leur nature ne doivent être connus que des personnes qualifiées pour les détenir et
doivent, dans l'intérêt de la défense nationale, être tenus secrets à l'égard de toute autre
personne ;

2) Les objets, matériels, écrits, dessins, plans, cartes, levés, photographies ou autres
productions et, tous autres documents quelconques qui, par leur nature, ne doivent être
connus que des personnes qualifiées pour les manier ou les détenir, et doivent être
tenus secrets à l'égard de toute autre personne comme pouvant conduire à la
découverte de renseignements appartenant à l'une des catégories ci-dessus visées ;

3) Les informations militaires de toute nature non rendues publiques par le


gouvernement et non comprises dans les énumérations ci-dessus dont la publication,
la diffusion, la divulgation ou la reproduction aura été interdite par une loi ;

4) Les renseignements relatifs soit aux mesures prises pour découvrir et arrêter les
auteurs et les complices de crimes ou délits contre la sûreté extérieure de l'État, soit à
la marche des poursuites et de l'instruction, soit aux débats devant la juridiction de
jugement.

Paragraphe 7 – La destruction volontaire de matériel

Aux termes de l’article 311-1 alinéa 5, commet encore un acte de trahison,


tout Burkinabé qui détruira ou détériorera volontairement un appareil de navigation
aérienne, un matériel, une fourniture, une construction ou une installation susceptible
d’être employés pour la défense nationale, ou pratiquera sciemment, soit avant, soit
après leur achèvement, des malfaçons de nature à les empêcher de fonctionner ou à
provoquer un accident.

Paragraphe 8 – La participation à une entreprise de démoralisation

Aux termes de l’article 311-2 alinéa 6, est coupable de trahison, tout


Burkinabé qui aura participé sciemment à une entreprise de démoralisation de
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l’Armée (ou de la population), ayant pour objet de nuire à la défense nationale. Ce
texte a pour but d’atteindre des propagandes nuisibles à la défense de la patrie.

Paragraphe 9– La provocation à la trahison

La provocation, même non suivie d’effets, est un crime aux termes de


l’article 311-5 du Code Pénal et punie comme la trahison elle-même. Il n’est pas
nécessaire qu’elle soit accompagnée de dons, promesses ou menaces, et peut donc
résulter de simples conseils, mais il faut qu’elle soit intentionnelle. La loi punit
comme la provocation, l’offre même non acceptée de commettre l’un des crimes
constitutifs de la trahison.

SECTION II – L’ESPIONNAGE

La distinction entre la trahison et l’espionnage est incertaine.

La jurisprudence adoptait un critère d’ordre subjectif. Le fait était qualifié


trahison, si le coupable avait agi dans l’intention de précipiter un État dans la guerre,
et espionnage s’il avait plutôt agi par cupidité ou légèreté.

Il n’existe plus désormais de différence spécifique entre la trahison et


l’espionnage. Les mêmes faits sont constitutifs, de l’un ou l’autre crime selon que
l’auteur est Burkinabé ou étranger.

En conséquence, est coupable d’espionnage tout étranger qui commettra


l’un des crimes énumérés aux articles 311-1 (trahison) et suivants du Code Pénal, à
l’exception du crime prévu par l’article 311-1 alinéa 1 qui, caractérisé par le fait de
porter les armes contre le Burkina, n’est punissable que lorsqu’il est commis par un
Burkinabé.
En matière d’espionnage comme en matière de trahison, la provocation à
commettre l’un des crimes prévus par la loi (ou l’offre de le commettre) est punie
comme le crime lui-même (article 311-5 du Code Pénal).

SECTION III – LA JURIDICTION COMPETENTE

Les crimes de la sûreté extérieure de l’État, commis en temps de paix


comme en temps de guerre, relèvent dans tous les cas des tribunaux militaires, que
leurs auteurs soient civils ou militaires.

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CHAPITRE II – LES CRIMES ET DELITS CONTRE LA SURETE
INTERIEURE DE L’ETAT

Le Code Pénal réprime les crimes et délits suivants contre la sûreté intérieure de
l’Etat.

SECTION I – LES ATTENTATS ET COMPLOTS TENDANT A DETRUIRE


OU CHANGER LE GOUVERNEMENT OU A INCITER LES CITOYENS A
S’ARMER CONTRE L’AUTORITE

Les articles 313-1 et 313-2 du Code Pénal punissent l’attentat ou le


complot dont le but est, soit changer par la violence le régime légal, soit d’exciter les
citoyens ou habitants à s’armer contre l’autorité légale, soit de porter atteinte à
l'intégrité du territoire national ou encore d'organiser le massacre et la dévastation.

L’attentat doit se caractériser par un acte d’exécution commencée. C’est


ce qu’exprime la loi en décidant que « l’exécution ou la tentative constituent seules
l’attentat ». La loi ne précise pas quels actes peuvent être considérés comme actes
d’exécution. Elle se borne à indiquer que ces actes doivent tendre à détruire ou
changer le gouvernement, exciter les citoyens ou habitants à s’armer contre l’autorité
(constitutionnelle) (article 313-1 du Code Pénal).

Le complot se caractérise, en dehors de tout acte d’exécution, par la seule


résolution concertée et arrêtée par deux ou plusieurs personnes de commettre un
attentat. Il est nécessaire qu’il y ait résolution d’agir arrêtée et concertée entre deux ou
plusieurs personnes. Si cette résolution n’existait pas, il n’y aurait qu’un projet, une
pensée criminelle échappant à toute répression.

Cette résolution doit avoir pour but de commettre un attentat et tendant par
conséquent à détruire ou changer le gouvernement ou à exciter à s’armer contre
l’autorité, attenter à l’intégrité du territoire ou organiser le massacre et la dévastation.

Le complot est puni de l'emprisonnement de onze ans à vingt et un ans.

Si le complot a été suivi d’un acte commis ou commencé pour en préparer


l’exécution, il y a attentat puni d'un emprisonnement de onze ans à trente ans. 313-2

L’article 313-3 du code pénal punit d’une peine d’emprisonnement de un


an à dix ans et d'une amende de trois cent mille (300 000) à deux millions (2 000 000)
de francs CFA, quiconque fait une proposition non agréée de former un complot pour
commettre l’un des crimes prévus à l’article 313-1 du code pénal.

La sanction complémentaire concerne l'interdiction des droits civiques pour une durée
qui ne peut excéder cinq ans.

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SECTION II – L’EXCUSE ABSOLUTOIRE

Dans tous les cas de crimes ou délits contre la sûreté intérieure de l’Etat,
établis par le Code pénal, l’excuse absolutoire de l’article 217-1 du Code Pénal, joue
comme pour les crimes ou délits contre la sûreté extérieure. L’exemption de peine est
établie en faveur de celui qui, avant toute exécution ou tentative d’un crime ou délit,
en donne le premier, connaissance aux autorités administratives ou judiciaires. Elle
n’est que facultative si la dénonciation intervient après la consommation ou la
tentative du crime ou délit, mais avant l’ouverture des poursuites. Elle est également
facultative en faveur du coupable qui, après l’ouverture des poursuites, procure
l’arrestation des auteurs ou complices de la même infraction ou d’autres infractions de
même nature ou de même gravité. (Article 311-8 du code pénal pour ce qui concerne
la trahison et l’espionnage).

L’interdiction de séjour peut être prononcée contre ceux qui bénéficient de cette
exemption de peine.

Il y a toutefois lieu de relever que dans le nouveau code pénal, il n’est visiblement pas
prévu d’excuses pour les infractions d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

****************** FIN DU COURS********************

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