Extra Its
Extra Its
Dans de nombreuses applications économiques, la variable dépendante est qualitative et peut prendre plusieurs
modalités. Lorsque ces modalités sont non ordonnées, on utilise les modèles multinomiaux. En revanche, lorsque
les modalités suivent un ordre naturel, les modèles ordonnés sont plus appropriés. Ce chapitre présente ainsi les
fondements théoriques, les spécifications économétriques, les méthodes d’estimation, les principaux tests de
validation et l’interprétation des résultats pour ces deux grandes familles de modèles. Il met également l’accent
sur les critères et tests économétriques permettant de choisir le modèle le plus adapté, notamment les tests des
hypothèses structurelles et les critères d’information.
SECTION 1 : Les modèles multinomiaux (choix non ordonné)
Les modèles multinomiaux sont utilisés lorsque la variable dépendante qualitative comporte plus de deux
modalités sans ordre naturel entre elles. Ils permettent d’analyser les décisions individuelles consistant à choisir
une alternative parmi plusieurs options exclusives, en s’appuyant sur le cadre théorique de l’utilité aléatoire, par
exemple :
Choix du mode de transport : voiture / bus / train
Type de contrat de travail : CDI / CDD / indépendant
Niveau de satisfaction : faible / moyen / élevé
Choix de filière universitaire
Cette section présente les fondements théoriques des modèles multinomiaux, leurs principales spécifications
économétriques, les méthodes d’estimation, ainsi que les tests de validation et les outils d’interprétation des
résultats, en mettant l’accent sur le modèle Logit multinomial et ses extensions.
1. Cadre théorique : la théorie de l’utilité aléatoire
Les modèles multinomiaux reposent sur la théorie de l’utilité aléatoire, selon laquelle un individu i associe une
utilité à chaque alternative j parmi un ensemble de choix J. Cette utilité est partiellement observable et s’écrit :
U ij =V ij +ε ij = X ' i β j+ ε ij
où Xi représente les caractéristiques observables de l’individu, βj les paramètres spécifiques à l’alternative j, et εij
un terme d’erreur capturant les facteurs non observés. L’individu choisit l’alternative qui maximise son utilité.
Ce cadre permet de relier la probabilité de choix aux caractéristiques individuelles et contextuelles.
2. Le modèle Logit Multinomial (MNL)
Le modèle Logit multinomial suppose que les termes d’erreur εij suivent une loi Gumbel (extrême valeur de type
I), indépendants et identiquement distribués. La probabilité que l’individu iii choisisse l’alternative j est donnée
par :
'
exp ( X i β j )
Pij = j
Pour assurer l’identification du modèle, une alternative est choisie comme catégorie de référence, dont les
coefficients sont normalisés à zéro.
Les paramètres sont estimés par la méthode du maximum de vraisemblance, qui consiste à maximiser la log-
vraisemblance associée aux probabilités de choix observées. Cette méthode garantit des estimateurs consistants et
asymptotiquement normaux sous les hypothèses du modèle.
2.3. Hypothèse d’indépendance des alternatives non pertinentes (IIA)
L’hypothèse d’indépendance des alternatives non pertinentes (Independence of Irrelevant Alternatives, IIA) est
une hypothèse centrale du modèle Logit multinomial. Elle stipule que le rapport des probabilités de choix entre
deux alternatives quelconques est indépendant de la présence, de l’absence ou des caractéristiques des autres
alternatives disponibles. Autrement dit, l’introduction ou la suppression d’une alternative supplémentaire ne doit
pas modifier les préférences relatives entre deux alternatives existantes.
D’un point de vue formel, pour deux alternatives j et k, l’hypothèse IIA implique que :
P ij
=exp (Xi ' (βj−βk ))
P ik
Ce rapport dépend uniquement des caractéristiques observables de l’individu et des paramètres associés aux
alternatives j et k, mais pas des autres alternatives.
Intuition économique
L’hypothèse IIA est raisonnable lorsque les alternatives sont bien distinctes et faiblement substituables. En revanche,
elle devient problématique lorsque certaines alternatives sont proches ou partagent des caractéristiques communes,
car elle impose une structure de substitution irréaliste.
Le modèle Probit multinomial constitue une alternative économétriquement plus flexible au Logit multinomial,
notamment en présence de corrélation entre les alternatives. Toutefois, en raison de sa complexité d’estimation,
son utilisation doit être justifiée par des arguments empiriques solides, en particulier par le rejet de l’hypothèse IIA
dans le cadre du Logit multinomial.
SECTION 3 : Comparaison des modèles multinomiaux, choix du modèle et analyse des
résultats
Cette section a pour objectif de présenter une démarche économétrique complète, allant de la comparaison des modèles
multinomiaux à l’interprétation économique des résultats du modèle retenu. Elle met l’accent sur les critères théoriques,
empiriques et pratiques guidant le choix entre le Logit multinomial et le Probit multinomial.
1. Comparaison entre le Logit multinomial (MNL) et le Probit multinomial (MNP)
Le Logit multinomial et le Probit multinomial reposent tous deux sur la théorie de l’utilité aléatoire, mais se
distinguent par leurs hypothèses, leurs propriétés et leurs domaines d’application.
Le Logit multinomial (MNL) suppose des erreurs indépendantes et identiquement distribuées selon une loi de
Gumbel, ce qui implique l’hypothèse d’indépendance des alternatives non pertinentes (IIA).
Ses principaux avantages résident dans sa simplicité de spécification et d’estimation, la disponibilité de tests bien
établis (tests IIA, tests de vraisemblance) et une interprétation relativement aisée des résultats, notamment à travers
les effets marginaux et les probabilités prédites. Il est ainsi largement utilisé comme modèle de référence dans les
applications empiriques.
Ses principales limites tiennent à la contrainte forte de l’hypothèse IIA, qui peut être irréaliste lorsque certaines
alternatives sont proches ou fortement substituables, ce qui peut conduire à des résultats biaisés ou peu réalistes.
Le Probit multinomial (MNP) repose sur l’hypothèse d’erreurs suivant une loi normale multivariée et autorise la
corrélation entre les erreurs associées aux différentes alternatives, ce qui permet de relâcher l’hypothèse IIA.
Ses principaux avantages sont sa plus grande flexibilité théorique et sa capacité à modéliser des structures de
substitution complexes entre alternatives, ce qui le rend particulièrement adapté lorsque les choix sont
interdépendants.
Ses principales limites concernent la complexité de l’estimation, souvent basée sur des méthodes de simulation, le
coût computationnel élevé et une interprétation des coefficients moins directe que dans le cas du Logit
multinomial.
Sur le plan pédagogique et empirique, le Logit multinomial est généralement privilégié comme point de départ,
tandis que le Probit multinomial est mobilisé lorsque les tests empiriques ou la nature du phénomène étudié
suggèrent une violation de l’hypothèse IIA et une forte substituabilité entre certaines alternatives.
2. Choix entre le Logit multinomial et le Probit multinomial
Le choix du modèle multinomial approprié repose sur une démarche économétrique rigoureuse en deux étapes : la
vérification empirique des hypothèses du Logit multinomial, en particulier l’hypothèse d’indépendance des alternatives
non pertinentes (IIA), puis l’évaluation de la nécessité de recourir à un modèle plus flexible, tel que le Probit
multinomial.
2.1. Tests de l’hypothèse d’indépendance des alternatives non pertinentes (IIA)
L’hypothèse IIA constitue le critère central de validité du Logit multinomial. Elle stipule que le rapport des probabilités de
choix entre deux alternatives quelconques est indépendant de la présence ou des caractéristiques des autres alternatives. Cette
hypothèse peut être testée empiriquement à l’aide de tests spécifiques.
a) Test de Hausman–McFadden
Le test de Hausman–McFadden repose sur la comparaison des estimateurs obtenus à partir du modèle complet (incluant
toutes les alternatives) et d’un modèle restreint (dans lequel une ou plusieurs alternatives sont exclues).
Sous l’hypothèse IIA, les estimateurs sont consistants dans les deux modèles et leurs différences ne sont pas statistiquement
significatives.
Hypothèse nulle (H₀) : l’hypothèse IIA est vérifiée (Logit multinomial valide).
Hypothèse alternative (H₁) : l’hypothèse IIA est violée.
Règle de décision :
si la statistique de test n’est pas significative (p-value > 0.05), H₀ n’est pas rejetée → le Logit multinomial
est approprié ;
si la statistique est significative (p-value < 0.05), H₀ est rejetée → l’hypothèse IIA est invalidée.
b) Test de Small–Hsiao
Le test de Small–Hsiao consiste à diviser l’échantillon en sous-échantillons et à comparer les probabilités prédites
entre le modèle complet et des modèles restreints. Il évalue la stabilité des choix lorsque certaines alternatives sont
retirées.
Hypothèse nulle (H₀) : l’hypothèse IIA est respectée (Logit multinomial valide).
Règle de décision :
p-value > 0,05 (non significative) → H₀ n’est pas rejetée → les alternatives sont indépendantes → le
Logit multinomial est valide.
p-value ≤ 0,05 (significative) → H₀ est rejetée → les alternatives sont dépendantes → le Logit
multinomial n’est pas approprié, et un modèle plus flexible (Probit multinomial, logit mixte) est
recommandé.
Ces deux tests sont complémentaires et permettent d’évaluer empiriquement la pertinence de l’hypothèse IIA
dans le contexte étudié.
La décision économétrique découle directement des résultats des tests de l’hypothèse IIA :
Si les tests ne rejettent pas l’hypothèse IIA, le Logit multinomial est retenu. Il est privilégié pour sa
simplicité de mise en œuvre, son efficacité computationnelle et la facilité d’interprétation de ses résultats.
Si les tests rejettent l’hypothèse IIA, le Logit multinomial devient inadapté, car il ne capture pas
correctement les relations de substitution entre alternatives. Il est alors économétriquement préférable de
recourir au Probit multinomial ou à des modèles multinomiaux plus avancés (logit emboîté, logit mixte), qui
autorisent la corrélation entre alternatives.
3. Qualité d’ajustement du modèle retenu
Une fois le modèle multinomial sélectionné, il est essentiel d’évaluer sa qualité d’ajustement, c’est-à-dire la
capacité du modèle à reproduire correctement les choix observés. Plusieurs critères sont utilisés pour cet objectif,
chacun offrant une information complémentaire sur la performance du modèle.
Le test LR compare la qualité d’ajustement entre deux modèles imbriqués. Il mesure si l’ajout de paramètres
améliore significativement l’ajustement.
Règle de décision :
p-value < 0,05 → le modèle complet est significativement meilleur → on retient le modèle plus riche.
p-value ≥ 0,05 → l’ajout de paramètres n’améliore pas significativement → modèle restreint préféré.
3.2Pseudo-R2(ex. McFadden)
Définition :
Le pseudo-R2 est une mesure analogue au R2 des modèles linéaires, adaptée aux modèles non linéaires comme
le Logit ou le Probit multinomial. Pour McFadden :
Règle de décision :
Définition
La matrice de confusion compare les valeurs observées de la variable dépendante aux valeurs prédites par le modèle.
Pour un modèle multinomial avec J catégories, la matrice est de dimension J×J, où :
L’évaluation de la qualité d’ajustement repose donc sur une combinaison de critères complémentaires :
Dans les modèles multinomiaux, chaque coefficient βj représente l’effet d’une variable explicative X sur
l’utilité relative d’une alternative j par rapport à une catégorie de référence 0.
Logit multinomial : la probabilité relative d’un choix augmente avec un coefficient positif et diminue avec
un coefficient négatif.
Probit multinomial : le principe est le même, mais les coefficients sont liés à une fonction de distribution
normale cumulative, ce qui rend leur interprétation directe moins intuitive.
Limite: les coefficients bruts ne peuvent pas être interprétés directement en termes de variation de
probabilité, car la relation entre utilité et probabilité est non linéaire.
Pour une interprétation économique claire, on utilise les effets marginaux, qui mesurent la variation de la
probabilité de choisir une alternative j suite à une variation infinitésimale d’une variable explicative X k :
∂ P (Y = j∣ X )
Effet marginal=
∂ Xk
Signification : indique combien la probabilité de choisir une alternative change pour une petite
augmentation de la variable explicative.
Les effets marginaux peuvent être calculés pour chaque alternative et pour chaque variable.
Si le coefficient de “coût du trajet” sur l’utilité de la voiture est négatif, l’effet marginal permettra de
quantifier de combien diminue la probabilité de choisir la voiture lorsqu’on augmente le coût du trajet
d’une unité monétaire.
Pour simplifier l’interprétation, on calcule souvent les effets marginaux moyens sur l’ensemble de l’échantillon :
1
n
∂ P (Y i= j∣ X i)
MEM j = ∑
n i=1 ∂ Xk
Cela permet d’avoir une vision globale de l’impact économique d’une variable sur les probabilités de choix, indépendamment
de chaque observation individuelle.
Supposons qu’un modèle Logit multinomial explique le choix entre voiture, bus et train selon deux variables : coût
du trajet et revenu du ménage.
Contrairement aux modèles multinomiaux non ordonnés, les modèles ordonnés exploitent explicitement
l’information contenue dans l’ordre des choix, ce qui permet une estimation plus efficiente et une interprétation
économique plus cohérente. Ils reposent sur l’hypothèse d’une variable latente continue qui détermine la
catégorie observée à travers des seuils inconnus à estimer.
Ce chapitre présente les fondements théoriques des modèles à choix ordonnés, notamment le Logit ordonné et le
Probit ordonné, leur spécification formelle, leurs conditions d’utilisation, ainsi que l’interprétation des
coefficients et des effets marginaux. Une application empirique sous Stata viendra illustrer les différentes étapes
d’estimation, de validation et d’analyse des résultats.
Les modèles à choix ordonnés reposent sur l’existence d’une variable latente continue non observable yi∗, qui
reflète l’intensité réelle d’un comportement, d’une opinion ou d’un risque.
On suppose :
¿
y i =X ' i β+ ε i
{
1 si y ¿i ≤ μ1
y i 2 si μ1 < y ¿i ≤ μ2
J si y ¿i > μ J−1
Les seuils μj sont estimés avec les coefficients et assurent l’ordre des catégories.
L’ordre est observé, mais les distances entre catégories ne le sont pas, ce qui rend les modèles linéaires inadaptés.
Caractéristiques principales :
εi ∼ N (0 ,1)
Caractéristiques :
Dans la pratique, le choix dépend rarement des coefficients mais plutôt de la qualité d’ajustement.
Le choix entre le logit ordonné et le probit ordonné ne repose pas sur une supériorité théorique absolue de l’un sur
l’autre, mais sur un ensemble de critères méthodologiques, statistiques et pratiques. Trois dimensions principales
guident ce choix : la vérification des hypothèses, l’objectif de l’étude et l’évaluation empirique de la qualité d’ajustement
du modèle.
Le logit ordonné repose sur l’hypothèse dite des lignes parallèles (ou proportional odds assumption), selon
laquelle les coefficients associés aux variables explicatives sont identiques pour l’ensemble des seuils de la
variable dépendante ordonnée.
Règle de décision :
📌 Le probit ordonné repose également sur une structure ordonnée, mais ne dispose pas d’un
test standard aussi direct que le Brant test pour vérifier la proportionnalité des effets.
2. Objectif de l’étude et interprétation économique
2.1 Logit ordonné : priorité à l’interprétation
Le logit ordonné est particulièrement adapté lorsque l’objectif principal est :
Les coefficients peuvent être facilement transformés en odds ratios, permettant une lecture
intuitive en termes de chances relatives de passer à une catégorie supérieure.
l’accent est mis sur la précision des prédictions plutôt que sur l’interprétation directe
des coefficients.
Les coefficients du probit ordonné n’ont pas d’interprétation directe en termes d’odds ratios ;
l’interprétation se fait principalement à travers les effets marginaux.
Règle pratique :
Pour tenir compte du compromis entre qualité d’ajustement et parcimonie, on utilise les
critères d’information :
Règle de décision :
Le modèle retenu est celui qui présente la valeur la plus faible de l’AIC et/ou du
BIC.
En pratique :
o l’AIC privilégie la qualité prédictive,
o le BIC pénalise plus fortement la complexité du modèle.
👉 Si le logit ordonné et le probit ordonné présentent des résultats proches, le choix peut être
guidé par ces critères.
L’interprétation des coefficients dans les modèles logit ordonné et probit ordonné diffère
fondamentalement de celle des modèles linéaires classiques. En effet, ces modèles reposent sur une variable
latente non observée, ce qui implique que les coefficients estimés n’affectent pas directement les
probabilités observées, mais agissent sur cette utilité latente sous-jacente.
Dans les modèles ordonnés, on suppose l’existence d’une variable latente y∗y^*y∗,
représentant le niveau sous-jacent de préférence, de satisfaction ou d’intensité de
comportement :
La variable observée yyy prend des valeurs ordinales en fonction de seuils (μ1,μ2,…\mu_1, \
mu_2, \ldotsμ1,μ2,…) :
📌 Cette interprétation est globale et valable pour toutes les catégories, sous l’hypothèse de
proportionnalité des effets.
Dans le logit ordonné, les coefficients peuvent être interprétés en termes de log-odds
cumulés :
log
( P(P ( yy ≤> j)j) )=μj−Xβ
Une augmentation d’une variable explicative entraîne une variation proportionnelle des odds
cumulés d’appartenir à une catégorie inférieure ou égale à jjj.
Un odds ratio supérieur à 1 indique une augmentation des chances de se situer dans
une catégorie plus élevée.
Un odds ratio inférieur à 1 indique une diminution de ces chances.
📌 Cette interprétation reste cumulative et ne concerne pas une catégorie spécifique isolée.
Dans le probit ordonné, les coefficients reflètent l’effet des variables explicatives sur une
distribution normale cumulative.
👉 Il est donc fréquent d’interpréter les résultats au niveau des probabilités prédites plutôt
qu’au niveau des coefficients.
La somme des effets marginaux sur l’ensemble des catégories est toujours nulle, ce qui reflète
la redistribution des probabilités.
Les modèles à choix multiples sont utilisés lorsque la variable dépendante représente un choix discret parmi
plus de deux alternatives mutuellement exclusives (par exemple : type de contrat, mode de transport, canal
d’achat, stratégie adoptée par une entreprise). Lorsqu’on dispose en plus de données de panel (individus,
ménages, entreprises ou pays observés sur plusieurs périodes), ces modèles permettent de tenir compte à la fois
de l’hétérogénéité individuelle non observée et de la dynamique temporelle des choix.
Dans de nombreux contextes économiques, ignorer la structure de panel conduit à des estimations biaisées, car
les décisions individuelles sont influencées par des caractéristiques inobservables mais persistantes
(préférences, culture, qualité managériale, etc.). Les modèles à choix multiples pour données de panel
constituent donc un outil central en microéconométrie appliquée.
Dans ce chapitre, l’objectif est de fournir une présentation complète, progressive et appliquée de ces modèles.
Nous commencerons par rappeler le cadre général des modèles à choix discrets fondé sur l’approche de l’utilité
aléatoire, avant d’introduire le modèle Logit multinomial et ses hypothèses fondamentales. Nous mettrons
ensuite en évidence les spécificités liées aux données de panel, notamment le rôle de l’hétérogénéité
individuelle non observée.
Le chapitre présentera ensuite les principales extensions du Logit multinomial adaptées aux données de panel,
en distinguant les modèles à effets aléatoires, les approches conditionnelles et les modèles Logit mixtes. Un cas
concret illustrera chaque étape de la modélisation, depuis la formulation du problème économique jusqu’à
l’interprétation des résultats empiriques. Enfin, une démarche méthodologique structurée, allant de la
préparation des données à la validation du modèle, sera proposée afin de guider l’étudiant ou le praticien dans
une application rigoureuse de ces outils en économétrie appliquée.
Les modèles à choix discrets permettent d’analyser des situations où un individu, une entreprise ou un ménage
doit choisir une seule alternative parmi plusieurs options mutuellement exclusives. Ces modèles sont très
utilisés en économie, marketing, transport, finance et sciences sociales pour expliquer les comportements de
décision.
L’idée centrale est de considérer que chaque choix correspond à l’alternative qui maximise l’utilité perçue
par le décideur.
1. La variable dépendante
y ¿ ∈ {1 ,2 , … , J }
Chaque valeur représente une alternative possible (ex. voiture, transport public, taxi).
La variable dépendante est discrète et nominale : il n’y a pas d’ordre entre les alternatives.
Intuition : la partie déterministe Vijt capture les préférences prévisibles, alors que εijt capture l’incertitude ou les
facteurs non mesurés.
L’idée centrale des modèles à choix discrets est que chaque individu iii attribue à chaque
alternative jjj une utilité individuelle Uij, composée d’une partie observable et d’une partie
aléatoire :
εij : utilité aléatoire, capture les préférences non observées ou les facteurs imprévisibles
: l’individu choisit l’alternative qui maximise son utilité :
La partie déterministe Vijt capture les préférences prévisibles, alors que εijt capture l’incertitude ou les facteurs
non mesurés. Autrement-dit même si deux alternatives ont des caractéristiques observables similaires, des
facteurs non observés peuvent expliquer pourquoi l’individu choisit l’une plutôt que l’autre.
3. Spécification linéaire
Pour faciliter l’estimation économétrique, on exprime souvent l’utilité déterministe comme combinaison linéaire :
' '
U ijt = X ¿ β j +Z ij γ + α ij +ε ijt
Xit : variables explicatives variant dans le temps (revenu, âge, prix, etc.)
Remarque : cette formulation permet de passer naturellement aux modèles pour données de panel
où l’effet individuel (αij) peut être fixe ou aléatoire.
Les données de panel combinent des dimensions transversales (différents individus, entreprises, ménages ou
pays) et temporelles (observés sur plusieurs périodes). Cette structure particulière présente des avantages
théoriques et pratiques majeurs, mais introduit aussi des défis spécifiques pour la modélisation économétrique.
Chaque individu possède des caractéristiques inobservables qui influencent ses choix :
Problème : si ces facteurs ne sont pas pris en compte, les estimations peuvent être biaisées (biais d’omission).
Effets fixes : chaque individu a un intercept spécifique qui capture ses caractéristiques constantes dans le
temps.
Effets aléatoires : l’hétérogénéité individuelle est modélisée comme une variable aléatoire, permettant
d’estimer la variance entre individus.
Deux individus ayant des caractéristiques observables identiques peuvent faire des choix différents à cause
de préférences cachées ; le panel permet de contrôler cette variation.
2. Corrélation temporelle
Les décisions d’un individu à une période donnée peuvent dépendre de ses choix passés ou de son expérience
accumulée :
Ex. : un consommateur qui choisit toujours le même canal d’achat par habitude
Ex. : une entreprise qui adopte progressivement une stratégie innovante
Implications :
le panel permet de distinguer ce qui relève des habitudes individuelles versus des changements dans les
conditions observables (prix, revenu, politiques publiques).
Plus de données par individu = meilleure capacité à isoler les effets réels des variables étudiées.
Exemples :
Exemples :
Dans de nombreux domaines de l’analyse économique appliquée, les agents sont amenés à
effectuer des choix parmi plusieurs alternatives distinctes ne présentant aucun ordre naturel. Il
peut s’agir, par exemple, du choix d’un mode de transport, d’un type de contrat de travail,
d’un canal de distribution, d’une stratégie d’investissement, ou encore d’un fournisseur de
services financiers. Dans ces situations, la variable dépendante est qualitative nominale et
prend plusieurs modalités mutuellement exclusives, ce qui rend inappropriée l’utilisation des
modèles binaires classiques.
Les modèles multinomiaux pour données de panel constituent alors un cadre économétrique
privilégié pour analyser ce type de décisions lorsque les individus (ménages, entreprises,
banques, pays…) sont observés sur plusieurs périodes. L’introduction de la dimension panel
permet de mieux comprendre la dynamique des choix dans le temps, tout en contrôlant
l’hétérogénéité individuelle non observée susceptible d’influencer de manière persistante les
préférences et comportements décisionnels.
Sur le plan théorique, ces modèles s’inscrivent dans l’approche de l’utilité aléatoire, selon
laquelle chaque agent associe un niveau d’utilité à chacune des alternatives disponibles et
retient celle qui maximise sa satisfaction. La modélisation probabiliste du choix repose alors
sur des hypothèses spécifiques relatives à la distribution des termes d’erreur, donnant
naissance à différentes familles de modèles multinomiaux.
Cette section a pour objectif de présenter de manière progressive et approfondie les
principaux modèles multinomiaux adaptés aux données de panel. Nous commencerons par le
modèle Logit Multinomial (MNL), qui constitue la spécification de base, en détaillant sa
formulation, ses hypothèses — notamment celle de l’indépendance des alternatives non
pertinentes (IIA) — ainsi que sa méthode d’estimation par maximum de vraisemblance et ses
outils d’interprétation économique.
Nous introduirons ensuite le modèle Probit Multinomial (MNP), qui permet de relâcher
l’hypothèse restrictive d’indépendance entre alternatives en autorisant la corrélation des
termes d’erreur. Une comparaison économétrique entre les approches Logit et Probit
multinomiales sera alors proposée afin de préciser leurs domaines de pertinence respectifs.
Enfin, la section se clôturera par la présentation du modèle Logit Mixte (Mixed Logit ou
Random Parameters Logit), extension particulièrement adaptée aux données de panel. Ce
modèle permet simultanément de relaxer l’hypothèse IIA et d’intégrer l’hétérogénéité
individuelle non observée via des coefficients aléatoires, estimés à l’aide de techniques de
simulation de la vraisemblance.
Le modèle logit multinomial constitue l’une des extensions les plus utilisées des modèles logit binaires lorsque la
variable dépendante comporte plus de deux modalités nominales, c’est-à-dire sans ordre naturel. Il est
particulièrement mobilisé pour analyser les décisions individuelles impliquant un choix exclusif parmi plusieurs
alternatives.
Dans un cadre de données de panel, le modèle permet d’expliquer la probabilité qu’un individu iii, à la période
ttt, choisisse une alternative j parmi J possibilités, en fonction de ses caractéristiques observables et
inobservables.
Le fondement théorique du modèle repose sur l’approche de l’utilité aléatoire. On suppose que chaque individu
associe à chaque alternative j une utilité latente :
U ijt = X ¿ β j +ε ijt
Où :
Sous l’hypothèse que les erreurs suivent une loi de Gumbel indépendante et identiquement distribuée, on obtient
la probabilité logit multinomiale :
exp( X ¿ β j )
P ( Y ¿= j )= j
∑ exp( X ¿ β k )
k=1
Pour l’identification du modèle, une modalité de référence est normalisée (souvent β1=0).
L’hypothèse centrale du logit multinomial est celle de l’IIA (Independence of Irrelevant Alternatives).
Elle stipule que le rapport des probabilités de choix entre deux alternatives est indépendant de la présence ou des
caractéristiques des autres alternatives :
P( y ¿= j)
ne d é pend pas des autres alternatives l≠ j , k
P ( y ¿ =k )
Cette hypothèse peut être restrictive (ex. deux alternatives très similaires).
Il est important de la tester (test de Hausman ou Small-Hsiao).
Cela signifie que l’introduction ou la suppression d’une alternative n’affecte pas la structure relative des
probabilités existantes.
Exemple :
Si un individu choisit entre :
Voiture
Bus
et qu’on ajoute « Bus climatisé », le modèle MNL suppose que la probabilité relative Voiture/Bus reste
inchangée ce qui est souvent irréaliste.
3. Méthode d’estimation : Maximum de Vraisemblance
Le modèle logit multinomial est estimé par la méthode du Maximum de Vraisemblance (MV), adaptée aux modèles
non linéaires.
On définit une variable indicatrice :
{
d ijt = 1 si l’ individu choisit j
0 sinon
La vraisemblance s’écrit :
L ( β ) =∏ ∏ ∏ P ijt
dijt
i t j
[Link] entre effets fixes et effets aléatoires dans le Logit multinomial pour données de panel
Dans les modèles multinomiaux appliqués à des données de panel, la prise en compte de l’hétérogénéité
individuelle non observée constitue une étape essentielle de la modélisation. En effet, les décisions de choix
répétées dans le temps sont influencées par des caractéristiques propres à chaque individu — préférences,
attitudes face au risque, habitudes de consommation, contraintes organisationnelles — qui ne sont pas toujours
observables dans les bases de données.
L’omission de ces effets individuels peut engendrer des biais d’estimation si ces facteurs inobservés sont corrélés
aux variables explicatives incluses dans le modèle. Pour corriger ce problème, deux grandes spécifications sont
mobilisées dans le cadre du Logit multinomial pour données de panel : les modèles à effets fixes et les modèles à
effets aléatoires.
Uijt=Xit′βj+αij+εijt
Où :
Cette approche permet donc de contrôler tout facteur inobservable invariant dans le temps,
même s’il est endogène.
Avantages
Limites
Ainsi, le Logit multinomial à effets fixes est rarement estimé directement en pratique.
Dans l’approche à effets aléatoires, l’hétérogénéité individuelle est modélisée comme une
variable aléatoire :
Uijt=Xit′βj+αij+εijt
avec :
αij∼N(0,σj2)
Hypothèse fondamentale
Cov(αij,Xit)=0
Autrement dit :
Les effets individuels non observés doivent être indépendants des variables explicatives. Si
cette hypothèse est violée, les estimateurs à effets aléatoires deviennent biaisés et
inconsistants.
Avantages
Limites
Étant donné les contraintes du modèle multinomial non linéaire, le test de Hausman classique n’est pas
directement applicable. Le choix repose alors sur des méthodes adaptées, dont la plus utilisée est l’approche de
Mundlak.
Principe
L’idée consiste à tester indirectement la corrélation entre effets individuels et variables explicatives en introduisant,
dans le modèle à effets aléatoires, les moyennes temporelles des variables explicatives :
T
1
Xi= ∑ X¿
T i=1
La spécification devient :
Uijt=Xit′βj+ X i ′θj+αij+εijt
Interprétation
B)Test statistique
∀j
Hypothèses
H0:θj=0
H1:∃θj≠0
Règle de décision
p- Décision économétrique
value
>5% Effets aléatoires retenus
<5% Effets fixes nécessaires
4. Tests et qualité d’ajustement du modèle
Modèle complet ;
Modèle restreint (constante seule).
On teste :
H0:β1=β2=………….=0
LR=−2(lnLrestreint−lnLcomplet)
Interprétation :
4.2 Pseudo-R²
Dans les modèles non linéaires, le R² classique n’existe pas. On utilise des pseudo-R², notamment celui de
McFadden :
2 l n Lc omplet❑
R =1−
ln Lrestreint
Valeurs usuelles :
Test de Wald ;
z-statistique.
Principe :
Indicateurs dérivés :
Accuracy globale ;
Sensibilité par modalité ;
Spécificité.
ln
( )
Pj
Pref
=X B j
Interprétation :
Pour une interprétation économique plus intuitive, on calcule les effets marginaux.
Ils mesurent l’impact d’une variation d’une variable explicative sur la probabilité de choisir
une alternative.
∂Pj
∂ Xk
Type :
Interprétation économique
Contrairement aux coefficients :
Exemple :
Mixed Logit ;
Multinomial Probit.
C’est aujourd’hui le modèle le plus flexible pour analyser des choix discrets non ordonnés en
présence de corrélation intra-individus et de préférences hétérogènes.
2. Spécification et hypothèses
2.1. Fonction d’utilité
Uijt=Xijt′βi+εijt
où :
2.2 Hypothèses
3. Méthode d’estimation
3.1. Maximum de vraisemblance simulée
'
exp (X ijt βi )
P ( y ¿ = j ∣ β i )=
∑ exp (X 'ikt β i)
k
Puis, la probabilité non conditionnelle est obtenue par intégration sur la distribution des
coefficients aléatoires :
P ( y ¿= j )=∫ ( y ¿ = j∣ β i ) f ¿
f (βi∣θ) : densité des coefficients aléatoires, paramétrée par θ
Elle est identique pour toutes les alternatives d’un individu à une période donnée
Exemples : âge, sexe, revenu, niveau d’éducation
Les variables qui diffèrent selon les alternatives sont alternatives-spécifiques : coût,
temps, confort
Remarque : les tests classiques pour IIA (Hausman-McFadden) ne sont plus nécessaires, car
le Mixed Logit relaxe cette hypothèse.
Interprétation économique des coefficients
Comme pour le Logit multinomial, l’interprétation économique dans le Mixed Logit repose
sur les signes des coefficients et les effets marginaux.
Remarque pédagogique : ici, nous ne faisons qu’un rappel synthétique, car ces concepts ont
été détaillés dans la section précédente sur le Logit multinomial.
Avantages
Relaxation de l’IIA
Capture l’hétérogénéité individuelle
Peut intégrer à la fois des variables individuelles et alternatives-spécifiques
Bien adapté aux panels longs
Limites
Estimation plus complexe et longue que le MNL ou le Conditional Logit
Nécessite le choix d’une distribution pour les coefficients aléatoires
Effets fixes explicites difficiles à inclure
Simulation nécessaire → temps de calcul plus long pour grands panels
Uijt=Xijt′βi+εijt
où :
où :
εit∼N(0,Σ)
Hypothèses
1. Les erreurs suivent une loi normale multivariée avec covariance Σ non diagonale
2. Les choix sont mutuellement exclusifs
3. Les coefficients peuvent être fixes ou aléatoires si l’on combine MNP et panel long
4.
Méthode d’estimation
Maximum de vraisemblance simulée
La probabilité qu’un individu iii choisisse l’alternative j :
❑
P ( y ¿= j )= ∫ ϕ (ε ; 0 , Σ)dε
ϵ : Uijt > u
ikt t
L’intégrale multidimensionnelle rend l’estimation analytique impossible pour plus de trois alternatives
On utilise donc des techniques de simulation (Maximum de vraisemblance simulée, GHK simulator)
.. Choix FE/RE
4.2. Limites
Rappel pédagogique : ce n’est qu’un rappel synthétique, car les concepts ont été détaillés pour le
Logit multinomial.
Les modèles de durée classiques, également appelés modèles de survie ou event history models, constituent
un outil fondamental en économétrie et en statistiques pour analyser le temps écoulé avant la survenue d’un
événement d’intérêt. Contrairement aux modèles de régression classiques qui prédisent une valeur observée à
un moment donné, les modèles de durée se concentrent sur la dimension temporelle, c’est-à-dire combien de
temps s’écoule avant que l’événement ne se produise.
Ces modèles sont dits “classiques” car ils s’appliquent dans un cadre où chaque individu ou unité est observé une
seule fois ou lorsque les unités sont considérées comme indépendantes les unes des autres. Autrement dit, ils
ne tiennent pas compte de la répétition temporelle pour le même individu, ni de l’hétérogénéité spécifique à
chaque unité qui pourrait influencer le risque.
Le principal objectif de ces modèles est de quantifier l’effet des facteurs explicatifs sur la probabilité ou le
risque de survenue de l’événement à chaque instant. Par exemple, en économie et finance, ils permettent
d’analyser :
Un aspect clé des modèles de durée est la prise en compte de la censure, c’est-à-dire les individus
n’ayant pas encore connu l’événement à la fin de l’étude, ce qui permet d’estimer correctement le
risque là où la régression linéaire ou logit classique échoue.
a) Variable de durée
Censure à droite : certains individus n’ont pas encore connu l’événement à la fin de l’étude, donc
on sait seulement que T>tfin
Exemple :
Un client a contracté un crédit, mais n’est pas encore en défaut à la fin de l’étude → T> durée
d’observation.
Un produit reste fonctionnel à la fin de l’étude → durée de vie censurée.
b) Fonctions principales
Propriétés :
o S(0)=1 (au départ, aucun événement n’a eu lieu)
o S(t)→0 lorsque t→∞ (à long terme, tous les événements se produisent)
La fonction de survie permet de visualiser la probabilité de “survivre” sans événement à chaque instant.
Exemple : si S(12)=0,8 pour un crédit, 80 % des clients n’ont pas encore fait défaut au bout de 12 mois.
d
f (t)= [1−S (t)]
dt
−dS (t)
Relation avec la fonction de survie : f ( t )= .
dt
La densité décrit la répartition des événements dans le temps.
Risque instantané de survenue de l’événement au temps t, conditionnel au fait que l’événement n’est pas encore
arrivé :
Interprétation : à chaque instant t, quelle est la probabilité que l’événement se produise pour ceux qui sont
encore “à risque”.
Différence avec f(t) : la fonction de densité mesure la probabilité brute, alors que le hazard mesure la
probabilité conditionnelle par rapport à la survie jusque-là.
Exemple : si h(12)=0,1 pour un crédit, alors au 12ᵉ mois, 10 % des clients encore en règle risquent de passer
en défaut.
f (t)=h(t)S (t)
Hazard cumulatif :
t
H ( t ) =∫ h ( u ) du et S(t)=exp (−H (t))
0
Ces relations permettent de passer d’une fonction à l’autre selon le type de modélisation choisi (paramétrique ou semi-
paramétrique).
Exemple
Supposons qu’un crédit bancaire ait un hasard constant h(t)=0,05 par mois (modèle exponentiel).
Hazard cumulatif :
t
H ( t ) =∫ 0 , 05 du=0 ,05 t
0
Fonction de survie :
Après 12 mois :
Au 12ᵉ mois :
1. Survie (S(t)) → utile pour visualiser la durée moyenne ou médiane avant l’événement.
2. Hazard (h(t)) → utile pour mesurer le risque instantané et l’effet des covariables.
3. Densité (f(t)) → utile pour analyser la répartition des événements dans le temps.
Ces trois fonctions constituent la base pour tous les modèles de durée classiques, qu’ils soient
paramétriques (exponentiel, Weibull, Gompertz) ou semi-paramétriques (Cox), et permettent de comprendre
la dynamique du temps jusqu’à événement.
Les modèles de durée permettent d’estimer la relation entre le temps avant un événement et un ensemble de covariables
X. Selon l’hypothèse sur la forme de la fonction de risque, on distingue les modèles paramétriques et semi-
paramétriques.
a) Modèles paramétriques
Dans l’analyse des modèles de durée classiques, l’approche paramétrique consiste à spécifier explicitement
la forme de la fonction de risque h(t). Contrairement aux modèles semi-paramétriques, ici, tout l’objectif de
l’analyse est de rester dans le cadre paramétrique, afin de pouvoir estimer à la fois la fonction de risque de
base et l’effet des covariables.
Les modèles paramétriques sont choisis en fonction de la nature du risque dans le temps et de la structure de
l’événement étudié. Ils permettent de calculer directement la fonction de survie S(t), la densité f(t) et la fonction
de risque h(t), offrant une interprétation intuitive et quantitative du phénomène.
1. Modèle exponentiel
h(t)=λ
Avec covariables :
Fonction de survie :
Le modèle exponentiel s’utilise lorsque le risque de survenue de l’événement reste constant dans le temps, ce
qui le rend adapté aux situations où la probabilité d’occurrence ne dépend pas de la durée écoulée, comme dans
le cas de défauts de paiement à très court terme ou pour des produits standardisés ne subissant pas
d’obsolescence. Cependant, ce modèle présente des limites importantes : il est trop restrictif lorsque le risque
augmente ou diminue avec le temps et reste peu approprié pour les événements “durables” ou pour lesquels la
durée influence significativement la probabilité de survenue.
2. Modèle Weibull
Avec covariables :
h ( ( t |X ) ) =λpt
p−1
exp( Xβ)
Fonction de survie :
Propriétés :
Utilité : flexible, adapté aux événements où le risque change progressivement avec le temps (ex : durée
de vie d’un produit, risque de défaut croissant).
3. Modèle Gompertz
Hypothèse : le risque change exponentiellement avec le temps, souvent utilisé pour des phénomènes
biologiques ou économiques où la croissance du risque est rapide.
Avec covariables :
Fonction de survie :
−λ
S(t ∣ X )=exp [ (exp( γt)−1) exp(Xβ )]
γ
Le modèle Gompertz est particulièrement adapté aux situations où le risque augmente ou diminue très
rapidement avec le temps, ce qui le rend pertinent pour les études démographiques, la durée de vie humaine ou
les risques financiers à croissance exponentielle. Il permet par exemple d’analyser le risque de décès d’un patient
ou la probabilité de faillite d’une entreprise lorsque le risque croît rapidement avec le temps. Toutefois, ce
modèle présente des limites : il est moins intuitif que le Weibull et son estimation est généralement plus
complexe, nécessitant des méthodes numériques pour obtenir des paramètres fiables.
Le choix d’un modèle de durée paramétrique constitue une étape centrale de l’analyse empirique. En effet,
chaque spécification (Exponentiel, Weibull, Gompertz) repose sur une hypothèse particulière concernant la
forme de la fonction de risque dans le temps. Une mauvaise sélection du modèle peut conduire à des
estimations biaisées, une mauvaise interprétation économique et des prévisions erronées. Il est donc nécessaire
d’adopter une règle de décision structurée, combinant critères graphiques, statistiques et économiques.
La première étape consiste à examiner empiriquement la forme du risque à partir des données (hazard empirique ou
Kaplan-Meier transformé).
Interprétation économique :
Certains modèles sont imbriqués, ce qui permet d’utiliser leurs paramètres comme critère de décision.
Cas du Weibull
Le paramètre clé est p :
p=1→ modèle exponentiel
p>1→ risque croissant
p<1→ risque décroissant
Règle de décision
1. Estimer Weibull.
2. Tester H0 : p=1.
3. Si non rejeté → choisir exponentiel.
4. Sinon → conserver Weibull.
Lorsque plusieurs modèles paramétriques sont estimés, on compare leur qualité d’ajustement via :
Forme générale :
AIC=−2 ln (L)+ 2 k
Règle de décision
Log-vraisemblance et tests LR
Règle de décision
LR=2(ln L1−ln L0 )
Si significatif → modèle plus complexe préféré.
Sinon → garder le modèle simple.
Cohérence économique et théorique
Le choix ne doit pas être uniquement statistique. Il doit aussi respecter la logique du phénomène étudié.
HR=exp (β j )
Règle d’interprétation
Exemple
β=0,30 → HR=1,35
→ Augmentation du risque de 35 %.
β= −0,22 → HR=0,80
→ Diminution du risque de 20 %.
nt important :
Exemple :
HR = 1,50 → défaut plus rapide.
L’interprétation des coefficients dans les modèles de durée paramétriques repose principalement sur les
hazard ratios, qui mesurent l’effet multiplicatif des covariables sur le risque instantané. Une valeur
supérieure à 1 indique une augmentation du risque, tandis qu’une valeur inférieure à 1 traduit un effet
protecteur prolongeant la durée de survie. L’analyse doit toujours combiner significativité statistique,
amplitude économique et cohérence avec la dynamique temporelle du modèle retenu.
La variance augmente donc avec la moyenne. Or, le modèle OLS suppose une variance constante :
2
Var ( ε ∣ X )=2 σ
Ceci engendre une violation structurelle de l’homoscédasticité, ce qui rend OLS inadapté aux données de
comptage.
Non-normalité des erreurs
OLS suppose implicitement une distribution normale, ce qui est incompatible si une variable expliquée est un
comptage ((y = 0, 1,2,…) avec beaucoup de zéros et quelques valeurs élevées.
En estimant un modèle OLS :
y= Xβ+ ε
Les résidus ε =y − Xβ sont asymétriques, discrets et concentrés près de zéro, avec une longue queue à droite.
Par conséquent, Ils ne suivent donc pas une loi normale, contrairement à l’hypothèse de l’OLS ce qui aboutit
avec coefficients biaisés, erreurs standards incorrectes et tests non fiables.
3. Justification de l’approche probabiliste
Face à ces limites, les modèles de comptage reposent sur une approche probabiliste, dans laquelle :
La variable dépendante suit une distribution discrète.
L’espérance conditionnelle est strictement positive.
La relation avec les covariables est non linéaire.
Principe général :
E( y i ∣ X i)=μ i> 0
On impose une forme fonctionnelle compatible avec cette contrainte, généralement via :
μi=exp(X i β)
Cette formulation garantit :
μi > 0
Une interprétation économique claire
Une estimation cohérente par maximum de vraisemblance
Si, dans les données, on observe Var(Y)>E(Y), le modèle de Poisson est inadapté (surdispersion).
Dans un cadre économétrique, le paramètre λ devient individuel et dépend des caractéristiques observées Xi.
Forme conditionnelle
avec :
μi=E (Y i ∣ X i )
μi=exp(X i β)
ou de manière équivalente :
ln (μi)=X i β
Interprétation
On suppose que, conditionnellement aux variables explicatives Xi, les observations sont indépendantes :
Y i ⊥Y j ∣ X pour i≠ j
le nombre d’événements observé pour un individu n’influence pas celui d’un autre,
une fois les caractéristiques observées prises en compte.
Exemple :
Le nombre de visites médicales d’un individu n’affecte pas celui d’un autre individu, conditionnellement à l’âge,
au revenu et à l’état de santé.
un biais d’estimation,
une interprétation erronée des effets.
Égalité moyenne–variance
Le modèle de Poisson impose :
E(Y i ∣ X i)=Var (Y i ∣ X i )=λi
Cette hypothèse implique une hétéroscédasticité structurelle que la variance augmente avec la moyenne. En
revanche, En cas de sur-dispersion et de sous-dispersion le modèle binomial négatif recommandé.
Hypothèse nulle :
Tous les zéros observés sont générés par le même processus de Poisson. En cas de violation trop de zéros
observés et présence d’individus structurellement à zéro.
Il ne doit pas exister de corrélation entre X i et des facteurs non observés affectant Y i .
Le Maximum de Vraisemblance (MV) consiste à trouver les paramètres β qui maximisent la probabilité
d’observer les données réelles, étant donné le modèle.
Fonction de vraisemblance
n
l(β )=∑ [−exp (X i β)+Y i X i β−ln(Y i !)]
i=1
Estimation
On maximise ℓ(β) par rapport à β pour obtenir ^β
Cette maximisation se fait numériquement, car il n’existe pas de solution analytique simple.
Les estimateurs ^β sont :
o consistants
o asymptotiquement normaux
o efficient si le modèle est correctement spécifié
∂ ln E(Y ∣ X )
=β k
∂ Xk
Interprétation :
Cependant, pour rendre l’interprétation plus intuitive en termes relatifs, on utilise le Ratio d’Incidence (IRR).
IRRk=exp(βk)
RRk>1 : une unité supplémentaire de Xk augmente le nombre attendu d’événements de (IRRk−1) ×100%.
IRRk< 1: une unité supplémentaire de Xk diminue le nombre attendu d’événements de (1−IRRk) ×100%.
IRRk=1: absence d’effet.
Exemple :
6.1 Avantages
6.2Limites
Surdispersion : variance > moyenne alors erreurs standard biaisées.
Excès de zéros : trop de zéros par rapport au modèle nécessite les modèles ZIP/ZINB.
Indépendance : les observations doivent être conditionnellement indépendantes.
Mauvaise spécification : omission de variables ou forme incorrecte de X.
Le modèle binomial négatif constitue une extension du modèle de Poisson permettant de traiter la surdispersion,
c’est-à-dire les situations où la variance du nombre d’événements observés excède sa moyenne.
Soit Yi le nombre de visites médicales de l’individu iii. Conditionnellement aux variables explicatives Xi, on
suppose que :
avec :
où :
Xi est le vecteur des caractéristiques individuelles (âge, revenu, maladie chronique),
β est le vecteur des paramètres à estimer,
α>0 est le paramètre de dispersion.
Contrairement au modèle de Poisson, la variance n’est plus contrainte à être égale à la moyenne. Lorsque α=0, le
modèle binomial négatif se réduit au modèle de Poisson, ce qui permet de tester empiriquement la présence de
surdispersion.
2. Détection de la surdispersion et choix du modèle binomial négatif
2.1 Le test du paramètre de dispersion (α) dans le modèle binomial négatif
Il permet de vérifier si l’hypothèse fondamentale du modèle de Poisson, selon laquelle la variance est égale à la
moyenne, est respectée. Lorsque la variance de la variable de comptage est supérieure à sa moyenne, on parle de
surdispersion, ce qui remet en cause la validité du modèle de Poisson.
Dans le cadre du modèle binomial négatif, la surdispersion est capturée par le paramètre de dispersion α.
Le goodness-of-fit (ou test d’adéquation) du modèle de Poisson permet de vérifier si le modèle s’ajuste
correctement aux données de comptage. Ce test est essentiel, car le modèle de Poisson repose sur
l’hypothèse que la variance est égale à la moyenne.
Principes du test
Deviance goodness-of-fit
Pearson chi² goodness-of-fit
Hypothèse nulle (H₀) : le modèle Poisson est correctement spécifié et les données sont conformes à
l’hypothèse d’équidispersion.
Interprétation
Lorsqu’il s’agit de choisir entre le modèle de Poisson et le modèle binomial négatif, une approche complémentaire
consiste à utiliser des critères d’information tels que l’Akaike Information Criterion (AIC) et le Bayesian
Information Criterion (BIC). Ces critères permettent de comparer la qualité d’ajustement des modèles tout en
pénalisant la complexité (le nombre de paramètres) afin d’éviter le surapprentissage.
AIC : mesure l’adéquation globale du modèle en pénalisant le nombre de paramètres. Plus la valeur
de l’AIC est faible, meilleur est l’ajustement du modèle.
BIC : similaire à l’AIC mais pénalise plus fortement les modèles comportant un grand nombre de
paramètres. Une valeur plus faible indique un meilleur compromis entre qualité d’ajustement
et parcimonie du modèle
Règle de décision
Pour justifier l’utilisation du modèle binomial négatif, on peut mobiliser l’un des trois tests suivants :
le test de goodness-of-fit du Poisson (Deviance ou Pearson chi²) pour détecter un mauvais
ajustement, le paramètre de dispersion α\alphaα pour vérifier la surdispersion, ou la
comparaison des critères d’information (AIC/BIC) entre Poisson et binomial négatif. La
significativité de l’un de ces tests ou la meilleure performance d’ajustement du binomial
négatif constitue une justification statistique robuste pour privilégier ce modèle.
3.1Estimation du modèle
Le modèle binomial négatif est généralement estimé avec des logiciels économétriques comme Stata, R ou
Python, qui permettent également de calculer les ratios d’incidence (IRR) et les effets marginaux,
facilitant l’interprétation des coefficients.
3.2 Test de surdispersion
Le paramètre de dispersion α permet de tester la surdispersion :
α>0 et statistiquement significatif cela indique une surdispersion présente et par
conséquent le modèle binomial négatif est justifié.
α≈0 ou non significatif cela suggère une équidispersion et par là le modèle de Poisson
peut être utilisé.
Avant de recourir au binomial négatif, on peut vérifier l’adéquation du modèle Poisson via les tests de
Deviance ou de Pearson chi² :
Les critères AIC et BIC permettent de comparer les modèles en prenant en compte la qualité
d’ajustement et le nombre de paramètres :
Coefficients en IRR : IRR > 1 → effet positif sur le nombre attendu d’événements,
IRR < 1 → effet négatif.
Effets marginaux : chaque unité de variation d’une variable explicative correspond à
une variation absolue moyenne de la variable de comptage, ce qui facilite la lecture
économique.
Le choix entre le modèle de Poisson et le modèle binomial négatif repose sur l’adéquation
du modèle aux données de comptage et sur la présence éventuelle de surdispersion comme
montre le tableau au-dessous.
Exemples :
P ( Y =0 )observé ≫ P (Y =0 ) Poisson/ NB
Ce qui conduit à une mauvaise qualité d’ajustement, à une surestimation des probabilités positives et à des
erreurs standards biaisées. Les modèles à inflation de zéros permettent de résoudre ce problème en introduisant
explicitement un mécanisme supplémentaire générant des zéros.
Cette problématique des zéros excessifs souligne l’importance de comprendre la nature des zéros présents dans les
données de comptage.
2. Distinction entre zéros aléatoires et zéros structurels
La clé conceptuelle des modèles à inflation de zéros repose sur la nature des zéros observés, qui peut être aléatoire
ou structurelle.
Zéros aléatoires
Les zéros aléatoires sont ceux qui peuvent apparaître naturellement dans le processus de comptage.
Par exemple, dans le cas du nombre de visites médicales, un individu susceptible de consulter peut ne pas se rendre
chez le médecin un mois donné.
Ces zéros sont donc des occurrences possibles prévues par un modèle Poisson ou binomial négatif classique.
Zéros structurels
Les zéros structurels correspondent à des situations où l’événement ne peut pas se produire en raison de contraintes
structurelles aux observations.
Par exemple, un individu n’ayant pas accès à un médecin ou ne présentant aucun risque de maladie enregistrera
systématiquement un zéro.
Ces zéros ne peuvent être correctement modélisés par un modèle de comptage standard et nécessitent un
mécanisme supplémentaire, intégré dans les modèles à inflation de zéros, pour séparer les zéros structurels des zéros
aléatoires.
Cette distinction est fondamentale car elle explique pourquoi les modèles classiques peuvent sous-estimer la
proportion de zéros et conduire à des biais dans l’estimation des probabilités et des erreurs standards. Les modèles ZIP
et ZINB, en tenant compte explicitement de ces deux types de zéros, offrent ainsi un ajustement plus fiable et des
inférences plus robustes.
3. Principe général des modèles à inflation de zéros
Les modèles à inflation de zéros supposent l’existence de deux processus latents :
1. Un processus binaire qui détermine si l’observation appartient au groupe des zéros structurels
(événement impossible).
2. Un processus de comptage (Poisson ou binomial négatif) qui génère des zéros ou des valeurs
positives.
Ainsi, une observation nulle peut provenir soit du premier processus (zéro certain), soit du second
processus (zéro aléatoire).
Le modèle Poisson à inflation de zéros (ZIP) est une extension du modèle de Poisson classique conçue
pour traiter les données de comptage comportant un excès de zéros. Contrairement au Poisson
standard, qui suppose que tous les zéros proviennent d’un seul processus aléatoire, le ZIP distingue deux
sources possibles pour les zéros observés :
Formellement :
−μi y
e μi
P ( Y i= y ) =( 1−π i ) , y >0
y!
avec :
πi=P(zéro structurel)
ln(μi)=Xiβ
logit(πi)=Ziγ
Interprétation
Il est approprié lorsque les données présentent un excès de zéros mais pas de surdispersion
importante. Toutefois, si la variance dépasse largement la moyenne, le ZIP peut rester insuffisant.
Le modèle ZINB étend le ZIP en remplaçant la loi de Poisson par une binomiale négative, ce
qui permet de prendre en compte à la fois :
l’excès de zéros,
la surdispersion.
Structure
Yi∼ZINB(μi,α,πi)
où :
Var(Yi∣Xi)=μi+αμi2
Alors, il est particulièrement adapté lorsque les données présentent simultanément une forte proportion de zéros et
une variance élevée. Le ZINB est donc plus flexible, mais aussi plus complexe à estimer et à interpréter.
4. Critères et tests de choix entre modèles
Le choix du modèle de comptage le plus approprié repose sur plusieurs critères statistiques et tests de comparaison,
permettant d’évaluer à la fois la qualité d’ajustement et la pertinence de la spécification du modèle.
Test de surdispersion
AIC=−2 ln (L)+ 2 k
BIC (Bayesian Information Criterion) :
BIC=−2 ln( L)+ k ln( n)
où L est la vraisemblance maximisée, k le nombre de paramètres estimés et n la taille de l’échantillon.
Le modèle retenu est celui qui minimise l’AIC et le BIC. De même, ces critères sont particulièrement utiles pour
comparer Poisson vs Binomial négatif ou ZIP vs ZINB.
Test de Vuong
Poisson vs ZIP
Binomial négatif vs ZINB
H₀ : les deux modèles ont une qualité d’ajustement équivalente
H₁ : l’un des modèles est statistiquement supérieur
Règle de décision
Les modèles à inflation de zéros (ZIP et ZINB) reposent sur l’existence de deux
mécanismes distincts de génération des observations, ce qui conduit naturellement à
l’estimation de deux ensembles de coefficients, chacun ayant une interprétation économique
spécifique.
Hypothèses principales
Les modèles de Poisson classiques peuvent être étendus pour traiter les données de panel, afin de tenir compte
de l’hétérogénéité individuelle non observée. Deux principales approches sont utilisées : les effets fixes (FE) et
les effets aléatoires (RE).
Principe :
Les effets fixes contrôlent l’hétérogénéité spécifique à chaque individu (ci) en utilisant la variation intra-
individuelle dans le temps.
Cette méthode est idéale pour éliminer le biais des variables omises constantes dans le temps.
Spécification :
Estimation :
Principe :
Les effets individuels ci sont supposés non corrélés avec les covariables Xit
Cette hypothèse permet d’utiliser tous les individus, y compris ceux avec des valeurs nulles
constantes.
Estimation :
3. Choix entre effets fixes (FE) et effets aléatoires (RE) dans les modèles de comptage
Dans l’analyse de données de panel avec variables de comptage, il est crucial de décider si l’on doit modéliser
les effets individuels non observés comme fixes (FE) ou aléatoires (RE).
FE : suppose que les effets individuels peuvent être corrélés avec les covariables.
RE : suppose que les effets individuels sont indépendants des covariables.
Une mauvaise spécification (choisir RE alors que les effets sont corrélés) entraîne des estimations biaisées
Les FE sont toujours consistants mais ne permettent pas d’estimer les variables constantes dans le temps.
La méthode de Mundlak teste la validité des effets aléatoires dans les modèles de comptage en incluant les
moyennes individuelles des covariables ; si elles sont significatives, RE est biaisé et FE est préféré, sinon RE
est valide.
La première étape consiste à identifier les covariables Xit qui varient dans le temps au sein du panel. Pour
chaque individu i, on calcule ensuite la moyenne individuelle de ces covariables sur toutes les périodes
observées, afin de capturer l’effet spécifique à chaque individu et de permettre de tester la corrélation entre ces
effets individuels et les covariables.
T
1
Xi= ∑X
T t =1 ¿
E [Y ¿ ∣ X ¿ , X i , c i]=exp( X ¿ β + X i γ + c i)
Ici :
Estimer le modèle : Le modèle est estimé par maximum de vraisemblance, en obtenant les
coefficients des covariables et de leurs moyennes individuelles.
Les coefficients des moyennes individuelles X i sont examinés. Si ces coefficients sont significatifs, cela
indique une corrélation entre les effets individuels non observés et les covariables, rendant le modèle RE
classique inapproprié. Dans ce cas, il convient d’utiliser un modèle à effets fixes ou l’approche de Mundlak. Si
les coefficients sont non significatifs, le RE classique peut être considéré comme valide.
Dans les modèles de comptage en panel, le test de la sur-dispersion vise à vérifier si l’hypothèse fondamentale
du modèle de Poisson, à savoir l’égalité entre la moyenne et la variance conditionnelle, est respectée après prise
en compte de l’hétérogénéité individuelle. Même en présence d’effets fixes (FE) ou aléatoires (RE), il peut
subsister une variabilité excédentaire non expliquée, rendant le modèle de Poisson inadapté.
Le test repose sur l’introduction d’un paramètre de dispersion α dans le cadre du modèle binomial négatif
panel.
Choix des modèles avec zéros excessifs en données de panel : tests et règles de décision
Lorsque plusieurs modèles de comptage pour données de panel sont envisageables — Poisson
panel, binomial négatif (NB) panel, ZIP et ZINB — il est nécessaire de disposer d’un outil
objectif permettant de comparer leur qualité d’ajustement tout en tenant compte de leur
complexité. Les critères d’information d’Akaike (AIC) et bayésien (BIC) remplissent
précisément ce rôle.
Règle de décision
Le modèle présentant les valeurs d’AIC et de BIC les plus faibles est retenu, car il
offre le meilleur compromis entre ajustement aux données et simplicité du modèle.
Une différence marquée en faveur d’un modèle (notamment pour le BIC, plus
pénalisant) constitue une preuve forte de sa supériorité.
Le test de Vuong est un test de comparaison de modèles non emboîtés, fréquemment utilisé
pour évaluer la pertinence des modèles à inflation de zéros par rapport aux modèles de
comptage standards. Il est principalement applicable en données de coupe transversale ou
en panel empilé, et son usage dans les panels doit être interprété de manière indicative plutôt
que strictement formelle.
Règle de décision
Dans les modèles de Poisson (et leurs extensions), les coefficients sont de nature log-linéaire, ce qui rend leur
interprétation directe peu intuitive. Pour faciliter l’analyse économique, on recourt généralement aux taux
d’incidence relatifs (Incidence Rate Ratios – IRR) ou aux effets marginaux, qui permettent de traduire l’impact d’une
variation d’une unité des covariables sur le nombre attendu d’événements, toutes choses égales par ailleurs.