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Ce document présente une leçon complète sur l'éthique, ses fondements théoriques et ses applications pratiques, notamment en médecine dentaire. Il explore la définition de l'éthique, son évolution, ainsi que la distinction entre éthique, morale et droit, tout en soulignant l'importance de l'éthique dans la pratique professionnelle. Enfin, il aborde les dilemmes éthiques rencontrés par les médecins-dentistes et l'importance de la préparation à ces situations.

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Ce document présente une leçon complète sur l'éthique, ses fondements théoriques et ses applications pratiques, notamment en médecine dentaire. Il explore la définition de l'éthique, son évolution, ainsi que la distinction entre éthique, morale et droit, tout en soulignant l'importance de l'éthique dans la pratique professionnelle. Enfin, il aborde les dilemmes éthiques rencontrés par les médecins-dentistes et l'importance de la préparation à ces situations.

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ÉTHIQUE : FONDEMENTS

ET PRINCIPES
Leçon complète en français

Introduction
L'éthique s'inscrit dans le domaine de la philosophie dédiée à l'étude des valeurs
morales et des principes « idéaux » ou fondamentaux du comportement humain.
Ce document présente une leçon complète sur l'éthique, ses fondements
théoriques et ses applications pratiques, particulièrement dans le domaine de la
médecine dentaire.

Cette leçon est basée sur le cours d'éthique en médecine dentaire et couvre
l'ensemble des concepts essentiels pour comprendre et appliquer les principes
éthiques dans la pratique professionnelle.

I. QU'EST-CE QUE L'ÉTHIQUE ?


1.1 Définition générale
L'éthique est la partie de la philosophie consacrée à l'étude des valeurs morales
et des principes considérés comme idéaux pour le comportement humain. Elle
ne se contente pas de dire ce qui est bien ou mal, mais cherche à comprendre
pourquoi une action est bonne ou mauvaise et comment nous devons agir.

1.2 Évolution de l'éthique


L'éthique appartient au domaine de la philosophie de la pensée, qui a évolué au
fil du temps. Ce qui était considéré comme éthique à l'époque d'Hippocrate (six
ou sept siècles avant Jésus-Christ) peut ne plus l'être au XXIe siècle. Les valeurs
éthiques changent avec les époques et les sociétés.

Point d'attention : Les professionnels expérimentés peuvent penser que leurs


valeurs éthiques sont supérieures à celles des jeunes générations. C'est une
erreur. Quand quelqu'un dit « de mon temps, c'était mieux », c'est souvent le
signe qu'il est déconnecté de la réalité actuelle. L'éthique doit s'adapter aux
changements de la société.

1.3 Le caractère subjectif de l'idéal


Le concept d'« idéal » peut varier d'une société à l'autre. Par exemple, dans une
société qui pratique la peine de mort, l'idéal juridique peut inclure la
condamnation à mort dans certaines conditions. Dans une société sans peine de
mort, cet « idéal » serait différent. L'idéal éthique dépend donc du contexte
géographique, culturel et social (ici ou en Iran, ici ou en Chine, par exemple).

II. ORIGINE ÉTYMOLOGIQUE DU


MOT « ÉTHIQUE »
2.1 Les deux racines grecques
Le mot « éthique » dérive du grec ἠθικός (éthikos), qui signifie « ce qui
appartient au caractère » (ἦθος, éthos). Il présente deux racines étymologiques
distinctes :

1. Éthos (avec e court) : peut être traduit par « coutume » ou « habitude »


2. Éthos (avec e long) : signifie « propriété du caractère »

2.2 Distinction entre les deux racines


 La première racine (éthos avec e court) a servi de base à la traduction
latine Moral
 La seconde racine (éthos avec e long) oriente l'utilisation actuelle du mot
Éthique
Cette distinction étymologique reflète la différence fondamentale entre morale
et éthique dans la pratique.

III. DISTINCTION
FONDAMENTALE : ÉTHIQUE,
MORALE ET DROIT
3.1 La Morale
La morale se fonde sur l'obéissance à des coutumes et habitudes reçues,
inhérentes à la personne. Elle représente l'ensemble des valeurs individuelles
qui dépendent de :

• L'éducation reçue
• La culture d'origine
• La religion
• Le sens commun
• Les convictions personnelles
• L'environnement social
La morale est volontairement adoptée par l'individu. Elle constitue un « code
interne » qui tend à réguler les actions des personnes. Selon Auguste Comte
(1798-1857), « la morale consiste à faire prévaloir les instincts sympathiques sur
les impulsions égoïstes de l'individu ».

Caractéristiques de la morale :

 Nature : interne
 Adoption : volontaire
 Justification : conscience individuelle
 Tend à être universelle, construite sur les expériences individuelles

3.2 L'Éthique
L'éthique se différencie de la morale car, tandis que cette dernière repose sur
les coutumes et habitudes, l'éthique cherche à fonder moralement les actions
exclusivement par la raison.

Distinction clé :

 La morale définit ce qui est le Bien et ce qui est le Mal


 L'éthique questionne : « Pourquoi le Bien est-il Bien et le Mal est-il
Mal ? »
L'éthique agrège un ensemble de règles, principes ou manières de penser qui
guident ou prétendent guider les actions d'un individu ou d'un groupe (moralité),
en se basant sur une étude systématique de l'argumentation sur comment nous
devons agir (philosophie morale).

Caractéristiques de l'éthique :

 Nature : réflexion critique


 Adoption : fondée sur la raison
 Justification : argumentation rationnelle

3.3 Le Droit
Le droit est un système de règles qui régule le comportement humain à travers
des droits et devoirs, s'imposant dans pratiquement tous les domaines des
relations sociales.

Caractéristiques du droit :

 Se manifeste à travers les lois et normes d'une société


 La loi est une soumission extérieure de la société sur l'individu et les
organisations
 La loi s'occupe de l'organisation des libertés
 La loi se rapporte à une communauté particulière, bien déterminée et
située géographiquement (États)
 La loi s'exprime par l'imposition de règles contraignantes qui formatent
des comportements minimaux communs
Le droit peut être ambigu car son contenu et son application peuvent être
influencés par de nombreux phénomènes : politique, économie, culture, religion,
morale et langue.

Caractéristiques du droit :

 Nature : externe
 Adoption : obligatoire
 Justification : règles de la société

3.4 Tableau de synthèse


Aspect Morale Éthique Droit

Réflexion
Nature Interne Externe
critique

Fondée sur
Adoption Volontaire Obligatoire
raison

Justification Conscience Raison Règles société

Table 1: Comparaison entre Morale, Éthique et Droit

3.5 Exemple pratique : l'objection de


conscience
Cas concret : L'interruption volontaire de grossesse (IVG)

Dans les années 1990 au Portugal, l'IVG était interdite par la loi. Depuis, le droit
a changé et l'IVG est devenue légale. Cependant, un médecin peut avoir des
valeurs morales (religion, éducation, principes personnels) qui le rendent opposé
à cette pratique.

Dans ce cas, le droit permet l'IVG, mais le médecin peut être objecteur de
conscience : personne ne peut l'obliger à pratiquer des IVG. Cela n'empêche
pas d'autres médecins qui n'ont pas cette objection morale de collaborer à ces
actes.

Conclusion : Le droit peut permettre certaines actions, mais moralement, un


individu peut être objecteur de conscience. L'éthique se situe à l'intersection de
ces deux dimensions.
IV. LES TROIS GRANDES
QUESTIONS DE L'ÉTHIQUE
L'éthique est l'ensemble des valeurs et principes que nous utilisons pour
répondre à trois grandes questions de la vie :

1. Je veux ?
2. Je dois ?
3. Je peux ?

4.1 Les limites de chaque question


• Tout ce que je veux, je ne peux pas toujours le faire
• Tout ce que je peux faire, je ne dois pas forcément le faire
• Tout ce que je dois faire, je ne le veux pas toujours

4.2 L'idéal éthique


Idéalement, la situation éthique parfaite est atteinte lorsque ce que vous voulez
est en même temps ce que vous pouvez et ce que vous devez.

C'est l'équilibre recherché : l'alignement entre désir, capacité et devoir.

4.3 Citation de Gilles Deleuze


Gilles Deleuze (1925-1995), philosophe français qui s'est beaucoup consacré au
domaine de la santé, a formulé cette phrase célèbre :

« L'éthique, c'est être à la hauteur de ce qui nous arrive. »

On pourrait ajouter : et être préparé pour quand cela nous arrive. Il ne s'agit
pas seulement de réagir aux situations, mais de méditer à l'avance sur notre
comportement face aux dilemmes éthiques.

Exemple : Si je suis confronté à un employeur qui pense que le dentiste doit


vendre plus de traitements que ce dont le patient a réellement besoin, quel doit
être mon comportement en tant que médecin-dentiste ? Cette réflexion doit être
faite a priori, avant que la situation ne se présente.

V. ÉVOLUTION HISTORIQUE DES


THÉORIES ÉTHIQUES
5.1 Les trois grandes périodes
Au fil des siècles, l'éthique a évolué selon trois axes principaux :

1. La Vertu : Initialement centrée sur la morale personnelle. Chacun était


responsable sur la base de ses propres valeurs. Problème : les valeurs
d'un individu peuvent être différentes de celles de son voisin (religion,
club de football, éducation différents).
2. Le Devoir : Avec le temps est apparu le concept de devoir, donnant
naissance à la déontologie. Au-delà des principes moraux personnels,
comment dois-je me comporter ? C'est l'émergence de règles
professionnelles communes.
3. L'Utilité : À la transition du XIXe au XXe siècle apparaît la question : en
quoi mon comportement est-il utile pour la société, pour la communauté ?
Quelle est la valeur sociale d'un comportement plus ou moins éthique ?

5.2 Éthique du caractère (Aristote)


Question centrale : Quel type de personnes devrions-nous être ?

Aristotélisme : La vertu est le juste milieu entre les extrêmes de l'action. Par
exemple, le courage se situe entre la lâcheté et la témérité.

5.3 Éthique de la conduite


Question centrale : Quel type d'actions devons-nous réaliser ?

Cette approche se divise en deux branches :

A. Déontologie
Le bien est défini indépendamment du devoir.

Kantianisme : Les actions doivent satisfaire l'impératif catégorique. Kant


propose qu'il faut agir selon des principes qui pourraient devenir des lois
universelles.

B. Conséquentialisme
L'action correcte est celle qui produit le bien le plus intrinsèque.

• Utilitarisme (John Stuart Mill) : Maximiser le bien-être pour tous les


êtres affectés
• Égoïsme éthique : Maximiser le bien-être pour l'agent lui-même

5.4 Tableau récapitulatif des positions


éthiques
Courant Axe Philosophes

Éthique du devoir Déontologie Kant, Rawls, Habermas


Communautarisme Communauté Platon

Libertarianisme Individu Socrate, Aristote

Éthique des Mill, Altruistes,


Téléologie
conséquences Égoïstes

Table 2: Principales théories éthiques

VI. ÉTHIQUE DANS LE CONTEXTE


PHILOSOPHIQUE
6.1 Dans la philosophie classique
Dans la philosophie classique, l'éthique ne se résumait pas à la morale (entendue
comme « coutume » ou « habitude »), mais cherchait le fondement théorique
pour trouver la meilleure manière de vivre et de cohabiter, c'est-à-dire la
recherche du meilleur style de vie, tant dans la vie privée qu'en public.

6.2 Dans l'actualité


Actuellement, l'éthique se rapporte aux orientations par lesquelles l'homme, en
tant qu'être rationnel et libre, régule son comportement, que ce soit dans une
dimension théorique (méditation entre le « bien » et le « mal »), ou dans une
dimension pratique (concernant ses actions).

VII. L'IMPORTANCE DE L'ÉTHIQUE


EN MÉDECINE DENTAIRE
7.1 Définition de l'éthique en médecine
dentaire
L'éthique représente les principes de ce qui est juste et de ce qui est faux, et
doit guider le comportement des médecins-dentistes.

Dans la pratique de la médecine dentaire, le comportement éthique est crucial


pour :

• La prestation de soins de qualité


• La création de confiance auprès des patients
• L'accès des patients aux meilleurs soins possibles
• L'ajout de valeur sociale à la profession

7.2 Citation clé : João Aquino (2013)


« Une bonne pratique clinique doit réunir, en doses égales, technique et
éthique. »

Cette citation souligne qu'au cours de la formation, on insiste beaucoup plus sur
l'enseignement de la technique que sur l'éthique. Pourtant, les deux sont
également indispensables.

7.3 Le paradoxe économique de l'éthique


Anecdote rapportée : Lors d'une session du Conseil de Déontologie et
Discipline de l'Ordre, un collègue a déclaré : « L'éthique, c'est très beau, mais à
la fin du mois, je dois payer mes factures. Si je peux vendre un traitement même
si le patient n'en a pas besoin, je paierai mieux mes factures que si je ne vends
pas le traitement. »

Réponse :

 À court terme : L'éthique peut sembler ne pas « payer les factures du


cabinet »
 À long terme : Elle peut éviter beaucoup d'indemnisations
Contexte : À une époque, quatre plaintes par jour arrivaient à l'Ordre contre
des médecins-dentistes. Sans éthique, le risque d'indemnisations augmente
considérablement. L'euro gagné de manière non éthique aujourd'hui peut coûter
10, 20 ou 100 euros en dommages demain.

7.4 Impact sur la valeur sociale de la


profession
Le risque ne peut pas être seulement individualisé. Si plusieurs dentistes
adoptent des comportements non éthiques, la société peut généraliser : « Ces
médecins-dentistes sont tous des escrocs. »

Analogie : Si on découvre qu'un étudiant triche, pense-t-on « cet étudiant est un


tricheur » ou « ces étudiants de troisième année sont tous des tricheurs » ? Le
comportement individuel peut affecter l'image collective.

Valeur sociale de la profession : C'est l'importance que la société accorde à


une profession. La société reconnaît-elle les médecins-dentistes comme des
professionnels de haut niveau ou de bas niveau ? Cette reconnaissance n'est pas
seulement économique, mais aussi sociale.

VIII. LES DILEMMES ÉTHIQUES EN


MÉDECINE DENTAIRE
8.1 Nature des dilemmes
Les médecins-dentistes sont fréquemment confrontés à des dilemmes éthiques
dans leur pratique. Ces dilemmes requièrent une analyse préalable attentive à la
lumière des principes de déontologie, spécialement lorsque :

• Il existe un conflit entre principes éthiques


• Les principes éthiques entrent en conflit avec d'autres facteurs
(considérations financières ou professionnelles)

8.2 Préparation aux dilemmes


Recommandation importante : Il est essentiel d'être conscient de ces
dilemmes et de structurer un plan avant qu'ils ne surviennent. Ainsi, quand ils
se présentent, le médecin-dentiste est mieux préparé à les résoudre.

Principe : La méditation a priori sur les dilemmes éthiques est cruciale. Si nous
ne réfléchissons pas à l'avance, nous risquons de prendre des décisions hâtives
sans avoir considéré toutes les variables.

8.3 L'illustration du médecin pris entre deux


feux
Les professionnels de santé peuvent se retrouver coincés entre :

 D'un côté : Les règles d'Hippocrate et le comportement attendu du


médecin
 De l'autre : Ce que les assurances, les employeurs ou les cliniques
demandent de faire
Cette tension nécessite une conscience éthique aiguë.

IX. COMPÉTENCE ET RELATION


HUMAINE
9.1 Citation d'Henry Marsh
Henry Marsh, neurochirurgien à St George's Hospital à Londres, a formulé cette
phrase célèbre :

« Il faut trois mois pour apprendre à faire une chirurgie, trois ans pour
savoir quand il faut la faire, et 30 ans pour savoir quand on ne doit PAS
faire une opération. »

9.2 Signification pour la médecine dentaire


Cette citation met en lumière plusieurs niveaux de compétence :

1. Niveau technique (3 mois) : Maîtriser le protocole technique


2. Niveau clinique (3 ans) : Savoir quand appliquer ce protocole au patient
qu'on a devant soi
3. Niveau de sagesse (30 ans) : Avoir la sagesse de reconnaître que ce
patient a besoin de tous les protocoles SAUF celui qu'on sait faire, et
avoir l'obligation de le référer à quelqu'un d'autre
Leçon éthique : Nous ne faisons pas tout et nous ne savons pas tout faire.
Reconnaître ses limites et orienter le patient vers le bon spécialiste fait partie de
l'éthique professionnelle.

9.3 Le choix du patient : compétence ou


sympathie ?
Scénario proposé : Vous êtes malade et devez choisir un médecin. Les
variables sont : compétence et sympathie.

Trois scénarios :

Scénario Compétence Sympathie

99,99% de diagnostics Zéro empathie, ne dit


1
corrects même pas bonjour

50% de diagnostics Très sympathique, offre


2
corrects café, aquarium

Incompétent, rate Très sympathique,


3
presque tout invite à dîner

Table 3: Scénarios de choix de médecin


Résultat observé : La majorité des étudiants choisit le scénario 1. Personne ne
choisit le scénario 3.

Réflexion : En tant que patient, comment savoir si le médecin est compétent ou


sympathique avant la consultation ? On doit faire confiance au médecin. Même
si tout le monde dit « il est très compétent », s'il rate votre diagnostic, il vous a
raté à 100%.

Conclusion : La confiance est un élément essentiel de la relation médecin-


patient. L'idéal est un équilibre entre compétence technique et qualités
humaines.

X. LA BIOÉTHIQUE
10.1 Origine du terme
Le terme « bioéthique » a été créé par le pasteur évangélique allemand Fritz
Jahr (1895-1953) en 1927 dans une publication intitulée Bio-Ethik. Eine
Umschau über die ethischen Beziehungen des Menschen zu Tier und Pflanze (en
anglais : Bio-Ethics: A Review of the Ethical Relationships of Humans to Animals
and Plants).

10.2 Définition
La bioéthique est une éthique appliquée qui vise à « rendre compte » des conflits
et controverses morales impliqués par les pratiques dans le domaine des
Sciences de la Vie et de la Santé, du point de vue d'un certain système de
valeurs.

Selon Hottois (2001) : « Le mot 'bioéthique' désigne un ensemble de recherches,


de discours et pratiques, généralement pluridisciplinaires, qui ont pour objet
d'éclairer et de résoudre les questions éthiques suscitées par les avancées et
l'application des techno-sciences biomédicales. »

10.3 Le Comité National d'Éthique au Portugal


Le Portugal a été l'un des premiers pays européens à ressentir le besoin d'un
comité de bioéthique au niveau national.

Créé en 1990 et fonctionnant auprès de l'Assemblée de la République depuis


2009, le CNECV (Conselho Nacional de Ética para as Ciências da Vida) est un
organe consultatif indépendant qui a pour mission d'analyser les problèmes
éthiques soulevés par les progrès scientifiques dans les domaines de la biologie,
de la médecine ou de la santé en général et des sciences de la vie.

10.4 Rôle des commissions d'éthique


Fonction principale : Évaluer si une proposition (de recherche, par exemple)
est éthiquement correcte ou non, sur la base de principes établis.

Attention : Les commissions d'éthique ne doivent PAS juger la méthodologie de


recherche. Leur rôle n'est pas de dire « vous devriez faire un questionnaire
plutôt qu'un examen clinique ». Leur rôle est de vérifier que, quelle que soit la
méthode, tous les participants seront traités de manière égale, sans
discrimination basée sur la religion, le club de football, la couleur de peau, etc.

Ce n'est pas un simple certificat : Il ne s'agit pas d'obtenir une « validation


automatique », mais d'une évaluation sérieuse des implications éthiques.
XI. LES PRINCIPES ÉTHIQUES
FONDAMENTAUX
(PRINCIPIALISME)
11.1 Évolution historique des principes
A. William Frankena (1963)
William Frankena a proposé en 1963 que les principes sont des types d'actions
correctes ou obligatoires. Ce sont des devoirs prima facie.

Frankena propose que deux principes doivent être observés :

• La bienfaisance
• La justice
Note importante : Ces principes ne sont PAS consacrés comme le «
principialisme médical » officiel. C'est une première étape, mais pas la
formulation finale.

B. Le Rapport Belmont (1978)


Le Rapport Belmont, concernant l'adéquation des recherches réalisées sur des
êtres humains, a utilisé comme référentiel trois principes de base :

• Le respect des personnes


• La bienfaisance
• La justice
Contexte historique : les scandales éthiques

Le Rapport Belmont a été rédigé en réponse à plusieurs scandales survenus


principalement aux États-Unis :

1. 1963, Hôpital de New York : Injection de cellules cancéreuses vivantes


à des patients âgés, sans leur consentement, sous prétexte qu'ils allaient
mourir de toute façon et qu'on voulait étudier le développement du
cancer.
2. 1950-1970, Hôpital de Willowbrook (NY) : Injection d'hépatite virale à
des enfants avec déficit cognitif, dont la plupart n'avaient pas de parents
ou de tuteur légal. Ces enfants ont été soumis à cette expérimentation
pour comprendre le développement de la maladie hépatique, à une
époque où l'hépatite avait un taux de mortalité très élevé.
3. Années 1940-1972, Étude de Tuskegee (Alabama) : Environ 400
hommes noirs atteints de syphilis ont été laissés sans traitement pour
étudier l'histoire naturelle de la maladie. Alors que les traitements contre
la syphilis étaient connus depuis la fin des années 1940, ces individus,
majoritairement peu éduqués et peu informés, n'ont jamais eu accès aux
soins, développant les formes les plus graves et fatales de la syphilis.
Ces scandales ont conduit à l'introduction d'un troisième principe essentiel : le
respect des personnes. On ne peut pas exposer des êtres humains à des
radiations, des maladies ou des expérimentations dangereuses simplement par
curiosité scientifique, sans leur consentement éclairé.

C. Beauchamp et Childress (1978) : Le Principialisme


médical
Publication fondatrice : En 1978, Tom Beauchamp et James Childress, tous
deux liés au Kennedy Institute of Ethics, ont publié leur livre Principles of
Biomedical Ethics.

C'est avec cette publication que surgit pour la première fois le concept
de PRINCIPIALISME ÉTHIQUE.

Les auteurs ont défini quatre principes qui sont devenus la référence en
bioéthique :

1. Autonomie
2. Non-malfaisance
3. Bienfaisance
4. Justice
Le terme « Principlism » a été proposé par Dan Clouser et Bernard Gert en
1990. La meilleure traduction est « Principialisme », car l'origine latine du mot
est principia.

11.2 Les quatre principes fondamentaux


1. Autonomie (Respect de la personne)
• Auto-détermination et indépendance
• Respect de la vie privée (privacité)
• Véracité
• Caractère volontaire
Principe : Les personnes doivent être autonomes et indépendantes pour
prendre des décisions concernant leur santé et leur vie.

2. Non-malfaisance
• Éviter et prévenir le Mal
• Ne pas infliger de dommages ou de risques de dommages
Principe : Ce que le médecin ou le clinicien fait ne doit JAMAIS avoir pour
objectif de provoquer un quelconque dommage. « Primum non nocere » (d'abord
ne pas nuire).
3. Bienfaisance
• Action toujours centrée sur le fait de faire le Bien
• Promouvoir le bien-être et prévenir le dommage
Principe : Ce que je fais doit avoir pour objectif qu'il y ait un bénéfice pour celui
à qui je le fais.

Application aux thèses : Quand on soumet un projet de thèse à une


commission d'éthique, il faut démontrer quel est le bénéfice potentiel pour ceux
qui participent. Le bénéfice ne peut pas être uniquement pour l'étudiant qui doit
rédiger sa thèse. Les individus qui répondent au questionnaire ou participent à
l'étude doivent gagner quelque chose, il doit y avoir un bénéfice pour eux.

4. Justice
• Distribution équitable des ressources et des biens
• Non-discrimination
• Équité
Principe : Je ne peux pas discriminer les individus simplement parce qu'ils
appartiennent à un certain groupe, à une certaine religion, un certain club de
football, ou ont une certaine couleur de peau. Traiter les personnes de manière
impartiale et égale.

11.3 Le Principialisme comme école


bioéthique
L'ensemble de ces quatre principes, en raison de leur utilisation intense et de
leur grande acceptation, a donné naissance à ce qu'on appelle le
Principialisme, c'est-à-dire l'école bioéthique basée sur l'utilisation de
principes comme modèle explicatif.

Devoirs prima facie : Ces principes sont des obligations qui doivent être
respectées, sauf lorsqu'elles entrent en conflit avec un autre devoir d'importance
égale ou supérieure.

11.4 Les six principes de l'ACHRE


L'Advisory Committee on Human Radiation Experiments (ACHRE) a utilisé six
principes éthiques de base pour fonder sa réflexion éthique :

1. Les personnes ne sont pas des moyens mais des fins


2. Ne pas tromper
3. Ne pas infliger de dommages ou de risques de dommages
4. Promouvoir le bien-être et prévenir le dommage
5. Traiter les personnes de manière impartiale et égale
6. Respecter l'auto-détermination
XII. LES SERMENTS ET
DÉCLARATIONS PROFESSIONNELS
12.1 Déclaration de Genève (Association
Médicale Mondiale, octobre 2017)
Contexte : Au fil des années, le serment d'Hippocrate est tombé en désuétude.
Aujourd'hui, au XXIe siècle, même les médecins ne prêtent plus le serment
d'Hippocrate original. Le serment actuel est la Déclaration de Genève, qui a
été révisée au fil du temps.

Nature : C'est un engagement volontaire. Il n'est plus obligatoire. Dans le


passé, un médecin devait prêter le serment d'Hippocrate pour être médecin.
Aujourd'hui, quelqu'un peut être formé en médecine, inscrit à l'Ordre des
Médecins, et ne pas prêter ce serment sans cesser d'être médecin.

Contenu de la Déclaration de Genève :

En tant que membre de la profession médicale :

• JE PROMETS SOLENNELLEMENT de consacrer ma vie au service de


l'humanité
• LA SANTÉ ET LE BIEN-ÊTRE DE MON PATIENT seront mes premières
préoccupations
• JE RESPECTERAI l'autonomie et la dignité de mon patient
• JE GARDERAI le plus grand respect pour la vie humaine
• JE NE PERMETTRAI PAS que des considérations d'âge, de maladie ou de
handicap, de croyance religieuse, d'origine ethnique, de genre, de
nationalité, d'affiliation politique, de race, d'orientation sexuelle, de statut
social ou tout autre facteur s'interposent entre mon devoir et mon patient
• JE RESPECTERAI les secrets qui me seront confiés, même après la mort
du patient
• J'EXERCERAI ma profession avec conscience et dignité et conformément
aux bonnes pratiques médicales
• JE FAVORISERAI l'honneur et les nobles traditions de la profession
médicale
• JE GARDERAI respect et gratitude envers mes maîtres, collègues et
étudiants pour ce qui leur est dû
• JE PARTAGERAI mes connaissances médicales au bénéfice des patients et
de l'amélioration des soins de santé
• JE PRENDRAI SOIN de ma santé, de mon bien-être et de mes capacités
pour fournir des soins de la plus haute qualité
• JE N'UTILISERAI PAS mes connaissances médicales pour violer les droits
humains et les libertés civiles, même sous la menace
JE FAIS CES PROMESSES solennellement, librement et sur parole d'honneur.

Historique :

 Adoptée par la 2ᵉ Assemblée Générale de l'Association Médicale


Mondiale, Genève (septembre 1948)
 Révisée par les 22ᵉ, 35ᵉ, 46ᵉ Assemblées et sessions du Conseil
 Dernière révision : 68ᵉ Assemblée, Chicago (octobre 2017)

12.2 Serment d'honneur du médecin-dentiste


Au Portugal : L'Ordre des Médecins-Dentistes organise un ou deux événements
par an (selon les années) où les médecins-dentistes nouvellement diplômés qui le
souhaitent peuvent prêter cet engagement d'honneur.

Nature : Ce n'est pas obligatoire. C'est généralement plus un événement


social qu'une déclaration formelle obligatoire.

Contenu du serment :

Dans cet acte solennel où je deviens Médecin-Dentiste, je déclare, sur mon


honneur, dédier ma profession au service de l'humanité.

Dans l'exercice de ma profession :

• La santé des patients sera ma première préoccupation


• Je remercie mes maîtres et reconnais leur dévouement
• Je respecterai la dignité de ma profession
• Je traiterai mes collègues avec respect et solidarité
• Je continuerai à me perfectionner et saurai accepter un conseil
• Je réfléchirai avant d'agir
• J'assumerai mes erreurs et chercherai à les corriger
• Je serai humble et prudent
• Je ne m'exhiberai pas
• Je ne permettrai pas que des croyances religieuses, des convictions
politiques, des races, des origines et des questions de genre s'interposent
entre mon devoir et les droits des patients
• De tout ce dont je prendrai connaissance au cours de ma relation avec les
patients, je garderai le secret
Je fais ces déclarations en liberté et autonomie, m'engageant à honorer et
dignifier ma profession.
XIII. L'ÉGOÏSME ÉTHIQUE
13.1 Définition
L'égoïsme éthique est le point de vue selon lequel notre unique devoir est de
promouvoir nos propres intérêts. On aurait comme seul devoir de faire le
meilleur pour nous-mêmes.

Pour l'égoïsme éthique, il n'y a qu'un principe fondamental de conduite : le


principe de l'intérêt personnel. Ce principe résume tous nos devoirs et
obligations naturelles.

13.2 Opposition au concept d'auto-évaluation


L'égoïsme éthique est à l'opposé de l'évaluation objective (hétéro-évaluation).

Exemple concret : Si un professeur arrive en cours et déclare « Je suis le


meilleur professeur de cette faculté », c'est de l'auto-évaluation sans base
objective.

De même, on voit beaucoup de publicités de cliniques dentaires qui décrivent


leur équipe comme ayant « certains des meilleurs dentistes du Portugal », sans
aucune base d'hétéro-évaluation. Il s'agit d'un exemple clair d'égoïsme
éthique.

13.3 Conflit avec la déontologie


Les cliniciens qui agissent selon l'égoïsme éthique font passer leurs intérêts
personnels avant ce que l'Ordre des Médecins-Dentistes défend.

Conclusion : L'égoïsme éthique est incompatible avec l'éthique professionnelle


et la déontologie médicale.

XIV. LA DÉONTOLOGIE
14.1 Origine étymologique
Le terme « déontologie » provient des mots grecs :

 « déon, déontos » qui signifie devoir


 « lógos » qui se traduit par discours ou traité

14.2 Définition
La déontologie serait donc le traité du devoir ou l'ensemble des devoirs,
principes et normes adoptés par un groupe professionnel déterminé.
14.3 Relation avec l'éthique
La déontologie est une discipline de l'éthique spéciale adaptée à l'exercice
d'une profession.

Alors que l'éthique est une réflexion philosophique générale sur le bien et le mal,
la déontologie traduit ces principes en règles concrètes applicables à une
profession spécifique (médecine, médecine dentaire, droit, etc.).

XV. RÉFLEXIONS FINALES


15.1 L'équilibre technique-éthique
Une bonne pratique clinique doit réunir, en doses égales, technique et éthique.
La compétence technique seule ne suffit pas. Sans éthique, la pratique devient
dangereuse, injuste et socialement nuisible.

15.2 La préparation aux dilemmes


Face aux dilemmes éthiques inévitables de la pratique professionnelle, la
préparation a priori est essentielle. Réfléchir à l'avance sur les situations
potentielles permet de prendre de meilleures décisions au moment critique.

15.3 La perspective du patient


Se mettre à la place du patient permet de mieux comprendre les enjeux
éthiques. Le patient doit pouvoir faire confiance au professionnel de santé, tant
sur le plan de la compétence que sur celui des qualités humaines.

15.4 La valeur sociale de la profession


Les comportements individuels des professionnels affectent la perception
collective de toute la profession. Chaque médecin-dentiste a la responsabilité de
maintenir et d'améliorer la valeur sociale de sa profession.

15.5 L'évolution continue de l'éthique


L'éthique n'est pas figée. Elle évolue avec la société, les technologies, les
connaissances scientifiques. Les professionnels doivent rester ouverts à cette
évolution et adapter constamment leur réflexion éthique aux nouveaux défis.

Conclusion générale
L'éthique en médecine dentaire n'est pas simplement un ensemble de règles à
suivre mécaniquement. C'est une réflexion constante sur la meilleure façon
d'agir dans l'intérêt du patient et de la société.

Les quatre principes fondamentaux du principialisme — autonomie, non-


malfaisance, bienfaisance et justice — fournissent un cadre solide pour
guider les décisions dans des situations complexes.

La pratique éthique exige :

• Une formation continue


• Une réflexion critique sur ses propres actions
• Le respect de la dignité humaine
• La cohérence entre pensée, parole et action
• L'humilité pour reconnaître ses erreurs et ses limites
• Le courage de placer l'intérêt du patient avant ses intérêts personnels
• La préparation aux dilemmes avant qu'ils ne surviennent
Comme l'affirme João Aquino : « Une bonne pratique clinique doit réunir, en
doses égales, technique et éthique. » C'est dans cet équilibre que réside
l'excellence professionnelle et le respect de la dignité humaine.

L'éthique, c'est être à la hauteur de ce qui nous arrive — et être préparé pour
quand cela nous arrive.

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