Protection contre la
contrefaçon d’un
brevet d’invention
I. Notion de contrefaçon
1. Définition juridique
Dans le cadre de l’OAPI (Organisation Africaine de la
Propriété Intellectuelle), la contrefaçon est définie
comme toute atteinte portée aux droits exclusifs
conférés par le brevet à son titulaire, sans
autorisation préalable de ce dernier.
Autrement dit, il y a contrefaçon lorsqu’une personne,
sans être titulaire du brevet ni détenteur d’une licence
légitime, accomplit un acte réservé au propriétaire du
brevet.
Ces actes sont notamment :
• la fabrication, l’utilisation, la mise en vente, la
vente ou l’importation d’un produit breveté ;
• l’emploi du procédé breveté, ou la
commercialisation du produit directement
obtenu par ce procédé ;
• la reproduction, l’imitation, ou l’exploitation
illicite d’une invention protégée ;
• la possession à des fins commerciales d’un
produit contrefait.
En vertu de l’article 7 de l’Annexe I de l’Accord
de Bangui révisé, le titulaire du brevet dispose du droit
exclusif d’exploitation et du pouvoir d’interdire tout
tiers d’exploiter l’invention sans son accord.
2. Fondement juridique
La contrefaçon est une violation d’un droit de
propriété incorporelle — c’est donc une faute civile et
pénale.
• Sur le plan civil, elle porte atteinte au droit exclusif
du titulaire (article 544 du Code civil camerounais
sur le droit de propriété).
• Sur le plan pénal, elle est assimilée à un délit
économique, pouvant entraîner des sanctions
financières et pénales (amende et
emprisonnement).
3. Liens avec le droit OHADA et le droit civil
• L’Acte uniforme OHADA sur le droit
commercial général considère le brevet comme un
élément du fonds de commerce : sa contrefaçon
peut donc affecter la valeur patrimoniale d’une
entreprise et engager la responsabilité civile du
contrefacteur.
• Le Code civil camerounais fonde la réparation du
dommage sur le principe de la faute (article 1382) :
« Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à
autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel
il est arrivé à le réparer. »
• La jurisprudence camerounaise, inspirée du «
Guide du magistrat », recommande au juge
d’apprécier les preuves techniques (rapports
d’expertise, prototypes, factures, certificats de
dépôt OAPI) pour établir la matérialité de la
contrefaçon.
II. Exemples typiques de contrefaçon
1. Contrefaçon par reproduction
Lorsqu’une entreprise reproduit un procédé ou un
produit breveté à l’identique sans autorisation du
titulaire.
Exemple : un fabricant reproduit la formule d’un ciment
à durcissement rapide breveté par une autre société et le
commercialise sous une autre marque.
2. Contrefaçon par équivalence
Lorsqu’un tiers modifie légèrement un élément
technique sans altérer le principe inventif du brevet, de
manière à obtenir le même résultat industriel.
Exemple : changer un composant secondaire dans un
dispositif breveté tout en conservant le même
fonctionnement global.
3. Contrefaçon par importation ou distribution
Lorsqu’un opérateur introduit ou distribue sur le
territoire un produit fabriqué à l’étranger qui reproduit
un brevet protégé dans l’espace OAPI.
Exemple : importer des pompes hydrauliques brevetées
sans licence du titulaire du brevet OAPI.
4. Contrefaçon de procédé industriel
Lorsqu’un tiers utilise un procédé breveté (et non un
produit fini) pour fabriquer ses propres produits.
Exemple : utilisation d’un procédé breveté de
préchauffage du clinker dans une cimenterie sans
autorisation du détenteur du brevet.
III. Actions en justice
1. Action en contrefaçon
L’action en contrefaçon est une procédure judiciaire
intentée par le titulaire du brevet (ou son licencié
exclusif) devant les juridictions compétentes, afin de
faire cesser l’atteinte à ses droits et réparer le
préjudice subi.
a) Compétence juridictionnelle
• Les tribunaux de grande instance camerounais
sont compétents, suivant la loi d’organisation
judiciaire et les règles du « Guide du magistrat ».
• Le litige peut aussi être porté devant la
Commission supérieure de recours de l’OAPI ou
les juridictions désignées par l’État membre.
b) Conditions de recevabilité
• Le brevet doit être valide et en vigueur (annuités à
jour, non déchu).
• L’acte incriminé doit porter sur un objet identique
ou équivalent au brevet.
• Le demandeur doit démontrer le préjudice subi.
c) Moyens de preuve
Le juge peut ordonner :
• des constats d’huissier ;
• une expertise technique (évaluation des similarités
techniques) ;
• la saisie-contrefaçon (autorisation judiciaire de
saisir les produits suspects).
d) Sanctions
• Civiles : cessation de la contrefaçon, retrait du
marché, confiscation, destruction des produits,
dommages et intérêts.
• Pénales : amendes (jusqu’à plusieurs millions de
FCFA), voire emprisonnement selon la gravité et
la récidive.
2. Action en concurrence déloyale
Même sans brevet, ou parallèlement à lui, une
entreprise peut agir en concurrence déloyale fondée
sur le Code civil (art. 1382) et le droit commercial
OHADA.
Cette action sanctionne les comportements contraires
aux usages honnêtes du commerce, tels que :
• la copie servile d’un produit non breveté mais
original ;
• le parasitisme économique (profiter indûment de
la notoriété d’autrui) ;
• la désorganisation du marché (diffusion
d’informations fausses, détournement de clientèle)
;
• l’usurpation de nom commercial, logo ou
marque.
Exemple : une société concurrente commercialise un
produit très similaire au vôtre, utilisant les mêmes
slogans et couleurs, induisant la clientèle en erreur.
Sanctions
• Dommages et intérêts ;
• Publication judiciaire du jugement ;
• Interdiction d’usage des signes distinctifs litigieux.
Articulation entre contrefaçon et concurrence
déloyale
Ces deux actions peuvent être cumulées :
• la contrefaçon protège un droit de propriété
intellectuelle reconnu (brevet, marque) ;
• la concurrence déloyale protège la loyauté des
pratiques commerciales.
Ainsi, une entreprise peut être condamnée à la fois pour
contrefaçon et pour concurrence déloyale.
IV. Conclusion : Rôle du brevet dans
l’innovation et le développement
économique
Le brevet d’invention joue un rôle essentiel dans la
promotion de la recherche, la valorisation des
compétences locales et le développement économique
durable :
1. Protection de la créativité technique
Il assure à l’inventeur une propriété exclusive
temporaire, récompensant son effort de recherche
et favorisant la divulgation du savoir technique au
public.
Cela stimule l’esprit d’innovation, particulièrement
dans les secteurs industriels (chimie, énergie,
matériaux, technologies vertes).
2. Attractivité économique et transfert de
technologie
Les brevets encouragent les investissements
privés, car ils garantissent une rentabilité à court et
moyen terme.
Ils facilitent également les partenariats
internationaux, en sécurisant juridiquement les
transferts de technologie.
3. Développement industriel et compétitivité
Dans un pays comme le Cameroun, membre de
l’OAPI et de l’OHADA, la protection par brevet
permet aux entreprises locales de :
o valoriser leurs innovations ;
o se protéger contre les importations
frauduleuses ;
o accéder à des financements (nantissement de
brevets comme garantie, prévu par l’AUS sur
les sûretés).
4. Cadre juridique harmonisé et crédible
L’existence de textes unifiés (Accord de Bangui,
Actes uniformes OHADA, Code civil) crée un
environnement sûr pour les innovateurs, les
investisseurs et les juges, permettant d’éviter les
conflits de législation.
Synthèse finale
La contrefaçon constitue une atteinte directe aux droits
de l’inventeur et à la loyauté du commerce.
Le brevet, en protégeant l’innovation, devient un
instrument juridique de souveraineté économique :
il favorise la créativité, attire les capitaux, structure les
entreprises, et contribue à l’émergence d’une
économie fondée sur la connaissance dans l’espace
OHADA et au Cameroun.