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Cours Intro

Le document présente une introduction à la croissance économique, au développement et au changement social, en soulignant leur interdépendance et leur évolution dans le temps. Il définit la croissance comme l'augmentation des biens et services produits, le développement comme les changements sociaux et culturels favorisant cette croissance, et le changement social comme la transformation durable de l'organisation sociale. L'accent est mis sur la nécessité de comprendre ces concepts dans le cadre des sociétés modernes, marquées par la rationalisation et l'individualisme.

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Cours Intro

Le document présente une introduction à la croissance économique, au développement et au changement social, en soulignant leur interdépendance et leur évolution dans le temps. Il définit la croissance comme l'augmentation des biens et services produits, le développement comme les changements sociaux et culturels favorisant cette croissance, et le changement social comme la transformation durable de l'organisation sociale. L'accent est mis sur la nécessité de comprendre ces concepts dans le cadre des sociétés modernes, marquées par la rationalisation et l'individualisme.

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INTRO : Croissance capital et progrès technique


Introduction
Vous avez essayé de comprendre l'année dernière, en classe de première, comment
fonctionnaient l'économie et la société françaises. Cette année, la perspective change : d'une part,
notre réflexion ne se limitera pas à la France , même si cela restera souvent notre premier
exemple, d'autre part l'accent sera mis sur la dynamique , c'est-à-dire que nous essayerons de
comprendre comment se font les changements, tant économiques que sociaux au cours du
[Link] ne pouvons conduire cette étude sans utiliser des outils d'analyse qui ont été
présentés en classe de première. Certes, nous serons parfois amenés à les définir à nouveau mais
il serait tout à fait judicieux que vous commenciez par les revoir . Entre autres, nous
utiliserons beaucoup cette année les instruments de la Comptabilité nationale et les concepts de
base de la sociologie (culture, classes sociales, catégories socio-professionnelles).
Quand on regarde le monde et son histoire depuis deux siècles, ce qui frappe, c'est l'ampleur
des changements que l'on peut observer : le niveau de vie semble s'être considérablement élevé,
les conditions de vie se sont transformées. On a même l'impression que ces changements vont de
plus en plus vite : il n'y a certes rien de comparable entre les conditions de vie d'avant la seconde
guerre mondiale et celles d'aujourd'hui, mais c'est vrai sans remonter si loin : quelle différence,
par exemple, entre les conditions d'installation d'un jeune quittant sa famille aujourd'hui et celles
qui existaient au début des années 70, où la douche et le téléphone étaient considérés comme le
luxe absolu ! Il n'empêche que ces changements positifs, qui nous semblent évidents parce que
nous les vivons, ne sont pas partagés par tous dans le monde, ni même par tous dans les pays
riches. Ce sont donc ces deux questions que nous aborderons dans cette introduction : en quoi
peut-on parler de croissance, de développement, de changement social d'une part, et, d'autre
part, ces changements ne se sont-ils pas accompagnés de différences et d'inégalités de
réalisation entre les pays et au cours du temps ? Cependant, avant de commencer cette
présentation, il est nécessaire de rappeler en quoi consiste le cadre de ces changements.
Nos sociétés sont d'abord des économies de marché , c'est-à-dire que les actions des différents
intervenants sont rendues cohérentes grâce au marché par le système des prix. Cela signifie
qu'existe la liberté d'entreprendre et de contracter. Cela ne signifie pas que l'Etat n'a pas à
intervenir . Le marché, comme vous l'avez vu en première, ne peut pas fonctionner sans être
organisé et sans un contrôle du respect des règles. L'Etat a aussi d'autres raisons d'intervenir dans
une économie de marché. Il n'en reste pas moins que le fonctionnement de l'économie reste
essentiellement déterminé par le marché.Nos sociétés sont d'autre part des sociétés qui sont
marquées par la montée de l'individualisme : les sociétés modernes laissent une place
grandissante à l'individu, la conscience collective pesant de moins en moins lourd sur la
conscience individuelle. L'individu peut donc affirmer des choix et adopter des comportements
qui le différencient par rapport aux autres. Les normes et les valeurs vont donc pouvoir se
transformer plus rapidement qu'avant. Nous reviendrons sur ces transformations plus loin.

1 - Croissance, développement, changement social, de quoi parle-t-on ?


Avant de nous lancer dans la présentation des liens entre ces trois notions, il est nécessaire de les
définir.

1.1 - Comment définir ces termes ?


Etudions successivement ces trois notions.

1.1.1 - La croissance économique


De manière très simple, on peut dire que la croissance économique est l'accroissement

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sur une longue période des quantités de biens et services produits dans un pays
.Cette quantité de biens et services est mesurée chaque année : on utilise en général pour
cela un indicateur que vous connaissez bien, le P.I.B. (produit intérieur brut), c'est-à-
dire, schématiquement, la somme des valeurs ajoutées.
N'hésitez pas à aller voir la notion "valeur ajoutée" dans le chapitre 1 si vous avez
besoin de réviser le programme de première. Vous trouverez en bas de cette page des
activités vous permettant de vérifier ce que vous savez ou ne savez pas...
Pour pouvoir comparer la valeur du P.I.B. d'une année sur l'autre et voir si elle
augmente, il est nécessaire d'enlever les effets de l'inflation sur la mesure du P.I.B. ,
c'est-à-dire de le calculer à prix constants. En effet, comme le P.I.B. est calculé en
utilisant les prix des produits, si ce prix augmente, on peut croire que le P.I.B. augmente
alors que ce n'est pas vrai réellement.
Le plus souvent, la croissance économique est donc mesurée par le taux de
croissance annuel du P.I.B. réel (c'est-à-dire corrigé de l'inflation).Remarquons que les
économistes parlent tellement souvent de la croissance économique qu'ils en viennent à
ne plus parler que de « la croissance » et tout le monde comprend qu'ils veulent parler
de la croissance économique !Enfin, signalons que nous ne nous interrogeons pas ici sur
la validité de la mesure de la croissance et sur l'intérêt de la notion elle-même. Nous
reviendrons sur ces points, essentiels, dans le chapitre 1. Vous pouvez (et devez !)
également vous reporter aux notions du chapitre 1 : vous trouverez en particulier dans la
notion « P.I.B. » un rappel de définition et des développements sur les problèmes posés
par sa mesure, ce qui est très important ici puisque c'est l'augmentation du P.I.B. qui est
retenue comme indicateur de la croissance économique.

Liste des Activités :

n°4 : La notion de Valeur Ajoutée

n°13 : Un exemple de calcul de Valeur Ajoutée

n°11 : Partage de la valeur ajoutée.

n°6 : Mesure de la croissance

1.1.2 - Le développement
Pour définir le développement, citons François PERROUX, un grand économiste
français du 20ème siècle : « le développement est la combinaison des changements
sociaux et mentaux d'une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement
et durablement, son produit réel global » (in L'économie du XXè siècle, PUG, 1991).
Autrement dit, le développement, c'est l'ensemble des changements sociaux et
culturels qui rendent possible l'accroissement des quantités produites sur le long
terme (c'est-à-dire la croissance économique).
Le développement est donc une notion moins quantifiable que la croissance
économique. Parler de développement, c'est se poser des questions sur ce que l'on
fait des richesses produites grâce à la croissance : la santé de la population s'accroît-
elle, par exemple (ce qui permettra à long terme d'avoir une main d'Suvre plus
productive, ce qui contribuera à renforcer la croissance) ? Mesurer le développement
est donc difficile. Certains indicateurs ont cependant été construits pour essayer de le
faire. On peut citer l'I.D.H . (indicateur de développement humain), construit par
l'O.N.U. : il s'agit d'un indicateur synthétique qui prend en compte le niveau de vie

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(mesuré par le P.I.B. réel par habitant), la durée de vie (mesurée par l'espérance de vie à
la naissance), le niveau de scolarisation (mesuré par la durée moyenne d'études et le
taux d'alphabétisation des adultes). On peut citer également l'I.P.H. (indicateur de
pauvreté humaine), également construit par l'O.N.U., qui intègre davantage d'éléments
que l'I.D.H. (accès à l'eau potable, part des enfants de 5 ans victimes de malnutrition,
etc).
N'oubliez pas d'aller consulter la notion"I.D.H." dans les notions du chapitre 1. Vous y
trouverez bien davantage de précisions.

1.1.3 - Le changement social


On parle de changement social pour désigner la transformation durable de
l'organisation sociale et de la culture (normes et valeurs, par exemple) d'une
société . [Link], dans Introduction à la sociologie générale (tome 3, le changement
social, Le Seuil, 1986), définit le changement social comme "étant toute transformation
observable dans le temps, qui affecte d'une manière qui ne soit pas provisoire ou
éphémère, la structure ou le fonctionnement de l'organisation sociale d'une collectivité
donnée et modifie le cours de son histoire". Soulignons l'importance de l'aspect
collectif du changement social :quand quelques couples ont des enfants sans être
mariés, il s'agit d'exceptions sans grande signification ; quand la proportion des enfants
nés hors mariage progresse pouratteindre les deux tiers des premières naissances (le
premier enfant de chaque femme), ce qui est le cas en France aujourd'hui, c'est
l'indicateur d'un réel changement social par exemple. Dans les deux derniers siècles, le
changement social a été d'importance : transformation de la stratification sociale
(organisation de la société en groupe sociaux hiérarchisés), urbanisation,
bouleversement des valeurs (pensez, par exemple, à la transformation des croyances
religieuses), émancipation des femmes, et on pourrait ajouter bien d'autres exemples.
Le programme de la classe de terminale porte comme titre "croissance, changement
social et développement". Maintenant que vous savez à peu près ce que désigent ces
trois termes, nous devons présenter leurs liens et les questions qui sont posées par leurs
relations: ce sont ces questions qui vont nous intéresser tout au long de l'année.

1.2 - Ces notions sont liées les unes aux autres.


Nous allons d'abord présenter les liens entre croissance économique et développement,
puis nous montrerons à quel point les changements économiques et les changements
sociaux sont interdépendants.

1.2.1 - Les liens entre croissance et développement : du quantitatif


au qualitatif.
Les deux termes ne sont évidemment pas équivalents. Avec « croissance économique
», nous sommes dans le quantitatif, on mesure ce que les hommes ont réussi à produire
au cours d'une année et on observe l'augmentation de ces quantités produites. Le «
développement » inclut la réflexion sur ce que l'on fait de ce qui est produit et sur les
transformations des structures économiques et sociales que la poursuite de la croissance
entraîne et implique. En simplifiant, la croissance, c'est avoir plus ; le développement,
c'est être mieux tout en rendant possible la poursuite de la croissance.
- Il peut y avoir croissance sans développement : dans ce cas, les quantités produites
augmentent, mais sans qu'il y ait une amélioration du niveau de vie de la majorité de la
population, sans que les structures se transforment de manière à ce que le fonctionnement
de l'économie satisfasse de plus en plus de citoyens du pays. Comment est-ce possible ? Il

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suffit que la production supplémentaire soit accaparée par une petite minorité (par
exemple, grande bourgeoisie ou classe politique au pouvoir) et gaspillée ou consommée en
produits de luxe, souvent importés. Mais remarquons que ce type de croissance ne peut
durer indéfiniment : à long terme, la croissance nécessite un changement des structures
économiques et sociales sous peine de se bloquer .
- Il peut y avoir développement sans croissance : dans ce cas, les quantités produites
sont stables, mais une répartition différente des richesses produites permet à plus
d'habitants de satisfaire leurs besoins vitaux ou à l'Etat d'augmenter les consommations
collectives profitant à tous (infrastructures de transport ou de télécommunication,
instruction, santé, par exemple).
- Mais, souvent, il y a croissance et développement à la fois : les quantités produites
augmentent et la société parvient à utiliser ces richesses pour améliorer le bien-être du plus
grand nombre, réduire les inégalités, transformer ses structures de manière à ce que la
croissance économique puisse se poursuivre. Il est évidemment plus facile pour un pays de
se développer quand les quantités produites augmentent que quand elles sont stables ou,
encore pire, diminuent.
Il est donc difficile d'envisager qu'il y ait croissance à long terme sans développement.
C'est pourquoi nombreux sont les économistes qui ne font pas de réelle différence entre
croissance et développement. Vous rencontrerez donc, en particulier dans les
documents, les deux mots utilisés à peu près comme des synonymes. Retenons
cependant que produire plus (la croissance économique) ne peut pas être présenté
comme l'objectif ultime d'un pays.

1.2.2 - Croissance, développement, changement social : trois sortes


de transformation de la société interdépendantes.
Par commodité, on étudie séparément ces trois ordres de changements, notamment les
changements économiques et les changements sociaux. Or, il faut bien souligner
l'interdépendance de ces phénomènes : ainsi, par exemple, le développement de
l'industrie va entraîner le développement de l'urbanisation (les industries se développent
dans les villes et les travailleurs habitent là où ils travaillent) et l'urbanisation va
transformer radicalement les genres de vie et les solidarités (à la campagne, avant
l'industrialisation, les solidarités familiale et villageoise sont très fortes et encadrent les
individus). Mais ce ne sont pas toujours les changements économiques qui entraînent les
changements sociaux : ainsi, par exemple, la volonté d'émancipation des femmes, très
liée à la meilleure scolarisation des filles, va amener le développement de l'emploi
féminin à un moment où, en France, on manquait de main d'Suvre, ce qui est un facteur
explicatif de la rapidité de la croissance.
Conclusion
Un des objectifs du programme de terminale est donc de vous amener à comprendre les
relations entre croissance économique, changement social et développement. Nous
n'avons fait ici que les effleurer pour les présenter. Dans cette introduction, nous allons
encore voir, toujours de manière très schématique, que les rythmes de croissance et de
développement ont été très différents selon les époques et les pays. Mais auparavant,
nous allons préciser le cadre général dans lequel se produisent ces transformations :
elles touchent des sociétés que l'on qualifie de « modernes », c'est-à-dire marquées par
ce que l'on appelle la rationalisation des activités et la montée de l'individualisme.

1.3 - Quelles sont les caractéristiques des sociétés modernes, cadre


de la croissance et du développement ?
On parle de sociétés modernes pour les sociétés qui naissent de la révolution industrielle à

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partir du début du 19ème siècle. Mais les ferments de la modernité (ce qui fait advenir la
modernité), on les trouve bien avant, par exemple dès le Siècle des Lumières quand
commence à se développer de manière systématique l'esprit scientifique. Il s'ensuit deux
processus essentiels pour caractériser les sociétés modernes : la rationalisation des
activités et la montée de l'individualisme .

1.3.1 - Le développement de la rationalité.


[Attention à l'orthographe ! rationalisation et rationalité s'écrivent avec un seul « n »
alors que rationnel en a deux. Ce n'est pas très rationnel, mais c'est comme ça !]
Dans les sociétés modernes, les comportements des acteurs (en particulier dans le
domaine économique, mais pas seulement) sont marqués par une recherche croissante
de rationalité. Q u'est-ce que la rationalité ? Pour Max Weber, c'est une des valeurs
centrales des sociétés occidentales qui guident les comportements. Elle conduit à
adopter des comportements résultant d'un choix raisonné visant à adapter ses
moyens d'action à ses buts, indépendamment de la tradition, des croyances
collectives ou des passions. Par exemple, cela consiste pour une entreprise à comparer
les coûts et les avantages de telle ou telle décision en ne se fondant que sur les critères
qui importent à l'entreprise, le profit ou l'image de marque de l'entreprise, par exemple.
La rationalisation, est le processus qui se développe au cours du temps et qui
accorde à la rationalité une place de plus en plus grande . Dans les sociétés
modernes, la rationalité triomphe. La rationalisation touche notamment le domaine
économique avec la recherche du profit, le développement du progrès technique, mais
aussi bien des domaines de la vie en société : ainsi, par exemple, lors d'un conflit, la
participation active pourra être décidée par chacun en fonction de ce qu'il espère en
retirer et de ce qu'il pense y risquer. Ce développement de la rationalité s'accompagne de
(et a été rendu possible par) la séparation entre le politique et le religieux qui étaient,
dans les sociétés traditionnelles, confondus (en France, par exemple, le roi était « de
droit divin »). Le fait que la rationalisation se développe n'empêche pas la persistance
d'autres modes de comportement.
La rationalisation des activités a pour conséquence le « désenchantement du monde »
( Max Weber). On entend par là l'idée que tous les phénomènes observables ont une
explication scientifique, la magie ou le surnaturel n'expliquant rien : s'il ne pleut pas, ce
n'est pas parce que les dieux sont en colère contre les hommes mais parce que
l'anticyclone des Açores est placé de telle façon qu'il repousse tous les nuages ailleurs !
Le monde n'est donc plus « enchanté », c'est-à-dire explicable par la magie.

1.3.2 - La montée de l'individualisme.


Il ne faut pas confondre individualisme et égoïsme : l'individualisme désigne le
processus par lequel, dans les sociétés modernes, les hommes se dégagent de plus
en plus de l'emprise des institutions (famille, caste, religion, etc) qui, autrefois,
réglaient tous leurs comportements. Le résultat de ce mouvement est que chaque
individu peut choisir librement son mode de vie, agir comme il l'entend (tant qu'il
respecte les lois communes). Il ne faut cependant pas oublier le poids des structures
dans la détermination des comportements des individus : vous avez vu en étudiant la
socialisation en classe de Première, que nous reproduisons beaucoup de ce qui nous a
été transmis. Dans une société moderne, l'individu peut choisir d'être égoïste, mais il
peut aussi choisir de ne pas l'être, en fonction de ses valeurs, de l'éducation qu'il a reçue
et de sa propre appréciation de la réalité !
Il faut souligner le corollaire de (c'est à dire l'élément qui vaavec) de cette place
prépondérante accordée à l'individu : celui-ci est beaucoup plus seul pour assumer ses
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choix de vie . Quand la société dicte leurs comportements aux individus, ceux-ci n'ont
plus de responsabilité personnelle. Quand c'est l'individu qui décide, il est responsable
de ses décisions. Cette solitude peut être parfois difficile à supporter.
La montée de l'individualisme, si elle donne à chacun la liberté de choisir sa vie,
n'est pas sans poser des problèmes collectifs . Comment la société va-t-elle réussir à
intégrer les individus et à faire que le ciment social prenne ? Comment va-t-elle assurer
la coordination et la régulation des activités économiques ? Comment va-t-elle garantir
à chacun des individus qui la composent l'exercice et la protection de ses droits ? Enfin,
si chacun se pense comme un individu détaché de toutes amarres sociales, comment
construire une société démocratique, comment la penser même ? Toutes ces questions
vont bien sûr être au cSur de ce que vous allez étudier cette année.
Depuis deux siècles, la croissance économique et le changement social ont bouleversé la
physionomie du monde. Cependant, il ne s'agit pas d'un processus linéaire et généralisé :
tous les pays ne connaissent pas les mêmes évolutions, toutes les époques ne
connaissent pas les mêmes rythmes de croissance. Des inégalités sont apparues ou se
sont renforcées, posant aujourd'hui de nombreuses questions. C'est ce que nous allons
étudier maintenant.

2 - Différences et inégalités dans les rythmes de la croissance, du


développement et du changement social.
Après avoir montré les différences dans les rythmes au cours du temps, nous présenterons les
inégalités engendrées par ces différences et les questions que cela pose.

2.1 - Les différences dans les rythmes des changements.


La croissance et le développement, bien que récents, ont transformé les conditions
matérielles d'existence et l'organisation de la société.

2.1.1 - Croissance et développement sont, à l'échelle de l'histoire,


des phénomènes récents...
Pendant des siècles, les hommes ne sont pas parvenus à accroître durablement leur
production de richesses et à transformer leur mode de vie . Bien sûr, il y avait les «
bonnes » années, les années de vaches grasses, et les « mauvaises » années, les années
de vaches maigres, mais les hommes, au cours de leur vie (qui durait certes moins
longtemps qu'aujourd'hui) ne voyaient pas de changement significatif, ni dans leurs
ressources, ni dans leur façon de vivre. Jusqu'en 1500 environ, la croissance est quasi
nulle. Entre 1500 et 1700, elle aurait atteint 0.1% par personne et par an en moyenne,
soit peu de [Link] n'est vraiment qu'à partir de la fin du 18ème siècle et du début du
19ème siècle que la croissance économique s'accélère avec des taux de croissance
comparables à ceux d'aujourd'hui et que débute, avec elle, le développement. .En ce
sens, ce sont donc des phénomènes récents. C'est la révolution industrielle qui marque
le passage à la période de croissance et de développement [n'hésitez pas à revoir votre
cours d'histoire à ce propos !]. Elle débute autour de 1780 en Grande-Bretagne, autour
de 1810-1820 en France et en Allemagne, plus tardivement dans les autres pays
européens, à partir de 1860 au [Link] ne faut donc pas croire que la croissance et le
développement ont toujours existé.Et si la tendance générale (le trend) de la production
est à la hausse sur ces deux siècles, la production augmente de manière très irrégulière
(elle a parfois même diminué), comme nous pouvons le voir dans le tableau ci-dessous.
Si vous voulez tester votre capacité à bien lire ce tableau, vous pouvez faire l'activité
qui est en bas de page.

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Titre : Taux de croissance annuel moyen du P.I.B. par habitant (en %)


Source : d'après les données d'A. Maddison, L'économie mondiale : une perspective
millénaire , OCDE 2001.
[Tableau non disponible]
Des périodes de croissance relativement rapide (1870-1913, par exemple) succèdent à
des périodes de croissance ralentie. Sur le long terme, la croissance est donc cyclique
.La croissance que les pays d'Europe occidentale ont connue entre 1950 et 1973 (les
"Trente glorieuses") est une croissance exceptionnelle (et unique) par son ampleur. Le
retour de tels taux de croissance est assez [Link] également, et nous en
reparlerons dans un prochain paragraphe, que la croissance des pays européens est
plus rapide que celle des autres pays du monde spécialement depuis 1950 . Cela
avait déjà été le cas entre 1820 et 1870 au moment de la révolution industrielle en
Europe.

Liste des Activités :

n°2 : L'irrégularité de la croissance mondiale depuis 1820.

2.1.2 - ... qui ont transformé les conditions matérielles d'existence


et l'organisation de la société.
- La croissance a permis une formidable hausse du niveau de [Link] niveau de vie est
la quantité de biens et de services dont disposent les individus ou les ménages. Dans les
pays dits "développés", on peut repérer la hausse du niveau de vie par l'amélioration et la
diversification de la ration alimentaire quotidienne (comparativement à celle du 19ème
siècle), ou encore par la diffusion des biens durables (automobile, télévision, machine à
laver, etc.). Enfin, indirectement, l'allongement de la durée de vie, très net, est aussi un
indicateur de la hausse du niveau de vie.
- La croissance s'accompagne de bouleversements des structures économiques et
[Link] part du secteur primaire dans la production et dans la population active a chuté,
l'urbanisation s'accroît rapidement, les structures socio-professionnelles se transforment
profondément, les femmes s'émancipent, etc. Les modes de vie (la façon de vivre)
changent comme le montre l'évolution des structures de la consommation : en 1946, les
Français consacraient en moyenne 45.4% de leurs dépenses à l'alimentation contre
seulement 13.7% en 2000. Cela laisse de la place pour d'autres types de dépenses comme
les dépenses de santé ou de logement.. Cette transformation rendue possible par la hausse
des revenus est allée de pair avec l'augmentaion des consommations collectives (éducation,
santé, etc.) qui sont à la fois la conséquence de la hausse du niveau de vie et les signes du
développement et de la transformation du mode de vie.

2.1.3 - Mais les pays ont eu des rythmes de croissance très


différents.
Les pays n'ont ni les mêmes rythmes de croissance économique, ni les mêmes points de
départ de la croissance, comme on peut le voir dans ce tableau.
Titre : Niveau de départ et évolution moyenne annuelle du P.I.B. par habitant (en %).
[Tableau non disponible]
Source : à partir des données d'A. MADDISON, L'économie mondiale : une perspective
millénaire , OCDE 2001.
*il s'agit pour l'essentiel des Etats-Unis et du Canada.

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[Lecture : la 1ère colonne donne le niveau de départ du P.I.B. par habitant en indices
ayant pour base 100 le P.I.B. moyen du monde. Cela signifie, par exemple, que l'Europe
occidentale avait en 1500 un P.I.B. moyen par habitant supérieur de 37% à celui du
monde. De même, le P.I.B. moyen par habitant, en 1500 toujours, est presque 2 fois plus
élevé en Europe qu'en Amérique du Nord. Les autres colonnes donnent les taux de
croissance annuels moyens du P.I.B. par habitant pour une période. Ainsi, on peut voir
que, entre 1700 et 1820, le P.I.B. par habitant de l'Europe occidentale a augmenté en
moyenne de 0.1% par an.]
Que montre ce document ? D'abord que vers 1500, les écarts de développement
étaient plus faibles, et nettement, qu'aujourd'hui puisque, entre la zone la plus
développée (l'Europe occidentale) et les zones les moins développées (l'Afrique et les
pays d'immigration européenne), l'écart n'est même pas de 1 à 2. Ensuite, on voit que la
zone européenne démarre sa croissance autour de 1820 (0.9% de croissance annuelle
moyenne entre 1820 et 1870, soit 9 fois plus vite que sur la période précédente) alors
que l'Amérique latine ou le Japon n'ont des taux supérieurs à 1% qu'à partir de 1870 et
l'Asie après 1950 seulement. Quant à l'Afrique, elle n'a connu que deux fois des
périodes de croissance supérieure à 1% par an.

Liste des Activités :

n°9 : Niveau de départ et évolution du PIB selon la zone

n°942 : Croissance nominale et croissance réelle du PIB


français (1999-2004).

2.2 - Les inégalités qui résultent de ces différences de rythme de


croissance.
On observe sur la planète de grandes inégalités ce qui se traduit par une hiérarchie dans les
niveaux de développement alors même que les inégalités à l'intérieur des pays, y compris
des pays les plus développés, n'ont pas disparu.

2.2.1 - De grandes inégalités de niveaux de vie entre pays.


Les rythmes de croissance élevés dans certaines zones (Europe occidentale et Amérique
du nord) se sont cumulés ce qui explique que les écarts de niveaux de vie entre les pays
s'amplifient. Et comme tous les pays n'ont pas commencé leur développement à la
même date, les niveaux de développement atteints aujourd'hui sont marqués par de
fortes inégalités. [Il ne faut comparer que des taux de croissance par habitant : en effet,
on doit se rappeler que la croissance démographique reste beaucoup plus forte dans les
pays où la croissance économique globale est la plus lente, d'où un taux de croissance
du revenu par habitant souvent très faible, voire négatif sur certaines périodes.]
Titre : P.I.B. par habitant (en dollars P.P.A.) dans quelques pays en 2000 et taux de
croissance annuel moyen (tcam), en %, de ce P.I.B. entre 1975 et 2000.
Source : P.N.U.D., Rapport mondial sur le développement humain , De Boeck, 2002.
[Tableau non disponible]
Ainsi, le P.I.B. par habitant est 45 fois plus gros aux Etats-Unis qu'au Niger (alors que
les U.S.A. ne sont pas premiers au hit-parade du P.I.B. par habitant, et que le Niger n'est
pas tout à fait le dernier, non plus). Et comme la croissance annuelle moyenne (par
habitant) est souvent plus faible dans les pays pauvres que dans les pays riches, comme
pour le Niger, l'écart continue donc de s'accroître : pour qu'il se réduise, il faudrait

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que, de manière durable, le P.I.B. par habitant progresse plus vite dans les pays pauvres
que dans les pays riches.

2.2.2 - ... qui créent une hiérarchie dans les niveaux de


développement,
Si l'on prend l'ensemble des pays du monde et qu'on essaie de les rassembler en
groupes distincts , on peut distinguer :
- Les pays développés (les pays d'Europe de l'ouest, les pays nord-américains, le
Japon, l'Australie) : ils ont commencé leur croissance au 19ème siècle, ils ont accumulé du
capital et du savoir-faire, ils ont la maîtrise des circuits financiers, ils ont un niveau de vie
par habitant très élevé (même s'il y a des différences entre eux) et ils dominent les
échanges internationaux de marchandises.
Du fait que la croissance économique est plus lente dans les pays déjà pauvres, l'écart
entre les pays développés et les autres n'a cessé de s'accroître, spécialement depuis
1945 . C'est ainsi un fossé qui s'est créé entre les pays riches et les pays pauvres et qui,
pour le moment, ne cesse de s'agrandir si l'on excepte certains pays asiatiques.
Titre : Croissance du P.I.B. par habitant entre 1820 et 2000 pour quelques pays et
espérance de vie à la naissance en 2000 ;
Source : d'après les données d'A. Maddison, L'économie mondiale : une perspective
millénaire , OCDE 2001 et P.N.U.D., Rapport mondial sur le développement humain ,
2001.
[Tableau non disponible]
En 1820, le Royaume Uni avait un P.I.B. par habitant 3.3 fois plus important que celui
de l'Inde. L'écart est somme toute modeste. Entre les Etats-Unis et le Ghana, l'écart est
de 1 à près de 25 en 2000. Il y a là un vrai fossé, d'autant que l'écart continue de
s'accroître avec la plupart des pays pauvres. Pendant que le Ghana multipliait par 2.5
environ son P.I.B. par habitant entre 1900 et 2000, les Etats-Unis le multipliaient par 6,7
et la France par plus de 7. Cette grande inégalité de niveau de vie se traduit par de fortes
inégalités dans l'espérance de vie à la naissance : l'écart est de 20 ans environ entre les
pays développés et le Ghana (pays d'ailleurs mieux placé pour ce critère que d'autres
pays africains).

2.2.3 - sans que les inégalités à l'intérieur des pays, même


développés, ne disparaissent.
Les inégalités de niveaux de vie restent fortes à l'intérieur des pays , même dans
ceux qui sont le plus développés. Si toutes les inégalités ne sont pas condamnables, on
peut quand même s'interroger sur l'incapacité des pays les plus développés à régler
la question de la pauvreté : dans tous ces pays, il existe une partie de la population qui
ne peut accéder au standard de vieconsidéré commenormal. Même s'il est difficile de
définir et de mesurer la pauvreté (nous reviendrons sur ces questions plus loin), on
observe qu'une partie significative de la population vit dans ce qu'il est convenu
d'appeler la pauvreté dans les pays occidentaux. Ainsi, à la fin des années 1980, la part
de la population dont les ressources sont inférieures à la moitié du revenu moyen de leur
pays est variable selon les pays européens mais assez élevée : environ 11% en
Allemagne (partie ouest), 14% en France et au Royaume-Uni, 17% en Espagne, 21% en
Italie. Aux Etats-Unis, on estime que 15% environ des ménages sont pauvres, à cette
même date. (Ces données sont citées dans « Pauvreté et exclusion », Rapport du Conseil

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d'Analyse économique, 1998)Et cette partie, proportionnellement, ne régresse pas


réellement, elle augmente même dans certaines périodes, comme dans les 20 dernières
années du 20ème siècle aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Dans les pays les moins
développés, la grande pauvreté est encore plus frappante, d'autant qu'elle est
souvent juxtaposée à la richesse étalée par quelques uns.
La pauvreté pose la question de l'intégration sociale : la pauvreté économique se
cumule avec d'autres inégalités qui peuvent rendre difficile l'insertion dans la société et
engendrer un processus d'exclusion. Or une société ne peut se maintenir si elle
n'intègrent pas ses membres. On voit là encore que les questions sociales et les
questions économiques sont imbriquées les unes dans les autres .

2.3 - Les questions qui sont posées par la croissance.


On peut recenser au moins deux questions : la croissance peut-elle se poursuivre
indéfiniment et qui peut (ou doit) réguler la croissance, c'est-à-dire plus ou moins la
contrôler ?

2.3.1 - La croissance peut-elle se poursuivre ?


La formidable élévation du niveau de vie qu'ont connue certains pays donne envie à
tous de suivre le même chemin. Mais est-ce possible ? Le système économique qui s'est
mis en place au fil des années et qui a rendu possible cette croissance dans certaines
zones, débouche sur une économie mondialisée marquée par des phénomènes de
domination et d'inégalités, où certains se demandent s'ils ont encore leur place (d'où la
contestation par certains de la mondialisation). La question des inégalités est une vraie
question politique qui risque de déboucher sur des conflits si elle n'est pas réellement
traitée car on peut penser que certains pays ne se satisferont pas indéfiniment de rester à
l'écart du dé[Link] poursuite de la croissance économique telle que nous
l'avons connue depuis deux siècles est-elle même souhaitable ? C'est la question que
posent de nombreux écologistes : quelle terre allons-nous laisser aux générations qui
vont nous suivre ?Nous reviendrons sur ces deux questions dès le premier chapitre.

2.3.2 - La question de la régulation de la croissance, donc celle de


l'Etat et du pouvoir.
La mondialisation de l'économie pose aussi la question de l'Etat : aux 19ème et
20ème siècles, la croissance s'est faite dans un cadre national et elle était encadrée et
soutenue par l'intervention de l'Etat qui a joué un rôle essentiel. Aujourd'hui, les
frontières sont perméables, pour les capitaux comme pour les marchandises, moins pour
les hommes. Cela change très nettement la donne. De nouvelles questions apparaissent,
dont la solution devrait souvent être trouvée au niveau international. C'est donc la
question de la régulation qui est posée ici. Pour le moment, on a encore des Etats
nationaux et un embryon de pouvoir supra-national, alors que la mondialisation se joue
complètement à l'échelon international.
Conclusion : face aux différences et aux inégalités qu'a engendrées la croissance, des
questions fondamentales se posent tant au niveau des pays en développement qu'au
niveau de la régulation et des objectifs que l'on assigne à cette croissance.
Conclusion générale
Dans les transformations gigantesques que les sociétés ont connues depuis deux siècles,
on peut voir l'Suvre de la rationalisation croissante des activités humaines et de
l'individualisme, comme nous l'avons déjà dit plus haut. Nous y reviendrons sans doute
dans tous les chapitres du programme. Cela débouche sur une augmentation très

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sensible de l'efficacité des hommes avec ses bons côtés (on produit de plus en plus, de
plus en plus vite, etc) et ses côtés moins reluisants (les inégalités, les problèmes
écologiques, l'exclusion, etc). Ce sont donc tous ces aspects que nous essaierons de
comprendre et sur lesquels nous nous interrogerons cette année. Finalement, à propos
de trois thèmes essentiels, la croissance économique, les transformations sociales, la
mondialisation, nous nous interrogerons toujours sur le « comment ?», sur le «
pour qui ?» et sur le « cela pourra-t-il durer ? » (c'est-à-dire les questions posées
pour l'avenir).
Dans une première partie, nous réfléchirons à ce qui rend possible (ou pas possible) la
croissance économique. Nous verrons dans une deuxième partie comment se réalisent
les transformations sociales. Enfin, nous verrons comment la mondialisation interagit
sur la croissance et les transformations sociales.

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