Modèle Zero Trust: Les Fondamentaux
Modèle Zero Trust: Les Fondamentaux
LES FONDAMENTAUX
ANSSI-PA-111
20/06/2025
PUBLIC VISÉ :
Attention
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Évolutions du document :
VERSION DATE NATURE DES MODIFICATIONS
1.0 20/06/2025 Version initiale
2 Principes généraux 4
2.1 Glossaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
2.2 Objectif du modèle Zero Trust . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.3 Architecture fonctionnelle de contrôle d’accès Zero Trust . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.3.1 Principes du contrôle d’accès . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.3.2 Contraintes de sécurité relatives aux attributs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.3.3 Descriptions des fonctionnalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
[Link] Gérer les identités et les authentifiants . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
[Link] Gérer les données et leurs attributs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
[Link] Gérer les actifs et leurs vulnérabilités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
[Link] Détecter la menace . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
[Link] Contrôler les autorisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.4 Mécanismes de sécurité pour la mise en œuvre du modèle Zero Trust . . . . . . . . . 17
2.4.1 Niveau de confiance des sujets et des équipements utilisés . . . . . . . . . . . 17
[Link] Assurance de l’identité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
[Link] Assurance du niveau d’intégrité de l’équipement . . . . . . . . . . . . 17
2.4.2 Protection des ressources . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
[Link] Protection des réseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
[Link] Protection des applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
[Link] Protection des données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.5 Principaux risques associés au modèle Zero Trust . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
3 Recommandations 23
3.1 Objectifs de sécurité et état des lieux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.2 Évaluation de faisabilité et définition des besoins d’accès . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.2.1 Identification des cas d’usage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.2.2 Attributs de sécurité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
[Link] Identifier et appliquer les attributs de sécurité . . . . . . . . . . . . . 24
[Link] Évaluer la disponibilité et la qualité des données . . . . . . . . . . . . 24
[Link] Évaluer les contraintes pour la gestion des attributs de sécurité . . . . 25
3.2.3 Politique de contrôle d’accès . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
3.3 Acquisition, développement et maintenance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.4 Recommandations générales sur l’architecture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
Bibliographie 29
n une évaluation dynamique et régulière du contexte d’accès d’un sujet incluant notamment l’état
de sécurité du poste utilisé pour réaliser ces accès ;
En effet, l’idée d’une rupture entre les modèles Zero Trust et de défense périmétrique pourrait
mener à une dégradation du niveau de sécurité global des entités. Le déploiement de produits dits
Zero Trust n’est pas sans risque et doit impérativement être intégré dans une démarche globale de
maîtrise des risques. En particulier, les politiques de contrôle d’accès dans le contexte du Zero Trust
sont complexes à définir et à mettre en œuvre. Cela peut mener à un faux sentiment de sécurité
en cas d’accès illégitime autorisé à tort, ou se révéler un frein à l’opération en cas d’accès légitime
non autorisé à tort. Toutefois, si ce modèle est bien implémenté et sa configuration maintenue à
jour dans le temps, celui-ci pourrait permettre à une entité d’avoir une posture de sécurité plus
proactive face aux menaces.
2.1 Glossaire
Application Programming Interface (API) Interface logique de communication d’un logiciel per-
mettant l’utilisation d’un ensemble de ses fonctionnalités par d’autres logiciels.
Assurance sécurité Ensemble d’activités permettant d’assurer la pertinence et l’efficacité des me-
sures de sécurité mises en œuvre pour couvrir les objectifs de sécurité d’un système, pro-
duit, service, ou d’une organisation. Ces activités incluent notamment la démonstration du
bon fonctionnement des mesures de sécurité et de leurs robustesses face à des tentatives de
contournements accidentelle ou intentionnelle.
Attribute-Based Access Control (ABAC) Mécanisme de contrôle d’accès reposant sur des attributs
associés au sujet demandant un accès, à la ressource devant être accédée et au contexte de la
demande d’accès du sujet (heure, lieu, équipement utilisé, etc.).
Endpoint Detection and Response (EDR) Solution de collecte et d’analyse d’évènements de sécu-
rité ayant pour but de détecter des menaces au niveau d’un équipement et de répondre de
manière automatique à certaines alertes de sécurité.
Niveau de confiance explicite (score de confiance) Estimation du niveau d’intégrité d’un utili-
sateur, composant matériel ou logiciel en opération. Cette estimation repose sur une évalua-
tion continue et dynamique (i) du niveau de conformité à la politique de sécurité de l’entité
et (ii) du niveau de menace (active ou passée) du sujet et de l’appareil utilisé pour accéder
aux ressources. Ce score ne peut pas être supérieur au niveau de confiance implicite accordé
aux fonctions et aux sources de données utilisées pour évaluer ce score.
Niveau de confiance implicite Estimation du niveau d’intégrité attendu d’un utilisateur, com-
posant matériel ou logiciel. Cette estimation prend en compte l’ensemble des mesures de
la politique de sécurité d’une entité mise en oeuvre et est déterminée indépendamment de
toute évaluation du contexte à un instant donné. Dans le modèle théorique du Zero Trust, le
niveau de confiance implicite est considéré comme nul.
Niveau de criticité Estimation, pour une ressource, de ses impacts métier au niveau de l’entité en
cas d’atteinte à ses besoins de sécurité en disponibilité (D), intégrité (I) et confidentialité (C).
Un niveau de criticité est défini par critère de sécurité DIC.
Niveau de menace explicite Estimation de la présence potentielle ou avérée d’une menace active
pouvant impacter les besoins en disponibilité, intégrité et confidentialité de l’entité.
Niveau de risque Estimation du risque, au niveau de l’entité, se basant sur le niveau de confiance
explicite de l’utilisateur et de l’équipement utilisé (vraisemblance), ainsi que sur le niveau de
criticité DIC de la ressource accédée (impact).
Plan de données Ensemble des composants hébergeant les fonctions métier et permettant les
échanges des données métier selon les conditions d’accès définies par le plan de contrôle.
Ressource Entité passive contenant ou recevant des informations et sur lequel un ou des sujets
réalisent des opérations (p. ex. un équipement, un processus automatique, un fichier de don-
nées). Une ressource peut être physique ou virtuelle.
Role-Based Access Control (RBAC) Mécanisme de contrôle d’accès reposant sur le ou les rôles as-
sociés à un sujet. Un rôle représente un ensemble de permissions accordées à un sujet.
Session Temps d’exploitation d’un canal reliant un sujet à une ressource et sur lequel circule les
actions du sujet. À l’établissement d’une session authentifiée, l’authentification du sujet per-
met de relier de façon fiable les actions circulant sur ce canal à l’identité du sujet, et d’en
assurer un suivi des états.
Sujet Utilisateur, processus automatique ou équipement actif réalisant des opérations sur une
ressource.
Pour réduire cette confiance implicite, les contrôles doivent être granulaires, dynamiques et régu-
liers [10] :
n l’accès aux ressources doit être accordé sur la base du besoin d’en connaître ;
n l’accès doit être donné sur la base du plus faible niveau de privilège nécessaire pour réaliser la
tâche ;
n les demandes d’accès doivent être contrôlées avec la même attention quelles que soient leurs
origines (provenant de l’« intérieur » ou de l’« extérieur » de l’entité) ;
n la politique d’accès aux ressources doit inclure des attributs dynamiques s’adaptant aux compor-
tements du sujet et à son contexte d’accès (analyse comportementale de l’utilisateur, horaires
d’accès, localisation géographique, etc.) ;
n les conditions d’accès aux ressources doivent faire l’objet de réévaluations régulières.
Gérer la configuration
5' – Attributs des ressources 5' – Attributs des ressources (matériel, logiciel)
(données) / Attributs environnementaux (niveau de conformité)
Évènements
Identifier et authentifier Évaluer les demandes de sécurité Capturer les évènements
continuellement d’accès
5'' – Attributs
5 - Attributs du sujet environnementaux
Générer et déployer les (niveau de menace)
Gérer les identités Analyser et détecter
autorisations
Plan de contrôle
Personne
Contrôler l’accès aux Équipement réseau
réseaux physique ou virtuel
1 – Demande
Équipement physique d’accès Processus
Établir une session Contrôler l’accès aux
ou virtuel applications automatique
2 - Demande
d’authentification
Processus / preuve
Contrôler l’accès aux
automatique d’identité Maintenir une session
données
Données
Évènements de sécurité
n Policy Information Point (PIP) : ensemble des attributs utilisés par le PDP afin d’évaluer une
demande d’accès. Cela inclut notamment les attributs du sujet, de la ressource et le contexte de
la demande d’accès.
n Policy Enforcement Point (PEP) : ensemble des fonctions permettant la transmission des de-
mandes d’accès au PDP et l’application des conditions d’accès retournées par celui-ci afin de
permettre la communication entre un sujet et une ressource.
Ces fonctions sont généralement réparties de la manière suivante :
n Les fonctions du plan de données permettent l’établissement de la session de données et les
échanges d’actions entre le sujet et la ressource selon les conditions d’accès définies par les
fonctions du plan de contrôle.
n Les fonctions du plan de contrôle permettent de définir les conditions d’accès à appliquer par
le plan de données. Ces fonctions incluent l’acquisition des attributs associés aux demandes
d’accès, l’évaluation des demandes d’accès et la génération des conditions d’accès.
Information
La figure 1 est une représentation fonctionnelle des mécanismes de contrôle d’ac-
cès selon le modèle Zero Trust. La répartition des fonctions sur les composants d’une
architecture technique est dépendante des solutions des éditeurs et des choix d’archi-
tecture de l’entité. À titre d’exemple, la fonction de détection de la menace peut être
répartie sur différents composants d’une architecture technique avec une analyse et
une détection d’évènements locales aux équipements (via un agent logiciel de type
Endpoint Detection and Response - EDR) et/ou centralisées (via un ou plusieurs ser-
veurs centraux hébergeant une solution logicielle de type Security Information and
Event Management (SIEM).
Lors d’une demande d’accès d’un sujet à une ressource, les principales étapes du contrôle d’accès
sont les suivantes :
n Établissement d’une session entre un sujet et une ressource
> À la demande d’accès initiale, une authentification est demandée et le sujet prouve son iden-
tité (cf. 1 à 3 de la figure 1).
> La demande d’accès à la ressource est évaluée selon les attributs associés au sujet, à la res-
source et au contexte de la demande (cf. 4 à 5 de la figure 1). Plus particulièrement, les attri-
buts de contexte permettent :
» de définir l’heure et le lieu géographique associés à la demande d’accès ;
» d’identifier l’équipement utilisé lors de la demande d’accès et d’estimer son niveau de
conformité à la politique de sécurité de l’entité ;
» d’estimer le niveau de menace associée à l’utilisateur et/ou de l’équipement utilisé (par
analyse comportementale, analyse par signature, etc.).
Exemple
Alice (le sujet) tente d’accéder à une application de partage de fichiers (la ressource).
n Le moteur de décision évalue les attributs d’Alice (par exemple son rôle dans l’en-
treprise, la méthode d’authentification utilisée etc.), les attributs associés à la so-
lution de partage de fichiers (par exemple son niveau de sensibilité) et le contexte
de la demande (par exemple la demande est réalisée en heure ouvrée à partir du
poste bureautique d’Alice, qui est à jour des correctifs).
n La demande est conforme aux règles définies dans le moteur de décision et l’accès
à l’application est autorisé avec des conditions d’accès incluant le rôle d’Alice (dans
une approche mixte ABAC/RBAC).
n Alice dispose d’une session sur l’application et accède aux différents fichiers selon
les permissions qui lui ont été octroyées via son rôle.
n Le comportement d’Alice est évalué de manière continue ainsi que toute autre
information de contexte pertinente pour les prises de décisions d’accès.
n A plusieurs reprises, Alice cherche à accéder à des fichiers pour lesquels elles ne
disposent pas des droits nécessaires. Le niveau de confiance d’Alice est réduit et
déclenche une perte de ses droits d’accès à l’application.
n La session d’Alice est fermée et toutes ses nouvelles demandes d’accès sont reje-
tées.
2. La confidentialité n’est pas prise en compte dans le présent document puisque ce critère n’a pas d’impact sur le niveau d’efficacité
du mécanisme de contrôle d’accès. Il est cependant important de noter que certains attributs, sur les sujets notamment, peuvent avoir
des besoins forts en confidentialité.
La gestion des identités et des authentifiants 3 couvre l’ensemble des mesures permettant à une
entité de maîtriser les utilisateurs, les processus automatiques et les équipements cherchant à ac-
céder à son système d’information. L’authenticité des attributs associés à un sujet, et donc la con-
fiance qui peut leur être attribuée, est directement liée à la bonne maîtrise de cette thématique
de sécurité. En particulier, il est nécessaire pour les entités (i) de gérer l’ensemble des sujets de
l’entité interagissant avec son système, (ii) de déterminer le niveau de robustesse des mécanismes
d’authentification permettant aux sujets de prouver leur identité et (iii) d’appliquer le principe de
moindre privilège à ces accès. Les éléments suivants sont à prendre en compte :
n Gérer les identités : l’entité doit maintenir à jour un ou plusieurs référentiels centraux d’iden-
tités uniques 4 et des attributs de sécurité associés aux différents sujets de l’entité. Il est notam-
ment nécessaire d’identifier de manière unique les utilisateurs, les processus automatiques et
les équipements devant accéder au système. Les attributs d’un sujet ayant un impact direct sur
le niveau de sécurité du mécanisme de contrôle d’accès, ceux-ci doivent être mis à jour régulière-
ment pour prendre en compte les changements de fonctions d’un utilisateur, la compromission
d’un poste utilisateur, etc.
n Assurer l’authentification des sujets : l’authenticité des attributs du sujet utilisés lors de la
décision d’accès est liée au niveau de robustesse de sa preuve d’identité. Les éléments à prendre
en compte selon le niveau de criticité de la ressource accédée sont les suivants :
> Gestion des authentifiants : la robustesse d’un authentifiant dépend de son type, de son ni-
veau de protection (au repos ou en transit), de son niveau d’entropie, de son niveau de dis-
sémination au sein du système et de sa durée de vie. Il s’agit ici d’être en capacité de dimen-
sionner ce secret d’authentification selon les cas d’usage et d’en assurer la protection et le
renouvellement sur l’ensemble de son cycle de vie.
> Fonction d’authentification : les différents mécanismes d’authentification n’offrent pas le
même niveau de robustesse face aux menaces de compromission des authentifiants (ex. : ha-
meçonnage) ou contre le rejeu. Par exemple, l’utilisation d’un mécanisme d’authentification
multifacteur forte (cf. [7]) peut permettre de faire face à ces menaces.
> Authentification continue : les éléments précédents se focalisent sur le niveau de robustesse
de la preuve d’identité lors de l’établissement d’une session. Une session pouvant cependant
être usurpée (ex. : vol de cookies de session), le niveau de confiance initialement accordée à
une authentification se dégrade dans le temps. Une authentification périodique devient ainsi
nécessaire pour maintenir ce niveau de confiance et limiter les impacts en cas d’usurpation
de session, par exemple.
La majeure partie des mesures décrites ici n’est pas spécifique au modèle du Zero Trust et représente
déjà une thématique importante et complexe à gérer dans une stratégie de défense en profondeur.
Il s’agit cependant d’un prérequis qui, dans les hypothèses du Zero Trust, nécessite la mise en œuvre
de mesures renforcées et à l’état de l’art (compte unique, généralisation de l’authentification forte
et de l’authentification multi-facteur, etc.).
L’identification et la catégorisation des données à protéger ainsi que les attributs de sécurité à ap-
pliquer à ces données sont des prérequis essentiels. Comme pour n’importe quel modèle d’accès
(ABAC, Mandatory Access Control - MAC, etc.), la politique d’accès définie par l’entité ne peut être
appliquée qu’aux seules ressources identifiées et sur lesquelles les attributs sélectionnés sont ap-
pliqués. La gestion des matériels et des logiciels étant traitée dans la section [Link], les éléments
suivants se concentrent sur les données.
n Inventorier et catégoriser les données : l’entité doit inventorier et catégoriser l’ensemble des
données à protéger. Cet inventaire doit permettre d’identifier les données existantes ainsi que
leur localisation dans le système. Toute donnée identifiée doit être ensuite catégorisée, en parti-
culier selon sa valeur pour l’entité et/ou les contraintes réglementaires qui leur sont applicables.
Cette catégorisation est essentielle afin d’adapter les mécanismes de contrôle d’accès à la sensi-
bilité de ces données.
n Labéliser les données (application des attributs) : selon la catégorisation de la donnée, les
attributs pertinents pour les besoins de contrôle d’accès doivent être appliqués à l’ensemble des
données existantes ainsi qu’à toute donnée nouvellement créée. Cette labélisation pourra être
réalisée par l’ajout de métadonnées protégées par l’utilisation de mécanismes crytographiques
assurant l’intégrité et l’authenticité des attributs.
Les éléments listés ci-dessus devraient déjà s’inscrire dans une démarche de protection des données
des entités. Il est important de noter que la mise en œuvre du modèle Zero Trust, et plus particu-
lièrement du modèle ABAC, implique la définition et l’application de nouveaux attributs (p. ex. un
attribut définissant le niveau de criticité de la donnée en termes d’intégrité ou de confidentialité)
sur les données existantes. De par la volumétrie et les localisations parfois multiples des données,
leur identification et leur labélisation peuvent donc être un prérequis complexe à satisfaire dans
la mise en œuvre du modèle Zero Trust.
5. Une authentification est dite passive lorsqu’elle ne nécessite pas une action de l’utilisateur (par exemple l’usage d’un facteur
biométrique pour l’authentification comme la reconnaissance faciale).
La gestion des actifs et de leurs vulnérabilités permet d’assurer la maîtrise des composants maté-
riels et logiciels en production et leur niveau de conformité par rapport à la politique de sécurité
de l’entité. Cette fonction permet d’évaluer le niveau de conformité d’un équipement lors d’une
demande d’accès et de maintenir ce niveau de conformité dans le temps. Il s’agit donc pour une
entité d’être en capacité (i) d’établir l’état attendu de son système et de ses composants, (ii) d’iden-
tifier les faiblesses des composants en production et (iii) de mettre en place un processus de gestion
des changements. Afin d’atteindre cet objectif et de gérer les attributs de conformité dans le temps,
les principales mesures suivantes sont nécessaires :
n Établir l’état attendu du système et de ses composants
> Gérer les versions de référence : afin d’établir un état attendu du système et de ses compo-
sants, une gestion de configuration doit être mise en œuvre, permettant de définir les versions
de référence applicables sur le système en production. Un inventaire de l’ensemble des actifs
(systèmes, sous-systèmes, équipements, logiciels et matériels), de leur criticité DIC, ainsi que
de leurs relations et dépendances nécessaires à leur bon fonctionnement doit être établi. Ces
versions de référence portent notamment sur le paramétrage sécurisé des différents compo-
sants logiciels (ex. : les Group Policy Object - GPO Windows applicables) et matériels (ex. : la
configuration des paramètres du firmware associé à la carte CPU).
n Identifier les écarts entre les composants en production et la configuration attendue
> Gérer l’inventaire : pour des objets de configuration versionnés par l’éditeur ou par l’entité, un
inventaire périodique des composants déployés en production doit être réalisé et comparé
aux versions attendues (ex. : les correctifs de sécurité installés comparés aux correctifs de
sécurité validés et à installer). Pour rappel, un inventaire n’offre aucune garantie d’intégrité
en cas de modifications malveillantes mais permet à une entité de s’assurer du respect de sa
politique de sécurité sur les objets de configuration versionnés.
> Identifier les vulnérabilités connues : des scans de vulnérabilités devraient être réalisés afin
d’identifier des faiblesses au niveau du paramétrage (ex. : utilisation de mécanismes crypto-
graphiques non robustes, pare-feu désactivé) et au niveau des logiciels (ex. : CVE pour les
vulnérabilités connues) sur les équipements maîtrisés par l’entité ou sur les équipements
personnels (si ceux-ci sont autorisés par l’entité).
> Vérifier l’intégrité et l’authenticité des logiciels : afin d’identifier des modifications non auto-
risées d’objets de configuration, un contrôle d’intégrité et d’authenticité pourrait aussi être
utilisé. Ces contrôles peuvent par exemple s’appuyer sur des mécanismes de type measured
boot et/ou des mécanismes de type liste d’applications autorisées (avec contrôle d’un conden-
sat cryptographique ou de signature cryptographique).
n Gérer les changements
> Définir les choix de traitement et les priorités : l’évolution des versions de référence doit obli-
gatoirement passer par un processus de gestion des changements. Chaque faiblesse doit être
qualifiée selon son niveau de criticité DIC, et un choix de traitement doit lui être appliqué.
Les évolutions d’un référentiel applicable et les tests de non régression associés doivent être
réalisés au regard du risque couvert et des coûts induits.
> Déployer et installer les mises à jour et correctifs de sécurité : le maintien à jour d’un référen-
tiel de configuration en exploitation par rapport à un référentiel de configuration attendue
La détection de la menace joue un rôle central dans le modèle Zero Trust, et plus particulièrement
dans l’évaluation du niveau de confiance accordée à un sujet lors d’une demande d’accès. L’objectif
principal est de détecter au plus tôt toute compromission d’un compte d’accès, d’un moyen d’accès
(par exemple un poste utilisateur) ou d’une ressource accédée afin d’en limiter les impacts sur le
système, en réduisant ou révoquant les droits d’accès associés. Pour la mise en œuvre de ce type
d’attribut, il est nécessaire de (i) identifier les scénarios de menaces à détecter 6 , (ii) collecter les
données nécessaires au besoin identifié, (iii) analyser ces données pour détecter les menaces et (iv)
évaluer le niveau de menace du sujet et de l’équipement utilisé.
n Identifier les scénarios de menaces à détecter :
> Identifier les évènements redoutés : l’entité doit d’abord définir ses objectifs de détection
de sécurité, et donc les évènements redoutés sur lesquels elle souhaite être en capacité de
réaliser des actions préventives ou correctives afin de les éviter ou d’en limiter les impacts sur
son système. Ces objectifs correspondent à tout couple source de menace/événement redouté
[3] que l’entité juge pertinent dans le contexte de son activité.
> Identifier les composants à superviser : dans un deuxième temps, il est nécessaire d’identifier
les composants du système à superviser et dont la compromission pourrait mener à la réali-
sation de l’évènement redouté. Cette activité nécessite l’identification des différents chemins
d’attaque 7 , pour chaque évènement redouté, pouvant être utilisés par la source de menace.
> Identifier les techniques et actions d’un attaquant à superviser : finalement l’entité doit défi-
nir les évènements à superviser sur les différents composants précédemment identifiés. Ces
évènements découlent de la définition des scénarios de menace et plus particulièrement des
différentes techniques et actions utilisées par un attaquant afin d’atteindre ses objectifs. Avec
l’évaluation de la vraisemblance des scénarios de menace, l’entité dispose des différents cas
d’usage de détection adaptés à son contexte et associés à un niveau de risques permettant
une gestion des priorités dans leur mise en œuvre.
6. Par exemple, la méthode EBIOS-RM [3] peut être utilisée pour identifier ces scénarios de menace.
7. Un chemin d’attaque se caractérise par la succession d’événements causés par la source de menace sur un ou plusieurs composants
et menant à la réalisation de l’évènement redouté.
Le sujet de la détection de la menace est un sujet complexe dans sa mise en œuvre et son main-
tien dans le temps. L’identification des besoins, et notamment l’identification des informations au
regard des techniques et actions réalisées par des attaquants, est un sujet nécessitant un bon ni-
veau d’expertise. Certains systèmes ou équipements ne disposent pas des prérequis nécessaires et
les mécanismes d’analyse comportementale restent complexes à mettre au point. L’utilisation de
la détection de la menace pour du contrôle d’accès dynamique n’est donc pas sans risques et pour-
rait mener soit à une dégradation des accès aux ressources de l’entité, soit à un faux sentiment de
sécurité.
Les éléments définis précédemment viennent alimenter la fonction de contrôle d’accès dynamique
avec les attributs du sujet, de la ressource et du contexte des demandes d’accès. Ces différents élé-
ments permettent d’évaluer les demandes d’accès pour l’établissement d’une session entre le sujet
et la ressource, de générer et configurer les autorisations de manière dynamique, et de maintenir la
8. Des bases de connaissances comme par exemple le MITRE ATTACK ([Link] peuvent aider les entités.
n Définir et évaluer les règles d’accès : la définition des règles d’accès doit être réalisée selon
le principe du moindre privilège. Ces règles sont composées d’une combinaison de critères à
satisfaire afin d’autoriser un accès. Ces critères peuvent être de différents types.
> Critère de conformité simple : cette approche consiste à une évaluation unitaire de la de-
mande d’accès selon une combinaison d’attributs précis de conformité (rôle de l’utilisateur,
lieu et horaire de connexion, etc.). Si les critères sont validés, la condition est satisfaite.
> Critère sur la base d’un score de confiance simple : cette approche consiste en une évaluation
des demandes d’accès en incluant des pondérations sur des attributs de conformité et/ou des
attributs de détection de la menace simple (sur la base de signature par exemple) afin d’établir
un score de confiance. Si le score de confiance est au-dessus d’une certaine valeur, la condition
est satisfaite.
> Critère sur la base d’un score de confiance complexe : cette approche consiste en une éva-
luation des demandes d’accès sur la base du comportement du sujet et/ou de l’équipement
utilisé. Si le score de confiance est au-dessus d’une certaine valeur, la condition est satisfaite.
n Appliquer les décisions et les conditions d’accès selon le principe du moindre privilège
> Contrôle des sessions : les décisions et les conditions d’accès sont déterminées lors de l’établis-
sement d’une session et sont revues de manière périodique pour le maintien de la session.
À l’établissement de la session, certains attributs de sécurité peuvent être configurés de ma-
nière dynamique afin de déterminer, par exemple, la durée de vie maximale de la session, le
délai avant ré-authentification, etc. Selon l’évaluation continue d’un sujet et de l’équipement
utilisé, ces conditions d’accès peuvent être mises à jour ou la session peut être fermée.
> Contrôle des ressources : après l’établissement d’une session, les actions sur une ressource
peuvent être contrôlées selon deux approches, en évaluant chaque action de manière dyna-
mique dans une pure approche ABAC ou en accordant une confiance implicite limitée dans
le temps, par exemple dans une approche mixte ABAC (session) et RBAC (ressource). Dans
cette seconde approche, le rôle du sujet est fourni lors de l’établissement de la session dans
les conditions d’accès à appliquer. Ces rôles à appliquer sur la ressource devraient être définis
et mis à jour de manière dynamique selon l’évaluation de la posture de sécurité du sujet et
de l’équipement utilisé (cf. point précédent sur le contrôle des sessions).
Comme présenté dans cette section, le modèle ABAC est la brique de base du modèle Zero Trust
pour un contrôle granulaire, dynamique et régulier des accès. L’efficacité de cette fonction de sé-
curité est dépendante des attributs et des sources de données utilisés, dont la gestion nécessite
de nombreux prérequis techniques et organisationnels. Ces prérequis peuvent être complexes à
satisfaire, voire dans certains cas se révéler non réalisables sur certains systèmes.
Les hypothèses sur l’environnement dans le modèle Zero Trust nécessitent l’utilisation de méca-
nismes conformes à l’état de l’art et d’un niveau de robustesse élevé face aux menaces de com-
promission des authentifiants (force brute, hameçonnage, etc.), de rejeu des authentifiants et de
contournement des mécanismes d’authentification par l’usurpation de sessions. Cela implique donc
l’utilisation de mécanismes d’authentification forte et une demande d’authentification périodique
des sujets. Notamment, les mécanismes à considérer sont :
n Authentification multifacteur forte des utilisateurs : utilisation d’un second facteur pour les
utilisateurs permettant l’utilisation du certificat qui leur est associé.
n Authentification forte des processus automatiques et équipements (cf. [7]) : utilisation d’un
protocole d’authentification s’appuyant sur un mécanisme de type défi/réponse et reposant sur
des moyens cryptographiques conformes au Référentiel Général de Sécurité (RGS) et ses an-
nexes B1 [6], B2 [5] et B3 [4].
n Stockage des authentifiants dans un environnement matériel dédié : utilisation d’un com-
posant matériel dédié (ex. : Hardware security module - HSM) pour stocker les authentifiants au
repos ou protéger ceux stockés sur une mémoire de masse.
Au niveau de l’équipement, plusieurs mécanismes peuvent être utilisés pour améliorer le niveau
de confiance qui lui est accordée. En effet, le niveau de confiance d’un équipement est dépendant
0 – Établissement d’un
4 – Conditions d’accès canal sécurisé
via la passerelle 3 – Conditions d’accès
du sujet
Sujet + 5 – Établissement
d’un canal sécurisé Passerelle SDP Ressource
Equipement
6 – Accès à la ressource 6' – Accès à la ressource
Dans cette section, seuls les mécanismes de protection dont la configuration est déterminée dyna-
miquement au travers d’un mécanisme de contrôle d’accès de type ABAC sont abordés. En parti-
culier, le cloisonnement applicatif avec l’utilisation de conteneurs ou l’assurance sécurité des diffé-
rents logiciels (au travers des sujets de la chaîne d’approvisionnement) ne sont pas traités ici. Seule
la protection des applications au travers de l’utilisation d’un proxy (serveur mandataire) ou d’un
reverse proxy (serveur mandataire inverse) est abordée ci-après. Bien que ces composants peuvent
offrir des services de protection réseau et donc être présentés dans la section [Link], leurs objec-
tifs principaux dans le modèle Zero Trust sont d’offrir des services de protection des applicatifs, et
potentiellement de protection des données par analyse des flux de communication.
n Reverse proxy Zero Trust : cette approche repose sur un reverse proxy nécessitant une authenti-
fication préalable de l’utilisateur afin de déterminer dynamiquement les conditions d’accès qui
lui sont applicables. Cette approche permet de limiter les accès aux services de l’entité selon
le profil de l’utilisateur. Il s’agit du socle minimal de fonctions assurées par un reverse proxy
Zero Trust. En effet, différents mécanismes supplémentaires peuvent être utilisés, selon les cas
d’usage, pour contrôler les flux entrants lorsque ceux-ci sont déchiffrés au niveau du reverse
proxy. Cela peut notamment inclure des contrôles syntaxiques et sémantiques au niveau ap-
plicatif (ex. : WAF) pour protéger les applications internes de l’entité, des contrôles par liste
d’autorisations sur les commandes pouvant être émises par le sujet vers des services internes,
etc. Par rapport à une approche SDP, cette approche ne nécessite pas l’utilisation d’un agent
de communication avec le plan de contrôle Zero Trust sur le client mais impose des limitations
selon les protocoles supportés par le reverse proxy. La figure 3 illustre les principes généraux
des mécanismes d’accès avec un reverse proxy Zero Trust.
0 – Établissement d’un
canal sécurisé
4 - Requête d’accès
2 – Authentification du sujet + preuve d’identité
5 – Conditions d’accès
Du sujet
1 – Demande d’accès
3 - Demande d’accès
Sujet + / preuve d’identité
Reverse Proxy Ressource
Equipement
6 – Accès à la ressource 6' – Accès à la ressource
Les mécanismes de protection des données utilisés dans le modèle Zero Trust ne sont pas nouveaux.
Il s’agit ici d’adapter ces mécanismes à l’utilisation du modèle de contrôle d’accès ABAC et aux
hypothèses du Zero Trust. Ces mécanismes de protection sont :
n Contrôle d’accès dynamique aux données : il s’agit ici de contrôler les opérations sur les don-
nées et de limiter celles-ci de manière dynamique aux seules personnes autorisées et équipe-
ments conformes. Plus particulièrement, ces contrôles peuvent être mis en œuvre sur :
> la création et l’import des données en rendant obligatoire la labélisation (l’application des
attributs de sécurité et de leurs valeurs) ;
> l’export des données pour limiter les risques de fuite de données ;
> le masquage dynamique des données permettant un accès à un sous-ensemble des données.
n Protection cryptographique des données : une protection cryptographique des données de-
vrait être appliquée en complément des mécanismes de contrôle d’accès dynamique afin de
renforcer la sécurité de ces données en cohérence avec leurs besoins en confidentialité et en
intégrité. Ces mécanismes sont applicables pour les données au repos et en transit.
n Disponibilité, intégrité et authenticité des attributs : les décisions d’accès sont dépendantes
des attributs utilisés par le moteur de règles. L’indisponibilité ou le manque d’intégrité/authen-
ticité des données d’entrée utilisées par le moteur de règles peuvent mener à des pertes d’accès
ou à des accès non autorisés aux ressources de l’entité. Répondre aux différentes contraintes de
sécurité associées à ces attributs (cf. 2.3.2) est un sujet complexe à traiter.
n Justesse du score de confiance : la prise en compte du comportement des utilisateurs dans une
évaluation dynamique du score de confiance nécessite un temps de mise au point conséquent et
n Écarts entre le modèle théorique et les implémentations existantes : le terme Zero Trust
n’est, en soi, qu’un modèle et ne définit en aucun cas les fonctions de sécurité d’une technologie
dite Zero Trust. Il est donc essentiel de revenir aux fonctionnalités de sécurité offertes par les
différentes solutions des éditeurs et d’identifier leurs limitations avec le modèle théorique afin
de bien évaluer leurs impacts d’un point de vue sécurité.
n Impact sur les performances d’accès aux ressources : l’entité doit prendre en compte les
éventuels impacts sur les délais et les latences d’accès à ses ressources lors la mise en œuvre
du modèle Zero Trust. En effet, l’évaluation continue des demandes d’accès (par exemple avec
l’utilisation de nombreux attributs, un contrôle d’accès par action du sujet) pourrait avoir des
impacts non acceptables sur les performances d’accès à certaines fonctions ou données métier de
l’entité. Il est donc important de s’assurer que les composants utilisés pour réaliser ces contrôles
d’accès soient dimensionnés de manière appropriée au regard du besoin en disponibilité des
ressources accédées.
n Dépendance avec les services cloud : les mécanismes mettant en œuvre les principes du Zero
Trust s’appuient sur des technologies avec des besoins en performance élevés, tels que le machine
learning ou les décisions d’accès selon le modèle ABAC. Le Zero Trust n’implique pas l’utilisa-
tion de services cloud, même si ceux-ci disposent des infrastructures nécessaires pour faciliter
leur mise en œuvre. L’utilisation de ces technologies pourrait augmenter la dépendance des
entités auprès des fournisseurs de services cloud et complexifier davantage toute décision de
ré-internalisation de ces différents services.
Information
Une approche par les risques permet à une entité de définir et de prioriser les
actions à mener pour renforcer sa sécurité. En effet, pour une entité donnée, il
pourrait être plus pertinent d’un point de vue de la gestion des risques d’engager
des efforts d’amélioration de son système d’administration que de s’orienter vers
l’utilisation de technologies dites Zero Trust.
n L’entité doit évaluer le niveau de sécurité de chacun de ses systèmes au travers d’audits tech-
niques et organisationnels afin d’identifier les écarts entre sa posture de sécurité actuelle et les
objectifs visés.
n L’entité doit utiliser les solutions déjà à sa disposition pour améliorer son niveau de sécurité et
ainsi réduire le niveau de confiance implicite accordée aux utilisateurs, processus automatiques
et équipements.
n L’entité doit identifier les cas d’usage pour lesquels la mise en œuvre du modèle Zero Trust
apporterait un gain de sécurité. Au minimum, le niveau de sécurité de l’entité ne doit pas être
dégradé lorsque sa mise en œuvre est motivée par des critères autres que la sécurité (financiers,
de performance, etc.).
n L’entité doit avoir un inventaire détaillé et maintenu à jour des utilisateurs, des processus auto-
matiques et des équipements associés aux cas d’usage.
n L’entité doit définir, de manière itérative, la cartographie détaillée des différents composants
inclus dans le périmètre retenu et nécessaires à la réalisation des objectifs du cas d’usage.
n L’entité doit identifier les chemins d’accès entre chaque sujet et les ressources cibles (qui doit
accéder à quoi et pour quel objectif) et établir, de manière itérative, les différents scénarios
d’accès (comment accéder à la ressource selon la politique d’accès définie).
n L’entité doit identifier l’ensemble des attributs de sécurité portant sur les sujets, les ressources
et l’environnement. Pour chacun de ces attributs, les valeurs ou les plages de valeurs autorisées
doivent être définies.
n L’entité doit identifier les sources de données nécessaires au calcul des attributs de sécurité dy-
namiques et la manière dont les valeurs associées seront calculées.
n L’entité doit définir les processus nécessaires pour l’application des attributs de sécurité sur l’en-
semble des sujets et des ressources. Ces processus doivent être appliqués aux sujets et ressources
lors de leur création, ainsi qu’à ceux déjà existants.
n L’entité doit documenter l’ensemble des attributs de sécurité identifiés en incluant les sources
de données nécessaires, leurs modes de calcul, leurs plages de valeurs et une description du
périmètre couvert.
n L’entité doit s’assurer de disposer des données nécessaires pour générer les attributs de sécurité
pertinents pour les cas d’usage de contrôle d’accès retenus.
n L’entité doit s’assurer de sa capacité à collecter ces données et à les mettre à disposition de la
fonction de contrôle d’accès.
Information
L’amélioration des mesures de détection et d’automatisation des réponses visent à ré-
duire fortement la fenêtre d’attaque d’un acteur malveillant, et ainsi limiter l’impact
d’une compromission ou la vraisemblance de l’atteinte d’un événement redouté. Ce
renforcement des mesures de détection et de réponse pourrait mener sur certains
scénarios à justifier la réduction des mesures de protection sur les équipements, tout
en maintenant un niveau de risque acceptable. Cependant, le principe de précau-
tion prévaut. Ces mécanismes de détection et de réponse sont complexes à mettre
en œuvre et peuvent être contournés. Le principe de défense en profondeur avec
l’utilisation de plusieurs barrières de protection restent donc applicables.
Pour éviter un faux sentiment de sécurité ou des refus d’accès à tort, il est nécessaire de pouvoir
maintenir à jour les différents attributs dans le temps. En particulier :
n L’entité doit s’assurer de l’utilisation de référentiels uniques et d’une gestion centralisée de ceux-
ci. Cela inclut, sans être exhaustif, le référentiel des comptes d’accès utilisateurs, le référentiel
des comptes d’accès administrateurs, le référentiel des ressources matérielles et logicielles.
n L’entité doit être en capacité de maintenir à jour les référentiels de comptes d’accès, et plus
particulièrement de désactiver de manière automatique tout compte d’accès considéré comme
compromis dans le système.
n L’entité doit être en capacité de renouveler les secrets des différents sujets et ressources. Cela
implique, pour les certificats notamment, la mise en œuvre d’une infrastructure de gestion de
clés.
n L’entité doit être en capacité de maintenir à jour ses équipements. Cela implique le maintien
du référentiel de correctifs applicables et la gestion centralisée du processus de mise à jour des
composants logiciels par rapport à ce référentiel.
n L’entité doit être en capacité de maintenir à jour ses référentiels de détection (indicateurs de
compromission, modèles comportementaux, etc.) et avoir une activité de veille relative aux
menaces (Cyber Threat Intelligence).
Attention
Assurer l’intégrité et l’authenticité des attributs utilisés pour le contrôle d’accès est
très dépendant du niveau de sécurité des postes utilisés et de la visibilité que l’entité
en a. La pratique du BYOD, en particulier, ne permet pas d’accorder un niveau d’as-
surance élevé vis-à-vis des valeurs retournées par ses équipements (lorsque celles-ci
sont disponibles et collectables) pour la prise de décision d’accès.
n L’entité doit définir sa politique d’accès uniquement sur des attributs maîtrisés, c’est-à-dire des
attributs qu’elle est capable de maintenir à jour et dont elle maîtrise le périmètre de couverture
et le niveau de qualité.
n L’entité doit inclure de manière itérative les différents attributs de sécurité, allant d’attributs
simples et faciles à maintenir à jour à des attributs plus complexes à mettre au point (ex. :
l’analyse comportementale).
n À chaque itération, l’entité doit évaluer le niveau d’efficacité de ses mécanismes de contrôle
d’accès dynamique et adapter sa politique de contrôle d’accès en cohérence.
n L’entité doit pondérer le ou les scores de confiance selon l’importance de l’attribut pour l’entité
lors des décisions d’accès, et selon le niveau de fiabilité des attributs.
n L’entité doit construire sa politique d’accès sur un ensemble de critères de conformité. Le score
de confiance doit être utilisé comme un critère de contrôle de sécurité supplémentaire.
n L’entité doit définir pour chaque type d’équipement un niveau de confiance implicite reposant
sur la politique de sécurité qui leur est applicable lorsque le type d’équipement n’est pas utilisé
comme critère de conformité lors de la prise de décision d’accès.
n L’entité doit réaliser des évaluations continues afin de calculer un score de confiance (c.-à-d.
un niveau de confiance explicite). Le score de confiance d’un équipement ne peut pas pas être
supérieur au niveau de confiance implicite qui lui est accordée pour accéder aux ressources de
l’entité 9 .
n L’entité doit définir des seuils de score de confiance en cohérence avec la criticité DIC des res-
sources accédées.
9. Le score de confiance d’un équipement doit toujours être calculé au regard du type d’équipement évalué (par exemple, un poste
BYOD ou un poste maîtrisé par l’entité). Cette évaluation ne peut être qu’une dégradation de la confiance implicitement accordée à un
type de poste. En aucun cas un poste BYOD ne peut être utilisé par un administrateur pour réaliser des actions d’administration même
si l’évaluation explicite du poste semble indiquer que celui-ci est intègre
Pour assurer un fort niveau de robustesse de la preuve d’identité, les recommandations suivantes
sont applicables :
n Tout accès d’un utilisateur, d’un processus automatique ou d’un équipement devrait être iden-
tifié de manière unique et authentifié par l’utilisation d’un authentifiant de type certificat.
n Le secret d’authentification de type certificat devrait être protégé dans un composant matériel
dédié. Pour les utilisateurs, un jeton (token) physique devrait être utilisé.
Pour les équipements utilisés lors des demandes d’accès, les recommandations suivantes sont ap-
plicables :
n Les équipements personnels de type BYOD doivent être considérés par défaut comme de faible
confiance et donc leurs accès limités à des services non critiques de l’entité.
n Les accès d’administration doivent être réalisés à partir de postes ayant un niveau de confiance
implicite élevé. Les mesures du guide d’administration de l’ANSSI [2] pour la sécurisation des
postes d’administration restent donc applicables y compris pour l’administration des fonctions
du plan de contrôle Zero Trust.
Pour l’application du principe de moindre privilège à la suite de l’authentification des sujets, les
recommandations suivantes sont applicables :
n Après l’authentification d’un sujet, un canal sécurisé doit être établi assurant la confidentialité,
l’intégrité et l’authenticité des données par des mécanismes cryptographiques.
n Les accès à privilège doivent être réalisés au travers d’un tunnel VPN IPSec. Le cas échéant,
l’utilisation exclusive d’un reverse proxy Zero Trust n’est pas recommandée.
n Les accès utilisateurs à des services publics exposés sur Internet doivent transiter par un proxy
Zero Trust.
n L’entité doit privilégier l’utilisation de protocoles standards, lorsque ceux-ci existent, afin de
limiter sa dépendance à des solutions d’un même éditeur ou d’accepter le risque associé à cette
dépendance.
n L’entité doit s’assurer de la compatibilité de ses ressources avec les fonctionnalités du modèle
ABAC. Le cas échéant, l’entité doit prévoir le développement ou la mise en œuvre de solutions
matérielles ou logicielles tierces supplémentaires.
n L’entité doit s’assurer du niveau d’assurance sécurité des solutions logicielles acquises ou déve-
loppées dans le cadre de son architecture Zero Trust.
n L’entité doit réaliser des campagnes de tests pour identifier toutes les règles pouvant causer des
accès refusés à tort.
n L’entité doit réaliser des tests de sécurité, notamment des audits de configuration et des tests
d’intrusion pour identifier toute règle trop permissive menant à des accès autorisés à tort.
n L’entité doit prévoir une durée d’apprentissage conséquente afin de fiabiliser les décisions d’ac-
cès reposant sur les comportements de l’utilisateur et/ou de l’équipement.
n L’entité doit prévoir les moyens humains, techniques et organisationnels nécessaires pour le
support des utilisateurs en cas d’accès refusé à tort, ainsi que leur accompagnement dans la
gestion du changement.
n L’entité doit cloisonner de manière logique ou physique le plan de contrôle et le plan de don-
nées.
n L’entité doit s’assurer que tous les accès d’un équipement du plan de données vers le plan de
contrôle est réalisé via l’établissement d’un canal sécurisé en confidentialité, intégrité et authen-
ticité avec une authentification mutuelle.
n L’entité doit s’assurer de réaliser ses accès d’administration au travers d’une chaîne d’accès dif-
férente de celle des accès utilisateurs.
n L’entité doit mettre en œuvre des mécanismes de redondance et de synchronisation des états
sur les équipements du plan de contrôle assurant le contrôle d’accès continu.
n L’entité doit répartir et segmenter les services de contrôle d’accès dynamique par type d’usage
afin de limiter l’impact sur l’entité en cas de défaillance.
[5] RGS Annexe B2 : Règles et recommandations concernant la gestion des clés utilisées dans les
mécanismes cryptographiques.
Référentiel Version 2.0, ANSSI, juin 2012.
[Link]
[6] RGS Annexe B1 : Règles et recommandations concernant le choix et le dimensionnement des mé-
canismes cryptographiques.
Référentiel Version 2.03, ANSSI, février 2014.
[Link]
[9] Guide to Attribute Based Access Control (ABAC) Définition and Considerations.
Rapport, NIST, janvier 2014.
[Link]