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L'activisme Actionnarial À L'ère Des DAO - Enjeux Et Perspectives D'un Modèle de Gouvernance Décentralisée

Ce document explore l'activisme actionnarial à l'ère des organisations autonomes décentralisées (DAO), en analysant comment ces structures basées sur la blockchain modifient les dynamiques de gouvernance traditionnelle. Il examine les implications de l'activisme actionnarial dans un cadre décentralisé et propose une méthodologie quantitative pour étudier les comportements des investisseurs au sein des DAO. La recherche vise à comprendre les mécanismes de gouvernance décentralisée et à identifier les défis associés à la concentration du pouvoir au sein de ces nouvelles organisations.

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L'activisme Actionnarial À L'ère Des DAO - Enjeux Et Perspectives D'un Modèle de Gouvernance Décentralisée

Ce document explore l'activisme actionnarial à l'ère des organisations autonomes décentralisées (DAO), en analysant comment ces structures basées sur la blockchain modifient les dynamiques de gouvernance traditionnelle. Il examine les implications de l'activisme actionnarial dans un cadre décentralisé et propose une méthodologie quantitative pour étudier les comportements des investisseurs au sein des DAO. La recherche vise à comprendre les mécanismes de gouvernance décentralisée et à identifier les défis associés à la concentration du pouvoir au sein de ces nouvelles organisations.

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L'activisme actionnarial à l’ère des DAO

-
Enjeux et perspectives d’un modèle de
gouvernance Décentralisée

Théorie des organisations

Guillaume TURCHI – Avril 2025

IAE DE PARIS – MASTER RECHERCHE


Thème et problématique de recherche ...................................................................... 3
Positionnement épistémologique .............................................................................. 5
Concepts propres .................................................................................................... 6
Revue de littérature .................................................................................................. 8
Identifier les cadres théoriques issus des théories des organisations / discuter leur
application au sujet................................................................................................ 10
Théories économiques........................................................................................ 10
Théorie de l’agence ......................................................................................... 10
Théorie des contracts incomplets .................................................................... 12
Théorie des biens communs ............................................................................ 13
Théories sociologiques ....................................................................................... 13
Théories psychologiques ..................................................................................... 14
Références Bibliographiques .................................................................................. 16
Thème et problématique de recherche

Depuis son émergence en 2008 au travers du white paper "Bitcoin: A Peer-to-Peer


Electronic Cash System", publié par Satoshi Nakamoto, la blockchain a représenté une
nouvelle mutation qui a touché de nombreux pans de notre société, tel que l’économie,
l’art ou la politique. Cette technologique, qualifiée de disruptive1, impacte également la
gouvernance des entreprises, en proposant de nouveau modèle de répartition des
pouvoirs.

Dans ce contexte, nous nous sommes interrogés sur les Decentralised autonomous
organisations (DAO), c’est-à-dire les organisations autonomes décentralisées. Une DAO
est un système basé sur la blockchain qui permet aux individus de se coordonner et de
s’auto-gouverner, grâce à un ensemble de règles auto-exécutables déployées sur une
blockchain publique, et dont la gouvernance est décentralisée (c’est-à-dire
indépendante de tout contrôle centralisé)2.

Ainsi, les DAO offrent un modèle de gouvernance alternatif, où la prise de décision repose
sur des mécanismes automatisés et publics. Traditionnellement, le pouvoir au sein d’une
entreprise est concentré par les organes sociaux (conseil d’administration, de
surveillance, gérance, présidence…). Au contraire, les DAO propose des modalités de
fonctionnement décentralisée, permettant à chaque membre de participer activement
aux décisions stratégiques. Ce modèle remet en question les structures classiques du
capitalisme actionnarial et interroge la manière dont l’activisme actionnarial peut
s’exercer dans un cadre où les règles sont codifiées et appliquées sans intermédiaire
humain.

L’activisme actionnarial consiste pour les actionnaires à influencer la gestion et la


stratégie des entreprises dans lesquelles ils investissent. Ce phénomène s’est

1
Tapscott, D., & Tapscott, A. (2016). Blockchain Revolution: How the Technology Behind Bitcoin and
Other Cryptocurrencies is Changing the World. Penguin
2
Hassan, S. & De Filippi, P. (2021). Decentralized Autonomous Organization. Internet Policy Review
considérablement intensifié au cours des dernières décennies principalement au travers
d’investisseurs institutionnels et des fonds activistes. Aujourd’hui ce phénomène a
l’opportunité d’évoluer sous l’impulsion des nouvelles technologies, tel que la DAO.

Ainsi, l’objectif de cette recherche est d’analyser les implications de l’activisme


actionnarial dans le contexte des DAO et d’en évaluer les enjeux et perspectives. Cette
étude s’appuiera sur une méthodologie quantitative, exploitant des données disponibles
sur des plateformes comme Etherscan3, afin d’examiner les comportements des
investisseurs au sein de ces nouvelles structures et de les comparer à leur
comportement dans des structures plus classiques.

Dans ce contexte, plusieurs questions émergent : comment l’activisme actionnarial se


manifeste-t-il au sein des DAO ? Dans quelle mesure ces structures permettent-elles une
gouvernance réellement décentralisée et efficace ? Quels mécanismes peuvent être mis
en place pour renforcer la légitimité des décisions prises collectivement ?

Afin de répondre à ces interrogations, cette recherche s’organisera autour de plusieurs


axes :

1. L’analyse du cadre théorique de l’activisme actionnarial et de la gouvernance


des DAO : comparaison des principes de gouvernance classiques et
décentralisés, et étude des similitudes et divergences.

2. L’étude empirique des comportements des actionnaires au sein des DAO :


exploitation des données issues de la blockchain pour identifier les tendances et
les stratégies d’influence.

3
[Link]
Positionnement épistémologique
Dans le cadre de cette recherche sur l’activisme actionnarial au sein des DAO, notre
positionnement épistémologique s’inscrit dans une approche positiviste. Ce courant de
pensée repose sur l’idée que la réalité sociale, tout comme la réalité physique, peut être
observée, mesurée et expliquée objectivement à travers des faits empiriques4. Il postule
que l’on peut identifier des régularités et des relations de cause à effet à partir de
données observables, sans que la subjectivité du chercheur n’interfère dans la
production de la connaissance.

Ce choix s’explique par la nature même de notre sujet d’étude : les DAO fonctionnent à
travers des règles codifiées et inscrites publiquement sur la blockchain. Cette
configuration offre un terrain propice à une analyse quantitative, avec une donnée
facilement accessible et importante.

En nous appuyant sur des données issues de plateformes comme Etherscan, qui
permettent de retracer les interactions des membres d’une DAO (votes, propositions,
transferts de tokens, etc.), nous cherchons à objectiver les comportements d’activisme
actionnarial dans ce nouveau cadre.

En adoptant cette posture positiviste, nous faisons le choix d’une certaine neutralité
axiologique : notre but n’est pas de juger la pertinence du modèle des DAO, mais de
décrire les comportements observés. Nous considérons que les comportements
d’activisme peuvent être analysés objectivement à partir d’indicateurs mesurables.

4
Giddens, A. (2006). Sociology (6th ed.). Polity Press.
Concepts propres
Notre sujet de travail repose sur le croisement des concepts d’activisme actionnarial et
de Decentralised Autonomous Organisations (DAO). Ce dernier concept se retrouve lui-
même au croisement de notion technique (blockchain et smart-contract) mais aussi de
gouvernance avec notamment l’idée de gouvernance décentralisée. Dans ce contexte,
nous avons pris le parti de retenir ces cinq concepts.

1. Activisme actionnarial

Gillan et Starks5 définissent l'activisme actionnarial comme l'engagement des


actionnaires dans des actions visant à changer les politiques, la gestion ou la structure
d'une entreprise. Cet activisme peut être lié à une volonté de maximisation des résultats
mais aussi à des objectifs plus spécifiques.

A titre d’illustration, d’après Girod et Schramm6, le Say on Climate permet aux


actionnaires de jouer un rôle actif dans la définition des priorités environnementales
d’une entreprise, en ayant un pouvoir décisionnel direct sur les actions climatiques de
l'entreprise.

Nous observons ainsi un exemple d’engagement des actionnaires afin de promouvoir un


objectif non financier, mais lié à un intérêt pour la responsabilité sociale et sociétale de
l'entreprise.

2. Blockchain

La blockchain a été définit en 2008, par Nakamato7, comme une technologique de


registre distribué qui permet de stocker et de sécuriser des données de manière
transparente, immuable et décentralisée. Cette technologique repose notamment sur
l’existence de blocs contenant des informations cryptographiquement sécurisées et
reliées entre elles de façon séquentielle. Chaque bloc est validé par un réseau de
participants et est ajouté à la « chaîne », garantissant l’intégrité et la véracité des données
enregistrées.

Nakamato s’attache à quatre caractéristiques clés de la blockchain importante pour le


présent travail :

1. La décentralisation : les données ne sont pas la propriété d’une autorité centrale


mais sont répartis, de manière publique, entre tous les utilisateurs du réseau
2. L’immutabilité : il est impossible de modifier ou d'effacer une donnée

5
Gillan, S. L., & Starks, L. T. (2007). The Evolution of Shareholder Activism in the United States. Journal of
Applied Corporate Finance, 19(1), 55–73.
6
Girod, S., & Schramm, M. (2020). The Say on Climate Movement: Shareholder Proposals and Corporate
Sustainability. Corporate Governance Review.
7
Nakamoto, S. (2008). Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System. White paper.
3. La transparence : Toutes les transactions ou actions sont publiques
4. La sécurité : les techniques cryptographiques utilisées permettent de sécuriser
les données et notamment de prévenir la falsification

3. Smart Contract

Selon Christidis et Devetsikiotis (2016)8, un smart contract est un programme


informatique qui s’exécute automatiquement sur la blockchain lorsque les conditions
spécifiées dans le contrat sont remplies.

Ainsi, dans le cadre d’un vote, il est possible de coder une ou plusieurs actions qui
s’exécuteront automatiquement en fonction du résultat du vote. Le code informatique du
vote et des actions qui en découlent est public, permettant à l’ensemble des participants
de s’assurer de la légitimité du code, sous réserve des connaissances techniques
appropriés.

En conséquence, la garantie de l’exécution de la décision ne dépendrait plus de la


confiance accordée dans une autorité tierce, mais dans l’exécution correcte de la
blockchain sur lequel il est déployé, supprimant le besoin d’une autorité centrale.

4. Gouvernance décentralisée

Dans son article de 2008, Nakamoto9 a redéfinit la gouvernance décentralisée dans un


contexte de blockchain comme un modèle dans lequel (1) le contrôle est distribué parmi
un réseau de nœuds participants, (2) chacun suivant les règles définies par le protocole
blockchain, et (3) où la prise de décision repose sur un consensus distribué, sans autorité
centrale, et (4) est automatisée par des contrats intelligents qui s'exécutent de manière
autonome.

Ainsi, selon cette définition, la gouvernance décentralisée s’appuie sur :

1. Les décisions sont prises collectivement


2. Les règles de gestion de décision sont codées dans le smart-contract
3. Un pouvoir décentralisé, réparti entre les participants du réseau, sans
autorité centrale
4. Les décisions sont ainsi exécutées automatiquement

Cette gouvernance décentralisée est le modèle fondamental des DAO, que nous allons
définir maintenant.

8
Christidis, K., & Devetsikiotis, M. (2016). Blockchains and smart contracts for the Internet of Things. IEEE
Access, 4, 2292-2303.
9
Nakamoto, S. (2008). Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System.
5. Decentralized Autonomous Organization (DAO)

La DAO10 peut se définir comme un modèle organisationnel basé sur des technologies de
registre distribué, notamment la blockchain, et des mécanismes de contrats intelligents
(smart contracts), qui permettent une gestion décentralisée et autonome des processus
décisionnels et des opérations.

Ainsi, ce modèle tend a remplacé les organes traditionnels de gouvernance d’une


entreprises (conseil d’administration, de surveillance, gérance, présidence…) par un
code informatique.

Il s’agit ainsi d’une application concrète de la blockchain et de son expression au sein de


la gouvernance des entreprises.

Revue de littérature préliminaire


L’activisme actionnarial a connu son essor dans les années 1980 avec le développement
des fonds activistes tel qu’Elliott Management ou Carl Icahn11. Cet essor s’est fait en
parallèle du développement par Jensen & Meckling (1976)12, de leur théorie de l’agence,
présentant le conflit d’intérêt entre les actionnaires (principal) et les dirigeants (agents)
et mettant en avant la nécessité d’un mécanisme de gouvernance.

Ce concept de gouvernance a été repris et approfondi par Gillan & Starks (2000)13
définissant ainsi l'activisme actionnarial comme une série d'actions visant à influencer
ou à modifier la structure de gouvernance et les pratiques de gestion d'une entreprise.

La littérature relative aux modèles de gouvernance décentralisée est relativement


récente et trouve son origine dans le white paper de Buterin14, qui présente notamment
la blockchain comme une solution pour minimiser les coûts de transaction et les conflits

10
Hassan, S. & De Filippi, P. (2021). Decentralized Autonomous Organization. Internet Policy Review, 10(2)
: A DAO is a blockchain-based system that enables people to coordinate and govern themselves mediated
by a set of self-executing rules deployed on a public blockchain, and whose governance is decentralised
(i.e., independent from central control).
11
Gillan, S. L., & Starks, L. T. (2007). The Evolution of Shareholder Activism in the United States. Journal of
Applied Corporate Finance, 19(1), 55-73.
12
Voir plus loin – theories économiques
13
Gillan, S. L., & Starks, L. T. (2000). Corporate governance proposals and shareholder activism: The role
of institutional investors. Journal of Financial Economics, 57(2), 275-305.
14
Buterin, V. (2014). A Next-Generation Smart Contract and Decentralized Application Platform. Ethereum
White Paper.
d’agence en général. Cette idée est reprise et développée plus largement par Mougayar15
en 2016.

Cependant, Hassan & De Filippi16 montrent que malgré la transparence et


l'automatisation, le conflit d’agence n’est pas résolu et que des problématiques de
gouvernance demeure, notamment en raison des "whales" (les acteurs détenant une
grande quantité de tokens) qui peuvent influencer disproportionnellement les décisions.
Ils mettent ainsi en lumière un des défis de la gouvernance décentralisée : la
concentration du pouvoir entre les mains de quelques participants puissants, créant
ainsi une nouvelle forme de conflit d'agence, non plus entre actionnaires et dirigeants,
mais entre les différents acteurs de la communauté de la DAO.

Le travail de De Filippi (2019) analyse la façon dont les DAO reconfigurent la nature de
l'activisme actionnarial. Selon elle, l'activisme dans une DAO devient un phénomène
plus horizontal, mais il peut aussi être influencé par ceux qui ont un contrôle substantiel
sur les ressources du réseau, ce qui soulève des questions sur la véritable
décentralisation de la gouvernance.

Par la suite, Schär17 (2021) a proposé une vision différente en considérant qu’au sein
d’une DAO, le développeur possède des compétences techniques nécessaires et sont
en mesure d’altérer les règles de la gouvernance via le code. Ainsi, ces développeurs
pourraient être considérés comme de nouveaux agents.

Pour conclure cette revue de littérature préliminaire, plus récemment, Shah18 (2024) a
proposé le concept d’Hybrid-DAOs, combinant la nature décentralisée des DAO avec
des cadres juridiques traditionnels, afin d'améliorer la gouvernance et de résoudre les
problèmes liés à la concentration du pouvoir.

15
Mougayar, W. (2016). The Business Blockchain: Promise, Practice, and the 21st Century's Internet.
Wiley.
16
Hassan, S., & De Filippi, P. (2018). The DAO: Governance in a Decentralized Autonomous Organization.
Journal of Cybersecurity and Digital Privacy, 7(2), 131-148.
17
Schär, F. (2021). Decentralized Finance: On Blockchain- and Smart Contract-Based Financial Markets.
Federal Reserve Bank of St. Louis Review, 103(2), 153–174.
18
Shah, Neil. (2024). Hybrid-DAOs: Enhancing Governance, Scalability, and Compliance in Decentralized
Systems. 10.48550/arXiv.2410.21593.
Identifier les cadres théoriques issus des théories des
organisations / discuter leur application au sujet
Dans le cadre de nos travaux préliminaires, nous avons choisi de nous concentrer
principalement sur les théories économiques, car elles nous fournissent une base solide
pour comprendre les mécanismes de gouvernance, d'incitation et de contrôle au sein
des structures décentralisées.

Ce choix s’appuie notamment sur la capacité des théories identifiées à fournir une
analyse rigoureuse et systématique des relations entre les différentes parties prenantes
qui sous-tendent les DAO.

Théories économiques
Au sein des théories économiques, nous nous sommes concentrés sur les théories
suivantes :

1. La Théorie de l’agence (Jensen & Meckling, 1976)19, en particulier pour


comprendre comment l’impact des DAO sur les conflits d’agence dans un
nouveau contexte de gouvernance décentralisée.

2. La Théorie des contrats incomplets (Hart & Moore, 1990)20, en particulier pour
appliquer la notion d’incertitude contractuelle aux smart contracts et en
conséquence à la gouvernance des DAO.

3. La Théorie des biens communs et des systèmes auto-organisés (Ostrom,


1990)21 pour en particulier interpréter comment les DAO pourraient s’auto-
organiser et ainsi éviter la tragédie des communs.

Théorie de l’agence
La théorie de l’agence, développée par Michael C. Jensen et William H. Meckling, vise à
analyser les relations contractuelles entre un principal (dans le cas qui nous intéresse,
le propriétaire de tout ou partie de la société, soit l’actionnaire) et un agent (celui qui gère
la société, son dirigeant). Cette théorie pose que ces deux parties sont rationnels et ont
des intérêts divergents. En particulier, le dirigeant (l’agent) possède des informations

19
Jensen, M. C., & Meckling, W. H. (1976). "Theory of the Firm: Managerial Behavior, Agency Costs and
Ownership Structure." Journal of Financial Economics, 3(4), 305-360.
20
Hart, O., & Moore, J. (1990). "Property Rights and the Nature of the Firm." Journal of Political Economy,
98(6), 1119-1158
21
Ostrom, E. (1990). Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action.
Cambridge University Press.
(asymétrie d’information) et/ou un pouvoir discrétionnaire, lui permettant d’effectuer des
actions non optimales pour l’actionnaire (le principal).

Selon la théorie de l’agence, les dirigeants (agents) peuvent adopter des comportements
opportunistes tels que la recherche de sécurité de l’emploi (Marris, 1964)22, la
consommation d’avantages personnels non justifiés (Jensen & Meckling, 1976) ou la
minimisation de leur effort (Eisenhardt, 1989)23. Ces comportements s’écartent des
objectifs de maximisation du profit et de valeur poursuivis par les actionnaires
(principaux), générant ainsi des coûts d’agence.

En conséquence, il est nécessaire de concevoir des mécanismes de gouvernance


efficaces pour limiter ces coûts, ce qui a débouché de nos jours sur des mécanismes tel
que les stocks options.

Ainsi, en première approche, les DAO s’appuyant sur des smarts contracts auto-
exécutables semblent remettre en cause la théorie de l’agence : dans un univers où (1)
les règles et leur application sont codées en code informatique et que (2) ce code est
public permettant le même niveau d’informations pour l’ensemble des acteurs, les
agents se retrouvent alors remplacés par ces règles.

Nous pouvons en tirer deux conséquences directes : la réduction de l’asymétrie


d’information et la réduction des coûts d’agence.

La réduction de l’asymétrie de l’information est liée aux nouvelles possibilités


techniques offertes par la blockchain permettant que toutes les transactions, votes et
propositions soient visibles et auditées par toutes parties en temps réel24. Il est
notamment possible de s’assurer de la prise en compte de son vote, des personnes ayant
votés et de l’exécution du contrat.

La réduction des coûts d’agence est liée au remplacement des relations contractuelles
classiques par des relations automatisées : les décisions collectives sont exécutées
immédiatement et sans intervention humaine25. Ainsi, il ne serait plus nécessaire de
contrôler ou d’inciter le dirigeant, réduisant les coûts d’agence.

Toutefois, l’approche ci-dessus apparaît simpliste et naïve au regard de la réalité


observée. D’une part, toute blockchain n’est pas une création ex nihilo mais a été pensée
et construire par un ou un groupe de développeur ayant des connaissances techniques
avancées. Ces derniers ont généralement des pouvoirs exorbitants sur le code, sa mise
à jour, l’état de la blockchain… Dans ce contexte, nous pourrions nous interroger sur

22
Marris, R. (1964). The Economic Theory of “Managerial” Capitalism. Macmillan.
23
Eisenhardt, K. M. (1989). Agency Theory: An Assessment and Review. Academy of Management Review,
14(1), 57–74.
24
Wright, Aaron and De Filippi, Primavera, Decentralized Blockchain Technology and the Rise of Lex
Cryptographia (March 10, 2015)
25
V Buterin - white paper, 2014 - A next-generation smart contract and decentralized application platform
l’émergence, au sein d’une DAO, d’un nouvel agent, qui serait le développeur, auquel il
est nécessaire d’accorder un certain degré de confiance et qu’il faudrait à son tour
contrôler et motiver, pouvant créer de nouveaux coûts26.

Ainsi, la théorie de l’agence nous paraît pertinente pour étudier la tentative de résolution
par la DAO du conflit d’agence, que les limites de cette dernière.

Théorie des contracts incomplets


La théorie des contrats incomplets27 s’appuie sur l’impossibilité de prévoir, décrire et
contractualiser l’ensemble des événements futurs. En conséquence, tous les contrats
seraient nécessairement incomplets.

Cette théorie nous apparaît pertinente sous l’hypothèse que l’entreprise peut être
appréhendée comme un nœud de contrat28 entre les différentes parties prenantes.

Ainsi, si nous considérons les DAO comme des entreprises, nous pouvons nous
interroger sur l’application de la théorie des contrats incomplets. Plus concrètement, un
smart contract peut-il par nature être complet ? Ces derniers codent l’ensemble des
règles de fonctionnement de l’organisation, de manière automatique et déterministe. Si
cela réduit l’incomplétude des contrats, tout évènement exogènes et/ou inattendus,
peut toujours arriver, même dans un système automatisé.

A titre d’exemple, le projet TheDAO29 visait à fonctionner sans dirigeant ni conseil


d’administration, en s’appuyant exclusivement sur des smart contracts pour gérer un
fonds d’investissement collectif. Ainsi, dans ce projet, les relations entre participants
étaient entièrement régies par le code informatique. En juin 2016, une attaque
informatique a eu lieu – un acteur a exploité une faille et a détourné environ 3,6 millions
d’ETH30. Ainsi, le smart contract a été exécuté de manière correcte sans traduire les
intentions des participants au contrat, dont l’un d’entre eux s’est comporté de manière
opportuniste.

Ainsi, la théorie des contrats incomplets nous permet d’analyser les limites des DAO.
Leur force repose sur les liens contractuels pour réduire le conflit d’agence. Toutefois, la
théorie des contrats incomplets nous présente bien que l’appui sur un smart-contract,
bien que réduisant certains coûts d'agence et permettant d'automatiser les processus,

26
Schär, F. (2021). Decentralized Finance: On Blockchain- and Smart Contract-Based Financial Markets.
Federal Reserve Bank of St. Louis Review, 103(2), 153–174.
27
Hart, O., & Moore, J. (1990). Property Rights and the Nature of the Firm. Journal of Political Economy,
98(6), 1119–1158.
28
Eisenberg, M. A. (1998). The Conception that the Corporation is a Nexus of Contracts, and the Dual
Nature of the Firm. J. Corp. L., 24, 819.
29
Morrison R, Mazey NCHL and Wingreen SC (2020) The DAO Controversy: The Case for a New Species of
Corporate Governance?
30
Environ 6 milliards d’euros à fin mars 2025
ne résout pas complètement le problème de l'imprévisibilité. A la lecture de cette
théorie, nous pourrions ainsi conclure que les smart-contracts n’éliminent pas
complètement et ne remplacent pas la nécessité d'un arbitrage humain dans des
contextes complexes. Cette hypothèse, ses conséquences et son efficacité resterait à
tester.

Théorie des biens communs


Selon Elinor Ostrom (1990), les biens communs sont des ressources partagées, qui
peuvent être exploitées et gérées collectivement par un groupe d'individus. Ces
ressources sont caractérisées par la non-exclusivité (tout le monde peut en bénéficier)
et la rivalité (l'utilisation d'un individu peut affecter les autres). Les exemples de biens
communs traditionnels sont l’eau ou les patûrage dont l’utilisation excessive ou abusive
peut influencer négativement les autres individus.

Ainsi, dans le cadre des DAO, les tokens représenterait la propriété ou les droits de vote
au sein de la DAO, pourrait être vu comme des biens communs numériques31. Selon
Zohar, un bien commun numérique représente une ressource numérique accessible à
tous, régie par des règles transparentes et décentralisées, et qui nécessite une gestion
partagée pour en garantir l'équité et la durabilité. Les membres peuvent utiliser ces
tokens pour prendre des décisions, mais l’utilisation excessive ou abusive par certains
membres peut influencer négativement les autres.

Cette utilisation abusive pourrait se traduire par exemple par le phénomène des whales
qui pourraient prendre des décisions qui les avantagent personnellement au détriment
de la société, recréant le conflit d’agence avec les minoritaires.

Ainsi, la théorie des biens communs nous permet de mieux appréhender les
comportements opportunistes, notamment au travers de la centralisation des
ressources.

Théories sociologiques
La théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell32 pourrait nous permettre
d'examiner comment les normes institutionnelles influencent la structure et la
gouvernance des DAO. En effet, dans un environnement décentralisé, les DAO sont
influencées par des pressions normatives qui peuvent pousser les participants à adopter

31
Zohar, E., & Gueta, G. (2021). "The Digital Commons: Tokenization, Blockchain, and the Emergence of a
New Property Regime." Journal of Business Ethics, 180(3), 845-867.
32
DiMaggio, P. J., & Powell, W. W. (1983). "The Iron Cage Revisited: Institutional Isomorphism and
Collective Rationality in Organizational Fields." American Sociological Review, 48(2), 147-160.
des comportements ou des structures similaires à celles des organisations
traditionnelles.

Ce phénomène d'isomorphisme institutionnel pourrait être observé dans la manière


dont certaines DAO adoptent des pratiques communes en matière de gouvernance ou
d'architecture de blockchain, malgré leur caractère potentiellement sous-optimal.

La théorie de la gouvernance en réseau de Rhodes33 serait utile pour analyser les DAO
comme des réseaux auto-organisés, où les décisions sont prises de manière
décentralisée et le pouvoir est réparti entre les participants plutôt que centralisé.

Cette perspective permettrait de comprendre comment les différentes parties prenantes


d’une DAO, telles que les développeurs, les détenteurs de tokens et autres membres,
interagissent et partagent le pouvoir au sein de l’organisation.

Théories psychologiques
La théorie de la représentation sociale de Moscovici34 pourrait offrir un cadre pour
comprendre comment les membres des DAO construisent et partagent des
représentations collectives, influençant ainsi la manière dont les décisions sont prises
au sein de ces organisations.

Selon Moscovici, les individus élaborent des représentations sociales pour donner un
sens à leur environnement social, ce qui pourrait expliquer comment les participants
d’une DAO se forment des perceptions communes de la mission de l’organisation, de ses
objectifs et de ses pratiques de gouvernance.

Ces représentations partagées pourraient faciliter la coordination et la coopération au


sein des DAO, mais aussi introduire des biais face à des propositions qui ne s’alignent
pas avec les représentations dominantes.

La théorie de l’identité sociale de Tajfel et Turner35 nous permettrait d'explorer comment


les membres des DAO construisent une identité collective basée sur leur appartenance
à un groupe ou à une communauté.

33
Rhodes, R. A. W. (1997). Understanding Governance: Policy Networks, Governance, Reflexivity and
Accountability. Open University Press.
34
Moscovici, S. (1961). La Psychanalyse, son Image et son Public. Presses Universitaires de France.

35
Tajfel, H., & Turner, J. C. (1979). An Integrative Theory of Intergroup Conflict. In W. G. Austin & S. Worchel
(Eds.), The Social Psychology of Intergroup Relations (pp. 33-47). Brooks/Cole.
Selon cette théorie, les individus cherchent à maintenir une identité sociale positive en
valorisant leur groupe d’appartenance par rapport à d’autres groupes. Dans le contexte
des DAO, cette dynamique pourrait influencer la prise de décision collective, la manière
dont les membres interagissent avec des acteurs externes, ou comment les conflits
internes sont gérés.
Références Bibliographiques
Références

• Buterin, V. (2014). A Next-Generation Smart Contract and Decentralized


Application Platform. Ethereum White Paper.

• Christidis, K., & Devetsikiotis, M. (2016). Blockchains and smart contracts for
the Internet of Things. IEEE Access, 4, 2292-2303.

• De Filippi, P. (2019). Blockchain and the Law: The Rule of Code. Harvard
University Press.

• Eisenhardt, K. M. (1989). Agency Theory: An Assessment and Review. Academy


of Management Review, 14(1), 57–74.
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