CONCLUSION
Parvenu à la conclusion de cette étude, nous pensons qu’il est opportun de faire un
récapitulatif des temps fort de ladite étude et d’en donner les éléments sommaire de rréponse à
la problématique de départ. En l’entame de cette réflexion, nous avons souligné le contexte
dans lequel cette étude se déploie et se justifie. Rappelons que la vue d’ensemble du système
éducatif des pays d’Afrique subsaharienne révèle un retard certain par rapport aux pays
développés et même aux voisins d’Afrique du nord et de l’est.. A la fois la qualité du système
et des enseignements sont souvent remis en cause. La Banque Mondiale nous révèle à ce sujet
qu’environ 89 millions de jeunes âgés de 12 à 24 ans sont hors du système scolaire en Afrique
subsaharienne. Dans les dix prochaines années, 40 autres millions de jeunes auront
probablement quitté l’école pour se retrouver confrontés à un avenir incertain, faute de
qualifications professionnelles et de compétences pratiques. Cette situation est encore plus
accentuée pour les espaces ruraux ou les différences de développement sont marquées par
rapport aux espaces Urbains.
En ce sens, la solution portée par les outils du numérique et notamment les
apprentissages en ligne revêt de nombreux avantages. La connectivité peut changer la donne
pour certains des enfants les plus marginalisés au monde en les aidant à réaliser leur potentiel
et à briser le cycle intergénérationnel de la pauvreté. La technologie numérique offre aux
enfants des possibilités d’apprentissage et d’éducation, notamment dans les régions isolées et
pendant les crises humanitaires E-learning a le potentiel d’accroître la motivation des élèves
en rendant l’apprentissage plus ludique et convivial créant ainsi des possibilités en matière
d’apprentissage personnalisé, en permettant aux élèves d’apprendre à leur propre rythme et en
aidant les enseignants possédant des ressources limitées à fournir aux élèves de meilleures
possibilités d’apprentissage Les outils numériques et la connectivité peuvent permettre aux
enfants d’accéder à l’éducation dans des situations où de telles possibilités sont ténues.
Si le numérique est depuis de nombreuses années envisagé comme un potentiel levier
pour améliorer et renouveler des formats pédagogiques jugés de plus en plus inadaptés dans
l'enseignement supérieur (Berger, 2012; Bertrand, 2014), son intégration dans les situations
d'enseignementapprentissage n'est pas sans poser difficultés. Source de perturbations (Loizon
& Mayen, 2015), potentiel accélérateur de clivages (Albero, 2011), le numérique ouvre
néanmoins « un nouveau champ de possibles tant en termes de pratiques pédagogiques que de
modes de communication » (Lameul & Loisy, 2014, p.204).
C’est donc dans le but de mettre en avant, l’ensemble de ces outils au combien utiles
dans le cadre du Nord Cameroun, que l’intuition de cette thèse de doctorat est née. Autrement
dit, notre réflexion s’inscrit dans un large mouvement qui a conduit ces dernières années à
revoir en profondeur les buts de l’action éducative à travers l’utilisation et l’intégration des
outils numériques dans les pratiques de classe. Déplorant le caractère beaucoup plus
traditionnel de nos enseignements et vu parfois les crises de l’éducation (pandémie, guerre,
inondation…) qui sont à l’origine de la fermeture de nos écoles, il était question pour nous de
faire recours à la digitalisation des enseignements pour trouver des stratégies pour sauver
l’école des intempéries et développer plus les acquis de nos élèves.
L’utilisation avérée de ces outils numériques dans le développement des compétences
de nos apprenants est présentée par plusieurs auteurs comme un grand facteur de réussite
scolaire. L’objectif de notre étude portait sur la mise en lumière du rôle et la plus-value de la
digitalisation des activités pédagogiques sur le développement des compétences des élèves
dans le Département de la Bénoué. Nous pensons l’avoir atteint. Notre hypothèse générale
s’intitulait « digitalisation des activités pédagogique impacte le développement des
compétences des élèves dans le Département de la Bénoué ». Trois hypothèses de recherche
secondaires en ont été extraites. Au soir de cette étude, il en ressort que trois de nos
hypothèses ont été rejeté et un seul validé. Ces hypothèses sont :
- Les compétences numériques des enseignants en Tic améliorent le développement des
compétences des élèves dans le Département de la Bénoué
- L’utilisation des outils et ressources numériques contribuent au développement des
compétences des élèves dans le Département de la Bénoué
- L’animation des activités pédagogiques par les capsules numériques facilite le
développement des compétences les élèves dans le Département de la Bénoué
- Les dispositifs technologiques dans la pratique de la classe inversée améliorent le
développement des compétences des élèves dans le Département de la Bénoué.
Ces hypothèses ici dans un contexte de renouveau pédagogique consiste à montrer
comment les technologies peuvent contribuer à réaliser l’ambition de l’école d’aujourd’hui
qui est de développer au maximum des compétences des élèves à l’ère du digital. Ainsi donc
le rejet de nos trois hypothèses s’inscrit tous dans l’insuffisance de la formation à l’usage des
outils numériques dans les pratiques de classe, au manque d’électricité dans nos écoles,
manque d’internet ,manque de centre multimédias et les mini-ordinateurs ne sont pas en bon
état. Pourtant le déploiement des TIC à l’école pour être pérenne et efficient doit
s’accompagner des usages effectifs par les enseignants. Car les TIC permettent de rendre
concret un concept abstrait, à combler une période de cours, ajouter des contenus à une
notion.
L’éducation pour tous est une exigence non seulement morale mais aussi stratégique pour
le développement socioéconomique des nations. Une visite seulement dans certaines capitales
africaines (Abidjan, Dakar, Accra, Lagos…) pourrait faire penser à un niveau de vie décent
des habitants dans ces pays. Ce serait là une grave erreur de jugement sur les conditions
d’existence de plus de la moitié de ces populations. En effet, les différences de
développement entre les zones d’habitation peuvent être très criantes notamment en termes
d’infrastructures socio-économiques dans des pays tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le
Ghana, le Nigéria. Ainsi, la défaillance de l’adduction en eau potable ainsi que le manque de
réseau électrique inscrivent certaines populations dans une ghettoïsation qui n’offre aucune
perspective reluisante en termes d’intégration de TICE (Tunca, 2002 ; Selinger, 2001).
Pourtant, le fonctionnement de l’école, à travers ses programmes d’enseignement se veut
démocratique et identique pour tous les enfants d’un territoire donné. De ce fait, la volonté
d’introduction des TICE dans le système d’enseignement commande un certain regard sur les
conditions de vie des populations vivant dans les zones les plus reculées. A ce propos, une
étude menée à Dakar au Sénégal par Karsenti et al. (2007) révèle que 75 % des lycéens
possèdent un compte de messagerie électronique tandis qu’il faut diviser ce chiffre par trois
voire quatre pour avoir les taux de leurs camarades résidant hors de la capitale.
De ce fait, l’avènement du numérique dans l’éducation a parfois été considéré comme une
révolution apte à changer le rapport des apprenants avec le processus même de transmission
des connaissances par une grande flexibilité garantissant un accès plus ouvert aux
bénéficiaires (Coly, 2002). Au-delà du retard criant pris par les systèmes éducatifs africains
sur ceux d’autres régions du monde, les inégalités au sein des pays et entre les différentes
entités interpellent aussi les acteurs du milieu. En effet, les disparités socioéconomiques qui
subsistent entre les localités où les individus sont susceptibles d’approfondir les écarts dans
l’apprentissage lorsque que les TIC doivent intervenir dans le système d’enseignement.
Certaines zones d’habitation sont dépourvues du minimum d’infrastructures nécessaires à
l’intégration réussie des TICE (Selinger, 2001 ; Tunca, 2002). De plus, le principal instrument
des TICE, à savoir des outils informatiques, n’est pas à la portée de tous les Africains pour
lesquels les priorités se trouvent bien souvent ailleurs. De surcroît, la « scolarisation » réussie
des TIC (Baron et Bruillard, 2004) devant passer par les enseignants, il est aussi important
que ces derniers soient formés à la diffusion de la technologie à travers la connaissance.
L’intérêt des institutions internationales pour l’intégration des TICE en Afrique constitue
en elle-même une réelle opportunité pour cette nouvelle approche éducative. Les éventuels
gains pour le continent sont indéniables non seulement en vue d’une amélioration des résultats
scolaires mais également dans la perspective de l’amélioration des taux d’alphabétisation qui
restent à des niveaux désespérément bas.
Aujourd’hui, l’Afrique se classe deuxième derrière l’Asie en termes de connexion à la
téléphonie mobile, toutes les zones mêmes les plus isolées sont touchées par la fièvre du
téléphone cellulaire (Chevalier et Ouédraogo, 2003). Au-delà des communications qu’il
facilite entre les populations, le portable représente également un moyen, d’envoi et de
réception d’argent très prisé ainsi qu’un canal de paiement pour de nombreuses factures. A ce
sujet, Chéneau-Loquay (2011) présente le téléphone portable comme l’ordinateur du futur.
Cette adaptation est déjà bien visible avec les smartphones qui, dotés de systèmes
d’exploitation tels que AndroidR ou IOSR, servent à réaliser de nombreuses tâches
auparavant possibles exclusivement à partir d’un ordinateur. Le numérique est par conséquent
présent au cœur de l’Afrique et le quotidien des populations s’en trouve déjà influencé. La
mise en adéquation entre cette dynamique et la définition d’objectifs éducatifs qui
rencontreraient la satisfaction des besoins des individus constitue un challenge bien
surmontable.