Programmes d'Action de la
Loi de Finances 2026
Rapport explicatif
Réalisé par : ANOUAR MOUHSINE
Encadré par : Madame BENYACOUB
Introduction
Le Projet de Loi de Finances pour l'année 2026 s'inscrit dans un contexte
économique mondial marqué par l'incertitude et une croissance ralentie. Face à
ces défis, le Maroc poursuit sa trajectoire d'émergence économique portée par
un élan réformateur soutenu et la mise en œuvre de chantiers structurants
d'envergure. Conformément aux Hautes Orientations Royales, notamment les
Discours de Sa Majesté le Roi du 29 juillet 2025 à l'occasion de la Fête du Trône
et du 10 octobre 2025 devant le Parlement, ce projet de loi traduit une vision
stratégique visant à consolider les acquis économiques, lancer une nouvelle
génération de programmes de développement territorial intégré, renforcer les
piliers de l'État social et poursuivre les grandes réformes structurelles.
Le présent rapport analyse les principaux programmes d'action contenus dans le
Projet de Loi de Finances 2026, organisés autour de quatre axes stratégiques
majeurs représentant les fondements de la politique budgétaire nationale pour
l'exercice à venir.
Cadre Macroéconomique et
Hypothèses de Base
Le PLF 2026 repose sur un ensemble d'hypothèses macroéconomiques précises
qui conditionnent l'ensemble des projections budgétaires. Sur le plan
international, les prévisions de croissance mondiale demeurent modérées,
estimées à 3,2% en 2025 et 3,1% en 2026, dans un contexte de tensions
géopolitiques persistantes et de régression du commerce international sous
l'effet des mesures protectionnistes.
Sur le plan national, les hypothèses retenues sont les suivantes : une production
céréalière fixée à 70 millions de quintaux, un cours moyen du gaz butane à 500
dollars US la tonne, une croissance économique nationale projetée à 4,6% en
2026, et une trajectoire de réduction du déficit budgétaire à 3% du PIB. Ces
hypothèses s'appuient sur la résilience confirmée de l'économie nationale,
portée notamment par la vigueur des activités non agricoles qui ont maintenu
une dynamique de croissance soutenue avec des taux passant de 3,5% en 2022 à
4,8% en 2024.
Les indicateurs conjoncturels récents confortent ces projections. Les recettes
voyages ont atteint 87,6 milliards de dirhams à fin août 2025 (contre 76,6
milliards sur la même période en 2024), les Investissements Directs Étrangers
ont progressé de 43,4% pour s'établir à 39,3 milliards de dirhams aux huit
premiers mois de 2025, et les Avoirs Officiels de Réserve ont atteint 421,4
milliards de dirhams au 3 octobre 2025, en hausse de 14,8%. Cette dynamique
favorable des recettes fiscales, ayant affiché une progression de 34 milliards de
dirhams à fin septembre 2025 pour atteindre 258,1 milliards de dirhams,
témoigne de la vitalité du tissu économique national et de l'amélioration de la
conformité fiscale.
Axe 1 : Consolidation des Acquis
Économiques
1.1 Amélioration du Climat des Affaires et
Promotion de l'Investissement
Le Gouvernement poursuit activement la mise en œuvre de la feuille de route
2023-2026 pour l'amélioration de l'environnement des affaires. À fin mai 2025,
98% des initiatives programmées ont été lancées, dont 52% totalement
réalisées. Cette dynamique s'appuie sur plusieurs leviers structurants.
La réforme des Centres Régionaux d'Investissement (CRI), à travers la loi n° 22-
24, constitue une avancée majeure. Elle instaure la déconcentration du
traitement des conventions d'investissement inférieures à 250 millions de
dirhams, confie la présidence du Conseil d'administration au Chef du
Gouvernement et améliore les processus de recours et de dérogations
sectorielles.
La nouvelle Charte de l'investissement (loi-cadre n° 03-22) renforce l'attractivité
du Royaume à travers trois dispositifs complémentaires : le soutien aux projets
stratégiques (opérationnel depuis mars 2023), le dispositif destiné aux TPME
pour les projets entre 1 et 50 millions de dirhams, et le mécanisme
d'encouragement au développement des entreprises marocaines à
l'international.
Les actions de promotion de la destination « Morocco Now » ont permis d'établir
des contacts avec plus de 2 500 entreprises de 30 pays dans des secteurs
stratégiques. La Commission Nationale des Investissements a approuvé 250
projets depuis 2023, représentant un investissement global de 414 milliards de
dirhams et la création de 65 000 emplois directs et 110 000 emplois indirects.
1.2 Facilitation de l'Accès au Financement
L'appui au financement des Très Petites, Petites et Moyennes Entreprises
constitue une priorité nationale. En 2024, le volume de crédits mobilisé via les
produits de garantie appuyés par l'État a atteint 42 milliards de dirhams,
générant des engagements de 23,94 milliards de dirhams. La région de
Casablanca-Settat concentre 43% de ces engagements, suivie de Rabat-Salé-
Kénitra (16%).
Le financement du secteur agricole repose sur trois instruments : le financement
bancaire du Crédit Agricole du Maroc (encours de 60 milliards de dirhams pour
l'agriculture et l'agro-industrie), le financement via Tamwil El Fellah pour les
petites exploitations (4,7 milliards de dirhams, +9,5% en 2024), et le microcrédit
de la Fondation ARDI pour les micro-exploitations (4,57 milliards de dirhams, 45
513 clients actifs).
1.3 Modernisation de l'Administration Fiscale
et Douanière
La Direction Générale des Impôts poursuit la transformation numérique de ses
services avec la mise en œuvre de plusieurs innovations : la notification
électronique, la plateforme de collecte de TVA sur les services numériques, la
facturation électronique pour les grandes entreprises, et le système automatisé
d'évaluation des risques pour les demandes de remboursement de TVA.
L'Administration des Douanes a simplifié les procédures douanières, renforcé le
dispositif de lutte contre la fraude et modernisé ses systèmes d'information. Ces
mesures visent à améliorer la conformité fiscale, réduire les délais de paiement
et faciliter les opérations commerciales transfrontalières.
1.4 Poursuite des Grands Chantiers
d'Infrastructures
L'investissement public pour 2026 s'élève à 380 milliards de dirhams, réparti
entre les Établissements et Entreprises Publics (179,7 milliards), le budget
général et comptes spéciaux (132,8 milliards), le Fonds Mohammed VI pour
l'Investissement (45 milliards) et les Collectivités Territoriales (22,5 milliards).
Les secteurs prioritaires comprennent les infrastructures de transport
(extension de la LGV Kénitra-Marrakech, développement des ports et aéroports),
l'énergie (transition énergétique, hydrogène vert, feuille de route du gaz
naturel), l'eau (Programme National d'Approvisionnement en Eau Potable et
d'Irrigation 2020-2027), et le numérique (Stratégie Maroc Digital 2030).
1.5 Fonds Mohammed VI pour
l'Investissement
Créé en tant que locomotive du relèvement des capacités de l'économie
nationale, le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement mobilise 45 milliards de
dirhams en 2026. Il accompagne les grands projets structurants et soutient les
entreprises opérant dans les secteurs prioritaires, renforçant ainsi l'attractivité
du Royaume et stimulant l'investissement privé national et étranger.
1.6 Accompagnement des Stratégies
Sectorielles
Le PLF 2026 consacre des enveloppes budgétaires importantes à
l'accompagnement des stratégies sectorielles, qui constituent des piliers
essentiels de la compétitivité nationale.
Industrie et exportations : La consolidation du processus d'industrialisation
du Maroc figure parmi les chantiers prioritaires. Le Gouvernement entend
renforcer la résilience du tissu productif dans les secteurs de l'automobile, de
l'électrique et de l'électronique, de l'aéronautique et de l'industrie
pharmaceutique. La feuille de route du commerce extérieur 2025-2027, en cours
de mise en œuvre, vise à promouvoir les exportations nationales et à consolider
l'intégration du Maroc aux chaînes de valeur mondiales.
Agriculture : Le soutien au secteur agricole s'intensifie à travers le recours aux
instruments financiers (Crédit Agricole du Maroc avec un encours de 60
milliards de dirhams), la gestion durable des ressources en eau et la
reconstitution du capital végétal et animal. Une attention particulière est portée
à l'appui aux intrants agricoles et aux aliments pour bétail.
Tourisme : Face à l'afflux exceptionnel de 15 millions de visiteurs aux postes
frontières à fin septembre 2025, soit une progression de 14% sur un an, les
pouvoirs publics poursuivront les mesures de promotion du secteur touristique
et son adaptation aux nouvelles tendances du marché.
Transition énergétique : La sécurité énergétique constitue un chantier
prioritaire. La mise en œuvre active de la feuille de route du gaz naturel
s'accompagne du développement d'une infrastructure pour les énergies
décarbonées, notamment l'hydrogène vert, positionnant le Maroc comme
économie décarbonée et compétitive.
Axe 2 : Nouvelle Génération de
Programmes de Développement
Territorial Intégré
2.1 Orientations Royales pour le
Développement Territorial
Conformément aux Hautes Directives Royales, le Gouvernement élabore une
nouvelle génération de programmes de développement territorial fondés sur la
valorisation des spécificités locales, la consolidation de la régionalisation
avancée et le principe de complémentarité entre entités territoriales. Ces
programmes s'articulent autour de quatre priorités : la promotion de l'emploi, le
renforcement des services sociaux de base (éducation et santé), l'adoption d'un
modèle de gestion proactive des ressources en eau, et le lancement de projets de
mise à niveau territoriale intégrée.
Une attention particulière est accordée aux régions en situation de précarité,
notamment les zones montagneuses couvrant 30% du territoire national et les
oasis. Le développement durable du littoral national fait également l'objet d'une
mobilisation renforcée via l'opérationnalisation de la loi relative au littoral et du
Plan national y afférent.
2.2 Promotion de l'Emploi et Développement
Économique Régional
La valorisation des potentialités économiques régionales et l'instauration d'un
climat favorable à l'entrepreneuriat constituent des leviers essentiels. La feuille
de route de l'emploi accorde une attention particulière aux actions territoriales
pour la création d'emploi, avec un accent sur l'insertion des jeunes et des
femmes, l'optimisation des programmes actifs d'emploi, et le développement de
la formation par apprentissage et alternance.
Les mesures d'appui aux TPME, véritables moteurs de création d'emploi, sont
intensifiées. Le dispositif de soutien spécifique aux TPME permet aux projets
entre 1 et 50 millions de dirhams d'accéder à un soutien direct de l'État, adossé
à des engagements précis en termes d'emplois stables.
2.3 Refonte du Système National de Santé
La poursuite du chantier de refonte du système de santé vise à assurer un accès
équitable à des services de qualité pour tous les citoyens. Les perspectives pour
2026 comprennent la valorisation et le renforcement des ressources humaines,
la mise à niveau de l'offre de soins, le renforcement de la gouvernance du
système national de santé, et la mise en place d'un système d'information
intégré.
L'accent est mis sur le développement des services de santé de proximité, la
réhabilitation des infrastructures sanitaires et l'amélioration des conditions de
travail du personnel médical et paramédical. Cette approche s'inscrit dans
l'objectif de préserver la dignité des citoyens et d'instaurer la justice spatiale.
2.4 Refonte du Système Éducatif et Formation
Professionnelle
Le renforcement du système éducatif constitue un préalable incontournable au
renforcement du capital humain. La dynamique de réforme vise une école
équitable, performante et de qualité à travers plusieurs chantiers : amélioration
de l'accès à l'enseignement préscolaire, renforcement de la qualité de
l'enseignement primaire et secondaire, et développement de l'enseignement
supérieur.
La recherche scientifique et l'innovation bénéficient d'une impulsion particulière
pour atteindre l'excellence académique. La formation professionnelle est
développée avec l'objectif de transformer le capital humain en moteur de
compétitivité adapté aux exigences des secteurs stratégiques et du marché du
travail.
2.5 Gestion Proactive des Ressources en Eau
Face à l'aggravation du stress hydrique et aux défis du changement climatique,
la gestion des ressources en eau constitue un chantier prioritaire. Les mesures
d'urgence pour la sécurisation de l'alimentation en eau potable sont
accompagnées de la poursuite du Programme National d'Approvisionnement en
Eau Potable et d'Irrigation (PNAEPI) 2020-2027.
Ce programme prévoit la construction et la modernisation des infrastructures
hydrauliques, le recours aux technologies de dessalement, l'interconnexion des
bassins, et le développement d'une infrastructure flexible pour les énergies
décarbonées. L'objectif est de sécuriser durablement les approvisionnements et
de soutenir les dynamiques productives à l'échelle nationale.
2.6 Développement Rural et Zones
Montagneuses
La poursuite du Programme de Réduction des Disparités Territoriales et Sociales
en milieu rural accompagne le développement spécifique des zones
montagneuses et oasiennes. Ces espaces bénéficient d'une politique publique
intégrée prenant en considération leurs particularités et leurs potentialités.
Le Programme National pour le Développement des Centres Ruraux Émergents
est étendu en tant que levier adapté pour la gestion de l'urbanisation et la
réduction de ses impacts négatifs. Ces centres deviennent des maillons efficaces
pour fournir aux citoyens en milieu rural des services administratifs, sociaux et
économiques de proximité.
2.7 Accélération de la Régionalisation Avancée
La mise en œuvre effective de la régionalisation avancée se poursuit avec le
renforcement du rôle des Programmes de Développement Régional. La
territorialisation des investissements, moyennant le transfert des attributions
vers les administrations déconcentrées, permet de mobiliser le plein potentiel
des régions et de les engager sur la voie d'une diversification économique
durable.
Axe 3 : Consolidation des Piliers de
l'État Social
3.1 Généralisation de la Protection Sociale
Le chantier Royal de la généralisation de la protection sociale constitue la pierre
angulaire du projet sociétal marocain. L'année 2026 marque la consolidation du
déploiement de l'Assurance Maladie Obligatoire de base, couvrant désormais
88% de la population. Le Registre Social Unifié permet un ciblage précis des
populations vulnérables et une gestion transparente des aides sociales directes
bénéficiant à près de 4 millions de familles.
L'opérationnalisation des deux piliers restants progresse conformément à la loi-
cadre relative à la protection sociale : l'élargissement de l'affiliation aux régimes
de retraite et la généralisation de l'Indemnité pour Perte d'Emploi. Ces avancées
traduisent l'engagement du Royaume à édifier un véritable État social
protecteur et garant des équilibres sociaux durables.
3.2 Soutien au Pouvoir d'Achat
Le Gouvernement poursuit les mesures de soutien au pouvoir d'achat des
ménages avec un effort budgétaire cumulé de 49,25 milliards de dirhams à
l'horizon 2027 au titre des engagements issus du dialogue social. La poursuite
du soutien des prix du gaz butane, du sucre et de la farine nationale du blé
tendre se conjugue au soutien accordé aux professionnels du transport et à la
subvention de l'ONEE pour éviter l'impact du coût de production d'électricité sur
les ménages.
Des mesures fiscales et douanières à vocation sociale sont mises en œuvre,
visant l'exonération de certains produits de base de large consommation,
notamment les médicaments, ainsi que le soutien aux intrants agricoles et aux
aliments pour bétail. Ces mesures renforcent l'appui aux agriculteurs,
préservent le capital végétal et animal, et contribuent à la reconstitution du
cheptel national.
3.3 Reconstruction Post-Séisme Al Haouz
Le déploiement du Programme de Reconstruction et de Mise à Niveau Générale
des Zones sinistrées par le Séisme d'Al Haouz se poursuit avec détermination.
Au 29 septembre 2025, un montant global de plus de 15,5 milliards de dirhams a
été mobilisé, assurant le soutien direct aux familles pour le relogement des
populations sinistrées et la remise en état des infrastructures endommagées.
Ce programme témoigne de la solidarité nationale et de l'engagement du
Royaume à restaurer les conditions de vie des populations affectées, tout en
intégrant une approche de mise à niveau territoriale durable et de renforcement
de la résilience face aux risques naturels.
3.4 Politique du Logement et Programmes
Sociaux Complémentaires
La promotion de l'offre en logements et la garantie d'un cadre de vie décent
constituent des priorités sociales majeures. La poursuite du programme d'aide
directe pour l'acquisition du logement principal facilite l'accès à la propriété
pour les ménages à revenus modestes et moyens.
Les programmes de mise à niveau urbaine, de résorption de l'habitat insalubre
et de développement de logements sociaux contribuent à améliorer
significativement les conditions de vie des citoyens et à instaurer la justice
spatiale.
Marocains du Monde : L'accompagnement des Marocains du Monde se
poursuit à travers des dispositifs adaptés, notamment le Fonds MDM Invest qui
a mobilisé 28 millions de dirhams de crédits bancaires au premier semestre
2025, facilitant ainsi leur participation active au développement économique
national.
Culture et Médias : Le PLF 2026 réserve une part aux politiques culturelles, à
la promotion de l'économie sociale et solidaire, à la jeunesse et au sport. Ces
politiques visent l'inclusion et l'épanouissement de l'ensemble des composantes
de la société marocaine. La réinsertion sociale et économique des détenus ainsi
que le soutien aux anciens résistants et membres de l'Armée de Libération
constituent également des volets de l'action sociale de l'État.
3.5 Égalité et Programmes Dédiés
Le renforcement de l'égalité s'accompagne de l'appui aux programmes dédiés à
la famille, aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap. La
promotion de la culture et des médias, de l'Économie Sociale et Solidaire, de la
jeunesse et du sport, ainsi que la réinsertion sociale et économique des détenus,
complètent l'architecture des politiques sociales visant l'inclusion et
l'épanouissement de l'ensemble des composantes de la société marocaine.
Axe 4 : Grandes Réformes
Structurelles et Préservation des
Équilibres Budgétaires
4.1 Réforme du Secteur des Établissements et
Entreprises Publics
La poursuite du déploiement du chantier de réforme du secteur des EEP
s'articule autour de l'amélioration des délais de paiement et de la consolidation
du Partenariat Public-Privé. À fin 2024, 191 EEP (90% des entités suivies)
respectent le délai réglementaire de 60 jours. Les amendes versées pour retards
ont atteint 1,5 milliard de dirhams, témoignant de l'effectivité du dispositif de
sanctions.
Pour l'État et les collectivités territoriales, les délais de paiement ont été
substantiellement améliorés, passant de 27,6 jours en 2017 à 18 jours en 2024.
Les délais relatifs aux marchés publics ont été réduits de 144 jours en 2016 à
25,7 jours en 2024, améliorant significativement la trésorerie des entreprises et
la fluidité de l'activité économique.
4.2 Réforme de l'Administration et
Déconcentration
L'opérationnalisation de tous les chantiers relatifs à la réforme de
l'administration se poursuit, notamment en matière de bonne gouvernance, de
simplification des procédures et de digitalisation. Le chantier de la
déconcentration administrative s'accélère pour assurer l'efficacité et la qualité
des services accordés aux citoyens.
La mobilisation de tous les moyens pour faire réussir la déconcentration
administrative et accélérer la mise en œuvre de la régionalisation avancée vise à
rapprocher l'administration des citoyens et à améliorer la réactivité des services
publics face aux besoins territoriaux spécifiques.
4.3 Réforme de la Justice
Le Gouvernement met en avant la réforme du système judiciaire dans le but de
renforcer l'État de droit. La mise en œuvre progressive du projet de
modernisation et de transformation numérique de l'administration judiciaire
améliore l'accès à la justice, la célérité des procédures et la qualité du service
rendu aux justiciables.
Cette réforme contribue à instaurer un climat de confiance favorable aux
investissements et aux transactions économiques, consolidant ainsi le cadre
institutionnel nécessaire au développement économique et social du Royaume.
4.4 Projet de Réforme de la Loi Organique
relative à la Loi de Finances
L'amendement de la Loi Organique n° 130-13 relative à la loi de Finances
ambitionne de répondre à trois objectifs principaux : améliorer la performance
de l'action publique, renforcer la soutenabilité des finances publiques, et
accroître le rôle du Parlement.
Les mesures proposées incluent l'extension du périmètre de la LOF aux
établissements publics bénéficiant de recettes affectées, la consécration de la
transversalité de l'action publique, l'introduction d'une nouvelle règle budgétaire
ancrée sur un objectif d'endettement à moyen terme, l'encadrement des recettes
affectées, et la consécration des autorisations d'engagement pour mieux refléter
les engagements réels de l'État.
4.5 Poursuite de la Réforme Fiscale et
Principales Mesures du PLF 2026
La mise en œuvre de la loi-cadre n° 69-19 portant réforme fiscale se poursuit
avec détermination. Le PLF 2026 propose plusieurs mesures fiscales
structurantes, s'inscrivant dans la continuité de cette réforme.
Réforme de la TVA : La réforme de la TVA, adoptée en 2024, repose sur une
approche progressive s'étalant sur trois ans (2024-2026) et vise à garantir la
neutralité de cette taxe pour les entreprises, notamment à travers la
convergence vers deux taux (10% et 20%). Elle prévoit également la
généralisation de l'exonération de TVA pour les produits de base de large
consommation, notamment les médicaments. Des mesures complémentaires sont
mises en place pour lutter contre la fraude fiscale, notamment un nouveau
dispositif de retenue à la source en matière de TVA et l'élargissement du champ
d'application de cette taxe au commerce électronique.
Réforme de l'Impôt sur les Sociétés (IS) : La réforme de l'IS, introduite en
2023, a permis d'appliquer un taux unique de 20% à la grande partie des
sociétés de petite et moyenne taille, améliorant leur compétitivité. Le PLF 2026
prévoit une hausse notable des recettes de l'IS de 28,93%, pour atteindre 95,6
milliards de dirhams, reflétant la bonne santé du tissu entrepreneurial national.
Impôt sur le Revenu (IR) : Les recettes de l'IR sont projetées à 64,7 milliards
de dirhams, en hausse de 5,99%, soutenues par les augmentations salariales
issues du dialogue social et l'élargissement de la base fiscale.
Modernisation de l'administration fiscale : La Direction Générale des Impôts
(DGI) poursuit la digitalisation de ses services à travers la notification
électronique, la facturation électronique pour les grandes entreprises, et un
système automatisé d'évaluation des risques pour les demandes de
remboursement de TVA. Ces innovations visent à améliorer la conformité fiscale
et à réduire les délais de traitement.
Droits de douane : Malgré une baisse des droits de douane de 13,64% (18,2
milliards de dirhams), cette évolution reflète les engagements du Maroc dans les
accords de libre-échange et la simplification des procédures douanières,
compensée par la dynamique des autres recettes fiscales.
4.6 Préservation de la Soutenabilité des
Finances Publiques
La consolidation de la discipline budgétaire se traduit par un redressement
graduel du déficit budgétaire, passé de 5,5% du PIB en 2021 à 3,8% en 2024,
avec une projection de 3,5% en 2025 et 3% en 2026. Le ratio d'endettement
devrait passer de 67,7% du PIB en 2024 à 67,4% en 2025.
Cette consolidation est soutenue par la dynamique favorable des recettes
fiscales ayant affiché une progression de 34 milliards de dirhams à fin septembre
2025 pour atteindre 258,1 milliards de dirhams, parallèlement à une bonne
maîtrise des dépenses. La rationalisation des dépenses publiques et la réduction
progressive du déficit budgétaire constituent des priorités gouvernementales
pour préserver la soutenabilité des finances publiques.
Données Chiffrées du Projet de Loi
de Finances 2026
Structure Budgétaire Globale
Le montant total des charges s'établit à 761,3 milliards de dirhams en 2026
contre 721,3 milliards en 2025, soit une augmentation de 5,54%. Cette
enveloppe se répartit comme suit :
Budget général (hors amortissement dette) : 527,6 milliards de dirhams
Services de l'État Gérés de Manière Autonome : 2,0 milliards de dirhams
Comptes Spéciaux du Trésor : 167,5 milliards de dirhams
Amortissement dette publique moyen et long termes : 64,2 milliards de
dirhams
Le montant total des ressources s'élève à 712,6 milliards de dirhams en 2026
contre 657,8 milliards en 2025, soit une augmentation de 8,32%. Cette
enveloppe comprend :
Budget général (hors emprunts) : 421,3 milliards de dirhams
Services de l'État Gérés de Manière Autonome : 2,0 milliards de dirhams
Comptes Spéciaux du Trésor : 166,2 milliards de dirhams
Recettes d'emprunts moyen et long termes : 123,0 milliards de dirhams
Le solde du budget de l'État (hors emprunts et hors amortissement dette)
s'établit à -107,6 milliards de dirhams en 2026 contre -126,4 milliards en 2025.
Les besoins résiduels de financement s'élèvent à 48,7 milliards de dirhams, soit
une diminution de 23,26% par rapport à 2025.
Dépenses du Budget Général
Les dépenses du budget général (hors amortissement dette) de 527,6 milliards
de dirhams se répartissent ainsi :
Dépenses de fonctionnement : 347,5 milliards de dirhams (+8,26% par
rapport à 2025)
Dépenses de personnel : 195,3 milliards de dirhams (+8,35%)
Dépenses de matériel et dépenses diverses : 93,7 milliards de dirhams
(+16,77%)
Charges communes-fonctionnement : 45,5 milliards de dirhams (-5,53%)
Dépenses imprévues et dotations provisionnelles : 3,4 milliards de
dirhams
Remboursements, dégrèvements et restitutions fiscaux : 9,6 milliards de
dirhams
Dépenses d'investissement : 136,1 milliards de dirhams (+5,90% par
rapport à 2025)
Crédits de paiement : 136,1 milliards de dirhams
Crédits d'engagement 2026 et suivants : 79,5 milliards de dirhams
Crédits de report estimés : 13,0 milliards de dirhams
Total mis à disposition des administrations : 228,6 milliards de dirhams
Intérêts et commissions dette publique : 44,1 milliards de dirhams
Dette extérieure : 10,3 milliards de dirhams
Dette intérieure : 33,8 milliards de dirhams
Recettes du Budget Général
Les recettes ordinaires du budget général de 421,3 milliards de dirhams se
décomposent ainsi :
Impôts directs et taxes assimilées : 165,7 milliards de dirhams
(+17,73%)
Impôt sur le revenu : 64,7 milliards de dirhams (+5,99%)
Impôt sur les sociétés : 95,6 milliards de dirhams (+28,93%)
Impôts indirects : 167,9 milliards de dirhams (+15,03%)
TVA intérieur (DGI) : 51,3 milliards de dirhams (+14,44%)
TVA collectée (Douanes) : 71,0 milliards de dirhams (+10,90%)
TIC produits énergétiques : 23,2 milliards de dirhams (+18,40%)
TIC tabacs manufacturés : 17,7 milliards de dirhams (+29,32%)
Autres recettes :
Droits de douane : 18,2 milliards de dirhams (-13,64%)
Droits d'enregistrement et de timbre : 24,3 milliards de dirhams
(+10,65%)
Produits des monopoles et participations financières de l'État : 27,5
milliards de dirhams (+22,05%)
Produits de cession des participations de l'État : 6,0 milliards de dirhams
Dons et legs : 1,5 milliard de dirhams
Recettes diverses : 9,6 milliards de dirhams (+10,39%)
Revenus du domaine de l'État : 0,6 milliard de dirhams (+69,11%)
Volume Global des Investissements Publics
L'effort d'investissement global du secteur public s'élève à 380 milliards de
dirhams en 2026, ventilé comme suit :
Établissements et Entreprises Publics : 179,7 milliards de dirhams
(47,3%)
Budget général, CST et SEGMA (nets) : 132,8 milliards de dirhams
(35,0%)
Fonds Mohammed VI pour l'Investissement : 45,0 milliards de dirhams
(11,8%)
Collectivités Territoriales : 22,5 milliards de dirhams (5,9%)
Les investissements des EEP couvrent principalement les secteurs de l'énergie,
des télécommunications, de l'habitat, de l'agriculture, de l'électricité, de l'eau
potable, des phosphates, des autoroutes et des transports.
Hypothèses et Perspectives
Économiques
Contexte International
Les prévisions de croissance mondiale demeurent modérées, estimées à 3,2% en
2025 et 3,1% en 2026, insuffisantes pour que l'activité économique retrouve son
plein élan. Cette situation résulte de la recrudescence des foyers de tensions
géopolitiques et de la régression du commerce international sous l'effet des
mesures protectionnistes.
Performances de l'Économie Nationale
Malgré ce contexte contraignant, l'économie nationale affiche une résilience
affirmée. La croissance devrait s'inscrire à 4,8% en 2025, soutenue par la
vigueur de la demande intérieure et la vitalité du tissu productif. Les activités
non agricoles, établies en tant que piliers structurels de l'expansion économique,
maintiennent une dynamique de croissance soutenue avec une progression de
4,8% en 2025.
Les indicateurs conjoncturels sont particulièrement favorables :
Recettes voyages : 87,6 milliards de dirhams à fin août 2025 (+14,4% sur
un an)
Investissements Directs Étrangers : 39,3 milliards de dirhams aux huit
premiers mois 2025 (+43,4%)
Avoirs Officiels de Réserve : 421,4 milliards de dirhams au 3 octobre 2025
(+14,8%)
Recettes fiscales : 258,1 milliards de dirhams à fin septembre 2025 (+34
milliards sur un an)
Projections pour 2026
Pour l'année 2026, la croissance économique devrait se situer à 4,6%, favorisant
un redressement du déficit budgétaire de 0,5 point du PIB pour atteindre 3% du
PIB. Ces projections reposent sur les hypothèses suivantes :
Production céréalière : 70 millions de quintaux
Cours moyen du gaz butane : 500 dollars US la tonne
Taux de croissance des activités non agricoles : maintien de la tendance
favorable
Poursuite de la consolidation fiscale et de la maîtrise des dépenses
Conclusion
Le Projet de Loi de Finances 2026 marque un véritable tournant en faveur de
l'accélération du processus de développement multidimensionnel du Royaume et
du renforcement soutenu de son attractivité. Conformément aux Hautes
Orientations Royales et aux objectifs du Nouveau Modèle de Développement, ce
projet de loi trace les contours d'une nouvelle phase où croissance économique,
justice sociale et équité territoriale s'articulent pleinement.
Les quatre axes stratégiques – consolidation des acquis économiques, lancement
d'une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré,
poursuite de la consolidation des piliers de l'État social, et continuation des
grandes réformes structurelles – constituent un ensemble cohérent et ambitieux
visant à consolider pérennement la trajectoire d'émergence dans laquelle le
Maroc est résolument engagé.
L'effort d'investissement public de 380 milliards de dirhams, conjugué à la
mobilisation de l'investissement privé via des dispositifs incitatifs renforcés,
positionne le Royaume pour saisir les opportunités offertes par la mutation
économique mondiale et affermir sa place parmi les nations émergentes.
La consolidation de la discipline budgétaire, avec un déficit budgétaire
prévisionnel de 3% du PIB et un ratio d'endettement maîtrisé, témoigne de
l'engagement du Gouvernement à préserver la soutenabilité des finances
publiques tout en finançant les différents projets de réforme et de
développement.
Ce PLF 2026 traduit une vision intégrée et cohérente du développement, où les
dimensions économique, sociale, territoriale et institutionnelle se conjuguent
dans un cadre de soutenabilité budgétaire maîtrisée. La trajectoire ainsi tracée
positionne résolument le Maroc pour relever les défis d'un environnement
mondial en mutation, consolider ses acquis économiques et sociaux, et conforter
sa place parmi les nations émergentes, conformément à la Vision Royale d'un
Maroc avancé, uni et solidaire.
Le Projet de Loi de Finances 2026 traduit ainsi, avec constance et
détermination, la Vision Royale d'un Maroc avancé, uni et solidaire, où le
développement économique et le progrès social se conjuguent harmonieusement
au service de l'ensemble des citoyennes et citoyens du Royaume.