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1 Introduction

Le document explore les synergies et symétries présentes dans divers domaines, notamment dans la nature, l'art et la science, en mettant l'accent sur leur importance en physique et en mathématiques. Il retrace l'historique de la théorie des groupes, en soulignant les contributions de figures clés comme Evariste Galois, et discute des applications pratiques de ces théories dans des domaines tels que la physique quantique et la chimie. Enfin, il distingue entre les groupes discrets et continus, en expliquant leur pertinence dans l'étude des symétries moléculaires et des systèmes physiques complexes.

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1 Introduction

Le document explore les synergies et symétries présentes dans divers domaines, notamment dans la nature, l'art et la science, en mettant l'accent sur leur importance en physique et en mathématiques. Il retrace l'historique de la théorie des groupes, en soulignant les contributions de figures clés comme Evariste Galois, et discute des applications pratiques de ces théories dans des domaines tels que la physique quantique et la chimie. Enfin, il distingue entre les groupes discrets et continus, en expliquant leur pertinence dans l'étude des symétries moléculaires et des systèmes physiques complexes.

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Première partie

Introduction

7
Chapitre A

Panorama
A.1 Symétries autour de nous
Qu’ils soient d’origine naturelle ou manufacturés, un grand nombre d’objets présentent un caractère sub-
jectif esthétique dû à leurs symétries (pourquoi sommes-nous si sensibles à ce type de propriété est une
autre question). On observe ces symétries dans la vie courante à la fois dans les mondes minéral, végétal
et animal. Les activités humaines (artistiques, architecturales) font aussi une large place aux symétries.
Dans le monde minéral et plus largement cristallin, les structures observées reflètent une symétrie micro-
scopique sous-jacente :
— la glace présente une grande variété de cristaux de symétrie hexagonale, Fig. A.1 ;

Figure A.1 – Cristaux de glace : syméties et fragilité (Source : google)

— le quartz, qui chimiquement est de la silice SiO2 , cristallise en de très beaux cristaux avec une
symétrie d’ordre 6, Fig. A.2, (mais en fait de nombreuses autres formes cristallines du quartz
existent dans la nature, selon les conditions de formation) ;
— on trouve beaucoup d’autres exemples, tel ce cristal d’alun de chrome, un octaèdre parfait de taille
imposante (162 mm de diagonale), Fig. A.2 ;

Figure A.2 – Cristal de quartz à gauche, au centre les symétries du cristal , à droite cristal d’alun de
chrome (Sources : google, http ://[Link]/[Link], [R. Wagenaar, Europhysicsnews 40/1 2009 p05])

— le graphène, un matériau que l’on sait réaliser depuis peu (bien que son étude théorique ait été
envisagée il y a déjà un certain temps), formé d’un cristal de carbone bidimensionnel (d’une
épaisseur d’un seul atome), exhibe une remarquable structure hexagonale ⌧ en nid d’abeilles .
Ces propriétés physiques (transport électronique notamment) font partie des sujets de recherche
actuels, Fig. A.3.

8
A.1 Symétries autour de nous CHAPITRE A. PANORAMA

Figure A.3 – Feuille de graphène (Source : wikipedia).

En physique moléculaire, comme on le verra plus loin, des molécules simples (eau H2 O, ammoniac NH3 )
ou plus complexes telle le fullerène Fig. A.4 présentent aussi tout un ensemble (groupe) de symétries.

Figure A.4 – Molécule C60 de fullerène, obtenue à partir d’un icosaèdre en tronquant (traits rouges) des
calottes autour de chacun des 12 sommets et en plaçant aux 60 nouveaux nœuds des atomes de carbone.

Le monde végétal est lui aussi très riche en exemples de symétries (plantes, arbres, feuilles, fleurs) Fig.
A.5.

Figure A.5 – Porcelaine (Hoya bella plante), Sanguinaire du Canada (Blood-root),


Anémones hépatiques (Hepatica nobilis), Cornouiller à fleurs roses (Cornus florida), (Sources :
http ://[Link]/catalog/, http ://[Link]/mag/flore/[Link], wikipedia)

Le monde animal engendre également des êtres présentant un nombre important de symétries (étoiles
de mer par exemple Fig ; A.6). Les insectes et autres arachnides nous montrent aussi leur habileté
exceptionnelle à créer des objets symétriques (ruches, toiles d’araignées) Fig. A.6.
Dans le domaine architectural et artistique, les exemples abondent aussi (Fig. A.7).
Les symétries que l’on vient de voir (au sens propre) sont liées à des invariances dans l’espace (isométries)
à deux ou trois dimensions, c’est-à-dire des opérations préservant longueurs et angles. Mais il existe des
symétries plus générales : déplacements dans des espaces de dimensions plus élevées (espace-temps), ou
des transformations de nature plus abstraite, comme en physique statistique ou en physique des particules.
Avant d’aborder ces sujets, commençons par faire un retour sur l’historique de la théorie des groupes.

9
A.2 Un peu d’Histoire des Sciences CHAPITRE A. PANORAMA

Figure A.6 – Etoile de mer, Ruche, Toile d’araignée (Sources : http ://[Link]/,
http ://[Link]/, http ://[Link]/)

Figure A.7 – La tête de Dionysos de Corinthe, Médaillon gréco-romain, Mekhnes Place El-Hedine (détail
d’une fontaine), Zelliges mauresques à l’Alhambra de Grenade(Sources : http ://[Link]/[Link],
http ://[Link]/[Link], http ://[Link]/wiki, http ://[Link]/)

A.2 Un peu d’Histoire des Sciences

Depuis des siècles les symétries dont on a parlé


font l’objet d’études, mais le terme moderne
de groupe n’est apparu qu’il y a deux siècles.
Cette notion abstraite n’a émergé que vers le
milieu du dix-neuvième siècle grâce notam-
ment à Evariste Galois (1811-1832) qui a la
paternité de cette notion.
E. Galois 1811-1832

Mais depuis, les développements en Mathématiques ont été phénoménaux avec notamment Sophus Lie
(1842-1899), Wilhelm Killing (1847-1923), Elie Cartan (1869-1951), Issai Schur (1875-1941), Hermann
Weyl (1885-1955) et . . .beaucoup, beaucoup d’autres.
Pour avoir plus d’informations sur l’histoire de cette success story, vous pouvez lire par exemple l’intro-
duction du livre de Shlomo Sternberg (Group Theory and Physics, Cambridge University Press, 1994), ou
consulter les trois livres, Pioneers of Representation Theory par Charles Curtis (American Mathematical
Society, 1999), Emergence of the Theory of Lie Groups par Thomas Hawkins (Springer-Verlag, 2000) et
Essays in the History of Lie Groups and Algebraic Groups par Armand Borel (American Mathematical
Society, 2001).

10
A.3 Les applications à la Physique CHAPITRE A. PANORAMA

... ...
... ...

Richard William ... ... Elie Ferdinand Georg


Brauer Burnside ... ... Cartan Frobenius
(1901-1977) (1852-1927) ... ... (1869-1951) (1849-1917)

... ...
... ...

Wilhelm Sophus ... ... Issai Hermann


Killing Lie ... ... Schur Weyl
(1847-1923) (1842-1899) ... ... (1875-1941) (1885-1955)
Il faut aussi noter qu’en dehors du rôle majeur joué par la théorie des groupes dans un grand nombre
de champs mathématiques, les applications de la théorie des groupes se sont étendues à des domaines de
plus en plus nombreux, domaines allant de la Physique (mécanique quantique, physique des particules,
physique statistique, cristallographie, physique des solides . . .) à la biologie moléculaire en passant par
la Chimie (chimie quantique notamment), ou encore l’Informatique ou la théorie des jeux ou bien plus
incroyable en Ethnologie (collaboration C. Levy-Strauss, A. Weyl).

La quantité de connaissances mathématiques acquises dans le domaine de la théorie des groupes, depuis
deux siècles, est proprement astronomique.
On peut séparer très grossièrement l’étude des groupes en deux catégories :
- l’étude des groupes discrets (finis ou infinis)
- l’étude des groupes continus que l’on nomme les groupes de Lie.
Les mathématiciens ont développés des outils spécifiques pour étudier ces deux catégories de groupes,
mais néanmoins une méthode générale et très importante s’applique aux deux, il s’agit de la théorie de
la représentation : une partie importante de ce cours lui sera consacrée.
Juste à titre indicatif, pour illustrer la complexité de présentation du sujet, voici sur la figure A.8 ci-après
un diagramme [tiré du livre intitulé Theory of group representations and Applications (A.O. Barut et R.
Raczka )] qui exprime les liens logiques entre les di↵érentes parties développées dans le livre dédié à la
théorie de la représentation et ses applications.

A.3 Les applications à la Physique


Les deux catégories (groupes discrets, groupes continus) donnent lieu à des applications dans des
domaines spécifiques de la Physique.

A.3.1 Groupes discrets


• Groupes ponctuels (groupes finis)
Les groupes ponctuels sont constituées d’un sous-ensemble finis de transformations géométriques (ro-
tations discrètes, réflexions par rapport à un plan) qui expriment les symétries de l’objet géométrique
étudié. Dans le cas de la Physique Moléculaire, il s’agit des symétries de polyèdres. Ces groupes servent par
exemple à simplifier l’écriture de l’hamiltonien d’une molécule en exploitant ses symétries. Ils permettent
aussi de simplifier le calcul des orbitales moléculaires.
Chaque molécule possède une symétrie qui peut être déterminée à l’aide du synoptique indiqué sur la
figure A.10 ci-dessous. On peut ainsi obtenir le groupe de symétrie associé à certaines molécules, comme

11
A.3 Les applications à la Physique CHAPITRE A. PANORAMA

Figure A.8 – Diagramme tiré du livre Theory of group representations and Applications, A.O. Barut
et R. Raczka, PWN-Polish Scientific Publishers, Warszawa, 1980.

Figure A.9 – Symétries de H2 O, NH3 , C6 H6

indiqué sur la figure A.10 ci-dessous.

Figure A.10 – A gauche : procédure dichotomique d’identification du groupe de symétrie d’une molécule.
A chaque question ( ?) la réponse oui correspond à une flèche verte, la réponse non à une flèche rouge. A
droite : extrait d’un tableau synoptique de di↵érents groupes ponctuels, de leurs éléments de symétries,
ainsi que des molécules associées.

Ces groupes permettent de prédire les types de déformations que va subir une molécule, déformations
qui seront visibles en spectroscopie infrarouge (exemple de la molécule d’eau sur la figure A.11).

12
A.3 Les applications à la Physique CHAPITRE A. PANORAMA

Figure A.11 – Modes de vibrations de la molécule d’eau.

• Groupes d’espace (groupes infinis)


Les groupes ponctuels sont aussi utiles en physique du solide (solides cristallins) lorsqu’on leur ajoute les
translations de réseau (réseaux dits de Bravais). On obtient alors ce que l’on appelle les groupes d’espace.
Ce sont ces symétries qui expliquent les bandes d’énergie dans les solides.
Pour prendre un sujet à la mode, à savoir le graphène (voir figure A.12), ce sont les propriétés de symétrie
qui entrainent un comportement électronique très spécial : dans le voisinage des 6 coins de la zone de
Brillouin hexagonale les électrons sont régies par une équation de propagation de type relativiste, comme
s’ils n’avaient pas de masse.

Figure A.12 – Feuille de graphène.

• Groupes de permutations
Lorsque l’on étudie en physique quantique des systèmes de particules identiques, il faut traduire l’identité
des particules qui se manifeste par l’invariance des quantités physiques dans la permutation des particules.
Ces considérations sont essentielles et aboutissent au classement des particules en deux catégories : les
bosons et les fermions.

A.3.2 Groupes de Lie


=) Les groupes de Lie étendent leurs applications à presque tous les domaines de la Physique :
• mécanique (classique, quantique, statistique),
• théorie des champs (classiques ou quantiques),
• relativité restreinte et générale,
• physique des particules . . .

=) Pour illustrer le caractère fondamental joué par la théorie des groupes, on peut citer un fameux
théorème [dû à E. Noether (1882-1935)] qui stipule que tout groupe de symétrie qui laisse un système
dynamique (lagrangien) invariant engendre la conservation d’une quantité physique dans la dynamique
du système. On peut citer :
• Invariance par translation dans l’espace =) conservation de l’impulsion,
• Invariance par translation dans le temps =) conservation de l’énergie,
• Invariance par rotation =) conservation du moment cinétique,
• Invariance de jauge =) conservation de la charge . . .
=) En théorie quantique des champs, le fait qu’il existe trois types d’interaction en dehors de la gravité,
s’exprime par un groupe (groupe de jauge), à savoir le groupe U(1) ⇥ SU(2) ⇥ SU(3) :
• U(1) est relatif à l’électromagnétisme,
• SU(2) est relatif à l’intéraction faible,
• SU(3) à l’interaction forte.

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A.3 Les applications à la Physique CHAPITRE A. PANORAMA

=) Les problèmes de régularisation des divergences en théorie quantique des champs peuvent être
également analysés grâce au groupe de renormalisation (E. Stueckelberg et [Link], Murray Gell-
Mann et F. Low). Le même groupe intervient dans le traitement des transitions de phase en physique
statistique (Kenneth G. Wilson).
————————————————–

Commentaire

La Mécanique Quantique semble être “génétiquement” liée à la théorie des groupes par
l’intermédiaire de la théorie des représentations : cette proximité naturelle explique
le rôle majeur joué par la théorie des groupes en mécanique quantique.
[Eugene Paul Wigner (1902-1995) a été un des premiers à formaliser l’application de la théorie des groupes
à la mécanique quantique dans son livre ⌧ Gruppentheorie und Ihre Anwendung auf die Quantenmechanik
der Atomspektren en 1931.]

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