COURS
Droit de la Concurrence
Année Académique 2025 - 2026
Chapitre 1 – Un droit foncièrement prohibitif
Le droit de la concurrence repose principalement sur l’idée que les acteurs
économiques, y compris l’État, sont susceptibles d’adopter des comportements
contraires à l’équilibre du marché. Le législateur opte donc pour une approche
préventive fondée sur une multiplication d’interdictions ciblées.
Ce chapitre s’intéresse aux interdictions qui concernent l’État, avant celles visant
les entreprises.
Section 1 – Les interdictions adressées à l’État
Même si l’État joue un rôle central dans l’organisation économique, il peut
également perturber la libre concurrence, notamment lorsqu’il accorde des
avantages sélectifs. C’est pourquoi l’UEMOA, à travers le Règlement n° 04/2002,
a posé le principe d’interdiction des aides d’État, tout en prévoyant certaines
exceptions.
La logique est simple : encadrer l’intervention publique afin qu’elle ne crée pas de
distorsions dans l’espace communautaire.
Paragraphe 1 – L’interdiction des aides d’État
A) Justifications de l’interdiction
Deux grandes raisons expliquent la suspicion du droit envers les aides publiques :
1. La perturbation du marché
Le marché repose sur la loi de l’offre et de la demande. Toute intervention
publique qui couvre les charges d’une entreprise, modifie artificialement son
comportement ou fausse ses coûts de production crée un déséquilibre. Une
entreprise aidée n’est plus soumise aux mêmes contraintes que ses concurrentes,
ce qui perturbe le fonctionnement naturel du marché libéral.
2. La rupture d’égalité entre opérateurs
Les aides peuvent créer un climat d’inégalité entre entreprises. Celles qui
bénéficient d’un soutien public sont tentées de se reposer sur cette assistance, au
détriment de la compétitivité et de l’innovation. Les entreprises non aidées
subissent alors un désavantage injustifié, ce qui freine la dynamique
concurrentielle et engendre de la frustration.
Ainsi, le droit prohibe les aides non pour empêcher l’État d’agir, mais pour
garantir que son intervention ne déstabilise pas les mécanismes de concurrence.
B) Contenu de l’interdiction
Les textes communautaires définissent l’aide publique comme toute mesure qui
entraîne un coût pour l’État (direct ou indirect) et procure un avantage sélectif à
certaines entreprises.
Deux catégories d’aides sont déclarées incompatibles d’office :
• les aides liées aux résultats à l’exportation ;
• les aides favorisant les produits nationaux au détriment des produits
provenant des autres États membres.
La procédure de contrôle peut être déclenchée de trois manières :
1. notification obligatoire à la Commission ;
2. revue périodique de la Commission ;
3. plainte d’un État ou d’une entreprise contre une aide illégale.
Illustration contentieuse : l’affaire SIFCA / SONACOS
En 2009, le Sénégal avait interdit l’importation d’huile de palme ivoirienne,
invoquant un non-respect des normes sanitaires. Cette interdiction a été
interprétée comme une protection déguisée en faveur de la SONACOS, entreprise
sénégalaise. La Côte d’Ivoire a saisi la Commission de l’UEMOA.
En 2017, le Sénégal s’est désisté, restaurant le principe de libre concurrence et
démontrant la vigilance du droit communautaire face aux mesures publiques
discriminatoires.
Paragraphe 2 – Les dérogations aux aides d’État
L’interdiction n’est pas absolue : certaines aides sont compatibles avec le marché,
soit en raison de leur nature, soit selon leur destination.
Le droit de l’intégration cherche ainsi un équilibre entre la préservation de la
concurrence et la mise en œuvre des politiques publiques.
A) Dérogations liées à la nature de l’aide
Certaines aides sont admises parce qu’elles poursuivent une finalité considérée
comme légitime :
• Les aides à caractère social, attribuées aux consommateurs sans
discrimination selon l’origine des produits.
• Les aides à la recherche, destinées à encourager l’innovation, à
condition de respecter un plafond (75 % pour la recherche industrielle, 50 % pour
le développement pré-concurrentiel).
• Les aides sectorielles visant à soutenir des activités économiques
essentielles.
Ces mécanismes permettent aux États de soutenir ponctuellement leur économie
sans fausser durablement la concurrence.
Exemple : Affaire Groupe Walfadjri
Le Conseil d’État sénégalais a annulé une subvention accordée à des organes de
presse, en raison du non-respect des critères légaux et du manque de transparence.
Cette décision illustre l’importance de l’encadrement des aides, même lorsque
celles-ci poursuivent un objectif social ou culturel.
B) Dérogations liées à la destination de l’aide
Certaines situations justifient des aides publiques parce qu’elles répondent à des
objectifs supérieurs d’intérêt général :
• Calamités naturelles : les mesures d’aide d’urgence ne sont pas
considérées comme anticoncurrentielles.
• Projets d’intérêt communautaire : infrastructures régionales, projets
énergétiques, etc. Exemple : la Décision n°06/2004/COM/UEMOA a validé l’aide
accordée au Gazoduc ouest-africain au motif qu’il profite à plusieurs États sans
fausser la concurrence.
• Adaptation aux normes environnementales : les entreprises peuvent
être accompagnées financièrement pour se conformer à de nouvelles obligations,
dans la limite de 20 % et pour une durée limitée.
• Culture et patrimoine : les aides culturelles sont admises si elles ne
restreignent pas la concurrence dans une partie significative du marché.
La Commission de l’UEMOA peut en outre autoriser d’autres catégories d’aides
lorsqu’elles s’inscrivent dans les objectifs généraux du marché commun.
Section 2 : Les prohibitions visant l’acteur économique
Cette section analyse les comportements interdits en droit de la concurrence,
qu’ils soient le fait d’opérateurs privés ou, parfois, de l’État lorsqu’il agit comme
un acteur économique ordinaire. Les prohibitions se regroupent autour de deux
grands types de comportements : les abus en matière concurrentielle et les
collusions entre entreprises.
I. Les abus en matière concurrentielle
Les abus constituent des « pratiques restrictives » perturbant le jeu normal de la
concurrence. Deux formes majeures sont examinées : l’abus de dépendance
économique et l’abus de position dominante.
A. L’abus de dépendance économique
La dépendance économique décrit la situation dans laquelle une entreprise est liée
à une autre, plus puissante, au point de ne pas disposer d’alternatives
équivalentes.
La loi sénégalaise de 1994 en donne une définition explicite et en interdit
l’exploitation abusive. L’entreprise dominante peut imposer ses conditions
contractuelles, mais l’infraction n’existe que si l’abus est de nature à affecter la
concurrence.
La charge de la preuve pèse sur l’entreprise victime, qui doit saisir les autorités
compétentes.
B. L’abus de position dominante
La simple position dominante n’est pas interdite : c’est son abus qui constitue une
pratique anticoncurrentielle.
L’abus peut prendre plusieurs formes : refus de vente, discrimination, prix
prédateurs, barrières à l’entrée, etc.
La législation sénégalaise (loi de 2002) encadre cette notion en précisant les
indices d’une position dominante : poids économique, contrôle de l’accès au
marché, ressources financières…
La jurisprudence sénégalaise, notamment l’arrêt SENTEL GSM c/ ARTP (2012),
rappelle qu’il faut démontrer que l’entreprise en cause détient une puissance
économique lui permettant de fausser la concurrence.
L’ARTP peut intervenir pour limiter certains avantages, comme l’interdiction en
2019 des bonus sur le mobile money.
II. Les collusions entre entreprises
La collusion renvoie à des comportements concertés entre entreprises : ententes et
concentrations. Ces pratiques, en principe prohibées, sont encadrées par les
législations nationales, l’UEMOA et la CEDEAO.
A. Les ententes
Les ententes consistent en accords ou pratiques concertées ayant pour effet de
restreindre la concurrence.
Les textes communautaires (CEDEAO, UEMOA) prohibent clairement ces
comportements : fixation des prix, partage de marché, limitation d’accès au
marché, coordination illicite…
Les accords « horizontaux » sont les plus surveillés, car ils concernent des
entreprises concurrentes directes. Les accords « verticaux », conclus entre
entreprises situées à différents niveaux de la chaîne de production, peuvent parfois
être tolérés en raison de leurs effets positifs.
Des exemples sénégalais existent, notamment la hausse concertée du prix du
ciment en 2018, sanctionnée par le ministère du Commerce.
Historiquement, avant 2003, la Commission nationale de concurrence avait déjà
sanctionné des ententes, notamment dans le secteur des assurances.
B. Les concentrations
La concentration résulte d’opérations de fusion, d’acquisition ou de prise de
contrôle susceptibles de réduire significativement la concurrence.
Si le droit de l’UEMOA ne règlemente pas directement les concentrations, il les
assimile à un abus de position dominante lorsqu’elles renforcent une domination
risquant de nuire au marché.
En revanche, la CEDEAO prohibe explicitement les concentrations susceptibles
de créer une position de force excessive.
Les droits nationaux africains (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Cameroun, etc.)
précisent les formes possibles de concentration : fusion, création d’entreprise
commune, prise de participation, transfert d’actifs…
Ces opérations sont analysées et parfois conditionnées par la délivrance d’une
attestation négative par les autorités communautaires, comme l’illustre un arrêt
important de la Cour de justice de l’UEMOA du 9 mai 2018 sur une concentration
dans le secteur agroalimentaire
Chapitre 2 : Un droit modérément prescriptif
Le chapitre met en lumière la manière dont le droit de la concurrence, bien qu’il
soit perçu comme prescriptif, repose en réalité sur un ensemble équilibré de
recommandations, de principes directeurs et d’incitations destinés à structurer un
marché ouvert et équitable. L’objectif est d’assurer à chaque opérateur
économique des garanties minimales et un cadre transparent. Ainsi, l’ouverture au
marché concurrentiel pousse les États à promouvoir le libre jeu de la concurrence
(Section 1), tout en reconnaissant qu’il existe des tempéraments à cette liberté
(Section 2).
Section 1 – La promotion du libre jeu de la concurrence
Le libre jeu de la concurrence est présenté comme un élément intrinsèque au
fonctionnement des marchés modernes. Il assure la possibilité pour les acteurs
d’accéder au marché dans des conditions équitables et de bénéficier d’une
protection contre les pratiques restrictives.
Paragraphe 1 – Le fondement du libre jeu de la concurrence
La concurrence repose sur l’idée de rivalité entre opérateurs, au bénéfice du
consommateur à travers de meilleurs prix, une meilleure qualité et une diversité
de l’offre. Dans les systèmes libéraux, elle est inséparable de la liberté du
commerce et de l’industrie : chaque opérateur peut produire ou vendre ce qu’il
souhaite selon les conditions qu’il détermine lui-même.
Les sources juridiques de ce principe sont multiples :
A – Fondements textuels
1. En droit français, le principe trouve appui dans le décret d’Allarde
(1791), qui consacre la liberté du commerce et de l’industrie. Ce texte empêche
les personnes publiques d’entraver ou de concurrencer injustement les opérateurs
privés.
2. En droit sénégalais, plusieurs textes organisent la concurrence :
• la loi de 1994 sur les prix et la concurrence, qui marque le passage
d’une économie administrée à un système libéralisé ;
• divers codes sectoriels (télécommunications, électricité,
investissements, marchés publics…) qui consacrent explicitement le principe de
concurrence ;
• l’article 2 de la loi de 1994 précise que les prix sont librement
déterminés par le jeu de la concurrence.
3. En droit communautaire, les organisations régionales (CEDEAO,
UEMOA, CEMAC) ont intégré la concurrence dans leurs instruments juridiques
afin d’encourager la libre circulation, l’accès au marché et la création d’un espace
économique intégré.
B – Les confirmations jurisprudentielles
La jurisprudence, en France comme au Sénégal, a joué un rôle central dans la
consolidation du principe de libre concurrence.
• En France, le Conseil d’État est passé progressivement du principe de
non-concurrence entre public et privé (arrêts Casanova, Nevers) à l’admission
d’une égale concurrence (arrêt Million et Marais, Avis JLBC 2000), reconnaissant
que les personnes publiques peuvent participer à l’activité économique sous
condition de respecter les règles concurrentielles.
• Au Sénégal, la jurisprudence montre que le juge administratif veille à
ce que les règles de concurrence soient respectées, notamment dans les marchés
publics (ex. arrêt Société SARRE-CONS / ARMP de 2013). Les décisions
administratives qui faussent la concurrence peuvent être annulées.
Paragraphe 2 – Les implications du principe de concurrence
Le libre jeu de la concurrence entraîne des effets essentiels pour le
fonctionnement de l’économie.
A – La recherche de l’efficacité économique
Dans un système libéralisé, les entreprises doivent adopter des stratégies
compatibles avec les règles du marché afin de maximiser leurs profits. La
concurrence les pousse à innover, à réduire leurs coûts et à éviter les
comportements monopolistiques.
Selon certains auteurs, l’efficacité économique consiste notamment à limiter le
pouvoir de marché des entreprises dominantes afin d’éviter les hausses
artificielles de prix ou les gaspillages de ressources. La concurrence est donc un
instrument de discipline économique.
B – La garantie d’un environnement propice
Pour que la concurrence soit réellement libre, elle doit s’accompagner d’un cadre
juridique favorable. Cet environnement repose notamment sur :
• la liberté d’entreprendre (art. 8 de la Constitution sénégalaise) ;
• la libéralisation des échanges et la suppression des barrières tarifaires
au sein de la CEDEAO ;
• la libre circulation des personnes, biens, services, capitaux et
entreprises ;
• des politiques communes d’intégration économique ;
• la mise en place d’un écosystème normatif permettant le
développement d’un marché commun.
Ainsi, la concurrence n’est efficace que si elle est accompagnée de libertés
complémentaires (liberté d’établissement, circulation des facteurs de production)
et d’un cadre juridique harmonisé au niveau régional.
Section 2 : Les tempéraments au libre jeu de la concurrence
Le principe de la libre concurrence, bien qu’essentiel, n’a pas de portée absolue. Il
peut faire l’objet d’aménagements dictés par les réalités économiques, sans pour
autant perdre sa substance. Dans les économies en développement comme le
Sénégal, ces tempéraments se manifestent à travers la persistance des monopoles
et l’existence de situations matérielles ou temporelles rendant difficile la mise en
concurrence.
Paragraphe 1 — La survivance des monopoles
Les monopoles constituent la première grande limite à la libre concurrence. Ils
correspondent à une situation où un seul acteur, souvent public, contrôle un
secteur, ce qui élimine toute possibilité de compétition. Le texte met en avant
l’idée que la création de monopoles répond à des considérations liées à la
protection de secteurs vitaux, au maintien des services essentiels et à la
préservation de l’intérêt général.
A — L’ancrage des monopoles
On distingue traditionnellement les monopoles de droit, imposés par la loi, et les
monopoles de fait, issus d’une supériorité naturelle ou historique d’un opérateur
public. Les secteurs en réseaux (eau, énergie, télécommunications, chemin de
fer…) ont longtemps été placés sous gestion monopolistique, particulièrement
après les indépendances, lorsqu’il s’agissait d’affirmer la souveraineté
économique du Sénégal. Des exemples emblématiques sont fournis :
• le Port autonome de Dakar,
• la Poste et Télécommunications,
• la Radiodiffusion,
• la SENELEC,
• la LONASE.
Ces entités ont été protégées par la loi afin d’assurer la continuité et la sécurité de
services jugés essentiels.
B — L’admission prudente de la concurrence dans les monopoles
Cependant, le monopole n’est jamais totalement irréversible. Avec l’ouverture
économique et l’influence des doctrines capitalistes, de nombreux secteurs ont
commencé à s’ouvrir à la concurrence. Le texte évoque la libéralisation
progressive :
• du secteur de la téléphonie mobile, inaugurée avec Sentel en 1999
face à la SONATEL ;
• du ciment,
• des phosphates,
• de l’Internet haut débit, dont le monopole de la SONATEL a été
cassé en 2018.
La directive UEMOA 01/2002 joue également un rôle majeur en encadrant les
relations financières entre États et entreprises publiques pour éviter la
consolidation indue de positions monopolistiques. L’ouverture à la concurrence
profite in fine au consommateur : baisse des tarifs, diversification de l’offre et
amélioration de la qualité.
Paragraphe 2 — Les difficultés de mise en concurrence
Bien que souhaitable, la concurrence n’est pas applicable dans toutes les
situations. Certaines circonstances rendent l’application de ses règles
matériellement ou temporellement difficile. Ces hypothèses sont reconnues par
les législations nationales et parfois par le juge.
A — Le facteur matériel
Certaines activités, en raison de leur nature, échappent totalement ou
partiellement à la concurrence.
Deux domaines sont mis en avant :
1. Les marchés publics :
Certains marchés, du fait de leur objet, ne peuvent être soumis à la mise en
concurrence classique. Par exemple :
• les achats du mobilier national lors des ventes aux enchères ;
• les acquisitions des missions diplomatiques à l’étranger.
Le marché par entente directe (gré à gré), bien que pouvant intégrer une
concurrence minimale, témoigne de ces limites.
2. Le droit du travail :
La clause de non-concurrence constitue une restriction légale au libre jeu de la
concurrence pour protéger l’employeur. Elle est strictement encadrée par la loi
sénégalaise (durée limitée à un an, rayon maximal de 50 km).
B — Le facteur temporel
L’urgence et les contraintes de temps peuvent également rendre impossible
l’application des principes concurrentiels. Le texte cite l’exemple du référé
concurrence en droit français, procédure d’urgence permettant de suspendre un
contrat passé en violation des règles de concurrence.
Cette procédure offre au juge la possibilité d’intervenir rapidement pour prévenir
des comportements déloyaux ou irréguliers qui faussent la concurrence. Elle
illustre le rôle du juge dans le rétablissement des conditions d’un marché loyal,
tout en reconnaissant que dans certaines situations urgentes, les règles habituelles
de concurrence ne peuvent être suivies.
Deuxiéme partie
Le contentieux du droit de la concurrence
La seconde partie traite du contentieux en matière de concurrence, c’est-à-dire les
litiges découlant de l’application des règles concurrentielles issues des droits
national, communautaire ou international. Ces litiges peuvent être réglés soit par
des organes non juridictionnels, soit par des juridictions.
Chapitre 1 : Le contentieux non juridictionnel
Certaines affaires relevant du droit de la concurrence sont d’abord traitées par des
organes de régulation, qui exercent une forme de contrôle quasi-juridictionnel.
Section 1 : Devant les organes de régulation
Paragraphe 1 : Compétence des structures de concurrence
Il existe deux types de structures :
A. Les structures étatiques
• Au Sénégal, la Commission nationale de la concurrence (créée par la
loi de 1994) surveille le marché national et sanctionne les pratiques
anticoncurrentielles (refus de vente, pratiques discriminatoires, abus de
dépendance économique…).
• Cette commission doit coopérer avec la Commission de l’UEMOA,
qui surveille plutôt le marché communautaire.
• Les structures nationales doivent publier des rapports trimestriels et
peuvent être mandatées par l’UEMOA pour mener des enquêtes.
• Les régulateurs sectoriels (ex : ARTP, ARMP) participent aussi
indirectement à la protection de la concurrence, mais leur mission première reste
la régulation, ce qui peut créer des confusions.
B. Les structures communautaires
La Commission de l’UEMOA est centrale dans les litiges liés à la concurrence.
Elle intervient notamment :
• en matière d’aides d’État ;
• dans les litiges liés aux exonérations ou avantages fiscaux (affaires
“Ciments du Togo”, “SOCOCIM”, etc.) ;
• en matière de concentrations (ex : affaire Gazoduc, affaire Unilever).
Elle peut sanctionner, interdire ou autoriser certaines pratiques.
Paragraphe 2 : Régime des actes des organes de concurrence
A. Consistance des actes
Les organes communautaires (surtout la Commission) peuvent prendre :
• règlements,
• directives,
• décisions, notamment sanctions financières (amendes, astreintes).
Ces sanctions ne sont pas pénales et peuvent être complétées par un recours
devant les juridictions nationales.
B. Autorité des actes
Les décisions de la Commission sont obligatoires et exécutoires.
Les avis ou recommandations (soft law) n’obligent pas, mais orientent.
En cas de contestation, un recours juridictionnel reste possible.
Chapitre 2 : Devant l’organe juridictionnel
Même si leur rôle premier est de trancher les litiges, les juridictions exercent aussi
une mission consultative, essentielle dans les systèmes communautaires.
Section 1 : Les demandes d’avis
Paragraphe 1 : Autorité des avis
Les juridictions communautaires (UEMOA, CEDEAO) peuvent donner des avis
consultatifs sur :
• l’interprétation du droit communautaire,
• la compatibilité d’accords internationaux,
• les difficultés d’application des textes.
Paragraphe 2 : Portée des avis
Les avis font partie de la jurisprudence et guident les acteurs.
Exemple notable : avis de 2003 de la Cour de l’UEMOA affirmant la primauté
absolue du droit communautaire sur le droit national, y compris constitutionnel.
Section 2 : Les renvois préjudiciels
Le renvoi préjudiciel permet à un juge national de demander à la juridiction
communautaire :
• d’interpréter une règle communautaire,
• ou de vérifier la validité d’un acte communautaire.
C’est un instrument essentiel de cohérence entre droit national et droit
communautaire
Chapitre 2 : Le contentieux juridictionnel
Le contentieux de la concurrence connaît une croissance en Afrique, sous l’effet
du développement du droit des affaires et du droit de la concurrence. Il se déploie
à deux niveaux : national et communautaire.
Section 1 – Au niveau national
Le contentieux sénégalais de la concurrence est fragmenté, mobilisant plusieurs
juges. En droit public, deux grandes branches sont mises en évidence : le juge
administratif et le juge de droit commun.
Paragraphe 1 – Le juge administratif
A) Contentieux de pleine juridiction
Le juge administratif peut connaître de litiges à dimension concurrentielle,
notamment dans les marchés publics. Il peut apprécier des droits subjectifs et
condamner l’administration (ex. : arrêt État du Sénégal c/ Afrique Audit, 2000).
B) Contentieux de l’excès de pouvoir
Le juge administratif intègre progressivement le droit communautaire, pouvant
écarter une norme nationale contraire (arrêt État du Sénégal/ARMP, 2009). Il
vérifie aussi la pertinence de l’invocation du droit de la concurrence (arrêt
Fortesa, 2013).
En France, les actes de « soft law » peuvent être contestés (arrêts Fairvesta et
Numericable, 2016), ce qui inspire les débats doctrinaux.
Paragraphe 2 – Le juge de droit commun
A) Le juge commercial
Il intervient principalement en matière de concurrence déloyale (imitation,
dénigrement, parasitisme…). L’intention de nuire n’est pas exigée (arrêt SAPEC,
1996).
Au niveau communautaire, le renvoi préjudiciel permet aussi d’interroger la
conformité de certaines pratiques (ex. barèmes d’honoraires au Burkina Faso).
B) Propriété intellectuelle
La contrefaçon constitue une forme de concurrence déloyale (ex. diffusion non
autorisée d’œuvres protégées).
Des affaires comme BSDA c/ Walf (2010) ou PNA c/ ONG ASI (2018) illustrent
la forte justiciabilité des litiges de PI devant les juridictions de droit commun.
Section 2 – Au niveau communautaire
Le contentieux communautaire devient central pour garantir une application
uniforme des règles concurrentielles.
Paragraphe 1 – La réalité du contentieux communautaire
A) Interprétation de la norme concurrentielle
La Cour de Justice de l’UEMOA affirme la compétence exclusive de l’Union sur
les articles 88 à 90 du Traité (Avis 003/2000).
Les recours en légalité sont strictement encadrés : seuls les actes communautaires
obligatoires peuvent être contestés.
B) Application de la norme concurrentielle
Les juridictions communautaires (UEMOA, CEDEAO) tranchent des litiges liés
aux abus de position dominante ou concentrations (ex. affaire SUNEOR).
Elles refusent cependant de connaître des actes purement nationaux (affaire
SONITEL SA, 2010).
Elles exercent également un plein contentieux sur les sanctions de la Commission
de la concurrence (amendes, obligations…).
Paragraphe 2 – Recours à l’arbitrage
L’arbitrage, fondé sur la volonté des parties (compromis ou clause
compromissoire), est de plus en plus admis dans les litiges économiques et
concurrentiels.
Les textes OHADA lui ouvrent largement la voie, même si la question de
l’implication des personnes publiques a longtemps suscité des débats.