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Άρθρο αρ. 13
Theatron
Theatron
239,5671
Rhetorische Kultur in Spätantike
und Mittelalter
Rhetorical Culture in Late Antiquity
and the Middle Ages
Herausgegeben von
Michael Grünbar t
ISBN 978-3-11-019476-0
ISSN 1862-1139
w w [Link]
Notes sur l’activité d’Aréthas comme rhéteur de la
cour de Léon VI
MARINA LOUKAKI
Parmi les œuvres du métropolite de Césarée Aréthas1 figurent quelques brefs
discours de circonstance qui furent prononcés au cours des deux années 901–902
devant l’empereur Léon VI le Sage, dans le cadre de cérémonies célébrant un
événement ou une fête religieuse. Il s’agit plus précisément, dans l’ordre chrono-
logique, des six textes suivants: 1) discours prononcé le 6 janvier 901, jour de la
fête de l’Épiphanie, au cours d’un banquet dans la salle des 19 lits (no 63 dans
l’édition Westerink2); 2) discours improvisé, prononcé lors de l’intronisation du
patriarche Nicolas, le 1er mars 901 (no 573); 3) discours prononcé à Sainte-Sophie
lors de la translation des reliques de Lazare de Chypre à Constantinople, le 17
octobre 901 (no 584); 4) discours prononcé à l’automne 901, au cours d’un ban-
quet, après la victoire des troupes byzantines sur les Sarrasins et la cérémonie du
triomphe (no 625); 5) discours prononcé le dimanche de l’Orthodoxie, 14 février
902, premier anniversaire du patriarcat de Nicolas, lors d’un banquet (no 646);
6) description de la procession des reliques de Lazare, prononcée lors de la céré-
monie d’inauguration de l’église Saint-Lazare à Constantinople, le 4 mai 912
(no 597); 7) et 8) deux discours prononcés à la fête du prophète Élie, le 20 juillet
902, au cours d’un banquet (no 61 et 658).
Les premiers éditeurs et commentateurs de ces textes, R. J. H. Jenkins, B.
Laourdas et C. Mango, ont soutenu qu’Aréthas, encore diacre à cette époque, était
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1 Les études sur la personnalité, l’œuvre et surtout sur la contribution d’Aréthas à la ‘renaissance’
des Macédoniens sont très nombreuses. Voir à titre indicatif l’article de F. Tinnefeld, dans TRE
3 (1978), 690–692, avec la bibliographie rassemblée.
2 L. G. Westerink, Arethae Archiepiscopi Caesariensis Scripta Minora, II, Leipzig 1972, Disc. 63,
35–42.
3 Disc. 57 (voir n. 2), 1–6.
4 Disc. 58 (voir n. 2), 7–10.
5 Disc. 62 (voir n. 2), 31–34.
6 Disc. 64 (voir n. 2), 39–42.
7 Disc. 59 (voir n. 2), 11–16.
8 Disc. 61 (voir n. 2), 23–30, Disc. 65 (voir n. 2), 43–48.
260 Marina Loukaki
le rhéteur officiel de la cour.9 Si cette observation concernait un auteur postérieur,
du XIIe, voire même du milieu du XIe siècle, on pourrait songer qu’il s’agit éven-
tuellement du diacre, officier du patriarcat, que l’empereur a nommé rhéteur offi-
ciel de la cour, c’est-à-dire le maïstôr des rhéteurs bien connu. Certes, cette digni-
té n’est pas attestée avant le milieu du XIe siècle. Pourtant, la présence régulière
d’Aréthas déclamant des panégyriques dans le cadre de cérémonies ne donne pas
l’impression d’un événement fortuit. À étudier attentivement la structure et la
thématique des textes d’Aréthas ainsi que les informations particulières qu’ils
renferment, parallèlement à l’examen du rituel des fêtes et des événements
concernés, pour autant, naturellement, que nous le connaissions à partir des ma-
nuels de cérémonie de l’époque, nous remarquons qu’à la cour de Léon VI le
Sage est cultivé un idéal impérial bien concret, manifestement dicté par
l’empereur lui-même et que la rhétorique est appelée à servir systématiquement. Il
se peut que la vaste question du quatrième mariage de Léon,10 qui divisa l’Église
et détourna l’intérêt de l’empereur, entre autres, ait interrompu cette tendance.11
Même si la coutume de prononcer régulièrement des discours lors de certaines
cérémonies ne fut pas établie finalement à ce moment-là mais plus tard et dans
d’autres conditions historiques et sociales,12 ces rares discours de circonstance
d’Aréthas, comme peut-être d’autres de la même période qui ne nous sont pas
parvenus,13 pourraient être considérés comme les précurseurs de la multitude de
discours qui étaient prononcés systématiquement en diverses circonstances et
cérémonies à l’époque des Comnènes et des Anges.
À l’époque de Léon VI le Sage, la rhétorique, et plus précisément le discours
public, est cultivée et connaît même une grande floraison, essentiellement dans le
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9 R. J. H. Jenkins/B. Laourdas/C. A. Mango, Nine Orations of Arethas from Cod. Marc. gr. 524,
dans: BZ 47 (1954) 2 (= R. J. H. Jenkins, Studies on Byzantine History of the 9th and 10th Cen-
turies, Londres 1970, no VI).
10 R. J. H. Jenkins, Byzantium: The Imperial Centuries AD 610–1071, Londres 1966; voir aussi
les articles relatifs du même chercheur réunis dans: Studies on Byzantine History of the 9th and
10th Centuries (voir n. 9); P. Karlin-Hayter, Vita Euthymii Patriarchae CP (Bibliothèque de
Byzantion 3), Bruxelles 1970; S. Tougher, The Reign of Leo VI (886–912) (The Medieval
Mediterranean 15), Leiden/New York/Cologne 1997, 133–163.
11 Theodôra Antônopoulou, qui a approfondi l’étude des homélies de Léon, admet que selon les
donnés fournis par les textes, la rédaction des homélies date d’entre le mois de novembre 882 et
le début du Carême de 904. Cela ne signifie pas qu’après cette date Léon n’écrivit plus, mais il
semble qu’il est devenu moins productif. Voir The Homilies of the Emperor Leo VI (The Me-
dieval Mediterranean 14), Leiden/New York/Cologne 1997, 69–71.
12 Par exemple, les éloges annuels de l’empereur au jour de l’Epiphanie, du patriarche le samedi
de Lazare, ainsi que le grand nombre de discours prononcés à diverses circonstances concernant
la vie de l’empereur (triomphes, noces, naissances, etc.) sont sans doute des habitudes de
l’époque des Comnènes.
13 Voir infra, notes 55, 67.
Notes sur l’activité d’Aréthas comme rhéteur de la cour de Léon VI 261
genre de l’homilétique.14 Dans ce genre se distingue, on le sait, l’empereur lui-
même, dont sont conservés une quarantaine d’homélies, la plupart étant des ser-
mons pour des fêtes liées au Christ, à la Vierge ou à des saints.15 Si l’on excepte
le discours funèbre à l’impératrice Théophanô, première épouse de Léon, œuvre
d’un auteur de cour anonyme,16 les discours de circonstance d’Aréthas sont les
seules œuvres rhétoriques en prose qui font publiquement l’éloge de l’empereur.
Mais d’un autre côté, la poésie à cette époque est très souvent au service de la
propagande impériale.17 Dans le présent travail, je m’occuperai des discours no 63
(Épiphanie), 57 (intronisation de Nicolas), 64 (dimanche de l’Orthodoxie / anni-
versaire de l’intronisation de Nicolas), 62 (triomphe), 61 et 65 (prophète Élie),
laissant de côté les deux textes qui concernent la translation des reliques de La-
zare et l’inauguration de l’église sous ce vocable à Constantinople, car, à mon
avis, ils constituent un groupe particulier qui mérite d’être étudié séparément,
replacé dans le cadre de la tradition et du cérémonial de la consécration d’une
nouvelle église.
No 63. Discours de table, le jour de l’Épiphanie, dans la salle des 19 lits
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14 Τh. Antônopoulou, Homiletic Activity in Constantinople around 900, dans: M. B. Cunning-
ham/P. Allen, Preacher and Audience, Studies in Early Christian and Byzantine Homiletics (A
new history of the sermon 1), Leiden/Boston/Cologne 1998, 317–348.
15 Pour une analyse détaillée du contenu des homélies de Léon voir dans Antônopoulou, The
Homilies (voir n. 11). Antônopoulou a préparé une nouvelle édition des homélies, qui va pa-
raître.
16 Ε. Κurtz, Zwei griechische Texte über die hl. Theophano, die Gemahlin Kaisers Leo VI. (Mé-
moires de l’Acad. Imp. des Sciences de St.-Pétersbourg, VIIIe s., Cl. Hist.-philol. III/2), St.-
Pétersbourg 1898.
17 Voir surtout des poèmes de Léon magistre Choirosphactès. Sur la vie et l’oeuvre de Choiros-
phactès voir I. Vassis, Leon Magistros Choirosphaktes, Chiliostichos Theologia (Supplementa
Byzantina. Texte und Untersuchungen 6), Berlin/New York 2002, 1–18 avec la bibliogra-
phie rassemblée; sur la fonction de la poésie de Choirosphactès comme expression de
l’idéologie impériale, voir P. Magdalino, The Bath of Leo the Wise, dans: A. Moffat (éd.),
Maistor. Classical Byzantine and Renaissance Studies for Robert Browning (Byzantina Aus-
traliensia 5), Canberra 1984, 225–240; idem, The Bath of Leo the Wise and the “Macedonian
Renaissance” Revisited: Topography, Iconography, Ceremonial, Ideology, dans: DOP 42 (1988)
97–118; idem, In Search of the Byzantine Courtier: Leo Choirosphaktes and Constantine Ma-
nasses, dans: H. Maguire (éd.), Byzantine Court Culture from 829 to 1204, Washington, D.C.
1997, surtout 146–161.
262 Marina Loukaki
Selon le De cerimoniis18 et le Klètorologion de Philothée,19 le jour de la fête de
l’Épiphanie, dans la salle des 19 lits du palais, l’empereur invite le patriarche, des
métropolites, des clercs de la Grande Église et du palais, des officiers civils et
militaires – ils sont 216 au total – à un banquet impérial qui symbolise, selon
Philothée, «l’union des bataillons célestes et terrestres par le don du saint bap-
tême». C’est donc lors de ce banquet de la fête de l’Épiphanie de l’an 901
qu’Aréthas prononça ce discours. Bien que Philothée dise que Léon VI apporta
des modifications au cérémonial du jour en introduisant après le troisième anti-
phone les quatre domestiques de la Grande Église, qui, dispersés parmi les lits,
chantaient, seuls au départ puis avec l’ensemble de l’assistance, l’hymne compo-
sée par l’empereur,20 nulle part dans le règlement rituel n’est mentionnée ou sug-
gérée la déclamation d’un discours. Cependant, parmi les homélies de Léon VI
figure aussi une homélie pour la fête de l’Épiphanie,21 qui s’adresse manifeste-
ment à une assistance précise de clercs dont la supériorité intellectuelle est recon-
nue par l’empereur.22 Mais aucun élément du texte ne nous aide à déterminer le
lieu où fut prononcée cette homélie. Elle pourrait éventuellement l’avoir été dans
la salle des 19 lits, au cours du banquet évoqué plus haut.23
Le discours d’Aréthas se divise nettement en deux parties, l’éloge du banquet
du jour et l’éloge de l’empereur. Dans l’introduction, il fait l’éloge de l’assemblée
qui assiste au banquet, en commençant par les métropolites, les clercs et le pa-
triarche (Antoine Kauleas à cette époque), et en passant par l’empereur dont sont
vantées aussi bien la beauté physique que l’éloquence toujours séductrice, qu’il
parle de sujets réjouissants, comme en la circonstance présente, ou de choses
désagréables.24 Ensuite, le bref éloge des empereurs précédents qui ont institué ce
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18 De cerimoniis I 35 (26), éd. A. Vogt, Constantin Porphyrogénète, Le Livre des Cérémonies, I,
Paris 1935, 135–136.
19 Klètorologion, éd. N. Oikonomidès, Les Listes de préséance byzantines des IXe et Xe siècles,
Paris 1972, 185–189.
20 Klètorologion, 187.15–189.7.
21 Akakios, Λέοντος τοῦ Σοφοῦ Πανυγηρικοὶ (sic) Λόγοι, Athènes 1868, 186–189. Voir Hom.
25, dans Antônopoulou, The Homilies (voir n. 11), 184–189. Une seconde homélie fut aussi
prononcé à la même fête (Akakios, op. cit., 261–266; Hom. 35 dans Antônopoulou, The Homi-
lies [voir n. 11], 236–237), mais elle a comme sujet le cadeau retardé – il était prévu pour la fête
de Transfiguration- que l’empereur offre à Sainte-Sophie.
22 Ἐμοὶ μὲν περιττὰ καὶ ταῦτα πρὸς ὑμᾶς δοκεῖ· ἀλλὰ αὐτοὶ γάρ, μετὰ τῆς τοῦ Θεολόγου
φάναι γλώσσης, θεοδίδακτοί ἐστε καὶ οἴδατε πάντα: Akakios (voir n. 21), 187; Antônopou-
lou, The Homilies (voir n. 11), 39, 184.
23 Antônopoulou partage la même opinion et elle indique que l’homélie à la fête de saint Démé-
trius (Akakios [voir n. 21], 136–137) fut également prononcé au cours d’un banquet: Antôno-
poulou, The Homilies (voir n. 11), 39 et note 26.
24 Disc. 63, 35.3–18 (voir n. 2). Ici Aréthas fait clairement allusion à l’activité homilétique de
l’empereur et peut-être Léon avait-il déjà prononcé un discours catéchétique. Sous les choses
désagréables on peut comprendre les catéchèses de Léon à l’entrée du Carême. En général les
Notes sur l’activité d’Aréthas comme rhéteur de la cour de Léon VI 263
banquet annuel le jour de l’Épiphanie lui permet de répéter la thèse bien connue
de l’idéologie impériale qui enseigne que les empereurs byzantins sont l’image
terrestre de Dieu, et de se référer au sens du baptême de Jésus comme expression
d’une extrême humilité, pour conclure que Léon est un modèle d’empereur pieux
et humble, comme d’ailleurs on peut le déduire de la manière dont il a organisé le
présent banquet. Sur ce point, Aréthas confirme les témoignages du Klètorologion
concernant les changements apportés par Léon au cérémonial du jour. Tous signes
de mondanité et de luxe sont absents du banquet, car les mets sont frugaux. Mais
avant tout, le rhéteur souligne la présence des chantres qui, de partout, chantent
les hymnes du jour.25 Intervient en digression une brève mention du sens théolo-
gique du baptême comme purification, suivie immédiatement d’un éloge de Léon
beaucoup plus formellement impérial. Le rhéteur évoque son incapacité à faire un
éloge digne de l’empereur. Il se réfère à son caractère (compatissant, amène, fru-
gal, humble) et à ses vertus (prévoyant, économe, méthodique). Mais avant tout, il
est sage (intelligent, clairvoyant, de bonne mémoire), prudent et pieux. C’est pré-
cisément grâce à sa piété et aux prières du patriarche Antoine Kauleas que les
Sarrasins ont été vaincus en Cappadoce.26 Si l’on tient compte du fait que dans le
préambule, Aréthas rappelle aussi la beauté physique et l’éloquence de
l’empereur, ce discours contient en résumé presque tous les éléments de l’éloge
impérial conforme aux prescriptions de Ménandre.27 Certes, le modèle
d’empereur que propose Aréthas est surtout celui de l’homme humble, sage et
pieux. La conclusion de cet éloge est de la même veine, car on n’y lit pas le vœu
habituel de longévité, mais celui, très chrétien, qu’il sorte vainqueur à l’heure du
Jugement dernier.
Deux siècles plus tard, à l’époque des Comnènes et des Anges, l’éloge annuel
de l’empereur le jour de l’Épiphanie est une habitude bien établie. Plusieurs per-
sonnes prennent alors la parole, le maïstôr des rhéteurs, ses jeunes élèves et
d’autres lettrés. La manifestation a lieu au palais devant une assistance choisie de
_____________
exhortations au jeûne étaient considérées comme un sujet désagréable et c’est pourquoi souvent
au XIIe siècle, les auteurs d’éloges des patriarches, se référant à leur catéchèse habituelle à
l’entrée du jeûne insistaient sur la douceur de la parole patriarcale qui persuadait ainsi tous les
fidèles de suivre volontairement les règles difficiles du Carême.
25 Κόρος μὲν καὶ τρυφὴ τῶν ἐδεσμάτων ἐξώρισται, μακρὰν δὲ καὶ ἡ τούτων ἔκγονος ὕβρις
ἐλήλαται, νῆψις δὲ ψυχῆς καὶ μνήμη τοῦ πεποιηκότος διηνεκὴς τοὺς δαιτυμόνας
εὐφραίνουσα ἀντεισάγεται, ἐκεῖθεν τῶν ὑμνῳδῶν τὰ τῆς ἡμέρας σεμνολογούντων,
ἐντεῦθεν πάλιν ἄλλων τοῖς θεοτερπέσιν ᾄσμασιν ἀντηχούντων : Disc. 63 (voir n. 2),
36.23–28.
26 Disc. 63 (voir n. 2), 37.13–38.22.
27 Περὶ ἐπιδεικτικῶν, 368.1–377.30, éd. D. A. Russell/N. G. Wilson, Menander Rhetor, Oxford
1981, 76–94. Sur l’intérêt renouvelé des écrivains du IXe siècle pour le modèle de Ménandre,
voir M. Vinson, Rhetoric and Writing Strategies in the Ninth Century, dans: E. Jeffreys (éd.),
Rhetoric in Byzantium, Papers from the Thirty-fifth Spring Symposium of Byzantine Studies,
Exeter College, University of Oxford March 2001, Aldershot 2003, 15–22.
264 Marina Loukaki
clercs et d’officiers civils, sans toutefois aucune indication ou mention d’un ban-
quet officiel. Il est difficile de prouver que cette habitude fut instaurée à l’époque
de Léon et se perpétua jusqu’aux Comnènes, même si Michel Psellos (au milieu
du XIe siècle) considère un éloge de l’empereur Constantin IX Monomaque, au-
quel assistaient également ses élèves, comme un devoir annuel.28 Je pense toute-
fois qu’il fut un modèle, qui en d’autres circonstances et pour diverses raisons fut
cultivé systématiquement, jusqu’à ce qu’il prenne le caractère coutumier que nous
lui connaissons au XIIe siècle.
No 57. Discours improvisé lors de l’intronisation du patriarche
Nicolas le Mystique
& no 64. Discours public de table lors
de l’anniversaire de l’intronisation de Nicolas.
Nicolas Ier le Mystique devint patriarche de Constantinople le 1er mars 901, di-
manche de l’Orthodoxie.29 Jenkins, Laourdas et Μango notent sans soulever de
réserves que le discours d’Aréthas fut prononcé pendant le banquet organisé au
patriarcat ce jour-là.30 Effectivement, pour le premier dimanche de jeûne, fête de
l’Orthodoxie, selon le De cerimoniis31 et le Klètorologion de Philothée,32 à
l’époque de Léon, l’ancien rituel avait changé et le banquet habituel après la fin
de la messe de ce jour ne se donnait plus désormais au palais mais au patriarcat.
Les convives de l’empereur étaient le patriarche, des métropolites, des arch-
evêques, des magistroi, des préposites, des anthypatoi, des patrices, des offikialioi
et des sénateurs. Étant donné que pour le dimanche de l’Orthodoxie de l’année
suivante, lors du premier anniversaire du patriarcat de Nicolas, le discours (no 64)
que prononça Aréthas est dit «de table», comme d’ailleurs cinq autres de ses dis-
cours de circonstance, on admettra facilement que le discours no 57 fut prononcé
au cours d’un banquet. Cependant, je ne tiens pas pour anodin que dans notre cas,
ce discours ne soit pas qualifié dans son titre de discours de table. La lecture du
texte, en parallèle avec le rituel de la cérémonie lors de l’intronisation d’un pa-
triarche que livre le De cerimoniis, nous conduit à d’autres hypothèses.
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28 Disc. 6 (voir n. 2), 98.261–265, 101.341–342 (Michaelis Pselli Orationes Panegyricae ed. G. T.
Dennis, Stuttgart/ Leipzig 1994).
29 Sur la vie de Nicolas Ier le Mystique voir R. J. H. Jenkins/L. G. Westerink, Nicholas I Patriarch
of Constantinople Letters (CFHB VI = DOS 2), Washington, D.C. 1973, XV–XXVII avec la bi-
bliographie rassemblée.
30 Nine Orations (voir n. 9), 4.
31 De cerimoniis Ι 37(28), éd. Vogt (voir n. 18), I, 147–148.
32 Klètorologion, 195.
Notes sur l’activité d’Aréthas comme rhéteur de la cour de Léon VI 265
D’après, donc, le De cerimoniis,33 une fois que l’empereur a décidé qui sera
le nouveau patriarche, soit en acceptant l’un des trois candidats proposés par le
synode soit en désignant celui qu’il désire, sont invités au palais de la Magnaure
le sénat, les métropolites, les archontes du patriarcat et d’autres gens d’Église. Là,
l’empereur, en présence du candidat patriarche, annonce son nom. L’assistance
accepte, acclame l’empereur, et lui dit toute autre chose qu’elle souhaite (καὶ
ἄλλα, ὅσα βούλονται, λέγουσι πρὸς αὐτόν). L’intronisation du nouveau pa-
triarche a lieu plus tard, à l’église Sainte-Sophie, ordinairement le dimanche ou un
autre jour de grande fête.
Le texte d’Aréthas commence par la définition de l’événement heureux du
jour, le choix de cette personne précise pour le patriarcat à ce moment déterminé.
Le rhéteur loue l’empereur d’une part pour son choix, mais principalement pour
la pacification récente de l’Église et pour le Tome unitaire qu’il a publié, mettant
fin à la querelle entre les partisans de Photius et ceux d’Ignace.34 Ensuite, le dis-
cours se fait conseil. Il se tourne vers le nouveau patriarche, désapprouve l’hési-
tation qu’il semble montrer à accepter cette dignité et l’exhorte à prendre en
charge le gouvernement de l’Église de Constantinople, en soulignant son expé-
rience dans l’administration des choses sacrées, sa vertu et son espérance en
Dieu.35 Dans la troisième et dernière partie, le rhéteur revient à l’empereur: il
l’invite à prendre la parole et, avec sa sagesse et son éloquence, à conseiller le
nouveau patriarche sur la manière de gouverner et de conduire ses ouailles con-
formément à son propre modèle de gouvernement, grâce auquel il parvient à as-
sagir les plus récalcitrants de ses sujets qui, soit dit au passage, ne sont pas rares.
De cette façon, le rhéteur espère que Nicolas acceptera le patriarcat.36
À la lecture de ce texte, et surtout en raison de l’usage du futur et de l’optatif
dans les verbes du dernier paragraphe (πεισθήσεταί σοι τοῖς λόγοις, ἔσοιτο
ταῦτα, ὀναίμεθα πάντες αὐτοῦ, etc.), j’ai l’impression que le mystère de
l’ordination du patriarche, et par conséquent le caractère irrévocable de la prise en
charge de la dignité patriarcale par Nicolas, n’ont pas encore eu lieu. Je vois donc
difficilement Aréthas prononcer ce discours au banquet du patriarcat à la fin des
manifestations célébrant le dimanche de l’Orthodoxie, où logiquement aurait dû
être achevée aussi la cérémonie d’intronisation du nouveau patriarche. Je consi-
dère comme plus vraisemblable qu’Aréthas prit la parole après l’annonce par
l’empereur du nom du nouveau patriarche, lorsque, selon le De cerimoniis,
____________
33 De cerimoniis II 14, éd. Reiske, Constantinus Porphyrogenitus, De cerimoniis aulae byzantinae
(CSHB), Bonn 1829, 564–566.
34 Disc. 57 (voir n. 2), 1.4–2.27. Sur ce sujet et les diverses opinions concernant la datation de la
promulgation du Tomos, voir Nine orations (voir n. 9), 4.
35 Disc. 57 (voir n. 2), 3.2–4.27.
36 Disc. 57 (voir n. 2), 4.32–6.9.
266 Marina Loukaki
l’assistance acclame l’empereur et ceux qui le souhaitent ont le droit de parler.
Ainsi se trouve également justifiée la qualification du discours comme improvisé
(qu’il l’ait été réellement ou bien, chose plus vraisemblable, qu’il ait dû avoir l’air
de l’être).
Mais il y a de sérieux doutes quant au fait de savoir dans quelle mesure le lieu
était le palais de la Magnaure que cite le De cerimoniis. Au début du discours,
Aréthas définit le lieu où il parle comme ilastèrion (τὸ γάρ τοι τὸν μέγαν
τοῦτον καὶ ἀληθῶς τοῦ Θεοῦ ἄνθρωπον ... ἐν τούτῳ τῷ ἱλαστηρίῳ
ἀνιερῶσαι ... πῶς οὐχὶ προσφορώτατον). Cette description convient davantage
à un espace sacré, une église comme Sainte-Sophie ou plus généralement le pa-
triarcat de Constantinople. Dans son discours, Aréthas invite aussi l’empereur à
parler, ce qui signifie que jusqu’à ce moment, Léon n’avait pas prononcé de dis-
cours pour le nouveau patriarche. Nous ignorons s’il le fit réellement, mais quel-
ques années plus tôt, la veille de Noël 886, Léon avait prononcé un discours lors
de l’intronisation du patriarche Étienne, son propre frère. L’empereur avait alors
parlé devant des sénateurs, des métropolites et autres clercs et laïcs pour justifier
et soutenir le choix d’Étienne pour le trône patriarcal.37 Cette homélie, comme le
dit son titre, avait été prononcée à Sainte-Sophie et non pas au palais de la Ma-
gnaure, comment on aurait pu l’attendre d’après le De cerimoniis.38
L’année suivante, le dimanche de l’Orthodoxie (14 février), Aréthas prononça
un discours au cours du banquet officiel qui avait lieu ordinairement ce jour-là au
patriarcat. Notons toutefois que ni dans le Klètorologion de Philothée ni dans le
De cerimoniis il n’est fait la moindre allusion à une forme quelconque de discours
lors de cette cérémonie. L’intérêt particulier en ce cas de discours public
d’Aréthas est que tout d’abord, il s’adresse au patriarche, pour lequel surtout il
considère d’ailleurs qu’a lieu la fête (σὲ πάλιν τὸν δι’ ὃν ἡ πανήγυρις), bien
qu’il conclue sur l’éloge de l’empereur Léon, qui a rétabli la paix dans l’Église et
a choisi le patriarche en question. Je ne connais pas d’autre cas jusqu’à cette épo-
que où ait été célébré l’anniversaire de l’avènement sur le trône archiépiscopal
d’un patriarche de Constantinople; mais aussi, plus généralement, jusqu’à cette
époque, l’éloge du patriarche en exercice en sa présence est un événement extrê-
____________
37 Voir des reflexions sur les auditeurs de ce discours de Léon dans J. Grosdidier de Matons, Trois
Études sur Léon VI, dans: TM 5 (1973) 198–199.
38 Λέοντος ἐν Χριστῷ βασιλεῖ αἰωνίῳ βασιλέως ὁμιλία ἐν τῷ τῆς τοῦ Θεοῦ σοφίας
ἐπωνύμῳ ναῷ ῥηθεῖσα ὅτε τὸν κοινωνὸν τῶν σωματικῶν ὠδίνων ἡ θεία χάρις εἰς
πατέρα τάξασα τῇ ἀμώμῳ νύμφῃ συνηρμόσατο: Grosdidier de Matons, Trois Études (voir
n. 37), 201. Voir aussi Antônopoulou, The Homilies (voir n. 11), 245–246. Malgré, donc,
l’impression, suggerée par le De cerimoniis, que le protocole des cérémonies était très rigide, la
réalité byzantine semble être beaucoup plus flexible.
Notes sur l’activité d’Aréthas comme rhéteur de la cour de Léon VI 267
mement rare.39 Certes, Aréthas fait un éloge du patriarche Nicolas extrêmement
bref. Après avoir parlé dans la première partie de son discours du contenu de la
fête religieuse du jour (début du jeûne, restauration des icônes),40 le rhéteur se
concentre dans la deuxième partie sur l’événement même de l’intronisation, sur le
choix de l’empereur et sur l’acceptation de sa proposition par l’assemblée des
«personnages distingués», et laisse au temps le soin de prouver la supériorité du
patriarche en vertu, en sagesse et en justesse de dogme.41 Dans la troisième et
dernière partie du discours, il s’adresse désormais à l’empereur, auquel il attribue
deux trophées: la pacification de l’Église, qu’il a sanctionnée par le document
déposé sur l’autel de Sainte-Sophie, et le nouveau patriarche.42 Il est manifeste
que cette fois aussi, l’intention du rhéteur est de faire l’éloge de l’empereur: les
deux premiers sujets – Église, intronisation du patriarche – servent simplement de
moyens qui, combinés, conduisent sans peine, disons obligatoirement, à l’éloge
du seul et unique monarque.
Pendant les jours de la semaine précédant le Carême, semaine dite de la Ty-
rophagie, mais aussi ceux de la première semaine du Jeûne, qui aboutit au diman-
che de l’Orthodoxie, les catéchèses qui incitaient les fidèles au repentir et à
l’acceptation stoïque de la longue période de jeûne étaient, en tout état de cause,
particulièrement fréquentes. Nous savons par le Klètorologion que le mardi de la
Tyrophagie, le patriarche invitait l’empereur et le sénat à un banquet au patriarcat,
avant le début duquel, du moins au Xe siècle, le protonotaire du patriarcat lisait un
discours cathéchétique sur le jeûne.43 Dans le De cerimoniis, il est également dit
que le lundi de la première semaine du Jeûne, l’empereur, dans une cérémonie
spéciale au palais de la Magnaure, devant le sénat, prononçait aussi un discours
cathéchétique qui portait le nom de silention.44 Ces catéchèses, comme le mon-
trent des témoignages postérieurs, étaient généralement rédigées par des lettrés de
l’entourage impérial.45 Certes, Léon VI, puisqu’il considérait aussi le sermon
____________
39 Sur la question des éloges patriarcaux, voir M. Loukaki, Le samedi de Lazare et les éloges
annuels du patriarche de Constantinople, dans: Fl. Evangelatou Notara/T. Maniati Kokkini
(éds.), Kλητόριον εἰς μνήμην Νίκου Οἰκονομίδη, Athènes/Thessalonique 2005, 327–345.
40 Disc. 64 (voir n. 2), 39.4–40.14.
41 Disc. 64 (voir n. 2), 40.15–41.17.
42 Disc. 64 (voir n. 2), 41.18–42.8.
43 Klètorologion, 193. Notons qu’au XIIe siècle, le patriarche de Constantinople prononçait habi-
tuellement une catéchèse sur le jeûne le vendredi de la semaine de la Tyrophagie: voir M. Lou-
kaki, Discours annuels en l’honneur du patriarche Georges Xiphilin (Collège de France-CNRS,
Centre de Recherche d’histoire et civilisation de Byzance Monographies 18), Paris 2005, 35–
40.
44 De cerimoniis II 10, éd. Reiske, 545–546; ibid. I 36 (27), éd. Vogt (voir n. 18), I, 143.
45 De telles homélies ont été écrites par Michel Psellos pour plusieurs empereurs (Michaelis Pselli
Oratoria Minora, ed. A. R. Littlewood, Leipzig 1985, or. I–IV [1–16]) ou plus tard par Nicétas
Choniatès pour Théodore Ier Lascaris (Or. XIII, XVII, éd. I. A. Van Dieten, Nicetae Choniatae
268 Marina Loukaki
comme un devoir royal,46 rédigea et prononça personnellement les catéchèses du
début du Jeûne. Trois d’entre elles nous sont parvenues.47 Le dimanche de
l’Orthodoxie ne figure toutefois pas dans la liste des fêtes pour lesquelles Léon
avait écrit une homélie, et il n’y a pas, comme dit plus haut, de tradition attestée
d’un discours de catéchèse ce jour-là. Bien que ni la référence à la restauration
des icônes ni le rappel du jeûne du Carême ne soient absents du discours
d’Aréthas, je pense que ce dernier ne prit pas la parole ce jour-là en obéissant à
une quelconque tradition préexistante et que son but n’était en aucun cas la caté-
chèse. Mais par ce discours, fût-ce à son insu, il inaugure au Xe siècle l’éloge du
patriarche vivant dont l’avènement au trône patriarcal est considéré comme une
fête, de même qu’est une fête l’avènement au trône impérial, à une différence
près, toutefois, d’importance: le choix du patriarche est l’œuvre de l’empereur.
Comme dit plus haut, par ce texte, Aréthas vise à souligner la grandeur de Léon
comme sauveur de l’Église. Mais lorsqu’au XIIe siècle, il est désormais habituel
que l’avènement du nouveau patriarche soit salué par la rédaction de discours
panégyriques en son honneur, prononcés dans des églises de la capitale, le thème
de la contribution déterminante de l’empereur à son choix est devenu un topos.48
No 62. Discours de table pour la célébration de la victoire
sur les Sarrasins
Cette fois, l’occasion est donnée à Aréthas de prononcer à nouveau un éloge de
l’empereur au cours du banquet organisé pour célébrer une victoire des troupes
byzantines sur les Sarrasins. Jenkins, Laourdas et Mango datent ce discours de
_____________
Orationes et Epistulae [CFHB III – Series Berolinensis], Berlin/New York 1972, 120–128, 175–
185).
46 Antônopoulou, The Homilies (voir n. 11), 42–44. Voir aussi P. Magdalino, L’Orthodoxie des
astrologues. La science entre le dogme et la divination à Byzance (Réalités Byzantines 12), Pa-
ris 2006, 70.
47 Akakios (voir n. 21), 231–235, 236–243; Hom. 29, 30 et 40 dans Antônopoulou, The Homilies
(voir n. 11), 36, 225–230 Pour une raison inconnue Léon ne pu prononcer personnellement
l’Homélie 40. En général, le phénomène de l’empereur prédicateur est, bien sûr, rare à Byzance.
Notons cependant qu’après Léon VI, Manuel Ier Comnène fut aussi un empereur reconnu
comme rédacteur et rhéteurs des discours catéchétiques (voir e.g. Ioannis Cinnami epitome re-
rum ab Ioanne et Alexio Comnenis gestarum rec. A. Meineke [CSHB], Bonn 1836, VI 13,
290.14–21; I. A. van Dieten, Nicetae Choniatae Historia [CFHB XI/I – Series Berolinensis],
Berlin/New York 1975, 210.72–75; Eustathii Thessalonicensis Opera Minora, ed. P. Wirth
[CFHB XXXII – Series Berolinensis], Berlin/New York 2000, Or. 10, 178.87–180.49 ; Or. 13,
225.50–226.96), de sorte qu’Euthyme Malakès le compare à Léon le sage (Bones II, 48–49).
Voir aussi P. Magdalino, The Empire of Manuel I Komnenos, Cambridge 1993, 466–467.
48 Voir divers exemples dans M. Loukaki, Ο ιδανικός πατριάρχης μέσα από τα ρητορικά
κείμενα του 12ου αιώνα, dans: Byzantium, in the 12th Century. Canon Law, State and Soci-
ety, éd. N. Oikonomidès, Athènes 1991, 314 et notes 55–57, 319.
Notes sur l’activité d’Aréthas comme rhéteur de la cour de Léon VI 269
l’automne 901, après la translation des reliques de Lazare et le discours de retour
prononcé par Aréthas,49 en pensant, raisonnablement à mon avis, que lorsque
l’auteur, dans son discours de victoire, se félicite que ses récentes prophéties
concernant la victoire de l’empereur se soient vérifiées,50 il se réfère précisément
au discours sur les reliques, dans lequel nous lisons justement que Dieu récom-
pensera l’empereur pour l’œuvre pieuse qu’il a réalisée.51
L’habitude d’organiser un banquet de victoire chez les empereurs est, naturel-
lement, très ancienne.52 Pour rester à l’époque des Macédoniens et près du règne
de Léon, nous savons par le De cerimoniis qu’à la fin du triomphe de Basile Ier à
Constantinople en 879, fut organisé un banquet royal dans le Triklinon de Justi-
nien, auquel participèrent les sénateurs.53 Par ailleurs on peut déduire du texte
d’Aréthas que ce n’est pas la première fois que Léon a organisé un triomphe,54
mais que ce n’est pas non plus la première fois qu’Aréthas fait l’éloge des tro-
phées de l’empereur.55 Aréthas a donc aussi parlé en tant que rhéteur, mais ses
discours ne nous sont pas parvenus.
Ce discours est extrêmement bref: le rhéteur focalise à nouveau l’éloge de
l’empereur sur sa grande piété. Il le compare à Alexandre pour prouver la supério-
rité de Léon, non pas comme bon général mais parce qu’il vainc sans peine. Sur-
tout, Léon ne fait pas de guerre de conquête par avidité, comme Alexandre, mais
uniquement pour récupérer les territoires perdus de son empire. D’un autre côté,
ses succès n’altèrent ni son caractère ni la frugalité de sa vie. En réalité, il
s’afflige du sang humain versé. Grâce, donc, à son esprit pacifique, à sa piété et
aux prières du patriarche – qui semble avoir été présent –, Dieu lui accordera la
victoire totale sur ses ennemis.
Le style de cet éloge de victoire se différencie clairement des éloges compa-
rables d’empereurs de l’époque des Comnènes, dans lesquels nous trouverons des
références étendues aux exploits guerriers du monarque, bien que, naturellement,
ne manquent pas les lieux communs des guerres de défense et non pas de
____________
49 Jenkins/Laourdas/Mango, Nine Orations (voir n. 9), 14–15.
50 Disc. 62 (voir n. 2), 31.3–8.
51 Disc. 58 (voir n. 2), 9.22–27.
52 Voir des exemples dans M. McCormick, Eternal Victory. Triumphal Rulership in Late Anti-
quity, Byzantium and The Early Medieval West, Cambridge/Paris 1986, 16, 105, 390.
53 J. Haldon (éd.), Constantine Porphyrogenitus, Three Treatises of Imperial Military Expeditions
(CFHB XXVIII – Series Vindobonensis), Vienne 1990, 144.792–794. Voir aussi McCormick,
Eternal Victory (voir n. 52), 157.
54 Disc. 62 (voir n. 2), 31.18–20: καὶ θρίαμβος πάλιν ὑμῖν τῶν πώποτε καταχθέντων
περιφανέστατος. Sur les triomphes du règne de Léon VI voir McCormick, Eternal Victory
(voir n. 52), 157–158.
55 Disc. 62 (voir n. 2), 32.19–22: πολλὰ μὲν καὶ ἄλλα ὧν τοῖς ἔναγχος λόγοις ἐμνήσθημεν
ἐξαναστῆσαί σοι τρόπαια, καὶ σύν γε τούτοις τὰ νῦν παρόντα τε καὶ βλεπόμενα ἃ τοῖς
σοῖς στρατηγοῖς ἤνυσας.
270 Marina Loukaki
conquête, le souci de la vie pacifique des sujets et la piété. Là, l’empereur est un
héros guerrier invincible. Mais dans cette circonstance du triomphe militaire éga-
lement, Aréthas s’aligne absolument sur la ligne qu’il a tracée dans ses discours
précédents sur l’esquisse de l’image de Léon comme souverain idéal: piété et foi,
œuvres qui plaisent à Dieu, sagesse et morale chrétienne sont récompensées par
Dieu par des succès dans tous les domaines de son gouvernement.56
No 61 et 65. Deux discours prononcés successivement à la fête du pro-
phète Élie, au cours d’un banquet
La fête du prophète Élie, le 20 juillet, avait, on le sait, une importance particulière
pour Léon VI car c’est en ce jour, en 886, qu’il avait été libéré de son emprison-
nement de trois ans et s’était réconcilié avec son père Basile Ier, participant à la
procession impériale.57 Tant pendant la durée du règne de son père que, surtout,
du sien propre, la célébration du jour du prophète Élie acquit un éclat particulier,
avec des cérémonies étalées sur plusieurs jours, de la veille, le 19, jusqu’au 23 et
même au 24 juillet.58 Les deux discours d’Aréthas, comme l’annonce explicite-
ment leur titre, furent prononcés devant l’empereur au cours d’un banquet. Tant le
titre qu’une mention de l’auteur lui-même dans l’introduction nous permettent de
savoir en toute certitude que le discours no 65 est le deuxième qu’Aréthas pronon-
ça dans le cadre de la même fête. Selon Westerink, le premier discours n’est autre
que le no 61, qui, en raison des événements historiques qu’il mentionne, est daté
de 902.59 La référence au prophète Élie et la comparaison de Léon à celui-ci60
justifient totalement, à mon avis, l’opinion de Westerink.
____________
56 Voir aussi S. Tougher, The Imperial Thought-World of Leo VI, the Non-Campaigning Emperor
of the Ninth Century, dans: L. Brubaker (éd.), Dead or Alive ? Byzantium in the Ninth Century,
(Papers from the Thirtieth Spring Symposium of Byzantine Studies, Birmingham March 1996),
Aldershot 1998, 51–60.
57 Sur ces événements historiques et les sources relatives, voir S. Tougher, The Reign of Leo VI
(voir n. 10), 57–60 avec bibliography; A. Markopoulos, Ἀποσημειώσεις στὸν Λέοντα Στ΄ τὸν
Σοφό, dans: Θυμίαμα στη μνήμη της Λασκαρίνας Μπούρα, Athènes 1994, 198–201.
58 Voir une description detaillée dans De cerimoniis I 28 (19), éd. Vogt (voir n. 18), I, 106–109 ;
Klètorologion, 214–219. Voir aussi P. Magdalino, Basil I, Leo VI and the Feast of the Prophet
Elijah, dans: JÖB 37 (1987) 193–196; sur la culte de saint Elie comme un saint dynastique par
les Macédoniens, voir G. Dagron, Empereur et prêtre. Etude sur le «césaropapisme» byzantin,
Paris 1996, surtout [Link]: Basile le Macédonien, Léon VI, Constantin VII. Cérémonial et re-
ligion.
59 Voir ses notes d’introduction à l’édition des discours 61 et 65, p. 23 et 43. Jenkins, Laourdas et
Mango date le discours 61 de 902, mais ils ne considèrent pas qu’il s’agit de la fête de saint Elie.
Ils pensent plutôt à la fête de l’anniversaire de la naissance ou de l’intronisation de Léon VI, soit
le 1er septembre soit le 30 août (Nine Orations [voir n. 9], 12). Par conséquent, ils ne rappro-
Notes sur l’activité d’Aréthas comme rhéteur de la cour de Léon VI 271
D’après le Klètorologion de Philothée, pendant la durée des manifestations de
plusieurs jours à l’occasion la fête du prophète Élie était organisés différents ban-
quet officiels dans différentes salles: tout d’abord, le jour de la fête (20 juillet),
après la fin de la messe, l’empereur mange au Chrysotriklinon avec le patriarche,
des métropolites, des magistroi, des préposites, des anthypatoi, des patrices, des
officiales et autres agents impériaux.61 Le lendemain (21 juillet) sont organisés
une réception avec grande dance et un banquet est offert au Triklinon de Justi-
nien, auquel, notons-le, n’est pas mentionnée la participation du patriarche ni
d’autres archontes ecclésiastiques.62 Ensuite, le 22 juillet, est organisée la course à
pieds votive, instituée par Léon, suivie d’un banquet dans la salle des 19 lits, où
les convives de l’empereur sont les indigents et les préposites, les eunuques, pro-
tospathaires et les primiciers.63 Ensuite, le 23 ou le 24 juillet ont lieu des courses à
l’hippodrome et un banquet est offert dans le Triklinon de kathisma.64 À quel
banquet, donc, furent prononcés les discours d’Aréthas ? Le furent-ils tous deux
successivement au même banquet ou à des banquets différents ? Avant
d’entreprendre de répondre à ces questions, examinons les textes plus en détail.
Tout d’abord, nous observons que les discours ne relèvent pas du même
genre: le discours no 65 peut être considéré comme le discours panégyrique du
jour. Le rhéteur se réfère tant aux événements de l’histoire biblique du prophète
Élie qu’aux événements de la libération de Léon en 886, qui lui donnèrent la pos-
sibilité de monter sur le trône. Ce souverain, plein de la sagesse et de la grâce
divine, a provoqué la renaissance des études (ou des discours?).65 Par ses ser-
mons, souvent tenus au cours de banquets luxueux, il a enseigné l’indifférence
envers les choses de ce monde et, surtout, a élucidé les mystères de la parole di-
vine en montrant la voie vers la vie éternelle. C’est pourquoi ce jour est un jour de
réjouissance. Le discours termine par des vœux de longévité pour Léon, grâce
aussi aux prières du patriarche, qui manifestement était présent.
D’un autre côté, le discours no 61 est beaucoup plus proche du pur éloge im-
périal: le thème principal du préambule est la réserve bien connue du rhéteur
concernant sa capacité à faire un éloge digne de l’empereur. Passant à l’éloge,
Aréthas soutient que Léon incarne le modèle platonicien du roi philosophe.66
_____________
chent pas le discours 61 du discours 65 et proposent comme date éventuelle du second l’an 901
ou 902 (ibid., 17).
60 Disc. 61 (voir n. 2), 28.25–29.7.
61 Klètorologion, 217.
62 Klètorologion, 217.
63 Klètorologion, 217–218.
64 Klètorologion, 219 et note 259. Le texte dit «deux jours après», mais le point de repère exact
n’est pas clair.
65 Τὰ πάλαι τεθνηκότα τῶν λόγων ἀνίσταται ὄργια: Disc. 65 (voir n. 2), 46.9–10.
66 Disc. 61 (voir n. 2), 24.27–25.9. Selon G. Kennedy, Greek Rhetoric under Christian Emperors,
Princeton 1983, 288 ce passage indique non seulement ce que l’empereur voulait écouter, mais
272 Marina Loukaki
Comparé à ses prédécesseurs, il l’emporte principalement et avant tout par sa
piété. Même dans les banquets annuels, comme celui auquel participe aujourd’hui
le rhéteur, l’empereur enseigne la sagesse et se fait le héraut des dogmes divins –
référence claire à l’activité homilétique de Léon. Sont louées sa manière de gou-
verner, sa prévoyance et sa perspicacité, sa modération dans l’administration de la
justice. Les autres qualités extérieures et physiques aristotéliciennes qui confèrent
le bonheur, comme la beauté, la robustesse, la chance, le pouvoir et la richesse,
sont citées rapidement, pour passer aux derniers succès militaires face aux Sarra-
sins. La fin miraculeuse d’une récente sécheresse, que le rhéteur attribue aux
prières et aux supplications du monarque, lui permet de passer à la comparaison
de Léon avec le prophète Élie qui, au contraire, avait provoqué une sécheresse
pour ramener les Israélites à la foi droite. Suit une comparaison avec Alexandre,
qu’il surpasse parce qu’il a des amis meilleurs et plus fidèles, comme le patriarche
Nicolas, dont il brosse un rapide éloge. Le discours s’achève par le vœu de longue
vie. Bien que l’ordre des sujets du modèle de Ménandre ne soit pas strictement
suivi, il est manifeste qu’Aréthas compose ici aussi un éloge de cette sorte,
comme il l’a fait dans le discours no 63 de l’Épiphanie, sans cette fois qu’il y ait
éloge de la fête et de la circonstance.
Dans l’introduction du texte est également mentionnée l’information intéres-
sante suivante: Aréthas non seulement n’était pas le seul à parler, mais l’éloge de
l’empereur en ce jour est déjà considéré comme une coutume.67 Il semble que
l’homélie de l’empereur au cours du banquet de ce jour-là, en expression de grati-
tude à Dieu, n’était pas moins devenue coutumière. Nous en connaissons une où
Léon dit très précisément: Ἐν ταύτῃ οὖν καὶ ἡμεῖς οἷόν τινα ἐτήσιον
εἰσφορὰν Θεῷ τὴν ἐπὶ τοῦ παρόντος φέροντες εὐχαριστίαν, ταῖς ὑμῶν
ἀκοαῖς τὴν ἡμῶν προσφέρομεν ὁμιλίαν.68 Certes, cette homélie de Léon se
concentre exclusivement sur le sujet de sa libération de prison, pour laquelle il
remercie humblement Dieu, et ne se réfère absolument pas à la fête religieuse ni
au prophète Élie. Par conséquent, il ne me semble pas particulièrement vraisem-
blable qu’Aréthas ait eu à l’esprit cette homélie lorsqu’il loue l’empereur pour son
_____________
représente la renaissance de l’idéal d’une monarchie illuminée et inspirée par le respect de la
philosophie classique.
67 Ὅπερ πολλοῖς τῶν συμπαρόντων οἶδα πραττόμενον καὶ μέχρι τοῦ δεῦρο τολμώμενον,
ὡς καὶ εἰς ἔθος ἤδη χωρεῖν, βούλομαι μὲν καὶ αὐτός, ὀκνῶ δέ, τὸ τοῦ πράγματος
δυσχερὲς καὶ τὸ τῆς ἀποτυχίας κακὸν εὐλαβούμενος. Πρόθυμος μὲν γὰρ ἐγὼ τὰ
παρόντα σεμνολογεῖν καὶ πρό γε τούτων σὲ τὸν οἷά τινα τοῦ λόγου ταμίαν λόγον ζωῆς
ἐπέχοντα ... δέδοικα δὲ μὴ καὶ ἀμαθίας ἀποίσω γραφὴν ἀγροίκους λόγους εἰς ὦτα συνέ‐
σεως προβαλλόμενος: Disc. 61 (voir n. 2), 23.1–13. Un peu plus bas Aréthas confirme le cha-
ractère annuel de la fête et du banquet: τὰς ἐτησίους ταύτας ἐξανυόμενος πανηγύρεις καὶ
τράπεζαν ταύτην μητέρα σωφροσύνης (ibid., 25.26–28)
68 Akakios (voir n. 21), 259 ; sur cette Homélie 34 voir aussi Antônopoulou, The Homilies (voir n.
11), 234–235.
Notes sur l’activité d’Aréthas comme rhéteur de la cour de Léon VI 273
sermon, qui combinait enseignement (dogmes du salut), exhortation à la piété
(enseignements de piété) et événements heureux (la libération ?). Mais Léon,
comme dit précédemment, devait avoir prononcé d’autres homélies que nous ne
connaissons pas.
Les informations livrées par les deux discours sur l’auditoire auquel s’adresse
Aréthas sont rares et relativement obscures. Tout d’abord, la référence au pa-
triarche, qualifié de père spirituel qui, par ses prières, se tient au côté de
l’empereur, implique sa présence. Dans le discours no 61, le rhéteur songe qu’il
vaudrait mieux se taire devant des «plus sages», des «plus conséquents», de «sa-
ges Nestors»,69 alors que dans le discours no 65, il dit que la fête est ornée par la
présence de nombreux assistants d’une vertu distinguée.70 Il vaut aussi la peine de
tenir compte du fait que Léon, dans l’homélie de ce jour, s’adresse à «la foule
d’amis et d’honorables pères».71 Notons que dans son discours pour l’intro-
nisation du patriarche Étienne, Léon appelle «honorables pères» les sénateurs,
qu’il distingue des évêques. Dans le cas du discours no 61, je tiens pour très pro-
bable qu’il ait été prononcé le jour même de la fête, au banquet officiel tenu au
Chrysotriklinon, après la messe, où était présent le patriarche accompagné
d’officiers ecclésiastiques et civils, ce qui peut justifier les qualificatifs d’Aréthas
concernant son auditoire, mais aussi la phrase de Léon. En ce jour, l’empereur lui-
même a parlé, suivi éventuellement des discours d’autres personnes présentes.
La question est de savoir si le discours no 65 fut prononcé exactement au
même banquet ou à un autre des banquets auquel assistait l’empereur les jours
suivants, dans le cadre de cette fête étalée sur plusieurs jours. Le titre du discours
no 65 nous dit simplement qu’il fut prononcé en second, après le premier, lors de
cette fête précise, alors que Léon offrait un banquet pour l’anniversaire de son
salut, banquet auquel participait Aréthas. En réalité, je pense qu’on ne peut don-
ner de réponse certaine. Le fait qu’un rhéteur prenne la parole deux fois lors de la
même cérémonie semble sans doute curieux. Si, donc, ce discours ne fut pas pro-
noncé le jour même de la fête, je pense qu’il faut sans doute exclure qu’il ait été
prononcé au banquet des 19 lits, après la course à pieds du 22 juillet, parce que
dans le texte, d’une part, il n’est fait aucune mention de la présence d’indigents
auxquels est offert le banquet, selon le Klètorologion, et que bien sûr, l’ensemble
de l’assistance ne peut être qualifié de foule de personnages se distinguant par la
____________
69 Disc. 61 (voir n. 2), 24.5–8: ἐπὶ σοφωτέρων ἀσκοῦντας σιγήν, ἐπὶ συνετωτέρων ἐπιδεικνυ‐
μένους ἀκρόασιν, μηδὲ νεωτέρους λόγους κατὰ πρόσωπον σοφῶν Νεστόρων ἐρεύ‐
γεσθαι.
70 Disc. 65 (voir n. 2), 45.15–16: τοσούτοις ἀνδράσι καὶ τηλικούτοις τὴν ἀρετὴν σεμνυ‐
νομένη ἡ πανήγυρις.
71 Akakios (voir n. 21), 261: ὦ φίλων ἐμοὶ καὶ πατέρων τιμίων (corr. Antônopoulou)
ἄθροισμα.
274 Marina Loukaki
vertu. Je considère tout aussi invraisemblable le banquet au kathisma de
l’hippodrome le 23 ou 24 juillet. Il reste donc le banquet au Triklinon de Justinien
le 21 juillet, qui s’accompagnait d’un «saximon», c’est-à-dire d’une danse. La
composition de l’assistance, comme rapporté dans le Klètorologion, mais aussi
dans d’autres cas de danses, pourrait justifier la phrase d’Aréthas. Mais nulle part
dans le De cerimoniis je n’ai relevé la présence du patriarche à un banquet avec
danse, comme cela doit se produire dans notre cas. Finalement, il ne reste qu’à
supposer que le discours no 65 fut présenté au même banquet que le no 61. Aré-
thas, cette fois, prit la parole à deux reprises, la première exclusivement pour faire
l’éloge de l’empereur et la seconde pour composer le panégyrique du jour, dont
naturellement n’était pas absent non plus un éloge de l’empereur comme souve-
rain sage, héraut de la parole divine et rénovateur des lettres.
Ces deux discours du 20 juillet 902 sont les derniers d’Aréthas dont nous sa-
chions qu’ils furent prononcés dans le cadre d’une cérémonie impériale. L’année
suivante, il était devenu métropolite, prenant en charge l’archevêché extrêmement
important de Césarée, qui lui donna la prééminence au synode du patriarcat de
Constantinople.72 En septembre 905, la maîtresse impériale Zoé Karvounopsina
donna naissance au très désiré héritier qui devait conduire Léon à contracter un
quatrième mariage en avril 906, malgré l’opposition de l’Église, au premier rang
de laquelle se tint d’ailleurs tout d’abord Aréthas.
Pour récapituler, signalons que ces six discours de circonstance étaient inté-
grés au cadre de cérémonies précises, soit du calendrier ordinaire des fêtes (Épi-
phanie, dimanche de l’Orthodoxie, prophète Élie), soit pour la célébration
d’événements concrets (avènement d’un patriarche, triomphe). Bien que dans le
De cerimoniis ou le Klètorologion de Philothée il soit dit à propos de certaines de
ces fêtes qu’à l’époque de Léon le rituel avait changé, il n’est nulle part fait men-
tion de la participation de rhéteurs, à l’exception peut-être du cas de la communi-
cation du nom du nouveau patriarche à la Magnaure. Mais il est clair, d’après
Aréthas, que non seulement un rhéteur prononce un éloge de l’empereur, mais
que les intervenants étaient plusieurs (du moins à l’anniversaire de la libération de
Léon). Dans certains cas, Léon avait lui aussi pris la parole, prononçant un ser-
mon, chose que ne manque pas de souligner Aréthas. Étant donné que, à partir des
données dont nous disposons, cette activité d’Aréthas est très limitée chronologi-
quement, à 901–902, nous ne savons pas si la participation de rhéteurs aux céré-
monies de la cour impériale avait suite et durée. Notons cependant que plus tard, à
l’époque des Comnènes et des Anges, la participation de rhéteurs et la rédaction
d’éloges dans des cas de cérémonies analogues à celle à laquelle participait Aré-
thas – et naturellement à bien d’autres – sont considérés désormais comme une
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72 R. J. H. Jenkins, Byzantium: The Imperial Centuries AD 610–1071, Londres 1966, 220.
Notes sur l’activité d’Aréthas comme rhéteur de la cour de Léon VI 275
coutume. Enfin, il vaut la peine de souligner qu’il ressort de tous les discours
d’Aréthas qui ont été étudiés, avec conséquence, un modèle concret de souverain,
incarné par Léon: pieux, sage, héraut des dogmes divins, habile orateur, frugal,
pacifique et pacificateur, dont la piété est récompensée par Dieu par l’écrasement
de ses ennemis, extérieurs et intérieurs. En tout cela, le patriarche (Nicolas), que
lui-même a choisi, apporte le soutien de ses prières. Les points fondamentaux de
cette idéologie ont été relévés par P. Magdalino dans la poésie aussi de Léon
Choirosphactès.73 Il souligne cependant aussi une différence très importante, à
savoir que Choirosphactès est en même temps le porte-parole d’une idéologie de
cour qui marginalise l’Église. Choirosphactès, selon Magdalino, parlait en faveur
d’un monopole du pouvoir et de la connaissance émanant de l’empereur et d’un
petit groupe de philosophes laïques de la cour. Aréthas était en totale opposition
avec cette position.74
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73 Voir supra note 17.
74 Magdalino, In Search of the Byzantine Courtier (voir n. 17), 160.