UNIVERSITÉ LIBRE DES PAYS DES GRANDS-LACS
ULPGL/GOMA
B.P. 368 GOMA
[Link]
Domaines : Sciences Juridique, Politique et Administrative
Filière : Sciences Juridique
MASTER II DIPA
Cours : DROIT INTERNATIONAL ET COMPARE DE LA PROPRIÉTÉ
INTELLECTUELLE
Accord de Bangui du 2 mars 1977 instituant une organisation
africaine de la propriété intellectuelle, tel que modifié à ce jour.
Présenté :
AMANI LEMBO Laure
WASINGYA WAMUCHELE Gloria
INTRODUCTION
La propriété intellectuelle constitue aujourd’hui un instrument essentiel de régulation
économique et de valorisation des créations immatérielles. Dans un contexte de mondialisation
des échanges et d’intensification de la concurrence internationale, la sécurisation juridique des
brevets, marques, dessins et modèles ou indications géographiques apparaît comme une
condition déterminante du développement économique. Pour les États africains, cette exigence
s’est traduite par la recherche d’un cadre juridique harmonisé, capable de dépasser les limites des
législations nationales fragmentées.
C’est dans cette dynamique qu’a été adopté, le 2 mars 1977, l’Accord de Bangui instituant
l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI). Cet Accord établit un système
unifié de protection des droits de propriété industrielle applicable de manière uniforme dans les
États membres. Il prévoit notamment que les titres délivrés par l’Organisation produisent effet
automatiquement sur l’ensemble du territoire des États parties 1. Ce mécanisme traduit une
logique d’intégration juridique avancée, dans laquelle les États acceptent de confier à une
organisation commune la gestion centralisée de compétences traditionnellement exercées au
niveau national.
L’Accord de Bangui s’inscrit dans le prolongement de l’Office Africain et Malgache de la
Propriété Industrielle (OAMPI), créé en 1962. Toutefois, il marque une étape décisive dans
l’approfondissement institutionnel, en consacrant la personnalité juridique internationale de
l’organisation et en renforçant l’unification normative2.
La révision majeure intervenue en 1999 visait à adapter le système OAPI aux exigences
internationales, notamment à l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui
touchent au commerce (ADPIC), adopté dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce 3.
Cette réforme a permis d’aligner les standards de protection régionaux sur les normes minimales
internationales tout en maintenant la spécificité du modèle d’intégration africaine.
1
Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle, Accord de Bangui instituant une Organisation Africaine de la
Propriété Intellectuelle, tel que révisé, édition consolidée, Bangui, 1999 (rév.), art. 2 et art. 3 ; voir également
Annexe I relative aux brevets d’invention, dispositions générales, p. 5-7.
2
OAPI, Accord de Bangui, Préambule et dispositions institutionnelles, p. 3-4.
3
Organisation mondiale du commerce, Accord sur les ADPIC (TRIPS), 1994, Partie II, sections 1 à 7, p. 331-371 de
l’Accord instituant l’OMC
Dès lors, l’étude de l’Accord de Bangui soulève plusieurs interrogations juridiques
fondamentales : quelles circonstances historiques ont conduit à son adoption ? Quel est son
champ d’application matériel et territorial ? Quels principes structurent son fonctionnement ?
Quels mécanismes assurent sa mise en œuvre effective ? Et enfin, quel bilan peut-on dresser de
son apport à l’intégration juridique et au développement économique des États membres ?
Le présent travail analysera successivement ces différentes dimensions afin d’apprécier la portée
réelle de cet instrument dans l’architecture du droit africain de la propriété intellectuelle.
I. CONTEXTE HISTORIQUE DE L’ADOPTION
L’adoption de l’Accord de Bangui du 2 mars 1977 ne peut être comprise sans être replacée dans
le contexte politique, juridique et économique de l’Afrique postcoloniale. Au lendemain des
indépendances des années 1960, les nouveaux États africains francophones se sont trouvés
confrontés à un double défi : consolider leur souveraineté juridique tout en évitant la
fragmentation normative susceptible de freiner leur développement économique.
a. L’héritage colonial et la nécessité d’harmonisation
Avant les indépendances, la protection de la propriété industrielle dans les territoires africains
relevait principalement du droit français. Après l’accession à la souveraineté, le maintien de
législations nationales distinctes aurait entraîné une dispersion normative, peu favorable à la
sécurité juridique des investisseurs et des créateurs.
C’est dans cette perspective qu’a été signé, le 13 septembre 1962 à Libreville, l’Accord instituant
l’Office Africain et Malgache de la Propriété Industrielle (OAMPI). Cet organisme avait pour
objectif de mutualiser les procédures de délivrance des titres de propriété industrielle 4.
b. La volonté d’approfondir l’intégration juridique
Au cours des années 1970, la dynamique panafricaine et les politiques d’intégration régionale se
sont intensifiées. La création de communautés économiques régionales traduisait une volonté
d’unification progressive des marchés. Dans ce contexte, l’harmonisation du droit de la propriété
intellectuelle apparaissait comme un instrument stratégique de développement.
L’Accord de Bangui du 2 mars 1977 institue ainsi l’Organisation Africaine de la Propriété
Intellectuelle (OAPI), en remplacement de l’OAMPI. Il marque un saut qualitatif : les États
membres acceptent un système juridique unifié, directement applicable, excluant l’adoption de
législations nationales parallèles dans les matières couvertes par l’Accord5.
c. L’influence du droit international économique
4
Accord de Libreville instituant l’OAMPI, 13 septembre 1962 ; voir également OAPI, Historique de l’Organisation,
document institutionnel disponible sur [Link], p. 1-3 du document PDF historique.
5
Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle, Accord de Bangui révisé, art. 2 et art. 5, p. 5-6.
Le contexte international a également joué un rôle déterminant. À partir des années 1980 et
surtout 1990, la mondialisation des échanges et la montée en puissance de la protection
internationale des droits de propriété intellectuelle ont conduit les États africains à adapter leurs
systèmes juridiques.
La création de l’Organisation mondiale du commerce en 1994 et l’adoption de l’Accord sur les
ADPIC ont imposé des standards minimaux de protection. C’est dans ce cadre que l’Accord de
Bangui a été révisé en 1999 afin d’assurer sa conformité avec ces exigences internationales 6.
II. CHAMP D’APPLICATION
L’Accord de Bangui se distingue par l’ampleur et la cohérence de son champ d’application. Il ne
se limite pas à une branche isolée de la propriété intellectuelle, mais organise un véritable
système juridique intégré couvrant l’ensemble des principales composantes de la propriété
industrielle, et, depuis sa révision, certaines dimensions du droit d’auteur. Cette approche globale
traduit la volonté des États membres de doter l’espace OAPI d’un cadre normatif complet,
capable d’encadrer les activités économiques modernes.
Sur le plan matériel, l’Accord régit notamment les brevets d’invention, les modèles d’utilité, les
marques de produits et de services, les dessins et modèles industriels, les noms commerciaux, les
indications géographiques, la protection contre la concurrence déloyale ainsi que les obtentions
végétales7. Chaque matière fait l’objet d’une annexe spécifique, ayant la même valeur juridique
que le texte principal. Ce choix technique permet d’assurer à la fois l’unité du système et la
précision normative nécessaire à des domaines hautement spécialisés. La structuration en
annexes traduit une démarche pragmatique : plutôt que d’adopter des législations nationales
distinctes, les États ont opté pour un corpus commun directement applicable.
L’originalité du système se manifeste surtout sur le plan territorial. Contrairement à d’autres
mécanismes régionaux fondés sur la reconnaissance mutuelle, l’Accord de Bangui consacre le
principe du titre unique produisant effet automatique dans l’ensemble des États membres. Ainsi,
un brevet ou une marque délivrée par l’Organisation est valable simultanément sur tous les
territoires des États parties, sans formalité nationale supplémentaire 8. Ce mécanisme renforce
6
Organisation mondiale du commerce, Accord sur les ADPIC, 1994, Partie II, p. 331-371 de l’Accord instituant l’OMC
7
Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle, Accord de Bangui révisé, Annexes I à X, p. 5-180.
8
Accord de Bangui révisé, art. 2, p. 5, Ibid., p. 6.
considérablement la sécurité juridique des opérateurs économiques, qui bénéficient d’une
protection uniforme sur un espace géographique étendu. Il s’agit là d’un degré d’intégration
particulièrement avancé dans le contexte africain.
Le champ d’application personnel reflète également l’ouverture du système. Les ressortissants
des États membres, mais aussi les personnes physiques ou morales domiciliées dans ces États,
peuvent solliciter la protection offerte par l’OAPI. En outre, le système reste accessible aux
ressortissants d’États tiers, sous réserve du respect des conventions internationales applicables 9.
Cette ouverture traduit l’insertion du régime OAPI dans l’ordre juridique international de la
propriété intellectuelle, notamment au regard des principes consacrés par l’Accord sur les
ADPIC adopté dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce.
III. PRINCIPES FONDAMENTAUX CONSACRÉS
L’Accord de Bangui ne se limite pas à organiser des procédures techniques de dépôt et de
délivrance de titres. Il repose sur un ensemble de principes structurants qui traduisent une
véritable philosophie de l’intégration juridique en matière de propriété intellectuelle. Ces
principes, bien qu’ils ne soient pas toujours formulés de manière théorique dans le texte, se
dégagent clairement de son économie générale et de son fonctionnement concret.
Le premier principe fondamental est celui de l’unification normative. Contrairement à d’autres
espaces régionaux où les États conservent leurs législations nationales parallèlement au système
communautaire, l’Accord de Bangui consacre un droit unique applicable directement dans tous
les États membres. Les États parties s’engagent à ne pas adopter de législation nationale
autonome dans les matières couvertes par l’Accord 10. Ce choix est particulièrement audacieux
dans le contexte africain, où la souveraineté juridique demeure une question sensible. Il traduit
une volonté d’intégration poussée, parfois qualifiée de « supranationale » par une partie de la
doctrine. Toutefois, cette centralisation soulève également une interrogation : dans quelle mesure
les États disposent-ils encore d’une marge d’adaptation aux réalités économiques locales ?
Un deuxième principe essentiel est celui de l’effet automatique et uniforme des titres. Lorsqu’un
brevet, une marque ou un autre droit est délivré par l’Organisation Africaine de la Propriété
9
Accord de Bangui révisé, dispositions générales relatives aux bénéficiaires et renvoi aux conventions
internationales, p. 4-6 ; Ibid., p. 7.
10
Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle, Accord de Bangui révisé, art. 2 et dispositions générales
relatives à l’unicité du droit applicable, p. 5-6
Intellectuelle, il produit ses effets simultanément sur l’ensemble du territoire des États
membres11. Ce mécanisme renforce la sécurité juridique et simplifie considérablement les
démarches des opérateurs économiques. Il favorise l’attractivité de l’espace OAPI pour les
investisseurs. Néanmoins, cette uniformité peut aussi générer des déséquilibres : un titre accordé
sans opposition effective dans un État peut produire des effets contraignants dans tous les autres,
même si les réalités économiques ou concurrentielles diffèrent.
Le troisième principe est celui de la centralisation administrative. Les procédures de dépôt,
d’examen et de délivrance sont gérées par un organe unique. Cette centralisation vise l’efficacité
et la cohérence technique. Elle évite la multiplication des formalités nationales et garantit une
certaine homogénéité dans l’interprétation des règles. Toutefois, elle peut également éloigner le
système des justiciables locaux, notamment dans les États où les infrastructures judiciaires ou
administratives sont moins développées. La question de l’accessibilité réelle du système pour les
petites et moyennes entreprises africaines demeure donc posée.
L’Accord consacre implicitement les principes classiques du droit international de la propriété
intellectuelle, notamment le principe du traitement national et celui de la protection minimale, en
cohérence avec les standards internationaux issus de l’Accord sur les ADPIC adopté dans le
cadre de l’Organisation mondiale du commerce 12. La révision de 1999 témoigne clairement de
cette volonté d’alignement. Si cette harmonisation avec les normes internationales renforce la
crédibilité du système, elle alimente aussi un débat doctrinal : l’adoption de standards élevés de
protection favorise-t-elle réellement le développement technologique des États membres, ou
risque-t-elle au contraire d’accentuer leur dépendance à l’égard des titulaires étrangers de droits ?
Ainsi, les principes consacrés par l’Accord de Bangui traduisent une ambition d’intégration
juridique remarquable dans le paysage africain. Ils constituent un modèle original de
mutualisation des compétences en matière de propriété intellectuelle. Toutefois, leur mise en
œuvre pratique révèle certaines tensions entre uniformité normative, souveraineté étatique et
impératifs de développement économique.
MÉCANISMES DE MISE EN ŒUVRE
11
Ibid., art. 2, p. 5 ; voir également Annexe I relative aux brevets d’invention, dispositions générales, p. 7.
12
Organisation mondiale du commerce, Accord sur les ADPIC, Partie I (Principes généraux) et Partie II (Normes
relatives aux droits de propriété intellectuelle), p. 331-340 de l’Accord instituant l’OMC.
La mise en œuvre de l’Accord de Bangui repose sur un système institutionnel intégré qui
combine centralisation administrative, contrôle juridictionnel interne et application contentieuse
nationale.
1. Centralisation normative et administrative
Le mécanisme central de mise en œuvre est la délégation exclusive de compétence au profit de
l’organisation africaine de la propriété intellectuelle Les États membres ont renoncé à légiférer
individuellement dans les matières couvertes par l’Accord 13. Cette exclusivité normative signifie
que, aucune législation nationale parallèle ne peut être adoptée ; les annexes de l’Accord ont une
applicabilité directe ; les titres délivrés par l’OAPI produisent effet automatiquement dans tous
les États membres. Ce mécanisme assure une homogénéité juridique complète et évite les
conflits de lois internes.
2. Procédure de dépôt et d’examen
La mise en œuvre matérielle passe par une procédure unifiée, càd :
• Dépôt unique auprès de l’OAPI ou d’un service national relais ;
• Examen formel systématique ;
• Examen de fond pour certaines catégories (brevets notamment) ;
• Publication et délivrance du titre.
L’effet territorial est automatique et indivisible : un titre ne peut être valable dans certains États
et non dans d’autres. Cette indivisibilité renforce la sécurité juridique mais peut également
produire des effets contraignants dans des marchés économiquement hétérogènes.
3. Mécanisme de recours administratif
13
Accord portant révision de l’Accord de Bangui du 02 mars 1977 instituant une Organisation Africaine de la
Propriété Intellectuelle
L’Accord prévoit une Commission supérieure de recours, organe interne chargé d’examiner les
contestations relatives aux décisions administratives de l’OAPI. Ce mécanisme garantit un
contrôle interne de légalité et contribue à la cohérence technique des décisions. Toutefois, ce
contrôle demeure administratif et non juridictionnel au sens strict, ce qui alimente un débat
doctrinal sur l’indépendance institutionnelle et la séparation des fonctions.
4. Application contentieuse nationale
Si la délivrance des titres est centralisée, leur protection relève des juridictions nationales des
États membres. Les tribunaux internes sont compétents pour : connaître des actions en
contrefaçon ; prononcer des mesures conservatoires ; accorder des dommages-intérêts. Ce
modèle crée une articulation particulière : Un droit uniforme supranational et Une application
judiciaire décentralisée.14
Cela peut engendrer des divergences d’interprétation malgré l’unité normative. L’absence d’une
cour communautaire spécialisée en propriété intellectuelle constitue une limite du système.
5. Intégration dans l’ordre juridique international
La révision de 1999 a permis d’assurer la conformité avec l’Accord sur les ADPIC adopté dans
le cadre de l’OMC. Cette conformité joue un rôle indirect de mise en œuvre : elle garantit que les
standards appliqués au sein de l’espace OAPI respectent les exigences internationales minimales.
Ainsi, la mise en œuvre repose sur un triple pilier :
• centralisation administrative,
• contrôle interne,
• exécution juridictionnelle nationale.
14
OMC, Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC),
1994. [Link]
APPORTS ET INNOVATIONS
L’Accord de Bangui représente l’un des modèles les plus ambitieux d’intégration juridique
sectorielle en Afrique. Ses innovations sont à la fois institutionnelles, normatives et stratégiques.
1. Un modèle d’intégration quasi-supranationale
L’innovation majeure réside dans l’abandon de la souveraineté normative nationale au profit
d’un droit unique. Contrairement à d’autres organisations régionales fondées sur la simple
harmonisation, l’OAPI a instauré une unification complè[Link] modèle dépasse même certains
systèmes européens fondés sur la coexistence de droits nationaux et communautaires. Ici, le droit
interne disparaît dans les matières couvertes.
2. Le principe du titre unique à effet automatique
Le mécanisme du titre unique constitue une avancée décisive qui implique une simplification
administrative ; une réduction des coûts de protection ; l’attractivité accrue pour les investisseurs
étrangers ; une sécurité juridique renforcée. Toutefois, cette innovation soulève une question
économique fondamentale : un standard uniforme élevé est-il toujours adapté à des économies en
développement aux niveaux technologiques inégaux ?
3. L’anticipation des standards internationaux
La révision de 1999 a permis d’aligner le système sur les exigences internationales issues des
ADPIC. Cette adaptation a permis d’éviter l’isolement du système OAPI ; de renforcer la
crédibilité internationale de l’espace juridique ; de faciliter les échanges commerciaux.
4. L’élargissement stratégique des matières protégées
L’intégration des obtentions végétales, des indications géographiques et de la concurrence
déloyale témoigne d’une adaptation progressive aux réalités économiques africaines. La
protection des obtentions végétales est particulièrement stratégique dans des économies où
l’agriculture joue un rôle central. Elle peut favoriser l’innovation agronomique, mais pose
également la question de l’accès aux semences et de la protection des savoirs traditionnels.
5. Un laboratoire d’intégration juridique africaine
L’OAPI peut être considérée comme un laboratoire d’intégration juridique sectorielle. Elle
démontre que des États africains peuvent mutualiser des compétences sensibles et construire un
droit uniforme fonctionnel. Cependant, l’innovation institutionnelle ne garantit pas
automatiquement l’efficacité économique. Les défis persistent. On observe notamment un faible
taux de dépôts locaux ; une dépendance aux titulaires étrangers de brevets ; un manque de culture
juridique en propriété intellectuelle.
APPORT DU GROUPE
Dans notre travail nous avons observé les points de ressemblance ainsi que les points de
différence sur la procédure d'enregistrement d'une marque à la lumière de deux législations à
savoir, celle applicable dans l'espace OAPI, issue de l'Accord de Bangui et la loi de la
République Démocratique du Congo.
Nous avons observé d’une part, que les deux législations sont d'origine civiliste et surtout
qu'elles ont été rédigées conformément à la Convention de Paris de 1883 sur la protection
industrielle et d'autre part, qu'elles sont appelé à obéir aux exigences fixées par l'accord sur les
ADPIC. Ce qui a conduit à la révision de l'Accord de Bangui en 1999. Alors que la loi
Congolaise est restée la même depuis sa publication en 1982.
Nous avons remarqué que le système OAPI prévoit un dispositif uniforme constitué par l'Accord
de Bangui ; des procédures administratives uniformes et centralisées à l'OAPI qui est l'office
commun aux 16 Etats membres. Les Etats membres forment un espace juridique commun. Ceci
avec comme conséquence qu'un titre délivré à l'OAPI vaut sur les 16 autres territoires et tout titre
déposé est un dépôt national.
Dans les deux législations, le nombre de demande d'enregistrement de la marque occupe une
place non négligeable. Toutefois, il est important de souligner que le système OAPI est plus
moderne et constitue une expérience réussie.
S'agissant des marques, L'Accord de Bangui qui, à ce jour, est le « Code de la propriété
intellectuelle » prévoit une Annexe (III) qui traite de manière détaillée des différents signes
susceptibles d'enregistrement en tant que marques.
L'analyse a également montré qu'à l'instar de l'Accord de Bangui, la loi Congolaise du 07 janvier
1982 ne prévoit pas de Code de la propriété intellectuelle. S'agissant des marques, le dispositif
contient quelques articles sommaires et le reste traite aussi des brevets d'invention.
L'Accord de Bangui reconnait au Directeur de l'OAPI le pouvoir de délivrance de titre de
marque, ses décisions sont susceptibles de recours devant la Commission Supérieure de Recours
qui est une instance à caractère « juridictionnel » composé des juges professionnels issus des
Etats membres qui veillent au respect du principe du contradictoire15.
Alors que la loi Congolaise de janvier 1982 attribue le pouvoir de délivrance de titre de marque
au Ministre en charge de l'industrie et des Petites et Moyennes Entreprises. Force est de constater
15
ESSAI D'ETUDE COMPARATIVE DE PROCEDURE D'ENREGISTREMENT D'UNE MARQUE DANS L'ESPACE OAPI ET
EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO, M. AUBIN MABANZA N'SEMY
que cette même autorité connait également de recours des décisions qu'il a lui-même rendues, ce
qui à notre avis ne garantit pas vraiment le sacro-saint principe du droit de la défense.
L'analyse a également montré que le fait que le système OAPI laisse aux juridictions nationales
le pouvoir de prononcer la sanction constitue une faille susceptible d'entrainer une insécurité
judiciaire. Dans la mesure où leurs décisions font autorité dans l'ensemble du territoire de l'OAPI
or, certaines d'entre elles sont mal rendues donc susceptibles d'induire davantage d'autres juges
en erreur. Elles connaissent de la nullité selon les règles du droit commun. En attendant la
création d'une Cour de justice supranationale comme la CCJA de l'OHADA, la vigilance
s'impose dans la lecture des décisions publiées dans le « Recueil de décisions de justice en
matière de la propriété intellectuelle ».
Cependant, le fait que l'OAPI ait intégré parmi ses priorités, la formation de la propriété
industrielle à l'adresse des Magistrats et des Auxiliaires de justice constitue à notre avis une
garantie supplémentaire dans la prise de décisions dans une discipline aussi technique et qui
requiert une bonne compréhension de différents aspects, notamment sur le contentieux de
marques.
À l'instar de l'Accord de Bangui, la loi Congolaise de 1982 ne prévoit pas d'organe «
juridictionnel » pour connaître des recours contre les décisions du Ministre en charge de la
propriété industrielle, ce qui à notre sens est regrettable. D'autre part, l'absence d'un dispositif
moderne en droit Congolais complique davantage une meilleure compréhension des décisions
rendues par des tribunaux civils.
BIBLIOGRAPHIE
Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle. (1999). Accord de Bangui instituant une
Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle, tel que révisé. OAPI
Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle. (s.d.). Historique de l’Organisation. OAPI.
Organisation mondiale du commerce. (1994). Accord sur les aspects des droits de propriété
intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC). Dans Accord instituant l’Organisation
mondiale du commerce (pp. 331–371). OMC.
Accord de Libreville instituant l’Office Africain et Malgache de la Propriété Industrielle
(OAMPI), 13 septembre 1962.