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Soleil

L'ère spatiale a permis des avancées significatives dans l'astronomie, notamment grâce aux observations du Soleil qui ont révélé des phénomènes invisibles depuis la Terre, tels que les raies spectrales dans l'extrême ultraviolet. Les missions spatiales, comme Skylab et SOHO, ont permis d'étudier la couronne solaire, les éjections coronales et d'autres structures solaires, tout en posant de nouvelles questions sur les mécanismes de chauffage de la couronne. Les futures missions, comme STEREO et SDO, visent à approfondir notre compréhension de ces phénomènes et à améliorer la météorologie de l'espace.

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L'ère spatiale a permis des avancées significatives dans l'astronomie, notamment grâce aux observations du Soleil qui ont révélé des phénomènes invisibles depuis la Terre, tels que les raies spectrales dans l'extrême ultraviolet. Les missions spatiales, comme Skylab et SOHO, ont permis d'étudier la couronne solaire, les éjections coronales et d'autres structures solaires, tout en posant de nouvelles questions sur les mécanismes de chauffage de la couronne. Les futures missions, comme STEREO et SDO, visent à approfondir notre compréhension de ces phénomènes et à améliorer la météorologie de l'espace.

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En permettant de s'affranchir de l'absorption atmosphérique, l'avènement de l'ère spatiale a per-

mis l'émergence de nouvelles branches de l'astronomie dans le domaine des rayons X, de l'ultra-
violet et de l'infrarouge. Les physiciens solaires ont immédiatement vu l'avantage des observa-
tions spatiales car de nombreuses raies spectrales d'émission se situent dans l'extrême ultraviolet
et sont donc inobservables depuis le sol. Même en lumière visible, et toujours à cause de l'atmo-
sphère, la couronne ne peut pas être observée depuis le sol à de grandes distances du bord solai-
re. De plus, les observations effectuées depuis l'espace sont exemptes de distorsions atmosphé-
riques (turbulence, diffraction) et peuvent, selon l'orbite choisie, être ininterrompues pendant de
longues périodes de temps. Voici donc une revue (non exhaustive) des missions qui ont fait et qui
feront l'histoire de la physique solaire spatiale (voir aussi l’Astronomie mai 2001 et Observation & Travaux n°53).

Les Observations du Soleil depuis l'espace


par Frédéric Auchère, et Thierry Appourchaux
Institut d'Astrophysique Spatiale

Les précurseurs
Les premières observations du Soleil depuis l'espace ont été
effectuées dans les années 1960 par des instruments embar-
qués à bord de fusées sondes effectuant des vols balistiques
avec au sommet de la parabole quelques minutes d'observa-
tion utilisables durant lesquelles l'absorption atmosphérique
est suffisamment réduite. Des images du disque solaire à
Lyman α (1216 Å) et des profils spectraux de cette raie on ainsi
pu être obtenus. Des spectres solaires ont aussi été enregistrés
dans l'extrême ultraviolet (EUV) vers 100 Å. Les premières
images obtenues depuis l'espace avec de simples caméras à
sténopé souffraient du manque de stabilisation des premières
fusées sondes, le pointage étant généralement maintenu sur
le Soleil sans avoir de stabilisation en roulis. Cependant, on
pouvait déjà discerner sur ces images la présence de régions
actives très contrastées par rapport au reste du disque, carac-
téristique confirmée par les images fournies les années sui-
vantes par des fusées stabilisées en rotation. Si les fusées
sondes ont fourni les premiers aperçus de ce à quoi le Soleil
ressemble en rayons X et en EUV, les satellites ont vite pris le
relais car ils permettaient des observations de longue durée.
Les fusées sondes sont cependant toujours utilisées de nos
© consortium EIT

jours pour observer le Soleil, essentiellement pour tester à


moindre coût des prototypes d'instruments nouveaux desti-
nés à voler ensuite sur des missions de plus grande envergure
(figure 1).
Fig. 1. – Lancement d'une fusée Terrier/Black Brant au White Sands
Les progrès rapides Missile Range (Nouveau Mexique), le 5 décembre 2003. Cette fusée,
de la physique solaire spatiale similaire à celles utilisées pour effectuer les premières observations spatiales
Après ces premiers pas dans l'espace, la physique solaire spa- du Soleil, emportait CalRoc II, un double de l'instrument EIT volant actuellement
tiale a progressé rapidement avec les observations recueillies à bord de la sonde SOHO.
par les premiers satellites. Le 7 mars 1962 était lancé le pre-
mier satellite d'observation du Soleil : OSO (Orbiting Solar mai 1973 et le 8 février 1974 (figure 2). Les données Skylab
Observatory), qui amorçait une période d'exploration d'un ont permis pour la première fois de mettre en évidence les
domaine totalement nouveau durant laquelle les découvertes boucles magnétiques de la couronne et les évolutions rapides
se succédèrent rapidement. Au total, huit satellites de la série des structures coronales. Les structures coronales bien
OSO furent lancés avec succès de 1962 à 1975. Puis vinrent les connues aujourd'hui ont déjà pratiquement toutes été obser-
instruments embarqués à bord de la station spatiale américai- vées et étudiées avec Skylab : boucles, trous coronaux, plumes
ne Skylab, habitée par trois équipages différents entre le 25 polaires, points brillants, et surtout les éjections coronales de

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Fig. 2. – Image obtenue le 1er janvier 1974 durant la mission
Skylab 4 avec le spectrohéliograhe SO82A. Ce spectrographe sans
fente produisait des images monochromatiques du Soleil décalées (et
partiellement superposées) de gauche à droite suivant la longueur d'on-
de des raies d'émission correspondantes. On a indiqué les positions des
deux raies dominantes dans cette image (FeXV 284 Å et HeII 304 Å). On
remarque une grande éruption de protubérance sur l'image à 304 Å.
© Naval Research Laboratory

Dans les années 1980, ces événements ont pu être suivis


plusieurs années durant par le coronographe de la mis-
sion SMM (figure 3). Lancé en février 1980, ce satellite
avait pour objectif d'étudier le maximum d'activité solai-
re. Une défaillance du satellite en janvier 1981 a inter-
matière (CME, de l'anglais Coronal Mass Ejection). Les CME rompu la mission, mais SMM a pu être réparé en orbite avec
sont aujourd'hui l'objet de nombreuses recherches de par leur la navette Challenger en avril 1984. Il a ensuite continué de
impact possible sur l'environnement terrestre. Bien que ces collecter des données jusqu'au 24 novembre 1989 avant sa
éjections aient été découvertes auparavant, Skylab a été le rentrée dans l'atmosphère le 2 décembre suivant. Cette mis-
premier à pouvoir enregistrer un tel événement dans son inté- sion emportait aussi un spectrographe UV, ainsi que des
gralité. spectromètres X et Gamma.

© High Altitude Observatory

Fig. 3. – L'évolution d'une éjection coronale de matière (CME) obser-


vée le 14 avril 1980 par le Coronographe/Polarimètre de la mission SMM.
Fig. 4. – Ces images, obtenues entre le 3 octobre 1991 et le 25 janvier
1992 par le télescope SXT du satellite Yohkoh, montrent plusieurs
exemples de boucles coronales observées dans la gamme de lon-
gueurs d'onde des rayons X mous. A: large structure en "casque". B: boucles
vues au-dessus du bord solaire C. Boucles éruptives croissant à environ 30km/s.
D: Petite boucle éruptive. E: Couple de boucles pointues dont le sommet de celle
située au nord semble être chauffée. F: Jet éjecté vers le sud-est à 200 km/s G :
Connexions de régions actives par des boucles magnétiques.

L'ère moderne
Lancé le 30 août 1991 depuis le centre spatial Kagoshima
au Japon, le satellite Yohkoh, issu d'une collaboration amé-
ricano-japonaise, a observé le Soleil en rayons X pendant
plus de 9 ans, ce qui a permis de suivre en continu l'activi-
té du Soleil en rayons X durant un cycle solaire. Yohkoh, qui
© Lockheed/NAOJ/Univ. Tokyo

s'est aussi illustré par sa contribution à l'étude des événe-


ments éruptifs (figure 4), a malheureusement été perdu en
2003. Depuis, la mission majeure d'observation du Soleil
depuis l'espace est la sonde SOHO, lancée depuis Kennedy
Space Center le 2 décembre 1995. SOHO a été construit
sous maîtrise d'oeuvre de l'Agence Spatiale Européenne,

l’Astronomie – Septembre 2004 – vol. 118 - 519


© Lockheed/NAOJ/Univ. Tokyo

avec des instruments fournis par des équipes internationales. Fig. 5. – Cette image composite illustre l'étendue exceptionnelle des
Le lancement par une fusée Atlas II ainsi que le centre d'opé- recherches effectuées avec SOHO, depuis l'intérieur jusqu'à la cou-
rations ont été financés par la NASA. Placé en orbite autour ronne et au vent solaire. Les couches internes sont sondées via les tech-
du point de Lagrange L1 (point d'équilibre gravitationnel niques d'hélioseismologie par les instruments MDI, GOLF et VIRGO. L'image
entre le Soleil et la Terre), il a permis pour la première fois du disque a été obtenue par le télescope EIT dans la raie à 304 Å de l'hélium
d'observer le Soleil en continu, ce qui est particulièrement une fois ionisé. Les spectres des structures observées sur ces images sont
intéressant pour la surveillance de l'activité et pour les expé- obtenus par les spectrographes SUMER et CDS (dont les données ne sont pas
riences d'hélioséismologie. Les XII instruments de SOHO ont représentées sur cette image). La couronne solaire est observée dans le
été choisis de façon à pouvoir étudier la structure interne du domaine visible avec les trois coronographes LASCO (ici une image de LASCO
Soleil, comprendre les mécanismes responsables du chauffa- C2 montrant une large CME), et dans l'ultraviolet par le coronographe UVCS.
ge de la couronne et identifier les origines du vent solaire Trois instruments de mesure in situ (CELIAS, COSTEP, ERNE) permettant l'ana-
(figure 5). Les observations de SOHO sont complétées depuis lyse de la composition du vent solaire sont aussi embarqués à bord de SOHO.
avril 1998 par celles du satellite TRACE. Celui-ci emporte un
télescope de 40 centimètres de diamètre similaire dans son
concept au télescope EIT de SOHO, mais ayant une résolution mécanismes de chauffage de la couronne solaire, le débat est
spatiale plus élevée (0.5 secondes d'arc) dans un champ en fait loin d'être clos et constitue toujours un des objectifs
réduit. Si SOHO et TRACE, en observant la constante restruc- des missions futures.
turation du champ magnétique matérialisé par les boucles
coronales (figure 6), ont permis d'identifier des possibles Le futur
Le télescope EIT et les coronographes LASCO de SOHO per-
© ESA/NASA)
mettent à l'heure actuelle une réelle surveillance de l'activi-
té solaire en détectant pratiquement toutes les CME. Cette
activité de veille, combinée avec les recherches effectuées
sur la cause de ces événements, forment ce que l'on appelle
aujourd'hui la météorologie de l'espace. Mais la couronne
solaire est un milieu transparent, et tout comme celles de
ses prédécesseurs, les observations de SOHO ne donnent pas
accès à la structure tridimensionnelle des objets observés. La
mission STEREO, qui sera lancée début 2006, a pour but,
comme son nom l'indique, de fournir cette information
manquante en observant le Soleil avec deux satellites iden-
tiques dérivant sur des orbites proches de celle de la Terre,
l'un en avance, l'autre en retard. On pourra ainsi reconsti-
tuer la structure en volume des boucles coronales, des pro-
tubérances et des CME, en étant capable de déterminer les-
quelles vont perturber l'environnement terrestre. Dans ce
but, les deux sondes de STEREO emporteront une panoplie

Fig.6 – Boucles coronales observées par le satellite TRACE à 171 Å

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d'instruments qui surveilleront la ligne Soleil-Terre depuis la
surface du Soleil jusqu'à notre planète. L'instrument SMEI
Voir l'intérieur du Soleil
La téléchronosismologie
(Solar Mass Ejection Imager) qui observe le ciel entier en uti-
L'héliosismologie classique se propose de mesurer les mouvements de la surface du
lisant la rotation du satellite Coriolis sur lequel il est embar-
Soleil et de décomposer ces mouvements à différentes échelles spatiales et tempo-
qué a déjà démontré qu'il est effectivement possible d'ob-
relles. L'héliosismologie s'est inspirée de la géophysique non plus pour comprendre le
server la propagation des CMEs dans le milieu interplanétai-
Soleil dans son ensemble mais pour étudier localement la structure sous-jacente du
re (figure 7).
Soleil. La technique utilise directement l'observation de la propagation d'ondes
acoustiques entre 2 points de la surface du Soleil. Les ondes sont réfractées dans l'in-
SOHO a peut-être trouvé son successeur avec la mission SDO
térieur du Soleil parce que la densité (et la temperature) augmente. La capacité d'une
(lancement prévu en 2008). Cette mission reprend certains
d'onde à pénétrer dans le Soleil est principalement imposée par son degré ou échelle
des instruments de SOHO (magnétographe et imageurs EUV)
spatiale. Plus le degré est elevé moins on pénètre profondément dans le Soleil. On voit
en améliorant résolution spatiale (0,5 secondes d'arc) et
donc immédiatement l'intérêt immédiatement d'étudier la propagation des modes
cadence d'observation (10 secondes environ). Placé en orbite
entre 2 points de la surface du Soleil: on accède à la structure locale du Soleil échan-
géosynchrone, SDO fournira une énorme quantité de don-
tillonnée entre ces 2 points. En fait ce n'est pas un seul mode qui se propage d'un
nées à plus de 100 Megabits par seconde. Les objectifs de
point à un autre mais plutot un paquet d'ondes ayant un diagramme de propagation
cette mission sont multiples : compréhension des processus
similaire. La figure [Link] montre le temps de propagation des ces paquets
de chauffage, origine du cycle d'activité, mais surtout météo-
d'ondes en fonction de l'écartement angulaire de deux point situés à la surface du
rologie de l'espace.
Soleil. L'étude des variations des temps de propagation le long d'un rayon permet, en
première approximation d'avoir accès à la structure du Soleil le long de ce rayon.
Si les missions passées ont permis des avancées extraordi-
Les apports scientifiques de la téléchronosismologie
naires dans la compréhension de notre étoile, il reste de
Il est aussi possible de voir sous la surface d'une région active, et de comprendre la
dynamique et les variations de température sous cette region. Il est apparu que les
taches solaire étaient peu profondes. Les conditions thermiques passent du plus froid
au plus chaud en quelques 5000 kms.
La future mission spatiale de la NASA, Solar Dynamics Observatory, emportera un ins-
trument dont un des objectifs scientifiques est de voir sous la surface du Soleil. ■

Les flèches indiquent la direction du gaz, les


couleurs indiquent si la température est
plus chaude (rouge) ou plus froide
(bleu) que le plasma environnant.
Le fort champ magnétique favori-
se le refroissement du centre de
Fig. 7. – Une éjection coronale de matière (CME) dite “en halo”, obser- la tache. Le gaz froid se contrac-
vée par l'instrument SMEI. Le front de la CME est marqué par les flèches te et plonge sous la surface
blanches. De tels événements sont susceptibles d'affecter l'environnement ter- solaire à environ 5000 km/h. Cela
restre. force le gaz à converger vers le
centre de la tache. Le champ
nombreux terrains d'exploration pour le futur. La position magnétique bloque l'énergie
dans le plan de l'écliptique de toutes les missions n’a pas thermique émise par l'in-
encore permis une bonne observation des trous coronaux térieur solaire expliquant
polaires. Et toutes les mesures faites jusqu'à présent sont ainsi les températures
fournies par l'analyse de la lumière émise par le plasma solai- plus élevées en dessous
re, aucune mesure in situ n'ayant été effectuée directement de la tache. C'est à cette
dans le plasma coronal. La mission Solar Orbiter, dont le lan- interface que le flux de
cement est prévu pour 2013, sera la première mission spatia- gaz vers l'intérieur du
le d'exploration du Soleil dont l'orbite sortira du plan de © [Link], 2001, SOI/MDI/Stanford University Soleil se dissipe.
l'écliptique, offrant ainsi une vision directe des pôles du
Soleil. Son orbite elliptique aura un périhélie à 1/5 d'UA, ce
qui permettra aussi d'obtenir des images de très haute réso-
lution (5 fois plus qu'avec des instruments équivalents en Pour en savoir plus sur les missions évoquées
orbite terrestre). Mais à cette distance, le flux solaire sera 25 OSO [Link]
fois supérieur à ce qu'il est au niveau de la Terre, ce qui porte [Link]
de fortes contraintes sur la conception des instruments et de Skylab [Link]
SMM [Link]
la sonde elle-même. Mais les contraintes thermiques de Solar
[Link]
Orbiter ne sont rien en comparaison des conditions que ren- Yohkoh [Link]
contrerait Solar Probe. Cette mission à l'avenir encore incer- SOHO [Link]
tain pourrait être la première à effectuer des mesures in situ TRACE [Link]
dans la couronne solaire en effectuant un passage à seule- SMEI [Link]
ment 3 millions de kilomètres du Soleil, soit environ 4 rayons [Link]
solaires. Il faudra cependant attendre au moins jusqu'à 2015 STEREO [Link]
avant de savoir si cette ambitieuse sonde sera capable de sur- [Link]
vivre à son plongeon dans l'atmosphère de notre étoile. ■
SDO [Link]
Solar Orbiter : [Link]
Solar Probe : [Link]

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