L'intérêt du dosage de calcium dans la pratique clinique est fondamental, car il constitue un
pilier essentiel pour évaluer l'homéostasie calcique, diagnostiquer une vaste gamme de
pathologies et guider la prise en charge thérapeutique. Le calcium n'est pas seulement un
composant structurel majeur des os, mais aussi un ion critique impliqué dans des processus
physiologiques vitaux tels que la transmission nerveuse, la contraction musculaire (y compris
cardiaque), la coagulation sanguine et la signalisation cellulaire. Une dérégulation de sa
concentration sérique, même minime, peut avoir des conséquences cliniques graves, allant de
symptômes neurologiques à des arythmies potentiellement mortelles.
Le premier intérêt du dosage réside dans la distinction entre le calcium total et le calcium
ionisé (Ca²⁺). Environ 50 % du calcium circulant est sous sa forme ionisée, qui est la seule
fraction biologiquement active 1. Le reste est lié aux protéines plasmatiques, principalement
l'albumine (40 %), ou complexé avec des anions comme le citrate (10 %) 1. Cette distinction est
cruciale car le calcium total peut être trompeur, notamment chez les patients hospitalisés
souffrant d'hypoalbuminémie. Dans ces cas, un calcium total bas ne reflète pas nécessairement
une hypocalcémie réelle, mais un simple déficit de la fraction liée à l'albumine, tandis que le
calcium ionisé reste normal (pseudohypocalcémie). De nombreuses études ont démontré que
l'utilisation de formules de correction de l'albumine pour estimer le calcium ionisé est souvent
inexacte et peut conduire à des erreurs de diagnostic et de traitement 234. Par exemple, un cas
rapporté a montré un retard dans le traitement d'une hypocalcémie symptomatique aiguë parce
qu'un calcium corrigé était faussement rassurant, alors que le calcium ionisé mesuré
directement était très bas 2. Ainsi, dans les situations critiques (soins intensifs, acidose,
transfusions massives de sang contenant du citrate), le dosage direct du calcium ionisé est
considéré comme la référence absolue 5.
Le deuxième grand intérêt du dosage du calcium est son rôle central dans le diagnostic
différentiel des troubles du métabolisme phospho-calcique. L'interprétation du calcium doit
toujours se faire en conjonction avec d'autres paramètres biologiques clés : la parathormone
(PTH), la phosphatémie, la calcitonine, la créatinine et la 25-hydroxyvitamine D. Ce panel
permet de distinguer précisément les causes sous-jacentes :
L'hyperparathyroïdie primaire, fréquente (85 à 233 cas pour 100 000 personnes), se
caractérise par une hypercalcémie associée à une PTH inappropriément élevée ou non
supprimée, et une hypophosphatémie 6.
L'hypoparathyroïdie, souvent post-chirurgicale après une thyroïdectomie, se manifeste
par une hypocalcémie, une hyperphosphatémie et une PTH basse ou indétectable 7.
L'hypercalcémie maligne, une urgence oncologique, est causée par la production de
peptide apparenté à la PTH (PTHrP) par la tumeur, entraînant une hypercalcémie avec
une PTH fortement supprimée.
L'insuffisance rénale chronique (IRC) conduit à une hyperphosphatémie, une carence en
vitamine D active et une hypocalcémie, stimulant une hyperparathyroïdie secondaire
compensatrice 8.
Le troisième intérêt majeur concerne la prise en charge des patients hospitalisés et en
réanimation. Les dérèglements calciques sont extrêmement courants dans ce contexte et sont
associés à une morbi-mortalité accrue. Une étude sur plus de 12 000 patients hospitalisés a
montré que les dérèglements acquises du calcium ionisé pendant l'hospitalisation sont des
facteurs de risque indépendants de mortalité 9. De plus, l'hypocalcémie aiguë sévère (Ca²⁺ < 1
mmol/L) est fréquente chez les patients de réanimation polytraumatisés (21 % des cas) et
nécessite une stratégie de reconstitution spécifique, comme une perfusion de gluconate de
calcium, dont l'efficacité a été évaluée dans des protocoles cliniques 10. Le calcium ionisé joue
également un rôle direct dans la coagulation ; une concentration seuil est nécessaire pour initier
le processus, et ses variations influencent la dynamique de la coagulation, ce qui est
particulièrement pertinent en anesthésie-réanimation