EXPOSEE SUR L’I NTERROGATION AXIOLOGIQUE
PLANS
INTRODUCTION
I. TYPOLOGIE ET FONDEMENT DE LA MORALE
a. UNIVERSALITE DE LA MORALE
b. MORALES DE L’INTERET ET MORALES DU DEVOIR
II. CRITIQUE DE LA MORALE
a. LA CRITIQUE DE NIETZCHE (1844-1900)
b. LA CRITIQUE MARXISTE
CONCLUSION
NOMS DES EXPOSANTS
AWA KEITA BAYE SALL
FATOU MENDY NDIAYE BOUSSO THIAM
NDEYE ASTOU THIAM MOUSTAPHA NDIAYE KL
FATOU DRAME MOUSTAPHA NDIAYE DK
GORGUI DIALLO YAKHYA SOW
INTROD UCTION
L’axiologie peut être définie comme l’ensemble des théories portant sur les
valeurs humaines. Celles-ci sont diverses et se retrouvent dans le domaine de
la morale, de la politique, du droit, de la religion, de l’art etc. Les valeurs fixent
des objectifs, des idéaux et orientent l’action des individus ; c'est un but,
parfois difficilement accessible. En ce sens, elle est un idéal que l’on tente
d’atteindre ou de réaliser. L’homme vise le bien dans sa vie, mais au-delà du
bien, l’homme est aussi un être de besoins et ces derniers le poussent souvent
à se comporter comme l’animal. Mais l’homme a la particularité de se poser les
questions suivantes :
4 Quelle attitude faut-il adopter face aux besoins ?
5 Doit-on céder à la nature ou plutôt la dominer ?
6 Quelles peuvent être les conséquences de ces actions ?
Le problème moral surgit lorsque nous formulons de telles interrogations. Les
réponses que l’on peut apporter nous permettent de voir qu’il y a des
différentes morales qui sont installées sur des fondements divers.
I. TYPOLOGIE ET FONDEMENT DE LA MORALE
a. UNIVERSALITE DE LA MORALE
L’homme est un être doué de raison ; à ce titre, il connaît le juste et l’injuste et
d’une manière générale le bien et le mal. C’est sur ce plan que VOLTAIRE
rejetait le point de vue des ethnocentristes européens qui affirmaient que : «
Les chrétiens avaient une morale mais les païens n’en avaient point » ( F. le
Beau). Pour VOLTAIRE, cette affirmation n’a pas de sens parce que la vie en
commun ne serait pas possible sans une convention et la justice traduit cette
convention. Bien qu’elle s’exprime par des lois particulières en chaque pays elle
est universelle. En effet, chaque homme possède un instinct qui le rattache à
son semblable et chacun est capable de comprendre que ce qui est utile à la
société est utile à chacun de ses membres. La morale nous invite à être utiles à
notre prochain. Une telle conception s’applique difficilement aujourd’hui dans
un monde dominé par l’économie de marché et le libéralisme qui signalent une
société de concurrence et de compétition.
L’idée d’une morale universelle a été défendue par plusieurs auteurs
notamment Rousseau pour qui il existe en tout homme un principe inné de
justice et de vertu qu’il appelle « conscience morale ». Cette dernière est seule
à pouvoir nous guider pour juger du bien et du mal. La conscience morale
existe dans toutes les sociétés et recouvre des catégories diverses.
Selon ROUSSEAU cette énumération montre qu’il y a des valeurs autour
desquelles se retrouve presque l’intégralité des peuples. Ce sont ces valeurs qui
traduisent l’expression morale universelle. Pourtant si la morale apparaît chez
VOLTAIRE et ROUSSEAU comme fondamentalement universelle, il reste qu’il a
toujours fallu préciser une typologie et des fondements qui nous amènent à
concevoir l’existence de plusieurs morales. Parmi les approches les plus
importantes développant une telle conception, on peut citer les morales de
l’intérêt et du devoir, deux notions qui paraissent souvent antagoniques.
b. MORALES DE L’INTERET ET MORALES DU POUVOIR
L’homme dans sa vie vise naturellement le bonheur. Dès l’Antiquité, Epicure
apparaissait déjà comme le tenant d’une morale appelée Eudémonisme. Le
sens étymologique de cette notion renvoie au grec eudaïmon c’est à dire
heureux. Une telle conception de la morale est
présente dans certaines doctrines contemporaines notamment l’utilitarisme,
dont le principe essentiel a été formulé par l’anglais Jérémy BENTHAM : «
chaque homme pour atteindre le bonheur doit calculer et réfléchir pour voir de
quel côté est son avantage ». On est ici en présence d’une morale de l’intérêt.
Pour les utilitaristes, on doit chercher à accumuler les plaisirs afin d’obtenir la
plus grande somme de bonheur. Sur ce plan, BENTHAM et ses partisans
affirment la supériorité des plaisirs de l’esprit sur ceux du corps. En affirmant
cela, ils ne se différencient pas tellement des Stoïciens qui considèrent que
l’homme ne doit pas être esclave des plaisirs : il doit admettre les plaisirs
naturels et nécessaires, tolérer les plaisirs naturels et non nécessaires et fuir les
plaisirs non naturels et non nécessaires pour atteindre l’ataraxie.
Toutefois, il convient de nous poser la question suivante : fonder la morale sur
l’intérêt est-ce une attitude vraiment morale ? En d’autres termes où est la
morale lorsque je ne fais que ce qui est conforme à mes propres intérêts ? C’est
ainsi qu’apparaissent les morales du devoir.
L’idée de devoir est le plus souvent opposée à la notion d’intérêt car elle
traduit l’obligation.
Mon devoir c’est ce que je dois faire même si c’est contraire à mes sentiments
et à mes intérêts. Dans le devoir, notre conscience est soumise à un principe
qui lui est supérieur et qui la dépasse. D’où vient alors ce principe ? Quelle en
est l’origine ? On peut répondre que si le devoir s’impose à notre individualité,
c’est parce qu’il trouve son fondement au niveau de la société. On parlera alors
de morale sociologique ou de conscience morale pour reprendre les
expressions de DURKHEIM. Cette conscience morale fonctionne comme une
juridiction et c’est pourquoi on parle de « tribunal de la conscience ».
Réfléchissant sur les caractéristiques de cette conscience morale le philosophe
René Le SENNE met l’accent sur sa dualité en écrivant : « l’approbation et la
réprobation, voilà l’essence bipolaire de la conscience morale ». Revenant à
DURKHEIM, on peut signaler un aspect original dans sa démarche.
Pour lui, le caractère obligatoire du devoir ne suffit pas, il faut y ajouter ce qu’il
appelle la DESIRABILITE. En d’autres termes aucun acte moral ne s’accomplit
uniquement par devoir, il faut en plus que le devoir touche notre sensibilité,
qu’il soit voulu, qu’il soit désirable. Cette morale sociologique peut cependant
poser un sérieux problème notamment lorsqu’elle heurte de front les
exigences particulières de l’individu. On peut voir une illustration de ce
problème dans la tragédie, écrite par SOPHOCLE et intitulée ANTIGONE.
Aux lois écrites de la cité, Antigone oppose les lois non écrites de sa conscience
personnelle ce qui a amené le conflit.
Emmanuel KANT (1724-1804) va permettre dans une certaine mesure de
remédier à ce problème. Chez lui le devoir n’est plus fondé comme exigence de
la société, il est plutôt perçu comme une obéissance à notre raison. Il ne s’agit
plus pour nous d’obéir à une structure externe (société) mais à une foi stricte
qui est dictée par notre seule raison. Toute idée d’hétéronomie se trouve ainsi
écartée. L’être moral kantien est autonome c’est à dire qu’il n’est soumis qu’à
lui-même. Pour l’auteur de la « la critique de la raison pratique », le devoir est
l’obéissance à des règles essentielles dictées par la raison et qui se résume à
travers les maximes suivantes :
-« il faut agir de telle sorte que le sens de notre action puisse être érigé en
règle universelle »
-« il faut traiter l’humanité en nous et chez les autres toujours comme une fin
et jamais comme un moyen »
-« il faut respecter en la personne la raison »
Précisons que chez cet auteur il ne s’agit pas seulement d’agir conformément
aux devoirs, il faut surtout agir par pur respect pour le devoir. On établit ici la
distinction entre la légalité et la moralité. Ce problème est abordé par PLATON
dans « la République » à travers le mythe de l’anneau de Gygès. On peut
résumer ce débat platonicien dans les termes suivants :
le vrai problème que pose la moralité est de savoir si seule la crainte du
châtiment doit détourner l’homme de l’injustice. Chez KANT, le devoir n’est
subordonné à aucune fin. C’est un ordre que la raison nous donne sans nous en
précier les raisons. C’est pourquoi on présente le devoir chez KANT comme
étant « un impératif catégorique ». En l’homme, KANT privilégie la nature
raisonnable et semble disqualifier la nature charnelle. En cela, il définit une
morale hors de portée de l’humain car il ne tient compte ni de la subjectivité ni
des conditions sociales de l’individu. C’est une morale dure que l’on qualifie de
rigorisme kantien.
II. CRITIQUE DE LA MORALE
a. LA CRITIQUE DE NIETZCHE (1844-1900)
Nietzsche apparaît comme l’un des grands contradicteurs de la morale. En
réalité, il s’en prend surtout à la morale qui découle des principes de la religion.
Pour lui, le pêché est une fiction inventée par « les vaincus de la vie ». Etant
donné qu’ils sont incapables de participer aux joies terrestres de la pleine
satisfaction des instincts, ils se réfugient dans l’illusion d’une existence
ultérieure supposée meilleure. La pensée de Nietzsche se signale donc par un
refus de la morale chrétienne. Sur cette lancée, l’auteur procède à un véritable
renversement des valeurs. D’ailleurs, il s’empresse de disqualifier la source des
valeurs en affirmant : « DIEU est mort ». Ainsi donc, pour Nietzsche on doit
affronter la vie dans toutes ses dimensions tragiques sans avoir besoin de
l’illusion constante que nous apporte la croyance en un autre monde.
b. LA CRITIQUE MARXISTE
Dans un texte intitulé « leur morale et la nôtre », TROTSKY (1879-1940)
procède à une critique de l’universalité de la morale. C’est ainsi qu’à la morale
qui se repère à l’humanité en général et qu’il qualifie d’idéaliste, il oppose une
morale intéressée c’est à dire susceptible d’aller dans le sens des intérêts du
prolétariat. De ce point de vue, TROTSKY soutient que la morale n’est pas une
catégorie abstraite, elle a une nature idéologique et elle constitue un lieu où
s’exerce la lutte des classes : « l’homme qui ne veut retourner ni à Moise, au
Christ ou à Mohamed doit reconnaître que la morale est le produit du
développement social, qu’elle n’a rien d’invariable, qu’elle sert les intérêts de
la société, que ces intérêts sont contradictoires, que la morale a un caractère
de classe ». Ainsi donc, à mesure que les formes de l’ordre social évoluent, la
morale évolue elle aussi. Il y aurait donc plusieurs morales dans la société,
chacune étant subordonnée aux intérêts d’une classe. Bien que n’étant pas
marxiste Alain dit Emile CHARTIER (1868-1951) propose une critique de la
morale qui s’installe sur des positions très proches du marxisme léninisme. En
effet, Alain montre que sur un plan général les considérations morales sont
profondément liées aux situations matérielles et sociales. C’est ainsi que sur un
mode à la fois ironique et polémique il écrit :
«la morale c’est bon pour les riches. Une vie pauvre est serrée par les
évènements….Devant ces vies harcelées l’avenir est déjà présent ». C’est une
façon de dire que les problèmes peuvent être tellement aigus que s’occuper de
morale semble être un luxe.
CONCLUSION
La morale apparaît comme l’un des thèmes majeurs de la philosophie. Cette
place a été acquise depuis l’antiquité. Aujourd’hui pratiquement chaque grand
auteur a eu à réfléchir sur ce que l’on défini comme étant « la science du bien
et des règles de l’action humaine ». La morale répond à la question de la
destination véritable de l’homme et de son statut de sujet humain. Elle
contribue à préciser quel sens nous donnons à notre vie.