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Tchagbale

L'article de Dr. Zakari Tchagbale soutient que le Tem, une langue Gur, possède un accent tonal derrière ses tons haut et bas. Il analyse les schèmes tonals et les faits de surface, démontrant que la syllabe ne peut porter qu'un ton à la fois et que les schèmes tonals varient selon le contexte. L'étude conclut sur l'importance d'une nouvelle approche pour comprendre les systèmes prosodiques africains.

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Tchagbale

L'article de Dr. Zakari Tchagbale soutient que le Tem, une langue Gur, possède un accent tonal derrière ses tons haut et bas. Il analyse les schèmes tonals et les faits de surface, démontrant que la syllabe ne peut porter qu'un ton à la fois et que les schèmes tonals varient selon le contexte. L'étude conclut sur l'importance d'une nouvelle approche pour comprendre les systèmes prosodiques africains.

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L’accent tonal du Tem

Dr. Zakari Tchagbale


Université de Cocody, Côte d’Ivoire
ztchagbale@[Link]

Abstract Pour notre part, nous soutenons, aujourd’hui


Des travaux antérieurs, notamment Tchagbalé que derrière les tons haut et bas du
1976, présentent le Tem1 comme une langue à Tem, il y a un accent tonal. Pour le démontrer,
tons. Si l'auteur de Phonologie et tonologie du nous examinons d’abord les faits de surface ;
Tem a soutenu une telle opinion après un avis ensuite nous analyserons le schème tonal de
contraire (Tchagbalé, 1973) qui définissait mot à travers son mode de construction ; après
cette langue comme une langue à accent2, avoir démontré l’existence d’un accent, nous
c’était pour satisfaire une théorie qui proposait indiquerons les trois sources d’accentuation ;
trois étages d’unités phonologiques : l’étage du on saura ainsi que l’accent se présente sous
phonème, celui de la syllabe et celui du mot trois formes dont on examinera ensuite les
phonologique. Chaque type d’unité rapports hiérarchiques ; nous conclurons enfin
phonologique devait disposer d’au moins un sur la nouvelle dynamique à imprimer, selon
trait distinctif propre pour avoir le statut d'unité nous, à l’étude des systèmes prosodiques
phonologique; la syllabe ne pouvait accéder à africains.
ce statut que grâce au ton.
Ce va-et-vient mérite une explication. 1. Les faits de surface
Chaque syllabe de mot tem est dotée d’un
niveau mélodique particulier qui est le haut ou Les faits de surface sont à appréhender à deux
le bas ; ces deux niveaux pratiquent, dans la niveaux : le niveau du mot isolé et celui du
chaîne, le downdrift et le downstep. Mais, en groupe de mots inséré dans une enveloppe
même temps, il est impossible d’opposer un intonative.
mot d’une catégorie grammaticale à un autre
de la même catégorie par le ton ; la syllabe ne 1.1. Le schème tonal du mot isolé
peut accueillir plus d’un ton ; la constitution du Les principaux mots ayant une existence
schème tonal de mot n’est pas libre ; bref autonome en état d'isolation sont, en Tem, le
toutes choses contraires à la nature et à la substantif (nom) et l'infinitif. Le contenu
fonction du ton. morphologique de l'infinitif est un radical suivi
Face aux phénomènes semblables dans de n suffixes (0 < n ≤ 3). Ce schéma
d’autres langues (mooré, lamba, notamment) morphologique est celui du nom qui peut, en
des auteurs3 continuent de soutenir la thèse plus, en avoir deux autres, à savoir : un radical
tonale. De fait, tout dépend du niveau où l’on suivi de n suffixes (Suff) et précédé d’un
se situe. Si l’on ne prend en compte que les préfixe (Préf) et deux radicaux, l’un
faits bruts, alors une langue comme le Tem est déterminant (Da) et l’autre déterminé (Dé), plus
une langue à tons; mais si l’on cherche à n suffixes, s'il s'agit d'un nom composé. Sous
connaître ce qui se cache derrière l'apparence, forme schématique, on a :
on trouvera un accent.
Catég. Schème de mot
Infinitif Rad n Suff
Rad n Suff
1
Le Tem est une langue Gur (Niger-Congo), Nom Préf Rad n Suff
branche Gurunsi-Est, parlée au Togo et au Bénin. Rad Da Rad Dé n Suff
2
« Le Tem, dès lors, doit être considéré non plus
comme une langue à tons mais comme une langue à
accent », p. 39 du Rapport de DEA.
L’unité minimale morphologique (Rad, Préf,
3 Suff) est monosyllabique et, parfois
Notamment M. Kenstowicz, E. Nikiema et M.
Ourso, 1988. monophonématique (quand il s’agit d’affixes).

Typology of African Prosodic Systems Workshop


Bielefeld University, Germany
May 18-20, 2001
TAPS Proceedings Tchagbalé

Les principaux schèmes segmentaux de mot plus hors de ce contexte. Lorsque deux mots
possibles sont soit monosyllabiques (cas de sont mis l’un à la suite de l’autre, leurs tons
coalescence entre le Rad et un Suff vocalique), constituent des suites parfois différentes de
soit dissyllabiques, soit trisyllabiques. Les celles au sein d’un mot. Considérons ici un
schèmes tonals possibles sont, par schème échantillon de suites afin d’en examiner les
segmental, les suivants (H = ton haut, B = ton modifications tonales qui peuvent survenir.
bas) :
exemple
cv H I /HH/ "! # $ % # & ‘courons !’
cv(c)v HB BH II /BB/ ($ ' ) *+' ) & ‘tombe !’

cvcv(c)v BHB BBH BBB HHH III /BH/ $(, ) *.- # & ‘soulève’

IV /HB/ 0/ # 12 ) & ‘allons !’


En voici quelques exemples, par schème tonal : V /HBB/ 43 - # $5- ) 6 78, ) & ‘c’est le soleil’

VI /HBH/ 34- # $5- ) 9% # ‘c’est plutôt le soleil’


H
 
HB
   
BH
    VII /HBBH/ 43 - # $5- ) *.- ) - # ‘le lever du soleil’

'fronts' 'grenouilles' 'ajouter'


VIII /HBHB/ 34- # $5- ) :.; # < ) ‘l’affaire du soleil’

IX /HBHHB/ 43 - # $5- ) 1=; # :.; # < ) ‘l’affaire des pierres du


soleil’

X /HBBHB/ 43 - # $5- ) - ) >?- # @(, ) ‘l’œil du soleil’


BHB
   
BBH
   
BBB
  
HHH
      XI /HBHBB/ 43 - # $5- ) :.; # < ) 78, ) & ‘c’est l’affaire du soleil’

'charbon' 'charbons' 'fous' 'côté'


XII /HBHBH/ 34- # $5- ) :.; # < ) 0% # ‘c’est plutôt l’affaire du
soleil’

Dans ces suites, le niveau de chaque ton est


On peut rencontrer, en trisyllabe, un schème
fonction du ton qui le précède et,
HHB qui est, soit une variante de HHH (ex.
     , pluriel du       ci-dessus), soit un éventuellement, de celui qui suit. Voici la
schème de mot d'emprunt (ex.       'porte-
réalisation de chacune d’elles :
monnaie'). Les niveaux sont stables dans les schèmes
Quand le mot est monotone, sa courbe monotones I et II :
mélodique est stable, haute s’il est monotone
haut comme          ; bas s’il est monotone I /HH/ A [HH]
bas comme  
   . En revanche, B n’a pas le
même niveau selon qu’il précède ou qu’il suit
H. Dans un schème BHB comme celui de
    , B initial est, d’un cran, moins bas que II /BB/ A [BB]
B final :
H

B Dans les schèmes III et IV, le niveau de B


B varie selon qu’il précède ou qu’il suit H :

III /BH/ A [BH]


La différence de niveau entre deux B séparés
par un H indique que les tons opposés
subissent des influences réciproques, ce qui
préfigure le phénomène de ‘downdrift’ qu’on IV /HB/ A [HB]
relèvera dans les séquences supérieures au
mot.
1.2. Les tons dans une séquence de mots
On sait les contraintes que le contexte du mot
impose aux tons. Ces contraintes n’existent
TAPS Proceedings Tchagbalé

A partir de V, B non final de schème est relevé Formulons tout ceci en règles :
au niveau de H qu’il suit immédiatement et Règle 1 : I-II
devient H' :
Un schème constitué de tons identiques reste
monotone, sans variation mélodique.
V /HBB/ A [HH'B] Règle 2 : III-IV
H relève d’un cran B qui le précède.

Règle 3 : V-VII
A partir de VI, tout H qui suit une séquence
H se propage sur la syllabe de droite si celle-ci
HB ou HH' est rabaissé d’un cran et devient
porte un ton bas non final de schème. Cette
H :
propagation est limitée à la seule syllabe
adjacente.
VI /HBH/ A [HH'H ]
Règle 4 : VI-XII
H précédé d’une séquence tonale HB- se
réalise moins haut, à un niveau intermédiaire
VII /HBBH/ A [HH'BH ] entre H et B. Quand il vient immédiatement
après H'et avant B final de la séquence
intonative, il se rabaisse jusqu’au niveau du
bas.
H se rabaisse au niveau de B si, unique, il est Les modifications tonales sur l'axe
pris en sandwich entre HH' et B final de syntagmatique donnent des renseignements sur
schème : le rapport entre la syllabe et le ton. Ainsi, à la
différence de ce qui se passe dans d'autres
VIII /HBHB/ A [HH'BB] langues, la syllabe tem ne peut porter qu'un ton
et un seul à la fois.
Par ailleurs, la syllabe, telle qu'elle est
constituée pour servir de siège au ton, peut être
Le H qui suit H se met au même niveau que cv, v,  ou cvv. Pour être le siège d'un ton
lui : unique, la syllabe cvv4 ne doit pas être en
finale; elle doit être initiale ou médiane, donc
IX /HBHHB/ A [HH'H H B] cvv- ; d'autre part, les deux voyelles de cvv-
doivent être de même timbre, donc cv1v1-. En
réalité, cv1v1- est une association de deux
unités morphologiques, l'une cv1- et l'autre -v1,
X /HBBHB/ A [HH'BH B] mais cela importe peu.
Toujours à propos de cv1v1-, il arrive
parfois que le locuteur hésite sur son caractère
monosyllabique. Le cas le plus remarquable est
celui de 
    , séquence verbale comportant un

XI /HBHBB/ A [HH'H BB] pronom neutre    servant d’appui à l’accompli


positif réalisé [a] par assimilation. Ainsi, par
 
exemple         ‘l'enfant est tombé’ peut
&
être modulé [HH'BB] (/     !"#  $% ) ou
& &
[HH'BH' B] (      "#  $% ).
XII /HBHBH/  [HH'H H ' H  ] En dehors de la séquence   
  il n'y a pas

d'hésitation. Ainsi     # peut présenter les

4
Ne pas confondre cvv issu de cv-v et cvv issu de
cv-wv, lequel, parce que cv-cv, est forcément
dissyllabique.
  
TAPS Proceedings

deux schèmes [HH'H ' ] et [HH'BH' ] au choix radical. Un radical auquel est affecté un ton T
s'il veut dire 'l'enfant est mort' (forme verbale à devrait rester le ton avec lequel il entre en
l'accompli) mais n'aura que la seule forme construction avec tout morphème. Une telle
[HH'H ' ] s'il est un syntagme nominal dont le implication n’est pas vérifiée en Tem ainsi
déterminé est l'infinitif       # 'soigner' (
   - qu’on peut le voir dans ces paires sg/pl
" ), avec pour sens 'le traitement médical de extraites du genre 3 des noms :
l'enfant'.

    'corne'     'cheveu'
2. Analyse des schèmes tonals   'cornes'   #  'cheveux'

Lorsqu'on connaît les tons de départ des 


syllabes et les règles qui s'appliquent aux suites où les radicaux (   ) ont le ton bas au
tonales dans la chaîne parlée, le schème singulier et le ton haut au pluriel, alors qu’on
d'arrivée de l'énoncé devrait être prévisible. De observe, au sein du même genre des cas où le
fait, il en est ainsi. Toutefois, il arrive parfois radical garde le même ton :
que le schème d'arrivée ne soit pas celui qu'on
attend. Quand c'est le cas, cela veut dire que le    
ton de départ a été mal appréhendé; il faut      'bille'       'calebasse'
alors partir du schème d'arrivée et des règles
  'billes'   'calebasses'
qui l'organisent pour découvrir la vraie suite
tonale de départ. Il convient donc de relever Ce qu’on constate, avec les quatre paires de
les cas de schèmes d'arrivée non prévisibles et noms, tous du genre 3, c’est que la constance
de les analyser pour en déceler les schèmes de est beaucoup plus du côté des affixes que de
départ. celui des radicaux. En effet, l’affixe pluriel s
Le schème de départ, lui-même, pose est constamment de ton bas. Si le critère de
problème : le schème de départ du nom, par constance est crucial comme nous le pensons,
exemple, n'a pas la liberté d'avoir n'importe pour identifier laquelle des unités (radical ou
laquelle des combinaisons tonales possibles : morphème) choisit librement son ton, alors il
un dissyllabe cvcv, par exemple, ne peut porter faut reconnaître que c’est l’affixe, un
que deux schèmes possibles, HB ou BH ; morphème, qui a le choix libre du ton. Dans les
quand il est monosyllabe, le nom ne peut avoir quatre paires de noms ci-dessus, nous avons
que H. Il nous faut en savoir la raison. deux situations : une situation où l’affixe (tel
2.1. Construction du schème de base que  ) a un ton invariable et une autre où
l’affixe (tel que   ) a un ton variable. Avant
Nous postulons que le schème de base type, au de savoir si le radical, dans cette hypothèse,
niveau des noms et infinitifs, est un schème de acquiert son ton par polarité ou autrement, il
deux tons contrastés, HB ou BH ; que l'unique est bon d'examiner l’ensemble des affixes, plus
H du monosyllabe en est une contraction tandis précisément les suffixes de nom.
que les schèmes BBH, BHB ou HHB en sont
des extensions. C'est donc le mode de Le Tem a cinq genres nominaux (désormais
constitution des HB et BH qui nous indiquera G) marqués, pour les quatre premiers, par un
comment se construit le schème de base de suffixe propre au singulier et un autre suffixe
mot. propre au pluriel. Le cinquième genre est le
genre des masses, donc non-comptable, par
Interprétant un phénomène mélodique conséquent doté d’un seul suffixe. Voici le
semblable à celui du Tem, certains chercheurs tableau des suffixes :
(Michael Kenstowicz et alii, 1988) ont émis la
théorie de la polarité tonale. Pour cette théorie,
le ton initial de cvcv est un ton libre tandis que
le ton final est un ton polaire contraint, de sorte
que si le ton initial est H, le ton final sera B et
inversement.
Une des implications d’une telle théorie
aurait dû être la constance du ton de base du
  
TAPS Proceedings

Les schèmes d'arrivée attendus sont (2a) et


G1 G2 G3 G4 G5 (3b). L'affixe y garde son ton et le radical
   
sg 5
 acquiert le ton opposé. Un même suffixe, celui
 &
pl      de la ligne 2, parvient à imposer en (2a) le ton
opposé au radical tandis qu'en (2b), il est
obligé de dédoubler sa voyelle pour fixer le ton
Les suffixes porteurs de tons sont ceux qui ont opposé au sien, comme si avec un schème cvc,
en permanence leur ton; les autres sont ceux le radical refusait d'être le siège du contraste
qui, de façon imprévisible, peuvent être de ton du ton de l'affixe. Tout se passe comme si le
bas ou de ton haut. suffixe   avait, en fait, un schème tonal HB
Le mode d'association entre le radical et les avec H flottant à gauche, en lieu et place d’un
suffixes de type vocalique (      ) est crucial simple ton B.
pour l'interprétation à donner sur la
construction du schème tonal de base. Les non pas a mais plutôt a
schèmes de radical disponibles pour ces trois | |
suffixes sont cv- et cvc-. En théorie, les B H B
associations entre les deux radicaux et les trois
suffixes sont les suivantes : Le schème de (1a) est le même que celui de
(2a). La preuve étant faite qu'un suffixe peut
a b avoir un complexe tonal du genre HB, on peut
en conclure qu'en (1a), le suffixe  a le même
cv- cvc- schème HB (avec H flottant à gauche) que le
1 cv- cvc- suffixe  de la ligne 2. Mais, il faut ajouter que
2   cv-a cvc-a face au rejet de H par le radical cvc-, le suffixe
a dû fixer lui-même ce H. D'où l’idée que le
3  cv-a cvc-a ton de  n’est ni B ni H, mais HB avec H
flottant, soit :
En pratique, les combinaisons sont avérées et
elles donnent les réalisations suivantes, du non pas  mais plutôt 
point de vue tonal : | |
B/H H B
a b
cv- cvc- Les suffixes  et  sont donc dotés du même
schème tonal HB mais la différence entre les
1 cv cvc  deux affixes réside dans le comportement
2   cv a cvca a rigide de l'un et la souplesse de l'autre. En
6 effet, le suffixe  ne peut (ou ne veut), en
3  cv s cvca
aucun cas, fixer lui-même H. S’il est en
présence d’un radical (cv) qui accepte
Exemples : d’accueillir son H flottant, on a un nom de
schème cv a ; si, en revanche il est en présence
#   
'souris sg' d’un radical (cvc) hostile au H flottant, il est
(1a)  'rat' (1b)  
# 
'souris pl'
obligé de se créer une voyelle épenthétique7
(2a)   'rats' (2b)     
 
pour fixer ce H : on a alors un nom de schème
(3a) (   ) 'cuisses' (3b)    'tendons' cv ca a , soit :

Rad  Rad  Rad 


|  | | ou / |
5 HB H B H B
Lors de l'affixation et si les conditions le
commandent, k de    et  peut se transformer en
w, lequel, à son tour peut disparaître en laissant aux 7
Si, malgré le fait que la séquence vocalique a,
voyelles environnantes son trait vélaire reconverti sensiblement, la même durée dans a a que dans â, on
en trait arrondi pour voyelle. a opter pour l’épenthèse, c’est parce que HB peut se
6
vs est le résultat de la coalescence de v du radical transformer en HH et, dans ce cas, la durée, au lieu
et de   . de se réduire à –a-, se maintient à –aa-.
  
TAPS Proceedings

Quant au suffixe , il laisse H se fixer sur le b. Le schème tonal de mot est configuré à la
radical quand celui-ci autorise l'opération; dans fois par le type de fixation de H de HB de
le cas contraire, le suffixe fixe lui-même son suffixe et la dotation automatique de ton
H; plus clairement : bas au radical quand il n'est pas le lieu de
fixation de H;
Rad Rad Rad c. H et B ont un traitement inégal : quand le
|  | | ou | schème de suffixe HB se réduit à un seul
HB H B H ton, ce ton est H ; donc B est un ton par
défaut.
Que devient B quand le suffixe fixe H ? La On peut, à titre d'exemple, examiner la
réponse viendra plus loin. Pour l'instant, construction de l'infinitif à partir de ce qui
considérons que le schème HB a subi une précède. Signalons que l'infinitif est
compression au seul profit de H. Le traitement dissyllabique (cv-v, cv-cv, cvv-cv), ou
des suffixes  et peut être rapporté aux autres trisyllabique (cv-cv-cv, cv-cvv-cv). Quelle que
suffixes nominaux ; en d’autres termes, tous soit sa taille, il a pour suffixe l'un  des
les suffixes ont le même schème HB. C'est morphèmes suivants :  , m, k , t /n /l , s ,  .
dans le traitement de ce schème HB par chacun On ne prendra en compte, ici, que le schème
des suffixes que réside ce qui fait leur dissyllabique qui représente toutes les
différence : en effet, les uns exigent de fixer situations. Pour être un dissyllabe, l'infinitif
eux-mêmes H, d'autres l’excluent et d'autres, doit avoir pour radical cv-, cvv- ou cvc- :
enfin, sont ouverts autant à H ou qu’à B :
1. le porteur exclusif de H laisse B de HB se x y z
perdre dans le vide par flottaison à droite.
 cv- cvv- cvc-
C'est le cas de  :  
1  a   8
néant 9


Rad Suff Rad Suff b 
  
|  | 2   
HB H  
3       
 
4        néant
2. le porteur exclusif de B met H de HB à la  
disposition soit du radical, soit de 5 "!    $#%   &'
l’épenthétique :   
6     (   )*

Rad Suff Rad Suff Rad Suff  


|  | | ou / | (1xa) !  +  'convenir' (4x) ,.- +   'piler'
HB H B H B  
(1xb) !   + 'gratter' (4y) 1/ 0 + 0 + 23 'froisser'
 
(1z) !  + 45  + 'tomber' (5x) 6  + !  'mordre'
3. le suffixe qui admet H et B de HB met H à  
(2x) !   + 'féliciter' (5y) 6  +  + 7' 'faire peur'
la disposition du radical s’il fixe B et fait   
(2y) 8- + - +  'faner' (6x) ;9 : + 3 'détacher'
perdre B (appelé à flotter à droite dans le   
vide) au schème de nom s’il fixe H. (3x) - +  'tenir' (6y)   +  + <* 'colmater'

(3y) = -+-+ , 'écraser'
Rad Suff Rad Suff Rad Suff
|  | | ou |
HB H B H Hormis les suffixes des lignes 1 et 2 qui, tantôt
fixent eux-mêmes H, tantôt le laissent flotter à
4. Si notre hypothèse de schème HB associé
gauche, le suffixe infinitival fixe son ton haut
au suffixe et le traitement qui lui est
réservé par chaque type de suffixe sont
vrais, alors, il faut en tirer les conclusions
8
La voyelle > est la seule à se laisser assimiler par
suivantes : les autres voyelles du système.
9
La succession de deux morphèmes de type v est
a. Le radical est neutre du point de vue tonal.
proscrite. Par ailleurs, il n'existe pas de cvvc- car
Il n'a ni ton ni schème tonal propres ; cvv- et cvc- sont en distribution complémentaire.
  
TAPS Proceedings

lui-même. A titre d'exemple, voici le processus schèmes où plus d’une syllabe portent H.
de formation des schèmes (1xa) et (1xb) : Comment s’expliquent cette absence ou cet
excès d'accents ?
(1xa) sa sa sa a 2.2.1. Le schème monotone bas
|  |  | |
Le nom tem est doté d’un suffixe de genre.
HB H B H
Mais il arrive à certains noms d’avoir, en plus
du suffixe un préfixe. C’est lorsque le suffixe
et le préfixe sont de même genre et de même
(1xb) sa sa sa a nombre risque de réalisation monotone bas du
|  |  | | nom. L’affixe qui prend ainsi en sandwich le
HB H B H B radical nominal ne présente pas la même forme
de part et d’autre. Il présente une forme forte
Dès l'instant où il est montré que B est un ton en position de suffixe et une forme faible en
par défaut au niveau du radical, il est position de préfixe. Voici le tableau des deux
économique de poser, comme schème tonal de formes pour tous les affixes nominaux, en ce
suffixe, non pas HB mais H. Ce H serait fixé qui concerne la partie segmentale :
tantôt par le suffixe tantôt par le radical. Ce qui
modifie quelque peu le schéma du processus :
1.1 1.2 2.1 2.2 3.1 3.2 4.1 4.2 5

Rad Suff Rad Suff fort    5 / 
10
  #  (  

|  | | faib    ( 
H B H
La forme segmentale varie dans certains cas
Rad Suff Rad Suff comme le montre le tableau. Au niveau
 | | prosodique la différence est systématique : la
H H B forme forte est associée à l’accent, la forme
faible en est dépourvue.
En termes clairs, seul un ton est en jeu : H. Ce
Le rôle de l’accent, qu’il soit fixe ou libre,
qui est proprement absurde puisqu’une langue
est de démarquer sur l’axe syntagmatique,
ne peut pas être tonale et n’avoir qu’un ton. Il
l’unité qu’il caractérise d’une autre. L’accent
faut donc reconnaître que derrière ce ‘ton
est une sorte d’enveloppe prosodique qui
unique’, il y a un accent qui se manifeste sous
recouvre, pour indiquer son début et sa fin,
la forme d’un ton haut tandis que son absence
l’unité accentuelle. Dès l’instant où le suffixe
se manifeste sous la forme d’un ton bas. Le
marque la fin de l’unité et qu’un préfixe en
Tem n'est donc pas une langue à tons mais une
indique le début, l’accent devient redondant.
langue à accent.
C’est pourquoi sa chute est rendue possible
L’accent en question n’est pas un accent avec la préfixation-suffixation.
fixe n’intervenant qu’à la même position quelle
En effet, en cas de préfixation-suffixation
que soit l’unité accentuelle; c’est un accent
par un même affixe, la chute de l’accent n’est
libre. Sa valeur essentiellement mélodique lui
pas systématique, il est même moins fréquent
vaut le qualificatif de ‘tonal’. L’accent tem est
que son maintien. Considérons par exemple
donc un accent tonal. Il est (pour ce qui est du
trois radicaux nominaux :  - / ‘le rire’, 4 - / ‘le
nom et de l’infinitif) associé au suffixe sur
mur’ et !'/ ‘l’âme’ aux schèmes segmentaux
lequel il se fixe ou flotte à sa gauche.
analogues. Ils sont un affixe commun,  
2.2. Les schèmes inattendus dans les noms (G3sg), lequel les prend en sandwich chacun.
Aussi doit-on s’attendre à un accent par Des trois constructions, seule celle autour de
mot, fixé sur la dernière ou l’avant-dernière ! ' / laisse tomber l’accent :
syllabe. C’est le cas pour tout infinitif ; pour
les noms, une minorité à plus de deux syllabes,
peut comporter des schèmes tonals tels qu’ils
laissent croire soit que l’accent y est absent, 10
soit qu’il y en a plus d’un. En effet, l'on y Après une consonne dentale (t, n, s) la voyelle
arrondie  se réalise étirée  . Donc, !!" =
rencontre des schèmes monotones bas et des
[ #$ ].
  
TAPS Proceedings

   
      ‘le rire’ singulier pluriel
     
      ‘le mur’ A A
  !    > & B C> & DEB % & ( & B C> & FGBH( & ‘fou/s’
#"  $% & '( & ‘l’âme’ A A
* & BI'FKJ = ,;B J & ( & BI'FK( & ,;BH( = ‘charbon/s’
En revanche, avec un certain mode de
dérivation nominale basé sur la préfixation- C' est le caractère actif de la préfixation qui
suffixation, la chute de l’accent du suffixe est oblige l' affixe ( = du G4pl à admettre une
systématique. Il s’agit de la dérivation qui se préfixation et l' expose, en conséquence, à la
construit autour d’un radical verbal à l’aide de perte de son accent.
l’affixe ) ( et du négatif * selon le schéma
suivant : /ka-+ -Rad-ka/. Cette dérivation, à 2.2.2. Le schème monotone haut
valeur péjorative, sert former des mots pour
qualifier un individu hostile à certaines tâches Le schème monotone haut n’est possible
ou ignorant d’un savoir de première nécessité. qu’à partir de trois syllabes. Il y intervient
Ainsi, avec les radicaux ) (, ‘compter, lire’ et lorsque le suffixe fixe son accent lui-même et
- que la syllabe initiale est accentuée. Le schème
(/. ‘cultiver’ par exemple, on a :
[HHH] qui en résulte provient donc du schème
/HBH/. On peut le vérifier dans la construction
20 1 5
3 4 4 1 3 6 4 1 3 0 7 génitive. Quand les constituants (possédé et
+ ) ( & ( & ) ( & ,8 & 8 & ‘l' ignorant’
021354 49 3:;41530 7 - possédant) de cette construction sont des noms,
+ ) ( & ( & ( & .<8 & 8 & ‘le paresseux’ les règles qui s' appliquent à leur schèmes
tonals sont les règles de propagation de H
initial et d' abaissement du H suivant, par
Il est important de noter, parce que cela exemple : 1NP Q
confirme notre hypothèse, que les suffixes dont NL M O +
la position de l' accent est invariable (G1pl, RS 3
G2pl, et G3pl) n' admettent pas de préf ixe. La = )UTV* & D ( = W O
présence impérative de l' accent avec ces ' les objets de l' enfant'
suffixes exclut toute possibilité de préfixation
car c’est le préfixe qui deviendrait, ici,
redondant. RS
Le possédant = peut se laisser substituer par
Pourtant, le G4pl qui est aussi à accent son pronom qui est ici * , sans accent. Le
invariable, admet un préfixe. C’est qu’ici le pronom possessif se comporte comme un
préfixe est actif, à la différence des préfixes affixe; il préfixe le possédé, créant ainsi un
des autres genres. En effet, dans les genres R
corps phonologique nouveau : * & X * & D ( = .
autres que le G4, seul le marqueur du singulier
est autorisé à préfixer le nom. Il demeure en 3
W O
place quand le nom passe au pluriel, ainsi R
* *
qu’on peut le voir dans les exemples ci-après Q 4 & X & DY( = 1NP Q 3 Q Q
+ +W O + gb+
avec ) ( , préfixe singulier de G3 :
‘ses objets’

singulier pluriel De tous les pronoms possessifs seuls ceux de la


) % & $% & '( & ) % & $% = % = $?> & ‘âmes’ troisième personne sont sans accent. Les autres
en sont pourvus ; ils sont donc dotés d' un H
) ( & ( & ) (, & 8 & 8 & ) ( & ( & ) ( & ,( = @ > & ‘ignorants’ qu' ilsfixent eux-mêmes. Quand un possessif
accentué, donc de ton H, se trouve en présence
Le caractère ‘actif’ des préfixes (singulier et d' un nom dont le suffixe est également de ton
pluriel) du G4 les rend commutables autant H, le nouveau corps phonologique doit gérer
que les suffixes : un schème HBH proscrit en tant que schème de
nom. Il le gère par une mutation de B médian
en H :
  
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3
 aO gbO + W O l' infinitif J & ,J = ' * & ‘disparaître, s' égarer’ dont la
464 4 1
A R
* forme de base est / W O + / (rarement une
3( = X 4 = D ( = N1 P 3
 O +W O forme de base est aussi saturée : trois suffixes,
c’est le maximum attesté). Comment  J = ,J = '( O
‘nos objets’ 464 413
dont la forme de base est / W O / a-t-il pu
Le nouveau H médian est un mutant; il n' a rien aboutir à un plateau accentuel ? Comme on le
à voir avec le H qui résulte de la propagation verra plus bas, quand un radical se débarrasse
de H initial d' une séquence HBH. En effet, de son suffixe initial pour un autre morphème,
rappelons ceci : le suffixe s' en va en laissant parfois certains
éléments de lui, dont l' accent. Il est donc
possible qu' en tombant, le suffixe = k* de
l' infinitif aitlaissé son accent au radical. De
(a) [HH' BH] renvoie à /HBBH/ sorte que ce qui accueille le suffixe ) ( = du nom
46 4 4 46 4 4
(b) ]
[HH' H " /HBH/ déverbal n' est pas/  W / mais /  O W /, ce
(c) [HHH] " /HHH/ qui donne un schème à deux accents
46 4 413
/  O W O /. Dans la mesure où il n' y a pas de
ton bas entre les deux H, cela ne devrait pas, en
pour préciser que H ne se rabaisse que s' il est
principe, poser de problème. Mais il y a quand
précédé de la séquence
A R de base /HB(B)-/. Si la même problème parce que cela fait un plateau
syllabe D ( = de ( = X * = D ( = est restée au même
accentuel et celui-ci est sensé envelopper le
niveau haut que les syllabes précédentes, c' est
corps phonologique depuis le début jusqu’au
que nous avons affaire non pas à la formule
dernier accent ;  J - serait hors de l’enveloppe
(b), mais à la formule (c), ci-dessus.
s’il était maintenu bas. Il faut donc étendre le
Le but du réarrangement en plateau plateau accentuel 4 6 4 au413 début du46 mot. 4 413 D’où le
accentuel auquel nous venons d’assister n' est passage de /   O W O / à / O  O W O /. Il est
pas de multiplier les accents au sein d' un corps d' ailleurs notable que le schème BHH dans un
phonologique qui ne devrait en comporter trisyllabe nominal ou infinitif est proscrit.
qu' un. C’est, au contraire, pour le ramen
er à un
seul accent en donnant à celui-ci une forme L' extension de l' enveloppe accentuelle se
fait vers la gauche, comme on vient de le voir,
‘dilatée’, en en faisant une sorte d’enveloppe
accentuelle. A travers cette nouvelle formule, quand il s' agi t d' y insérer le radical dans son
l’accent peut assumer son rôle de démarcation intégralité. A droite, l’enveloppe s’arrête au
dernier accent; c’est le cas dans )UT ( = FK( = @ * & , le
de l' unité accentuelle qu' est le nouveau corps 1NP3 413
phonologique. pluriel de ?) T 8 = F 8 = 8 = (/ O  O /).
Le pronom possessif accentué et préfixé C' est qu’en réalité, quand il y a un plateau
n' est pas la seule cause d' apparition d' un accent accentuel, l' accent du suffixe en marque la
‘excédentaire’ au sein d’une unité accentuelle. limite à droite, que cet accent soit fixé par le
On trouve des noms accentués à l’initiale mais suffixe ou qu' il soit flottant à gauche. Or, dans
dont la consonne initiale n’est pas celle d’un le cas du suffixe de nom @ * , l’accent est
affixe mais celle d’un radical ; par exemple, flottant; donc le plateau accentuel de       
)UT 8 = F 8 = 8 = ‘côté’ a une consonne, kp11 qui n’est s' arrête avant@ * . Il peut en être de même pour
pas une consonne de constituant grammatical. le suffixe ) ( , quand son accent flotte. On le
Cela veut dire que même un radical peut voit dans le nom verbal  ( = ,( = ) ( & ‘arrivisme’ issu
de l' infinitif ( & , * = * & ‘arriver’ et dont la forme de
introduire un accent excédentaire. Nous N3 6 4 13
donnerons plus loin une des raisons de l' apport base / O / attribue un accent au radical.
d' accent par un radical. Mais pour ertains c cas Le plateau accentuel envisagé jusqu’ici est
individuels comme U) T 8 = F 8 = 8 = , il n' est pas celui où les deux H n’encadrent qu’un B. La
possible, à partir de nos connaissances situation HB(B…)H est-elle attestée, et si oui,
actuelles, d’en expliquer l' origine. Il en est de qu’advient-il des B médians ?
même du nom déverbal  J = ,J = '( = ‘disparition’. Trois possibilités de construction entraînant
Ici, ce que l' on sait, c' est qu' il dérive de /HBBH/ au sein d’un même corps
phonologique existent :
11 1) une première concerne la construction
En effet, kp n' est la consonne d' aucun morphème
grammatical dans la langue. possessive à l’aide d’un possessif doté
  
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d’accent : le possessif cvO - peut se préfixer à un pronominal résulte d’un ‘pouvoir anti-
Q Q 
nom cvcvcvO pour donner une nouvelle
Q Q accentuel’ du marqueur verbal  , et quel
structure /cvO cvcvcvO / donc un schème /HBBH/. serait ce pouvoir ? On notera qu’il s’agit
En réalisation, /HBBH/ devient [HH' BH  ]: d’amuïssement d’accent et non d’ablation, 
puisque le pronom garde sa forme forte  ,
3 4 1P Q Q 1 7 A
R  S
 O  MO =X &  &) = la forme  faible étant, comme on le verra
plus bas,  .
notre sac ‘notre sac’
3) une troisième et dernière construction
possible est une construction verbale où le
La mutation en plateau accentuel n’a pas lieu. radical verbal se présente avec un accent.
2) une deuxième construction est une Si le radical est cv, l’accent est flottant à
construction verbale qui a, à la fois, une valeur droite /cv / ; s’il est cvcv, l’accent sera
temporelle de futur dans le passé et celle de la porté par la dernière syllabe. Quel que soit
modalité déontique. L’une et l’autre valeur le cas de figure, le radical ‘refuse’
sont fonction du contexte linguistique. Elle se
d’accueillir l’accent relateur du marqueur
construit à l’aspect
A accompli et fait appel à un
morphème, ( & . Entre le pronom sujet à gauche
verbal. Donc, entre un pronom accentué et
et le radical la syllabe accentuée du radical, il y a deux
A verbal à droite, se succèdent le syllabes sans accent : celle du marqueur
morphème ( & , l’accompli positif * et le relateur
accentuel (.O ) : verbal et celle (initiale) du radical :

Q PrS Acc Rel Rad


Pr Suj a + O Rad verb
cv cvcv cv cvcv

L’accent relateur se pose sur la syllabe initiale


du radical verbal. Si le pronom est un Ici, /HBBH/ se transforme en plateau accentuel
substitutif, donc non-accentué, on aura un [HHHH] :
schème tonal BBBH, sans intérêt. Mais si le
A
pronom sujet est un allocutif (par ex. ( =  PrS Acc Rel Rad
‘nous’), donc accentué, on aura un schème  
          
tonal HBBH, intéressant. Avec le radical
U) T % ’rentrer chez soi’, on peut construire la  "!$# ' nous avons brisé'
forme verbale suivante :
On pourrait croire que, contrairement à ce que
0 3 4 34 1P0 nous avons avancé concernant la non-fixation
 O  + O de l’accent relateur, la syllabe (initiale) du
3 3Q Q 1NP radical accepte bien cet accent ; ce qui donne
 O  + O au schème de base la configuration /HBHH/
plus facilement transformable en plateau
H B B H accentuel. En réalité, il n’en est rien ; en effet,
si le pronom sujet est non-accentué, comme
l’est &% , la syllabe (initiale) du radical reste
Ici non plus la réorganisation en plateau toujours sans accent : d’où /BBBH/ qui donne
accentuel n’a lieu. Pire, l’accent du pronom [BBBH] :
sujet disparaît et on aboutit au même schème
tonal BBBH que précédemment avec le
PrS Acc Rel Rad
substitutif :  
    '  '  '   
A A R
% & % & % &X % = ‘nous serions rentrés’  "!$# ‘ils ont brisé'

Comment interpréter un tel phénomène ? Ce qui fait la spécificité de ce troisième cas est
Faut-il croire que la perte de l’accent la présence d’un accent de radical ; ce qu’on
  
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examinera plus bas, dans l’étude de la préfixe, l’aspect c (fbl2) est celui du suffixe
hiérarchie accentuelle. non-final (1s = genre 1 singulier ; 1p = genre 1
pluriel) :

3. L’accent originel et l’accent résiduel 1s 1p 2s 2p 3s 3p 4s 4p 5


      
frt ! 
On vient de voir qu’un radical peut apporter      
dans la construction verbale un accent ; plus fbl1
   
haut, on a vu que cela pouvait être le cas dans fbl2
la construction nominale où nous avons parlé
d’‘accent excédentaire’ puisqu’il venait en plus La consonne c, forme faible de cv se réalise si
de l’accent prévu attaché au morphème. elle est suivie d’un suffixe de type v ; elle ne se
Désormais on parlera d’accent originel pour réalise pas si elle est suivie d’un suffixe cv et
l’accent de morphème et d’accent résiduel qu’elle est orale (non  ) ; toutefois elle assure
pour celui qu’apporte parfois un radical. Le une réalisation forte (sourde) à la consonne qui
terme résiduel se justifiera quand on aura vu suit grâce à son interposition entre cette
comment l’accent attaché au radical s’acquiert. dernière et la voyelle précédente12. Aussi,
3.1. L' accent originel quand la consonne du suffixe final est forte,
sait-on qu’elle est précédée d’une forme faible
On a vu plus haut que l’accent tem est associé
c, mais il est difficile de savoir laquelle des six
à l’unité grammaticale, qu’il lui soit attaché de   
consonnes possibles (!      ) est
façon permanente ou qu’il lui serve de lien au
présente. Aussi la représente-t-on, à la base,
radical. Il s’agit ici de d’examiner les quatre
catégories d’unités grammaticales (les par C13. Exemple :  ' '   ‘pierraille’ :
marqueurs de nom, les marqueurs de verbe, les
relateurs et les pronoms) et la manière dont Préf Rad (Suff1) Suff3
chacune d’elle est associée à l’accent. 14 
sg k 
  C
3.1.1. Les marqueurs de nom
On a vu plus haut que le nom (tout comme L’accent attaché au suffixe fort est soit fixé par
l’infinitif) se construit avec un ou des affixes. le suffixe lui-même, soit par la syllabe
Ces affixes ont deux positions par rapport au précédant le suffixe final. Si un suffixe final cv
radical : la position de suffixe et la position de à voyelle autre que % devient suffixe interne,
préfixe. Dans la position de suffixe, il peut y après dérivation, sous la forme de c, et si le
avoir de un à trois suffixes successifs. Le nouveau suffixe final est associé à un accent
préfixe ne peut, en revanche, être qu’unique. flottant à gauche, le suffixe interne c qui
De tous ces affixes susceptibles d’entourer le précède le suffixe final prend la voyelle
radical nominal, seul le dernier suffixe est épenthétique  pour accueillir l’accent.
obligatoire ; lui seul a la forme forte et est Exemple :  ' '     ' , pluriel de  ' '   :
accentué :
Préf Rad (Suff1) (Suff2) Suff3
   
(Préf) Rad (Suff1) (Suff2) Suff3 pl  C

12
Au plan segmental, la forme forte et la forme On sait que le contact immédiat avec une voyelle
qui précède affaiblit (sonorise) la consonne.
faible des suffixes peuvent être identiques 13
Toutefois, lorsqu’un suffixe cv final devient
quand la voyelle constitutive est % ; dans ce suffixe intermédiaire après adjonction d’un
cas, c’est seulement par l’accent que le suffixe nouveau suffixe final, la consonne c se prononce en
final, la forme forte, se démarque de la forme prenant une voyelle épenthétique, en l’occurrence  ,
faible. Quand la voyelle constitutive est autre qui n’empêche pas la réalisation forte de la
que % , et que la forme forte est cv, la forme consonne suivante : ex.     ‘scarifier’,     ! 
faible prend deux aspects : un aspect cv avec ‘scarification, vaccination’.
14
pour voyelle  , un aspect c (donc dépourvue de La réalisation de la voyelle du préfixe est
toute voyelle) ; l’aspect cv (fbl1) est celui du soumise à la double harmonie vocalique ATR et
d’arrondissement.
  
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3.1.2. Les marqueurs de verbe ils ont vu quand ils ont détalé
Le verbe a ses marqueurs : aspectuels, ‘quand ils ont vu le guépard, ils ont détalé’
modaux, temporaux et négatifs. Ils sont
principalement préfixés au radical. Seul le Il en existe bien d’autres, soit à forme
marqueur du statif est suffixé. En tant que forte, donc cv comme 6 798 et 79: 6 ; soit à
suffixe, le marqueur du statif
 est associé à un forme faible réduit à c ; ces derniers sont
accent flottant à gauche : . associés à un accent relateur flottant ou
fixé, comme c’est le cas de < = , relateur de
PrS Rad stat ‘ils sont debout’ l’une des constructions génitives qui associe un
       nom à un pronom pour marquer l’appartenance
      à un lieu, une communauté, etc.

En revanche les marqueurs préfixés adoptent nom Rel Pr


>?!@!?.ACB?.D2?
B? E
une forme faible, dépourvue d’accent : <= G H K G H MNG H O = K G H
F*G H I%JL
‘les ressortissants de
Kadambara de eux Kadambara
Acc positif Acc négatif Inacc
   
Il faut préciser ici que l’accent relateur ne se
situe pas au même niveau que le morphème
Toutefois, ils sont reliés au radical (marques relateur. Comme relateur, l’accent ne relie
d’aspect accompli) ou au pronom sujet qu’un morphème de forme faible et préposé à à
(marque d’aspect inaccompli) par un accent l’élément dont il est dépendant.
relateur.
3.1.4. Les pronoms
PrS Le pronom, comme on sait, a un statut
  Acc

Rel

Rad
 !"
‘ils se sont levés’
    !   hybride. C’est un nominal et, comme tel,
capable d’assumer les fonctions syntaxiques du
PrS ‘ils ne se sont pas levés’ nominal. Malgré cela il n’est pas une unité
  Acc
# 
Rel

Rad
 !"  $%  &  !   lexicale mais une unité grammaticale. Comme
telle, et à l’instar de toute forme grammaticale,
PrS il peut avoir une forme forte et une forme
  Rel

Inacc Rad
 ' !
‘ils vont se lever’
 (    !  faible. La forme forte est dotée d’un accent, la
forme faible en est dépourvue.
3.1.3. Les relateurs15
1sg 2sg 3sg 1pl 2pl 3pl
Le relateur (Rel) est une unité grammaticale
qui relie des noms ou des propositions dans un fort O0G = P QSR T P USP V%R T P WYX T P Z RLP
rapport de coordination ou de subordination. faible W0R [ U V X X Z R
C’est le cas de  () qui coordonne ici un
pronom (Pr) et un nom :
La troisième personne, c’est-à-dire le pronom
Pr Rel nom substitutif, est dépourvu d’accent à la forme
  !+  forte, ainsi que le montre le tableau des
 (*  (),.- 
eux et enfant ‘l’enfant et eux’ pronoms ci-dessus. La forme forte qu’on
trouve comme possessif devant le nom ou
C’est aussi le cas de *
(   dans subordination de pronom sujet dans la conjugaison est préfixe.
deux propositions : Elle se lie à l’élément qui suit, d’où le trait
d’union ; la forme faible, quant à elle, est
Subordonnée Subordonnant Principale préposée ; elle est reliée à la base verbale, en
  (*  /0   12  (*    34  tant qu’indice de personne, par un accent
relateur qui se fixe sur la syllabe (initiale) du
radical verbal ; ex. avec le pronom faible Z R et
15
Pour plus de détails sur les relateurs, notamment le radical \ X !] _X ^ :
ceux à initiale 5 , voir notre article à paraître dans
Gur Papers (Université de Bayreuth) de janvier
2002
  
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Z R '\  X T  ]!X  ^  Suj Acc Rel Rad
   '1(  2
laisse ! eux Rel se ternir debout * Z , , , T ‘ils ont coupé’
‘Laisse-les se tenir debout’
Mais, le plus souvent, au lieu de tomber 
intégralement comme c’est le cas ici de W , le
De la forme forte est dérivée la forme suffixe infinitival laisse au radical une partie
emphatique, plus précisément la forme de lui. Cela peut être un élément segmental,
nominale du pronom. Le dérivatif varie selon mais cela peut être l’accent. Après la chute
qu’il s’agit d’allocutif ou de substitutif. Avec (partielle) du suffixe, le radical restant (appelé
l’allocutif, il est *R T et avec le substitutif il est alors base) est la forme du radical qui entre en

W0U -. En tant qu’unité grammaticale, le relation avec les marqueurs verbaux ; c’est lui
dérivatif est doté d’un accent. La base, en tant qui est repris par l’impératif singulier, sans
qu’unité grammaticale elle aussi, peut autre apport supplémentaire ; c’est donc grâce
également avoir un accent, de sorte que à l’impératif qu’on est en mesure de détecter la
l’emphatique allocutif est un mot à deux chute partielle ou intégrale du suffixe. Voici
accents, qui forment un plateau accentuel : trois comportements différents de suffixe, à
 
partir de 0+ , T W , +0, \'X T dont on connaît déjà les
 
allocutifs substitutifs suffixes et +0, X T X (‘nourrir’) qui, lui, a pour
1 2 3 suffixe T X :
         
 
 Rad Suff Suff Base
sg  W! T T "  Q# T T "  U W0U T ^$" '1( 
 3  * +0,
‘moi’ ‘toi’ ‘lui’ '1(
 &      &   C  * 0+ , \ X'P
%   ' (
1
 * 0+ , X T P
pl  V T T "  W X T T T " /  WYX T X T "  Z R W T ^$"
‘nous’ ‘vous’ ‘eux’ Ainsi qu’on le voit, le suffixe T W tombe
intégralement ; le suffixe \ X T , lui, tombe
partiellement : il laisse toute la partie
3.2. L' accent résiduel
segmentale au radical ; le suffixe T X , quant à lui,
Le suffixe est, en principe, commutable. S’il tombe partiellement aussi, mais c’est la partie
est nominal, il cède sa place à un autre quand prosodique du marqueur qui reste accrochée au
on change de nombre ou de genre. S’il est radical. L’accent resté accroché au radical est
infinitival, il cède sa place soit quand il s’agit l’accent résiduel. Cet accent peut se trouver en
de passer d’une classe d’infinitifs à une autre, concurrence avec l’accent de marqueur
par dérivation, comme ici : grammatical lors de la construction d’un corps
phonologique. Ainsi, dans une conjugaison à
l’accompli et à la troisième personne, tandis
Rad Suff Suff
')(   que l’accent relateur de l’accompli X est seul
 * +, T W ‘trancher’ dans la structure avec les bases +0, et +0, \X -, le
')( &  
C * +, X T ‘scarifier’ même accent entre en concurrence avec
   
')(
C * +, \X T ‘couper’ l’accent résiduel de la base 0+ , X T P :
')(  -.   /
* +, , X T ‘élaguer’ Suj Acc Rel Base
   '1(
  
‘ils ont tranché’
soit quand il s’agit de laisser la place à  des ' ( 3 
1
   ‘ils ont coupé’
marqueurs verbaux16. Aussi l’infinitif 0+ , T W se ' (  
1
‘ils ont nourri’
débarrasse-t-il de son suffixe T W quand le
radical entre en conjugaison, à l’accompli par L’accent résiduel peut être flottant, en fin de
exemple : radical. Dans cet état et dans cette position, il
ne peut être décelé que grâce au schème tonal
tel que configuré quand un accent originel est
16 en concurrence avec un accent résiduel attesté
Le marqueur nominal qu’est, en fait, le suffixe
infinitival et le marqueur verbal sont incompatibles
au sein de la même unité accentuelle.
autour du même radical.
  
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Pour nous en rendre compte, reprenons les Après fixation de l’accent flottant du marqueur
trois structures ci-dessus. Dans les deux verbal, on a sur les trois premières syllabes de
 . ')(  
premières où l’accent originel, celui du relateur % un schème de base /HBH/ qui doit se
est seul, on a un schème tonal dont le pic transformer en plateau accentuel [HHH], ce
mélodique se situe sur la syllabe qui reçoit qui est le cas puisqu’on a :
l’accent flottant : respectivement BBH et
  '1(  2
BBHB : V , T,T ,T
% *

   ')(  2 Avec la base verbale 0+ , X T P on aura, dans les
   * Z ,  , 2 , T  mêmes conditions, un schème tonal de base
' ( 3 
)
* Z , , , T \X ^ /HBBH/ où les H sont l’accent originel de
l’allocutif et l’accent résiduel de la base
En revanche, l’accent du marqueur ne 
se fixe verbale. Malgré les deux B médians le plateau
pas sur la syllabe initiale de 0+ , X T P de la tonal a lieu, ce grâce aux deux H encadreurs.
troisième structure. Le pic mélodique se situe D’où la réalisation [HHHH] :
sur la syllabe porteuse de l’accent résiduel, soit
BBBH :   ')(   2 
% * V , T , T , T XT ^ ‘nous avons nourri’

   ')(     2   
* Z , , , XT ^ Si \ T P n’avait pas d’accent flottant, en refusant
 
de fixer l’accent relateur, la structure /% a - -

Ce qui veut dire qu’une base comportant un se - n’aurait abouti qu’au schème [HHB] (<
accent résiduel ne peut accueillir   un 
accent HBB ). Or on a un schème [HHH] comme si
flottant. Considérons l’infinitif \ T ‘courir, deux H, dont celui de droite est invisible,
 
fuir’ qui se construit avec le radical \ et le encadraient les deux B des syllabes X et \ . De

suffixe X .. En tombant, son suffixe laisse une fait, on ne peut avoir [HHH] que si les deux B

base qui est, en apparence, \ P , puisqu’à médians sont encadrés par deux H dont le

l’impératif singulier on a \ ^ ‘cours !’. Si telle dernier est celui d’un accent résiduel. D’où :

est la vraie forme de base, le radical \ -, en
      3      
entrant dans structure - - - Rad , devra % * V T T T^ ‘nous avons couru’
accueillir l’accent relateur, à l’instar de 0+ , et
+0, \X'P . Or il n’en est rien, puisque le schème    
Les schèmes tonals de base de /% a- -c( -/ et
tonal obtenu est BBB. l’accent flottant    
de /% a- -se -/ sont identiques, sauf qu’à la
n’apparaît pas : réalisation le dernier H de la deuxième
         structure est absent.
* Z ^ ‘ils ont couru’
L’accent résiduel peut donc être fixé ou
L’accent relateur n’a pas été accueilli par le flotter. Quand il s’agit du radical verbal, il est
 relativement aisé d’en expliquer l’origine ainsi
radical, à l’instar de 0+ , X T P , comme si se- était,
  que nous venons de le faire, parce que les
en réalité, \ -, avec un accent résiduel flottant.
     opérations de construction de corps
La structure de base qui se réalise Z ^ ne
peut être que : phonologiques sont ‘vivantes’. Dans le cas des
radicaux nominaux, l’explication est rendue
   3   plus difficile. Ici, les corps phonologiques sont
‘sclérosés’, étant des fossiles de constructions
  qui n’ont plus cours. On peut, toutefois,
On pouvait s’y attendre parce que seT e et +, X T X
reconnaître que les plateaux tonals dus à
ont le même suffixe T X . Mais on peut confirmer
l’encadrement de deux H dont le second
la conclusion à laquelle on aboutit par une
représente un accent résiduel et observés dans
autre démonstration. Pour ce faire, remplaçons
quelques noms ont des origines diverses :
dans les quatre structures de base ci-dessus
certains sont une copie de la mélodie
exploitées, le substitutif Z R par un allocutif
d’emprunt, cas de   R T NR T  T R T R T U T ^ nom de localité
fort, doté d’un accent fixé, V%R T ‘nous’, par
emprunté au dendi (Nilo-Saharien du Bénin)
exemple.
  R T NR T  R T R T T ‘nouvelle ville’ ; d’autres relèvent


d’opérations diachroniques ou de composition


Suj

Acc

Rel

Base
')( auxquelles il est difficile de trouver une
% ‘nous avons tranché’
  
TAPS Proceedings

explication, cas de + T T W0R T ‘grillons’ ; d’autres, nom Rel Postp



enfin, relèvent de la dérivation, cas de  , T , T ]R T - .    -   /
* #X X9U T  R T R T ^
‘disparition’, vu ci-dessus.
arbre dans ‘dans l’arbre’
3.3. Discrimination et hiérarchie accentuelles
Il est temps d’examiner la discrimination il est [ T avec accent ‘suffixé’ quand il relie un
que l’accent établit entre les unités adverbe interrogatif à un pronom :
linguistiques (lexicales et non-lexicales), entre
les unités grammaticales auxquelles il est Interr Rel Pr
naturellement associé. L’accent résiduel a fait      
de l’accent associé à l’unité grammaticale un *  W Z RT
accent originel. Les deux accents n’ont pas la quoi ? eux ‘lesquels ?’
même résistance lorsqu’il s’agit d’en
supprimer un pour les besoins de la il est [ T avec accent ‘infixé’ quand il relie un
construction d’une unité accentuelle. Il y a nominal à un pronom :
donc hiérarchie ; au profit de quel accent ?
A l’origine, l’accent discrimine les radicaux nom Rel Pr
-    
qui ne lui sont pas associables et les unités  *  W TZ R
grammaticales (marqueurs et relateurs) qui lui
sont associables. Au sein des unités Tem eux ‘Ressortissants tem’
grammaticales, il discrimine les unités 
effectivement associées et celles qui ne le sont il est [ avec accent ‘préfixé’ quand il relie un
pas ; il participe ainsi à la discrimination de la pronom à un infinitif dans la construction de
forme forte et de la forme faible de la même l’inaccompli :
unité. Enfin, il accompagne les changements
de forme de la même unité quand celle-ci passe Pr Rel Inf
&    
d’un contexte syntaxique à l’autre. Pour  * Z R T R TW
assurer ces discrimination au sein des unités
ils Inacc faire ‘ils vont faire’
associables et effectivement associées, l’accent
use de sa mobilité autour de l’unité : il est soit
fixé par l’unité, soit flottant autour d’elle ; La cohabitation de l’accent associé à
quand il flotte, il est soit flottant à gauche, soit l’unité grammaticale et celui résiduel du
flottant à droite. On peut alors parler de radical révèle un rapport hiérarchique entre
‘préfixation’ pour la flottaison à gauche, de les deux accents en faveur du dernier. On a
‘suffixation’ pour la flottaison à droite et pu s’en rendre compte ci-dessus. Un accent
d’infixation’ pour la fixation sur l’unité originel flottant ne peut se fixer sur une
associée. Schématisons : syllabe appartenant à un radical qui a un
Unités/accent accent résiduel. Par ailleurs, on sait qu’un
schème /HBBH/ ne se réalise [HHHH] que
si H final est résiduel.
non associables associables L’accent résiduel semble plus ‘fort’ que
l’accent originel. Cette force se confirme dans
la situation où l’originel et le résiduel étant
non associées associées concurrents, l’un doit tomber au profit de
l’autre. Le dérivatif na- se suffixe au radical
verbal pour lui donner un trait sémantique
préfixation supplémentaire, celui d’accompagnement’ :
infixation
suffixation 3 & 
Simple : \ R ! R ^$" ‘tomber’
3    
et illustrons avec le relateur [ dans son rapport Dérivé :  \ R R*R T ^ " ‘tomber avec’
avec l’accent relateur dans ses variantes
transcatégorielles : il est sans accent quand il
relie un nominal à une postposition :
  
TAPS Proceedings

Quand le radical verbal comporte déjà un Plusieurs arguments permettent de soutenir que
accent résiduel, l’accent originel du dérivatif c' est plutôt l' inverse qui s' est passé.
tombe : Le premier part de la cause même du
‘glissement’, à savoir la présence de syllabe
 (    sans ton. Il se trouve que, s' agissant du Tem, la
Simple :  \ , XT ^ " ‘soulever’
 (     syllabe sans ton est la syllabe lexicale. Or il
Dérivé :  \ , X T )R T ^$" ‘soulever avec’ n' est pas pensable qu' une langue crée des tons
pour distinguer une petite poignée d' unités
significatives que sont les morphèmes
4. Conclusion grammaticaux à l' exclusion des unités lexicales
qui sont les unités ayant le plus besoin de traits
Il ressort de notre étude que le Tem a un accent de distinction du fait de l' importance de leur
qui, en surface, se manifeste par deux tons haut paradigme.
et bas. Le ton haut exprimant la présence Le deuxième argument est relatif à la taille
d' accent et le ton bas exprimant l' absence des unités lexicales et de leur besoin de
d' accent. Expression de surface, les deux tons distinction. Plus une unité lexicale est étroite,
organisent un niveau autonome qui élabore des courte, proche du monosyllabe, plus elle a
règles de comportement telles que le downdrift besoin de traits de distinction pour ne pas être
et le downstep, indépendamment de l' accent; confondues à d' autres. Parmi ces traits
des règles qui, parfois, rendent l' accent distinctifs, il y a, le plus souvent, les tons. Or,
invisible (rappelons-nous, par exemple, qu' une pratiquement, toutes les études diachroniques
séquence à deux accents comme /H1BH2B/ est font remonter la classification nominale des
réalisée [H1H1BB]). langues Niger-Congo au proto-Niger-Congo.
Le Tem est donc une langue à accent tonal. Dès le départ donc, le nom Niger-Congo était,
Cette langue Gur n' est certainement pas la au minimum dissyllabique (une syllabe
seule à disposer d' un tel système au sein de sa lexicale et une syllabe affixale). C’était là une
famille et, même, au sein du phylum Niger- taille suffisamment large pour se passer de
Congo, puisque, selon G.N. Clements (2000 : distinction par les tons. Aujourd' hui l' on
152) « The majority of African Languages are constate que les langues tonales que l’on
tone or tonal-accent languges ». Mais dans la reconvertit en langues accentuelles sont, le
même famille et dans le même phylum, il plus souvent, les langues bantu et gur, celles
existe des langues dotées d' un véritable précisément qui ont une morphologie riche,
système tonal. Entre langues génétiquement notamment des classes nominales actives. A
apparentées la bipartition langues à accent contrario, les langues où l' on a de véritables
tonal et langues à tons suppose un passage d' un systèmes tonals sont celles qui ont une
type à l' autre. Quel est donc le système qui morphologie simplifiée, donc des unités
serait passé à l' autre ? lexicales à taille réduite.
L' opinion générale fait descendre le Le troisième argument concerne le système
système accentuel du système tonal. Selon G. prosodique du proto-Niger-Congo. L' on
Philippson (1998 : 429) « Les langues de cette signale que « the commonest type of system,
famille [bantu] manifestent un ' glisse ment' widely found in Niger-Congo […], opposes
interne vers un système à accent »; ce que two distinctive tone levels » (G.N. Clements,
confirme A. Rialland (1998 : 422) qui écrit : « id). Or ce sont ces systèmes à deux tons qui
Entre langues à tons et langues à accent, il y a, sont de plus en plus reconvertis en système
en fait, une continuité »; et elle donne la cause accentuel. De plus, la reconstruction propose
de ce glissement : « La présence de syllabes un proto-Niger-Congo à deux tons : « It is
sans ton constitue déjà une première étape en generally believed that Proto-Niger-Congo had
direction d' un système accentuel ». at least two tones » (K. Williamson et R.
Une telle opinion n' est-elle pas nourrie par Blench, 2000 : 38). Et si ce que l' on suppose
l’évolution de la linguistique africaine qui a être un système à deux tons n' était qu' un
découvert des langues tonales avant de système à accent tonal ? On l' a bien vu en
découvrir parmi celles-ci, des langues Tem, l' accent tonal se traduit en surface par
accentuelles (voir, par exemple Hyman, 1981)? deux tons, capables de se donner une
organisation autonome.
  
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Il semble qu' il faille aller à l' opposé de Tchagbalé, Z. (1976). Phonologie et tonologie
l' opinion établie car il ne paraît pas logique que du Tem, Thèse de Doctorat de 3e Cycle,
les langues qui, par leur système de classes Université de Paris 3 - Sorbonne Nouvelle.
nominales, sont restées les plus proches du Tchagbalé, Z. (1998). ' Le ton bas de la
proto-Niger-Congo soient celles qui innovent consonne forte dans quelques langues
en matière prosodique. Il nous semble africaines' ,Faits de langues n° 11-12 : Les
nécessaire de relancer les études sur la langues d'Afrique subsaharienne,
détection des systèmes accentuels camouflés OPHRYS, 441-454.
derrière un système soi-disant tonal. Les études
Tchagbalé Z. (1998). ‘Le verbe tem’, Gur
diachroniques en matière prosodiques
Papers / Cahiers voltaïques 3, 129-142.
devraient s' orienter vers la rech erche du
passage du système tono-accentuel originel au Tchagbalé, Z. (2000). ‘L’infinitif tem, statut et
système de l' accent fixe (peulh, wolof) et au structure’, Cahiers voltaïques / Gur Papers
système tonal. Dans ce dernier cas, il serait bon 5, 169-180
de sérier les systèmes selon leur évolution vers
Tchagbalé, Z., ' Les relateurs à consonne :
d' indiscutables systèmes tonals.
parenté génétique, transcatégorialité et
problématique de la coordination en Tem'
5. Références (à paraître dans Gur Papers, janvier 2002)
Williamson, K. & R. Blench (2000). ' Niger
-
Clements, G. N. (2000). ' Phonology' African
, Cong' , African Languages. An
Languages. An Introduction', ed. by Bernd Introduction', ed. by Bernd Heine and
Heine and Derek Nurse, Cambridge Derek Nurse, Cambridge University Press,
University Press, 123-160. 11-42.
Hyman, L. M. (1981). ' Tonal Accent in
Somali' ,Studies in African Linguistics, Vol
12, n° 2, 169-203.
Kaboré, R. & Z. Tchagbalé (1998). ‘ATR,
ouverture et arrondissement vocaliques
dans quelques systèmes africains’, Les
langues d’Afrique subsaharienne, Faits de
langues n°11-12, Ophrys, Paris, 467-490.
Kenstowicz, M., E. Nikiema & M. Ourso
(1988). ' Ponal polarity in two Gur
Languages' , Studies in the Linguistic
Sciences, Vol 18, n° 1, 77-103.
Philippson, G. (1998). ' Evolution des systèmes
prosodiques dans les langues bantu :de la
typologie à la diachronie' ,Faits de langues
n° 11-12 : Les langues d'Afrique
subsaharienne, OPHRYS, 429-440.
Rialland, A. (1998). ' Systèmes prosodiques
africains' ,Faits de langues n° 11-12 : Les
langues d'Afrique subsaharienne,
OPHRYS, 407-428.
Tchagbalé, Z. (1972/73). Recherches
phonématiques et prosodiques sur le Tem,
langue voltaïque, Rapport de fin de
Première Année du 3e Cycle, Université de
Paris 3 - Sorbonne Nouvelle.

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