La philosophie de Jean-Paul SARTRE.
Philosophe majeur du 20e siècle, compagnon de Simone DE BEAUVOIR, qui vivaient et
enseignaient à Paris. Oeuvre considérable, autant littéraire que philosophique (essais, articles, pièces
de théatre, romans… reçoit le prix de Nobel de littérature qu’il refuse). Connu aussi pour ses
engagements politiques (figure de l’intellectuel engagé, avec Camus) : milite contre la guerre
d’Indochine, guerre d’Algérie (en fait contre les colonialismes), soutient la révolte étudiante de mai 68
et y participe, fonde le journal Libération en 1973… Oeuvre majeure : L’existentialisme est un
humanisme, publiée en 1946, et retranscription d’une conférence donnée pour expliquer sa théorie
philosophique qu’il baptise l’existentialisme.
Citation 1 : « L’existence précède l’essence »
➞ Définition de l’existentialisme : s’oppose à l’essentialisme (théorie qui considère qu’il est possible
de décrire l’essence des choses de manière fixe / de désigner pour une chose une identité pure /
originelle : dire l’homme est comme ça, dès la naissance et jusqu’à sa mort, qu’une femme c’est comme ça et
pas autrement) = l’existentialisme suppose au contraire que l’homme va créer sa propre essence à
travers son existence, et que rien n’est déterminé à l’avance (personne ne lui impose une définition / un
concept / une façon d’être à l’avance = tout ça est construit). Phrase existentialiste de Simone de
Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ».
➞ L’Homme, puisqu’il est un être conscient et pensant, n’a pas de nature prédéfinie avant d’exister
(comme les objets) : sa conscience de lui même lui permet d’avoir une distance avec lui même, et donc
lui permet de changer, d’évoluer, d’avoir des caractéristiques différentes au cours de sa vie. Il se
construit donc à travers une histoire, une culture, des actes, son existence → son essence, il a la liberté
de se définir comme il le souhaite, à chaque instant, et de développer son essence (qui peut alors
changer tout au long de sa vie).
➞ Critique de la religion : qui pense que Dieu a créé l’homme (l’essence de l’homme = pêcheur, mais
rédempteur, bon, pieux, travailleur…), puis que l’homme existe en fonction = pour Sartre, l’homme
existe d’abord en étant rien, puis il se définit à travers ses actes (il choisit son essence).
Citation 2 : « L’Homme est jeté dans l’existence »
➞ Conséquence de l’existentialisme : il y a donc une liberté radicale du sujet = l’homme est la
liberté. Son existence n’est pas nécessaire = ce qui ne peut pas ne pas être ou être autrement : comme
elle le serait dans la conception religieuse = fondée en raison, qui a un sens déjà défini, qui doit
atteindre un but, qui ne peut pas être autrement. Son existence est contingente = ce qui peut être ou
ne pas être, être autrement : l’homme ne sert à rien, n’a pas de finalité, son existence est injustifiable.
Citation 3 : « L’homme est condamné à être libre »
➞ Phrase paradoxale : pour Sartre l’homme est condamné en un sens car il a une liberté absolue : il
est la liberté et il n’a pas choisi cette liberté : il ne sert à rien, il est là sans raison, il est « jeté dans
l’existence » et doit décider de qui il veut être.
➞ Plusieurs conséquences de cette liberté radicale :
(1) La responsabilité : puisque l’homme doit décider de son existence, il devient le seul
responsable de ses actes / choix / décisions, il est la cause principale de sa vie, il ne pourra s’en
vouloir qu’à lui-même à la fin de sa vie. Ce n’est plus Dieu qui est à l’origine du bien et du mal,
les valeurs viennent de l’Homme lui-même.
(2) L’angoisse : cette liberté première et cette entière responsabilité génère chez l’homme de
l’angoisse, une peur interne = l’angoisse qu’il y a à chaque instant de multiples possibles /
possibilité et que ça va être à lui seul de décider de sa vie (l’orientation en terminale c’est
angoissant car vous choisissez totalement de votre vie, vous êtes libres et seuls face à un tas de
possibilités, et vous serez responsables de ce choix). La liberté apparaît à l’Homme comme un
fardeau, il n’a pas d’excuses, il ne peut pas échapper à sa liberté : à chaque instant il va devoir
faire des choix fondamentaux pour sa vie, décider seul de ce qui le détermine.
(3) La mauvaise foi : c’est pour ça que selon Sartre les hommes inventent tout un tas d’excuses
pour essayer de se cacher leur liberté et ne plus subir d’angoisse, c’est ce qu’il appelle la
mauvaise foi, une manière d’être lâche (se réfugier derrière des excuses comme le
déterminisme psychique, le déterminisme social : dire “Ce n’est pas de ma faute si j’ai fait de
mauvaises études, si j’ai des mauvaises notes, c’est à cause de mon milieu social, j’étais déterminé à
râté, j’étais fait pour être nul…” ou “C’est normal que je frappe ma femme, mon père battait ma mère
alors j’étais déterminé à reproduire se schéma…”).
Citation 4 : « Chaque personne est un choix absolu de soi »
➞ Conclusion : idée majeure du choix chez Sartre, ce qui fait qu’on peut toujours faire d’un obstacle
autre chose, c’est un choix de le voir comme un obstacle ou pas, ça ne tient qu’à nous = “Pff j’ai eu une
mauvaise note en maths, de toute façon c’est pas mon truc, j’ai toujours été nul = non, ça ne tenait qu’à toi de
t’acharner, tu as choisi de te voir comme nul et de le rester”.
➞ Le choix est très important chez Sartre, puisque chaque moment de notre vie, le choix décide de
moi, il me détermine : au fond, exister, c’est toujours risquer et choisir. Tous les choix sont toujours
justifiables, mais c’est en choisissant que je donne une signification à la situation grâce et à travers
mon choix (par pure liberté) = Je suis face à des bandits qui agressent qqn. Puisque je n’ai pas de nature
prédéterminée, qui je choisis d’être ? je choisis d’être héroïque et d’aider la personne devant moi ou est-ce que je
choisis de fuir et d’être un lâche ? Si je reste, j’aurai considéré que l’héroïsme et l’entraide sont des valeurs qui
ont plus de sens et d’importance dans mon projet d’existence, dans mon système de valeurs.
➞ Pour être même plus précis, il faut dire que chez Sartre l’Homme est d’autant plus libre que ses
choix ne sont jamais gravés dans le marbre ou définitifs : le choix que je fais ici et maintenant a
certes une portée marquante sur mon existence sur le moment, il oriente mes choix futurs, mais il
pourra toujours être réinterprété par un futur autre choix.
➞ Au fond, l’Homme se donne toujours une nature provisoire : une essence qui évolue (c’est pour ça
que son essence suit son existence pour revenir à la citation 1). Je peux toujours, avec les années
devenir de plus en plus prévisible, mais selon Sartre cela dépend aussi de moi d’aller à l’encontre de
cela. Exemple : si pendant des années j’ai vécu dans la délinquance, je suis libre, je peux décider un jour, que je
ne veux plus décider de ma vie selon ce système de valeurs, selon ce projet-là, et décider de devenir honnête.
Cela n’effacera pas les années où j’ai vécu dans la violence, mais par ce nouveau projet, qui est de vivre
honnêtement, je donne un sens nouveaux aux années de violence et à mon projet actuel. En entrant dans la voie
de l'honnêteté, je donne un sens nouveau aux années de délinquances : je considère que ces années étaient une
erreur et qu’il est préférable de vivre honnêtement.
CONCLUSION :
➞ Pour préciser, il est utile de dire que chez Sartre au fond la liberté est toujours ce qu’il appelle une
“liberté en situation” : c’est à dire qu’il est évident que l’Homme n’a pas non plus une liberté absolue
et pourrait faire tout ce qu’il veut quand il veut, il y a évidemment des situations dans lesquelles on
évolue que l’on n’a pas choisies = être dans une famille pauvre, vivre pendant une période de guerre… MAIS,
face à un certain nombre de possibilités, je suis en revanche libre de faire quelque chose de la
situation que je vis = je ne choisis pas de vivre pendant la Seconde Guerre mondiale, mais je peux choisir ma
manière de réagir face à cet événement, càd résister ou collaborer.
➞ Pour Sartre, il n’y a pas de déterminisme absolu et radical qui me fait agir nécessairement de
telle ou telle manière, je sens toujours en moi la liberté et la possibilité de faire autrement que les
forces qui me poussent.