Histoire Prude 🌸
Le Thé de Quatre Heures
Marguerite avait soixante-deux ans, des cheveux blancs impeccablement coiffés, et une opinion très
arrêtée sur la longueur convenable des jupes.
Ce mardi-là, elle reçut sa voisine Colette pour le thé. Colette arriva avec une tarte aux pommes et
une nouvelle renversante : son petit-fils venait de demander en mariage une jeune femme
rencontrée sur Internet.
— Sur Internet ! répéta Marguerite, comme si on lui avait annoncé une rencontre dans une ruelle
sombre.
Elle versa le thé avec une dignité de reine, pinça délicatement les lèvres, et posa la théière.
— Et... ils se connaissent depuis longtemps ? demanda-t-elle, espérant au moins six mois de
correspondance épistolaire.
— Trois semaines, dit Colette en souriant.
Marguerite faillit renverser son Earl Grey. Elle se ressaisit, rajusta son châle en laine beige, et déclara
solennellement :
— Alors j'espère qu'ils auront de longues fiançailles.
Colette éclata de rire. Marguerite résista encore deux secondes... puis rit aussi, doucement, du bout
des lèvres — ce qui, pour elle, équivalait à un fou rire.
Elle resservit du thé.
— Elle est bien, cette fille, au moins ?
— Charmante. Médecin.
— Médecin. dit Marguerite, et pour la première fois de la journée, elle sourit franchement.
— Je suppose qu'Internet a du bon, concéda-t-elle à voix basse, comme un aveu de confession.
Elles mangèrent la tarte en silence, satisfaites.
Fin.
IMPACT
02:24
Determined to craft emotionally powerful narrative in French
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Impact
Le médecin entra dans la salle d'attente à 14h37.
Il n'avait pas besoin de parler. Son visage suffisait.
La femme au premier rang — celle qui tricotait depuis deux heures pour ne pas penser — posa ses
aiguilles sur ses genoux. Lentement. Comme si elle voulait retarder d'une seconde encore le moment
où le monde basculerait.
Il s'agenouilla devant elle.
— Madame Ferrier...
Elle leva la main.
— Attendez.
Il attendit.
Elle regarda par la fenêtre. Un pigeon marchait sur le rebord. Un bus passa. Une femme dehors riait
au téléphone, la tête renversée en arrière, insouciante et lumineuse.
Le monde continue, pensa-t-elle. Même maintenant. Même là.
Elle regarda le médecin.
— Maintenant, dit-elle.
Il parla. Les mots étaient médicaux, précis, inutiles.
Elle n'entendait que le silence entre eux.
Dans le couloir, en sortant, elle croisa un homme qui courait — blouse blanche, café à la main,
téléphone coincé entre l'épaule et l'oreille. Il faillit la renverser, dit pardon sans la regarder, disparut.
Elle resta immobile une seconde.
Puis elle sortit dans la rue, s'assit sur un banc, et appela sa fille.
Ça sonna trois fois.
— Maman ? Tout va bien ?
Elle ferma les yeux.
— J'ai besoin que tu viennes.
Ce soir-là, elles mangèrent ensemble sans allumer la télévision.
Pour la première fois depuis des années.
Fin.
INFLUENCE
02:25
Conceived literary narrative exploring thematic influence
Conceived literary narrative exploring thematic influence
Influence
Il avait dix-neuf ans quand il rencontra le professeur Karim.
Pas dans une salle de classe. Dans un couloir, un jeudi soir, devant une poubelle renversée que
personne ne relevait.
Karim la releva.
Bastien le regarda faire, les mains dans les poches, l'air de celui qui a décidé depuis longtemps que le
monde ne méritait pas ses efforts.
— Vous faites ça pourquoi ? demanda-t-il.
Karim se redressa, épousseta ses mains.
— Parce que c'était par terre.
Bastien suivit son cours de philosophie le semestre suivant. Pas par intérêt. Par curiosité vaguement
hostile.
Il s'assit au fond. Bras croisés. Mâchoire fermée.
Karim ne le regarda pas plus que les autres.
Ce fut la première fois que quelqu'un ne chercha pas à le convaincre de quelque chose.
Un mardi, Karim écrivit au tableau une seule phrase :
Qui t'a appris à penser ce que tu penses ?
Bastien rentra chez lui et ne dormit pas.
Il repensa à son père et ses certitudes tranchantes comme des couteaux. À ses amis et leurs colères
héritées. À toutes les opinions qu'il portait comme des vêtements qu'on lui avait enfilés enfant, sans
lui demander sa taille.
Il réalisa qu'il n'avait presque jamais eu une pensée qui fût vraiment la sienne.
Il ne devint pas philosophe.
Il devint menuisier — comme il en avait toujours eu l'envie secrète, sans jamais s'être autorisé à
l'écouter.
Le jour de sa dernière année, il passa dire au revoir à Karim.
— Vous m'avez changé, dit-il, un peu maladroitement.
Karim secoua la tête.
— Je n'ai rien fait.
— Vous avez relevé une poubelle.
Karim sourit.
— Alors c'est toi qui as fait le reste.
Vingt ans plus tard, Bastien apprit que Karim était mort.
Il ferma son atelier, prit son manteau, sortit marcher.
En chemin, il vit un vélo renversé sur le trottoir.
Il le redressa.
Parce que c'était par terre.