Part 2
Part 2
63
M. Dernouny, op. clt, p.90 et 91
16
qui régnait entre les deux Etats64. Une telle entente a permis un échange fructueux
surtout sur le plan économique. Les produits agricoles exportés auparavant à l’Orient
sont destinée d’ores et déjà à l’Andalousie en contrepartie les tribus berbères recevaient
les armes, les vêtements et les marchandises qui leur faisaient défaut.
3.1.2Avec les Idrissides ;
Les mêmes relations tendues avec les Omeyyades, ont été vécues avec la dynastie
Idrissides. Ayant fui l’Orient pour des raisons politiques, Idriss Premier vient s’installer
au Maghreb et surtout dans la région de Zerhoun (région du Fès actuel). C’est la tribu
Aouraba (tribu berbère issu du Sanhadja) qui l’a accueilli et l’a nommé chef religieux
puisqu’il s’est présenté comme étant un descendant du prophète Mahomet. Le
chirifisme commence à s’instaurer dans la région et dans le Maghreb Médiéval. Avec le
temps, le statut d’Idriss Premier s’est métamorphosé d’un chef religieux en un chef
politique. La dynastie Idrisside voit le jour.
L’instauration de cet Etat n’était pas facile dans un contexte connu par
l’ambigüité religieuse notamment l’existence de la doctrine chiite, kharijite, sunnite issu
de l’Orient sans parler de la présence des religions chrétienne, juive et païenne. D’autres
difficultés viennent s’ajouter à ce climat : la sécheresse qu’a connue la région de
Zerhoun et de ses environs ainsi que le manque de pâturages et de terres fertiles
pousseront la dynastie à convoiter les richesses des régions voisines, en particulier la
région de Tamesna. Leur stratégie s’articule, d’une part, autour du contrôle des routes
commerciales au Sud-est aux frontières de l’Emirat du Sijilmassa. Ainsi, cette dynastie
s’attirera des conflits provenant des dynasties voisines. D’autre part, le manque des
ressources hydrauliques et de terres fertiles pousseront les Idrissides à s’orienter vers les
frontières des Berghouatas. C’est ce qui enclenchera des tensions entre les deux
dynasties65.
3.1.3 Avec les Fatimides ;
Les relations des Berghouatas avec les Fatimides n’étaient pas mieux que celles
de ses prédécesseurs Idrissides. Ayant gouverné au Maghreb Central (l’Algérie actuelle),
les fatimides étaient de confession chiite sous le commandement de Abd al-Rahman b.
Rustum fondateur de l’Emirat de Tahart, une ville de l’Algérie actuelle. Le conflit entre
les deux Etats était surtout d’ordre confessionnal. En effet, les Fatimides qui étaient de
confession chiite voulaient imposer leur doctrine aux berghouatiens qui adoptaient la
doctrine kharijite.
64
Al-Bakri, op. clt, p.264;
65
M. Talbi, version arabe Al-Bargawãṭîyûn fi Al-Maghrib, p. 74
17
les Beni Isker, les Beni Assada, les Regana, les Menada, les Macina, les Resana, les Beni
Ifren66, et d’autres.
Après avoir senti le déclin de l’Etat des Berghouatas, ces tribus adoptèrent une
attitude différente. Elles se sont retournées contre leurs dirigeants. L’opportunisme était
le principe dominant : en 1039, l’émir Temim l’Ifrenid, prit les armes contre eux, et,
s’étant emparé de leur pays, il y fixa sa résidence, après avoir expulsé une partie de la
population et réduit le reste à l’esclavage67. Le même comportement était adopté par la
tribu de Haskoura et la tribu de Sanhadja et quelques tribus de la montagne de l’Atlas
occidental. Les Jabliyines, quant à eux, ont combattu les Berghouatas pour élargir leur
territoire sur les plaines des berghouatiens. « Echchaker lillah », émir de l’Emirat de
Sijilmassa déclarera lui aussi la guerre sainte aux berghouatiens. De confession chiite, il
guerroya les berghouatiens de confession kharijite ce qui approfondira les problèmes de
l’Etat de Berghouata.
Malgré les différents aléas et les différentes crises vécus par l’Etat des Berghouatas,
en particulier la mort du roi Aba Issa Mansour ben Abi al-Ansar al-berghouati, tué par
Bologhirine ben Ziri ben Mennad Es-Sanhadji, chef de la tribu de Sanhadja, celui-ci a
pu résister à tous les coups et à tous les défis lancés contre lui.
Les deux armées ont vécu une bataille sans merci. Les berghouatiens ont combattu les
Almoravides avec courage et résistance, ce qui leur a permis de tué leur chef de guerre
Abdellah Ibn Yassine en 1059 à Krufla69, non loin de l’actuelle ville de Rabat. Abou
Bakr Omar, successeur d’Abdellah Ibn Yassine, continua la mission de son prédécesseur
celle de lutter contre les berghouatiens. Cette guerre n’avait d’autre perspective que de
corriger l’élan religieux des berghouatiens et de purifier leurs pratiques dans le but
d’instaurer le vrai sunnisme de rites malikite. Lequel rite enseigné dans le centre culture
66
Al-Bakri, op, clt, p. 270
67
Al-Bakri, op, clt, p. 271.
68
P. Buresi et [Link], op. clt, p. 30.
69
P. Buresi et [Link], op. clt, p. 33.
18
du Kairouan sous la direction d’imminents oulémas en particulier Ibn Muhriz (m.
1050), al-Suyûri (m. 1067) et ‘Abd al-Hamid al-Sã’igh (m.1093)70.
En 1062 le gouverneur de Fès, Tamim Ibn Mwansar al-Maghrawi s’est allié aux
Berghouatiens au moment où il a combattu et vaincu al-Mahdi Ibn Yusuf al-Keznay un
allié des Almoravides. Yusuf Ibn Tyashfin, successeur de Abubakr Ibn ‘Umar et
fondateur de la dynastie Almoravides, a senti l’ampleur du pouvoir de ces ennemis le
gouverneur de Fès et les berghouatiens, a pu quitter précipitamment le siège de la
Qala’at al-Mahdi dans le Fazaz72.
Ceci montre la grande résistance de l’Etat des Berghouatas, et que le mouvement des
Almoravides trouvaient des difficultés à éliminer l’existence de cet Etat malgré la
stratégie qui visait d’une part la destruction totale de certaines villes et d’autre part la
déportation forcée des habitants de ces villes en d’autres lieux soumis à leur contrôle.
Enfin, à travers le fait de prendre certains berghouatiens comme prisonniers ou
esclaves. C’est dans ce contexte que le docteur Ibrahim Harakate parle de la destruction
totale de l’Etat des Berghouatas.
70
P. Buresi et M. Ghouirgate Histoire du Maghreb médiéval XIe et XVe siècle)
71
P. Buresi et [Link], op. clt, p. 24.
72
Michael Peyron op. Clt, p. 170
19
défaillances de la pensée et des pratiques de la religion musulmane comme elle a été
conçue par les almoravides. Enfin, Ibn Tûmart fera usage de stratagèmes pour pouvoir
faire régner le désordre et les troubles au sein de l’Etat des Almoravides, sous le règne
de ‘Ali b. Tashfîn (1106-1143)73. Ainsi, plusieurs tribus berbères ont pu rejoindre la
cause de Ibn Tûmart (da’wa) et parvinrent à se rallier à une partie de la confédération
des Haskûra qui contrôlaient la route de Sijilmassa. Après une blessure reçue au cours
des combats, Ibn Tûmart cèdera la place à un autre chef de guerre ‘Abd Allãh b.
Muhsin al-Wanshrîsî, surnommé al-Bashir74.
Face au pouvoir ascendant des Almohades, le chef de guerre des almoravides ’al-
Massi (dit al-Hadi), originaire de Salé adoptera, en 1147, la cause des habitants de
Tamesna et de Sous, pour combattre le mouvement almohade, sans pouvoir enregistré
aucun succès. L’année d’après, les berghouatiens se sont confrontées directement avec
‘Abd al-Mu’min Ibn Ali, fondateur de la dynastie des Almohades, avec l’appui du
gouverneur almoravide de Sebta, Yahya Ibn Abubakr Sahrawi qui a infligé une défaite
écrasante à l’émir almohade avant d’être mis à mal à son tour lors de la bataille
suivante. C’était en 1149 que les berghouatiens ont vécu leurs derniers jours avec le
dénommé Abi Mezkida (bu tmezgida, « homme de la mosquée ») qui va mener le reste
des berghouatiens sur le sentier de la guerre, jusqu’à sa mort au combat. Les
Berghouatiens ne trouvant plus de chefs issus de la lignée de Salih Ibn Tarif (exception
faite d’un certain Frhil al-Barghouati mort au combat de Tit nwagurramt), seront
plongés dans une situation très difficile et vont être dispersés dans tout le Maghreb sous
forme de pauvres bougres, prêcheurs de conditions modestes. On peut dire aussi qu’ils
étaient les premiers marabouts (igwerramn) marocains75, c’est ainsi que commence le
début de soufisme au Maghreb…
Somme toute, l’Etat des Berghouatas a été affaiblit par les guerres intenses menées
par les tribus berbères, la dynastie Idrisside, les Almoravides et les Almohades. Ceci
mettra l’Etat des Berghouatas en difficulté, et mettra tous ses territoires sous le contrôle
de ses ennemis. C’est ainsi qu’on peut constater que l’Etat des Berghouatas est digne
d’être cité dans l’Histoire du Maroc. Son importance réside dans l’élan talentueux de
ses chefs à instaurer un Etat en mettant en scène des stratégies, le moins qu’on puisse
dire ingénieuses, que ce soit sur le plan religieux, militaire, économique ou diplomatique.
D’après tous les historiens postérieurs ou contemporains, les causes internes qui ont
accéléré la dissolution de la dynastie des Berghouata touchent plusieurs aspects de la
gestion de l’Etat. Sur le plan religieux, La critique était destinée surtout à la
73
P. Buresi et [Link], op. clt, p. 44
74
P. Buresi et [Link], op. clt, p. 45
75
Michael Peyron, op. clt, p. 173
20
direction vers laquelle on doit prier : leur prière se retournait vers Al-qods
(Jérusalem) ou lieu de se retourner vers al-Masjid al-Haram à la Mecque ; alors que
le texte coranique était clair là-dessus. En plus, l’annulation de l’appelle à la prière a
suscité la critique de plusieurs religieux. D’autres pratiques étaient sujets à
controverse et à la critique en particulier le nombre de prières. Salih Ibn Tarif à
autoriser à tous les berghouatiens de faire cinq prières le jour et cinq le soir. Des
changements ont altéré également le mois du jeûne : Salih a imposé le jeûne pendant
le mois de redjeb et à manger pendant le mois de ramadan ; la célébration de la fête
du sacrifice devient le onzième jour de moharrem au lieu du dixième jour de
Delhijja…
21
La communauté des berghouata commence alors à perdre confiance en soi et
perdre tous ses alliés à l’extérieure. Et c’est ainsi qu’un grand chapitre de
l’histoire du Maghreb Médiéval vivra sa clôture.
Conclusion ;
En somme, l’Etat de Berghouata est toujours présent dans l’imaginaire de tous les
Marocains et principalement dans l’imaginaire de la communauté amazighe, et ce à
travers plusieurs coutumes et traditions qui apparaissent de temps à autre, ce qui va
mettre tous les acteurs de la culture marocaine authentique, l’intelligentsia berbère et les
historiens, devant des responsabilités historiques pour tirer au claire le silence qui
enveloppe l’histoire de ce royaume qui a existé pendant quatre siècles dans l’histoire du
Maghreb. Nous espérons restituer l’histoire de l’Etat de Berghouata, pour dépasser la
carence dans la documentation concernant cet Etat, à travers des recherches
76
Al-Bakri, op. clt, p. 268-269.également Michael Peyron, op. clt, p. 179.
77
Michael Peyron, op. clt, p. 177.
22
archéologiques notamment dans les sites de Challah à Rabat, Azemmour, Anfa et ses
régions, Mohammadia… et d’autres.
Les études historiques qui ont porté sur les événements du royaume du Berghouata
n'ont pas pu être mise en valeur par les instances du pouvoir politique. On aurait dû
prendre soin des diverses facettes du Royaume que ce soit sur le plan politique,
religieux, militaire, économique, social ou culture. L’absence d’une volonté politique de
la part des dirigeants a pu rendre une partie de l’histoire du Maroc lacunaire.
78
Michael Peyron, op. clt, p. 181.
23
SOMMAIRE
a) - Interne ;
b) - Externe ;
4-3 Conclusion ;
24
Translittération de l’Arabe
Pour rendre la langue arabe dans un alphabet latin, l’arabe doit être translittéré pour
conserver ses sonorités et ses prononciations, nous avons écrit la translittération utilisée
dans ce mémoire comme suite :
Lettres arabes Transcription de ce Les voyelles arabes Les voyelles
document
ء ʼ ﹷ a
ﺏ B ﹻ i
ﺕ T ﹹ u
ﺙ th / th ﺍ â
ﺝ Ĝ ﹻی î
ﺡ ḥ ﹹﻭ û
ﺥ ḫ ﹷﻯ ay
ﺩ D ﹷﻭ Aw
ﺫ ḏ ﺔ -a
ﺭ R
ﺯ Z
ﺱ S
ﺵ Sh
ﺹ ṣ
ﺽ ḍ
ﻁ ṭ
ﻅ ẓ
ﻉ ˓
ﻍ Gh
ﻑ F
ﻕ Q
ک K
ﻝ L
ﻡ M
ﻥ N
ﻭ W
ﻡ M
ﻥ N
ﻭ W
ﻩ H
ﻯ Y
25
SOMMAIRE
A) Les Berghouata dans le contexte historique du Maghreb
médiéval :
a) Introduction : Le Maghreb médiéval avant les Berghouata ;
1-1 l’origine des Berghouata ;
1-2 La naissance de la dynastie des Berghouata au Maghreb
médiéval :
a) Fondateur de l’État des Berghouata et ses frontières :
Tarif Matghari,
b) la constitution de l’État des Berghouata : Salih ben Tarif
1-3 Les rois des Berghouata ;
B) Berghouata et sa politique de renforcement de l’État ;
2-1 sur le plan politique ;
2-2 sur le plan économique ;
26
2-3 sur le plan militaire ;
2-4 sur le plan de la société : protection des rituels de la société
berbère ;
2-5 sur le plan religieux et spirituel ;
C) Berghouata est sa politique extérieure avec les autres ;
3-1 avec les Omeyyades, les Idrissides, et les Fatimides ;
3-2 avec les tribus berbères ;
3-3 avec les Almoravides ;
3-4 avec les Almohades ;
D) Le déclin de la dynastie des Berghouata ;
4-1 les causes ;
a) - Interne ;
b) - Externe ;
4-2 les répercussions postérieures ; la dissolution de l’État et la
dispersion de tous les Berghouatiens dans toutes les régions du
Maroc ;
4-3 Conclusion ;
Bibliographie :
A) Les sources primaires en langue arabe et française ;
1) Kitab al- masalik wal Mamalik li ibn Haoukal (bibliotheca geographrm Arabicorum)
Edit : MJ de GOEJE/ Abu’l-kasim ibn Haukal. LUGDUNI BA
2) Târikh ibn Khaldûn : kitâb Al-’ibar wa diwân al- mobtda’ wa lkhabar fi ‘yâm al-‘rab wa
al-barbar wa man ‘âsarahom min ẕawy soltân al-‘kbar.
27
Dar ettakadomiya/ édition1/ 2011
Texte établi et traduit en français d’après Nuzhat al-Mustaq par Mahamad hadj- Sadok
4) Mafâḫir Al-barbar, son auteur original inconnu, publier par Abdelkader Bou baya.
Université Hassan 2. Casablanca.
Dirāsa wa tahkīk ‘abdl-kādr bŭbāya/ dar ‘Abi raqrāq lițțibā’a wa naṡr 1993.
Auteur : Cyrille Aillet, Allaoua Amara, Nelly Amri, Yassir Benhima Marbelle.
8) du musée Guimet, REVUE l’histoire des religions/ publier sous la direction de MM.
RENE DUSSAUD et PAUL ALPHANDERY/ [Link] recherches : La religion des
Berbères, PARIS / ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 1910.
28
14) Al – Berghwāțyŭn fi al-maghrib / Talbi Mohammed
29