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Le document analyse les trajectoires socio-professionnelles des femmes monoparentales à Bruxelles, mettant en lumière la continuité et la précarité de leurs situations. À travers des entretiens et des analyses longitudinales, il identifie trois types de trajectoires : la 'double journée', les 'trajectoires précaires' et la 'parentalité à domicile', tout en soulignant l'impact des conditions structurelles sur leurs capacités d'action. Enfin, il insiste sur l'importance d'une approche intersectionnelle pour comprendre les défis uniques auxquels ces femmes font face.

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Le document analyse les trajectoires socio-professionnelles des femmes monoparentales à Bruxelles, mettant en lumière la continuité et la précarité de leurs situations. À travers des entretiens et des analyses longitudinales, il identifie trois types de trajectoires : la 'double journée', les 'trajectoires précaires' et la 'parentalité à domicile', tout en soulignant l'impact des conditions structurelles sur leurs capacités d'action. Enfin, il insiste sur l'importance d'une approche intersectionnelle pour comprendre les défis uniques auxquels ces femmes font face.

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Les trajectoires socio-professionelles des femmes monoparentales bruxelloises : entre continuité et

précarité

Wagener Martin est doctorant boursier (PRFB) en sociologie au CriDis (UCL -


IACCHOS) et chercheur associé au CADIS-EHESS. Il poursuit depuis mars 2010
une thèse qui traite des trajectoires de monoparentalité au niveau de la relation
au travail et au logement dans la région de Bruxelles-Capitale (Financement
PRFB- INNOVIRIS).

Mots clés : monoparentalité ; trajectoire ; rapport au travail ; analyse biographique ; supports institutionnels

Les différents travaux antérieurs sur la monoparentalité nous apprennent la nécessité d’une approche
séquentielle ([Link]. :Le Gall, Martin, 1987 ; Bawin-Legros, 1995 ; Beck, Beck-Gernsheim, 1990) qui rende
compte de l’évolution des situations de monoparentalité, qui prenne en compte comment s’est passé la
séparation, comment sont mises en place des systèmes de garde partagé (Neyrand, Rossi, 2007), comment
se vit le rapport au travail. C. Nicole-Drancourt (1994) soulignait que le rapport au travail, qui définit
l’engagement et la représentation que l’on en a, était un élément crucial dans l’orientation des trajectoires
sociales.

A travers notre communication nous voulons rendre compte de l’expérience des femmes en situation de
monoparentalité par rapport à leurs situations socio-professionnelles. Plus spécifiquement, il s’agira
d’analyser d’un côté les bifurcations (Bessin, Bidart & Grossetti 2010) socio-professionnelles majeures. De
l’autre côte, nous voudrions rendre compte des processus (Méndez, 2010) en œuvre qui ont permis aux
mères en situations de monoparentalité de continuer leur activité professionnelle. La notion de stabilité et
de protection de la trajectoire telle que reprise à Paugam (2000), mais aussi à Robert Castel (2003), servira de
fil conducteur analytique pour cerner les supports institutionnels (Marquet, 2005). Le concept d’épreuve
permet de cerner les manières dont les transformations structurelles s’inscrivent dans les parcours
personnels. Il permet de rendre compte à la fois de ce qui est le plus partagé dans les trajectoires sociales,
tout en laissant de la place analytique à l’acteur singulier qui affronte l’épreuve avec un « bagage » plus ou
moins partagé : « il s'agit en effet de repérer et de rendre compte des manières effectives par lesquelles les
individus parviennent à se tenir face au monde » (Caradec & Martucelli, 2004 :22); dit autrement, sur quoi ils
peuvent s’appuyer pour faire face aux épreuves.

Deux approches empiriques permettent d’éclaircir ce raisonnement. Premièrement, nous nous basons sur
une double vague d’entretiens biographiques et ‘extrospectives’ (c.-à-d. basés sur les épreuves sociétales
selon Martuccelli (2010)) avec une cinquantaine de mères (et quelques pères) bruxellois en situation de
monoparentalité. Deuxièmement, une analyse par appariement optimal (Macindoe & Abbott, 2004 ;
Robette, 2001 ; Pollock, 2007) explore les données longitudinales en termes de parcours des ménages
bruxellois sur six années consécutives1. Pour mieux représenter l’évolution des situations parentales et
professionnelles, nous avons privilégié la présentation de deux modèles : un premier modèle prend en
compte les trajectoires familiales en fonction du nombre d’enfants. Un deuxième ne prend en compte que
les femmes monoparentales âgés de 25 à 45 ans en par rapport aux trajectoires professionnelles.

La communication présentera les trajectoires socio-professionnelles et l’expérience qu’en ont les femmes à
partir de trois types-idéaux. Ils sont construits à partir del’analyse des entretiens et mises en perspective à

1
Source : BCSS-Datawarehouse, Demande de données, données 2003-2008 (31.12.) (Les données sont issues d’un croisement de
différentes données administratives).
partir de l’appariemment optimal (et d’autres statistiques descriptives et longitudinales). Premièrement, il y
a la « double journée », en règle générale les femmes ont su combiner des efforts personnels avec la
recherche de supports pour associer travail et vie familiale. Si les mères ne parviennent pas à mobiliser les
aides nécessaires, elles risquent de connaître « l’épuisement » dans ces situations où elles doivent « faire la
course » en permanence pour concilier différentes exigences. Un deuxième type est nommé les « trajectoires
précaires », il rassemble des mères qui travaillent à temps partiel et celles qui suivent actuellement une
formation ou un autre projet d’intégration. Les situations financières sont particulièrement problématiques.
En manque de support et de soutien, ces situations risquent fortement de basculer. Troisièmement, il y a la
« parentalité à domicile ». Même si nombre de femmes de ce groupe ont connu l’emploi, l’impossibilité
d’une articulation travail-famille et la présence des statuts précaires ont fait en sorte qu’elles ont dû passer
par le chômage pour s’occuper de leurs enfants.

Plus généralement, à travers l’approche qualitative nous voyons la forte influence de la manière dont s’est
passé la séparation en lien avec la stabilité que connaissent les femmes face à l’emploi sur le vécu des
situations de monoparentalité. Les individus partagent des marges d’actions différentes pour affronter
l’épreuve de la monoparentalité. Ils se trouvent dans un contexte de contraintes où ils ne sont pas
entièrement libres ; ce sont leurs positions structurelles qui influent largement sur leurs capacités d’action,
et le niveau de conflictualité influence largement les ressources (qu’elles soient émotionnelles, sociales ou
économiques) dont disposent les personnes. Un regroupement à travers une typologie permets de saisir
comment les épreuves se déclinent différemment selon la position structurelle de l’individu. Reprécisons
encore que cette typologie n’est pas en soi un classement des individus, mais plutôt un regroupement des
histoires singulières des personnes selon des proximités qu’elles démontrent par rapport aux supports et aux
contraintes (Tahon, 2011) qu’elles rencontrent.

A travers l’approche quantitative, la relative continuité des statuts ressort premièrement. Une majeure
partie des femmes monoparentales le restent pendant six années consécutives, leurs situations socio-
professionnelles restent souvent stables. Les calculs mettent en évidence que c’est la classe sociale (Alonzo
& Hugrée, 2010) qui est la plus décisive pour expliquer le rapport au travail ; viennent ensuite les
événements ou les trajectoires familiales, puis le rapport à l’espace2. Les femmes monoparentales ne se
différencient pas des femmes en couple de manière claire, mais elles accumulent différents facteurs de
précarité qui renforcent les inégalités de genre. Être monoparental, avoir des enfants en bas âge ou en avoir
plusieurs, connaître un manque d’accueil collectif plus prononcé dans certains quartiers, avoir une situation
plus désavantageuse sur le marché de l’emploi sont à ce titre des domaines où se cumulent les difficultés.
C’est l’intersectionnalité des rapports sociaux (Bilge 2009 ; Jaunait, Chauvin 2012) qui est une clé de
compréhension essentielle : c’est le cumul des différentes précarités qui jouent à différents niveaux qui
expliquent la situation plus désavantageuse des femmes monoparentales.

Nous allons conclure sur la nécessité de comprendre les trajectoires à la fois dans leur singularité tout en
intégrant l’intersectionnalité des rapports sociaux de genre, de classe, d’origine et d’espace pour
comprendre les parcours des femmes face à l’épreuve de lamonoparentalité.

2
Le rapport à l’espace n’est pas repris dans la communication. Il est intégré dans le rapport de recherche sur lequel se
base la communication : (Wagener, 2012) [Link]

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