0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
7 vues198 pages

These

La thèse de David Hagenmuller explore l'électrodynamique quantique d'un système d'électrons bidimensionnels sous champ magnétique, en se concentrant sur le couplage lumière-matière dans des régimes de couplage fort et ultrafort. Elle examine les interactions entre le champ électromagnétique et les particules chargées, ainsi que les implications pour les systèmes de matière condensée et les excitations collectives. Les résultats expérimentaux et théoriques présentés offrent des perspectives sur les phénomènes quantiques et la manipulation des états quantiques dans des systèmes complexes.

Transféré par

aghbaribobker
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
7 vues198 pages

These

La thèse de David Hagenmuller explore l'électrodynamique quantique d'un système d'électrons bidimensionnels sous champ magnétique, en se concentrant sur le couplage lumière-matière dans des régimes de couplage fort et ultrafort. Elle examine les interactions entre le champ électromagnétique et les particules chargées, ainsi que les implications pour les systèmes de matière condensée et les excitations collectives. Les résultats expérimentaux et théoriques présentés offrent des perspectives sur les phénomènes quantiques et la manipulation des états quantiques dans des systèmes complexes.

Transféré par

aghbaribobker
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

ELECTRODYNAMIQUE QUANTIQUE D’UN

SYSTEME D’ELECTRONS BIDIMENSIONNEL SOUS


CHAMP MAGNETIQUE
David Hagenmuller

To cite this version:


David Hagenmuller. ELECTRODYNAMIQUE QUANTIQUE D’UN SYSTEME D’ELECTRONS
BIDIMENSIONNEL SOUS CHAMP MAGNETIQUE. Physique Quantique [quant-ph]. Université
Paris-Diderot - Paris VII, 2012. Français. �NNT : �. �tel-00803420�

HAL Id: tel-00803420


[Link]
Submitted on 22 Mar 2013

HAL is a multi-disciplinary open access L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est


archive for the deposit and dissemination of sci- destinée au dépôt et à la diffusion de documents
entific research documents, whether they are pub- scientifiques de niveau recherche, publiés ou non,
lished or not. The documents may come from émanant des établissements d’enseignement et de
teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires
abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.

HAL Authorization
UNIVERSITÉ PARIS DIDEROT (Paris 7)
ECOLE DOCTORALE : ED107

DOCTORAT

Physique

DAVID HAGENMÜLLER

ÉLECTRODYNAMIQUE QUANTIQUE EN CAVITÉ


D’UN SYSTÈME D’ÉLECTRONS BIDIMENSIONNEL
SOUS CHAMP MAGNÉTIQUE

Thèse dirigée par Cristiano Ciuti

Soutenue le 10 décembre 2012

JURY

M. Vincenzo SAVONA Rapporteur


M. Pascal DEGIOVANNI Rapporteur
M. Cristiano CIUTI Directeur
M. Carlo SIRTORI Président
M. Marc Oliver GOERBIG Membre
M. Marek POTEMSKI Membre
Table des matières

Introduction générale 5

1 Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité 11


1.1 Le champ électromagnétique libre . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.1.1 Variables indépendantes en jauge de Coulomb . . . . . . 12
1.1.2 Quantification canonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.1.3 Le champ du vide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.2 Le régime de couplage fort . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.2.1 Le champ électromagnétique en présence de sources . . . 16
1.2.2 Hamiltonien standard en jauge de Coulomb . . . . . . . 17
1.2.3 Hamiltonien dipolaire électrique . . . . . . . . . . . . . . 18
1.2.4 Cas d’un système à deux niveaux, modèle de Jaynes-
Cummings . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.2.5 Oscillations de Rabi du vide et dissipation . . . . . . . . 23
1.2.6 Réalisations expérimentales . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1.3 Le régime de couplage ultrafort . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
1.3.1 Effet des termes antirésonants . . . . . . . . . . . . . . . 27
1.3.2 Couplage collectif et état de l’art dans les semiconducteurs 29

2 Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux modes op-


tiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs 37
2.1 Quantification de Landau d’un gaz d’électron bidimensionnel . . 38
2.1.1 Le puits quantique GaAs . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
2.1.2 Trajectoires classiques dans le plan . . . . . . . . . . . . 40
2.1.3 Invariance de jauge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
2.1.4 Quantification canonique, niveaux de Landau . . . . . . 42
2.1.5 Fonctions d’onde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
2.2 Couplage ultrafort à un résonateur optique . . . . . . . . . . . . 51
2 Table des matières

2.2.1 Analogie avec les atomes de Rydberg . . . . . . . . . . . 51


2.2.2 Échelle du couplage dipolaire électrique . . . . . . . . . . 52
2.2.3 Interactions résiduelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
2.2.4 Résolution de la résonance cyclotron . . . . . . . . . . . 59
2.2.5 Le système physique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
2.2.6 La cavité planaire, excitations du champ libre . . . . . . 64
2.2.7 Le gaz d’électrons en interaction, excitations électroniques 65
2.2.8 Excitations lumière-matière . . . . . . . . . . . . . . . . 85

3 Couplage ultrafort de la transition cyclotron d’un gaz d’élec-


trons 2D à un métamatériau térahertz 95
3.1 Système physique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
3.1.1 Les échantillons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
3.1.2 Le résonateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
3.2 Résultats expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
3.3 Modèle à deux modes indépendants . . . . . . . . . . . . . . . . 104

4 Le graphène en cavité : couplage ultrafort et transition de


phase quantique 109
4.1 Électrons de Dirac dans le graphène . . . . . . . . . . . . . . . . 111
4.1.1 Structure et propriétés électroniques . . . . . . . . . . . 111
4.1.2 Le modèle de liaisons-fortes . . . . . . . . . . . . . . . . 114
4.1.3 Excitations de basse énergie . . . . . . . . . . . . . . . . 117
4.1.4 Niveaux de Landau relativistes . . . . . . . . . . . . . . 119
4.2 Le graphène en cavité, limite continue . . . . . . . . . . . . . . . 120
4.2.1 Échelle du couplage dipolaire électrique . . . . . . . . . . 122
4.2.2 Interactions résiduelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
4.2.3 Le modèle de la boîte optique . . . . . . . . . . . . . . . 129
4.3 Le couplage lumière-matière en jauge symétrique . . . . . . . . 140
4.3.1 Position du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
4.3.2 Le réseau carré, fermions massifs . . . . . . . . . . . . . 142
4.3.3 Le réseau hexagonal, fermions de Dirac . . . . . . . . . . 144
4.3.4 Limite continue pour les fermions massifs, le modèle de
Hopfield . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
4.3.5 Limite continue pour les fermions de Dirac, le modèle de
Dicke généralisé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149

Conclusion et perspectives 161


Table des matières 3

A Annexes 169
A.1 Éléments de matrice des composantes de Fourier . . . . . . . . . 169
A.2 Structure de l’espace de Hilbert bosonique . . . . . . . . . . . . 171
A.3 Théorème "no-go" pour l’électrodynamique quantique en cavité 173
A.4 Magnéto-plasmons dans le graphène . . . . . . . . . . . . . . . . 176

Remerciements 181
4 Table des matières
Introduction générale

L’électrodynamique quantique en cavité est le domaine d’étude qui s’in-


téresse au couplage lumière-matière dans un régime où la nature quantique
des excitations joue un rôle prépondérant[1]. Le système étudié est formé de
deux sous-systèmes en interaction : le champ électromagnétique d’une part, un
ensemble de particules chargées d’autre part. Il est intéressant de remarquer
que cette interaction est en fait au coeur même de l’électrodynamique clas-
sique. Les équations de Maxwell nous disent en effet que les particules char-
gées constituent les sources du champ électromagnétique tandis que ce champ
exerce lui même des forces sur les particules. On s’attend donc à ce que les
états quantiques et les évolutions de ces deux sous-systèmes soit fondamenta-
lement intriqués. Dans l’espace libre, on sait que les propriétés radiatives d’un
atome sont déterminées par son couplage aux continuum de modes du champ
électromagnétique du vide. On peut dire que cet atome est alors habillé par le
nuage de photons virtuels qui l’entoure. Préparé dans un état excité, l’atome
va retourner dans son état fondamental par émission spontanée et irréversible
de photons quasi-résonants avec la transition correspondante, le couplage aux
autres modes étant quant à lui responsable du "Lamb shift", déplacement des
niveaux d’énergie de l’atome [1, 2]. Il s’agît du régime perturbatif (ou couplage
faible) de l’électrodynamique quantique, essentiellement régie par la règle d’or
de Fermi.
Dans les années 50, Purcell a montré que le taux d’émission spontanée pou-
vait être fortement influencé en modifiant les conditions aux limites du champ
électromagnétique à l’aide de miroirs ou cavité[3]. Ces conditions aux limites
modifient en effet l’amplitude des fluctuations du vide, dont les travaux pré-
curseurs de Feynman ont permis de comprendre l’influence sur les propriétés
radiatives des atomes[2]. L’idée fondatrice de l’électrodynamique quantique en
cavité est alors de contrôler ces propriétés en modifiant l’amplitude des fluc-
tuations du vide couplées aux excitations atomiques et en plaçant ces derniers
6 Introduction générale

à l’intérieur d’une cavité optique.


Au cours des dernières décennies, ces expériences ont progressivement évo-
lué vers des couplages lumière-matière de plus en plus importants, tout en
augmentant de façon spectaculaire le temps de stockage des photons à l’in-
térieur de la cavité [4–8]. Ceci a permis d’atteindre le régime de couplage
fort où l’interaction lumière-matière donne naissance à un transfert d’énergie
quasi-réversible entre atomes et photons, dominant complètement les proces-
sus dissipatifs incohérents [9–11]. Dans le langage de l’information quantique,
les atomes et la cavité forment des qubits de grande durée de vie dont l’in-
teraction mutuelle permet de contrôler efficacement le processus d’intrication,
propriété fondamentale nécessaire à la réalisation de calculs quantiques. En
outre, la force de ces expériences d’électrodynamique quantique en cavité ré-
side dans la grande simplicité des systèmes étudiés, offrant non seulement la
possibilité de tester directement les postulats de la mécanique quantique en la-
boratoire, mais aussi de les pousser dans leur retranchement en manipulant des
superpositions d’états quantiques mésoscopiques contenant un grand nombre
d’excitations [1, 12, 13]. Ces expériences fondamentales permettent d’explo-
rer la frontière entre les mondes classique et quantique, dévoilant peu à peu
les phénomènes de décohérence responsables du confinement des phénomènes
quantiques à l’échelle microscopique dans la plupart des cas.
Une des questions qui vient naturellement à l’esprit peut être formulée de la
façon suivante : tout d’abord, existe-t-il une limitation fondamentale à l’aug-
mentation du couplage lumière-matière ? et ensuite, augmenter le couplage
peut-il conduire à la découverte de nouveaux régimes de l’électrodynamique
quantique ?
Si la première de ces questions reste toujours ouverte à l’heure actuelle,
l’utilisation de systèmes de matière condensée dans ce type d’expérience à
fourni une réponse positive à la deuxième. Dans ce cas, il apparait en effet
des excitations collectives, cohérentes, impliquant un nombre macroscopique
de porteurs de charge. Tout comme dans les systèmes atomiques possédant
un spectre discret, ces excitations électron-trou peuvent naitre dans les so-
lides lorsque les niveaux ou bandes d’énergie sont "gapées" les unes des autres.
C’est par exemple le cas pour les excitations inter-bandes [14–16] et inter-
sousbandes [17, 18] dans les semiconducteurs. Cette propriété permet en fait
d’augmenter considérablement le couplage lumière-matière, jusqu’à atteindre
un régime où la fréquence de Rabi du vide, quantifiant l’intensité de l’interac-
tion devient comparable à la fréquence de la transition électronique. Dans ce
7

régime appelé couplage ultrafort, l’état fondamental du système présente des


propriétés non-conventionnelles comme l’existence d’un nombre d’excitations
photoniques et électroniques non-nul [17]. En modulant les paramètres du sys-
tème de façon non-adiabatique, ces excitations peuvent alors être relâchées à
l’extérieur, d’une manière analogue à ce qui a été prédit dans le cadre de l’effet
Casimir dynamique[18–20]. En raison de leur caractère collectif, les excitations
électroniques sont bien décrites par des modes bosoniques lorsque leur nombre
reste suffisamment faible par rapport au nombre total d’états pouvant être im-
pliqués dans la transition considérée. Le principe d’exclusion de Pauli est alors
contourné, et l’on peut dire grossièrement que la fermionicité des excitations
élémentaires est diluée par le nombre considérable d’états pouvant donner lieu
à des transitions de même énergie.
Parmi les systèmes possédant des bandes d’énergie gapées les unes des
autres et contenant de nombreux états à la même énergie, on peut naturelle-
ment citer l’exemple du système à effet Hall quantique entier. En effet, les ni-
veaux de Landau hautement dégénérés et séparés par le gap cyclotron peuvent
servir de support aux excitations collectives évoquées précédemment. Celles ci
ayant été déjà largement explorées dans le contexte des interactions de Cou-
lomb, on peut maintenant se demander si elles sont susceptibles de donner
naissance à un couplage ultrafort avec les modes optiques de la cavité ? Dans
le cadre d’un couplage de nature dipolaire électrique, on peut d’ailleurs ren-
forcer cet argument en remarquant que le dipôle associé au mouvement relatif
des électrons augmente lorsque l’on diminue l’intensité du champ magnétique.
C’est donc aussi la possibilité de contrôler le gap cyclotron au moyen de ce
champ magnétique qui nous incite à considérer la perspective d’un couplage
ultrafort dans ce type de système. Peut-on s’attendre à un tel couplage dans
le régime des hauts facteurs de remplissage ?
En outre, les méthodes non-perturbatives basées sur la bosonisation des
champs de Fermi ont trouvé un écho particulier dans les systèmes à effet Hall
quantique entier[21, 22]. Des travaux datant de la fin des années 90 ont en
effet montré que l’on pouvait réduire le problème d’électrons bidimensionnels
sous champ magnétique à N problèmes unidimensionnels chiraux 1 , un pour
chaque centre d’orbite, les transitions entre niveaux de Landau étant simple-
ment caractérisés par la donnée d’un entier m [21]. De façon analogue au
modèle de Tomonaga-Luttinger pour le problème unidimensionnel [23, 24], il

1. La chiralité se réfère ici au fait que la direction du mouvement des électrons est imposée
par le champ magnétique.
8 Introduction générale

est alors possible de donner une description des champs de fermions en terme
de fonctions analytiques d’opérateurs bosoniques, permettant ainsi de calcu-
ler les différentes observables du système de façon non-perturbative[25]. On
comprend maintenant que si l’interaction lumière-matière dans ce type de sys-
tème est suffisamment forte, nous disposerons alors d’un arsenal de méthodes
analytiques permettant non seulement une étude approfondie des propriétés
optiques liées au couplage ultrafort, mais aussi de mettre en évidence comment
la présence d’une cavité peut influencer les effets physiques inhérents aux sys-
tèmes à effet Hall Quantique. Plus de trente ans après la découverte des effets
Hall quantique entier[26] et fractionnaire[27], ces systèmes continuent en effet
de susciter l’engouement de la communauté tant au niveau expérimental que
théorique, témoignant du fait que ces derniers n’ont certainement pas encore
livré tous leurs secrets. En particulier, des progrès technologiques considé-
rables permettent aujourd’hui d’obtenir des échantillons à très haute mobilité,
ouvrant la voie à une meilleure résolution expérimentale, mais également à
l’exploration d’autres phénomènes auparavant masqués par le désordre lié à la
fabrication des hétérostructures semiconductrices.
Parmi les développements récents de la physique à deux dimensions, com-
ment ne pas citer l’exemple du graphène et ses fameux fermions de Dirac...
Dès les années 40, Wallace avait calculé la structure de bande du graphène et
montré un comportement semi-métallique inhabituel dans ce type de matériau
[28]. Il a cependant fallu attendre jusqu’en 2004 pour que Geim et Novoselov
parviennent à isoler une couche monoatomique d’atomes de carbone et à la ca-
ractériser sans ambiguités [29]. À partir de là, un nombre impressionnant d’ar-
ticles ont vu le jour [30], prédisant de nombreuses propriétés inhabituelles allant
du paradoxe de Klein [31] jusqu’à l’effet Hall quantique relativiste [32, 33] en
passant par le "Zitterbewegung" qui se manifeste lorsque l’on cherche à confi-
ner les électrons de Dirac[34]. En outre, la possible existence de transitions de
phases quantiques a récemment fait l’objet de plusieurs travaux théoriques.
Dans une transition de phase quantique, les fluctuations quantiques entre en
compétition avec l’ordre du système, et des symétries peuvent alors être spon-
tanément brisées à température nulle [35]. En introduisant une distorsion du
réseau selon un axe donné par l’une des liaisons covalentes, on peut par exemple
caractériser une transition de phase topologique semi-métal/isolant de bande
en variant le paramètre associé à cette distorsion. La symétrie électron-trou
est brisée 2 , les points de Dirac collapsent et un gap s’ouvre au niveau de Fermi

2. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une brisure spontanée de symétrie. La transition corres-
9

[36]. On peut également citer certaines prédictions concernant l’apparition de


phases non-triviales provoquée par le désordre [30].

Le premier chapitre de ce manuscrit sera consacré à des rappels concer-


nant l’électrodynamique quantique en cavité. Nous détaillerons les passages
clés et tenterons de donner un aperçu de l’état de l’art dans ce domaine de
recherche. En particulier, nous verrons comment distinguer précisément les dif-
férents régimes couplage, et comment ces derniers peuvent être mis en évidence
expérimentalement.
Dans le deuxième chapitre, nous considérerons un gaz d’électrons bidimen-
sionnel soumis à un champ magnétique perpendiculaire et placé à l’intérieur
d’une cavité. Après avoir passé en revue les différents ordres de grandeur et
interactions résiduelles, nous verrons que ce système peut atteindre un régime
de couplage ultrafort inédit où l’intensité de l’interaction lumière-matière peut
être contrôlée par le facteur de remplissage des niveaux de Landau. Nous déri-
verons microscopiquement l’expression du Hamiltonien du système en présence
des interactions de Coulomb, pour ensuite le diagonaliser au moyen d’une
transformation de Hopfield-Bogoliubov généralisée. Nous finirons ce chapitre
en discutant les résultats obtenus et caractériserons les excitations (magnéto-
polaritons) du système.
Le chapitre 3 sera consacré à la mise en évidence expérimentale de nos
prédictions théoriques qui a été effectuée à L’ETH de Zürich au cours de ma
thèse. Nous présenterons les spectres d’absorption obtenus par spectroscopie
de transmission térahertz, et détaillerons le modèle qui nous a servi à décrire
ces données.
Dans le quatrième et dernier chapitre, nous montrerons que le couplage
ultrafort peut également être atteint dans le graphène, mais que les propriétés
inhabituelles des excitations de basse énergie donnent lieu à des prédictions
physiques en cavité très différentes de celle obtenues pour les fermions massifs
du semiconducteur. En particulier, nous verrons que le système peut subir une
transition de phase quantique pilotée par le facteur de remplissage des niveaux,
changeant les propriétés du vide quantique qui devient deux fois dégénéré au
dessus du point critique.

pondante est du premier ordre.


10 Introduction générale
Chapitre 1

Introduction à l’électrodynamique
quantique en cavité

Dans ce premier chapitre, nous proposons une introduction générale aux


concepts qui seront utilisés tout au long de ce manuscrit. Nous commencerons
par des rappels concernant la description quantique du champ électromagné-
tique libre, qui nous permettront de donner un sens précis à ce que l’on appelle
communément "le champ du vide". En considérant un ensemble de particules
chargées placées à l’intérieur d’une cavité optique, nous verrons comment le
champ du vide associé se couple à ces particules, et définirons le régime de
couplage fort de l’électrodynamique quantique en cavité. Nous montrerons que
ce régime est convenablement décrit par le Hamiltonien de Jaynes-Cummings
[37] et donnerons quelques exemples de réalisations expérimentales, parmi les-
quelles figurent les célèbres oscillations de Rabi du vide. Pour finir, nous in-
troduirons le régime de couplage "ultrafort" atteint dans les semiconducteurs
grâce au couplage collectif des dipôles, et dont découlent certaines propriétés
inhabituelles de l’état fondamental du système couplé. Quelques unes des expé-
riences pionnières ayant démontré l’existence de ce régime de couplage seront
données à titre d’exemple.
12
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

1.1 Le champ électromagnétique libre


Commençons par rappeler les principales propriétés du champ libre.

1.1.1 Variables indépendantes en jauge de Coulomb


Nous utiliserons dans ce manuscrit le système d’unités gaussiennes dans
lequel on prend conventionnellement 4π0 ≡ 1 de façon à ce que la charge élec-
trique puisse être exprimée en fonction des unités fondamentales de longueur
(cm), masse (g) et temps (s). Notons que dans ce système d’unités, les champs
électrique et magnétique ont alors les mêmes dimensions physiques. En l’ab-
sence de sources, les champs électrique E(r, t) et magnétique B(r, t) obéissent
aux équations de Maxwell

∇ · E(r, t) = 0 (1.1)
∇ · B(r, t) = 0 (1.2)
1 ∂B(r, t)
∇ × E(r, t) = − (1.3)
c ∂t
1 ∂E(r, t)
∇ × B(r, t) = . (1.4)
c ∂t
En réécrivant ces équations dans l’espace de Fourier engendré par les ondes
planes eiq·r , on peut séparer les parties longitudinale (projection sur q/|q|)
et transverse (perpendiculaire à q) des champs. Les équations (1.1) et (1.2)
impliquent alors que les champs électrique et magnétique sont purement trans-
verses. En mécanique quantique, il est nécessaire de considérer les potentiels
U et A reliés aux champs E et B par les équations

1 ∂A(r, t)
E(r, t) = −∇U (r, t) − et B(r, t) = ∇ × A(r, t). (1.5)
c ∂t
Les champs sont alors invariants dans la transformation de jauge

A0 (r, t) = A(r, t) + ∇χ(r, t) (1.6)


1 ∂χ(r, t)
U 0 (r, t) = U (r, t) − (1.7)
c ∂t
associée à la fonction χ. Dans ce manuscrit, nous travaillerons en jauge de
Coulomb (∇ · A(r, t) = 0) dans laquelle la partie longitudinale du potentiel
1.1. Le champ électromagnétique libre 13

vecteur s’annule. D’après (1.5), on voit que le potentiel U est constant en tout
point de l’espace, i.e. U (r, t) = cste. Les variables indépendantes du champ en
jauge de Coulomb correspondent donc avec les parties transverses du potentiel
vecteur et du champ électrique, respectivement notées A(r, t) et E(r, t).

1.1.2 Quantification canonique


Considérons une boîte de volume V = Lx Ly Lz où Lj désigne la longueur
de la boîte dans la direction j (j = x, y, z). Nous rappelons ici la procédure de
quantification du champ électromagnétique dans cette boîte. Notons que dans
ce manuscrit, le champ électromagnétique sera décrit comme un champ quan-
tique possédant une dynamique propre et non comme un champ classique dont
la dépendance temporelle est imposée de l’extérieur. Supposons tout d’abord
une décomposition modale de la forme

X X
E(r, t) = E
eq,j (t)uq,j (r)ej , B(r, t) = B
eq,j (t)uq,j (r)ej , (1.8)
q,j q,j

où l’indice q se réfère aux différents modes du champ. On doit alors détermi-


ner les fonctions uq,j (r) = uq (r) · ej formant une base complète et orthogonale,

Z X
dr u∗q (r) · uq0 (r) = δq,q0 , u∗q (r) · uq (r0 ) = δ(r − r0 ). (1.9)
q

Il est clair que la forme de ces fonctions dépend des symétries du sys-
tème. Dans l’espace libre (invariance par translation dans les trois directions
de l’espace), la décomposition précédente n’est autre qu’une transformation de
Fourier et l’indice modal q correspond au vecteur d’onde q, i.e.
1
uq,j (r) ≡ uq (r) = √ eiq·r j = x, y, z. (1.10)
V
Les conditions aux limites périodiques dans les trois directions de l’espace
imposent la quantification du vecteur d’onde q selon
 
2πnx 2πny 2πnz
q≡ , , , (1.11)
Lx Ly Lz
avec nx , ny , nz ∈ Z. Les équations de Maxwell nous permettent alors de
déterminer la dépendance temporelle des variables E eq,j e−iωq t et
eq,j (t) = E
14
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

Beq,j (t) = B eq,j e−iωq t . Notons que la fréquence ωq des modes vérifie la rela-
tion de dispersion ωq = c|q| correspondante à la propagation du champ dans
le vide. En combinant les variables E eq,j (t) et B
eq,j (t), on peut introduire un
nouveau jeu de variables normales que l’on remplace par des opérateurs bq,j (t)
et b†q,j (t) suivant la même évolution temporelle. En représentation de Schrö-
dinger, l’opérateur champ électrique admet finalement la représentation
X h i
E(r) = i Eωq ej bq,j uq (r) − b†q,j u∗q (r) , (1.12)
q,j

où la constante de normalisation Eωq sera déterminée à la fin de cette sec-


tion. Ce champ étant transverse, il est commode de choisir un vecteur unitaire
eq,3 dans la direction de propagation q et deux autres vecteurs unitaires eq,1 et
eq,2 perpendiculaires entre eux et contenus dans le plan perpendiculaire à eq,3 .
Cette transformation n’est rien d’autre qu’un passage dans le système de coor-
P
données sphériques et se traduit par la relation eq,η = j Oη,j ej (η = 1, 2, 3)
avec

cos θq cos φq cos θq sin φq − sin θq


 

O =  − sin φq cos φq 0 , (1.13)


sin θq cos φq sin θq sin φq cos θq
et q = |q| (sin θq cos φq ex + sin θq sin φq ey + cos θq ez ). On peut alors in-

P
troduire de nouveaux opérateurs bosoniques aq,η = j O η,j bq,j et aq,η =
P † †
j O η,j bq,j tels que [aq,η , aq0 ,η 0 ] = δq,q0 δη,η 0 , qui nous permettent d’exprimer
la partie transverse des champs comme

X Eωq 
√ aq,η eiq·r − a†q,η e−iq·r eq,η

E(r) = i (1.14)
q,η
V
X Aωq 
aq,η eiq·r + a†q,η e−iq·r eq,η

A(r) = √ (1.15)
q,η V
X Aωq 
aq,η eiq·r − a†q,η e−iq·r q × eq,η ,

B(r) = i √ (1.16)
q,η
V

avec Aωq = cEωq /ωq . La transversalité du champ électrique implique que


aq,3 = 0. Par conséquent, l’indice η peut prendre deux valeurs correspondantes
à deux polarisations indépendantes η = 1, 2. Un état quantique du champ libre
est caractérisé par la donnée du couple (q, η).
1.1. Le champ électromagnétique libre 15

Figure 1.1.1 – Schéma du trièdre (eq,1 , eq,2 , eq,3 ) servant de base à la repré-
sentation des états du champ électromagnétique quantique. Le vecteur d’onde
q est dirigé selon eq,3 , et les différents modes ont leur composantes dans le
plan contenant les deux vecteurs eq,1 et eq,2 .

1.1.3 Le champ du vide


L’espace des états total du champ est le produit tensoriel des espaces des
états associés à chaque mode (q, η), ces différents espaces étant quant à eux
engendrés par les états de Fock |nq,η i où nq,η ∈ N désigne le nombre d’oc-
cupation du mode correspondant. L’opérateur aq,η (a†q,η ) détruit (crée) une
excitation du champ dans le mode (q, η) et agit sur les états de Fock selon


aq,η |nq,η i = nq,η |nq,η − 1i (1.17)

p
aq,η |nq,η i = nq,η + 1 |nq,η + 1i . (1.18)
N
L’état fondamental du champ libre |0i = q,η |0q,η i appelé champ du vide
s’écrit donc comme le produit tensoriel des états |0q,η i définis par la relation
aq,η |0q,η i = 0. A l’aide des equations (1.14) et (1.16), le Hamiltonien du champ
libre peut être exprimé en fonction des opérateurs aq,η et a†q,η selon

 X Eω2q
Z  
1  2 2 † 1
Hray = dr E (r) + B (r) = aq,η aq,η + . (1.19)
8π q,η
2π 2
16
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

p
En prenant Eωq = 2π~ωq , ce hamiltonien s’identifie finalement à celui
d’un ensemble d’oscillateurs harmoniques indépendants, les modes de vibration
(ou excitations) associés étant appelés photons :
 
X
† 1
Hray = ~ωq aq,η aq,η + . (1.20)
q,η
2

On peut notamment vérifier en utilisant la relation (1.14) que la valeur


moyenne du champ électrique du vide est nulle en tout point de l’espace :
h0|E(r)|0i = 0. En revanche, on montre facilement que
X 2π~ωq
h0|E2 (r)|0i = , (1.21)
q,η
V

ce qui signifie que la variance du champ électrique du vide est non-nulle.


L’état fondamental du champ électromagnétique possède donc une énergie de
point zero. En outre, on voit directement d’après (1.21) que l’on peut aug-
menter l’amplitude des fluctuations associées à chaque mode en diminuant le
volume de confinement V du champ.

1.2 Le régime de couplage fort


Maintenant que nous avons à notre disposition une description quantique
du champ électromagnétique du vide, nous allons nous intéresser au couplage
entre ce champ et un ensemble de particules chargées.

1.2.1 Le champ électromagnétique en présence de sources


Considérons un système globalement neutre composé de particules non rela-
tivistes, sans spin, de masses effectives m∗ et de charges q ∗ , localisées autour de
l’origine dans une cavité de volume V . Le milieu effectif entourant les charges
est supposé non magnétique et caractérisé par sa permittivité diélectrique re-
lative . Dans ce cas, les équations de Maxwell (1.1) et (1.2) deviennent

4πρ(r, t)
∇ · E(r, t) = (1.22)
 
1 ∂E(r, t)
∇ × B(r, t) = + 4πj(r, t) , (1.23)
c ∂t
1.2. Le régime de couplage fort 17

où ρ(r, t) et j(r, t) désignent respectivement les densités de charge et de


courant associées aux particules. L’équation (1.22) implique que la partie lon-
gitudinale du champ E(r, t) prend la forme
Z
1 1
− dr ρ(r0 , t)∇ , (1.24)
 |r − r0 |
et coïncide donc avec le champ de Coulomb associé à la distribution de
charge ρ(r, t) au même instant. En comparant alors les équations (1.5) et (1.24),
on peut écrire le potentiel U sous la forme

ρ(r0 , t)
Z
1
U (r, t) = dr , (1.25)
 |r − r0 |
et l’on constate qu’en présence de sources, les résultats de la section 1.1
restent valables à la différence près que le potentiel U n’est plus égal à zero
et s’identifie avec le potentiel Coulombien crée par la distribution de charge
ρ(r0 , t). Pour cette raison, on appellera désormais VC ≡ q ∗ U (r, t), l’énergie
d’interaction Coulombienne entre les particules.

1.2.2 Hamiltonien standard en jauge de Coulomb


La dynamique du système particules+champ du vide peut être déduite du
hamiltonien [38]
2
X 1  q∗
H= pi − A(ri ) + V(ri ) + VC + Hray (1.26)
i
2m∗ c

obtenu à partir du Lagrangien standard écrit en fonction des variables


indépendantes du système total et des moments conjugués correspondants.
A(r) représente le potentiel vecteur transverse du champ électromagnétique

donné par l’équation (1.15) multipliée par le facteur 1/ . Ce hamiltonien
fait également intervenir les opérateurs associés aux deux variables conjuguées
des particules vérifiant les relations de commutation [r, p] = i~. Remarquons
qu’en jauge de Coulomb, les opérateurs associés aux particules commutent
avec ceux associés au champ de telle sorte que [p, A] = 0. En développant le
premier terme de (1.26), on peut alors séparer plusieurs contributions. La pre-
P p2
mière, i 2mi ∗ + V(ri ) + VC , correspond au hamiltonien décrivant la dynamique
propre du système de particules composé de l’énergie cinétique, d’un potentiel
18
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

V(r) quelconque dépendant du système considéré 1 ainsi que de l’interaction


Coulombienne entre les particules.

Outre l’énergie Hray du champ libre, le terme mq∗ c p · A(r) décrit le couplage
entre les degrés de liberté du champ et ceux associés aux particules. Notons
∗2
enfin que le terme 2mq ∗ c2 A2 (r) ne dépend que des degrés de libertés du champ
électromagnétique mais fait directement intervenir les paramètres m∗ et q ∗ des
particules. En considérant un seul mode du champ du vide de fréquence ω on
∗2 q ∗2 Eω2
peut alors remarquer que 2mq ∗ c2 A2 (r) ∼ 2m ∗ ω 2 , et ce terme s’interprète finale-

ment comme l’énergie cinétique d’une particule de charge q ∗ et de masse m∗


vibrant dans le champ électrique du vide Eω de fréquence ω. Par analogie avec
la théorie du diamagnétisme 2 , ce terme est souvent appelé terme diamagné-
tique ou simplement terme A2 . Si il est clair que l’on peut négliger ce terme
par rapport au terme de couplage linéaire dans le cas où l’amplitude des fluc-
tuations du vide est petite (lorsque le volume de la cavité est très grand devant
les dimensions caractéristiques du système de particules), ce n’est en général
pas le cas de l’électrodynamique quantique en cavité où l’on cherche justement
à augmenter l’amplitude de ces fluctuations 3 . Nous verrons au chapitre 2 et
4 que ce terme joue en fait un rôle crucial en électrodynamique quantique en
cavité.

1.2.3 Hamiltonien dipolaire électrique


On peut toutefois trouver une autre représentation un peu plus intuitive du
hamiltonien (1.26). Supposons tout d’abord que les particules sont localisées
autour de l’origine dans une région d’extension spatiale petite devant la dis-
tance caractéristique de variation des champs. Dans ce cas, on peut remplacer
A(r) par A(0) dans le hamiltonien (1.26) 4 et restreindre la sommation sur les

1. V(r) peut par exemple décrire le potentiel crée par les noyaux atomiques si l’on consi-
dère un système constitué d’atomes ou encore le potentiel cristallin dans le cas d’un solide.
2. Dans le cas où l’on néglige les variations spatiales de A (voir section 1.2.3), ce terme
q ∗2 2
peut être réécrit comme 8m ∗ c2 (B×r) , responsable de l’apparition d’un moment magnétique

opposé au champ magnétique B.


3. Le terme diamagnétique peut également dominer le terme de couplage dans le cadre
d’un problème de diffusion (processus à deux photons ou plus). Ce terme apparait en effet
dans les amplitudes de transition au premier ordre de la théorie des perturbations alors que
le terme de couplage n’apparait lui qu’au deuxième ordre.
4. En développant les champs en puissance de q · r, cette approximation consiste à ne
retenir que les termes d’ordre le plus bas ∼ |r| ce qui lui a donné le nom d’approximation
dipolaire.
1.2. Le régime de couplage fort 19

modes q du champ aux seuls modes de grande longueur d’onde 5 . Effectuons


maintenant une transformation unitaire dite de Göppert-Mayer [38] définie par
i
l’opérateur de translation T = e− ~c d·A(0) où d = i q ∗ ri désigne le moment
P

dipolaire de la distribution de charges. Le hamiltonien dans le nouveau point


de vue est alors donné par la relation H0 = T HT † . En utilisant (1.15) et (1.14),
on aboutit finalement à

X p2
0 i
H = + V(ri ) + VC − d · E(0) + Hray + Hdip , (1.27)
i
2m∗
P 2π
où Hdip = q,η V (d · eq,η )2 représente un terme d’énergie propre dipolaire.
Dans cette représentation, le couplage lumière-matière est donc décrit par le
seul terme −d · E(0) qui s’interprète facilement. Comme en électrodynamique
classique, ce dernier fait intervenir le moment dipolaire de la distribution de
charges dans la direction du champ ainsi que le champ électrique pris au ba-
rycentre de la distribution. Cette transformation étant unitaire, elle ne change
évidement pas les prédictions physiques, et les spectres des deux hamiltoniens
H et H0 sont donc identiques. Notons que cet argument reste valable ordre
par ordre dans le cadre de la théorie des perturbations mais ne fonctionne
plus en général si l’on se restreint à décrire la dynamique du système dans des
sous-espaces de l’espace de Hilbert total [38, 39]. On doit alors choisir de façon
phénoménologique la représentation donnant les prévisions physiques les plus
proches de la réalité.

1.2.4 Cas d’un système à deux niveaux, modèle de Jaynes-


Cummings
Considérons maintenant un système simple constitué d’un atome globale-
ment neutre et d’un mode du champ électromagnétique d’énergie ~ω (section
1.1.2). Nous choisissons alors un mode quasi-résonant avec la transition entre
l’état fondamental et le premier état excité de l’atome. Dans ce cas, le couplage
a essentiellement lieu entre le mode et les deux niveaux d’énergie considérés, si
bien que l’on peut modéliser l’atome par un simple système à deux niveaux (ou
qubit) |gi et |ei avec les énergies Eg et Ee = Eg + ~ω0 . L’image physique est
celle d’un électron de charge q ∗ ≡ −e et de masse m∗ ≡ m0 6 pouvant transiter
5. Remarquons que cette restriction fournie un cutoff naturel nous permettant de soigner
les divergences apparaissant dans l’expression de certaines observables.
6. m0 désigne la masse d’un électron "nu".
20
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

entre ces deux états en interagissant avec les photons confinés au sein de la
cavité.

Figure 1.2.1 – Illustration d’une expérience typique d’électrodynamique quan-


tique en cavité. Un atome à deux niveaux |gi et |ei interagit avec les fluctua-
tions du vide d’une cavité optique constituée de deux miroirs parallèles. L’in-
teraction est quantifiée par la fréquence de Rabi du vide Ω. La cavité subit des
pertes photoniques à un taux γcav tandis que les électrons de l’atome oscillants
entre les états |gi et |ei perdent leur cohérence à un taux γel . La figure est
adaptée de la référence [40].

Pour simplifier la discussion, nous considérons que le mode du champ se


propage dans la direction x (θ = 0, φ = 0) et qu’il est polarisé dans la direction
(†)
η = 1. En posant aq,1 ≡ a(†) et en utilisant l’équation (1.14), le terme de
couplage dipolaire d · E(0) prend la forme
r
2π~ω
deg [|gi he| + |ei hg|] a − a†
 
−i (1.28)
V
dans la base des états |gi et |ei. deg = − he| ex |gi représente l’élément de
matrice du dipôle 7 . En laissant de côté le terme Coulombien VC , la partie du
hamiltonien contenant l’énergie cinétique et le potentiel V(r) se met simple-
ment sous la forme Eg |gi hg| + Ee |ei he|. En prenant comme zéro d’énergie Eg
pour l’atome et l’énergie de point zero ~ω/2 pour le mode du champ, on peut
alors réécrire le hamiltonien (1.27) comme

H0 = ~ω0 |ei he| + ~ωa† a + i~Ω [|gi he| + |ei hg|] a† − a ,


 
(1.29)
7. En supposant que les états |gi et |ei ont une symétrie sphérique, les éléments de matrice
diagonaux hg| d |gi et he| d |ei sont nuls.
1.2. Le régime de couplage fort 21

q
où la constante de couplage Ω = 2πω d est appelée fréquence de Rabi du
~V eg
vide. Dans cette base, le couplage lumière-matière fait apparaître deux types de
termes. Les termes |gi he| a† et |ei hg| a décrivent des processus où l’atome, ini-
tialement dans son état fondamental, peut absorber un photon à l’énergie ~ω0
et ainsi passer dans son état excité. Il peut ensuite se désexciter en émettant
un photon à la même énergie et retourner dans son état fondamental. Classi-
quement, les photons confinés entre les parois de la cavité effectuent des allers
et retours donnant lieu à ces processus lors de chaque passage. Les deux autres
termes |gi he| a et |ei hg| a† sont appelés termes antirésonants et décrivent des
processus où l’atome transite de |gi (|ei) à |ei (|gi) en émettant (absorbant)
un photon d’énergie ~ω. En utilisant la représentation de Heisenberg, on peut
voir que ces termes oscillent à la fréquence ω0 + ω et sont donc fortement non-
résonants. En les négligeant, on tombe sur le hamiltonien de Jaynes-Cummings
[37]

HJC = ~ω0 |ei he| + ~ωa† a + i~Ω |gi he| a† − |ei hg| a .
 
(1.30)

Lorsque le couplage est nul (Ω = 0), les états propres du système sont
les états produits tensoriels |g, ncav i et |e, ncav i qui représentent respective-
ment le système à deux niveaux dans l’état fondamental et dans l’état excité,
avec ncav photons peuplant le mode du champ. Il est clair que ce hamiltonien
conserve le nombre total d’excitations Nexc = a† a + |ei he|. Par conséquent, on
peut le diagonaliser dans chaque sous-espace caractérisé par un nombre d’ex-
citation donné, ces derniers étant engendrés par les deux vecteurs |g, ncav i et
|e, ncav − 1i. Dans le sous-espace caractérisé par un nombre de photons ncav ,
on trouve les vecteurs propres

|+, ncav i = cos(θncav ) |g, ncav i + i sin(θncav ) |e, ncav − 1i (1.31)


|−, ncav i = i sin(θncav ) |g, ncav i + cos(θncav ) |e, ncav − 1i , (1.32)

avec les énergies propres Encav ,± = ~ωncav + ~δ
2
± ~
2
4ncav Ω2 + δ 2 , le désac-

cord δ = ω0 −ω et tan(2θncav ) = 2Ω ncav /δ. Soulignons que ces "états de Bell"
ne sont en général pas factorisables. A résonance exacte (δ = 0, θncav = π/4),
il y a intrication maximum entre le champ et l’atome :

1
|±, ncav i = √ [|g, ncav i ± |e, ncav − 1i] . (1.33)
2
22
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

Figure 1.2.2 – Niveaux d’énergie du hamiltonien de Jaynes-Cummings en


fonction du désaccord δ. La forme hyperbolique des deux branches verte et
bleue est appelée anticroisement de niveaux. Les lignes pointillées noires cor-
respondent aux fréquences des excitations non couplées. À résonance exacte

(δ = 0), les deux branches sont séparées par le splitting 2~Ω ncav .
1.2. Le régime de couplage fort 23

Les niveaux d’énergie pour une valeur de ncav quelconque sont donnés sur
la figure 1.2.2. Cette forme hyperbolique est appelée un anticroisement de
niveaux. A résonance, ces deux branches sont séparées par l’écart énergétique

(ou splitting) 2~Ω ncav . Notons que dans ce cas, le couplage lumière-matière
ne modifie pas l’état fondamental |Gi = |g, 0i du système total qui s’écrit
comme le produit tensoriel du champ du vide et du système à deux niveaux
dans l’état |gi.

1.2.5 Oscillations de Rabi du vide et dissipation


À ce stade, il est intéressant de regarder l’évolution des états propres dans le
sous-espace à un photon (ncav = 1), et calculer la probabilité de trouver l’atome
dans l’état |ei. Cette probabilité est donnée par la relation Pe (t) = cos2 (Ωt/2),
qui s’interprète en disant que l’atome effectue des cycles d’absorption et d’émis-
sion du photon à la fréquence de couplage, en transitant entre son état fon-
damental et son état excité. Ces cycles portent le nom d’oscillations de Rabi
du vide à un photon (figure 1.2.4 b). Jusqu’ici, nous n’avons pas tenu compte
des phénomènes dissipatifs qui pourraient affecter la mise en évidence expéri-
mentale de ce phénomène. On voit qu’il apparaît en fait deux autres échelles
d’énergie cruciales dans ce problème. La première est le taux de pertes de
la cavité γcav qui correspond classiquement au nombre d’allers et retours que
peut effectuer un photon avant d’être absorbé ou diffusé par l’environnement
extérieur. On ne pourra donc observer les oscillations de Rabi du vide que si
Ω > γcav . En faisant intervenir le facteur de qualité Q du résonateur et en
introduisant la fréquence de couplage adimensionnée Ω/ω, cette condition de-
vient ΩQω
 1. La deuxième échelle d’énergie est donnée par le taux de pertes
atomique. Dans son état excité, l’atome peut en effet retourner dans son état
fondamental via des processus autres que l’émission cohérente d’un photon à
l’énergie ~ω0 . D’autres états que |ei et |gi peuvent par exemple être impliqués
dans des transitions à un ou plusieurs photons 8 de même que l’atome peut
se désexciter en émettant des photons dans les autres modes du champ par
émission spontanée. En désignant par γel le taux de pertes radiatives et non-
radiatives, on peut alors ajouter la condition Ω > γel . L’ensemble des deux
conditions précédentes définit précisément le régime de couplage fort (figures
1.2.1 et 1.3.1). La fréquence de Rabi du vide doit être suffisamment grande
8. Dans le cas d’un solide, la diffusion inélastique sur les impuretés du réseau ou encore
l’interaction avec les phonons constituent autant de sources de pertes durant les cycles
d’oscillations de Rabi.
24
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

et/ou les pertes suffisamment faibles pour pouvoir entrer dans ce régime de
couplage et ainsi résoudre spectroscopiquement le splitting des niveaux d’éner-
gie. Or, nous avons vu que la fréquence de Rabi est proportionnelle au moment
dipolaire atomique et d’après l’équation (1.21), à la variance du champ élec-
trique du vide. On comprend donc la nécessité d’utiliser à la fois un système
électronique dont le moment dipolaire est le plus grand possible (large orbite de
Bohr), mais également une cavité dont le volume suffisamment faible permet
d’augmenter les fluctuations du vide.

1.2.6 Réalisations expérimentales


Il est possible d’observer les oscillations de Rabi du vide dans une expé-
rience de spectroscopie optique où l’on s’intéresse au spectre de transmission
de la cavité contenant les atomes. Le régime de couplage fort a ainsi été atteint
pour la première fois en considérant des atomes de Césium traversant une ca-
vité métallique de type Fabry-Perot de très petite taille (V ∼ 0.01mm3 ) et de
grand facteur de qualité (Q ∼ 105 ) [11] (figure 1.2.3). Dans cette expérience, la
raie de résonance entre l’état fondamental et le premier état excité est située
dans le proche infrarouge et vaut λCe = 0.8µm. Malgré des temps de cohérence
atomiques et photoniques relativement grands, le rayon typique de l’orbite de
Bohr est de l’ordre de 0.1nm ce qui limite le couplage obtenu à Ωω ∼ 10−9 (le
splitting reporté est de l’ordre de 3MHz)[11].

Sur la figure 1.2.4, nous avons représenté une autre expérience dans la-
quelle les auteurs utilisent un jet d’atomes de Rydberg interagissant un à
un avec les photons d’une cavité supraconductrice de très grand facteur de
qualité (Q ∼ 108 , ce qui correspond à un temps de stockage des photons de
l’ordre de 1ms) [12]. On considère alors la transition micro-ondes entre deux
états excités de grand nombre quantique principal (N ∼ 50) correspondant à
une fréquence de 50GHz. Dans cette expérience, les taux de perte sont donc
extrêmement faibles (le temps de cohérence atomique peut lui aussi atteindre
plusieurs dizaines de millisecondes) ce qui permet de réaliser des états intriqués
à plusieurs qubits, ou encore des états quantiques mésoscopiques (contenant
un grand nombre de photons), réalisation expérimentale du célèbre chat de
Schrödinger [12]. Parallèlement, les grands rayons de Bohr (∼ 250nm) mis en
jeu dans cette expérience ont permis d’augmenter le couplage de deux ordres
de grandeur ( Ωω ∼ 10−7 ).
1.2. Le régime de couplage fort 25

Figure 1.2.3 – (a) Structure des états propres de l’hamiltonien de Jaynes-


Cummings à résonance (ω = ω0 ). Le splitting des niveaux correspondants au

sous-espace ncav est donné par 2 ncav Ω. (b) Splitting des niveaux d’énergie
observé par spectroscopie optique dans l’expérience [11]. L’écart entre les deux
pics de résonance vaut 2Ω (ncav = 1) et leur largeur est déterminée par les
taux de perte atomique et photonique. La figure (b) est adaptée de la référence
[11].

On pourrait bien sur imaginer d’autres systèmes que des atomes pour faire
ces expériences d’électrodynamique quantique en cavité [41–44]. Les boîtes
quantiques semiconductrices constituent dès lors un exemple assez naturel du
fait de la nature discrète de leur spectre. On les appelle d’ailleurs pour cette
raison des atomes artificiels. Le régime de couplage fort a notamment été dé-
montré en 2004 dans une cavité semiconductrice constituée de micropiliers
comportant une couche mince de boîtes quantiques InGaAs. Pour une tran-
sition de longueur d’onde λ = 0.9µm, les auteurs ont observé un splitting de
33GHz ce qui correspond à Ωω ∼ 10−4 [43]. À la fin des années 80, l’avènement
de l’électronique quantique a permis l’invention d’autres types d’atomes artifi-
ciels. L’utilisation de jonctions Josephson au sein d’un circuit électrique permet
en effet de créer des systèmes mésoscopiques possédant un spectre discret, cer-
tains pouvant être décris par un système à deux niveaux. L’intégration de
ces "circuits quantiques" au sein d’une ligne de transmission supraconductrice
servant de résonateur peut alors permettre de réaliser le modèle de Jaynes-
Cummings [40, 45, 46].
26
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

Figure 1.2.4 – (a) Schéma du dispositif expérimental utilisé dans la référence


[12]. Des atomes de Rydberg produits au point B traversent un à un une cavité
supraconductrice C pour être finalement détectés au point D. L’image du haut
représente la distribution du champ à l’intérieur de la cavité (à gauche), ainsi
que les 3 niveaux d’énergie jouant un rôle important dans cette expérience (à
droite). La transition résonante avec le champ est celle entre les états |ei et |gi
de fréquence 51.1GHz. (b) Oscillations de Rabi du vide. L’atome dans l’état
|ei entre dans la cavité où il interagit avec le mode considéré. Pe représente la
probabilité de détecter l’atome dans l’état |ei en fonction du temps. Les figures
sont extraites des références [12] et [13].
1.3. Le régime de couplage ultrafort 27

Remarque
Jusqu’ici, nous n’avons pas considéré les degrés de liberté internes des
particules. Il est toutefois possible de lever cette restriction en ajoutant aux
observables r et p l’opérateur de spin S. En raison du moment magnétique
q∗
Mi = gL 2m ∗ c Si associé à ce spin (gL est le facteur de Landé intrinsèque de la

particule i), un nouveau terme doit être ajouté au hamiltonien (1.26) :


X
WS = − Mi · B(ri ). (1.34)
i
Ce dernier prend donc en compte le couplage des moments magnétiques
de spin des particules avec les fluctuations du champ magnétique du vide B.
Notons au passage que le régime de couplage fort entre un ensemble de spins et
une ligne de transmission supraconductrice à notamment été réalisé dans deux
expériences récentes en considérant des impuretés magnétiques [47] ou encore
des paires azote-lacune [48] dans le diamant. Nous reviendrons au chapitre 2
sur l’ordre de grandeur de ce couplage magnétique dans le système qui nous
intéresse.

1.3 Le régime de couplage ultrafort


Nous avons vu que le couplage fort de l’électrodynamique quantique en
cavité est caractérisé lorsque la fréquence de Rabi du vide est supérieure aux
pertes du système. Dans cette section, nous allons voir que l’on peut à nouveau
distinguer deux régimes qualitativement différents en comparant la fréquence
de Rabi du vide à la fréquence de la transition.

1.3.1 Effet des termes antirésonants


Revenons au hamiltonien (1.29) en considérant les termes antirésonants
négligés dans la section précédente. On peut alors remarquer que ces derniers
sont responsables d’un couplage entre les différents sous-espaces correspondant
à un nombre d’excitations total donné 9 . Le fait de les négliger correspond à
l’approximation de l’onde tournante (RWA) valable lorsque Ω/ω0  1, ce qui
est le cas dans les expériences de la section précédente. À résonance (ω = ω0 )
et en considérant ces termes comme une perturbation W = i~Ω(|ei hg| a† −
|gi he| a), on peut en effet remarquer que le nouvel état fondamental
9. Remarquons toutefois que la parité de ce nombre d’excitations reste conservée.
28
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

Ω Ω2
|Gi = |g, 0i − i |e, 1i + O( 2 ), (1.35)
2ω0 ω0

devient significativement différent de |g, 0i lorsque ωΩ0 ∼ 1. D’un point de


vue énergétique, la prise en compte des termes antirésonants conduit à un
2
déplacement de la résonance ∝ Ωω0 appelé déplacement de Bloch-Siegert [49].
D’après (1.35), il est clair que le nouvel état fondamental |Gi est très dif-
férent de |g, 0i au sens où il contient un nombre d’excitations photoniques
et électroniques non-nul. Sous l’effet du couplage entre les différents sous-
espaces nombre, des excitations apparaissent spontanément dans la cavité.
Il convient cependant de remarquer que ces photons du vide sont virtuels et
ne peuvent être observées qu’en modulant le couplage lumière-matière de fa-
çon non-adiabatique [17–19, 50]. L’ensemble de ces propriétés correspond au
régime de couplage ultrafort définit lorsque la fréquence de Rabi du vide de-
vient comparable à la fréquence de transition [17, 51]. Au regard des ordres
de grandeur donnés dans la section précédente, il est naturel de se demander
si cette situation peut vraiment être réalisée en laboratoire. Avant de don-
ner quelques exemples pratiques dans les semiconducteurs, mentionnons que
l’électrodynamique quantique des circuits supraconducteurs nous fournit une
première réponse positive à cette question [52]. Le couplage ultrafort a en effet
été observé dans deux expériences récentes utilisant un qubit de flux couplé
inductivement à un résonateur [53, 54]. Selon la géométrie de ce résonateur, la
fréquence de Rabi du vide peut alors varier entre 5% et 12% de la fréquence
de transition. L’observation de ces valeurs considérables est en fait dû à plu-
sieurs raisons. La première tient au fait que le couplage dépend directement
du rapport entre la taille du dipôle atomique et la longueur typique du réso-
nateur. Or, dans les expériences d’électrodynamique quantique en cavité, ce
rapport est naturellement très faible (borné par la constante de structure fine)
ce qui limite fortement la valeur de ωΩ0 . En revanche, la marge de manoeuvre
sur l’ajustement de ces deux paramètres en électrodynamique quantique des
circuits est plus importante. La deuxième raison tient au fait que le calcul
de cette constante de couplage fait naturellement apparaître le rapport entre
l’énergie de charge et l’énergie Josephson [55]. En fonction du dispositif utilisé,
ce rapport peut alors devenir important ce qui augmente la valeur du couplage.
1.3. Le régime de couplage ultrafort 29

Figure 1.3.1 – On peut distinguer les différents régimes de couplage en


fonction de la valeur relative de la fréquence de Rabi du vide Ω. Lorsque
Ω < γcav , γel , la dynamique de population des niveaux d’énergie atomiques est
irréversible, il s’agit du couplage faible. Lorsque Ω > γcav , γel , on a un échange
quasi-réversible d’énergie entre l’atome et les photons de cavité correspondant
au régime de couplage fort. Si la fréquence de Rabi du vide devient comparable
à la fréquence de la transition elle-même, on passe alors en régime de couplage
ultrafort où les termes antirésonants ne peuvent plus être négligés et conduisent
à la présence de photons virtuels dans l’état fondamental du système total.

1.3.2 Couplage collectif et état de l’art dans les semicon-


ducteurs
D’une façon générale, il existe un effet collectif permettant d’augmenter
la fréquence de Rabi du vide de façon très importante. Si l’on considère un
nombre N d’atomes couplés au même mode de cavité, la constante de cou-
plage (tout
√ comme le splitting des niveaux d’énergie) est multipliée par un
facteur N . On peut alors décrire le système comme un spin fictif collec-
tif couplé à un oscillateur harmonique 10 . Dans le cas où N est suffisamment
grand, les excitations électroniques sont d’une nature très différentes de celle
du modèle de Jaynes-Cummings. Il est clair que pour un seul système à deux
niveaux, le principe de Pauli assure le caractère fermionique des excitations.
En revanche, les excitations du système composé de N qubits sont collectives
et créées par des superpositions du type N √1
P
i=1 N |eii hg|i (voir annexe A.3).
Si l’on considère un état contenant un nombre nel d’excitations de ce type, on
s’attend à ce que les effets dus au principe de Pauli soient d’ordre nel /N , et
donc négligeables dans la limite thermodynamique. Par conséquent, ces modes
10. la généralisation du modèle de Jaynes-Cummings au cas de N systèmes à deux niveaux
s’appelle le modèle de Tavis-Cummings [56].
30
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

correspondent à des excitations bosoniques dans la limite diluée nel  N (où


de façon équivalente N → ∞). Tout comme en matière condensée où ce sont
ces excitations cohérentes qui minimisent l’énergie d’interaction Coulombienne
à longue portée (voir section 2.2.3), ces mêmes modes minimisent l’énergie de
couplage au champ de cavité et émergent ainsi du continuum des excitations
incohérentes (appelées modes noirs en optique quantique).

Figure 1.3.2 – Représentation des niveaux d’énergie des excitations "nues"


dans un modèle de Jaynes-Cummings collectif (modèle de Tavis-Cummings) :
N systèmes à deux niveaux sont couplés au même mode bosonique. Les excita-
tions électroniques consistent en des superpositions cohérentes d’excitations in-
dividuelles, bosoniques dans la limite thermodynamique N  1. Si l’on suppose
que le mode de cavité est homogène spatialement, seule la superposition symé-
trique (facteur de phase 1 ∀i ∈ [1, N ]) appelée mode "brillant" est couplée au
champ électromagnétique. Lorsque l’on branche l’interaction lumière-matière,
les √
énergies de ces deux modes sont déplacées d’une quantité proportionnelle à
~Ω N .

Remarquons que le couplage entre chacun des N atomes et le champ n’est


jamais parfaitement cohérent. Outre les processus évoqués dans la section 1.2.5,
les mouvements relatifs de ces atomes ainsi que les inhomogénéités du champ
électromagnétique sont autant de processus qui vont affecter les phases rela-
tives des dipôles et détruire les phénomènes que nous venons d’esquisser. Si à
cause de ces perturbations, la décohérence entre atomes est totale, les interfé-
rences vont se brouiller et les grandeurs énergétiques seront simplement égales
à N fois celles du modèle de Jaynes-Cummings.
On comprend dès lors l’intérêt d’utiliser un système contenant un nombre
macroscopique de porteurs de charges, ce qui permet d’augmenter la fréquence
de Rabi du vide tout en ayant une longueur de cohérence suffisamment im-
1.3. Le régime de couplage ultrafort 31

portante. L’exemple le plus naturel est alors le solide cristallin dans lequel la
longueur de cohérence (essentiellement limitée par la diffusion avec les phonons
du réseau) peut dans certains cas devenir de l’ordre de la taille de l’échantillon
(∼ mm). Dans ce cas, on s’attend à ce que la fréquence de Rabi soit proportion-
nelle à la racine carrée de la densité électronique. Lorsque les bandes d’éner-
gie sont gapées, c’est à dire si les électrons peuvent transiter d’une bande à
l’autre avec une fréquence finie, on est alors en mesure d’augmenter le couplage
lumière-matière de façon importante en jouant sur le dopage de la structure.
Cette idée à notamment été appliquée au cas des semiconducteurs, en
considérant la transition entre les deux premières sous-bandes de la bande
de conduction couplée à un mode de cavité [57–59]. Dans ce type de systèmes,
la fréquence de transition est située dans l’infrarouge et les temps de cohé-
rence sont typiquement très faibles (les facteurs de qualité sont de l’ordre de
10 − 1000 pour des temps d’amortissement électroniques ∼ 10 − 100ps). En
revanche, N est un nombre macroscopique ce qui permet d’obtenir des dipôles
collectifs très grands.
On peut notamment citer l’exemple de la référence [57] où les auteurs uti-
lisent une région active constituée de 70 puits quantiques GaAs dopés d’une
largeur de 6.5nm, séparés par des barrières AlGaAs de 8nm. Le dopage est
choisi de telle sorte que seule la première sous-bande est remplie, la deuxième
demeurant complètement vide. La transition "intersousbande" correspondante
a une fréquence ∼ 30THz et la constante de couplage mesurée est de l’ordre
de 10% de cette fréquence de transition. Cette expérience a permis de mettre
clairement en évidence les contributions dues à la présence des termes antiréso-
nants et du terme diamagnétique, et constitue ainsi la première démonstration
expérimentale du régime de couplage ultrafort de l’électrodynamique quan-
tique en cavité (figure 1.3.4).
La plus grande valeur de couplage obtenue dans ce type de système est don-
née dans l’article [59]. Le système est alors constitué d’une structure contenant
25 puits quantiques GaAs/AlGaAs dopés et couplés à un mode d’une boîte op-
tique (le confinement du champ a lieu dans les trois directions) de très petite
taille (figure 1.3.5). Dans cette expérience, la transition intersousbande a une
énergie de 3THz pour un splitting reporté valant 48% de cette fréquence de
transition ( Ωω ∼ 0.24). Dans le chapitre 3, nous verrons qu’il est possible de
dépasser cette valeur en considérant la transition cyclotron entre deux niveaux
de Landau consécutifs couplée à un résonateur opérant également dans le té-
rahertz.
32
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

Figure 1.3.3 – (a) Puits quantique semiconducteur avec deux sous-bandes


d’énergie E1 et E2 . (b) Dispersion parabolique des deux sous-bandes en fonc-
tion du vecteur d’onde dans le plan (mouvement libre). Les flèches schématisent
la polarisation qui apparaît entre les deux sous-bandes lors de l’interaction avec
les photons de cavité. (c) Structure à multi-puits quantiques utilisée dans l’ex-
périence [59], placée entre deux miroirs métalliques (plaques jaunes) confinant
le champ dans la direction z. Le confinement dans les deux autres directions
est dû à la discontinuité d’impédance entre l’air et le GaAs. (d) Image du ré-
seau de "patch cavities" métal-diélectrique-métal utilisé dans l’expérience [59]
obtenue par microscopie électronique. Les quatre figures sont extraites de la
référence [59].
1.3. Le régime de couplage ultrafort 33

Figure 1.3.4 – (a) Schéma du dispositif expérimental utilisé dans la référence


[57]. En variant l’angle d’incidence de la sonde, on peut reconstruire la dis-
persion des excitations en fonction du vecteur d’onde des modes de cavité.
(b) Dispersion des deux modes propres ("Lower Polariton" et "Upper Pola-
riton"). La courbe rouge en pointillés correspond à l’énergie des excitations
calculée en négligeant les termes antirésonants. La courbe en pointillés bleus
représente quant à elle l’énergie des excitations en négligeant les termes antiré-
sonants ainsi que le terme diamagnétique (voir section 1.2.2). Enfin, la courbe
noire correspond au spectre du hamiltonien complet sur laquelle se superpose
les points expérimentaux. Les figures sont extraites de la référence [57].
34
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

Figure 1.3.5 – (a) Splitting des niveaux d’énergie en fonction de la fréquence


plasma (proportionnelle à la densité d’électrons dans la première sous-bande).
Les triangles rouges représentent les points expérimentaux correspondants au
mode collectifs induit par la partie longue portée des interactions de Coulomb
(plasmon intersousbande). (b) Fréquences des deux modes propres ωUP et ωLP
("Upper Polariton" et "Lower Polaritons") en fonction de la fréquence de ré-
sonance de la cavité. Les points bleus correspondent aux points expérimentaux
et les lignes bleues aux prédictions théoriques. L’existence de la bande inter-
dite ("Polariton Gap") est due à la présence du terme diamagnétique (voir
chapitres 2 et 3). Les deux figures sont extraites de la référence [59].
1.3. Le régime de couplage ultrafort 35

Une autre expérience récente a permise d’aller encore plus loin dans l’ex-
ploration du régime de couplage ultrafort [58]. Les auteurs ont ici considéré
une région active constituée de 50 puits quantiques GaAs non dopés séparés
par des barrières AlGaAs. Dans ce cas, seule la bande de valence est com-
plètement remplie et l’idée consiste à utiliser une impulsion laser ultracourte
(∼ 12fs) résonante avec la transition entre le haut de la bande de valence et
la première sous-bande de la bande de conduction. Ce processus permet ainsi
de contrôler la population d’électrons de la première sous-bande, électrons qui
vont ensuite effectuer des transitions entre les deux sous-bandes en interagis-
sant avec les photons de cavité (la cavité est accordée pour que le mode du
champ soit résonant avec la transition intersousbande considérée). Ce dispo-
sitif a non seulement permis de caractériser les excitations lumière-matière
sur une large plage allant du couplage faible au couplage ultrafort, atteignant
entre autre un rapport de couplage ωΩ0 ≈ 0.1, mais également de mettre en
évidence le fait que les nouvelles excitations issues du couplage ultrafort ap-
paraissent instantanément après que la pompe ait promu les électrons dans
la première sous-bande. Plus précisément, ces excitations apparaissent après
un temps plus court que la période d’oscillation du champ électrique associé
aux photons de cavité (∼ 37fs). Il est donc possible d’allumer ou d’éteindre
l’interaction lumière-matière sur un temps de l’ordre de 10fs, ce qui pourrait
permettre d’observer les photons du vide relâchés dès lors que le nouvel état
fondamental |Gi n’est plus état propre du système 11 (figure 1.3.6).
Maintenant que nous avons défini les concepts clés qui entrent en jeu en
électrodynamique quantique en cavité et donné quelques exemples parmi les
expériences pionnières de ce domaine, nous sommes désormais en mesure de
passer à la description du premier système qui va nous intéresser dans ce ma-
nuscrit. Nous verrons alors que l’on peut prédire un couplage lumière-matière
ultrafort dont découlent certaines des propriétés non-conventionnelles que nous
avons évoquées au cours de ce chapitre.

11. Lorsque l’interaction est éteinte, l’état fondamental du système est donné par |g, 0i
qui ne contient aucun photon.
36
Chapitre 1. Introduction à l’électrodynamique quantique en cavité

Figure 1.3.6 – (a) Structure contenant 50 puits quantiques GaAs non-dopés


séparés par des barrières AlGaAs, et placée à l’intérieur d’un guide d’onde
planaire fonctionnant par réflexion totale interne aux interfaces. Le schéma de
la structure de bande ("CB" pour la bande de conduction et "VB" pour la bande
de valence) montre comment la transition électronique entre les deux premières
sous-bandes |1i et |2i (de longueur d’onde λ12 = 11.3µm) est activée par une
impulsion laser de ∼ 12fs dans le proche infrarouge (λ = 0.8µm) (faisceau
rouge), et dont le rôle est de peupler le niveau |1i. La transition intersousbande
est résonante avec le mode TM (moyen infrarouge) se propageant à un angle
θ = 65˚. (b) Spectre de réflectivité mesuré à température ambiante en changeant
le flux φ de l’impulsion de contrôle à travers l’échantillon. Les minima de
réflectivité indiquent les excitations du système. Pour φ = 0, seul le mode de
photons "nus" est observé. (c) Splitting des excitations en fonction du flux φ.
Les points expérimentaux sont dessinés en rouge tandis que la courbe noire
désigne les simulations numériques incluant les termes antirésonants. Lorsque
φ = φ0 (densité maximum d’électrons peuplant la première sous-bande), le
rapport de couplage correspond à Ωω ≈ 0.1. Figures extraites de la référence
[58].
Chapitre 2

Couplage ultrafort de la transition


cyclotron aux modes optiques d’un
résonateur, le cas des
semiconducteurs

Ce chapitre présente une dérivation microscopique du hamiltonien de cou-


plage entre le gaz d’électrons bidimensionnel du puits quantique semiconduc-
teur, et les modes optiques d’une cavité planaire. Dans la première section, nous
commencerons par des rappels concernant le puits quantique GaAs/AlGaAs,
ainsi que la quantification de Landau apparaissant dans le plan en présence
d’un champ magnétique perpendiculaire. Nous introduirons ensuite les argu-
ments physiques permettant de prévoir l’existence du couplage ultrafort dans
ce système, dresserons un aperçu des autres échelles d’énergie et commente-
rons les effets d’élargissement de la résonance cyclotron induits par le désordre.
Avec ces considérations qualitatives en tête, nous serons alors en mesure de
nous consacrer à la dérivation proprement dite du hamiltonien de couplage
lumière-matière en présence des interactions de Coulomb. Nous montrerons
explicitement que ce système peut entrer en régime de couplage ultrafort avec
les modes de la cavité, et diagonaliserons numériquement le hamiltonien total à
l’aide d’une transformation de Hopfield-Bogoliubov généralisée. Nous commen-
terons pour finir les différents résultats obtenus, dont la plupart sont exposés
dans l’article [60].
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
38 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

2.1 Quantification de Landau d’un gaz d’élec-


tron bidimensionnel
Dans cette première section, nous rappelons les différents résultats relatifs
aux propriétés du puits quantique semiconducteur, ainsi qu’à la quantification
de Landau du gaz d’électron bidimensionnel en présence d’un champ magné-
tique perpendiculaire.

2.1.1 Le puits quantique GaAs


Le puits quantique GaAs/AlGaAs est un type particulier d’hétérostructure
parmi les plus utilisés de nos jours [25]. Il est constitué d’une couche mince de
GaAs de largeur lQW possédant un faible gap de bande, pris entre deux couches
de AlGaAs de gap plus grand. Dans une telle structure, les électrons sont libres
de ce déplacer dans le plan (xOy) mais soumis à un potentiel V(z) qui les
confine dans la direction de croissance z, au sein de la couche intermédiaire.
Le modèle le plus simple consiste alors à choisir le potentiel de confinement
comme :
(
0 pour − lQW /2 < z < lQW /2
V(z) = . (2.1)
+∞ partout ailleurs

En raison de la présence du réseau cristallin sous-jacent et des interactions


Coulombiennes, la masse des électrons dans une telle structure est renorma-
lisée. Cette masse effective mesurée dans le GaAs vaut m∗ ≈ 0.067m0 où m0
désigne la masse d’un électron nu. L’énergie d’un électron est donc quantifiée
dans la direction z en différentes sous-bandes indexées par un entier positif j,
et disperse de façon quadratique en fonction du vecteur d’onde q dans le plan :

j 2 π 2 ~2 ~2 q2
Eq,j = 2
+ . (2.2)
2m∗ lQW 2m∗

Pour un échantillon de surface S, les fonctions d’onde associées sont données


par ψq,j (r, z) = √1S eiq·r ξj (z) avec
q h i
2 jπz

lQW
cos j impair
ξj (z) = q h lQW i (2.3)
 2
lQW
sin ljπz
QW
j pair
2.1. Quantification de Landau d’un gaz d’électron bidimensionnel39

Figure 2.1.1 – (a) Représentation schématique d’un puits quantique


GaAs/AlGaAs. Les acronymes "BV" et "BC" se réfèrent respectivement aux
Bandes de Valence et de Conduction. Les fonctions d’onde des trois premiers
niveaux d’énergie sont représentés dans la bande de conduction du GaAs. (b)
Schéma des bandes d’énergie dans un puits quantique. Les deux semiconduc-
teurs n’ont pas le même gap entre leur bandes de valence et de conduction.
Le niveau de Fermi du GaAs est plus bas que celui de AlGaAs, situé au ni-
veau des dopants récepteurs. Les électrons des sites récepteurs peuvent alors
migrer dans la première sous-bande du GaAs en laissant des charges positives
sur ces sites. La présence de ces charges a pour effet de courber la structure de
bandes au voisinage des interfaces. Finalement, il se forme un gaz d’électrons
bidimensionnel au niveau des interfaces. Notons que la courbure de bande peut
être calculée de façon auto-consistante en résolvant l’équation de Schrödinger
dans le cadre d’une approximation de champ moyen.
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
40 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

et r, le vecteur position dans le plan. Si la largeur lQW du puits est suffi-


samment petite (typiquement de l’ordre de quelques dizaines de nanomètres),
la différence d’énergie entre les deux premières sous-bandes peut devenir beau-
coup plus grande que l’énergie de Fermi associée au mouvement dans le plan.
Dans ce cas, les électrons provenant du dopage de la structure remplissent la
première sous-bande tandis que toutes les autres restent vides 1 . Le gaz d’élec-
tron est alors purement bidimensionnel et l’énergie associée au mouvement
selon z est une simple constante qui peut être négligée. Il s’agit précisément de
la situation envisagée dans ce manuscrit. D’après la forme du potentiel (2.1),
on voit clairement que la partie du hamiltonien décrivant le mouvement selon
z commute avec celle décrivant le mouvement dans le plan. Nous traiterons
donc ces deux parties indépendamment.

2.1.2 Trajectoires classiques dans le plan


Considérons un électron sans spin, de charge −e et de masse m∗ se dé-
plaçant dans le plan en présence d’un champ magnétique statique B0 = Bez .
On introduit le potentiel vecteur A0 définit par la relation B0 = ∇ × A0 . Le
Lagrangien du système s’obtient par le couplage minimal [61]

1 e
L(r, ṙ) = m∗ ṙ2 − A0 (r) · ṙ, (2.4)
2 c
et satisfait aux équations d’Euler-Lagrange

d ∂L ∂L d ∂L ∂L
− = 0 et − = 0. (2.5)
dt ∂ ẋ ∂x dt ∂ ẏ ∂y

En introduisant la fréquence cyclotron ω0 = meB∗ c et avec la définition du


potentiel vecteur, les équations du mouvement (2.5) s’intègrent selon :

ẋ = −ω0 (y − Y ), ẏ = ω0 (x − X), (2.6)

où R = (X, Y ) est une constante du mouvement. On peut maintenant


effectuer le changement de variable η = r − R qui nous permet d’écrire les
équations du mouvement pour la nouvelle variable, η¨x = −ω02 ηx et η¨y = −ω02 ηy .
Finalement, les coordonnées de la trajectoire classique sont donnés par
1. Il y a bien sur une condition analogue concernant les excitations thermiques.
2.1. Quantification de Landau d’un gaz d’électron bidimensionnel41

x(t) = X + r cos(ω0 t + φ) et y(t) = Y + r sin(ω0 t + φ), (2.7)

Figure 2.1.2 – Trajectoire classique d’un électron dans un champ magnétique.


R correspond aux coordonnées du centre de guidage et η à celles du mouvement
relatif.

et le mouvement de l’électron peut donc se décomposer en un mouvement


circulaire de rayon |η| autour du centre de guidage R qui est une constante
du mouvement. φ correspond à l’angle formé entre l’axe (Ox) et le vecteur
r(t = 0) − R. Les moments conjugués relatifs aux coordonnées x et y sont
donnés par

∂L e ∂L e
px = = m∗ ẋ − A0x et py = = m∗ ẏ − A0y , (2.8)
∂ ẋ c ∂ ẏ c
où les deux couples de variables conjuguées (x, px ) et (y, py ) vérifient les
relations de commutation canoniques. A partir des vitesses données par l’équa-
tion (2.6), on peut introduire un jeu de moments invariants de jauge :

e e
Πx ≡ m∗ ẋ = px + A0x , Πy ≡ m∗ ẏ = py + A0y . (2.9)
c c
En effectuant une transformation de Legendre sur le Lagrangien (2.4), on
peut alors écrire le hamiltonien du système comme
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
42 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

∂L ∂L 1
Π2x + Π2y ,

H = ẋ + ẏ −L= ∗
(2.10)
∂ ẋ ∂ ẏ 2m
qui d’après l’équation (2.6) ne dépend que des seules coordonnées relatives
ηx et ηy . Comme attendu, ce hamiltonien peut être obtenu directement à partir
p2
du hamiltonien libre 2m ∗ à B = 0 en effectuant le couplage minimal standard

p → Π. Avant de passer au traitement quantique du problème, rappelons les


différents choix de jauge possibles pour le potentiel vecteur A0 .

2.1.3 Invariance de jauge


En examinant la définition du potentiel vecteur, on constate que ce dernier
n’est définit qu’à une transformation de jauge près. En effet, la transformation

A00 (r) → A0 (r) + ∇χ(r), (2.11)


où χ(r) est une fonction quelconque de r ne change pas le champ magné-
tique B0 . Les deux jauges les plus fréquemment utilisées sont la jauge de Lan-
dau 2 A0 (r) = Bxey et la jauge symétrique A0 (r) = 21 B0 × r. Remarquons que
la jauge est choisie uniquement pour des raisons de commodité de calcul. Par
exemple, la jauge de Landau est invariante par translation dans la direction y
et paraît donc appropriée pour étudier des systèmes possédant cette symétrie.
Évidement, les résultats physiques demeurent eux complètement indépendants
de ce choix.

2.1.4 Quantification canonique, niveaux de Landau


Mouvement relatif
Le formalisme précédent nous permet d’introduire naturellement la quan-
tification canonique en remplaçant les variables dynamiques du système par
des opérateurs vérifiant les règles de commutation

[x, px ] = [y, py ] = i~ et
[x, y] = [px , py ] = [x, py ] = [y, px ] = 0. (2.12)
q
~c
En introduisant la longueur cyclotron l0 = eB , on voit facilement que les
moments conjugués (2.9) vérifient les relations de commutation invariantes de
jauge
2. On peut tout aussi bien faire le choix A0 (r) = −Byex .
2.1. Quantification de Landau d’un gaz d’électron bidimensionnel43

 2
~
[Πx , Πy ] = −i et [Πx , Πx ] = [Πy , Πy ] = 0. (2.13)
l0

Cette relation montre que les composantes de la vitesse ne commutent pas


en présence d’un champ magnétique perpendiculaire. D’autre part, la forme
du hamiltonien (2.10) nous incite à choisir les deux moments Πx et Πy comme
première paire de variables conjuguées, et nous fait également remarquer qu’il
s’agît d’un oscillateur harmonique à une dimension. On introduit donc un jeu
d’opérateurs d’échelle associés à l’énergie :

l0 1
dr = √ (Πy + iΠx ) = √ (ηx − iηy )
~ 2 l0 2
l0 1
d†r = √ (Πy − iΠx ) = √ (ηx + iηy ) , (2.14)
~ 2 l0 2

qui nous permettent de réécrire le hamiltonien (2.10) sous la forme bien


connue :
 
† 1
H = ~ω0 dr dr + . (2.15)
2
Le spectre est donc constitué d’une infinité de niveaux régulièrement es-
pacés dont l’énergie est quantifiée par un entier naturel N , valeur propre de
l’opérateur nombre d†r dr , i.e.
 
1
EN = ~ω0 N+ . (2.16)
2
Ces niveaux d’énergie sont appelés niveaux de Landau et l’on désignera
dans la suite par le terme transition cyclotron, la transition électronique entre
deux niveaux de Landau consécutifs séparés par l’énergie ~ω0 .

Mouvement du centre de guidage

Le problème considéré étant bidimensionnel, il nous manque donc une


deuxième paire de variables conjuguées pour prendre en compte tous les de-
grés de liberté du système et ainsi déterminer son spectre complet. Dans la
section (2.1.2), nous avons vu que les équations du mouvement font intervenir
les constantes X et Y correspondant aux coordonnées du centre de guidage de
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
44 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

Figure 2.1.3 – Niveaux de Landau d’un gaz d’électrons bidimensionnel en pré-


sence d’un champ magnétique perpendiculaire. Ces niveaux sont équidistants
(séparés par l’énergie ~ω0 ) et macroscopiquement dégénérés en raison du mou-
vement associé aux centres de guidages.

la trajectoire classique. On s’attend donc en mécanique quantique à ce que les


opérateurs correspondants vérifient les relations de commutations [X, H] = 0,
[Y, H] = 0, signifiants que les valeurs propres associées sont de bons nombres
quantiques. Toutefois, l’existence du champ magnétique implique que ces deux
variables ne commutent plus. En utilisant (2.9) et (2.6), les positions des centres
de guidage s’expriment en effet comme

l02 l02
X =x− Πy , Y =y+ Πx , (2.17)
~ ~

et vérifient la relation de commutation également invariante de jauge

[X, Y ] = il02 . (2.18)

Après s’être assuré des relations [X, Πj ] = [Y, Πj ] = 0 (j = x, y), il parait


désormais naturel de choisir les composantes X et Y associées à la position du
centre de guidage comme deuxième paire de variable conjuguées, et de définir
les opérateurs d’échelle correspondants
2.1. Quantification de Landau d’un gaz d’électron bidimensionnel45

1 1
dc = − √ (X + iY ) , d†c = − √ (X − iY ) . (2.19)
l0 2 l0 2
Physiquement, la non-commutativité de ces deux constantes du mouvement
est liée au fait que l’invariance par translation est partiellement brisée [25]. Si
les états propres de H ne sont plus invariants sous l’action du générateur des
translations T = (Tx ≡ px , Ty ≡ px ), on peut néanmoins considérer le système
comme invariant sous l’action du groupe des translations magnétiques généré
par les opérateurs

~ ~
Tx = Y et Ty = − 2 X, (2.20)
l02 l0

vérifiant les règles de commutations

~2
[x, Tx ] = [y, Ty ] = i~, [y, Tx ] = [x, Ty ] = 0, et [Tx , Ty ] = i . (2.21)
l02

La dernière relation de l’équation (2.21) implique que les deux composantes


du générateur des translations magnétiques ne peuvent pas être simultanément
spécifiées. En outre, la relation de commutation équivalente (2.18) implique que
les deux composantes de la position du centre de guidage vérifient une relation
d’incertitude de type Heisenberg ∆X∆Y & l02 [61]. Considérons un échantillon
macroscopique de surface S = Lx Ly , où Lx et Ly désignent respectivement les
longueurs de cet échantillon dans les directions x et y. On voit donc que dans
un niveau de Landau donné (pour un état de mouvement relatif donné), chaque
état associé aux différents centres de guidage occupe une surface minimale. Les
électrons étant des fermions obéissants au principe de Pauli, le nombre de ces
états ou la dégénérescence d’un niveau de Landau N sera proportionnelle au
rapport macroscopique S/l02 . En introduisant le quantum de flux φ0 = hc/e,
ainsi que φ = BS le flux du champ magnétique à travers la surface S, on voit
que N ∝ φφ0 et la dégénérescence est donc donnée par le nombre de quanta
de flux qui pénètrent dans l’échantillon pour un champ magnétique externe
donné. Si l’on considère maintenant un nombre N2DEG = ρ2DEG S d’électrons
présents dans le système, ces derniers vont remplir successivement tous les
états croissants en énergie jusqu’au niveau de Fermi. On peut alors définir le
facteur de remplissage ν = N2DEG N
qui représente précisément le nombre de
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
46 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

niveaux de Landau remplis. A densité fixée, lorsque l’on diminue la valeur


du champ, la dégénérescence des niveaux de Landau ainsi que l’espacement
~ω0 entre ces niveaux diminuent également. Il en résulte que le facteur de
remplissage augmente. Nous verrons dans la suite que ce paramètre joue un rôle
prépondérant lorsque l’on s’intéresse au système composé d’un gaz d’électron
bidimensionnel sous champ magnétique perpendiculaire couplé à un résonateur
optique.

2.1.5 Fonctions d’onde


Rappelons ici l’expression des fonctions d’onde dans les deux jauges les plus
fréquemment utilisées.

Jauge de Landau

En jauge de Landau, le potentiel vecteur ne possède qu’une composante


que l’on choisit comme A0 (r) = Bxey . L’équation de Schrödinger s’écrie donc

~2 ∆
 
1 ∗ 2 2
− ∗ + ω0 xpy + m ω0 x ψ(r) = Eψ(r). (2.22)
2m 2
Remarquons que le hamiltonien de l’équation précédente ne dépend pas
de y et que seule l’impulsion py y apparaît. Cette propriété d’invariance par
translation dans la direction y nous permet alors d’écrire les solutions de (2.22)
sous la forme factorisée :

1
ψk (r) = √ e−iky χk (x). (2.23)
L
En injectant cette solution dans (2.22), nous obtenons l’équation suivante
vérifiée par la fonction χk (x) :

p2x
 
1 ∗ 2 2 2

+ m ω0 x − kl0 .χk (x) = Eχk (x). (2.24)
2m∗ 2
Il s’agit bien là de l’équation d’un oscillateur harmonique à une dimen-
sion avec comme position d’équilibre la quantité kl02 . Cette équation admet les
solutions :
2
(x−kl20 )
x − kl02
 
1 −
2l2
χN,k (x) = p √ e 0 HN . (2.25)
2N N !l0 π l0
2.1. Quantification de Landau d’un gaz d’électron bidimensionnel47

Figure 2.1.4 – Module carré de la fonction d’onde |ψN,k (r)|2 dans la jauge de
Landau pour N = 5. Cette fonction est délocalisée dans la direction y mais
exponentiellement localisée dans la direction x. Le trait blanc en pointillés cor-
respond à la position d’équilibre X = kl02 .

Le nombre quantique N se réfère toujours au niveaux de Landau et HN


désigne le polynôme d’Hermite d’ordre N . Ces fonctions sont donc délocalisées
dans la direction y et exponentiellement √ localisées dans la direction x avec
une extension spatiale de l’ordre de l0 2N . L’indice k correspond lui aux
valeurs propres de py qui coïncide dans cette jauge avec le générateur Ty des
translations selon y. En appliquant des conditions aux limites périodiques dans
cette direction, on trouve immédiatement que les valeurs de k sont quantifiées
selon
2πp
k= avec p ∈ Z. (2.26)
Ly
La dégénérescence d’un niveau de Landau est alors donnée par le domaine
de variation de k. Pour déterminer ce domaine, remarquons tout d’abord que
la relation (2.21) implique que Tx est un générateur des translations dans la
direction x. En désignant par le ket |N, ki l’état admettant la représentation
2iπl2
0 Tx

position (2.23), on constate que l’opérateur Qx = e qui translate 3 x
~Ly

de la quantité ∆x = 2πl02 /Ly agissant sur |N, ki augmente 4 la valeur de k de


2π/Ly : Qx |N, 2πp/Ly i = |N, 2π(p + 1)/Ly i. Une telle translation ne peut être
p·u
3. On utilise la relation e−i ~ f (r) = f (r − u).
4. Tout en conservant l’énergie.
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
48 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

Lx S
répétée au maximum que N = ∆ x
= 2πl 2 fois, ce qui détermine précisément
0
la dégénérescence N d’un niveau de Landau. Dans cette jauge, un électron
se comporte finalement comme un oscillateur harmonique à une dimension
dont la position d’équilibre correspond au centre de guidage X = kl02 tel que
X |N, ki = kl02 |N, ki. Notons également que les opérateurs d’échelle dc et d†c
associés au centre de guidage n’ont pas ici d’interprétation physique simple. En
revanche, on peut générer tous les états physiques (N, k) en jauge de Landau
par application des opérateurs d†r et Qx , i.e.

(d†r )N
|N, ki = √ (Qx )k |0, 0i , (2.27)
N!
où |0, 0i correspond à l’état fondamental de l’oscillateur harmonique avec
la position d’équilibre X = 0.

Jauge symétrique

En jauge symétrique, le potentiel vecteur est donné par A0 (r) = − By e +


2 x
Bx
e , et l’équation de Schrödinger prend la forme
2 y
 2 
~ ∆ ω0 1 ∗ 2 2 2

− ∗ + Lz + m ω0 x + y ψ(r) = Eψ(r). (2.28)
2m 2 8
Lz = xpy − ypx désigne la composante du moment cinétique selon l’axe
(Oz). Le hamiltonien de l’équation précédente étant invariant par rotation
autour de cette direction ([H, Lz ] = 0), on peut alors chercher les solutions de
(2.28) comme fonctions propre de Lz , ce qui conduit à

2 2
r M
e−r /4l0
  2
N − M! z M r
ψN,M (r) = p 2 {Θ(M ) √ LN −M (2.29)
2πl0 N! l0 2 2l02
r  ∗ −M  2
N! z −M r
+ Θ(−M ) √ LN }, (2.30)
N − M ! l0 2 2l02

avec z = x + iy, r = |z|, et où Θ désigne la fonction de Heaviside telle


que Θ(M ) = 1 si M ≥ 0 et Θ(M ) = 0 si M < 0. L’indice N se réfère
toujours aux niveaux de Landau d’énergies EN = ~ω0 (N + 1/2), et l’indice
M correspond aux valeurs propres de l’opérateur moment cinétique Lz avec
la condition supplémentaire −∞ < M ≤ N . En remarquant que Lz peut être
exprimé comme
2.1. Quantification de Landau d’un gaz d’électron bidimensionnel49

l02 ~
Π2x + Π2y − 2 X 2 + Y 2 = ~ d†r dr − d†c dc , (2.31)
  
Lz = xpy − ypx =
2~ 2l0

où l’on a utilisé les définitions (2.14) et (2.19), on voit que l’action de


l’opérateur d†c (dc ) sur un état propre |N, M i donne un état auquel, M ayant
diminué (augmenté) d’une unité, il faut attribuer un moment cinétique −~
(+~). On peut alors effectuer le changement de variables M = N − l, et la
condition −∞ < M ≤ N devient simplement l ≥ 0. Dans cette représenta-
tion, les nombres quantiques N et l jouent donc des rôles symétriques et un
électron se comporte comme un ensemble de deux oscillateurs harmoniques
indépendants dont un est "fictif" (sa fréquence propre associée est nulle)[61].
En utilisant les relations (2.19) et (2.14), on voit facilement que les opéra-
√ p
teurs |R| = X 2 + Y 2 et |η| = ηx2 + ηy2 s’expriment respectivement comme
p p
|R| = l0 2d†c dc + 1 et |η| = l0 √2d†r dr + 1. Les états propres
√ sont donc situés
sur une couronne de rayon ∼ l0 2l et d’extension ∼ l0 2N . Si l’on considère
2
un échantillon en forme de disque de surface S = πRmax , la dégénérescence
d’un niveau de Landau se calcul en remarquant que les états sont situés à l’in-
térieur de la couronne de rayon Rmax . Dans la limite l  1, on retrouve bien la
S
relation N = 2πl 2 . Finalement, les états propres sont générés par l’action des
0
opérateurs d’échelle d†r et d†c , i.e.
N † l
d†r d
|N, li = √ √c |0, 0i N, l ∈ N, (2.32)
N! l!
où |0, 0i désigne l’état fondamental des deux oscillateurs. En représentation
position, cet état à pour expression générale 5

2 2 
e−r /4l0 −iz ∗
   
iz
ψN,l (r) = p 2 Θ(N − l)GN,l + Θ(l − N )Gl,N , (2.33)
2πl0 l0 l0

où la fonction G est définie dans l’annexe A.1. Notons pour finir que la
fonction d’onde de moment cinétique nul (N = l) est donnée par

5. Notons que l’on multiplié la fonction d’onde obtenue pour N < l (M < 0) par un
l−N
facteur de phase (−1) , de façon à ce
√ que les fonctions d’onde finales vérifient exactement

les quatre relations d’échelles E |Ci = C |C − 1i et E † |Ci = C + 1 |C + 1i avec C = N, l et
E = dr , dc .
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
50 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

2 2
e−r /4l0 r2
 
ψN,N (r) = p 2 L0N . (2.34)
2πl0 2l02

Figure 2.1.5 – Module carré |ψN,l (r)|2 des fonctions d’onde l = 0 et l = 3


dans le plus bas niveau de Landau (N = 0).

Montrons pour finir qu’en empruntant un chemin quelque peu différent,


on peut trouver une autre famille de fonctions propres également solutions
de l’équation de Schrödinger (2.28) en jauge symétrique. En effectuant une
transformation de jauge convenablement choisie, il est en effet possible de
dériver directement ces fonctions d’onde à partir de celles trouvées en jauge de
Landau. Considérons pour cela la transformation

Bxy
A0S (r) = A0L (r) + ∇χ(r) avec ,χ(r) = −
(2.35)
2
où les indices L et S se réfèrent respectivement à la jauge de Landau et
à la jauge symétrique. La forme (2.35) implique que les fonctions d’onde se
transforment comme
e
ψS (r) = e−i ~ χ(r) ψL (r), (2.36)
et l’on obtient bien une deuxième classe de fonctions propres en jauge
symétrique. Finalement, ces fonctions s’écrivent comme le produit des fonctions
d’onde dans la jauge de Landau (section 2.1.5) multipliées par un facteur de
phase local :
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 51

1 i xy2
ψN,k (r) = √ e−iky e 2l0 χN,k (x) . (2.37)
L

2.2 Couplage ultrafort à un résonateur optique


Ayant passé en revue les principales propriétés électroniques du gaz d’élec-
tron bidimensionnel sous champ magnétique, nous sommes maintenant en me-
sure d’expliquer en quoi ce système est un candidat particulièrement adapté à
l’exploration du régime de couplage ultrafort en présence d’une cavité optique.

2.2.1 Analogie avec les atomes de Rydberg


Dans la section 1.2.6, nous avons évoqué le cas des atomes de Rydberg où
la transition entre deux états de grands nombres quantiques principaux N est
couplé à un mode de cavité. Les dipôles atomiques sont alors proportionnels
au carré du nombre quantique principal 6 . Dans le cas d’un couplage dipolaire
électrique (section 1.2.3), nous avons vu que la fréquence de Rabi du vide (qui
quantifie le couplage lumière-matière) est proportionnelle à ce moment dipo-
laire, permettant ainsi d’augmenter le couplage avec le champ en choisissant
des valeurs de N suffisamment élevées (limite des grands nombres quantiques).
Néanmoins, le nombre d’atomes interagissant avec le champ étant d’ordre unité
dans ces expériences, un tel dispositif ne permet pas d’obtenir une fréquence
de Rabi de l’ordre de la fréquence de la transition. C’est en fait l’extrême pe-
titesse des pertes qui permet à ce système d’entrer dans le régime de couplage
fort, tout en vérifiant Ω/ω0  1. Par analogie avec l’exemple précédent, l’idée
est de remplacer les atomes de Rydberg par un gaz d’électrons bidimensionnel
soumis à un champ magnétique perpendiculaire. En diminuant l’intensité du
champ, le rayon des orbites semi-classiques associées au mouvement relatif des
électrons augmente, ce qui permet d’augmenter également le moment dipolaire
correspondant. À titre de comparaison, pour un champ magnétique de 10mT,
la longueur magnétique est de l’ordre de 250nm ce qui est comparable aux
rayons de Bohr atomiques de l’expérience [12]. En fait, le gros avantage du
gaz d’électrons bidimensionnel tient surtout à l’effet collectif important qui
apparaît en raison du nombre macroscopique de porteurs de charges impliqués
dans la transition électronique.
6. Précisément, le moment dipolaire d’un atome de Rydberg de numéro atomique Z est
2 2
donné par la relation d = eaBZN , où aB = m~0 e2 désigne le rayon de Bohr.
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
52 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

Figure 2.2.1 – Représentation schématique du système de base considéré. Les


ν premiers niveaux de Landau sont complètement remplis (les cercles noirs
désignent les états occupés), les autres niveaux étant vides (les cercles blancs
correspondent à des états vides). Le niveau de Fermi (ligne horizontale en
pointillés) se situe entre les niveaux N = ν − 1 et N = ν.

2.2.2 Échelle du couplage dipolaire électrique


Considérons un gaz d’électrons bidimensionnel de surface S contenu dans
le plan (xOy), et soumis à un champ magnétique statique B0 = Bez . Nous
choisissons la densité de ce gaz de telle sorte que le système se trouve dans le
régime des facteurs de remplissage entiers (section 2.1.4), le niveau de Fermi
d’énergie ∼ ~ω0 ν se situant alors dans le gap cyclotron entre les niveaux de
Landau N = ν − 1 et N = ν (figure 2.2.1). Supposons maintenant que ce
système est placé à l’intérieur d’une cavité de volume V = Sλ/2, remplie d’un
milieu matériel effectif de permittivité  7 et considérons pour simplifier un
seul mode du champ électromagnétique du vide de longueur d’onde λ et de
fréquence ω. Nous avons vu dans la section 1.2.3 que la fréquence de Rabi
du vide est proportionnelle à l’opérateur de moment dipolaire. Dans notre
cas, cet opérateur fait intervenir les coordonnées relatives des électrons selon
dˆ = eη, où η désigne l’une des composantes du vecteur associé au mouvement
relatif. On peut alors utiliser les opérateurs d’échelle (2.14) et le principe de

7. Dans le cas qui nous intéresse,  correspond à la constante diélectrique du GaAs ( ≈


13).
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 53

Pauli pour montrer que le seul élément de matrice de dˆ non nul est donné
el0 † eRC

par d ∼ √ 2
hν| d r |ν − 1i = 2
. R C = l0 2ν désigne ici le rayon cyclotron
correspondant à l’extension spatiale du mouvement relatif au niveau de Fermi.
Cette relation caractéristique de l’oscillateur harmonique signifie que seuls les
électrons du dernier niveau de Landau rempli (N = ν − 1) peuvent transiter
dans les états du premier niveau vide 8 (N = ν). On se retrouve finalement
dans un cas similaire à celui de la section 1.2.3 à la différence près que ce
sont maintenant N systèmes à deux niveaux, séparés par l’énergie ~ω0 , qui se
couplent au mode du résonateur. En utilisant la relation (1.14) et en choisissant
un mode résonant avec la transition cyclotron (ω = ω0 ), la fréquence de Rabi
adimensionnée peut s’écrire comme

4π √
r r
Ω dEω N eRC
∼ = N. (2.38)
ω0 ~ω0 V 2 ~Sλω0

Rappelons que le facteur N à été introduit en raison du couplage collectif
qui fait intervenir les N électrons du niveau N = ν−1. En utilisant les relations
√ et N = S 2 , nous obtenons finalement
ω = λ2πc 2πl
0

r
Ω αν
∼ √ , (2.39)
ω0 
2
où α = e~c ≈ 137
1
désigne la constante de structure fine. La fréquence de Rabi
adimensionnée est donc proportionnelle à la racine carrée du facteur de rem-
plissage des niveaux de Landau. On comprend dès lors qu’il est possible d’entrer
dans le régime de couplage ultrafort (Ω/ω0 . 1) dans la limite ν  1, ce qui
complète l’analogie avec les atomes de Rydberg. Comme ν ∝ ρ2DEG /B, ceci
correspond bien au régime des faibles champs magnétiques et/ou des hautes
densités électroniques. Comme nous l’avons déjà signalé, la possibilité d’at-
teindre de fortes densités est un avantage du gaz d’électron bidimensionnel.
Les techniques de croissance modernes comme l’épitaxie par jets moléculaire
(MBE), ou encore le dépôt chimique en phase vapeur (MOCVD) permettent en
outre de superposer plusieurs puits quantiques (typiquement de l’ordre d’une
dizaine) au sein d’un même échantillon. Lorsque l’écrantage dans la direction
de croissance est suffisamment important, les gaz d’électrons bidimensionnels
apparaissant à chaque interface sont indépendants, parallèles entre eux, et
séparés par une distance (∼ 0.1µm) beaucoup plus petite que la longueur ty-

8. Notons que cet argument reste valable si l’on se restreint aux processus à un photon.
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
54 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

pique de variation du champ électromagnétique 9 . Si l’on considère une struc-


ture composée de nQW puits quantiques, la densité ρ2DEG du gaz d’électron est
alors remplacée par la densité effective ρ2DEG nQW , et la constante de couplage

adimensionnée est augmentée d’un facteur nQW :
r
Ω ανnQW
∼ √ . (2.40)
ω0 
Finissons cette section en rappelant que la limite ν  1 ne doit pas être
confondue avec la limite semi-classique[61]. Un état semi-classique à une par-
ticule correspond en effet à un état cohérent formé d’une superposition de
différents niveaux de Landau, alors que les électrons du dernier niveau de Lan-
dau rempli N = ν − 1 se comportent de façon quantique, y compris dans la
limite ν  1.

2.2.3 Interactions résiduelles


L’idée étant clairement posée, nous devons maintenant considérer les autres
échelles d’énergie pouvant affecter les propriétés de notre système. Dans cette
section, nous tenterons d’en dresser un aperçu.

Effet Zeeman

Dans la section 1.2.6 du chapitre 1, nous avons évoqué le couplage magné-


tique entre les degrés de liberté de spin des électrons et le champ magnétique
fluctuant dans la cavité. Dans le cas présent, le système d’électrons bidimen-
sionnels étant soumis à un champ magnétique statique aligné selon l’axe (Oz),
on doit rajouter un terme similaire au hamiltonien total. La composante du
spin S d’un électron selon z prend alors les deux valeurs Sz = ~/2 pour un
électron de spin "up", et Sz = −~/2 pour un électron de spin "down". En
~e
introduisant le magnéton de Bohr µB = 2m 0c
et le facteur de Landé gL des
10
électrons , le hamiltonien de la relation (1.34) avec B ≡ B0 donne les deux
énergies

gL µB B
EZ = ± . (2.41)
2
9. À proprement parlé, ceci n’est valable que pour les modes optiques de grande longueur
d’onde
10. Dans le GaAs, le facteur de Landé effectif vaut gL = −0.44.
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 55

Chaque niveau de Landau est donc séparé en deux sous-niveaux Zeeman de


dégénérescence N , et séparés par un gap d’énergie ~∆Z = gL µB B. Le niveau de
plus basse énergie −|gL |µB B/2 est rempli par des électrons de spin up tandis
que le niveau d’énergie supérieure |gL |µB B/2 est rempli par des électron de spin
down. On peut également remarquer que le rapport entre le gap Zeeman et le

gap cyclotron ~ω0 ne dépend que du facteur de Landé, |∆ω0Z | = |g2L | mm0
≈ 0.015
dans le GaAs. Comme l’absorption ou l’émission de photons ne change pas le
spin des électrons, il est clair que les excitations lumière-matière préservent
la symétrie SU(2) associée. On pourra tenir compte de ces degrés de liberté
en multipliant simplement la dégénérescence due au centres d’orbites par un
gS S
facteur gS = 2, i.e. N = 2πl 2.
0

Le couplage magnétique

En présence d’une interaction magnétique entre le spin des électrons et le


champ magnétique du vide (section 1.2.6), la symétrie SU(2) évoquée précé-
demment est brisée et le couplage au champ électromagnétique fait apparaitre
des excitations collectives de spin total nul 11 . On citera par exemple les modes
"ondes de spin" impliquant des transitions entre les deux sous-niveaux Zee-
man au sein d’un même niveau de Landau, ou encore les modes "spin flip",
correspondants à des transitions entre deux niveaux de Landau consécutifs
avec retournement du spin[62]. Il est alors instructif de donner un ordre de
grandeur du couplage magnétique dans notre système. Pour cela, considérons
N électrons de spin 1/2, couplés magnétiquement à un mode du champ du
vide de longueur d’onde λ et de fréquence ω. Comme dans ce qui précède, ces
électrons sont placés à l’intérieur d’une cavité de volume V = Sλ/2 remplie
d’un milieu matériel de permittivité . Considérons tout d’abord les modes
"spin-flip". D’après les relations (1.16) et (1.34), l’énergie qui leur est associée
(normalisée par la fréquence du gap cyclotron ω0 ) est donnée par

4π √
r r
WSF gL µB 2πAω N
∼ = gL µB N, (2.42)
ω0 ~ω0 λ V ~Sλω0
2πc
où nous avons utilisé les relations Aω = cEω /ω, ω = √ ,
λ 
ainsi que la
condition de résonance ω = ω0 . On obtient finalement

11. Ces excitations apparaissent en plus des excitations dipolaires électrique discutées
précédemment
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
56 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

v0 m∗
r
WSF α
∼ gL √ , (2.43)
ω0 c m0 
où v0 = ω0 l0 correspond à la vitesse d’un électron dans le plus bas niveau
de Landau (vitesse de point zéro). Une rapide inspection de la relation (2.43)
montre que l’on a WωSF
0
 1 quelque soit la valeur de B. Si l’on considère main-
tenant un mode du champ électromagnétique résonant avec le gap Zeeman
ω = ∆Z , il est facile de voir que l’énergie de couplage des modes "ondes de
spin" vérifie W∆SW
Z
 WωSF0
 1. Par conséquent, on peut dire que le couplage
dipolaire électrique domine complètement l’interaction lumière-matière, par-
ticulièrement dans le régime ν  1. Nous négligerons dans ce manuscrit les
couplages magnétiques provenant de l’interaction entre les spins et le champ
du vide.

Interactions de Coulomb

Les interactions Coulombiennes, et plus généralement l’étude des corréla-


tions au sein d’un gaz d’électron bidimensionnel sous champ magnétique est
un sujet complexe, dont la compréhension à permise l’émergence de nouveaux
concepts théoriques en physique de la matière condensée. La première chose
que l’on peut remarquer est l’existence d’un argument crucial lié au principe
d’exclusion de Pauli, qui permet de distinguer deux situations qualitativement
très différentes. Considérerons d’abord la situation présentée dans la section
précédente où le facteur de remplissage est un nombre entier. Dans ce cas, les
niveaux de Landau sont complètement remplis jusqu’au niveau N = ν − 1 et
complètement vides au dessus, le niveau de Fermi étant situé au milieu du
gap cyclotron. En présence des interactions, l’état fondamental du système
contient un nombre fini d’excitations élémentaires, i.e. de paires électron-trou
formées entre des niveaux de Landau différents et séparés par l’énergie m~ω0
(m = 1, 2 · · · ). On parle aussi de mélange de niveaux induit par les interactions.
2
En outre, l’échelle l0e~ω0 qui quantifie ce mélange ne dépend que de la valeur
2
du champ magnétique. Dans le régime des forts champs l0e~ω0  1, le mélange
de niveaux ainsi que les corrections Hartree-Fock sont faibles : l’énergie des ni-
veaux de Landau est faiblement renormalisée. Si le régime des faibles champs
2
magnétiques l0e~ω0 & 1 est en revanche caractérisé par un mélange de niveaux
important, cela ne signifie pas forcement l’échec des théories perturbatives de
type champ moyen. En effet, ces dernières reposent sur des développements en
puissance du paramètre de corrélations rs donné par le rapport entre l’énergie
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 57

d’interaction Coulombienne VC ∼ e2 /d¯ et l’énergie cinétique d’un électron au


niveau de Fermi ~ω0 ν. d¯ = √πρ12DEG représente ici la distance moyenne entre
2
électrons. En introduisant le rayon de Bohr effectif a∗B = m~∗ e2 , ce rapport est
donné par rs ∼ d/a ¯ ∗ et ne dépend que de la densité du gaz 12 . Indépendam-
B
ment de la valeur du champ magnétique, on peut alors distinguer plusieurs
régime de corrélations. Lorsque rs . 1, le système se trouve dans le régime des
hautes densité où l’énergie cinétique domine et les corrélations sont faibles. Il
est alors légitime d’avoir recours aux développements perturbatifs mentionnés
plus hauts. À l’inverse, la répulsion Coulombienne domine l’énergie cinétique
dans le régime des basses densités rs  1 : les électrons sont fortement corré-
lés. L’état fondamental ne peut plus s’écrire comme un simple determinant de
Slater, et il n’existe pas de méthode générale permettant de traiter le problème.
Le régime qui nous intéresse tout particulièrement ici est le régime des
hauts facteurs de remplissage, car le système entre alors en couplage ultra-
fort avec les modes du résonateur. Or, la condition ν  1 est typiquement
réalisée en considérant de faibles champs magnétiques, ce qui implique inévi-
tablement un mélange de niveaux important, mais également de fortes densités
garantissant tout de même la validité des approches perturbatives. On peut
alors citer l’approche de type champ moyen (Approximation de Hartree-Fock
dépendante du temps) introduite par Kallin et Halperin [62], permettant de
montrer que le spectre est constitué d’une famille de modes appelés magnéto-
excitons, et dont les énergies acquièrent une dispersion en fonction du vecteur
d’onde q 13 . On peut alors séparer plusieurs contributions. D’une part, il existe
une énergie de liaison du système électron+trou qui nous permet de définir
les magnéto-excitons comme des quasiparticules de type "hydrogénoïde". On
désigne parfois ce terme par "excitonic shift" en anglais. Le deuxième terme
représente la somme des contributions d’échange associées à l’électron promu
dans un niveau de Landau excité et au trou laissé par cet électron (contri-
butions Hartree-Fock). Enfin, la dernière correspond au "depolarization shift"
obtenu dans le cadre de la RPA ("Random Phase Approximation"). Comme

12. Remarquons que le paramètre de corrélations rs peut être également obtenu en fai-
sant le rapport entre l’échelle d’énergie Coulombienne e2 /RC et l’énergie de la transition
cyclotron ~ω0 .
13. Lorsque l’on se limite aux excitations neutres, l’invariance par translation est restaurée
et il devient possible d’associer un vecteur d’onde conservé à ces modes. En prenant en
compte les degrés de liberté de spin, notons que les modes collectifs impliquant des états de
spin différents (voir paragraphe précédent) acquièrent également une dispersion calculable
dans le cadre de la même approximation de champ moyen [62].
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
58 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

dans la théorie des modes collectifs introduite par Nozières et Pines dans le
cas B = 0[63], on observe dans le secteur |q|RC  1 (partie longue portée
des interactions Coulombiennes prise en compte par la RPA) l’émergence d’un
mode collectif appelé plasmon, correspondant classiquement à une polarisa-
tion du système à longue portée. Dans ce secteur, il est intéressant de consta-
ter que les deux premières contributions se compensent exactement, et seule
reste la contribution RPA qui s’annule lorsque q → 0[25]. Cette propriété est
en fait une manifestation du très élégant théorème de Kohn qui stipule qu’en
l’absence de désordre, un champ électromagnétique extérieur homogène ne se
couple qu’aux degrés de liberté associés au centres d’orbites [64]. Par consé-
quent, les effets Coulombiens affectant le mouvement relatif des électrons ne
peuvent être sondés par un tel champ, et l’on s’attend à ce que les énergies
des magnéto-excitons tendent vers leurs valeurs non perturbées m~ω0 dans la
limite q → 0.
Mentionnons ici que la validité de la RPA à été étendue au régime des hauts
facteurs de remplissage ν  1 par Westfahl et al. au moyen d’une procédure
de bosonisation analogue au modèle de Luttinger pour le problème unidimen-
sionnel à B = 0 (voir section 2.2.5) [21]. En présence d’une cavité, le couplage
dipolaire avec un mode optique q sélectionne un mode de magnéto-exciton
correspondant à une modulation de la densité électronique de longueur d’onde
2π/|q|. Le point crucial est que les vecteurs d’onde optiques alors mis en jeu
vérifient toujours la condition |q|RC  1. Autrement dit dans un résonateur
optique, la renormalisation de l’énergie de la transition cyclotron est due à la
partie longue portée des interactions, et en vertu du théorème de Kohn on peut
d’ores et déjà s’attendre à une faible correction pour des facteurs de remplis-
sage raisonnables. Nous reviendrons plus précisément sur ces propriétés dans
les sections suivantes.

Finissons ce paragraphe en discutant brièvement le cas où les niveaux de


Landau sont partiellement remplis. Un argument simple permet alors de com-
prendre que cette situation est radicalement différente de celle que nous avons
considéré jusque là. Toute permutation au sein du dernier niveau de Landau
(partiellement) occupé change en effet l’état quantique à N corps sans coûter
d’énergie cinétique. Ces états sont donc hautement dégénérés et l’on comprend
que l’interaction Coulombienne, aussi petite soit-elle, va lever la dégénéres-
cence et déterminer ainsi entièrement le nouvel état fondamental. Le système
se trouve de fait dans le régime des fortes corrélations. Cette absence de coût en
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 59

énergie cinétique autorise notamment l’existence de phases de symétrie brisée.


D’une façon générale, on peut traiter les interactions dans un modèle restreint
à un seul niveau de Landau coïncidant avec le niveau de Fermi, et séparer plu-
sieurs régimes en comparant la distance moyenne entre électrons exprimée en
fonction de la densité dans le dernier niveau de Landau rempli d¯ = √πρ1ν ,
2DEG
à l’échelle de variation RC du potentiel de Coulomb effectif 14 [61].
Lorsque d¯  2RC , les corrélations sont si fortes que la formation d’un cristal
de Wigner est énergétiquement favorable [65, 66]. Le recouvrement entre les
fonctions d’onde est négligeable et les électrons ne ressentent que la partie
longue portée du potentiel Coulombien. Dans le cas intermédiaire d¯ ∼ 2RC , les
fonctions d’onde commencent à se recouvrir et les états propres correspondants
sont ceux d’un liquide incompressible dont les excitations possèdent une charge
fractionnaire. Il s’agit du liquide de Laughlin qui a permis d’interpréter l’effet
Hall quantique fractionnaire qui se manifeste aux facteurs de remplissage ν =
1
2p+1
(p ∈ N) [67]. Bien sur, ce liquide échappe complètement à la description
perturbative en termes de quasiparticules du liquide de Fermi normal. Notons
k
qu’il existe également un effet Hall quantique fractionnaire à ν = 2pk+1 (k ∈
N) qui à été interprété plus tardivement par Jain et sa théorie des fermions
composites [68]. Lorsque d¯  2RC , le potentiel de Coulomb effectif présente des
plateaux [69] en raison du fait que le recouvrement entre les fonctions d’onde
varie peu sur l’intervalle 0 < d¯ . 2RC . Des phases cristallines d’électrons
prenant la forme d’îlots ou de rubans deviennent énergétiquement favorables
(ondes de densité de charge de période ∼ RC ) [70, 71]. On peut ici tenir compte
des corrélations au niveau de l’approximation de Hartree-Fock, en supposant
toutefois l’existence de cette onde de densité de charge.

2.2.4 Résolution de la résonance cyclotron


Une rapide application numérique de la relation (2.40) nous montre qu’il
est possible d’atteindre le régime de couplage ultrafort avec des paramètres
physiques paraissant à première vue acceptables. Le problème qui se pose
maintenant concerne les phénomènes de diffusion affectant la résolution spec-
trale de la résonance cyclotron à ω0 . En effet, la diffusion par les impuretés
ionisées des couches dopées et les inhomogénéités de surface, ou encore les
collisions avec les phonons du réseau sont autant de phénomènes qui affectent
14. Dans un modèle restreint à un seul niveau de Landau, le facteur de forme provenant
du niveau considéré est pris en compte dans la définition d’un potentiel de Coulomb effectif.
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
60 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

la densité d’état électronique en provoquant un élargissement des niveaux de


Landau. De façon équivalente, on peut définir un temps de vie τ relié à la
largeur des niveaux par la relation τ = ~/Γ, et dire que la résonance cyclo-
tron est bien définie si la condition ω0 τ > 1 est satisfaite 15 . Soulignons que
cette largeur finie des niveaux de Landau est indispensable pour comprendre
les propriétés particulières du transport électronique dans les systèmes à effet
Hall quantique, et peut être déterminée expérimentalement par des mesures
de résistivité (notamment les fameuses oscillations de Shubnikov-De-Haas). Ce
phénomène d’élargissement des niveaux détermine finalement la largeur de la
résonance cyclotron, qui peut être caractérisée par un temps de vie que nous
noterons τCR . Outre de la température, ce temps de vie dépend du domaine
spectral dans lequel se situe la résonance cyclotron. Les mécanismes de diffu-
sion affectant la phases des électrons n’opèrent en effet pas tous dans la même
gamme d’énergie. Or, nous avons vu dans la section précédente que le couplage
ultrafort pouvait être atteint dans le régime des faibles champs magnétiques.
Pour un champ typique de 0.1T, la fréquence cyclotron se situe alors dans le
domaine des micro-ondes (ω0 ∼ 260GHz).
Dans la référence [72], les auteurs ont justement mesuré la valeur de τCR
dans une expérience de spectroscopie micro-ondes (ω ∼ 160 − 200GHz) d’un
gaz d’électron bidimensionnel à haute mobilité (µS ∼ 1.6·106 cm2 V−1 s−1 ). Pour
un champ de 80mT et à basse température (T = 4.2K), τCR est de l’ordre de
65ps, ce qui donne ω0 τCR ≈ 14. Bien que très inférieur à celui des dipôles dans
le cas des atomes de Rydberg, ce temps de vie est néanmoins suffisant pour
que la résonance cyclotron reste bien définie dans le régime des faibles champs
magnétiques. Les auteurs de la référence [72] ont également démontré l’égalité
entre le temps de vie de la résonance cyclotron et le temps de transport τt dans
eτt
la limite des basses fréquences. Relié à la mobilité µS par la relation µS = m ∗

dans le cadre du modèle de Drude, ce temps de transport peut s’identifier avec


le temps de relaxation de l’impulsion au cours des collisions successives sur les
impuretés. Contrairement au temps de vie des niveaux τ , il n’est pas sensible
à la diffusion aux petits angles 16 et peut être significativement différent de
τ et τCR en fonction des échantillons et de la gamme d’énergie considérée
[73]. Dans le domaine des micro-ondes, la largeur spectrale de la résonance
15. Ceci s’interprète classiquement en disant que le champ magnétique doit être assez
intense (et/ou le temps de vie assez grand) pour qu’un électron puisse effectuer au minimum
une orbite cyclotron avant de diffuser.
16. Les deux temps τ et τt différent par un facteur géométrique 1 − cos θ où θ est l’angle
de diffusion.
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 61

cyclotron est donc entièrement contrôlée par la mobilité du gaz d’électrons.


Plus l’échantillon est "propre", plus haute est la mobilité, et meilleure est la
résolution de la résonance cyclotron. Pour un champ magnétique de 80mT et
une densité typique ρ2DEG = 2 · 1011 cm−2 , le facteur de remplissage reporté
dans [72] est de l’ordre de ν = 50.

Figure 2.2.2 – Résonance cyclotron mesurée dans l’expérience [72] à une


fréquence ω = 185GHz et à T = 4.2K. Le champ magnétique résonant est
B0 ≈ 800Oe = 80mT. Les données expérimentales sont représentées par les
petits cercles noirs et les deux fits sont calculés en utilisant : (a) les masses ef-
fectives m∗ = 0.066m0 et m∗ = 0.07m0 avec le même temps de vie τCR = 62ps,
et (b) les temps de vie τCR = 55ps et τCR = 80ps avec la même masse
m∗ = 0.068m0 . (c) Tableau récapitulatif des résultats de l’expérience [72] don-
nant la densité de porteurs, la mobilité, le temps de transport, le temps de vie
de la résonance cyclotron et la masse des porteurs normalisée. Cette figure est
adaptée de la référence [72].

A plus haute fréquence (ω ∼ 300GHz − 1THz), le temps de transport des


électrons bidimensionnels reporté est de l’ordre d’une centaine de picosecondes,
ce qui correspond à des mobilités importantes (µS > 3 · 106 cm2 V−1 s−1 ) [74].
Dans l’expérience [74], les temps de vie mesurés sont donné par τCR = 13ps
et τ = 2.5ps. Dans le domaine de l’infrarouge lointain (ω ∼ 1 − 20THz), la
résonance cyclotron apparaît dans le régime des champs magnétiques de l’ordre
de quelques Tesla et vérifie aisément la condition ω0 τt  1 [75, 76].
L’autre facteur limitant la résolution dans ce type d’expérience est lié à
la température de l’échantillon. Si les fluctuations thermiques kB T deviennent
comparables à la fréquence cyclotron, l’activation thermique des modes de
phonons contribue à l’élargissement de la résonance cyclotron dans le régime
des champs magnétiques intenses. D’une façon générale, la température de
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
62 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

l’échantillon doit satisfaire à la condition kB T  ~ω0 pour avoir un signal


suffisamment intense. Ceci correspond à T . 1K pour un champ magnétique
de 80mT.

2.2.5 Le système physique

Considérons une structure semiconductrice composée de nQW puits quan-


tiques de largeur lQW contenants chacun un gaz d’électrons bidimensionnel
parallèle au plan (xOy), et soumise à un champ magnétique statique et ho-
mogène B0 = Bez . Cette structure est alors placée à l’intérieur d’une cavité
planaire qui confine le champ électromagnétique dans la direction de croissance
(Oz) (figure 2.2.3). Nous supposerons d’une part que la structure est invariante
par translation dans le plan, et que d’autre part la condition lQW  Lz nous
permet de négliger la taille de la distribution d’électrons selon z par rapport à
la longueur typique de variation du champ électromagnétique. En outre, nous
considérerons qu’il est légitime de faire cette approximation y compris dans
le cas d’une structure à plusieurs puits quantiques. Nous ferons donc le calcul
pour un puits, et généraliserons ensuite à nQW puits en remplaçant simplement
la densité ρ2DEG du gaz par ρ2DEG nQW (section 2.2.2). Les électrons bidimen-
sionnels ainsi que le champ électromagnétique du vide sont donc traités comme
des degrés de libertés quantiques intrinsèques au système. Le champ magné-
tique statique est quant à lui considéré comme un champ extérieur, généré
par le potentiel vecteur écrit en jauge de Landau A0 = Bxey . Dans ce cas,
le hamiltonien du système total est donné par l’équation (1.26) du chapitre
1, où le potentiel vecteur désigne maintenant la superposition des potentiels
vecteurs respectivement associés au champ magnétique statique et au champ
électromagnétique du vide,

X 1 h e i2
H= pi + At (ri , z) + V(z) + VC + Hray (2.44)
i
2m∗ c

avec p = px ex + py ey + pz ez , At (r, z) = A0 (r) + A(r, z) où A(r, z) est


donné par l’équation (2.50), et V(z) le potentiel de confinement du puits quan-
tique approximé par l’équation (2.1). Le dernier terme représente quant à lui
le hamiltonien du champ libre dont nous allons maintenant caractériser les
excitations.
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 63

Figure 2.2.3 – Schéma du système considéré dans cette section. Une hétéro-
structure contenant nQW puits quantiques est placée à l’intérieur d’une cavité
planaire. On suppose que la largeur lQW de chaque puits ainsi que la largeur
totale de l’hétérostructure sont négligeables devant Lz . L’ensemble est soumis
à un champ magnétique statique et homogène B0 .
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
64 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

2.2.6 La cavité planaire, excitations du champ libre


Le résonateur considéré ici est constituée de six parois métalliques distantes
deux à deux de Lx ≡ L, Ly ≡ L et Lz dans les trois directions de l’espace,
et remplie d’un milieu matériel de permittivité . Soulignons que le choix de
cette géométrie particulière pour la cavité est assez naturel dans la mesure
où cette dernière possède le même groupe de symétrie que le gaz d’électron
bidimensionnel (invariance par translation dans le plan). On supposera donc
que les longueurs de la cavité vérifient la condition Lz  L en prenant des
conditions aux limites périodiques dans les deux directions x et y 17 . Nous
supposerons également que les parois selon z sont parfaitement conductrices
si bien que les composantes tangentielles du champ électrique E et radiales du
champ magnétique B s’y s’annulent exactement. Comme dans la section 1.1.2,
l’indice modal q désigne ici les trois composantes du vecteur d’onde du champ
électromagnétique. Les conditions aux limites périodiques dans les directions
x et y, et strictes dans la direction z imposent la quantification de ce vecteur
d’onde selon
 
2πnx 2πny nπ
q≡ , et qz = . (2.45)
L L Lz
q désigne à partir de maintenant la composante du vecteur d’onde dans
le plan, et n l’indice qui spécifie la "branche" associée à la composante qz du
vecteur d’onde selon z. On notera à ce propos que nx , ny ∈ Z et n ∈ N. Pour
adopter des notations cohérentes, r désignera la projection du vecteur position
dans le plan et z sa composante selon l’axe (Oz). La résolution des équations
de Maxwell nous permet alors de déterminer la forme spatiale des modes uq,j
du champ 18 (équation 1.8 de la section 1.1.2) :
r  
2 iq·r nπz
uq,n,x (r, z) = uq,n,y (r, z) = i e sin (2.46)
V Lz
r  
2 iq·r nπz
uq,n,z (r, z) = e cos . (2.47)
V Lz
Notons que la fréquence de ces modes vérifie la relation de dispersion ωq,n =
p
c


q2 + (nπ/Lz )2 correspondante à la propagation dans un milieu matériel
17. Ceci est équivalent à prendre L → ∞ et l’on fait donc disparaitre les parois dans ces
deux directions en gardant à l’esprit que le volume V = Lz L2 = Lz S de la boîte reste fini.
q18. Dans le cas où n = 0, la composante des modes selon z est donnée par uq,0,z (r, z) =
1
V eiq·r , les autres composantes étant nulles en tout point de l’espace.
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 65

de permittivité . Dans la base (eq,n,1 , eq,n,2 , eq,n,3 ) introduite dans la section


1.1.2, les champs s’écrivent finalement comme

r
X 2π~ωq,n 
aq,n,η uq,n,η − a†q,n,η u∗q,n,η

E(r, z) = i (2.48)
q,n,η

s
X 2π~c2 
aq,n,η ∇ × uq,n,η + a†q,n,η ∇ × u∗q,n,η

B(r, z) = (2.49)
q,n,η
ωq,n
s
X 2π~c2 
aq,n,η uq,n,η + a†q,n,η u∗q,n,η ,

A(r, z) = (2.50)
q,n,η
ωq,n

avec le profil spatial des modes pour chaque polarisation 19 [77]


   
i sin nπz
Lz
cos θq,n cos φq
Cn    
uq,n,1 (r, z) = √ eiq·r  i sin nπz cos θq,n sin φq (2.51)
 
Lz 
V    
− cos nπzLz
sin θq,n
et
   
−i sin nπz sin φq
Cn iq·r   Lz 
uq,n,2 (r, z) = √ e  nπz
 i sin Lz cos φq
. (2.52)
V 
0
Dans ce cas, le Hamiltonien du champ libre est caractérisé par les trois
nombres quantiques (q, n, η) ; le premier étant associé à l’impulsion des photons
dans le plan, le deuxième aux différents modes provenant de la quantification
selon l’axe z et le troisième aux deux polarisations indépendantes η = 1, 2. Ce
Hamiltonien est donné par l’équation
XX
Hray = ~ωq,n a†q,n,η aq,n,η . (2.53)
q,n η

2.2.7 Le gaz d’électrons en interaction, excitations élec-


troniques
Dans cette section, nous allons nous intéresser aux deux contributions HL
et VC décrivant les propriétés du gaz d’électrons "nu", sans interaction avec
p
19. La constante de normalisation Cn est donnée par Cn = 2 − δn,0 .
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
66 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

le champ électromagnétique. Nous caractériserons les excitations de ce gaz en


présence des interactions Coulombiennes, et verrons qu’il apparait des modes
collectifs appelés magnéto-excitons, bosoniques dans le régime des hauts fac-
teurs de remplissage.

Hamiltonien libre

La première contribution HL , appelée hamiltonien libre, regroupe les degrés


de liberté des électrons bidimensionnels sans interactions, soumis au champ
magnétique B0 , et confinés selon z par le potentiel du puits quantique :

X 1 h e i2
HL = pi + A0 (ri ) + V(z). (2.54)
i
2m∗ c

Dans la section 2.1.1, nous avons vu que le mouvement dans le plan était
indépendant du mouvement dans la direction de croissance du puits. En outre,
nous considérons que seule la première sous-bande est remplie et que la lar-
geur du puits est suffisamment petite pour que l’on puisse négliger les tran-
sitions intersousbandes apparaissant à plus haute énergie que la transition
cyclotron, i.e. E2 − E1  ~ω0 (section 2.1.1). Dans ce cas, les fonctions
d’onde électroniques s’écrivent sous la forme factorisée ψN,k (r)ξ(z) où la par-
tie planaire ψN,k (r) (jauge de Landau) est donnée par les équations (2.23) et
(2.25), et ξ(z) ≡ ξj=1 (z) par l’équation (2.3). En seconde quantification, on
introduit les champs de fermions qui se développent dans la base des états
P †
propres selon Ψ(r, z) = N,k ψN,k (r)ξ(z)cN,k , où l’opérateur cN,k (cN,k ) dé-
truit (crée) un fermion dans l’état à une particule (N, k) dans la première
sous-bande. Ces opérateurs vérifient les règles d’anticommutation des fermions
2 2
{cN,k , c†N 0 ,k0 } = δN,N 0 δk,k0 . En négligeant la constante 2mπ∗ l~2 , le hamiltonien
QW
libre s’écrit finalement comme

Z Z  

X 1 †
HL = dr dz Ψ (r, z)HL Ψ(r, z) = ~ω0 N + c cN,k , (2.55)
N,k
2 N,k

R l /2
où l’on a utilisé la condition de normalisation −lQW
QW /2
dz ξ ∗ (z) ξ(z) = 1.
Comme précisé dans la section (2.2.2), nous considérons que l’état fondamen-
tal du hamiltonien libre (2.55) à plusieurs électrons consiste en ν niveaux de
Landau complètement remplis :
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 67

ν−1
YY N
|F i = c†N,k |0i . (2.56)
N =0 k=1

|0i représente ici le vide quantique d’électrons.

Hamiltonien de Coulomb

Nous devons maintenant considérer le terme d’énergie Coulombienne VC =


e2
P
i6=j |ri −rj | décrivant les interactions entre les électrons du gaz soumis au
champ magnétique B0 . En négligeant le mouvement selon z (la diffusion Cou-
lombienne entre les différentes sous-bandes), le Hamiltonien correspondant
s’écrit en seconde quantification comme
ZZ
1
VC = dr dr0 Ψ† (r)Ψ(r)VC Ψ† (r0 )Ψ(r0 ). (2.57)
2
Notons que les champs Ψ et Ψ† ne dépendent ici que des variables du
P
plan, Ψ(r) = N,k ψN,k (r)cN,k . En introduisant la transformée de Fourier du
potentiel Coulombien

2πe2
Z
1X 0
ṼC (q) = dr VC (r)e−iq·r = et VC (r − r0 ) = ṼC (q) eiq·(r−r ) ,
|q| S q
(2.58)
on voit que le hamiltonien d’interaction fait intervenir les composantes de
Fourier de la densité ρ̂(r) = Ψ† (r)Ψ(r) dans le plan (xOy) :
XX
ρ̂q = hN, k| e−iq·r |N 0 , k 0 i c†N,k cN 0 ,k0 . (2.59)
N,k N 0 ,k0

L’expression des éléments de matrice hN, k| e−iq·r |N 0 , k 0 i de l’annexe A.1


nous permet alors d’exprimer cet opérateur comme [21]
∞ h
X i

ρ̂q = ρ̂0,q + β−q,m + βq,m , (2.60)
m=1


X |q|2 l2 2
e−iqx (k+qy /2)l0 GN,N (−q ∗ l0 ) c†N,k+qy cN,k
0
ρ̂0,q = e− 4 (2.61)
N,k
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
68 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

crée une superposition d’excitations au sein de chaque niveau de Landau.


Remarquons que la relation ν−1
P
N =0 GN,N (0) = ν nous permet de montrer que
la valeur moyenne de la densité ρ̂(r) dans l’état fondamental (2.56) n’est autre
que la densité du gaz d’électrons ρ2DEG :

1 X iq·r νN
hF | ρ̂(r) |F i = e hF | ρ̂0,q |F i = = ρ2DEG . (2.62)
S q S

Dans le cas d’un facteur de remplissage fractionnaire, c’est cet opérateur qui
permet de décrire les excitations du liquide de Laughlin en utilisant l’algèbre
des densités projetées [61]. En revanche, lorsque le facteur de remplissage est
entier, le principe de Pauli implique que les seules excitations possibles sont

générées par l’opérateur de magnéto-exciton βq,m (βq,m ) créant (détruisant)
une superposition d’excitations entre les niveaux de Landau N et N + m pour
tout N . Son expression en seconde quantification est donnée par la relation

X |q|2 l2 2
eiqx (k−qy /2)l0 GN +m,N (−q ∗ l0 ) c†N +m,k−qy cN,k ,
† 0
βq,m = e− 4 (2.63)
N,k

l’opérateur β−q,m s’obtenant à partir de l’équation précédente par une


conjugaison hermitique suivie du remplacement q → −q. Par analogie avec
la théorie des plasmons à B = 0, on peut alors évaluer le commutateur

XX (|q|2 +|q0 |2 )l20


hF | [βq,m , βq† 0 ,m0 ] |F i = e − 4 GN +m,N (ql0 ) GN +m,N (−q 0∗ l0 )
N k,k0

× e−i[qx (k−qy /2)l0 −mφq ] ei[qx (k −qy /2)l0 −m φq0 ]


2 0 0 0 2 0

× [Θ(ν − 1 − N ) − Θ(ν − 1 − N − m)] δm,m0 δk,k0 δqy ,qy0 ,


(2.64)

où tan φq = qy /qx et Θ désigne la fonction de Heaviside. Si l’on note nel le


nombre d’excitations neutres présente dans le système, on peut remarquer que
la relation précédente n’est valable qu’à l’ordre zéro en nel /N . En utilisant
la relation N 2iπp(nx −n0x )/N
P
p=1 e = N δnx ,n0x avec k = 2πp/L, qx = 2πnx /L et
S 2
N = 2πl2 (S = L ), ainsi que la définition
0

ν−1
X |q|2 l2
0
Fm (ql0 ) = e− 2 GN +m,N (ql0 ) GN +m,N (−q ∗ l0 ) (2.65)
N =ν−m
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 69

où Fm est une fonction réelle, le commutateur se met finalement sous la


forme

h[βq,m , βq† 0 ,m0 ]i = N Fm (ql0 ) δq,q0 δm,m0 . (2.66)


Cette expression montre que les opérateurs normalisés


βq,m βq,m
b†q,m = p et bq,m = p (2.67)
N Fm (ql0 ) N Fm (ql0 )

vérifient approximativement 20 les règles de commutation bosoniques


h i

bq,m , bq0 ,m0 = δq,q0 δm,m0 . (2.68)

Dans le régime des facteurs de remplissage entiers, les fluctuations de den-


sité δ ρ̂q = ρ̂q − ρ̂0,q sont entièrement pilotées par des excitations collectives
bosoniques dans la limite diluée [21] :

X h i
N Fm (ql0 ) b†−q,m + bq,m .
p
δ ρ̂q = (2.69)
m=1

Remarquons que cette construction est tout à fait analogue à la bosonisa-


tion de Tomonaga-Luttinger pour le liquide unidimensionnel [23, 24]. Dans le
régime des hauts facteurs de remplissage N ∼ ν  1, pour des excitations de

basse énergie (m  ν), et dans le secteur |q|l0  ν, on peut alors simplifier
les expressions (2.63) et (2.65) pour aboutir à une expression asymptotique
des opérateurs de magnéto-exciton :

1 X i[qx (k−qy /2)l02 −m(φq −π/2)] †


b†q,m = √ e cN +m,k−qy cN,k . (2.70)
mN N,k
Revenons maintenant au Hamiltonien de Coulomb donné par l’équation
(2.57). Ce dernier fait clairement intervenir le produit des deux composantes
ρ̂q et ρ̂−q de la densité :

1X
VC = ṼC (q)ρ̂−q ρ̂q . (2.71)
2 q

20. Comme attendu, la validité de l’approximation bosonique correspond à la limite de


faible densité d’excitations (régime dilué), lorsque l’état du système n’est pas très différent
de |F i[21].
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
70 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

Figure 2.2.4 – Dans le régime des facteurs de remplissage entiers, les excita-
tions collectives (magnéto-excitons) sont des superpositions de paires électron-
trou dans chaque centre d’orbite k et chaque niveau de Landau N , correspon-
dantes à des transitions entre les états quantiques (N, k) et (N + m, k − qy )
(invariance par translation dans la direction y). Chaque état individuel est mo-
2
dulé par un facteur de phase ∝ eikqx l0 . Pour ν  1 et m  ν, ces excitations
sont bosoniques et chaque mode est donc caractérisé par les nombres quantiques
(q, m)[21].
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 71

En se servant des expressions (2.69) et (2.91), et en négligeant la contri-


bution intra-niveaux ρ̂0,q , ce hamiltonien se met sous la forme quadratique et
bosonique [21]
XX  
VC = ~ζq,m,m0 b†q,m + b−q,m b†−q,m0 + bq,m0 , (2.72)
q m,m0

pour ν  1, m  ν et |q|l0  ν. Remarquons en particulier que la
constante de couplage est factorisable :

N √
ζq,m,m0 = ṼC (q) mm0 Jm (|q|RC ) Jm0 (|q|RC ) . (2.73)
2~S
2
En se servant du paramètre rs = a∗ √πρ1 2DEG où a∗B = m~∗ e2 désigne le rayon de
B
Bohr effectif des électrons, la constante de couplage normalisée peut finalement
s’écrire comme

ζq,m,m0 νrs gS √
= mm0 Jm (|q|RC ) Jm0 (|q|RC ) . (2.74)
ω0 2|q|RC
Notons que le préfacteur apparaissant dans l’équation précédente peut s’ex-
νrs gS gS e2
primer comme 2|q|R C
= 2|q|l0 l0 ~ω0
, et l’on reconnait l’échelle caractéristique qui
quantifie l’importance du mélange de niveaux dans le régime des facteurs de
remplissage entiers. Concernant la contribution en énergie cinétique, il convient
maintenant de chercher une représentation du hamiltonien HL (équation 2.55)
dans la base générée par les modes bosoniques b†q,m . Au regard des définitions
(2.56) et (2.91), on constate immédiatement que l’état fondamental fermio-
nique |F i coïncide avec le vide de bosons, i.e. bq,m |F i = 0. Par conséquent,
l’espace de Hilbert bosonique est engendré par l’application successive des opé-
rateurs b†q,m sur l’état fondamental |F i, i.e.

Y b†q,m nq,m

|{nq,m }i = p |F i , (2.75)
q,m
nq,m !

où nq,m = 0, 1, 2, · · · désigne le nombre d’occupation du mode (q, m). On


peut maintenant déduire la représentation cherchée à l’aide de l’équation

Y b†q,m nq,m Y b†q,m nq,m


"  # 
HL |{nq,m }i = HL , p |F i + p HL |F i , (2.76)
q,m
nq,m ! q,m
nq,m !
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
72 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

où le commutateur figurant au second membre peut être évalué grâce à


2
la relation [bq,m , HL ] = m~ω0 bq,m . En remarquant que HL |F i = N ~ω20 ν |F i,
l’expression de HL dans la base bosonique est donnée par
X N ~ω0 ν 2
HL = m~ω0 b†q,m bq,m + . (2.77)
q,m
2

Dans l’annexe A.2, nous montrons que les espaces de Hilbert fermionique et
bosonique sont égaux si l’on se restreint au sous-espace à une excitation. Dans
ce sous-espace, la bosonisation n’introduit donc pas d’états non-physiques.
Comme nous l’avions déjà évoqué dans la section 1.3.2, c’est finalement cette
propriété qui confirme que notre traitement n’est valide que dans la limite d’un
faible nombre d’excitations. Les modes propres électroniques s’obtiennent en
diagonalisant le hamiltonien de "magnéto-plasmons"

X XX  † 
Hmp = m~ω0 b†q,m bq,m + ~ζq,m,m0 b†q,m + b−q,m b−q,m0 + bq,m0 ,
q,m q m,m0
(2.78)
somme des contributions (2.72) et (2.77), au moyen d’une transformation
de Bogoliubov généralisée [21]
X
mq,j = Uq,m,j bq,m + Vq,m,j b†−q,m (2.79)
m

Il est d’ailleurs intéressant de remarquer la grande similarité avec le hamil-


tonien de Luttinger du liquide d’électrons unidimensionnel [24, 25].
Le hamiltonien (2.78) peut s’écrire sous la forme diagonale
X
Hmp = ~λq,j m†q,j mq,j , (2.80)
q,j

où les modes propres λq,j sont solutions de l’équation aux valeurs propres
[mq,j , Hmp ] = ~λq,j mq,j . En résolvant le système d’équations correspondant,
on peut alors montrer que les fréquences propres sont solutions de l’équation
transcendante
X 4mω0 ζq,m,m
= 1, (2.81)
m
λ2q,j − m2 ω02
donnant les pôles de la fonction diélectrique obtenus par Kallin et Halpe-
rin dans le cadre de la RPA et dans la limite des forts champs magnétiques
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 73

Figure 2.2.5 – (a) Fréquences des magnéto-plasmons normalisés par la fré-


quence cyclotron λq,j /ω0 en fonction du vecteur d’onde adimensionné |q|RC
(traits pleins bleus). Ces modes propres sont obtenus par une diagonalisation
numérique du hamiltonien 2.78 comprennant 15 modes q (mc = 15). La courbe
en pointillés noirs correspond à la fréquence ωωp,q
0
= 1 + gS νrs2|q|RC du plasmon
en unités de ω0 . Les fréquences des magnéto-plasmons tendent vers leurs va-
leurs non perturbées mω0 pour |q| → 0. Cette propriété est intrinsèque au mo-
dèle, justifié lui-même par le théorème de Kohn [64]. (b) Zoom sur la zone de la
figure (a) délimitée par le rectangle noir. Les modes propres s’anticroisent pour
des valeurs particulières du vecteur d’onde. Ces modes sont appelés "modes de
Bernstein". Paramètres : rs = 1, ν = 50,  = 13.
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
74 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

[21, 62]. Sur la figure 2.2.5, nous avons représenté les fréquences de ces magnéto-
plasmons normalisés par la fréquence cyclotron λq,j /ω0 en fonction du vecteur
d’onde adimensionné |q|RC (traits pleinsp bleus). La courbe en pointillés noirs
correspond à la fréquence ωp,q /ω0 = 1 + gS νrs |q|RC /2 du plasmon en unités
de ω0 (voir ci dessous). La densité du gaz est fixée à ρ2DEG = 4 · 1011 cm−2 de
façon à obtenir rs ≈ 1. Étant intéressés par le régime des hauts facteurs de
remplissage, nous avons pris ν = 50, ce qui correspond à un champ magnétique
B = 0.15T. On peut remarquer sur la figure 2.2.5 et d’après les relations (2.74)
et (2.81), que les énergies des magnéto-plasmons tendent vers leurs valeurs non-
perturbées m~ω0 lorsque |q| → 0. Cette propriété est donc intrinsèque à ce
modèle qui permet de retrouver la contribution RPA, et dont la pertinence à
décrire les interactions pour |q| → 0 est justifiée par le théorème de Kohn [64].
Comme on s’y attendait, la faible valeur du champ magnétique implique que
2 √
l’échelle quantifiant le mélange de niveaux l0e~ω0 = rs ν est de l’ordre de 7.
Ceci à pour conséquence un mélange de niveaux de Landau important. Chaque
branche j possède un poids non nul sur tous les modes de magnéto-excitons
m = 1, 2, · · · . En raison de la présence des termes antirésonants b†q,m b†−q,m0 et
bq,m b−q,m0 , l’état fondamental contient un nombre fini de paires électron-trou
correspondantes à des transitions entre les niveaux de Landau N et N + m
∀N, m. On remarque également que les différentes branches s’anticroisent pour
des valeurs particulières du vecteur d’onde. Ces anticroisements sont appelés
modes de Bernstein [78] et ont été mesuré par des techniques de spectroscopie
dans les gaz d’électrons bidimensionnels [79]. On peut constater numérique-
ment que les coefficients Uq,m=1,j et Vq,m=1,j saturent presque complètement la
décomposition (2.79) pour les parties du spectre (q, j) confondues avec la ligne
en pointillés noirs (|q|RC . 1). Dans ces zones, la transition dipolaire m = 1
domine, si bien que l’on peut pratiquement réduire le hamiltonien (2.78) à la
seule contribution m = m0 = 1 :
X  
Hmp ∼ ~ω0 b†q bq + ~ζq b†q + b−q b†−q + bq , (2.82)
|q|RC 1
q
avec

e2 gS αcgS |q|ν
ζq ≡ ζq,1,1 = J 2 (|q|RC ) ∼
2 1
. (2.83)
2~|q|l0 |q|RC 1 4
Ce hamiltonien s’écrit sous la forme diagonale Hmp = q ~ωp,q d†q dq qui
P
p
fait apparaitre un mode collectif de fréquence ωp,q = ω02 + gS νrs ω02 |q|RC /2,
correspondant au plasmon à deux dimensions modifié par le champ magnétique
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 75

[80, 81]. Notons que la différence principale tient au fait que son énergie ne
tend pas vers 0 lorsque |q| → 0.
Dans la section 2.2.3, nous avons évoqué le fait que les vecteurs d’ondes mis
en jeu lors du couplage du gaz d’électrons avec les modes de cavité vérifient
toujours la condition |q|RC  1. Autrement dit, la longueur d’onde de ces
modes de cavité ∼ Lz est beaucoup plus grande que le rayon de l’orbite cyclo-
tron des électrons au niveau de Fermi. Choisissons un facteur de remplissage
élevé de l’ordre de ν = 50 (B = 0.1T et ρ2DEG = 2.5 · 1011 cm−2 ) et un mode
de longueur d’onde λ = 100µm (infrarouge lointain). On voit dans ce cas que
l’échelle de dispersion des magneto-plasmons |q|RC est de l’ordre de 5 · 10−2 ,
et l’on constate que le couplage aux modes de cavité ne fait intervenir que
la partie longue portée de la dispersion des magnéto-plasmons. Les magnéto-
excitons associés à la transition cyclotron d’énergie ~ω0 sont renormalisés en
un mode de plasmon de fréquence ωp,q , très proche de ω0 mais qui disperse
de plus en plus vite lorsque l’on augmente le facteur de remplissage. Dans
notre cas, il est clair que cette procédure de bosonisation est particulièrement
adaptée au traitement des interactions en présence du résonateur, notamment
parce qu’elle a pour avantage d’étendre le domaine d’application de la RPA au
régime des champs magnétiques faibles correspondant avec celui du couplage
ultrafort lumière-matière ν  1.
Nous allons maintenant dériver l’expression du hamiltonien de couplage
lumière-matière dans la base des états de Landau et des modes du champ
électromagnétique (N, k) ⊗ (q, n, η).

Hamiltonien de couplage

La contribution correspondante au couplage entre les degrés de liberté des


électrons et ceux associés au champ du vide est composée de deux termes :
X e e2
Hint = p
∗c i
· A(ri , z) + A (r ) · A(ri , z).
∗ c2 0 i
(2.84)
i
m m
L’expression de ce hamiltonien en seconde quantification
Z Z
Hint = dr dz Ψ† (r, z)Hint Ψ(r, z) (2.85)

fait alors apparaitre des éléments de matrice hN, k| e±iq·r px |N 0 , k 0 i,


hN, k| e±iq·r py |N 0 , k 0 i et hN, k| e±iq·r x |N 0 , k 0 i. Pour les calculer, on peut intro-
duire les combinaisons (2.14) des variables x, px et py , et se ramener ainsi au cal-
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
76 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

(†)
cul d’éléments de matrice du type hN, k| e±iq·r dr |N 0 , k 0 i ∝ hN, k| e±iq·r |N 0 ± 1, k 0 i
donnés dans l’annexe A.1. Concernant le mouvement selon z, il apparaît aussi
les deux intégrales

Z Lz  
Lz nπz Lz
dz ξ(z − ) sin ξ(z − ) et (2.86)
0 2 Lz 2
Z Lz  
Lz nπz ∂ Lz
dz ξ(z − ) cos ξ(z − ). (2.87)
0 2 Lz ∂z 2
Par raisons de symétrie, on voit tout de suite que la dernière de ces inté-
grales est nulle. En considérant que le puits quantique est placé au milieu de la
cavité (z = Lz /2), on peut alors approximer la première au simple facteur géo-
métrique sin nπ

2
. Ceci impose que les modes possédant un noeud en z = Lz /2
ne sont pas couplés au résonateur, et fixe donc la parité de n. Introduisons le
nombre m = |N 0 − N | correspondant à la différence entre les deux indices de
niveaux impliqués dans une transition entre niveaux de Landau distincts. Dans
le régime des hauts facteurs de remplissage N ∼ ν  1, pour des excitations

de basse énergie (m  ν), et dans le secteur |q|l0  ν, le hamiltonien de
couplage se met finalement sous une forme quadratique et bosonique :

+∞
XX  
Hint = i~Ω(1) †
q,n,m cos θq,n bq,m − b−q,m a†−q,n,1 + aq,n,1
q,n m=1
+∞
XX  
+ ~Ω(2) †
q,n,m bq,m + b−q,m a†−q,n,2 + aq,n,2 . (2.88)
q,n m=1

Les constantes de couplage sont données par



r
 2m m Jm (|q|RC ) ανgS ω02

|q|RC √ √ pour n impair
Ω(1)
q,n,m = π  n2 +|q̃|2 (2.89)
0 sinon,


2√mJ 0 (|q|RC )
r
ανgS ω02

m √ √ pour n impair
Ω(2)
q,n,m =
π  n2 +|q̃|2 (2.90)
0 sinon,

p
d’onde adimensionné |q̃| = |q|Lz /π, cos θq,n = n/ n2 + |q̃|2
avec le vecteur p
et sin θq,n = |q̃|/ n2 + |q̃|2 . Jm désigne la fonction de Bessel de première
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 77

0
espèce et d’ordre m, et Jm sa dérivée. Notons la présence du facteur gS qui
prend en compte la dégénérescence de spin. Les opérateurs de magnéto-excitons
(†) (†)
bq,m et b−q,m apparaissant dans (2.88) sont donnés par la forme asymptotique
1 X i[qx (k−qy /2)l02 −m(φq −π/2)] †
b†q,m = √ e cN +m,k−qy cN,k (2.91)
mN N,k
dérivée dans la section précédente. Notons que la présence de ces opérateurs
n’est pas vraiment surprenant dans la mesure où le couplage lumière matière
considéré ici est d’origine dipolaire électrique, et fait donc apparaître des modes
collectifs correspondant aux excitations de la densité de charge aux vecteurs
d’onde optiques q sélectionnés par la cavité. Comme nous l’avons déjà évoqué
dans la section précédente, la limite des excitations optiques correspond à la
condition |q|RC  1. Nous allons donc développer les constantes de couplage
en puissances du petit paramètre |q|RC . D’autre part, l’échelle des variations
spatiales du couplage lumière-matière est donnée par le vecteur d’onde norma-
lisé par la longueur de cavité Lz , |q̃| = |q|Lz /π. On pourra donc caractériser
les excitations du système par leur dispersion en fonction de |q̃|. Au regard de
(2.88), on constate que le hamiltonien de couplage prend la forme d’un déve-
loppement multipolaire (m = 1, 2, 3, · · · ) dont les contributions correspondant
à un m donné commutent deux à deux. À l’ordre zéro en |q|RC , on obtient

√ √ m−1
√ 0

2m m m |q|RC
Jm (|q|RC ) ∼ 2 mJm (|q|RC ) ∼
|q|RC |q|RC 1 |q|RC 1 m − 1! 2
(2.92)
et comme on s’y attendait, le couplage lumière-matière est complètement
dominé par la transition cyclotron m = 1. Nous nous bornerons par conséquent
à étudier le hamiltonien dipolaire

X  
Hint = i~Ωq,n cos θq,n b†q − b−q a†−q,n,1 + aq,n,1
q,n
X  
+ ~Ωq,n b†q + b−q a†−q,n,2 + aq,n,2 n impair, (2.93)
q,n

avec b†q,1 ≡ b†q et la fréquence de Rabi du vide


s
ανgS ω02
Ωq,n = √p . (2.94)
π  n2 + |q̃|2
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
78 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

La branche n = 1 correspond à la branche optique de plus basse énergie


couplée au gaz d’électrons. Nous allons maintenant choisir la condition de
résonance telle que la fréquence cyclotron ω0 coïncide avec la fréquence ω0,1
du mode (q = 0, n = 1), i.e. ω0 = Lzπc√ (ce mode se propage parallèlement à
ez ). A résonance, on a |q̃| = 0, et la fréquence de Rabi adimensionnée s’écrie
r
Ω0,1 ανgS nQW
= √ . (2.95)
ω0 π 
On notera l’introduction du facteur nQW lorsque la structure se compose
de plusieurs puits quantiques. Nous avons donc démontré la loi d’échelle de la
section 2.2.2. Comme attendu, ce rapport peut devenir d’ordre unité dans le
régime des hauts facteurs de remplissage ν  1 (figure 2.2.6).

Figure 2.2.6 – Fréquence de Rabi du vide adimensionnée Ωω0,1 0


en fonction du
facteur de remplissage ν pour différentes valeurs du nombre de puits quantiques
nQW . Le couple d’indices (0, 1) fait référence au mode résonant avec la tran-
sition cyclotron (ω0,1 = ω0 ). Nous avons pris  = 13 pour un puits quantique
GaAs/AlGaAs.

Sur la figure 2.2.7, nous avons représenté les constantes de couplage norma-
lisées apparaissant dans le hamiltonien (2.93), en fonction du vecteur d’onde
optique |q̃| = |q|L
π
z
pour ν = 50 et nQW = 8. La polarisation η = 2 est cou-
plée aux modes électronique via la fréquence de Rabi du vide Ωq,n (traits en
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 79

pointillés). Le couplage des modes de polarisation η = 1 fait apparaitre un fac-


teur géométrique cos θq,n (traits pleins). Ce facteur atteint sa valeur maximale
cos θ0,n = 1 lorsque le vecteur d’onde du champ est dirigé selon z. Les modes
des deux polarisations sont alors contenus dans le plan (xOy) et le couplage
avec les dipôles électroniques est maximal. Dans le cas général, seuls les modes
de polarisation η = 2 sont contenus dans ce plan : le couplage entre les électrons
et les modes polarisés η = 1 est donc moins efficace, voir nul lorsque ces modes
sont orthogonaux au plan contenant les dipôles (|q̃| → ∞). Les constantes de
couplages décroissent respectivement en |q̃|13/2 pour la polarisation η = 1, et en
√1 pour la polarisation η = 2.
|q̃|

Figure 2.2.7 – Constantes de couplage normalisées apparaissant dans le ha-


miltonien (2.93) en fonction du vecteur d’onde optique |q̃| = |q|L π
z
dans le
régime ν  1. La polarisation η = 2 est couplée aux modes électroniques via
la fréquence de Rabi du vide Ωq,n (traits en pointillés). Le couplage des modes
de polarisation η = 1 fait apparaître un facteur géométrique supplémentaire
cos θq,n (traits pleins). Paramètres :  = 13, nQW = 8, ν = 50.

Nous avons vu qu’en présence des interactions de Coulomb, les magnéto-


excitons m = 1 sont renormalisés en un mode de plasmon qui disperse en
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
80 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

p
1 + |q|2 , couplé aux modes optiques de la cavité planaire. Il parait par consé-
quent raisonnable d’exprimer Le hamiltonien d’interaction Hint en fonction des
opérateurs d†q et dq de la section précédente. Ceci s’effectue au moyen de la
transformation

ωp,q + ω0 ωp,q − ω0 †
bq = √ dq − √ d
2 ωp,q ω0 2 ωp,q ω0 −q
ωp,q − ω0 ωp,q + ω0 †
b†−q = − √ dq + √ d , (2.96)
2 ωp,q ω0 2 ωp,q ω0 −q

conduisant à

r
X X ωp,q  
Hint = i~Ωq,n cos θq,n d†q − d−q a†−q,n,1 + aq,n,1
q n impairs
ω0
ω0
r
X X  
+ ~Ωq,n d†q + d−q a†−q,n,2 + aq,n,2 . (2.97)
q n impairs
ωp,q

Ce Hamiltonien décrit donc le couplage linéaire entre les modes de plas-


mons et les modes du champ électromagnétique, via une fréquence de Rabi
renormalisée par la partie longue portée des interactions Coulombiennes.

Hamiltonien diamagnétique

Nous allons maintenant nous intéresser au troisième terme du hamiltonien


total (2.44), le terme diamagnétique. Contrairement à ce qui est souvent le
cas en physique atomique, nous verrons alors que ce terme se révèle d’une im-
portance cruciale dans notre système. Le terme diamagnétique correspond à la
contribution faisant intervenir le carré du potentiel vecteur électromagnétique :

X e2
Hdia = A2 (ri , z). (2.98)
i
2m∗ c2

Comme nous cherchons à décrire les excitations provenant de l’intrication


entre les degrés de liberté des électrons et ceux associés au champ du vide,
l’expression de ce terme en seconde quantification est donnée par l’équation
Z Z
Hdia = dr dz Ψ† (r, z)Hdia Ψ(r, z). (2.99)
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 81

Le calcul des éléments de matrice de (2.99) s’effectue en moyennant la


contribution des degrés de liberté électroniques sur l’état fondamental non
perturbé |F i. Dans le cadre de cette approximation, on peut dire que les pho-
tons de cavité "se voient" par l’intermédiaire du champ moyen généré par les
électrons du gaz. On prendra donc ici hc†N,k cN 0 ,k0 i = Θ(ν − 1 − N )δN,N 0 δk,k0 . En
0
utilisant l’expression des éléments hN, k| e±i(q±q )·r |N, ki de l’annexe A.1, on
trouve facilement les deux règles de sélection q = q0 et q = −q0 . Finalement, les
deux relations N 2iπp(nx ±n0x )/N
P
p=1 e = N δnx ,∓n0x et GN,N (0) = LN (0) = 1 nous
(i) (p)
permettent de mettre le terme diamagnétique sous la forme Hdia = Hdia +Hdia ,
où le terme

X   
(i)
Hdia = ~Dq,n,n0 cos θq,n cos θq,n0 a−q,n,1 + a†q,n,1 aq,n0 ,1 + a†−q,n0 ,1
q,n,n0
X   
+ ~Dq,n,n0 a−q,n,2 + a†q,n,2 †
aq,n0 ,2 + a−q,n0 ,2 (2.100)
q,n,n0

provient des composantes planaires A2x + A2y et regroupe les contributions


des modes impairs (n, n0 = 1, 3, 5, · · · ). La constante de couplage Dq,n,n0 s’écrie
alors sous la forme factorisée 21

Ωq,n Ωq,n0
Dq,n,n0 = . (2.101)
ω0
Le second terme ∝ A2z provient de la composante du potentiel vecteur selon
z et regroupe les contributions des modes pairs (n, n0 = 0, 2, 4, · · · ) :

X   
(p)
Hdia = Nn N ~D
n0 q,n,n0 sin θq,n sin θq,n0 a−q,n,1 + a†q,n,1 †
aq,n ,1 + a−q,n0 ,1 .
0

q,n,n0
(2.102)
p
Le facteur Nn = 1/ 1 + δn,0 prend en compte la normalisation spécifique
du mode n = 0. Nous avons vu dans la section précédente (équations (2.93)
et (2.94)) que les modes pairs ne sont pas couplés au gaz d’électrons. De plus,
21. La forme particulière de cette relation provient du fait que les états propres électro-
niques ont une structure d’oscillateur harmonique. Dans le cas des transitions intersous-
bandes [17] ou des atomes artificiels en électrodynamique quantique des circuits [82], on a
en général D 6= Ω2 /ω0 tout en conservant la relation de proportionnalité D ∝ Ω2 /ω0 (voir
annexe A.3). Nous verrons au chapitre 3 que cette propriété a des conséquences importantes
sur la nature des excitations lumière-matière.
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
82 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

Figure 2.2.8 – Les trois plus grands éléments de matrice du couplage dia-
magnétique normalisé en fonction du vecteur d’onde optique dans le plan |q̃|
et dans le régime ν  1. Pour les modes de polarisation η = 2 (traits en
pointillés), ces éléments de matrices correspondent à Dq,1,n ω0
(n = 1, 3, 5) qui
décroissent en 1/|q̃|. Les modes de polarisation η = 1 (traits pleins) font appa-
raître les facteurs géométriques cos θq,1 cos θq,n (n = 1, 3, 5), et décroissent plus
rapidement en 1/|q̃|3 . On voit alors clairement que le terme diamagnétique est
important en régime de couplage ultrafort. Paramètres :  = 13, nQW = 8,
ν = 50.
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 83

comme le terme diamagnétique ne couple pas les modes de parité différentes,


on peut d’ores et déjà diagonaliser la somme des contributions paires H (p) =
(p) (p)
H1 + H2 avec

(p)
X X
~ωq,n a†q,n,1 aq,n,1 + Hdia
(p)
H1 = (2.103)
q n pairs
(p)
X X
H2 = ~ωq,n a†q,n,2 aq,n,2 . (2.104)
q n pairs

La contribution (2.104) de la polarisation η = 2 est déjà sous forme diago-


nale. Par conséquent, les excitations correspondantes coïncident avec les modes
non-perturbés d’énergie ~ωq,n (n = 0, 2, 4, · · · ). Concernant la polarisation
η = 1, la contribution (2.103) peut être diagonalisée en utilisant une trans-
formation de Bogoliubov généralisée ãq,j,1 = n Uq,n,j aq,n,1 + Vq,n,j a†−q,n,1 . Les
P
(p)
fréquences propres sont alors données par l’équation [ãq,j,1 , H1 ] = ~ω̃q,j ãq,j,1 .
En résolvant le système d’équations associé, on obtient l’équation transcen-
dante

X 4ωq,n Dq,n,n
= 1, (2.105)
ω̃ 2 − ωq,n
n pairs q,j
2

qui peut être résolue numériquement et nous permet alors de calculer les
(p)
nouvelles résonances ω̃q,j . Dans la nouvelle base, le hamiltonien H1 prend
finalement la forme diagonale

(p)
XX
H1 = ~ω̃q,j ã†q,j,1 ãq,j,1 , (2.106)
q j

ce qui s’interprète en disant que l’énergie des branches paires du champ


électromagnétique est renormalisée ("blueshift") par le terme diamagnétique.
De plus, l’état fondamental de la cavité associé à ces modes contient un nombre
fini de photons en raison des termes antirésonants provenant du hamiltonien
diamagnétique. Il est intéressant de remarquer d’après (2.94) et (2.101) que
Ωq,0 diverge en √1 pour |q̃| → 0, ce qui entraîne l’apparition d’une divergence
|q̃|
1
|q̃|
gênante dans le terme (2.102). Fort heureusement, cette divergence est
régularisée automatiquement lorsque l’on prend en compte l’énergie des modes
libres. L’équation aux valeurs propres (2.105) fait en effet intervenir le produit
ωq,0 Dq,0,0 qui tend vers une limite finie lorsque |q̃| → 0.
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
84 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

Figure 2.2.9 – Fréquences propres normalisées ω̃q,j /ω0 j = 1, 2, 3, 4, 5 (traits


bleus) en fonction du vecteur d’onde |q̃|, obtenues par diagonalisation numé-
rique du hamiltonien (2.103). Les fréquences des modes non-perturbés ωq,n
(n = 0, 2, 4, · · · ) correspondent aux traits noirs. Une convergence satisfaisante
est atteinte en prenant 8 branches photoniques en compte (nc = 14). Para-
mètres :  = 13, nQW = 8, ν = 50.
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 85

Sur la figure 2.2.9, nous avons représenté les 5 premières fréquences propres
normalisées ω̃q,j /ω0 (traits bleus) en fonction du vecteur d’onde |q̃|, obtenues
par une diagonalisation numérique du hamiltonien (2.103). Les fréquences des
modes non-perturbés ωq,n (n = 0, 2, 4, · · · ) correspondent aux traits noirs.
Une convergence satisfaisante est atteinte en prenant 8 branches photoniques
en compte (nc = 14). Notons à ce propos que la relation (2.105) implique une
convergence rapide en 1/n4 . On constate que la branche de plus basse énergie
n = 0 est fortement repoussée de sa valeur non-perturbée ωq,0 . En particulier, le
splitting correspondant est maximum pour |q̃| = 0, ce qui provient du fait que
Dq,0,0 sin2 θq,0 diverge lorsque |q̃| → 0. L’équation aux valeurs propres (2.105)
ne fait intervenir que les termes diagonaux Dq,n,n . En remarquant que pour n 6=
0, Dq,n,n sin2 θq,n → 0 lorsque |q̃| → 0, on est en mesure d’expliquer pourquoi
l’énergie des modes n 6= 0 n’est pas renormalisée à |q̃| = 0. Notons cependant
que le splitting du mode n = 2 n’est plus négligeable lorsque Dq,2,2 sin2 θq,2
atteint sa valeur maximale autour de |q̃| = 2. En effet, il est facile de voir
que les constantes de couplage Dq,n,n sin2 θq,n tendent vers 0 (∼ 1/|q̃|) lorsque
|q̃| → +∞, et les fréquences propres tendent asymptotiquement vers leurs
valeurs non-perturbées. On comprend donc maintenant l’origine du "Polariton
Gap" évoqué dans la section 1.3.2. En effet, les modes propres associés aux
degrés de liberté photoniques n’ont pas les mêmes énergies selon la valeur du
paramètre |q̃| servant à caractériser leur dispersion. À |q̃| = 0, le "blue shift"
est maximal alors que l’on retrouve l’énergie des modes libres pour |q̃| →
+∞. Il ne nous reste désormais que les contributions impaires pour les deux
polarisations
X X (i)
H (i) = ~ωq,n a†q,n,η aq,n,η + Hdia , (2.107)
q,η n impairs

que nous allons maintenant diagonaliser avec les autres contributions.

2.2.8 Excitations lumière-matière


Nous disposons désormais des différentes contributions qui composent le
hamiltonien total (2.44), qui peut alors se mettre sous une forme bosonique
et quadratique dans le régime des hauts facteurs de remplissage. Nous allons
le diagonaliser au moyen d’une transformation qui porte le nom de transfor-
mation de Hopfield-Bogoliubov lorsqu’elle décrit le couplage entre des champs
bosoniques de natures différentes. En regroupant les différentes contributions,
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
86 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

nous obtenons H = Hmp + Hint + H (i) auquel on doit ajouter la contribution


des modes pairs

XX X X
H (p) = ~ω̃q,j ã†q,j,1 ãq,j,1 + ~ωq,n a†q,n,2 aq,n,2 , (2.108)
q j q n pairs

dont les valeurs propres ont été tracé sur la figure 2.2.9. La contribution
Hint décrivant le couplage linéaire entre le plasmon et les modes de cavité est
donnée par l’équation

r
X X ωp,q †
 † 
Hint = i~Ωq,n cos θq,n dq − d−q a−q,n,1 + aq,n,1
q n impairs
ω0
ω0
r
X X  
+ ~Ωq,n d†q + d−q a†−q,n,2 + aq,n,2 . (2.109)
q n impairs
ωp,q

Les contributions restantes sont quant à elles données par

X X   
(i) † †
H = ~Dq,n,n0 cos θq,n cos θq,n0 a−q,n,1 + aq,n,1 aq,n0 ,1 + a−q,n0 ,1
q n,n0 impairs
X X   
+ ~Dq,n,n0 a−q,n,2 + a†q,n,2 aq,n0 ,2 + a†−q,n0 ,2
q n,n0 impairs
X X
+ ~ωq,n a†q,n,η aq,n,η , (2.110)
q,η n impairs

et l’énergie du mode de plasmon


X
Hmp = ~ωp,q d†q dq . (2.111)
q

Il convient de remarquer que l’on peut pas séparer les contributions associées
à chaque polarisation η = 1, 2 de façon à former deux termes qui commutent.
Les différents modes n étant directement couplés via le terme diamagnétique,
seuls les modes q sont indépendants ce qui provient du fait que l’impulsion
totale dans le plan est conservée. Autrement dit, tant que l’on se limite aux
excitations neutres, le vecteur d’onde dans le plan demeure un bon nombre
quantique. En introduisant des variables d’impulsion et de position fictives,
combinaisons linéaires des opérateurs électroniques et photoniques, on peut
alors montrer que le hamiltonien précédent est défini positif quelque soit la
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 87

valeur de ν, ce qui implique que ce dernier est toujours diagonalisable. En


suivant la démarche introduite par Hopfield [14, 83–85], introduisons les modes
normaux (ou "magnéto-polaritons")

X (1)
X (2)
pq,j = Wq,n,j aq,n,1 + Wq,n,j aq,n,2 + Xq,j dq
n n
X X
Yq,n,j a†−q,n,1
(1)
Yq,n,j a†−q,n,2 + Zq,j d†−q ,
(2)
+ + (2.112)
n n

qui diagonalisent le hamiltonien total, i.e.


X
H= Eq,j p†q,j pq,j (2.113)
q,j

à une constante près. Les coefficients de Hopfield vérifient la condition de


normalisation

X (1)
X (2)
X (1)
X (2)
|Wq,n,j |2 + |Wq,n,j |2 + |Xq,j |2 − |Yq,n,j |2 − |Wq,n,j |2 − |Zq,j |2 = 1.
n n n n
(2.114)
Il est alors commode d’introduire les notations

~ q,1 = (Ωq,1 cos θq,1 , Ωq,3 cos θq,3 , Ωq,5 cos θq,5 , · · · )T

~ q,2 = (Ωq,1 , Ωq,3 , Ωq,5 , · · · )T ,
Ω (2.115)

où l’exposant T désigne la transposition matricielle, et

ω q = Diag (ωq,1 , ωq,3 , ωq,5 , · · · )


~ q,1 Ω
Ω ~T
q,1
Dq,1 =
ω0
~ q,2 Ω
Ω ~T
q,2
Dq,2 = . (2.116)
ω0
Avec ces conventions, l’équation aux valeurs propres [pq,j , H] = Eq,j pq,j se
met sous la forme matricielle ~Mq V~q,j = Eq,j V~q,j , avec les vecteurs propres

 T
(1) (2) (1) (2)
V~q,j = Wq,1,j , · · · , Wq,1,j , · · · , Xq,j , Yq,1,j , · · · , Yq,1,j , · · · , Zq,j , (2.117)
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
88 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

et la matrice de Hopfield
!
Qq Kq
Mq = † . (2.118)
−Kq −QTq

Les "sous-matrices" de l’équation précédente sont données par les deux


relations
 q 
ω q + 2Dq,1 0 ~ q,1 ωp,q
iΩ
 q ω0 
Qq = 
 0 ω q + 2Dq,2 Ω ~ q,2 ω0  (2.119)
ωp,q 
 q q 
~T ωp,q ~T ω0
−iΩ q,1 ω0
Ω q,2 ωp,q
ωp,q
et
 q 
−2Dq,1 0 ~ q,1 ωp,q
iΩ
 q ω0 
Kq = 
 0 −2Dq,2 ~
−Ωq,2 ω0 .

(2.120)
ωp,q
 q q 
~T ωp,q ~T ω0
iΩ q,1 ω0
−Ω q,2 ωp,q
0

Notons que 0 désigne une matrice de zéros de même taille que ω q et Dq,i
(i = 1, 2).
Sur la figure 2.2.10, nous avons représenté les fréquences des 7 premiers
modes propres (magnéto-polaritons) normalisées par la fréquence cyclotron
Eq,j
~ω0
(j = 1, 2, · · · , 7), en fonction du vecteur d’onde optique adimensionné |q̃|
(traits pleins). Ces modes propres sont obtenus par diagonalisation numérique
de la matrice de Hopfield 2.118, en utilisant un cutoff nc = 15 suffisant pour
atteindre la convergence. La fréquence cyclotron ω0 ainsi que les fréquences
des modes optiques ωq,n sont respectivement représentées par des lignes en
pointillés et en tirets noirs. Au vecteur d’onde résonant |q̃| = 0, le splitting
des différentes branches de polaritons est maximal, tout comme le mélange des
composantes photoniques et électroniques. La branche de plus basse énergie
j = 1 (trait plein noir) est alors clairement déplacée vers 0 et possède un poids
électronique |X0,1 |2 − |Y0,1 |2 ≈ 0.9. L’état fondamental |Gi du système total
définit par pq,j |Gi = 0, ainsi que les états excités obtenus par application
des opérateurs p†q,j sur |Gi sont des états intriqués lumière-matière, analogues
aux états de Bell (1.32) du chapitre 1. Lorsque l’on s’éloigne de la résonance
(|q̃| → +∞), il y a désintrication des degrés de liberté électroniques et pho-
toniques, les fréquences propres convergent vers les fréquences des excitations
non-couplées. En particulier, la fréquence de la branche j = 1 tend vers la
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 89

Figure 2.2.10 – Fréquences des 7 premiers modes propres (magnéto-


E
polaritons) normalisées par la fréquence cyclotron ~ωq,j0 (j = 1, 2, · · · , 7) en
fonction du vecteur d’onde optique adimensionné |q̃| (traits pleins), à ν fixé.
Ces modes propres sont obtenus par diagonalisation numérique de la matrice
de Hopfield 2.118 en utilisant un cutoff nc = 15 suffisant pour atteindre la
convergence. La fréquence cyclotron ainsi que celles des modes optiques ωq,n
sont respectivement représentés par des lignes en pointillés et en tirets noirs.
Paramètres :  = 13, nQW = 8, ν = 50.
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
90 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

fréquence cyclotron avec un poids électronique se rapprochant de plus en plus


de 1. Les branches bleues (j = 2, 4, 6, · · · ) et vertes (j = 3, 5, 7, · · · ) se décom-
posent respectivement sur les modes de polarisation η = 1 et η = 2 lorsque
|q̃| → +∞. On remarque également que le gap de polariton entre les branches
j = 1 et j = 2 est clairement visible.

Figure 2.2.11 – Fréquences des 7 premiers modes propres (magnéto-


E
polaritons) normalisées par la fréquence cyclotron ~ω0,j0 , en fonction de la racine
carrée du facteur de remplissage (le rapport de couplage Ωω0,1 est proportionnel
√ 0
à ν). Le vecteur d’onde q = 0 choisit ici est celui du mode 0, 1 résonant avec
la transition cyclotron. Les modes propres sont obtenus par diagonalisation nu-
mérique de la matrice de Hopfield 2.118 en utilisant un cutoff nc = 15 suffisant
pour atteindre la convergence. Les fréquences des modes optiques ωω0,n 0
= n sont
représentées par des lignes en tirets noirs. Paramètres :  = 13, nQW = 8,
|q̃| = 0.

E
La figure 2.2.11 représente les énergies propres normalisées ~ω0,j0 en fonction
de la racine carrée du facteur de remplissage (la fréquence de Rabi normalisée
Ω0,1 √
ω0
est proportionnelle à ν), pour le vecteur d’onde résonant avec la transi-
tion cyclotron |q̃| = 0. Les courbes en tirets noirs correspondent aux fréquences
des modes optiques à |q| = 0 (ω0,n /ω0 = n). On voit que le splitting entre les
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 91

excitations j = 1 (courbe noire) et j = 3 (courbe verte) devient comparable à


la fréquence cyclotron (couplage ultrafort) dès ν ∼ 20.

Figure 2.2.12 – Valeurs moyennes des nombres d’excitations sur l’état fon-

damental |Gi en fonction de ν, à résonance (|q̃| = 0). Paramètres :  = 13,
nQW = 8, |q̃| = 0.

Sur la figure 2.2.12, nous avons représenté les valeurs moyennes des nombres

d’excitations sur l’état fondamental |Gi en fonction de ν, à résonance (|q̃| =
0). Il est facile de montrer que ces valeurs moyennes sont reliées aux modules
(i)
carrés des coefficients de Hopfield Y0,n,j et Z0,j (η = 1, 2),

X
ha†0,n,η a0,n,η i =
(η)
|Y0,n,j |2 (2.121)
j
X
hd†0 d0 i = |Z0,j |2 . (2.122)
j

On constate que les nombres de photons des deux polarisations sont égaux,
ce qui n’est pas surprenant étant donné la symétrie du hamiltonien total (à
|q̃| = 0, on a cos θ0,n = 1). Les coefficients de Hopfield "anormaux" apparais-
sant dans l’équation précédente permettent d’estimer l’importance des termes
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
92 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs

antirésonants. Lorsque le rapport de couplage augmente ( Ωω0,1 0


. 1), on ne peut
plus négliger ces termes et la contribution des coefficients anormaux devient
importante. On constate bien que le nombre d’excitations non-nul dans l’état
fondamental lumière-matière est une propriété caractéristique du couplage ul-
trafort. En particulier, notons que l’on a nel = hd†0 d0 i . 0.1, ce qui justifie de
façon auto-cohérente la validité de l’approximation bosonique utilisée. Nous
montrons en effet dans l’annexe A.2 l’égalité stricte entre les sous-espaces de
Hilbert fermionique et bosonique à une excitation (nel = 1). Pour finir, remar-
quons que pour ν ≈ 70, le nombre d’excitation électroniques devient inférieur
au nombre de photons dans le mode n = 1. Ceci est dû au fait que pour ν = 70
et nQW = 8, le rapport de couplage Ωω0,10
≈ 0.8 (figure 2.2.6), et le terme dia-
 2
magnétique ∝ Ωω0,1 0
commence à dominer le terme de couplage linéaire.

Résumons ici les principaux résultats de ce chapitre. Nous avons montré


que la transition cyclotron d’un gaz d’électrons bidimensionnel renormalisée
par la partie longue portée des interactions Coulombiennes peut être couplée
ultrafortement aux modes optiques d’une cavité planaire dans le régime des
hauts facteurs de remplissage. Ce régime de couplage inédit est alors caractérisé
lorsque la fréquence de Rabi du vide devient comparable à la fréquence des ex-
citations non-couplées. Nous avons montré que le couplage lumière-matière est
dominé par des modes collectifs appelés magnéto-excitons "dipolaires", corres-
pondant à des excitations électron-trou entre deux niveaux de Landau consé-
cutifs et impliquant tous les centres d’orbites. Les modes optiques de la cavité
sélectionnent alors les magnéto-excitons de grande longueur d’onde, renorma-
lisés en un mode de plasmon dispersif en raison de la partie longue portée des
interactions Coulombiennes. Finalement, ces excitations électroniques peuvent
être considérées comme bosoniques dans la limite diluée (nel  1) et dans
le régime de hauts facteurs de remplissage. Nous avons vu que le modèle de
bosons libres de type Luttinger est tout à fait pertinent à prendre en compte
les interactions Coulombiennes en présence du résonateur et dans le régime
ν  1. Les excitations du système total (magnéto-polaritons) ont été carac-
térisées en diagonalisant un hamiltonien quadratique et bosonique au moyen
d’une transformation de Hopfield-Bogoliubov généralisée. L’état fondamental
du système contient un petit nombre d’excitations électroniques en raison des
termes antirésonants qui proviennent du hamiltonien d’interaction. Le terme
diamagnétique joue quant à lui un rôle prépondérant au sens où il permet au
hamiltonien d’être définit positif quelque soit la valeur du couplage. Dans ce
2.2. Couplage ultrafort à un résonateur optique 93

terme diamagnétique, on peut finalement séparer les contributions résonantes


(qui conservent le nombre de photons) responsables d’une renormalisation de
l’énergie des modes de la cavité (existence du gap de polariton), et les termes
antirésonants qui provoquent l’apparition d’un nombre de photons non-nul
dans l’état fondamental.
Chapitre 2. Couplage ultrafort de la transition cyclotron aux
94 modes optiques d’un résonateur, le cas des semiconducteurs
Chapitre 3

Couplage ultrafort de la transition


cyclotron d’un gaz d’électrons 2D
à un métamatériau térahertz

Nous arrivons ici à l’un des points clé de ce travail de thèse, au cours de
laquelle les prédictions théoriques présentées dans le chapitre précédent ont
donné lieu à une vérification expérimentale spectaculaire dans le contexte de
la spectroscopie térahertz de transmission [86]. Dans ce chapitre, nous pré-
sentons les résultats de l’article [86], démontrant que le couplage ultrafort est
atteint dans un "métamatériau" térahertz où la transition cyclotron d’un gaz
d’électrons bidimensionnel à haute mobilité est couplée aux modes photoniques
d’un réseau de résonateurs "split-ring". Nous verrons en particulier que la loi
de scaling donnant le rapport entre la fréquence de Rabi du vide et la fréquence

de la transition cyclotron ωΩ0 ∼ ανnQW est en bon accord avec les données
expérimentales. α, ν et nQW désignent respectivement la constante de struc-
ture fine, le facteur de remplissage des niveau de Landau et le nombre de puits
quantiques de la structure. Finalement, le spectre des excitations peut être
reproduit avec un modèle à deux modes bosoniques indépendants dans lequel
la géométrie particulière du résonateur n’intervient qu’à travers un facteur de
forme d’ordre unité.
Chapitre 3. Couplage ultrafort de la transition cyclotron d’un gaz
96 d’électrons 2D à un métamatériau térahertz

3.1 Système physique


3.1.1 Les échantillons
On considère ici deux échantillons que nous appellerons S et S4 , constitués
d’une hétérostructure semiconductrice contenant respectivement un (nQW =
1) et quatre (nQW = 4) puits quantiques dans une matrice de GaAs (figure
3.1.1). La région active de S est un puits triangulaire composé d’une couche
de Al0.3 Ga0.7 As dopée en Silicium d’une largeur de 40nm. La concentration
et la mobilité du gaz d’électron bidimensionnel apparaissant à l’interface sont
déterminés par des mesures de transport, et valent respectivement ρS = 3.2 ·
1011 cm−2 et µS = 106 cm2 V−1 s−1 à T = 1.5K. L’échantillon S4 est constitué
d’une succession de quatre puits quantiques de largeur ∼ 30µm, séparés par une
distance de 170nm. La densité de porteurs induite par modulation symétrique
dans chacun des gaz d’électrons est donnée par ρS4 = 4.45 · 1011 cm−2 , et la
mobilité mesurée à 1.5K est µS4 = 6.7 · 106 cm2 V−1 s−1 . Enfin, la largeur totale
de la région active est de l’ordre de 1µm.

3.1.2 Le résonateur
Le type de résonateur utilisé dans cette expérience est basé sur la techno-
logie des métamatériaux. Ces derniers consistent en un agencement périodique
de petites boucles métalliques appelées résonateurs "split-ring", dont la taille
est de l’ordre de quelques microns. Ces boucles admettent des résonances de
type LC dans le domaine du térahertz avec de bons facteurs de qualité, et
surtout des composantes du champ électrique dans le plan importantes. À
la différence des résonateurs utilisés dans la référence [59] où la polarisation
électronique est dirigée selon l’axe (Oz), le champ électrique confiné sous la
métasurface considérée ici est essentiellement contenu dans le plan. Soulignons
que c’est cette propriété qui permet le couplage des modes optiques avec la
transition cyclotron du gaz d’électrons bidimensionnel. Les deux résonateurs
R et R0 considérés dans cette expérience sont respectivement schématisés sur
les figures 3.1.2 et 3.1.3. A champ magnétique nul, R admet une résonance de
type LC (notée j = 1) à une fréquence f1 ≈ 0.9THz, ainsi qu’une autre réso-
nance de type "cut-wire" (notée j = 2) à f2 ≈ 2.3THz. Dans le premier cas, le
champ électrique dans le plan est principalement concentré sur les armatures
de la capacité situé au centre du résonateur. Le second mode est en revanche
délocalisé sur les bords (figure 3.1.2).
3.1. Système physique 97

Figure 3.1.1 – (a) Représentation schématique du système considéré dans


l’expérience. Une hétérostructure semiconductrice contenant un puits quan-
tique pour l’échantillon S et quatre puits pour l’échantillon S4 , est soumise
à un champ magnétique statique dirigé selon l’axe (Oz). Une "métasurface"
composée de résonateurs split-ring est déposée à la surface du semiconducteur.
À droite : Image d’un résonateur split-ring de taille 42µm × 26µm obtenue
par microscopie électronique. (b) La structure de bande de la région active est
représentée en face de la position des puits quantiques correspondants (l’échelle
n’est pas respectée).
Chapitre 3. Couplage ultrafort de la transition cyclotron d’un gaz
98 d’électrons 2D à un métamatériau térahertz

Figure 3.1.2 – Distribution spatiale du champ électrique dans le plan Eplan =


p 2
Ex + Ey2 pour les deux modes du résonateur de type R. (a) Pour le mode
j = 1 (f1 ≈ 0.9THz). (b) Pour le mode j = 2 (f2 ≈ 2.3THz). Les simulations
sont obtenues en utilisant un logiciel à éléments finis (Comsol). L’altitude z
est fixée à 100nm sous la surface du semiconducteur. (c) Intensité du champ
électrique Eplan dans le plan (yOz) pour le mode j = 1 (la coupe est indiquée
sur (a) par la ligne en pointillés blancs.
3.2. Résultats expérimentaux 99

R0 possède une géométrie un peu différente et admet une seule résonance à


la fréquence f = 500GHz. Le champ électrique correspondant est localisé dans
le gap entre les armatures latérales, tandis que son extension selon l’axe (Oz)
est plus importante que pour le mode j = 1 de R (figure 3.1.3). Ces résona-
teurs sont déposés sur le substrat par photo-lithographie standard, suivie d’une
métallisation utilisant un composé Ti/Au, et d’une procédure de "lift-off". En
outre, ce substrat affecte le facteur de qualité des différentes résonances. Pour
le résonateur R, et pour chacun des deux échantillons S et S4 , les facteurs
de qualité mesurés sont donnés par QfS1 ∼ 3.1 et QfS14 ∼ 2.2 pour la première
résonance, ainsi que QfS2 ∼ 5.3 et QfS24 ∼ 3.6 pour la seconde. Remarquons pour
finir que le confinement du champ selon l’axe transverse (Oz) est obtenu grâce
à la discontinuité d’impédance liée au contraste entre les indices optiques de
l’air et du GaAs.

Figure 3.1.3 – (a) Distribution spatiale du champ électrique dans le plan


Eplan = Ex2 + Ey2 pour le mode du résonateur R0 de fréquence f = 500GHz.
p

Les simulations sont effectuées en utilisant un logiciel à éléments finis (Com-


sol). L’altitude z est fixée à 100nm sous la surface du semiconducteur. (b)
Intensité du champ électrique Eplan dans le plan (yOz) (la coupe est indiquée
sur (a) par la ligne en pointillés blancs.

3.2 Résultats expérimentaux


Les résonateurs décrits dans la section précédente opèrent tous les deux
dans le domaine du térahertz. On doit donc considérer des champs magnétiques
de l’ordre de quelques Tesla pour que la transition cyclotron soit comprise dans
Chapitre 3. Couplage ultrafort de la transition cyclotron d’un gaz
100 d’électrons 2D à un métamatériau térahertz

cette gamme de fréquence. La sonde utilisée dans cette expérience consiste


en une impulsion térahertz à large bande, générée par un laser Ti :Sapphire
délivrant des impulsions de 75fs. Le cryostat contenant l’échantillon est équipé
d’une bobine supraconductrice qui produit le champ magnétique B.

Figure 3.2.1 – (a) Transmission |T | de l’échantillon S en fonction du champ


magnétique B, après déposition des résonateurs split-ring de type R à la sur-
face. La référence correspond à l’échantillon S "nu" et à B = 0. Les mesures
sont effectuées à une température T = 2.2K. (b) Fit des minima de trans-
mission correspondants aux petits cercles de couleur, en utilisant le modèle à
deux modes indépendants décrit dans la section 3.3. Le paramètre de fit est le

rapport de couplage ωjj (j = 1, 2).

Sur la figure 3.2.1 (a), nous avons représenté l’évolution de la transmission


E (B)
|T | = | ES,R
S (0)
| de l’échantillon S sur lequel on a déposé une métasurface de
résonateurs de type R, en fonction du champ magnétique B. Notons que la
transmission est normalisée par le champ électrique ES (0) transmis à travers
l’échantillon "nu" (sans dépôt préalable de la métasurface) et à champ ma-
gnétique nul. Lorsque l’on augmente ce champ magnétique, on observe une
profonde modification de la transmission de l’échantillon. On peut noter l’ap-
parition de deux anticroisements lorsque la fréquence cyclotron est à résonance
avec la fréquence de chaque modes, ce qui correspond à B = 2T pour le mode
j = 1 et B = 5.5T pour le mode j = 2. Sur la figure 3.2.1 (b), les minima
de transmission (correspondants aux absorptions du système) sont tracés en
fonction du champ magnétique (petits cercles de couleur). Les courbes sont
3.2. Résultats expérimentaux 101

obtenues en utilisant un modèle à deux modes indépendants décrit dans la sec-



tion 3.3, avec comme paramètre de fit le rapport de couplage ωjj où ωj = 2πfj
désigne la pulsation du mode optique correspondant. Cette procédure nous
permet de déterminer les deux valeurs Ωω11 = 0.17 et Ωω22 = 0.075. Comme on s’y
attendait, le rapport de couplage augmente avec le facteur de remplissage des
niveaux, correspondant à ν(B = 2T) ≈ 3 et ν(B = 5.5T) ≈ 1 en utilisant la
densité ρS et le facteur gS = 2 pour la dégénérescence de spin.

Figure 3.2.2 – (a) Transmission |T | de l’échantillon S4 en fonction du champ


magnétique B, après déposition des résonateurs split-ring de type R à la sur-
face. La référence correspond à l’échantillon S4 "nu" et à B = 0. Les mesures
sont effectuées à une température T = 10K. (b) Fit des minima de transmis-
sion correspondants aux petits cercles de couleur, en utilisant le modèle à deux
modes indépendants décrit dans la section 3.3. Le paramètre de fit est le rapport

de couplage ωjj (j = 1, 2).

E (B)
Sur la figure 3.2.2, nous avons représenté la transmission |T | = | ES4S,R(0) |
4
de l’échantillon S4 (contenant 4 puits quantiques) en fonction du champ ma-
gnétique B, après déposition d’une métasurface de type R. Comme précédem-
ment, la transmission est normalisée par le champ électrique ES4 (0) transmis
à travers l’échantillon "nu" et à champ magnétique nul. Le splitting observé
montre clairement que le système atteint le régime de couplage ultrafort. En
utilisant la même procédure de fit que précédemment, on trouve en effet un
rapport de couplage Ωω11 = 0.36 pour le premier mode, supérieur à la valeur 0.1
à partir de laquelle la contribution des termes antirésonants devient observable
[57]. De plus, on peut remarquer qu’à champ magnétique nul, la fréquence du
Chapitre 3. Couplage ultrafort de la transition cyclotron d’un gaz
102 d’électrons 2D à un métamatériau térahertz

mode j = 1 est clairement déplacée de sa valeur "nue" obtenue loin de la ré-


sonance (B → ∞). Il s’agit du gap de polariton déjà évoqué dans les chapitres
précédents, et dont l’origine est directement liée à la présence du terme diama-
gnétique. Bien que le facteur de qualité du mode j = 2 soit sensiblement plus
grand que celui du mode j = 1, on constate que l’élargissement des branches
de polaritons est plus important dans le premier cas. Cela signifie que la lar-
geur de raies est dominée par celle de la résonance cyclotron. Les facteurs de
remplissage correspondants aux deux résonances sont respectivement donnés
par ν(B = 2T) ≈ 4.4 et ν(B = 5.5T) ≈ 1.6 avec la densité ρS4 . En comparant
le rapport
 
Ω1
ω1 0.36
 S4 = = 2.11 (3.1)
Ω1 0.17
ω1
S

déterminé expérimentalement avec la prédiction théorique


r
4ρS4
= 2.35, (3.2)
ρS

on peut conclure que le rapport de couplage varie bien comme ρ2DEG nQW .
En outre, rappelons que cette relation a été démontrée au chapitre précédent
en supposant que le champ électrique du résonateur ne variait pas en fonction
de l’altitude z des différents puits quantiques. Étant donnée la géométrie du
système, on peut alors interpréter la petite différence entre les valeurs expéri-
mentale (3.1) et théorique (3.1) au couplage inhomogène des puits quantiques
avec les modes du résonateur.
En fait, il est possible d’augmenter encore un peu plus le rapport de cou-
plage en allant vers des fréquences de résonance plus faibles. Considérons pour
cela l’échantillon S4 sur lequel est déposée une métasurface composée de ré-
sonateurs de type R0 (figure 3.1.3), admettant une résonance à la fréquence
f = 500GHz. Le champ magnétique correspondant à cette résonance est donné
par B = 1.2T, et le facteur de remplissage par ν(B = 1.2T) ≈ 7.3. La transmis-
E 0 (B)
sion |T | = | SE4S,R(0) | à travers cet échantillon en fonction du champ magnétique
4
est représentée sur la figure 3.2.3. La procédure de fit permet alors de déter-
miner le rapport de couplage Ωω = 0.58, correspondant à un splitting ∼ 2Ω
supérieur à la fréquence cyclotron, i.e. 2Ω ≈ 1.2ω0 .
Sur la figure 3.2.2 (a), on peut remarquer que la fréquence de la branche
basse de polariton tend vers une valeur finie lorsque B → 0. En fait, nous
3.2. Résultats expérimentaux 103

Figure 3.2.3 – (a) Transmission |T | de l’échantillon S4 en fonction du champ


magnétique B, après déposition des resonateurs split-ring de type R0 à la sur-
face. La référence correspond à l’échantillon S4 "nu" et à B = 0. Les mesures
sont effectuées à une température T = 10K. L’élargissement de la résonance
cyclotron est un artéfact lié à l’interpolation entre les points correspondants
chaque champ magnétique. (b) Fit des minima de transmission correspondants
aux petits cercles de couleur, en utilisant le modèle à deux modes indépendants
décrit dans la section 3.3. Le paramètre de fit est le rapport de couplage Ωω avec
ω = 2πf et f = 500GHz.

Figure 3.2.4 – Sections transverses de la transmission à travers l’échantillon


S4 en présence d’une métasurface : (a) de type R, (b) de type R0 . Ces sections
sont prises au niveau des anticroisements correspondants à : (a) B = 2T et
B = 5.5T), (b) B = 1.2T. Les acronymes "LP" et "UP" font référence aux
différentes branches de polaritons : "Lower Polariton" et "Upper Polariton".
"CYC" désigne la résonance cyclotron "nue".
Chapitre 3. Couplage ultrafort de la transition cyclotron d’un gaz
104 d’électrons 2D à un métamatériau térahertz

avons vu dans la section 2.2.7 du chapitre 2 que la partie longue portée des
interactions de Coulomb provoque l’apparition d’un mode de plasmon de fré-
quence ωp,q modifié par le champ magnétique. C’est alors le théorème de Kohn
qui justifie une description
q de ces interactions en terme de magnéto-excitons
2
|q|
donnant ωp,q = ω02 + 2πe ρm2DEG
∗ . Dans le cas des vecteurs d’onde optiques
1
vérifiant la condition |q|l0  1 , on voit que la renormalisation de la fré-
quence cyclotron est très faible, à l’exception du cas B = 0 (ω0 = 0) où
l’on retrouve la q
fréquence du plasmon bidimensionnel à champ magnétique nul
2
|q|
ωp,q (B = 0) = 2πe ρm2DEG
∗ . Bien que la résolution spectrale de l’expérience
ne nous permette pas d’observer la renormalisation de la fréquence cyclotron à
B 6= 0, on peut tout de même caractériser la présence de ce mode de plasmon
à champ magnétique nul.

3.3 Modèle à deux modes indépendants


Pour finir ce chapitre, nous allons donner quelques précisions quant au
modèle utilisé pour décrire les données expérimentales. Dans le chapitre pré-
cédent, nous avons dérivé l’expression du hamiltonien de couplage entre la
transition cyclotron d’un gaz d’électrons bidimensionnel et les modes optiques
d’une cavité planaire. La fréquence de Rabi du vide est alors donnée par la
relation
s
2πe2 ρ2DEG nQW ω0
Ωq,n = , (3.3)
m∗ ωq,n Lz
r   2
où q désigne le vecteur d’onde dans le plan, ωq,n = √c |q|2 + nπ
cor-
 Lz
respond à la fréquence des modes optiques de la cavité planaire de volume
V = Lz L2 , et ρ2DEG nQW à la densité effective d’électrons de charge e et de
masse m∗ (section 2.2.7). Concentrons nous d’abord sur le système composé
par l’un des deux échantillons S ou S4 , sur lequel on a déposé une métasurface
de type R possédant les deux résonances j = 1, 2. Il est clair que ce résona-
teur n’a rien d’une cavité planaire, et il paraît par conséquent raisonnable de
remplacer la fréquence de Rabi de l’équation (3.3) par l’expression

Ωj = χj ω0 , (3.4)
q
~c
1. l0 = eB désigne la longueur magnétique.
3.3. Modèle à deux modes indépendants 105

où nous avons introduit pour chaque mode j une fonction χj indépen-


dante du champ magnétique. On s’attend toutefois à ce que cette fonction soit

proportionnelle à ρ2DEG nQW , avec un facteur dépendant de la forme du ré-
sonateur considéré. Supposons ici que le hamiltonien du système peut s’écrire
comme une somme de deux contributions commutant entre elles, une pour
P
chaque mode j = 1, 2. On pose donc H = j=1,2 Hj , avec

    2
Hj /~ = ω0 b†j bj + ωj a†j aj + Ωj bj + b†j aj + a†j + Dj aj + a†j , (3.5)

√ Ω2
Ωj = χj ω0 , et Dj = ω0j = χ2j . Nous avons vu au chapitre précédent
que trouver les modes propres du hamiltonien (3.5) revient à diagonaliser la
matrice de Hopfield-Bogoliubov

 √ √ 
ω0 χj ω0 0 χj ω0
√ √
χj ω0 ωj + 2χ2j χj ω0 2χ2j
 
Mj (B, χj ) =  √ √ , (3.6)
 
0 −χj ω0 −ω0 −χj ω0
√ √
 
−χj ω0 −2χ2j −χj ω0 −ωj − 2χ2j

qui pour chaque mode j = 1, 2 admet deux valeurs propres distinctes no-
th
tées ωi,j (B, χj ) avec i = LP, UP (LP et UP se réfèrent aux branches basse et
exp
haute de polaritons). Appelons ωi,j (B, χj ) les valeurs expérimentales corres-
pondantes à chaque résonance, et Bp , p ∈ (1, 2, · · · , Nexp ), les valeurs du champ
magnétique associées à chaque point de mesure. On utilise ici la méthode dite
"des moindres carrés" qui consiste à calculer la quantité
sP 2
Nexp P  exp th
p=1 i=LP,UP ωi,j (Bp , χj ) − ωi,j (Bp , χj )
Ξj (χj ) = , (3.7)
2Nexp
que l’on minimise par rapport au paramètre

de fit correspondant dans
Ωj χ j ω0
ce cas au rapport de couplage ωj = ωj . Sur la figure 3.3.1, nous avons
Ξj (χj )
représenté la déviation ωj
normalisée pour les deux modes j = 1, 2 du

résonateur de type R, en fonction de ωjj . Pour l’échantillon S, les rapports
de couplage qui minimise la déviation sont donnés par Ωω11 = 0.17 et Ωω22 =
0.075, avec une erreur maximale de 1.5%. Pour l’échantillon S4 , les valeurs
correspondantes sont Ωω11 = 0.36 et Ωω22 = 0.15 avec une erreur maximale de
5%. Concernant l’échantillon S4 en présence du résonateur de type R0 , on peut
appliquer la même procédure pour le mode unique de pulsation ω = 2πf .
Chapitre 3. Couplage ultrafort de la transition cyclotron d’un gaz
106 d’électrons 2D à un métamatériau térahertz

La déviation normalisée correspondante Ξ(χ)


ω
est tracée sur la figure 3.3.2. On

trouve dans ce cas un rapport de couplage ω = 0.58 (l’erreur maximale est
de 2.5%) correspondant à la plus grande valeur reportée à ce jour dans les
systèmes semiconducteurs.

Ξj (χj )
Figure 3.3.1 – Déviation normalisée ωj
pour les deux modes j = 1 (courbe

bleue) et j = 2 (courbe rouge) en fonction du rapport de couplage ωjj . (a)
Pour l’échantillon S contenant un puits quantique. (b) Pour l’échantillon S4
contenant quatre puits.

Pour conclure ce chapitre, nous avons présenté les résultats expérimentaux


obtenus en considérant le couplage des modes d’une métasurface composée de
résonateurs split-ring à la transition cyclotron d’un gaz d’électrons bidimen-
sionnel confiné dans un puits quantique semiconducteur. Nous avons vu que ce
système peut atteindre le régime de couplage ultrafort caractérisé par un rap-
port Ωω = 0.58. En particulier, la loi d’échelle donnant la fréquence de Rabi du
vide proportionnelle à la racine carrée du facteur de remplissage à été vérifiée
en utilisant un modèle dans lequel la transition cyclotron est couplée de façon
indépendante aux modes du résonateur. La forme particulière de ce résona-
teur permet d’obtenir des composantes du champ électrique importantes dans
le plan, ce qui donne lieu à un couplage efficace à la transition cyclotron du
gaz. Nous avons finalement vérifié que la géométrie du résonateur n’apparait
qu’à travers un facteur de forme d’ordre unité, et mis en évidence un excellent
3.3. Modèle à deux modes indépendants 107

Figure 3.3.2 – Déviation normalisée Ξ(χ)


ω
de l’échantillon S4 couplé au mode
0
du résonateur de type R , en fonction du rapport de couplage Ωω .

accord du modèle avec les données expérimentales.


Chapitre 3. Couplage ultrafort de la transition cyclotron d’un gaz
108 d’électrons 2D à un métamatériau térahertz
Chapitre 4

Le graphène en cavité : couplage


ultrafort et transition de phase
quantique

Nous avons maintenant à notre disposition une théorie microscopique du


couplage ultrafort d’un gaz d’électrons bidimensionnel avec les modes d’un
résonateur optique, théorie confortée par la démonstration expérimentale pré-
sentée au chapitre précédent. L’idée qui émerge de ces résultats est simple.
D’une part, le graphène est un exemple de système d’électrons bidimensionnel
donnant lieu à une quantification de Landau lorsqu’il est soumis à un champ
magnétique perpendiculaire. D’autre part, nous savons que cette quantification
de Landau est "anormale" en raison des propriétés particulières du réseau en
nid d’abeille sous-jacent. Il est alors légitime de se demander si les électrons
de Dirac contrôlant les propriétés de basse énergie dans le graphène peuvent
conduire à des différences qualitatives lorsqu’ils sont couplés aux modes op-
tiques d’un résonateur. En particulier, est-il également possible d’atteindre le
régime de couplage ultrafort ? Dans ce chapitre, nous tenterons d’apporter des
réponses aux questions ainsi formulées, en reprenant entre autres les résultats
présentés dans l’article [87]. La première section sera consacrée à des rappels
concernant les propriétés électroniques du graphène, décrites dans le cadre
d’un modèle de liaisons fortes. Nous montrerons ensuite que l’absence formelle
de terme diamagnétique dans le Hamiltonien de couplage entre la transition
cyclotron et un mode d’une boîte optique mène à des différences qualitatives
importantes par rapport au cas du gaz d’électrons. Nous dresserons pour finir
un comparatif entre ces deux situations au moyen d’un modèle simple sur ré-
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
110 transition de phase quantique

seau, en montrant en particulier que le système constitué par des fermions de


Dirac en cavité peut subir une transition de phase quantique analogue à celle
du modèle de Dicke pour la superradiance.
4.1. Électrons de Dirac dans le graphène 111

4.1 Électrons de Dirac dans le graphène


Dans cette section, nous rappellerons les principales propriétés électro-
niques du graphène en montrant notamment que dans le cadre du modèle
de liaisons fortes, les électrons de basse énergie sont gouvernés par un Hamil-
tonien de Dirac sans masse et non par un Hamiltonien quadratique de type
Schrödinger.

4.1.1 Structure et propriétés électroniques


Le graphène est un matériau quasi-bidimensionnel dans lequel les atomes
de carbone forment un réseau en nid d’abeille (figure 4.1.1). Chaque atome de
carbone possède alors 6 électrons dans la configuration 1s2 2s2 2p2 . En particu-
lier, l’orbitale 1s étant localisée autour du noyau atomique, les deux électrons
de coeur correspondants ne contribuent pas aux liaisons chimiques. Les orbi-
tales 2s, 2px et 2py s’hybrident pour donner naissance à 3 nouvelles orbitales
localisées dans le plan (xOy) avec des angles mutuels de 120˚(hybridation sp2 ).
Ces dernières constituent les liaisons covalentes σ responsables de la structure
hexagonale. La seule orbitale non-hybridée 2pz forme une liaison π orientée
perpendiculairement au plan si bien que chaque atome contribue finalement
pour un électron de conduction, libre de se déplacer dans le plan.
Le réseau en nid d’abeille ne constituant pas un réseau de Bravais, on
peut le considérer comme une superposition de deux sous-réseaux hexagonaux
A et B connectés l’un à l’autre par le vecteur d (Figure 4.1.1). La distance
moyenne entre deux atomes plus proches voisins nous donne le paramètre de
maille a = 0.142nm. Chaque atome de type A est alors connecté à ces trois
plus proches voisins de type B par les vecteurs de déplacement


δ0 = −a 3/2ex + a/2ey (4.1)

δ1 = a 3/2ex + a/2ey (4.2)
δ2 = −aey . (4.3)

Nous choisissons deux vecteurs de base

√ √
a 3 3a a 3 3a
a1 = ex + ey et a2 = − ex + ey , (4.4)
2 2 2 2
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
112 transition de phase quantique

Figure 4.1.1 – Réseau en nid d’abeille constitué des deux sous réseaux A
(points noirs) et√ B (points gris). On peut

définir une base formée par les deux
a 3 a 3
vecteurs a1 = 2 ex + 2 ey et a2 = − 2 ex + 3a
3a
e . Les flèches vertes corres-
2 y
pondent aux vecteurs de déplacement reliant un atome de type A à ces trois
plus proches voisins de type B.

qui engendrent le réseau hexagonal et sont reliés aux vecteurs de dépla-


cement par les relations d = δ2 , d + a1 = δ1 et d + a2 = δ0 . Dans l’espace
réciproque, les vecteurs de base correspondants sont donnés par

2π 2π 2π 2π
a∗1 = √ ex + ey et a∗2 = − √ ex + ey , (4.5)
a 3 3a a 3 3a

avec la propriété ai · a∗j = 2πδi,j . Sur la figure 4.1.2, nous avons représenté
la première zone de Brillouin dans laquelle on peut distinguer plusieurs points
remarquables. En particulier, les six coins de la première zone de Brillouin sont
appelés points de Dirac (ou vallées) et jouent un rôle prépondérant pour décrire
les propriétés électroniques du graphène. Nous verrons au paragraphe suivant
que les excitations de basse énergie sont en effet localisés en leur voisinage.
Notons que parmi ces six points, deux seulement sont non équivalents 1 . Nous
choisirons donc deux vallées K et K 0 désignées par les vecteurs


K± = ± √ ex (4.6)
3a 3
1. Au sens où ils ne peuvent pas être connectés par un vecteur du réseau réciproque.
4.1. Électrons de Dirac dans le graphène 113

Figure 4.1.2 – Réseau réciproque engendré par les vecteurs de base a∗1 et a∗2 .
L’hexagone du centre représente la Première Zone de Brillouin. On a repré-
senté les deux points de Dirac inéquivalents K et K 0 ainsi que le centre de zone
ΓBZ . Le dégradé de couleur représente la dispersion des bandes d’énergie cal-
culée avec le modèle de liaisons fortes décrit dans la section suivante (équation
4.22).
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
114 transition de phase quantique

4.1.2 Le modèle de liaisons-fortes


En raison du faible recouvrement des orbitales 2pz , on peut penser dans un
premier temps utiliser un modèle de liaisons fortes dans lequel le recouvrement
entre sites premiers voisins est décrit par un paramètre de saut t[88]. Le ha-
miltonien d’un électron se déplaçant sur le réseau en nid d’abeille peut s’écrire
comme

p2
H= + V(r), (4.7)
2m0
où m0 désigne la masse d’un électron "nu", et où le potentiel du cristal
V(r) se décompose en deux contributions associées à chaque sous-réseau :
X
V(r) = v (r − R) + v (r − R + d) . (4.8)
R

L’idée consiste alors à écrire la fonction d’onde de Bloch, solution de l’équa-


tion de Schrödinger

Hψq (r) = Eq ψq (r), (4.9)


comme une combinaison linéaire des fonctions d’onde sur chaque sous-
réseau, i.e.

ψq (r) = Aq ψqA (r) + Bq ψqB (r). (4.10)


On peut maintenant développer ψqA (r) et ψqB (r) sur un jeu de fonctions
localisées sur chaque site du réseau, que l’on choisit comme coïncidant avec
la fonction d’onde atomique φ(r) (orbitale 2pz ) et ses répliques obtenues par
translation sur tous les sites du réseau de Bravais. On obtient

X X
ψqA (r) = eiq·R φ(r − R) et ψqB (r) = eiq·R φ(r − R + d). (4.11)
R R

Notons que les sommes apparaissant dans les équations (4.8) et (4.11)
portent sur tous les sites R d’un sous réseau donné que nous avons choisi
comme coïncidant avec le sous-réseau A. Autrement dit, le réseau en nid
d’abeille est engendré par le sous-réseau A avec un motif à deux atomes atta-
ché à chacun de ces noeuds. Déterminons à présent le spectre du hamiltonien
précédent. Pour cela, on cherche à résoudre le système d’équations obtenu en
4.1. Électrons de Dirac dans le graphène 115

injectant la solution (4.10) dans l’équation de Schrödinger (4.9). En introdui-


sant le spineur
 
~q = Aq
ψ , (4.12)
Bq

on obtient le système d’équations ψ ~ † (H − Eq S )ψ


~q = 0, où les matrices
q q q
Hq et S q sont définies par leur éléments

Hq,i,j = hψqi | H |ψqj i et S q,i,j = hψqi |ψqj i, (4.13)

avec i = A, B et j = A, B. Dans l’équation précédente, la matrice S q prend


en compte le recouvrement entre les fonctions d’onde atomiques. On supposera
dans la suite que les fonctions d’onde atomiques sont orthogonales et que l’on
peut négliger le recouvrement entre les orbitales de sites premiers voisins, i.e.

Z Z
∗ 0
dr φ (r − R)φ(r − R ) = δR,R0 dr φ∗ (r − R)φ(r − R + d) = 0.
(4.14)

D’après l’équation (4.11), on est donc ramené au calcul des éléments de


matrice de H entre les fonctions d’onde φ localisées sur les différents sites du
réseau. Si l’on ne prend en compte que les intégrales de saut entre plus proches
voisins, les éléments de matrices entre les orbitales localisées de type A ne
contiennent que les contributions diagonales du type
Z
dr φ∗ (r − R)Hφ(r − R) = Eφ + Ecry , (4.15)

où Eφ désigne l’énergie associée à la fonction d’onde atomique solution de

p2
 
+ v(r − R) φ(r − R) = Eφ φ(r − R), (4.16)
2m
et

Z " #
X X

Ecry = dr φ (r − R) v(r − Rm ) + v(r − Rm + d) φ(r − R)
Rm 6=R Rm
(4.17)
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
116 transition de phase quantique

le déplacement énergétique dû au champ cristallin produit par l’ensemble


des autres atomes du réseau. On peut dès lors se débarrasser de ces constantes
qui conduisent à un déplacement énergétique sans importance. L’élément de
matrice hψqA | H |ψqB i fait intervenir les intégrales de recouvrement du type
Z
dr φ∗ (r − R)Hφ(r − R0 + d), (4.18)

parmi lesquelles on ne prend en compte que les recouvrements entre pre-


miers voisins R0 = R, R0 = R − a1 et R0 = R − a2 . En introduisant l’intégrale
de saut
Z
t = − dr φ∗ (r − R)v(r − R)φ(r − R + d), (4.19)

ainsi que la somme des facteurs de phase correspondants à chacun des sauts
entre plus proches voisins

fq = 1 + e−iq·a1 + e−iq·a2 , (4.20)


la matrice hamiltonienne de l’équation (4.13) prend la forme simple
 
0 −tfq
Hq = ∗ . (4.21)
−tfq 0
La diagonalisation de cette matrice conduit finalement aux deux solutions

√ !
v
u
u  √  qx a 3

3qy a

E±,q = ±t|fq | = ±t 3 + 2 cos qx a 3 + 4 cos
t cos ,
2 2
(4.22)
caractérisées par l’indice ±. Notons que l’existence de ces deux bandes est
étroitement liée à la présence des deux sous-réseaux, au sens où chaque état de
Bloch possède un degré de liberté supplémentaire correspondant physiquement
à un pseudo-spin. La relation E±,q = −E∓,q signifie que ces deux bandes sont
symétriques par rapport au plan (qx Oqy ), ce qui se traduit physiquement par
l’existence d’une symétrie électron-trou. Notons toutefois que cette symétrie
est brisée si l’on ne se limite plus aux recouvrements entre premiers voisins.
Comme chaque atome de carbone contribue pour un électron 2pz , la bande
de plus basse énergie (bande de valence −) est complètement remplie tandis
que la bande de conduction + est vide. Le niveau de Fermi affleure aux points
4.1. Électrons de Dirac dans le graphène 117

du plan où les deux bandes se touchent ce qui se produit précisément aux


points de Dirac introduits dans la section précédente. Les vecteurs propres
correspondant aux deux bandes d’énergie Eq = ±t|fq | sont respectivement
donnés par les spineurs
 
~±,q 1 1
ψ =√ , (4.23)
2 ∓e−iΘq
avec

=fq
tan Θq = . (4.24)
<fq
On peut alors montrer que la densité d’états s’annule aux points de Dirac
ce qui fait du graphène un semi-métal, mauvais conducteur, mais pas tout à
fait isolant car il existe des états inoccupés au voisinage du niveau de Fermi.

4.1.3 Excitations de basse énergie


On a vu dans la section précédente que les excitations électroniques de
basse énergie (dont l’énergie est petite par rapport à la largeur de bande ∼ t)
étaient localisées au voisinage des points de Dirac qui constituent alors la
surface de Fermi. Nous allons maintenant examiner la forme de la relation de
dispersion au voisinage de ces points particuliers. Posons pour cela q = K± +κ
et développons le facteur de phase fq au premier ordre en |κ|a. Ceci est une
bonne approximation si l’on cherche à décrire les excitations dont la longueur
d’onde est grande devant le pas du réseau. Pour cette raison, on l’appellera
également limite continue du modèle. En utilisant la relation 1 + e−iK± ·a1 +
e−iK± ·a2 = 0, on obtient

 2iπ 2iπ

−tfq ≈ −t 1 + e∓ 3 (1 − iκ · a1 ) + e± 3 (1 − iκ · a2 ) (4.25)
= ~vF (±κx + iκy ) , (4.26)

où l’on a définit la vitesse de Fermi des électrons vF = 3at


2~
. Au voisinage des
points de Dirac, la matrice hamiltonienne (4.21) s’écrit finalement comme 2

Hκ,ξ = ~vF ξκx σ x + κy σ y , (4.27)
   
0 1 0 −i
2. On introduit les matrices de Pauli σ x = , σy = .
1 0 i 0
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
118 transition de phase quantique

où nous avons également introduit l’indice de vallée ξ = ± tel que ξ = +


correspond au point K et ξ = − au point K 0 . La relation de dispersion (4.22)
devient alors linéaire à basse énergie :

E±,κ = ±~vF |κ|, (4.28)


et les états propres correspondants sont dégénérés vis à vis de l’indice de
vallée ξ. Dans chacune de ces vallées, les électrons au voisinage du niveau de
Fermi sont donc décris par un hamiltonien de Dirac-Weyl à deux dimensions
avec une masse nulle 3 . On les appelle pour cette raison fermions de Dirac. Re-
marquons que cette propriété est entre autres liée au caractère monocouche du
graphène. En augmentant le nombre de plans dans la structure 4 , la dispersion
devient progressivement quadratique ; on retrouve ainsi le cas du graphite [30].

Figure 4.1.3 – Dispersion en énergie du modèle de liaisons fortes. Les bandes


de conduction et de valence se touchent aux points de Dirac qui constituent la
surface de Fermi des électrons dans le graphène. À basse énergie, la relation
de dispersion est linéaire et forme un cône appelé cône de Dirac. Les acro-
nymes BV et BC désignent respectivement la bande de valence et la bande de
conduction.

3. Dans ce cas, la vitesse de la lumière est remplacée par la vitesse de Fermi vF = 106 m·s−1
des électrons.
4. Cet argument ne tient que si la distance entre les plans successifs est suffisamment
faible pour garantir une amplitude de saut non négligeable.
4.1. Électrons de Dirac dans le graphène 119

4.1.4 Niveaux de Landau relativistes


Regardons maintenant comment le spectre du hamiltonien de basse énergie
(4.27) est modifié en présence d’un champ magnétique perpendiculaire B0 =
Bez . Ce hamiltonien s’obtient en remplaçant le vecteur d’onde κ par p/~, suivi
du couplage minimal consistant à substituer le moment invariant de jauge Π
à l’impulsion p. Cette procédure porte le nom de substitution de Peierls. On
peut alors remarquer qu’elle n’est valable que dans la limite continue, c’est à
dire dans le régime où la longueur magnétique l0 5 est grande devant le pas du
réseau a. Au regard de l’amplitude des champs magnétiques statiques pouvant
être générés en laboratoire, cette condition est en réalité toujours satisfaite
dans le graphène. Le hamiltonien du système sous champ magnétique s’écrit
donc comme

Hξ = vF ξΠx σ x + Πy σ y , (4.29)
qui en utilisant les opérateurs d’échelles de l’équation (2.14) devient

0 −a†
   
0 −a
H+ = i~ω0 , H− = i~ω0 (4.30)
a† 0 a 0
pour chacune des deux vallées K et K 0 . Les états propres correspondants
 
~±,ξ = A±,ξ
ψ (4.31)
B±,ξ
~±,ξ = E± ψ
s’obtiennent en résolvant l’équation de Schrödinger Hξ ψ ~±,ξ , ce
qui conduit aux expressions

   
~±,N,+ = √1 ∓i |N − 1i ~±,N,− = √1 |N i
ψ , ψ , (4.32)
2 |N i 2 ±i |N − 1i
avec N 6= 0. Les composantes de ces vecteurs propres sur les deux sous-
réseaux correspondent à deux niveaux de Landau consécutifs. Notons qu’à la
différence des fermions massifs du gaz d’électrons bidimensionnel, la solution

   
~±,0,+ = 0 ~±,0,− = |0i
ψ , ψ (4.33)
|0i 0
5. En présence d’un champ magnétique, c’est la longueur l0 qui joue le rôle de la longueur
d’onde de Fermi.
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
120 transition de phase quantique

pour N = 0 a une énergie nulle. Cet état n’admet donc pas de mouve-
ment de point zero comme c’est le cas pour un oscillateur harmonique. En

introduisant la fréquence caractéristique ω0 = vF 2/l0 , on trouve les énergies
propres


EN = ±~ω0 N , (4.34)

correspondantes à des niveaux de Landau non-équidistants, et dont la dé-


pendance en champ magnétique est là encore qualitativement différente de
celle des fermions massifs du semiconducteur. Cette quantification de Landau
"anormale" possède toutefois un point commun avec le cas usuel. En effet, l’in-
variance du système par translation magnétique 6 implique que les niveaux de
Landau "relativistes" sont également dégénérés. Les résultats de p
la section 2.1.5
A
p généralisables au cas du graphène. En posant CN = (1 − δN,0 )/2,
sont donc
B
CN = (1 + δN,0 )/2, et en tenant compte de la dégénérescence N , les spineurs
(4.32) se mettent sous la forme :

∓iCNA |N − 1, Ci CNB |N, Ci


   
~±,N,C,+ =
ψ , ~±,N,C,− =
ψ ,
CNB |N, Ci ±iCNA |N − 1, Ci
(4.35)

où C = k, l selon que l’on se trouve respectivement en jauge de Landau ou


en jauge symétrique.

4.2 Le graphène en cavité, limite continue


Dans la section précédente, nous avons vu que la structure cristalline par-
ticulière du graphène conduit à une quantification de Landau anormale en
présence d’un champ magnétique. Par analogie avec le cas du gaz d’électron
bidimensionnel étudié au chapitre 2, il est alors naturel de se demander com-
ment se comporte un échantillon de graphène sous champ magnétique placé à
l’intérieur d’une cavité optique. En particulier, est-il également possible d’at-
teindre le régime de couplage ultrafort ? Si oui, les propriétés particulières des
fermions de Dirac conduisent-elles à des changements qualitatifs ?

6. valable lorsque la longueur magnétique est beaucoup plus grande que le pas du réseau.
4.2. Le graphène en cavité, limite continue 121

Figure 4.1.4 – Niveaux de Landau "relativistes" du graphène. Ces niveaux ne


sont pas équidistants et leur espacement relatif varie comme la racine carrée
de N . Comme dans le cas des fermions massifs du semiconducteur, chacun
de ces niveaux est hautement dégénéré. À dopage nul, la bande de valence est
complètement remplie tandis que la bande de conduction est vide.
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
122 transition de phase quantique

4.2.1 Échelle du couplage dipolaire électrique


Il est instructif de commencer par examiner la loi d’échelle du couplage
lumière-matière. Pour cela, considérons un échantillon de graphène de surface
S contenu dans le plan (xOy) et soumis à un champ magnétique statique
B0 = Bez . Cet échantillon est connecté à un générateur délivrant une tension
de grille qui permet de doper en électrons (ou en trous) au moyen d’un simple
effet capacitif [29]. Nous avons vu qu’à dopage nul le niveau de Fermi est situé
aux points de Dirac. Autrement dit tous les états de la bande de valence sont
occupés, les états d’énergie nulle (N = 0) le sont seulement à moitié, et tous
ceux de la bande de conduction sont vides. On définit le facteur de remplissage
ν = ρS/N +1/2 (ρ désigne la densité d’électrons induite par la grille) comme le
nombre de niveaux de Landau remplis dans la bande de conduction +. De façon
identique au chapitre 2, nous choisissons la densité de telle sorte que le niveau

de Fermi d’énergie ∼ ~ω0 ν se trouve dans le gap cyclotron entre les niveaux
N = ν − 1 et N = ν. Ceci correspond au régime des facteurs de remplissage
entiers (figure 4.2.1). Nous nous limiterons également aux électrons d’une vallée
donnée coïncidant par exemple avec la vallée K (voir paragraphe suivant).
Supposons maintenant que ce système est placé à l’intérieur d’une cavité de
volume V = Sλ/2, remplie d’un milieu matériel effectif de permittivité ,
et considérons pour simplifier un seul mode du champ électromagnétique du
vide de longueur d’onde λ et de fréquence ω. En effectuant le couplage minimal
standard dans le hamiltonien de Dirac (4.27), on voit tout de suite que le terme
de couplage est donné par Hint ∼ evcF σAω , où σ désigne l’une des matrices
de Pauli σ x ou σ y . En utilisant les relations Aω = cEω /ω et Hint ∼ dE ˆ ω (dˆ
désigne l’opérateur moment dipolaire), on peut finalement faire l’identification
dˆ ≡ evωF σ 7 . Choisissons maintenant le mode de la cavité à résonance avec la
transition entre les niveaux de Landau N = ν − 1 et N = ν dans la bande de

conduction. D’après la relation (4.34), cette fréquence notée ω0 ∆ν ≡ ω0 ( ν −

ν − 1) dépend du facteur de remplissage lui même. Autrement dit dans le
graphène, la transition ou le gap cyclotron dépend du champ magnétique et de
la densité induite par la grille. Dans le régime des hauts facteurs de remplissage
ν  1, on peut faire l’approximation ∆ν ∼ 2√1 ν et l’on constate là encore qu’en
raison du principe de Pauli, le seul élément de matrice non nul est donné par
F ~† ~+,ν−1,+ ∼ eRC . Notons que les vecteurs ψ
~±,N,ξ sont définis
d = ωev 0 ∆ν
ψ+,ν−1,+ σ ψ

7. N’ayant pris en compte que les sauts entre plus proches voisins, il n’est pas surprenant
de constater que le moment dipolaire correspond à une transition entre les deux sous-réseaux
A et B.
4.2. Le graphène en cavité, limite continue 123

par la relation (4.32). La fréquence de Rabi du vide normalisée par la fréquence


cyclotron ω0 ∆ν suit alors la même loi d’échelle que dans la section 2.2.2 du
chapitre 2,

r
Ω αν
∼ √ , (4.36)
ω0 ∆ν π 

ce qui montre que l’on peut aussi atteindre le régime de couplage ultrafort
entre la transition cyclotron du graphène et les modes d’une cavité dans la
limite ν  1.

Figure 4.2.1 – Représentation schématique du système de base considéré. Les


ν premiers niveaux de la bande de conduction sont complètement remplis (les
cercles noirs désignent les états occupés), les autres niveaux étant vides (les
cercles blancs correspondent à des états vides). Le niveau de Fermi (ligne ho-
rizontale en pointillés) se situe entre les niveaux N = ν − 1 et N = ν. Tous les
états de la bande de valence sont pleins. On place un mode de cavité à réso-
nance avec la transition cyclotron impliquant les deux niveaux les plus proches
du niveau de Fermi.
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
124 transition de phase quantique

4.2.2 Interactions résiduelles


Avant de s’intéresser quantitativement au couplage lumière-matière dans
le graphène, passons brièvement en revue l’effet des différentes interactions en
les comparant à celles de la section 2.2.3 pour le cas des fermions massifs du
gaz d’électrons bidimensionnel. Le but recherché n’étant pas d’en dresser une
synthèse exhaustive, nous nous limiterons ici aux effets collectifs impliquant
les transitions entre niveaux de Landau dans le régime des facteurs de remplis-
sage entiers, et lorsque le niveau de Fermi réside dans la bande de conduction
(graphène dopé en électrons).

Interactions de Coulomb

L’effet des interactions de Coulomb dans le graphène est une question ou-
verte ayant déjà reçue de nombreuses réponses théoriques [81, 89–91] et expé-
rimentales, notamment dans des expériences de spectroscopie de transmission
infrarouge [92, 93]. Qualitativement, la présence d’un gap au niveau de Fermi
nous permet là encore de traiter les interactions entre électrons de façon per-
turbative lorsque le facteur de remplissage est un entier. En outre, le paramètre

e2 πρ
de corrélations donné par le rapport entre l’énergie de Coulomb moyenne 

et l’énergie cinétique d’un électron au niveau de Fermi (~ω0 ν dans le gra-
e2
phène) est donné par αG = ~v F
≈ 2.2

. Ce paramètre, dont la notation αG
fait référence à la constante de structure fine, est donc une constante qui ne
dépend que de la permittivité relative du milieu. Sur un substrat standard en
dioxide de Silicium ( ∼ 4), le graphène se situe dans un régime de corréla-
tions intermédiaire 8 . Parallèlement, le mélange de niveaux de Landau induit
2 √
par les interactions à q 6= 0 est quantifié par le rapport l0 ~ωe 0 ∆ν ∼ αG ν. Si
ce rapport est du même ordre de grandeur que pour les fermions massifs et à
tendance à augmenter avec ν (la fréquence de la transition cyclotron diminue),
les transitions dipolaires entre la bande de valence et la bande de conduction
provoque une augmentation du mélange de niveaux qui n’est pas présente dans
le cas du gaz d’électrons bidimensionnel.
Dans le régime ν & 1, les interactions peuvent être prises en compte au ni-
veau de l’approximation de Hartree-Fock dépendante du temps, ce qui permet
de calculer la dispersion des magnéto-excitons du graphène. En particulier,

8. Rappelons que le paramètre de corrélation peut également être obtenu en faisant le


e2
rapport entre l’échelle d’énergie Coulombienne R C
et l’énergie de la transition cyclotron
~ω0 ∆ν ≈ 2~ω
√0 .
ν
4.2. Le graphène en cavité, limite continue 125

les contributions d’échange de la paire électron-trou ainsi que le "shift excito-


nique" associé à l’interaction de Coulomb directe renormalisent l’énergie des
excitations à |q| = 0. Dans le graphène, le spectre n’est pas celui d’un oscilla-
teur harmonique ce qui signifie que le théorème de Kohn ne s’applique pas. Par
conséquent, la stabilité des transitions entre niveaux de Landau aux vecteurs
d’onde optiques vérifiant la condition |q|RC  1 n’est plus garantie et l’on
peut s’attendre à une renormalisation de l’énergie de la transition cyclotron de
l’ordre de αG . Plus précisément, une renormalisation de la vitesse de Fermi de
l’ordre de 15% à été prédit à |q| = 0 [90]. On pourra donc remplacer formel-
lement la fréquence de la transition cyclotron ω0 ∆ν par ω̃0 ∆ν où ω̃0 est reliée

à la vitesse de Fermi renormalisée par ω̃0 = ṽF 2/l0 . Là encore, la contri-
bution RPA permet de mettre en évidence un mode de plasmon modifié par
le champ magnétique, amortit par le continuum des excitations individuelles
lorsque |q|RC & 1. Remarquons que la validité de la RPA est ici renforcée
par l’existence d’une densité d’état non-nulle au niveau de Fermi, ce dernier
résidant dans la bande de conduction. Parallèlement, cette contribution prend
en compte les transitions inter-bandes responsables d’un mélange de niveaux
important. Ces dernières provoquent en effet une forte redistribution du poids
spectral ; les excitations possèdent des poids comparables sur chaque mode
de magnéto-exciton correspondant aux différentes transitions entre niveaux de
Landau. Cela conduit à l’apparition de modes dispersant de façon linéaire avec
le vecteur d’onde |q|l0 [81].

Enfin, la longueur d’écrantage typique λTF donnée par l’inverse du vec-



teur d’onde de Thomas-Fermi varie comme λTF ∼ 1/ ρ. Pour une densité
ρ ∼ 1012 cm−2 au dessus de laquelle les déviations au hamiltonien de Dirac
deviennent importantes, cette longueur d’écrantage est de l’ordre de 10nm et
donc bien plus grande que le pas du réseau a. À l’inverse du gaz d’électrons
bidimensionnel, l’interaction de Coulomb effective est donc à longue portée
dans le graphène. Remarquons que par analogie avec la section 2.2.2, on pour-
rait penser utiliser une structure proche du graphite mais dans laquelle les
plans de graphène sont faiblement couplés (les feuillets "glissent" les uns sur
les autres). Une telle structure existe en effet à l’état naturel et permettrait a
priori d’augmenter la densité effective de porteurs, et donc le couplage lumière-

matière par un facteur nG (nG représente le nombre de feuillets). Toutefois,
un tel dispositif est difficilement envisageable en raison de l’écrantage dans la
direction perpendiculaire au plan. Au delà d’une distance de l’ordre d’une pile
contenant deux couches de graphène, les champs extérieurs sont en effet com-
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
126 transition de phase quantique

plètement écrantés, si bien que l’on ne peut espérer doper les feuillets internes
en utilisant un dispositif simple de contact avec la grille [30]. Toutefois, des
expériences récentes [94] ont démontré que certains échantillons de graphène
multicouches déposés par épitaxie moléculaire sur un substrat en Carbure de
Silicium (SiC) manifestaient des propriétés électroniques indistinguables d’un
simple échantillon de graphène. Dans ce cas, le découplage des plans est dû
à une forte concentration de défauts d’empilement au niveau de l’interface
avec le substrat [95]. Comme ce type d’échantillon est fortement dopé à l’état
naturel (ρ ∼ 4 · 1012 cm−2 dans chaque plan), et possèdent des mobilités im-
portantes (µ ∼ 2500cm2 V −1 s−1 ), on pourrait alors penser les utiliser dans le
but d’augmenter fortement le couplage au champ électromagnétique.

Spin et vallées

Nous avons vu dans la section 4.1 que les niveaux de Landau du graphène
possèdent une sous-structure particulière en raison des degrés de liberté de
spin et de vallée. Comme pour le gaz d’électrons, la dégénérescence de spin
est levée par le couplage Zeeman avec le champ magnétique B. La brisure
de la symétrie SU(2) associée à pour conséquence l’apparition d’excitations
collectives mélangeant des états de spin différents. Il s’agit des modes "onde
de spin" et "spin flip" de la section 2.2.2. Lorsque le facteur de remplissage est
de l’ordre de 1, on peut alors calculer la dispersion de ces modes dans le cadre de
l’approximation de Kallin et Halperin [89–91]. En présence d’un résonateur,
le couplage dipolaire électrique ne permet pas cependant de distinguer ces
modes, et l’on peut prendre en compte la dégénérescence associée au moyen
d’un facteur supplémentaire gS = 2.
En l’absence de termes levant la dégénérescence de vallée 9 , il est clair que le
hamiltonien sans les interactions Coulombiennes respecte une symétrie SU(2)
associée à cet isospin. Lorsque l’on prend en compte ces interactions, il est alors
possible de montrer que les processus de diffusion "inter-vallées" brisant cette
2 2
symétrie sont exponentiellement supprimés (par un facteur e−l0 /a  1) [98].
En outre, la création d’une paire électron-trou entre les deux vallées K et K 0
requiert un vecteur d’onde transféré de l’ordre de |K+ − K− | ∼ a, beaucoup
plus grand que le vecteur d’onde typique ∼ 1/L d’un mode de cavité. Par
conséquent, nous nous limiterons dans ce manuscrit aux processus respectant
9. Cette levée de dégénérescence peut par exemple être induite par des effets orbitaux
[96], et même associée avec une brisure spontanée de symétrie induite par une déformation
structurale [97].
4.2. Le graphène en cavité, limite continue 127

la symétrie SU(4) associée aux degrés de liberté de spin et de vallée, en tenant


compte d’un facteur supplémentaire gV = 2 dans la dégénérescence des niveaux
de Landau, i.e. N = g2πl
S gV S
2 .
0

Résolution de la résonance cyclotron

Pour finir cette section, discutons brièvement des effets affectant la réso-
lution de la résonance cyclotron dans les échantillons de graphène. Comme
dans le cas du gaz d’électron bidimensionnel, la résonance cyclotron reste bien
définie tant que l’élargissement Γ des niveaux de Landau induit par les phé-
nomènes de diffusion est plus petit que le gap d’énergie associé à la transition
entre deux niveaux consécutifs. En considérant la transition entre les niveaux
N = ν − 1 et N = ν, cette condition se traduit par ω0 ∆ν τ > 1 où l’on a intro-
duit le temps de vie τ = ~/Γ. Précédemment, nous avons vu que le couplage
ultrafort pouvait également être atteint dans le graphène lorsque le facteur de
remplissage est suffisamment élevé (ν  1). C’est donc encore le régime des
faibles champs magnétiques qui nous intéresse ici. Dans la référence [99], les
auteurs ont mesuré la résonance cyclotron dans une expérience de spectrosco-
pie terahertz (ω ∼ 2THz) d’un plan de graphène résidant à l’état naturel à la
surface d’un échantillon de graphite. Les champs magnétiques correspondants
aux différentes transitions sont dans ce cas de l’ordre de 10mT. Les électrons
des couches inférieures sont responsables d’un faible dopage correspondant à
une densité ρ ∼ 3 · 109 cm−2 , ce qui donne ν ≈ 3 dans cette expérience 10 .
La largeur des pics de résonance permet alors de donner une estimation du
temps de vie de la résonance cyclotron τCR ∼ 20ps du même ordre de grandeur
que dans le cas des fermions massifs du gaz d’électrons bidimensionnel. Pour
√ √
B ≈ 10mT, la transition cyclotron de fréquence ω0 ( 3 − 2) est résonante
avec la sonde ce qui donne ω0 ∆ν τCR ∼ 40. Là encore, ce temps de vie est limité
par la mobilité des électrons qui dépend fortement du substrat utilisé. Cette
mobilité est reliée au temps de transport τt au moyen de la masse cyclotron
√ eτt
mC = ~ω0 ν/vF2 selon µ = m C
.
Dans les échantillons de graphène déposés sur un substrat en dioxide de Sili-
cium, les mobilités varient entre 2000 et 25000cm2 V−1 s−1 , µ = 25000cm2 V−1 s−1
à ρ = 5 · 1012 cm−2 étant la plus grande valeur reportée dans la littérature [100].
En utilisant des échantillons de graphène suspendu (on minimise la surface de

10. Notons qu’en raison de la quadruple dégénérescence de spin et de vallée, le facteur de


πρl2
remplissage est relié à la densité par ν = 2 0 + 18 .
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
128 transition de phase quantique

Figure 4.2.2 – (a) Spectre d’absorption d’un échantillon de graphene à très


haute mobilité mesuré dans l’expérience [99] à une fréquence ω = 1.9THz et
à T = 25K. (b) Les transitions correpondantes au spectre donné en (a) sont
représentées par des flèches verticales. Le taux d’occupation des niveaux de
Landau est donné par la distribution de Fermi-Dirac tracé sur la partie (c). Le
dopage résiduel en électrons induit une densité ρ ≈ 3 · 109 cm−2 dans la bande
de conduction, ce qui correspond à l’énergie de Fermi EF ≈ 6.5meV (ν ∼ 3).
4.2. Le graphène en cavité, limite continue 129

contact avec le substrat), les auteurs de la référence [101] ont mesuré des mo-
bilités µ ∼ 2 · 105 cm2 V−1 s−1 pour des densités intermédiaires de 2 · 1011 cm−2 ,
ce qui correspond à un temps de transport de l’ordre du dixième de picose-
conde. Finalement, la plus haute mobilité reportée µ & 107 cm2 V−1 s−1 à faible
dopage (ρ = 3 · 109 cm−2 ) correspond à l’expérience [99] évoquée précédem-
ment, et demeure tout à fait comparable aux mobilités atteintes avec un gaz
d’électrons bidimensionnel dans une structure GaAs. En supposant un temps
de vie constant τCR ∼ 20ps et en augmentant la densité reportée dans la ré-
férence [99] à ρ = 5 · 1010 cm−2 , on voit que le régime ν = 50 correspondant
à B = 10mT parait à première vue accessible en vertu de ω0 ∆ν τCR ≈ 8 avec
ω0 ∆ν ∼ 400GHz. Remarquons que les phonons optiques du réseau entrent en
jeu dans le régime des champs magnétique intenses. On citera par exemple
la résonance "magnéto-phonon" prédite dans l’infrarouge (E ∼ 0.2eV) pour
un champ magnétique B ∼ 30T [102]. À champ faible, le couplage avec les
phonons acoustiques domine ce qui induit une dépendance de la mobilité en
fonction de la température.

4.2.3 Le modèle de la boîte optique


Dans le cas du gaz d’électrons bidimensionnel, nous avons vu au chapitre
3 que le couplage ultrafort de la transition cyclotron a été démontré en consi-
dérant un résonateur dans lequel les modes sont gapés les uns des autres.
L’expérience est alors convenablement décrite au moyen d’un modèle simple
considérant deux modes indépendants couplés à la transition cyclotron. Dans
ces conditions, il paraît naturel de généraliser le calcul du chapitre 2 au cas d’un
échantillon de graphène placé dans une boîte optique, confinant le champ élec-
tromagnétique dans les trois directions de l’espace. Considérons un tel échan-
tillon de surface S = L2 placé à l’intérieur d’une cavité constituée de six parois
métalliques distantes deux à deux de Lx ≡ L, Ly ≡ L, Lz . Comme précé-
demment, nous supposons que cette cavité est remplie d’un milieu matériel de
permittivité , et l’échantillon soumis à une tension de grille et un champ ma-
gnétique B0 = Bez tels que l’énergie de Fermi se trouve dans le gap cyclotron
entre les niveaux de Landau N = ν − 1 et N = ν de la bande de conduction.
En outre, l’indice de vallée est définitivement fixé à ξ = +. Les deux longueurs
L et Lz sont en revanche considérées comme finies, et le résonateur caracté-
risé par le paramètre sans dimension γres = Lz /L. Les modes du champ sont
indexés par les trois entiers naturels nx , ny et nz , i.e.
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
130 transition de phase quantique

 
πnx πny πnz
q≡ , , , (4.37)
L L Lz
avec la forme spatiale 11 [77]

 
2Cnx  n πx 
x
 n πy 
y nz πz
uq,x (r) = √ cos sin sin (4.38)
V L L L
 z 
2Cn  nx πx   ny πy  nz πz
uq,y (r) = √ y sin cos sin (4.39)
V L L L
 z 
2Cn  nx πx   ny πy  nz πz
uq,z (r) = √ z sin sin cos . (4.40)
V L L Lz

Nous nous limiterons


p ici au seul mode (nx = 2, ny = 2, nz = 1) dont la
πc 2 est considérée comme proche de celle de la tran-
fréquence ω = Lz √ 1 + 8γres
sition cyclotron ω0 ∆ν . Soulignons à ce propos que la forme du résonateur nous
autorise à choisir L et Lz suffisamment petits pour envoyer les autres modes
loin de la résonance et rendre ainsi leur contribution négligeable. Comme au
chapitre 2, nous supposerons que l’échantillon de graphène est placé à l’altitude
z = Lz /2 et que l’on peut négliger l’extension spatiale des fonctions d’onde
par rapport à la longueur Lz . On considère donc les électrons comme purement
bidimensionnels. Le profil spatial du mode (nx = 2, ny = 2, nz = 1) dans la
base (eq,1 , eq,2 ) s’écrit pour chaque polarisation comme [77]

2πx 2πy
   
cos L 
sin L 
cos θ
2  2πx 2πy
u1 (r) = √ sin L
cos L
cos θ , (4.41)
V
0

− cos 2πx sin 2πy


   
2 L L
u2 (r) = √  sin 2πx cos 2πy
 
, (4.42)
L L
V
0
p
2 . Le potentiel vecteur s’écrit quant à lui comme
avec cos θ = 1/ 1 + 8γres
r
X 2π~c2
uη (r) aη + a†η .

A(r) = (4.43)
η=1,2

p
11. La constante de normalisation est donnée par Cnj = 2 − δnj ,0 (j = x, y, z).
4.2. Le graphène en cavité, limite continue 131

Figure 4.2.3 – Représentation schématique du résonateur de surface S = L2 et


de longueur transverse Lz , avec à l’intérieur un échantillon de graphène soumis
à un champ magnétique B0 = Bez et à une tension de grille Vg , permettant
de choisir l’énergie de Fermi dans la bande de conduction.

Hamiltonien total

Intéressons nous maintenant au hamiltonien total du système décrit dans


le paragraphe précédent. Le champ magnétique statique B0 = Bez est décrit
par le potentiel vecteur A0 = Bxey en jauge de Landau, et comme les indices
de bande et de vallée sont fixés, les états à une particule sont caractérisés par
les deux nombres quantiques N et k. Dans la limite continue, ce hamiltonien
s’obtient en effectuant le couplage minimal p → p + ec At (r) dans l’expression
(4.27) :

X  e 
H= vF pi + At (ri ) · σ + VC + Hray , (4.44)
i
c

avec la notation σ = σ x ex + σ y ey . Le potentiel vecteur total At est donné


par la somme des potentiels vecteurs statique et électromagnétique, i.e. At (r) =
A0 (r) + A(r), où A(r) est donné par la relation (4.43). Comme au chapitre
2, VC et Hray désignent respectivement le potentiel Coulombien et l’énergie du
champ libre. Outre ces deux termes, on voit que le hamiltonien (4.44) se com-
pose de l’énergie cinétique des fermions libres sous champ magnétique ainsi
que du terme d’interaction lumière-matière :
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
132 transition de phase quantique

vF e
HL = vF Π · σ, Hint = A · σ. (4.45)
c
Dans la limite continue, le hamiltonien de couplage entre les fermions de
Dirac et le champ du vide ne fait donc pas intervenir de terme diamagnétique.
Nous verrons un peu plus loin que cette propriété change complètement la
nature des excitations.

Hamiltonien d’interaction

Nous sommes maintenant en mesure de dériver l’expression du hamiltonien


d’interaction en seconde quantification
Z
Hint = ~ † (r)Hint Ψ(r),
drΨ ~ (4.46)

où les champs de fermions s’écrivent sous la forme de spineurs à deux


composantes :

−CNA ψN −1,k (r)


 
~ 1 X
Ψ(r) =√ cN,k . (4.47)
2 N,k CNB ψN,k (r)

Les fonctions ψN,k (r) sont définies par la relation (2.23) du chapitre 2 et
l’opérateur cN,k (c†N,k ) détruit (crée) un fermion de Dirac dans l’état caractérisé
par les nombres quantiques +, N , k et ξ = +. En utilisant les résultats du
chapitre 2, les éléments de matrice apparaissant dans (4.46) se calculent aisé-
ment, et dans l’approximation où seule la transition dipolaire m = 1 contribue
au couplage, nous obtenons l’expression

Hint = ~Ωη bη + b†η aη + a†η ,


 
(4.48)

avec la fréquence de Rabi


s
αgS gV ω02 B
Ω2 = √p Cν−1 , (4.49)
2π  1 + 8γres2

et la relation Ω1 = Ω2 cos θ. Les modes collectifs apparaissant dans le ha-


miltonien précédent sont donnés par
4.2. Le graphène en cavité, limite continue 133

r
2πkl02 π π †
 
1 XX
b1 = ± sin + ± c c 2π (4.50)
N N,k ± L 2 4 N,k N +1,k± L
r
2πkl02 π π †
 
1 XX
b2 = cos + ± c c 2π . (4.51)
N N,k ± L 2 4 N,k N +1,k± L

De façon analogue au chapitre 2, on peut montrer que ces modes vérifient les
règles de commutation hF | [bη , b†η0 ] |F i = δη,η0 où |F i désigne l’état fondamental
fermionique donné par la relation (2.56). Dans ce cas, les deux polarisations
du champ électromagnétique η = 1, 2 sont couplées de façon indépendantes aux
modes collectifs b1 et b2 qui commutent mutuellement.

Hamiltonien libre
En second quantification, l’énergie cinétique s’écrie sous la forme diagonale


Z X
HL = drΨ ~ † (r)HL Ψ(r)
~ = ~ω0 νc†N,k cN,k . (4.52)
N,k

Lorsque l’on se restreint au sous-espace constitué par les niveaux de Landau


N = ν−1 et N = ν avec ν  1, on peut alors montrer que les modes bη vérifient
la relation [HL , bη ] = ~ω0 ∆ν bη . Par analogie avec les résultats du chapitre 2,
nous allons donc considérer la forme bosonique

HL = ~ω0 ∆ν b†η bη (4.53)


pour la contribution effective en énergie cinétique, en nous reportant à
l’annexe A.4 pour une justification détaillée de cette écriture.

Hamiltonien de Coulomb
2
Intéressons nous maintenant au hamiltonien VC (r−r0 ) = |r−re
0 | décrivant les

interactions entre électrons. Comme dans le chapitre 2, le but est de calculer la


contribution optique ou longue portée des interactions de Coulomb sélectionnée
par le résonateur. L’idée consiste alors à décomposer le potentiel Coulombien
sur les modes du résonateur à l’aide d’une série de Fourier bidimensionnelle,
puis de sélectionner la contribution résonante avec la transition cyclotron (nx =
2, ny = 2) à la fin du calcul. Une telle décomposition peut s’écrire comme 12
12. Notons que le produit de deux cosinus n’est pas à priori le seul choix de base possible à
deux dimensions. On pourrait en effet penser utiliser un produit de deux sinus ou encore un
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
134 transition de phase quantique

nx π(x − x0 ) ny π(y − y 0 )
X    
0
VC (r − r ) = Ṽnx ,ny cos cos , (4.54)
nx ,ny
L L

avec les composantes

Cnx ,ny L L e2
Z Z  n πx   n πy 
x y
Ṽnx ,ny = dr cos cos
S 0 0 |r| L L
2
Cnx ,ny e
= p , (4.55)
2L n2x + n2y

et où la somme apparaissant dans (4.54) porte sur tous les entiers positifs
nx , ny de zero à l’infini 13 . Notons que le terme divergent nx = ny = 0 est
compensé si l’on introduit un fond continu de charge positives et peut donc
être retiré de la sommation 4.54. Avec ces conventions, la contribution du mode
(nx = 2, ny = 2) au hamiltonien de Coulomb peut s’écrire comme
1 X
VC = Ṽ2,2 ρ̂2i,j , (4.57)
2 i,j

où les indices i = c, s et j = c, s indiquent les différentes fonctions interve-


nant dans l’expression des éléments de matrice de la densité. Par exemple, le
terme (i = c, j = c) correspond à l’opérateur densité
Z    
~ (r)1 cos
† 2πx 2πy ~
ρ̂c,c = drΨ cos Ψ(r), (4.58)
L L
où 1 désigne la matrice identité. En utilisant l’expression des éléments de
matrice donnée dans l’annexe A.1, on aboutit finalement à
X h 2 2 i
VC = ~ζγη bη + γη b†η + eη − γη e†η (4.59)
η

produit croisé cosinus-sinus. Il convient cependant de remarquer que la parité du potentiel


Coulombien impose que la seule décomposition non-identiquement nulle est constituée par
la série des produits de cosinus.
13. Le coefficient de normalisation Cn,m est donné par

4 pour nx 6= 0 et ny 6= 0


Cnx ,ny = 2 pour nx = 0 ou ny = 0 (4.56)


1 sinon.
4.2. Le graphène en cavité, limite continue 135

avec γ1 = −1, γ2 = 1, et la constante de couplage



παgS gV c 2 2
ζ= Sν . (4.60)
16L
A
√ B

Le facteur Sν = Cν−1 ν − 1 + Cν−1 ν prend en compte le remplissage des
niveaux de Landau. Dans le régime ν  1, on peut écrire Sν ≈ RC /l0 . Ce
hamiltonien fait donc apparaître les deux modes supplémentaires

r
2πkl02 π π †
 
1 XX
e1 = sin + ± c c 2π (4.61)
N N,k ± L 2 4 N,k N +1,k± L
r
2πkl02 π π †
 
1 XX
e2 = ± cos + ± c c 2π , (4.62)
N N,k ± L 2 4 N,k N +1,k± L

qui d’après l’équation (4.48) ne sont pas couplés au mode du résonateur.


Nous laisserons donc de côté ces modes "noirs" par la suite. En tenant compte
de l’énergie cinétique (4.53) et en y ajoutant la contribution Coulombienne pré-
cédente, le hamiltonien obtenu prend une forme similaire à celui des magnéto-
plasmons du gaz d’électrons bidimensionnel (2.82) dans la limite optique |q|RC 
1. Afin de donner un sens plus précis à cette procédure dans le cas graphène,
nous proposons dans l’annexe A.4 une généralisation du modèle de bosons indé-
pendants qui nous a permis de décrire les magnéto-plasmons du gaz d’électrons.
Avec le hamiltonien du champ libre Hray , on est maintenant en mesure de dia-
gonaliser indépendamment les contributions associées à chaque polarisations
η = 1, 2 :

2
Hη /~ = ωa†η aη + ω0 ∆ν b†η bη + Ωη bη + b†η aη + a†η + ζγη bη + γη b†η . (4.63)
 

En suivant la démarche du chapitre 2, il est commode de mettre d’abord


la partie électronique sous la forme diagonale en écrivant
2
ω0 ∆ν b†η bη + ζγη bη + γη b†η = ωp d†η dη (4.64)

à une constante près. Les opérateurs pdη = Uη bη + Vη bη correspondent aux
magnéto-plasmons de fréquence ωp = ω0 ∆ν (ω0 ∆ν + 4ζ) pour les deux po-
larisations η = 1, 2, et les coefficients de Bogoliubov sont donnés par Uη =
−γη ω√0 ∆ν +ωp et Vη = ω√0 ∆ν −ωp . Dans la nouvelle base, le hamiltonien (4.63)
2 ω0 ∆ν ωp 2 ω0 ∆ν ωp
prend finalement la forme
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
136 transition de phase quantique

Hη /~ = ωp d†η dη + ω a†η aη + Ω̃η aη + a†η dη + d†η ,


 
(4.65)
q q
avec Ω̃1 = −Ω1 ω0ω∆p ν et Ω̃2 = −Ω2 ω0ω∆p ν . À la différence du cas des
fermions massifs dans les semiconducteurs, ce hamiltonien ne contient pas de
terme diamagnétique, ce qui implique qu’il n’est plus défini positif pour toutes
les valeurs de ν et provoque ainsi l’apparition d’un point critique pour lequel
l’une des valeurs propre s’annule. Au delà de ce point critique, le hamilto-
nien précédent n’est plus diagonalisable. Introduisons les modes propres ou
magnéto-polaritons

pj,η = Wj,η aη + Xj,η dη + Yj,η a†η + Zj,η d†η , (4.66)


qui diagonalisent le hamiltonien (4.63) et nous permettent donc de l’écrire
sous la forme
X
Hη = ~ωj,η p†j,η pj,η , (4.67)
j=LP,UP

à une constante près. Dans l’équation précédente, les indices LP et UP


désignent respectivement "Lower Polariton" et "Upper Polariton". Ces modes
satisfont à l’équation aux valeurs propres [pj,η , Hη ] = ~ωj,η pj,η , qui prend la
forme matricielle Mη V~j,η = ωj,η V~j,η avec

V~j,η = (Wj,η , Xj,η , Yj,η , Zj,η )T , (4.68)


et la matrice de Hopfield
 
ω Ω̃η 0 Ω̃η
Ω̃η ωp Ω̃η 0
 
Mη =  . (4.69)
 
 0 −Ω̃η −ω −Ω̃η 
−Ω̃η 0 −Ω̃η −ωp
Finalement, les fréquences des magnéto-polaritons ωj,η (j = LP, UP) sont
données par les valeurs propres de la matrice précédente.
Sur la figure 4.2.4, nous avons représenté les fréquences des modes propres
ωj,η /ω duphamiltonien (4.63) normalisées par la fréquence du mode optique
ω = Lzcπ√ 1 + 8γres
2 en fonction de la densité ρ. On voit que la fréquence de la

branche basse ωLP,1 s’annule pour une certaine densité critique. On parle dans
ce cas d’une excitation "sans gap" signalant la présence d’une instabilité du
système (le hamiltonien précédent n’est plus diagonalisable). Ceci se produit
4.2. Le graphène en cavité, limite continue 137

Figure 4.2.4 – Fréquences des modes propres ωj,η /ω (j = LP, UP, lignes
pleines noires et bleues) dup hamiltonien (4.63) normalisées par la fréquence
cπ 2 en fonction de la densité ρ. La ligne ho-
du mode optique ω = Lz √ 1 + 8γres
rizontale en pointillés noirs désigne la fréquence du mode optique, tandis que la
courbe en pointillés noirs correspond au mode de plasmon normalisé ωp /ω. Les
deux traits verticaux indiquent les densités ρ = 1011 cm−2 et ρ = 2.1 · 1011 cm−2
(voir figure suivante). On constate que la fréquence de la branche basse ωLP,1
s’annule pour une densité critique ρc . Paramètres :  = 4, Lz = 700µm,
γres = 0.1, B = 25mT, gS = gV = 2.
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
138 transition de phase quantique

lorsque le determinant de la matrice de Hopfield M1 s’annule, correspondant



à la condition 2Ω1 = ωω0 ∆ν . On en déduit alors une expression de la densité
critique

p !2
ω 2 )
π(1 + 8γres
ρc = √ ≈ 2.1 · 1011 cm−2 , (4.70)
4αvF gS gV

indépendante du champ magnétique. Concernant la polarisation q η = 2, le


determinant de la matrice de Hopfield M2 s’annule lorsque 2Ω2 = ωωp2 /ω0 ∆ν .
On peut alors montrer que cette condition n’est pas toujours satisfaite selon
la valeur des paramètres Lz , B et γres . Contrairement à la branche LP1 qui
s’annule toujours pour une densité finie, la branche LP2 n’a pas forcement
un comportement critique. En fait, l’existence de cette excitation sans gap est
la signature d’une transition de phase quantique analogue à celle du modèle
de Dicke pour la supperradiance [103]. Au delà du point critique, l’état fon-
damental du système est modifié de façon non-perturbative, et une nouvelle
phase de symétrie spontanément brisée apparaît. Nous reviendrons dans la
section 4.3.5 sur ces considérations, en caractérisant les excitations de la phase
"sur-critique".
Sur la figure 4.2.5, nous avons représenté les fréquences des modes propres
ωj,η /ω du phamiltonien (4.63) normalisées par la fréquence du mode optique
cπ 2 en fonction du champ magnétique B. Lorsque la den-
ω = Lz  1 + 8γres

sité est inférieure à ρc , on observe une dispersion semblable à celle du gaz


d’électrons bidimensionnel (voir chapitre 3). En revanche, la dispersion de-
vient fortement asymétrique lorsque l’on s’approche de la densité critique. On
constate également que l’énergie de la branche ωLP,1 est fortement repoussée
vers les basses fréquences lorsque B → 0. Le terme d’interaction Coulom-
bienne (en plus du facteur géométrique cos θ) est quant à lui responsable de
la séparation des branches correspondantes aux deux polarisations η = 1, 2.
Comme nous l’avons signalé au chapitre 3, on peut remarquer que la fré-
quence du mode q de plasmon ωp est finie à B = 0. On trouve alors la valeur
πg g r v 2 k
S V s F F
ωp (B = 0) = √
2L 2
modifiée par la forme particulière du résonateur.
q
kF = g4πρ
S gV
désigne ici le vecteur d’onde de Fermi.
4.2. Le graphène en cavité, limite continue 139

Figure 4.2.5 – Fréquences des modes propres ωj,η /ω (j = LP, UP, lignes
pleines noires et bleues) du
p hamiltonien (4.63) normalisées par la fréquence
cπ 2 en fonction du champ magnétique B. La
du mode optique ω = Lz √ 1 + 8γres
ligne horizontale en pointillés noirs désigne la fréquence du mode optique, tan-
dis que la courbe en pointillés noirs correspond au mode de plasmon normalisé
ωp /ω. (a) Pour une densité ρ = 1011 cm−2 . (b) Juste avant la densité densité
critique ρc = 2.1 · 1011 cm−2 Paramètres :  = 4, Lz = 700µm, γres = 0.1,
gS = gV = 2.
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
140 transition de phase quantique

4.3 Le couplage lumière-matière en jauge symé-


trique
Dans la section précédente, nous avons vu que le couplage des fermions de
Dirac avec les modes d’une boîte optique ne fait pas intervenir de terme dia-
magnétique. Pour cette raison, le hamiltonien correspondant admet un point
critique au delà duquel le vide quantique "standard" n’est plus l’état fonda-
mental du système. Il nous reste cependant à répondre à plusieurs questions.
En particulier, quelle est la nature de la phase au delà du point critique et quelle
brisure de symétrie est alors mise en jeu ? D’autre part, peut-on comprendre
avec un modèle simple sur réseau d’où provient cette différence importante
entre le cas des fermions massifs du semiconducteur et les fermions de Dirac
du graphène en cavité. Dans ce dernier cas, si il existe un terme diamagné-
tique provenant des corrections au modèle de Dirac, il serait intéressant de
comprendre ce qui provoque sa disparition dans la limite continue. Nous tente-
rons dans cette section d’apporter des réponses aux questions ainsi formulées.

4.3.1 Position du problème


Considérons deux réseaux bidimensionnels de surface totale S = L2 . Le
premier est un réseau de forme quelconque que nous choisirons carrée de pa-
ramètre a, et l’autre un réseau en nid d’abeille dont la distance séparant deux
plus proches voisins sera notée a également. Chaque échantillon est placé à
l’intérieur d’une cavité planaire de volume V = SLz (Lz  L) comme décrit
dans la section 2.2.6. Encore une fois, nous considérons que les échantillons sont
situés à l’altitude z = Lz /2 et que l’on peut négliger l’extension spatiale des
fonctions d’onde dans la direction (Oz). Dans ce cas, nous avons vu que seules
les branches optiques avec n impair sont couplées aux électrons. En outre,
la résonance est choisie de telle sorte que la fréquence de la branche optique
n = 1 au voisinage de |q| ∼ 0 est de l’ordre de la fréquence cyclotron. Nous
négligerons ici pour simplifier toutes les autres branches n 6= 1, en arguant que
l’on peut toujours choisir la longueur Lz suffisamment petite pour envoyer ces
branches loin de la résonance et rendre ainsi leurs contributions négligeables.
Comme au chapitre 2, le vecteur d’onde dans le plan est une quantité conser-
vée ce qui signifie que l’on peut diagonaliser chaque mode q indépendamment.
Pour cette raison, nous nous limiterons au mode q = 0 et laisserons de côté
l’indice modal dans le plan. Remarquons que pour ce mode particulier, la fré-
4.3. Le couplage lumière-matière en jauge symétrique 141

quence du plasmon est exactement égale à la fréquence cyclotron ce qui nous


permet de mettre également de côté les interactions électron-électron 14 (voir
sections 2.2.7 et A.4). Les deux vecteurs de polarisation eq,1 et eq,2 coïncident
alors avec les vecteurs de base ex et ey respectivement, et le potentiel vecteur
électromagnétique est donné par
r
4π~c2 X
aη − a†η ~uη ,

A=i (4.71)
ωV η=1,2

avec ω = √ .
Lz q
Il est commode d’introduire ici le potentiel vecteur adimen-
ωV
sionné A = −i 4π~c2
A, d’ordre unité si le nombre de photons de la cavité
ha†η aη i est lui aussi d’ordre 1. Parallèlement, effectuons un changement de base
donné par la rotation du système de coordonnées d’un angle π/4 :

1 1
e = √ (ex + iey ) e∗ = √ (ex − iey ) (4.72)
2 2
1 1
A = √ (Ax + iAy ) A† = − √ (Ax − iAy ) . (4.73)
2 2
Pour les deux réseaux, les électrons seront traités dans le cadre d’un modèle
de liaisons fortes où l’on ne prend en compte que les recouvrements entre
plus proches voisins au moyen du paramètre de saut t (voir section 4.1.2).
Choisissons maintenant un point particulier M de la première zone de Brillouin
repéré par le vecteur M. Au voisinage de ce point, on peut écrire le vecteur
d’onde sous la forme q = M + κ avec |κ|a  1, si bien que les excitations de
basse énergie sont décrites par le hamiltonien à un électron
Z−1
X
H(κ) = −t Zj e−iκ·δj , (4.74)
j=0

où Z désigne le nombre de premiers voisins connectés à un site donné par


les vecteurs δj , et Zj = e−iM·δj un facteur de phase dépendant du point M
considéré. Remarquons que H(κ) peut tout à fait désigner un élément de ma-
trice si le réseau se compose lui-même de plusieurs sous-réseaux. En présence
14. Dans le cas du graphène, nous avons déjà évoqué le fait que les interactions électron-
électron sont responsables d’une renormalisation de la fréquence cyclotron à q = 0 dont
on ne peut rendre compte avec un modèle similaire à celui de la section 2.2.7 (contribution

RPA). De façon semi-quantitative, on peut toutefois utiliser la fréquence ω̃0 = ṽF 2/l0 où
ṽF désigne la vitesse de Fermi renormalisée par les interactions.
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
142 transition de phase quantique

d’un champ magnétique perpendiculaire B0 = Bez , le nouveau hamiltonien


s’obtient en substituant le vecteur d’onde κ par p/~, suivi du couplage mini-
mal p → Π + ec A où Π et A sont respectivement définis par les relations (2.8)
et (4.71). On obtient ainsi l’expression

Z−1 
X i e
H = −t Zj exp − Π · δj + A · δj . (4.75)
j=0
~ c

En introduisant les angles θj définis par la relation δj = a cos θj ex +


a sin θj ey (j = 0, 1, · · · , Z − 1), ainsi que les opérateurs d’échelle (2.14), le
hamiltonien précédent peut être réécrit sous la forme

Z−1  
X a † −iθj iθj
exp Λ Ae−iθj − A† eiθj
  
H = −t Zj exp √ dr e − dr e (4.76)
j=0
l0 2
q
a 2α
où Λ = L


est un petit paramètre sans dimension (en choisissant
L ∼ 1µm, on a Λ . 10−5 ). Nous allons maintenant développer les fonctions
exponentielles de l’expression (4.76) jusqu’au second ordre en a/l0 et Λ, puis
appliquer successivement le résultat au cas des réseaux carré et en nid d’abeille.

4.3.2 Le réseau carré, fermions massifs


Dans le cas du réseau carré, nous allons nous intéresser au voisinage du
centre de la première zone de Brillouin appelé point Γ. Ce choix fixe dès lors
la valeur du facteur de vallée Zj = 1 pour j = 0, 1, 2, 3. D’autre part, les 4
premiers voisins sont caractérisés par les angles θj = jπ/2 correspondant aux
vecteurs de déplacement δ0 = aex , δ1 = aey , δ2 = −aex et δ3 = −aey . En
utilisant la relation 3j=0 eimθj = 4 si m = 4p (p ∈ Z) et 3j=0 eimθj = 0 sinon,
P P

le développement du hamiltonien (4.76) donne


2ta2
 
† 1 2 2Λta † †
dr A + dr A + 2Λ2 t A† A + AA† + O(a4 ).
 
H= 2 dr dr + +
l0 2 l0
(4.77)
Par conséquent, on voit que les trois contributions dominantes sont du
même ordre O(a2 ). En outre, l’absence formelle de terme linéaire O(a) nous
~2
permet de définir une masse effective de bande m∗ = 2ta 2 . En introduisant
4.3. Le couplage lumière-matière en jauge symétrique 143

Figure 4.3.1 – Réseau carré de paramètre a. Les 4 premiers voisins sont ca-
ractérisés par les angles θj = jπ/2 correspondant aux vecteurs de déplacement
δ0 = aex , δ1 = aey , δ2 = −aex et δ3 = −aey .

la fréquence cyclotron ω0 = meB∗ c , le premier terme du membre de droite de


l’équation précédente prend la forme (2.15)
 
† 1
HL = ~ω0 dr dr + ,
2
indiquant que ce système est régi par une quantification de Landau normale.
En réexprimant les trois contributions de (4.77) en fonction des anciennes
variables (Π, A), il n’est pas surprenant de constater que l’on retombe sur
l’expression
1  e 2
H= Π + A , (4.78)
2m∗ c
dérivant du hamiltonien standard avec une masse effective m∗ , et sur lequel
on a opéré le couplage minimal Π → Π + ec A en présence du champ magné-
tique B. Par conséquent, les excitations de basse énergie d’un gaz d’électrons
bidimensionnel sur un réseau de forme quelconque sont bien gouvernées par un
hamiltonien de type Schrödinger, dans lequel les paramètres du réseau, ou plus
précisément la dispersion des bandes au voisinage d’une vallée donnée est prise
en compte au travers de la masse effective m∗ . Un tel hamiltonien contient
inévitablement un terme diamagnétique A2 dont la constante de couplage est
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
144 transition de phase quantique

reliée à la fréquence de Rabi du vide par une relation impliquant l’absence de


point critique du modèle (c.f. annexe A.3).

4.3.3 Le réseau hexagonal, fermions de Dirac

Figure 4.3.2 – Réseau hexagonal de paramètre a. Les 3 premiers voisins sont



caractérisés par les vecteurs de déplacement δ0 = a 3/2ex + a/2ey , δ1 =

−a 3/2ex +a/2ey et δ2 = −aey , ainsi que les angles associés θj = (4j +1)π/6
(j = 0, 1, 2).

Examinons maintenant le cas du réseau en nid d’abeille. Comme précédem-


ment, nous sommes intéressés par les excitations de basse énergie, qui appa-
raissent ici au voisinage des points de Dirac K et K 0 . Si l’on choisit la vallée
K, le facteur de phase est donné par Zj = −ie−iθj avec les vecteurs de dépla-

cement correspondant aux 3 plus proches voisins δ0 = a 3/2ex + a/2ey , δ1 =

−a 3/2ex + a/2ey , δ2 = −aey , ainsi que les angles associés θj = (4j + 1)π/6
imπ
(j = 0, 1, 2). En utilisant la relation 2j=0 eimθj = 3e 6 si m = 3p (p ∈ Z) et
P
P2 imθj
j=0 e = 0 sinon, le développement du hamiltonien (4.76) donne

3ita
H = − √ dr − 3itΛA† + O(a2 ), (4.79)
l0 2
et l’on constate que les deux contributions dominantes sont du premier
ordre en a. À la différence du cas général précédent, c’est donc la combinaison
de plusieurs facteurs géométriques particuliers qui provoque l’apparition de ces
4.3. Le couplage lumière-matière en jauge symétrique 145

termes linéaires, et empêche de définir une masse effective de bande. En parti-


culier, l’existence de 3 premiers voisins formant un triangle équilatéral semble
être une condition nécessaire mais non-suffisante. Si l’on prend en compte la
présence des deux sous-réseaux, le hamiltonien prend la forme d’une matrice
2×2

 
0 H
H= , (4.80)
H† 0

qui après le changement de variables (dr , d†r ; A, A† ) → (Π; A) et en uti-


lisant (4.79), nous redonne le hamiltonien de Dirac en présence d’un champ
magnétique

 e 
H = vF Π + A · σ. (4.81)
c
On comprend dès lors que la forme matricielle liée à la présence des deux
sous-réseaux est également cruciale, au sens où c’est elle qui permet aux termes
linéaires de l’équation (4.79) de ne pas disparaître lorsque que l’on en calcule
les éléments de matrice. En effet, sans cette forme matricielle, les éléments de
matrice de l’énergie cinétique qui entrent en jeu en seconde quantification sont
nuls en raison de la relation hN | dr |N i = 0, et l’on doit alors aller chercher
les contributions du deuxième ordre en a comme pour les fermions massifs.
Lorsque le hamiltonien possède une forme matricielle similaire à (4.80), le
même terme fait apparaitre l’élément de matrice hN − 1| dr |N i qui est non
nul et permet d’aboutir au hamiltonien de Dirac.
En se limitant à l’ordre O(a3 ) dans le développement (4.76), on peut voir
qu’il existe formellement les termes diamagnétiques

1 3tΛ2 2
Hdia = A
2
3itaΛ2
2
√ dr A† A + AA† ,

Hdia = (4.82)
2l0 2

d’ordre supérieurs en a. Là encore, la présence des deux sous-réseaux annule


le premier terme lorsque l’on en prend les éléments de matrice. Quant au
deuxième, nous montrerons à la fin de ce chapitre qu’il n’apporte que des
corrections négligeables au modèle.
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
146 transition de phase quantique

4.3.4 Limite continue pour les fermions massifs, le mo-


dèle de Hopfield
Dans cette section, nous nous proposons de dériver l’expression du hamil-
tonien des fermions massifs 4.78 en seconde quantification, et en utilisant la
représentation des fonctions d’onde en jauge symétrique. Nous verrons alors
que le hamiltonien obtenu peut être diagonalisé au moyen d’un mapping spin-
boson, dans lequel les corrections à la bosonicité peuvent être prises en compte
à la différence de la méthode "magneto-excitons" utilisée jusque là. Le ha-
miltonien (4.78) est constitué des trois contributions H = HL + Hint + Hdia
avec

Π2 e e2
HL = , Hint = Π · A, Hdia = A2 , (4.83)
2m∗ m∗ c 2m∗ c2
et où le potentiel vecteur électromagnétique A est donné par l’équation
(4.71). En utilisant l’expression des opérateurs d’échelle (2.14), on montre fa-
cilement que le hamiltonien d’interaction pour N ∼ ν s’écrit

X ~Ω † X i~Ω †
Hint = − √ cN +1,l cN,l (a1 −a†1 )+ √ cN +1,l cN,l (a2 −a†2 )+h.c., (4.84)
N,l
N N,l
N

avec la fréquence de Rabi du vide


s
ανgS ω02
Ω= √ . (4.85)
π 

Sans perdre la généralité du modèle, on peut maintenant projeter les opé-


rateurs d’excitations fermioniques sur le sous-espace constitué par les deux
niveaux de Landau au voisinage du niveau de Fermi, ce qui revient à fixer
N = ν − 1 dans l’équation (4.84). Dans ce sous-espace, la contribution à
l’énergie cinétique HL = N,l (N + 1/2)~ω0 c†N,l cN,l se met sous la forme
P

X ~ω0  
HL = c†ν,l cν,l − c†ν−1,l cν−1,l + ~ω0 ν1, (4.86)
l
2
P † †
où 1 = l (cν,l cν,l + cν−1,l cν−1,l ) désigne l’opérateur identité. Il convient
maintenant d’introduire les opérateurs collectifs de moments cinétiques
4.3. Le couplage lumière-matière en jauge symétrique 147

X
J+ = c†ν,l cν−1,l J− = J+†
l
X1 † 
et Jz = cν,l cν,l − c†ν−1,l cν−1,l , (4.87)
l
2

obéissant aux relations de commutation angulaires [J+ , J− ] = 2Jz et [Jz , J± ] =


±J± . Au regard des relations (4.84) et (4.86), on voit que le système consiste
en jauge symétrique en une collection de N systèmes à deux niveaux indé-
pendants, un pour chaque centre d’orbite l, couplés à deux champs bosoniques
uniformes (η = 1, 2) de même énergie ~ω. Chacun de ces systèmes à deux
niveaux est alors décrit par un pseudo-spin 1/2, et les opérateurs collectifs
définis précédemment correspondent à la composition des moments cinétiques
individuels.

Remarque Les opérateurs de moments cinétiques précédents peuvent être


utilisés pour représenter l’espace de Hilbert des N systèmes à deux niveaux
en introduisant les états de Dicke [104, 105], états propres de Jz et de J2 =
Jx2 + Jy2 + Jz2 = 21 (J+ J− + J− J+ ) + Jz2 . Ces états s’écrivent sous la forme |J, M i
avec M = −J, −J + 1, · · · , J et vérifient les p propriétés Jz |J, M i = M |J, M i,
2
J |J, M i = J(J+1) |J, M i et J± |J, M i = J(J + 1) − M (M ± 1) |J, M ± 1i.
Le nombre J peut prendre les valeurs 1/2, 3/2, · · · , N /2 si N est impair et
0, 1, · · · N /2 si N est pair. Il est associé à la valeur propre de J2 et définit un
secteur de l’espace de Hilbert dans lequel la somme des N spins 1/2 donne
un spin dont le carré de la norme est J(J + 1), avec −J ≤ M ≤ J. Comme
le hamiltonien d’interaction (4.84) ne mélange pas les secteurs correspondants
à des J différents, on ne considèrera par la suite que le secteur de moment
cinétique maximal J = N /2. Dans q ce cas, les N systèmes à deux niveaux sont
N N
réduits à un grand spin de norme (
2 2
+ 1), et décrit par N + 1 états de
Dicke |N /2, M i avec − N2 ≤M ≤ N
2
.

Il nous reste maintenant à ajouter aux deux contributions HL et Hint le


terme diamagnétique Hdia d’une part, et l’énergie du champ libre Hray =
P † †
η ~ωaη aη d’autre part. En utilisant la relation hcN,l cN 0 ,l0 i = Θ(ν − 1 −
N )δN,N 0 δl,l0 (voir section 2.2.7), le hamiltonien total peut finalement s’écrire
à une constante près comme
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
148 transition de phase quantique

X 2Ω 2Ω X
H/~ = ω0 Jz + ωa†η aη − √ Jy (a†1 +a1 )+ √ Jx (a†2 +a2 )+ D(a†η +aη )2 ,
η=1,2 N N η=1,2
(4.88)
1 i Ω2
avec Jx = 2 (J+ + J− ), Jy = 2 (J− − J+ ) et D = ω0 . Introduisons l’opérateur
correspondant au nombre total d’excitations du système : Nexc = η a†η aη +
P

Jz + N /2. En raison de la présence des opérateurs Jx , Jy , ainsi que des termes


antirésonants a†η a†η et aη aη , il est clair que le hamiltonien précédent ne conserve
pas ce nombre, i.e. [H, Nexc ] 6= 0. En revanche, la parité des excitations dé-
crite par l’opérateur Πexc = eiπNexc est conservée, ce qui peut se montrer en
remarquant que

Πexc (aη , a†η , Jx , Jy )Π†exc = (−aη , −a†η , −Jx , −Jy )


et Πexc (a†η aη , Jz )Π†exc = (a†η aη , Jz ), (4.89)

ce qui donne [H, Πexc ] = 0. Nous verrons dans la section suivante que
cette symétrie peut être spontanément brisée dans le cas du graphène. L’idée
consiste maintenant à trouver une représentation des opérateurs collectifs de
moments cinétiques apparaissant dans l’équation précédente, en terme de fonc-
tions analytiques d’opérateurs bosoniques b et b† . Ceci correspond précisément
à la transformation de Holstein-Primakoff [104]

p p N
J+ = b† N − b† b, J− = N − b† b b, J z = b† b − , (4.90)
2
où b et b† vérifient exactement la relation de commutation [b, b† ] = 1. Intro-
duisons le nombre d’excitations électroniques nel = hb† bi contenues dans l’état
fondamental du hamiltonien (4.88). Si l’on suppose que ce nombre est petit
devant N , le développement de la racine carrée apparaissant dans l’équation
précédente se réduit à l’ordre zéro 15 , et le hamiltonien prend la forme quadra-
tique

H/~ =ω0 b† b + iΩ(b† − b)(a†1 + a1 ) + Ω(b† + b)(a†2 + a2 )


X X
+ ωa†η aη + D(a†η + aη )2 . (4.91)
η=1,2 η=1,2

15. Notons que cette hypothèse est largement confortée par les résultats du chapitre 2.
4.3. Le couplage lumière-matière en jauge symétrique 149

Il n’est alors pas surprenant de retrouver exactement la contribution cor-


respondante aux nombres quantiques (q = 0, m = 1, n = 1) du hamiltonien
donné par la relation (2.111) du chapitre 2. Sa diagonalisation correspond à
un cas particulier de la procédure décrite dans la section 2.2.8 et donne trois
branches de polaritons, modes propres du hamiltonien

3
X
H= Ej p†j pj , (4.92)
j=1

qui n’admet pas de point critique quantique pour une valeur finie du facteur
de remplissage, et possède un état fondamental |Gi non-dégénéré 16 . Comme
nous l’avons évoqué précédemment, ce hamiltonien commute avec l’opérateur
qui définit la parité des excitations. Dans ce cas, |Gi est aussi vecteur propre
de Πexc ce qui signifie que les états propres du système possèdent une parité
donnée 17 .

4.3.5 Limite continue pour les fermions de Dirac, le mo-


dèle de Dicke généralisé.
Nous allons maintenant montrer que le même système que celui étudié
dans la section précédente, mais où l’on a remplacé les électrons massifs par
les électrons de Dirac d’un réseau en nid d’abeille, peut subir une transition de
phase quantique pilotée par le facteur de remplissage des niveaux de Landau.
Dans ce cas, le hamiltonien (4.81) est composé des deux contributions H =
HL + Hint avec

evF
HL = vF Π · σ, Hint = A · σ, σ ≡ (σ x , σ y ), (4.93)
c
et où le potentiel vecteur électromagnétique A est donné par l’équation
(4.71). Comme précédemment, en prenant N = ν − 1  1 et en utilisant
l’expression des opérateurs d’échelle (2.14), on peut montrer d’une part que le
hamiltonien d’interaction prend la forme
16. Notons que l’on s’attendait à ce résultat car ce système rentre dans le cadre du théo-
rème no-go (c.f. annexe A.3) qui assure la stabilité de |Gi.
17. Pour Ω = 0, on a |Gi = |F i ⊗ |0, 0i (|0, 0i désigne le champ du vide pour les deux
polarisations), ce qui implique par continuité que l’état fondamental aura un nombre pair
d’excitations pour tout Ω.
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
150 transition de phase quantique

Figure 4.3.3 – Énergies des modes propres du hamiltonien (4.91) normalisées


par l’énergie de la transition cyclotron ω0 = meB∗ c , en fonction de la racine
carrée du facteur de remplissage ν. Rappelons à ce propos que la fréquence

de Rabi du vide normalisée est proportionnelle à ν. La ligne horizontale en
tirets noirs correspond à la fréquence cyclotron, qui coïncide dans ce cas avec le
mode de cavité (q = 0, n = 1) (ω0,1 ≡ ω = ω0 ). Il est intéressant de comparer
ces courbes avec les trois premières branches issues de la diagonalisation du
Hamiltonien de la section 2.2.8 (voir figure 2.2.11). En particulier, on constate
que le splitting de ces branches est réduit lorsque l’on prend plusieurs modes
photoniques transverses en compte (cas du chapitre 2). Paramètres :  = 13,
gS = 2, nQW = 8.
4.3. Le couplage lumière-matière en jauge symétrique 151

X i~Ω † X ~Ω †
Hint = √ cν,l cν−1,l (a†1 + a1 ) + √ cν,l cν−1,l (a†2 + a2 ) + h.c., (4.94)
l
N l
N

avec la fréquence de Rabi du vide


s
αgS gV ω02
Ω= √ , (4.95)
4π 
P √ †
et d’autre part que la contribution à l’énergie cinétique HL = N,l ~ω0 N cN,l cN,l
dans le sous espace (ν − 1, ν) est donnée par

X ~ω0  †  √
HL = √ cν,l cν,l − c†ν−1,l cν−1,l + 2~ω0 νN 1
l
4 ν
~ω0
= √ Jz + cte. (4.96)
2 ν

On peut maintenant rassembler les deux contributions ce qui donne à une


constante près :

ω0 X 2Ω 2Ω
H/~ = √ Jz + ωa†η aη − √ Jy (a†1 + a1 ) + √ Jx (a†2 + a2 ). (4.97)
2 ν η=1,2 N N

À la différence du hamiltonien (4.88) pour le cas des fermions massifs, ce


hamiltonien est analogue à celui du modèle de Dicke pour la superradiance
[103, 106], et peut subir une transition de phase quantique pilotée par le rap-
port entre la constante de couplage Ω et la fréquence de la transition élec-
tronique. Comme dans le cas de la boîte optique étudié précédemment, nous
allons voir que l’absence du terme diamagnétique dans ce hamiltonien change
complètement les propriétés de l’état fondamental. Appliquons la transforma-
tion de Holstein-Primakoff (4.90) en ne gardant que le terme d’ordre zero. Ceci
conduit au hamiltonien bosonique

ω0 X
H/~ = √ b† b + ωa†η aη + iΩ(b† − b)(a†1 + a1 ) + Ω(b† + b)(a†2 + a2 ), (4.98)
2 ν η=1,2

qui peut s’écrire sous la forme diagonale


Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
152 transition de phase quantique

3
X
H= Ej p†j pj . (4.99)
j=1

À la différence de la forme (4.91), on constate alors que l’énergie de la


branche basse E1 s’annule lorsque Ω2 = 8ωω √0 . En augmentant le facteur de
ν
remplissage, la fréquence de la transition cyclotron diminue jusqu’à ce que la
relation précédente soit satisfaite. On a alors atteint le point critique du modèle
qui permet de caractériser l’existence d’une transition de phase quantique du
second ordre [35, 107]. Le facteur de remplissage critique correspondant est
donné par
 √ 2
πω 
νc = . (4.100)
2αgS gV ω0
La question est maintenant de savoir ce qui ce passe lorsque ν dépasse cette
valeur. En fait, le hamiltonien (4.98) obtenu dans l’approximation d’un petit
nombre d’excitations nel  1 se révèle tout à fait incapable de décrire le sys-
tème lorsque l’on atteint le point critique. Les systèmes à deux niveaux tendent
alors spontanément à quitter leur état fondamental N = ν − 1, et l’on pressent
que le caractère fermionique des excitations va jouer un rôle important dans
cette transition de phase. La population des états excités des systèmes à deux
niveaux devient macroscopique au point critique, ce qui permet de comprendre
le terme de superradiance introduit par Dicke. Si l’on considère le système ini-
tialement dans sa phase superradiante et que l’on éteint le couplage de façon
non-adiabatique, les systèmes à deux niveaux vont retourner dans leur état
fondamental en émettant un grand nombre de photons par émission sponta-
née. C’est ce qu’on appelle la superradiance de Dicke. Pour ν < νc , on a vu
que ces excitations sont gouvernées par le hamiltonien bosonique donné par
l’équation (4.98). On peut alors vérifier que la parité du nombre d’excitations
total est toujours conservée, [H, Πexc ] = 0, ce qui signifie que l’état fondamen-
tal |Gi est très similaire à celui de la section 4.3.4 pour le cas des fermions
massifs. Les états excités du système s’obtiennent par application des opéra-
teurs bosoniques p†j sur |Gi. Lorsque ν = νc , le sous-espace fondamental est
(p† )q
infiniment dégénéré (tous les états √1q! |Gi pour q = 0, 1, 2, · · · ), ce qui im-
plique que les états fondamentaux correspondants ne sont plus forcement états
propres de Πexc . La symétrie de parité est spontanément brisée. Pour décrire
la phase "sur-critique" ou superradiante ν > νc , il convient alors de revenir
au hamiltonien (4.97) et de traduire mathématiquement la possibilité d’une
4.3. Le couplage lumière-matière en jauge symétrique 153

transition de phase quantique. Ceci s’effectue en supposant que les champs b


et aη sont déplacés d’une quantité macroscopique, au voisinage de laquelle les
fluctuations sont décrites par des opérateurs bosoniques 18 [105, 108], i.e.

√ p p
aη → ãη + γ et b → b̃ − β − i β ou
√ p p
aη → ãη − γ et b → b̃ + β + i β, (4.101)

avec γ = O(N ), β = O(N ). On peut maintenant faire ce changement


de variables dans les équations de Holstein-Primakoff (4.90), et développer la
racine carrée jusqu’à l’ordre 2 en fluctuations :

v
u √  † iπ iπ

√ 
u b̃† b̃ ∓ β b̃ e 4 + b̃e− 4 β † iπ  β  iπ 2
− iπ † 4 − iπ
t
1− ≈ 1± b̃ e + b̃e
4 4 − 2 b̃ e + b̃e 4 ,
K 2K 8K
(4.102)
où l’on a définit le nombre K = N − β d’ordre O(N ). Les déplacements
√ √
β et γ sont ensuite déterminées en remplaçant l’expression précédente dans
le hamiltonien (4.98), et en éliminant les termes linéaires ∝ (ã†η + ãη ) et ∝
(b̃† ± b̃) 19 . On obtient le système d’équation

√γ = 2 Ω Kβ
 q
 ω N
(4.103)
√β − ω√0 + 4Ω2 N −2β = 0.

2 ν ω N

La solution γ = β = 0 permet de retrouver la phase normale étudiée


précédemment. Pour ν > νc , on trouve deux couples de solutions donnés par
l’équation

√
( β, √γ) = (0, 0) pour ν < νc
√ (4.104)
( β, √γ) = (± N (1−µ) , ± Ω N (1 − µ2 ) pour ν > νc ,
q p
2 ω

avec µ = 8Ωωω
2 ν . En injectant ces deux solutions dans le développement du
√0

hamiltonien, les contributions quadratiques de ce dernier s’écrivent finalement


comme
18. Notons que ces cohérences qui deviennent par hypothèse non-nulles pour ν > νc sont
un choix possible de paramètre d’ordre.
19. Ceci n’est pas sans rappeler la théorie de Ginzburg-Landau pour les transitions de
phases classiques.
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
154 transition de phase quantique

X ω0 Zµ
H= ωã†η ãη + √ b̃† b̃ − Ω(ã†1 + ã1 )(Yµ b̃ + Yµ∗ b̃† ) + iΩ(ã†2 + ã2 )(Yµ∗ b̃ − Yµ b̃† )
η
2 ν
ω0 Xµ iπ iπ
+ i √ (b̃† − b̃e 4 )(b̃† + b̃e− 4 ) (4.105)
2 ν

pour ν > νc , avec les définitions

(3 + µ)(1 − µ) 1 − µ + i(1 + 3µ) 1+µ iπ


Xµ = , Yµ = √ √ , Zµ = + 2Xµ e 4 .
8µ(1 + µ) 2 2 1+µ 2µ
(4.106)

Dans la phase sur-critique, on est donc ramené à la diagonalisation d’un


autre hamiltonien quadratique, dont les modes propres correspondent aux ex-
citations prenant place autour de chacun des deux couples de déplacements
√ √
macroscopiques ±( β, γ). En outre, les deux choix possibles pour le signe
des déplacements implique que l’ensemble du spectre est deux fois dégénéré.
En notant |G± i les deux états fondamentaux, on peut montrer que

√ p
hG± | aη |G± i = ± γ et hG± | b |G± i = ∓ β, (4.107)

ce qui permet d’interpréter ces déplacements comme correspondant aux co-


hérences photoniques et électroniques des deux états fondamentaux. Ces cohé-
rences données par l’équation (4.104) peuvent servir de paramètre d’ordre pour
décrire la transition de phase. D’autre part, on peut montrer que si l’énergie
des deux états fondamentaux est abaissée lorsque l’on dépasse le point critique
du modèle, seule sa dérivée seconde admet une discontinuité, ce qui caractérise
l’ordre de la transition de phase. Remarquons que l’on voit explicitement sur
ces relations que les états |G± i n’ont pas de parité définie. Pour finir, men-
tionnons le fait que si ces propriétés rappellent celles d’une condensation de
Bose-Einstein (BEC), il existe néanmoins des différences de taille. D’une part,
la BEC est pilotée par les fluctuations thermique alors que la superradiance de
Dicke apparaît à température nulle. D’autre part, cette dernière est liée à un
effet coopératif provenant du couplage entre les degrés de liberté photoniques
et électroniques, alors que la BEC peut être décrite avec un seul type de degré
de liberté bosonique, et en présence d’une interaction à deux corps. Enfin, dans
une BEC, c’est l’invariance de jauge qui est brisée alors que la transition de
4.3. Le couplage lumière-matière en jauge symétrique 155

phase superradiante brise la symétrie de parité des excitations. Sur la figure


4.3.4, nous avons représenté l’énergie des modes propres normalisée par l’éner-
E
gie du mode de cavité ~ωj (j = 1, 2, 3) du hamiltonien (4.98) pour ν < νc et
(4.105) pour ν > νc , en fonction de la racine carré du facteur de remplissage.
Comme prévue, l’énergie de la branche basse E1 s’annule lorsque le facteur de
remplissage atteint sa valeur critique, que l’on a fixée arbitrairement

à νc = 50
√ ω 2αgS g√
V 50
( νc ≈ 7) en utilisant la condition de résonance ω0 = π 
. On remarque
également que la branche intermédiaire E2 admet un point anguleux au facteur
de remplissage critique. En outre, rappelons que nous avons considéré ici le seul
mode optique (q = 0, n = 1) en arguant d’une part que l’on peut diagonaliser
indépendamment chaque mode correspondant à une impulsion dans le plan q
donnée, et d’autre part que la longueur Lz est suffisamment faible pour pouvoir
négliger la contribution des branches n 6= 1 situées à des énergies plus élevées.
Lorsque q 6= 0, les éléments de matrice du type hN − 1, l| eiq·r |N 0 , l0 i interve-
nant dans le hamiltonien de couplage font apparaître les fonctions ξl,l0 (−q ∗ l0 ),
que l’on peut approximer par un δl,l0 dans la limite optique |q|l0  1. Le
modèle se généralise alors aisément, avec toutefois un facteur cos θq devant la
constante de couplage des modes de polarisation η = 1. Ce facteur introduit
une dissymétrie entre les deux polarisations, ce qui fait apparaitre deux cohé-
√ √
rences photoniques différentes γ1 et γ2 . Finalement, le point anguleux de la
deuxième branche se retrouve déplacé par rapport au point critique. Terminons
en signalant que ce modèle se généralise également au cas étudié au chapitre
2 pour le gaz d’électron bidimensionnel, c’est à dire lorsque l’on considère
plusieurs branches photoniques n = 1, 2, · · · . Ce modèle de Dicke multimode
Ω2q,n
admet un point critique définit par la relation +∞ ω0
P
n=1 ωq,n < 4 (à la place de
Ω2
ω
= ω40 ), qui converge en 1/n2 au regard de (2.94) [109]. Comme pour le gaz
d’électrons, on peut vérifier numériquement que les corrections introduites par
le couplage aux différentes branches photoniques sont relativement faibles.

Terme diamagnétique pour les fermions de Dirac


Pour finir, revenons sur le terme diamagnétique d’ordre 3 en fonction du
pas du réseau a (équation 4.82) :

3itaΛ2
2
√ dr A† A + AA† .

Hdia = (4.108)
2l0 2
En calculant ses éléments de matrice dans la base des spineurs donnés par
l’équation (4.32), on peut alors mettre ce terme sous la forme
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
156 transition de phase quantique

Figure 4.3.4 – Énergie des modes propres normalisée par l’énergie du mode de
E
cavité ~ωj (j = 1, 2, 3) du hamiltonien (4.98) pour ν < νc et (4.105) pour ν > νc ,
en fonction de la racine carré du facteur de remplissage. Les lignes en tirets
et en pointillés noirs correspondent respectivement à la fréquence cyclotron
normalisée 2ωω√0 ν et à celle du mode de cavité. Comme prévu, l’énergie de la
branche basse E1 s’annule lorsque le facteur de remplissage atteint sa valeur

critique, que l’on a fixée arbitrairement

à νc = 50 ( νc ≈ 7) en utilisant la
condition de résonance ωω0 = 2αgSπg√V 50 . On remarque également que la branche
intermédiaire E2 admet un point anguleux au facteur de remplissage critique.
Paramètres :  = 4, gS = gV = 2.
4.3. Le couplage lumière-matière en jauge symétrique 157

X
Hdia = − ~D(a†η + aη )2 , (4.109)
η=1,2

avec la constante
 2 ν−1
a ω0 αgS gV X √
D= √ N. (4.110)
l0 2π  N =0
En notant la fréquence de la transition cyclotron ω0 ∆ν ∼ 2ω√0ν (ν  1), et
√ √
en utilisant la relation ν−1
P
N =0 N < ν ν, on arrive finalement à l’inégalité
 2
|D| a 2π
  <ν = ρa2  1, (4.111)
Ω2 l0 gS gV
ω0 ∆ ν

où ρ désigne la densité électronique induite par le dopage de la structure,


et où le facteur ρa2 s’interprète comme le nombre d’électrons dopants par site.
Or, il s’avère que ce facteur reste très petit devant un jusqu’à des valeurs
considérables de la densité électronique (ρ < 1015 cm−2 ), inaccessibles avec un
dispositif usuel de dopage par effet capacitif, et pour lesquelles le modèle de
Dirac est de toute façon complètement inapproprié. Au regard de la relation
(4.111), nous avons donc prouvé que le terme diamagnétique généré par les
corrections au modèle de Dirac est beaucoup trop petit pour influer sur la
transition de phase caractérisée dans ce chapitre (voir annexe A.3). Il est tou-
tefois légitime de se demander en quoi ce modèle viole t-il le théorème no-go
bien connu dans le cas des fermions massifs, qui stipule alors l’absence de point
critique (annexe A.3). En toute rigueur, les fermions du graphène sont en effet
décrits par un hamiltonien de type Schrödinger avec une masse "nue" m0 , et
un potentiel généré par les ions du réseau cristallin (équation 4.7). Le point
crucial est que l’on ne peut pas considérer que les électrons sont localisés sur
chacun des sites du réseau, condition nécessaire à la démonstration du théo-
rème no-go, à moins de renoncer complètement au modèle de liaisons fortes
permettant de décrire les propriétés de basse énergie au moyen d’un hamilto-
nien de Dirac sans masse. Nous revenons plus précisément sur cet argument à
la fin de l’annexe A.3.

Controverse : Le rôle des transitions interbandes


Pour finir ce chapitre, nous allons maintenant évoquer une controverse ré-
cente suscitée par la publication de nos résultats. Cette controverse expliquée
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
158 transition de phase quantique

dans l’article [110] met en exergue le rôle des transitions interbandes, i.e. entre
les niveaux de Landau de la bande de valence et ceux de la bande de conduc-
tion, que nous n’avons pas pris en compte dans notre modèle. Ces transitions,
bien que fortement hors résonance dans le régime des hauts facteurs de rem-
plissage, sont en nombre important (à l’ordre dipolaire) et font naturellement
apparaître le cutoff ultraviolet qui délimite grossièrement la validité du mo-
dèle de Dirac à haute énergie. La prise en compte de ces transitions conduit
à deux nouvelles contributions au hamiltonien. La première compense exacte-
ment la contribution cyclotron qui donne lieu à la transition de phase dans le
cadre de notre modèle, alors que l’autre est une contribution divergente qui
déplace le point critique vers le régime des petits facteurs de remplissage (aide
la transition de phase de Dicke).
L’argument donné par les auteurs de l’article [110] revient finalement à éli-
miner le terme divergent "à la main", en se basant sur une propriété liée à la
réponse linéaire d’un système : en l’absence de brisure de l’invariance de jauge,
un système ne répond pas lorsqu’il est soumis à un potentiel vecteur statique.
Dans le graphène, on élimine alors la contribution divergente afin d’obtenir
une réponse physique du système limω→0 χρ̂q ,ρ̂q (q, ω) = 0. Finalement, l’élimi-
nation de ce terme dans notre cas revient à soustraire le Hamiltonien du même
système mais dans le cas non-dopé, i.e. lorsque l’énergie de Fermi est nulle. Re-
marquons d’ailleurs que soustraire la contribution "non-dopé" correspondant
au terme diamagnétique (4.108) nous permet de retomber sur le hamiltonien
4.109 lorsque l’on prend en compte le comptage des électrons de la bande de
valence.
Le point crucial de leur papier est que l’on retombe exactement sur le hamil-
tonien du gaz d’électrons massifs (absence de transition de phase) lorsque l’on
élimine ce terme divergent. Autrement dit, leur argument revient à affirmer
que la stabilité de l’état fondamental est assurée par la présence des transi-
tions interbandes, fortement hors résonance dans le régime des hauts facteurs
de remplissage, et impliquant la superposition cohérente de transitions à haute
énergie. De telles superpositions sont d’une façon générale très sensibles aux
phénomènes de décohérence lié à l’environnement, ce qui pourrait affecter leur
contribution effective dans un système physique plus proche de la réalité ex-
périmentale que celui que nous avons considéré. De plus, il convient de garder
à l’esprit que la présence de bandes contenant des états d’énergie arbitraire-
ment grande n’est pas spécifique au cas du graphène. Par exemple, la bande
de valence de masse effective négative dans le cas du gaz d’électrons du semi-
4.3. Le couplage lumière-matière en jauge symétrique 159

conducteur contient également une infinité de niveaux de Landau. Aussi, on


pourrait très bien considérer la présence de transitions dipolaires entre deux
niveaux de Landau consécutifs mais appartenant à des bandes différentes, ce
qui conduirait vraisemblablement à des divergences du même type que celles
obtenues dans le cas du graphène. Or, nous avons vu dans ce manuscrit que le
modèle de basse énergie prenant seulement en compte les états de la première
sous-bande de la bande de conduction est en excellent accord avec les données
expérimentales. Pourquoi en serait-il autrement dans le cas du graphène ?
Finissons cette discussion en insistant sur le fait que la situation décrite
dans ce manuscrit est radicalement différente de celle d’un système d’électrons
soumis à un potentiel vecteur électromagnétique dépendant du temps et im-
posé de l’extérieur. Lorsque le champ électromagnétique est considéré comme
un champ quantique ayant sa dynamique propre, les prédictions physiques en
sont profondément modifiées 20 . D’autre part, rappelons que notre modèle est
un modèle de basse énergie, valable uniquement dans une zone où le hamilto-
nien de Dirac décrit convenablement les excitations électroniques. En prenant
en compte la forme exacte des bandes (de largeur finie) limité par la première
zone de Brillouin, il n’apparaît pas de divergence. D’une façon générale, le rôle
des transitions interbandes et des termes dépendants du cutoff obtenus avec le
Hamiltonien de basse énergie est un sujet controversé [111]. Une idée de calcul
qui pourrait permettre de trancher cette controverse est par exemple de déri-
ver l’expression du Hamiltonien lumière-matière dans la base des vrais états
propres du graphène sous champ magnétique (valables à tous les ordres en
a), états propres obtenus en effectuant le remplacement de Peierls sur réseau
qui consiste à associer une phase Aharonov-Bohm à chaque saut entre sites
premiers voisins. On peut alors s’attendre à obtenir un système d’équations de
Harper [30], dont la résolution (typiquement numérique) permettrait de déri-
ver l’expression du hamiltonien prenant en compte la largeur finie de la bande.
On serait alors en mesure de déterminer l’effet des transitions interbande dans
un modèle exempt de toute divergence, et de conclure ainsi sur l’existence ou
l’absence de la transition de phase.

Il est temps de conclure ici ce chapitre en résumant les principaux résultats.


20. Par exemple, le théorème de Kohn stipule que la résonance cyclotron sondée par un
champ extérieur homogène n’est pas modifiée par les interactions, alors qu’en présence d’un
champ quantique nous avons vu que la résonance cyclotron est habillée par les photons de
cavité, et l’on observe de nouvelles résonances fortement déplacées par rapport au cas sans
interactions. On trouvera par ailleurs d’autres exemples très parlant dans la référence [38].
Chapitre 4. Le graphène en cavité : couplage ultrafort et
160 transition de phase quantique

Premièrement, nous avons montré que les fermions de Dirac du graphène sont
couplés ultrafortement aux modes optiques d’une cavité dans le régime des
hauts facteurs de remplissage. Comme dans le cas des semiconducteurs, des
modes collectifs bosoniques apparaissent dans la limite diluée, superpositions
de paires électrons-trou entre deux niveaux de Landau consécutifs et impli-
quant tous les centres d’orbites. Ces modes de magnéto-excitons sont renor-
malisés par la partie longue portée des interactions de Coulomb qui provoquent
l’émergence d’un mode de plasmon bidimensionnel modifié par le champ ma-
gnétique. En considérant un échantillon de graphène placé à l’intérieur d’une
boîte optique confinant le champ électromagnétique dans les trois directions
de l’espace, nous avons montré que l’absence de terme diamagnétique dans la
limite continue est responsable de l’existence d’une densité critique indépen-
dante du champ magnétique, et au delà de laquelle le hamiltonien bosonique
n’est plus diagonalisable. Pour cette densité critique, l’énergie des branches
basses de polaritons s’annulent et leur dispersion en fonction du champ magné-
tique devient fortement asymétrique. Nous avons alors généralisé ces résultats
en jauge symétrique et en considérant un pas de réseau fini. En comparant le
cas d’un réseau carré avec celui du réseau en nid d’abeille, nous avons mis en
évidence que le premier est convenablement décrit par un hamiltonien de type
Schrödinger avec une masse effective de bande, et systématiquement accompa-
gné d’un terme diamagnétique qui garantie la stabilité de l’état fondamental.
En revanche, la combinaison des facteurs particuliers au cas du réseau en nid
d’abeille provoque l’échec d’une description des propriétés de basse énergie en
terme d’une masse effective. Dans la limite continue, le terme diamagnétique
disparaît ce qui permet l’existence d’une transition de phase quantique pilo-
tée par le facteur de remplissage et analogue à celle du modèle de Dicke. En
jauge symétrique, nous avons montré que le système peut être décrit comme
un ensemble de systèmes à deux niveaux couplés aux deux champs bosoniques
correspondants aux deux polarisations des modes de cavité. Un des intérêts
provient alors du nombre macroscopique d’états du centre de guidage qui per-
met d’atteindre de fait la limite thermodynamique de ce modèle de Dicke gé-
néralisé. Au delà du facteur de remplissage critique, la symétrie de parité des
excitations est spontanément brisée, il apparaît une polarisation des systèmes
à deux niveaux et des cohérences photoniques et électroniques d’ordre macro-
scopique. Enfin, nous avons vérifié que le terme diamagnétique provenant des
corrections au modèle de Dirac est bien trop faible pour empêcher l’existence
de cette transition de phase quantique.
Conclusion et perspectives

La problématique qui a servie de fil directeur à ce travail de thèse est celle


du couplage ultrafort entre un système d’électrons soumis à un champ magné-
tique perpendiculaire et les modes d’une cavité optique. Dans le chapitre 2,
nous avons considéré un gaz d’électrons bidimensionnel apparaissant à l’inter-
face entre les deux semiconducteurs d’un puits quantique couplé aux modes
d’une cavité planaire. Nous avons montré que l’on pouvait atteindre un régime
de couplage inédit dans lequel la fréquence de Rabi du vide, quantifiant l’in-
tensité de l’interaction lumière-matière, devient comparable à la fréquence de
la transition cyclotron entre deux niveaux de Landau consécutifs. L’existence
de ce régime est due à la combinaison de plusieurs facteurs. Premièrement, la
quantification de Landau pour les électrons du plan implique que le moment
dipolaire associé à la transition entre le dernier niveau de Landau rempli et
le premier niveau vide est proportionnel à la racine carrée du facteur de rem-

plissage ν. Le couplage lumière-matière étant de nature dipolaire électrique,
cette propriété permet donc d’augmenter le couplage en diminuant l’intensité
du champ magnétique et/ou en augmentant la densité d’électrons. En outre, la
densité macroscopique de porteurs inhérente aux systèmes de matière conden-
sée fait apparaître des excitations collectives impliquant l’ensemble des centres
d’orbites au sein d’un niveau de Landau donné, ce qui permet d’atteindre des
couplages sans commune mesure avec les systèmes atomiques. Nous avons mon-
tré que ces excitations collectives (magnéto-excitons) peuvent être considérées
comme bosoniques dans la limite diluée et dans le régime des hauts facteurs
de remplissage. L’interaction avec les modes optiques de la cavité sélectionne
finalement les excitations collectives de grande longueur d’onde, dont l’éner-
gie est faiblement renormalisée par la partie longue portée des interactions
de Coulomb. Ces interactions sont responsables de l’apparition d’un mode de
plasmon modifié par le champ magnétique, qui se couple aux modes optiques
de la cavité. En particulier, nous avons montré que la description en terme de
162 Conclusion et perspectives

bosons libres est tout à fait pertinente à prendre en compte les interactions
de Coulomb en présence du résonateur et dans le régime des hauts facteurs de
remplissage. Enfin, nous avons caractérisé les excitations issues du couplage
ultrafort (magnéto-polaritons) en diagonalisant un Hamiltonien quadratique
et bosonique prenant en compte l’ensemble des modes de la cavité planaire.
Dans ce cas, l’état fondamental du système contient un petit nombre d’excita-
tions électroniques et photoniques en raison des contributions antirésonantes
au Hamiltonien.
Dans le chapitre 3, nous avons montré que la prédiction théorique discu-
tée précédemment à donné lieu à une vérification expérimentale spectaculaire
dans le contexte de la spectroscopie térahertz de transmission. En particulier,
la loi d’échelle donnant la fréquence de Rabi du vide proportionnelle à la racine
carrée du facteur de remplissage des niveaux de Landau à été vérifiée, démon-
trant ainsi la grande accordabilité de ce système, allant du couplage faible au
couplage ultrafort caractérisé par un rapport Ωω = 0.58, correspondant à la
plus grande valeur obtenue dans les systèmes semiconducteurs. Les données
expérimentales ont été convenablement décrites par un modèle où la transi-
tion cyclotron est couplée de façon indépendante aux deux modes optiques du
résonateur. Finalement, la géométrie spécifique de ce résonateur est prise en
compte à travers un facteur de forme d’ordre unité. Les fréquences de couplage
ont été déterminées au moyen d’une procédure de fit du spectre de transmis-
sion du système, mettant en évidence un excellent accord du modèle avec les
données expérimentales.
Dans le chapitre 4, nous avons étendu la théorie du couplage ultrafort pour
les fermions massifs du semiconducteur au cas des fermions de Dirac du gra-
phène. En particulier, la loi d’échelle donnant la fréquence de Rabi du vide
proportionnelle à la racine carrée du facteur de remplissage des niveaux de
Landau est également valable dans ce cas, montrant ainsi la possibilité d’at-
teindre le régime de couplage ultrafort entre les fermions de Dirac et les modes
optique de cavité. Toutefois, nous avons démontré que l’absence de terme dia-
magnétique dans la limite continue est responsable de l’apparition d’un point
critique quantique, au delà duquel l’état fondamental du système est modifié
de façon non-perturbative. En considérant un modèle dans lequel la transition
cyclotron est couplée de façon indépendante aux deux polarisations d’un mode
de la boîte optique confinant le champ dans les trois directions de l’espace,
nous avons mis en évidence l’existence d’une densité critique indépendante
du champ magnétique à laquelle l’énergie des branches basses de polaritons
163

s’annulent, et leur dispersion en fonction du champ magnétique est fortement


asymétrique. Nous avons ensuite généralisé le modèle en jauge symétrique et
avec un pas de réseau fini. En comparant le cas d’un réseau carré avec celui
d’un réseau en nid d’abeille, nous avons montré que les propriétés de basses
énergies du premier sont convenablement décrites par un Hamiltonien de type
Schrödinger avec une masse effective, impliquant la présence d’un terme diama-
gnétique qui empêche l’apparition d’un point critique. Ceci n’est en revanche
pas le cas pour un réseau en nid d’abeille où l’existence de trois premiers voisins
formant un triangle équilatéral d’une part, ainsi que la présence des deux sous
réseaux d’autre part, conduit à l’impossibilité de définir une masse effective de
bande. Dans ce cas particulier, les propriétés de basse énergie sont décrites par
un Hamiltonien de Dirac sans masse, ne contenant pas de terme diamagné-
tique dans la limite continue. Le système subit alors une transition de phase
quantique pilotée par le facteur de remplissage et analogue à celle du modèle
de Dicke pour la superradiance. En jauge symétrique, nous avons montré que
ce système peut être décrit comme un ensemble de systèmes à deux niveaux
couplés aux deux champs bosoniques correspondants aux deux polarisations
des modes de cavité. Le point crucial est que le nombre macroscopique d’états
du centre de guidage permet d’atteindre de fait la limite thermodynamique
de ce modèle de Dicke généralisé. En dessous du facteur de remplissage cri-
tique, les excitations sont similaires à celles du gaz d’électrons bidimensionnel
et l’état fondamental du système contient un petit nombre d’excitations élec-
troniques et photoniques. Au delà du point critique, le système se trouve en
revanche dans une phase superradiante où la symétrie de parité des excitations
est spontanément brisée. Il apparaît une polarisation spontanée des systèmes
à deux niveaux, les cohérences photoniques et électroniques acquièrent des va-
leurs macroscopiques et l’état fondamental du système est deux fois dégénéré.
Enfin, nous avons vérifié que le seul terme diamagnétique qui survit hors du
cadre de la limite continue ne peut en aucun cas empêcher l’apparition du
point critique.

Pour conclure ce travail de thèse, donnons maintenant quelques exemples


parmi les pistes qu’il serait intéressant d’explorer par la suite. Au chapitre
2, nous avons vu que le couplage dipolaire de la transition cyclotron avec les
modes d’une cavité optique donne lieu à l’apparition de nouvelles résonances
du système. Dans le cas où l’on ne considère qu’un seul mode du champ, la
différence d’énergie entre les branches de polariton haute et basse (le "split-
ting") peut devenir de l’ordre de ~ω0 , énergie de la transition cyclotron, lorsque
164 Conclusion et perspectives

le facteur de remplissage est suffisamment élevé. Cet effet est donc d’autant
plus efficace à mesure que l’on diminue l’intensité du champ magnétique, tout
en restant dans les limites de résolution fixées par la mobilité du gaz d’élec-
trons. Dans ce type de systèmes, le transport quantique à basse fréquence
possède justement des propriétés non-triviales donnant naissance aux fameux
paliers d’effet Hall quantique pour la résistance transverse, ainsi qu’au compor-
tement oscillant de la résistance longitudinale. La période de ces oscillations
de Shubnikov-De Haas est alors fixée par le rapport entre l’énergie de Fermi
et celle de la transition cyclotron, et leur forme par les caractéristiques du
désordre au sein de l’échantillon. Des calculs célèbres menés par Ando dans
les années 70 ont montré que c’est à la modification de la densité d’état in-
duite par la diffusion avec les impuretés du réseau que l’on doit attribuer ce
comportement oscillant [112–115].

D’autre part, nous avons fait des calculs préliminaires montrant que la
fonction spectrale des fermions libres sous champ magnétique est fortement
modifiée par la présence de la cavité. En utilisant la procédure de bosonisation
développée par Westfahl et al., on peut en effet calculer analytiquement l’ex-
pression du propagateur hc†N,k (t)cN,k iG (|Gi désigne l’état fondamental lumière-
matière), de façon analogue à celle du modèle de Luttinger pour les fermions
unidimensionnels [21, 116]. Ce dernier se trouve alors relié au propagateur
des fermions libres hc†N,k (t)cN,k iF (|F i est donné par la relation 2.56) par une
équation intégrale pouvant être résolue numériquement. En supposant que la
résonance cyclotron est décrite par une lorentzienne de largeur arbitraire, on
a pu mettre en évidence l’émergence de deux nouveaux pics dans le spectre
des excitations, correspondant à une perte de poids spectral de la résonance
cyclotron au profit des deux nouvelles résonances de type polariton. On peut
donc s’attendre à priori à une modification au moins quantitative des pro-
priétés de transport à basse fréquence, provoquée par le fait que le champ
électromagnétique à l’intérieur de la cavité est traité comme un degré de li-
berté intrinsèque au système. Pour vérifier cela, on peut alors penser à dériver
une équation de Dyson permettant de relier de façon auto-consistante le propa-
gateur hc†N,k (t)cN,k iG à celui du même système mais en présence d’un potentiel
de désordre simple. De façon analogue au calcul de Ando, ceci pourrait nous
permettre de remonter à l’expression de la fonction de réponse courant-courant
et par conséquent de dériver une expression de la conductivité en présence de la
cavité et du désordre. Autrement dit, les effets dus au couplage ultrafort avec
les modes optiques du résonateur sont calculés de façon non-perturbative, et
165

le désordre pris en compte de façon perturbative dans le cadre d’une approxi-


mation de type "Self-Consistent Born Approximation".
Cette démarche peut aussi servir de base à des développements plus éla-
borés comme par exemple l’ajout d’un champ classique modifiant les états
polaritoniques de façon perturbative. Au cours de la dernière décennie, deux
expériences (suivies par plusieurs articles théoriques) ont en effet montré des
comportements surprenants dans ces systèmes à effet Hall quantique soumis à
une radiation électromagnétique dépendante du temps [74, 117–120]. En consi-
dérant un gaz d’électrons bidimensionnel à haute mobilité soumis à champ ma-
gnétique perpendiculaire, on observe en augmentant l’intensité de la radiation
micro-onde que la résistance longitudinale manifeste de nouvelles oscillations,
dont la période est déterminée par le rapport entre la fréquence de la radiation
ω et la fréquence cyclotron ω0 . En particulier, des états de résistance nulle
apparaissent à ν  1 lorsque ce rapport approche la valeur ωω0 = entier + 14 .
Plus tard, cette propriété à été interprété au moyen d’une image simple dans
laquelle les électrons photo-excités sont diffusés par le désordre de façon élas-
tique, provoquant une augmentation ou une diminution de la résistivité selon
le signe de la variation de densité d’état associée. Il est alors légitime de se
poser la question de comment ce phénomène est-il modifié par la présence
d’une cavité résonante, qui comme nous l’avons vu fait apparaître de nouvelles
résonances possédant des poids spectraux électroniques non-nuls. Dans ce cas
comme dans celui des oscillations de Shubnikov-De Haas (ω = 0), est-il pos-
sible de contrôler la position des minima de résistivité en modifiant le couplage
de la transition cyclotron aux modes de cavité ? En se basant sur les méthodes
utilisées dans l’article [118], on pourrait tenter une première approche en géné-
ralisant la méthode esquissée dans le paragraphe précédent au formalisme des
fonctions de Green hors-équilibre. Parallèlement, une résolution numérique de
l’équation de Boltzmann pour notre système pourrait constituer une deuxième
approche.
Une autre question est dans quelle mesure ces raisonnements sont-ils gé-
néralisables au cas du graphène en cavité ? Dans l’annexe A.4, nous avons
présenté une généralisation de la procédure de bosonisation ("exacte" pour
le gaz de fermions massifs du semiconducteur) au cas des fermions de Dirac
du graphène, et lorsque l’on se restreint aux excitations autour du niveau de
Fermi. En réalité, il existe également une procédure de bosonisation vectorielle
non-locale dont on peut montrer qu’elle permet de calculer les fonctions de ré-
ponse des fermions de Dirac sans masse en présence d’interactions [116]. Dans
166 Conclusion et perspectives

le cas d’un couplage ultrafort avec des photons de cavité, nous avons vu qu’au
delà du facteur de remplissage critique, il apparaît une polarisation spontanée
entre le dernier niveau de Landau rempli et le premier niveau vide. On peut
alors s’attendre à une modification des propriétés d’écrantage du système in-
duite par le couplage aux mode de cavité. De plus, les cohérences photoniques
et électroniques dans les deux états fondamentaux dégénérés |Gi± sont des
choix possibles de paramètre d’ordre. Elles sont nulles dans la phase normale
et acquièrent des valeurs macroscopiques dans la phase superradiante. En reve-
nant à l’expression des opérateurs bosoniques b et b† , cette propriété se traduit
par des relations du type l hc†ν,l cν−1,l iG± ∼ N , indiquant l’apparition d’une
P

onde densité de charge. En suivant les arguments introduits par Fröhlich [121],
si cette dernière possède une charge totale nulle et ne peut par conséquent
porter aucun courant, elle peut néanmoins "glisser" sans résistance à travers
l’échantillon si sa période est incommensurable avec le pas du réseau. En pré-
sence de désordre, Lee, Rice et Anderson ont toutefois montré que cette onde
de densité de charge pouvait être piégée par les impuretés de l’échantillon[122].
On pourrait alors essayer de voir si il est possible de contrôler ces propriétés en
modifiant les paramètres du couplage lumière-matière. En outre, on s’attend
dans ce cas à une forte augmentation de la constante diélectrique induite par
la présence de la cavité.
Parallèlement, on pourrait tenter de généraliser ce raisonnement à tem-
pérature finie. En effet, Hepp et Lieb ont montré que la transition de phase
quantique de Dicke donnait lieu à une transition de phase classique à T 6=
0[123, 124]. On peut alors calculer analytiquement la fonction de partition du
système 21 , et dériver ainsi l’expression des différentes quantités thermodyna-
miques qui révèlent des anomalies lorsque l’on se rapproche du point critique.
Un autre développement intéressant serait de regarder ce qu’il advient de
nos résultats lorsque le facteur de remplissage est fractionnaire, et en parti-
culier dans la limite du couplage ultrafort ν  1. Comme nous l’avons déjà
évoqué, des travaux récents ont montré que le système admet dans ce cas une
instabilité qui favorise l’apparition d’une onde de densité de charge pour les
électrons du dernier niveau de Landau partiellement rempli[70]. De façon ana-
logue à l’instabilité de Peierls induite par le couplage électron-phonon dans
les conducteurs organiques unidimensionnels, un gap s’ouvre au niveau de la

21. Initialement effectué dans le cadre de l’approximation RWA, ce calcul à été ensuite
généralisé en présence des termes antirésonants, non-négligeables en régime de couplage
ultrafort[125].
167

surface de Fermi, ce qui entraîne des propriétés de transport inhabituelles dis-


cutées dans le paragraphe précédent[126]. En supposant que l’état fondamental
induit par les interactions de Coulomb n’est pas modifié par le couplage aux
modes de cavité, on peut alors imaginer une situation dans laquelle ce cou-
plage entre en compétition avec les différentes échelles d’énergie du système,
ce qui pourrait permettre là encore de contrôler les propriétés de transport en
modulant l’intensité du couplage lumière-matière.
168 Conclusion et perspectives
Annexe A

Annexes

A.1 Éléments de matrice des composantes de


Fourier
Dans cette annexe, nous dérivons l’expression des éléments de matrice des
composantes de Fourier eiq·r entre les états propres (N, l) en jauge symé-
trique et (N, k) en jauge de Landau (section 2.1.5). Pour cela, il est commode
d’utiliser la décomposition r = R + η de la section 2.1.2, qui nous permet
d’écrire ces éléments de matrice sous la forme factorisée hN, l| e−iq·r |N 0 , l0 i =
hN | e−iq·η |N 0 i hl| e−iq·R |l0 i en jauge symétrique. En utilisant la formule de
Baker-Hausdorff eA+B = eA eB e−[A,B]/2 ainsi que la relation (2.14), la contribu-
tion du mouvement relatif pour N > N 0 s’écrie


|q|2 l2 q ∗ l0 dr ql0 dr
0 −i √ −i √
hN | e−iq·η |N 0 i = e− 4 hN | e 2 e 2 |N 0 i


|q|2 l2 q∗ l d ql d
−i √0 r −i √0 r
0
X
= e− 4 hN | e 2 |ji hj| e 2 |N 0 i

j
N0
N −N 0 X N 0 −j
r
N 0! −iq ∗ l0 |q|2 l02
 
|q|2 l2
0 N!

=e 4 √ −
N! 2
j=0
(N − j)! (N 0 − j)!j! 2
r N −N 0
N 0 ! −iq ∗ l0
  2 2
|q|2 l2
− 4 0 N −N 0 |q| l0
=e √ LN 0 , (A.1)
N! 2 2

où l’on a posé q = qx + iqy et q ∗ = qx − iqy , et utilisé la relation


170 Annexe A. Annexes



 0 si j > N
−iq ∗ l0 †

√ dr
hN | e 2 |ji = (A.2)
 q  ∗
N −j
 N!
 1 −iq
√ l0
j! (N −j)! 2
si j ≤ N,

ainsi que la définition des polynômes de Laguerre

N 0

−N 0
X N! (−x)j
LN
N0 (x) = . (A.3)
j=0
(N 0 − j)! (N − N 0 + j)! j!

En effectuant le changement N ↔ N 0 , on obtient une expression similaire


pour N < N 0 et il vient

|q|2 l2
0
hN | e−iq·η |N 0 i = e− [Θ (N − N 0 ) GN,N 0 (q ∗ l0 ) + Θ (N 0 − N ) GN 0 ,N (ql0 )] .
4

(A.4)
Dans l’équation précédente, les fonctions G sont définies par la relation
r N −l
|z|2
  
l! −iz −l
GN,l (z) = √ LN
l , (A.5)
N! 2 2

et vérifient la propriété GN,l (z) = GN,l (−z ∗ ). En jauge symétrique, le calcul
de la contribution associée au mouvement du centre de guidage hl| e−iq·R |l0 i
s’effectue de façon analogue, et les éléments de matrice se mettent finalement
sous la forme

|q|2 l2
0
hN, l| e−iq·r |N 0 , l0 i = e− 2 ξN,N 0 (ql0 ) ξl,l0 (−q ∗ l0 ) , (A.6)

avec la fonction auxiliaire

ξN,l (z) = Θ (N − l) GN,l (z ∗ ) + Θ (l − N ) Gl,N (z) . (A.7)

En jauge de Landau, on ne peut plus factoriser les contributions associées au


mouvement relatif et aux centres d’orbites, ceci car les fonctions d’onde ne sont
elles-mêmes pas factorisables. On peut néanmoins utiliser encore une fois la
décomposition r = R + η, et exprimer la variable R en fonction des opérateurs
de translation magnétique définis par la relation (2.20). Les éléments de matrice
s’écrivent alors comme
A.2. Structure de l’espace de Hilbert bosonique 171

q x l2
0 Ty qy l2
0 Tx qx qy l2
0
hN, k| e−iq·r |N 0 , k 0 i = hN, k| e−iq·η ei ~ e−i ~ |N 0 , k 0 i ei 2 . (A.8)
p·u
En utilisant la propriété e−i ~ f (r) = f (r − u) ainsi que l’expression des
fonctions d’onde données par les relations (2.23) et (2.25), on trouve facilement

qx (k+k0 )l2
0
hN, k| e−iq·r |N 0 , k 0 i = e−i 2 hN | e−iq·η |N 0 i δk,k0 +qy , (A.9)

où les fonctions d’onde χN (x) ≡ χN,k=0 (x) apparaissant dans hN | e−iq·η |N 0 i


ne dépendent plus de k. En remarquant que cette contribution a déjà été calculé
dans la section précédente, il vient finalement

|q|2 l2
0 qx (k+k0 )l2
0
hN, k| e−iq·r |N 0 , k 0 i = e− 4 e−i 2 ξN,N 0 (ql0 )δk,k0 +qy . (A.10)

A.2 Structure de l’espace de Hilbert bosonique


Au chapitre 2, nous avons vu que l’espace de Hilbert bosonique est engendré
par l’application successive des opérateurs b†q,m sur l’état fondamental |F i, i.e.

Y b†q,m nq,m

|{nq,m }i = p |F i , (A.11)
q,m
nq,m !

où nq,m = 0, 1, 2, · · · désigne le nombre d’occupation du mode (q, m). Dans


cette annexe, nous allons comparer l’espace de Hilbert fermionique engendré
par l’action des opérateurs c†N,k sur l’état fondamental de référence |F i et
l’espace bosonique engendré par les états |{nq,m }i. Dans l’esprit du célèbre
calcul de Haldane pour le liquide de Luttinger [127], ainsi que Doretto et Girvin
dans le plus bas niveau de Landau [22], nous allons calculer les dégénérescences
associées aux excitations neutres fermioniques et bosoniques pour la transition
cyclotron d’énergie ~ω0 (m = 1). Dans le cas fermionique, le principe de Pauli
implique que l’on ne peut former des paires électron-trou que dans les niveaux
N = ν − 1 et N = ν. Par conséquent, le nombre d’états DFnel contenant nel
paires (nel ≤ N ) est donné par
 2
N!
DFnel = . (A.12)
(N − nel )!nel !
172 Annexe A. Annexes

Dans le cas bosonique, le nombre d’états DBnel contenant nel magnéto-


excitons peut être évalué en calculant le nombre de valeurs du vecteur d’onde
q.

Figure A.2.1 – Représentation schématique d’un mode de magnéto-exciton


(q, m). L’opérateur b†q,m crée une superposition de paires électron-trou entre
les états (N, k) et (N + m, k − qy ) pour tout N et k. Pour un N fixé, chaque
excitation c†N +m,k−qy cN,k est modulée par un facteur de phase eikqx l0 .
2

En s’appuyant sur les définitions (2.45) et (2.91), on voit tout de suite que
la composante qy varie entre 0 et 2π(NL −1) , ce qui donne N valeurs possibles
ikqx l02
pour qy . D’un autre côté, la période q2π 2 de la modulation sinusoïdale e
x l0

doit être un multiple entier de l’intervalle 2π


L
séparant deux valeurs successives
de k (figure A.2.1). On voit alors d’après (2.45) que qx peut prendre lui aussi
N valeurs. Il en résulte que le nombre de valeurs du vecteur d’onde q est
finalement donné par N 2 , ce qui permet d’estimer la dégénérescence cherchée
comme

nel
X N 2! N 2!
DBnel = + (1 − nel ) , (A.13)
p=1
(N 2 − p)!(p − 1)! (N 2 − nel )!nel !
P
avec q nq,1 = nel et nel ≤ N . En comparant les expressions (A.12) et
(A.13), on voit facilement que si DBnel  DFnel dans le cas général, on a exac-
A.3. Théorème "no-go" pour l’électrodynamique quantique en
cavité 173

tement DB1 = DF1 , et l’on peut dire que la bosonisation n’introduit pas d’états
non-physiques tant que l’on se restreint au sous-espace à un boson engendré
les états |1q i = b†q |F i. Notons que cette propriété n’est valable que pour la
transition d’énergie ~ω0 (m = 1 pour les bosons). Par exemple, on voit que 4
niveaux de Landau peuvent être impliqués dans une transition d’énergie 2~ω0 ,
ce qui modifie le dénombrement et l’expression de DFnel .

A.3 Théorème "no-go" pour l’électrodynamique


quantique en cavité
Dans cette annexe, nous proposons une démonstration du théorème "no-
go" pour l’électrodynamique quantique en cavité en reprenant les résultats
de l’article [82]. Ce théorème nous permettra alors de comprendre l’influence
du terme diamagnétique sur les propriétés critiques d’un système général en
cavité. Considérons une collection de N atomes identiques n’interagissant pas
entre eux et décrits par le Hamiltonien de Schrödinger
 
XN N
X X pij N 2
H= Hj = 

 + Vj . (A.14)
j=1 j=1 i =1
2m i j
j

Hj représente ici le Hamiltonien libre du j me atome, ij fait référence à l’une


des N particules de charge qi∗j et de masses m∗ij qui constituent cet atome 1 , et
pij désigne l’impulsion associée. Comme au chapitre 1, nous avons introduit
un terme arbitraire Vj correspondant à l’énergie d’interaction des N particules
avec le potentiel généré par l’atome j. Supposons maintenant que les atomes
sont placés à l’intérieur d’une cavité, et confinés dans une région où les varia-
tions spatiales des champs sont négligeables (approximation dipolaire). Dans
ce cas, le Hamiltonien d’interaction s’obtient en effectuant le couplage minimal
qi∗
j
pij → pij − c
A dans l’équation (A.14) :
X X qi∗j
Hint = − pij · A(a + a† ), (A.15)
j ij
m∗ij c

où A = A(a + a† ) désigne le potentiel vecteur supposé monomode, unipo-


laire, et indépendant des coordonnées d’espace. Le terme diamagnétique s’écrit
quand à lui comme
1. Les particules sont supposées sans interactions mutuelles.
174 Annexe A. Annexes

XX qi∗2
Hdia = j
A2 (a + a† )2 . (A.16)
j ij
2m∗ij c2

Supposons que le spectre du Hamiltonien atomique Hj est constitué d’un


ensemble d’états discrets. Si l’on considère d’une part que la fréquence du
mode de cavité est résonante avec la fréquence de la transition entre l’état
fondamental et le premier état excité, et d’autre part que les autres transitions
sont suffisamment hors résonance pour pouvoir négliger leur couplage au champ
électromagnétique, on peut alors approximer les états propres d’un atome j
par un système à deux niveaux {|gij , |eij } avec les fréquences ωg et ωe . En
pi  
utilisant la relation de commutation i~ mij = rij , Hj , on peut alors montrer
j
que 2
X qi∗j
hσ|j pij |σ 0 ij = −i(ωσ0 − ωσ ) hσ|j d |σ 0 ij , (A.17)
ij
mij

où d = ij qi∗j rij désigne l’opérateur de moment dipolaire des particules et


P

σ = g, e. Ceci nous permet alors d’écrire le Hamiltonien d’interaction précédent


en seconde quantification,
ω0 X
Hint = −i d0 · A(a + a† ) (|eij hg|j + h.c., (A.18)
c j

avec la fréquence de la transition atomique ω0 = ωe − ωg et l’élément de


matrice du dipôle d0 = he| d |gi. De façon analogue à la section 4.3.5, on
peut introduire les opérateurs collectifs J+ = ~ j |eij hg|j , J− = J+† et Jz =
P
P
j |eij he|j − |gij hg|j , qui vérifient les règles de commutation des moments
~
2
cinétiques [J+ , J− ] = 2~Jz et [Jz , J± ] = ±~J± . Avec ces conventions, on obtient

iΩ
Hint = √ (a + a† )(J− − J+ ) (A.19)
N

où Ω = ω~c0 d0 · A N est la fréquence de Rabi du vide
√ collective qui tient
compte de l’augmentation du couplage d’un facteur N . Parallèlement, le
terme diamagnétique (A.20) s’écrit en seconde quantification comme
2. Il est important de souligner que cette relation n’est valable que si les fonctions d’onde
atomiques à N électrons s’annulent aux bords du domaine d’intégration. En fait, cette condi-
tion est brisée si l’on considère des atomes artificiels faits de boîtes à paires de Cooper car
les fonctions d’onde doivent alors être 2π-périodiques. Dans ce cas précis, le no-go théorème
ne s’applique plus et le système admet un point critique quantique [82].
A.3. Théorème "no-go" pour l’électrodynamique quantique en
cavité 175

X qi∗2
Hdia = j
N A2 (a + a† )2 = ~D(a + a† )2 , (A.20)
ij
2mij

et le Hamiltonien atomique comme Hj = ~ω2 0 |eij he|j − |gij hg|j à une


constante près. En appelant ω la fréquence du mode de cavité, le Hamiltonien
du champ libre est donné par ~ωa† a, si bien qu’en rassemblant les différentes
contributions, on obtient :

iΩ
H = ω0 Jz + ~ωa† a + √ (a + a† )(J− − J+ ) + ~D(a + a† )2 . (A.21)
N

Il convient ici d’utiliser le mapping de Holstein-Primakoff


√ rencontré√ dans la

section (4.3.5), i.e. effectuer les remplacements J+ → b N et J− → b N , ce
qui nous permet d’aboutir à une forme quadratique et bosonique diagonalisable
au moyen d’une transformation de Hopfield-Bogoliubov. Le determinant de la
matrice associée à cette transformation est alors donné par ω0 ω(ω0 (4D + ω) −
4Ω2 ). Pour un mode résonant avec la transition atomique, i.e. ω = ω0 , on
constate que ce determinant peut s’annuler lorsque D < Ω2 /ω0 . Nous allons
maintenant montrer que dans le cadre des hypothèses du modèle, cette relation
n’est en réalité jamais satisfaite. En utilisant l’inégalité de Cauchy-Schwartz,
on montre que

ω02 ω02
Ω2 = N |d 0 · A| 2
≤ N |d0 |2 |A|2 . (A.22)
~2 c2 ~2 c2

Afin de comparer le membre de droite de l’inégalité à l’amplitude D du


terme diamagnétique, on utilise la règle de somme de Thomas-Reiche-Kuhn
(TRK) pour la force d’oscillateur des dipôles électriques :

X qi∗2 −i X X qi∗j
j ∗
= hg| [ q ri · u, pi · u] |gij , (A.23)
ij
2mij 2~ j i ij j i
mij j
j j

où u représente le vecteur unitaire qui porte le dipôle, i.e. d0 = |d0 |u. En


P
utilisant la relation de fermeture σ |σij hσ|j = 1, où la somme porte sur tous
les états propres atomique, ainsi que la relation (A.17), il vient
176 Annexe A. Annexes

X qi∗2 X (ωσ − ωg ) X
j
= | hg|j qi∗j rij · u |σij |2
ij
2mij σ
~ ij
ω0 X ω0
≥ | hg|j qij rij · u |eij |2 = |d0 |2 , (A.24)
~ ij
~

qui utilisé dans la définition du terme diamagnétique (A.20), et combiné à


l’inégalité (A.22) nous donne finalement

Ω2
D≥ . (A.25)
ω0
Pour un ensemble d’atomes identiques et indépendants, chacun pouvant
être approximé par un système à deux niveaux, cette relation montre que le
determinant de la matrice de Hopfield ne s’annule jamais ce qui fait disparaitre
le point critique quantique du modèle. La raison fondamentale provient donc
de la relation entre le terme diamagnétique et la fréquence de Rabi du vide.
Mais qu’en est-il dans le graphène ? Nous avons vu en effet dans les sections
4.2.3 et 4.3.5 que le Hamiltonien des fermions du graphène en cavité ne fait pas
intervenir de terme diamagnétique dans la limite continue. Pour cette raison, le
système peut subir une transition de phase quantique qui change complètement
la nature de l’état fondamental. Il est alors légitime de se demander en quoi
ce modèle viole t-il le théorème no-go démontré précédemment. En outre, le
Hamiltonien (A.14) avec N = 1, m∗ = m0 la masse d’un électron nu, et
q ∗ = −e, semble à première vue apte à décrire les électrons des orbitales 2pz
en supposant que chacun d’entre eux est localisé au voisinage d’un site j donné.
Cependant, on comprend dès lors que cette vision où les électrons sont localisés
sur les sites du réseau ne peut en aucun cas rendre compte des propriétés de
basse énergie du graphène. En effet, la linéarité de la relation de dispersion ou
l’impossibilité de décrire les propriétés de basse énergie au moyen d’une masse
effective de bande est précisément due à l’amplitude de saut non-négligeable
entre les sites premiers voisins. Ceci nous fait donc d’office sortir du cadre de
ce modèle, autorisant ainsi la possibilité d’une transition de phase quantique.

A.4 Magnéto-plasmons dans le graphène


Dans cette annexe, nous proposons une généralisation au graphène du mo-
dèle de bosons indépendants introduit par Westfahl et al. permettant de décrire
A.4. Magnéto-plasmons dans le graphène 177

les magnéto-plasmons du gaz d’électrons bidimensionnel (section 2.2.7)[21].


Dans la limite continue, l’énergie cinétique des électrons du graphène sous
champ magnétique est donnée par le Hamiltonien de Dirac HL = vF Π · σ. En
jauge de Landau, ce terme s’écrit donc en seconde quantification sous la forme
diagonale


Z X
HL = drΨ ~ † (r)HL Ψ(r)
~ = ~ω0 νc†N,k cN,k . (A.26)
N,k

Par extension du cas des fermions massifs du semiconducteur, nous consi-


dérons que l’état fondamental |F i du Hamiltonien précédent consiste en ν
niveaux de Landau complètement remplis dans la bande de conduction. Dans
la limite N ∼ ν  1, pour les excitations de basse énergie (m  ν) et dans

le secteur |q|l0  ν, on se rend compte que les fluctuations de densité sont
pilotées par les mêmes modes de magnéto-excitons (q, m) que pour le gaz
d’électron bidimensionnel 3 :

X √ h i
δ ρ̂q = mN Jm (|q|RC ) bq,m + b†−q,m , (A.27)
m=1

où l’opérateur détruisant un mode de magnéto-excitons (q, m) est donné


par la relation (2.91) du chapitre 2. En négligeant la contribution intra-niveaux
ρ̂0,q , le Hamiltonien de Coulomb peut alors se mettre sous la forme

1X
VC = ṼC (q)ρ̂−q ρ̂q , (A.28)
2 q

où les composantes de Fourier ρ̂q de la densité sont données par


Z
ρ̂q = drΨ ~ † (r)e−iq·r Ψ(r).
~ (A.29)

La matrice e−iq·r = 1e−iq·r désigne le produit de la matrice identité par


2
le facteur de Fourier, et ṼC (q) = 2πe
|q|
la transformée de Fourier du potentiel
Coulombien. Finalement, on obtient exactement la même forme que pour le
gaz d’électrons bidimensionnel :
XX  
VC = ~ζq,m,m0 b†q,m + b−q,m b†−q,m0 + bq,m0 , (A.30)
q m,m0

3. Remarquons que la normalisation spéciale du niveau N = 0 n’intervient pas dans le


cadre de cette approximation.
178 Annexe A. Annexes

avec la constante de couplage normalisée



ζq,m,m0 gS gV α G ν √
= mm0 Jm (|q|RC ) Jm0 (|q|RC ) . (A.31)
ω0 2|q|RC
√ e2
Rappelons que l’on a utilisé la définition ω0 = vF 2/l0 ainsi que αG = ~v F
.
Par analogie avec les résultats du chapitre 2, on peut maintenant penser à
une représentation du Hamiltonien HL dans la base générée par les modes
b†q,m . La non-linéarité des niveaux de Landau du graphène entraîne toutefois
que les magnéto-excitons ne sont plus modes propres de HL . Autrement dit,
[bq,m , HL ] 6= m~ω0 bq,m et les multiples entiers de m ne suffisent plus à caracté-
riser toutes les transitions entre niveaux de Landau. Néanmoins, dans le régime
N ∼ ν  1 et si l’on se restreint aux excitations intervenant au voisinage du
niveaux de Fermi m  ν 4 , on peut linéariser le spectre autour du niveau de
Fermi ce qui permet d’écrire [bq,m , HL ] = m~ω √ 0b
2 ν q,m
, et donne

mc
X m~ω0 †
HL = √ bq,m bq,m . (A.32)
m=1
2 ν

À la différence des fermions massifs du semiconducteur, cette relation n’est


valable que jusqu’à un certain cutoff mc de l’ordre de quelques unités. De fait,
soulignons que notre modèle est inapte à prendre en compte l’ensemble des
transitions entre les niveaux de Landau du graphène, et en particulier les tran-
sitions entre la bande de valence et la bande de conduction apparaissant à plus

haute énergie (ω ∼ 2ω0 ν) et qui sont responsables d’un mélange de niveaux
important dans le secteur |q|RC > 1. Si l’on ne peut pas s’attendre à retrouver
exactement les résultats obtenus dans le cadre de l’approximation RPA comme
pour le gaz d’électrons bidimensionnel [81], on peut toutefois décrire convena-
blement la dispersion du mode de plasmon dans le secteur optique |q|RC  1
et à basse énergie (ω ∼ 2ω√0ν ). Les modes propres s’obtiennent en diagonalisant
le Hamiltonien de magnéto-plasmons du graphène

X m~ω0 XX  
Hmp = √ b†q,m bq,m + ~ζq,m,m0 b†q,m + b−q,m b†−q,m0 + bq,m0 ,
q,m
2 ν q m,m0
(A.33)
au moyen de la transformation de Bogoliubov généralisée

4. Notons que l’on reste dans le cadre de l’approximation bosonique utilisée jusqu’ici.
A.4. Magnéto-plasmons dans le graphène 179

X
mq,j = Uq,m,j bq,m + Vq,m,j b†−q,m . (A.34)
m

Le Hamiltonien (A.33) peut alors s’écrire sous la forme diagonale


X
Hmp = ~λq,j m†q,j mq,j . (A.35)
q,j

Figure A.4.1 – (a) Fréquences des magnéto-plasmons √


du graphène λq,j /ω0
vF 2
normalisées par la fréquence caractéristique ω0 = l0 en fonction du vecteur
d’onde adimensionné |q|RC (traits pleins noirs). Ces modes propres sont ob-
tenus par une diagonalisation numérique du Hamiltonien A.33 comprenant 15
q fortement dispersive à |q|RC < 0.2 est confondue
modes (mc = 15). La partie
ω2 g g α ω 2 |q|R
avec la fréquence ωp,q = 4ν0 + S V G4 0 C du mode de plasmon en unités de
ω0 . Les lignes horizontales en tirets de couleur correspondent aux fréquences
des différentes transitions schématisées sur la figure (b). Paramètres : ν = 50,
 = 4.

Sur la figure A.4.1, nous avons représenté les fréquences des magnéto-
plasmons du graphène normalisés λq,j /ω0 en fonction du vecteur d’onde adi-
mensionné |q|RC (traits pleins noirs). Nous avons pris  = 4 ce qui donne
rs ≈ 0.5. Le facteur de remplissage est quant à lui fixé à ν = 50 comme pour
le gaz d’électron bidimensionnel. L’échelle quantifiant le mélange de niveaux

de Landau rs 2ν est de l’ordre de 5 ce qui est tout à fait comparable au cas
des fermions massifs de la section 2.2.7. On peut constater numériquement que
180 Annexe A. Annexes

les coefficients Uq,m=1,j et Vq,m=1,j saturent presque complètement la décompo-


sition (A.34) au voisinage des maxima de la dispersion des magnéto-excitons
pour |q|RC < 0.2. Là encore, la transition dipolaire domine de telle sorte que
l’on peut pratiquement réduire le Hamiltonien (A.33) à la seule contribution
m = m0 = 1, ce qui donne le mode de plasmon modifié par le champ magné-
tique de fréquence
r
ω02 gS gV αG ω02 |q|RC
ωp,q = + . (A.36)
4ν 4
Pour cette raison, la partie fortement dispersive à |q|RC < 0.2 (maxima
de la dispersion des magnéto-excitons) est très bien décrite par ce mode plas-
mon. Notons par ailleurs que cette valeur correspond avec le résultat obtenu
dans le modèle hydrodynamique au premier ordre en |q|RC [88]. Comme pour
le gaz d’électrons bidimensionnel, on observe des anticroisements (modes de
Bernstein) dans les zones où le mode de plasmon croise les fréquences des
magnéto-excitons associés aux différentes transitions entre niveaux de Lan-
dau. Signalons que ces modes de Bernstein peuvent être convenablement dé-
crits dans un modèle où l’on prend en compte le couplage du mode de plasmon
avec les différents magnéto-excitons de façon perturbative [128]. Nous avons
déjà signalé dans la section (4.2.2) que cette méthode ne peut rendre compte
de la renormalisation de la transition cyclotron à |q| = 0. Néanmoins, elle per-
met de décrire la dispersion du mode de plasmon de façon satisfaisante. Dans
ce régime, le Hamiltonien de magnéto-plasmons est finalement réduit à
X
Hmp = ~ωp,q d†q dq . (A.37)
q

Pour conclure, en dehors de son évidente pertinence à prendre en compte


l’effet des interactions Coulombiennes à longue portée en présence du réso-
nateur, soulignons que cette méthode présente également l’intérêt intrinsèque
d’étendre la validité d’une approche perturbative de type RPA au cas des hauts
facteurs de remplissage dans le graphène.
Remerciements

Je souhaite remercier ici toutes les personnes qui ont contribué d’une façon
ou d’une autre à ce travail de thèse.

Mes premiers remerciements vont naturellement à mon directeur de thèse


Cristiano Ciuti, qui m’a tant appris pendant ces trois ans, et dont j’ai pu ap-
précié au fur et à mesure l’approche scientifique ainsi que les idées toujours
originales et intéressantes. Une réussite sur le plan professionnel mais aussi sur
le plan humain, ce qui est suffisamment rare et précieux pour être souligner ici.

Je sais gré aux membres du jury d’avoir accepter l’invitation, pris le temps
de lire mon manuscrit malgré leurs agendas chargés, et bien sur de s’être dé-
placé le jour de ma soutenance. Un merci particulier à Marc Oliver Goerbig qui
s’est montré très disponible, et dont l’expertise et les conseils m’ont été très
profitables. Je remercie également Pascal Degiovanni et Vincenzo Savona pour
leurs remarques constructives qui m’ont permis d’améliorer la qualité de ce ma-
nuscrit. Merci à Marek Potemski pour ses suggestions, ainsi qu’au président
du jury, Carlo Sirtori, pour sa présence et son enthousiasme scientifique. Par
ailleurs, je tiens à remercier sincèrement le groupe d’optoélectronique quan-
tique de Zürich dirigé par Jérôme Faist ; notre collaboration fructueuse m’a
permis d’apprendre beaucoup de choses. Un merci particulier mêlé d’admira-
tion à Giacomo Scalari, pour son talent d’expérimentateur, sa persévérance et
sa gentillesse.

Je voudrais maintenant saluer mes collègues du laboratoire, et en particu-


lier les (désormais) nombreux thésards : le doublet dégénéré formé par les deux
Alexandre, Jonathan, Juan, Luc (la viande grillée en Sardaigne...), Loic, Phi-
lippe (les Houches... !), Motoaki, Thibaud (qui est parti j’en suis sur pour faire
une super thèse !). Merci à Pierre (bon souvenirs de Boston), Simon et Simone
182 Remerciements

pour les nombreuses discussions, conseils, aide, mais aussi les très agréables
moments passés ensemble. Je dois dire que je suis infiniment reconnaissant
à Simon de m’avoir supporté en face de lui pendant ces trois ans. Simon,
je m’excuse pour les chants affreux, l’humour médiocre, les bruits d’animaux
agonisants et les pétages de câbles en tout genre... Un grand merci à tous
les anciens thésards, dont quelques sacrés personnages : Sébastien, Nicolas,
Carole, Quentin, Daria, Xavier. Je garde des souvenirs géniaux des soirées pa-
risiennes et weekends en province ! Merci aussi à Pauline pour son aide C2i
et Jean pour son énergie peu commune. Concernant les membres permanents,
je souhaite remercier chaleureusement Edouard, Yann, Yanko, Stefano pour
les discussions stimulantes, Giuliano et Maximilien pour leur sens de l’humour
et leur contact très agréable, ainsi qu’Idranil pour sa disponibilité. Un grand
merci à Anne Servouze pour son soutient et sa gentillesse, ainsi qu’un merci
général à tous les membres du laboratoire avec qui j’ai eu l’occasion de parta-
ger quelque chose durant ces trois ans !

Mes parents ont bien sur énormément contribué à ce travail. Ma gorge se


serre et les mots me manquent... Je les remercie du fond du coeur. Un merci
tout particulier à mon frère Alex qui a admirablement supporté mes angoisses,
mais aussi les réflexions parfois un peu dures dans les moments de stress. Je
remercie bien sur mon autre frère Frédéric, ainsi que Fabienne, Rémi et Cyril.
Je n’oublie pas mes oncles et tantes, en particulier Eric, Marie-Hélène et Ka-
rine. Merci à tous pour votre soutien, votre confiance, et votre présence tout
simplement !

Un grand merci à Aurore qui m’a supporté et encouragé avec amour dans
les moments difficiles, ainsi qu’au seul de mes frères qui ne me ressemble pas,
Adrien. Merci à Christine pour son soutient et à Hicham pour les agréables
discussions et moments passés à Toulouse. Merci également à mon ami de tou-
jours : Romain, ainsi qu’à Enguerran (dédé), Eddy (Sousou) et Grégoire (le
clown).

Un merci tout particulier à mes « saucisses » préférées : Yannis, Xavier


et Philippe (pjacquet14@gmail). Les discussions interminables et ô combien
enrichissantes, l’inoubliable « road trip » en Croatie, les innombrables fou
rires sont autant de souvenirs que je garde intacts dans ma mémoire. C’est
pour la vie maintenant... Un grand merci à mon pote Arnaud « l’homme de
183

bois » (c’est quand même plus sympa de bosser avec quelques macarons !),
mon pote JD (une bonne garrot et une bonne bière...), ma pote Ludivine (le
« lâcher-prise » !) , et mon pote Loig (la coupe du monde 2010 avec Seb !).
Je pense également à Yousra (uf !) et Colline (désormais « femme de bois »).
Je me souviendrai longtemps des weekends dans le morvan... Merci à Juliana
ainsi qu’à Étienne et Hayley (là aussi bon souvenir de Boston).

Je voudrais aussi saluer mes cousins Bertier dont le soutient et la pré-


sence dans les moments cruciaux à été (et sera toujours) très importante pour
moi. Un merci particulier à Gabrielle, âme soeur, avec qui les discussions sont
toujours passionnantes. Merci également à Alice et Jérôme, je vous aime énor-
mément !

Un merci général à toute la famille Hagenmüller et en particulier à mes


cousins François, Nicolas, Maud, Bertrand, Emmanuel, Aube, Johanna, Ka-
tharina, Antoine, Victor, Mathieu et Benoît. Ouf que de petits enfants... !

Je souhaite dédier ce manuscrit à la mémoire de mes grands-parents. Pour


leur regard tendre et confiant, toujours tourné vers l’avenir.

Merci à tous...
184 Remerciements
Bibliographie

[1] Haroche, S. & Raimond, J.-M. Exploring the Quantum : Atoms, Cavities,
and Photons (Oxford University Press, USA, 2006), 1st edn.

[2] Feynman, R. Quantum Electrodynamics (Advanced Books Classics,


1998), 1st edn.

[3] Purcell, E. Spontaneous emission probabilities at radio frequencies. Phy-


sical Review 69, 681 (1946).

[4] Goy, P., Raimond, J. M., Gross, M. & Haroche, S. Observation of


Cavity-Enhanced Single-Atom Spontaneous Emission. Phys. Rev. Lett.
50, 1903–1906 (1983).

[5] Gabrielse, G. & Dehmelt, H. Observation of inhibited spontaneous emis-


sion. Phys. Rev. Lett. 55, 67–70 (1985).

[6] Hulet, R. G., Hilfer, E. S. & Kleppner, D. Inhibited Spontaneous Emission


by a Rydberg Atom. Phys. Rev. Lett. 55, 2137–2140 (1985).

[7] Jhe, W. et al. Suppression of spontaneous decay at optical frequencies :


Test of vacuum-field anisotropy in confined space. Phys. Rev. Lett. 58,
666–669 (1987).

[8] Peil, S. & Gabrielse, G. Observing the Quantum Limit of an Electron


Cyclotron : QND Measurements of Quantum Jumps between Fock States.
Phys. Rev. Lett. 83, 1287–1290 (1999).

[9] Meschede, D., Walther, H. & Müller, G. One-Atom Maser. Phys. Rev.
Lett. 54, 551–554 (1985).

[10] Rempe, G., Walther, H. & Klein, N. Observation of quantum collapse


and revival in a one-atom maser. Phys. Rev. Lett. 58, 353–356 (1987).
186 Bibliographie

[11] Thompson, R. J., Rempe, G. & Kimble, H. J. Observation of normal-


mode splitting for an atom in an optical cavity. Phys. Rev. Lett. 68,
1132–1135 (1992).

[12] Raimond, J. M., Brune, M. & Haroche, S. Manipulating quantum en-


tanglement with atoms and photons in a cavity. Rev. Mod. Phys. 73,
565–582 (2001).

[13] Raimond, J.-M. & Rempe, G. Cavity Quantum Electrodynamics : Quan-


tum Information Processing with Atoms and Photons, in Lectures on
Quantum Information (Wiley-VCH Verlag GmbH, Weinheim, Germany,
2008).

[14] Savona, V., Hradil, Z., Quattropani, A. & Schwendimann, P. Quantum


theory of quantum-well polaritons in semiconductor microcavities. Phys.
Rev. B 49, 8774–8779 (1994).

[15] Citrin, D. S. Exciton polaritons in double versus single quantum wells :


Mechanism for increased luminescence linewidths in double quantum
wells. Phys. Rev. B 49, 1943–1946 (1994).

[16] Andreani, L. C., Panzarini, G. & Gérard, J.-M. Strong-coupling regime


for quantum boxes in pillar microcavities : Theory. Phys. Rev. B 60,
13276–13279 (1999).

[17] Ciuti, C., Bastard, G. & Carusotto, I. Quantum vacuum properties of


the intersubband cavity polariton field. Phys. Rev. B 72, 115303 (2005).

[18] Ciuti, C. & Carusotto, I. Input-output theory of cavities in the ultrastrong


coupling regime : The case of time-independent cavity parameters. Phys.
Rev. A 74, 033811 (2006).

[19] Liberato, S. D., Ciuti, C. & Carusotto, I. Quantum Vacuum Radiation


Spectra from a Semiconductor Microcavity with a Time-Modulated Va-
cuum Rabi Frequency. Phys. Rev. Lett. 98, 103602 (2007).

[20] Kardar, M. & Golestanian, R. The “friction” of vacuum, and other


fluctuation-induced forces. Rev. Mod. Phys. 71, 1233–1245 (1999).

[21] Westfahl, H., Castro Neto, A. H. & Caldeira, A. O. Landau level bosoni-
zation of a two-dimensional electron gas. Phys. Rev. B 55, R7347–R7350
(1997).
Bibliographie 187

[22] Doretto, R. L., Caldeira, A. O. & Girvin, S. M. Lowest Landau level


bosonization. Phys. Rev. B 71, 045339 (2005).

[23] Tomonaga, S.-I. Remarks on Bloch’s Method of Sound Waves applied to


Many-Fermion Problems. Prog. Theor. Phys 5, 544–569 (1950).

[24] Luttinger, J. An Exactly Soluble Model of a Many-Fermion System. J.


Math. Phys. 4, 1154 (1963).

[25] Giuliani, G. F. & Vignale, G. Quantum theory of the electron liquid


(Cambridge Univ. Press, Cambridge, 2005).

[26] Klitzing, K. v., Dorda, G. & Pepper, M. New Method for High-Accuracy
Determination of the Fine-Structure Constant Based on Quantized Hall
Resistance. Phys. Rev. Lett. 45, 494–497 (1980).

[27] Tsui, D. C., Stormer, H. L. & Gossard, A. C. Two-Dimensional Ma-


gnetotransport in the Extreme Quantum Limit. Phys. Rev. Lett. 48,
1559–1562 (1982).

[28] Wallace, P. R. The Band Theory of Graphite. Phys. Rev. 71, 622–634
(1947).

[29] Novoselov, K. et al. Electric Field Effect in Atomically Thin Carbon


Films. Science 306, 666–669 (2004).

[30] Castro Neto, A. H., Guinea, F., Peres, N. M. R., Novoselov, K. S. &
Geim, A. K. The electronic properties of graphene. Rev. Mod. Phys. 81,
109–162 (2009).

[31] Katsnelson, M. I., Novoselov, K. S. & Geim, A. K. Chiral tunnelling and


the Klein paradox in graphene. Nat Phys 2, 620–625 (2006).

[32] Novoselov, K. et al. Two-dimensional gas of massless Dirac fermions in


graphene. Nature 438, 197–200 (2005).

[33] Zhang, Y., Tan, Y.-w., Stormer, H. L. & Kim, P. Experimental observa-
tion of the quantum Hall effect and Berry’s phase in graphene. Nature
438, 201–204 (2005).

[34] Itzykson, C. & Zuber, J.-B. Quantum Field Theory (Dover, New York,
2006), 1st edn.
188 Bibliographie

[35] Sachdev, S. Quantum phase transitions, vol. 1 of Course of Theoretical


Physics (Cambridge University Press, 2001), 1st ed edn.

[36] Montambaux, G., Piéchon, F., Fuchs, J.-N. & Goerbig, M. O. Merging
of Dirac points in a two-dimensional crystal. Phys. Rev. B 80, 153412
(2009).

[37] Jaynes, E. T. & Cummings, F. W. Comparison of Quantum and Semi-


classical Radiation Theory with Application to the Beam Maser. Proc.
IEEE. 51, 89 (1963).

[38] Cohen-Tannoudji, C., Dupont-Roc, J. & Grynberg, G. Photons et


atomes : introduction à l’électrodynamique quantique. Savoirs actuels
(InterEditions, 1987).

[39] Bassani, F., Forney, J. J. & Quattropani, A. Choice of Gauge in Two-


Photon Transitions : 1s − 2s Transition in Atomic Hydrogen. Phys. Rev.
Lett. 39, 1070–1073 (1977).

[40] Schoelkopf, R. J. & Girvin, S. M. Wiring up quantum systems. Nature


451, 664–669 (2008).

[41] Weisbuch, C., Nishioka, M., Ishikawa, A. & Arakawa, Y. Observation of


the coupled exciton-photon mode splitting in a semiconductor quantum
microcavity. Phys. Rev. Lett. 69, 3314–3317 (1992).

[42] Dini, D., Köhler, R., Tredicucci, A., Biasiol, G. & Sorba, L. Microcavity
Polariton Splitting of Intersubband Transitions. Phys. Rev. Lett. 90,
116401 (2003).

[43] Reithmaier, J. P. et al. Strong coupling in a single quantum dot semi-


conductor microcavity system. Nature 432, 197–200 (2004).

[44] Badolato, A. et al. Deterministic Coupling of Single Quantum Dots to


Single Nanocavity Modes. Science 308, 1158–1161 (2005).

[45] Fink, J. M. et al. Climbing the Jaynes-Cummings ladder and observing



its n nonlinearity in a cavity QED system. Nature 454, 315–318 (2008).

[46] Fink, J. M. et al. Dressed Collective Qubit States and the Tavis-
Cummings Model in Circuit QED. Phys. Rev. Lett. 103, 083601 (2009).
Bibliographie 189

[47] Kubo, Y. et al. Strong Coupling of a Spin Ensemble to a Superconducting


Resonator. Phys. Rev. Lett. 105, 140502 (2010).

[48] Schuster, D. I. et al. High-Cooperativity Coupling of Electron-Spin En-


sembles to Superconducting Cavities. Phys. Rev. Lett. 105, 140501
(2010).

[49] Bloch, F. & Siegert, A. Magnetic Resonance for Nonrotating Fields.


Phys. Rev. 57, 522–527 (1940).

[50] Peropadre, B., Forn-Diaz, P., Solano, E. & Garcia-Ripoll, J. J. Switchable


Ultrastrong Coupling in Circuit QED. Phys. Rev. Lett. 105, 023601
(2010).

[51] Casanova, J., Romero, G., Lizuain, I., Garcia-Ripoll, J. J. & Solano, E.
Deep Strong Coupling Regime of the Jaynes-Cummings Model. Phys.
Rev. Lett. 105, 263603 (2010).

[52] Nataf, P. & Ciuti, C. Vacuum Degeneracy of a Circuit QED System in


the Ultrastrong Coupling Regime. Phys. Rev. Lett. 104, 023601 (2010).

[53] Niemczyk, T. et al. Circuit quantum electrodynamics in the ultrastrong-


coupling regime. Nat Phys 6, 772–776 (2010).

[54] Fedorov, A. et al. Strong Coupling of a Quantum Oscillator to a Flux


Qubit at Its Symmetry Point. Phys. Rev. Lett. 105, 060503 (2010).

[55] Devoret, M. H., Girvin, S. & Schoelkopf, R. Circuit-QED : How strong


can the coupling between a Josephson junction atom and a transmission
line resonator be ? Annalen der Physik 16, 767–779 (2007).

[56] Tavis, M. & Cummings, F. W. Exact Solution for an N -


Molecule—Radiation-Field Hamiltonian. Phys. Rev. 170, 379–384
(1968).

[57] Anappara, A. A. et al. Signatures of the ultrastrong light-matter coupling


regime. Phys. Rev. B 79, 201303 (2009).

[58] Gunter, G. et al. Sub-cycle switch-on of ultrastrong light-matter interac-


tion. Nature 458, 178–181 (2009).
190 Bibliographie

[59] Todorov, Y. et al. Ultrastrong Light-Matter Coupling Regime with Pola-


riton Dots. Phys. Rev. Lett. 105, 196402 (2010).

[60] Hagenmüller, D., De Liberato, S. & Ciuti, C. Ultrastrong coupling bet-


ween a cavity resonator and the cyclotron transition of a two-dimensional
electron gas in the case of an integer filling factor. Phys. Rev. B 81,
235303 (2010).

[61] Goerbig, M. & Lederer, P. électrons bidimensionnels sous champ ma-


gnétique fort : la physique des effets hall quantiques (2006). Notes de
cours.

[62] Kallin, C. & Halperin, B. I. Excitations from a filled Landau level in the
two-dimensional electron gas. Phys. Rev. B 30, 5655–5668 (1984).

[63] Pines, D. & Nozières, P. Theory Of Quantum Liquids, Volume I : Normal


Fermi Liquids. Advanced Books Classics (Westview Press, 1994).

[64] Kohn, W. Cyclotron Resonance and de Haas-van Alphen Oscillations of


an Interacting Electron Gas. Phys. Rev. 123, 1242–1244 (1961).

[65] Lam, P. K. & Girvin, S. M. Liquid-solid transition and the fractional


quantum-Hall effect. Phys. Rev. B 30, 473–475 (1984).

[66] Goldman, V. J., Santos, M., Shayegan, M. & Cunningham, J. E. Evidence


for two-dimentional quantum Wigner crystal. Phys. Rev. Lett. 65, 2189–
2192 (1990).

[67] Laughlin, R. B. Anomalous Quantum Hall Effect : An Incompressible


Quantum Fluid with Fractionally Charged Excitations. Phys. Rev. Lett.
50, 1395–1398 (1983).

[68] Jain, J. K. Composite-fermion approach for the fractional quantum Hall


effect. Phys. Rev. Lett. 63, 199–202 (1989).

[69] Aleiner, I. L. & Glazman, L. I. Two-dimensional electron liquid in a weak


magnetic field. Phys. Rev. B 52, 11296–11312 (1995).

[70] Koulakov, A. A., Fogler, M. M. & Shklovskii, B. I. Charge Density Wave


in Two-Dimensional Electron Liquid in Weak Magnetic Field. Phys. Rev.
Lett. 76, 499–502 (1996).
Bibliographie 191

[71] Lilly, M. P., Cooper, K. B., Eisenstein, J. P., Pfeiffer, L. N. & West,
K. W. Evidence for an Anisotropic State of Two-Dimensional Electrons
in High Landau Levels. Phys. Rev. Lett. 82, 394–397 (1999).

[72] Polisskii, A. V. et al. Low-frequency measurements of cyclotron resonance


in a high-mobility 2D electron gas in GaAs/AlGaAs heterostructures. J.
Appl. Phys. 72, 4736 (1992).

[73] Mani, R. G. & Anderson, J. R. Study of the single-particle and transport


lifetimes in GaAs/Alx Ga1−x As. Phys. Rev. B 37, 4299–4302 (1988).

[74] Zudov, M. A., Du, R. R., Simmons, J. A. & Reno, J. L. Shubni-


kov–de Haas-like oscillations in millimeterwave photoconductivity in a
high-mobility two-dimensional electron gas. Phys. Rev. B 64, 201311
(2001).

[75] Maan, J. C., Englert, T., Tsui, D. C. & Gossard, A. C. Observation of cy-
clotron resonance in the photoconductivity of two-dimensional electrons.
Appl. Phys. Lett. 40, 609 (1982).

[76] Hirakawa, K. et al. Far-infrared photoresponse of the magnetoresistance


of the two-dimensional electron systems in the integer quantized Hall
regime. Phys. Rev. B 63, 085320 (2001).

[77] Kakazu, K. & Kim, Y. S. Quantization of electromagnetic fields in cavi-


ties and spontaneous emission. Phys. Rev. A 50, 1830–1839 (1994).

[78] Bernstein, I. B. Waves in a Plasma in a Magnetic Field. Phys. Rev.


109, 10–21 (1958).

[79] Batke, E., Heitmann, D., Kotthaus, J. P. & Ploog, K. Nonlocality in the
Two-Dimensional Plasmon Dispersion. Phys. Rev. Lett. 54, 2367–2370
(1985).

[80] Vasconcellos, A. R. & Luzzi, R. Inelastic scattering of light from magne-


toplasma excitations in solids. Phys. Rev. B 14, 3532–3538 (1976).

[81] Roldán, R., Fuchs, J.-N. & Goerbig, M. O. Collective modes of doped gra-
phene and a standard two-dimensional electron gas in a strong magnetic
field : Linear magnetoplasmons versus magnetoexcitons. Phys. Rev. B
80, 085408 (2009).
192 Bibliographie

[82] Nataf, P. & Ciuti, C. No-go theorem for superradiant quantum phase
transitions in cavity QED and counter-example in circuit QED. Nature
Communication 72 (2010).

[83] Hopfield, J. J. Theory of the Contribution of Excitons to the Complex


Dielectric Constant of Crystals. Phys. Rev. 112, 1555–1567 (1958).

[84] Gerace, D. & Andreani, L. C. Quantum theory of exciton-photon coupling


in photonic crystal slabs with embedded quantum wells. Phys. Rev. B 75,
235325 (2007).

[85] Bajoni, D. et al. Exciton polaritons in two-dimensional photonic crystals.


Phys. Rev. B 80, 201308 (2009).

[86] Scalari, G. et al. Ultrastrong Coupling of the Cyclotron Transition of a


2D Electron Gas to a THz Metamaterial. Science 335, 1323–1326 (2012).

[87] Hagenmüller, D. & Ciuti, C. Cavity QED of the Graphene Cyclotron


Transition. Phys. Rev. Lett. 109, 267403 (2012).

[88] Goerbig, M. O. Electronic properties of graphene in a strong magnetic


field. Rev. Mod. Phys. 83, 1193–1243 (2011).

[89] Iyengar, A., Wang, J., Fertig, H. A. & Brey, L. Excitations from filled
Landau levels in graphene. Phys. Rev. B 75, 125430 (2007).

[90] Bychkov, Y. A. & Martinez, G. Magnetoplasmon excitations in graphene


for filling factors ν . 6. Phys. Rev. B 77, 125417 (2008).

[91] Roldán, R., Fuchs, J.-N. & Goerbig, M. O. Spin-flip excitations, spin
waves, and magnetoexcitons in graphene Landau levels at integer filling
factors. Phys. Rev. B 82, 205418 (2010).

[92] Sadowski, M. L., Martinez, G., Potemski, M., Berger, C. & de Heer,
W. A. Landau Level Spectroscopy of Ultrathin Graphite Layers. Phys.
Rev. Lett. 97, 266405 (2006).

[93] Jiang, Z. et al. Infrared Spectroscopy of Landau Levels of Graphene.


Phys. Rev. Lett. 98, 197403 (2007).

[94] Berger, C. et al. Electronic Confinement and Coherence in Patterned


Epitaxial Graphene. Science 312, 1191–1196 (2006).
Bibliographie 193

[95] Hass, J. et al. Why Multilayer Graphene on 4H-SiC(0001) Behaves Like


a Single Sheet of Graphene. Phys. Rev. Lett. 100, 125504 (2008).

[96] Luk’yanchuk, I. A. & Bratkovsky, A. M. Lattice-Induced Double-Valley


Degeneracy Lifting in Graphene by a Magnetic Field. Phys. Rev. Lett.
100, 176404 (2008).

[97] Fuchs, J.-N. & Lederer, P. Spontaneous Parity Breaking of Graphene in


the Quantum Hall Regime. Phys. Rev. Lett. 98, 016803 (2007).

[98] Goerbig, M. O., Moessner, R. & Douçot, B. Electron interactions in


graphene in a strong magnetic field. Phys. Rev. B 74, 161407 (2006).

[99] Neugebauer, P., Orlita, M., Faugeras, C., Barra, A.-L. & Potemski, M.
How Perfect Can Graphene Be ? Phys. Rev. Lett. 103, 136403 (2009).

[100] Checkelsky, J. G., Li, L. & Ong, N. P. Zero-Energy State in Graphene


in a High Magnetic Field. Phys. Rev. Lett. 100, 206801 (2008).

[101] Bolotin, K. et al. Ultrahigh electron mobility in suspended graphene. Solid


State comm. 146, 351–355 (2008).

[102] Goerbig, M. O., Fuchs, J.-N., Kechedzhi, K. & Fal’ko, V. I. Filling-


Factor-Dependent Magnetophonon Resonance in Graphene. Phys. Rev.
Lett. 99, 087402 (2007).

[103] Dicke, R. H. Coherence in Spontaneous Radiation Processes. Phys. Rev.


93, 99–110 (1954).

[104] Holstein, T. & Primakoff, H. Field Dependence of the Intrinsic Domain


Magnetization of a Ferromagnet. Phys. Rev. 58, 1098–1113 (1940).

[105] Emary, C. & Brandes, T. Chaos and the quantum phase transition in
the Dicke model. Phys. Rev. E 67, 066203 (2003).

[106] Nataf, P., Baksic, A. & Ciuti, C. Double symmetry breaking and two-
dimensional quantum phase diagram in spin-boson systems. Phys. Rev.
A 86, 013832 (2012).

[107] Le Hur, K. Quantum Phase Transitions in Spin-Boson Systems : Dissi-


pation and Light Phenomena (2009). ArXiv : 0909.4822v1 [cond-mat].
194 Bibliographie

[108] Emary, C. & Brandes, T. Quantum Chaos Triggered by Precursors of


a Quantum Phase Transition : The Dicke Model. Phys. Rev. Lett. 90,
044101 (2003).

[109] Tolkunov, D. & Solenov, D. Quantum phase transition in the multimode


Dicke model. Phys. Rev. B 75, 024402 (2007).

[110] Chirolli, L., Polini, M., Giovannetti, V. & MacDonald, A. H. Drude


Weight, Cyclotron Resonance, and the Dicke Model of Graphene Cavity
QED. Phys. Rev. Lett. 109, 267404 (2012).

[111] Sabio, J., Nilsson, J. & Castro Neto, A. H. f -sum rule and unconven-
tional spectral weight transfer in graphene. Phys. Rev. B 78, 075410
(2008).

[112] Ando, T. & Uemura, Y. Theory of Quantum Transport in a Two-


Dimensional Electron System under Magnetic Fields. I. Characteristics
of Level Broadening and Transport under Strong Fields. Journal of the
Physical Society of Japan 36, 959–967 (1974).

[113] Ando, T. Theory of Quantum Transport in a Two-Dimensional Electron


System under Magnetic Fields. IV. Oscillatory Conductivity. Journal of
the Physical Society of Japan 37, 1233–1237 (1974).

[114] Ando, T. Theory of Cyclotron Resonance Lineshape in a Two-


Dimensional Electron System. Journal of the Physical Society of Japan
38, 989–997 (1975).

[115] Ando, T., Matsumoto, Y. & Uemura, Y. Theory of Hall Effect in a Two-
Dimensional Electron System. Journal of the Physical Society of Japan
39, 279–288 (1975).

[116] Westfahl, H. Bosonização em Níveis de Landau. Ph.D. thesis, Universi-


dade Estadual Campinas, Instituto de Física "Gleb Wataghin" (1998).

[117] Mani, R. et al. Zero-resistance states induced by electromagnetic-wave ex-


citation in GaAs/AlGaAs heterostructures. Nature 420, 646–650 (2002).

[118] Durst, A. C., Sachdev, S., Read, N. & Girvin, S. M. Radiation-Induced


Magnetoresistance Oscillations in a 2D Electron Gas. Phys. Rev. Lett.
91, 086803 (2003).
Bibliographie 195

[119] Vavilov, M. G. & Aleiner, I. L. Magnetotransport in a two-dimensional


electron gas at large filling factors. Phys. Rev. B 69, 035303 (2004).

[120] Dmitriev, I. A., Vavilov, M. G., Aleiner, I. L., Mirlin, A. D. & Polyakov,
D. G. Theory of microwave-induced oscillations in the magnetoconducti-
vity of a two-dimensional electron gas. Phys. Rev. B 71, 115316 (2005).

[121] Frohlich, H. On the Theory of Superconductivity : The One-Dimensional


Case. Proc. R. Soc. Lond. A 223, 296–305 (1954).

[122] Lee, P., Rice, T. & Anderson, P. Conductivity from charge or spin density
waves. Solid State Communications 14, 703–709 (1974).

[123] Hepp, K. & Lieb, E. H. Equilibrium Statistical Mechanics of Matter


Interacting with the Quantized Radiation Field. Phys. Rev. A 8, 2517–
2525 (1973).

[124] Wang, Y. K. & Hioe, F. T. Phase Transition in the Dicke Model of


Superradiance. Phys. Rev. A 7, 831–836 (1973).

[125] Duncan, G. C. Effect of antiresonant atom-field interactions on phase


transitions in the Dicke model. Phys. Rev. A 9, 418–421 (1974).

[126] Coleman, L. et al. Superconducting fluctuations and the peierls instability


in an organic solid. Solid State Communications 12, 1125–1132 (1973).

[127] Haldane, F. ’Luttinger liquid theory’ of one-dimensional quantum fluids :


I. Properties of the Luttinger model and their extension to general 1D
interacting spinless Fermi gas. J. Phys. C : Solid State Phys. 14, 2585–
2609 (1981).

[128] Roldán, R., Goerbig, M. O. & Fuchs, J.-N. Theory of Bernstein modes
in graphene. Phys. Rev. B 83, 205406 (2011).

Vous aimerez peut-être aussi