Physique Mathématique: Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne Programme de Bachelor en Physique
Physique Mathématique: Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne Programme de Bachelor en Physique
2 Variétés 17
2.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.1.1 Variétés topologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.1.2 Variétés différentiables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.1.3 Variétés orientables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.1.4 Variétés avec bords . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.2 Surfaces et hypersurfaces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
i
2.2.1 Surfaces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.2.2 Hypersurfaces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.2.3 La sphère à n dimensions Sn . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.3 Espaces quotients . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.3.1 Espaces projectifs RPn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.3.2 Les sphères Sn comme espaces quotients . . . . . . . . 26
2.3.3 Espaces quotients par translations . . . . . . . . . . . . 26
2.4 Groupes et leurs quotients . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.5 Caractéristique d’Euler . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.5.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.5.2 Variétés de dimension 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.5.3 Variétés de dimension 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
2.6 Topologie et mécanique quantique . . . . . . . . . . . . . . . . 31
4 Homotopie 43
4.1 Chemins et boucles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
4.2 Homotopie de chemins et boucles . . . . . . . . . . . . . . . . 44
4.3 Groupe fondamental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
4.4 Groupes d’homotopie d’ordre supérieur . . . . . . . . . . . . . 46
4.5 Homotopie d’applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
4.6 Brisure de symétrie et défauts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
4.6.1 Paramètres d’ordre et défauts . . . . . . . . . . . . . . . 48
4.6.2 Substances magnétiques planaires, supraconductrices
et superfluides . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
4.6.3 Substances magnétiques ordinaires . . . . . . . . . . . 52
4.6.4 Cristaux liquides nématiques . . . . . . . . . . . . . . . 53
4.7 Dégénérescence de valeurs propres d’une matrice . . . . . . . 54
5 Groupes de Lie 55
5.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
5.2 Difféomorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
5.3 Groupes de Lie matriciels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
5.3.1 Le groupe GL(n, K ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
5.3.2 Le groupe SL(n, K ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
5.3.3 Les groupes O(n) et SO(n) . . . . . . . . . . . . . . . . 58
5.3.4 Les groupes U(n) et SU(n) . . . . . . . . . . . . . . . . 59
ii
5.3.5 Les groupes O( p, n − p) et SO( p, n − p) . . . . . . . . . 60
5.3.6 Le groupe SP(2n, R ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
5.4 Sous-groupes de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
5.5 Groupes de Lie à un paramètre . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
7 Symétries d’espace-temps 75
7.1 Le groupe des rotations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
7.1.1 Structure du groupe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
7.1.2 Algèbre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
7.1.3 Représentations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
7.1.4 Relation avec SU (2) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
7.2 Le groupe de Lorentz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
7.2.1 Structure du groupe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
7.2.2 Algèbre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
7.2.3 Représentations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
7.2.4 Relation avec SL(2, C ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
iii
9.1 Variétés avec métrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
9.2 Hypersurfaces et métrique induite . . . . . . . . . . . . . . . . 108
9.3 Courbes et géodésiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
9.4 Différents types de géométries . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
9.4.1 Plan d’Euclide R2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
9.4.2 Sphère S2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
9.4.3 Espace de Poincaré H 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
9.5 Courbure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
9.6 Applications à la mécanique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
9.6.1 Particule non-relativiste . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
9.7 Particule relativiste . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
iv
Chapitre 1
1.1 Préliminaires
Avant même de spécifier la structure d’un ensemble abstrait d’éléments,
il est possible de caractériser ces ensembles et leurs éléments à l’aide d’ap-
plications et de relations.
1.1.1 Relations
Une relation R entre paires d’éléments dans un ensemble X est un sous-
ensemble de X 2 . Une relation d’équivalence ∼ est une relation satisfaisant les
propriétés suivantes, ∀ x, y, z ∈ X :
1. x ∼ x
2. x ∼ y ⇔ y ∼ x
3. x ∼ y et y ∼ z ⇒ x ∼ z
1
1.1.2 Applications
Une application f d’un ensemple X à un autre Y est une règle assignant
∀ x ∈ X un y = f ( x) ∈ Y. On la dénote par f : X → Y. Elle est dite :
• injective : si ∀ x, x′ ∈ X avec x 6= x′ on a f ( x) 6= f ( x′ )
• surjective : si ∀y ∈ Y, ∃ x ∈ X tel que f ( x) = y
• bijective : si elle est injective et surjective, et donc inversible
Une application f : X → Y entre ensembles X et Y munis de structures
algébriques (telles que l’addition, la multiplication ou la composition) est
appelée homomorphisme si elle préserve ces structures. Un homomorphisme
est ensuite appelé monomorphisme s’il est injectif, epimorphisme s’il est surjectif
et isomorphisme s’il est bijectif. Deux ensemble X et Y sont dits isomorphes s’il
existe un isomorphisme f : X → Y les reliant. On écrit alors X ≃ Y, car c’est
une relation d’équivalence entre ensembles d’un même type.
Une application f : X → Y est appelée fonction quand elle prend des
valeurs numériques, c’est-à-dire quand Y est un sous-espace de R n ou C n .
1.2.1 Définition
Un espace vectoriel V sur un corps K (R ou C) est un esemble muni de
deux opérations, l’addition et la multiplication par un élément de K, satis-
faisant les propriétés suivantes :
1. u + v = v + u
2. (u + v) + w = u + (v + w)
3. ∃0 : v + 0 = v
4. ∀u, ∃ − u : u + (−u) = 0
5. a(u + v) = au + av
6. ( a + b)u = au + bu
7. ( ab)u = a(bu)
8. 1u = u
2
Les éléments u, v, w, 0 ∈ V sont appelés vecteurs, et les éléments a, b, 1 ∈ K
sont appelés scalaires.
ai vi = 0 ⇒ ai = 0 (1.2)
v = vi ei (1.3)
v̂i = Λi j v j (1.7)
3
1.2.2 Applications linéaires
Une application f : V → W entre deux espaces vectoriels V et W est
appelée application linéaire si elle satisfait la propriété :
avec des composantes v∗i donées simplement par les valeurs de la fonction
v∗ sur les vecteurs de base ei de V :
4
Sous un changement de base de {ei } à {êi } pour V, de la forme (1.6),
la base duale pour V ∗ change elle aussi de {e∗i } à {ê∗i }, de telle manière à
preserver la relation (1.9), avec
ê∗i = Λi j e∗ j (1.12)
Les nouvelles composantes des vecteurs duaux v∗ sont alors données par
j
v̂∗i = Λ̃i v∗j (1.13)
Remarque. Étant donné que V et V ∗ ont la même dimension, ils sont iso-
morphes : V ≃ V ∗ . En outre, au même titre que les vecteurs duaux u∗ ∈ V ∗
sont des fonctions linéaires sur V, les vecteurs v ∈ V peuvent être vus
comme fonctions linéaires sur V ∗ , en définissant v(u∗ ) = u∗ (v).
On voit que ce produit est invariant sous changements de base, sous lesquels
les composantes vi et u∗i se transforment comme dans (1.7) et (1.13).
Pour promouvoir ce produit d’éléments de V avec des éléments de V ∗ à
un produit d’éléments du seul V entre eux, on peut utiliser un isomorphisme
g : V → V ∗ entre les espaces vectoriels V et V ∗ . Celui-ci est une transfor-
mation linéaire générale dans K n , et sa représentation en composantes dans
une base arbitraire prend la forme g : vi → gij v j , où gij est une matrice n × n
inversible : det g 6= 0. On peut alors définir le produit scalaire (·, ·) : V 2 → K
comme
(u, v) = h ḡ (u), vi (1.16)
En composantes, ceci signifie :
5
1.2.5 Produit tensoriel
Le produit tensoriel de deux espaces vectoriels E et F de dimensions n et
m, noté E ⊗ F, est un espace vectoriel de dimension nm dont les éléments T
sont les applications linéaires de E∗ × F ∗ dans K, qui associent à un couple
ordonné (u∗ , v∗ ) avec u∗ ∈ E∗ et v∗ ∈ F ∗ un nombre T (u∗ , v∗ ) ∈ K. La
linéarité doit être réalisée par rapport à chacun des arguments.
Des éléments particuliers de E ⊗ F peuvent être construits à l’aide du
produit tensoriel de deux vecteurs u ∈ E et v ∈ F, et agissent par définition
sur u∗ ∈ E∗ et v∗ ∈ F ∗ comme
avec
T ia = T (e∗i , f ∗ a ) (1.21)
En comparant (1.19) et (1.20) on voit que {ei ⊗ f a } est une base de E ⊗ F, et
les T ia définis par (1.21) sont les composantes de T dans cette base :
T = T ia e j ⊗ f a (1.22)
1.2.6 Tenseurs
On peut généraliser les notions de vecteurs d’un espace vectoriel V et
de vecteurs duaux de son dual V ∗ en considérant le produit tensoriel de r
copies de V et de s copies de son dual V ∗ , noté
V (r,s) = V
| ⊗ ···
{z ⊗ V} ⊗ V
∗
| ⊗ ···
∗
{z ⊗ V } (1.23)
r fois s fois
6
linéaire de V dans K. Plus en général, un élément T ∈ V (r,s) est appelé
tenseur de type (r, s), et correspond à une application linéaire de V ∗r × V s
dans K. Le rang d’un tel tenseur est défini comme r + s.
Un tenseur T ∈ V (r,s) peut également être interprété comme une applica-
tion linéaire de V ∗ p × V q dans V (r − p,s−q), en vertu de la dualité entre V et V ∗ .
En effet, en appliquant T à seulement p vecteurs et q covecteurs, on obtient
une application linéaire des r − p arguments covectoriels et s − q arguments
vectoriels restants dans K, ce qui correspond par définition à un tenseur de
type (r − p, s − q). En particulier, un tenseur de type (1, 1) définit de cette
manière une application linéaire de V dans V ou de V ∗ dans V ∗ .
Des bases {ei } et {e∗ j } de V et V ∗ définissent une base naturelle pour
V (r,s) donnée par l’ensemble {ei1 ⊗ · · · ⊗ eir ⊗ e∗ j1 ⊗ · · · ⊗ e∗ jr }. Dans cette
base, un tenseur T ∈ V (r,s) se décompose avec certaines composantes notées
···ir
Tji11··· js comme
···ir
T = Tji11··· js ei1 ⊗ ··· ⊗ eir ⊗ e
∗ j1
⊗ ··· ⊗ e∗ js (1.24)
Lors d’un changement de base défini par une transformation linéaire
générale Λ et son inverse transposée Λ̃ dans K n , les vecteurs de base de V
et V ∗ se transforment comme
j
êi = Λ̃i e j , ê∗i = Λi j e∗ j (1.25)
On voit alors que pour que le tenseur T soit invariant ses composantes
doivent se transformer comme
···ir ls k1 ···k r
T̂ji11··· i1 ir l1
js = Λ k1 ··· Λ k r Λ̃ j1 ··· Λ̃ js Tl1 ···ls (1.26)
On peut montrer que cette propriété aurait pu être prise comme définition
équivalente d’un tenseur de type (r, s). De ce fait, un tel tenseur est aussi
appelé tenseur contravariant d’ordre r et covariant d’ordre s.
Propriétés.
1. La combinaison linéaire U = aS + bT de deux tenseurs S et T de même
type (r, s), est par construction un nouveau tenseur de même type
(r, s), avec composantes données par
···ir i1 ···ir i1 ···ir
Uji11··· js = aS j1 ··· js + bTj1 ··· js (1.27)
7
Un exemple familier est celui du produit tensoriel de deux matrices a
′ ′ ′
et b, dont les composantes sont aij et bij′ de sorte que ( a ⊗ b)iijj′ = aij bij′ .
3. La contraction d’un tenseur T de type (r, s) sur ses n-ième et m-ième
arguments contravariants et covariants produit un nouveau tenseur U
tel que U (u1∗ , ···, ur∗−1 , u1 , ···, us−1 ) = T (u1∗ , ···, e∗k , ···, ur∗ , u1 , ···, ek , ···, us ),
de type (r − 1, s − 1). Sous un changement de base, les matrices Λ
et Λ̃ provenant des transformations de e∗k et ek se compensent. En
composantes on a :
1 1
T( j1 j2 ) = Tj1 j2 + Tj2 j1 , T[ j1 j2 ] = Tj1 j2 − Tj2 j1 (1.30)
2 2
Plus en général, pour un tenseur de type (0, k) avec composantes Tj1 ··· jk ,
on peut définir la symétrisation et l’antisymétrisation à l’aide des per-
mutations π de k objets :
1 1
∑ Tπ ( j )···π ( j ) , (−1)π Tπ ( j1 )···π ( jk ) (1.31)
n! ∑
T( j1 ··· jk ) = 1
T[ j1 ··· jk ] =
n! π
k
π
1.3.1 Définition
Un ensemble X est appelé espace topologique s’il est doté d’une topologie
T = {Oi }, constituée d’un ensemble de sous-ensembles Oi de X tel que
1. ∅, X ∈ T
2. L’intersection d’un nombre fini de Oi appartient aussi à T.
3. L’union d’un nombre fini ou infini de Oi appartient aussi à T
8
Les ensembles Oi spécifiant la topologie T sont appelés ouverts. Un ensemble
Fi est au contraire dit fermé s’il est le complément d’un ensemble ouvert :
∃Oi ∈ T : Fi = X \Oi . Un ensemble F est fermé si et seulement si tout point
d’accumulation de F est un élément de F.
La topologie T permet de définir une notion de proximité pour les élé-
ments de X. Un sous-ensemble U ∈ X est appelé voisinage de x ∈ X s’il
existe un ouvert Oi ∈ T tel que x ∈ Oi ⊂ U.
Remarque. T = {∅, X } définit la topologie la moins détaillée possible et est
appelé topologie banale. T = {tous les sous-ensembles de X } définit la topo-
logie la plus détaillée possible et est appelé topologie discrète. En général, la
première est pas assez restrictive et la deuxième trop restrictive pour donner
une structure intéressante.
Exemple. Pour l’espace R, l’ensemble de tous les intervalles ouverts ] a, b[ et
leurs unions définit une topologie, applée topologie usuelle.
9
déformations continues. Remarquons à titre d’exemple que des propriétés
telles que la compacité, la connexité ou la séparabilité sont préservées par
les homéomorphismes et caractérisent donc les classes d’équivalences topo-
logiques. Plus en général, on cherche à définir des invariants topologiques,
soit des grandeurs I ( X ) invariantes sous homéomorphismes, de sorte que si
I ( X ) 6= I (Y ) alors X 6≃ Y.
1. d( x, y) = d(y, x)
2. d( x, y) ≥ 0 et d( x, y) = 0 ⇔ x = y
3. d( x, y) ≤ d( x, z) + d(z, y) ∀ x, y, z
Un espace X muni d’une distance est appelé espace métrique. Un tel espace
devient un espace topologique séparé en appellant ouverts les boules ouvertes
de centre x et de rayon r, Br ( x) = {y | d( x, y) < r}, ainsi que toutes leurs
unions possibles.
Dans ces espaces il existe une base dénombrable d’ouverts, c’est-à-dire un en-
semble d’ouverts {Oi } tel que tout ouvert O puisse s’écrire comme la réunion
de certains de ces éléments de base O = ∪ j O j . Cette base est construite à
l’aide des boules Br ( x) avec r ∈ Q et xi ∈ Q ou Q2 . Rappelons également le
critère de Bolzano–Weierstrass : un sous-ensemble de R n ou C n est compact
si et seulement si il est fermé et borné.
1.5 Groupes
Les groupes sont des ensembles munis d’une opération de composition
des differents éléments. Ils sont l’instrument approprié pour décrire les sy-
métries d’un système physique. En pratique, le groupe doit être réalisé par
10
une représentation sur l’espace vectoriel décrivant les configurations du sys-
tème. Les exemples les plus importants sont les transformations de référen-
tiel, comme les rotations dans les théories Galiléenes ou les transformations
de Lorentz dans les théories relativistes.
1.5.1 Définition
Un groupe est un ensemble G muni d’une loi de composition satisfaisant
les propriétés suivantes ∀ g1 , g2 , g3 ∈ G :
1. g1 · g2 ∈ G
2. g1 · ( g2 · g3 ) = ( g1 · g2 ) · g3
3. ∃e ∈ G : e · g = g · e = g
4. ∃ g−1 ∈ G : g · g−1 = g−1 · g = e
1.5.3 Représentations
Une représentation R d’un groupe G dans un espace vectoriel V de dimen-
sion n sur K est un homomorphisme φ : G → GL(n, K ) associant à chaque
élément g ∈ G une transformation linéaire générale φ( g) ∈ GL(n, K ) agis-
sant dans l’espace vectoriel V, c’est-à-dire φ( g) : V → V, avec la propriété
suivante :
11
1. φ( g1 · g2 ) = φ( g1 )φ( g2 )
φ ( e) = 1 (1.34)
12
tient au fait que les éléments de la représentation R A ⊗ R B sont des produits
tensoriels de tenseurs, qui peuvent en général être décomposés en différentes
parties à symétrie définie qui ne se mélangent pas.
Un résultat important concernant les représentations irréductibles est
fourni par le lemme de Schur. Soit R = {φ( g)} une représentation irréductible
de dimension n finie d’un groupe G, et soit C une matrice n × n arbitraire.
Si C commute avec tous les éléments de R, alors C est proportionnelle à
l’identité par une constante λ qui dépend de R :
1.6.1 Définition
Une algèbre de Lie g est un espace vectoriel V sur un corps K muni d’un
crochet entre deux éléments u, v ∈ V, noté [u, v], satisfaisant les propriétés
suivantes ∀u, v, w ∈ V and a, b ∈ K :
1. [u, v] ∈ V
2. [u, v] = −[v, u]
3. [u, av + bw] = a[u, v] + b[u, w]
4. [[u, v], w] + [[v, w], u] + [[w, u], v] = 0 (propriété de Jacobi)
13
Une telle algèbre est dite réelle si K = R, même si les éléments u sont décrits
par des objects complexes. Elle est dite complexe si K = C.
Exemples.
1. V = R3 sur R avec [~u, ~v] = ~u × ~v = produit vectoriel.
2. V = C1 (R2n ) sur R où [ f , g] = { f , g} = crochet de Poisson.
3. V = gl(n, K ) = {matrices n × n} sur K où [ A, B] = commutateur.
1.6.3 Représentations
Une représentation R d’une algèbre de Lie g dans un espace vectoriel
de dimension n sur K est un homomorphisme ψ : g → gl(n, K ) associant
à chaque élément u ∈ g un élément ψ(u) ∈ gl(n, K ), avec les propriétés
suivantes :
14
1. ψ(αu + βv) = αψ(u) + βψ(v)
2. ψ([u, v]) = [ψ(u), ψ(v)] = ψ(u)ψ(v) − ψ(v)ψ(u)
ψ( 0) = 0 (1.39)
15
16
Chapitre 2
Variétés
2.1 Définitions
Pour définir une variété de façon intrinsèque, on procède de la même
façon que pour décrire la surface de la Terre sans avoir à l’imaginer dans
l’espace R3 . On utilise un atlas, composés de cartes. Les cartes quadrillées
décrivant une région de la Terre sont des ouverts de R2 , et le quadrillage
représente un système de coordonnées locales. On demande en outre que
deux cartes différentes contenant une même région décrivent celle-ci de fa-
çons compatibles. Enfin, pour décrire toute la Terre, il faut considérer un
ensemble de cartes où chaque région est décrite, et les réunir en un atlas.
17
Les couples ( Mα , φα ) sont appelés cartes, et l’ensemble A = {( Mα , φα )} est
appelé atlas. Ceci veut dire que si y ∈ Mα , on peut caractériser y par des
coordonnées locales φα (y) ∈ Uα . On adopte alors la notation xα = φα (y),
avec xα = ( x1α , ···, xαn ) (les indices α spécifiant la carte ne sont jamais sommés,
même si répétés).
Les xαi sont des fonctions continues de y et, inversement, y dépend conti-
nûment des xαi . Lorsque deux cartes décrivent la même région, c’est-à-dire
lorsque Mα ∩ M β 6= ∅, deux coordonnées locales, xα et x β , peuvent être
introduite. Ces deux coordonnées locales sont toutefois reliées par des fonc-
1
tions f αβ = φα · φ−β : φ β ( Mα ∩ M β ) → φα ( Mα ∩ M β ) bicontinues, appelées
fonctions de transition :
1
xα = f αβ ( x β ) , f αβ = φα · φ−
β bicontinue (2.1)
Une variété différentiable est donc une variété topologique sur laquelle on
peut définir un calcul différentiel semblable à celui sur R n . On dit qu’il existe
une structure différentiable. Celle-ci n’est toutefois pas toujours unique. Pour
la définir plus précisément, on introduit le concept de compatibilité entre
cartes. Deux cartes ( Mα , φα ) et ( M β , φβ ) sont dites compatibles si la fonction
de transition f αβ est différentiable quand Mα ∩ M β 6= ∅. On dit alors aussi
que deux atlas formés de cartes compatibles sont équivalents si leur union
est encore un atlas de cartes compatibles. Ceci définit une relation d’équi-
valence, et on peut alors définir la structure différentiable comme la classe
d’équivalence correspondante.
Il est important de souligner qu’en partant d’une variété topologique
donnée on obtient la même variété différentiable en utilisant tout atlas fai-
sant partie de la même classe d’équivalence associée à une certaine structure
différentiable. Dans les applications physiques, ceci correspond au principe
selon lequel aucun système de coordonnées n’a de sens physique et n’est
donc privilégié.
Finalement, on remarque que l’absence de structure différentiable pour
une variété topologique signale la présence de la généralisation de ce que
18
sont les arêtes pour les surfaces. Par exemple, comme nous allons le voir
une sphère est une variété différentiable tandis qu’un polyèdre dans R3 est
une variété topologique mais non différentiable.
Propriétés.
Exemples.
19
2.2 Surfaces et hypersurfaces
Les exemples les plus élémentaires de variétés sont les courbes, surfaces
ou hypersurfaces définies de façon implicite par une ou plusieurs équations
représentant des contraintes sur les coordonnées de R n . Nous allons d’abord
examiner le cas illustratif d’une surface de dimension 2 définie par une équa-
tion dans R3 , et ensuite mentionner la généralisation à une hypersurface de
dimension n définie par m équations dans R n+m .
2.2.1 Surfaces
Un surface bidimensionnelle S est un sous-espace de l’espace tridimen-
sionnel R3 défini par une contrainte :
S = y ∈ R 3 | F ( y) = 0 (2.2)
Une surface S est un espace topologique séparé, dont les ouverts sont obte-
nus comme intersections des ouverts de R3 avec S. On dit en outre que S est
régulière en un point y0 si le vecteur ∇ F des dérivées partielles de F n’est pas
identiquement nul en y0 . On a alors le théorème suivant :
On a donc ′ ′′
F (y0α , yα , yα )
(yα − y0α ) = − + O(|yα − y0α |2 ) (2.4)
∂α F (y0α , yα′ , yα′′ )
Cette équation définit une contraction dans une boule | yα − y0α | ≤ ǫ, si ǫ est
assez petit. Il suit que si F est différentiable alors
′ ′′
yα = gα ( yα , yα ) différentiable (2.5)
20
Ceci permet de décrire le voisinage de y0 par une carte ( Mα , φα ), avec coor-
′ ′′
données φα (y) = (yα , yα ) ≡ ( x1α , x2α ), qui définissent un homéomorphisme
de Mα ⊂ S à Uα ⊂ R2 . Pour le passage d’une carte ( Mα , φα ) à une carte
( M β , φβ ), dans Mα ∩ M β , on a
β β 1 2
y ′ = g (xβ , xβ )
α 1 2
y = g ( xα , xα )
α
y β = x1β
′
yα = x1α et (2.6)
yα′′ = x2
y β′′ = x2
α β
On voit que les fonctions de transition entre ( x1α , x2α ) et ( x1β , x2β ) sont différen-
tiables, comme conséquence de la différentiabilité de gα et g β :
j
xαi ( x β ) différentiables (2.7)
Remarques.
Exemples.
F ( y ) = ( y1 ) 2 + ( y2 ) 2 + ( y3 ) 2 − r 2 = 0
2. Le cône d’angle α est une surface régulière en tout point sauf l’apex,
décrite par l’équation
21
2.2.2 Hypersurfaces
Une hypersurface S de dimension n est un objet défini par m contraintes
dans l’espace R n+m :
S = y ∈ R n+m | F a (y) = 0 , a = 1, ···, m (2.8)
Une hypersurface S est un espace topologique séparé, dont les ouverts sont
obtenus comme intersections des ouverts de R n+m avec S. Elle est dite régu-
lière en y0 si la matrice m × (m + n) ∇ F des dérivées partielles des fonctions
F, dont les éléments sont donnés par (∇ F ) aA = ∂F a /∂y A avec a = 1, ···, m et
A = 1, ···, m + n, est de rang m en y0 . On a alors le théorème suivant :
Preuve. La démonstration est en grande partie la même que dans le cas des
surfaces et résulte à nouveau essentiellement du théorème des fonctions im-
plicites. Le fait que la matrice ∇ F soit de rang m en chaque y0 garantit que
l’on peut décomposer y = ( x, z) au voisinage de y0 , avec x ∈ R n et z ∈ R m ,
de telle façon que la matrice ∂F a /∂zb , avec a, b ∈ 1, ···, m soit inversible.
Il suit alors du théorème des fonctions implicites que l’on peut résoudre
les contraintes pour exprimer les variables z comme des fonctions différen-
tiables des variables x :
Remarques.
22
2.2.3 La sphère à n dimensions Sn
La sphère à n dimensions de rayon unitaire est définie comme l’hyper-
surface donnée par
S n = y ∈ R n +1 | k yk = 1 (2.10)
C’est une variété à n dimensions différentiable et orientable, par le théorème
de la section précédente. Elle n’a pas de bord, et est compacte. Elle repré-
sente en quelque sorte pour chaque n l’exemple le plus simple de variété
non-banale, c’est-à-dire qui est équivalente à R n localement mais pas globa-
lement, ce qui se traduit par l’impossibilité de la décrire à l’aide d’une seule
carte.
Considérons d’abord le cas le plus simple du cercle S1 , correspondant à
n = 1. En utilisant des coordonnées polaires on peut paramétriser y ∈ S1
comme y = (cos(θ + θ0 ), sin(θ + θ0 )). Toutefois, pour définir une carte il
est nécessaire de considerer un domaine ouvert et une fonction coordonnée
bicontinue. Une seule carte ne suffit alors pas à couvrir tout S1 , car il reste
toujours un point exclu. Par exemple, en prenant θ ∈ ]0, 2π [ le point exclu
est P0 = (cos θ0 , sin θ0 ). Il est donc nécessaire de considérer au moins deux
cartes qui se chevauchent, pour que chaque point soit dans une carte. On
peut par exemple prendre deux cartes avec θ0 égal à 0 et π, qui excluent
respectivement les points P+ = (1, 0) et P− = (−1, 0) :
• Première carte : ( M+ , φ+ ) avec M+ = S1 \{ P+ }, U+ = ]0, 2π [ et coor-
donnée φ+ : M+ → U+ donnée par
On a M+ ∩ M− = S1 \{ P+ , P− } et
23
Considérons maintenant le cas de la sphère S2 , correspondant à n = 2.
Pour la décrire on peut produire les cartes par la méthode de la projection
stéréographique. Soient N le pôle nord et S le pôle sud, et P un point arbitraire
de S2 :
• Première carte : On trace une droite joignant N à P. Cette droite coupe
le plan équatorial en P′ . La carte correspondante s’écrit ( M+ , φ+ ) avec
M+ = S2 \{ N }, U+ = R2 et φ+ : M+ → U+ donnée par
y1 y2
φ+ ( y ) = , ≡ x+ (2.15)
1 − y3 1 − y3
• Deuxième carte : On trace une droite joignant S à P. Cette droite coupe
le plan équatorial en P′′ . La carte correspondante s’écrit ( M− , φ− ) avec
M− = S2 \{S}, U− = R2 et φ− : M− → U− donnée par
y1 y2
φ− ( y ) = , ≡ x− (2.16)
1 + y3 1 + y3
Notons que M− ∩ M+ = S2 \{S, N } et observons que
φ− ( M− ∩ M+ ) = φ+ ( M− ∩ M+ ) = R2 \{(0, 0)} (2.17)
Posons en plus x+ = ( x1+ , x2+ ) et x− = ( x1− , x2− ). Alors
i
x−
i
x+ ≡ (2.18)
( x1− )2 + ( x2− )2
La fonction de transition x+ ( x− ) est différentiable, et S2 est donc une variété
différentiable. De plus, le Jacobien associé est toujours negatif :
h i −2
∂x+
det = − ( x1+ )2 + ( x2+ )2 <0 (2.19)
∂x−
Ceci indique que les deux cartes utilisées ont des orientations opposées. Il
est toutefois possible d’obtenir la même orientation dans les deux cartes en
réfléchissant une des deux coordonnées dans l’une d’entre elles. De cette
façon les Jacobiens changent de signe et restent positifs. Ceci montre que S2
est orientable.
Les n-sphères Sn avec n ≥ 3 sont toutes des variétés différentiables orien-
tables. Une façon simple de les cartographier qui s’applique à chaque n
consiste à utiliser les projections de chacune des 2n hemisphères avec yi po-
sitive ou négative sur l’hyperplan yi = 0. On considère donc les ouverts
Mi + = y ∈ S n | y i > 0 , Mi − = y ∈ S n | y i < 0 (2.20)
et on prend comme coordonnées les homéomorphismes φi± : Mi± → R n
définis par :
φi± (y) = (y1 , ···, yi−1 , yi+1 , ···, yn+1 ) ≡ ( x1i± , ···, xin± ) (2.21)
24
2.3 Espaces quotients
A partir d’un ensemble X muni d’une relation d’équivalence ∼ entre ses
éléments x, on peut définir l’espace quotient X/∼ constitué de l’ensemble des
classes d’équivalence [ x] de X.
On peut toujours définir une topologie sur un espace quotient à partir de
la topologie sur X. Soit p la projection de X sur X/∼ définie par p( x) = [ x].
On peut alors définir les ouverts Oe de X/∼ par O e = p(O) où O est un ouvert
de X. Cette topologie s’appelle topologie quotient.
Si X est une variété, X/∼ est souvent, mais pas toujours, une variété.
Les classes d’équivalence correspondantes [y] = [y1 , ···, yn+1 ] sont appelées
coordonnées homogènes. On a alors RPn = X/∼. On peut montrer que c’est
un espace topologique séparé. Pour montrer que c’est une variété, on consi-
dère les n + 1 ouverts Oα = {y ∈ X | yα 6= 0} de X, pour α = 1, ···, n + 1. Ces
S
ouverts recouvrent X : α Oα = X. Les ouverts correspondants Mα = O eα
sur l’espace quotient X/∼ peuvent alors être utilisées comme domaines de
définition de n + 1 cartes. Dans chacune de ces cartes, on introduit des coor-
données locales ( x1α , ···, xαn ), dites coordonnées inhomogènes, définies par l’ho-
méomorphisme φα : Mα → R n donné par
1
y yα −1 yα +1 yn +1
φα ([y]) = , ···, α , α , ···, α ≡ xα (2.23)
yα y y y
Notons que ces coordonnées sont effectivement indépendantes du choix du
représentant y choisi pour la classe d’équivalence [y]. Les fonctions de tran-
sitions entre deux cartes avec β > α sont données par :
xαi
β −1
, i ∈ [1, α − 1]
x
α
1
x β −1 , i = α
α
xiβ = i−1 (2.24)
x α
β −1
, i ∈ [α + 1, β − 1]
x α
xαi
β−1 , i ∈ [ β + 1, n]
xα
25
β −1
Elles sont différentiables, vu que xα = y β /yα 6= 0 dans Mα ∩ M β . Par
n
conséquent, RP est une variété différentiable. Les Jacobiens sont facile-
ment calculés. Par exemple pour β = α + 1 on obtient J ≡ det(∂x β /∂xα ) =
β −1
−1/( xα )n+1. Si n est impair J < 0, mais si n est pair on peut avoir J > 0 ou
J < 0. On voit alors que RPn est orientable si n est impair, et non orientable
si n est pair.
On peut également construire RPn d’une autre manière. Pour définir une
droite passant par l’origine dans R n+1 , on peut prendre un vecteur unité
u ∈ R n+1 avec kuk = 1 et donc u ∈ Sn . Mais comme ±u définissent la même
droite, on a RPn ≃ Sn /∼, où la relation d’équivalence ∼ consiste à identifier
les points antipodaux.
Figure 2.1 – La sphère comme espace quotient. On identifie les points du bord du
disque unité D2 . Par déformation continue et en plongeant le disque dans R 3 , on
obtient la sphère S2 .
x ∼ y ⇔ x − y = 2πn , n ∈ Z (2.25)
26
Dans R2 , on peut considérer plusieurs relations d’équivalence différentes
de ce type. En utilisant une seule translation on peut par example définir les
relations d’équivalence :
1. x ∼ y ⇔ x1 − y1 = 2πn , x2 = y2 , n ∈ Z
2. x ∼ y ⇔ x1 − y1 = 2πn , x2 = (−1)n y2 , n ∈ Z
27
Figure 2.3 – (a) La bouteille de Klein est homéomorphe au cylindre dont les bords
sont identifiés dans des sens contraires. (b) Le plan projectif RP2 est homéomorphe
au carré dont les côtés opposés sont identifiés dans des directions contraires.
Exemples.
L’espace quotient droit est noté G/H, l’espace quotient gauche est noté H \G.
En général, ces espaces quotients ne sont pas des groupes. Toutefois, si le
groupe G est une variété, l’espace quotient est lui aussi une variété.
28
Exemples.
1. G = R et H = Z avec l’addition. Dans ce cas on a H \G = G/H ≃ S1 .
2. G = R2 et H = Z × Z avec l’addition. Dans ce cas on a H \G = G/H ≃
T 2 ≃ S1 × S1 .
3. G = SO(3) et H = SO(2). Dans ce cas H \G ≃ G/H ≃ S2 . En effet,
g ∈ SO(3) correspond à une rotation dans R3 et h ∈ SO(2) à une
rotation autour d’un axe particulier défini par un vecteur unitaire e.
Pour construire G/H, on remarque que x( g) ≡ apex(g e) définit des
points sur S2 , et vu que he = e on a x( gh) = x( g) = x([ g]). Pour H \G
on procède de façon semblable.
2.5.1 Définition
Par simplicité, nous nous restreindrons au cas de variétés de dimension
n ≤ 3, c’est-à-dire des variétés dans R3 . Toute variété M de ce type peut être
déformée à un polyèdre K, formé de morceaux de plans appelés faces, qui se
rencontrent en des segments appelés côtés, ces mêmes côtés se rencontrant
en des points appelés sommets. Ce polyèdre K est par construction homéo-
morphe à la variété de départ M. Il n’est pas unique, mais étant donné que
nous voulons définir un invariant topologique prenant la méme valeur sur
tous les éléments de chaque classe d’équivalence de variétés homéomorphes,
il est suffisant de considérer un représentant arbitraire.
On définit la caractéristique d’Euler d’un polyèdre K de R3 comme le
nombre entier donné par
χ(K ) = s − c + f (2.28)
où s est le nombre de sommets, c le nombre de côtés et f le nombre de faces
de K. On a alors le théorème suivant, dû à Poincaré-Alexander :
29
Théorème. Soient K1 et K2 deux polyèdres de R3 . Si K1 ≃ K2 alors on a
χ ( K1 ) = χ ( K2 ).
En vertu de ce théorème, on peut définir la caractéristique d’Euler d’une
variété M comme la caractéristique d’Euler d’un quelconque polyèdre K qui
lui est homéomorphe, M ≃ K :
χ( M ) = χ(K ) (2.29)
Exemples.
1. χ(Segment) = 1
2. χ(Cercle) = 0
3. χ(Disque) = 1
4. χ(Sphère) = 2
5. χ(Tore) = 0
6. χ(Cylindre) = 0
7. χ(Moebius) = 0
8. χ(Klein) = 0
Remarque. On appelle graphe planaire (fig. 2.4) un ensemble de s points
et de c côtés dans R2 , les côtés reliant les points sans se croiser. C’est un
polyèdre généralisé. On a alors le résultat important, utile en mécanique
statistique, en physique des particules et en théorie des circuits électriques,
que si f est le nombre de faces, s − c + f = 1. Ceci tient au fait qu’un tel
graphe est essentiellement homéomorphe au disque et χ( D2 ) = 1.
30
2.5.3 Variétés de dimension 2
Dans le cas des variétés compactes et connexes de dimension 2, il y a
beaucoup plus de possibilités, en fait un nombre infini. En partant du cas
le plus simple d’une sphère, par exemple, on peut rajouter un nombre arbi-
traire g de anses, un nombre arbitraire b de bords circulaires et un nombre
arbitraire p de terminaisons projectives. On peut alors montrer que pour une
telle variété, la caractéristique d’Euler est donnée par
χ = 2 − 2g − b − p (2.30)
Exemple. La sphère à g anses a χ = 2 − 2g. Pour le vérifier, on peut partir
d’un polyèdre formé de cubes représentant la sphère et créer un trou dans g
de ces cubes comme représenté dans la fig. 2.5.
31
particulièrement illustratif pour des particules chargées dans un potential
vecteur. Rappelons d’abord que dans ce cas le Lagrangien est donné par
L = 1/2 m ~x˙ 2 + e/c A
~ ~x˙ . En effet, l’équation d’Euler-Lagrange correspon-
dante reproduit l’équation du mouvement d’une particule sujette à la force
de Lorentz, m~x¨ = e/c ~x˙ × ~B, avec ~B = ∇×~ A.~ Le moment canonique conju-
gué à la position ~x de la particule dépend alors de A ~ et est donné par
˙ ~
~π = m~x + e/c A. Il suit que l’Hamiltonien prend la forme
1 2
H= m~v (2.31)
2
où la vitesse ~v ≡ ~x˙ est toutefois donnée par
1 e ~
~v = ~π − A (2.32)
m c
~ ne donne pas directement d’effet physique, car seul
Au niveau classique, A
le champs magnétique ~B = ∇× ~ A ~ produit un effet observable. Mais au
~ sans qu’il y ait de
niveau quantique, un effet induit directement par A,
champ magnétique non-nul, peut émerger dans certaines circonstances par-
ticulières.
Considérons d’abord le cas le plus simple d’une particule se mouvant sur
une variété unidimensionnelle, avec A constant et B = 0. Il y a alors deux
possibilités topologiquement distinctes : R et S1 . Sur R, on peut utiliser
comme coordonnée x ∈ ]− ∞, +∞[ et des fonctions d’onde du type ψ( x) ∈
C1 ∩ L2 (R ). On peut alors écrire,
1 h̄ ∂ e h̄ 1 ∂ −1
v= − A = S( A) S ( A) (2.33)
m i ∂x c m i ∂x
1 h̄2 2
Ek = k , k∈R (2.35)
2m
32
Sur un cercle S1 de rayon r, au contraire, on peut prendre x = θr et utiliser
comme coordonnée θ ∈ [0, 2π ] et des fonctions d’onde Ψ(θ ) ∈ C1 ∩ L2 (S1 )
périodiques. On peut alors écrire :
1 h̄ ∂ e h̄ 1 ∂ −1
v= − A = S( A) S ( A) (2.36)
m ir ∂θ c mr i ∂θ
à l’aide de l’opérateur
erA
S( A) = exp i θ (2.37)
h̄c
Comme avant, on a la droit de faire une transformation unitaire sur l’es-
pace de Hilbert à l’aide d’un opérateur unitaire U, ce qui change la fonction
d’onde comme ψ → Uψ et les opérateurs comme O → UOU −1, mais pas
les observables. Toutefois, l’opérateur U doit dans ce cas être tel que la nou-
velle fonction d’onde soit elle aussi périodique. En prenant U = S(∆A) on
voit alors qu’on peut changer A en A + ∆A dans le nouveau v. Mais ∆A
est limité à être un multiple entier de h̄c/(er) : ∆A = n(h̄c)/(er). Dans ce
cas, deux potentiels qui diffèrent par une constante sont donc physiquement
équivalents seulement si cette constante est un multiple de A0 = (h̄c)/(er),
et toutes les valeurs A ∈ [0, A0 [ sont physiquement différentes. C’est l’in-
variance de jauge restreinte. En effet, les états propres de H sont des ondes
planes einθ avec nombre d’onde entier, n ∈ Z, et énergie donnée par
1 h̄2 A 2 h̄c
En ( A ) = 2
n− , n ∈ Z , A0 = (2.38)
2 mr A0 er
33
Cet effet a été découvert par Bohm et Aharonov et peut être observé
expérimentalement, par exemple dans l’expérience classique d’interférence
entre faisceaux d’électrons. L’expérience de Bohm-Aharonov est représentée
dans la figure 2.6. Des faisceaux d’électrons partent d’un point P, et forment
une figure d’interférence sur l’écran. Un solénoïde crée un champ magné-
tique B, nul à l’extérieur du solénoïde. Les fentes empêchent la pénétration
des électrons dans le solénoïde ; par conséquent, les électrons ne sont pas
soumis au champ B. Et pourtant, les figures d’interférence sont déplacées
par le champ créé par le solénoïde.
Q
Solénoïde
P
Fentes
Ecran
Figure 2.6 – Effet Bohm-Aharonov : les franges d’interférence crées sur l’écran par
le faisceau d’électrons partant de P sont déplacées par l’effet du solénoïde, bien que
le champ magnétique soit nul sur le parcours des électrons.
34
Chapitre 3
f˜ = ψ · f · φ−1 : R m → R n (3.1)
35
fet d’un changement de carte est de composer ultérieurement f˜ avec une
fonction de transition, mais étant donné que celle ci est par hypothèse diffé-
rentiable, la nouvelle fonction f˜ reste différentiable.
Une application f : M → N qui est à la fois un homéomorphisme et telle
que f et f −1 sont différentiables dans le sens défini ci-dessus est appelée
difféomorphisme. Dans ce cas, la fonction différentiable f˜ = ψ · f · φ−1 admet
une inverse f˜−1 = φ · f −1 · ψ−1 qui est elle aussi différentiable. Il est clair
que ceci est possible seulement si m = n. Deux variétés M et N pouvant
être reliées par un difféomorphisme sont dites difféomorphes. Les deux va-
riétés sont alors considérées comme essentiellement identiques, et on écrit
M ≃ N. Ceci est une relation d’équivalence, qui caractérise les propriétés
invariantes sous difféomorphismes, c’est-à-dire sous déformations qui sont
non seulement continues mais également différentiables.
v[ f ] = f˙(c(t)) (3.2)
t =0
∂ f˜α
v[ f ] = viα (3.3)
∂xαi t =0
36
En prenant en particulier f = xα · φα et donc f˜α = xα , avec j fixé à une valeur
j j
j
quelconque et xα vue comme fonction de R n à R, on voit que les vitesses
peuvent être identifiées avec les dérivées directionnelles des coordonnées le
long de la courbe :
j ∂ j j j
v[ xα φα ] = viα xα = viα δi = vα (3.5)
∂xαi
∂
v = viα (3.6)
∂xαi
Dans cette base, les vitesses viα sont directement identifiées avec les compo-
santes du vecteur et on a
v = viα eαi (3.8)
37
quantité ∂ f˜α /∂xαi donne alors ∂y A/∂xαi , qui sont les composantes des vecteur
∂y/∂xαi . Il est facile de voir que ces n vecteurs appartiennent effectivement à
Tq (S). En effet, on a
∂y ∂y A ∂F a ∂F a
, ∇F a = = =0 (3.9)
∂xαi ∂xαi ∂y A ∂xαi
De plus, il forment une base complète, car comme S est par hypothèse régu-
lière au point q considéré, la matrice ∂F a /∂y A a rang m.
f ( v ) = v[ f ] (3.10)
38
Ayant défini l’espace vectoriel Tq ( M ) et son dual Tq∗ ( M ), on peut égale-
ment définir un produit interne h·, ·i : Tq∗ ( M ) × Tq ( M ) → R comme :
h f , v i = f ( v ) = v[ f ] (3.17)
h f , vi = f αi viα (3.18)
j
∂x iβ j ∂xα
Λi j = , Λ̃i = (3.19)
∂xαj ∂xiβ
satisfaisant
ΛΛ̃ T = Λ̃Λ T = 1 (3.20)
En effet, par leur définitions les vecteurs et covecteurs de base eαi et e∗αi se
transforment comme :
j ∗j
e βi = Λ̃i eαj , e∗βi = Λi j eα (3.21)
Ceci garanti que les vecteurs v = viα eαi et covecteurs v∗ = v∗αi e∗αi restent
invariants. Il suit également des règles de transformation (3.21) et (3.22)
que le produit interne hv∗ , vi = viα v∗αi reste lui aussi invariant. Ces résul-
tats montrent qu’un changement de coordonnées locales équivaut en fait à
un changement de base dans les espaces vectoriels tangents et cotangents,
la matrice Λ et son inverse transposée Λ̃ correspondant à la transformation
linéaire générale de R n qui réalise ce changement de base.
Ayant construit l’espace tangent Tq ( M ) et l’espace cotangent Tq∗ ( M ) en
un point donné q de M, on peut maintenant varier le point q. Les ensembles
T ( M ) = ∪q∈ M Tq ( M ) et T ∗ ( M ) = ∪q∈ M Tq∗ ( M ) sont appelés fibré tangent à
M et fibré cotangent à M. On peut montrer que ces espaces sont des variétés
différentiables.
39
Exemple. Il existe une application importante de ces notions en mécanique.
Soit une particule qui évolue sur une variété M avec un Lagrangien de la
forme L = T (q̇ ) − V (q), où q sont les coordonnées locales sur M. Le fibré
tangent correspond à l’espace (q, q̇ ), avec q ∈ M et q̇ ∈ Tq ( M ), tandis que
le fibré cotangent correspond à l’espace (q, p), avec q ∈ M et p ∈ Tq∗ ( M ).
L’équation p = ∂L/∂q̇ permet de relier les deux espaces.
3.3 Tenseurs
Comme pour tout espace vectoriel, on peut construire à partir de Tq ( M )
et son dual Tq∗ ( M ) de nouveaux espaces vectoriels en faisant des produits
tensoriels. Les vecteurs de Tq ( M ) et covecteurs de Tq ( M ) sont alors générali-
sés à des tenseurs de type (r, s) appartenant au produit tensoriel de r copies
de Tq ( M ) et s copies de Tq∗ ( M ) :
(r,s )
Tq ( M ) = Tq ( M ) ⊗ · · · ⊗ Tq ( M ) ⊗ Tq∗ ( M ) ⊗ · · · ⊗ Tq∗ ( M ) (3.23)
| {z } | {z }
r fois s fois
i1 ···ir ∗j ∗j
T = Tαj 1 ··· js
eαi1 ⊗ ··· ⊗ eαir ⊗ eα 1 ⊗ ··· ⊗ eα s (3.24)
i1 ···ir
Tβj 1 ··· js
= Λi1k1 ··· Λirkr Λ̃ j1l1 ··· Λ̃ jsls Tαlk11······klrs (3.26)
40
3.4 Produit scalaire
Sur de nombreuses variétés M, il est possible de définir en chaque point
q ∈ M un tenseur métrique g de type (0, 2), de composantes gij , avec det g 6= 0
et gij = gji , ∀q. On peut alors aussi définir un autre tenseur g −1 de type (2, 0),
de composantes gij définies comme inverses matricielles des gij , c’est-à-dire
telles que
gik gkj = δji (3.27)
La métrique et son inverse définissent point par point un isomorphisme
entre Tq ( M ) et Tq∗ ( M ). En effet, en les appliquant à un seul vecteur cotan-
gent ou tangent, on obtient une fonction d’un autre vecteur cotangent ou
tangent, qui est par définition un vecteur tangent ou cotangent. On a donc
g : Tq ( M ) → Tq∗ ( M ) et g −1 : Tq∗ ( M ) → Tq ( M ). Il est alors possible de
construire à partir du produit interne entre un vecteur et un covecteur un
produit scalaire entre deux vecteurs et deux covecteurs, en chaque point :
Exemples.
41
42
Chapitre 4
Homotopie
c −1 ( s ) = c (1 − s ) , ∀ s ∈ I (4.1)
c x ( s) = x , ∀ s ∈ I (4.3)
43
l’intervalle ont la même image et peuvent donc être identifiés. I devient alors
S1 . Étant donné que c’est un cas particulier de chemin, on peut appliquer les
mêmes définitions qu’avant pour l’inverse d’une boucle et le produit de deux
boucles. En outre, la boucle constante est simplement le chemin constant.
On remarque que l’inverse d’une boucle est encore un boucle et le pro-
duit de deux boucles est encore un boucle. Ceci suggère que l’espace des
boucles donne lieu à une structure de groupe. Le candidat naturel pour l’élé-
ment neutre est la boucle constante. Toutefois, avec les définitions données
le produit d’une boucle et de son inverse peut être déformé continûment au
chemin constant, mais ne coincide pas avec celui-ci, et on a donc pas encore
une vraie structure de groupe. Pour définir un groupe, il est nécessaire de
définir une relation d’équivalence représentant les déformations continues
de chemins et boucles.
Cette relation est notée c ∼ c′ , car c’est une relation d’équivalence dans l’en-
semble des chemins. Les classes d’équivalence de chemins correspondantes
sont notées [c].
Preuve. En effet, si c ∼ γ par F (s, t), alors c−1 ∼ γ−1 par F (s, t) = F (1 − s, t).
En outre, si c ∼ γ par F (s, t) et c′ ∼ γ′ par F ′ (s, t), alors cc′ ∼ γγ′ par H (s, t)
égal à F (2s, t) si s ∈ [0, 12 ] et F ′ (2s − 1, t) pour s ∈ [ 21 , 1].
Le concept d’homotopie s’applique également au cas particulier repré-
senté par les boucles. Les classes d’équivalence des boucles sont notée [α] et
sont appelée simplement classes d’homotopie.
44
contractibles en x. Comme nous avons vu que l’inverse et le produit de deux
boucles ne dépendent pas des représentants dans la classe d’équivalence,
nous pouvons définir l’inverse et le produit sur les classes d’équivalence.
On a alors le résultat suivant :
45
Ce qui rend le groupe fondamental intéressant c’est que c’est un inva-
riant topologique. C’est-à-dire que si X ≃ Y alors Π1 ( X ) ≃ Π1 (Y ), pour
X et Y connexes par arcs. La structure du groupe fondamental d’un espace
topologique connexe par arcs porte donc une information sur sa topologie,
et plus précisément sur la structure de ses boucles non-contractibles.
Un espace topologique M connexe par arcs est dit simplement connexe si
son groupe fondamental est trivial, c’est-à-dire Π1 ( M ) = {e}.
Exemples.
46
e
(a) a1 x a2 (c)
α β ∼ αβα−1
(b) (d)
∼ αβ ∼ αβα−1
On part d’un cube I n = si ∈ [0, 1] , i = 1, ···, n , dont le bord est
∂I n = si ∈ [0, 1]|∃i : si = 0 ou 1 . Une n-boucle basée en x est une applica-
tion α : I n → M telle que l’image de ∂I n est le point x ∈ M. Il est alors
possible d’identifier les faces du cube, de sorte que I n devient Sn . Comme
avant, on peut considérer :
Les classes d’équivalence d’homotopie sont indiquées comme avant par [α].
47
On définit alors Πn ( M, x) comme l’espace des classes d’équivalence d’ho-
motopie des n-boucles basées en x. C’est un groupe et pour n ≥ 2 il est tou-
jours Abélien. Comme avant, si M est connexe par arcs les groupes Πn ( M, x)
et Πn ( M, y) construits en deux points différents x, y ∈ M sont isomorphes,
et on peut donc parler simplement de Πn ( M ).
Exemples.
1. Πn (S1 ) = Πn (R ) = {e} , ∀n ≥ 2
2. Πn (Sn ) = Z , ∀n ≥ 2
3. Πn (RPm ) = Πn (Sm ) , ∀n ≥ 2
48
une symétrie caractérisée par un groupe G. En passant dans une phase plus
ordonnée, on a une symétrie moindre caractérisée par un sous-groupe H de
G. On dit que la symétrie G a été brisée à H lors d’un changement de phase.
Considérons le cas de la matière ordinaire. A haute température la ma-
tière est isotrope et homogène : elle est dans la phase gazeuse ou liquide.
En baissant la température, les propriétés d’isotropie et d’homogénéité dis-
paraissent car la matière passe dans la phase solide. A haute température, G
est le groupe des translations et des rotations. Notons que c’est le groupe de
symétrie des interactions entre atomes qui ne dépendent que de la distance
entre ceux-ci. A basse température, la matière ne possède plus que la symé-
trie du cristal, caractérisée par le groupe d’espace H. Le paramètre d’ordre
η définit alors en quelque sorte la direction le long de laquelle G est brisé à
H et sera un élément de la variété
M = G/H (4.11)
η : Rd → M (4.12)
49
4.6.2 Substances magnétiques planaires, supraconductrices et su-
perfluides
Le cas le plus simple de brisure de symétrie est réalisé par exemple dans
les substances magnétiques planaires, pouvant être décrites par un champ
de vecteurs de spin confinés dans un plan. A haute température on a une
phase désordonnée où l’orientation du spin en chaque point est arbitraire.
On a alors G = SO(2) correspondant aux rotations en deux dimensions.
A basses températures, en dessous d’une certaine température critique, on
aura au contraire une phase ordonnée où tous les spins s’orientent le long
d’une même direction et induisent une aimantation m ~ . La symétrie est alors
complètement brisée, et on peut prendre H = SO(1) par analogie au cas
non-planaire. Le paramètre d’ordre sera alors un élément de
M = SO(2)/SO(1) ≃ S1 (4.13)
50
P
Figure 4.2 – (a) Région ordonnée : les spins sont parallèles. (b) Champs obtenu
par une déformation continue du champ parallèle. (c) Une singularité située en P
dans le plan R 2 ; les spins ne peuvent plus être rendus parallèles par déformation
continue.
la même valeur, mais l’angle φ(r) aura varié de 2πn, avec n ∈ Z. L’entier
n est appelé nombre de rotations de η et correspond à la charge du vortex.
C’est un invariant topologique et il correspond à un élément de Π1 (S1 ). On
peut le calculer facilement de façon plus explicite en remarquant qu’il est
identifié avec le degré de l’application η : S1 → S1 définie par le paramètre
d’ordre restreint à un cercle S1 encapsulant le vortex, avec valeurs dans S1 .
En utilisant des coordonnées polaires r = (ρ cos θ, ρ sin θ ) et en supposant
que P = (0, 0), il convient de choisir comme contour d’intégration un cercle
de rayon unitaire ρ = 1 autour de l’origine. Pour calculer la longueur de
l’image, on considère l’élément de ligne donné par le vecteur ∂~η /∂θ, mais
au lieu d’intégrer sa norme on intègre son produit vectoriel (qui produit
un scalaire en deux dimensions) avec le vecteur unitaire ~η , de façon à tenir
compte de l’orientation. En divisant finalement par la longueur du cercle
unitaire, on obtient :
Z
2π
1 ∂~η
n= dθ ~η ×
2π 0 ∂θ
Z 2π
1 ∂φ
= dθ (4.14)
2π 0 ∂θ
Un exemple simple de vortex donnant un nombre de rotations égal à un
entier arbitraire n est fourni par la configuration de champ donnée par
~η (θ ) = (cos(nθ ), sin(nθ )).
La structure de groupe sous-jacente aux nombre de rotations peut être
comprise en considérant le cas représenté dans la figure 4.3, où il y a un
vortex en P de charge n P et un autre en Q de charge n Q . La courbe C peut
être déformée en C ′ sans changer le nombre de rotations n attaché à C. On
voit bien que C ′ donne deux contributions n P et n Q autour de P et Q de
sorte que la charge totale soit donnée par n = n P + n Q . Autrement dit, deux
vortex avec nombres de rotations n1 et n2 peuvent être considérés de loin
comme un vortex de charge n1 + n2 . En particulier, ils peuvent s’annihiler si
51
n = n1 + n2 = 0. La loi de composition des éléments de Π1 (S1 ) est donc dans
ce cas l’addition. Du point de vue physique, les vortex sont des objects qui
interagissent et il faut une certaine énergie pour les créer. Ils apparaissent
par paires et leur charge est conservée.
C C′
52
à nouveau une formule explicite pour le degré de η : S2 → S2 . Il convient
d’utiliser des coordonnées polaires r = (ρ sin θ cos ϕ, ρ sin θ sin ϕ, ρ cos θ ) et
de choisir comme contour une sphère de rayon unitaire ρ = 1. On considère
alors l’élément de surface donné par le vecteur ∂~η /∂θ × ∂~η /∂ϕ, et au lieu de
prendre sa norme on considère son produit scalaire avec le vecteur unitaire
~η pour tenir compte de l’orientation. En divisant finalement par la surface
de la sphère unitaire, on obtient :
Z π Z 2π ∂~η
1 ∂~η
n= dθ dϕ ~η · ×
4π 0 0 ∂θ ∂ϕ
Z 1 Z 2π
1 ∂(cos φ, ξ )
= d cos θ dϕ det (4.16)
4π −1 0 ∂(cos θ, ϕ)
53
Figure 4.4 – Exemple de section transversale d’une disclinaison.
54
Chapitre 5
Groupes de Lie
Les groupes de Lie sont des groupes dont les éléments dépendent de
paramètres continus. Il forment des variétés et ont une grande importance
en physique pour décrire les symétries continues.
5.1 Définition
Un groupe de Lie est un groupe qui est muni d’une structure de variété
différentiable et tel que les applications correspondant aux opérations de
produit et d’inverse soient différentiables :
• Produit : G × G → G , ( g1 , g2 ) → g1 g2
• Inverse : G → G , g → g−1
Ceci signifie que g ∈ G dépend continûment de n coordonnées locales notées
(u1 , ···, un ), n définissant la dimension de G. Ainsi g = g(u), de sorte que
1. g(u) g(v) = g(w(u, v))
2. g−1 (u) = g(φ(u))
3. g(0) = e
5.2 Difféomorphismes
Un des exemples les plus importants de groupe de Lie peut être construit
à partir de familles à n paramètres de fonctions différentiables. En effet, soit
55
U un ouvert de R m . Les difféomorphismes de U, c’est-à-dire les applications
f : U → U différentiables et inversibles, agissant comme x → f ( x), forment
un groupe. La loi de composition des éléments de ce groupe est identifiée
à la loi de composition des applications, l’élément neutre est l’application
identité et l’élément inverse est obtenu par l’inverse de la fonction. Sup-
posont maintenant que ces difféomorphismes dépendent de n paramètres
u = (u1 , · · · , un ), et agissent comme x → f (u, x) ≡ f u ( x). Ces applications
forment un groupe de Lie s’il existe des fonctions ω et φ différentiables telles
que
f u · f v = f ω (u,v)
f u−1 = f φ(u) (5.1)
f0 = e
f t · f s = f t+s
f t−1 = f −t (5.3)
f0 = e
56
5.3 Groupes de Lie matriciels
La classe la plus importante de groupes Lie est constituée des groupes de
Lie pour lesquels les éléments du groupe sont des opérateurs linéaires agis-
sant sur un espace vectoriel. Nous allons nous concentrer sur les groupes de
Lie matriciels, pour lesquels cet espace vectoriel a dimension finie n et les
éléments du groupe sont donc des matrices n × n, mais il est possible de gé-
néraliser cette situation au cas où l’espace vectoriel est un espace de Hilbert
de dimension infinie, comme celui émergeant en mécanique quantique, et
les éléments du groupe sont des opérateurs différentiels.
Malgré les apparences, la restriction à des groupes de Lie de ce type
n’est pas une forte restriction. En fait, un théorème dû à Ado assure que
tout groupe de Lie est localement isomorphe à un groupe de Lie matriciel.
Nous allons maintenant présenter les groupes de Lie classiques, qui sont
des groupes obtenus à partir de l’ensemble des matrices n × n, dont les
éléments gij appartiennent à un corps K (R ou C). Cet ensemble est noté
M (n, K ).
57
exemple, les éléments de type parité P qui réfléchissent une direction et
l’identité 1 ont respectivement determinants −1 et 1, et peuvent être reliés
continûment si K = C mais pas si K = R.
∂
(det g − 1) = det g[ij] = ( g−1 )ij det g 6= 0 (5.8)
∂gij
Le groupe SL(n, K ) est par conséquent une variété et donc un groupe de Lie.
Il est non-compact mais connexe, et a dimension n2 − 1 si K = R et 2n2 − 2
si K = C.
C’est donc une hypersurface de dimension n(n − 1)/2. Pour voir qu’elle est
régulière, notons que
∂Fij
Aijlm ≡ = δil gjm + δjl gim (5.12)
∂glm
58
En traitant les paires d’indices ij et lm chacune comme un seul indices avec
n2 valeurs, Aijlm est une matrice n2 × n2 . Pour déterminer son rang, essayons
de résoudre l’équation
Ar = h ⇔ rgT + gr T = h (5.13)
59
Le groupe SU(n) est le groupe des transformations unitaires spéciales dans
C n . Il est défini par
SU(n) = g ∈ U(n) | det g = 1 (5.17)
60
Il est lui aussi non-compact et non-connexe, et a la même dimension, donnée
par n(n − 1)/2.
où !
0 1n
J= , J 2 = −12n (5.24)
−1 n 0
C’est le groupe des transformations qui laissent invariante la forme quadra-
tique antisymétrique ( x, y) = xi Jij y j . En effet :
61
{ fˆ, ĥ} = { f , h} si et seulement si gT Jg = J, c’est-à-dire si g ∈ SP(2n, R).
Ceci signifie que les transformations canoniques sont les transformations
telles que la matrice d’éléments ∂xi /∂ x̂ j appartient au groupe symplectique
SP(2n, R ). En particulier, la solution xt = xt ( x0 ) des équations de Hamilton
est une transformation canonique.
62
et ȧ(0) = tr X. Il suit que a(t) satisfait l’équation différentielle ȧ(t) = tr X a(t)
avec la condition initiale a(0) = 1, dont la solution est a(t) = exp(t tr X ).
En utilisant ces définitions, on peut maintenant construire le groupe de
Lie à 1 paramètre généré par la matrice X comme :
G = g(t) = etX | t ∈ R (5.33)
63
64
Chapitre 6
Le fait qu’un groupe de Lie est aussi une variété permet de construire un
espace vectoriel tangent en tout élément, et en particulier en l’élément unité.
Il émerge alors naturellement une structure d’algèbre de Lie sur cet espace
tangent. Celle-ci permet de décrire tous les éléments du groupe dans le voisi-
nage de l’élément neutre en termes d’un nombre fini de générateurs, et la loi
de composition de tous ces éléments est codifiée dans certaines constantes
de structure caractérisant l’action de ces générateurs. Cette paramétrisation
permet également de cataloguer plus efficacement les représentations pos-
sibles d’un groupe de Lie.
65
on peut alors récrire la courbe comme g(t) = g0 h(t) ou g(t) = h̃(t) g0 avec
h(0) = 1 et h̃(0) = 1. On a alors ġ(0) = g0 ḣ(0) ou ġ(0) = h̃˙ (0) g0 , ce qui
montre que Tg0 ( G ) = g0 Te ( G ) = Te ( G ) g0 . On peut donc se restreindre à
étudier les propriétés de Te ( G ).
66
un nouveau choix de coordonnées locales, et la fonction de transition entre
les xi et les ui doit être bicontinue et différentiable. Il suit qu’il existe une
correspondence univoque entre les éléments g ∈ G dans le voisinage de 1 et
les éléments X ∈ g dans le voisinage de 0.
e X eY = e Z (6.3)
où
1 1 1
Z = X + Y + [ X, Y ] + [ X, [ X, Y ]] − [Y, [ X, Y ]] + · · · (6.4)
2 12 12
Tous les termes du dévelopement ont la forme de commutateurs multiples.
Étant donné que X, Y ∈ g, tous ces termes produisent des éléments de l’al-
gèbre et on a donc Z ∈ g. D’autre part, l’associativité du produit de trois
élements de ce type dans G descend automatiquement de l’identité de ja-
cobi pour les exposants.
En utilisant une base {Xi } de g, dans laquelle [ Xi , X j ] = ckij Xk , tout g
voisin de 1 dans G peut être écrit comme
i
g ( u i ) = e u Xi (6.5)
67
avec :
1
wi (um , vn ) = ui + vi + cimn um vn + · · · (6.7)
2
On voit que cette fonction w : R n × R n → R n est complètement spécifiée par
les constantes de structure ckij de l’algèbre et contient toute l’information de
la table de multiplication dans la partie du groupe pouvant être décrite de
cette façon.
Exemples.
\
1. SO (3) = SU(2)
2. O\
(1, 3) = SL(2, C )
68
Il suit alors que :
1. gl(n, K ) = M (n, K )
2. sl(n, K ) = X ∈ M (n, K ) | tr X = 0
3. o(n) = so(n) = X ∈ M (n, R ) | X + X T = 0
4. u(n) = X ∈ M (n, C ) | X + X † = 0
5. su(n) = X ∈ M (n, C ) | X + X † = 0 , tr X = 0
6. o( p, n − p) = so( p, n − p) = X ∈ M (n, R ) | X T η + ηX = 0
7. sp(2n, R ) = X ∈ M (2n, R ) | X T J + JX = 0
69
droite R respectivement, reflètant le fait que SO(2) est compact alors que T
ne l’est pas. En effet, un élément g ∈ SO(2) peut être paramétrisé par un
angle réel θ ∈ [0, 2π [ et représenté comme :
! ( !)
cos θ sin θ 0 1
g( θ ) = = exp θ (6.9)
- sin θ cos θ -1 0
Ces deux groupes sont clairement identiques localement, avec la même al-
gèbre de Lie et dans les deux cas g(α1 ) g(α2 ) = g(α1 + α2 ) et g−1 (α) = g(−α).
Toutefois, ils sont globalement différents. En fait T est le recouvrement uni-
versel de SO(2).
Théorème. Toute algèbre de Lie est isomorphe à une algèbre de Lie ma-
tricielle. Il en suit que tout groupe de Lie est localement isomorphe à un
groupe de Lie matriciel. En général cela n’est pas valable globalement.
6.5 Représentations
Il existe une relation intéressante entre les représentations admises par
un groupe de Lie G et les représentations admises pas son algèbre de Lie
g. Rappelons qu’une representation d’un groupe consiste en sa réalisation
comme ensemble d’opérateurs linéaires sur un espace vectoriel V de di-
mension m arbitraire où chaque élément g ∈ G est associé à une matrice
φ( g) ∈ GL(m, R ), et la loi de composition du groupe devient la multipli-
cation matricielle. La représentation d’une algèbre de Lie g est définie de
70
façon semblable comme sa réalisation sur un autre espace vectoriel V de
dimension m arbitraire où chaque élément X ∈ g est associé à une matrice
ψ( X ) ∈ gl(m, R ), et le crochet de l’algèbre devient le commutateur matriciel.
Plus précisément, toute représentation φ de G définit une représentation
ψ de g. En effet, ∀ X ∈ g on peut considérer une courbe g(t) ∈ G telle que
g(0) = 1 et ġ(0) = X et définir ψ à partir de φ par la relation suivante, qui
garantit que ψ est une représentation de g si φ est une représentation de G :
d
ψ( X ) = φ( g(t)) t =0
(6.11)
dt
Au contraire, une représentation ψ de g ne définit pas toujours une représen-
tation de G. En effet, même si G est connexe et tel que tout élément g ∈ G
peut être écrit comme g = eX avec X ∈ g, les matrice définies par eψ( X )
ne constituent pas automatiquement une représentation de G. Toutefois, on
montre que si G est non seulement connexe et mais également simplement
connexe, c’est-à-dire s’il coincide avec son recouvrement universel Ĝ, alors
on obtient de cette manière une bonne représentation φ de G, définie par
φ ( g) = eψ( X ) (6.12)
71
dimension n égale à celle de G, et les éléments g ∈ G ont une action linéaire
naturelle sur les élements X ∈ g, découlant du fait que gXg−1 ∈ g. On
appelle cette représentation de dimension n la représentation adjointe, et on
note dans ce cas φ( g) = Adg , défini comme
Dans une base {Xi } de g, cette expression peut s’écrire en terme d’une ma-
trice φi j ( g) comme
Adg Xi = φi j ( g) X j (6.14)
L’espace AdG constitué de tous les éléments Adg est lui aussi un groupe de
Lie matriciel, et G est homomorphe à AdG , l’homorphisme étant la repré-
sentation adjointe φ.
L’algèbre g associée à G hérite elle aussi de cette représentation adjointe.
En effet, son crochet [·, ·] définit une action linéaire naturelle de ses élements
sur eux-même, correspondant au fait que si X, Y ∈ g alors [ X, Y ] ∈ g. On
note dans ce cas ψ( X ) = adX , avec :
adX Y = [ X, Y ] , ∀Y ∈ g (6.15)
adX Xi = ψi j ( X ) X j (6.16)
72
L’espace adg constitué de tous les éléments adX est lui aussi une algèbre de
Lie matricielle, et g est homomorphe à adg , l’homorphisme étant la repré-
sentation adjointe ψ. Il suit également que si {Xi } est une base de g alors
{ad Xi } est une base de adg . Les éléments de matrice des adXk dans la base
des Xi sont déterminés par le fait que
j
adXk Xi = [ Xk , Xi ] = cki X j (6.18)
et sont donnés par
j j
(adXk )i = cki (6.19)
On vérifie facilement que cette forme explicite pour la representation des
générateurs Xk satisfait l’algèbre de Lie comme conséquence de l’identité de
Jacobi.
On vérifie facilement, en prenant une courbe g(t) ∈ G avec g(0) = 1 et
ġ(0) = X, que la forme de la représentation adjointe du groupe G détermine
la forme de la représentation adjointe de l’algèbre g :
d
adX Y = Adg(t) Y (6.20)
dt t =0
Dans ce cas la propriété inverse est également partiellement vraie, dans le
sens que la représentation adjointe de g définit la représentation adjointe
de la partie de G dont les éléments peuvent s’écrire dans la forme g = eX
avec X ∈ g. Pour le voir, on considère X, Y ∈ g et on construit la famille
d’éléments Y (t) = etX Ye−tX ∈ g. On a alors :
Y (t) = AdetX (Y ) (6.21)
Il suit que Ẏ (t) = [ X, Y (t)] et en outre Y (0) = Y. Y (t) satisfait donc
Ẏ (t) = adX Y (t) , Y (0) = Y (6.22)
Mais cette équation différentielle ordinaire admet l’unique solution
t2
Y (t) = et adX Y = Y + t[ X, Y ] + X, [ X, Y ] + ··· (6.23)
2
Autrement dit, on a
AdetX (Y ) = et adX (Y ) (6.24)
Remarque. La propriété AdetX = et adX de la représentation adjointe peut être
utilisée pour caractériser la solution de différentes équations importantes en
physique. En particulier :
1. Equation de Liouville Ḟ = { H, F }. Sa solution s’écrit Ft = eitL F0 où
L = L† est appelé Liouvillien.
2. Equation de Von-Neuman ρ̇ = [ H, ρ]. Sa solution sécrit ρt = eitL ρ0 où
L = L† est appelé Liouvillien quantique.
73
6.5.3 Opérateurs de Casimir
Les différentes représentations irréductibles de la composante voisine à
l’identité d’un groupe G, et donc de son algèbre de Lie g, peuvent être cata-
loguées par les opérateurs Ci qui commutent avec tous les éléments X ∈ g,
appelés opérateurs de Casimir. Par le lemme de Schur, ces opérateurs de
Casimir sont proportionnels à l’identité dans la représentation en question,
Ci = λi 1, et les valeurs des constantes λi permettent de cataloguer les diffé-
rentes représentations irréductibles possibles.
74
Chapitre 7
Symétries d’espace-temps
( x, y) = h x, yi = δij xi x j (7.1)
RT R = 1 (7.3)
75
7.1.1 Structure du groupe
Le groupe des rotations a deux composantes. Celles-ci peuvent être dis-
tinguées par la valeur du déterminant de la matrice R, det R. La relation (7.3)
définissant les éléments R implique en effet que :
Il suit que O+ (3) est un sous-groupe (aussi noté SO(3)), alors que O− (3)
n’est pas un sous-groupe.
La composante O+ (3) contient l’identité, ainsi que tous les éléments du
groupe qui peuvent être ramenés continûment à celle-ci. En fait, tout élément
R ∈ O+ (3) correspond à une rotation usuelle, qui peut être décomposée
comme combinaison de trois rotations autour des trois axes des coordon-
nées. Ces rotations de base sont paramétrisées par trois angles αi ∈ [0, 2π [ et
sont réalisées par les éléments suivants :
1 0 0
R1 (α1 ) = 0 cos α1 sin α1
0 - sin α1 cos α1
cos α2 0 - sin α2
R 2 ( α2 ) = 0 1 0 (7.6)
sin α2 0 cos α2
cos α3 sin α3 0
R3 (α3 ) = - sin α3 cos α3 0
0 0 1
La composante O− (3) contient des éléments qui ne peuvent pas être ra-
menés continûment à l’identité. En fait, tout élément R ∈ O− (3) contient une
réflection des coordonnées, et peut être décomposé de façon unique comme
produit d’une rotation propre et de l’inversion simple de toutes les coor-
données. Cette réflection de base correspond à la transformation discrète
76
suivante :
-1 0 0
R P = 0 -1 0 (7.7)
0 0 -1
7.1.2 Algèbre
L’algèbre o(3) associée au groupe des rotations O(3) permet de décrire
tous les éléments de sa partie voisine à l’identié, et en fait de tout le sous-
groupe propre O+ (3). Les trois générateurs Ji sont associés à la version in-
finitésimale des trois rotations de base Ri . Plus precisément, chaque famille
d’éléments Ri (αi ) représente une courbe dans le groupe, telle que Ri (0) = 1,
et on peut calculer les générateurs comme Ji = −iR′i (0). On obtient :
0 0 0 0 0 i 0 -i 0
J1 = 0 0 -i , J2 = 0 0 0 , J3 = i 0 0 (7.10)
0 i 0 -i 0 0 0 0 0
Les éléments de ces matrices peuvent être résumés comme ( Ji )mn = −iǫimn .
On vérifie facilement que ces générateurs satisfont une algèbre de la même
forme que su(2) :
[ Ji , Jj ] = iǫijk Jk (7.11)
On vérifie aussi facilement que les rotations de base Ri (αi ) sont effectivement
obtenues par exponentiation de ces générateurs :
i
Ri (αi ) = eiα Ji (pas de somme sur i ) (7.12)
Ceci suit directement de l’identité matricielle suivante, que l’on peut vérifier
par dévelopement en série :
( !) !
0 -i cos α sin α
exp iα = (7.13)
i 0 - sin α cos α
77
Il peut également être écrit de façon unique en termes d’autres angles dans la
forme canonique de deuxième espèce, qui correspond à une décomposition
semblable à celle d’Euler :
1 2J 3J
R = eiβ J1 eiβ 2
eiβ 3
(7.15)
7.1.3 Représentations
L’algèbre des rotations o(3) a un seul Casimir, donné par
C = δij Ji Jj (7.16)
• s = 1 (vectorielle, d = 3) : Si = Σi où
0 1 0 0 -i 0 1 0 0
1 1
Σ1 = √ 1 0 1 , Σ2 = √ i 0 -i , Σ3 = 0 0 0
2 2
0 1 0 0 i 0 0 0 -1
···
Li = −iǫijk x j ∂k (7.18)
78
L2 (R3 ), où les générateurs sont représentés par des matrices contenant des
opérateurs différentiels :
Mi = L i 1 + Si (7.19)
En mécanique quantique non-relativiste, ces dernières représentations per-
mettent de décrire une particule de spin s à l’aide d’une fonction d’onde à
2s + 1 composantes.
On remarque finalement que pour promouvoir ces représentations de
l’algèbre o(3) à des représentations du groupe O(3), il est nécessaire (mais
pas suffisant) de spécifier la représentation de l’élément discret R P , qui est
le seul élément à ajouter aux générateurs de l’algèbre o(3) pour reconstruire
tout le group O(3). On voit que R P Ri (αi ) R P = Ri (αi ), ce qui implique que
l’opérateur P représentant R P et les opérateurs Mi représentant les généra-
teurs Ji doivent satisfaire PMi P = Mi .
Au niveau des groupes, la relation peut être construite à l’aide des ma-
trices de Pauli σi . A un trivecteur x on peut associer une matrice Hermitique
à trace nulle X donnée par :
!
x 3 x 1 − ix2
X ( x) = xi σi = (7.22)
x1 + ix2 − x3
Cette relation peut être inversée, car les σi forment une base des matrices X
Hermitiques à trace nulle, et en utilisant tr(σi σj ) = 2δij on voit que
1
xi (X ) = tr( Xσi ) (7.23)
2
Les deux objets x et X décrivent de façons différentes le même espace vecto-
riel de dimension 3. De plus, on a
79
L’action d’une matrice R ∈ O(3) sur x est définie comme :
R : x → xR = Rx (7.25)
( xR , xR ) = ( x, x) (7.26)
L’action d’une matrice U ∈ SU (2) peut alors être définie sur le X correspon-
dant comme
U : X → XU = UXU † (7.27)
Z2 = {1, −1 } (7.30)
80
On montre que SU (2) est connexe et simplement connexe, et représente le
recouverment universel de O+ (3). En fait, en tant que variétés topologiques
SU (2) ≃ S3 et O+ (3) ≃ RP3 .
Cette relation entre O+ (3) et SU (2) permet de mieux comprendre com-
ment les représentations de o(3) ≃ su(2) se transportent du niveau d’algèbre
au niveau de groupe. Étant donné que SU (2) est connexe et simplement
connexe, toute représentation de spin s de su(2) correspond à une vraie re-
présentation de SU (2). Au contraire, à cause du fait que π1 (O+ (3)) = Z2 ,
une représentation de spin s de o(3) donne une représentations de O+ (3)
qui est une vraie représentation si s est entier, mais seulement une représen-
tation projective si s est semi-entier.
On vérifie facilement que les rotations de base Ri (αi ) de O+ (3) ont la
forme suivante dans SU (2) :
!
1 cos α1/2 i sin α1/2
U1 (α ) = (7.32)
i sin α1/2 cos α1/2
!
2 cos α2/2 sin α2/2
U2 (α ) = (7.33)
− sin α2/2 cos α2/2
3
!
3 eiα /2 0
U3 (α ) = 3 (7.34)
0 e−iα /2
Ces matrices peuvent être écrites en forme exponentielle comme :
i
Ui (αi ) = eiα Ĵi (pas de somme sur i ) (7.35)
Elle correspondent donc à la représentation spinorielle des trois rotations
de base de O+ (3), vu que Ĵi = 21 σi . On voit que cette représentation est
effectivement seulement projective pour O+ (3), car Ui (2π ) = −Ui (0) alors
que Ri (2π ) = Ri (0).
81
• Les vecteurs de genre temps tels que ( x, x) > 0
• Les vecteurs de genre lumière tels que ( x, x) = 0
• Les vecteurs de genre espace tels que ( x, x) < 0
Les transformations de référentiel Λ : R4 → R4 qui doivent laisser inva-
riantes les lois physiques dans une telle théorie sont celles qui préservent le
produit scalaire de cet espace de Minkowski :
Λ T ηΛ = η (7.38)
Ceci montre que Λ ∈ O(1, 3), et O(1, 3) est appelé groupe de Lorentz.
82
↑ ↓
des sous-groupes. Les deux sous-ensembles O+ (1, 3) = O+ (1, 3) ∪ O+ (1, 3)
↑ ↑
(également noté SO(1, 3)) et O↑ (1, 3) = O+ (1, 3) ∪ O− (1, 3) sont eux aussi
des sous-groupes, appelés respectivement propre et orthocrone.
↑
La composante O+ (1, 3) contient l’identité, ainsi que tous les éléments
du groupe qui peuvent être ramenés continûment à celle-ci. En fait, tout
↑
élément Λ ∈ O+ (1, 3) correspond soit à une rotation usuelle, soit un glisse-
ment, soit une combinaison des deux. On peut alors le décomposer de façon
unique en termes de trois rotations autour des différents axes et trois glisse-
ments le long de ces axes. Ces transformations de base sont paramétrisées
par trois angles αi ∈ [0, 2π [ et trois rapidités δi ∈ R, reliées p aux vitesses
par la relation pδ = arcth(v /c), de sorte que ch δ = 1/ 1 − (vi /c)2 et
i i i
sh δi = (vi /c)/ 1 − (vi /c)2 . Elles sont réalisées par les éléments suivants :
1 0 0 0 ch δ1 sh δ1 0
0
0 1 0 0 sh δ1 ch δ1 0
0
Λ1 ( α1 ) = , Λ 1′ ( δ 1 ) =
0 0 cos α1 sin α1 0 0 1
0
0 0 - sin α1 cos α1 0 0 0
1
1 0 0 0 ch δ2 0 2
sh δ 0
0 cos α2 0 - sin α2 0 1 0 0
Λ2 ( α2 ) = , Λ 2′ ( δ 2 ) = (7.43)
0 0 1 0 sh δ2 0 2
ch δ 0
0 sin α2 0 cos α2 0 0 0 1
1 0 0 0 ch δ3 0 0 sh δ3
0 cos α3 sin α3 0 0 1 0 0
Λ3 ( α3 ) = 3 3 , Λ 3′ ( δ 3 ) =
0 - sin α cos α 0 0 0 1 0
0 0 0 1 sh δ3 0 0 ch δ3
↑ ↓ ↓
Les composantes O− (1, 3), O− (1, 3) et O+ (1, 3) sont formées d’éléments
qui ne peuvent pas être ramenés continûment à l’identité et contiennent
respectivement une réflection des coordonnées spatiales, une réflection du
temps et une réflection simultanée des coordonnées spatiales et du temps.
Ces trois transformations discrètes sont décrites par
1 0 0 0 -1 0 0 0 -1 0 0 0
0 -1 0 0 0
0 1 0 0 0 -1 0
ΛP = , ΛT = , Λ PT = (7.44)
0 0 -1 0 0 0 1 0 0 0 -1 0
0 0 0 -1 0 0 0 1 0 0 0 -1
83
En prenant les trois éléments discrets Λ P , Λ T , Λ PT et l’unité, on obtient
également un sous-groupe fini à quatre éléments :
Z2P × Z2T = 1, Λ P , Λ T , Λ PT (7.46)
7.2.2 Algèbre
L’algèbre o(1, 3) associée au groupe de Lorentz O(1, 3) permet de dé-
crire tous les éléments de sa partie voisine de l’identié, c’est-à-dire du sous-
↑
groupe propre orthocrone O+ (1, 3). Les six générateurs Ji et Ki sont associés
aux versions infinitésimales des trois rotations et des trois glissements de
base Λi et Λi′ . Plus precisément, chaque Λi (αi ) et Λi′ (δi ) représente une
courbe dans le groupe, telle que Λi (0) = 1 et Λi′ (0) = 1, et on peut calculer
les générateurs comme Ji = −iΛ′i (0) et Ki = −iΛ′i′ (0). On obtient :
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
0 0 0 0 0 0 0 i 0 0 -i 0
J1 = , J2 = , J3 = (7.49)
0 0 0 -i 0 0 0 0 0 i 0 0
0 0 i 0 0 -i 0 0 0 0 0 0
0 -i 0 0 0 0 -i 0 0 0 0 -i
-i 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
K1 = , K 2 = , K 3 = (7.50)
0 0 0 0 -i 0 0 0 0 0 0 0
0 0 0 0 0 0 0 0 -i 0 0 0
[ Ji , Jj ] = iǫijk Jk (7.51)
[Ki , K j ] = −iǫijk Jk (7.52)
[ Ji , K j ] = iǫijk Kk (7.53)
84
Ceci suit directement des identités matricielles suivantes, que l’on peut véri-
fier par dévelopement en série :
( !) !
0 -i cos α sin α
exp iα = (7.55)
i 0 - sin α cos α
( !) !
0 -i ch δ sh δ
exp iδ = (7.56)
-i 0 sh δ ch δ
Dans cette nouvelle notation, les éléments des matrices Mµν sont donnés par
( Mµν )αβ = −i(ηµβ δνα − ηνβ δµα ), et l’algèbre prend la forme suivante
[ Mµν , Mρσ ] = −i ηµρ Mνσ − ηνρ Mµσ − ηµσ Mνρ + ηνσ Mµρ (7.59)
↑
Finalement, tout élément Λ ∈ O+ (1, 3) peut être écrit en termes de trois
angles αi et trois rapidités δi , résumés dans les six componsantes indépen-
dentes de αµν , dans la forme canonique de première espèce
i i µν M
Λ = eiα Ji +iδ Ki = ei/2 α µν
(7.60)
7.2.3 Représentations
L’algèbre de Lorentz o(1, 3) possède deux Casimirs, qui sont donnés par
les expressions suivantes :
1 µα νβ 1
C1 = η η Mµν Mαβ = δij Ji Jj − Ki K j (7.62)
8 4
i µναβ i ij
C2 = ǫ Mµν Mαβ = δ Ji K j + Ki Jj (7.63)
16 4
Comme dans le cas des rotations, l’algèbre des Mµν implique que les valeurs
possibles de ces deux Casimir sont quantifiées en termes de deux nombres
85
entiers ou semi-entiers s+ et s− , qui cataloguent les représentations irréduc-
tibles possibles.
Pour déterminer les détails de ce catalogue, on peut utiliser une astuce
qui consiste à former des combinaisons linéaires complexes des générateurs.
On considère en particulier :
1
Ni± = Ji ± iKi (7.64)
2
De cette manière les Ni+ et Ni− commutent et l’algèbre se réduit à deux
copies de l’algèbre su(2) :
1
C1 = C+ + C− (7.68)
2
1
C2 = C+ − C− (7.69)
2
Il est important de souligner qu’avec cette manipulation algébrique on a en
réalité complexifié l’algèbre, qui était réelle au départ. Donc, en tant qu’al-
gèbre réelle o(1, 3) n’est pas isomorphe à su(2) ⊗ su(2). Néanmoins, il existe
une relation directe entre ces deux algèbres, et donc leurs représentations. En
particulier, les C± sont quantifiés en termes de deux entiers ou semi-entiers
s± , avec
C± = s ± ( s ± + 1 ) 1 (7.70)
Il suit alors que C1 et C2 doivent eux-aussi être quantifiés en termes de ces
nombres. Chaque possibilité (s+ , s− ) = (0, 0), (0, 21 ), ( 21 , 0), ··· correspond à
une représentation irréductible de dimension d = (2s+ + 1)(2s− + 1), dans
laquelle les générateurs Mµν sont représentés par des matrices Sµν . Les pre-
mières représentations sont les suivantes, avec Ji et Ki représentés par les
matrices Si et Bi :
• (s+ , s− ) = (0, 0) (scalaire, d = 1) : Ni+ = 0, Ni− = 0, donc
S i = 0 , Bi = 0
86
• (s+ , s− ) = (0, 12 ) (spinorielle antichirale, d = 2) : Ni+ = 0, Ni− = 21 σi , donc
1 i
Si = σi , Bi = σi
2 2
87
signe de la phase de la fonction d’onde. On a alors TNi± T = − Ni∓ , et l’opé-
ration de renversement du temps peut en général être réalisée par un choix
judicieux de la matrice T.
Cette relation peut être inversée, car les σµ forment une base des matrices X
Hermitiques à trace arbitraire, et en utilisant tr(σµ σν ) = 2 δµν on voit que
1
xµ (X ) = tr( Xσµ ) (7.76)
2
Les deux objets x et X décrivent de façons différentes le même espace vecto-
riel de dimension 4. De plus, on a
Λ : x → xΛ = Λx (7.78)
( xΛ , xΛ ) = ( x, x) (7.79)
88
L’action d’une matrice U ∈ SL(2, C ) peut alors être définie sur le X corres-
pondant comme
U : X → XU = UXU † (7.80)
Z2 = {1, −1 } (7.83)
↑
O+ (1, 3) ≃ SL(2, C )/Z2 (7.84)
↑
Cette relation entre O+ (1, 3) et SL(2, C ) permet de mieux comprendre
comment les représentations de o(1, 3) ≃ sl(2, C ) se transportent du niveau
d’algèbre au niveau de groupe. Étant donné que SL(2, C ) est connexe et
simplement connexe, toute représentation (s+ , s− ) de sl(2, C ) correspond
à une vraie représentation de SL(2, C ). Au contraire, à cause du fait que
↑
π 1 (O + (1, 3)) = Z2 , une représentation (s+ , s− ) de o(1, 3) donne une repré-
↑
sentation de O+ (1, 3) qui est une vraie représentation si s+ + s− est entier,
mais seulement une représentation projective si s+ + s− est semi-entier.
On vérifie facilement que les rotations et glissements de base Λi (αi ) et
89
↑
Λi′ (δi ) de O+ (1, 3) ont la forme suivante dans SL(2, C ) :
!
1 cos α1/2 i sin α1/2
U1 (α ) = (7.85)
i sin α1/2 cos α1/2
!
2 cos α2/2 sin α2/2
U2 (α ) = (7.86)
− sin α2/2 cos α2/2
!
e iα3/2 0
U3 (α3 ) = 3 (7.87)
0 e−iα /2
!
ch δ 1/2 sh δ1/2
U1′ (δ1 ) = (7.88)
sh δ1/2 ch δ1/2
!
ch δ 2/2 −i sh δ2/2
U2′ (δ2 ) = (7.89)
i sh δ2/2 ch δ2/2
!
e δ3/2 0
U3′ (δ3 ) = 3 (7.90)
0 e−δ /2
90
Chapitre 8
Formes différentielles et
applications
1
ω=
p! ∑ ωπ (i )···π (i ) dxπ (i ) ⊗ ··· ⊗ dxπ (i )
1 p
1 p
(8.3)
π
En utilisant la propriété (8.2) on voit que l’on peut alors écrire un tel tenseur
sous la forme canonique
1
ω= ωi ···i dxi1 ∧ ··· ∧ dxi p (8.4)
p! 1 p
91
où le produit extérieur ∧ entre les 1-formes dxik est définit comme la somme
complètement antisymétrique de leurs produits tensoriels :
dxi1 ∧ ··· ∧ dxi p = ∑(−1)π dxπ (i ) ⊗ ··· ⊗ dxπ (i )
1 p
(8.5)
π
Remarquons que dxi1 ∧ ··· ∧ dxi p est nul si deux indices coïncident, et change
de signe si deux indices sont permutés. On a par exemple
dx1 ∧ dx1 = 0, dx1 ∧ dx2 = −dx2 ∧ dx1 (8.6)
Autrement dit, les dxi anticommutent par rapport au produit extérieur, et
forment ce qui s’appelle une algèbre de Grassmann.
Les p-formes en un point q ∈ M appartiennent à un espace vectoriel, noté
p p n− p
Ω q ( M ), de dimension ( np ) si dim M = n. On voit que Ωq ( M ) et Ωq ( M )
ont la même dimension, et sont par conséquent isomorphes. L’ensemble des
p-formes sur M est ensuite noté Ω p ( M ). Les 0-formes sont des scalaires, dé-
finis par une seule fonction ω. Les n-formes ont toutes leurs composantes
reliées entre elles et sont elles aussi définies en termes d’une seule fonc-
tion. En terme de ǫi1 ···in , dont les composantes non-nulles sont données par
ǫπ (1)···π (n) = (−1)π , on a ωi1 ···in = ǫi1 ···in ω1···n .
92
Propriétés. Le produit extérieur entre des formes a ∈ Ω p ( M ), b ∈ Ωq ( M ) et
c ∈ Ωr ( M ) satisfait les propriétés suivantes :
1. a ∧ (b ∧ c) = ( a ∧ b) ∧ c
2. (α1 a1 + α2 a2 ) ∧ b = α1 a1 ∧ b + α2 a2 ∧ b, ∀αi ∈ R
3. a ∧ b = (−1) pq b ∧ a
1 ∂ωi1 ···i p j
dω = dx ∧ dxi1 ∧ ··· ∧ dxi p (8.13)
p! ∂x j
On a donc :
1 ∂ωπ (i2 )···π (i p+1)
(dω )i1 ···i p+1 =
p! ∑(−1)π ∂xπ (i1 )
(8.14)
π
On verifie que dω est un bien un tenseur de type (0, p + 1). En effet, sous un
changement de coordonnées xi → x̂i , sous lequel
∂ x̂i j ∂ ∂x j ∂
d x̂i = dx , = (8.15)
∂x j ∂ x̂i ∂ x̂i ∂x j
on a
∂x j1 ∂x jp
ω̂i1 ···i p = ··· ω j ··· j (8.16)
∂ x̂i1 ∂ x̂i p 1 p
93
Il suit que
1 ∂ω̂π (i2 )···π (i p+1)
ˆ )i ···i
(dω = ∑ (− 1 ) π
1 p +1
p! π ∂ x̂π (i1 )
1 ∂x j1 ∂x jp+1 ∂ω j2 ··· jp+1
=
p! ∑(−1)π ∂ x̂π (i1 )
···
∂ x̂π (i p+1) ∂x j1
π
p +1
1 ∂x j2 ∂2 x jk ∂x jp+1
+
p! ∑ ∑(−1)π ∂ x̂π (i2 )
···
∂ x̂π (i1 ) ∂ x̂π (ik )
···
∂ x̂π (i p+1 )
ω j2 ··· jp+1
k=2 π
∂x j1 ∂x jp+1
= ··· (dω ) j1 ···jp+1 (8.17)
∂ x̂i1 ∂ x̂i p+1
Sur une 0-forme ω, ayant pour composante une fonction ω, la dérivée
extérieure produit une 1-forme dont les composantes forment un vecteur
égal au gradient de la fonction ω :
∂ω i
dx dω = (8.18)
∂xi
Sur une 1-forme, ayant pour composantes les composantes d’un champ de
covecteurs ωi , la dérivée externe produit une 2-forme dont les composantes
correspondent à des dérivées antisymétrisées de ce vecteur :
∂ωi j i 1 ∂ωi ∂ω j
dω = dx ∧ dx = − i dx j ∧ dxi (8.19)
∂x j 2 ∂x j ∂x
Sur une p-forme avec p = 2, ···, n − 1, on obtient des résultats semblables.
Propriétés. La dérivée externe jouit des propriétés suivantes sur des formes
a ∈ Ω p ( M ) et b ∈ Ωq ( M ).
1. d2 = 0 (suit du fait que les dérivées ordinaires commutent)
2. d( a ∧ b) = da ∧ b + (−1) p a ∧ db (suit de la règle de Leibnitz)
94
Théorème. Dans un voisinage U d’un point p sur une variété M, toute forme
fermée sur U est exacte si U est contractible.
Dans ces expressions, les ω i1 ···i p dénotent les composantes du tenseur com-
plètement antisymétrique de type ( p, 0) obtenu en haussant tous les indices
des composantes de la p forme ω à l’aide de la métrique inverse,
95
On vérifie facilement que si ω est une p-forme alors ∗ ω est effectivement
un (n − p)-forme. Considérons pour cela un changement de coordonnées
xi → x̂i , sous lequel
∂ x̂i
d x̂i = j dx j (8.24)
∂x
On a alors
∂xm ∂xn
ĝij = gmn (8.25)
∂ x̂i ∂ x̂ j
∂ x̂i ∂ x̂ j mn
ĝij = g (8.26)
∂xm ∂xn
∂x j1 ∂x jp
ω̂i1 ···i p = ··· ω j ··· j (8.27)
∂ x̂i1 ∂ x̂i p 1 p
∂ x̂i1 ∂ x̂i p j1 ··· jp
ω̂ i1 ···i p = ··· ω (8.28)
∂x j1 ∂x jp
On trouve également que
2
∂xi
ĝ = det j g (8.29)
∂ x̂
En utilisant ces règles de transformations, on calcule finalement :
p
| ĝ| j1 ··· jp
(∗ ω̂ )i p+1 ···in = ω̂ ǫj1 ··· jp i p+1 ···in
p!
p
| g| k1 ···k p ∂xi ∂ x̂ j1 ∂ x̂ jp
= ω ǫj1 ··· jp i p+1 ···in det j ··· (8.30)
p! ∂ x̂ ∂xk1 ∂xk p
p
| g| k1 ···k p ∂xi ∂ x̂ j1 ∂ x̂ jn ∂xk p+1 ∂xkn
= ω ǫj1 ··· jn det j ··· ···
p! ∂ x̂ ∂xk1 ∂xkn ∂ x̂i p+1 ∂ x̂in
Mais
∂ x̂ j1 ∂ x̂ jn ∂ x̂i
ǫj1 ··· jn ··· = ǫ k1 ···k n det (8.31)
∂xk1 ∂xkn ∂x j
Donc
p
∂xi ∂xk p+1 ∂xkn | g| k1 ···k p
(∗ ω̂ )i p+1 ···in = sign det j ··· in ω ǫk1 ···k p k p+1 ···kn
∂ x̂ ∂ x̂i p+1 ∂ x̂ p!
∂xi ∂xk p+1 ∂xkn
= sign det j ··· (∗ ω )k p+1 ···kn (8.32)
∂ x̂ ∂ x̂i p+1 ∂ x̂in
On voit finalement que ceci est bien la loi de transformation d’un tenseur
de type (0, n − p), étant donné que si la variété M est orientable on peut se
limiter à des cartes ayant toutes la même orientation, de telle façon que :
∂xi
sign det j = 1 (8.33)
∂ x̂
96
Remarque. L’opération de dual de Hodge représente un isomorphisme entre
p n− p
Ωq ( M ) et Ωq ( M ) en chaque point q ∈ M. La notation ∗ vient du fait qu’il
permet également de relier ω ∈ Ω p ( M ) à la forme duale ω ∗ ∈ Ω p∗ ( M ) en
chaque point q ∈ M. Plus précisément, si ω, ω ′ ∈ Ω p ( M ), alors
ω ′ ∧ ∗ ω = (ω ′ , ω ) dx1 ∧ ··· ∧ dxn (8.34)
où (ω ′ , ω ) est le produit scalaire de deux formes défini comme
p
′ | g| ′
(ω , ω ) = ωi1 ···i p ω i1 ···i p (8.35)
p!
Pour autant qu’elles soient valables pour tout ω ′ , les deux relations précé-
dentes définissent ∗ ω.
Propriétés. L’opération de dual de Hodge satisfait les propriétés suivantes
sur ω ∈ Ω p ( M ), s étant la signature de la métrique :
1. ∗2 = (−1)s+1 (−1) p(n− p)
M
ω = ∑ Vα
ǫα ω
α
Z
= ∑ ǫα ( xα ) ω1···n ( xα ) dx1α ··· dxαn (8.39)
α Vα
97
On peut définir de façon semblable l’intégrale d’une p-forme ω sur une
sous-variété M ′ ⊆ M telle que dim M ′ = p ≤ n. Localement, c’est-à-dire
dans un ouvert V ′ , la sous-variété M ′ peut être représentée par des coordon-
nées u = (u1 , ···, u p ). En d’autres termes, pour la restriction de M à M ′ on a
xi = xi (u a ), avec i = 1, ···, n et a = 1, ···, p. L’intégrale de ω sur V ′ est alors
définie comme
Z Z
∂xi1 ∂xi p 1
ω = ωi1 ···i p (u) ··· du ··· du p (8.40)
V′ V′ ∂u1 ∂u p
Globalement, l’intégrale sur tout M ′ peut être définie comme avant en consi-
dérant une partition de l’unité sur M ′ .
Un résultat important concernant les intégrales de formes est le théorème
de Stokes généralisé, qui représente une autre relation fondamentale entre
l’opération de dérivée extérieure d et la notion de bord ∂, et affirme que si
une forme est exacte son intégrale est localisée sur le bord de la variété :
Ω = ∗1 (8.42)
98
La forme volume définit une mesure d’intégration universelle sur la va-
rété M, induite par la métrique. Elle permet de définir le volume de M
comme l’intégrale de Ω :
Z
Vol( M ) = Ω (8.44)
M
ω0 = f (8.45)
ω1 = vi dxi (8.46)
1
ω2 = tij dxi ∧ dx j (8.47)
2
1
ω3 = sijk dxi ∧ dx j ∧ dxk (8.48)
3!
99
En prenant le dual de Hodge de ces objets, on obtient :
1
∗ w0 = f ǫijk dxi ∧ dx j ∧ dxk (8.49)
3!
1
∗ w1 = vi ǫijk dx j ∧ dxk (8.50)
2
1
∗ w2 = tij ǫijk dxk (8.51)
2
1
∗ w3 = sijk ǫijk (8.52)
3!
On voit qu’il y a une correspondance entre 0-formes et 3-formes, et entre
1-formes et 2-formes :
1
f ⇔ ǫijk sijk , sijk ⇔ ǫijk f (8.53)
3!
1
vi ⇔ ǫijk t jk , tij ⇔ ǫijk vk (8.54)
2
On peut alors se limiter à considérer des 0-formes décrivant des scalaires f
et des 1-formes décrivant des vecteurs ~v.
On vérifie que la combinaison de deux symbols de Levi-Civita peut être
décomposée de la façon suivante :
[j j j ]
ǫi1 i2 i3 ǫ j1 j2 j3 = 6 δi11 δi22 δi33 (8.55)
[j j ]
ǫi1 i2 a ǫ j1 j2 a = 2 δi11 δi22 (8.56)
j
ǫiab ǫ jab = 2 δi (8.57)
ǫabc ǫabc = 6 (8.58)
En agissant avec la dérivée extérieure d et le dual de Hodge ∗ sur ω0 et
ω1 , on obtient facilement les résultats suivants :
• Gradient d’une fonction : l’opérateur d sur une 0-forme avec compo-
~ f :
sante f produit une 1-forme avec pour composantes celles de ∇
~ f )i
(dω0 )i = (∇ (8.59)
En effet :
dω0 = ∂i f dxi
• Rotationnel d’un vecteur : l’opérateur ∗ d sur une 1-forme avec compo-
santes ~v produit une 1-forme avec pour composantes celles de ∇×~ ~v :
~ ~v)i
(∗ dω1 )i = (∇× (8.60)
En effet :
dω1 = ∂i v j dxi ∧ dx j
∗ dω1 = ǫijk ∂ j vk dxi
100
• Divergence d’un vecteur : l’opérateur ∗ d ∗ sur une 1-forme avec com-
posantes ~v produit une 0-forme avec pour composante ∇· ~ ~v :
~ ~v)
(∗ d ∗ ω1 ) = (∇· (8.61)
En effet :
1
∗ω1 = vi ǫijk dx j ∧ dxk
2
1
d ∗ ω1 = ∂m vi ǫijk dxm ∧ dx j ∧ dxk
2
1 m ijk
∗ d ∗ ω1 = ∂ vi ǫ ǫmjk = ∂i vi
2
De plus, dans R3 toute forme fermée est exacte. On a donc que si ∗ dω1 = 0
alors ω1 = dω0′ , et si ∗ d ∗ ω1 = 0 alors ω1 = ∗ dω1′ , et par conséquent :
~ ~v = 0 ⇔ ~v = ∇
• ∇× ~ f′
~ ~v = 0 ⇔ ~v = ∇×
• ∇· ~ ~v′
101
• Théorème de Gauss : soit V un domaine de dimension 3 dans R3 , avec
un bord ∂V de dimension 2, et ω1 une 1-forme sur R3 de composantes
R R
(ω1 )i = vi . Alors le résultat V d ∗ ω1 = ∂V ∗ ω1 devient :
Z Z
~ ~v) d3 ρ =
(∇· ~v · d2~σ (8.64)
V ∂V
ω0 = f (8.65)
ω1 = vµ dxµ (8.66)
1
ω2 = tµν dxµ ∧ dxν (8.67)
2
1
ω3 = sµνρ dxµ ∧ dxν ∧ dxρ (8.68)
3!
1
ω4 = uµνρσ dxµ ∧ dxν ∧ dxρ ∧ dxσ (8.69)
4!
1
∗ w0 = f ǫµνρσ dxµ ∧ dxν ∧ dxρ ∧ dxσ (8.70)
4!
1 µ
∗ w1 = v ǫµνρσ dxν ∧ dxρ ∧ dxσ (8.71)
3!
1 µν
∗ w2 = t ǫµνρσ dxρ ∧ dxσ (8.72)
4
1 µνρ
∗ w3 = s ǫµνρσ dxσ (8.73)
3!
1 µνρσ
∗ w4 = u ǫµνρσ (8.74)
4!
102
On voit qu’il y a une correspondance entre 0-formes et 4-formes, et entre
1-formes et 3-formes, alors que les 2-formes sont particulières :
1
f ⇔ ǫµνρσ uµνρσ , uµνρσ ⇔ ǫµνρσ f (8.75)
4!
1
vµ ⇔ ǫµνρσ sνρσ , sµνρ ⇔ ǫµνρσ vσ (8.76)
3!
1
tµν ⇔ ǫµνρσ tρσ (8.77)
2
On peut alors se limiter à considérer des 0-formes décrivant des scalaires f ,
des 1-formes décrivant des vecteurs v et des 2-formes décrivant des tenseurs
antisymétriques t.
On vérifie que la combinaison de deux symbols de Levi-Civita peut être
décomposée de la façon suivante :
[ν ν ]
ǫµ1 µ2 µ3 µ4 ǫν1 ν2 ν3 ν4 = −24 δµ11 δµν22 δµν33 δµ44 (8.78)
[ν ν ]
ǫµ1 µ2 µ3 α ǫν1 ν2 ν3 α = −6 δµ11 δµν22 δµ33 (8.79)
[ν ν ]
ǫµ1 µ2 αβ ǫν1 ν2 αβ = −4 δµ11 δµ22 (8.80)
ǫµαβγ ǫναβγ = −6 δµν (8.81)
103
En rappelant que ∂µ = (c−1 ∂t , ∇) ~ , les deux groupes d’équations de Maxwell
et l’équation de continuité peuvent se récrire de la façon suivante :
∇~ · ~B = 0
⇒ ǫµνρσ ∂ν F ρσ = 0 (8.84)
∇~ × ~E + 1 ∂t ~B = 0
c
∇~ · ~E = 4π ρ
4π ν
1 4π ⇒ ∂µ F µν = J (8.85)
∇~ × ~B − ∂t ~E = ~j c
c c
~ · ~j + ∂t ρ = 0
∇ ⇒ ∂µ J µ = 0 (8.86)
104
Cette nouvelle écriture représente une formulation de la théorie indépen-
dante du système de coordonnées, et permet de l’appliquer à des variétés
plus générales que l’espace de Minkowski. On voit que les équations de
Maxwell homogènes dF = 0 sont purement topologiques, et ne font pas
intervenir la métrique de la variété. Pour une variété topologiquement non-
banale, toutefois, la solution générale n’est pas simplement F = dA, car ceci
repose sur le fait qu’une forme fermée est également exacte, ce qui est faux
en général. Les équations inhomogènes d ∗ F = −4π/c ∗ J dépendent au
contraire de la métrique sur la variété.
105
106
Chapitre 9
107
possible de définir l’angle entre deux vecteurs, au travers de la formule
cos(∠(u, v)) = (u, v)/(kukkvk). Dans le cas pseudo-Riemannien, la norme
carrée peut au contraire s’annuler et changer de signe. Les choses sont alors
différentes, et on ne peut pas définir de notion d’angle de façon si simple.
En général, la métrique dépend du point considéré. Un cas particulier
simple est celui de métrique constante, où il existe un atlas tel que gij ( x) = Mij
pour tout point. L’exemple le plus simple est R2 avec la métrique banale,
ds2 = dx2 + dy2 = 4 dz dz̄. Un autre cas particulier important est celui de
métrique conforme, où gij ( x) = Mij f ( x). Il est alors facile de voir que l’angle
entre deux vecteurs, quand il peut être défini, est indépendant de f . Deux
exemples sont la sphère S2 et l’espace hyperbolique H 2 , munis de la mé-
trique conforme ds2 = 4(1 ± |z|2 )−2 dzdz̄, avec le signe + pour la sphère, et
le signe − pour l’espace hyperbolique.
Les hypersurfaces et les groupes de Lie matriciels sont des exemples clas-
siques de variétés Riemanniennes ou pseudo-Riemannienne non-banales. La
relativité générale conduit à l’étude des variétés pseudo-riemanniennes de
dimension 4 décrivant l’espace-temps. La métrique gµν ( x) est alors de signa-
ture (+1, −1, −1, −1), comme celle de Minkowski.
108
Cette métrique est définie positive, étant donné que la métrique Euclidienne
de R n+m l’est, et les hypersurfaces sont donc des variétés Riemanniennes.
d( x, y) = inf Sγ ( x, y) (9.10)
γ
109
donc gij ( x) ẋi ẋ j = 1. Ceci facilite grandement le calcul. En fait, on peut dans
ce cas utiliser de façon équivalente le nouveau fonctionnel L̃ = L2 , corres-
pondant à une action S̃ qui n’est plus invariante sous reparamétrisation et
valable seulement pour ce choix particulier du paramètre t :
Z tB Z tB
S̃ = gij ( x) ẋi ẋ j dt ≡ L̃[ xi , ẋi ] dt (9.13)
tA tA
∂ x̂i j
vi = v (9.19)
∂x j
L’accélération v̇i = ẍi , au contraire, n’est pas un vecteur. En effet, ses com-
posantes sont définies comme des dérivées par rapport a t de celles de vi .
110
Ceci correspond à prendre la différence entre les composantes du vecteur vi
en deux point voisins, correspondants à des espaces vectoriels distincts. En
calculant cette dérivée, on obtient alors une loi transformations qui contient
un terme homogène identique à celui qui apparaiterait pour un vecteur de
type (1, 0), plus un terme inhomogène dépendant des dérivées de la matrice
de transformation de coordonnées :
∂ x̂i ∂2 x̂i
v̂˙ i = j v̇ j + k j ẋk v j (9.20)
∂x ∂x ∂x
De la même manière, alors que la métrique gij est un tenseur de type (0, 2),
se transformant de façon homogène
∂xs ∂xt
ĝmn = gst (9.21)
∂ x̂m ∂ x̂n
On voit alors que les deux termes inhomogènes provenant des lois de trans-
formations de l’accélération et du symbole de Christoffel se compensent
exactement.
Plus en général, il est possibile de définir une dérivée curviligne covariante
Dτ le long d’une courbe γ quelconque, qui appliquée à un vecteur de com-
posantes vi défini sur la courbe produit un nouveau vecteur de composantes
Dτ vi données par
Dτ vi = v̇i + Γimn ẋm vn (9.24)
111
la loi de transformation d’un vecteur :
∂ x̂i ∂2 x̂i k j
D̂τ v̂i = v̇ j
+ ẋ v
∂x j ∂xk ∂x j
∂ x̂i ∂xs ∂xt ∂xk ∂x j ∂2 x̂i ∂ x̂m a ∂ x̂n a
j
+ Γ ( x ) − ẋ v
∂x j ∂ x̂m ∂ x̂n st ∂ x̂m ∂ x̂n ∂xk ∂x j ∂x a ∂xb
∂ x̂i j ∂2 x̂i m n ∂ x̂i j s t ∂2 x̂i k j
= v̇ + ẋ v + Γ st ( x ) ẋ v − ẋ v
∂x j ∂xm ∂xn ∂x j ∂xk ∂x j
∂ x̂i
= Dτ v j (9.25)
∂x j
Avec cette notation, l’équation des géodésiques s’écrit simplement Dτ ẋi = 0.
Ceci signifie que les géodésique correspondent aux courbes le long des-
quelles la dérivée curviligne covariante du vecteur vitesse ẋi est nulle.
112
9.4.1 Plan d’Euclide R2
Le plan d’Euclide est la variété R2 munie d’une métrique banale. En
coordonnées cartésiennes ( x, y), on a
ds2 = dx2 + dy2 (9.26)
En utilisant (z, z̄) définies par z = ( x + iy)/2 et z̄ = ( x − iy)/2, on peut
également récrire cette métrique comme :
ds2 = 4 dz dz̄ (9.27)
Dans ce cas, les géodésiques sont des segments de lignes droites. Etant
donnée une géodésique, il existe une seule autre géodésique passant par un
point x externe à γ qui ne coupe pas γ. Ceci correspond à une courbure
nulle.
9.4.2 Sphère S2
Le sphère est la surface S2 = {y ∈ R3 | kyk = 1}. Elle hérite d’une
métrique induite par la métrique banale de l’espace ambiant R3 où elle est
définie. Pour la calculer, on peut utiliser des coordonnées polaires (θ, φ),
définies par y = (sin θ cos φ, sin θ sin φ, cos θ ). La métrique banale de l’espace
ambiant ds2 = (dy1 )2 + (dy2 )2 + (dy3 )2 donne alors la métrique suivante pour
la sphère :
ds2 = dθ 2 + sin2 θ dφ2 (9.28)
En coordonnées stéréographiques à partir du pôle nord ( x1 , x2 ), ou plutôt
leur version complexe (z, z̄) avec z = x1 + ix2 et z̄ = x1 − ix2 , définies par
y = (2 Rez/(1 + |z|2 ), 2 Imz/(1 + |z|2 ), (−1 + |z|2 )/(1 + |z|2 )), on trouve :
4
ds2 = dz dz̄ (9.29)
( 1 + | z |2 ) 2
Dans ce cas, les géodésiques sont des arcs de cercles équatoriaux maxi-
maux. On remarque qu’il y a un chemin court minimisant la distance, et
un chemin long maximisant la distance entre deux points. De plus, étant
donnée une géodésique γ, il n’existe aucune autre géodésique passant par
un point x externe à γ qui ne coupe pas γ (voir fig. 9.1 et fig. 9.2). Ceci
correspond à une courbure positive.
113
1’
γ
2’ 1
2
Il est utile d’introduire des coordonnées complexes (z, z̄), définies comme
z = ( x + iy − i )/( x + iy + i ) et z̄ = ( x − iy + i )/( x − iy − i ). On vérifie facile-
ment que ces nouvelles coordonnées sont limitées à des valeurs satisfaisant
|z| ≤ 1, et la métrique devient :
4
ds2 = dz dz̄ (9.31)
( 1 − | z |2 ) 2
Dans ce cas, les géodésiques sont des demi-cercles dont le centre est
sur l’axe définissant le bord. Etant donnée une géodésique γ, il existe alors
une infinité d’autres géodésiques passant par un point x externe à γ qui
ne coupent pas γ (voir fig. 9.3 et fig. 9.4). Ceci correspond à une courbure
négative.
γ
x
9.5 Courbure
Il est clair qu’une variété Riemannienne ou pseudo-Riemannienne est
courbe si la métrique gij est non-banale. Pour qualifier de façon plus precise
114
dans quel sens elle doit être non-banale, et définir une notion de courbure de
manière plus quantitative, on peut procéder de différentes façons. Certaine-
ment, il est nécessaire de donner une définition intrinsèque, qui ne dépende
pas du système de coordonnées locales considéré.
Une première remarque à faire vient du fait que le symbole de Christoffel
n’est pas un tenseur, et se transforme sous un changement de coordonnées
xi → x̂i comme
115
Dans le cas Galiléen, il s’agit de variétés Riemanniennes décrivant l’espace,
alors que dans le cas Einsteinien on a des variétés pseudo-Riemanniennes
décrivant l’espace-temps.
1 ds 2 1
T= m = m gij ( x) ẋi ẋ j (9.35)
2 dt 2
L’action correspondante est :
Z
1
S= m gij ( x) ẋi ẋ j dt (9.36)
2
L’équation du mouvement coincide alors avec l’équation des géodésiques :
On voit que cette expression peut être récrite dans la forme d’une longeur de
trajectorie, paramétrisée par un nouveau paramètre θ qui n’est pas le temps,
Z q
SM = gij ( x) x′i x′ j dθ (9.39)
116
Ceci montre que la situation d’une particule sujette à une force due à un po-
tentiel dépendant de la position est semblable à la situation d’une particule
libre sur une variété avec une métrique dépendant de façon non-banale de
la position. Dans le premier cas, la trajectorie de la particule est déterminée
par l’action de la force, alors que dans la deuxième cas elle est déterminée
par l’influence de la métrique sur la notion de distance.
117
118
Bibliographie
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Geometry, topology and physics,
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[6] H. Kunz,
Physique Mathématique II,
notes de cours de l’EPFL, http ://[Link].