0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
4 vues106 pages

Content

Ce polycopié de cours d'introduction à l'économie présente les concepts fondamentaux de la discipline, en soulignant son importance dans la compréhension des enjeux économiques contemporains. Il aborde les méthodes de la science économique, les problèmes économiques majeurs, et l'actualité économique, tout en visant à familiariser les étudiants avec le vocabulaire et les outils de raisonnement spécifiques à l'économie. Le cours est structuré en plusieurs chapitres, traitant des thèmes variés tels que la monnaie, la croissance et les interdépendances économiques.

Transféré par

kouaadrimel
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
4 vues106 pages

Content

Ce polycopié de cours d'introduction à l'économie présente les concepts fondamentaux de la discipline, en soulignant son importance dans la compréhension des enjeux économiques contemporains. Il aborde les méthodes de la science économique, les problèmes économiques majeurs, et l'actualité économique, tout en visant à familiariser les étudiants avec le vocabulaire et les outils de raisonnement spécifiques à l'économie. Le cours est structuré en plusieurs chapitres, traitant des thèmes variés tels que la monnaie, la croissance et les interdépendances économiques.

Transféré par

kouaadrimel
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou

Faculté des Sciences Economiques, Sciences de Gestion et

des Sciences Commerciales

Département des Sciences Commerciales

Cours première année LMD, semestre 1

Introduction à l’économie

Dr. MOUSSAOUI Abdelhakim

Année universitaire 2024/2025


Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Introduction générale

Ce polycopié de cours introduction à l’économie est le résultat de plusieurs années


d’enseignement en première année LMD. L’économie, en tant que discipline scientifique
enseignée dans les écoles et les universités, vise à proposer un ensemble de savoirs construits
selon une démarche rigoureuse, afin de donner un éclairage sur de nombreux sujets clés :
production, croissance, emploi, investissement, entreprise, marché, etc.

L’économie est présente partout dans nos sociétés. Les sujets et les discours sur
l’économie – au sens large – sont omniprésents dans les médias et la vie quotidienne. A la
différence des phénomènes naturels (physiques, biologiques ou météorologiques) qui obéissent
à des lois scientifiques vérifiables rendant ces phénomènes prédictibles, les faits humains,
particulièrement ceux relevant de la sphère économique et sociale, obéissent à des logiques qui
relèvent d’une grande complexité.

L’introduction d’un cours d’économie a souvent été l’œuvre d’un pionnier qui estimait
qu’une telle initiation était nécessaire à la qualité globale de la formation reçue par les étudiants
de son établissement. En dehors de l’université, l’économie est entrée dans de nombreux
programmes de formation continue : comme matière fondamentale dans certaines formations
qualifiantes, ou comme composante d’un programme d’enrichissement des compétences
personnelles (VATE M., 1999).

Les cours et les travaux dirigés afférents à ce présent module visent à satisfaire trois
objectifs importants :

- Les concepts de base : permettre aux étudiants de se familiariser avec les concepts
économiques de base ainsi qu’avec les outils de raisonnement propres à la discipline autrement
dit, toute science utilise un vocabulaire, des notions élémentaires, des outils de raisonnement…
sans lesquels elle demeure inintelligible.

L’économie, en tant qu’activité réelle, demeure presque insaisissable si on ne dispose pas


des codes, du vocabulaire, et de la grammaire appropriés. En clair, si on ne maitrise pas le
langage spécifique de l’économie. Les problèmes économiques, souvent épineux, se posent
sans cesse et pèsent d’un poids considérable sur nos choix de consommateur, éventuellement
de chef d’entreprise… mais aussi de citoyen/électeur … lorsqu’il nous faut arbitrer entre les
programmes des partis politiques, au sein desquels les grands dossiers économiques comme le

MOUSSAOUI A. Page 2
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

chômage, la croissance, la compétitivité, le pouvoir d’achat, la dette publique… sont souvent


débattus, scrutés, évalués, critiqués.

De surcroit, ces problèmes économiques ont plusieurs dimensions. Les solutions sont
interdépendantes et complexes. Les conseils des experts de l’économie sont nombreux mais
trop souvent contradictoires.

- Les principales approches théoriques : que font les économistes ? quels sont leurs buts ?
quelles démarche suivent-ils ? Expliquer l’objet de la science économique tel qu’il a été pensé
par les auteurs appartenant aux différents courants.

Les économistes cherchent à établir les principes économiques qui serviront à formuler
des politiques visant à résoudre les problèmes économiques.

- L’actualité économique : pourquoi tout le monde devrait s’intéresser à l’économie ?


L’actualité économique est débordante, foisonnante, difficile à appréhender : les problèmes
économiques ont souvent plusieurs dimensions, les solutions sont complexes, les conseils
nombreux, …

Permettre à l’étudiant de cerner l’évolution de la science économique dans le temps et


dans l’espace. En effet, l’économie est une science dynamique qui change da façon à refléter
les évolutions des affaires économiques, de l’environnement, de l’économie mondiale et, plus
généralement, de la société.

Les étudiants étudiant l’économie pour comprendre le monde en évolution rapide qui les
entoure. Pour cette raison, l’économie est fondamentalement une science empirique. Elle vise
d’abord à expliquer le monde qui nous environne et nous aide ensuite à concevoir des politiques
économiques susceptibles d’améliorer le niveau de vie des individus dans un pays et à
l’étranger.

Les économistes ont fait des progrès considérables dans la compréhension des processus
de décision des individus, des ménages et des entreprises., qu’il s’agisse de savoir ce que l’on
doit acheter et vendre, ce que l’on doit épargner ou la façon dont il convient d’investir son
épargne. Ces progrès modifient la façon dont les Etats conçoivent leurs politiques économiques,
qu’il s’agisse de protéger l’environnement, de promouvoir l’éducation et de prendre en compte
les changements apportés par l’innovation dans les technologies d’information ou de la
mondialisation des marchés économiques.

MOUSSAOUI A. Page 3
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Dans ces conditions, comprendre les mécanismes fondamentaux du fonctionnement de


nos économies se révèle incontournable. A fortiori, dans une économie ouverte sur les échanges
avec les autres économies, cela devient même impératif car nos décisions individuelles et
collectives ont des effets sur les autres et réciproquement.

Cependant, la recherche économique génère continuellement de nouveaux


développements, qui doivent être transmis aux étudiants y compris dans un cours introductif.

Dans ce cours d’initiation à l’économie, les principales questions économiques sont


abordées avec un langage qui se veut le plus simple et le plus clair possible. Le programme du
cours est ainsi structuré en plusieurs chapitres.

Chapitre 1 : Objet d’étude et méthode de la science économique

Chapitre 2 : Les problèmes économiques fondamentaux

Chapitre 3 : Les interdépendances entre les acteurs et les principales opérations économiques

Chapitre 4 : La monnaie

Chapitre 5 : La croissance de la production et ses facteurs

MOUSSAOUI A. Page 4
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Chapitre 1 : Objet d’étude et méthode de la science économique

L’économie comme l’histoire et la psychologie, apparient à la grande famille des sciences


humaines dont le point commun est d’avoir le même objet d’étude : l’être humain. Chaque
science se définit par un domaine d’étude et des méthodes qui lui sont propres.

L’économie est une science sociale, elle doit non seulement expliquer les faits
économiques (prix, production, consommation, marchés…), mais aussi préciser comment les
rapports sociaux interviennent dans la formation de ces catégories.

Les grands problèmes mondiaux du moment (chômage, crise industrielle, famine…) ont
des origines et des conséquences économiques. Comprendre ces problèmes exige par-là même
que soient détenues un certain nombre de connaissances, théoriques ou pratiques, quantitatives,
en économie. Les fondements de cette connaissance économique de base sont à rechercher dans
deux directions principales : l’analyse de l’activité économique, l’objet de la science
économique.

Maitriser les définitions de l’économie et porter un éclairage sur les concepts de base de
l’économie sont les objectifs de ce chapitre premier.

1. L’objet de la science économique

La science économique est bien entendu une science humaine puisque qu’elle a pour objet
d’étude l’être humain, mais aussi une science sociale, puisque qu’elle étudie les individus au
sein de la société.

La science économique, que l’on appelait autrefois « économie politique », a pour objet
la connaissance des règles de fonctionnement auxquelles obéissent les activités économiques
telles qu’elles s’organisent spontanément au sein des collectivités humaines.

L’activité économique a pour fin la satisfaction des besoins par le moyen de la création
de biens. La science économique étudie principalement l’ajustement des moyens aux besoins.

1.1. Définitions de l’économie

En réalité, il n'existe pas une seule définition de l'économie, mais plusieurs définitions.
Chaque définition renvoyant à des réalités sous-jacentes différentes. La définition de l'économie
n'est pas consensuelle. Ses contours et son contenu varient en fonction des auteurs et des
courants de pensée.

MOUSSAOUI A. Page 5
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Le sens étymologique de terme économie dérive du grec ancien oïkonomia, gestion de la


maison, constitué d’oikos, maison, et nomos, gérer, administrer. Etymologiquement,
l'économie est l'art de bien administrer une maison, de gérer les biens d'une personne, puis par
extension d'un pays. Plus généralement, l'économie est une science sociale qui étudie la
production, la répartition, la distribution et la consommation des richesses d'une société. Le
principe général qui sous-tend l'économie, en particulier pour les ressources limitées ou rares,
est celui de la rentabilité. Elle consiste à consommer un minimum de moyens en vue de réaliser
un maximum de profits. Dans son acception actuelle, ce mot désigne deux réalités distinctes :
En premier lieu, l'ensemble des activités généralement regroupées sous ce terme ; en second
lieu, la science constituée pour étudier ces activités. Les activités économiques sont
traditionnellement celles qui relèvent de la consommation, de l'échange et de la production, ou
encore de l'épargne et de l'investissement.

La science économique : peut être défini selon l’analyse économique. Cette dernière
tient compte du fait que les hommes éprouvent des besoins illimités, quels qu’ils soient.
Cependant, les ressources sont limitées et donc rares. Par exemple, le temps, l’argent ne sont
pas inépuisables. Ceci engendre l’obligation de choix dans l’allocation des ressources, et donc
un choix dans les besoins que l’on va satisfaire. La science économique se donne pour objectif
de résoudre le problème de la rareté des ressources. De manière générale, toute théorie
économique manipule des concepts de base qui définissent :

En tant que science sociale, l’économie se situe entre les deux extrémités de la
connaissance. Celle-ci comprend d’un côté, les « sciences dures », comme la physique ou la
chimie, de l’autre, la poésie ou les arts. C’est une science récente. Sa définition a évolué au
cours de l’histoire. Considérée comme une science des richesses par les économistes classiques
de la fin de XVIIIe siècle, elle devient science de l’échange marchand chez les néoclassiques
du XIXe siècle. Au XXe siècle, elle apparait comme une science des choix efficaces.
Aujourd’hui, une synthèse de la notion d’économie est proposée. Elle tient compte des apports
successifs des différents économistes.

1.1.1. L’économie comme science des richesses

L’enrichissement est le but fondamental de l’individu et de la société. La science


économique est définie alors comme la science de la richesse, de la même façon qu’il y a une
science de la lumière et des planètes. Adam Smith dans son ouvrage « Recherches sur la nature

MOUSSAOUI A. Page 6
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

et les causes de la richesse des nations » publié en (1776). « L’économie politique se propose
d’enrichir à la fois le peuple et le souverain ».

Pour Jean-Baptiste Say (1767-1832) dans son ouvrage Traité d’économie politique » paru
en (1803) « L’économie politique enseigne comment se forment, se distribuent et se
consomment les richesses qui satisfont aux besoins des sociétés ».

Les classiques ne considèrent que la richesse matérielle. Ils négligent les services. Adam
Smith distingue le travail productif qui ajoute de la valeur aux objets et le travail improductif
qui s’exerce dans le domaine des services.

Cette conception restrictive de la richesse sera reprise par Marx, notamment dans
certaines interprétations de la notion de travail improductif. Elle conduira le système de
comptabilité soviétique à ne retenir que la seule production de biens matériels comme création
de richesses, dans le cadre d’une comptabilité du « produit matériel net ».

Devant la nécessité de prendre en compte les services dans l’activité économique, le


champ de l’économie s’est élargi. L’économie est devenue science des richesses matérielles et
immatérielles. Globalement, on peut recentrer la richesse autour d’une conception simple : est
richesse tout ce qui satisfait un besoin, tout ce qui a une utilité.

1.1.2. L’économie comme science de l’échange marchand

Un bien ou un service n’a pas de valeur en soi, il n’a de valeur que s’il satisfait un besoin,
que s’il a une utilité. Or le problème qui se pose est comment vérifier cette utilité et donc
comment mesurer la valeur de ces biens ?

Économistes néoclassiques [(Stanley Jevons (Cambridge), Carl Menger (Vienne), Léon


Walras (Lausanne)] : L’économie a pour objet l’étude des fondements de l’échange marchand.
Un bien n’a pas de valeur en soi : La valeur n’apparaît que dans l’échange, un bien n’a d’utilité
que s’il satisfait à un besoin, l’économie devient la science des prix, Est économique tout ce qui
se traduit par un prix.

A partir de cette conception de l’économie, la préoccupation des économistes va se porter


principalement sur la formation des prix et l’analyse des différentes catégories de marché.

MOUSSAOUI A. Page 7
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Cette conception recouvre certaines limites. D’une part, l’économie, science des prix ou
de l’échange, ne s’intéresse aux activités humaines que dans le mesure où ces activités
s’inscrivent dans un rapport l’échange.

D’autre part, les systèmes sans marché ou les économies sans échange seraient hors du
champ de l’économie. Or, ces systèmes comme ces sociétés sont en lutte à des difficultés de
nature économique.

1.1.3. L’économie, science des choix efficaces

Dans son ouvrage intitulé : Essai sur la nature et la signification de la science économique,
publié en 1947, Lionel Robbins a défini l’économie comme la science qui étudie le
comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages alternatifs.

Cette définition nous donne une précision sur le fait que la rareté des biens oblige à faire
des choix. L’être humain éprouve des besoins nombreux, ses ressources ne l’étant pas, se pose
le problème de choix. A titre d’exemple, au niveau macroéconomique, les pouvoirs publics
s’interrogent sur l’affectation des dépenses du budget de l’Etat entre différents secteurs
d’activité économique. C’est le cas d’un offreur qui, en fonction d’un budget restreint, doit
choisir quelles ressources il consacre aux dépenses de matières premières, de capital ou de
travail.

Le choix suppose que chaque individu, le vendeur ou le gouvernement est confronté à


un problème de maximisation de sa satisfaction, de son profit ou du bien-être de la nation sous
les contraintes qu’imposent, pour l’individu, son revenu, pour le vendeur, ses ressources, pour
le gouvernement, le budget de l’Etat.

Suivant cette définition, la démarche de l’économiste sera de rechercher ce que coûte la


disposition d’une unité supplémentaire d’un facteur de production, d’un bien ou d’une dépense
publique, compte tenu des ressources disponibles et du prix des biens ou des facteurs de
production considérés. Cette conception renvoie à la notion d’utilité marginale.

Cette notion de choix appelle au moins trois remarques :

- La nécessité d’un choix provient du fait que la variété des besoins est illimitée et tend
même à se reproduire à mesure d’une société se développe ; or, en dépit de la limitation
de chacun de ces besoins par un niveau de satiété, les ressources disponibles sont
toujours insuffisantes pour qu’il soit possible de les satisfaire tous ;

MOUSSAOUI A. Page 8
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

- Dans la confrontation des moyens limités avec des besoins beaucoup plus vastes, le
choix reste possible à cause de la substituabilité des biens pouvant satisfaire un même
besoin, mais aussi de la substituabilité des besoins entre eux ;
- Un choix est résultat d’un calcul, effectué au moins de manière implicite

En effet, la notion de l’économie comme science des choix est moins restrictive que
celle considérant l’économie comme science de l’échange marchand. Science des choix, elle
conduit à n’exclure aucun acte humain de l’activité économique. Chaque individu adopte un
comportement calculateur. Il compare ce qu’il gagne à ce qu’il perd pour chacune de ses
activités. La science économique devient alors une science de l’action humaine, ou encore une
science praxéologique1.

Par conséquent, cette conception ne permet pas de définir parfaitement ce qu’est


l’économie.

D’une part, le raisonnement qui vise à maximiser les moyens disponibles en vue de
satisfaire des objectifs n’est pas spécifique à l’économie. On retrouve ce raisonnement par
exemple, dans la démarche d’un entraineur d’une équipe sportive qui, à l’occasion d’un match
donné, va composer l’équipe la plus performante compte tenu de son effectif disponible.

D’autre part, la démarche rationnelle qu’implique la science des choix s’appuie sur le
comportement d’un Homo oeconomicus qui serait coupé de tout contexte social et historique.

Afin de prendre en compte les différentes approches de l’économie qui ont contribué à
l’élaboration de la pensée économique, des définitions de synthèse de l’économie ont été
proposées.

1.2. Définitions de synthèse

Les définitions suivantes d’E. Malinvaud, R. Barre et P. Samuelson, extraites de leurs


manuels d’économie, sont représentatives d’une approche synthétique de l’économie. Cette
approche aborde tous les éléments discutés précédemment : la satisfaction des besoins, la rareté
des biens, les actes économiques fondamentaux. Cette approche abandonne la conception de la
science des choix pour tenir compte de la société et des institutions dans la définition de
l’économie.

1
Ludwig Von Mises, L’action humaine, PUF, 1985.

MOUSSAOUI A. Page 9
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

 La définition d’E. Malinvaud

« L'économie est la science qui étudie comment les ressources rares sont employées
pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société ; elle s'intéresse, d'une part, aux
opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens et,
d'autre part, aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations »
(Edmond Malinvaud, in "Leçons de théorie microéconomique", Dunod, Paris, 1986).

 La définition de R. Barra
« La science économique est la science de l’administration des ressources rares. Elle étudie
les formes que prend le comportement humain dans l’aménagement de ces ressources, elle
analyse et explique les modalités selon lesquelles un individu ou une société affecte des moyens
limités à la satisfaction des besoins nombreux et illimités » (Raymond Barre, économie
politique, PUF, Paris, coll. « Thémis », 1969, tome I).
 La définition de P. Samuelson

« L'économie est l'étude de la façon dont l'homme et la société choisissent avec ou sans
recours à la monnaie, d'employer des ressources productives rares qui sont susceptibles
d'emplois alternatifs, pour produire divers biens, et les distribuer en vue de la consommation,
présente ou future, des différents individus et groupes qui constituent la société ». Paul A.
Samuelson, L'Economique. Paris, Armand Colin, Coll. « U », 1972, tome I).
1.3. Distinction de l'économie des autres sciences humaines
L’économie est une science humaine qui s’intéresse à l’homme, en se distinguant des
autres sciences humaines qui prennent l’homme pour objet : psychologie, psychanalyse et
anthropologie.

 L’économie est focalisée sur les comportements humains, rationnels et efficaces ;


 Elle étudie donc la rationalité de l’homo-economicus (individu rationnel) ;
 La rationalité en économie est l'utilisation la plus efficace possible des moyens
disponibles dans le but d'atteindre un objectif donné.
2. Le raisonnement économique

Pour résoudre le conflit entre l’existence par nature illimitée des besoins et le caractère
limité des biens, l’homme doit procéder à des choix économiques ; ainsi doit-il par exemple
chercher à obtenir le maximum de satisfaction à partir de ressources budgétaires limitées dont
il dispose, ou encore à minimiser ses dépenses en vue d’atteindre un niveau donné de

MOUSSAOUI A. Page 10
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

satisfaction. Plus généralement encore, les choix économiques s’effectuent à l’occasion de trois
grands moments de la vie économique :

- la production, c’est-à-dire la réalisation de biens et de services ;


- la répartition, c'est-à-dire la destination de la production et la formation des revenus ;
- et la dépense, c'est-à-dire l’acquisition des biens et des services.

Suivant les économistes Joseph E. Stiglitz, Carl E. Walsh, Jean-Dominique Lafay, la


science économique étudie comment les individus, les entreprises, les pouvoirs publics et
d’autres organisations sociales font des choix, et comment ces choix déterminent la façon dont
sont utilisées les ressources de la société.

Pour comprendre comment les individus font des choix et les conséquences de ces choix
sur les ressources de la société, on examinera cinq concepts dont le rôle est central en
économie : les arbitrages, les incitations, l’échange, l’information et la distribution.

2.1. Arbitrages

Tout choix implique des arbitrages. Dépenser plus pour une chose implique d’avoir
moins à dépenser pour une autre. Consacrer plus de temps à étudier l’économie laisse moins de
temps pour étudier la physique.

Chacun d’entre nous doit en permanence effectuer des choix – les étudiants peuvent
travailler à la bibliothèque ou dans leur chambre, poursuivre leurs études ou travailler à plein
temps.

Les sociétés doivent elles aussi faire des choix – conserver des espaces verts plutôt que
d’autoriser la construction de logements, produire des ordinateurs et importer des téléviseurs
plutôt que faire l’inverse, baisser les impôts plutôt qu’augmenter les dépenses publiques. Dans
certains cas, les individus ou les Etats font ces choix de façon explicite. Il n’en reste pas moins
que les choix font intervenir à chaque fois des arbitrages. Obtenir plus d’une chose implique
d’en avoir moins d’une autre. La rareté oblige à faire des arbitrages.

La rareté occupe une place centrale en économie : c’est par ce que les ressources sont
rares que les choix ont de l’importance. Chacun d’entre nous est obligé de faire des choix en
raison du montant limité de son revenu. On ne peut pas s’offrir tout ce que l’on souhaite. Si l’on
dépense plus pour son logement, on dispose de moins d’argent pour acheter des vêtements ou

MOUSSAOUI A. Page 11
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

s’offrir des loisirs. Mais le caractère limité du revenu n’explique pas à lui seul pourquoi nous
sommes obligés de faire des arbitrages.

Tous les économistes sont d’accord pour reconnaitre le rôle déterminant de la rareté.
Cette idée se résume comme suit : il n’existe pas de repas gratuit. Avoir plus d’une chose
implique de renoncer à une autre. Du fait de la rareté. Les arbitrages sont des réalités
permanentes de la vie.

La rareté des ressources et, par conséquent, la nécessité d’effectuer des arbitrages sont
une réalité de la vie quotidienne.

2.2. Incitations

Lorsqu’ils font des choix, les individus répondent à des incitations. C’est une chose de
dire que nous sommes tous confrontés à des arbitrages quand nous devons faire des choix. C’en
est une autre de comprendre comment les individus et les entreprises effectuent ces choix et
comment ces derniers peuvent changer selon les circonstances économiques. Les entreprises
vont-elles par exemple décider d’accroitre ou de réduire le montant de leur main-d’œuvre quand
de nouvelles technologies apparaissent ? les individus vont-ils acheter de nouveaux types
d’automobiles quand le prix de l’essence augmente ?

Toute personne confrontée à un choix évalue les avantages et les inconvénients des
différentes options envisageables.

De même, une entreprise évalue les avantages et les inconvénients des différentes
options en fonction de leurs effets respectifs sur ses profits. Par exemple, une chaine de
restauration tiendra compte, pour implanter un nouveau restaurant, des avantages et des
inconvénients de toutes les localisations possibles.

Quand des décideurs pondèrent de façon systématique les avantages et les inconvénients
des options envisageables, on peut prévoir leur réaction quand les conditions économiques
changent. Une hausse du prix de l’essence accroit les coûts des déplacements en automobile,
mais le coût d’utilisation d’une automobile qui consomme peu augmente moins que celui d’un
véhicule de grand tourisme. Les ménages qui veulent acheter une automobile vont être incités
à choisir un modèle qui consomme peu.

Les économistes étudient les choix en se focalisant sur les incitations qu’ils définissent
comme les avantages (y compris les réductions de coût) qui font pencher un décideur en faveur

MOUSSAOUI A. Page 12
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

d’une option particulière. Parmi les nombreux facteurs qui peuvent influer sur les incitations,
les prix font partie des plus importants. Si le prix de l’essence augmente, les individus sont
incités à moins utiliser leur automobile. Si le prix des lecteurs MP3 baisse, les incitations à en
acheter un acheter un sont plus fortes. Quand le prix d’un bien augmente, les entreprises sont
incitées à en produire une plus grande quantité, afin d’accroitre leurs profits. Quand un facteur
utilisé pour la production devient plus cher, le travail par exemple, les entreprises sont incitées
à rechercher de nouvelles méthodes visant à économiser cette ressource. Les incitations sont
également influencées par les rendements anticipés de différentes activités. Si la rémunération
du titulaire d’un master augmente par rapport à celle du titulaire d’une licence, les étudiants
seront plus incités à poursuivre leurs études au-delà de la licence.

Quand les économistes étudient le comportement des individus ou celui des entreprises,
ils s’intéressent en priorité à leurs incitations. Ces incitations sont parfois faciles à identifier. Si
l’on augmente le nombre des cours nécessaires pour obtenir un master, les incitations des
étudiants à aller au-delà de la licence diminueront.

Bien identifier les incitations et les « désincitations » à agir dans un sens ou un autre est
l'une des premières choses que doit faire un économiste quand il veut comprendre les choix
d’un individu ou d’une entreprise.

Les décideurs réagissent aux incitations celles-ci sont importantes pour comprendre les
choix effectués. Quand ils font des choix, les décideurs répondent aux incitations existantes.

2.3. Echange

D’une façon ou d’une autre, les décisions prises par les individus, par les ménages, par
les entreprises ou par l’Etat (compte tenu des conditions d’arbitrage et en réponse à des
incitations) déterminent la manière dont les ressources limitées de l’économie sont utilisées, y
compris la terre, les machines, le travail et les autres ressources naturelles. La clé permettant de
comprendre comment ces processus se déroulent se trouve dans le rôle joué par l’échange
volontaire sur les marchés.

Dans les sociétés modernes des millions d’échanges ont lieu. Très peu de personnes
produisent elles – mêmes tous les biens et services qu’elles souhaitent consommer. Au lieu de
cela, les policiers, les enseignants, les avocats, les travailleurs de bâtiment vendent les services
de leur travail à l’Etat, à un établissement scolaire, à un client ou à un entrepreneur de bâtiment,
puis échangent le revenu gagné contre les différents biens et services qu’ils désirent consommer

MOUSSAOUI A. Page 13
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

- biens et services produits auparavant par d’autres. Il est important de bien comprendre que
dans un échange volontaire, les deux parties sont gagnantes. Chaque fois qu’il y a échange
volontaire entre deux personnes ou entre une personne et une entreprise ou entre des habitants
de deux pays différents, l’échange est en mesure d’améliorer le bien – être de l’un et de l’autre.

Les économistes considèrent qu’il y a marché chaque fois qu’il y a échange. Pendant
des milliers d’années, les sociétés ont affecté un lieu précis à la réalisation des échanges, en
créant notamment des « places de marché » dans les villes et les villages. En économie, le
concept de marché décrit toute situation où se produisent des échanges même si ces « marchés »
ne ressemblent pas tous au marché de village traditionnel ou aux marchés financiers modernes.

Dans une économie de marché comme celle des Etats-Unis, la plupart des échanges sont
marchands et ils sont guidés par les prix des biens et services concernés. Les produits qui sont
plus rares ou qui demandent plus de ressources pour leur production sont vendus à un prix plus
élevé. Les marchés permettent donc aux consommateurs et aux entreprises de faire des choix
qui reflètent la rareté et qui, par voie de conséquence, conduisent à une utilisation efficace des
ressources.

Tous les choix sont le fait des individus et des entreprises. Les individus prennent des
décisions qui correspondent à leurs propres souhaits selon les incitations auxquelles ils sont
confrontés. Les entreprises prennent des décisions qui maximisent leurs profits et pour atteindre
cet objectif, elles essaient de produire les biens que souhaitent les consommateurs aux coûts les
plus bas. Ces consommateurs sont doublement gagnants : les biens qu’ils obtiennent
correspondent à leurs souhaits et les prix qu’ils paient pour cela sont les plus bas possible. Dans
l’ensemble, les marchés permettent une utilisation efficace des ressources de la société.

L’étude de l’échange sur les marchés est un élément clé pour comprendre comment les
ressources sont allouées, quels biens sont produits et qui gagne quoi. Les individus gagnent à
l’échange volontaire et, dans les économies de marché, les échanges marchands permettent une
utilisation efficace des ressources.

2.4. Information

Pour faire de bons choix, il faut disposer d’information. Il est en effet difficile de
comparer les avantages et les coûts si l’on ne connait ni leur nature ni a fortiori leurs montants.
Une entreprise qui envisage d’acheter un nouveau logiciel doit non seulement connaitre les
coûts des différentes options possibles mais aussi les capacités et les limites de chaque option.

MOUSSAOUI A. Page 14
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

A bien des égards, l’information est semblable aux autres biens et services. Les individus et les
entreprises désirent acquérir de l’information et des institutions spécialisées se sont développées
pour leur en vendre. Dans de multiples domaines, des organismes visant à fournir de
l’information aux consommateurs se sont également créés. Aux Etats-Unis, Consumer Reports
en est le meilleur exemple. L’internet est aussi maintenant une source importante d’information
indépendante pour les consommateurs. Sous certains aspects, l’information diffère cependant
de façon fondamentale des autres biens. Si un vendeur de voitures peut vous laisser essayer le
modèle de votre choix avant l’achat, un vendeur d’information ne peut pas faire la même chose.
En effet, dès que vous avez pris connaissance d’une information, vous n’avez plus aucune
incitation à l’acheter. De plus, à la différence d’un croissant ou des fruits et légumes,
l’information peut être partagée gratuitement.

La structure des marchés et la façon dont ils peuvent fonctionner dépendent de façon
décisive de l’information dont disposent les décideurs.

Dans certains domaines, le rôle de l’information est capital, au point de modifier la


nature même du marché. Dans le cas des automobiles d’occasion, les vendeurs et les acheteurs
qui négocient le prix d’un véhicule bénéficient souvent d’une information très différente quant
à la qualité de celui-ci. Si le vendeur est mieux informé que l’acheteur, il est incité à présenter
de façon erronée l’état du véhicule qu’il vend, dans la mesure où meilleure qualité est synonyme
de meilleur prix.

Quand les consommateurs manquent d’information pour effectuer des choix, l’Etat
intervient fréquemment pour obliger les entreprises à leur en fournir. La Securities and
Exchange Commission (SEC), l’institution chargée de superviser les marchés financiers
américains impose aux entreprises certaines obligations de publicité sur leurs comptes et leur
activité avant de les autoriser à introduire leurs actions sur le NYSE (New York Stock
Exchange, la bourse américaine), cela garantit aux investisseurs privés une information
relativement fiable, utile pour leurs décisions d’investissement.

Même en l’absence de réglementation, les entreprises ont des incitations à signaler aux
acheteurs que leurs produits sont de bonne qualité. Pour cela, elles vont offrir des garanties
qu’un producteur de produits de basse qualité ne pourra pas accorder.

L’imperfection de l’information peut aussi venir interférer avec les incitations. Les
employeurs veulent inciter leurs employés à bien travailler. Une façon d’atteindre cet objectif

MOUSSAOUI A. Page 15
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

est de lier la rémunération du salarié concerné à sa productivité. Cependant, celle-ci est souvent
difficile à mesurer et, si cette mesure est trop imparfaite, on voit mal comment il est possible
de déterminer les rémunérations sur cette base.

L’information, ou son absence, joue un rôle central dans la détermination de la forme


des marchés et dans la capacité des marchés privés à promouvoir une utilisation efficace des
ressources rares de l’économie.

2.5. Distribution

Les marchés déterminent le montant des biens et services que produit la société et la
façon dont ces biens et services sont alloués à ses membres.

L’économie de marché ne détermine pas seulement les biens qu’il convient de produire.
Elle fixe aussi les quantités à produire et pour qui. Beaucoup estiment que le marché distribue
les biens entre les ménages de manière discutable. Tout comme des personnes qui prennent part
à des enchères, ce que les participants au marché veulent et peuvent payer dépend de leur
revenu. Les revenus diffèrent nettement selon les professions. Certains groupes d’individus,
notamment ceux qui n’ont aucune qualification valorisée par le marché, reçoivent un revenu
tellement faible qu’ils ne peuvent ni se nourrir ni se soigner sans aide. L’Etat fournit de
l’assistance sous la forme de mesures visant à réduire l’inégalité des revenus.

Les mesures qui amortissent l’impact des marchés sur la distribution risquent toutefois
d’émousser les incitations économiques. Alors que les prestations sociales constituent un filet
de protection essentiel pour les personnes pauvres, les impôts et les cotisations nécessaires pour
les financer peuvent dissuader les contribuables de travailler ou d’épargner. Par conséquent, les
efforts de l’Etat pour redistribuer les revenus peuvent aller à l’encontre de l’efficacité
économique.

Le fait que l’on fasse confiance en priorité aux décisions privées dans plusieurs pays,
traduit l’idée, partagée par la plupart des économistes, que cette confiance est justifiée et
nécessaire pour que le système économique soit efficace. Cela n’exclut pas toutefois que
certaines interventions de l’Etat puissent être souhaitables. Déterminer l’équilibre entre
préoccupations d’égalité (ou préoccupations d’équité) et préoccupations d’efficacité, tout
comme déterminer l’équilibre entre secteur public et secteur privé, fait partie des grands
problèmes de l’économie moderne. Comme toujours, des arbitrages sont inévitables.

MOUSSAOUI A. Page 16
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

3. Les méthodes de l’économie

On entend par méthode, dans toutes les branches de la connaissance humaine, les
démarches suivies par la raison dans l’étude d’un certain objet afin d’arriver à une loi générale.
C’est l’art d’organiser les idées de telle manière qu’on arrive à découvrir une vérité inconnue
ou à prouver la validité d’une idée connue. La méthode est donc l’ensemble des démarches
suivies par la pensée afin de dégager la connaissance. Il s’agit là d’une succession d’étapes,
c’est-à-dire un chemin parcouru par la raison vers la connaissance. Ce chemin de la pensée ne
représenta pas un simple parcours car il s’associe à une organisation conceptuelle.

En général, les méthodes utilisées pour acquérir la connaissance économique ne


différent pas des méthodes de la recherche scientifique.

L’économie est une façon particulière d’étudier les comportements des hommes. C’est
la science des choix, ou science de la décision, dans un cadre de rareté. Quelles sont les
démarches et les méthodes adoptées par la science économique ? Elle bâtit son raisonnement à
partir d’hypothèses, en s’efforçant plus d’expliquer la réalité, que d’indiquer ce que devraient
être les choses. Enfin, elle se place autant au niveau de l’individu que de l’ensemble des
individus.

Les phénomènes économiques peuvent être étudiés selon plusieurs critères d’analyse.
Les méthodes permettant d’étudier ces phénomènes sont différentes selon le mode de
raisonnement retenu, la démarche adoptée, l’échelle de l’analyse, le rôle du temps dans
l’analyse.

3.1. Hypothèses, lois et modèles en science économique

L’observation des phénomènes économiques conduit à s’interroger sur les relations qui
peuvent exister entre les variables économiques. On est par exemple conduit à se demander
quels sont les liens entre le prix et la demande d’un bien, entre le volume d’investissement des
entreprises et le niveau du taux d’intérêt.

Les économistes font alors apparaitre des lois qui semblent gouverner le comportent des
agents. On dépasse dans ce cas la réalité et on se situe au niveau de la théorie économique.
Partant de l’observation des budgets des ménages, l’économiste autrichien Engel (1857) a ainsi
pu mettre en évidence que la part du revenu consacrée à la dépense alimentaire diminuait quand
le revenu augmentait. La généralisation de son étude est connue sous le nom de loi d’Engel.

MOUSSAOUI A. Page 17
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Une loi est un raisonnement théorique destiné à donner une représentation des liens
entre les variables économiques. Les lois sont fondées sur des hypothèses plus ou moins
contraignantes.

Une hypothèse est une simplification de la réalité qui rend possible la formulation de
théories compréhensibles et utilisables.

Par exemple, l’analyse de la production suppose que l’entreprise recherche en toutes


circonstances la maximisation de son profit, même si cela n’est pas toujours vérifié dans la
réalité. En effet, l’entreprise est incarnée par des hommes qui recherchent le pouvoir,
l’augmentation des parts de marché, la pérennité de l’entreprise. L’analyse du consommateur
repose sur l’hypothèse de rationalité de son comportement, c’est-à-dire la recherche du
maximum de satisfaction compte tenu de son revenu.

Enfin, les hypothèses et les lois permettent de construire des modèles. Un modèle est
un ensemble d’hypothèses et de lois qui donne une représentation théorique du fonctionnement
de l’économie. Comme dans toute démarche scientifique, les modèles sont confrontés aux faits :
la validité d’une théorie repose sur la capacité de ses conclusions à expliques les faits.

3.2. Le mode de raisonnement

Deux méthodes de raisonnement, basées sur des principes différents, peuvent être
retenues dans l’analyse économique : la méthode déductive et la méthode inductive.

3.2.1. La méthode déductive

Cette méthode consiste à déduire des propositions par un raisonnement logique à partir
de prémisses ou des hypothèses particulières, sans faire appel à l’observation des faits. Le
raisonnement déductif a été beaucoup utilisé par les néo-classiques, l’homme est rationnel, il
cherche à maximiser son utilité. De plus, il existe un ordre économique cohérent qui peut être
analysé par la mathématique qui, par sa rigueur, est la plus apte à exprimer la réalité
économique.

Exemple : Si nous partons de l’hypothèse que la consommation des ménages dépend du revenu,
nous pouvons définir la consommation des ménages (C) en fonction du revenu (R). Supposant
que C=300+0,5R. A partir de cette hypothèse qui définit la consommation, quatre déductions
sont possibles.

MOUSSAOUI A. Page 18
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

- La consommation est positive même si le revenu est nul. C=300 quand R est nul. La
valeur de cette consommation représente le montant d’une consommation
« incompressible », même si un individu n’a pas de revenu, il doit consommer pour
vivre. Il s’endette ou il bénéficie d’une aide sociale ;
- La consommation croit avec le revenu. Lorsque R=120 puis 250, C=360 puis 425 ;
- La consommation n’augmente pas dans les mêmes proportions que le revenu. Quand R
augmente de 120, C n’augmente que de 60.
- La quantité moyenne consommée (C/R) baisse quand le revenu augmente. Si R=120,
C/R=360/120 soit 3. Lorsque R=250, C/R= 1.70.

3.2.2. La méthode inductive

Cette méthode part de l’observation des faits pour dégager des principes généraux ou
des lois explicatives, c’est-à-dire partir de cas particuliers pour aboutir à des conclusions
générales. Par la méthode inductive nous allons établir le rapport qui existe entre la
consommation des fruits et leurs prix, et cela en utilisant les statistiques sur l’évolution de la
consommation des fruits et leurs prix.

Bien qu’opposées, les méthodes déductive et inductive sont utilisées conjointement dans
l’analyse économique. En somme, le raisonnement, en économie, est à la fois inductif et
déductif.

Raisonnement inductif et déductif

Observation Induction Hypothèses


des faits

Vérification Déduction

Théories,
modèles

3.3. La démarche retenue

L’analyse économique retient soit une démarche positive, soit une démarche normative.

MOUSSAOUI A. Page 19
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

3.3.1. La démarche positive

Cette démarche se fonde sur les faits observables. Son but est d’expliquer la réalité telle
qu’elle est. Elle fait appel aux informations disponibles. Par exemple, la proposition suivante
de Ricardo, une différence de coût de production, donc de prix des produits entre les pays, est
à l’origine de l’échange international, est une proposition de nature positive. Elle peut être
confirmée en recourant à l’observation.

3.3.2. La démarche normative

La démarche normative se fonde sur une représentation subjectives des faits. Son but
est d’expliquer la réalité telle qu’elle devrait être. Elle suppose un jugement de valeur sur ce
qui est bon et ce qui est mauvais en économie. Soutenir que le libre-échange est préférable au
protectionnisme et que tous les pays ont un intérêt à l’échange est une proposition de nature
normative. C’est exprimer un jugement de valeur sur ce qui est bien ou mal pour l’économie
d’un pays.

3.4. Les différents niveaux d’analyse

L’analyse économique est différente selon le niveau auquel se place l’observateur : on


distingue l’analyse microéconomique de l’analyse macroéconomique ou méso économique.
Toutefois, les recherches récentes en économie mettent l’accent sur les fondements
microéconomiques de la macroéconomie.

3.4.1. La perspective microéconomique

La microéconomie est une branche de l’économie qui s’intéresse à l’étude du


comportement humain à l’échelon d’un individu, dans sa capacité à utiliser de manière optimale
ses ressources, nécessairement limitées. L’économiste considère généralement les besoins et
les objectifs comme illimités, mais il ne porte pas de jugement sur les choix de l’agent en
fonction des goûts et des préférences de ce dernier. Par ailleurs l’économiste ne détermine pas
le niveau que le consommateur souhaite atteindre en termes de satisfaction, ou bien le niveau
des profits que l’entreprise souhaite réaliser : c’est à l’agent économique de le faire à l’issue
d’un calcul économique. En fonction des contraintes qui s’imposent à lui, notamment en termes
de ressources financières et de temps, l’agent économique souhaite atteindre ses objectifs de la
meilleure manière possible. Il devra pour cela réaliser des arbitrages, comme faire un choix
entre deux biens pour le consommateur, ou entre deux facteurs de production pour le producteur

MOUSSAOUI A. Page 20
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

(travail et capital). Dès lors, l’usage d’une certaine quantité d’un bien conduit l’agent à renoncer
à tout ou partie de l’usage d’un autre bien. La microéconomie considère que l’agent est en
mesure de faire un calcul coût/bénéfice qui le conduira à choisir la meilleure façon d’utiliser
ses ressources pour maximiser sa satisfaction (dans le cas du consommateur) ou son profit (dans
le cas du producteur). Il est important de noter que cette branche de l’économie reprend comme
postulat essentiel celui de l’existence de lois naturelles censées ramener le système économique
spontanément à l’équilibre, tout en garantissant l’optimisation des intérêts privés.

La microéconomie adopte une démarche positive d’interprétation des faits, ou sens où


elle s’attache à décrire ce qui est : elle ne porte pas de jugement moral ou philosophique
(valeurs, éthique, préférences politique) sur le comportement des individus en société.
D’ailleurs, l’agent économique dans ce type de raisonnement se détermine da façon purement
indépendante : il le fait sans tenir compte des actions des autres agents (ainsi, le consommateur
cherche à maximiser sa propre satisfaction sans se préoccuper des impacts possibles sur les
autres consommateurs et indépendamment de la demande de ces derniers). Dès lors, l’analyse
microéconomique ignore les aspects normatifs (ce qui devrait être) : la consommation est
toujours envisagée comme la recherche d’une satisfaction, et non comme un choix fondé sur un
système de valeurs et de préférences.

Exemple : acheter de la nourriture bio sera perçu comme un arbitrage censé apporter un
maximum de satisfaction, plutôt que comme un acte citoyen et militant. De la même manière,
les choix de localisation de la production seront basés sur la stricte volonté de maximiser les
profits (par l’implantation de sites de production dans des pays à bas salaires notamment), plutôt
que comme un choix guidé par l’intérêt général et le niveau de l’emploi national.

Les critères du raisonnement microéconomique


Microéconomie

Individualisme Echange marchand Principe de Calcul à la marge Ce


méthodologiqu Coordination des rationalité Chaque calcul permet de
e Raisonnement plans individuels individu est considérer l’impact de
à partir d’un sur le marché où supposer adopter l’augmentation
« agent s’expriment les un comportement
infinitésimale d’une
représentatif » offres et les cohérent vis-à-vis
de ses propres variable (variable
demandes agrégées
et en fonction chois (adaptation explicative) sur une
desquelles s’établit des moyens aux autre variable
un prix objectifs) (variable expliquée)

MOUSSAOUI A. Page 21
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

La microéconomie adopte quelques hypothèses et principes généraux : l’individualisme


méthodologique (elle développe son raisonnement en partant des comportements individuels et des
choix des agents) ; l’analyse marginale (elle analyse l’impact d’une évolution infinitésimale
d’une variable explicative X sur une autre variable expliquée Y) ; l’hypothèse de divisibilité des biens et
des facteurs de production (ces derniers sont divisibles en petites quantités pour pouvoir effectuer
des calculs) ; l’utilisation de fonctions dérivées (elle utilise l’analyse des fonctions mathématiques ;
le raisonnement «toutes choses égales par ailleurs » (elle considère par hypothèse qu’une variable
évolue alors que l’autre est supposée constante), le principe de rationalité individuelle (elle considère
que l’agent à la capacité de faire le meilleur choix pour lui en vertu d’un calcul coûts/bénéfices) ; enfin,
la microéconomie retient comme cadre de référence le modèle stylisé de concurrence pure et
parfaite (elle considère par hypothèse qu’il y a sur le marché atomicité des acteurs, homogénéité
des produits, libre entrée et sortie du marché et mobilité des facteurs de production).

3.4.2. L’analyse macroéconomique

C’est une discipline relativement récente : terme macroéconomie a été utilisé pour la
première fois par l’économiste norvégien R. Frisch en 1933 « prix Nobel 1969 ». Cependant,
en faisant référence à la pensée économique, on peut dire que la démarche macroéconomique
est très ancienne puisqu’il est habituel de chercher les origines du circuit économique dans le
tableau économique de F. Quesnay (physiocrates 1767).

La macroéconomie est le domaine des sciences économiques qui traite des phénomènes
économiques globaux (l’évolution du PIB, le taux de chômage, le taux d’inflation ou le taux de
croissance, etc.) et de leur interaction, qui prend pour objet d’étude le fonctionnement de
l’économie considérée comme un tout. Elle analyse principalement l’économie en termes de
circuit reliant les variables principales de l’économie : ces phénomènes sont dits «
macroéconomiques » parce qu’ils sont mesurés à l’échelle de l’économie nationale ou
internationale (comme dans le cadre de la zone euro).

La macroéconomie se distingue de la microéconomie par son domaine et son approche :

- Son domaine d’analyse concerne la régulation d’un système incluant une multitude
d’agents économiques reliés par diverses opérations : principalement la détermination
du revenu, la production, l’emploi et le niveau général des prix. Il inclut donc l’analyse
des deux problèmes majeurs de l’économie nationale : le chômage et l’inflation. La
microéconomie se concentre sur l’observation et l’analyse des interactions à une petite

MOUSSAOUI A. Page 22
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

échelle (offre et demande, détermination des prix, etc.), la macroéconomie étudie


l’économie au niveau national ou international.
- En termes d’approche, tandis que la microéconomie étudie les questions d’affectation
des ressources rares entre diverses utilisations, la macroéconomie appréhende
l’économie au niveau des fonctions globales reliant des agrégats, comme la production,
le revenu, la consommation et l’investissement, ce qui n’exclut pas de prendre en
compte certains prix (niveau général des prix, taux de salaires, taux d’intérêt).

Il existe ainsi des différences importantes avec la microéconomie : dans la cadre de la


macroéconomie, les ajustements entre les variables de l’économie s’opèrent par les revenus et
pas forcément par les prix, alors que dans le raisonnement microéconomique, les ajustements
s’opèrent essentiellement par les prix relatifs (le prix d’un bien par rapport à celui d’un autre
bien). La macroéconomie traite du problème de l’équilibre (comment réduire le chômage ?
comment éviter la récession économique ? comment freiner l’inflation ?), tandis que la
microéconomie traite du problème des choix (comment les individus peuvent-ils faire le
meilleur usage de ressources rares ?) par ailleurs, la macroéconomie considère des variables qui
sont des agrégats hétérogènes (la production ou la consommation d’un ensemble de biens
souvent très différents) alors que l’analyse microéconomique prend en compte des variables
homogènes (la production ou la consommation d’un bien). Enfin, la démarche
macroéconomique part directement du niveau global pour expliquer le fonctionnement d’un
système (on parle de perspective « holiste »), alors que la démarche microéconomique part
toujours du comportement individuel en considérant qu’il est représentatif de l’ensemble (d’où
le terme « d’agent représentatif »).

Le but des macro économistes est chercher à concevoir des politiques pour remédier aux
grands problèmes de l’économie (faible croissance, montée du chômage, inflation ou déflation)
et élever le bien-être de la population. L’objectif principal des macro économistes qui
s’intéressent aux phénomènes de court terme consiste à identifier les raisons pour lesquelles
nos économies connaissent des fluctuations de la production, le second objectif consistant à
établir les mesures de politique économique adaptées pour réduire ces fluctuations et stabiliser
l’activité. La macroéconomie s’appuie sur des modèles mathématiques qui représentent, de
façon simplifiée, les relations qui caractérisent une économie nationale. Ces modèles sont
tournés vers l’étude des données empiriques et servent à interpréter les faits, mais également à
tenter de prévoir l’évolution de la conjoncture, ou bien l’impact de telle ou telle décision de
l’Etat.

MOUSSAOUI A. Page 23
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

L’une des principales difficultés du raisonnement macroéconomique réside alors dans


la prise en compte de ces interdépendances, car la moindre mesure de politique économique
(comme une baisse des taux d’intérêt, ou une hausse du taux de TVA), ou le moindre choc
extérieur (hausse brutale du prix du pétrole), se traduisent par des effets en chaine sur
l’ensemble des variables macroéconomiques qui s’influencent mutuellement. Pour représenter
ces interdépendances et limiter le nombre de variables, les macro économistes utilisent des
modèles qui simplifient volontairement la réalité : ils choisissent les phénomènes les plus
importants à expliquer (la croissance, l’inflation, le chômage, la distribution du revenu) et
décrivent le comportement des agents en émettant des hypothèses.

Le raisonnement macroéconomique

Agrégats réels et financiers

Analyse des phénomènes Analyse holiste : les


économiques globaux : rapports entre les
consommation, PIB, variables sont déterminés
exportations, inflation au niveau de l’ensemble
de l’économie
(circuit économique)

Macroéconomie

Interdépendance entre les Rôle d’éclairage de la


grandes variables de décision publique :
l’économie : fondements comptabilité nationale et
microéconomiques de la analyse des politiques de
macroéconomie stabilisation au service du
bien-être de la population

L’essor de la macroéconomie est, pour l’essentiel, postérieur à la grande crise du


capitalisme des années 1930. Cette crise a nécessité de refonder la théorie économique pour
expliquer l’apparition d’un chômage massif et persistant. Ce contexte a également favorisé une
implication plus forte de l’Etat dans le domaine de la régulation globale de l’économie : cette
fonction de régulation a nécessité le développement de la macroéconomie et des systèmes de
comptabilité nationale durant la période de l’après-guerre.

MOUSSAOUI A. Page 24
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

3.4.3. L’analyse méso économique

Niveau d’analyse ou d’observation privilégiant la branche (ou le secteur) et


intermédiaire entre la microéconomie et la macroéconomie. Elle permet d’observer les
phénomènes économiques d’un point de vue sectoriel, structurel et régional. Par exemple, une
étude comparative entre la croissance du secteur industriel et celui des services, dans une zone
géographique donnée, est une approche de type méso économique.

3.4.4. Les fondements microéconomiques de la macroéconomie

E. Malinvaud dénote dans son ouvrage2 que l’on ne peut pas comprendre les
phénomènes macroéconomiques indépendamment des phénomènes microéconomiques qui leur
sont sous-jacents. Une bonne compréhension des mécanismes macro ou méso économiques
suppose la maitrise de la théorie microéconomique relative aux comportements individuels des
agents économiques.

Une voie de recherche importante et récente en économie consiste à donner des


fondements microéconomiques de la macroéconomie. Cette démarche a contribué de façon
majeure au renouvellement de la compréhension des phénomènes macroéconomiques. Par
exemple, on comprend mieux les conséquences d’une variation du revenu, au niveau global,
consécutif à une fluctuation de l’activité économique (phénomène macroéconomique), sur les
comportements de demande individuelle (phénomène microéconomique). On cerne mieux les
comportements de consommation ou d’épargne des ménages (comportements
microéconomiques) quand l’Etat s’engage dans une politique économique de nature
macroéconomique (augmentation des impôts pour combler le déficit budgétaire, par exemple).
On sait que les ménages vont ajuster leur comportement en fonction de cette information (ils
diminuent leur consommation ou puisent dans leur épargne pour payer les impôts
supplémentaires à venir).

3.5. Le rôle du temps dans l’analyse économique

La théorie économique n’a pas porté aux notions d’espace et de temps un intérêt
semblable selon Roger Vuaridel ; celle de temps a été nettement privilégiée au détriment de
celle d’espace.

2
Malinvaud E. (1991). Voies de la recherche macroéconomique, éd, Odile Jacob, Paris.

MOUSSAOUI A. Page 25
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

L’introduction du temps dans l’économie s’est réalisée explicitement par les deux
approches traditionnelles ; l’une macroéconomique, a élaboré la notion de période dans les
théories de l’équilibre ; l’autre, microéconomique, a mis en œuvre celle de temps structuré avec
son contenu subjectif dans l’étude du comportement des sujets. Une synthèse partielle a été
effectuée par Raymond Barre dans un ouvrage où la période a été l’objet essentiel des
préoccupations de l’auteur3.

On peut dire que la théorie économique s’est incorporée le temps en passant de la


statique des classiques à des dynamiques plus ou moins bien fondées temporellement.

Selon le rôle joué par le temps dans l’analyse économique, on distingue l’analyse
statique, dynamique, ex ante, ex post.

3.5.1. L’analyse statique

Elle fait abstraction du temps. La statique peut être comparée à un instantané


photographique. Elle suppose que les ajustements entre les variables sont simultanés, c’est-à-
dire qu’ils se réalisent sans décalage. Par exemple, la consommation d’un individu au moment
t dépend du revenu qu’il reçoit en t.

L’analyse statique est dite comparative lorsqu’elle étudie les ajustements successifs de
variables obtenues à des moments différents, mais sans indiquer comment on passe d’un état
au suivant. Par exemple, la comparaison de la consommation alimentaire des ménages en 1990,
2000, 2010, 2020.

3.5.2. L’analyse dynamique

Elle prend en considération le temps. La dynamique est analogue au film. Elle


s’intéresse à l’évolution des variables économiques. Elle décrit les processus d’ajustement en
expliquant comment les phénomènes économiques se répondent les uns aux autres. Ainsi, elle
montre comment la consommation d’un individu évolue dans le temps au fur et à mesure que
son revenu progresse.

3.5.3. L’analyse ex ante L’analyse ex ante saisit le phénomène économique étudié en début de
période, avant que les réactions qu’il suscite se manifestent. L’analyse est dite prospective.

3
Barre R. (1950). La période dans l’analyse économique. Une approche à l’étude du temps. Sedes, Coll.
Observation Economique, Paris.

MOUSSAOUI A. Page 26
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

C’est, par exemple, l’analyse des effets à venir d’une dépréciation monétaire sur les échanges
extérieurs d’un pays.

3.5.4. L’analyse ex post

L’analyse ex post saisit le phénomène économique étudié en fin de période, après le


déroulement des réactions qu’il entraine. C’est, par exemple, l’analyse des conséquences d’une
dépréciation monétaire sur les échanges extérieurs d’un pays. La distinction entre prévision ex
ante et réalisation ex post permet de mieux comprendre certains déséquilibres économiques.
C’est, par exemple, l’impact d’une dépréciation monétaire, moins fort que prévu initialement,
sur le rééquilibrage de la balance commerciale d’un pays.

4. Les limites de l’analyse économique

Fondamentalement, l’économie étudie la manière dont les sociétés s’organisent pour


subvenir aux besoins de la population et assurer son bien-être matériel. Mais elle est confrontée,
en tant que science, à des contraintes particulières. Pour le comprendre, il faut faire un détour
par l’épistémologie : selon Thomas Kuhn, les révolutions scientifiques sont des changements
de « paradigmes », c’est-à-dire des changements de systèmes de références ou de croyances,
des ensembles cohérents de concepts et de méthodes qui organisent la recherche scientifique.
Mais, à la différence de la science physique, où généralement, et malgré la persistance de
controverses, un nouveau paradigme chasse l’ancien et le remplace, l’une des caractéristiques
de l’économie est la coexistence des paradigmes et l’existence d’un pluralisme théorique. Des
travaux de recherche peuvent aussi se poursuivre dans le cadre des différents courants de pensée
qui existent en économie (classique, néoclassique, keynésien, marxiste, régulationniste,
institutionnaliste, etc). Les désaccords entre les économistes ne viennent pas forcément des
imperfections de leur science : ils sont liés à la spécificité de leur objet d’étude, à leur angle de
vue, ou au cadre d’analyse qu’ils ont choisi. Ainsi, le paradigme keynésien a fondé l’analyse
macroéconomique en se plaçant dans un Etat interventionniste désireux de réguler l’économie
et de mettre en œuvre la politique économique en traitant des phénomènes économiques
globaux comme la croissance, l’inflation, chômage, commerce extérieur, etc ; le paradigme
néoclassique analyse plutôt l’économie du point de vue des choix microéconomiques, ceux de
l’individu et de l’entreprise face à des choix et des ressources limitées, en cherchant à justifier
la liberté d’entreprendre et la performance de l’économie de marché si elle n’est pas perturbée
par l’intervention intempestive de l’ Etat ; tandis que le paradigme marxiste établit, quant à lui,

MOUSSAOUI A. Page 27
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

une vision de l’économie cohérente avec les objectifs d’un courant révolutionnaire critique du
capitalisme, qu’il vise à renverser.

Le travail de l’économiste est rendu plus difficile par une autre différence fondamentale
entre les sciences de la nature (physique, biologie) et la science économique : les premières
étudient des objets extérieurs au chercheur, tandis que la seconde étudie un objet dans lequel
l’économiste est lui-même immergé, ce qui est d’ailleurs le cas dans les autres sciences sociales
(sociologie, psychologie, anthropologie, etc). Il peut avoir des préjugés, des opinions sur l’objet
qu’il étudie, qui brouillent son jugement sur les faits observés. En raison de la difficulté à
réaliser des expériences (malgré le développement de l’économie expérimentale, on ne peut
déclencher une crise économique pour analyser ses effets), de la proximité des économistes
avec la décision politique, l’ambition explicative de la science économique est alors
perpétuellement menacée de devenir non scientifique, voire de servir purement et simplement
des idéologies. Si les sciences de la nature, qui traitent de la matière inanimée et des
phénomènes naturels, sont soumises à des lois naturelles, les sciences sociales, qui, elles,
décryptent les comportements de l’homme, plus ou moins rationnel, vivant en société, ne
peuvent de fait être soumises à des lois intangibles. Malgré son haut niveau de reconnaissance
académique, la science économique fait face à des critiques récurrentes et parfois violentes,
d’ailleurs réactivées par l’enchainement des crises depuis 2008 : optimisme excessif sur les
capacités autorégulatrices du système économique (finance de marché), spécialisation trop
poussée des travaux de recherche en économie (économie industrielle, finance, économie
bancaire, etc), attachement trop grand à la modélisation et à l’usage intensif des mathématiques,
etc. la science économique est toutefois parvenue à produire un savoir robuste et un langage
commun, et à s’élever à un haut niveau d’intégration et de reconnaissance en tant que science
même si ces crises et leurs effets pourraient susciter de nouvelles pistes de recherche dans le
champ de l’ économie.

La réfutabilité de la théorie est l’élément essentiel de la démarche scientifique.


Cependant, en économie, il est difficile de mener des expérimentations. Pour confronter les
hypothèses et les propositions théoriques aux faits, l’économie utilise des données sur le «
monde réel ».

D’où, l’importance d’avoir des données fiables (enquêtes, statistiques nationales) et


aussi du l’importance du contexte national ou historique. Cela peut expliquer la coexistence de
plusieurs paradigmes ex : interventionniste et laisser faire.

MOUSSAOUI A. Page 28
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Pour résumer, la science économique peut se définir par son objet, c’est-à-dire le
domaine qu’elle étudie, et elle est apparue successivement, dans le temps, comme la science de
l’accumulation des richesses et la science des choix et de la décision. Mais la science
économique se définit aussi et surtout par ses méthodes : c’est une façon particulière d’étudier
les comportements humains, par l’observation, la formulation d’hypothèses, l’établissement de
lois et la construction de modèles théoriques. Elle s’efforce de proposer une approche positive
des phénomènes, en privilégiant, selon les courants de pensée, l’individualisme
méthodologique ou le holisme. Au total, les approches sont multiples et le progrès de la science
économique n’est pas linéaire : il procède souvent par la redécouverte et le creusement
d’idées formulées par des auteurs anciens parfois oubliés.

La science économique est la discipline qui vise à comprendre plusieurs phénomènes


(inflation, chômage, emploi, investissement, etc) et à analyser les relations qui existent entre
eux. Plus précisément, elle étudie comment les ressources d’un pays sont utilisées pour
satisfaire les besoins de ses citoyens. Elle s’intéresse aux opérations de production, de
consommation et de distribution des biens et services.

La science économique étudie la façon dont les individus, les entreprises, les pouvoirs
publics et d’autres organisations sociales font des choix dans nos sociétés. Ces choix et les
arbitrages qu’ils impliquent sont incontournables parce que les biens, les services et les
ressources désirés sont nécessairement rares.

Les économistes étudient comment les individus, les entreprises et l’Etat font des choix
dans la société en insistant sur le rôle des incitations. Les agents modifient les décisions qu’ils
prennent en réponse à des changements dans les incitations. Les échanges ont lieu sur des
marchés. Un échange volontaire peut être bénéfique pour les deux parties concernées. Faire des
choix nécessite d’avoir de l’information. Une information imparfaite ou limitée peut interférer
avec les incitations et agir sur la capacité du marché privé d’atteindre une utilisation efficace
des ressources rares de la société. Les revenus que les individus reçoivent sont déterminés par
l’économie de marché. La prise en considération de l’équité dans la distribution des richesses
et des revenus donne naissance à des programmes publics visant à réduire les inégalités

MOUSSAOUI A. Page 29
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Chapitre 2 : Les problèmes économiques fondamentaux

L’économie est au cœur de nombreux problèmes et sa place est parfois même jugée
excessive aux yeux d’un certain nombre d’acteurs de la vie politique ou sociale. Pour mieux
comprendre les enjeux qu’elle soulève, cette discipline, riche voire complexe, doit être abordée
en cherchant constamment à formaliser, positionner, illustrer, analyser les phénomènes étudiés.

Toute société humaine, que ce soit une nation industrielle avancée, une économie à
planification centrale, ou une nation tribale isolée, est inévitablement confrontée à trois
problèmes économiques fondamentaux. Toute société doit trouver un moyen de déterminer
quelles marchandises sont produites, comment elles le sont et pour qui elles le sont.

1. Les trois problèmes de l’organisation économique

Selon P. Samuelson, toute économie doit répondre à trois questions fondamentales : que
produire ? comment produire ? pour qui produire ? La science économique peut nous aider à
comprendre comment trouver les solutions à ces trois questions clés.

De ce fait, ces trois questions fondamentales d’organisation économique – quoi,


comment et pour qui – sont aussi cruciales aujourd’hui qu’à l’aube de la civilisation humaine.
Considérons-les de plus près.

1.1. Que produire ? quelles marchandises sont produites et en quelles quantité ?

Une société doit déterminer quelle quantité de chacun des nombreux biens et services
possibles elle produira ainsi que le moment où la production sera mise en œuvre. Produirons-
nous aujourd’hui des aliments ou des vêtements ? quelques vêtements de bonne qualité ou un
grand nombre de vêtements bon marché ? utiliserons-nous des ressources rares pour produire
de nombreux biens de consommation (comme les aliments) ? ou produirons-nous moins de
biens de consommation et plus de biens d’équipements) ?

Cette première question résulte de deux constatations simples. Premièrement, les


besoins de l’homme sont nombreux. Deuxièmement, les biens ou services qui satisfont ces
besoins sont rares. En effet, les ressources productives nécessaires à leur fabrication (ressources
naturelles, travail, capital) sont en quantités limitées. Face à des besoins nombreux et des biens
rares se pose la question du choix des biens et des services qui doivent être produits pour
satisfaire les besoins des sujets économiques. Cette question invite à s’interroger, tout d’abord,

MOUSSAOUI A. Page 30
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

sur la finalité de l’économie, c’est-à-dire la satisfaction des besoins, ensuite sur les biens qui
satisfont ces besoins, enfin, sur les choix économiques conséquences du phénomène de rareté.

1.1.1. Notion de besoin

Laissant de côté les problèmes d’ordre philosophique que la notion de besoin peut
soulever. L’économie utilise ce mot dans le sens usuel d’une « exigence née de la nature ou de
la vie sociale (définition du Petit Robert). A vrai dire, le deuxième aspect de la définition a été
longtemps sous-estimé ou interprété de façon restrictive. Selon la nature des besoins, leur
satisfaction fait appel à des biens matériels (objets) ou immatériels (services).

L’économie ne s’interroge pas sur la production des besoins, qui sont considérés comme
des donnés, elle s’intéresse uniquement à la manière de les satisfaire. Qu’est-ce qu’un besoin :
Un besoin est une sensation d’insatisfaction qui ne peut être effacée qu’au prix d’un effort.

Les besoins interviennent de deux manières principales dans la vie économique. D’une
part, ils constituent une raison d’agir : ils transforment des individus passifs en agents
économiques et fournissent ainsi l’explication première de l’activité économique. D’autre part,
l’existence de besoins jugés prioritaires ou, plus généralement, l’existence d’un classement des
besoins donne un fondement aux critères de choix individuels et collectifs.

Un besoin est donc une exigence de la nature ou de la vie sociale, C’est une notion relative
qui varie : dans le temps : les besoins évoluent en fonction, du degré de développement
économique et social, de l’évolution des mentalités et de l’innovation technologique et les
phénomènes de mode.

Dans l’espace en fonction : les besoins différents selon : les croyances, la catégorie
socioprofessionnelle, le lieu d’habitation. Cependant, un besoin qui peut être satisfait sans effort
ne peut être qualifié d’économique, respiré par exemple.

Ces besoins peuvent être ressentis par : un individu, auquel cas c’est un besoin individuel,
un groupe, auquel cas c’est un besoin collectif. Selon les cas, ces besoins ne sont pas ressentis
de la même manière. Les besoins peuvent être satisfaits par des biens matériels ou immatériels
(services) voire même par des valeurs spirituelles ; dans ce dernier cas l’analyse économique
étant difficile à cerner puisque la satisfaction de tels besoins n’est pas directement produit par
des activités économiques particulières.

MOUSSAOUI A. Page 31
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Les sujets économiques ont des besoins qui, parce qu’ils se renouvellent et se diversifient
sans cesse, peuvent être considérés comme illimités. Ces besoins et leurs satisfactions
constituent la raison et le but de l’activité économique. L’activité économique a pour fin la
satisfaction des besoins humains. Tous les besoins ne sont pas des besoins économiques.

 De la notion de besoin à celle de besoin économique

Le besoin d’amour ou de spiritualité n’est pas un besoin économique. La satisfaction de


tels besoins n’est pas directement produite par des activités économiques. Pour qu’un besoin
soit considéré comme un besoin économique il faut deux conditions :

- L’existence de biens susceptibles de le satisfaire ;


- La limitation quantitative de ces biens, c’est-à-dire l’existence d’un marché sur
lequel se rencontre, d’une part, un individu qui veut satisfaire son besoin par l’achat
d’un bien, d’autre part, un individu qui possède le bien et qui veut le vendre.

Les besoins économiques présentent trois caractéristiques.

 La multiplicité des besoins économiques

Les besoins présentent des natures diverses ; ainsi parle-t-on de :

- Besoins élémentaires ou physiologiques (nourriture, habillement, logement…) dont la


satisfaction est indispensable pour assurer la survie ;
- Besoins matériels (équipement…) qui traduisent une insatisfaction en terme de bien être
individuel ;
- Besoins de « culture » ou de luxe (loisirs…) dont la satisfaction assure un mieux-être.
 La satiété des besoins économiques

Tout besoin est satiable. L’intensité d’un besoin diminue au fur et à mesure qu’il est
satisfait ; au-delà d’une certaine satisfaction, le besoin est saturé, il peut même donner à une «
désutilité ». Ceci renvoie au principe néoclassique de l’utilité marginale décroissante. L’utilité
marginale d’un bien indique l’augmentation d’utilité procurée par la consommation d’une unité
ne diminuent pas avec leur satisfaction, c’est le cas du besoin de musique, des besoins
intellectuels, le besoin d’information sur l’actualité économique qui se développe avec la
compréhension des mécanismes économiques.

MOUSSAOUI A. Page 32
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

 La comparabilité des besoins économiques

Tout individu est capable d’établir une hiérarchie dans l’intensité de ses besoins et d’établir
des priorités. Prenons le cas d’un navigateur qui dispose de plusieurs réserves d’eau pour
satisfaire ses besoins : de se laver, boire, de se nourrir… si une avarie survient qui endommage
ses réserves d’eau, il est capable de faire des choix et de déterminer des priorités. S’il n’avait
plus qu’une seule réserve, il la garderait pour la soif et la réhydratation de ses aliments, etc.
l’économiste néoclassique Menger a pu établir une table d’intensité des besoins. Cette table
indique comment un individu effectue des choix en fonction de ses besoins vitaux.

1.1.2. Notion de biens

Nous produisons des biens et des services. On peut utiliser trois types de critères pour
les distinguer. Les produits sont-ils matériels et stockables ? sont-ils produits et consommés
simultanément ou non ?

Les biens sont des produits matériels et stockables. Ils sont produits et consommés à
différents moments. Il peut donc exister un décalage temporel entre leur production et leur
utilisation. Par exemple, les meubles, voitures, un iPhone, sont des biens pour un ménage donné.
Un abonnement internet ou téléphonique, réaliser des formations sont des services.

Les services sont immatériels, non stockables. Leur production et leur utilisation sont
simultanées. La crêpe servie à la crêperie relève du service, car on considère que ce qui est
consommé ce n’est pas la simple crêpe, mais un service global de restauration. La crêpe n’est
qu’une des composantes de ce service. Le lait, la farine, les œufs, l’électricité, etc., sont des
consommations intermédiaires, c’est-à-dire des biens ou services qui sont utilisés au cours du
processus de production du service de restauration que propose la crêperie.

Par convention, tous les biens sont marchands. Ils sont échangés sur des marchés à des
prix de marché. Les services marchands sont également échangés sur un marché à des prix de
marché. Par conséquent, la production marchande est vendue (donc acheté) à un prix
économiquement significatif, c’est-à-dire un prix couvrant plus de 50% des coûts de production.
L’échange marchand permet de déterminer la valeur monétaire des produits échangés.

Les services non marchands n’ont pas de prix de marché. Ils ne sont donc ni vendus, ni
achetés. Mais ils ne sont pas gratuits. Rient n’est jamais gratuit en économie. Ces services sont

MOUSSAOUI A. Page 33
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

financés par les impôts versés par la collectivité, car tout le monde a intérêt à ce que tout le
monde y ait accès.

Les biens économiques sont les moyens qui permettent de satisfaire les besoins. Un bien
peut être soit un objet matériel, soit une chose immatérielle c’est-à-dire un service. L’aptitude
d’un bien à satisfaire un besoin s’appelle l’utilité. Face aux besoins illimités, les mêmes produits
à partir de facteurs de production rares (capital, travail…), ou présentent ce que l’on nomme
aussi un certain degré de rationnement.

Pour faire face aux besoins, trois types de ressources sont disponibles : elles sont
apportées, respectivement, par la nature, par les hommes et par le capital constitué
antérieurement. Les ressources naturelles proviennent de la terre, du ciel et de la mer.
L’utilisation d’une ressource pose le problème de son renouvellement.

Classification des biens


Biens
matériels

Nature
physique Services
des biens

Critère de
classification Biens de
production
des biens
Usage des Biens de
biens de consommation
production

Biens
intermédiaires

L’analyse des ressources humaines porte sur les trois caractères suivants :

- le nombre (démographie naturelle, mouvements migratoires, pyramide des âges, réduction de


la mortalité, etc) ;

- la santé (espérance de vie, nutrition, épidémies, état sanitaire, etc) ;

MOUSSAOUI A. Page 34
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

- l’intelligence (instruction générale, état des connaissances, formation professionnelle,


recherche fondamentale et appliquée, etc).

L’état des ressources humaines dépend, mais en partie seulement, de contraintes


naturelles.

Le capital, enfin, est né d’un détour du dialogue de l’homme avec la nature. En effet, les
hommes ont choisi de renoncer à la satisfaction d’une consommation immédiate pour consacrer
du temps à la fabrication d’outils destinés à leur procurer une plus grande production future.

 De la notion de bien à celle de bien économique

L’air n’est pas un bien économique, pourtant, il satisfait un besoin essentiel celui de
respirer. L’air est utile mais il n’est pas un rare. Il existe en quantité illimitée. L’air est un bien
libre. L’économie traite des biens qui sont à la fois utiles et rares. Ce sont les biens
économiques.

Parmi tous les biens qui existent en un lieu et un instant donnés, soit à l’état naturel, soit
comme résultat d’une production, tous n’ont pas la qualité de « biens économiques ». Cette
qualité est reconnue à tout bien qui présente les trois caractéristiques suivantes :

 L’aptitude à satisfaire un besoin (utilité)

Sont ainsi exclus tous les biens qui ne servent à rien et qui, par conséquent, ne sont désirés
par personne. On notera le caractère très relatif de ce premier critère ; sa vérification dépend
fortement de l’époque considérée. Elle dépend également du lieu. Le pétrole n’était pas un bien
économique avant que l’on ait inventé le moteur à explosion.

 Un bien économique est rare

Un bien qui serait disponible en quantité illimitée pour quiconque en a besoin, perdrait
son caractère économique.

 Un bien économique est disponible

Il doit être possible de se procurer ce bien. Un bien peut satisfaire les conditions
précédentes mais s’il n’est pas disponible, son utilité est nulle. Sont donc ici exclus, par
exemple, des biens qui n’existent pas encore mais qui répondraient à un besoin parfaitement
défini, ou des biens qui existent seulement à l’état de découverte de laboratoire, etc.

MOUSSAOUI A. Page 35
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

1.1.3. La notion de choix

L’activité humaine présente un aspect économique dès qu’il y a lutte contre la rareté. Or
la vie quotidienne rappelle à tout instant l’idée de rareté, ou de rationnement. En effet, tout
homme a des besoins nombreux et variés qu’il satisfait grâce à des ressources ou biens
économiques qui, par nature, sont limités. Faute de pouvoir tout avoir à la fois et tout faire en
même temps, l’homme doit effectuer des choix à l’occasion des grands actes de la vie
économique.

Que produire quand les besoins sont illimités et les biens rares ? cette question de choix
se pose en termes concrets : faut-il orienter les ressources vers la production de biens matériels
ou vers celle de services ? faut-il privilégier les biens d’investissement qui ménagent l’avenir
industriel d’un pays ou les biens de consommation qui apportent une satisfaction immédiate à
la population ? face aux besoins de déplacement des individus, faut-il favoriser un bien privé
(l’automobile) ou un bien collectif (les transports en commun : train, bus) ?

1.2. Comment produire ? Comment les biens sont-ils produits ?

Les biens sont rares. Il convient de les administrer au mieux. L’administration des
ressources rares consiste à faire des choix qui procurent un maximum de satisfaction pour un
minimum de coût. Comment les biens et les services doivent-ils être produits ? en d’autres
termes, avec quelles ressources et à l’aide de quelles techniques de production ?

 Quelles ressources doit-on employer ?

Avec quels facteurs de production produira-t-on les biens et les services ? le choix peut se
faire entre des activités qui utilisent beaucoup de facteurs capital ou beaucoup de facteurs
travail. Les première mobilisent des capitaux importants. Elles sont souvent économes en main
d’œuvre. Elles permettent de fabriquer des produits à forte valeur ajoutée comme par exemple
de l’électronique, informatique. Les secondes font appel à un nombre élevé de salariés. Elles
produisent le plus souvent des biens à faible valeur ajoutée comme par exemple la construction
navale ou le bâtiment. Le choix des ressources se pose aussi dans l’utilisation des matières
premières. Pour produire de l’électricité, quelles sources d’énergie privilégier ? les sources
fossiles non renouvelables (charbon, pétrole, gaz, uranium) ou les sources renouvelables (eau,
soleil, vent, biomassa) ?

MOUSSAOUI A. Page 36
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

 Quelles techniques doit-on choisir ?

Selon quelle technique doit-on produire les biens et services ? entre plusieurs options
techniques, laquelle choisir ? pour reprendre l’exemple de l’électricité, doit-on avoir recours à
la technique des centrales thermiques (au charbon ou au fuel ?), des centrales hydrauliques
(chute d’eau ou marée motrice ?) ou (technique de la fusion nucléaire avec le surgénérateur ou
de la fusion nucléaire avec le thermo nucléaire) ?

1.2.1. Les enjeux de la production en situation de rareté

Pour satisfaire les besoins de tous les agents économiques, chaque jour nous devons
produire de nombreux biens et services,

Les différentes productions sont toujours obtenues en combinant, de la manière la plus


efficace possible, des facteurs de production comme le travail, la technologie… dans un
environnement concurrentiel et institutionnel donné et mouvant.

En effet, en vertu de la contrainte de rareté, l’entrepreneur doit sans cesse tenter de faire
un choix optimal en matière de combinaison productive car, en situation de rareté des ressources
productives, chaque choix, qui résulte d’un arbitrage souvent difficile, s’accompagne d’un coût
d’opportunité plus ou moins élevé, le coût d’opportunité étant le coût de ce que à quoi on
renonce quand on fait un choix plutôt qu’un autre. Le concept de coût d’opportunité nous
permet de comprendre que le coût ne peut se résumer au coût strictement économique.

On en déduit qu’en situation de rareté, l’allocation (affectation) des ressources, c’est-à-


dire la manière dont une économie va utiliser les ressources en capital, individus, etc. pour
produire des biens et services destinés à la satisfaction des besoins de tous les agents
économiques, sera un enjeu crucial qui engagera l’avenir.

Si, pour l’essentiel, cette allocation des ressources rares relève de choix et d’activités
privés dans des économies de marché, l’Etat (ou plus largement les administrations publiques)
peut intervenir pour modifier cette affectation des ressources soit en produisant directement,
soit en modifiant, via diverses incitations et réglementations, la production des agents privés en
raison de l’existence d’externalités et de biens collectifs.

L’ensemble de ces conditions restrictives va avoir des conséquences sur l’ampleur de la


production (et la croissance de cette production).

MOUSSAOUI A. Page 37
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

1.2.2. La notion de production

La production est un concept générique qui permet de désigner des réalités multiples et
hétérogènes. Commençons donc par préciser les sens de ce terme courant, afin de mieux les
comprendre et d’en reconnaitre les différentes formes.

Au sens courant, la production est une activité humaine et socialement organisée (par
un ensemble de règles diverses) consistant à fabriquer, en utilisant et en transformant des
ressources ou d’autres produits intermédiaires, des biens ou des services. En ce sens, toute
activité humaine de ce type est une activité productive. Par exemple, lorsqu’une personne fait
pousser des légumes dans son jardin pour sa propre consommation, elle produits des biens, puis
elle produira un service lorsqu’elle préparera son repas.

Au sens étroit, la production domestique n’est pas une production au sens économique,
dans ce cas, pour qu’il y ait production, il faut qu’il y ait une référence directe ou indirecte au
marché. Autrement dit, il conviendra que le produit s’échange sur un marché, ou qu’il soit
produit à partir de facteurs de production rémunérés sur un marché. Un cours d’économie donné
par un enseignant dans un établissement public ou privé est une production au sens économique
car il est rémunéré pour ce service de haute qualité.

Dans ces conditions, la production économique est une activité humaine socialement
organisée consistant à fabriquer ou produire des biens ou des services s’échangeant sur un
marché ou produits avec des facteurs de production rémunérés sur un marché.

Concrètement, la production résulte d’abord de l’activité d’une grande multitude


d’unités de production, aux activités très diverses, qui peuvent être des entreprises publiques
ou privées, des administrations…

- La production d’une unité de production va correspondre à la quantité de produits


(biens ou services) obtenus ou cours d’une période donnée. Sur le plan comptable, il
s’agit souvent de l’année.
- La production globale désigne l’ensemble des productions de biens et services de
toutes les unités de production qui est destinée à satisfaire les besoins de tous les agents
économiques.

MOUSSAOUI A. Page 38
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

1.3. Pour qui produire ? pour qui les biens sont-ils produits ? comment les biens et
services sont-ils répartis ?

Ou, plus formellement, qui profitera des fruits de l’activité économique ? comment le
produit national sera-t-il partagé entre les différents ménages ? y aura-t-il beaucoup de pauvres
et quelques riches.

Le partage de la valeur ajoutée, les inégalités de revenus (salaires, profits, rentes),


l’impôt sur le revenu des ménages, l’impôt sur les bénéfices des entreprises, l’impôt sur le
patrimoine, l’impôt sur la fortune… sont au cœur de l’activité économique quotidienne. Il est
impossible de prétendre comprendre les rouages fondamentaux du fonctionnement de
l’économie sans comprendre les mécanismes de la répartition des revenus et les problèmes qui
se posent pour les individus, les ménages, les entreprises, les administrations publiques, pour
l’économie et la société considérées dans leur ensemble.

Plusieurs économistes comme Jean-Baptiste Say et David Ricardo, considéraient déjà


que cette question de la répartition des revenus était centrale, dans la mesure où elle est
inextricablement liée à celle de la production et de ses conditions.

En situation d’abondance, la dernière question ne se poserait pas. Mais si la rareté


domine, il faut pouvoir déterminer quels seront les bénéficiaires des richesses créées, et en
quelle quantité pour chacun. En conséquence, la science économique s’intéresse aussi à la
manière de répartir les richesses produites.

Cela pose la question de la distribution des biens et des services produits entre les
membres d’une société et celle de la répartition du revenu issu de la production de ces biens et
services.

1.3.1. La distribution des biens et des services

Comment se fera la distribution des biens et des services produits entre les différents
agents économiques ? s’agira-t-il d’une distribution égalitaire permettant à chacun d’accéder à
un certain niveau de bien-être (matériel, social, culturel…) ou inégalitaire, privilégiant certaines
classes de la société ? la répartition des biens de consommation profitera-t-elle à tous ou à
quelques membres ? les services publics seront-ils offerts à tous, au même prix, sur l’ensemble
du territoire, ou différenciés selon des critères géographiques ou économiques ? faut-il
privilégier les biens de consommation ou de production destinés au marché national et profitant

MOUSSAOUI A. Page 39
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

à l’ensemble de la population ou les biens d’exportation destinés au marché international et


permettant de faire rentrer des devises dans le pays ?

1.3.2. La répartition du revenu

Retenons que la répartition des revenus correspond simplement à une répartition


indirecte des biens et services qui ont été produits, grâce à la combinaison de facteurs de
productions, pour satisfaire tous les besoins de tous les agents économiques. Les revenus ne
sont qu’un moyen d’accéder aux biens et services pour la consommation, l’investissement, la
constitution d’un patrimoine… De surcroit, dans une économie de libre-échange et de libre
choix, recevoir un revenu nous permet d’exercer cette capacité de choisir et d’échanger. En
effet, pour se procurer la plupart des biens et services nécessaires à la satisfaction de leurs
besoins, les agents économiques doivent obtenir des revenus. Les revenus reçus sont des
sommes de monnaie versées en contrepartie de leur participation à l’activité productive, de la
possession d’un patrimoine ou encore via le processus de redistribution des revenus primaires.

La production des biens et des services crée de la richesse au sein d’une économie. Cette
richesse est répartie sous forme de revenus. Ces revenus sont distribués soit entre les facteurs
de production (terre, capital, travail, entreprise), soit entre les individus. Dans le premier cas,
on parle de répartition fonctionnelle (primaire), dans le second, de répartition personnelle
(secondaire).

 La répartition fonctionnelle

Cette forme de répartition conduit à s’interroger sur la distribution des richesses


obtenues à la suite de la production entre les différents titulaires de facteurs de production qui
ont contribué à cette production. Quelle sera la part respective des salaires (facteur travail), des
dividendes et intérêts (facteur capital), des loyers (terre), du profit (entreprise) et des impôts
(administrations publiques) dans la répartition de la richesse créée au sein d’une économie ?

La répartition primaire des revenus sera donc suivie d’une redistribution car la première
distribution des biens doit être corrigée, en raison de l’existence d’inégalités,
multidimensionnelles et inhérentes au fonctionnement des économies capitalistes de marché,
jugées trop grandes, d’écarts de revenus considérés comme inefficaces d’un point de vue
économique ou injustes du point de vue de la justice sociale.

MOUSSAOUI A. Page 40
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Au niveau macroéconomique, la répartition des revenus (avant et après redistribution)


va automatiquement influencer les composantes de la demande globale de biens et services
(pour qui produire ?) et la capacité d’offre globale de l’économie (comment produire ?). A court
terme cela aura des effets sur le niveau du PIB effectif et la croissance effective et, à long terme,
des conséquences sur le PIB potentiel et la croissance potentielle. Cette répartition primaire
aura également des effets sur les déséquilibres macroéconomiques et financiers dans des
économies de plus en plus ouvertes, où donc les interdépendances sont nombreuses.

Pour ces raisons, au moins, la répartition primaire donnera lieu à un conflit permanent
portant sur le partage de la valeur ajoutée. Quant à la redistribution, elle sera jugée à l’aune du
degré de réduction des inégalités qui en découle, de son efficacité en termes d’incitations
économiques et de l’amélioration éventuelle de la justice sociale qui en résulte.

 La répartition personnelle

Elle s’intéresse aux éléments constitutifs du revenu des individus. Elle pose la question de
l’inégalité des revenus personnels. Doit-on renforcer cette inégalité, en creusant l’écart entre
les plus riches et les plus pauvres ? Doit-on, au contraire, l’atténuer par une politique de
redistribution des richesses au moyen d’une politique fiscale (impôts sur le revenu) et sociale
(transferts sociaux) ?

La répartition primaire est rarement économiquement efficace, ni même socialement


acceptable, au sens où elle est en général plus ou moins inégalitaire, voire considérée comme
injuste. Elle ne concerne, en outre, que les agents économiques qui contribuent directement à
la production ou disposent d’un patrimoine qui leur procure des revenus. Ceux qui sont inactifs,
et plus largement les personnes qui ne sont pas (ou plus) en âge de travailler et produire, ne sont
pas tous concernés. Ils ne peuvent pourtant pas être exclus de l’ensemble de la collectivité.

Dans ces conditions, les pouvoirs publics doivent mettre en œuvre un processus de
redistribution multidimensionnelle qui est simultanément un processus de correction du partage
initial de biens et services produits et un processus de distribution d’une partie de ces objets qui
n’y ont pas accès directement, en raison de l’absence ou de l’insuffisance de revenus primaires.
La redistribution conduit à modifier le partage des revenus primaires et à aboutir à une
répartition secondaire des revenus. En somme, la redistribution se traduit par le passage de la
répartition primaire à une répartition secondaire, le passage des revenus primaires au revenu
disponible.

MOUSSAOUI A. Page 41
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

En pratique, la redistribution correspond à un ensemble d’opérations et de mécanismes


qui consistent à modifier la répartition primaire des revenus. Ces opérations recouvrent d’une
part les prélèvements obligatoires effectués par l’Etat, les collectivités locales et les organismes
de protection sociale sur les revenus primaires (impôts, cotisations sociales) et, d’autre part, le
versement aux ménages de revenus de transferts (prestations sociales), en espèces ou en nature.

Quelles sont les différentes réponses que société peut apporter aux questions quoi,
comment et pour qui ? les sociétés sont organisées selon des systèmes économiques différents.
L’économie étudie les divers mécanismes dont une société peut se servir pour décider
l’affectation de ses ressources rares.

Bien que ces trois problèmes, soient essentiels et communs à toutes les économies, des
systèmes économiques différents essaient de les résoudre par des procédés différents.

Nous distinguons généralement deux façons radicalement différentes d’organiser une


économie. A l’un des extrêmes, l’Etat prend la plupart des décisions économiques, ceux qui
sont au sommet de la hiérarchie donnant des directives économiques à ceux qui sont en dessous.
A l’autre extrême, les décisions sont prises sur des marchés, où les individus ou les entreprises
s’accordent de plein gré pour un échange de biens et services, en général en contrepartie d’un
paiement en monnaie.

2. Les choix technologiques ouverts à toute société

Chaque économie possède un stock de ressources limitées – main d’œuvre,


connaissances techniques, usines, terre énergie pour décider quelles choses doivent être
produites et comment, l’économie doit dans la réalité décider comment affecter ses ressources
entre les milliers de marchandises et services possibles. Combien de terre consacrer à la culture
de blé ? au logement de la population ? Combien d’usines produiront des ordinateurs ? combien
d’enfants seront formés pour devenir des sportifs professionnels, des économistes ou des
programmeurs informatiques ?

Confrontée au fait indéniable que les biens sont rares par rapport aux besoins, une
économie doit décider comment s’en sortir avec ses ressources limitées ? Elle doit choisir entre
différents paniers de biens potentiels (le quoi), choisir parmi les différentes techniques de
production (le comment) et décider finalement qui consommera les biens (le pour qui).

MOUSSAOUI A. Page 42
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

2.1. Moyens de production et produits

Pour répondre à ces trois questions, toute société doit faire des choix concernant les
moyens de production et les biens produits par l’économie. Les moyens de production ou inputs
ou intrants sont les marchandises ou services utilisés pour produire les biens et services. Une
économie emploie la technologie dont elle dispose pour combiner les moyens de production
afin d’obtenir des produits. Les produits ou outputs ou extrants sont les divers biens ou services
utiles qui résultent du processus de production et qui sont soit consommés, soit employés pour
une nouvelle production. Dans l’enseignement, les moyens de production sont le temps des
enseignants, les salles de cours et laboratoires, les manuels, etc., les produits étant des citoyens
éduqués et bien informés.

Une autre expression utilisée pour désigner les moyens de production est facteurs de
production. Ceux-ci peuvent-être classés en trois grandes catégories : les ressources naturelles,
le travail et le capital.

2.1.1. Les ressources naturelles

Ce type de ressources comporte généralement la terre qui représente un don de la nature


à nos processus de production. Elle se compose de la terre utilisée pour l’agriculture ou pour
les soubassements des bâtisses, des routes et des usines ; on y classe aussi les ressources
énergétiques qui alimentent les automobiles et chauffent les maisons ainsi que les ressources
non énergétiques telles que le minerais de fer, le sable ou le cuivre. Dans le monde encombré
d’aujourd’hui, il faut élargir le champ des ressources naturelles pour y inclure l’air pur et l’eau
potable.

2.1.2. Le travail

Le travail est assimilé au temps consacrer par les hommes à la production – à travailler
dans les usines automobiles, à biner la terre, à enseigner à l’école, etc. des milliers de tâches et
de métiers, à tous les niveaux de qualification, sont accomplis par la main d’œuvre. C’est le
facteur de production de loin le plus familier et le plus crucial dans une économie industrielle
avancée.

MOUSSAOUI A. Page 43
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

2.1.3. Les ressources en capital

Considérés comme les biens durables d’une économie, produits en vue de produire
encore d’autres biens. Les biens capitaux comprennent les routes, les machines, les ordinateurs,
les aciers, les camions, les bâtiments et les automobiles.

L’accumulation de biens capitaux adaptés est essentielle pour mener à bien la tâche du
développement économique.

2.2. Le coût d’opportunité et efficacité

Les pays ne disposent pas de montants illimités de divers biens. Ils sont contraints par
les ressources et la technologie disponibles. La contrainte est particulièrement ressentie en
temps de guerre.

Comme les ressources en travail et en matières premières sont rares, il est impossible de
produire de produire tous les biens nécessaires à la satisfaction des besoins illimités. Il convient
donc de faire des choix pour déterminer les biens qui seront produits, parmi l’ensemble des
possibilités de production. Le problème de la rareté peut s’illustrer par la frontière des
possibilités de production d’une économie. Si l’on considère qu’il n’est possible de produire
que deux biens économiques X et Y, la frontière des possibilités de production prend l’allure
suivante :

Les choix de production

Quantité de bien Y

Déplacement de la frontière

Totalité des (progrès technique en Y)


ressources affectées A
à la production C la frontière des possibilités

de bien Y Ensemble de prodction


des possibilités
de production
B

Quantité de bien X

MOUSSAOUI A. Page 44
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Les choix de de production efficace se situent sur la frontière (en A et B par exemple).
A l’intérieur de l’espace des possibilités de production (en C), l’économie se priverait de la
possibilité de produire plus de biens X et Y. il convient donc de choisir entre produire plus de
de biens X et relativement moins de biens Y, ou l’inverse. La frontière dépend des ressources
dont dispose l’économie (matières premières, travail, biens fabriqués dans le passé), mais
également de l’état d’avancement du progrès technique. Ce dernier permet d’ailleurs de
déplacer la frontière vers la droite et vers le haut.

Il existe deux possibilités extrêmes et de nombreuses situations intermédiaires. Si nous


sommes prêts à renoncer à un peu de biens X, nous aurons quelques biens Y. Si nous sommes
disposés à abandonner un peu plus de biens X, nous pourrons avoir encore plus de biens Y.

Les ressources étant rares, nous devons toujours considérer comment dépenser nos
revenus ou notre temps, tous disponibles en quantités limitées. Quand vous décidez s’il convient
d’entreprendre des études d’économie ou d’acheter une voiture, vous devez considérer dans
chaque cas combien la décision coûtera en termes d’occasions abandonnées. Le coût d’une
possibilité à laquelle on renonce est appelé coût d’opportunité de la décision.

Puisque les individus sont forcés de réaliser des arbitrages (en temps, en énergie, en
dépenses diverses) et d’effectuer un calcul coût/bénéfices les économistes désignent par le
concept de coût d’opportunité la somme des satisfactions auxquelles les agents renoncent
lorsqu’ils effectuent ces choix (le coût d’opportunité d’une heure de loisir correspond ainsi au
salaire horaire auquel on renonce en ne travaillant pas).

Dans un monde de rareté, choisir quelque chose signifie renoncer à autre chose. Le coût
d’opportunité d’une décision est la valeur du bien ou du service auquel on renonce.

Lorsqu’on suppose que l’économie produit de façon efficace : c’est-à-dire qu’elle se


situe sur la frontière des possibilités de production et non en deçà. Il faut se rappeler que
l’efficacité signifie que les ressources de l’économie sont utilisées au mieux, sans gaspillage,
pour satisfaire les besoins et désirs des individus. Un aspect important de l’efficacité
économique globale est l’efficacité productive.

Il y a efficacité productive quand l’économie ne peut produire davantage d’un bien sans
produire moins d’un autre bien. Cela implique que l’économie est sur la frontière des
possibilités de production. Le fait d’être sur la frontière des possibilités de production signifie
que la production d’une plus grande quantité d’un bien exige inévitablement le sacrifice

MOUSSAOUI A. Page 45
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

d’autres biens. Quand nous produisons plus de canons, nous remplaçons du beurre par ces
canons. La substitution est la règle de vie dans une économie de plein emploi. La frontière des
possibilités de production décrit l’ensemble des choix d’une société.

L’efficacité économique commande d’employer les ressources rares à leur usage le plus
productif pour éviter les gaspillages. Le modèle de la décision rationnelle considère alors un
agent économique qui, luttant contre l’avarice de la nature, apporte les meilleures solutions aux
problèmes économiques qui se posent à lui : que produire ? quels biens consommer ? dans
quelles quantités ? comment les produire ? comment les répartir ?

En résumé, la science économique cherche à résoudre le problème de l’allocation des


ressources. Toute société doit répondre à trois questions fondamentales : quoi, comment et pour
qui. Quels types de biens et en quelles quantités produire parmi tout l’éventail de choix
possibles ? comment utiliser les ressources pour produire ces biens ? enfin pour qui produire
les biens (c.à.d. quelle est la répartition du revenu entre les différentes catégories) ?

En situation d’abondance, la dernière question ne se poserait pas. Mais si la rareté


domine, il faut pouvoir déterminer quels seront les bénéficiaires des richesses créées, et quelle
quantité pour chacun. En conséquence, la science économique s’intéresse ainsi à la manière de
répartir les richesses produites.

Dans un monde de rareté, choisir un bien signifie renoncer à un autre bien. La valeur de
bien ou service auquel on renonce est le coût d’opportunité.

MOUSSAOUI A. Page 46
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Chapitre 3 : Les interdépendances entre les acteurs et les principales opérations


économiques

Dans une économie, des millions de personnes réalisent des échanges marchands et non
marchands tous les jours. Des millions de résidents échangent quotidiennement avec des non-
résidents. Ces échanges créent par nature des interdépendances, dans la mesure où, si nous
échangeons, c’est bien pour obtenir de l’autre ce que nous ne faisons pas nous-mêmes, et
réciproquement.

L’activité économique renvoie à l’activité des agents économiques. Bien sûr, ces agents
n’ont pas tous la même activité principale. Il convient donc de les regrouper par grandes
catégories de fonctions qu’ils remplissent dans l’activité économique. On peut ensuite étudier
précisément ces fonctions et montrer qu’elles sont interdépendantes : les agents économiques
se rencontrent sur des marchés, faisant ainsi circuler la monnaie entre eux.
Les agents économiques réalisent un certain nombre d’opérations qui peuvent être
regroupées par nature. Toutefois, avant de décrire ces opérations, il convient de préciser ce que
la comptabilité nationale entend par agent économique (les secteurs institutionnels). Puis, après
les avoir décrites, il sera possible de représenter les opérations entre les agents par
l’intermédiaire d’un circuit économique qui fera apparaitre les grands équilibres
caractéristiques de l’activité économique.
1. Les secteurs institutionnels
1.1. La notion d’agent économique
Les agents économiques sont des individus ou des organismes qui constituent des
centres d'action et de décision. Les agents économiques sont intégrés dans les secteurs
institutionnels par le système élargi de la comptabilité nationale (SECN). Ils sont regroupés en
catégories homogènes d'après leur fonction et leurs ressources principales. Ces catégories sont
homogènes dans la mesure où elles réunissent des agents manifestant des comportements
identiques dans l'exercice des grandes fonctions économiques : production, distribution de
revenus, consommation, épargne, investissement.
Un agent économique est un centre de décision économique indépendant. Cela signifie
qu’il s’agit d’un individu ou d’un groupe d’individus qui prend des décisions d’ordre
économique (travailler, produire, consommer, épargner) sans en référer à d’autres agents, de
manière autonome. Toutefois, face au grand nombre d’agents économiques que l’on peut
repérer au sein de la nation, il apparaît souhaitable de pouvoir les regrouper par catégories
sensiblement homogènes. Le critère de classement des agents économiques peut varier. Il est

MOUSSAOUI A. Page 47
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

possible, par exemple, d’opérer un regroupement des individus selon une optique sociologique,
en distinguant une classe bourgeoise, une classe ouvrière et une classe moyenne. Une optique
institutionnelle ferait apparaître, de manière plus classique, les ménages au côté des entreprises
et des administrations. Enfin, si l’on privilégie une optique fonctionnelle, les agents seront
regroupés selon leur fonction principale, qui peut être la production, la consommation ou
l’accumulation. On distingue habituellement, parmi les principaux acteurs de l’activité
économique, des ménages, des entreprises, des banques et des administrations.

Trois représentations de l’économie

Classe Classe
Ménages Entreprises
bourgeoise ouvrière

Classe moyenne Administrations


Moyenne

Production Consommation

Accumulation

Archambault E. (2003), Comptabilité nationale. Ed. Économica.

1.2. Unité institutionnelle et secteur institutionnel


En comptabilité nationale, les agents économiques sont appelés unités institutionnelles.
Ces unités institutionnelles constituent des centres de décisions indépendants dans le cadre de
leur fonction principale. Elles sont regroupées en secteurs institutionnels. Un secteur
institutionnel est un ensemble d’unités institutionnelles qui présentent un comportement
économique semblable. Le comportement économique est caractérisé par la fonction
économique principale de l’unité institutionnelle ainsi que par la nature et l’origine des
ressources principales dont elle dispose.

2. Les catégories d’agents économiques

La comptabilité nationale distingue six secteurs institutionnels résidents (les sociétés et


quasi- sociétés non financières, les institutions financières, les entreprises d’assurance, les

MOUSSAOUI A. Page 48
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

ménages, les administrations publiques, les administrations privées) et un secteur institutionnel


non résident (le reste du monde).

Une unité institutionnelle est considérée comme résidente si elle a un centre d’intérêt
sur le territoire économique. On considère qu’une unité institutionnelle a un centre d’intérêt sur
le territoire si elle réalise des opérations économiques sur ce territoire pendant un an ou plus.

2.1. Les sociétés et quasi- sociétés non financières (SQS)

Secteur regroupant des sociétés dotées de la personnalité juridique et ayant une


comptabilité complète, ainsi que des sociétés ayant une comptabilité mais ne jouissant pas de
la personnalité juridique (comme les grandes entreprises nationales), qui toutes ont pour
fonction principale de produire et vendre des biens et services non financiers marchands, et
pour ressources le produit de leurs ventes.

2.2. Les institutions financières (SF)

Ce sont des institutions dont l’activité principale consiste à produire des services
financiers marchands. On y retrouve les banques et les autres établissements de crédit, les
caisses d’épargne, les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (Sicav, fonds
communs de placement), la banque centrale et le Trésor public. La fonction principale des
sociétés financières est d’assurer le financement de l’économie. Pour cela, elles jouent plusieurs
rôles complémentaires : un rôle d’intermédiaire entre les agents à capacités et à besoins de
financement, un rôle de transformation de l’épargne des ménages, souvent disponible à court
terme, en ressources disponibles à long terme pour les entreprises et les APU ; enfin, un rôle de
création de la monnaie via le crédit nécessaire au fonctionnement de l’économie.

2.3. Les ménages

Un ménage est constitué de plusieurs personnes vivant en communauté de biens et


d’intérêts : il n’est pas indispensable qu’elles aient des liens de parenté entre elles. Une famille
composée du père, de la mère et des enfants, représente le ménage-type, mais il s’en trouve
d’autres comme un célibataire qui vit seul, une veuve qui élève ses enfants, des entrepreneurs,
des émigrés qui partagent la même chambre, etc.

La vocation d’un ménage est de consommer, c’est-à-dire de procéder à la destruction


systématique de biens et services pour satisfaire des besoins biologiques, sociaux ou
simplement secondaires. La consommation peut être immédiate ou s’étaler dans le temps. La

MOUSSAOUI A. Page 49
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

consommation d’un ménage dépend de facteurs aussi disparates que son revenu, ses goûts
(lesquels goûts sont fonction de l’âge, du sexe, du niveau d’éducation), la disponibilité des
produits, des prix, de l’existence de produits de substitution… le champ d’intérêt, ce n’est pas
de voir comment se comporte le consommateur individuel mais de voir comment évolue la
consommation globale des ménages et quelles en sont les conséquences en amont et en aval.
Dans un premier temps nous pouvons faire l’hypothèse que les ménages consacrent la totalité
de leurs revenus à l’achat de biens de consommation finale, de sorte que nous ayons (R=revenu
global et C=consommation globale) :

R=C

Lorsque leurs revenus augmentent les ménages utilisent le supplément de revenu à


acheter plus de produits et/ou acheter d’autres produits auxquels ils ne pouvaient accéder
auparavant. Toutefois, dès que leurs revenus touchent un certain seuil (que chaque ménage se
fixe arbitrairement) les ménages changent de comportement : ils choisissent de ne pas
consommer la totalité de leurs revenus dans l’immédiat mais d’en mettre en réserve une fraction
à consommer plus tard. C’est une fraction de leurs revenus que les ménages réservent pour une
consommation future qui constitue l’épargne (noté E). Nous pouvons alors écrire :

R=C+E

A la lumière de ce nouveau comportement, il apparait qu’une augmentation des salaires


permet, certes, d’accroitre la demande mais à partir d’un certain seuil les ménages commencent
à épargner, repoussant la demande correspondant à une partie des revenus qu’ils ont reçus, à
plus tard. Une nouvelle augmentation des salaires irait à l’épargne et n’aurait aucune incidence
sur la demande, la situation idéale pour les producteurs est celle où les salaires ne dégagent
aucun surplus à épargner, de façon à ce que les ménages dépensent la totalité de leurs revenus.
En vérité l’épargne des ménages n’est pas perdue pour les entreprises puisqu’elles la retrouvent
sous forme de dépôts dans les banques d’où elles pourraient éventuellement l’emprunter.

2.4. Les administrations publiques (APU)

Elles regroupent toutes les organisations dont l’activité principale consiste à produire
des services non marchands pour les agents économiques de tous les SI ou à redistribuer les
revenus et les productions entre les SI. Les APU sont principalement financées par des
prélèvements obligatoires (taxes, impôts et cotisations sociales), versent en contrepartie des
prestations sociales et fournissent de services non marchands. On distingue trois niveaux

MOUSSAOUI A. Page 50
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

d’APU : les administrations publiques centrales (Etat central, ministères, parlement… l’Etat
déconcentré (comme les préfectures) et les administrations publiques locales (APUL) ou
territoriales (commune avec le conseil municipal, département avec le conseil général, région
avec le conseil régional). Ce sont les différentes lois de décentralisation qui fixent les
compétences des unes et des autres, sous contrainte du principe de subsidiarité. Au sens large,
quand on désigne l’Etat, on fait référence à l’ensemble des APU. Il y a enfin les administrations
de sécurité sociale (ASS), qui assurent le fonctionnement du système de protection sociale des
individus contre les différents risques sociaux.

2.5. Les administrations privées

Ces organisations correspondent aux institutions sans but lucratif de service aux
ménages (ISBLSN). Leur tâche principale consiste à fournir des services non marchands aux
ménages. Ce sont pour l’essentiel des associations, les mosquées, églises, temples, synagogues,
les partis politiques et syndicats. Ces administrations privées sont principalement financées par
des dons et cotisations volontaires.

2.6. Les entreprises d’assurance

Une entreprise d’assurance, aussi appelée société d’assurance, est un organisme


assureur régi par le code des assurances contrairement aux mutuelles soumises au code de la
mutualité et aux instituts de prévoyance soumis au code de la sécurité sociale ou au code rural.

Les sociétés d’assurance sont des sociétés anonymes ou à forme mutuelle. Leurs
ressources principales sont constituées par des primes d’assurance. Ces organismes pratiquent
l’assurance dommage et la responsabilité civile, l'assurance vie, l’assurance contre les risques
liés à la personne humaine. Elles relèvent du code des assurances.

2.7. Le reste du monde (RDM)

Le RDM est un agent encore plus abstrait, dans la mesure où il regroupe tous les agents
économiques qui ne sont pas membres des six premiers. Il permet de définir et mesurer
l’ensemble des changes entre les agents résidents et les agents non-résidents. Il y a les échanges
de biens et services, mais aussi les échanges monétaires et financiers.

Cette nomenclature des secteurs institutionnels est nécessaire, mais ce regroupement des
unités institutionnelles en secteurs institutionnels ne suffit pas. Encore faut-il regrouper les

MOUSSAOUI A. Page 51
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

millions d’opérations économiques, afin de pouvoir mieux visualiser les interdépendances liées
aux échanges économiques divers entre ces catégories d’agents.

Tableau : Fonctions et ressources principales des secteurs institutionnels

Secteur institutionnel Fonction principale Ressources principales

Sociétés et quasi- Produire des biens et des services Résultat de la vente.


sociétés non financières marchands non financiers.

Financer, c’est-à-dire collecter, Fonds provenant des


transformer et répartir des engagements financiers
Institutions financières
disponibilités financières. contractés

Entreprises d’assurance Assurer, c’est-à-dire garantir un Primes contractuelles ou


paiement contre un risque cotisations volontaires

Produire des services non Versements obligatoires


marchands destinés à la effectués par les autres
Administrations
collectivité et effectuer des secteurs et reçus directement
publiques
opérations de redistribution du ou indirectement
revenu et des richesses nationales.

Produire des services non Contributions volontaires


marchands, dans certains cas, à effectuées par les ménages :
Administrations privées
but lucratif et destinés aux éventuellement achats des
ménages. ménages.

Consommer et en tant Rémunération des facteurs de


qu’entrepreneurs individuels, production ; transferts
Ménages
produire des biens et des services effectués par les autres
marchands non financiers. secteurs ; produits de la vente

On regroupe dans un même


ensemble de comptes les
Reste du monde
opérations entre unités résidentes
et unités non résidentes.

MOUSSAOUI A. Page 52
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

3. Les flux économiques regroupés par opérations économiques

Les actes économiques accomplis chaque année par les secteurs institutionnels sont
classés en trois grandes catégories. Il s’agit des opérations sur biens et services, des opérations
de répartition du revenu et des opérations financières.

3.1. Les opérations sur biens et services

Les opérations sur biens et services décrivent l’origine des biens et des services
(ressources) utilisés par l’économie nationale et leurs différentes utilisations (emplois). Elles
indiquent la provenance et la destination des biens et des services.

 Les ressources d’un pays sont constituées par la production et les importations. La
production représente la valeur des biens et des services créés par les unités résidentes.
Les importations correspondent à la valeur des biens et des services produits par le reste
du monde et mis à la disposition de l’économie nationale.
 Les emplois d’un pays sont classés en cinq postes :
- La consommation intermédiaire. Elle représente la valeur des biens et services utilisés
dans le processus de production, qui concourent à la production d’autres biens et
services.
- La consommation finale. Elle correspond à la valeur des biens et services utilisés pour
la satisfaction finale des besoins individuels (des ménages) ou collectifs (des
administrations publiques ou privées). Pourtant, depuis le système européen de
comptabilité de 1995, la comptabilité nationale (SCN) calcule deux agrégats pour la
consommation des ménages : la dépense de consommation et la consommation
effective.
- La formation brute de capital fixe (FBCF). Elle enregistre la valeur des biens durables
acquis par les unités de production pour être utilisés pendant au moins un an dans un
processus de production. L’investissement productif désigne l’opération d’acquisition
de capital fixe productif par les entreprises et les administrations publiques. L’Insee le
mesure à partir de la FBCF qui privilégie surtout les biens matériels, la construction de
logements, les travaux publics. L’essentiel de la FBCF est réalisé par les entreprises
sous forme de biens d’équipement.
- La variation des stocks. C’est la différence entre la valeur des stocks en début d’année
et celle en fin d’année.

MOUSSAOUI A. Page 53
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

- Les exportations. Elles correspondent à la valeur des biens et des services produits par
l’économie nationale et mis à la disposition du reste du monde. Au niveau de l’économie
nationale, il existe un équilibre comptable (ex post) entre le total des ressources et le
total des emplois en biens et services :

Production + importation = consommation intermédiaire + consommation finale +


formation brute de capital fixe + variation de stock + exportation.

 Production marchande et non marchande. La production est marchande quand elle


s’échange, ou peut s’échanger, sur un marché à un prix couvrant au moins les coûts de
production. Une production est marchande quand elle concerne des produits échangés
gratuitement ou à un prix inférieur à son coût. Par principe, tous les biens sont
considérés comme marchands. Les services peuvent être marchands ou non marchands.
Les services sont marchands quand ils peuvent être achetés ou vendus sur un marché
et quand ils sont produits par une unité marchande, c’est-à-dire par une unité dont les
ressources proviennent majoritairement de la vente de sa production. Les services sont
non marchands quand ils sont fournis par les administrations publiques ou privées à la
collectivité dans son ensemble ou à certains groupes de ménages, à titre gratuit ou quasi
gratuit.
 Production et valeur ajoutée. Pour évaluer la véritable richesse créée au sein d’une
économie, il faut éviter de comptabiliser plusieurs fois les mêmes biens et services qui
ont fait l’objet d’une production. Parmi ceux-ci, un certain nombre servent à la
fabrication d’autres biens et services. Ce sont les consommations intermédiaires. Leur
prix fait partie du prix de vente des biens et services qu’elles ont servi à élaborer. D’où
un risque de double comptabilisation si l’on additionne sans précaution les prix des
divers biens et services. Pour éviter ces multiples comptabilisations, il faut soustraire de
la valeur des biens et services produits, à chaque stade du processus de production, la
valeur des consommations intermédiaires. On obtient alors la valeur ajoutée.
3.2. Les opérations de répartition

Les opérations de répartition décrivent la formation du revenu issu de la production ou


reçu du reste du monde et la circulation des revenus entre les unités institutionnelles. Elles
montrent l’origine, la distribution et l’utilisation finale des revenus primaires, ainsi que la
redistribution des revenus de transfert. Ces opérations se décomposent en transferts courants et
transferts en capital.

MOUSSAOUI A. Page 54
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

 Les transferts courants portent sur deux catégories d’opérations de répartition :


- Celles effectuées en contrepartie d’une participation à l’activité de production. Il s’agit
de la rémunération des salariés, des impôts liés à la production, des revenus de la
propriété et de l’entreprise, des subventions d’exploitation, des opérations d’assurances
dommages.
- Celles effectuées sans contrepartie d’une activité de production. Il s’agit principalement
des impôts sur le revenu et le patrimoine, des cotisations sociales et des prestations
sociales.
 Les transferts en capital comprennent, essentiellement, les aides à l’investissement et
les impôts en capital (prélèvements pour donations et successions).
Comme nous l’avons vu, la répartition se déroule en deux temps : la répartition primaire
des revenus entre les facteurs de production et la répartition secondaire des revenus via
le processus de redistribution qui permet de passer du revenu primaire au revenu
disponible.
3.3. Les opérations financières

Les opérations financières correspondent à l’ensemble des opérations qui mettent en


relation directement (via les marchés de capitaux) ou indirectement (via des intermédiaires
financiers) les agents à capacité de financement et les agents à besoin de financement.

Ce sont les opérations relatives à la création et à la circulation des moyens de paiement,


de placement et de financement. Elles portent sur des droits financiers, appelés créances et
dettes. La comptabilité nationale retient quatre grandes catégories d’opérations financières
d’après les instruments sur lesquels elles portent :

 Les instruments de paiement. Ce sont les créances directement utilisables, donc


liquides, qui servent dans le règlement des transactions sur le territoire national ou à
l’extérieur.
 Les instruments de placement. Ils regroupent les créances qui découlent de la seule
décision d’un créancier de mettre en réserve une fraction de son revenu.
 Les instruments de financement. Ils portent sur les créances nées d’un accord bilatéral
entre créanciers et débiteurs.
 Les réserves techniques d’assurance. Les entreprises d’assurance sont tenues, en
contrepartie des primes qu’elles encaissent, de constituer des réserves destinées à
effectuer des versements en cas de réalisation des sinistres.

MOUSSAOUI A. Page 55
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

4. Les interdépendances et représentation des opérations des agents économiques

On peut représenter les opérations des agents économiques par des comptes ou pour
l’ensemble des agents par un circuit économique.

4.1. La représentation des opérations par le circuit économique

Il est possible de représenter l’activité économique de tous les agents par quatre grandes
fonctions macroéconomiques : financement, production, répartition ou dépense. Ainsi la
production conduit à la réalisation de biens et de services à destination des agents économiques.
Cette production entraine une création de revenus qui sont ensuite répartis entre les agents, leur
permettant de consommer, d’investir ou d’épargner. L’épargne de certains agents économiques
permet à d’autres agents de financer leur production.

La production est identique au revenu au niveau macroéconomique. Si l’on, ajoute les


importations à la production nationale, on obtient l’offre globale de biens et de services sur le
territoire national. La demande globale, elle se compose de l’investissement, de la
consommation et des exportations. Ainsi, l’égalité offre globale = demande globale s’écrit :

Production + importations = Consommation + investissement + exportations. Ainsi, la


comptabilité nationale fournit un cadre d’analyse de l’activité économique.

Dans la représentation qui suit, proposée par Gregory Mankiw, nous observons aisément
les interdépendances entre agents économiques via les opérations économiques qu’ils réalisent
entre eux sur différents marchés. D’autres agents économiques et d’autres marchés ne sont pas
pris en compte, mais la logique des interdépendances n’en est pas affectée. Les sept secteurs
institutionnels sont interdépendants car ils réalisent des opérations économiques
interdépendantes sur divers marchés, qui eux-mêmes sont interdépendants. La logique des
interdépendances est fondamentale et incontournable, car elle nous montre que le bien-être
économique d’une catégorie d’agents est dépendant de celui des autres. Les interdépendances
entre agents économiques par l’intermédiaire des opérations économiques qu’ils réalisent entre
eux s’impose à tous comme une loi d’airain. L’ignorer revient à rendre impossible toute
amélioration globale de la santé de l’économie. La logique des échanges sur les différents
marchés est une illustration réelle de ces interdépendances.

MOUSSAOUI A. Page 56
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Marchés des biens et


Valeur des ventes Dépense
services
Biens et services - Les ménages achètent, Biens et services

vendus - les entreprises vendent achetés

Entreprises Ménages

- Produisent et vendent des - Achètent et consomment des


biens et services, biens et services
- utilisent et louent des facteurs
- possèdent et vendent des
de production
facteurs de production

Facteurs de Travail, capital et

production Marché des facteurs de terre


production

- Les ménages vendent,


Salaires et profit Revenu
- les entreprises achètent

Flux de facteurs de production et de biens et services

Flux de monnaie

Ainsi, dans le cas d’une situation économique vertueuse de plein-emploi, les revenus des
ménages et des entreprises augmentent, ce qui est bien pour les uns et les autres. Les recettes
fiscales et sociales des administrations publiques sont élevées. Simultanément, il est plus facile
de réduire les déficits publics et la dette. A contrario, dans une situation de croissance molle et
de chômage élevé, les revenus des ménages et des entreprises baissent ou ralentissent. Les
recettes fiscales et sociales des administrations publiques diminuent et il est alors plus difficile
de réduire les déficits publics et la dette.

En somme, les conditions de l’offre et de la demande sont inextricablement liées. La santé


économique et financière des entreprises est dépendante de celle des ménages et de celle de
l’administration publique, et vice versa. Les situations de l’économie à court terme et à long

MOUSSAOUI A. Page 57
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

terme sont réciproquement dépendantes. Les économies ouvertes le sont également, car les
exportations-ventes des uns sont des importations-achats des autres…

4.2. Les comptes des secteurs institutionnels

Pour chaque secteur institutionnel, il est possible de présenter le compte des opérations
réalisées au cours d’une année. Ce compte est décomposé en sous - comptes qui enregistrent
des flux monétaires : des flux de monnaie reçue, en ressources, et des flux de monnaie versée,
en emplois. Les comptes sont nécessairement équilibrés car un déséquilibre signifierait que
certains flux reçus n’auraient aucune affectation, ou que certains flux de monnaie versée
seraient sans provenance. Pour chaque secteur institutionnel, les sous - comptes s’enchainent et
sont liés entre eux par le solde du compte précédent.

Pour chacun des secteurs institutionnels, on peut donc dégager un compte de production,
un compte d’exploitation, un compte d’affectation des revenus primaires, un compte de
distribution secondaire du revenu, un compte d’utilisation du revenu et un compte de capital.

MOUSSAOUI A. Page 58
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Chapitre 4 : La monnaie

La monnaie a toujours représenté pour les économistes un objet d’étude particulièrement


complexe. Selon Stanley Jevons (1835-1882), « la monnaie représente en économie ce qu’est
la quadrature du cercle en géométrie ou le mouvement perpétuel en mécanique ». Pour d’autres
économistes, la difficulté à la définir est telle qu’il est sans doute préférable d’y renoncer. La
formule de Francis A. Walker (1840-1897), « Money is that money does », s’inscrit dans une
conception qualifiée de fonctionnaliste : la nature de la monnaie, c’est-à-dire son essence et par
extension sa raison d’être, peut être approchée de manière suffisante à partir des fonctions
qu’elle remplit dans l’économie. D’autres travaux partent de l’hypothèse que la nature de la
monnaie est une question complexe qui mérite d’être prise au sérieux et que sa définition à
partir des services qu’elle rend est, au mieux, incomplète et au pire non satisfaisante. Ils
montrent que la monnaie est une institution qui structure de nombreuses sociétés humaines et
qu’elle entretient des liens étroits avec l’économie de marché. Les questions relatives aux
formes de monnaie et aux dispositifs de création monétaire ne peuvent être étudiées
indépendamment de ce débat fondateur.

Lorsque l’on parle d’économie, on pense très rapidement à la monnaie. Cette dernière
est souvent, en effet, assimilée à la richesse. Ce lien est-il justifié ? la monnaie n’est-elle pas
plutôt la représentation de la richesse sans en être véritablement son fondement ? les fonctions
de la monnaie vont bien au-delà de la simple représentation de la richesse et les formes qu’elle
prend sont multiples, rendant sa quantification de plus en plus complexe. Les débats autour de
la monnaie, quant à son influence sur les mécanismes de l’économie réelle, ont été et restent
encore nombreux. Enfin, la quantité de monnaie en circulation évolue en fonction de la création
monétaire générée par le système bancaire qui doit être contrôlé justifiant, ainsi, l’existence de
la Banque centrale.

1. La nature de la monnaie

Produire, travailler, vendre des biens, faire son marché, acheter et consommer, épargner
une partie de son revenu sont des actes qui reposent sur l’échange monétaire. Tous les actes de
la vie quotidienne ne nécessitent pas l’usage de la monnaie. Mais, dans le cadre d’une économie
de marché, la vie quotidienne rend la monnaie indispensable, car elle nous permet d’acquérir
les biens et services dont nous avons besoin. La monnaie est un instrument qui permet aux
individus de participer aux échanges marchands dans un espace donné : elle constitue une
référence commune dont la détention contribue à intégrer socialement ou bien à exclure.

MOUSSAOUI A. Page 59
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

L’usage de la monnaie est incontournable pour tous les actes liés à la création de richesse et à
l’échange : elle est un fondement des sociétés contemporaines, car il vaut mieux posséder la
monnaie et être en mesure d’en accumuler une quantité nécessaire pour vivre et s’épanouir. Son
usage est très ancien : on a identifié des signes monétaires dès 3500 avant J-C. On peut trouver
encore l’usage du troc dans certaines tribus où la monnaie a pour fonction de consacrer les
alliances entre groupes ou familles et fait partie des rites religieux ou magique.

On considère généralement que, sans monnaie, le développement de l’économie aurait


été impossible : elle constitue une incitation formidable à produire davantage, certes pour
satisfaire ses besoins, mais également pour posséder davantage de monnaie dans le cadre d’une
économie de plus en plus marchande. En effet, les individus cherchent à être plus efficaces pour
mieux satisfaire ceux qui proposent de la monnaie, ou pour obtenir de la monnaie avec moins
de travail en réalisant des gains de productivité. Chacun se spécialise alors dans l’activité où il
est le plus efficace et la division du travail d’amplifie. Les marchés se développent et de
nouvelles techniques de fabrication apparaissent. On crée de nouveaux moyens de transport,
tandis que de nouvelles interdépendances naissent entre les acteurs économiques. On peut ici
faire référence au gain à l’échange et à ‘l’harmonie naturelle des intérêts » qu’évoquait Adam
Smith en 1776, avec sa métaphore de la « main invisible » : l’échange monétaire volontaire et
le mécanisme des prix permettent de satisfaire les besoins des consommateurs. Dans le cadre
d’un cercle cumulatif, l’allongement du processus de production renforce la division du travail,
qui à son tour, nécessite une nouvelle extension de l’économie d’échange monétaire. Dans le
cadre de notre économie actuelle, où les échanges sont mondialisés, plus aucun pays ne peut
réaliser l’intégralité de sa production lui-même. S’il subsiste des débats théoriques sur le rôle
de la monnaie dans le circuit économique, nul ne conteste son importance dans l’essor
historique de l’économie de marché. Elle tient une place fondamentale dans la structuration des
échanges.

1.1. La monnaie : définitions et fonctions

Les définitions de la monnaie sont nombreuses, ce qui indique la difficulté rencontrée


lorsqu’il s’agit d’en délimiter les contours. Une première approche considère la monnaie
comme l’ensemble des moyens de paiement dont disposent les agents économiques pour régler
leurs transactions. La simplicité de cette définition ne lui donne pas un caractère analytique très
pertinent. L’utilisation de la monnaie se limite-t-elle à des transactions ? Elle peut être abordée,
comme le fait Raymond Barre comme un bien d’échange généralement accepté par une

MOUSSAOUI A. Page 60
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

communauté de paiement. Dans cette approche, la notion de communauté de paiement apparait


comme intéressante puisqu’elle introduit l’idée d’espace géographique et de zone monétaire,
au cœur de l’évolution économique récente avec l’arrivée de l’euro. Cependant, l’idée de bien
d’échange qui reste pertinente puisque la monnaie fait bien l’objet d’échange, n’apporte que
peu de précisions sur le rôle spécifique de la monnaie.

Deux conceptions principales de la monnaie existent chez les économistes. Pour


certains, la monnaie est un bien économique comme un autre, un simple instrument qui permet
de résoudre les problèmes techniques de l’échange marchand. Pour d’autres, la monnaie est un
rapport social et il y a une différence de nature entre une économie monétaire et une économie
de troc.

1.1.1. Les conceptions fonctionnelles

L’approche fonctionnaliste est très ancienne, on la fait traditionnellement remonter à


Aristote. Dans cette perspective, la monnaie se caractérise par trois fonctions : intermédiaire
des échanges, unité de compte, réserve de valeur.

Si la monnaie est un bien spécifique par le rôle qu’elle joue dans l’économie, il semble
nécessaire de la définir justement au regard des trois grandes fonctions qu’elle remplit.

La monnaie est un intermédiaire des échanges. Pour Samuelson et Nordhaus (2005),


la monnaie est toute chose qui est acceptée et utilisée de manière généralisée comme
intermédiaire des échanges.

Au fur et à mesure que la division du travail se développe dans les économies et que les
transactions se multiplient, les pratiques de troc, échanges de biens contre d’autres biens,
montrent leurs insuffisances. En effet, l’échange ne peut se réaliser que si les besoins des
différents agents correspondent exactement. Un agent ayant produit un bien A et désirant un
bien B, doit trouver un autre agent disposant du bien B et intéressé par le bien A. certains
produits étant périssables, cette correspondance des besoins doit être réalisée immédiatement.
De plus, dans une économie de troc, les besoins doivent correspondre également
quantitativement, or certains biens ne sont pas divisibles (dans notre exemple, l’échange ne
pourra avoir lieu si un agent ne désire que la moitié du bien B et que celui-ci ne puisse être
décomposé).

MOUSSAOUI A. Page 61
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

L’approche fonctionnaliste fait l’objet de nombreuses critiques. Des historiens et


anthropologues font observer que l’existence de la monnaie est très ancienne et qu’elle précède,
dans de nombreux cas, le développement des échanges sous forme de troc. Certains analystes
dénoncent d’ailleurs la « fable du troc », car ils contestent que les échanges au sein des
économies primitives aient été dominés par une logique du «donnant-donnant » – c’est au
contraire une logique ostentatoire qui semble avoir prévalu. On fait aussi observer que les
formes de la monnaie n’ont pas évolué de façon linéaire. Par exemple, les marchands vénitiens
ou les banquiers de Florence utilisaient la monnaie scripturale bien avant que la monnaie
métallique (et a fortiori la monnaie fiduciaire) soit d’usage courant en Europe. À l’inverse, dans
certaines circonstances, on assiste à un retour vers la monnaie marchandise (pendant les deux
dernières Guerres mondiales, par exemple). Au total, le fait de considérer la monnaie comme
un simple instrument technique ne semble guère compatible avec les résultats des travaux
historiques et anthropologiques

1.1.2. L’approche anthropologique

Allant au-delà du fonctionnalisme, deux approches permettent de cerner la nature de la


monnaie : une approche anthropologique qui considère la monnaie comme un moyen de
conjurer la violence dans les sociétés, et une approche économique qui considère la monnaie
comme inhérente à l’économie de marché et au capitalisme. La première approche est de type
anthropologique, elle a été développée notamment par les économistes Michel Aglietta et André
Orléan en s’appuyant sur les travaux du philosophe René Girard (1923-2015). Pour ces auteurs,
il existe une violence fondatrice des rapports humains et la monnaie est un moyen d’exorciser
cette violence. La monnaie permet de substituer l’échange pacifié au rapt et à la prédation. La
monnaie est donc ambivalente : moyen d’exorciser la violence, institution sociale essentielle,
elle peut aussi être source de violence destructrice pour la société (dans le cas de l’hyperinflation
allemande des années 1920, par exemple). Dans le cadre de cette approche, la monnaie est donc
une composante essentielle du lien social, c’est une institution et non un instrument technique,
elle repose en particulier sur la confiance sans laquelle aucune communauté de paiement ne
peut fonctionner.

1.2. Les formes de la monnaie

La monnaie a une histoire longue et fascinante, aussi nous allons commencer par en
présenter les étapes.

MOUSSAOUI A. Page 62
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

1.2.1. De la monnaie marchandise à la monnaie métallique

La monnaie comme moyen d’échange est d’abord apparue dans l’histoire de l’humanité
sous la forme de marchandises. Une grande variété de biens a servi de monnaie à un moment
ou à un autre : cuivre, fer, bétail, huile d’olives, cigarettes, vin, or, argent et diamants.

Chacun d’entre eux comporte des avantages et des inconvénients. Le bétail n’est pas
divisible en petite monnaie. L’huile d’olives fournit une belle monnaie liquide qui est aussi
divisible que l’on veut mais dont la manipulation est salissante. Est ainsi de suite.

A partir du XIXe siècle, la monnaie marchandise est devenue presque exclusivement


limitée aux métaux comme l’or et l’argent. Ces formes de monnaie ont une valeur intrinsèque,
ce qui signifie qu’elles ont une valeur d’usage en elles-mêmes. Puisque la monnaie avait une
valeur intrinsèque, il n’était pas nécessaire que l’Etat la garantisse, et sa quantité était régulée
par le marché via l’offre et la demande d’or ou d’argent.

De l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle, certaines régions du monde ont utilisé des
monnaies marchandises pour leurs échanges – c’est-à-dire que l’instrument support de la
monnaie peut être désiré pour lui-même, et remplit des besoins non liés à l’échange
(coquillages, bétail, blé, thé, fèves, etc.). Au fil du temps, ces formes de monnaie ont évolué
vers la monnaie métallique, celle-ci tirant sa valeur du métal qu’elle contenait (or, argent). Les
métaux utilisés présentaient généralement la caractéristique d’être fongibles, d’avoir une forte
valeur marchande, d’être divisibles et d’être rares. La monnaie métallique s’est historiquement
échangée sous forme pesée (par exemple en Égypte, deux mille ans avant notre ère), comptée
(vers 800 avant Jésus-Christ, les lingots furent divisés en pièces, invention qui se généralisa
sous l’Antiquité, en Grèce puis à Rome d’une part, ainsi qu’en Chine, en Inde et dans le monde
islamique d’autre part) ou frappée (la frappe indiquant le poids de la pièce; les premières pièces
modernes remontent au vie siècle avant Jésus-Christ en Lydie d’abord, puis en Grèce). Petit à
petit, le caractère précieux du métal s’est détaché du numéraire apposé par frappe sur la pièce.
Néanmoins, au cours du XIXe siècle, de la fin des guerres napoléoniennes au déclenchement de
la Première Guerre mondiale, le monde a vécu sous le régime de l’étalon-or, dans lequel les
monnaies nationales étaient définies par leur poids en or (et/ou en argent).

Mais la monnaie métallique souffre d’imperfections parce que des ressources rares sont
nécessaire pour l’extraire ; bien plus, elle peut devenir abondante simplement en raison de
découvertes accidentelles de gisements de minerai.

MOUSSAOUI A. Page 63
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

L’introduction du contrôle monétaire par les banques centrales a conduit à un système


monétaire beaucoup plus stable. La valeur intrinsèque de la monnaie est maintenant sa
caractéristique la moins importante.

1.2.2. La monnaie papier

La période de la monnaie marchandise a ouvert la voie à l’ère du papier monnaie.


L’essentiel de la monnaie est maintenant mise à nu. La monnaie est désirée non pour elle-même
mais pour les choses qu’elle permet d’acheter. Nous ne souhaitons pas consommer directement
de la monnaie.

L’usage de la monnaie papier s’est répandu parce qu’il est un moyen commode
d’échange. Elle est facilement transportable et stockable. La valeur de la monnaie peut être
protégée des contrefaçons par une gravure minutieuse. Le fait que des personnes privées ne
puissent pas créer légalement de la monnaie préserve sa rareté. Etant donné cette limitation de
l’offre, la monnaie a une valeur. Elle permet d’acheter. Tant que les agents économiques
pourront payer leurs factures avec des unités monétaires, aussi longtemps qu’elles seront
acceptées comme moyen de paiement, elles assurent la fonction de monnaie.

La monnaie papier constitue une étape importante dans le processus de dématérialisation


des instruments monétaires, puisque sa valeur faciale est dès le départ totalement dissociée de
la valeur intrinsèque de son support. Par ailleurs, alors que les billets étaient initialement
adossés à un sous-jacent disposant d’une valeur intrinsèque, ils s’en sont progressivement
détachés. En effet, les premiers billets prennent la forme de « certificats de dépôt » échangeables
contre des métaux précieux laissés en dépôt dans les coffres des banques, puis contre de la
monnaie divisionnaire. On fait remonter leur apparition au Xe siècle en Chine, et aux XVIe-
XVIIe siècles en Europe où ils étaient notamment utilisés par les marchands de Venise ou
d’Amsterdam. Dans ces cas, la valeur de l’instrument n’est pas intrinsèque, mais dépend de la
crédibilité de la promesse de conversion de l’émetteur. Petit à petit toutefois, le volume des
billets est devenu supérieur à l’encaisse métallique des banques, qui comptaient que l’ensemble
des porteurs n’en demanderaient pas la conversion en même temps et les ont donc émis en partie
« à découvert », endossant ainsi un risque de faillite. En France, la Banque de France a reçu en
1848 le monopole de leur émission. Ainsi, le billet constitue, à l’instar de la monnaie
divisionnaire, la seconde forme de monnaie fiduciaire.

MOUSSAOUI A. Page 64
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

1.2.3. La monnaie scripturale

De nos jours, l’essentiel de la monnaie est de la monnaie scripturale bancaire – des


dépôts dans une banque ou une autre institution financière. Les chèques sont acceptés à la place
des paiements en espèces pour l’achat de nombreux biens et services.

La monnaie scripturale est ainsi nommée car elle se matérialise par une inscription en
compte dans le livre de l’entité émettrice, inscription qui constitue une reconnaissance de dette
de l’entité émettrice.

Son apparition est antérieure à celle des pièces et des billets de banque : on en retrouve
ainsi des traces dès 1800 avant notre ère, sur des tablettes en Mésopotamie. Les Grecs et les
Romains connaissaient déjà les virements entre comptes, de même que les Arabes qui les
utilisaient au IXe siècle. Ces virements connaissent un développement croissant à partir du XII-
XIVe siècle, dans des foires marchandes d’Europe où les transactions pouvaient s’effectuer via
des lettres de change (reconnaissances de dette entre négociants, ancêtre du chèque bancaire).
La généralisation de ces techniques va donner naissance à des systèmes de compensation dans
lesquels des intermédiaires spécialisés – les banquiers – vont s’interposer pour centraliser les
lettres de change, évaluer la qualité de celles-ci, et effectuer les opérations de change lorsque
celles-ci sont libellées dans des monnaies différentes. Se mettent ainsi en place les premiers
systèmes de paiement centralisés qui préfigurent les systèmes de paiement modernes.

1.2.4. La quasi-monnaie et la notion de liquidité

Avec la monnaie scripturale apparait une dématérialisation croissante de la monnaie,


qui ne remet pas en cause les trois fonctions de la monnaie (dans un système sécurisé), si cette
dernière conserve son caractère d’actif le plus liquide.

La notion de liquidité d’un actif se définit comme son aptitude à se transformer en


moyen de paiement, aisément, rapidement et sans coût.

Un certain nombre d’actifs possède également, mais à des degrés divers, cette
caractéristique de liquidité. Toutefois ces actifs nécessitent d’être transformés pour devenir des
moyens de paiement. On parlera, alors, de quasi-monnaie, puisque cette transformation
s’effectue en règle générale aisément et sans perte de valeur. Ainsi, les dépôts à terme dans les
caisses d’épargne, les dépôts à terme dans les banques, les contrats d’assurance ou bien encore
les bons de Trésor sont très proches, de par leur degré de liquidité de la monnaie.

MOUSSAOUI A. Page 65
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

La liquidité

Monnaie Liquidité

(Transformation rapide et sans coût

Quasi-monnaie en moyen de paiement)

Cette quasi-monnaie fait intervenir de nouveaux intervenants, autres que les banques, et
rend la frontière entre le système monétaire et le système financier de plus en plus complexe à
appréhender, les interactions entre les deux systèmes étant nombreuses. De plus, la monnaie
étant multiforme, il devient de plus en plus complexe d’en évaluer la quantité en circulation
dans l’économie.

1.2.5. La monnaie électronique

Dans les années récentes, l’innovation a été rapide en ce qui concerne les différents
moyens d’utilisation de la monnaie. De nombreuses institutions financières lient un compte
courant et un compte d’épargne et y associant même un portefeuille d’actions. L’extension
d’internet permet aux utilisateurs de payer leur facture électroniquement tout comme ils ont
effectué leur commande en ligne.

La monnaie électronique est définie, selon l’article 1 du code monétaire et financier


français, comme « une valeur monétaire qui présente la spécificité d’être stockée sous forme
électronique, et qui représente une créance sur son émetteur ». Elle doit en outre respecter une
série de conditions, à savoir être émise contre remise de fonds, et être acceptée pour une
opération de paiement par une personne morale ou physique autre que l’émetteur.

Conçue à l’origine pour définir les unités monétaires stockées sur des supports
physiques, de type carte prépayée, le concept de monnaie électronique a ensuite été étendu à la
tenue de compte en ligne fonctionnant sur le même principe de pré-alimentation. Dans un cas
comme dans l’autre, la vocation des services de monnaie électronique est avant tout
transactionnelle :

MOUSSAOUI A. Page 66
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

 Les cartes prépayées servent ainsi comme moyen de paiement alternatif aux cartes de
paiement classique, au chèque ou aux espèces pour le règlement des transactions au
point de vente, et s’appuient sur certains cas d’usage spécifiques, tels que les cartes
cadeaux par exemple.
 Sous forme de compte en ligne, la monnaie électronique permet un paiement direct entre
clients d’un même émetteur, sans avoir à recourir aux moyens de paiement
interbancaires classiques (carte, virement, prélèvement, chèque), ce qui se traduit
généralement par des paiements crédités quasi immédiatement sur le compte du
bénéficiaire et une facturation unique par l’émetteur. En outre, le caractère prépayé du
compte constitue une mesure efficace contre la fraude, le compte de monnaie
électronique ne pouvant pas être mis à découvert en cas d’usurpation de l’identité du
payeur par un fraudeur. Du fait de ces caractéristiques, la monnaie électro- nique sous
cette forme a rencontré un certain succès avec l’essor des transactions entre particuliers
sur internet.
1.3. La masse monétaire

La masse monétaire d’un pays ou d’une zone monétaire se définit comme la quantité de
monnaie en circulation dans l’économie. Cette monnaie circule entre agents économiques et
leur permet de régler leurs échanges et de se financer. S’ajoutent à la monnaie en circulation,
les placements financiers facilement transformables en liquidités, c’est-à-dire qui pourraient
être disponibles rapidement pour être utilisés par les agents économiques sans perte de valeur.

La masse monétaire peut être définie plus simplement comme l’ensemble des actifs
(monétaires ou non monétaires) dont disposent les agents et qui peuvent être immédiatement
ou très rapidement utilisés pour réaliser les grandes fonctions macroéconomiques : épargne,
consommation, investissement. En d’autres termes, connaitre la quantité de monnaie en
circulation demeure une étape incontournable pour apprécier les conséquences éventuelles de
la variation de la masse monétaire sur les variables réelles de l’économie.

La masse monétaire, en circulation ou constituée de placements financiers liquides,


représente un stock détenu par les agents économiques à un moment donné. Ce stock est mesuré
par une série d’indicateurs appelés « agrégats monétaires » (voir infographie).
Depuis l’instauration d’une politique monétaire unique dans la zone euro, c’est l’Euro système
(qui rassemble la Banque centrale européenne – BCE – et les banques centrales nationales des

MOUSSAOUI A. Page 67
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

pays de la zone euro) qui collecte et publie ces informations statistiques pour l’ensemble de la
zone.

1.3.1. Les agrégats monétaires

La masse monétaire va intégrer les différentes formes de monnaie et de quasi-monnaie,


puisqu’elle se définit comme l’ensemble des moyens de paiement en circulation dans une
économie. On retrouve, ainsi, les deux fonctions d’intermédiaires des échanges et de réserve de
valeur.

La masse monétaire se décompose en différents agrégats. Un agrégat monétaire est


défini comme le regroupement d’un ensemble homogène d’actifs monétaires ou non
monétaires. Les agrégats vont être classés par ordre de liquidité décroissante. Ainsi, le premier
agrégat M1 (ou disponibilités monétaires ou masse monétaire au sens strict) regroupe les formes
de monnaies les plus liquides : monnaie divisionnaire, billets, comptes à vue. L’agrégat M2
intègre M1 et des actifs correspondant à de la quasi-monnaie comme les placements à vue
rémunérés. Le troisième agrégat M3 englobe M2 et les dépôts en devises ainsi que les titres
émis par les banques. Enfin, le dernier agrégat M4 comprend M3 et les titres à court terme émis
par les entreprises (billets de trésorerie) ou par le Trésor pour l’Etat (bons de Trésor).

L’analyse des variations et des transformations des différents agrégats contribue à


mettre en évidence les transferts éventuels entre une monnaie, moyen de paiement immédiat
utilisable directement pour la consommation, et une monnaie qui constitue plutôt une forme
d’épargne plus difficilement transformable en moyen de paiement.

1.3.2. L’évolution et les transformations

Différents facteurs permettent d’expliquer l’évolution des agrégats : les mesures fiscales
qui peuvent favoriser un placement par rapport à un autre, les innovations financières et
monétaires donnant naissance à des titres plus attractifs ou bien encore l’état des marchés
financiers (évolution favorable ou défavorable) qui stimule ou freine des placements sur le long
terme. Ainsi en 1998, l’agrégat monétaire M3 a progressé de 2,7% du fait de l’attractivité plus
forte des titres à court terme émis par les institutions financières par rapport au placement dans
des livrets (M2).

Au cours des dernières décennies, sous l’influence des innovations monétaires, on


observe une transformation de la structure de la masse monétaire au profit des actifs les moins

MOUSSAOUI A. Page 68
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

liquides. Jusqu’en 1993, la croissance de M2 et M3 parmi l’ensemble des agrégats est la plus
importante. En revanche, à partir de 1993, un certain nombre de mesures fiscales moins
favorables aux titres sur le court terme, provoquent un accroissement de M1 et de l’épargne sur
livret (M2).

Les modifications de la composition de la masse monétaire font clairement apparaitre


les difficultés rencontrées pour classifier ce qui relève de la monnaie et ce qui relève du
placement. La frontière entre le monétaire et le financier devient de plus en plus floue. Si le rôle
des banques a été pendant longtemps prépondérant dans l’évolution de la masse monétaire, de
nombreux autres agents (Trésor, organismes financiers, entreprises) influencent aujourd’hui les
variations constatées dans les agrégats monétaires.

Pour tenir compte de cette complexité croissante et compléter les informations fournies
par les agrégats monétaires, des agrégats financiers représentatifs de placements sur le long
terme, ont été construits. Ces trois agrégats sont P1 qui regroupe l’épargne réglementée sur le
long terme (plan d’épargne-logement, plan d’épargne populaire), P2 qui comprend les
placements sur le long terme à revenu fixe (les obligations) et P3 qui correspond aux placements
sur le long terme à revenu variable (les actions).

L’entrée en vigueur de l’euro comme monnaie unique dans la plupart des pays de l’union
européenne à partir de 1999, constitue également une transformation considérable quant au
contrôle et à l’évaluation de la masse monétaire. La communauté de paiement se trouve
considérablement élargie. La quantification et la surveillance de M3, agrégat privilégié par les
autorités monétaires deviennent plus complexes pour les différentes banques centrales et pour
la Banque centrale européenne qui en a la charge pour l’ensemble de la zone euro.

2. Les débats autour du rôle de la monnaie et de la demande d’encaisses

Il existe un lien certain entre les fonctions remplies par la monnaie et les formes qu’elle
peut prendre. Afin de remplir au mieux ses différents rôles, la monnaie s’est progressivement
dématérialisée, rendant ainsi plus complexe l’appréciation de la masse monétaire et son
évaluation. Or, cette évaluation est indispensable puisque la monnaie intervient naturellement
dans les échanges. Il faut donc s’interroger, d’une part, sur les conséquences d’une variation de
la masse monétaire sur les phénomènes économiques réels et, d’autre part, sur les raisons qui
motivent les agents à demander des encaisses, cette demande jouant elle-même directement sur

MOUSSAOUI A. Page 69
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

la quantité de monnaie en circulation. De nombreux auteurs ont cherché, depuis fort longtemps,
à répondre à l’ensemble de ces questions.

Les classiques et les néo- classiques ont conclu à la neutralité de la monnaie,


déconnectant ainsi les phénomènes réels et les phénomènes monétaires. L’analyse keynésienne
s’intéresse plus précisément à la demander d’encaisses provenant des agents. Les différents
motifs qui expliquent cette demande, conduisent à la conclusion que la demande de monnaie
est instable et à la remise en cause de la séparation de la sphère réelle et de la sphère monétaire.
Enfin, les travaux de Milton Friedman qui s’inscrivent dans la logique des classiques et des
néo- classiques, aboutissent à des conclusions contraires à celles de Keynes.

2.1. L’approche classique et néo- classique

Tout comme le mercantilisme, le classicisme économique ne se définit pas par des


fondements doctrinaux précis, une problématique spécifique et des analyses convergentes
développées par les différents auteurs qui se considèrent disciples d’Adam Smith, ou que les
analystes rangent parmi les classiques. Cependant, et malgré la réunion des éléments qui font
une école, l’économie classique se présente plutôt comme un amas regroupant des courants
doctrinaux divers, des théories économiques divergentes, mais dont les énoncés ou les analyses
qu’ils sous-tendent forment les bases de la science économique moderne.

2.1.1. L’analyse classique : de la neutralité de la monnaie à la loi des débouchés

Les économistes classiques sont contemporains de la révolution industrielle et observent


une économie en pleine transformation. Ils sont pour l’essentiel favorables aux conditions du
développement économique. Celui-ci se caractérise par le passage de l’artisanat à l’industrie,
et une transformation de l’agriculture rendue nécessaire par la transition démographique. La
révolution industrielle est marquée par de multiples innovations techniques qui autorisent une
organisation plus efficace des manufactures. L’appellation classique est due à Karl Marx qui
constate chez les différents auteurs de cette époque une convergence de critères d’analyse : une
étude des rapports de classe, une même théorie de la valeur, une défense du libéralisme
économique.

Pour les classiques, les biens s’échangent contre des biens sur la base de leur valeur
travail. Ainsi, les prix relatifs des marchandises découlent de la quantité de travail qu’elles ont
nécessitée. La monnaie n’est qu’un voile qui permet simplement d’exprimer les prix absolus et
de faciliter les échanges. Pour les auteurs classiques, la monnaie est donc neutre puisqu’elle

MOUSSAOUI A. Page 70
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

n’intervient pas dans les mécanismes de fixation des prix. On parlera alors de dichotomie entre
la sphère réelle (production et échange) et la sphère monétaire (circulation de la monnaie). Dans
ce cadre d’analyse, la monnaie remplit bien les deux fonctions d’intermédiaire des échanges et
d’unité de mesure, mais la troisième fonction de réserve de valeur n’est pas reconnue.

Cette conclusion est essentielle dans la pensée classique puisqu’elle est à l’origine de la
« loi des débouchés » de Jean-Baptiste Say que l’on résume souvent par la phrase « l’offre crée
sa propre demande ». J.B. Say considère que la production d’un bien va permettre au producteur
d’obtenir une certaine quantité de monnaie. Celle –ci va elle-même servir à de nouveaux achats
ou être épargnée et, par conséquent, donner lieu par la suite à des investissements. Dans tous
les cas, investissement ou consommation, la monnaie obtenue par la production et grâce à
l’échange va ouvrir de nouveaux débouchés. Toutefois, loi des débouchés ne se vérifie que
parce que la monnaie ne peut être désirée pour elle-même et ne peut pas être conservée. L’offre
crée donc sa propre demande s’il n’existe pas de phénomène de thésaurisation monétaire.

En considérant que la monnaie ne sert qu’à déterminer le niveau général des prix, les
auteurs classiques et, notamment, Ricardo puis Stuart Mill élaborent la théorie quantitative de
la monnaie. Les premiers travaux connus dans ce domaine sont attribués à Jean Bodin (1568)
qui explique le lien entre l’afflux de métaux précieux et l’élévation du niveau général des prix 4.
La relation entre quantité de monnaie et prix est ainsi pour la première fois mise en évidence.
Stuart Mill distingue, pour sa part, la monnaie en circulation et la monnaie dépensée. La quantité
de monnaie en circulation peut être dépensée plusieurs fois. On introduit, ainsi, la notion de
vitesse de circulation de la monnaie, c’est-à-dire le nombre moyen d’achats réalisés avec une
unité de monnaie sur une période donnée.

De cette manière, si l’on admet que la vitesse de circulation et le volume de transactions


sont des constantes, toute variation de la quantité de monnaie dans l’économie provoquera une
variation proportionnelle du niveau général des prix ou, en d’autres termes, de l’inflation.

4
Cette vitesse de circulation s’exprime également sous la forme suivante :
V=P.T/M où V : vitesse de circulation de la monnaie ;
P : niveau général des prix ;
T : volume des transactions ;
M : masse monétaire.

MOUSSAOUI A. Page 71
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

La monnaie chez les classiques

Analyse Conclusion

La monnaie est neutre. Selon la loi des débouchés, il ne peut y avoir


de monnaie désirée pour elle-même.
Les échanges et les prix relatifs sont fixés à
partir de la valeur travail. La monnaie est un En conséquence, l’offre crée sa propre
voile qui ne sert que d’intermédiaire des demande puisque l’ensemble de la monnaie
échanges et d’unité de mesure. en circulation est utilisée.

Il y a dichotomie entre la sphère réelle et la Une augmentation de la quantité de monnaie


sphère monétaire. en circulation aboutit à une hausse du niveau
général des prix (théorie quantitative).
La vitesse de circulation de la monnaie est
une constante.

Les critiques adressées à l’analyse classique reposent sur la fragilité d’un certain nombre
d’hypothèses. La théorie quantitative de la monnaie s’appuie sur l’hypothèse de la constance
de la vitesse de circulation, hypothèse difficilement vérifiable. De même, la dichotomie entre
la sphère réelle et la sphère monétaire découle du concept de la valeur travail, concept qui, au
fur et à mesure de l’évolution industrielle et commerciale des économies, devient de plus en
plus contestable.

2.1.2. L’analyse néo-classique

L’école néo-classique marque une rupture dans l’évolution de la théorie économique. Si


la science économique était jusque-là la science de l’accumulation des richesses, elle devient la
science de la rareté et de l’allocation des ressources, au sens où Lionel Robbins (1932) la définit.
Elle s’appuie sur une nouvelle conception de la valeur et une approche microéconomique en
terme d’équilibre sur le marché. Comme les classiques, les néo-classiques sont dans l’ensemble
des défenseurs du libéralisme économique.

L’analyse néo-classique s’inscrit dans la logique de la dichotomie entre la sphère réelle


et la sphère monétaire, présentée par les classiques. Dans le cadre de la théorie de l’équilibre
général, Léon Walras (1834-1910) formalise, dans un premier temps, l’équilibre pour la sphère
réelle : sur l’ensemble des marchés la somme des demandes est égale à la somme des offres. A

MOUSSAOUI A. Page 72
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

cet équilibre correspondent des prix d’équilibre, qui ne sont que des prix relatifs. Ces prix
relatifs sont traduits grâce à la monnaie.

Sur le marché monétaire, si l’offre de monnaie (considérée comme exogène car


provenant de la banque d’émission) s’accroit, l’équilibre entre l’offre et la demande de monnaie
aboutira à une dépréciation de la valeur de cette monnaie. En conséquences, les prix monétaires
vont être modifiés à la hausse puisqu’il faut plus de monnaie pour exprimer les prix relatifs des
biens qui restent inchangés. On retrouve donc bien la dichotomie des classiques, la monnaie ne
modifie en rien l’équilibre réel. De plus, les travaux de Walras mettent également en évidence
la relation entre la quantité de monnaie et le niveau général des prix.

Cette reprise de la théorie quantitative de la monnaie sera également confirmée par


l’économiste américain Irving Fisher (1911) à travers l’équation des échanges. Irving Fisher
présente cette équation sous la forme suivante :

MV+M*V*=PT

M : quantité de monnaie divisionnaire (pièces et billets) ;

M, : quantité de monnaie scripturale ;

V : vitesse de circulation de la monnaie divisionnaire ;

V, : vitesse de circulation de la monnaie scripturale ;

P : niveau général des prix ;

T : volume des transactions.

Cette équation montre une égalité entre les flux monétaires (MV+M*V*) et les flux
réels (PT). Fisher introduit un certain nombre d’hypothèses notamment sur le rapport M/ M, et
sur V/ V, jugés comme des variables stables puisque déterminés par des causes structurelles
(habitudes des agents). Ne pouvant trouver de lien de causalité entre M et T, Fisher conclut à
une variation proportionnelle de P suite à une variation de la masse monétaire. Il se pose ainsi
en défenseur de la théorie quantitative de la monnaie.

2.1.3. La demande de monnaie et l’effet d’encaisse réelle

Même s’il reste fidèle à l’approche dichotomique, Arthur Pigou (1941) va plus loin dans
l’analyse des phénomènes monétaires. Il intègre, pour la première fois dans la réflexion sur la

MOUSSAOUI A. Page 73
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

monnaie, une véritable étude de la demande de monnaie. La demande d’encaisses (ou demande
de monnaie) est dans le cadre de ses travaux, fonction du revenu réel de l’agent, du niveau des
prix et de la vitesse de circulation de la monnaie. L’offre de monnaie (toujours considérée
comme exogène) peut, cependant, accroitre la quantité de monnaie en circulation et, par suite,
le niveau des encaisses détenues par les agents. Ces derniers vont, alors, dépenser ce surplus
d’encaisses provoquant ainsi une hausse des prix. On retrouve les conclusions de la théorie
quantitative de la monnaie, mais avec une volonté d’expliquer la relation entre quantité de
monnaie et niveau des prix.

La monnaie chez les néo-classiques

Analyse Conclusion

Dichotomie entre la sphère réelle et la sphère Présentées sous une forme différente. Les
monétaire, il y a un équilibre réel et un conclusions sont semblables à celles des
équilibre monétaire. classiques puisque l’on retrouve chez les
néo-classiques la théorie quantitative et la
Equation des échanges de Ficher qui formalise
dichotomie sphère réelle et sphère
la relation entre quantité de monnaie niveau
monétaire.
général des prix (la théorie quantitative de la
monnaie). L’effet Pigou amène à penser qu’il existe
des mécanismes de rééquilibrage
L’effet d’encaisses réelles tend à démontrer
automatique et valeur réelle des encaisses
que les individus vont, lors de variation de
que les individus établissent. Aucune
prix, égaliser la valeur réelle et la valeur
intervention de l’Etat n’est donc
nominale de leurs encaisses par un ajustement
souhaitable.
de leur consommation.

Pigou va plus loin en présentant l’effet d’encaisses réelles (ou effet Pigou). Dans cette
analyse, la monnaie fait partie intégrante du patrimoine des agents. Si l’on se place dans
l’hypothèse d’une baisse des prix (conséquence d’un ralentissement de l’activité économique),
le patrimoine monétaire, détenu sous forme d’encaisses, voit sa valeur réelle augmenter (le
pouvoir d’achat est plus élevé). En conséquence, son utilité marginale diminue et l’individu
consacre une partie de ses encaisses à l’accroissement de sa consommation, contribuant ainsi à

MOUSSAOUI A. Page 74
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

stimuler la demande, ce qui provoquera un mouvement de hausse des prix. En final, la valeur
réelle et la valeur nominale de ses encaisses tendront vers l’égalité.

Dans le cas d’une hausse des prix, le raisonnement est bien sûr bien semblable, mais en
sens contraire. Pigou présente, ainsi, un mécanisme de rééquilibrage automatique à la fois dans
la sphère réelle et la sphère monétaire.

2.2. L’encaisse active dans l’analyse keynésienne

John Maynard Keynes (1883-1946) observe la grande crise des années trente et refuse
de croire que les mécanismes autorégulateurs du marché permettent de résoudre les problèmes
de chômage et de déflation (baisse cumulée des prix et de la production).

Il ne raisonne donc pas en terme de marché mais plutôt sous l’angle du circuit
économique qui met en relation les grandes variables économiques. Il fait part de ses réflexions
dans un ouvrage fondamental de la science économique « La théorie générale de l’emploi, de
l’intérêt et de la monnaie » en 1936.

2.2.1. La préférence pour la liquidité

Keynes s’intéresse essentiellement à la demande de monnaie et aboutit à la conclusion


essentielle que la monnaie peut être désirée pour elle-même, s’opposait ainsi aux conclusions
des classiques et des néo-classiques.

L’analyse keynésienne recense trois motifs de demande d’encaisses monétaires. Le


premier d’entre eux est le motif de transaction, les agents désirent des encaisses afin de pouvoir
réaliser leurs transactions. Cette demande sera fonction du revenu, mais également de la
fréquence dans le temps de la perception du revenu (plus la période est longue entre deux
perceptions du revenu et plus l’agent aura besoin d’encaisses pour réaliser ses transactions). Il
s’agit ici de l’approche traditionnelle de la monnaie comme intermédiaire des échanges. Le
second motif, dit de précaution, se démarque de la perception classique de la monnaie. Les
agents désirent, en effet, des encaisses pour faire face à d’éventuels risques. Cette demande sera
plus ou moins forte en fonction du revenu et selon que les agents pourront faire face aisément
ou non aux risques en cédant des actifs très liquides ou s’ils ont la possibilité de faire appel
facilement au crédit. Le dernier motif constitue le véritable apport spécifique de l’analyse
keynésienne, il s’agit du motif de spéculation que l’on qualifie de « préférence pour la
liquidité » proprement dite. Keynes considère que les agents désirent des encaisses pour pouvoir

MOUSSAOUI A. Page 75
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

éventuellement les placer dans des titres à revenus fixes (titres sans risque). Le volume de cette
encaisse de spéculation dépendra directement du niveau d’intérêt qui rémunère ces titres.

La demande d’encaisses chez Keynes

Motif de transaction

Revenu

Motif de précaution

Taux d’intérêt Motif de spéculation

La valeur de ces titres évolue avec les variations des taux d’intérêt. Chaque titre est en
effet émis à un certain taux d’intérêt qui reste fixe par la suite. Si de nouveaux titres sont émis
à des taux d’intérêt plus faibles, la valeur des anciens titres, si la rémunération proposée est plus
intéressante, augmente puisqu’ils ont été émis à un taux fixe plus élevé. Les agents achètent des
titres lorsque les taux d’intérêt sont élevés, et les cèdent quand les taux baissent. La demande
d’encaisses de spéculation tend à s’accroitre quand les taux d’intérêt sont à la baisse puisque
les agents attendent que les taux remontent (à un niveau jugé intéressant par eux) pour utiliser
ces encaisses à l’achat de titres. Le raisonnement sera bien sûr inverse dans le cas d’une hausse
des taux d’intérêt.

La demande d’encaisses de spéculation, voire de précaution, mise en évidence par


Keynes, a des conséquences importantes. En premier lieu, elle fait apparaitre la notion de
monnaie oisive : dans l’analyse Keynésienne il y a bien thésaurisation monétaire. De plus, la
monnaie remplit bien la fonction de réserve de valeur et représente pour Keynes un « lien entre
le présent et l’avenir ». Dans ces conditions la loi des débouchés ne fonctionne plus, puisque la
monnaie peut être désirée par elle-même, une partie de la masse monétaire n’étant pas consacrée
à la consommation ou à l’épargne comme l’affirmait J.B. Say.

Enfin, l’existence du motif de spéculation est étroitement liée au niveau des taux
d’intérêt mais, de plus, n’est pas neutre sur leur variation.

Ainsi, l’analyse Keynésienne remet en cause la dichotomie sphère réelle - sphère


monétaire au cœur de l’analyse classique et néo- classique.

MOUSSAOUI A. Page 76
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

2.2.2. L’instabilité de la demande de monnaie

Keynes montre qu’il y a interaction entre l’économie réelle et l’économie monétaire.


Ces interactions ont des conséquences d’autant plus fortes que la demande de monnaie est
instable puisque, pour partie, déterminée par des fluctuations fréquentes liées aux variations des
taux d’intérêt.

Sans remettre en cause cette conclusion, l’analyse Keynésienne mérite d’être complétée,
en premier lieu, d’autres formes d’encaisses peuvent être évoquées sans qu’il soit possible pour
autant d’en dresser une liste exhaustive. Ainsi, le niveau des encaisses s’explique également
par une certaine forme d’inertie des agents qui les amène à repousser leur demande d’encaisses
de transaction ou de précaution.

En plus, en période de pénurie, les encaisses de transaction ne peuvent pas être


entièrement dépensées et se situent à un niveau anormalement élevé. Enfin, certaines encaisses
s’expliquent par des réglementations monétaires qui imposent des dépôts minimum. C’est le
cas, notamment, pour les dépôts des banques commerciales dans leurs comptes à la banque
centrale.

La monnaie dans la pensée Keynésienne

Analyse Conclusion

Analyse de la demande d’encaisses à travers La monnaie peut être désirée pour elle-même,
trois motifs : motif de transaction (réalise les il y a donc des phénomènes de thésaurisation
échanges), motif de précaution (faire face aux monétaire qui remettent en cause la loi des
risques) et motif de spéculation (achat de débouchés.
titres).
Il y a interaction entre la demande
Le motif de spéculation est qualifié de d’encaisses et le niveau des taux d’intérêt.
préférence pour la liquidité. Le niveau des
encaisses résultant de ce motif dépend de la
valeur des titres elle – même déterminée par
les taux d’intérêt.

MOUSSAOUI A. Page 77
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

La quantité de monnaie – oisive et donc de thésaurisation monétaire est également


déterminée par d’autres paramètres. Cette thésaurisation sera différente selon les
comportements individuels et selon la conjoncture économique qui a un impact sur le niveau
taux d’intérêt, sur la valeur des titres et enfin sur la demande d’encaisses.

Dans une approche plus critique, on remarquera que l’analyse Keynésienne ne prend en
compte qu’une seule catégorie de titres, les titres sans risque rémunéré par un taux fixe. Il
apparait qu’il existe des titres à revenus variables. En conséquence, les agents ne limitent pas
leur arbitrage entre monnaie et titre mais ont la possibilité de l’étendre et de choisir entre
placement à revenu fixe et placement à revenu variable.

Enfin, un dernier regard critique sur l’analyse Keynésienne porte sur la distinction
parfois floue entre motif de précaution et motif de spéculation. A titre d’exemple, le fait que les
agents conservent leurs encaisses lorsque la valeur des titres augmente, ne s’explique-t-il pas
par un motif de précaution ?

2.3. L’analyse de Friedman


2.3.1. Le revenu permanent

Milton Friedman, chef de file de l’école de Chicago, est le fondateur du courant de


pensée appelée monétarisme (1956). Les conclusions auxquelles il aboutit sont importantes,
notamment en raison de leur application en politique économique. Milton Friedman s’intéresse
lui aussi à la demande d’encaisses et à ses déterminants. Il introduit le concept de revenu
permanent, qui s’oppose à l’idée du revenu courant (ou revenu de court terme). Les agents
établissent leurs décisions en fonction d’un revenu annuel moyen qu’ils estiment en fonction
de leurs anticipations (études, évolution de carrière …).

De plus, Friedman aborde l’analyse des phénomènes monétaires dans une approche
patrimoniale. Cet axe d’étude n’est pas en soi original (Keynes avait déjà pour partie une
approche de ce type), c’est plutôt la notion élargie du patrimoine retenue par l’école monétariste
qui marque la différence. Cet auteur recense cinq types d’actifs qui constituent le patrimoine :
le capital physique (les biens durables), le capital humain (capacités intellectuelles et
professionnelles d’un individu, qui lui assurent un revenu futur), les actions (titres à revenu
variable), les obligations (titres à revenu fixe) et enfin la monnaie.

MOUSSAOUI A. Page 78
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Les déterminants de la monnaie pour Friedman

Patrimoine
Revenu permanent
Capital physique
Taux d’intérêt Demande de
Capital humain

Actions Taux d’inflation monnaie

Monnaie

La demande de monnaie est grandement déterminée par le revenu permanent (mais


également par les taux d’intérêt et le taux d’inflation) et s’inscrit donc dans une logique de long
terme. Dans l’approche patrimoniale adoptée, la monnaie est considérée comme un actif parmi
d’autres et substituable à eux dans les arbitrages opérés par l’agent pour la constitution de son
portefeuille. Cette analyse de la demande de monnaie explique les conclusions de Friedman,
notamment en matière de stabilité de la demande de monnaie.

2.3.2. La stabilité de la demande chez Friedman

Les travaux de Friedman conduisent à une nouvelle théorie quantitative de la monnaie,


que l’économiste de Chicago présente comme une théorie de la demande de monnaie et non
plus comme une théorie des prix comme c’était le cas jusqu’à présent (lien direct entre la
quantité de monnaie et le niveau des prix). Ainsi, le revenu permanent, déterminant essentiel
de la demande de monnaie, est beaucoup moins sensible aux fluctuations de court terme et aux
aléas conjoncturels (rentrée d’argent inattendue par exemple) que le revenu courant. Comme il
est beaucoup plus stable, la demande de monnaie qu’il induit le sera également. Les études
réalisées par Friedman aux Etats-Unis sur l’évolution de la vitesse de circulation de la monnaie,
montrent que cette dernière peut être fluctuante sur le court terme mais reste stable sur le long
terme.

L’analyse monétariste rejoint la théorie quantitative lorsqu’elle s’appuie sur les


réactions des agents face à un accroissement de la quantité de monnaie en circulation. Une
augmentation de la masse monétaire modifie la structure des portefeuilles des agents, avec une
proportion trop importante de monnaie. Dans le but de reconstruire l’équilibre de ce
portefeuille, les agents utilisent cet excès de monnaie en achetant des titres ou des biens. Si
Friedman admet que cela puisse exercer, dans un premier temps, un effet positif sur l’activité

MOUSSAOUI A. Page 79
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

économique, il conclut qu’à terme l’accroissement de la masse monétaire aboutit à une hausse
des prix.

L’analyse de la monnaie chez les monétaristes

Analyse Conclusion

La théorie quantitative devient une théorie de Les conclusions sont identiques à celles de la
la demande de monnaie. théorie quantitative, un accroissement de la
masse monétaire entraine une hausse des prix
Cette demande de monnaie est stable car
sans aucun impact sur les phénomènes réels.
fonction du revenu permanent peu sensible
aux variations conjoncturelles. La demande de monnaie est stable, elle ne
peut être source de dysfonctionnements.
La vitesse de circulation de la monnaie est
stable sur une longue période. En conséquence, c’est l’offre de monnaie qui
peut poser problème.

La demande de monnaie demeurant stable et ne pouvant interférer, par des variations


erratiques, sur les phénomènes réels, seule l’offre de monnaie peut être à l’origine de
perturbations.

3. L’offre de monnaie

Les différents courants de pensée économique ont cherché à analyser le rôle de la


monnaie dans l’économie et, plus généralement, son impact sur les phénomènes réels. Ces
analyses ont porté plus précisément sur la demande de monnaie, jugée instable par Keynes et
pouvant donc interférer avec les mécanismes de l’économie réelle, et jugée stable pour d’autres
écoles qui mettent l’accent sur la dichotomie entre la sphère réelle et la sphère monétaire.
Toutefois, la réflexion sur la masse monétaire, son évolution et son influence sur le reste de
l’économie ne dépendent pas uniquement de la demande, mais doit également intégrer l’offre
de monnaie.

Nous nous intéressons, dans un premier temps, aux mécanismes de création monétaire
qui accompagne l’augmentation de la quantité de monnaie en circulation, et aux acteurs qui en
sont à l’origine, c’est-à-dire les banques. Cependant, cette création monétaire ne peut
s’effectuer sans une régulation et un contrôle qui incombent à la banque centrale dont nous
verrons le rôle dans un deuxième temps.

MOUSSAOUI A. Page 80
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

3.1. Le processus de création monétaire

3.1.1. La création monétaire par les banques

Les banques ont toujours occupé une place importante dans le processus de création
monétaire. A l’époque où la monnaie prenait la forme de métaux précieux, les pièces déposées
sur les comptes bancaires donnaient la possibilité aux banques de faire des prêts, sachant que
les déposants ne procéderaient pas à des retraits de façon massive et simultanée. Par ces prêts,
les banques diffusaient ainsi des moyens de paiement supérieurs au stock de métal précieux
existant.

L’avènement de la monnaie scripturale rend plus facile encore le processus de création


monétaire. Lorsqu’une banque accorde un crédit à un de ses clients, elle augmente à la fois son
actif (la dette du client à son égard) et le passif (le montant du crédit viré sur le compte du
client). Il y a donc bien création monétaire puisque la monnaie virée sur le compte du client ne
provient pas de ressources existantes (le client n’a déposé aucune somme sur son compte) et à
pour simple contrepartie la créance de la banque sur son client (les crédits créent les dépôts).
La création de monnaie correspond bien à une transformation de créances en moyens de
paiement. Lorsque le client remboursera sa dette vis-à-vis de la banque, il s’agira alors de
destruction monétaire.

Création monétaire

Bilan de la banque

Actif Passif

Crédit accordé : 10 000 DA Compte du client : 10 000 DA

(créance de la banque vis-à-vis du client) (le client dispose dorénavant de 10 000 DA


supplémentaire, monnaie qui n’était pas
dans le circuit).

MOUSSAOUI A. Page 81
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Destruction monétaire

Bilan de la banque

Actif Passif

Annulation du crédit accordé : Compte du client : 10 000 DA – 10 000 DA

10 000 DA – 10 000 DA = 0 (le compte du client est diminué du montant


de sa dette, le montant disparait du circuit).
(le client rembourse sa dette)

Les banques ne créent pas de la monnaie uniquement par l’intermédiaire du crédit.


Lorsqu’elles souscrivent des bons du Trésor, sans avoir recours à des ressources existantes, il y
a bien création monétaire. De même, lors de l’achat de devises par les banques, ces dernières
alimentent le compte de leur client avec une monnaie qui n’existait pas jusque-là et qui
représente à partir de cet instant un moyen de paiement sur le territoire national.

3.1.2. Les autres acteurs dans la création monétaire

Le Trésor qui gère les recettes et les dépenses de l’Etat, joue un rôle dans la création
monétaire puisqu’il dispose du monopole de la fabrication des pièces. Toutefois, son rôle est
un peu plus large puisque le Trésor crée de la monnaie scripturale ; il peut, pour régler une dette
à un fournisseur de l’Etat par exemple, alimenter un compte courant postal. Ce simple jeu
d’écritures correspond bien à une création de monnaie avec la mise à disposition de moyens de
paiement qui n’existaient pas jusqu’alors.

La création monétaire consiste en la transformation d’une créance en un moyen de


paiement. L’ensemble de ces créances constitue donc les contreparties de la masse monétaire
et sont rangées en trois catégories : les crédits à l’économie, les créances sur le Trésor et les
créances sur l’extérieur. Elles correspondent aux différentes catégories d’agents, les ménages,
les entreprises, l’Etat et le reste du monde. Les crédits à l’économie représentent plus de 80%
des contreparties de la masse monétaire et sont constitués des différents crédits (à court ou à
moyen terme) accordés par les banques aux ménages et aux entreprises. Les créances sur le
Trésor viennent en seconde position et prennent plusieurs formes (titres publics, créances des
banques sur les centres de chèques postaux). L’importance et la structure de ces contreparties
dépendent des choix effectués par l’Eta dans le mode de financement de son budget. Enfin, les
créances sur l’extérieur sont fonction du solde des paiements du pays avec l’extérieur et sont

MOUSSAOUI A. Page 82
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

gérées par le Fonds de stabilisation des changes, sous la direction de la Banque de France, qui
achète (situation excédentaire) ou vend des devises (situation déficitaire).

3.2. Le rôle de la banque centrale : réguler et contrôler

3.2.1. La nécessité d’une banque centrale

Les différents besoins des banques sont assurés par la Banque centrale, car celle-ci est
au centre du système de refinancement qu’il s’agisse de billets, de devises ou de monnaie
scripturale. La banque centrale détient le monopole de l’émission des billets. De ce fait, les
banques se fournissent auprès d’elle pour satisfaire la demande de leurs clients. Il en va de
même pour les devises achetées auprès de la Banque centrale.

De plus, mes dettes et les créances que les banques détiennent entre elles, font l’objet
d’une compensation qui s’effectue sous forme de virements dans les comptes courants des
banques à la Banque centrale. On voit alors apparaitre une nouvelle forme de monnaie, la
monnaie centrale composée des billets et des avoirs des banques dans leurs comptes courants à
la Banque centrale. Entre la masse monétaire et la monnaie centrale, il existe un lien direct
puisque les billets appartiennent aux deux formes de monnaie.

Les différentes formes de monnaie

Monnaie en monnaie

Circulation centrale

Billets
Monnaie
Comptes Banque
Scripturale Banques
Courants Centrale
Pièces
des banques
Billets

Cependant, l’alimentation des banques en monnaie centrale leur permet d’accorder des
crédits plus facilement et de créer de la monnaie. Ce mécanisme est connu sous le nom de
multiplicateur de crédit, exprimant, ainsi, l’idée que l’augmentation de la masse monétaire est

MOUSSAOUI A. Page 83
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

un multiple de l’augmentation de la monnaie centrale. Cet effet multiplicateur dépend de


l’importance plus ou moins grande de la demande de billets de la part, des agents. Mais la
Banque centrale limite l’effet multiplicateur et donc la création monétaire, en imposant aux
banques des réserves obligatoires, dépôts non rémunérés, laissées par chaque banque sur son
compte courant à la Banque centrale.

Les opérations de refinancement ne se déroulent pas uniquement entre la Banque


centrale et les banques. Ces dernières peuvent s’échanger leurs excédents et leurs déficits de
trésorerie sur le marché monétaire et plus précisément sur le marché interbancaire. La Banque
centrale n’est pas absente de ce marché où s’échange de de la monnaie centrale et ces
interventions consistent alors à injecter ou à retirer des liquidités.

Dans sa relation directe avec les banques ou du fait de ses interventions sur le marché
monétaire, la Banque centrale se positionne comme prêteur en dernier ressort (ultime recours
pour les banques).

3.2.2. Les limites de la création monétaire

Le processus de création monétaire semble, a priori, sans limite puisque les banques
pour accorder des crédits n’ont pas besoin d’un montant de dépôts équivalents. Pourtant, une
première limite apparait. Les agents peuvent faire des retraits en billets et la banque doit
disposer en permanence d’une encaisse suffisante pour faire face à cette demande. L’ensemble
des banques n’accorde donc pas de façon illimitée des crédits qui vont contribuer à accroitre
cette demande. Le niveau d’encaisses sous forme de billets que les banques prévoient pour faire
face à la demande de leurs clients, est très variable et dépend, notamment, des habitudes des
agents, habitudes différentes selon les pays et les régions.

Une deuxième limite, quelque peu du même ordre, apparait lorsqu’on tient compte des
achats et des ventes de devises que les banques effectuent. Elles doivent disposer d’encaisses
en monnaie nationale et en devises pour assurer cette activité.

Enfin, une banque ne fonctionne pas en circuit fermé. Les crédits qu’elle
accorde, se transforment en dépôts dans une autre banque. Ainsi, un établissement bancaire qui
accorderait des crédits dans des proportions trop importantes, prendrait le risque de se trouver
débiteur des autres banques. Il existe donc, d’une part, des freins à la création monétaire des
banques et d’autre part, un besoin de refinancement des établissements bancaires, afin de faire
face à la demande de billets et de devises et de gérer les transactions interbancaires.

MOUSSAOUI A. Page 84
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Chapitre 5 : La croissance de la production et ses facteurs

Pourquoi des pays sont riches et d’autres le sont moins ? La réponse à cette question
demeure à ce jour complexe. En effet, les facteurs de richesse des nations sont toujours débattus
et renvoient à plusieurs déterminants tels que : la disponibilité des facteurs de production
(capital physique) ; l’éducation des citoyen (capital humain) ; l’organisation du travail ; progrès
technologique (R&D) ; la bonne gouvernance ; le climat des affaires etc.

Le débat autour des déterminants de la richesse des pays est très ancien et a connu
d’amples développements récents. La richesse des pays est mesurée par sa croissance
économique dont l’augmentation élargit le potentiel du pays dans la lutte contre la pauvreté, le
chômage et la résolution d'autres problèmes sociaux. C'est pourquoi un niveau élevé de
croissance économique est l'une des principales cibles de la politique économique dans de
nombreux pays à travers le monde.

La plupart des économistes accordent beaucoup de vertus à la croissance économique :


elle permet surtout de créer des emplois, vertu essentielle dans un contexte de chômage encore
important. Il convient dès lors de se demander quels en sont les principaux facteurs. Si toute
production résulte d’une combinaison de travail et de capital, il faut alors s’attacher à
déterminer les contributions respectives de ces deux facteurs de la croissance de la production,
ce qui permettra de mettre en évidence le rôle moteur de l’investissement dans la croissance
économique.

Compte tenu de ces constats, le présent cours propose donc d’élucider le concept de la
croissance économique, d’étudier la contribution du facteur travail 3) d’analyser la relation
croissance économique - emploi.

1. La croissance de la production : définitions et mesure

La croissance et l’expansion relèvent d’une vision quantitative de l’évolution


économique, alors que le développement et le progrès associent les approches quantitatives et
qualitatives. Ainsi, il est plus commode de mesurer la croissance que le développement.

1.1. Définitions de la croissance et du développement


1.1.1. La croissance de la production à court et à long terme

La croissance économique est une notion purement quantitative qui relève


l’augmentation de la production à long terme dans une économie.

MOUSSAOUI A. Page 85
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

La croissance économique est l’augmentation soutenue sur longue période de la


production d’un pays. Selon François Perroux, la croissance économique correspond à
"l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de
dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels".

Par contre l’expansion signifie une augmentation brutale de la production nationale de


courte période et ne correspond pas à la croissance économique.

La notion d’expansion se distingue de la notion de croissance car elle ne correspond


qu’à la phase ascendante du cycle économique. L’expansion économique est une augmentation
conjoncturelle de la production d’un pays.

En somme, la croissance économique peut être constituée de phases successives


d’expansion, de stagnation et de récession.

1.1.2. Le développement et le progrès

Très souvent au centre des débats politiques, la croissance est perçue comme
indispensable à l’amélioration des conditions de vie et donc au développement d’un pays. En
effet, si un pays s’enrichit, on suppose que ses habitants pourront naturellement en bénéficier.
Pour autant, la croissance seule n’est pas suffisante pour conduire au développement, car elle
n’évalue que la quantité de biens et de services produits.

Le développement est une notion qui inclut l’aspect structurel et qualitatif de la


croissance c’est-à-dire qu’il englobe à la fois le progrès économique et social. Le
développement économique est l’ensemble des transformations économiques et sociales qui
accompagnent la croissance.

Le développement économique est un phénomène qualitatif irréversible et observable


sur longue période caractérisé par la transformation des structures économiques et sociales liée
à la croissance économique.

Les critères de développement sont multiples : niveau de vie, industrialisation,


indicateurs démographiques, urbanisation, niveau d’éducation et de qualification.

Le développement, ainsi que la croissance et l’expansion, se distingue du progrès. En


effet, le progrès renferme l’idée d’avancée, d’amélioration. Or, si le développement se
caractérise par la transformation des structures, rien ne dit que celle-ci constitue un progrès pour

MOUSSAOUI A. Page 86
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

les hommes. D’ailleurs, la croissance et le développement s’accompagnent de nuisances


(pollution, inégalités) qui ne peuvent guère être considérées comme des progrès.

Le progrès correspond à l’ensemble des améliorations dans les domaines économique


et social qui accompagnent la croissance.

On distingue le progrès économique qui reflète l’efficacité accrue de la production, du


progrès social qui marque d’amélioration du bien-être, conséquence d’une augmentation du
niveau de vie.

1.2. La mesure de la croissance de la production

Les économistes étudient également la croissance économique et ses inégalités. A cet


effet, ils tentent de mesurer la croissance à l’aide d’indicateurs, tant au niveau global qu’au
niveau régional, et ils examinent les aspects démographiques, techniques, institutionnels et
sociaux de cette croissance. Pour illustrer toutes ces études, les économistes s’appuient
généralement sur la période allant de 1945 à 1973, période durant laquelle les pays occidentaux
ont eu une croissance économique sans précédent. A partir de 1974, les pays industrialisés ont
connu une grave récession économique se traduisant par une forte baisse de production, un taux
de chômage élevé, une forte baisse de la production, un taux de chômage élevé, une forte hausse
des prix et une nette diminution du volume des échanges internationaux. L’analyse économique
étudie les facteurs à l’origine des fluctuations et des crises économiques.

1.2.1. Les indicateurs de la croissance

Comment mesurer la création de richesses ? À l’échelle d’un pays, l’indicateur le plus


utilisé, même s’il est aussi souvent critiqué, est le produit intérieur brut (PIB). Pour comprendre
comment cet indicateur est construit, nous allons d’abord nous intéresser à la mesure de la
création de richesses à une échelle d’une entreprise, puis nous aborderons la question de la
mesure de la création de richesses à l’échelle d’un pays dans son ensemble.

[Link]. La valeur ajoutée

Comment mesurer la richesse créée par une entreprise ? L’opération est en fait plus
complexe qu’il n’y paraît. Dans un premier temps, on pourrait chercher à mesurer la production
effectuée par l’entreprise en regardant la quantité de biens ou de services créés par cette
entreprise. Comme la production d’une entreprise consiste rarement en un seul produit, se pose
la question de la mesure de cette quantité : difficile d’additionner des pommes, de bouteilles de

MOUSSAOUI A. Page 87
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

soda et de flacons de shampooing pour un supermarché ; difficile également d’additionner des


baguettes de pain et des pains au chocolat pour une boulangerie-pâtisserie. Heureusement,
toutes ces productions étant marchandes, elles ont un prix et un prix qui reflète leur « valeur »
aux yeux des consommateurs, ce que ces derniers sont prêts à payer pour les consommer. Pour
mesurer la production réalisée par l’entreprise, nous pouvons donc commencer par regarder la
valeur de sa production, c’est-à-dire son chiffre d’affaires, qui est égal au montant des recettes
issues des ventes réalisées par l’entreprise.

La méthode est a priori simple, mais elle ne permet pas de mesurer réellement la richesse
produite par l’entreprise. En effet, l’entreprise ne crée pas ses produits « à partir de zéro » : elle
a dû acheter des biens et des services à d’autres entreprises qu’elle a transformés ou détruits au
cours du processus de production, biens et services qui constituent ses consommations
intermédiaires. Prenons de nouveau l’exemple d’une boulangerie qui produit et vend au cours
d’un mois 20 000 baguette de pain au prix de 10 Dinars. Le chiffre d’affaires mensuel de la
boulangerie s’élève à : 20 000 x 10 DA = 200 000 DA. Or l’activité de la boulangerie n’a pas
créé à elle-seule cette valeur de 200 000 DA. En effet, pour réaliser une baguette vendue 10
DA, le boulanger a acheté de la farine, du sel, de l’eau, de l’électricité, etc., toute une série de
produits fabriqués par d’autres entreprises que la sienne et qui ont été détruits ou incorporés au
cours de la fabrication de la baguette. Imaginons que la boulangerie ait dû dépenser 50 000 DA
pour acheter la farine, l’eau, le sel et l’électricité nécessaires à la fabrication des 20 000
baguettes. La valeur réellement créée par la seule activité de la boulangerie s’élève donc à :
200 000 DA - 50 000 DA = 150 000 DA. Cette somme est appelée valeur ajoutée de la
boulangerie. Ce qui est valable pour la boulangerie l’est pour toutes les entreprises. La richesse
créée par une entreprise se mesure grâce à sa valeur ajoutée, c’est-à-dire à la différence entre
son chiffre d’affaires et ses consommations intermédiaires :

Valeur ajoutée = chiffres d’affaires – consommations intermédiaires

La valeur ajoutée d’une entreprise est à distinguer de son bénéfice, qui mesure la part
des richesses créées qui reviennent aux propriétaires de l’entreprise. La valeur ajoutée est en
quelque sorte le montant qu’il lui reste une fois payées ses consommations intermédiaires ; le
bénéfice est ce qu’il lui reste une fois payées tous ses coûts de production (consommations
intermédiaires mais aussi par exemple salaires des salariés). Par définition, le bénéfice n’est
donc qu’une partie de la valeur ajoutée d’une entreprise, le reste servant en grande partie à
rémunérer les salariés qui ont travaillé.

MOUSSAOUI A. Page 88
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

[Link]. Le PIB

Comment mesurer la richesse créée au sein d’un pays ? Chaque année, des millions de
biens et services sont produits en Algérie. Cela n’aurait évidemment aucun sens d’additionner
directement les quantités produites de ces différents biens et services (voitures, habillement,
baguettes de pain, etc.). Par contre, tous ces biens et ces services ont une « valeur » en Dinars
(un prix ou, à défaut, un coût de production). On peut donc pour mesurer la richesse créée en
Algérie s’intéresser à la valeur de tous les biens et services produits sur le territoire national.
Une partie de ces biens et services sont toutefois détruits et transformés pour produire d’autres
biens et services. Par exemple, une partie du blé récolté servira à fabriquer de la farine et une
partie de cette farine sera achetée par des boulangers pour fabriquer du pain. Il n’y a aucune
raison de les comptabiliser dans la richesse créée. D’une part parce qu’ils sont intégrés,
incorporés dans les produits finis et donc les prendre en compte reviendrait à les compter
plusieurs fois (la valeur du blé est comprise dans la valeur de la farine et donc dans la valeur du
pain). D’autre part parce que ces produits ne sont pas en eux-mêmes des richesses, même s’ils
interviennent dans la production des produits qui, eux, sont constituent une vraie richesse car
ils permettent de satisfaire directement les besoins des individus (exemple du pain). Pour
mesurer la création de richesses de l’Algérie., il faut tenir compte de la valeur des biens et
services produits sur le territoire algérien et qui n’ont pas été détruits ou transformés pour créer
d’autres biens et services. C’est ce que l’on appelle le produit intérieur brut (PIB). Pour le
calculer, il « suffit » de soustraire à la valeur de tous les biens et services produits la valeur de
tous les biens et services qui ont servi de consommations intermédiaires. Or, rappelons-nous
que la valeur ajoutée d’un producteur est justement la différence entre la valeur de sa production
et la valeur de ses consommations intermédiaires. Le PIB d’un pays est donc égal à la somme
des valeurs ajoutées de tous les producteurs (entreprises, administrations, etc.) présents sur son
territoire :

PIB = somme des valeurs ajoutées de tous les producteurs

La création de richesses d’un producteur étant mesurée par sa valeur ajoutée, il n’est pas
étonnant que la création de richesses à l’échelle d’un pays soit égale à la somme des valeurs
ajoutées des différents producteurs du pays.

MOUSSAOUI A. Page 89
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Graphique : Classement des 10 pays dans le monde par PIB en 2024 (en milliards de dollars)

ETATS-UNIS 25,462.70

CHINE 17,963.17

JAPON 4,231.14

ALLEMAGNE 4,072.19

INDE 3,385.09

ROYAUME-UNI 3,070.67

FRANCE 2,782.91

RUSSIE 2,240.42

CANADA 2,139.84

ITALIE 2,010.43

0.00 5,000.00 10,000.00 15,000.00 20,000.00 25,000.00 30,000.00

PIB

La croissance étant appréhendée comme un phénomène purement quantitatif, on utilise


des indicateurs de dimension pour sa mesure. Il s’agit habituellement du Produit Intérieur Brut
(PIB) dont on calcule la croissance au cours d’une période déterminée, en volume et en valeur,
on distingue :

- Le PIB en valeur ou nominal qui est évalué aux prix de l’année en cours (PIB à prix
courants),
- Le PIB réel ou en volume qui est évalué aux prix d’une année donnée choisie comme
année de base (PIB à prix constants). On multiplie pour obtenir le PIB réel les quantités
produites par les prix d’une année de base et non par les prix de l’année en cours.

L’augmentation du PIB peut être due soit à une augmentation de la quantité produite,
soit à une augmentation des prix.

La croissance en valeur prend en compte l’augmentation des prix, c’est-à-dire


l’inflation. La croissance en volume ne prend en compte que l’augmentation des quantités
produites. Elle est corrigée de l’inflation. C’est l’indicateur le plus utilisé.

Exemple : Entre 2000 et 2006, la consommation de services et de biens médicaux par


tête est passée de 1 550 DA à 2 400 DA. Sur cette même période, la hausse des prix des biens
de consommation dans son ensemble, c'est-à-dire l'inflation, a été de 7 %. On peut alors

MOUSSAOUI A. Page 90
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

déterminer le taux de croissance en valeur et le taux de croissance en volume de la


consommation de services et de biens médicaux :

- taux de croissance en valeur : entre 2000 et 2006, le taux de croissance de la consommation


de services et biens médicaux a été de :
[(2400-1550) / 1550].100 = 54,8 %

- taux de croissance en volume : pour déterminer la variation de la consommation en volume,


il faut d'abord calculer, pour 2006, la consommation réelle au prix de 1 000, soit :
consommation en volume = (consommation en valeur / indice des prix).100.

On a alors : consommation en volume = (2 400 / 107).100 = 2243 DA.


Il apparaît donc qu'entre 2000 et 2006 la consommation en volume a évolué comme suit :
taux de croissance en volume = [(2243-1550) / 1550].100 = 44,7 %.
En conséquence, une hausse nominale de la consommation de 54,8 % correspond à une hausse
réelle en volume de 44,7 %. La différence est la conséquence de l'augmentation des prix des
services et biens médicaux sur la période.

On peut aussi opérer la croissance économique à l’aide d’indicateur complémentaires


comme l’investissement (I) et la consommation ©.

1.2.2. Les irrégularités de la croissance de la production

La conjoncture est rythmée par des cycles économiques courts, constitués d’une
alternance de phases d’expansion et de récession dont la durée peut aller de cinq à dix ans
(cycles de Juglar).

Schéma d’un cycle

Production

Retournement

Récession

Expansion Reprise

Dépression Temps

MOUSSAOUI A. Page 91
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Plusieurs explications peuvent être avancées à propos de l’origine des cycles : la


dynamique du fonctionnement des marchés (déséquilibres offre/demande), le mécanisme de
partage de la valeur ajoutée (conflits entre salaires et profits), l’existence de chocs exogènes
(prix du pétrole, réunification allemande), les phénomènes financiers (krach boursier).

L’observation des fluctuations économiques sur le long terme a permis de mettre en


évidence des mouvements réguliers d’expansion et de dépression longues d’une cinquantaine
d’années au total. La crise des années trente correspond alors à une phase décroissante du
mouvement et les Trente Glorieuses à la phase ascendante du mouvement suivant.

2. La contribution du facteur travail à la croissance de la production

Dans une économie, le travail représente l’ensemble des capacités physiques et


intellectuelles que les individus mettent en œuvre pour produire les biens et les services
nécessaires à la satisfaction de leurs besoins. Ainsi, la contribution du facteur travail peut
s’expliquer par une plus grande utilisation de celui-ci (aspects quantitatifs) ou par une efficacité
accrue (aspects quantitatifs).

2.1. Les aspects quantitatifs du facteur travail

Le volume de travail dans une économie dépend à la fois du nombre d’actifs disponibles
et du nombre d’heures de travail qu’effectue en moyenne chaque actif.

2.1.1. La population active

On entend par population active, l’ensemble des personnes qui exercent un emploi ainsi
que celles n’ayant pas d’emploi, désireuses d’en trouver un et menant une recherche active pour
cela. Ainsi, la population active comprend les actifs occupés et les chômeurs.

Population active =Actifs occupés + chômeurs

Au total, l’augmentation de la population active, dont on pense qu’elle est une condition
permissive de la croissance de la production, a été modeste au cours des dernières décennies.

2.1.2. La durée du travail

Celle-ci revêt différentes formes : durée journalière, hebdomadaire, annuelle ainsi que
la durée de vie active.

MOUSSAOUI A. Page 92
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

La durée du travail est le temps de travail qu’accomplit un salarié dans le cadre de la


production de biens et de services. On distingue la durée légale du travail définie par les textes
de loi, et la durée effective du travail qui tient compte de l’absentéisme, du chômage technique
et des heures supplémentaires.

Des différences de durée hebdomadaire s’observent selon les activités. La durée


annuelle n’a cessé de diminuer du fait de la réduction de la durée légale hebdomadaire, mais
aussi en raison de l’accroissement de la durée des congés payés (deux semaines en 1936, cinq
semaines en 1982).

Enfin, la durée de la vie active ne cesse de diminuer en raison, d’une part de l’entrée
plus tardive des jeunes sur le marché du travail pour cause d’études plus longues, et d’autre part
d’une sortie plus précoce du marché du travail due à la diminution de l’âge du départ à la retraite
et au développement des dispositifs de préretraite.

2.1.3. Les causes de l’évolution du volume du travail

L’évolution de la population active est tout d’abord largement tributaire de l’évolution


démographique. Ainsi, la forte arrivée de jeunes d’après-guerre, sur le marché du travail,
explique en partie la croissance de la population active, alors même que les départs en retraite
étaient peu nombreux. Toutefois, cet effet démographique s’estompe peu à peu pour s’inverser
au début de l’an 2000. En outre, les entrées de la population peuvent être constituées d’arrivées
de travailleurs étrangers. A cet égard la France a eu traditionnellement recours à la main
d’œuvre étrangère et notamment en période de forte croissance économique, comme cela fut le
cas entre 1945 et 1974.

Toutefois, le fait majeur de l’augmentation de la population active depuis la guerre est


constitué par la montée des taux d’activité féminins, alors que les taux masculins diminuent sur
la période.

Enfin, la durée du travail diminue au fur et à mesure de l’évolution de la législation


sociale (loi sur les 35 heures hebdomadaires).

Au total, on peut dire que la croissance de la population active est relativement modeste
depuis la seconde guerre mondiale, alors même que la durée du travail n’a cessé de diminuer
dans le même temps. Ainsi, la croissance économique d’après-guerre ne s’expliquerait que
faiblement par une croissance du volume du travail.

MOUSSAOUI A. Page 93
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

2.2. Les aspects qualitatifs du facteur travail

2.2.1. La qualité du facteur travail

Si du point de vue du consommateur, le travailleur réalise un travail de qualité, aux yeux


des économistes, celui-ci n’est considéré comme tel que dans la mesure où il est efficace, c’est-
à-dire point trop coûteux et qu’il ne demande pas un temps de travail trop long. Ainsi, la qualité
du facteur travail renvoie à la notion de productivité.

La productivité du travail est le rapport entre un volume de production réalisée et le


volume de travail nécessaire à cette production.

On peut mesurer une productivité physique du travail en comparant, par exemple, le


nombre d’heures du travail nécessaires pour la fabrication d’une automobile en Allemagne et
en chine. Cependant, ces voitures ne sont point identiques. L’idée est donc de mesurer une
productivité en valeur pour tenir compte des différences de modèles. En outre, une entreprise
qui se contente d’assembler des pièces fabriquées par des sous-traitants, bénéficie d’un
avantage de durée de fabrication, ce qui fausse les comparaisons. Ainsi, la productivité est-elle
souvent mesurée par la valeur ajoutée.

2.2.2. Les explications de l’évolution de la qualité du facteur travail

Si la productivité mesure la qualité de la main d’œuvre, cette dernière évolue dans le


temps en fonction de trois caractéristiques individuelles des personnes actives : le niveau de
qualification, l’âge, le sexe. L’éducation est en effet une source de qualité de la main d’œuvre.
Ainsi, l’âge moyen de fin d’études et le niveau de diplôme peuvent représenter un moyen
d’évaluer ce niveau d’éducation.

On indique traditionnellement que la productivité femme est inférieure à celle de la main


d’œuvre masculine. L’explication ne tient pas dans d’hypothétiques inégalités naturelles, mais
dans le fait que les femmes subissent un certain nombre de handicaps au cours de leur vie active
(maternité par exemple) qui freinent l’accès à de plus grandes qualifications professionnelles.

Enfin, on observe une relation entre l’âge et la productivité. L’expérience, et donc la


productivité, augmente dans un premier temps avec l’âge, avant de décliner au fur et à mesure
que les capacités physiques et intellectuelles s’épuisent avec le vieillissement.

MOUSSAOUI A. Page 94
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Mais l’évolution de la productivité est aussi le résultat d’un effet de structure. Il existe
des différences de productivité entre branches. Aussi, les migrations de main d’œuvre des
branches à faible productivité vers les branches à forte productivité entrainent, de manière
mécanique, une augmentation de la productivité moyenne, sans qu’il y ait de gains de
productivité au sein même des branches. Le déplacement de main d’œuvre de l’agriculture
(faible productivité) vers l’industrie (forte productivité) conduit ainsi à une hausse de la
productivité globale. De la même manière, le développement du secteur tertiaire dans
l’économie explique le ralentissement de la productivité globale depuis 1970.

2.2.3. Les sources d’amélioration de la qualité du facteur travail

Une explication fondamentale de la productivité du travail provient de la plus grande


qualification de la main d’œuvre obtenue grâce à la formation initiale et continue. Dès lors, on
parle de capital humain pour caractériser le facteur travail. L’économiste Gary Becker, prix
Nobel d’économie en 1992, avance l’idée selon laquelle les dépenses de formation contribuent
à constituer du capital humain, au même titre que les dépenses d’investissement d’une
entreprise introduisent du progrès technique dans le capital technique. En conséquence, la
formation représente un facteur essentiel de la productivité du travail que l’Etat et les entreprises
prennent de plus en plus en compte.

Le capital humain est un patrimoine constitué des capacités physiques et intellectuelles


qu’un individu peut mobiliser pour produire. Ce capital s’accroit grâce à la formation.

Toutefois, le calcul d’une productivité apparente du travail ne doit pas occulter le fait
que celle-ci est largement liée à la productivité du capital et à l’innovation.

3. La contribution du facteur capital à la croissance de la production

L’évolution à court terme du volume de travail, et donc de la production, est limitée. En


outre, à long terme, cette évolution est faible. Enfin, une plus grande efficacité du facteur travail
est tributaire du facteur capital. Mais le capital peut lui-même être plus ou moins productif.
Ainsi, l’efficacité du capital s’accroit au fur et à mesure qu’il incorpore des générations
nouvelles de progrès technique, grâce à l’investissement qui renouvelle et transforme le stock
de capital. L’investissement devient le facteur essentiel de la croissance de la production.

MOUSSAOUI A. Page 95
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

3.1. Le capital, support de progrès technique

3.1.1. La notion de capital

Le mot capital est couramment utilisé dans de multiples sens. La première référence
concerne le capital technique, ou le capital fixe au sens de la comptabilité nationale. Il faut
entendre par là les installations techniques, les machines, les bâtiments et les logements dont
l’utilisation par les agents économiques dépasse l’année, c’est-à-dire l’ensemble des moyens de
production de biens et services qui participent à plusieurs cycles de production.

Cependant, d’autres éléments peuvent accroitre la production de manière directe ou


indirecte. Il en est ainsi de l’ensemble des équipements collectifs, comme du capital humain et
culturel. On parle, au total, de capital d’une nation.

3.1.2. L’efficacité du capital

La qualité du facteur capital peut se mesurer tout d’abord par sa productivité. Cette
dernière se calcule par le rapport entre la valeur ajoutée produite et le stock de capital fixe
nécessaire à cette production. Pour ce calcul on exclut généralement les bâtiments du capital
fixe, pour ne considérer que les équipements en matériel, supposés seuls productifs.

La productivité du capital est le rapport entre un volume de production réalisé et le


volume de capital nécessaire à cette production.

3.2. L’investissement, source d’accumulation du capital

3.2.1. La notion d’investissement

L’investissement est une dépense immédiate en vue de recettes futures ou d’économie


de coûts.

Cette définition, permet d’abord de cerner l’objectif de rentabilité de tout investissement


au sens large, qu’il soit financier (achats de titres en bourse par exemple) ou productif.

La comptabilité nationale définit l’investissement productif comme l’ensemble des


investissements en capital fixe des entreprises, hors logement. Pour obtenir la formation brute
de capital fixe (FBCF), elle ajoute à ce dernier les achats de logements et la constitution
d’équipements collectifs qui, eux, ne sont pas destinés à produire d’autres biens de manière
directe.

MOUSSAOUI A. Page 96
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

La formation brute de capital fixe, investissement au sens de la comptabilité nationale,


comprend la valeur des biens durables acquis au cours d’une période (le mois, l’année) par les
entreprises, les ménages et les administrations, et qui sont destinés à être utilisés pendant au
moins un an pour produire des biens et services.

Enfin, en retranchant les amortissements de la FBCF, on obtient la formation nette de


capital fixe. Ainsi, la définition de l’investissement renvoie clairement à celle du capital :
l’investissement renouvelle le stock de capital.

3.2.2. Les différents types d’investissement

Lorsqu’on se réfère à la définition au sens large de l’investissement, on entrevoit l’idée


que l’investissement n’est pas seulement matériel mais aussi immatériel.

Les investissements matériels correspondent à la formation brute de capital fixe. On


distingue les investissements de remplacement qui renouvellent à l’identique le capital, les
investissements d’expansion qui augmentent la capacité de production de l’entreprise, et les
investissements de modernisation qui visent à accroitre la productivité. En réalité, cette
distinction est difficile à observer, un même investissement pouvant à la fois renouveler,
moderniser et étendre le capital productif de l’entreprise.

L’investissement immatériel est donc constitué de l’ensemble des dépenses de recherche


et développement, de formation, de logiciels et de mercatique, qui ont pour effet de générer des
économies de coûts et de recettes futures.

En somme, la croissance de la production apparait plus comme la conséquence d’une


meilleure utilisation des facteurs de production que d’une plus grande utilisation de ceux-ci. En
outre, on a pu mettre en évidence le rôle du progrès technique et de sa diffusion, ainsi que
l’importance du capital humain. Enfin, en raison d’externalités positives, l’investissement
public, lorsqu’il est consacré à la recherche, à la formation et au développement des
infrastructures de communications, s’avère être un soutien essentiel de la croissance
économique. Il permet en effet de moderniser les structures économiques et plus
particulièrement le système productif.

MOUSSAOUI A. Page 97
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Bibliographie

Abraham-Frois G. (1996). Economie politique. Economica.

Albertini J-M., Silem A. (1992). Comprendre les théories économiques. Clés de lecture. Seuil
coll.

Albertini J-M. (2008). Les nouveaux rouages de l’économie. Éditions de l’Atelier.

Archambault E. (2003). Comptabilité nationale. Ed. Économica.

Barre R. (1950). La période dans l’analyse économique. Une approche à l’étude du temps.
Sedes, Coll. Observation Economique.

Barre R., Fontanel J. (1993). Principes de politique économique. OPU.

Barro R. J. (2000). Les facteurs de la croissance économique. Economica.

Beitoine A. (1995). Analyse économique et histoire des sociétés contemporaines. Armand


Colin.

Benachenhou A. (1981). Introduction à l’économie politique. OPU.

Beziade M. (1981). La monnaie. Masson.

Blaug M. (1999). La pensée économique. Economica.

Braquet L., Mourey D. (2015). Comprendre les fondamentaux de l’économie. Introduction


approfondie à l’économie. De Boeck

Chevalier J-M. (1994). Introduction à l’analyse économique. Éditions la découverte.

Coriat B. (1976). Science, technique et capital. Le seuil.

Delas J.P. (1991). Economie contemporaine : faits, concepts et théorie. Ellipses.

De Monterial T., Fauchart E. (2009). Introduction à l’économie. Dunod.

Dowidar M.H. (1974). L’économie politique une science sociale. François Maspero.

Flouzat D. (1984). Economie contemporaine (3 tomes). PUF.

Friedman M. (1993). La monnaie et ses pièges. Dunod.

MOUSSAOUI A. Page 98
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Galbraith K. (1996). L’argent. Gallimard.

Galbraith K. (1996). La crise économique de 1929. Payot.

Georgescu-Rogoen R. (1970). La science économique, ses problèmes et ses difficultés. Dunod.

Généreux J. (2014). Introduction à l’économie. Seuil, Coll. Points.

Hicks J. (1989). Monnaie et marché. Économica.

Hicks J. (1973). Une théorie de l’histoire économique. Le seuil.

Jaumotte C. (2015). Les mécanismes de l’économie. De Boeck.

Kahn F. (1984). Monnaie et inflation. Économica.

Keynes J. M. (1971). Essai sur la monnaie. Payot.

Keynes J. M. (1982). Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie. Payot.

Kheladi M. (2014). Introduction à l’économie politique. OPU.

Krugman P., Wells R. (2009). Microéconomie. De Boeck.

Krugman P., Wells R. (2009). Macroéconomie. De Boeck.

Labaronne D. (1998). Economie générale 1re année. Éditions du Seuil, Paris.

Longatte, J., Vanhove. P. (2001). Economie générale. BTS IUT AES Ecoles de commerce.
Dunod.

Longatte J., Vanhove P. (2016). Economie générale en 36 fiches. Dunod, Paris.

Malinvaud E. (1991). Voies de la recherche macroéconomique. Odile Jacob, Paris.

Malinvaud E. (1973). Induction et science économique. Journal de la société statistique de


Paris, tome 114, p 266-278. [Link]

Mankiw G. (2013). Principes de l’économie. De Boeck.

Samuelson P. S. (1982). L’économique 1. Armand Colin.

Samuelson P. S., Nordhaus W., (2000). Economie. Économica.

MOUSSAOUI A. Page 99
Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Sloman J., Wride A. (2013). Principes d’économie. Éditions Pearson.

Stiglitz J. E., Walsh C. E., Lafay J-D. (2007). Principes d’économie moderne. De Boeck,
Bruxelles.

Vaté M. (1999). Leçons d’économie politique. Economica, Paris.

Vuaridel R. (1959). Le rôle du temps et de l’espace dans le comportement économique. Revue


économique, n°6, pp 809-837.

MOUSSAOUI A. Page 100


Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

Table des matières

Introduction générale …………………………………………………………………………..2

Chapitre 1: Objet d’étude et méthode de la science économique


…………………………………………………………………………………….....................5

1. L’objet de la science économique …………………………………………………………..5

1.1. Définitions de l’économie ………………………………………………………………...5

1.1.1. L’économie comme science des richesses ……………………………………………...6

1.1.2. L’économie comme science de l’échange marchand …………………………………...7

1.1.3. L’économie, science des choix efficaces ……………………………………………….8

1.2. Définitions de synthèse …………………………………………………………………...9

1.3. Distinction de l'économie des autres sciences humaines …………………………………10

2. Le raisonnement économique ……………………………………………………………...10

2.1. Arbitrages ………………………………………………………………………………..11

2.2. Incitations ………………………………………………………………………………..12

2.3. Echange ………………………………………………………………………………….13

2.4. Information ………………………………………………………………………………14

2.5. Distribution ……………………………………………………………………………...16

3. Les méthodes de l’économie ………………………………………………………………17

3.1. Hypothèses, lois et modèles en science économique ……………………………………17

3.2. Le mode de raisonnement ……………………………………………………………….18

3.2.1. La méthode déductive …………………………………………………………………18

3.2.2. La méthode inductive ………………………………………………………………….19

3.3. La démarche retenue …………………………………………………………………….19

MOUSSAOUI A. Page 101


Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

3.3.1. La démarche positive ………………………………………………………………….20

3.3.2. La démarche normative ………………………………………………………………..20

3.4. Les différents niveaux d’analyse ………………………………………………………...20

3.4.1. La perspective microéconomique ……………………………………………………..20

3.4.2. L’analyse macroéconomique ……………………………………………………….....22

3.4.3. L’analyse méso économique …………………………………………………………..25

3.4.4. Les fondements microéconomiques de la macroéconomie ……………………………25

3.5. Le rôle du temps dans l’analyse économique …………………………………………...26

3.5.1. L’analyse statique ……………………………………………………………………..26

3.5.2. L’analyse dynamique ………………………………………………………………….26

3.5.3. L’analyse ex ante ……………………………………………………………………...27

3.5.4. L’analyse ex post ……………………………………………………………………...27

4. Les limites de l’analyse économique ……………………………………………………...27

Chapitre 2 : Les problèmes économiques fondamentaux ……………………………………30

1. Les trois problèmes de l’organisation économique ………………………………………..30

1.1. Que produire ? quelles marchandises sont produites et en quelles quantité ?...................30

1.1.1. Notion de besoin ………………………………………………………………………31

1.1.2. Notion de biens ………………………………………………………………………..33

1.1.3. La notion de choix ……………………………………………………………………..36

1.2. Comment produire ? Comment les biens sont-ils produits ? ……………………………36

1.2.1. Les enjeux de la production en situation de rareté ………………………………….....37

1.2.2. La notion de production …………………………………………………………….....38

MOUSSAOUI A. Page 102


Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

1.3. Pour qui produire ? pour qui les biens sont-ils produits ? comment les biens et services
sont-ils répartis ? …………………………………………………………………………….39

1.3.1. La distribution des biens et des services ……………………………………………..39

1.3.2. La répartition du revenu ……………………………………………………………...40

2. Les choix technologiques ouverts à toute société ………………………………………....42

2.1. Moyens de production et produits …………………………………………………….....43

2.1.1. Les ressources naturelles ……………………………………………………..............43

2.1.2. Le travail ……………………………………………………………………..............43

2.1.3. Les ressources en capital ……………………………………………………................44

2.2. Le coût d’opportunité et efficacité ……………………………………………................44

Chapitre 3 : Les interdépendances entre les acteurs et les principales opérations


économiques…………………………………………………………………………………..47

1. Les secteurs institutionnels ………………………………………………………………..47

1.1. La notion d’agent économique ………………………………………………………….47

1.2. Unité institutionnelle et secteur institutionnel …………………………………………..48

2. Les catégories d’agents économiques ……………………………………………………..48

2.1. Les sociétés et quasi- sociétés non financières (SQS) …………………………………..49

2.2. Les institutions financières (SF) ………………………………………………………...49

2.3. Les ménages ……………………………………………………………………………..49

2.4. Les administrations publiques (APU) …………………………………………………...50

2.5. Les administrations privées …………………………………………………...................51

2.6. Les entreprises d’assurance …………………………………………………...................51

2.7. Le reste du monde (RDM) …………………………………………………....................51

3. Les flux économiques regroupés par opérations économiques ………………....................53

3.1. Les opérations sur biens et services ………………..........................................................53

3.2. Les opérations de répartition ……………….....................................................................54

3.3. Les opérations financières ………………….....................................................................55

MOUSSAOUI A. Page 103


Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

4. Les interdépendances et représentation des opérations des agents économiques …………56

4.1. La représentation des opérations par le circuit économique .............................................56

4.2. Les comptes des secteurs institutionnels ….......................................................................58

Chapitre 4 : La monnaie ……………………………………………………………………...59

1. La nature de la monnaie …………………………………………………………………...59

1.1. La monnaie : définitions et fonctions …………………………………………………....60

1.1.1. Les conceptions fonctionnelles ….………………………………………………….....61

1.1.2. L’approche anthropologique …….………………………………………………….....62

1.2. Les formes de la monnaie …..…….…………………………………………………......62

1.2.1. De la monnaie marchandise à la monnaie métallique ………………………………....63

1.2.2. La monnaie papier ……..…….…………………………………………………...........64

1.2.3. La monnaie scripturale ……..…….…………………………………………………....65

1.2.4. La quasi-monnaie et la notion de liquidité ………………………………………….....65

1.2.5. La monnaie électronique ……..…….………………………………………………….66

1.3. La masse monétaire ……..……..…….…………………………………………………..67

1.3.1. Les agrégats monétaires ……..……..…….…………………………………………..68

1.3.2. L’évolution et les transformations ….…….…………………………………………..68

2. Les débats autour du rôle de la monnaie et de la demande d’encaisses …………………...69

2.1. L’approche classique et néo- classique ….…….………………………………………...70

2.1.1. L’analyse classique : de la neutralité de la monnaie à la loi des débouchés …………..70

2.1.2. L’analyse néo-classique ………..….…….……………………………………….........72

2.1.3. La demande de monnaie et l’effet d’encaisse réelle ………………………………......73

2.2. L’encaisse active dans l’analyse keynésienne .………………………………………......75

2.2.1. La préférence pour la liquidité ….…….……………………………………….............75

2.2.2. L’instabilité de la demande de monnaie ……………………………………….............77

2.3. L’analyse de Friedman ………..….…….………………………………………........78

2.3.1. Le revenu permanent………..….…….……………………………………….............78

MOUSSAOUI A. Page 104


Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

2.3.2. La stabilité de la demande chez Friedman ……………………………………...........79

3. L’offre de monnaie …………..….…….………………………………………...................80

3.1. Le processus de création monétaire ….……………………………………….................81

3.1.1. La création monétaire par les banques ….………………………………………..........81

3.1.2. Les autres acteurs dans la création monétaire ……………………………………........82

3.2. Le rôle de la Banque centrale : réguler et contrôler ….………………………………….83

3.2.1. La nécessité d’une Banque centrale ….………………………………………..............83

3.2.2. Les limites de la création monétaire ….………………………………………..............84

Chapitre 5 : La croissance de la production et ses facteurs …………………………..............85

1. La croissance de la production : définitions et mesure …………………………................85

1.1. Définitions de la croissance et du développement …………………………..............85

1.1.1. La croissance de la production à court et à long terme …………………………........85

1.1.2. Le développement et le progrès ….………………………………………..................86

1.2. La mesure de la croissance de la production ……………………………..................87

1.2.1. Les indicateurs de la croissance ….………………………………………..................87

1.2.2. Les irrégularités de la croissance de la production …………………………................91

2. La contribution du facteur travail à la croissance de la production …………….................92

2.1. Les aspects quantitatifs du facteur travail …………………………………….................92

2.1.1. La population active ….………………………………………......................................92

2.1.2. La durée du travail ….………………………………………........................................92

2.1.3. Les causes de l’évolution du volume du travail ……………........................................93

2.2. Les aspects qualitatifs du facteur travail ………………………………...........................94

2.2.1. La qualité du facteur travail ………………………………...........................................94

2.2.2. Les explications de l’évolution de la qualité du facteur travail .....................................94

2.2.3. Les sources d’amélioration de la qualité du facteur travail …........................................95

3. La contribution du facteur capital à la croissance de la production .....................................95

3.1. Le capital, support de progrès technique ……………………...........................................96

MOUSSAOUI A. Page 105


Cours introduction à l’économie, 1ère année LMD

3.1.1. La notion de capital ………………….……………………...........................................96

3.1.2. L’efficacité du capital ………………….…………………….......................................96

3.2. L’investissement, source d’accumulation du capital ………………….………………...96

3.2.1. La notion d’investissement ………………….……………………...............................96

3.2.2. Les différents types d’investissement ……….……………………...............................97

Bibliographie ……………………………….……………………...........................................98

Table des matières ……………………………….…………………….................................101

MOUSSAOUI A. Page 106

Vous aimerez peut-être aussi