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L'étude analyse l'évolution de l'endettement des entreprises françaises sur une période de longue durée, mettant en évidence un désendettement significatif depuis 1985, principalement dû à un renforcement des fonds propres et une réduction des besoins de financement. Comparée à d'autres pays, la France a connu une tendance similaire, à l'exception des États-Unis et de la Belgique, où l'endettement a augmenté. L'analyse se concentre également sur les comportements d'endettement récents et les impacts de la reprise économique entre 1994 et 1995.

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L'étude analyse l'évolution de l'endettement des entreprises françaises sur une période de longue durée, mettant en évidence un désendettement significatif depuis 1985, principalement dû à un renforcement des fonds propres et une réduction des besoins de financement. Comparée à d'autres pays, la France a connu une tendance similaire, à l'exception des États-Unis et de la Belgique, où l'endettement a augmenté. L'analyse se concentre également sur les comportements d'endettement récents et les impacts de la reprise économique entre 1994 et 1995.

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L’ENDETTEMENT

DES ENTREPRISES :
UNE ÉTUDE
SUR LONGUE PÉRIODE
Durant la dernière décennie, le taux d’endettement des
entreprises s’est allégé en France. La présente étude, après un
rappel historique, compare l’évolution de l’endettement des
entreprises françaises avec celle de leurs homologues dans les
principaux pays étrangers. Elle analyse en détail la situation
financière des sociétés françaises sur la période 1989-1995, à
partir du comportement d’entreprises adhérant à la Centrale de
bilans de la Banque de France, et permet de dégager les raisons
et les caractéristiques essentielles de ce désendettement 1.
DOMINIQUE BOISSONADE
ALAIN TOURNIER
Direction des Entreprises
Observatoire des entreprises

■ Un rappel historique, depuis 1975, Outre l’aspect temporel, ce


présente tout d’abord l’évolution de phénomène intègre une composante
l’endettement en France, selon les spatiale puisque l’exploitation de la
chiffres de la comptabilité nationale. base internationale de données des
Il confirme que l’assainissement comptes harmonisés (Bach) met en
financier des entreprises françaises exergue une baisse ou une stabilité
depuis 1985 s’explique essentiel- du taux d’endettement dans
lement par le renforcement des l’ensemble des pays analysés, à
fonds propres et, à partir de 1990, l’exception des États-Unis et, dans
par la diminution de l’endettement une moindre mesure, de la Belgique.
liée au repli des besoins de
financement.

1
Cf. « Endettement des entreprises de 1989 à 1995 » – Banque de France – 96/08 – Dominique Boissonade et
Alain Tournier

BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études » 39


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

■ Sur la période 1989-1993, des besoins en fonds de roulement,


l’évolution de l’endettement est une augmentation des prises de
observée à partir de données participation a été observée sur la
bilantielles. Sont étudiés le ratio période, ainsi qu’un développement
« endettement / capital engagé », des valeurs mobilières de
l’endettement net, mais aussi la placement, qui permettent aux
contrainte de solvabilité qui, malgré firmes une gestion active de leur
le désendettement général des trésorerie.
firmes, s’est dégradée dans la
plupart des secteurs. Par ailleurs, le ■ L’étude de l’évolution récente des
critère de taille constitue un facteur comportements d’endettement des
important puisque les PME firmes montre qu’en 1994 le
demeurent en fin de période plus désendettement des entreprises,
endettées que leurs homologues conjugué au renforcement de leur
plus grandes. financement propre, s’est poursuivi,
L’analyse de l’arbitrage entre les alors que le mouvement de
modes de financement et de désintermédiation bancaire s’est
placement fait apparaître un interrompu et que la contrainte de
autofinancement croissant des solvabilité s’est allégée.
investissements, conjugué, dans les L’évolution des engagements
grandes firmes, à un phénomène de bancaires en 1995 traduit une
désintermédiation bancaire au progression des besoins de
bénéfice d’un financement accru par financement de court terme et un
recours aux marchés et auprès du recul des demandes de crédit de
groupe et des associés. moyen et long terme. Les
Parallèlement à la baisse constatée investissements, en hausse, ont,
des investissements physiques et semble-t-il, continué à être
largement autofinancés.

40 BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études »


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

La structure de financement des entreprises fait régulièrement l’objet de publications :


l’environnement monétaire et financier reste marqué par l’imprévisibilité du comportement des
investisseurs et des mouvements observés sur des marchés qui apparaissent de plus en plus volatiles.
L’intérêt de cette question s’est accru avec la baisse du recours au crédit des entreprises françaises
depuis 1993.
Durant la dernière décennie, le taux d’endettement des entreprises s’est allégé, tant en France que
dans la plupart des principaux pays étrangers. En France, cette évolution a été particulièrement sensible.
Elle est essentiellement liée au renforcement des fonds propres, favorisé au cours de cette même période
par la prise de mesures visant à faciliter l’accès aux marchés financiers et à en réduire le coût. Depuis le
début des années quatre-vingt-dix, elle s’explique également par une diminution des besoins de
financement des entreprises, qui a été à l’origine d’une forte réduction des flux d’endettement.
La présente étude permet, dans une première partie, d’établir un constat sur l’évolution de la
situation financière des entreprises sur longue période, grâce aux données de la comptabilité nationale.
L’endettement des entreprises françaises a également fait l’objet d’une comparaison avec celui de leurs
homologues dans les principaux pays étrangers, au sein même de différents secteurs d’activité, grâce à
la base de données harmonisées (Bach) constituée par la Commission des communautés européennes.
Dans une deuxième partie, l’étude présente l’évolution des structures financières et de la solvabilité
des entreprises sur une période plus récente (de 1989 à 1993), puis analyse les raisons essentielles du
désendettement des entreprises.
Enfin, dans une troisième partie, l’évolution des comportements d’endettement en 1994 et 1995 est
observée, afin d’étudier l’impact sur les firmes françaises de la reprise de l’activité qui a caractérisé la
majeure partie de ces deux années.

1. L’évolution de l’endettement : cadrage historique et spatial

1.1. Le cadrage historique sur l’ensemble de l’économie (1975-1994)


L’endettement auprès des marchés (monétaire et obligataire) et des établissements de crédit
constitue, avec l’autofinancement, le principal mode de financement des sociétés non financières.
Selon les chiffres de la comptabilité nationale, ces canaux de financement ont été sollicités à des
degrés divers depuis 1975. Leur analyse permet de dégager des grandes tendances par période.

BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études » 41


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

ÉVOLUTION DU FLUX D’ENDETTEMENT DEPUIS 1975


en millions de francs

600000

500000

400000

300000

200000

100000

-100000

-200000
75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94

endettem ent total

Source : Comptes de la Nation


Réalisation : Banque de France
Observatoire des entreprises – Tél. : 01 42 92 39 43 Mise à jour le 20 mars 1996

De 1975 à 1982

Au cours de cette période, les besoins de financement des firmes sont principalement couverts par le
recours au crédit bancaire tandis que l’autofinancement demeure faible. Le flux d’endettement auprès
des établissements de crédit double, passant de 84,56 milliards de francs en 1975 à 181,94 milliards en
1982.
En fin de période, l’endettement auprès des banques représente 78 % du financement de
l’investissement physique ou financier des sociétés non financières, le financement auprès des marchés
17 % et le financement auprès des associés 5 %.

De 1983 à 1986

Entre ces deux dates, seul le flux d’endettement auprès des marchés financiers enregistre une
progression à partir de 1985, en raison de la déréglementation qui s’y opère. Il passe ainsi de
34,6 milliards de francs en 1983 à 44,3 milliards en 1986.
Les entreprises profitent de cette période pour restaurer leurs comptes et modèrent fortement leur
endettement auprès des établissements de crédit, qui continue cependant à représenter structurellement
leur mode de financement privilégié.

42 BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études »


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

De 1987 à 1990
Cette période est essentiellement marquée par la levée de l’encadrement du crédit, en 1987, qui
entraîne une augmentation substantielle de l’endettement auprès des banques, de 149,7 milliards de
francs en 1987 à 387,3 milliards. Le recours au système bancaire représente, en fin de période, plus des
trois quarts du financement total des entreprises non financières.
Parallèlement, l’endettement auprès des marchés, en faible augmentation en 1987, connaît de
nouveau une croissance soutenue jusqu’en fin de période.
Seul le financement auprès des associés reste plutôt stable, passant de 23,7 milliards de francs en
1987 à 25,5 milliards.

De 1991 à 1994

Depuis 1991, le recours à l’endettement s’amoindrit, si l’on excepte la composante « associés ».


L’épargne brute dégagée par l’entreprise croît, alors que, dans le même temps, l’investissement
diminue.
À partir de 1993, les entreprises consacrent une partie de leurs ressources internes au
remboursement des prêts contractés auprès des établissements de crédit. Le montant de leur
endettement auprès des banques recule ainsi de 177,7 milliards de francs en 1993 et de 93,4 milliards
en 1994. Il est par ailleurs intéressant d’observer que les entreprises recourent de manière importante
aux actionnaires (près de 260 milliards de francs collectés en 1994), malgré une conjoncture boursière
médiocre dominée par la permanence de taux d’intérêt élevés.

1.2. L’évolution internationale de l’endettement des entreprises de 1985 à 1993


Cette étude a été menée à partir des informations transmises par la base de données Bach (Banque
de comptes harmonisés ou Bank for the Accounts of Companies Harmonized). C’est en 1985 que la
DG II (direction générale des Affaires économiques et financières) de la Commission européenne a
entrepris la constitution de cette banque de données reprenant les comptes agrégés à différents niveaux
sectoriels de plusieurs pays de la Communauté ainsi que du Japon et des États-Unis. Le fichier
informatique, créé à partir de ces informations, a rendu possible l’établissement de séries statistiques
globalisées comparatives. Ces séries rétrospectives couvrant la période 1983-1993 portent sur onze
pays : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, le Portugal (à partir de
1985), le Royaume-Uni (jusqu’en 1990), l’Autriche, les États-Unis et le Japon.
Si les comparaisons des séries en évolution ne posent pas de problèmes majeurs, à la condition de
respecter les limites liées à la définition des différents postes comptables d’un pays à l’autre, les
comparaisons en niveau restent délicates et ne seront donc pas utilisées.
Pour la présente étude, sept pays ont été retenus : Allemagne, France, Japon, Belgique, Espagne,
Italie, États-Unis.
Pour chacun des pays sélectionnés, le ratio d’endettement « endettement (dettes à long terme
+ dettes à court terme, hors dettes commerciales)/ressources financières (endettement + capitaux
propres – capital souscrit non versé) » a été étudié sur la période de référence commune 1985-1993.
Cet indicateur montre que les entreprises des pays concernés ont connu ou bien une stabilisation de
leur taux d’endettement (cas de l’Allemagne, du Japon, de l’Italie) ou bien une baisse (cas de l’Espagne
ou de la France) si l’on prend 1985 comme année de référence (base 100). Seuls, les États-Unis et, dans
une moindre mesure, la Belgique ont enregistré une hausse de ce ratio.

BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études » 43


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

CAPITAUX EMPRUNTÉS/RESSOURCES FINANCIÈRES


Ensemble des secteurs
(industrie, bâtiment et commerce)
base 100 en 1985
130

120

110

100

90

80

70

60
1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993
Allemagne France Japon Belgique Espagne Etats-Unis

Source : Bank for the Accounts of Companies Harmonize


Réalisation : Banque de France
Observatoire des entreprises – Tél. : 01 42 92 39 43 Mise à jour le 20 mars 1996

1.2.2. Le comportement intra-sectoriel par pays


En Allemagne, le secteur du bâtiment demeure le plus endetté sur l’ensemble de la période
référencée, avec un ratio d’endettement évoluant entre 90,5 % et 96,5 %.
L’activité de commerce (commerce de gros et commerce de détail) se situe en position intermédiaire,
le rapport capitaux empruntés/ressources financières s’établissant entre 76,0 % et 90,2 %.
Enfin, l’industrie manufacturière reste, avec un ratio d’endettement situé entre 60,2 % et 62,4 %, le
secteur le moins engagé financièrement. Au sein du secteur secondaire, ce sont les entreprises des biens
d’équipement et des biens de consommation courante qui ont davantage recours au financement
externe.
En France, où les différents secteurs ont connu une amélioration de leur autonomie financière, le
ratio présentait à fin 1993 la plus faible valeur dans l’industrie, la plus forte dans le bâtiment.
Au Japon, le secteur secondaire se démarque par un faible engagement financier (ratio
d’endettement autour de 60 %) comparativement aux autres secteurs d’activité étudiés. Les secteurs du
bâtiment et du commerce connaissent une certaine stabilité du ratio étudié qui oscille dans une
fourchette comprise entre 73 % et 81 %.
En Belgique, la hiérarchie sectorielle reste la même sur la période considérée. L’activité du bâtiment,
avec un ratio d’endettement supérieur de plus de dix points à ceux des autres secteurs analysés,
demeure la plus engagée financièrement.

44 BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études »


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

En Espagne, le commerce de détail reste le moins dépendant des prêteurs, avec un ratio
d’endettement oscillant entre 29,8 % et 34,0 %. Dans les autres activités, on constate sur la période
d’importants écarts d’endettement pouvant atteindre plus de vingt points au sein d’un même secteur. En
fin de période, c’est l’industrie qui apparaît la plus engagée financièrement.
En Italie, on observe le plus faible degré d’endettement (autour de 63 %) dans l’industrie, le plus
fort dans le secteur du bâtiment où le ratio se situe dans la tranche 85 %-90 %. Le commerce de gros et
le commerce de détail maintiennent, en fin de période, une position médiane.
Aux États-Unis, le niveau d’endettement s’est inscrit en hausse dans tous les secteurs entre 1985 et
1993, ce qui place ce pays en situation atypique par rapport aux autres nations étudiées.
Globalement, à l’exception des États-Unis et, dans une moindre mesure, de la Belgique, les données
internationales observées à partir de la base Bach montrent une tendance à la stabilisation ou à la baisse
du ratio d’endettement. L’analyse qui suit va nous permettre de confirmer ce constat pour le cas de la
France.

2. L’évolution de l’endettement des entreprises françaises


sur la période 1989-1993, et les facteurs explicatifs
L’observation des données de l’échantillon Centrale de bilans 1 de la Banque de France permet
d’affiner l’analyse du comportement des entreprises françaises effectuée dans la première partie de
l’étude. La période 1989-1993 est intéressante car elle recouvre trois phases économiques distinctes : de
1989 à mi-1990 une période de croissance encore soutenue, de mi-1990 à 1992 une période de fort
ralentissement de l’activité et enfin une récession en 1993. L’évolution de l’endettement des entreprises
françaises est analysée à partir de chaque concept selon la taille ou le secteur de l’entreprise, puis les
causes de cette évolution sont examinées.

2.1. L’évolution de l’endettement de 1989 à 1993

2.1.1. Le constat

[Link]. L’évolution de l’endettement en structure de bilan

Le ratio « endettement 2/capital engagé 3 » fournit une vision élargie de l’équilibre financier en
termes de structure bilantielle.
La période 1989-1993 a été marquée par une diminution régulière du poids de l’endettement dans le
capital engagé (de 5 points à 7 points selon le secteur). Cette évolution a été observée dans tous les
secteurs de l’industrie, du bâtiment et du commerce. Elle traduit à la fois un désendettement et un
renforcement des fonds propres (cf. 2.2.).

1
La description de l’échantillon est présentée en annexe.
2
Endettement = obligations + emprunts participatifs + autres emprunts + emprunts bancaires + crédits bancaires courants
+ billets de trésorerie + crédit bail
3
Capital engagé
= financement propre (capitaux propres + provisions + amortissements) + groupe et associés + endettement
= valeurs immobilisées + besoins en fonds de roulement d’exploitation + besoins en fonds de roulement hors exploitation
+ disponibilités

BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études » 45


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

ENDETTEMENT/CAPITAL ENGAGÉ
1989 – 1993
en pourcentage
36

32

28

24

20

16
1989 1990 1991 1992 1993

Industrie Bâtiment Com. de gros Com. de détail

Réalisation : Banque de France


Observatoire des entreprises – Tél. : 01 42 92 26 19 Mise à jour le 20 mars 1996

Le poids de l’endettement dans le capital engagé diffère assez sensiblement d’un secteur à l’autre :
ainsi en 1989 il était de 23,4 % dans l’industrie, contre 34,5 % dans le commerce de gros. Si la
hiérarchie entre les secteurs est restée identique au cours des années ultérieures, on observe un
resserrement des écarts. Le commerce de gros, qui reste le secteur le plus endetté, affiche toutefois le
recul le plus net du poids de l’endettement dans le capital engagé (de 34,5 % en 1989 à 27,0 % en
1993). Le commerce de détail présente également une diminution sensible de ce ratio (de 28,4 % et
21,8 % respectivement).

[Link]. L’analyse à partir de l’endettement net

Depuis plusieurs années, avec le développement des marchés financiers et la banalisation des
techniques de gestion de trésorerie, un nombre croissant d’entreprises détiennent un volant de
disponibilités important à l’actif de leur bilan, tout en assumant une dette financière parfois
substantielle.
Dans ce contexte, il est important d’appréhender les conséquences de l’activité de trésorerie, grâce à
un concept d’endettement net (endettement – disponibilités, valeurs mobilières de placement
comprises). L’examen de cet endettement net (rapporté au capital engagé) confirme, et parfois amplifie,
la tendance observée sur l’endettement brut, c’est-à-dire une diminution dans la plupart des grands
secteurs économiques. En effet, au cours de la période sous revue, le poids de l’endettement dans le
capital engagé a reculé, alors que celui des disponibilités est resté stable, ou a légèrement augmenté.
Parallèlement à leur volonté de se désendetter, les entreprises ont continué de développer une activité de
trésorerie qui leur a permis de se procurer des revenus, notamment pour mieux assurer le service de la
dette.

46 BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études »


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

ENDETTEMENT NET/CAPITAL ENGAGÉ


1989 – 1993
en pourcentage
30

25

20

15

10

-5
1989 1990 1991 1992 1993

Industrie Bâtim ent Com. de gros Com . de détail

Réalisation : Banque de France


Observatoire des entreprises – Tél. : 01 42 92 26 19 Mise à jour le 20 mars 1996

Le ratio « endettement net/capital engagé » a diminué de façon régulière de 1989 à 1993 dans
l’industrie et le commerce de gros, parallèlement à une légère augmentation du poids des disponibilités.
La forte progression des disponibilités a permis aux entreprises du bâtiment de se désendetter à
partir de 1991. Globalement, leur montant est devenu supérieur à celui de l’endettement en 1993, mais
cette évolution est essentiellement liée au comportement de quelques grandes sociétés.
Seul le commerce de détail fait apparaître un ratio « endettement net/capital engagé » quasiment
stable, car les disponibilités ont diminué dans les mêmes proportions que l’endettement au cours de la
période considérée. Ainsi, les valeurs mobilières de placement ont enregistré un recul sensible en 1993
(elles représentent 7,7 % du capital engagé, contre 10,3 % en 1992).
Tout au long de la période 1989-1993, le poids de l’endettement net est plus important dans le
commerce de gros et dans l’industrie. Ce ratio est, au contraire, moins élevé dans le commerce de détail
qui bénéficie de disponibilités plus importantes, grâce aux paiements comptant de ses clients, et dans le
bâtiment, grâce au système des avances sur travaux. Ces disponibilités sont en grande partie placées sur
le marché financier. Dans le bâtiment, les valeurs mobilières représentent entre 12 % et 14 % du capital
engagé.
Au vu de cette première analyse, les entreprises ont globalement réduit leur endettement sur la
période. Cette évolution doit être précisée en fonction de la taille de l’unité considérée.

2.1.2. La comparaison par taille


Afin de mieux apprécier l’impact de la taille sur le niveau de l’endettement, trois tranches d’effectifs
ont été observées : les PME de moins de 100 salariés, celles dont les effectifs sont compris entre
100 salariés et 500 salariés et les grandes entreprises (plus de 500 salariés).

BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études » 47


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

En 1993, dans l’industrie, le poids de l’endettement représentait 24,5 % du capital engagé dans les
unités de moins de 100 salariés, 21,6 % dans celles dont les effectifs sont compris entre 100 salariés et
500 salariés, et 15,8 % pour celles de plus de 500 salariés.
Le poids de l’endettement des PME du bâtiment est plus faible que dans les autres secteurs, mais
reste supérieur à celui des grandes entreprises.
Dans le commerce de gros, secteur le plus endetté, la même hiérarchie entre tailles d’entreprises est
observée (le ratio s’élève en 1993 à 28,0 % dans les entreprises de moins de 500 salariés et à 22,5 %
dans les grandes sociétés).
Le commerce de détail présente en 1993 des niveaux d’endettement assez hétérogènes selon la taille.
Dans ce secteur également, les plus grandes firmes sont les moins endettées : cependant les plus petites
entreprises (moins de 100 salariés) ont un ratio endettement/capital engagé inférieur à celles de taille
intermédiaire (de 100 salariés à 500 salariés).
L’observation de l’évolution de 1989 à 1993 permet de constater que le poids de l’endettement dans
le capital engagé s’est allégé quels que soient la taille ou le secteur d’appartenance de l’entreprise.
Toutefois, si l’amélioration de l’autonomie financière a été générale, le niveau d’endettement reste
d’autant plus élevé que la taille de l’entreprise est petite.

2.1.3. La contrainte de solvabilité


L’appréciation de l’endettement en termes de stock n’est pas toujours suffisante pour évaluer le
risque d’une entreprise. La Centrale de bilans utilise conjointement une autre approche qui évalue
l’aptitude à couvrir les frais financiers. Le ratio « charges financières/excédent brut global (EBG) 1
constitue un bon indicateur de la solvabilité à court terme.
Malgré le renforcement des structures de bilans (diminution de l’endettement global dans le poids
du capital engagé), la solvabilité d’une majorité de sociétés s’est dégradée au cours de la période sous
revue. En effet, les frais financiers sont restés relativement élevés, alors que dans le même temps le
ralentissement de l’activité entraînait une diminution conséquente des résultats. La situation est
cependant relativement différente selon les secteurs.
Dans l’industrie, le ratio moyen « frais financiers/excédent brut global » s’est dégradé de façon
sensible, notamment dans les grandes firmes (de 16,2 % en 1989 à 27,9 % en 1993). Il en a été de
même dans le bâtiment, mais de manière moins importante. L’évolution a été différenciée dans le
commerce. Dans le commerce de gros, le ratio, qui était déjà nettement supérieur à celui des autres
secteurs, s’est encore accru jusqu’en 1992, puis a fortement diminué en 1993. Au contraire, les
entreprises du commerce de détail ont bénéficié d’une sensible amélioration de leur solvabilité,
notamment dans les grandes sociétés.
La plupart des secteurs, à l’exception du commerce de détail, ont donc subi une détérioration de leur
contrainte de solvabilité.

1
Excédent brut global = excédent brut d’exploitation après affectations des charges et des produits financiers

48 BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études »


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

2.2. Les causes de cette évolution

2.2.1. Les emplois

[Link]. La baisse des besoins de financement

Le désendettement, qui apparaît à partir de 1991 ou 1992 selon les secteurs, est lié pour une large
part au ralentissement généralisé de l’activité économique et à la baisse des besoins de financement qui
en a résulté. En effet, au cours de la période, les investissements ont fortement diminué et les besoins en
fonds de roulement se sont sensiblement contractés. Ce dernier mouvement a été amplifié par
l’adoption par les entreprises d’un mode de gestion des stocks plus rigoureux.
La baisse des besoins de financement a été générale, quels que soient le secteur et la taille, à
l’exception notable des PME du commerce de détail.

[Link]. L’autofinancement accru des investissements

Entre 1989 et 1993, l’autofinancement des entreprises françaises s’est fortement contracté dans
l’industrie (– 7,7 points, à 13,3 % de la valeur ajoutée en 1993), et, dans une moindre mesure, dans le
bâtiment et le commerce de gros (– 2,4 points, à respectivement 8,0 % et 12,8 % de la valeur ajoutée en
1993).
Seul le secteur du commerce de détail a réussi à accroître régulièrement ses ressources internes,
puisque l’autofinancement y a gagné près de cinq points sur la période, à 19 % de la valeur ajoutée en
1993.
Mais malgré son recul, l’autofinancement a pu couvrir des proportions de plus en plus importantes
de l’ensemble des emplois nets, eux aussi en repli sensible, en raison à la fois de la baisse des
investissements et des besoins en fonds de roulement 1. En fin de période, cette couverture a même été
intégrale pour les grandes entreprises dans tous les secteurs. Il en a été de même dans les PME de
l’industrie, du bâtiment et du commerce de gros.
L’investissement productif a été totalement autofinancé dans l’ensemble des secteurs dès 1991.
Dans les activités de commerce, cette couverture n’a cessé de s’élargir, passant de 126,7 % à 147,1 %
dans le commerce de gros et de 82,2 % à 138,7 % dans le commerce de détail. Ce constat s’applique
quelle que soit la taille des firmes.

2.2.2. Les effets de substitution


Le désendettement des entreprises, tous secteurs confondus, peut s’expliquer en partie par
l’augmentation des apports effectués par les associés, soit sous forme de capital, soit sous forme
d’avances en compte courant.

[Link]. Les apports en capital

L’augmentation des capitaux propres s’effectue notamment par apport de capital social en faisant
appel aux actionnaires ou au marché financier. Ces apports ont été continuellement plus élevés dans les
grandes entreprises que dans les PME, dont l’accès au marché de capitaux demeure plus difficile. En
fait, ces dernières ne peuvent intervenir que sur le marché hors cote et sur le second marché. L’accès à
ce dernier étant soumis à certaines contraintes, seules les plus grosses PME peuvent y emprunter
directement.

1
Emplois nets = investissements productifs + acquisition de participations et variation des autres actifs
immobilisés – cessions et subventions d’investissements reçus + variation des besoins en fonds de roulement
d’exploitation + variation des besoins en fonds de roulement hors exploitation + variation des disponibilités

BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études » 49


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

VARIATION DES APPORTS DE CAPITAL


en pourcentage de la valeur ajoutée

12

10

-2

-4

-6

-8
In d u strie B âtim en t C o m . d e g ro s C o m . de d éta il

1989 1990 19 91 1992 1993

Source et réalisation : Banque de France


Observatoire des entreprises – Tél. : 01 42 92 26 19 Mise à jour le 20 mars 1996

[Link]. Le renforcement du financement auprès du groupe et des associés

Un second effet de substitution semble s’être opéré, les entreprises se finançant davantage grâce aux
prêts du groupe et des associés en fin de période, notamment dans l’industrie et le commerce de détail
où leur montant représentait respectivement 6,9 % et 8,6 % du capital engagé à fin 1993, contre 6,1 %
et 7,2 % en 1989.
Seul le commerce de gros se démarque de ce constat (– 1,4 point, à 5,7 % du capital engagé en fin
de période).
En termes de taille d’entreprises, ce sont là encore les firmes de plus de 500 salariés qui sont les plus
concernées par ce type d’apport, quel que soit leur secteur d’appartenance.

2.3. Le phénomène de désintermédiation bancaire

2.3.1. L’analyse sectorielle du phénomène


Le désengagement vis-à-vis du secteur bancaire a été plus particulièrement important dans
l’industrie où le ratio endettement bancaire/endettement a perdu 6,2 points sur la période, à 69,1 % en
1993, avec une accélération du processus à partir de 1992.
Toutefois, l’analyse par taille dans l’industrie montre que ce désengagement n’a été le fait que des
grandes entreprises, pour lesquelles le ratio a perdu plus de dix points. Tout en limitant leurs
engagements bancaires, notamment à court terme, elles ont pu s’orienter vers d’autres composantes de
l’endettement (obligations, avances conditionnées, billets de trésorerie …) dont la part dans le capital
engagé a progressé.

50 BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études »


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

Le niveau du ratio est demeuré beaucoup plus élevé et relativement stable dans les PME (89,1 % en
1989, 88,9 % en 1993), pour lesquelles les concours bancaires restent la principale source de
financement.
Le secteur du bâtiment a suivi la même tendance que l’industrie, le ratio endettement
bancaire/endettement reculant de 5,9 points entre 1989 et 1993, pour se situer à 81,2 % en fin de
période. Là encore, les grandes firmes ont réussi à réduire sensiblement leur recours au secteur bancaire,
le ratio revenant de 78,4 % en 1989 à 59,1 % en 1993. Les PME sont, en revanche, restées fortement
engagées vis-à-vis des banques, le taux d’intermédiation bancaire atteignant 92 % en fin de période.
De son côté, le secteur du commerce a continué de recourir fortement aux banques pour couvrir ses
besoins de financement.
Dans le commerce de gros, le niveau très élevé du ratio endettement bancaire/endettement s’est
maintenu sur la période. À 94,2 % en 1989, il n’a perdu qu’un point en 1993, pour s’inscrire à 93,3 %.
Les engagements bancaires des grandes entreprises ont été moins importants que ceux de leurs
homologues de petite taille, le ratio d’intermédiation bancaire s’élevant à 84,4 % en 1993, contre
95,4 % pour les PME.
Le commerce de détail demeure le seul domaine d’activité, parmi les quatre grands secteurs étudiés,
à avoir davantage recouru aux concours bancaires entre 1989 et 1993. Le ratio endettement
bancaire/endettement a connu une croissance de plus de dix points, à 91,7 % en fin de période,
croissance due principalement aux grandes unités.

2.3.2. Les causes du moindre recours à l’intermédiation bancaire


Le repli de l’intermédiation bancaire sur la période 1990-1993 est lié, pour une part, à la baisse des
besoins de financement des entreprises (cf. supra) qui a entraîné un recul de l’appel aux ressources à
court terme.
Ce recul a été d’autant plus prononcé que, entre 1986 et 1989, les ressources mises à disposition des
entreprises par le secteur bancaire avaient été particulièrement importantes, après la levée de
l’encadrement du crédit. En 1988 et 1989, les flux nets de crédits bancaires aux sociétés ont ainsi été
nettement supérieurs aux besoins de financement des entreprises. Le début des années quatre-vingt-dix,
marqué notamment par une dégradation progressive de la conjoncture, a freiné ce mouvement.
La tendance à la désintermédiation trouve également son origine dans le comportement spécifique
des grandes entreprises qui ont continué d’utiliser de plus en plus largement les ressources procurées
directement par les marchés, en bénéficiant notamment de la déréglementation qui s’y est opérée dès
1987. Cette déréglementation a contribué à accroître la variabilité des taux d’intérêt. De plus, le
maintien à un niveau élevé du taux du marché monétaire entre 1989 et 1994 s’est accompagné d’une
inversion durable de la courbe des taux d’intérêt. Variabilité croissante et inversion de la courbe des
taux sont susceptibles d’avoir favorisé l’apparition d’effets de substitution dans la structure
d’endettement des grandes sociétés.
Le mouvement de désintermédiation peut être aussi partiellement lié à la position des banques
françaises qui, en raison notamment des contraintes de rentabilité, ont recherché des marges plus
élevées pour certaines catégories d’opérations tout en renforçant leurs méthodes d’analyse pour essayer
de se prémunir du risque de défaillance par la recherche de garanties maximales. Une partie de la
population des entreprises aurait ainsi été écartée de l’offre de crédit 1. Néanmoins, le ralentissement de
cette dernière ne s’apparente pas à un « credit crunch » 2, surtout dans le contexte du système bancaire
1
Cf. étude de Bernard Paranque, à paraître dans un prochain numéro du Bulletin de la Banque de France
2
La notion anglo-saxonne de « credit crunch » se rapporte à une contraction brutale de la distribution de crédit, qui se
produit en cas d'incapacité des établissements financiers à collecter des dépôts ou à lever des capitaux sur les marchés à
un coût compatible avec le rendement des crédits (cf. Bank of England – 1991 – Is there a « credit crunch » ?, Bank of
England Quarterly Bulletin (May 1991).

BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études » 51


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

français où les activités de substitution au crédit sont limitées (les activités de service, bien qu’en
augmentation, ne génèrent que 25 % environ du produit net bancaire).
Au total, il semble que le ralentissement du crédit aux entreprises résulte davantage d’un tassement
de la demande émanant des sociétés que d’un resserrement de l’offre de crédit.

3. Les années 1994 et 1995

3.1. Un nouveau renforcement des fonds propres et


une poursuite du désendettement en 1994
L’environnement économique a permis en 1994 une reprise de l’activité, mais sans développement
de l’endettement. En effet, l’ensemble des encours de crédits aux sociétés, après un repli de 5,3 % en
1993, a de nouveau reculé de 2,1 % 1.
À cet égard, l’analyse ci-après des chiffres de l’échantillon Centrale de bilans sur l’année 1994
permet de vérifier que les principales évolutions constatées sur la période précédente se sont
confirmées, notamment en ce qui concerne le désendettement, le phénomène de désintermédiation et la
contrainte de solvabilité.
Le poids de l’endettement dans le capital engagé s’est encore allégé dans tous les secteurs. Ainsi,
dans l’industrie, il est passé de 18,1 % en 1993 à 16,7 %.

ENDETTEMENT/CAPITAL ENGAGÉ
1993 – 1994
en pourcentage

30

25

20

15

10

0
In d u s trie B â tim e n t C o m . d e g ro s C o m . d e d é ta il

1993 1994

Source et réalisation : Banque de France


Observatoire des entreprises – Tél. : 01 42 92 26 19 Mise à jour le 20 mars 1996

1
Sources : Statistiques monétaires de la Banque de France

52 BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études »


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

À l’instar de la période précédente, les entreprises ont continué en effet d’accroître leurs capitaux
propres à un rythme soutenu (+ 3,5 points de valeur ajoutée dans l’industrie).
Dans le même temps, l’encours de l’endettement a de nouveau reculé dans tous les secteurs (– 1,9 %
de la valeur ajoutée dans l’industrie, – 1,4 % dans le bâtiment, – 7,7 % dans le commerce de gros et
– 1,0 % dans le commerce de détail).
Outre la progression des fonds propres, ce moindre recours aux financements externes reflète des
besoins toujours limités, malgré la reprise de l’activité. Dans l’industrie, les besoins en fonds de
roulement et les investissements ont à nouveau reculé à un rythme, il est vrai, moins rapide qu’en 1993.
Dans le commerce de gros, ces besoins ont également fléchi. Seul, le commerce de détail a maintenu
son effort d’investissement, mais ses besoins en fonds de roulement ont sensiblement diminué.
Dans tous les secteurs, le montant de l’autofinancement de l’exercice 1994 a, de nouveau, été
suffisant pour couvrir les emplois nets.
La poursuite de la baisse de l’endettement des entreprises semble toujours s’expliquer par les mêmes
facteurs.

3.1.1. L’arrêt du mouvement de désintermédiation


En 1994, la part des emprunts bancaires au sein de l’endettement a cessé de diminuer dans la
plupart des secteurs.
Pour l’industrie et le commerce de gros, le poids des emprunts bancaires dans l’endettement s’est
très légèrement accru en 1994 par rapport à 1993. Dans le bâtiment, il est resté stable. Seul le commerce
de détail a enregistré un désengagement vis-à-vis des banques.
Dans l’industrie, l’observation du détail des flux financiers montre que la part de la valeur ajoutée
consacrée au remboursement des emprunts est moins importante qu’en 1993 (6,3 %, contre 7,1 %),
mais reste supérieure à celle de 1989 (5,7 %). Les souscriptions de nouveaux emprunts sont demeurées
faibles et ne représentent que 4,3 % de la valeur ajoutée, au lieu de 7,4 % en 1990. Cette évolution
traduit la prudence des chefs d’entreprise en matière d’investissement et d’engagement à long terme. Au
contraire, les crédits bancaires courants ont légèrement augmenté en 1994, après trois années
consécutives de baisse.
L’évolution des flux bancaires à moyen et long terme, quoique légèrement moins marquée, a été
similaire dans le bâtiment où les concours bancaires de court terme sont restés stables.
Le mouvement semble s’être inversé dans le commerce de gros par rapport à celui observé entre
1990 et 1993, puisque le montant des nouveaux prêts s’est légèrement accru, alors que celui des
remboursements a légèrement reculé, traduisant une reprise de l’endettement à terme. Les crédits
bancaires courants ont, par contre, été nettement moins utilisés.
À l’inverse, les grandes sociétés du commerce de détail, après avoir augmenté la part du crédit
bancaire dans leur endettement au cours de la période précédente, l’ont, au contraire, diminué en 1994.
Au total, le mouvement de désintermédiation observé entre 1989 et 1993, sensible surtout pour les
grandes sociétés, a marqué le pas en 1994.

3.1.2. L’allégement de la contrainte de solvabilité


Contrairement à la période précédente, les entreprises ont réussi à améliorer leur situation en termes
de solvabilité. Cette évolution favorable a été très marquée dans l’industrie et, notamment, dans les plus
grandes firmes, où la contrainte de solvabilité s’était beaucoup accentuée (ainsi, dans ces dernières, le
poids des frais financiers, qui représentait 29,0 % de l’excédent brut global en 1993, ne représente plus
que 18,2 % en 1994).

BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études » 53


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

Dans le bâtiment, la légère amélioration globale masque une divergence selon la taille des
entreprises ; en effet, les PME ont subi une légère détérioration du ratio, alors que les plus grandes ont
connu une amélioration (de 26,5 % en 1993 à 20,6 % en 1994). Néanmoins, les PME de ce secteur
présentent une contrainte de solvabilité moins forte (17,3 % en 1994) que celle des grandes sociétés.
L’amélioration de la solvabilité a été sensible dans le commerce de gros. Elle est revenue de 31,5 %
en 1993 à 23,0 % en 1994.
Dans le commerce de détail, secteur où les frais financiers pèsent le moins lourdement dans
l’excédent brut global, cette contrainte s’est encore allégée en 1994.
Plusieurs facteurs ont contribué à l’amélioration du ratio charges financières/excédent brut global.
– Les encours de dettes ont baissé à partir de 1991.
– Le coût du crédit aux entreprises a commencé à diminuer sensiblement en fin d’année 1993. Ainsi,
le taux moyen des crédits à moyen et long terme est passé de 11,0 % au premier trimestre 1993 à 8,93 %
au dernier trimestre 1993. Il est descendu en dessous de 8 % à partir du deuxième trimestre 1994.
– Les résultats se sont améliorés en 1994. La variation de l’excédent brut global a été positive dans la
plupart des secteurs. Dans l’industrie, il s’est accru de 13,6 % en 1994, après trois années de baisse
consécutive. Son évolution a été moindre dans le commerce de gros et le commerce de détail. Elle est
restée négative dans le bâtiment.

3.2. Une légère hausse des engagements bancaires en 1995


Malgré le fort ralentissement de l’activité survenu à partir du second semestre, le chiffre d’affaires
des entreprises non financières est resté soutenu en 1995. Dans ce contexte, si les crédits à moyen et
long terme ont de nouveau légèrement reculé (– 1,6 %), les crédits de trésorerie ont connu un net rebond
(+ 4,5 %) 1. Les données issues de la centralisation des risques bancaires à fin 1995 montrent que les
crédits bancaires aux entreprises ont augmenté par rapport à 1994 dans tous les secteurs et que les
crédits à long et moyen terme ont progressé dans chaque activité, à l’exception du bâtiment.

1
Source : Banque de France – Service central des Risques

54 BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études »


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

VARIATION DES ENGAGEMENTS BANCAIRES


1994 – 1995
en pourcentage

10

-5

-10

-15
In d u strie B âtim en t C o m . d e g ro s C o m . d e d éta il

co u rt term e m o yen & lo n g term e créd it b ail to tal


Source : Banque de France
Service central des Risques
Réalisation : Banque de France
Observatoire des entreprises – Tél. : 01 42 92 26 19 Mise à jour le 20 mars 1996

L’étude annuelle de l’Observatoire des entreprises réalisée sur les sociétés industrielles 1 permet de
compléter et d’expliquer ces variations de l’endettement.
Contrairement à 1994, la croissance de l’activité en 1995 s’est accompagnée d’une progression des
investissements (+ 5 %, contre – 4 % en 1994). Le recul des demandes de crédit à moyen et long terme
des entreprises industrielles semble indiquer que les chefs d’entreprise ont continué de privilégier
l’autofinancement par rapport aux ressources externes pour leurs investissements.
La hausse des crédits bancaires courants semble, notamment dans les petites et moyennes
entreprises, être liée au gonflement des besoins en fonds de roulement. Elle peut être due également au
léger resserrement de trésorerie observé en fin d’année.
Malgré cette petite progression de l’endettement, les entreprises industrielles françaises ont continué
à renforcer leur autonomie financière.

La période 1985-1995 a été marquée par une diminution régulière du poids de l’endettement dans le
total des capitaux engagés, recul qui traduit tout à la fois la poursuite du renforcement des fonds propres
et un désendettement à partir de 1991.
Cet assainissement financier des entreprises devrait leur permettre, dans l’hypothèse d’une poursuite
des investissements, d’obtenir dans de bonnes conditions des financements externes.

1
Cf. La situation du système productif en 1995 – Banque de France – septembre 1996

BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études » 55


L’ENDETTEMENT DES ENTREPRISES

MÉTHODOLOGIE

La deuxième partie de cette étude a été réalisée à partir d’échantillons 1 constitués d’entreprises
toutes soumises à l’impôt sur les sociétés et ayant remis les documents comptables de deux exercices
consécutifs. Le champ couvert comprend l’industrie (y compris l’industrie agro-alimentaire mais hors
énergie), le bâtiment, le commerce de gros et le commerce de détail.

ÉCHANTILLONS CENTRALE DE BILANS


(constants sur deux années)
Secteur Taille 1989-1990 1990-1991 1991-1992 1992-1993 1993-1994
Industrie PME (a) 10 703 11 325 11 618 11 467 9 616
GE (a) 687 685 703 674 527
Total 11 390 12 010 12 321 12 141 10 143
Bâtiment PME 2 412 2 567 2 727 2 734 2 207
GE 41 42 38 33 24
Total 2 453 2 609 2 765 2 767 2 231
Commerce de gros PME 5 270 5 403 5 589 5 462 4 332
GE 69 63 61 33 43
Total 5 339 5 466 5 650 5 495 4 375
Commerce de détail PME 1 483 1 530 1 576 1 566 1 229
GE 63 62 60 60 31
Total 1 546 1 592 1 636 1 626 1 260
Ensemble des secteurs PME 19 868 20 825 21 510 21 229 17 384
GE 860 852 862 800 625
Total 20 728 21 677 22 372 22 029 18 009

(a) PME : effectifs ≤ 500


GE : effectifs > 500
Source et réalisation : Banque de France
Observatoire des entreprises – Tél. : 01 42 92 26 19 Mise à jour le 20 mars 1996

Les chiffres ont été calculés sur échantillon glissant (constants sur deux ans), afin de permettre
l’analyse de l’évolution d’une année à l’autre. De ce fait, un ratio présente pour une même année deux
valeurs qui peuvent être différentes en raison de l’évolution des échantillons. Les graphiques présentés
et commentés dans l’étude ne font apparaître toutefois qu’une de ces valeurs afin d’en faciliter la
lecture. Il a été vérifié que cette simplification ne modifie pas le commentaire effectué sur le niveau et
l’évolution des divers ratios analysés.
Le ratio moyen est utilisé car il donne le niveau global sur la population étudiée et présente
l’avantage de permettre des décompositions. Mais, obtenu par l’agrégation de données individuelles, il
est fortement influencé par ceux des grandes entreprises. Pour cette raison, une distinction par taille
d’entreprises (en classes d’effectifs) a été opérée.

1
Les échantillons constants sur deux années consécutives seulement permettent d’obtenir un nombre de données
nettement plus important que celui obtenu à partir d’un échantillon constant sur six ans de 1989 à 1994. Ils permettent
d'améliorer le taux de couverture et l’image du comportement des entreprises. Toutefois, les comparaisons inter-annuelles
sont plus difficiles car des différences peuvent apparaître dans la valeur de certains ratios : en effet, les entrées et les
sorties d’entreprises peuvent modifier la structure des échantillons.

56 BULLETIN DE LA BANQUE DE FRANCE – 4e trimestre 1996 – Supplément « Études »

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