Master 2
Master 2
Nils Berglund
Janvier 2005
1 Le mouvement Brownien
Les équations différentielles stochastiques servent de modèle mathématique à des systèmes
faisant intervenir deux types de forces, l’une déterministe et l’autre aléatoire. Par exemple,
le mouvement d’une particule mésoscopique dans un fluide ou un gaz peut être décrit par
une équation de la forme
mẍ = Fext + Fstoch . (1.1)
Ici Fext décrit une force extérieure déterministe, par exemple la gravité ou une force
électromagnétique. Fstoch décrit l’effet des collisions erratiques des molécules du fluide
avec la particule mésoscopique. Le mouvement des molécules n’étant pas connu en détail,
nous voulons modéliser le second terme par une force aléatoire, ou un bruit.
La manière de modéliser le bruit dépend évidemment de la nature du fluide et des
échelles de temps et de longueur en jeu. La situation la plus simple apparaı̂t lorsque
le temps de décorrélation des molécules est négligeable par rapport à l’échelle de temps
caractéristique de la particule, on parle alors de bruit blanc. Celui-ci est modélisé mathéma-
tiquement par le mouvement Brownien, ou processus de Wiener, qui peut lui-même être
vu comme la limite du continu d’une marche aléatoire.
Rappelons ici quelques notions de théorie des probabilités. Notre processus stochastique
vit dans un espace probabilisé (Ω, F, P). L’univers Ω peut être identifié à {−1, 1}N , avec,
pour une réalisation ω ∈ Ω,
n
X
Sn (ω) = ωi , n > 0. (1.4)
i=1
1
La σ-algèbre F décrit l’ensemble des événements, et contient en particulier les événements
qui ont probabilité 2−n . La filtration canonique de F est la suite croissante de σ-algèbres
[
F0 ⊂ F1 ⊂ F2 ⊂ · · · ⊂ F = Fn , (1.6)
n>0
avec
F0 = {Ω, ∅}
F1 = {Ω, ∅, A1 , A−1 }
F2 = {Ω, ∅, A1 , A−1 , A1,1 , A1,−1 , A−1,1 , A−1,−1 }
...
n
[
Fn = {Ω, ∅} ∪ {Ax : x ∈ {−1, +1}m },
m=1
... (1.7)
où A est la plus petite tribu contenant l’ensemble A. C’est-à-dire que Fn contient tous les
événements qui ne dépendent que de l’histoire du processus jusqu’au temps n.
Notons quelques propriétés élémentaires de la marche aléatoire. Tout d’abord, les Xi
étant i.i.d., nous avons
D
Sn − Sm = Sn−m , ∀n > m > 0 (1.8)
D
où le symbole = désigne l’égalité en distribution.
Ensuite, comme l’espérance et la variance des Xi valent respectivement E{Xi } = 0 et
Var{Xi } = E{Xi2 } − E{Xi }2 = 1, nous avons
n
X
E{Sn } = E{Xi } = 0 (1.9)
i=1
Xn
Var{Sn } = Var{Xi } = n, (1.10)
i=1
la deuxième relation étant une conséquence de l’indépendance des Xi . Enfin, il est facile
d’établir que la loi de Sn est binômiale:
1
n!
n−k si k ∈ {−n, −n + 2, . . . , n},
2 n n+k
P{Sn = k} = 2 ! 2 ! (1.11)
0 sinon.
Précisons toutefois que loi (1.11) ne contient pas à elle seule toute l’information sur le
processus stochastique. En effet, si pour tout n fixé l’application
ω 7→ Sn (ω) (1.12)
est une variable aléatoire entièrement décrite par la loi (1.11), on peut également s’inté-
resser aux propriétés des trajectoires (sample paths)
n 7→ Sn (ω). (1.13)
2
Un exemple d’événement dépendant de toute la trajectoire est
n o
sup Si > L , (1.14)
06i6n
c’est-à-dire que la marche aléatoire a atteint le niveau L au moins une fois pendant les
n premiers pas. L’analogue en temps continu de cet événement jouera un rôle important
dans la suite.
3
Remarque 1.1. Les propriétés (1.17), (1.19) et (1.20) restent vraies pour des Xi i.i.d.
quelconques, pourvu qu’ils aient espérance 0 et variance 1.
Lemme 1.3 (Borel–Cantelli). Pour une suite d’événements {An }n>0 (pas nécessai-
rement disjoints),
X nX o
P{An } < ∞ ⇒ P 1{An } = ∞ = 0, (1.22)
n>0 n>0
c’est-à-dire que la probabilité qu’une infinité des événements {An }n>0 soient réalisés à la
fois est nulle.
Théorème 1.4. Il existe un processus stochastique {Bt }t>0 satisfaisant la définition 1.2,
et dont les trajectoires t 7→ Bt (ω) sont continues.
Preuve:
1. Nous allons d’abord construire {Bt }06t61 à partir d’une collection de variables aléa-
toires gaussiennes indépendantes V1 , V1/2 , V1/4 , V3/4 , V1/8 , . . . , toutes d’espérance nulle,
et avec V1 et V1/2 de variance 1 et Vk2−n de variance 2−(n−1) (k < 2n impair).
Montrons d’abord que si Xs et Xt sont deux variables aléatoires telles que Xt − Xs
soit Gaussienne centrée de variance t − s, alors il existe une variable aléatoire X(t+s)/2
telle que les variables Xt − X(t+s)/2 et X(t+s)/2 − Xs soient i.i.d. de loi N (0, (t − s)/2).
Si U = Xt − Xs et V est indépendante de U , de même distribution, il suffit de définir
X(t+s)/2 par
U +V
Xt − X(t+s)/2 =
2
U −V
X(t+s)/2 − Xs = . (1.23)
2
En effet, il est aisé de vérifier que ces variables ont la distribution souhaitée, et qu’elles
sont indépendantes, puisque E{(U + V )(U − V )} = E{U 2 } − E{V 2 } = 0.
Posons alors X0 = 0, X1 = V1 , et construisons X1/2 à l’aide de la procédure ci-dessus,
avec V = V1/2 . Puis nous construisons X1/4 à l’aide de X0 , X1/2 et V1/4 , et ainsi de
suite, pour obtenir une familles de variables {Xt }t=k2−n ,n>1,k<2n telles que pour t > s,
Xt − Xs soit indépendante de Xs et de loi N (0, t − s).
4
(n)
2. Pour n > 0, soit {Bt }06t61 le processus stochastique à trajectoires linéaires par
(n)
morceaux sur les intervalles [k2−n , (k + 1)2−n ], k < 2n , et tel que Bk2−n = Xk2−n .
Nous voulons montrer que la suite des B (n) (ω) converge uniformément sur [0, 1] pour
toute réalisation ω des Vi . Il nous faut donc estimer
(n+1) (n)
∆(n) (ω) = sup Bt (ω) − Bt (ω)
06t61
(n+1) (n)
= max max Bt (ω) − Bt (ω)
06k62n−1 k2−n 6t6(k+1)2−n
1
= max X(2k+1)2−(n+1) (ω) − Xk2−n (ω) + X(k+1)2−n (ω) . (1.24)
06k62n−1 2
Le terme en valeur absolue vaut V(2k+1)2−(n+1) par construction, c.f. (1.23), qui est
gaussienne de variance 2−n . Il suit que
√ n √ o
P ∆(n) > n2−n = P
max V(2k+1)2−(n+1) > 2 n2−n
06k62n−1
Z ∞
2 −n dx
62·2 n
√ e−x /2·2 √
−n 2π2−n
Z2 ∞n2
2 dx
= 2 · 2n √ e−y /2 √ 6 const 2n e−2n , (1.25)
2 n 2π
et donc X √ X
P ∆(n) > n2−n 6 const (2 e−2 )n < ∞. (1.26)
n>0 n>0
(n)
La suite des {Bt }06t61 est donc une suite de Cauchy pour la norme sup avec prob-
abilité 1, et alors elle converge uniformément. Nous posons pour t ∈ [0, 1]
(
(n)
limn→∞ Bt si la suite converge uniformément
Bt0 = (1.28)
0 sinon (avec probabilité 0).
5
1.3 Propriétés élémentaires du processus de Wiener
Les propriétés suivantes sont des conséquences directes de la définition 1.2 et nous les
donnons sans démonstration détaillée.
1. Propriété de Markov: Pour tout ensemble de Borel A ∈ R ,
Z
P Bt+s ∈ A Bt = x = p(y, t + s|x, t) dy, (1.30)
A
2. Propriété différentielle: Pour tout t > 0, {Bt+s −Bt }s>0 est un mouvement Brown-
ien standard, indépendant de {Bu }u<t .
3. Propriété d’échelle: Pour tout c > 0, {cBt/c2 }s>0 est un mouvement Brownien
standard.
4. Symétrie: {−Bt }t>0 est un mouvement Brownien standard.
5. Processus Gaussien: Le processus de Wiener est Gaussien de moyenne nulle (c’est-
à-dire que ses distributions jointes finies sont normales centrées), et il est caractérisé
par sa covariance
Cov{Bt , Bs } ≡ E{Bt Bs } = s ∧ t (1.33)
(s ∧ t désigne le minimum de s et t).
En fait, un processus Gaussien centré, dont la covariance satisfait (1.33) est un pro-
cessus de Wiener standard.
6. Renversement du temps: Le processus {Xt }t>0 défini par
(
0 si t = 0
Xt = (1.35)
tB1/t si t > 0
6
1.4 Temps d’arrêt et principe de réflexion
La propriété différentielle du processus de Wiener reste vraie si le temps déterministe t est
remplacé par un certain type de temps aléatoire, appelé un temps d’arrêt.
Définition 1.5. Soit Ft la plus petite σ-algèbre engendrée par les événements du type
{a 6 Bs < b}s6t,a<b (on dit que {Ft }t>0 est la filtration engendrée par le processus de
Wiener). La variable aléatoire τ ∈ [0, ∞] est un temps d’arrêt si l’événement {τ < t}
appartient à Ft pour tout t > 0.
Intuitivement, Ft contient tous les événements ne dépendant que de l’histoire du pro-
cessus jusqu’au temps t. τ est un temps d’arrêt si la connaissance de l’histoire jusqu’au
temps t suffit à déterminer si τ < t. Ainsi, par exemple, un temps de premier passage
τ = sup{s 6 1 : Bs = 1} (1.37)
Le résultat suivant, très utile pour des estimations de temps de premier passage, suit
immédiatement du théorème ci-dessus, de la propriété des incréments indépendants et de
la propriété de symétrie.
Corollaire 1.7 (Principe de réflexion). Pour L > 0 et τ = inf{t > 0 : Bt = L}, le
processus (
? Bt si t 6 τ
Bt = (1.38)
2L − Bt si t > τ
est un mouvement Brownien.
Nous donnerons une application classique du principe de réflexion.
Corollaire 1.8. Pour tout L > 0,
n o
P sup Bs > L = 2P{Bt > L}. (1.39)
06s6t
Preuve: Si τ = inf{t > 0 : Bt = L}, alors {sup06s6t Bs > L} = {τ 6 t}. Les trajectoires
du mouvement Brownien étant continues, Bt > L implique τ 6 t. Ainsi,
7
1.5 Martingales et inégalité de Doob
L’inégalité de Doob permet d’obtenir d’autres estimations sur le maximum de certains
processus stochastiques, qui seront utiles dans la discussion des intégrales stochastiques.
Dans ce qui suit, {Fs }s>0 désignera toujours la filtration engendrée par un processus de
Wiener.
Définition 1.9. Supposons que Fs ⊂ Ft , et soit X une variable aléatoire intégrable,
mesurable par rapport à Ft (c’est-à-dire que la préimage de tout ensemble mesurable dans
l’image de X appartient à Ft ). On appelle espérance conditionnelle E{X|Fs } la variable
aléatoire mesurable par rapport à Fs satisfaisant
Preuve: Soit 0 = t0 < t1 < · · · < tn = t une partition de l’intervalle [0, t] et soit
τ = inf{tk > 0 : Mtk > L}. Le processus M + = M ∨ 0 étant aussi une sous-martingale, on
a
Xn
E 1{τ =tk } Mt+
=
k=1
Xn
E 1{τ =tk } E{Mt+ |Ftk }
=
k=1
n
X
E 1{τ =tk } Mt+k
>
k=1
Xn
=L P{τ = tk }. (1.44)
k=1
8
Comme par ailleurs
n o n
X
P sup Mtk > L = P{τ 6 t} = P{τ = tk }, (1.45)
k k=1
il suit que n o 1
P sup Mtk > L 6 E{Mt+ } (1.46)
k L
En prenant des partitions plus fines, le membre de gauche croı̂t, alors que le membre de
droite ne change pas. Le résultat s’obtient en faisant tendre la partition vers un sous-
ensemble dense de [0, t].
Cette inégalité nous sera utile pour démontrer la continuité des intégrales stochastiques
dans la section suivante. Ici nous nous contenterons de mentionner, sans démonstration,
deux conséquences de (1.50): La loi du logarithme itéré
n Bt o
P lim sup p = 1 = 1, (1.51)
t→0 2t log|log t|
et le module de Lévy
n |Bt+δ − Bt | o
P lim sup p = 1 = 1. (1.52)
δ→0 2δ|log δ|
9
2 Intégrales stochastiques
Le but de l’intégrale stochastique est de donner un sens à des équations de la forme
dX dBt
= f (X) + g(X) . (2.1)
dt dt
Par exemple, si f ≡ 0 et g ≡ 1, on devrait retrouver Xt = X0 +Bt , décrivant le mouvement
suramorti d’une particule Brownienne.
Le problème est que, comme nous l’avons mentionné, les trajectoires du processus de
Wiener ne sont pas différentiables, ni même à variations bornées.
Comme dans le cas des équations différentielles ordinaires, on interprête une solution
de l’équation différentielle (2.1) comme une solution de l’équation intégrale
Z t Z t
Xt = X0 + f (Xs ) ds + g(Xs ) dBs . (2.2)
0 0
simultanément pour tous les t ∈ [0, T ], où Xt est lui-même un processus stochastique. Plus
précisément, nous supposerons que Xt est une fonctionnelle Brownienne non-anticipative,
c’est-à-dire ({Ft }t>0 désignant la filtration canonique engendrée par {Bt }t>0 )
1. X est mesurable par rapport à F;
2. Xt est mesurable par rapport à Ft pour tout t ∈ [0, T ].
Ceci revient à exiger que Xt ne dépende que de l’histoire du processus de Wiener jusqu’au
temps t, ce qui est raisonnable au vu de (2.2). En outre, nous allons supposer que
Z T
2
P Xt dt < ∞ = 1. (2.4)
0
10
Pour une telle fonctionnelle, nous définissons l’intégrale stochastique par
Z t m
X
es dBs = etk−1 Btk − Btk−1 + etm Bt − Btm , (2.6)
0 k=1
Nous avons utilisé la propriété des incréments indépendants afin d’éliminer les termes
k 6= l de la double somme, et le fait que es est nonanticipative.
L’isométrie (2.9) nous permet alors d’affirmer que la limite suivante existe dans L2 (P):
Z t Z t
lim e(n)
s dBs =: Xs dBs . (2.12)
n→∞ 0 0
11
Lemme 2.3. Pour toute fonctionnelle non-anticipative X satisfaisant (2.4), il existe une
suite {e(n) }n>1 de fonctionnelles simples telles que
Z T
(n) 2 −n
P Xt − et dt 62 , n → ∞ = 1. (2.13)
0
RT (m,k) 2
Faisant tendre d’abord m, puis k vers l’infini, on s’aperçoit que 0 (Xt − et ) dt → 0.
On peut donc trouver des suites mn et kn telles que e(n) = e(mn ,kn ) satisfasse
Z T
(n) 2 −n
P (Xt − et ) dt > 2 6 2−n . (2.15)
0
Lemme 2.4. Pour une suite {f (n) }n>1 de fonctionnelles nonanticipatives simples satis-
R T (n)
faisant P{ 0 (ft )2 dt 6 2−n , n → ∞} = 1 et tout θ > 1,
r
Z t
log n
P sup fs(n) dBs <θ , n → ∞ = 1. (2.16)
06t6T 0 2n−1
est une martingale par rapport à {Bt }t>0 . En effet, nous avons démontré cette propriété
pour f (n) ≡ 1 dans la proposition 1.12. La même démonstration montre que si f (n) ≡ c
où c est une variable aléatoire mesurable par rapport à Fs , alors E{Mt |Fs } = Ms . Le cas
d’un f (n) simple arbitraire est alors traité par récurrence.
L’inégalité de Doob implique
Z t
γ t (n) 2
Z
P sup (n)
fs dBs − (fs ) ds > L 6 e−γL . (2.18)
06t6T 0 2 0
p p
Posons alors γ = 2n+1 log n et L = θ 2−(n+1) log n. Utilisant l’hypothèse sur les f (n) ,
nous obtenons
Z t q
P sup fs(n) dBs > (1 + θ) 2−(n+1) log n 6 e−θ log n = n−θ . (2.19)
06t6T 0
Théorème 2.5. La limite (2.12) existe, est indépendante de la suite des {e(n) }n>1 con-
vergeant vers X, et est une fonction continue de t.
12
Preuve: Quitte à passer à une sous-suite, nous pouvons choisir les e(n) de manière à
satisfaire (2.13). Mais ceci implique aussi que
Z T
(n) (n−1) 2 −n
P et − et dt 6 const 2 , n → ∞ = 1. (2.20)
0
et Z t 2 Z t
E Xs dBs = E{Xs2 } ds. (2.27)
0 0
R t
De plus, le processus 0 Xs dBs s>0
est une martingale.
5. Le processus Z t
1 t 2
Z
Mt = exp Xs dBs − X ds (2.28)
0 2 0 s
est une supermartingale, c’est-à-dire que −Mt est une sous-martingale et E{Mt } 6 1.
13
2.3 Un exemple
Nous donnons ici un exemple de calcul explicite d’une intégrale stochastique par la méthode
d’Itô: Z t
1 t
Bs dBs = Bt2 − . (2.29)
0 2 2
Le résultat, quelque peu surprenant au premier abord, prendra tout son sens lorsque nous
aurons vu la formule d’Itô.
(n)
Considérons la suite de fonctionnelles simples définies par et = B2−n b2n tc . Il suffit
alors de vérifier que Z t
1 t
lim e(n)
s dBs = Bt2 − . (2.30)
n→∞ 0 2 2
Notons tk = k2−n pour k 6 m = b2n tc et tm+1 = t. Il suit de la définition (2.6) que
Z t m+1
X
e(n)
2 s dBs =2 Btk−1 Btk − Btk−1
0 k=1
m+1
Xh 2 i
= Bt2k − Bt2k−1 − Btk − Btk−1
k=1
m+1
X 2
= Bt2 − Btk − Btk−1 . (2.31)
k=1
Considérons la martingale
m+1 m+1
(n)
X 2 X 2
Mt = Btk − Btk−1 −t= Btk − Btk−1 − tk − tk−1 . (2.32)
k=1 k=1
Les termes de la somme sont indépendants et d’espérance nulle. Nous avons donc
m+1
(n) 2 2 2
X
E Mt = E Btk − Btk−1 − tk − tk−1
k=1
2 2
6 (m + 1)E Bt1 − Bt0 − t1 − t0
2 2
6 const 2n E B2−n − 2−n
2 2
= const 2−n E B1 − 1
14
2.4 La formule d’Itô
Considérons une intégrale stochastique de la forme
Z t Z t
Xt = X0 + fs ds + gs dBs , t ∈ [0, T ] (2.36)
0 0
Lemme 2.6 (Formule d’Itô). Soit u : [0, ∞)×R → R , (t, x) 7→ u(t, x) une fonction con-
tinûment différentiable par rapport à t et deux fois continûment différentiable par rapport
à x. Alors le processus stochastique Yt = u(t, Xt ) satisfait l’équation
∂u ∂u 1 ∂2u
(t, Xt )gt2 dt.
dYt = (t, Xt ) dt + (t, Xt ) ft dt + gt dBt + (2.40)
∂t ∂x 2 ∂x2
Remarque 2.7.
1. Un moyen mnémotechnique pour retrouver la formule est de l’écrire sous la forme
∂u ∂u 1 ∂2u
dYt = dt + dXt + dXt2 , (2.41)
∂t ∂x 2 ∂x2
où dXt2 se calcule en utilisant les règles
15
Exemple 2.8.
1. Si Xt = Bt et u(x) = x2 , on retrouve la relation (2.39).
2. Si dXt = gt dBt − 12 gt2 dt et u(x) = ex , on obtient
Preuve du Lemme 2.6. Il suffit de prouver le résultat pour des fonctionnelles simples,
et par l’additivité des intégrales, on peut se ramener au cas de fonctionnelles constantes.
Mais alors Xt = f0 t + g0 Bt et Yt = u(t, f0 t + g0 Bt ) peut s’exprimer comme une fonction
de (t, Bt ). Il suffit en définitive de considérer le cas Xt = Bt . Or pour une partition
0 = t0 < t1 < · · · < tn = t, on a
n
X
u(t, Bt ) − u(0, 0) = u(tk , Btk ) − u(tk−1 , Btk ) + u(tk−1 , Btk ) − u(tk−1 , Btk−1 )
k=1
n
X ∂u ∂u
= (tk−1 , Btk )(tk − tk−1 ) + (tk−1 , Btk−1 )(Btk − Btk−1 )
∂t ∂x
k=1
1 ∂2u
+ (tk−1 , Btk−1 )(Btk − Btk−1 )2 + O(tk − tk−1 ) + O((Btk − Btk−1 )2 )
2 ∂x2
Z t Z t
1 t ∂2u
Z
∂u ∂u
= (s, Bs ) ds + (s, Bs ) dBs + (s, Bs ) ds
0 ∂t 0 ∂x 2 0 ∂x2
n
X 1 ∂2u 2
+ (t k−1 , B t ) (B t − B t ) − (t k − t k−1 ) + O(1). (2.45)
2 ∂x2 k−1 k k−1
k=1
(n)
Or la somme se traite comme Mt dans la section 2.3 lorsque tk −tk−1 → 0, c.f. (2.32).
Définition 3.1. Un processus stochastique {xt }t∈[0,T ] est appelé une solution forte de
l’EDS (3.1) avec condition initiale x0 si
• xt est Ft -mesurable pour tout t ∈ [0, T ];
• on a les conditions de régularité
Z T Z T
2
P |f (xs , s)| ds < ∞ = P g(xs , s) ds < ∞ = 1; (3.2)
0 0
16
• pour tout t ∈ [0, T ], on a
Z t Z t
xt = x0 + f (xs , s) ds + g(xs , s) dBs (3.3)
0 0
avec probabilité 1.
(0)
Une solution forte se construit par itérations de Picard. Soit xt le processus iden-
tiquement égal à x0 . On définit par récurence
Z t Z t
(n+1) (n)
xt = x0 + f (xs , s) ds + g(x(n)
s , s) dBs , (3.4)
0 0
et l’on examine sous quelles conditions cette suite converge presque sûrement vers un pro-
(n)
cessus continu. Remarquons que par construction, xt est automatiquement Ft -mesurable
pour tout t et tout n.
Le résultat est pratiquement le même que pour les équations différentielles ordinaires:
Théorème 3.2. Supposons que les fonctions f et g satisfont les deux conditions suiv-
antes:
1. Condition de Lipschitz locale: Pour tout compact K ∈ R , il existe une constante
K = K(K) telle que
|f (x, t) − f (y, t)| + |g(x, t) − g(y, t)| 6 K|x − y| (3.5)
pour x, y ∈ K et t ∈ [0, T ].
2. Condition de croissance: Il existe une constante L telle que
xf (x, t) + g(x, t)2 6 L2 (1 + x2 ) (3.6)
pour tous x, t.
Alors l’EDS (3.1) admet, pour toute condition initiale, une solution forte {xt }t∈[0,T ] ,
presque sûrement continue. Cette solution est unique dans le sens que si {xt }t∈[0,T ] et
{yt }t∈[0,T ] sont deux solutions presque sûrement continues, alors
P sup |xt − yt | > 0 = 0. (3.7)
06t6T
Le processus {xt }t∈[0,T ] est appelé un processus de diffusion, ou simplement une dif-
fusion. On a coutume de dénoter par P x0 la loi du processus avec condition initiale x0 ,
et par E x0 les espérances par rapport à P x0 . Plus généralement, P t0 ,x0 désigne la loi d’un
processus de condition initiale xt0 = x0 .
La condition de croissance (3.6) autorise une croissance linéaire, par exemple f (x, t) =
x. Elle autorise également une croissance surlinéaire du bon signe, comme f (x, t) = −x3 .
Par contre, f (x, t) = x2 ne satisfait pas cette condition. Dans ce cas, même en l’absence
de bruit, les solutions peuvent diverger après un temps fini.
Exemple 3.3. L’EDS linéaire
dxt = −γxt dt + dBt (3.8)
admet une solution forte. La formule d’Itô montre que cette solution peut s’écrire sous
forme intégrale comme Z t
−γt
xt = x0 e + e−γ(t−s) dBs . (3.9)
0
Ce processus est connu sous le nom de processus d’Ornstein–Uhlenbeck.
17
Remarque 3.4. On définit de manière similaire la solution forte d’une EDS multidimen-
sionnelle, c’est-à-dire qu’on peut supposer que x ∈ R n , f (x, t) prend des valeurs dans Rn ,
et, si Bt est un mouvement Brownien de dimension k, g(x, t) prend des valeurs dans les
matrices n × k.
admettant une solution forte {xt }t>0 pour toute condition initiale x ∈ R . On peut lui
associer une famille à un paramètre {Tt }t>0 d’opérateurs linéaires, agissant sur les fonctions
mesurables bornées ϕ : R → R , comme
Tt ϕ(x) = E x ϕ(xt ) .
(3.11)
(3.12)
Par conséquent, Tt Ts = Tt+s , donc les opérateurs {Tt }t>0 forment un semi-groupe.
Les propriétés suivantes sont aisément vérifiées:
1. Tt préserve la fonction constante 1(x) ≡ 1:
sup Tt ϕ(x) = sup E x ϕ(xt ) 6 sup ϕ(y) sup E x 1(xt ) = sup ϕ(y)
(3.15)
x∈R x∈R y∈R x∈R y∈R
Tt ϕ(x) − ϕ(x)
Lϕ(x) = lim . (3.16)
t→∞ t
Son domaine est par définition l’ensemble des fonctions ϕ : R → R pour lesquelles cette
limite existe en tout point x.
d 1 d2
L = f (x) + g(x)2 2 . (3.17)
dx 2 dx
18
Preuve: Par la formule d’Itô, appliquée à u(t, x) = ϕ(x),
Remarque 3.6. Dans le cas d’une EDS multidimensionnelle, le générateur est donné par
l’opérateur différentiel
n n
X ∂ 1 X ∂2
L= fi (x) + dij (x) , (3.19)
∂xi 2 ∂xi ∂xj
i=1 i,j=1
P x xt ∈ A = E x 1{xt ∈A}
= Tt 1A (x)
Z
= Tt 1A (y)δ(y − x) dy
Z R
= 1A (y)p(y, t|x, 0) dy
ZR
= p(y, t|x, 0) dy, (3.21)
A
ce qui veut dire que p(y, t|x, 0) est la densité de la probabilité de transition du processus
de Markov x0 7→ xt .
Le semi-groupe {Tt }t>0 admet un semi-groupe dual {St }t>0 , agissant sur les mesures
σ-finies par Z
P x xt ∈ A µ(dx),
St µ(A) = (3.22)
R
cette dernière quantité étant souvent dénotée P µ xt ∈ A . Son générateur est l’adjoint
19
Ceci découle des égalités formelles
Z
d d
P x xt ∈ A µ(dx)
St µ(A) =
dt dt R
Z Z
d
= p(y, t|x, 0) dy µ(dx)
dt
Z ZR A
= Lp(y, t|x, 0) dy µ(dx)
ZR ZA
= p(y, t|x, 0) dy L∗ µ(dx)
ZR A
P x xt ∈ A L∗ µ(dx)
=
R
= St (L∗ µ)(A). (3.24)
Si la mesure µ admet une densité ρ, c’est-à-dire µ(dx) = ρ(x) dx, deux intégrations par
partie montrent que L∗ est l’opérateur différentiel
d 1 d2
L∗ ρ(x) = − g(x)2 ρ(x) .
f (x)ρ(x) + 2
(3.25)
dx 2 dx
R
La densité au temps t, ρ(y, t) = St ρ(y) = R p(y, t|x, 0)ρ(x) dx, satisfait l’équation de
Kolmogorov progressive ou équation de Fokker–Planck
∂
ρ(y, t) = L∗ ρ(y, t), (3.26)
∂t
et il en est de même des densités de transition (y, t) 7→ p(y, t|x, 0).
Si le processus admet une densité invariante ρ0 , elle doit être solution de l’équation
L∗ ρ0 = 0.
3.3 Exemples
Exemple 3.7. Le générateur du mouvement Brownien Bt est l’opérateur auto-adjoint
L = 21 d2 /dx2 . Ses densités de transition p(y, t|x, 0) sont les densités Gaussiennes
2
e−(y−x) /2t
p(y, t|x, 0) = √ . (3.27)
2πt
Il n’y a pas de densité invariante. Le générateur du mouvement Brownien multidimension-
nel est L = 21 ∆.
Exemple 3.8. Le processus d’Ornstein-Uhlenbeck de l’exemple 3.3 admet, pour γ = 1,
les générateurs
d 1 d2 ∗
d 1 d2
L = −x + et L = 1 + x + . (3.28)
dx 2 dx2 dx 2 dx2
Sa densité invariante est gaussienne, de la forme
2
ρ0 (x) = const e−x . (3.29)
Par ailleurs, la substitution ρ(x) = ψ(x) e −x2 /2
donne
1h ψ 00 (x) i
L∗ ρ(x) = (1 − x2 ) + ρ(x). (3.30)
2 ψ(x)
20
Par conséquent, l’équation aux valeurs propres L∗ ρ(x) = λρ(x) est satisfaite si et seulement
si ψ est solution de l’équation
1 x2 1
− ψ 00 (x) + ψ(x) = − λ ψ(x), (3.31)
2 2 2
qui est l’équation de Schrödinger stationnaire de l’oscillateur harmonique quantique. On
sait que ses valeurs propres sont les demi-entiers positifs, ce qui permet de conclure que
les valeurs propres de L∗ sont les entiers non-positifs. Par conséquent, si
X
ρ(x, 0) = ck ρk (x) (3.32)
k>0
est la décomposition de la densité initiale sur la base des fonctions propres de L∗ (c’est-à-
dire L∗ ρk (x) = −kρk (x)), on a
X
ρ(x, t) = ck e−kt ρk (x) (3.33)
k>0
Si la condition initiale est concentrée dans le puits de gauche, on aura c0 ' c1 , et la densité
reste concentrée dans ce puits pendant un temps très long, d’ordre 1/λ1 , avant d’approcher
ρ0 . C’est ce qu’on appelle un phénomène de métastabilité.
La théorie des grandes déviations permet de préciser ces résultats, en caractérisant
notamment l’espérance du temps nécessaire à aller d’un puits à l’autre, qui est aussi
d’ordre 1/λ1 .
21
Bibliographie
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matik und ihrer Grenzgebiete, Band 72.
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Verlag, Berlin, 1995, An introduction with applications.
[Res92] Sidney Resnick, Adventures in stochastic processes, Birkhäuser Boston Inc., Boston, MA,
1992.
Nils Berglund
FRUMAM, CPT–CNRS Luminy
Case 907, 13288 Marseille Cedex 9, France
et
PHYMAT, Université de Toulon
E-mail address: berglund@[Link]
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