Observation
Observation
“ACTIONNABILITÉ” EN GRH
Aline Scouarnec
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Management Prospective Ed. | « Management & Avenir »
2004/1 n° 1 | pages 23 à 42
ISSN 1768-5958
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Résumé Dans un contexte de plus en plus global et instable où les plans sociaux
se multiplient, les formes nouvelles d’emplois bien souvent précaires,
prolifèrent, la prise en compte des compétences et des métiers semble
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être un axe de recherche et d’action privilégié. Le devenir, des métiers
apparaît en effet au centre des préoccupations des différents acteurs de
la vie économique.L’emploi,la qualification,la formation ont fait l’objet
de nombreuses études prévisionnelles mais la confiance s’est progres-
sivement érodée au point qu’une remise en cause de ces approches est
apparue depuis une dizaine d’années. Parallèlement, on assiste à une
multiplication d’observatoires métiers ou d’études prospectives sur tel
ou tel métier. Pour comprendre les raisons d’émergence de ces
instances dédiées à l’observation des métiers,l’objectif de cet article est
double : s’arrêter sur le concept d’observation : le définir et discuter de
ses méthodologies ; montrer en quoi l’observation des métiers est un
savoir “actionnable” en GRH.
Abstract In a context more and more instable and complex, it seems to be inter-
essant to think of future of competencies and jobs. Each economic
actor is concerned. In fact, job observation is based on emerging facts
which can give a vision of possible future, especially as far as compe-
tencies, activities and training program are [Link] paper aims
at understanding the core raisons that justify taking into account the
emergence of job observatories. We will first define the concept of
observation and discuss methodological points of view,then we will try
to show that job observation is an “actionable” knowledge in human
resource management.
Dans un contexte de plus en plus global et instable où les plans sociaux se multi-
plient, les formes nouvelles d’emplois bien souvent précaires, prolifèrent, la prise en
compte des compétences et des métiers semble être un axe de recherche et d’action
privilégié. Le devenir, des métiers apparaît en effet au centre des préoccupations des
différents acteurs de la vie é[Link] question se pose non seulement au niveau
collectif - État, Région, Collectivité, Secteur, Syndicats, Entreprise… - mais aussi et
surtout au niveau individuel - formation initiale,continue,changement professionnel.
L’emploi, la qualification, la formation ont fait l’objet de nombreuses études prévi-
sionnelles mais la confiance s’est progressivement érodée au point qu’une remise en
cause de ces approches est apparue depuis une dizaine d’années. Parallèlement, on
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assiste à une multiplication d’observatoires métiers ou d’études prospectives sur tel dans leur réalité”.“En revanche,l’expérimentation vise à provoquer une série de réac-
ou tel métier. tions dans des conditions fixées à l’avance. C’est l’hypothèse de l’expérimentateur
qui définit à la fois ces conditions et la série des réactions [Link],d’une part
Pour comprendre les raisons d’émergence de ces instances dédiées à l’observation elle délimite les causes, et, de l’autre, elle prévoit les effets”. Moscovici (1984) même
des métiers, l’objectif de cet article est double : s’il préfère la méthode expérimentale, plaide pour la complémentarité observation-
expérimentation. Pour lui, ces deux méthodes existent de fait en psychologie sociale
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1.S’arrêter sur le concept d’observation : le définir et discuter de ses et se nourrissent l’une l’autre.
méthodologies ;
[Link] en quoi l’observation des métiers est un savoir “actionnable” en GRH. Pour Massonat (1992), l’observation est une démarche d’élaboration d’un savoir, au
service de finalités multiples, qui s’insèrent dans un projet global de l’homme pour
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décrire, comprendre son environnement et les évènements qui s’y déroulent. Pour
lui, la polysémie du mot est attestée par les onze significations recensées par le Littré
1. Le concept d’observation : en 1877, réédité en 1978 dont on retiendra les plus anciennes : “action de se
conformer à et se tenir dans un lieu où on surveille soit pour transmettre des infor-
définition et méthodologie mations, soit pour formuler des objections relatives aux objets et personnes obser-
Observer signifie à la fois pour le Petit Larousse :“se conformer de façon régulière à vées”. En sciences sociales, on admet généralement les cinq significations suivantes :
(obéir, respecter) et considérer avec une attention soutenue afin de connaître, d’étu-
Les cinq significations de l’observation en sciences sociales
dier (contempler, étudier, examiner, regarder)”. C’est cette seconde acception qui
semble s’appliquer en sciences sociales. Nous allons donc définir le concept d’ob- 1. L’observation comme étant le lieu ou le contexte institutionnel dans
servation et ensuite présenter les méthodologies utilisées en sciences sociales. lequel se fait un diagnostic
2. L’observation comme stratégie d’action : ensemble des actes qui contri-
buent à un diagnostic
1.1. Définition
3. L’observation comme étape ou méthode de recherche (observation
Dans la quarante-huitième leçon du cours de philosophie positive d’Auguste Comte directe : tests ou questionnaires)
(1907-1908) est affirmée pour la première fois la nécessité d’une observation rigou- 4. L’observation assimilée au produit ou au résultat de l’action d’observer :
reuse des faits :“l’observation des faits est la seule base solide des connaissances toute donnée empirique recueillie prend alors ce nom. Le produit de l’ob-
humaines… Envisageant toujours les faits sociaux non comme des sujets d’admira- servation directe devient un observable
tion ou de critique, mais comme des sujets d’observation, elle (la science sociale)
5. L’observation plus rarement définie comme un processus (ensemble des
s’occupe uniquement d’établir leurs relations mutuelles”.Après l’observation,Comte
opérations psychologiques en œuvre dans l’acte d’observation).
se préoccupe de l’expérimentation.“Comparer les divers états consécutifs de l’hu-
manité est le but même de la science sociale. L’étude des phénomènes du passé envi- Encadré 1 :
sagés dans leur ensemble permet la prévision. Celle-ci est légitime lorsqu’elle est Les cinq significations de l’observation, adaptée de Massonnat (1992)
fondée sur l’exacte connaissance générale de ces relations nécessaires. Ce qui
importe, c’est d’établir entre les faits un enchaînement réel, les lois qui président au Pour Laplantine (1987), l’observation est le cadre d’analyse des comportements
développement social de l’espèce humaine”.Pour Comte,l’intelligibilité proviendrait sociaux à partir d’une relation humaine partagée et durable de l’existence des
de la qualité compréhensive de l’explication, dont le caractère subjectif est indispen- hommes. Elle supposerait donc l’intégration du chercheur au cœur de son objet et
sable lorsqu’il s’agit d’un phénomène reliant des hommes entre eux. On notera donc pourrait prendre deux formes : active ou passive. Par observation passive, il faut
l’opposition traditionnelle en psychologie sociale entre observation et expérimenta- comprendre la position de témoin du [Link] (1996) définit l’observa-
tion. Cette dernière a été clairement mise en évidence par Moscovici en 1984 :“le tion passive “comme l’autorisation d’être présent dans l’organisation pour regarder
psychosociologue travaillant sur le terrain, un peu comme le clinicien, essaie d’enre- la réalité quotidienne,assister aux évènements pour les enregistrer,les [Link],
gistrer de façon précise et systématique les activités auxquelles se livrent les gens c’est aussi saisir l’occasion d’une visite dans l’entreprise pour être attentif à l’envi-
dans leur cadre normal. Il prend des notes ou emploie le magnétophone, la vidéo ou ronnement immédiat des personnes”. Quant à l’observation active ou participante,
le film (…). En raison du petit nombre de personnes ou de la rareté des occasions elle consiste en “une recherche caractérisée par une période d’intéractions sociales
d’observer, on ne peut en tirer des conclusions certaines. Cependant, les hypothèses intenses entre le chercheur et les sujets, dans le milieu de ces [Link] cours de
ou idées suggérées peuvent être une excellente façon de saisir certains phénomènes cette période,des données sont systématiquement collectées”(Bodgan,Taylor,1975).
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assiste à une multiplication d’observatoires métiers ou d’études prospectives sur tel dans leur réalité”.“En revanche,l’expérimentation vise à provoquer une série de réac-
ou tel métier. tions dans des conditions fixées à l’avance. C’est l’hypothèse de l’expérimentateur
qui définit à la fois ces conditions et la série des réactions [Link],d’une part
Pour comprendre les raisons d’émergence de ces instances dédiées à l’observation elle délimite les causes, et, de l’autre, elle prévoit les effets”. Moscovici (1984) même
des métiers, l’objectif de cet article est double : s’il préfère la méthode expérimentale, plaide pour la complémentarité observation-
expérimentation. Pour lui, ces deux méthodes existent de fait en psychologie sociale
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1.S’arrêter sur le concept d’observation : le définir et discuter de ses et se nourrissent l’une l’autre.
méthodologies ;
[Link] en quoi l’observation des métiers est un savoir “actionnable” en GRH. Pour Massonat (1992), l’observation est une démarche d’élaboration d’un savoir, au
service de finalités multiples, qui s’insèrent dans un projet global de l’homme pour
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décrire, comprendre son environnement et les évènements qui s’y déroulent. Pour
lui, la polysémie du mot est attestée par les onze significations recensées par le Littré
1. Le concept d’observation : en 1877, réédité en 1978 dont on retiendra les plus anciennes : “action de se
conformer à et se tenir dans un lieu où on surveille soit pour transmettre des infor-
définition et méthodologie mations, soit pour formuler des objections relatives aux objets et personnes obser-
Observer signifie à la fois pour le Petit Larousse :“se conformer de façon régulière à vées”. En sciences sociales, on admet généralement les cinq significations suivantes :
(obéir, respecter) et considérer avec une attention soutenue afin de connaître, d’étu-
Les cinq significations de l’observation en sciences sociales
dier (contempler, étudier, examiner, regarder)”. C’est cette seconde acception qui
semble s’appliquer en sciences sociales. Nous allons donc définir le concept d’ob- 1. L’observation comme étant le lieu ou le contexte institutionnel dans
servation et ensuite présenter les méthodologies utilisées en sciences sociales. lequel se fait un diagnostic
2. L’observation comme stratégie d’action : ensemble des actes qui contri-
buent à un diagnostic
1.1. Définition
3. L’observation comme étape ou méthode de recherche (observation
Dans la quarante-huitième leçon du cours de philosophie positive d’Auguste Comte directe : tests ou questionnaires)
(1907-1908) est affirmée pour la première fois la nécessité d’une observation rigou- 4. L’observation assimilée au produit ou au résultat de l’action d’observer :
reuse des faits :“l’observation des faits est la seule base solide des connaissances toute donnée empirique recueillie prend alors ce nom. Le produit de l’ob-
humaines… Envisageant toujours les faits sociaux non comme des sujets d’admira- servation directe devient un observable
tion ou de critique, mais comme des sujets d’observation, elle (la science sociale)
5. L’observation plus rarement définie comme un processus (ensemble des
s’occupe uniquement d’établir leurs relations mutuelles”.Après l’observation,Comte
opérations psychologiques en œuvre dans l’acte d’observation).
se préoccupe de l’expérimentation.“Comparer les divers états consécutifs de l’hu-
manité est le but même de la science sociale. L’étude des phénomènes du passé envi- Encadré 1 :
sagés dans leur ensemble permet la prévision. Celle-ci est légitime lorsqu’elle est Les cinq significations de l’observation, adaptée de Massonnat (1992)
fondée sur l’exacte connaissance générale de ces relations nécessaires. Ce qui
importe, c’est d’établir entre les faits un enchaînement réel, les lois qui président au Pour Laplantine (1987), l’observation est le cadre d’analyse des comportements
développement social de l’espèce humaine”.Pour Comte,l’intelligibilité proviendrait sociaux à partir d’une relation humaine partagée et durable de l’existence des
de la qualité compréhensive de l’explication, dont le caractère subjectif est indispen- hommes. Elle supposerait donc l’intégration du chercheur au cœur de son objet et
sable lorsqu’il s’agit d’un phénomène reliant des hommes entre eux. On notera donc pourrait prendre deux formes : active ou passive. Par observation passive, il faut
l’opposition traditionnelle en psychologie sociale entre observation et expérimenta- comprendre la position de témoin du [Link] (1996) définit l’observa-
tion. Cette dernière a été clairement mise en évidence par Moscovici en 1984 :“le tion passive “comme l’autorisation d’être présent dans l’organisation pour regarder
psychosociologue travaillant sur le terrain, un peu comme le clinicien, essaie d’enre- la réalité quotidienne,assister aux évènements pour les enregistrer,les [Link],
gistrer de façon précise et systématique les activités auxquelles se livrent les gens c’est aussi saisir l’occasion d’une visite dans l’entreprise pour être attentif à l’envi-
dans leur cadre normal. Il prend des notes ou emploie le magnétophone, la vidéo ou ronnement immédiat des personnes”. Quant à l’observation active ou participante,
le film (…). En raison du petit nombre de personnes ou de la rareté des occasions elle consiste en “une recherche caractérisée par une période d’intéractions sociales
d’observer, on ne peut en tirer des conclusions certaines. Cependant, les hypothèses intenses entre le chercheur et les sujets, dans le milieu de ces [Link] cours de
ou idées suggérées peuvent être une excellente façon de saisir certains phénomènes cette période,des données sont systématiquement collectées”(Bodgan,Taylor,1975).
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La méthode consiste donc, comme Malinowski (1922) le dit lui-même “à participer à Degré de Les hypothèses sont déjà Dans la mesure où elle est
ma façon à la vie du village, à attendre avec plaisir les réunions et les festivités impor- systématisation émises, les matériaux à globale, à la recherche des
tantes, à prendre un intérêt personnel aux palabres et aux petits incidents journa- observer sélectionnés, il problèmes qui se posent et
liers ; lorsque je me levais chaque matin, la journée s’annonçait pour moi plus ou s’agit d’évaluer l’impor- où elle ignore encore les
moins semblable à ce qu’elle allait être pour un indigène”. Il semble donc possible tance des facteurs en variables à mesurer, elle se
de considérer l’observation de différentes manières. Si l’on admet que l’observation cause, si possible de présentera le plus souvent
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est un processus permettant de recueillir de l’information sur un objet en fonction mesurer des variables. Les sous une forme non systéma-
d’un objectif donné, on peut alors considérer l’observation comme : observations seront donc tisée, non codifiée à l’avance.
rangées dans un système la complexité et l’imprévisi-
• une méthode clinique : lorsqu’il s’agit d’observer le comportement au travers de préétabli de catégories (en bilité des comportements de
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tests (les travaux de Piaget, par exemple) général de comporte- groupe dans la vie quoti-
• en opposition à l’expérimentation : lorsqu’il s’agit d’observer un phénomène en ments) définies de la dienne, la difficulté de
vue de faire jaillir une hypothèse même façon pour tous les réduire le processus dyna-
observateurs et les résul- mique, les interactions, à leur
• une technique : lorsqu’on raisonne en termes d’outils de recueils d’informations
tats exprimés plus ou aspect quantitatif, rendront
• un résultat : lorsque l’observation, suivie de l’interprétation permettent la réalisa- moins de façon quantita- rares, à ce stade, l’utilisation
tion d’une recherche. tive ou en tout cas systé- de catégories préétablies
matisée) précises.
En terme de méthodologie,l’observation apparaît donc comme un moyen d’accéder Pour Massonnat (1992), la démarche d’observation peut se résumer en cinq étapes.
au terrain, à l’information et se distingue ainsi d’autres formes de recueil d’infor-
mations. Pour Grawitz (1993),“l’observation sur le terrain pose un grand nombre de [Link] d’abord, l’observation centrée sur un objet commence à l’initiative de quel-
problèmes en fonction de l’objectif que l’on vise et de la situation devant laquelle qu’un qui va dégager un objet d’é[Link]ès quelques séquences d’observation
on se trouve. La taille du groupement, la complexité des interactions, la précision globale, non focalisées, il précisera la nature du phénomène observé et les ques-
des objectifs, impliquent le choix de techniques adaptées. Il est bien certain que tions qu’il se pose.
l’étude d’un village soulève des difficultés différentes de celle d’un atelier”. Selon [Link], il sera conduit à délimiter la situation observée, c’est-à-dire le contexte
cet auteur, il faut distinguer l’enquête de diagnostic de l’enquête d’exploration. Le dans lequel l’observation se déroulera, le mode de mise en scène qui sera adopté,
tableau ci-dessous précise les principales distinctions entre ces deux approches du l’information donnée aux acteurs et le choix des supports et exercices permet-
réel, à la fois quant au rapport observateur-observé et au degré de systématisation tant d’observer l’activité pertinente.
de l’observation.
3. Puis, délimitant encore la situation, l’observateur définira, en interaction avec ses
partenaires et les acteurs, les conditions de déroulement de son travail : durée,
Enquête de diagnostic Enquête d’exploration place du matériel, position des observateurs, mode de sélection adapté, relation
entre observateur et observé et technique d’enregistrement.
Rapport Plus elle se rapproche L’observateur étudiant des 4. Finalement, la situation ne pourra, en fait, être observée que si l’observateur a
observateur- d’une expérimentation, groupes naturels larges (une mobilisé préalablement, seul ou collectivement, un ensemble de moyens concep-
observé plus l’observateur restera petite ville) ou restreints tuels et méthodologiques pour expliciter une question de recherche, concevoir
extérieur au groupe (à la (une équipe de football) un dispositif d’observation adapté et proposer une organisation d’ensemble du
limite dans l’expérimenta- pourra rarement rester exté- travail.
tion en laboratoire, il est rieur au milieu observé et
invisible derrière un devra même participer à la En effet,comme le souligne Massonnat (1992),“la construction d’un savoir sur l’objet
écran). Les observateurs vie du groupe se double d’une réflexion sur la démarche de l’observateur : explication et justifica-
de la Western Electric ne (il s’agit de l’observation- tion des choix à chaque étape et mise en rapport des projets, des résultats et des
participaient pas à la vie participation) raisonnements adaptés”.A ce stade de choix méthodologique, Evrard, Pras et Roux
des ouvriers. (1993), recommandent de distinguer l’interrogation de l’observation.
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La méthode consiste donc, comme Malinowski (1922) le dit lui-même “à participer à Degré de Les hypothèses sont déjà Dans la mesure où elle est
ma façon à la vie du village, à attendre avec plaisir les réunions et les festivités impor- systématisation émises, les matériaux à globale, à la recherche des
tantes, à prendre un intérêt personnel aux palabres et aux petits incidents journa- observer sélectionnés, il problèmes qui se posent et
liers ; lorsque je me levais chaque matin, la journée s’annonçait pour moi plus ou s’agit d’évaluer l’impor- où elle ignore encore les
moins semblable à ce qu’elle allait être pour un indigène”. Il semble donc possible tance des facteurs en variables à mesurer, elle se
de considérer l’observation de différentes manières. Si l’on admet que l’observation cause, si possible de présentera le plus souvent
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est un processus permettant de recueillir de l’information sur un objet en fonction mesurer des variables. Les sous une forme non systéma-
d’un objectif donné, on peut alors considérer l’observation comme : observations seront donc tisée, non codifiée à l’avance.
rangées dans un système la complexité et l’imprévisi-
• une méthode clinique : lorsqu’il s’agit d’observer le comportement au travers de préétabli de catégories (en bilité des comportements de
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tests (les travaux de Piaget, par exemple) général de comporte- groupe dans la vie quoti-
• en opposition à l’expérimentation : lorsqu’il s’agit d’observer un phénomène en ments) définies de la dienne, la difficulté de
vue de faire jaillir une hypothèse même façon pour tous les réduire le processus dyna-
observateurs et les résul- mique, les interactions, à leur
• une technique : lorsqu’on raisonne en termes d’outils de recueils d’informations
tats exprimés plus ou aspect quantitatif, rendront
• un résultat : lorsque l’observation, suivie de l’interprétation permettent la réalisa- moins de façon quantita- rares, à ce stade, l’utilisation
tion d’une recherche. tive ou en tout cas systé- de catégories préétablies
matisée) précises.
En terme de méthodologie,l’observation apparaît donc comme un moyen d’accéder Pour Massonnat (1992), la démarche d’observation peut se résumer en cinq étapes.
au terrain, à l’information et se distingue ainsi d’autres formes de recueil d’infor-
mations. Pour Grawitz (1993),“l’observation sur le terrain pose un grand nombre de [Link] d’abord, l’observation centrée sur un objet commence à l’initiative de quel-
problèmes en fonction de l’objectif que l’on vise et de la situation devant laquelle qu’un qui va dégager un objet d’é[Link]ès quelques séquences d’observation
on se trouve. La taille du groupement, la complexité des interactions, la précision globale, non focalisées, il précisera la nature du phénomène observé et les ques-
des objectifs, impliquent le choix de techniques adaptées. Il est bien certain que tions qu’il se pose.
l’étude d’un village soulève des difficultés différentes de celle d’un atelier”. Selon [Link], il sera conduit à délimiter la situation observée, c’est-à-dire le contexte
cet auteur, il faut distinguer l’enquête de diagnostic de l’enquête d’exploration. Le dans lequel l’observation se déroulera, le mode de mise en scène qui sera adopté,
tableau ci-dessous précise les principales distinctions entre ces deux approches du l’information donnée aux acteurs et le choix des supports et exercices permet-
réel, à la fois quant au rapport observateur-observé et au degré de systématisation tant d’observer l’activité pertinente.
de l’observation.
3. Puis, délimitant encore la situation, l’observateur définira, en interaction avec ses
partenaires et les acteurs, les conditions de déroulement de son travail : durée,
Enquête de diagnostic Enquête d’exploration place du matériel, position des observateurs, mode de sélection adapté, relation
entre observateur et observé et technique d’enregistrement.
Rapport Plus elle se rapproche L’observateur étudiant des 4. Finalement, la situation ne pourra, en fait, être observée que si l’observateur a
observateur- d’une expérimentation, groupes naturels larges (une mobilisé préalablement, seul ou collectivement, un ensemble de moyens concep-
observé plus l’observateur restera petite ville) ou restreints tuels et méthodologiques pour expliciter une question de recherche, concevoir
extérieur au groupe (à la (une équipe de football) un dispositif d’observation adapté et proposer une organisation d’ensemble du
limite dans l’expérimenta- pourra rarement rester exté- travail.
tion en laboratoire, il est rieur au milieu observé et
invisible derrière un devra même participer à la En effet,comme le souligne Massonnat (1992),“la construction d’un savoir sur l’objet
écran). Les observateurs vie du groupe se double d’une réflexion sur la démarche de l’observateur : explication et justifica-
de la Western Electric ne (il s’agit de l’observation- tion des choix à chaque étape et mise en rapport des projets, des résultats et des
participaient pas à la vie participation) raisonnements adaptés”.A ce stade de choix méthodologique, Evrard, Pras et Roux
des ouvriers. (1993), recommandent de distinguer l’interrogation de l’observation.
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servation plutôt que de l’interrogation (ou vice-versa) est relié aussi à l’accessibilité lement qualitative de par qualitatif et le quantitatif. gie qui illustre au mieux
des données, à leur fiabilité, leur coût et à la durée du recueil compte tenu des le nombre et les métho- On pourrait la considérer la nécessaire complémen-
contraintes de l’étude. Parfois, la richesse même des observations entraîne des diffi- des d’analyse. À la fois comme une “observation tarité des approches. On
cultés. Le problème est alors celui de la sélection et de l’exploitation des données pour des questions de expérimentale”pour la- se situe encore dans la
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pertinentes parmi toutes celles recueillies systématiquement par l’entreprise. temps et donc de coût, quelle le chercheur choisit “partie émergée de l’ice-
Pour choisir entre une observation et une enquête, il convient de répondre aux on effectue rarement des ses conditions dont les berg” puisque l’on ne re-
questions suivantes : études observatoires in principales sont :“les sujets cherche plus tant à obser-
1.A-t-on besoin d’observer avec précision un phénomène compte tenu de l’ob- situ sur un “échantillon” observés connaissent-ils ver les comportements
jectif de l’étude ? statistiquement exploita- leur rôle, et l’objet de la que d’analyser les attitu-
[Link]-il possible d’observer avec précision les variables qui nous intéressent ? ble. L’observation permet recherche ?”. En pharmaco- des4. On rejoint ce qui a
3. Peut-on effectuer les observations dans un délai raisonnable compte tenu des d’émettre des hypothèses logie, le chercheur est été dit plus haut concer-
contraintes de l’étude ? “descriptives” – terme qui obligé d’utiliser la tech- nant l’élaboration des
4.A-t-on le budget nécessaire pour procéder par observation ? peut paraître paradoxal à nique du “double aveugle” thèmes ou questions, et
Si oui, procéder par observation, si non, procéder par enquête. première vue. En effet, ce afin de déceler au mieux les difficultés de la verba-
qui est observé semble l’effet “placebo”des molé- lisation de l’interrogateur
Encadré 3 :
être un fait établi qui ne cules testées. Pour pouvoir et de l’interrogé
Interrogation ou observation, adapté de Evrard et alii (1993)
peut prétendre au statut émettre des conclusions
Cette distinction nous entraîne dans une opposition,de plus en plus questionnée aujour- d’hypothèse. En fait, on opérationnelles, il est donc
d’hui, celle du quantitatif ou du qualitatif. Pour Biardeau, Bourcieu et Salgado (2004), rejoint des disciplines obligé d’avoir suffisam-
“l’objet de la recherche qualitative est évidemment d’obtenir une quantité d’information comme la cosmologie ou ment d’observations pour
suffisante pour répondre, après traitement, à la problématique posée, alors que la la physique quantique pouvoir distinguer : l’effet
recherche quantitative est censée mesurer, avec ou sans pondération, l’information pour lesquelles l’observa- principal, les interactions,
obtenue. On verra que cette dichotomie est parfois un peu trop restrictive. Dans cette tion est elle-même sujette et surtout l’hétérogénéité
optique, l’approche qualitative se bornerait à poser que des questions concernant le à caution : il ne s’agit pas des individus. C’est une
“pourquoi ?”, le “comment ?”, le “qui ?”, etc. alors que les méthodes quantitatives se seulement du statut de des applications les plus
restreindraient au “combien ?”et aux tests statistiques de signification et de validité.Dans l’observateur3 mais aussi courantes des analyses de
le premier cas, l’étude serait essentiellement verbale avec des “interviews” individuels celui du fait observé. (co)-variance dans lesquel-
ou collectifs plus ou moins directifs ; on parle alors de “cas” ou d’“observations”, alors les le chercheur s’efforce
que dans l’étude quantitative, on entrerait dans le domaine des “échantillons”, pour un de contrôler les facteurs.
sondage ou un panel, avec un souci de représentativité de la population étudiée”. C’est aussi le cas des ana-
lyses conjointes.
Cette opposition est-elle encore d’actualité aujourd’hui, surtout lorsque qu’on Encadré 4 : Les trois principales méthodologies,
travaille sur des objets complexes, tels ceux des sciences de gestion ? Savall et Zardet adaptées de Biardeau, Bourcieu et Salgado (2004)
(2004) considèrent qu’il faut “développer l’observation rigoureuse et rapprochée de
l’objet de recherche dans des situations réelles, vraies, combiner les recherches utili- 3 Confer la théorie de la relativité restreinte (puis générale) de A. Einstein et l’exemple célèbre de l’observa-
sant des informations qualitatives et quantitatives, débusquer les idéologies implici- teur voyageant à la vitesse de la lumière et croisant un observateur voyageant dans les mêmes conditions :
la vitesse relative “semble” dépasser la vitesse de la lumière, alors qu’une autre dimension intervient dans
tement normatives, telles sont quelques-unes des voies proposées pour améliorer la l’espace-temps.
rigueur épistémologique et méthodologique en sciences de gestion, et in fine pour 4 En Marketing, comme en Psychologie, on s’efforce de distinguer la composante “cognitive”(ce que pensent
produire des résultats de recherche d’une plus grande validité”. En effet, si l’on ou croient les individus – à tort ou à raison) de la composante “affective”(ce que ressentent les individus sur
le plan émotionnel, affectif, moral, etc.); sans oublier la composante “conative” ou “intentionnelle” ou encore
reprend schématiquement - outre la recherche exploratoire - les trois principales “pré-comportementale”– sachant que nul n’ignore les différences entre le “déclaratif”et le comportement réel.
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n°1
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servation plutôt que de l’interrogation (ou vice-versa) est relié aussi à l’accessibilité lement qualitative de par qualitatif et le quantitatif. gie qui illustre au mieux
des données, à leur fiabilité, leur coût et à la durée du recueil compte tenu des le nombre et les métho- On pourrait la considérer la nécessaire complémen-
contraintes de l’étude. Parfois, la richesse même des observations entraîne des diffi- des d’analyse. À la fois comme une “observation tarité des approches. On
cultés. Le problème est alors celui de la sélection et de l’exploitation des données pour des questions de expérimentale”pour la- se situe encore dans la
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pertinentes parmi toutes celles recueillies systématiquement par l’entreprise. temps et donc de coût, quelle le chercheur choisit “partie émergée de l’ice-
Pour choisir entre une observation et une enquête, il convient de répondre aux on effectue rarement des ses conditions dont les berg” puisque l’on ne re-
questions suivantes : études observatoires in principales sont :“les sujets cherche plus tant à obser-
1.A-t-on besoin d’observer avec précision un phénomène compte tenu de l’ob- situ sur un “échantillon” observés connaissent-ils ver les comportements
jectif de l’étude ? statistiquement exploita- leur rôle, et l’objet de la que d’analyser les attitu-
[Link]-il possible d’observer avec précision les variables qui nous intéressent ? ble. L’observation permet recherche ?”. En pharmaco- des4. On rejoint ce qui a
3. Peut-on effectuer les observations dans un délai raisonnable compte tenu des d’émettre des hypothèses logie, le chercheur est été dit plus haut concer-
contraintes de l’étude ? “descriptives” – terme qui obligé d’utiliser la tech- nant l’élaboration des
4.A-t-on le budget nécessaire pour procéder par observation ? peut paraître paradoxal à nique du “double aveugle” thèmes ou questions, et
Si oui, procéder par observation, si non, procéder par enquête. première vue. En effet, ce afin de déceler au mieux les difficultés de la verba-
qui est observé semble l’effet “placebo”des molé- lisation de l’interrogateur
Encadré 3 :
être un fait établi qui ne cules testées. Pour pouvoir et de l’interrogé
Interrogation ou observation, adapté de Evrard et alii (1993)
peut prétendre au statut émettre des conclusions
Cette distinction nous entraîne dans une opposition,de plus en plus questionnée aujour- d’hypothèse. En fait, on opérationnelles, il est donc
d’hui, celle du quantitatif ou du qualitatif. Pour Biardeau, Bourcieu et Salgado (2004), rejoint des disciplines obligé d’avoir suffisam-
“l’objet de la recherche qualitative est évidemment d’obtenir une quantité d’information comme la cosmologie ou ment d’observations pour
suffisante pour répondre, après traitement, à la problématique posée, alors que la la physique quantique pouvoir distinguer : l’effet
recherche quantitative est censée mesurer, avec ou sans pondération, l’information pour lesquelles l’observa- principal, les interactions,
obtenue. On verra que cette dichotomie est parfois un peu trop restrictive. Dans cette tion est elle-même sujette et surtout l’hétérogénéité
optique, l’approche qualitative se bornerait à poser que des questions concernant le à caution : il ne s’agit pas des individus. C’est une
“pourquoi ?”, le “comment ?”, le “qui ?”, etc. alors que les méthodes quantitatives se seulement du statut de des applications les plus
restreindraient au “combien ?”et aux tests statistiques de signification et de validité.Dans l’observateur3 mais aussi courantes des analyses de
le premier cas, l’étude serait essentiellement verbale avec des “interviews” individuels celui du fait observé. (co)-variance dans lesquel-
ou collectifs plus ou moins directifs ; on parle alors de “cas” ou d’“observations”, alors les le chercheur s’efforce
que dans l’étude quantitative, on entrerait dans le domaine des “échantillons”, pour un de contrôler les facteurs.
sondage ou un panel, avec un souci de représentativité de la population étudiée”. C’est aussi le cas des ana-
lyses conjointes.
Cette opposition est-elle encore d’actualité aujourd’hui, surtout lorsque qu’on Encadré 4 : Les trois principales méthodologies,
travaille sur des objets complexes, tels ceux des sciences de gestion ? Savall et Zardet adaptées de Biardeau, Bourcieu et Salgado (2004)
(2004) considèrent qu’il faut “développer l’observation rigoureuse et rapprochée de
l’objet de recherche dans des situations réelles, vraies, combiner les recherches utili- 3 Confer la théorie de la relativité restreinte (puis générale) de A. Einstein et l’exemple célèbre de l’observa-
sant des informations qualitatives et quantitatives, débusquer les idéologies implici- teur voyageant à la vitesse de la lumière et croisant un observateur voyageant dans les mêmes conditions :
la vitesse relative “semble” dépasser la vitesse de la lumière, alors qu’une autre dimension intervient dans
tement normatives, telles sont quelques-unes des voies proposées pour améliorer la l’espace-temps.
rigueur épistémologique et méthodologique en sciences de gestion, et in fine pour 4 En Marketing, comme en Psychologie, on s’efforce de distinguer la composante “cognitive”(ce que pensent
produire des résultats de recherche d’une plus grande validité”. En effet, si l’on ou croient les individus – à tort ou à raison) de la composante “affective”(ce que ressentent les individus sur
le plan émotionnel, affectif, moral, etc.); sans oublier la composante “conative” ou “intentionnelle” ou encore
reprend schématiquement - outre la recherche exploratoire - les trois principales “pré-comportementale”– sachant que nul n’ignore les différences entre le “déclaratif”et le comportement réel.
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n°1
Finalement, l’observation apparaît comme un concept central en sciences sociales. 5. Le cahier de l’ANDCP sur la Prospective Métier 2002
Utilisée seule ou en complément d’autres techniques de recueil d’informations, l’ob- 6. Les actes des différents forums du groupe Vision Paris-Caen sur la prospective
servation a pu trouver des terrains d’applications propices en sociologie, en ethno- métier (2001, 2002, 2003)
graphie ou plus récemment en sciences de gestion. Qu’elle soit qualifiée de directe,
directe diffuse,directe concentrée,directe déléguée,approfondie rapprochée (Savall, Pour chacune de ces sources, nous avons sélectionné les articles qui traitaient de
Zardet, 2004), de participante (Whyte, 1943, 1951 ; Lewin, 1947 ; etc.), elle permet au métiers ou de compétences et nous avons analysé les outils de recueil de l’informa-
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chercheur,non pas d’accéder à la réalité elle même,qui préexiste à la recherche mais tion qui avaient été sollicités dans ces recherches. Le tableau ci-dessous présente les
aux représentations des acteurs construites à partir de leurs propres perceptions résultats obtenus.
(Wacheux, 1996). Elle doit donc être accompagnée d’un travail épistémique. Pour
Avenier (2004),“le travail épistémique consiste, entre autres, à s'assurer de ce que la Source Titre Auteur Outil de recueil de
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n°1
Finalement, l’observation apparaît comme un concept central en sciences sociales. 5. Le cahier de l’ANDCP sur la Prospective Métier 2002
Utilisée seule ou en complément d’autres techniques de recueil d’informations, l’ob- 6. Les actes des différents forums du groupe Vision Paris-Caen sur la prospective
servation a pu trouver des terrains d’applications propices en sociologie, en ethno- métier (2001, 2002, 2003)
graphie ou plus récemment en sciences de gestion. Qu’elle soit qualifiée de directe,
directe diffuse,directe concentrée,directe déléguée,approfondie rapprochée (Savall, Pour chacune de ces sources, nous avons sélectionné les articles qui traitaient de
Zardet, 2004), de participante (Whyte, 1943, 1951 ; Lewin, 1947 ; etc.), elle permet au métiers ou de compétences et nous avons analysé les outils de recueil de l’informa-
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chercheur,non pas d’accéder à la réalité elle même,qui préexiste à la recherche mais tion qui avaient été sollicités dans ces recherches. Le tableau ci-dessous présente les
aux représentations des acteurs construites à partir de leurs propres perceptions résultats obtenus.
(Wacheux, 1996). Elle doit donc être accompagnée d’un travail épistémique. Pour
Avenier (2004),“le travail épistémique consiste, entre autres, à s'assurer de ce que la Source Titre Auteur Outil de recueil de
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problématique et la méthode de recherche choisies sont mutuellement pertinentes, l’information
et cohérentes entre elles ainsi qu'avec le terrain d'étude envisagé et la position épis- IAS 2001 L’impact des NTIC sur les Y. Negro Pas d’information
témologique du chercheur. Nous rejoignons ainsi Thiétart (1999) qui note que “c'est compétences des commer-
de la qualité de l'aller-retour dialectique, dans la cohérence et la pertinence, entre ciaux en milieu bancaire
objectif, méthode et analyse, qu'une bonne recherche peut émerger”.
IAS 2002 Réflexion sur le devenir A. Scouar- Entretiens
du DRH dans un contexte nec semi-directifs
maghrébin B. [Link]
2. L’observation des métiers : un savoir actionnable AGRH 2002 Réorganisation stratégique, re- D. Besson Recherche-action
en GRH ? définition des métiers et rela- Entretiens
tions sociales : un cas de mo- semi-directifs
Après avoir analysé le concept d’observation et les méthodologies généralement dernisation piloté par le Analyse
associées en sciences sociales, nous allons désormais nous centrer sur une forme management documentaire
particulière d’observation :celle des mé[Link]ête interne,enquête de satisfaction AGRH 2002 Compétence stratégique et T. Colin Entretiens
du personnel,baromètre social et depuis peu observatoire social ou des métiers,sont compétence des salariés : le B. Grasser semi-directifs
autant d’outils qui apparaissent ici ou là afin de “scruter” le social. Si l’objectif d’ob- cas du lancement d’un atelier Analyse
server le social est mis en avant, nous allons analyser les techniques de recueil d’in- innovant dans une entreprise documentaire
formations sollicitées par ces outils gestionnaires et en particulier par ceux dédiés à de l’automobile Questionnaire
l’observation des métiers et nous interroger sur la possible actionnabilité de l’obser- Six séances d’obser-
vation des métiers en GRH. vation de l’atelier
AGRH 2002 La grande distribution entre N. Commei- Analyse
stratégie et gestion des res- ras documentaire
2.1. L’observation des métiers : les méthodes utilisées sources humaines : le vécu des A. Loubès Entretiens
Nous allons désormais nous intéresser aux techniques de recueil de l’information chefs de rayon au moment de semi-directifs
dans les recherches dédiées aux compétences et aux mé[Link] ce faire,nous choi- la centralisation des achats Cinq journées
sissons d’analyser une base documentaire à notre disposition. Nous précisons que d’observation partici-
cette base est non-exhaustive mais elle rassemble cependant un nombre important pante
de recherches sur les métiers en sciences de gestion. Nous avons fait le choix de AGRH 2002 La gestion par les compéten- J. Deglaine Analyse
sélectionner : ces : accélérateur du projet R. François documentaire
stratégique de l’entreprise et Entretiens
1. Les actes de l’IAS, université de Printemps (2001, 2002, 2003) du développement personnel semi-directifs
2. Les actes des Congrès de l’AGRH (2002, 2003) Synthèse des
3. La revue de l’AGRH (2002, 2003, 2004) résultats envoyée
par courrier pour
4. Le dossier Prospective Métier de la Revue Française de Gestion 2002
validation
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n°1
AGRH 2003 Les tensions de rôle, la sur- N. Commei- Enquête par question- Revue L’influence des perceptions S. Borgi Enquête
charge de travail et le système ras, C. Four- naire AGRH 2002 de rôles sur l’intention de dé- par questionnaire
de contrôle : des déterminants nier,A. Lou- part volontaire chez les com-
de l’innovation dans le bès merciaux
travail ? une étude empirique
Revue Accroître la performance par J. Soulié-Ma- Enquête
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auprès des managers de rayon
AGRH 2003 l’enrichissement des tâches et thieu, par questionnaire
AGRH 2003 La “traduction” de l’innovation R. Coulon, Construction d’une l’autonomie : l’exemple des P. Mathieu
en nouveaux rôles profession- [Link], grille d’analyse techniciens de fabrication
nels : une grille d’analyse à P. Poirson Entretiens semi-direc- Revue L’adaptation au travail des ex- [Link], Enquête
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l’intention des conseillers RH tifs AGRH 2004 patriés : ses antécédents et J.L. Chandon par questionnaire
l’effet du pays d’origine
AGRH 2003 Evolution des compétences M. Dubois, Questionnaire inter-
clientèle et des systèmes d’in- D. Retour, M. actif en ligne Revue Contenu du travail et satisfac- D. Mottay Enquête
formation : quelles consé- E Bobillier- Enregistrement audio AGRH 2004 tion des salariés : résultats par questionnaire
quences pour les compéten- Chaumon d’entretiens profes- d’une étude empirique en mi-
ces du conseiller clientèle sionnels lieu hospitalier
Entretiens RFG n°140 Vers la création d’un observa- A. Scouar- Entretiens
AGRH 2003 Les compétences clé des M. Forne- Entretiens semi-direc- toire des métiers du marke- nec semi-directifs
contrôleurs de gestion : résul- rino, tifs ting Questionnaire
tats d’une étude empirique J. Deglaine, Enquête par question- (projet)
A. Godener naire RFG n°140 Pour une approche renouve- R. Monti Phénoménologie de
lée de la prospective métier l’action
AGRH 2003 Stratégies de gestion des res- L. Gastaldi Monographie
sources humaines et dyna- Entretiens semi-direc- RFG n°140 Les mutations de l’entreprise : M. Bergadaà Méthode Prodin
miques d’innovation intensi- tifs métiers commerciaux, NTIC, Entretiens
ves : quel management des Analyse documen- interface client semi-directifs
hommes et des compétences taire Questionnaires
dans la recherche Participation à un Groupe de travail
industrielle ? groupe de travail RFG n°140 La prospective des métiers à A. Scouar- Groupe de travail
France Télécom nec, P. Che- Grille d’analyse
AGRH 2003 Les compétences des ache- N. Merminot Etat de l’art
valier (questionnaire)
teurs : d’une approche géné- Projet :
rique à une approche typolo- Entretiens semi-direc- Cahier Le devenir des métiers du A. Scouar- Entretiens
gique tifs ANDCP/re- marketing : évolution des sa- nec semi-directifs
Questionnaires vue Person- voirs requis des directeurs
nel N°66 d’études
AGRH 2003 La prospective métier : un in- A. Scournec, Entretiens semi-direc-
strument au service d’une [Link] tifs Cahier L’impact des NTIC sur les mé- G. Lelarge Récit de vie
GRH innovante Questionnaires ANDCP/re- tiers et les compétences du
Groupe de travail vue Person- secteur bancaire
nel N°66
Revue L’ambiguïté de rôle et l’impli- N. Commei- Enquête par question- Cahier Evolution des métiers, compé- R.P. Martin Analyse
AGRH cation organisationnelle de la ras naire ANDCP/ tences et formations des ingé- documentaire
2002 force de vente au cours du cy- C. Fournier revue Per- nieurs et cadres dans les in- Entretiens
cle de carrière : état de l’art et sonnel n°66 dustries chimiques semi-directifs
application empirique Groupes de travail
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n°1
AGRH 2003 Les tensions de rôle, la sur- N. Commei- Enquête par question- Revue L’influence des perceptions S. Borgi Enquête
charge de travail et le système ras, C. Four- naire AGRH 2002 de rôles sur l’intention de dé- par questionnaire
de contrôle : des déterminants nier,A. Lou- part volontaire chez les com-
de l’innovation dans le bès merciaux
travail ? une étude empirique
Revue Accroître la performance par J. Soulié-Ma- Enquête
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auprès des managers de rayon
AGRH 2003 l’enrichissement des tâches et thieu, par questionnaire
AGRH 2003 La “traduction” de l’innovation R. Coulon, Construction d’une l’autonomie : l’exemple des P. Mathieu
en nouveaux rôles profession- [Link], grille d’analyse techniciens de fabrication
nels : une grille d’analyse à P. Poirson Entretiens semi-direc- Revue L’adaptation au travail des ex- [Link], Enquête
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l’intention des conseillers RH tifs AGRH 2004 patriés : ses antécédents et J.L. Chandon par questionnaire
l’effet du pays d’origine
AGRH 2003 Evolution des compétences M. Dubois, Questionnaire inter-
clientèle et des systèmes d’in- D. Retour, M. actif en ligne Revue Contenu du travail et satisfac- D. Mottay Enquête
formation : quelles consé- E Bobillier- Enregistrement audio AGRH 2004 tion des salariés : résultats par questionnaire
quences pour les compéten- Chaumon d’entretiens profes- d’une étude empirique en mi-
ces du conseiller clientèle sionnels lieu hospitalier
Entretiens RFG n°140 Vers la création d’un observa- A. Scouar- Entretiens
AGRH 2003 Les compétences clé des M. Forne- Entretiens semi-direc- toire des métiers du marke- nec semi-directifs
contrôleurs de gestion : résul- rino, tifs ting Questionnaire
tats d’une étude empirique J. Deglaine, Enquête par question- (projet)
A. Godener naire RFG n°140 Pour une approche renouve- R. Monti Phénoménologie de
lée de la prospective métier l’action
AGRH 2003 Stratégies de gestion des res- L. Gastaldi Monographie
sources humaines et dyna- Entretiens semi-direc- RFG n°140 Les mutations de l’entreprise : M. Bergadaà Méthode Prodin
miques d’innovation intensi- tifs métiers commerciaux, NTIC, Entretiens
ves : quel management des Analyse documen- interface client semi-directifs
hommes et des compétences taire Questionnaires
dans la recherche Participation à un Groupe de travail
industrielle ? groupe de travail RFG n°140 La prospective des métiers à A. Scouar- Groupe de travail
France Télécom nec, P. Che- Grille d’analyse
AGRH 2003 Les compétences des ache- N. Merminot Etat de l’art
valier (questionnaire)
teurs : d’une approche géné- Projet :
rique à une approche typolo- Entretiens semi-direc- Cahier Le devenir des métiers du A. Scouar- Entretiens
gique tifs ANDCP/re- marketing : évolution des sa- nec semi-directifs
Questionnaires vue Person- voirs requis des directeurs
nel N°66 d’études
AGRH 2003 La prospective métier : un in- A. Scournec, Entretiens semi-direc-
strument au service d’une [Link] tifs Cahier L’impact des NTIC sur les mé- G. Lelarge Récit de vie
GRH innovante Questionnaires ANDCP/re- tiers et les compétences du
Groupe de travail vue Person- secteur bancaire
nel N°66
Revue L’ambiguïté de rôle et l’impli- N. Commei- Enquête par question- Cahier Evolution des métiers, compé- R.P. Martin Analyse
AGRH cation organisationnelle de la ras naire ANDCP/ tences et formations des ingé- documentaire
2002 force de vente au cours du cy- C. Fournier revue Per- nieurs et cadres dans les in- Entretiens
cle de carrière : état de l’art et sonnel n°66 dustries chimiques semi-directifs
application empirique Groupes de travail
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n°1
Actes du 3° Evolution des métiers de l’en- A. Scouar- Analyse Actes du 3° La dynamique des métiers de L. Gastaldi Pas clairement
forum de P. vironnement nec documentaire forum de P. la recherche industrielle et définie ?
M 2003 Entretiens M 2003 des modes de gestion des res-
semi-directifs sources humaines en lien
Questionnaires avec les stratégies d’innova-
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Groupes de travail tion intensive
Actes du 3° Evolution du métier d’infir- A. Smida Analyse Actes du 3° Du métier de militaire à l’ar- M. Madoui, Etude documentaire
forum de P. mière documentaire forum de P. mée de métier : l’impact de la L. Chelly Entretiens
M 2003 Entretiens M 2003 professionnalisation sur le re- Questionnaire
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Actes du 3° Evolution des métiers de l’en- A. Scouar- Analyse Actes du 3° La dynamique des métiers de L. Gastaldi Pas clairement
forum de P. vironnement nec documentaire forum de P. la recherche industrielle et définie ?
M 2003 Entretiens M 2003 des modes de gestion des res-
semi-directifs sources humaines en lien
Questionnaires avec les stratégies d’innova-
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Groupes de travail tion intensive
Actes du 3° Evolution du métier d’infir- A. Smida Analyse Actes du 3° Du métier de militaire à l’ar- M. Madoui, Etude documentaire
forum de P. mière documentaire forum de P. mée de métier : l’impact de la L. Chelly Entretiens
M 2003 Entretiens M 2003 professionnalisation sur le re- Questionnaire
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semi-directifs crutement, la formation et la
Actes du 3° Transport routier de marchan- J.P. Fouquet Observation partici- gestion des officiers de ré-
forum de P. dises et évolutions du métier pante pendant plu- serve de service d’état-major
M 2003 de conducteur grande dis- sieurs années de l’armée de terre
tance Actes du 3° Le métier de conseiller-clien- C. Brassier- Entretiens
Actes du 3° Exploration de la mutation et M. Bergadaà, Méthode Prodin forum de P. tèle Rodriguès semi-directifs
forum de P. du changement d’un métier : S. Laaroussi Entretiens M 2003 Questionnaire
M 2003 le point de vue de la vente semi-directifs
Questionnaires Encadré 5 : Etat des travaux sur les métiers et méthodologie utilisée
Groupe de travail
Il s’avère que pour analyser les compétences et les métiers,différents outils de recueil
Actes du 3° Déqualification ou déplace- S. Bernard Observation d’informations sont sollicités et bien souvent combinés dans une même recherche.
forum de P. ment des compétences ? le participante Comme le constate Avenier (2004),“la complémentarité des méthodes et le le plura-
M 2003 “Temps” des caissières Entretiens lisme méthodologique contrôlé défendus dès 1985 par quelques chercheurs
semi-directifs (Avenier, 1985 ; Martinet, 1990 ; Girin, 1990) semblent être des positions de plus en
Actes du 3° Les nouveaux métiers liés aux M. Zune Entretiens biogra- plus répandues dans la recherche francophone en management (Thiétart, 1999), si
forum de P. TIC : au carrefour de nouvel- phiques ce n'est encore dans l'ensemble des sciences de gestion. Que disait alors A.C.
M 2003 les logiques professionnelles Etudes de cas Martinet ? “Admettons plutôt le pluralisme méthodologique contrôlé – aucune
méthode n'a, a priori, le monopole de la rigueur et de la raison – qui veille au travail
Actes du 3° Organisation et pilotage de la P. Lefebvre, Observation conceptuel, à l'explicitation de ses présupposés, à la pertinence, à la cohérence et à
forum de P. dynamique des métiers : vers P. Roos, participante, l'efficacité des modélisations, à la lisibilité des cheminements entre termes théo-
M 2003 une nouvelle forme de ratio- [Link] recherche-action riques et termes empiriques, à la communicabilité des énoncés”.
nalisation de la conception
Actes du 3° Démarches de gestion des dy- [Link], Observation
forum de P. namiques de métier en M. Eyhera- participante, 2.2. L’observation des métiers : quelle “actionnabilité” en GRH ?
M 2003 conception automobile bide recherche-action L’observation des métiers est-elle actionnable en GRH ? Autrement dit, quelle est sa
place, son utilité pour le gestionnaire de ressources humaines ou pour tout autre
Actes du 3° Evolution des métiers, évolu- A. Dietrich Entretiens décideur ? Nous allons, pour répondre à cette question, poser tout d’abord la défi-
forum de P. tion des pratiques de GRH : le semi-directifs nition d’un savoir “actionnable”.
M 2003 cas des comptables dans un
centre de gestion
Actes du 3° L’évolution du métier de D. Retour, M. Entretiens 2.2.1. Qu’est-ce qu’un savoir “actionnable” ?
forum de P. conseiller-clientèle dans le Dubois, M.E. semi-directifs Pour répondre à cette question, reprenons tout d’abord, les principales définitions
M 2003 secteur bancaire : une analyse Bobillier- Observation directe du savoir actionnable dans la littérature. Pour Argyris (1993), un savoir actionnable
tri-dimensionnelle Chaumon questionnaires est “un savoir à la fois valable et pouvant être “mis en action”dans la vie quotidienne”.
34 35
n°1
Argyris (2001) ajoute que “la mise en œuvre effective se produit lorsque (a) il y a cette action. On peut ainsi réconcilier dans une même démarche scientifique obser-
correspondance entre les intentions des acteurs et les résultats effectifs, (b) d’une vation, conception de modèles et d’outils, conception de trajectoires possibles pour
manière telle que les effets perdurent et (c) sans dégradation du niveau existant d’ef- les systèmes d’action collective cibles de l’intervention, et production de résultats
ficacité dans la résolution des problèmes”. fondamentaux en sciences de gestion”.
Comme le note Avenier (2004),“un savoir en sciences de gestion pouvant être “mis Est-ce que l’observation des métiers représente un savoir “actionnable”
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en action”dans la vie quotidienne est un savoir qui entre en résonance avec les préoc- en sciences de gestion et en particulier en GRH ?
cupations effectives de praticiens : comprendre des situations problématiques, inter-
venir pour améliorer des pratiques, des fonctionnements et plus généralement les La réponse à cette question va s’opérer en mettant premièrement en évidence les trois
performances d'une unité ou de l'organisation. En ancrant sa recherche dans des missions principales assignées à un observatoire des métiers, puis en reliant ces trois
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terrains d'étude concrets, et en définissant ses questions de recherche à partir de missions aux trois caractéristiques mises en évidence par Argyris (2001) quant au
préoccupations effectives de praticiens ou, mieux encore, en interaction avec des savoir “actionnable” :
praticiens, un chercheur accroît ses chances d'élaborer des savoirs qui pourront être
considérés par certains praticiens comme actionnables”. (a) il y a correspondance entre les intentions des acteurs et les résultats effectifs,
(b) d’une manière telle que les effets perdurent et
Nous rejoignons ici les travaux de Le Moigne (2000) qui considèrent la connaissance
(c) sans dégradation du niveau existant d’efficacité dans la résolution des
actionnable comme “la connaissance de faire, dans, par et pour l'action”. Cette posi-
problèmes”.
tion rejoint celle du learning by doing (Dewey, 1938/1993), ou de Lewin (1946) avec
la recherche-action. Nous exposons donc dans un premier temps les trois missions assignées à un obser-
vatoire des mé[Link] déplorons à ce stade le manque de travaux de nature acadé-
Pour David (2004),“il serait tentant d’opposer l’universel comme relevant seul de la
mique sur le [Link],les recherches documentaires et analyses des pratiques
science (la théorie) à l’actionnable comme relevant au mieux de l’application de la
nous permettent de mettre en évidence les trois missions suivantes :
science (la pratique). Or universalité et actionnabilité ne s’opposent pas : si les théo-
ries universelles sont celles qui inspirent et mobilisent les acteurs pour faire changer Mission d’analyse et d’anticipation :
leur organisation,alors ces théories sont actionnables au sens d’[Link] les connais-
sances actionnables relèvent d’une théorie de l’action,fût-elle locale,et si l’hypothèse L’observatoire se doit de comprendre et d’anticiper les évolutions des métiers. La
d’actionnabilité des théories universelles est vraie, alors il faut étudier les liens, conduite et le suivi d’études prospectives de nature qualitative et quantitative concer-
synchroniques et diachroniques, qui existent entre théories universelles et théories nant la gestion de l’emploi et des compétences relatives aux métiers concernés est
locales. La question du statut scientifique des théories et des connaissances se pose nécessaire. Ces études doivent permettre de repérer et d’identifier le contenu réel
donc dans les deux cas : il y a du scientifique et du non-scientifique des deux côtés, des emplois à tenir et les qualifications correspondantes. Elles visent également à
ce qui entraîne que le chercheur en sciences de gestion a vocation à traiter et à inté- cerner aussi précisément que possible les transformations qui se produiront dans la
grer les deux dimensions (universalité et actionnalibilité)”. nature des emplois et à déceler ainsi les domaines sur lesquels les personnels devront
acquérir de nouvelles compétences,de nouveaux savoir-faire pour exercer leur fonc-
tion. Grâce à ces études de type Prospective Métier (PM), il est possible de mettre en
2.2.2. L’observation des métiers : un savoir “actionnable” ?
évidence :
Pour David (2004),“les sciences de gestion relèvent non seulement de l’observation
mais aussi d’une contribution directe et revendiquée à l’action, comme c’est le cas • les métiers en émergence (métier non reconnu dont les prémisses d’activités
pour la science de l’aide à la décision, pour l’action research ou l’action science. Les existent de manière éclatée),
sciences de gestion sont aussi inventrices de gestion. Comment alors établir et justi- • les métiers en transformation (métier reconnu mais dont les domaines d’activités
fier le caractère scientifique de cette contribution ? L’intervention directe du cher- soit disparaissent, soit apparaissent ou restent stables ; c’est la combinaison de ces
cheur dans les processus concrets n’est-elle qu’un passage obligé pour “payer sa changements qui déterminent le degré de transformation du métier),
place”, ou le chercheur peut-il revendiquer une place inédite dans la co-conception
de l’action collective ? Cette démarche pose évidemment de nombreux problèmes • les métiers en obsolescence (métier reconnu dont les domaines d’activités sont
méthodologiques, mais elle permet d’intégrer et de dépasser la conception instru- en voie de disparition).
mentale des années soixante (Laufer, 2000) pour adopter une position de co-concep-
Grâce à ces études, l’observatoire devra identifier et définir les principaux facteurs
tion de l’action collective et d’analyse des conditions de réflexivité des acteurs sur
d’évolution internes aux organisations mais aussi liés à l’environnement externe qui
36 37
n°1
Argyris (2001) ajoute que “la mise en œuvre effective se produit lorsque (a) il y a cette action. On peut ainsi réconcilier dans une même démarche scientifique obser-
correspondance entre les intentions des acteurs et les résultats effectifs, (b) d’une vation, conception de modèles et d’outils, conception de trajectoires possibles pour
manière telle que les effets perdurent et (c) sans dégradation du niveau existant d’ef- les systèmes d’action collective cibles de l’intervention, et production de résultats
ficacité dans la résolution des problèmes”. fondamentaux en sciences de gestion”.
Comme le note Avenier (2004),“un savoir en sciences de gestion pouvant être “mis Est-ce que l’observation des métiers représente un savoir “actionnable”
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en action”dans la vie quotidienne est un savoir qui entre en résonance avec les préoc- en sciences de gestion et en particulier en GRH ?
cupations effectives de praticiens : comprendre des situations problématiques, inter-
venir pour améliorer des pratiques, des fonctionnements et plus généralement les La réponse à cette question va s’opérer en mettant premièrement en évidence les trois
performances d'une unité ou de l'organisation. En ancrant sa recherche dans des missions principales assignées à un observatoire des métiers, puis en reliant ces trois
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terrains d'étude concrets, et en définissant ses questions de recherche à partir de missions aux trois caractéristiques mises en évidence par Argyris (2001) quant au
préoccupations effectives de praticiens ou, mieux encore, en interaction avec des savoir “actionnable” :
praticiens, un chercheur accroît ses chances d'élaborer des savoirs qui pourront être
considérés par certains praticiens comme actionnables”. (a) il y a correspondance entre les intentions des acteurs et les résultats effectifs,
(b) d’une manière telle que les effets perdurent et
Nous rejoignons ici les travaux de Le Moigne (2000) qui considèrent la connaissance
(c) sans dégradation du niveau existant d’efficacité dans la résolution des
actionnable comme “la connaissance de faire, dans, par et pour l'action”. Cette posi-
problèmes”.
tion rejoint celle du learning by doing (Dewey, 1938/1993), ou de Lewin (1946) avec
la recherche-action. Nous exposons donc dans un premier temps les trois missions assignées à un obser-
vatoire des mé[Link] déplorons à ce stade le manque de travaux de nature acadé-
Pour David (2004),“il serait tentant d’opposer l’universel comme relevant seul de la
mique sur le [Link],les recherches documentaires et analyses des pratiques
science (la théorie) à l’actionnable comme relevant au mieux de l’application de la
nous permettent de mettre en évidence les trois missions suivantes :
science (la pratique). Or universalité et actionnabilité ne s’opposent pas : si les théo-
ries universelles sont celles qui inspirent et mobilisent les acteurs pour faire changer Mission d’analyse et d’anticipation :
leur organisation,alors ces théories sont actionnables au sens d’[Link] les connais-
sances actionnables relèvent d’une théorie de l’action,fût-elle locale,et si l’hypothèse L’observatoire se doit de comprendre et d’anticiper les évolutions des métiers. La
d’actionnabilité des théories universelles est vraie, alors il faut étudier les liens, conduite et le suivi d’études prospectives de nature qualitative et quantitative concer-
synchroniques et diachroniques, qui existent entre théories universelles et théories nant la gestion de l’emploi et des compétences relatives aux métiers concernés est
locales. La question du statut scientifique des théories et des connaissances se pose nécessaire. Ces études doivent permettre de repérer et d’identifier le contenu réel
donc dans les deux cas : il y a du scientifique et du non-scientifique des deux côtés, des emplois à tenir et les qualifications correspondantes. Elles visent également à
ce qui entraîne que le chercheur en sciences de gestion a vocation à traiter et à inté- cerner aussi précisément que possible les transformations qui se produiront dans la
grer les deux dimensions (universalité et actionnalibilité)”. nature des emplois et à déceler ainsi les domaines sur lesquels les personnels devront
acquérir de nouvelles compétences,de nouveaux savoir-faire pour exercer leur fonc-
tion. Grâce à ces études de type Prospective Métier (PM), il est possible de mettre en
2.2.2. L’observation des métiers : un savoir “actionnable” ?
évidence :
Pour David (2004),“les sciences de gestion relèvent non seulement de l’observation
mais aussi d’une contribution directe et revendiquée à l’action, comme c’est le cas • les métiers en émergence (métier non reconnu dont les prémisses d’activités
pour la science de l’aide à la décision, pour l’action research ou l’action science. Les existent de manière éclatée),
sciences de gestion sont aussi inventrices de gestion. Comment alors établir et justi- • les métiers en transformation (métier reconnu mais dont les domaines d’activités
fier le caractère scientifique de cette contribution ? L’intervention directe du cher- soit disparaissent, soit apparaissent ou restent stables ; c’est la combinaison de ces
cheur dans les processus concrets n’est-elle qu’un passage obligé pour “payer sa changements qui déterminent le degré de transformation du métier),
place”, ou le chercheur peut-il revendiquer une place inédite dans la co-conception
de l’action collective ? Cette démarche pose évidemment de nombreux problèmes • les métiers en obsolescence (métier reconnu dont les domaines d’activités sont
méthodologiques, mais elle permet d’intégrer et de dépasser la conception instru- en voie de disparition).
mentale des années soixante (Laufer, 2000) pour adopter une position de co-concep-
Grâce à ces études, l’observatoire devra identifier et définir les principaux facteurs
tion de l’action collective et d’analyse des conditions de réflexivité des acteurs sur
d’évolution internes aux organisations mais aussi liés à l’environnement externe qui
36 37
n°1
pourront avoir un impact à terme sur certains métiers et en déduire les principales • Les autorités politiques très sensibles à l’évolution de la compétitivité du pays
conséquences en termes de compétences et aussi de formation, initiale ou continue. dont ils ont la responsabilité.”
Le travail de l’observatoire des métiers ne saurait être dissocié d’analyse conjointe de 2.d’une manière telle que les effets perdurent : la mission de veille et de communi-
l’évolution des organisations et des secteurs d’activités. cation remplit cet objectif.L’observation des métiers ne peut se concevoir que dans
une vision dynamique du temps. En partant des travaux de Méric (2001), nous
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Mission de veille et de communication : posons les quatre attitudes possibles à l’égard du temps :
L’observatoire a également pour mission de développer la complémentarité et le
caractère transversal des études concernant les métiers concernés. Dans cette
perspective, l’observatoire inventorie les études ou projets engagés par d’autres
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Mission de soutien méthodologique : Encadré 6 : Cadre d’analyse du rapport au temps, adapté de Méric (2001)
L’observatoire est également chargé de définir des méthodes d’analyse des emplois • la rétrospection : c’est la prise en compte du passé
et des compétences. Cela suppose la mise à disposition de méthodes et d’outils • la prospective : c’est la prise en compte du futur ou plus exactement des futurs
destinés à optimiser la visibilité sur le devenir des métiers et des compétences. Des possibles
échanges avec d’autres chercheurs sont à ce niveau nécessaires. • la réaction qui consiste à réagir après un événement
Il nous incombe désormais de mettre en relation ces éléments avec les trois caracté- • la proaction qui consiste à anticiper, à agir avant.
ristiques du savoir “actionnable” chez Argyris (2001).
Nous considérons à ce niveau qu’elle permet de réconcilier le temps de la réflexion
1. Il y a correspondance entre les intentions des acteurs et les résultats effectifs : ceci et le temps de l’action.
semble possible car la mission d’analyse et d’anticipation a comme objectif de
réduire les asymétries d’information et donc l’incertitude entre les différents [Link] dégradation du niveau existant d’efficacité dans la résolution des problèmes”.
acteurs intéressés par les problématiques métiers. Comme le souligne Boyer Le “terrain” ne se conçoit donc pas comme un espace de simple observation mais
(2002),“c’est un thème qui intéresse par définition de nombreux acteurs : comme un espace de co-conception de l’action collective. C’est dans ce cadre que
se conçoit l’observation des métiers. Un observatoire des métiers est une instance
• les salariés qui exercent leurs talents dans un ou plusieurs métiers et qui technique d’aide à la décision. Il est chargé de fournir toute information utile
souhaitent connaître les compétences qui leur seront demandés à l’avenir. concernant la gestion de l’emploi et des compétences. Cette mise à disposition de
• les responsables hiérarchiques de ces mêmes salariés soucieux de s’assurer que l’information suppose une dimension de veille [Link] effet,un observatoire des
les compétences requises par les activités futures de l’entreprise seront bien métiers doit se concevoir comme un lieu d’échange,de confrontation d’idées et de
détenues par leurs collaborateurs. construction des “possibles”. Dans ce cadre, l’observatoire est donc chargé de
• les directions des ressources humaines qui ont en charge la régulation du mener des travaux d’analyse ou de coordonner des études relatives aux métiers
personnel de l’entreprise et notamment l’évolution des salariés. concernés et de les projeter dans l’avenir.
• les organismes de formation interne ou externe aux entreprises soucieux de A ce stade l’articulation observation/construction de la connaissance est délicate.
proposer des programmes pédagogiques visant à faire évoluer dans le sens Nous rejoignons la position d’Avenier (2004) qui recommande un travail epistémique.
attendu par le marché de l’emploi les compétences des participants, qu’ils En se référant à Martinet (2000), elle précise que “la critique épistémologique interne
soient en formation initiale ou continue. (c'est-à-dire effectuée par le chercheur lui-même), également appelée travail épisté-
38 39
n°1
pourront avoir un impact à terme sur certains métiers et en déduire les principales • Les autorités politiques très sensibles à l’évolution de la compétitivité du pays
conséquences en termes de compétences et aussi de formation, initiale ou continue. dont ils ont la responsabilité.”
Le travail de l’observatoire des métiers ne saurait être dissocié d’analyse conjointe de 2.d’une manière telle que les effets perdurent : la mission de veille et de communi-
l’évolution des organisations et des secteurs d’activités. cation remplit cet objectif.L’observation des métiers ne peut se concevoir que dans
une vision dynamique du temps. En partant des travaux de Méric (2001), nous
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Mission de veille et de communication : posons les quatre attitudes possibles à l’égard du temps :
L’observatoire a également pour mission de développer la complémentarité et le
caractère transversal des études concernant les métiers concernés. Dans cette
perspective, l’observatoire inventorie les études ou projets engagés par d’autres
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acteurs (cabinets, organismes, etc).Au delà de cet inventaire, il s’attache à capitaliser
et valoriser les expériences et analyses réalisées et à en assurer une diffusion la plus
large possible. Il y a un véritable travail de veille informationnelle et de communica-
tion.L’observatoire doit donc communiquer par des publications,des séminaires,des
forums les résultats de ses travaux ou de travaux relatifs au (x) métier (s) concerné(s).
La création d’un site Internet est à ce niveau souhaitable. L’observatoire est aussi un
lieu d’échanges et de partages d’informations, d’idées pour mieux anticiper le futur
des métiers.
Mission de soutien méthodologique : Encadré 6 : Cadre d’analyse du rapport au temps, adapté de Méric (2001)
L’observatoire est également chargé de définir des méthodes d’analyse des emplois • la rétrospection : c’est la prise en compte du passé
et des compétences. Cela suppose la mise à disposition de méthodes et d’outils • la prospective : c’est la prise en compte du futur ou plus exactement des futurs
destinés à optimiser la visibilité sur le devenir des métiers et des compétences. Des possibles
échanges avec d’autres chercheurs sont à ce niveau nécessaires. • la réaction qui consiste à réagir après un événement
Il nous incombe désormais de mettre en relation ces éléments avec les trois caracté- • la proaction qui consiste à anticiper, à agir avant.
ristiques du savoir “actionnable” chez Argyris (2001).
Nous considérons à ce niveau qu’elle permet de réconcilier le temps de la réflexion
1. Il y a correspondance entre les intentions des acteurs et les résultats effectifs : ceci et le temps de l’action.
semble possible car la mission d’analyse et d’anticipation a comme objectif de
réduire les asymétries d’information et donc l’incertitude entre les différents [Link] dégradation du niveau existant d’efficacité dans la résolution des problèmes”.
acteurs intéressés par les problématiques métiers. Comme le souligne Boyer Le “terrain” ne se conçoit donc pas comme un espace de simple observation mais
(2002),“c’est un thème qui intéresse par définition de nombreux acteurs : comme un espace de co-conception de l’action collective. C’est dans ce cadre que
se conçoit l’observation des métiers. Un observatoire des métiers est une instance
• les salariés qui exercent leurs talents dans un ou plusieurs métiers et qui technique d’aide à la décision. Il est chargé de fournir toute information utile
souhaitent connaître les compétences qui leur seront demandés à l’avenir. concernant la gestion de l’emploi et des compétences. Cette mise à disposition de
• les responsables hiérarchiques de ces mêmes salariés soucieux de s’assurer que l’information suppose une dimension de veille [Link] effet,un observatoire des
les compétences requises par les activités futures de l’entreprise seront bien métiers doit se concevoir comme un lieu d’échange,de confrontation d’idées et de
détenues par leurs collaborateurs. construction des “possibles”. Dans ce cadre, l’observatoire est donc chargé de
• les directions des ressources humaines qui ont en charge la régulation du mener des travaux d’analyse ou de coordonner des études relatives aux métiers
personnel de l’entreprise et notamment l’évolution des salariés. concernés et de les projeter dans l’avenir.
• les organismes de formation interne ou externe aux entreprises soucieux de A ce stade l’articulation observation/construction de la connaissance est délicate.
proposer des programmes pédagogiques visant à faire évoluer dans le sens Nous rejoignons la position d’Avenier (2004) qui recommande un travail epistémique.
attendu par le marché de l’emploi les compétences des participants, qu’ils En se référant à Martinet (2000), elle précise que “la critique épistémologique interne
soient en formation initiale ou continue. (c'est-à-dire effectuée par le chercheur lui-même), également appelée travail épisté-
38 39
n°1
mique, ne porte pas seulement sur le processus cognitif d'élaboration de ces savoirs. • une précaution épistémologique : un travail épistémique est en effet nécessaire
Elle s'adresse également aux produits de ce processus,c'est-à-dire aux savoirs élaborés pour mettre en perspective pratique et théorie, collecte et interprétation, pour
eux-mêmes. Elle consiste alors à questionner le sens profond des notions mobilisées dépasser la simple description de la réalité et parvenir à la construction de la
et/ou élaborées, à les mettre en perspective théorique et pratique, à les articuler aux connaissance d’intention scientifique, qui résulte “de la confrontation du corps
savoirs déjà admis et éventuellement à procéder à leur déconstruction-reconstruc- d’hypothèses aux matériaux, pour déboucher sur ce qu’on appelle communément
tion”. Elle considère alors que “le travail épistémique est aux constructivismes ce que les résultats de la recherche” (Savall, Zardet, 2004).
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la démarche scientifique est aux positivismes”, en soulignant néanmoins une diffé-
rence notable : contrairement aux épistémologies positivistes où l'élaboration des
savoirs et la validation de ces savoirs s'effectuent au cours de deux processus consé- Bibliographie
cutifs dissociés, dans les épistémologies constructivistes, les processus d'élaboration
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et de légitimation des savoirs sont simultanés et indissociables” (Avenier, 2004). [Link] (2003), Savoir pour agir, Dunod, Paris.
[Link] (2003),“A Life Full of Learning”, Organizational Studies 24 (7) : 1178-1192,
Sage Publications, London,Thousand Oaks, CA & New Delhi.
[Link] (1993), Knowledge for Action, A Guide to Overcoming Barriers to
Conclusion Organizational Change, Jossey-Bass Inc., San Francisco, (trad. franç. : Savoir
Nous retiendrons de cette communication comme le notait Giddens (1987) que “la pour agir, InterEditions, 1995).
plus importante des préoccupations est de se pourvoir de moyens conceptuels qui [Link] (1985),“Complémentarité et fragilité des méthodes de recherche en
permettent d’analyser ce que savent les acteurs à propos de ce pourquoi ils font ce gestion”, in Méthodologies Fondamentales en Gestion, actes du colloque
qu’ils font,en particulier lorsque ces acteurs ne sont pas conscients (de façon discur- CNRS-FNEGE-ISEOR, nov., 23-52.
sive) qu’ils le savent, ou lorsque des acteurs, dans d’autres contextes, n’ont pas une [Link] (2004),“Transformer l’expérience en savoirs actionnables légitimés en
telle conscience [Link] tâches sont avant tout de nature herméneutique mais sciences de gestion considérées comme des sciences de conception”, First
elles sont aussi inhérentes et nécessaires à la théorie du social. Dans la “théorie du International Co-sponsored Conference Research methods Division Academy
social”, je le répète, la “théorie”n’est pas uniquement, ni même d’abord, un ensemble of Management/Iseor, Lyon.
de généralisations (entendues dans le second sens), et les concepts qu’elle contient S. Biardeau, S. Bourcieu, M. Salgado (2004),“Vers un syncrétisme des approches en
ne sont pas exclusivement ceux qui rendent possible de telles généralisations, et qui recherche managériale”, First International Co-sponsored Conference
en sont constitutifs. Bien au contraire, il faut mettre ces concepts en rapport avec Research methods Division Academy of Management/Iseor, Lyon.
d’autres qui font référence à la compétence (knowledgeability) des agents à laquelle A. Blanchet, R. Giglione, J. Massonat,[Link], (1992), Les techniques d’enquête
ils sont inévitablement liés”. en sciences sociales, Dunod.
L. Boyer (2002),“Le devenir des métiers”, Revue Française de Gestion, n°140.
Dans un contexte où “avoir un métier, ce n’est plus être libre au sens où l’entendait
R. Bogdan, [Link] (1975), Introduction to qualitative Research methods.A
Proudhon (j’ai un état,je peux aller partout,je n’ai besoin de personne),mais c’est être
phenomenological Approach to the social Sciences, New York, london John
détenteur d’un patrimoine dont on pense, à tort ou à raison, qu’il a une valeur sur un
Wiley and Sons.
marché du travail qui transcende celui de l’entreprise (Piotet, 2002), on comprend
alors l’enjeu tant individuel que social, voire sociétal que représente le devenir des A. Comte (1907-1908), Cours de philosophie positive, [Link].
métiers. L’observation des métiers se trouve ainsi légitimée en ce qu’elle se pourvoit A. David, Hatchuel A. & Laufer R. (2000), Les nouvelles fondations des sciences de
comme réductrice d’incertitude, d’asymétries d’information et qu’elle permet une gestion,Vuibert, Paris.
meilleure appréhension de l’[Link], pour se concevoir comme un savoir A. David (2004),“Les connaissances en sciences de gestion : devons-nous choisir
actionnable en GRH, l’observation des métiers nécessite quelques précautions : entre scientificité et actionnabilité ?”, First International Co-sponsored
Conference Research methods Division Academy of Management/Iseor,
• une précaution méthodologique : l’approche multi-méthodes semble souhaitable. Lyon.
Loin des débats opposant les quantitativites aux qualitativistes, il semble aujour- J. Dewey (1938-1993),“Unity of Science as a Social Problem”, in Intern. Encycl. of
d’hui nécessaire de viser une combinaison harmonieuse des méthodologies unified Sciences, vol. 1, 760p.
adaptée à son objet de recherche. Sans visée exhaustive, l’exercice auquel nous Y. Evrard, B. Pras, E. Roux, Market : études et recherches en marketing,
nous sommes livrés sur près de quarante travaux de recherche relatifs aux métiers Fondements/Méthodes, Nathan, 1993.
a montré la diversité des outils de recueil de l’information. A. Giddens (1987), La constitution de la société, PUF.
40 41
n°1
mique, ne porte pas seulement sur le processus cognitif d'élaboration de ces savoirs. • une précaution épistémologique : un travail épistémique est en effet nécessaire
Elle s'adresse également aux produits de ce processus,c'est-à-dire aux savoirs élaborés pour mettre en perspective pratique et théorie, collecte et interprétation, pour
eux-mêmes. Elle consiste alors à questionner le sens profond des notions mobilisées dépasser la simple description de la réalité et parvenir à la construction de la
et/ou élaborées, à les mettre en perspective théorique et pratique, à les articuler aux connaissance d’intention scientifique, qui résulte “de la confrontation du corps
savoirs déjà admis et éventuellement à procéder à leur déconstruction-reconstruc- d’hypothèses aux matériaux, pour déboucher sur ce qu’on appelle communément
tion”. Elle considère alors que “le travail épistémique est aux constructivismes ce que les résultats de la recherche” (Savall, Zardet, 2004).
Document téléchargé depuis [Link] - - SIDIBE Moctar - [Link] - 30/06/2019 17h19. © Management Prospective Ed.
la démarche scientifique est aux positivismes”, en soulignant néanmoins une diffé-
rence notable : contrairement aux épistémologies positivistes où l'élaboration des
savoirs et la validation de ces savoirs s'effectuent au cours de deux processus consé- Bibliographie
cutifs dissociés, dans les épistémologies constructivistes, les processus d'élaboration
Document téléchargé depuis [Link] - - SIDIBE Moctar - [Link] - 30/06/2019 17h19. © Management Prospective Ed.
et de légitimation des savoirs sont simultanés et indissociables” (Avenier, 2004). [Link] (2003), Savoir pour agir, Dunod, Paris.
[Link] (2003),“A Life Full of Learning”, Organizational Studies 24 (7) : 1178-1192,
Sage Publications, London,Thousand Oaks, CA & New Delhi.
[Link] (1993), Knowledge for Action, A Guide to Overcoming Barriers to
Conclusion Organizational Change, Jossey-Bass Inc., San Francisco, (trad. franç. : Savoir
Nous retiendrons de cette communication comme le notait Giddens (1987) que “la pour agir, InterEditions, 1995).
plus importante des préoccupations est de se pourvoir de moyens conceptuels qui [Link] (1985),“Complémentarité et fragilité des méthodes de recherche en
permettent d’analyser ce que savent les acteurs à propos de ce pourquoi ils font ce gestion”, in Méthodologies Fondamentales en Gestion, actes du colloque
qu’ils font,en particulier lorsque ces acteurs ne sont pas conscients (de façon discur- CNRS-FNEGE-ISEOR, nov., 23-52.
sive) qu’ils le savent, ou lorsque des acteurs, dans d’autres contextes, n’ont pas une [Link] (2004),“Transformer l’expérience en savoirs actionnables légitimés en
telle conscience [Link] tâches sont avant tout de nature herméneutique mais sciences de gestion considérées comme des sciences de conception”, First
elles sont aussi inhérentes et nécessaires à la théorie du social. Dans la “théorie du International Co-sponsored Conference Research methods Division Academy
social”, je le répète, la “théorie”n’est pas uniquement, ni même d’abord, un ensemble of Management/Iseor, Lyon.
de généralisations (entendues dans le second sens), et les concepts qu’elle contient S. Biardeau, S. Bourcieu, M. Salgado (2004),“Vers un syncrétisme des approches en
ne sont pas exclusivement ceux qui rendent possible de telles généralisations, et qui recherche managériale”, First International Co-sponsored Conference
en sont constitutifs. Bien au contraire, il faut mettre ces concepts en rapport avec Research methods Division Academy of Management/Iseor, Lyon.
d’autres qui font référence à la compétence (knowledgeability) des agents à laquelle A. Blanchet, R. Giglione, J. Massonat,[Link], (1992), Les techniques d’enquête
ils sont inévitablement liés”. en sciences sociales, Dunod.
L. Boyer (2002),“Le devenir des métiers”, Revue Française de Gestion, n°140.
Dans un contexte où “avoir un métier, ce n’est plus être libre au sens où l’entendait
R. Bogdan, [Link] (1975), Introduction to qualitative Research methods.A
Proudhon (j’ai un état,je peux aller partout,je n’ai besoin de personne),mais c’est être
phenomenological Approach to the social Sciences, New York, london John
détenteur d’un patrimoine dont on pense, à tort ou à raison, qu’il a une valeur sur un
Wiley and Sons.
marché du travail qui transcende celui de l’entreprise (Piotet, 2002), on comprend
alors l’enjeu tant individuel que social, voire sociétal que représente le devenir des A. Comte (1907-1908), Cours de philosophie positive, [Link].
métiers. L’observation des métiers se trouve ainsi légitimée en ce qu’elle se pourvoit A. David, Hatchuel A. & Laufer R. (2000), Les nouvelles fondations des sciences de
comme réductrice d’incertitude, d’asymétries d’information et qu’elle permet une gestion,Vuibert, Paris.
meilleure appréhension de l’[Link], pour se concevoir comme un savoir A. David (2004),“Les connaissances en sciences de gestion : devons-nous choisir
actionnable en GRH, l’observation des métiers nécessite quelques précautions : entre scientificité et actionnabilité ?”, First International Co-sponsored
Conference Research methods Division Academy of Management/Iseor,
• une précaution méthodologique : l’approche multi-méthodes semble souhaitable. Lyon.
Loin des débats opposant les quantitativites aux qualitativistes, il semble aujour- J. Dewey (1938-1993),“Unity of Science as a Social Problem”, in Intern. Encycl. of
d’hui nécessaire de viser une combinaison harmonieuse des méthodologies unified Sciences, vol. 1, 760p.
adaptée à son objet de recherche. Sans visée exhaustive, l’exercice auquel nous Y. Evrard, B. Pras, E. Roux, Market : études et recherches en marketing,
nous sommes livrés sur près de quarante travaux de recherche relatifs aux métiers Fondements/Méthodes, Nathan, 1993.
a montré la diversité des outils de recueil de l’information. A. Giddens (1987), La constitution de la société, PUF.
40 41
n°1
Diagnostic d’entreprise :
J. Girin (1990),“Analyse empirique des situations de gestion : éléments de théorie et
une démarche humaniste
de méthode”, in Martinet (coord.) (op. cit.), 141-182.
M. Grawitz (1993), Méthodes des sciences sociales, Précis Dalloz.
dans un monde normatif
[Link] Moigne (2000), Préface, in Avenier M.J. (op. cit.), 7-15.
K. Lewin (1946),“Action Research and Minority Problems”, Journal of Social par Zahir Yanat
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B. Malinowsky (1922), Les Argonautes du pacifique occidental, trad.1963.
[Link] (coord.) (1990), Epistémologie et Sciences de Gestion, Economica, Résumé L'entreprise évolue dans un monde normé et cela soulève de sérieuses
Paris. questions liées à la créativité. L'existence des normes, leur développe-
ment, leur pérennité, contribue à réguler la société au travail. La réfé-
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L’entrée dans le 21ème siècle est propice à la question fondamentale qui continue de
préoccuper tous les hommes qui pensent et agissent :“le problème de comprendre
le monde, nous-mêmes et notre connaissance en tant qu’elle fait partie du monde”.
Vaste,difficile et vaine question… Vaste question qui implique chez le chercheur une
approche destinée à saisir la réalité, toute le réalité, dans la globalité et la singularité
de ses éléments, dans le désir et la poursuite de la performance économique et
[Link] question qui implique chez le chercheur une ouverture d’esprit pour
mobiliser les atouts des sciences, de toutes les sciences, les sciences sociales, à l’évi-
dence, mais aussi “le savoir commun” dans le désir et la poursuite de la performance
[Link] question qui implique chez le chercheur le sens de l’humilité, de
la prudence et de la tempérance dans le désir et la poursuite de la performance
éthique. Armé de ces trois précautions – saisir la réalité totale, s’ouvrir à toutes les
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