Pro 4
Pro 4
{yj,j ∈N}. La loi conjointe du couple (X,Y) est donn´ee par (X,Y)(Ω) (ou par X(Ω) et
On se donne X et Y deux variables al´eatoires discr`etes avec X(Ω) = {x i,i∈N}et Y(Ω) =
P(X= x,Y= y) = P{ω,X(ω) = x et Y(ω) = y}, pour tout couple (x,y) ∈(X,Y)(Ω).
Y(Ω)) ainsi que par les probabilit´es
loi conjointe du vecteur (X1,...,Xn) est donn´ee par l’ensemble-image (X1,...,Xn)(Ω) ⊂Nn
Plus g´en´eralement, si X1,...,Xn sont n variables al´eatoires discr`etes `a valeurs dans N, la
ainsi que par les probabilit´es P(X1 = i1,...,Xn = in), pour tout n-uplet (i1,...,in) ∈Nn
.
Exemple 1 : Fixons p∈]0,1[ et λ>0 et consid´erons le couple de variables al´eatoires (X,Y) `a
valeurs dans {0,1}×N dont la loi est donn´ee par :
P(X = 0,Y = 0) = 1−p
P(X = 1,Y= k) = pe−λλk/k!, pour tout k∈N
P(X= j,Y= k) = 0 sinon.
On a bien i,j P(X= i,Y= j) = 1 : on a donc bien ´ecrit la loi d’un couple al´eatoire discret.
Exemple 2 : On dispose d’une urne contenant quatre jetons num´erot´es de 1 `a 4, et on tire au
sort successivement deux jetons sans remise. On note (X,Y) les r´esultats des deux tirages.
On a : P(X= i,Y= i) = 0 pour tout i entre 1 et 4 et P(X= i,Y= j) = 1/12 si
1 ≤i,j ≤4 et i̸= j.
On peut ´ecrire les probabilit´es sous la forme du tableau suivant (o`u par exemple dans la
deuxi`eme case de la premi`ere ligne, on lit P(X = 1,Y = 2)) :
X\Y 1 2 1/12 3 4Couples
et vecteurs de variables al´eatoires
Pr´eparation `a l’agr´egation interne
1 Couples et vecteurs al´eatoires discrets
1.1 Loi conjointe
{yj,j ∈N}. La loi conjointe du couple (X,Y) est donn´ee par (X,Y)(Ω) (ou par X(Ω) et
On se donne X et Y deux variables al´eatoires discr`etes avec X(Ω) = {x i,i∈N}et Y(Ω) =
P(X= x,Y= y) = P{ω,X(ω) = x et Y(ω) = y}, pour tout couple (x,y) ∈(X,Y)(Ω).
Y(Ω)) ainsi que par les probabilit´es
loi conjointe du vecteur (X1,...,Xn) est donn´ee par l’ensemble-image (X1,...,Xn)(Ω) ⊂Nn
Plus g´en´eralement, si X1,...,Xn sont n variables al´eatoires discr`etes `a valeurs dans N, la
ainsi que par les probabilit´es P(X1 = i1,...,Xn = in), pour tout n-uplet (i1,...,in) ∈Nn
.
Exemple 1 : Fixons p∈]0,1[ et λ>0 et consid´erons le couple de variables al´eatoires (X,Y) `a
valeurs dans {0,1}×N dont la loi est donn´ee par :
P(X = 0,Y = 0) = 1−p
P(X = 1,Y= k) = pe−λλk/k!, pour tout k∈N
P(X= j,Y= k) = 0 sinon.
On a bien i,j P(X= i,Y= j) = 1 : on a donc bien ´ecrit la loi d’un couple al´eatoire discret.
Exemple 2 : On dispose d’une urne contenant quatre jetons num´erot´es de 1 `a 4, et on tire au
sort successivement deux jetons sans remise. On note (X,Y) les r´esultats des deux tirages.
On a : P(X= i,Y= i) = 0 pour tout i entre 1 et 4 et P(X= i,Y= j) = 1/12 si
1 ≤i,j ≤4 et i̸= j.
On peut ´ecrire les probabilit´es sous la forme du tableau suivant (o`u par exemple dans la
deuxi`eme case de la premi`ere ligne, on lit P(X = 1,Y = 2)) :
X\Y 1 2 1/12 3 4
1/12
4 1/12 1 0 1/12 2 1/12 0 1/12 1/12
3 1/12 1/12 0 1/12
1/12 1/12 0
Exemple 3 : Loi trinomiale. On se fixe un nombre entier nstrictement positif et deux param`etres
tel que (X,Y)(Ω) ∈N2 et donn´ee pour tout (i,j) ∈N2 tels que i+ j ≤n par :
r´eels positifs px et py tels que px+py ≤1. La loi trinomiale (n,px,py) est la loi du couple (X,Y)
P(X= i,Y= j) = n!
i!j!(n−i−j)!pi
xpj
y(1−px−py)n−i−j
,2
et P(X= i,Y= j) = 0 sinon.
Exercice : Montrer que l’on d´efinit bien ainsi la loi d’un couple al´eatoire.
La loi trinomiale est une extension de la loi binomiale. Imaginons en effet une exp´erience
qui a trois issues possibles, not´ee x, y et z, avec comme probabilit´e de r´ealisation p x, py et
pz = 1−px−py. R´ep´etons nfois cette exp´erience (nest fix´e) de fa¸con ind´ependante et comptons
le nombre d’apparitions de x (nombre not´e X) et de y (not´e Z) parmi ces n r´ep´etitions. C’est
alors un exercice de d´enombrement que de d´emontrer que le couple (X,Y) suit alors une loi
trinomiale de param`etres (n,px,py).
1.2 Lois marginales
D´efinition 1.1 Les (deux) lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´ea-
toires X et Y. On les obtient de la fa¸con suivante :
P(X= x) =
y∈Y(Ω)
P(Y= y) =
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= y),
P(X= x,Y= y).
On a
P(X= j) =
=
n
k=0
n−j
k=0
n−j
k=0
P(X= j,Y= k) +
n
k=n−j+1
P(X= j,Y= k)
n!
=
j!k!(n−j−k)!pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k + 0
n!
=
j!(n−j)!pj
x
n−j
(n−j)!
k!(n−j−k)!pk
y(1−px−py)n−j−k
k=0
=
n
j pj
x(1−px)n−j
La variable al´eatoire X suit donc une loi Bin(n,px). Un calcul similaire montre que Y suit
une loi binomiale Bin(n,py).
1.3 Loi de f(X,Y)
Probl`eme : On dispose d’un couple de variables al´eatoires discr`etes (X,Y) dont on connaˆıt
la loi conjointe et on voudrait connaˆıtre la loi de la variable al´eatoire Z= f(X,Y), o`u f :
X(Ω) ×Y(Ω) →R est une fonction donn´ee. Par exemple, on a souvent besoin de connaˆıtre la
loi de X + Y, ou celle de X−Y, ou de XY. Et d´eterminer la loi de X `a partir de celle de
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),f(x,y)=z
P(X= x,Y= y).4
Exemple : Reprenons une nouvelle fois l’exemple 1 et consid´erons la fonction f(x,y) = xy. La
variable al´eatoire XY est `a valeurs dans N et on a
P(XY = 0) = P(X = 0,Y = 0) + P(X = 1,Y = 0) = 1−p+ pe −λ
et, pour tout k∈N∗
,
P(XY= k) = P(X = 1,Y= k) = pe−λλk
k!.
Un cas particulier important. Nous consid´erons ici la fonction f(x,y) = x+ y. On obtient :
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),x+y=z
=
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
=
P(X= z−y,Y= y)
y∈Y(Ω)
Plus g´en´eralement, si X = (X1,...,Xn) est un vecteur al´eatoire discret et f : X(Ω) →R
est une fonction donn´ee, on a :
P(f(X1,...,Xn) = z) =
x1,...,xn,f(x1,...,xn)=z
P(X1 = x1,...,Xn = xn).
On en d´eduit le corollaire fondamental suivant :
Proposition 1.3 Soient X et Y deux variables al´eatoires discr`etes et int´egrables. Alors la
variable al´eatoire Z= X+ Y est int´egrable et on a E(X+ Y) = E(X) + E(Y).
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
On a donc
Puis
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|z|
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= z−x)
|x+ (z−x)|P(X= x,Y= z−x)
5
En utilisant l’in´egalit´e triangulaire, il vient :
E(|X+ Y|) ≤
z∈(X+Y)(Ω)
≤
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
(|x|+ |z−x|)P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
+
z∈(X+Y)(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
+
x∈X(Ω)
|z−x|P(X= x,Y= z−x)
´
Etudions tout d’abord la premi`ere somme :
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
=
x∈X(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|
z∈(X+Y)(Ω)
[|x|P(X= x)] = E(|X|)
P(X= x,Y= z−x)
Passons `a la deuxi`eme somme : sommer sur x ∈X(Ω) ou sur x tel que z−x ∈Y(Ω) ne
Exemple 1 : La loi de Y sachant {X = 1}est donn´ee par Y(Ω) ∈N et, pour tout entier
{Z= z}...
positif k, on a
1
P(Y= k|X = 1) = P(Y= k et X = 1)
P(X = 1)
= pe−λλk
k! ×
p
= e−λλk
k!.
La loi conditionnelle de Y sachant que {X = 1}est donc une loi de Poisson de param`etre
λ.7
Exemple 2 : La loi de X sachant {Y = 1}est la loi uniforme sur {2,3,4}.
Exemple 3 : Supposons que (X,Y) suit une loi trinomiale (n,px,py) et calculons la loi
On a
P(X= j|Y= k) = P(X= j et Y= k)
P(Y= k)
n! pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k
k!(n−k)!
=
j!k!(n−j−k)!
n! pk
y(1−py)n−k
(n−k)!
=
j!(n−k−j)!
px
1−py
j 1−px−py
1−py
.
La loi conditionnelle de X sachant {Y= k}est donc une loi binomiale (n−k,p x/(1−py)).
n−k−j
1.5 Ind´ependance de variables al´eatoires discr`etes
tout x ∈X(Ω) et tout y ∈Y(Ω), les ´ev´enements {X= x}et {Y= y}sont ind´ependants,
D´efinition 1.4 Deux variables al´eatoires discr`etes X et Y sont dites ind´ependantes si pour
c’est-`a-dire :
P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y).
y ∈Y(Ω) et tout x ∈X(Ω) tels que P(Y= y) > 0 et P(X= x) > 0, P(X= x|Y= y) =
Si X et Y sont deux variables al´eatoires discr`etes ind´ependantes, on aura donc, pour tout
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y)
La variable al´eatoire Z est donc int´egrable si la somme
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
|z|
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y) 9
converge. Or cette somme peut s’´ecrire
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
=
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
La mˆeme proc´edure appliqu´ee `a la somme sans les valeurs absolues permet d’obtenir le r´esultat
d´esir´e pour E(h(X,Y)).
Application : Cette proposition permet d’´ecrire notamment les esp´erances de X, de Y ou de
XY sans expliciter la loi de ces variables al´eatoires. Si le couple (X,Y) est discret, on a ainsi
E(X) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(Y) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(XY) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
xP(X= x,Y= y)
yP(X= x,Y= y)
xyP(X= x,Y= y)
lorsque les s´eries convergent.
Revenons maintenant `a la matrice de covariance :
Proposition 1.8 1. Une matrice de covariance C est toujours une matrice sym´etrique et
positive (i.e., pour tout v∈Rn
, <v,Cv>≥0).
2. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et int´egrables, on a E(XY) =
E(X)E(Y) et donc cov(X,Y) = 0. La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
3. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et f et g deux fonctions telles que
les variables al´eatoires f(X) et g(Y) sont int´egrables, on a E(f(X)g(Y)) = E(f(X))E(g(Y)).
La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
4. Si les variables al´eatoires X1,...,Xn sont ind´ependantes et de carr´e int´egrable, alors la
matrice de covariance de (X1,...,Xn) est diagonale. La r´eciproque de ce r´esultat est
fausse.
Preuve : 1. Soit X = (X1,...,Xn) un vecteur al´eatoire dont chaque composante est de carr´e
int´egrable, notons C sa matrice de covariance et fixons v = (v1,...,vn) un vecteur de Rn
.
Quitte `a remplacer chaque Xi par Xi−E(Xi), on supposera les variables al´eatoires centr´ees
(d’esp´erance nulle).10
On a
<v,Cv>=
Cijvivj
i,j
=
E(XiXj)vivj
i,j
=E
i,j
viXivjXj
=E
i
viXi ×
j
= E i
viXi
2
vjXj
On a donc bien <v,Cv>≥0.
2. Consid´erons deux variables al´eatoires discr`etes X et Y ind´ependantes et int´egrables. Mon-
trons que XY est int´egrable et calculons son esp´erance. On a
E(|XY|) =
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
|xy|P(X= x,Y= y)
Comme X et Y sont ind´ependantes, P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y) donc
E(|XY|) =
|xy|P(X= x)P(Y= y)
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|P(X= x)
y∈Y(Ω)
= x∈X(Ω)
|x|P(X= x) y∈Y(Ω)
= E(|X|)E(|Y|).
|y|P(Y= y)
|y|P(Y= y)
On montre alors par un calcul similaire que E(XY) = E(X)E(Y), puis on en d´eduit que
cov(X,Y) = 0.
3. et 4. se d´eduisent ais´ement de 2.
La proposition suivante, bien que tr`es simple `a prouver, est fort utile :
Proposition 1.9 Si X et Y sont deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y) + 2cov(X,Y).
Si de plus, X et Y sont ind´ependantes, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y).11
De plus, pour deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, il est possible d’obtenir une
majoration de cov(X,Y) `a partir des variances de X et Y :
Proposition 1.10 (In´egalit´e de Cauchy Schwarz) Soient X et Y deux variables al´eatoires
de carr´e int´egrable. On a
|E(XY)|≤E(|XY|) ≤ E(X2)E(Y2]
|cov(X,Y)|≤ var (X)var (Y)
Preuve : Le deuxi`eme point s’obtient en appliquant le premier `a X−E(X) et Y−E(Y).
Le premier point se montre de la mˆeme fa¸con que dans le cas classique (produit scalaire de
deux vecteurs) : on ´etudie le polynˆome
R(λ) = E(X2)λ2
−2E|XY|λ+ E(Y2).
Ce polynˆome se factorise en
R(λ) = E[(λ|X|−|Y|)2].
Il n’admet donc pas deux racines r´eelles distinctes, ce qui signifie que son discriminant (r´eduit)
est n´egatif :
(E|XY|)2
−E(X2)E(Y2) ≤0.
On ´etudie de la mˆeme fa¸con le cas d’´egalit´e : le discriminant n’est nul que si le polynˆome admet
une racine r´eelle double. Dans ce cas, il existe donc λ0 tel que
E[(λ0|X|+ |Y|)2] = 0;
l’esp´erance d’une variable al´eatoire positive ne pouvant ˆetre nulle que si la variable al´eatoire est
(presque sˆurement) nulle, on aura alors : |Y|=−λ0|X|, presque sˆurement.
Les preuves sans les valeurs absolues sont similaires.
1.7 Fonction g´en´eratrice d’un couple
D´efinition 1.11 La fonction g´en´eratrice d’un couple de variables al´eatoires discr`etes positives
est la fonction d´efinie sur [0,1]2 par
G(X,Y)(s,t) = E(sXtY) =
sxtyP(X= x,Y= y).
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
Proposition 1.12 La fonction g´en´eratrice d´etermine la loi du couple (X,Y) au sens o`u si deux
couples de variables al´eatoires positives ont la mˆeme fonction g´en´eratrice, alors ils suivent la
mˆeme loi.
La fonction g´en´eratrice de (X,Y) permet de retrouver par exemple :
•la fonction g´en´eratrice de X : GX(s) = G(X,Y)(s,1) et de Y,
•l’esp´erance de X si X est int´egrable : E(X) = ∂
∂sG(X,Y)(1,1),
•l’esp´erance de X2 si X est de carr´e int´egrable : E(X2) = ∂2
∂s2 G(X,Y)(1,1) + ∂
∂sG(X,Y)(1,1),12
•l’esp´erance de XY si X et Y sont de carr´e int´egrable : E(X,Y) = ∂ 2
∂s∂tG(X,Y)(1,1).
Une autre utilit´e importante de la fonction g´en´eratrice est de permettre de calculer simple-
ment la loi de somme de variables al´eatoires, `a partir du moment o`u on connaˆıt leur loi jointe.
En effet, on a le r´esultat suivant :
Proposition 1.13 Soient (X,Y) un couple de variables al´eatoires positives dont on connaˆıt la
loi jointe. Notons GX,Y la fonction g´en´eratrice du couple. On a alors GX+Y(s) = G(X,Y)(s,s).
Preuve : On a G(X,Y)(s,s) = E(sXsY) = E(sX+Y) = GX+Y(s).
Si X et Y sont `a valeurs enti`eres, il ne reste plus qu’`a d´ecomposer la fonction G X+Y en s´erie
enti`ere pour obtenir les probabilit´es P(X+ Y= k).
Il est facile de voir que si X et Y sont deux variables al´eatoires positives ind´ependantes,
alors on a G(X,Y)(s,t) = GX(s)GY(t). La r´eciproque de ce r´esultat est ´egalement vraie :
Proposition 1.14 Les variables al´eatoires positives X et Y sont ind´ependantes si et seulement
si
P(X+ Y= n).14
On a
P(X+ Y= n) =
P(X= k,X+ Y= n)
k≥0
=
k≥0
=
k≥0
=
n
k=0
= e−(µ1+µ2) 1
n!
P(X= k,Y= n−k)
P(X= k)P(Y= n−k)
e−µ1 µk
1
2
k! e−µ2 µn−k
(n−k)!
n
n!
k!(n−k)!µk
1µn−k
2
k=0
= e−(µ1+µ2) (µ1 + µ2)n
n!
On retrouve donc que X+ Y suit une loi de Poisson de param`etre µ 1 + µ2.
2 Couples al´eatoires `a densit´e
2.1 Densit´e d’un couple
D´efinition 2.1 Un couple (X,Y) de variables al´eatoires r´eelles sera dit « `a densit´e par rapport
`a la mesure de Lebesgue de R2 »s’il existe une fonction f : R2 →R+ telle que, pour tous
P(X ∈I et Y ∈J) =
intervalles I et J et pour toute fonction continue born´ee ou positive h on ait :
I×J
f(x,y) dxdy et E(h(X,Y)) =
h(x,y)f(x,y) dxdy.
R2
Remarque :
– La densit´e f est toujours une fonction positive, int´egrable et dont l’int´egrale sur R 2 par
rapport `a la mesure de Lebesgue vaut 1.
– On peut montrer que la d´efinition de la densit´e est ´equivalente `a : pour tout ouvert U de
P((X,Y) ∈U) =
R2
U
f(x,y) dxdy.
par : f(x,y) = 1D(x,y)/π. f est bien une densit´e de probabilit´e sur R2 : c’est la densit´e
de la loi uniforme sur D, c’est-`a-dire la loi que l’on obtient en jetant un point au hasard
et uniform´ement sur D.
2. Soit X une variable al´eatoire de loi exponentielle. La loi du couple (X,X) n’admet pas
de densit´e par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2. En effet, si une telle densit´e f15
existait, elle devrait ˆetre (presque partout) nulle en dehors de la droite {x= y}puisque
P(X ̸= Y) = 0. On aurait alors
1=
R2
f(x,y) dxdy=
f(x,y) dxdy.
{x=y}⊂R2
Or une droite est de mesure nulle pour la mesure de Lebesgue sur R2, donc l’int´egrale,
toujours par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2, de n’importe quelle fonction sur ce
domaine est nulle. On aboutit donc `a une contradiction.
2.2 Loi marginale
Les lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´eatoires X et Y. On peut
v´erifier ais´ement la proposition suivante :
Proposition 2.2 Soit (X,Y) un couple de variables al´eatoires de densit´e (conjointe) f : R 2 →
R+. Alors les deux variables al´eatoires X et Y ont chacune une densit´e, not´ee respectivement
fX et fY donn´ees par :
fX(x) =
y∈R
f(x,y) dy et fY(y) =
x∈R
f(x,y) dx.
=
f(x,y) dxdy
]−∞,t]×R
=
t
−∞ y∈R
f(x,y)dy dx
Ce principe s’applique aux vecteurs `a densit´e, `a ceci pr`es que les lois marginales d’un triplet
sont les lois de chacune des variables qui le constituent ainsi que les lois des couples de variables.
Exercice : Calculer les lois marginales du couple (X,Y) de loi uniforme sur le disque D de
centre 0 et de rayon 1.
2.3 Ind´ependance
Rappelons la d´efinition de l’ind´ependance de variables al´eatoires :
D´efinition 2.3 Les variables al´eatoires X et Y sont ind´ependantes si, pour tous intervalles
P{Xk ∈Ik}.k≤n16
Le lien entre densit´es et ind´ependance est clair :
Proposition 2.4 Deux variables al´eatoires (X,Y) de densit´e respectivement f et g sont in-
d´ependantes si et seulement si la loi du couple admet une densit´e et que cette densit´e est la
fonction (x,y) →f(x)g(y).
2.4 Esp´erance, covariance
D´efinition 2.5 On d´efinit, comme pour les couples discrets l’esp´erance d’un couple de variables
al´eatoires int´egrables comme ´etant le couple des esp´erances E(X,Y) = (E(X),E(Y)), et il est
facile de v´erifier que
E(X) =
R2
xf(x,y) dx dy et E(Y) =
R2
yf(x,y) dx dy,
lorsque ces int´egrales sont absolument convergentes.
Si les variables al´eatoires sont de carr´e int´egrable, on d´efinit ´egalement la matrice de cova-
riance du couple (X,Y) par
C=
var (X) cov(X,Y)
cov(X,Y) var (Y)
Les termes non-diagonaux de cette matrice seront
cov(X,Y) = E((X−E(X))(Y−E(Y))) = E(XY)−E(X)E(Y)
o`u
E(XY) =
xyf(x,y) dxdy.
R2
La matrice de covariance est, comme dans le cas discret, une matrice sym´etrique et positive (au
sens des formes bilin´eaires).
Ces d´efinitions s’´etendent naturellement au cas des vecteurs al´eatoires `a densit´e, en rempla¸cant
les int´egrales doubles par des int´egrales multiples.
Remarque : Pour identifier la densit´e d’un couple, on utilise habituellement une fonction test
h: R2 →R continue et born´ee et on essaie d’´ecrire E(h(X,Y)) sous la forme
E(h(X,Y))) =
R2
h(x,y)f(x,y) dx
,dy.
La fonction f : R2 →R+ ci-dessus, si elle existe, sera la densit´e du couple (X,Y).
Les propri´et´es vues dans le cas discret restent vraies pour les couples `a densit´e : notamment,
si le couple est form´e de variables al´eatoires ind´ependantes et de carr´e int´egrable, cov(X,Y) = 0
et var (X+ Y) = var (X) + var (Y), et, tout comme dans le cas discret, la covariance de deux
variables al´eatoires dont le couple admet une densit´e, peut ˆetre nulle sans que les variables
soient ind´ependantes : reprendre par exemple l’exemple du couple de loi uniforme sur le disque
de centre 0 et de rayon 1.17
2.5 Loi de la somme
On peut v´erifier que si le couple (X,Y) a une densit´e, la variable X + Y aura ´egalement
une densit´e, et on peut expliciter cette densit´e :
Proposition 2.6 – Si le couple (X,Y) admet pour densit´e la fonction f, alors la densit´e
de la variable al´eatoire X+ Y est la fonction g d´efinie par
g(z) =
R
f(x,z−x) dx=
R
f(z−y,y) dy.
– Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes de densit´e f X et fY, la densit´e,
not´ee g, de X+ Y est le produit de convolution de fX et fY :
g(z) =
R
fX(x)fY(z−x) dx=
R
fX(z−y)fY(y) dy.
Preuve : Soit h: R →R une fonction continue par morceaux et born´ee. On a
Eh(X+ Y) =
R2
=
R
h(x+ y)f(x,y) dx
,dy
h(z)
R
f(x,z−x) dx dz
en posant x = x et z = x+ y. Si on avait effectu´e le changement de variables z = x+ y et y,
on aurait obtenu l’autre expression annonc´ee.
Couples et vecteurs de variables al´eatoires
Pr´eparation `a l’agr´egation interne
1 Couples et vecteurs al´eatoires discrets
1.1 Loi conjointe
{yj,j ∈N}. La loi conjointe du couple (X,Y) est donn´ee par (X,Y)(Ω) (ou par X(Ω) et
On se donne X et Y deux variables al´eatoires discr`etes avec X(Ω) = {x i,i∈N}et Y(Ω) =
P(X= x,Y= y) = P{ω,X(ω) = x et Y(ω) = y}, pour tout couple (x,y) ∈(X,Y)(Ω).
Y(Ω)) ainsi que par les probabilit´es
loi conjointe du vecteur (X1,...,Xn) est donn´ee par l’ensemble-image (X1,...,Xn)(Ω) ⊂Nn
Plus g´en´eralement, si X1,...,Xn sont n variables al´eatoires discr`etes `a valeurs dans N, la
ainsi que par les probabilit´es P(X1 = i1,...,Xn = in), pour tout n-uplet (i1,...,in) ∈Nn
.
Exemple 1 : Fixons p∈]0,1[ et λ>0 et consid´erons le couple de variables al´eatoires (X,Y) `a
valeurs dans {0,1}×N dont la loi est donn´ee par :
P(X = 0,Y = 0) = 1−p
P(X = 1,Y= k) = pe−λλk/k!, pour tout k∈N
P(X= j,Y= k) = 0 sinon.
On a bien i,j P(X= i,Y= j) = 1 : on a donc bien ´ecrit la loi d’un couple al´eatoire discret.
Exemple 2 : On dispose d’une urne contenant quatre jetons num´erot´es de 1 `a 4, et on tire au
sort successivement deux jetons sans remise. On note (X,Y) les r´esultats des deux tirages.
On a : P(X= i,Y= i) = 0 pour tout i entre 1 et 4 et P(X= i,Y= j) = 1/12 si
1 ≤i,j ≤4 et i̸= j.
On peut ´ecrire les probabilit´es sous la forme du tableau suivant (o`u par exemple dans la
deuxi`eme case de la premi`ere ligne, on lit P(X = 1,Y = 2)) :
X\Y 1 2 1/12 3 4
1/12
4 1/12 1 0 1/12 2 1/12 0 1/12 1/12
3 1/12 1/12 0 1/12
1/12 1/12 0
Exemple 3 : Loi trinomiale. On se fixe un nombre entier nstrictement positif et deux param`etres
tel que (X,Y)(Ω) ∈N2 et donn´ee pour tout (i,j) ∈N2 tels que i+ j ≤n par :
r´eels positifs px et py tels que px+py ≤1. La loi trinomiale (n,px,py) est la loi du couple (X,Y)
P(X= i,Y= j) = n!
i!j!(n−i−j)!pi
xpj
y(1−px−py)n−i−j
,2
et P(X= i,Y= j) = 0 sinon.
Exercice : Montrer que l’on d´efinit bien ainsi la loi d’un couple al´eatoire.
La loi trinomiale est une extension de la loi binomiale. Imaginons en effet une exp´erience
qui a trois issues possibles, not´ee x, y et z, avec comme probabilit´e de r´ealisation p x, py et
pz = 1−px−py. R´ep´etons nfois cette exp´erience (nest fix´e) de fa¸con ind´ependante et comptons
le nombre d’apparitions de x (nombre not´e X) et de y (not´e Z) parmi ces n r´ep´etitions. C’est
alors un exercice de d´enombrement que de d´emontrer que le couple (X,Y) suit alors une loi
trinomiale de param`etres (n,px,py).
1.2 Lois marginales
D´efinition 1.1 Les (deux) lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´ea-
toires X et Y. On les obtient de la fa¸con suivante :
P(X= x) =
y∈Y(Ω)
P(Y= y) =
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= y),
P(X= x,Y= y).
On a
P(X= j) =
=
n
k=0
n−j
k=0
n−j
k=0
P(X= j,Y= k) +
n
k=n−j+1
P(X= j,Y= k)
n!
=
j!k!(n−j−k)!pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k + 0
n!
=
j!(n−j)!pj
x
n−j
(n−j)!
k!(n−j−k)!pk
y(1−px−py)n−j−k
k=0
=
n
j pj
x(1−px)n−j
La variable al´eatoire X suit donc une loi Bin(n,px). Un calcul similaire montre que Y suit
une loi binomiale Bin(n,py).
1.3 Loi de f(X,Y)
Probl`eme : On dispose d’un couple de variables al´eatoires discr`etes (X,Y) dont on connaˆıt
la loi conjointe et on voudrait connaˆıtre la loi de la variable al´eatoire Z= f(X,Y), o`u f :
X(Ω) ×Y(Ω) →R est une fonction donn´ee. Par exemple, on a souvent besoin de connaˆıtre la
loi de X + Y, ou celle de X−Y, ou de XY. Et d´eterminer la loi de X `a partir de celle de
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),f(x,y)=z
P(X= x,Y= y).4
Exemple : Reprenons une nouvelle fois l’exemple 1 et consid´erons la fonction f(x,y) = xy. La
variable al´eatoire XY est `a valeurs dans N et on a
P(XY = 0) = P(X = 0,Y = 0) + P(X = 1,Y = 0) = 1−p+ pe −λ
et, pour tout k∈N∗
,
P(XY= k) = P(X = 1,Y= k) = pe−λλk
k!.
Un cas particulier important. Nous consid´erons ici la fonction f(x,y) = x+ y. On obtient :
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),x+y=z
=
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
=
P(X= z−y,Y= y)
y∈Y(Ω)
Plus g´en´eralement, si X = (X1,...,Xn) est un vecteur al´eatoire discret et f : X(Ω) →R
est une fonction donn´ee, on a :
P(f(X1,...,Xn) = z) =
x1,...,xn,f(x1,...,xn)=z
P(X1 = x1,...,Xn = xn).
On en d´eduit le corollaire fondamental suivant :
Proposition 1.3 Soient X et Y deux variables al´eatoires discr`etes et int´egrables. Alors la
variable al´eatoire Z= X+ Y est int´egrable et on a E(X+ Y) = E(X) + E(Y).
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
On a donc
Puis
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|z|
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= z−x)
|x+ (z−x)|P(X= x,Y= z−x)
5
En utilisant l’in´egalit´e triangulaire, il vient :
E(|X+ Y|) ≤
z∈(X+Y)(Ω)
≤
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
(|x|+ |z−x|)P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
+
z∈(X+Y)(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
+
x∈X(Ω)
|z−x|P(X= x,Y= z−x)
´
Etudions tout d’abord la premi`ere somme :
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
=
x∈X(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|
z∈(X+Y)(Ω)
[|x|P(X= x)] = E(|X|)
P(X= x,Y= z−x)
Passons `a la deuxi`eme somme : sommer sur x ∈X(Ω) ou sur x tel que z−x ∈Y(Ω) ne
Exemple 1 : La loi de Y sachant {X = 1}est donn´ee par Y(Ω) ∈N et, pour tout entier
{Z= z}...
positif k, on a
1
P(Y= k|X = 1) = P(Y= k et X = 1)
P(X = 1)
= pe−λλk
k! ×
p
= e−λλk
k!.
La loi conditionnelle de Y sachant que {X = 1}est donc une loi de Poisson de param`etre
λ.7
Exemple 2 : La loi de X sachant {Y = 1}est la loi uniforme sur {2,3,4}.
Exemple 3 : Supposons que (X,Y) suit une loi trinomiale (n,px,py) et calculons la loi
conditionnelle de X sachant {Y= k}, pour un entier k∈{0,...,n}. Remarquons tout d’abord
que si j <0 ou j >n−k, P(X= j|Y= k) = 0. Fixons maintenant un entier j ∈{0,...,n−k}.
On a
P(X= j|Y= k) = P(X= j et Y= k)
P(Y= k)
n! pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k
k!(n−k)!
=
j!k!(n−j−k)!
n! pk
y(1−py)n−k
(n−k)!
=
j!(n−k−j)!
px
1−py
j 1−px−py
1−py
.
La loi conditionnelle de X sachant {Y= k}est donc une loi binomiale (n−k,p x/(1−py)).
n−k−j
1.5 Ind´ependance de variables al´eatoires discr`etes
tout x ∈X(Ω) et tout y ∈Y(Ω), les ´ev´enements {X= x}et {Y= y}sont ind´ependants,
D´efinition 1.4 Deux variables al´eatoires discr`etes X et Y sont dites ind´ependantes si pour
c’est-`a-dire :
P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y).
y ∈Y(Ω) et tout x ∈X(Ω) tels que P(Y= y) > 0 et P(X= x) > 0, P(X= x|Y= y) =
Si X et Y sont deux variables al´eatoires discr`etes ind´ependantes, on aura donc, pour tout
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y)
La variable al´eatoire Z est donc int´egrable si la somme
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
|z|
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y) 9
converge. Or cette somme peut s’´ecrire
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
=
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
La mˆeme proc´edure appliqu´ee `a la somme sans les valeurs absolues permet d’obtenir le r´esultat
d´esir´e pour E(h(X,Y)).
Application : Cette proposition permet d’´ecrire notamment les esp´erances de X, de Y ou de
XY sans expliciter la loi de ces variables al´eatoires. Si le couple (X,Y) est discret, on a ainsi
E(X) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(Y) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(XY) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
xP(X= x,Y= y)
yP(X= x,Y= y)
xyP(X= x,Y= y)
lorsque les s´eries convergent.
Revenons maintenant `a la matrice de covariance :
Proposition 1.8 1. Une matrice de covariance C est toujours une matrice sym´etrique et
positive (i.e., pour tout v∈Rn
, <v,Cv>≥0).
2. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et int´egrables, on a E(XY) =
E(X)E(Y) et donc cov(X,Y) = 0. La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
3. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et f et g deux fonctions telles que
les variables al´eatoires f(X) et g(Y) sont int´egrables, on a E(f(X)g(Y)) = E(f(X))E(g(Y)).
La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
4. Si les variables al´eatoires X1,...,Xn sont ind´ependantes et de carr´e int´egrable, alors la
matrice de covariance de (X1,...,Xn) est diagonale. La r´eciproque de ce r´esultat est
fausse.
Preuve : 1. Soit X = (X1,...,Xn) un vecteur al´eatoire dont chaque composante est de carr´e
int´egrable, notons C sa matrice de covariance et fixons v = (v1,...,vn) un vecteur de Rn
.
Quitte `a remplacer chaque Xi par Xi−E(Xi), on supposera les variables al´eatoires centr´ees
(d’esp´erance nulle).10
On a
<v,Cv>=
Cijvivj
i,j
=
E(XiXj)vivj
i,j
=E
i,j
viXivjXj
=E
i
viXi ×
j
= E i
viXi
2
vjXj
On a donc bien <v,Cv>≥0.
2. Consid´erons deux variables al´eatoires discr`etes X et Y ind´ependantes et int´egrables. Mon-
trons que XY est int´egrable et calculons son esp´erance. On a
E(|XY|) =
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
|xy|P(X= x,Y= y)
Comme X et Y sont ind´ependantes, P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y) donc
E(|XY|) =
|xy|P(X= x)P(Y= y)
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|P(X= x)
y∈Y(Ω)
= x∈X(Ω)
|x|P(X= x) y∈Y(Ω)
= E(|X|)E(|Y|).
|y|P(Y= y)
|y|P(Y= y)
On montre alors par un calcul similaire que E(XY) = E(X)E(Y), puis on en d´eduit que
cov(X,Y) = 0.
3. et 4. se d´eduisent ais´ement de 2.
La proposition suivante, bien que tr`es simple `a prouver, est fort utile :
Proposition 1.9 Si X et Y sont deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y) + 2cov(X,Y).
Si de plus, X et Y sont ind´ependantes, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y).11
De plus, pour deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, il est possible d’obtenir une
majoration de cov(X,Y) `a partir des variances de X et Y :
Proposition 1.10 (In´egalit´e de Cauchy Schwarz) Soient X et Y deux variables al´eatoires
de carr´e int´egrable. On a
|E(XY)|≤E(|XY|) ≤ E(X2)E(Y2]
|cov(X,Y)|≤ var (X)var (Y)
Preuve : Le deuxi`eme point s’obtient en appliquant le premier `a X−E(X) et Y−E(Y).
Le premier point se montre de la mˆeme fa¸con que dans le cas classique (produit scalaire de
deux vecteurs) : on ´etudie le polynˆome
R(λ) = E(X2)λ2
−2E|XY|λ+ E(Y2).
Ce polynˆome se factorise en
R(λ) = E[(λ|X|−|Y|)2].
Il n’admet donc pas deux racines r´eelles distinctes, ce qui signifie que son discriminant (r´eduit)
est n´egatif :
(E|XY|)2
−E(X2)E(Y2) ≤0.
On ´etudie de la mˆeme fa¸con le cas d’´egalit´e : le discriminant n’est nul que si le polynˆome admet
une racine r´eelle double. Dans ce cas, il existe donc λ0 tel que
E[(λ0|X|+ |Y|)2] = 0;
l’esp´erance d’une variable al´eatoire positive ne pouvant ˆetre nulle que si la variable al´eatoire est
(presque sˆurement) nulle, on aura alors : |Y|=−λ0|X|, presque sˆurement.
Les preuves sans les valeurs absolues sont similaires.
1.7 Fonction g´en´eratrice d’un couple
D´efinition 1.11 La fonction g´en´eratrice d’un couple de variables al´eatoires discr`etes positives
est la fonction d´efinie sur [0,1]2 par
G(X,Y)(s,t) = E(sXtY) =
sxtyP(X= x,Y= y).
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
Proposition 1.12 La fonction g´en´eratrice d´etermine la loi du couple (X,Y) au sens o`u si deux
couples de variables al´eatoires positives ont la mˆeme fonction g´en´eratrice, alors ils suivent la
mˆeme loi.
La fonction g´en´eratrice de (X,Y) permet de retrouver par exemple :
•la fonction g´en´eratrice de X : GX(s) = G(X,Y)(s,1) et de Y,
•l’esp´erance de X si X est int´egrable : E(X) = ∂
∂sG(X,Y)(1,1),
•l’esp´erance de X2 si X est de carr´e int´egrable : E(X2) = ∂2
∂s2 G(X,Y)(1,1) + ∂
∂sG(X,Y)(1,1),12
•l’esp´erance de XY si X et Y sont de carr´e int´egrable : E(X,Y) = ∂ 2
∂s∂tG(X,Y)(1,1).
Une autre utilit´e importante de la fonction g´en´eratrice est de permettre de calculer simple-
ment la loi de somme de variables al´eatoires, `a partir du moment o`u on connaˆıt leur loi jointe.
En effet, on a le r´esultat suivant :
Proposition 1.13 Soient (X,Y) un couple de variables al´eatoires positives dont on connaˆıt la
loi jointe. Notons GX,Y la fonction g´en´eratrice du couple. On a alors GX+Y(s) = G(X,Y)(s,s).
Preuve : On a G(X,Y)(s,s) = E(sXsY) = E(sX+Y) = GX+Y(s).
Si X et Y sont `a valeurs enti`eres, il ne reste plus qu’`a d´ecomposer la fonction G X+Y en s´erie
enti`ere pour obtenir les probabilit´es P(X+ Y= k).
Il est facile de voir que si X et Y sont deux variables al´eatoires positives ind´ependantes,
alors on a G(X,Y)(s,t) = GX(s)GY(t). La r´eciproque de ce r´esultat est ´egalement vraie :
Proposition 1.14 Les variables al´eatoires positives X et Y sont ind´ependantes si et seulement
si
P(X+ Y= n).14
On a
P(X+ Y= n) =
P(X= k,X+ Y= n)
k≥0
=
k≥0
=
k≥0
=
n
k=0
= e−(µ1+µ2) 1
n!
P(X= k,Y= n−k)
P(X= k)P(Y= n−k)
e−µ1 µk
1
2
k! e−µ2 µn−k
(n−k)!
n
n!
k!(n−k)!µk
1µn−k
2
k=0
= e−(µ1+µ2) (µ1 + µ2)n
n!
On retrouve donc que X+ Y suit une loi de Poisson de param`etre µ 1 + µ2.
2 Couples al´eatoires `a densit´e
2.1 Densit´e d’un couple
D´efinition 2.1 Un couple (X,Y) de variables al´eatoires r´eelles sera dit « `a densit´e par rapport
`a la mesure de Lebesgue de R2 »s’il existe une fonction f : R2 →R+ telle que, pour tous
P(X ∈I et Y ∈J) =
intervalles I et J et pour toute fonction continue born´ee ou positive h on ait :
I×J
f(x,y) dxdy et E(h(X,Y)) =
h(x,y)f(x,y) dxdy.
R2
Remarque :
– La densit´e f est toujours une fonction positive, int´egrable et dont l’int´egrale sur R 2 par
rapport `a la mesure de Lebesgue vaut 1.
– On peut montrer que la d´efinition de la densit´e est ´equivalente `a : pour tout ouvert U de
P((X,Y) ∈U) =
R2
U
f(x,y) dxdy.
1. Soit D= {(x,y) ∈R2,x2 + y2 ≤1}le disque unit´e de R2 et f la fonction d´efinie sur R2
Exemples :
par : f(x,y) = 1D(x,y)/π. f est bien une densit´e de probabilit´e sur R2 : c’est la densit´e
de la loi uniforme sur D, c’est-`a-dire la loi que l’on obtient en jetant un point au hasard
et uniform´ement sur D.
2. Soit X une variable al´eatoire de loi exponentielle. La loi du couple (X,X) n’admet pas
de densit´e par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2. En effet, si une telle densit´e f15
existait, elle devrait ˆetre (presque partout) nulle en dehors de la droite {x= y}puisque
P(X ̸= Y) = 0. On aurait alors
1=
R2
f(x,y) dxdy=
f(x,y) dxdy.
{x=y}⊂R2
Or une droite est de mesure nulle pour la mesure de Lebesgue sur R2, donc l’int´egrale,
toujours par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2, de n’importe quelle fonction sur ce
domaine est nulle. On aboutit donc `a une contradiction.
2.2 Loi marginale
Les lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´eatoires X et Y. On peut
v´erifier ais´ement la proposition suivante :
Proposition 2.2 Soit (X,Y) un couple de variables al´eatoires de densit´e (conjointe) f : R 2 →
R+. Alors les deux variables al´eatoires X et Y ont chacune une densit´e, not´ee respectivement
fX et fY donn´ees par :
fX(x) =
y∈R
f(x,y) dy et fY(y) =
x∈R
f(x,y) dx.
=
f(x,y) dxdy
]−∞,t]×R
=
t
−∞ y∈R
f(x,y)dy dx
Ce principe s’applique aux vecteurs `a densit´e, `a ceci pr`es que les lois marginales d’un triplet
sont les lois de chacune des variables qui le constituent ainsi que les lois des couples de variables.
Exercice : Calculer les lois marginales du couple (X,Y) de loi uniforme sur le disque D de
centre 0 et de rayon 1.
2.3 Ind´ependance
Rappelons la d´efinition de l’ind´ependance de variables al´eatoires :
D´efinition 2.3 Les variables al´eatoires X et Y sont ind´ependantes si, pour tous intervalles
P{Xk ∈Ik}.k≤n16
Le lien entre densit´es et ind´ependance est clair :
Proposition 2.4 Deux variables al´eatoires (X,Y) de densit´e respectivement f et g sont in-
d´ependantes si et seulement si la loi du couple admet une densit´e et que cette densit´e est la
fonction (x,y) →f(x)g(y).
2.4 Esp´erance, covariance
D´efinition 2.5 On d´efinit, comme pour les couples discrets l’esp´erance d’un couple de variables
al´eatoires int´egrables comme ´etant le couple des esp´erances E(X,Y) = (E(X),E(Y)), et il est
facile de v´erifier que
E(X) =
R2
xf(x,y) dx dy et E(Y) =
R2
yf(x,y) dx dy,
lorsque ces int´egrales sont absolument convergentes.
Si les variables al´eatoires sont de carr´e int´egrable, on d´efinit ´egalement la matrice de cova-
riance du couple (X,Y) par
C=
var (X) cov(X,Y)
cov(X,Y) var (Y)
Les termes non-diagonaux de cette matrice seront
cov(X,Y) = E((X−E(X))(Y−E(Y))) = E(XY)−E(X)E(Y)
o`u
E(XY) =
xyf(x,y) dxdy.
R2
La matrice de covariance est, comme dans le cas discret, une matrice sym´etrique et positive (au
sens des formes bilin´eaires).
Ces d´efinitions s’´etendent naturellement au cas des vecteurs al´eatoires `a densit´e, en rempla¸cant
les int´egrales doubles par des int´egrales multiples.
Remarque : Pour identifier la densit´e d’un couple, on utilise habituellement une fonction test
h: R2 →R continue et born´ee et on essaie d’´ecrire E(h(X,Y)) sous la forme
E(h(X,Y))) =
R2
h(x,y)f(x,y) dx
,dy.
La fonction f : R2 →R+ ci-dessus, si elle existe, sera la densit´e du couple (X,Y).
Les propri´et´es vues dans le cas discret restent vraies pour les couples `a densit´e : notamment,
si le couple est form´e de variables al´eatoires ind´ependantes et de carr´e int´egrable, cov(X,Y) = 0
et var (X+ Y) = var (X) + var (Y), et, tout comme dans le cas discret, la covariance de deux
variables al´eatoires dont le couple admet une densit´e, peut ˆetre nulle sans que les variables
soient ind´ependantes : reprendre par exemple l’exemple du couple de loi uniforme sur le disque
de centre 0 et de rayon 1.17
2.5 Loi de la somme
On peut v´erifier que si le couple (X,Y) a une densit´e, la variable X + Y aura ´egalement
une densit´e, et on peut expliciter cette densit´e :
Proposition 2.6 – Si le couple (X,Y) admet pour densit´e la fonction f, alors la densit´e
de la variable al´eatoire X+ Y est la fonction g d´efinie par
g(z) =
R
f(x,z−x) dx=
R
f(z−y,y) dy.
– Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes de densit´e f X et fY, la densit´e,
not´ee g, de X+ Y est le produit de convolution de fX et fY :
g(z) =
R
fX(x)fY(z−x) dx=
R
fX(z−y)fY(y) dy.
Preuve : Soit h: R →R une fonction continue par morceaux et born´ee. On a
Eh(X+ Y) =
R2
=
R
h(x+ y)f(x,y) dx
,dy
h(z)
R
f(x,z−x) dx dz
en posant x = x et z = x+ y. Si on avait effectu´e le changement de variables z = x+ y et y,
on aurait obtenu l’autre expression annonc´ee.
Couples et vecteurs de variables al´eatoires
Pr´eparation `a l’agr´egation interne
1 Couples et vecteurs al´eatoires discrets
1.1 Loi conjointe
{yj,j ∈N}. La loi conjointe du couple (X,Y) est donn´ee par (X,Y)(Ω) (ou par X(Ω) et
On se donne X et Y deux variables al´eatoires discr`etes avec X(Ω) = {x i,i∈N}et Y(Ω) =
P(X= x,Y= y) = P{ω,X(ω) = x et Y(ω) = y}, pour tout couple (x,y) ∈(X,Y)(Ω).
Y(Ω)) ainsi que par les probabilit´es
loi conjointe du vecteur (X1,...,Xn) est donn´ee par l’ensemble-image (X1,...,Xn)(Ω) ⊂Nn
Plus g´en´eralement, si X1,...,Xn sont n variables al´eatoires discr`etes `a valeurs dans N, la
ainsi que par les probabilit´es P(X1 = i1,...,Xn = in), pour tout n-uplet (i1,...,in) ∈Nn
.
Exemple 1 : Fixons p∈]0,1[ et λ>0 et consid´erons le couple de variables al´eatoires (X,Y) `a
valeurs dans {0,1}×N dont la loi est donn´ee par :
P(X = 0,Y = 0) = 1−p
P(X = 1,Y= k) = pe−λλk/k!, pour tout k∈N
P(X= j,Y= k) = 0 sinon.
On a bien i,j P(X= i,Y= j) = 1 : on a donc bien ´ecrit la loi d’un couple al´eatoire discret.
Exemple 2 : On dispose d’une urne contenant quatre jetons num´erot´es de 1 `a 4, et on tire au
sort successivement deux jetons sans remise. On note (X,Y) les r´esultats des deux tirages.
On a : P(X= i,Y= i) = 0 pour tout i entre 1 et 4 et P(X= i,Y= j) = 1/12 si
1 ≤i,j ≤4 et i̸= j.
On peut ´ecrire les probabilit´es sous la forme du tableau suivant (o`u par exemple dans la
deuxi`eme case de la premi`ere ligne, on lit P(X = 1,Y = 2)) :
X\Y 1 2 1/12 3 4
1/12
4 1/12 1 0 1/12 2 1/12 0 1/12 1/12
3 1/12 1/12 0 1/12
1/12 1/12 0
Exemple 3 : Loi trinomiale. On se fixe un nombre entier nstrictement positif et deux param`etres
tel que (X,Y)(Ω) ∈N2 et donn´ee pour tout (i,j) ∈N2 tels que i+ j ≤n par :
r´eels positifs px et py tels que px+py ≤1. La loi trinomiale (n,px,py) est la loi du couple (X,Y)
P(X= i,Y= j) = n!
i!j!(n−i−j)!pi
xpj
y(1−px−py)n−i−j
,2
et P(X= i,Y= j) = 0 sinon.
Exercice : Montrer que l’on d´efinit bien ainsi la loi d’un couple al´eatoire.
La loi trinomiale est une extension de la loi binomiale. Imaginons en effet une exp´erience
qui a trois issues possibles, not´ee x, y et z, avec comme probabilit´e de r´ealisation p x, py et
pz = 1−px−py. R´ep´etons nfois cette exp´erience (nest fix´e) de fa¸con ind´ependante et comptons
le nombre d’apparitions de x (nombre not´e X) et de y (not´e Z) parmi ces n r´ep´etitions. C’est
alors un exercice de d´enombrement que de d´emontrer que le couple (X,Y) suit alors une loi
trinomiale de param`etres (n,px,py).
1.2 Lois marginales
D´efinition 1.1 Les (deux) lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´ea-
toires X et Y. On les obtient de la fa¸con suivante :
P(X= x) =
y∈Y(Ω)
P(Y= y) =
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= y),
P(X= x,Y= y).
On a
P(X= j) =
=
n
k=0
n−j
k=0
n−j
k=0
P(X= j,Y= k) +
n
k=n−j+1
P(X= j,Y= k)
n!
=
j!k!(n−j−k)!pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k + 0
n!
=
j!(n−j)!pj
x
n−j
(n−j)!
k!(n−j−k)!pk
y(1−px−py)n−j−k
k=0
=
n
j pj
x(1−px)n−j
La variable al´eatoire X suit donc une loi Bin(n,px). Un calcul similaire montre que Y suit
une loi binomiale Bin(n,py).
1.3 Loi de f(X,Y)
Probl`eme : On dispose d’un couple de variables al´eatoires discr`etes (X,Y) dont on connaˆıt
la loi conjointe et on voudrait connaˆıtre la loi de la variable al´eatoire Z= f(X,Y), o`u f :
X(Ω) ×Y(Ω) →R est une fonction donn´ee. Par exemple, on a souvent besoin de connaˆıtre la
loi de X + Y, ou celle de X−Y, ou de XY. Et d´eterminer la loi de X `a partir de celle de
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),f(x,y)=z
P(X= x,Y= y).4
Exemple : Reprenons une nouvelle fois l’exemple 1 et consid´erons la fonction f(x,y) = xy. La
variable al´eatoire XY est `a valeurs dans N et on a
P(XY = 0) = P(X = 0,Y = 0) + P(X = 1,Y = 0) = 1−p+ pe −λ
et, pour tout k∈N∗
,
P(XY= k) = P(X = 1,Y= k) = pe−λλk
k!.
Un cas particulier important. Nous consid´erons ici la fonction f(x,y) = x+ y. On obtient :
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),x+y=z
=
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
=
P(X= z−y,Y= y)
y∈Y(Ω)
Plus g´en´eralement, si X = (X1,...,Xn) est un vecteur al´eatoire discret et f : X(Ω) →R
est une fonction donn´ee, on a :
P(f(X1,...,Xn) = z) =
x1,...,xn,f(x1,...,xn)=z
P(X1 = x1,...,Xn = xn).
On en d´eduit le corollaire fondamental suivant :
Proposition 1.3 Soient X et Y deux variables al´eatoires discr`etes et int´egrables. Alors la
variable al´eatoire Z= X+ Y est int´egrable et on a E(X+ Y) = E(X) + E(Y).
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
On a donc
Puis
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|z|
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= z−x)
|x+ (z−x)|P(X= x,Y= z−x)
5
En utilisant l’in´egalit´e triangulaire, il vient :
E(|X+ Y|) ≤
z∈(X+Y)(Ω)
≤
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
(|x|+ |z−x|)P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
+
z∈(X+Y)(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
+
x∈X(Ω)
|z−x|P(X= x,Y= z−x)
´
Etudions tout d’abord la premi`ere somme :
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
=
x∈X(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|
z∈(X+Y)(Ω)
[|x|P(X= x)] = E(|X|)
P(X= x,Y= z−x)
Passons `a la deuxi`eme somme : sommer sur x ∈X(Ω) ou sur x tel que z−x ∈Y(Ω) ne
Exemple 1 : La loi de Y sachant {X = 1}est donn´ee par Y(Ω) ∈N et, pour tout entier
{Z= z}...
positif k, on a
1
P(Y= k|X = 1) = P(Y= k et X = 1)
P(X = 1)
= pe−λλk
k! ×
p
= e−λλk
k!.
La loi conditionnelle de Y sachant que {X = 1}est donc une loi de Poisson de param`etre
λ.7
Exemple 2 : La loi de X sachant {Y = 1}est la loi uniforme sur {2,3,4}.
Exemple 3 : Supposons que (X,Y) suit une loi trinomiale (n,px,py) et calculons la loi
On a
P(X= j|Y= k) = P(X= j et Y= k)
P(Y= k)
n! pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k
k!(n−k)!
=
j!k!(n−j−k)!
n! pk
y(1−py)n−k
(n−k)!
=
j!(n−k−j)!
px
1−py
j 1−px−py
1−py
.
La loi conditionnelle de X sachant {Y= k}est donc une loi binomiale (n−k,p x/(1−py)).
n−k−j
1.5 Ind´ependance de variables al´eatoires discr`etes
tout x ∈X(Ω) et tout y ∈Y(Ω), les ´ev´enements {X= x}et {Y= y}sont ind´ependants,
D´efinition 1.4 Deux variables al´eatoires discr`etes X et Y sont dites ind´ependantes si pour
c’est-`a-dire :
P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y).
y ∈Y(Ω) et tout x ∈X(Ω) tels que P(Y= y) > 0 et P(X= x) > 0, P(X= x|Y= y) =
Si X et Y sont deux variables al´eatoires discr`etes ind´ependantes, on aura donc, pour tout
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y)
La variable al´eatoire Z est donc int´egrable si la somme
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
|z|
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y) 9
converge. Or cette somme peut s’´ecrire
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
=
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
La mˆeme proc´edure appliqu´ee `a la somme sans les valeurs absolues permet d’obtenir le r´esultat
d´esir´e pour E(h(X,Y)).
Application : Cette proposition permet d’´ecrire notamment les esp´erances de X, de Y ou de
XY sans expliciter la loi de ces variables al´eatoires. Si le couple (X,Y) est discret, on a ainsi
E(X) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(Y) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(XY) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
xP(X= x,Y= y)
yP(X= x,Y= y)
xyP(X= x,Y= y)
lorsque les s´eries convergent.
Revenons maintenant `a la matrice de covariance :
Proposition 1.8 1. Une matrice de covariance C est toujours une matrice sym´etrique et
positive (i.e., pour tout v∈Rn
, <v,Cv>≥0).
2. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et int´egrables, on a E(XY) =
E(X)E(Y) et donc cov(X,Y) = 0. La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
3. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et f et g deux fonctions telles que
les variables al´eatoires f(X) et g(Y) sont int´egrables, on a E(f(X)g(Y)) = E(f(X))E(g(Y)).
La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
4. Si les variables al´eatoires X1,...,Xn sont ind´ependantes et de carr´e int´egrable, alors la
matrice de covariance de (X1,...,Xn) est diagonale. La r´eciproque de ce r´esultat est
fausse.
Preuve : 1. Soit X = (X1,...,Xn) un vecteur al´eatoire dont chaque composante est de carr´e
int´egrable, notons C sa matrice de covariance et fixons v = (v1,...,vn) un vecteur de Rn
.
Quitte `a remplacer chaque Xi par Xi−E(Xi), on supposera les variables al´eatoires centr´ees
(d’esp´erance nulle).10
On a
<v,Cv>=
Cijvivj
i,j
=
E(XiXj)vivj
i,j
=E
i,j
viXivjXj
=E
i
viXi ×
j
= E i
viXi
2
vjXj
On a donc bien <v,Cv>≥0.
2. Consid´erons deux variables al´eatoires discr`etes X et Y ind´ependantes et int´egrables. Mon-
trons que XY est int´egrable et calculons son esp´erance. On a
E(|XY|) =
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
|xy|P(X= x,Y= y)
Comme X et Y sont ind´ependantes, P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y) donc
E(|XY|) =
|xy|P(X= x)P(Y= y)
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|P(X= x)
y∈Y(Ω)
= x∈X(Ω)
|x|P(X= x) y∈Y(Ω)
= E(|X|)E(|Y|).
|y|P(Y= y)
|y|P(Y= y)
On montre alors par un calcul similaire que E(XY) = E(X)E(Y), puis on en d´eduit que
cov(X,Y) = 0.
3. et 4. se d´eduisent ais´ement de 2.
La proposition suivante, bien que tr`es simple `a prouver, est fort utile :
Proposition 1.9 Si X et Y sont deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y) + 2cov(X,Y).
Si de plus, X et Y sont ind´ependantes, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y).11
De plus, pour deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, il est possible d’obtenir une
majoration de cov(X,Y) `a partir des variances de X et Y :
Proposition 1.10 (In´egalit´e de Cauchy Schwarz) Soient X et Y deux variables al´eatoires
de carr´e int´egrable. On a
|E(XY)|≤E(|XY|) ≤ E(X2)E(Y2]
|cov(X,Y)|≤ var (X)var (Y)
Preuve : Le deuxi`eme point s’obtient en appliquant le premier `a X−E(X) et Y−E(Y).
Le premier point se montre de la mˆeme fa¸con que dans le cas classique (produit scalaire de
deux vecteurs) : on ´etudie le polynˆome
R(λ) = E(X2)λ2
−2E|XY|λ+ E(Y2).
Ce polynˆome se factorise en
R(λ) = E[(λ|X|−|Y|)2].
Il n’admet donc pas deux racines r´eelles distinctes, ce qui signifie que son discriminant (r´eduit)
est n´egatif :
(E|XY|)2
−E(X2)E(Y2) ≤0.
On ´etudie de la mˆeme fa¸con le cas d’´egalit´e : le discriminant n’est nul que si le polynˆome admet
une racine r´eelle double. Dans ce cas, il existe donc λ0 tel que
E[(λ0|X|+ |Y|)2] = 0;
l’esp´erance d’une variable al´eatoire positive ne pouvant ˆetre nulle que si la variable al´eatoire est
(presque sˆurement) nulle, on aura alors : |Y|=−λ0|X|, presque sˆurement.
Les preuves sans les valeurs absolues sont similaires.
1.7 Fonction g´en´eratrice d’un couple
D´efinition 1.11 La fonction g´en´eratrice d’un couple de variables al´eatoires discr`etes positives
est la fonction d´efinie sur [0,1]2 par
G(X,Y)(s,t) = E(sXtY) =
sxtyP(X= x,Y= y).
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
Proposition 1.12 La fonction g´en´eratrice d´etermine la loi du couple (X,Y) au sens o`u si deux
couples de variables al´eatoires positives ont la mˆeme fonction g´en´eratrice, alors ils suivent la
mˆeme loi.
La fonction g´en´eratrice de (X,Y) permet de retrouver par exemple :
•la fonction g´en´eratrice de X : GX(s) = G(X,Y)(s,1) et de Y,
•l’esp´erance de X si X est int´egrable : E(X) = ∂
∂sG(X,Y)(1,1),
•l’esp´erance de X2 si X est de carr´e int´egrable : E(X2) = ∂2
∂s2 G(X,Y)(1,1) + ∂
∂sG(X,Y)(1,1),12
•l’esp´erance de XY si X et Y sont de carr´e int´egrable : E(X,Y) = ∂ 2
∂s∂tG(X,Y)(1,1).
Une autre utilit´e importante de la fonction g´en´eratrice est de permettre de calculer simple-
ment la loi de somme de variables al´eatoires, `a partir du moment o`u on connaˆıt leur loi jointe.
En effet, on a le r´esultat suivant :
Proposition 1.13 Soient (X,Y) un couple de variables al´eatoires positives dont on connaˆıt la
loi jointe. Notons GX,Y la fonction g´en´eratrice du couple. On a alors GX+Y(s) = G(X,Y)(s,s).
Preuve : On a G(X,Y)(s,s) = E(sXsY) = E(sX+Y) = GX+Y(s).
Si X et Y sont `a valeurs enti`eres, il ne reste plus qu’`a d´ecomposer la fonction G X+Y en s´erie
enti`ere pour obtenir les probabilit´es P(X+ Y= k).
Il est facile de voir que si X et Y sont deux variables al´eatoires positives ind´ependantes,
alors on a G(X,Y)(s,t) = GX(s)GY(t). La r´eciproque de ce r´esultat est ´egalement vraie :
Proposition 1.14 Les variables al´eatoires positives X et Y sont ind´ependantes si et seulement
si
P(X+ Y= n).14
On a
P(X+ Y= n) =
P(X= k,X+ Y= n)
k≥0
=
k≥0
=
k≥0
=
n
k=0
= e−(µ1+µ2) 1
n!
P(X= k,Y= n−k)
P(X= k)P(Y= n−k)
e−µ1 µk
1
2
k! e−µ2 µn−k
(n−k)!
n
n!
k!(n−k)!µk
1µn−k
2
k=0
= e−(µ1+µ2) (µ1 + µ2)n
n!
On retrouve donc que X+ Y suit une loi de Poisson de param`etre µ 1 + µ2.
2 Couples al´eatoires `a densit´e
2.1 Densit´e d’un couple
D´efinition 2.1 Un couple (X,Y) de variables al´eatoires r´eelles sera dit « `a densit´e par rapport
`a la mesure de Lebesgue de R2 »s’il existe une fonction f : R2 →R+ telle que, pour tous
P(X ∈I et Y ∈J) =
intervalles I et J et pour toute fonction continue born´ee ou positive h on ait :
I×J
f(x,y) dxdy et E(h(X,Y)) =
h(x,y)f(x,y) dxdy.
R2
Remarque :
– La densit´e f est toujours une fonction positive, int´egrable et dont l’int´egrale sur R 2 par
rapport `a la mesure de Lebesgue vaut 1.
– On peut montrer que la d´efinition de la densit´e est ´equivalente `a : pour tout ouvert U de
P((X,Y) ∈U) =
R2
U
f(x,y) dxdy.
par : f(x,y) = 1D(x,y)/π. f est bien une densit´e de probabilit´e sur R2 : c’est la densit´e
de la loi uniforme sur D, c’est-`a-dire la loi que l’on obtient en jetant un point au hasard
et uniform´ement sur D.
2. Soit X une variable al´eatoire de loi exponentielle. La loi du couple (X,X) n’admet pas
de densit´e par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2. En effet, si une telle densit´e f15
existait, elle devrait ˆetre (presque partout) nulle en dehors de la droite {x= y}puisque
P(X ̸= Y) = 0. On aurait alors
1=
R2
f(x,y) dxdy=
f(x,y) dxdy.
{x=y}⊂R2
Or une droite est de mesure nulle pour la mesure de Lebesgue sur R2, donc l’int´egrale,
toujours par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2, de n’importe quelle fonction sur ce
domaine est nulle. On aboutit donc `a une contradiction.
2.2 Loi marginale
Les lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´eatoires X et Y. On peut
v´erifier ais´ement la proposition suivante :
Proposition 2.2 Soit (X,Y) un couple de variables al´eatoires de densit´e (conjointe) f : R 2 →
R+. Alors les deux variables al´eatoires X et Y ont chacune une densit´e, not´ee respectivement
fX et fY donn´ees par :
fX(x) =
y∈R
f(x,y) dy et fY(y) =
x∈R
f(x,y) dx.
=
f(x,y) dxdy
]−∞,t]×R
=
t
−∞ y∈R
f(x,y)dy dx
Ce principe s’applique aux vecteurs `a densit´e, `a ceci pr`es que les lois marginales d’un triplet
sont les lois de chacune des variables qui le constituent ainsi que les lois des couples de variables.
Exercice : Calculer les lois marginales du couple (X,Y) de loi uniforme sur le disque D de
centre 0 et de rayon 1.
2.3 Ind´ependance
Rappelons la d´efinition de l’ind´ependance de variables al´eatoires :
D´efinition 2.3 Les variables al´eatoires X et Y sont ind´ependantes si, pour tous intervalles
P{Xk ∈Ik}.k≤n16
Le lien entre densit´es et ind´ependance est clair :
Proposition 2.4 Deux variables al´eatoires (X,Y) de densit´e respectivement f et g sont in-
d´ependantes si et seulement si la loi du couple admet une densit´e et que cette densit´e est la
fonction (x,y) →f(x)g(y).
2.4 Esp´erance, covariance
D´efinition 2.5 On d´efinit, comme pour les couples discrets l’esp´erance d’un couple de variables
al´eatoires int´egrables comme ´etant le couple des esp´erances E(X,Y) = (E(X),E(Y)), et il est
facile de v´erifier que
E(X) =
R2
xf(x,y) dx dy et E(Y) =
R2
yf(x,y) dx dy,
lorsque ces int´egrales sont absolument convergentes.
Si les variables al´eatoires sont de carr´e int´egrable, on d´efinit ´egalement la matrice de cova-
riance du couple (X,Y) par
C=
var (X) cov(X,Y)
cov(X,Y) var (Y)
Les termes non-diagonaux de cette matrice seront
cov(X,Y) = E((X−E(X))(Y−E(Y))) = E(XY)−E(X)E(Y)
o`u
E(XY) =
xyf(x,y) dxdy.
R2
La matrice de covariance est, comme dans le cas discret, une matrice sym´etrique et positive (au
sens des formes bilin´eaires).
Ces d´efinitions s’´etendent naturellement au cas des vecteurs al´eatoires `a densit´e, en rempla¸cant
les int´egrales doubles par des int´egrales multiples.
Remarque : Pour identifier la densit´e d’un couple, on utilise habituellement une fonction test
h: R2 →R continue et born´ee et on essaie d’´ecrire E(h(X,Y)) sous la forme
E(h(X,Y))) =
R2
h(x,y)f(x,y) dx
,dy.
La fonction f : R2 →R+ ci-dessus, si elle existe, sera la densit´e du couple (X,Y).
Les propri´et´es vues dans le cas discret restent vraies pour les couples `a densit´e : notamment,
si le couple est form´e de variables al´eatoires ind´ependantes et de carr´e int´egrable, cov(X,Y) = 0
et var (X+ Y) = var (X) + var (Y), et, tout comme dans le cas discret, la covariance de deux
variables al´eatoires dont le couple admet une densit´e, peut ˆetre nulle sans que les variables
soient ind´ependantes : reprendre par exemple l’exemple du couple de loi uniforme sur le disque
de centre 0 et de rayon 1.17
2.5 Loi de la somme
On peut v´erifier que si le couple (X,Y) a une densit´e, la variable X + Y aura ´egalement
une densit´e, et on peut expliciter cette densit´e :
Proposition 2.6 – Si le couple (X,Y) admet pour densit´e la fonction f, alors la densit´e
de la variable al´eatoire X+ Y est la fonction g d´efinie par
g(z) =
R
f(x,z−x) dx=
R
f(z−y,y) dy.
– Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes de densit´e f X et fY, la densit´e,
not´ee g, de X+ Y est le produit de convolution de fX et fY :
g(z) =
R
fX(x)fY(z−x) dx=
R
fX(z−y)fY(y) dy.
Preuve : Soit h: R →R une fonction continue par morceaux et born´ee. On a
Eh(X+ Y) =
R2
=
R
h(x+ y)f(x,y) dx
,dy
h(z)
R
f(x,z−x) dx dz
en posant x = x et z = x+ y. Si on avait effectu´e le changement de variables z = x+ y et y,
on aurait obtenu l’autre expression annonc´ee.
Couples et vecteurs de variables al´eatoires
Pr´eparation `a l’agr´egation interne
1 Couples et vecteurs al´eatoires discrets
1.1 Loi conjointe
{yj,j ∈N}. La loi conjointe du couple (X,Y) est donn´ee par (X,Y)(Ω) (ou par X(Ω) et
On se donne X et Y deux variables al´eatoires discr`etes avec X(Ω) = {x i,i∈N}et Y(Ω) =
P(X= x,Y= y) = P{ω,X(ω) = x et Y(ω) = y}, pour tout couple (x,y) ∈(X,Y)(Ω).
Y(Ω)) ainsi que par les probabilit´es
loi conjointe du vecteur (X1,...,Xn) est donn´ee par l’ensemble-image (X1,...,Xn)(Ω) ⊂Nn
Plus g´en´eralement, si X1,...,Xn sont n variables al´eatoires discr`etes `a valeurs dans N, la
ainsi que par les probabilit´es P(X1 = i1,...,Xn = in), pour tout n-uplet (i1,...,in) ∈Nn
.
Exemple 1 : Fixons p∈]0,1[ et λ>0 et consid´erons le couple de variables al´eatoires (X,Y) `a
valeurs dans {0,1}×N dont la loi est donn´ee par :
P(X = 0,Y = 0) = 1−p
P(X = 1,Y= k) = pe−λλk/k!, pour tout k∈N
P(X= j,Y= k) = 0 sinon.
On a bien i,j P(X= i,Y= j) = 1 : on a donc bien ´ecrit la loi d’un couple al´eatoire discret.
Exemple 2 : On dispose d’une urne contenant quatre jetons num´erot´es de 1 `a 4, et on tire au
sort successivement deux jetons sans remise. On note (X,Y) les r´esultats des deux tirages.
On a : P(X= i,Y= i) = 0 pour tout i entre 1 et 4 et P(X= i,Y= j) = 1/12 si
1 ≤i,j ≤4 et i̸= j.
On peut ´ecrire les probabilit´es sous la forme du tableau suivant (o`u par exemple dans la
deuxi`eme case de la premi`ere ligne, on lit P(X = 1,Y = 2)) :
X\Y 1 2 1/12 3 4
1/12
4 1/12 1 0 1/12 2 1/12 0 1/12 1/12
3 1/12 1/12 0 1/12
1/12 1/12 0
Exemple 3 : Loi trinomiale. On se fixe un nombre entier nstrictement positif et deux param`etres
tel que (X,Y)(Ω) ∈N2 et donn´ee pour tout (i,j) ∈N2 tels que i+ j ≤n par :
r´eels positifs px et py tels que px+py ≤1. La loi trinomiale (n,px,py) est la loi du couple (X,Y)
P(X= i,Y= j) = n!
i!j!(n−i−j)!pi
xpj
y(1−px−py)n−i−j
,2
et P(X= i,Y= j) = 0 sinon.
Exercice : Montrer que l’on d´efinit bien ainsi la loi d’un couple al´eatoire.
La loi trinomiale est une extension de la loi binomiale. Imaginons en effet une exp´erience
qui a trois issues possibles, not´ee x, y et z, avec comme probabilit´e de r´ealisation p x, py et
pz = 1−px−py. R´ep´etons nfois cette exp´erience (nest fix´e) de fa¸con ind´ependante et comptons
le nombre d’apparitions de x (nombre not´e X) et de y (not´e Z) parmi ces n r´ep´etitions. C’est
alors un exercice de d´enombrement que de d´emontrer que le couple (X,Y) suit alors une loi
trinomiale de param`etres (n,px,py).
1.2 Lois marginales
D´efinition 1.1 Les (deux) lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´ea-
toires X et Y. On les obtient de la fa¸con suivante :
P(X= x) =
y∈Y(Ω)
P(Y= y) =
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= y),
P(X= x,Y= y).
On a
P(X= j) =
=
n
k=0
n−j
k=0
n−j
k=0
P(X= j,Y= k) +
n
k=n−j+1
P(X= j,Y= k)
n!
=
j!k!(n−j−k)!pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k + 0
n!
=
j!(n−j)!pj
x
n−j
(n−j)!
k!(n−j−k)!pk
y(1−px−py)n−j−k
k=0
=
n
j pj
x(1−px)n−j
La variable al´eatoire X suit donc une loi Bin(n,px). Un calcul similaire montre que Y suit
une loi binomiale Bin(n,py).
1.3 Loi de f(X,Y)
Probl`eme : On dispose d’un couple de variables al´eatoires discr`etes (X,Y) dont on connaˆıt
la loi conjointe et on voudrait connaˆıtre la loi de la variable al´eatoire Z= f(X,Y), o`u f :
X(Ω) ×Y(Ω) →R est une fonction donn´ee. Par exemple, on a souvent besoin de connaˆıtre la
loi de X + Y, ou celle de X−Y, ou de XY. Et d´eterminer la loi de X `a partir de celle de
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),f(x,y)=z
P(X= x,Y= y).4
Exemple : Reprenons une nouvelle fois l’exemple 1 et consid´erons la fonction f(x,y) = xy. La
variable al´eatoire XY est `a valeurs dans N et on a
P(XY = 0) = P(X = 0,Y = 0) + P(X = 1,Y = 0) = 1−p+ pe −λ
et, pour tout k∈N∗
,
P(XY= k) = P(X = 1,Y= k) = pe−λλk
k!.
Un cas particulier important. Nous consid´erons ici la fonction f(x,y) = x+ y. On obtient :
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),x+y=z
=
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
=
P(X= z−y,Y= y)
y∈Y(Ω)
Plus g´en´eralement, si X = (X1,...,Xn) est un vecteur al´eatoire discret et f : X(Ω) →R
est une fonction donn´ee, on a :
P(f(X1,...,Xn) = z) =
x1,...,xn,f(x1,...,xn)=z
P(X1 = x1,...,Xn = xn).
On en d´eduit le corollaire fondamental suivant :
Proposition 1.3 Soient X et Y deux variables al´eatoires discr`etes et int´egrables. Alors la
variable al´eatoire Z= X+ Y est int´egrable et on a E(X+ Y) = E(X) + E(Y).
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
On a donc
Puis
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|z|
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= z−x)
|x+ (z−x)|P(X= x,Y= z−x)
5
En utilisant l’in´egalit´e triangulaire, il vient :
E(|X+ Y|) ≤
z∈(X+Y)(Ω)
≤
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
(|x|+ |z−x|)P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
+
z∈(X+Y)(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
+
x∈X(Ω)
|z−x|P(X= x,Y= z−x)
´
Etudions tout d’abord la premi`ere somme :
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
=
x∈X(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|
z∈(X+Y)(Ω)
[|x|P(X= x)] = E(|X|)
P(X= x,Y= z−x)
Passons `a la deuxi`eme somme : sommer sur x ∈X(Ω) ou sur x tel que z−x ∈Y(Ω) ne
Exemple 1 : La loi de Y sachant {X = 1}est donn´ee par Y(Ω) ∈N et, pour tout entier
{Z= z}...
positif k, on a
1
P(Y= k|X = 1) = P(Y= k et X = 1)
P(X = 1)
= pe−λλk
k! ×
p
= e−λλk
k!.
La loi conditionnelle de Y sachant que {X = 1}est donc une loi de Poisson de param`etre
λ.7
Exemple 2 : La loi de X sachant {Y = 1}est la loi uniforme sur {2,3,4}.
Exemple 3 : Supposons que (X,Y) suit une loi trinomiale (n,px,py) et calculons la loi
On a
P(X= j|Y= k) = P(X= j et Y= k)
P(Y= k)
n! pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k
k!(n−k)!
=
j!k!(n−j−k)!
n! pk
y(1−py)n−k
(n−k)!
=
j!(n−k−j)!
px
1−py
j 1−px−py
1−py
.
La loi conditionnelle de X sachant {Y= k}est donc une loi binomiale (n−k,p x/(1−py)).
n−k−j
1.5 Ind´ependance de variables al´eatoires discr`etes
tout x ∈X(Ω) et tout y ∈Y(Ω), les ´ev´enements {X= x}et {Y= y}sont ind´ependants,
D´efinition 1.4 Deux variables al´eatoires discr`etes X et Y sont dites ind´ependantes si pour
c’est-`a-dire :
P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y).
y ∈Y(Ω) et tout x ∈X(Ω) tels que P(Y= y) > 0 et P(X= x) > 0, P(X= x|Y= y) =
Si X et Y sont deux variables al´eatoires discr`etes ind´ependantes, on aura donc, pour tout
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y)
La variable al´eatoire Z est donc int´egrable si la somme
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
|z|
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y) 9
converge. Or cette somme peut s’´ecrire
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
=
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
La mˆeme proc´edure appliqu´ee `a la somme sans les valeurs absolues permet d’obtenir le r´esultat
d´esir´e pour E(h(X,Y)).
Application : Cette proposition permet d’´ecrire notamment les esp´erances de X, de Y ou de
XY sans expliciter la loi de ces variables al´eatoires. Si le couple (X,Y) est discret, on a ainsi
E(X) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(Y) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(XY) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
xP(X= x,Y= y)
yP(X= x,Y= y)
xyP(X= x,Y= y)
lorsque les s´eries convergent.
Revenons maintenant `a la matrice de covariance :
Proposition 1.8 1. Une matrice de covariance C est toujours une matrice sym´etrique et
positive (i.e., pour tout v∈Rn
, <v,Cv>≥0).
2. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et int´egrables, on a E(XY) =
E(X)E(Y) et donc cov(X,Y) = 0. La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
3. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et f et g deux fonctions telles que
les variables al´eatoires f(X) et g(Y) sont int´egrables, on a E(f(X)g(Y)) = E(f(X))E(g(Y)).
La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
4. Si les variables al´eatoires X1,...,Xn sont ind´ependantes et de carr´e int´egrable, alors la
matrice de covariance de (X1,...,Xn) est diagonale. La r´eciproque de ce r´esultat est
fausse.
Preuve : 1. Soit X = (X1,...,Xn) un vecteur al´eatoire dont chaque composante est de carr´e
int´egrable, notons C sa matrice de covariance et fixons v = (v1,...,vn) un vecteur de Rn
.
Quitte `a remplacer chaque Xi par Xi−E(Xi), on supposera les variables al´eatoires centr´ees
(d’esp´erance nulle).10
On a
<v,Cv>=
Cijvivj
i,j
=
E(XiXj)vivj
i,j
=E
i,j
viXivjXj
=E
i
viXi ×
j
= E i
viXi
2
vjXj
On a donc bien <v,Cv>≥0.
2. Consid´erons deux variables al´eatoires discr`etes X et Y ind´ependantes et int´egrables. Mon-
trons que XY est int´egrable et calculons son esp´erance. On a
E(|XY|) =
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
|xy|P(X= x,Y= y)
Comme X et Y sont ind´ependantes, P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y) donc
E(|XY|) =
|xy|P(X= x)P(Y= y)
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|P(X= x)
y∈Y(Ω)
= x∈X(Ω)
|x|P(X= x) y∈Y(Ω)
= E(|X|)E(|Y|).
|y|P(Y= y)
|y|P(Y= y)
On montre alors par un calcul similaire que E(XY) = E(X)E(Y), puis on en d´eduit que
cov(X,Y) = 0.
3. et 4. se d´eduisent ais´ement de 2.
La proposition suivante, bien que tr`es simple `a prouver, est fort utile :
Proposition 1.9 Si X et Y sont deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y) + 2cov(X,Y).
Si de plus, X et Y sont ind´ependantes, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y).11
De plus, pour deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, il est possible d’obtenir une
majoration de cov(X,Y) `a partir des variances de X et Y :
Proposition 1.10 (In´egalit´e de Cauchy Schwarz) Soient X et Y deux variables al´eatoires
de carr´e int´egrable. On a
|E(XY)|≤E(|XY|) ≤ E(X2)E(Y2]
|cov(X,Y)|≤ var (X)var (Y)
Preuve : Le deuxi`eme point s’obtient en appliquant le premier `a X−E(X) et Y−E(Y).
Le premier point se montre de la mˆeme fa¸con que dans le cas classique (produit scalaire de
deux vecteurs) : on ´etudie le polynˆome
R(λ) = E(X2)λ2
−2E|XY|λ+ E(Y2).
Ce polynˆome se factorise en
R(λ) = E[(λ|X|−|Y|)2].
Il n’admet donc pas deux racines r´eelles distinctes, ce qui signifie que son discriminant (r´eduit)
est n´egatif :
(E|XY|)2
−E(X2)E(Y2) ≤0.
On ´etudie de la mˆeme fa¸con le cas d’´egalit´e : le discriminant n’est nul que si le polynˆome admet
une racine r´eelle double. Dans ce cas, il existe donc λ0 tel que
E[(λ0|X|+ |Y|)2] = 0;
l’esp´erance d’une variable al´eatoire positive ne pouvant ˆetre nulle que si la variable al´eatoire est
(presque sˆurement) nulle, on aura alors : |Y|=−λ0|X|, presque sˆurement.
Les preuves sans les valeurs absolues sont similaires.
1.7 Fonction g´en´eratrice d’un couple
D´efinition 1.11 La fonction g´en´eratrice d’un couple de variables al´eatoires discr`etes positives
est la fonction d´efinie sur [0,1]2 par
G(X,Y)(s,t) = E(sXtY) =
sxtyP(X= x,Y= y).
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
Proposition 1.12 La fonction g´en´eratrice d´etermine la loi du couple (X,Y) au sens o`u si deux
couples de variables al´eatoires positives ont la mˆeme fonction g´en´eratrice, alors ils suivent la
mˆeme loi.
La fonction g´en´eratrice de (X,Y) permet de retrouver par exemple :
•la fonction g´en´eratrice de X : GX(s) = G(X,Y)(s,1) et de Y,
•l’esp´erance de X si X est int´egrable : E(X) = ∂
∂sG(X,Y)(1,1),
•l’esp´erance de X2 si X est de carr´e int´egrable : E(X2) = ∂2
∂s2 G(X,Y)(1,1) + ∂
∂sG(X,Y)(1,1),12
•l’esp´erance de XY si X et Y sont de carr´e int´egrable : E(X,Y) = ∂ 2
∂s∂tG(X,Y)(1,1).
Une autre utilit´e importante de la fonction g´en´eratrice est de permettre de calculer simple-
ment la loi de somme de variables al´eatoires, `a partir du moment o`u on connaˆıt leur loi jointe.
En effet, on a le r´esultat suivant :
Proposition 1.13 Soient (X,Y) un couple de variables al´eatoires positives dont on connaˆıt la
loi jointe. Notons GX,Y la fonction g´en´eratrice du couple. On a alors GX+Y(s) = G(X,Y)(s,s).
Preuve : On a G(X,Y)(s,s) = E(sXsY) = E(sX+Y) = GX+Y(s).
Si X et Y sont `a valeurs enti`eres, il ne reste plus qu’`a d´ecomposer la fonction G X+Y en s´erie
enti`ere pour obtenir les probabilit´es P(X+ Y= k).
Il est facile de voir que si X et Y sont deux variables al´eatoires positives ind´ependantes,
alors on a G(X,Y)(s,t) = GX(s)GY(t). La r´eciproque de ce r´esultat est ´egalement vraie :
Proposition 1.14 Les variables al´eatoires positives X et Y sont ind´ependantes si et seulement
si
P(X+ Y= n).14
On a
P(X+ Y= n) =
P(X= k,X+ Y= n)
k≥0
=
k≥0
=
k≥0
=
n
k=0
= e−(µ1+µ2) 1
n!
P(X= k,Y= n−k)
P(X= k)P(Y= n−k)
e−µ1 µk
1
2
k! e−µ2 µn−k
(n−k)!
n
n!
k!(n−k)!µk
1µn−k
2
k=0
= e−(µ1+µ2) (µ1 + µ2)n
n!
On retrouve donc que X+ Y suit une loi de Poisson de param`etre µ 1 + µ2.
2 Couples al´eatoires `a densit´e
2.1 Densit´e d’un couple
D´efinition 2.1 Un couple (X,Y) de variables al´eatoires r´eelles sera dit « `a densit´e par rapport
`a la mesure de Lebesgue de R2 »s’il existe une fonction f : R2 →R+ telle que, pour tous
P(X ∈I et Y ∈J) =
intervalles I et J et pour toute fonction continue born´ee ou positive h on ait :
I×J
f(x,y) dxdy et E(h(X,Y)) =
h(x,y)f(x,y) dxdy.
R2
Remarque :
– La densit´e f est toujours une fonction positive, int´egrable et dont l’int´egrale sur R 2 par
rapport `a la mesure de Lebesgue vaut 1.
– On peut montrer que la d´efinition de la densit´e est ´equivalente `a : pour tout ouvert U de
P((X,Y) ∈U) =
R2
U
f(x,y) dxdy.
par : f(x,y) = 1D(x,y)/π. f est bien une densit´e de probabilit´e sur R2 : c’est la densit´e
de la loi uniforme sur D, c’est-`a-dire la loi que l’on obtient en jetant un point au hasard
et uniform´ement sur D.
2. Soit X une variable al´eatoire de loi exponentielle. La loi du couple (X,X) n’admet pas
de densit´e par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2. En effet, si une telle densit´e f15
existait, elle devrait ˆetre (presque partout) nulle en dehors de la droite {x= y}puisque
P(X ̸= Y) = 0. On aurait alors
1=
R2
f(x,y) dxdy=
f(x,y) dxdy.
{x=y}⊂R2
Or une droite est de mesure nulle pour la mesure de Lebesgue sur R2, donc l’int´egrale,
toujours par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2, de n’importe quelle fonction sur ce
domaine est nulle. On aboutit donc `a une contradiction.
2.2 Loi marginale
Les lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´eatoires X et Y. On peut
v´erifier ais´ement la proposition suivante :
Proposition 2.2 Soit (X,Y) un couple de variables al´eatoires de densit´e (conjointe) f : R 2 →
R+. Alors les deux variables al´eatoires X et Y ont chacune une densit´e, not´ee respectivement
fX et fY donn´ees par :
fX(x) =
y∈R
f(x,y) dy et fY(y) =
x∈R
f(x,y) dx.
=
f(x,y) dxdy
]−∞,t]×R
=
t
−∞ y∈R
f(x,y)dy dx
Ce principe s’applique aux vecteurs `a densit´e, `a ceci pr`es que les lois marginales d’un triplet
sont les lois de chacune des variables qui le constituent ainsi que les lois des couples de variables.
Exercice : Calculer les lois marginales du couple (X,Y) de loi uniforme sur le disque D de
centre 0 et de rayon 1.
2.3 Ind´ependance
Rappelons la d´efinition de l’ind´ependance de variables al´eatoires :
D´efinition 2.3 Les variables al´eatoires X et Y sont ind´ependantes si, pour tous intervalles
P{Xk ∈Ik}.k≤n16
Le lien entre densit´es et ind´ependance est clair :
Proposition 2.4 Deux variables al´eatoires (X,Y) de densit´e respectivement f et g sont in-
d´ependantes si et seulement si la loi du couple admet une densit´e et que cette densit´e est la
fonction (x,y) →f(x)g(y).
2.4 Esp´erance, covariance
D´efinition 2.5 On d´efinit, comme pour les couples discrets l’esp´erance d’un couple de variables
al´eatoires int´egrables comme ´etant le couple des esp´erances E(X,Y) = (E(X),E(Y)), et il est
facile de v´erifier que
E(X) =
R2
xf(x,y) dx dy et E(Y) =
R2
yf(x,y) dx dy,
lorsque ces int´egrales sont absolument convergentes.
Si les variables al´eatoires sont de carr´e int´egrable, on d´efinit ´egalement la matrice de cova-
riance du couple (X,Y) par
C=
var (X) cov(X,Y)
cov(X,Y) var (Y)
Les termes non-diagonaux de cette matrice seront
cov(X,Y) = E((X−E(X))(Y−E(Y))) = E(XY)−E(X)E(Y)
o`u
E(XY) =
xyf(x,y) dxdy.
R2
La matrice de covariance est, comme dans le cas discret, une matrice sym´etrique et positive (au
sens des formes bilin´eaires).
Ces d´efinitions s’´etendent naturellement au cas des vecteurs al´eatoires `a densit´e, en rempla¸cant
les int´egrales doubles par des int´egrales multiples.
Remarque : Pour identifier la densit´e d’un couple, on utilise habituellement une fonction test
h: R2 →R continue et born´ee et on essaie d’´ecrire E(h(X,Y)) sous la forme
E(h(X,Y))) =
R2
h(x,y)f(x,y) dx
,dy.
La fonction f : R2 →R+ ci-dessus, si elle existe, sera la densit´e du couple (X,Y).
Les propri´et´es vues dans le cas discret restent vraies pour les couples `a densit´e : notamment,
si le couple est form´e de variables al´eatoires ind´ependantes et de carr´e int´egrable, cov(X,Y) = 0
et var (X+ Y) = var (X) + var (Y), et, tout comme dans le cas discret, la covariance de deux
variables al´eatoires dont le couple admet une densit´e, peut ˆetre nulle sans que les variables
soient ind´ependantes : reprendre par exemple l’exemple du couple de loi uniforme sur le disque
de centre 0 et de rayon 1.17
2.5 Loi de la somme
On peut v´erifier que si le couple (X,Y) a une densit´e, la variable X + Y aura ´egalement
une densit´e, et on peut expliciter cette densit´e :
Proposition 2.6 – Si le couple (X,Y) admet pour densit´e la fonction f, alors la densit´e
de la variable al´eatoire X+ Y est la fonction g d´efinie par
g(z) =
R
f(x,z−x) dx=
R
f(z−y,y) dy.
– Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes de densit´e f X et fY, la densit´e,
not´ee g, de X+ Y est le produit de convolution de fX et fY :
g(z) =
R
fX(x)fY(z−x) dx=
R
fX(z−y)fY(y) dy.
Preuve : Soit h: R →R une fonction continue par morceaux et born´ee. On a
Eh(X+ Y) =
R2
=
R
h(x+ y)f(x,y) dx
,dy
h(z)
R
f(x,z−x) dx dz
en posant x = x et z = x+ y. Si on avait effectu´e le changement de variables z = x+ y et y,
on aurait obtenu l’autre expression annonc´ee.
1/12
4 1/12 1 0 1/12 2 1/12 0 1/12 1/12
3 1/12 1/12 0 1/12
1/12 1/12 0
Exemple 3 : Loi trinomiale. On se fixe un nombre entier nstrictement positif et deux param`etres
tel que (X,Y)(Ω) ∈N2 et donn´ee pour tout (i,j) ∈N2 tels que i+ j ≤n par :
r´eels positifs px et py tels que px+py ≤1. La loi trinomiale (n,px,py) est la loi du couple (X,Y)
P(X= i,Y= j) = n!
i!j!(n−i−j)!pi
xpj
y(1−px−py)n−i−j
,2
et P(X= i,Y= j) = 0 sinon.
Exercice : Montrer que l’on d´efinit bien ainsi la loi d’un couple al´eatoire.
La loi trinomiale est une extension de la loi binomiale. Imaginons en effet une exp´erience
qui a trois issues possibles, not´ee x, y et z, avec comme probabilit´e de r´ealisation p x, py et
pz = 1−px−py. R´ep´etons nfois cette exp´erience (nest fix´e) de fa¸con ind´ependante et comptons
le nombre d’apparitions de x (nombre not´e X) et de y (not´e Z) parmi ces n r´ep´etitions. C’est
alors un exercice de d´enombrement que de d´emontrer que le couple (X,Y) suit alors une loi
trinomiale de param`etres (n,px,py).
1.2 Lois marginales
D´efinition 1.1 Les (deux) lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´ea-
toires X et Y. On les obtient de la fa¸con suivante :
P(X= x) =
y∈Y(Ω)
P(Y= y) =
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= y),
P(X= x,Y= y).
On a
P(X= j) =
=
n
k=0
n−j
k=0
n−j
k=0
P(X= j,Y= k) +
n
k=n−j+1
P(X= j,Y= k)
n!
=
j!k!(n−j−k)!pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k + 0
n!
=
j!(n−j)!pj
x
n−j
(n−j)!
k!(n−j−k)!pk
y(1−px−py)n−j−k
k=0
=
n
j pj
x(1−px)n−j
La variable al´eatoire X suit donc une loi Bin(n,px). Un calcul similaire montre que Y suit
une loi binomiale Bin(n,py).
1.3 Loi de f(X,Y)
Probl`eme : On dispose d’un couple de variables al´eatoires discr`etes (X,Y) dont on connaˆıt
la loi conjointe et on voudrait connaˆıtre la loi de la variable al´eatoire Z= f(X,Y), o`u f :
X(Ω) ×Y(Ω) →R est une fonction donn´ee. Par exemple, on a souvent besoin de connaˆıtre la
loi de X + Y, ou celle de X−Y, ou de XY. Et d´eterminer la loi de X `a partir de celle de
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),f(x,y)=z
P(X= x,Y= y).4
Exemple : Reprenons une nouvelle fois l’exemple 1 et consid´erons la fonction f(x,y) = xy. La
variable al´eatoire XY est `a valeurs dans N et on a
P(XY = 0) = P(X = 0,Y = 0) + P(X = 1,Y = 0) = 1−p+ pe −λ
et, pour tout k∈N∗
,
P(XY= k) = P(X = 1,Y= k) = pe−λλk
k!.
Un cas particulier important. Nous consid´erons ici la fonction f(x,y) = x+ y. On obtient :
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),x+y=z
=
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
=
P(X= z−y,Y= y)
y∈Y(Ω)
Plus g´en´eralement, si X = (X1,...,Xn) est un vecteur al´eatoire discret et f : X(Ω) →R
est une fonction donn´ee, on a :
P(f(X1,...,Xn) = z) =
x1,...,xn,f(x1,...,xn)=z
P(X1 = x1,...,Xn = xn).
On en d´eduit le corollaire fondamental suivant :
Proposition 1.3 Soient X et Y deux variables al´eatoires discr`etes et int´egrables. Alors la
variable al´eatoire Z= X+ Y est int´egrable et on a E(X+ Y) = E(X) + E(Y).
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
On a donc
Puis
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|z|
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= z−x)
|x+ (z−x)|P(X= x,Y= z−x)
5
En utilisant l’in´egalit´e triangulaire, il vient :
E(|X+ Y|) ≤
z∈(X+Y)(Ω)
≤
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
(|x|+ |z−x|)P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
+
z∈(X+Y)(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
+
x∈X(Ω)
|z−x|P(X= x,Y= z−x)
´
Etudions tout d’abord la premi`ere somme :
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
=
x∈X(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|
z∈(X+Y)(Ω)
[|x|P(X= x)] = E(|X|)
P(X= x,Y= z−x)
Passons `a la deuxi`eme somme : sommer sur x ∈X(Ω) ou sur x tel que z−x ∈Y(Ω) ne
Exemple 1 : La loi de Y sachant {X = 1}est donn´ee par Y(Ω) ∈N et, pour tout entier
{Z= z}...
positif k, on a
1
P(Y= k|X = 1) = P(Y= k et X = 1)
P(X = 1)
= pe−λλk
k! ×
p
= e−λλk
k!.
La loi conditionnelle de Y sachant que {X = 1}est donc une loi de Poisson de param`etre
λ.7
Exemple 2 : La loi de X sachant {Y = 1}est la loi uniforme sur {2,3,4}.
Exemple 3 : Supposons que (X,Y) suit une loi trinomiale (n,px,py) et calculons la loi
On a
P(X= j|Y= k) = P(X= j et Y= k)
P(Y= k)
n! pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k
k!(n−k)!
=
j!k!(n−j−k)!
n! pk
y(1−py)n−k
(n−k)!
=
j!(n−k−j)!
px
1−py
j 1−px−py
1−py
.
La loi conditionnelle de X sachant {Y= k}est donc une loi binomiale (n−k,p x/(1−py)).
n−k−j
1.5 Ind´ependance de variables al´eatoires discr`etes
tout x ∈X(Ω) et tout y ∈Y(Ω), les ´ev´enements {X= x}et {Y= y}sont ind´ependants,
D´efinition 1.4 Deux variables al´eatoires discr`etes X et Y sont dites ind´ependantes si pour
c’est-`a-dire :
P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y).
y ∈Y(Ω) et tout x ∈X(Ω) tels que P(Y= y) > 0 et P(X= x) > 0, P(X= x|Y= y) =
Si X et Y sont deux variables al´eatoires discr`etes ind´ependantes, on aura donc, pour tout
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y)
La variable al´eatoire Z est donc int´egrable si la somme
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
|z|
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y) 9
converge. Or cette somme peut s’´ecrire
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
=
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
La mˆeme proc´edure appliqu´ee `a la somme sans les valeurs absolues permet d’obtenir le r´esultat
d´esir´e pour E(h(X,Y)).
Application : Cette proposition permet d’´ecrire notamment les esp´erances de X, de Y ou de
XY sans expliciter la loi de ces variables al´eatoires. Si le couple (X,Y) est discret, on a ainsi
E(X) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(Y) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(XY) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
xP(X= x,Y= y)
yP(X= x,Y= y)
xyP(X= x,Y= y)
lorsque les s´eries convergent.
Revenons maintenant `a la matrice de covariance :
Proposition 1.8 1. Une matrice de covariance C est toujours une matrice sym´etrique et
positive (i.e., pour tout v∈Rn
, <v,Cv>≥0).
2. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et int´egrables, on a E(XY) =
E(X)E(Y) et donc cov(X,Y) = 0. La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
3. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et f et g deux fonctions telles que
les variables al´eatoires f(X) et g(Y) sont int´egrables, on a E(f(X)g(Y)) = E(f(X))E(g(Y)).
La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
4. Si les variables al´eatoires X1,...,Xn sont ind´ependantes et de carr´e int´egrable, alors la
matrice de covariance de (X1,...,Xn) est diagonale. La r´eciproque de ce r´esultat est
fausse.
Preuve : 1. Soit X = (X1,...,Xn) un vecteur al´eatoire dont chaque composante est de carr´e
int´egrable, notons C sa matrice de covariance et fixons v = (v1,...,vn) un vecteur de Rn
.
Quitte `a remplacer chaque Xi par Xi−E(Xi), on supposera les variables al´eatoires centr´ees
(d’esp´erance nulle).10
On a
<v,Cv>=
Cijvivj
i,j
=
E(XiXj)vivj
i,j
=E
i,j
viXivjXj
=E
i
viXi ×
j
= E i
viXi
2
vjXj
On a donc bien <v,Cv>≥0.
2. Consid´erons deux variables al´eatoires discr`etes X et Y ind´ependantes et int´egrables. Mon-
trons que XY est int´egrable et calculons son esp´erance. On a
E(|XY|) =
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
|xy|P(X= x,Y= y)
Comme X et Y sont ind´ependantes, P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y) donc
E(|XY|) =
|xy|P(X= x)P(Y= y)
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|P(X= x)
y∈Y(Ω)
= x∈X(Ω)
|x|P(X= x) y∈Y(Ω)
= E(|X|)E(|Y|).
|y|P(Y= y)
|y|P(Y= y)
On montre alors par un calcul similaire que E(XY) = E(X)E(Y), puis on en d´eduit que
cov(X,Y) = 0.
3. et 4. se d´eduisent ais´ement de 2.
La proposition suivante, bien que tr`es simple `a prouver, est fort utile :
Proposition 1.9 Si X et Y sont deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y) + 2cov(X,Y).
Si de plus, X et Y sont ind´ependantes, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y).11
De plus, pour deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, il est possible d’obtenir une
majoration de cov(X,Y) `a partir des variances de X et Y :
Proposition 1.10 (In´egalit´e de Cauchy Schwarz) Soient X et Y deux variables al´eatoires
de carr´e int´egrable. On a
|E(XY)|≤E(|XY|) ≤ E(X2)E(Y2]
|cov(X,Y)|≤ var (X)var (Y)
Preuve : Le deuxi`eme point s’obtient en appliquant le premier `a X−E(X) et Y−E(Y).
Le premier point se montre de la mˆeme fa¸con que dans le cas classique (produit scalaire de
deux vecteurs) : on ´etudie le polynˆome
R(λ) = E(X2)λ2
−2E|XY|λ+ E(Y2).
Ce polynˆome se factorise en
R(λ) = E[(λ|X|−|Y|)2].
Il n’admet donc pas deux racines r´eelles distinctes, ce qui signifie que son discriminant (r´eduit)
est n´egatif :
(E|XY|)2
−E(X2)E(Y2) ≤0.
On ´etudie de la mˆeme fa¸con le cas d’´egalit´e : le discriminant n’est nul que si le polynˆome admet
une racine r´eelle double. Dans ce cas, il existe donc λ0 tel que
E[(λ0|X|+ |Y|)2] = 0;
l’esp´erance d’une variable al´eatoire positive ne pouvant ˆetre nulle que si la variable al´eatoire est
(presque sˆurement) nulle, on aura alors : |Y|=−λ0|X|, presque sˆurement.
Les preuves sans les valeurs absolues sont similaires.
1.7 Fonction g´en´eratrice d’un couple
D´efinition 1.11 La fonction g´en´eratrice d’un couple de variables al´eatoires discr`etes positives
est la fonction d´efinie sur [0,1]2 par
G(X,Y)(s,t) = E(sXtY) =
sxtyP(X= x,Y= y).
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
Proposition 1.12 La fonction g´en´eratrice d´etermine la loi du couple (X,Y) au sens o`u si deux
couples de variables al´eatoires positives ont la mˆeme fonction g´en´eratrice, alors ils suivent la
mˆeme loi.
La fonction g´en´eratrice de (X,Y) permet de retrouver par exemple :
•la fonction g´en´eratrice de X : GX(s) = G(X,Y)(s,1) et de Y,
•l’esp´erance de X si X est int´egrable : E(X) = ∂
∂sG(X,Y)(1,1),
•l’esp´erance de X2 si X est de carr´e int´egrable : E(X2) = ∂2
∂s2 G(X,Y)(1,1) + ∂
∂sG(X,Y)(1,1),12
•l’esp´erance de XY si X et Y sont de carr´e int´egrable : E(X,Y) = ∂ 2
∂s∂tG(X,Y)(1,1).
Une autre utilit´e importante de la fonction g´en´eratrice est de permettre de calculer simple-
ment la loi de somme de variables al´eatoires, `a partir du moment o`u on connaˆıt leur loi jointe.
En effet, on a le r´esultat suivant :
Proposition 1.13 Soient (X,Y) un couple de variables al´eatoires positives dont on connaˆıt la
loi jointe. Notons GX,Y la fonction g´en´eratrice du couple. On a alors GX+Y(s) = G(X,Y)(s,s).
Preuve : On a G(X,Y)(s,s) = E(sXsY) = E(sX+Y) = GX+Y(s).
Si X et Y sont `a valeurs enti`eres, il ne reste plus qu’`a d´ecomposer la fonction G X+Y en s´erie
enti`ere pour obtenir les probabilit´es P(X+ Y= k).
Il est facile de voir que si X et Y sont deux variables al´eatoires positives ind´ependantes,
alors on a G(X,Y)(s,t) = GX(s)GY(t). La r´eciproque de ce r´esultat est ´egalement vraie :
Proposition 1.14 Les variables al´eatoires positives X et Y sont ind´ependantes si et seulement
si
P(X+ Y= n).14
On a
P(X+ Y= n) =
P(X= k,X+ Y= n)
k≥0
=
k≥0
=
k≥0
=
n
k=0
= e−(µ1+µ2) 1
n!
P(X= k,Y= n−k)
P(X= k)P(Y= n−k)
e−µ1 µk
1
2
k! e−µ2 µn−k
(n−k)!
n
n!
k!(n−k)!µk
1µn−k
2
k=0
= e−(µ1+µ2) (µ1 + µ2)n
n!
On retrouve donc que X+ Y suit une loi de Poisson de param`etre µ 1 + µ2.
2 Couples al´eatoires `a densit´e
2.1 Densit´e d’un couple
D´efinition 2.1 Un couple (X,Y) de variables al´eatoires r´eelles sera dit « `a densit´e par rapport
`a la mesure de Lebesgue de R2 »s’il existe une fonction f : R2 →R+ telle que, pour tous
P(X ∈I et Y ∈J) =
intervalles I et J et pour toute fonction continue born´ee ou positive h on ait :
I×J
f(x,y) dxdy et E(h(X,Y)) =
h(x,y)f(x,y) dxdy.
R2
Remarque :
– La densit´e f est toujours une fonction positive, int´egrable et dont l’int´egrale sur R 2 par
rapport `a la mesure de Lebesgue vaut 1.
– On peut montrer que la d´efinition de la densit´e est ´equivalente `a : pour tout ouvert U de
P((X,Y) ∈U) =
R2
U
f(x,y) dxdy.
par : f(x,y) = 1D(x,y)/π. f est bien une densit´e de probabilit´e sur R2 : c’est la densit´e
de la loi uniforme sur D, c’est-`a-dire la loi que l’on obtient en jetant un point au hasard
et uniform´ement sur D.
2. Soit X une variable al´eatoire de loi exponentielle. La loi du couple (X,X) n’admet pas
de densit´e par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2. En effet, si une telle densit´e f15
existait, elle devrait ˆetre (presque partout) nulle en dehors de la droite {x= y}puisque
P(X ̸= Y) = 0. On aurait alors
1=
R2
f(x,y) dxdy=
f(x,y) dxdy.
{x=y}⊂R2
Or une droite est de mesure nulle pour la mesure de Lebesgue sur R2, donc l’int´egrale,
toujours par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2, de n’importe quelle fonction sur ce
domaine est nulle. On aboutit donc `a une contradiction.
2.2 Loi marginale
Les lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´eatoires X et Y. On peut
v´erifier ais´ement la proposition suivante :
Proposition 2.2 Soit (X,Y) un couple de variables al´eatoires de densit´e (conjointe) f : R 2 →
R+. Alors les deux variables al´eatoires X et Y ont chacune une densit´e, not´ee respectivement
fX et fY donn´ees par :
fX(x) =
y∈R
f(x,y) dy et fY(y) =
x∈R
f(x,y) dx.
=
f(x,y) dxdy
]−∞,t]×R
=
t
−∞ y∈R
f(x,y)dy dx
Ce principe s’applique aux vecteurs `a densit´e, `a ceci pr`es que les lois marginales d’un triplet
sont les lois de chacune des variables qui le constituent ainsi que les lois des couples de variables.
Exercice : Calculer les lois marginales du couple (X,Y) de loi uniforme sur le disque D de
centre 0 et de rayon 1.
2.3 Ind´ependance
Rappelons la d´efinition de l’ind´ependance de variables al´eatoires :
D´efinition 2.3 Les variables al´eatoires X et Y sont ind´ependantes si, pour tous intervalles
P{Xk ∈Ik}.k≤n16
Le lien entre densit´es et ind´ependance est clair :
Proposition 2.4 Deux variables al´eatoires (X,Y) de densit´e respectivement f et g sont in-
d´ependantes si et seulement si la loi du couple admet une densit´e et que cette densit´e est la
fonction (x,y) →f(x)g(y).
2.4 Esp´erance, covariance
D´efinition 2.5 On d´efinit, comme pour les couples discrets l’esp´erance d’un couple de variables
al´eatoires int´egrables comme ´etant le couple des esp´erances E(X,Y) = (E(X),E(Y)), et il est
facile de v´erifier que
E(X) =
R2
xf(x,y) dx dy et E(Y) =
R2
yf(x,y) dx dy,
lorsque ces int´egrales sont absolument convergentes.
Si les variables al´eatoires sont de carr´e int´egrable, on d´efinit ´egalement la matrice de cova-
riance du couple (X,Y) par
C=
var (X) cov(X,Y)
cov(X,Y) var (Y)
Les termes non-diagonaux de cette matrice seront
cov(X,Y) = E((X−E(X))(Y−E(Y))) = E(XY)−E(X)E(Y)
o`u
E(XY) =
xyf(x,y) dxdy.
R2
La matrice de covariance est, comme dans le cas discret, une matrice sym´etrique et positive (au
sens des formes bilin´eaires).
Ces d´efinitions s’´etendent naturellement au cas des vecteurs al´eatoires `a densit´e, en rempla¸cant
les int´egrales doubles par des int´egrales multiples.
Remarque : Pour identifier la densit´e d’un couple, on utilise habituellement une fonction test
h: R2 →R continue et born´ee et on essaie d’´ecrire E(h(X,Y)) sous la forme
E(h(X,Y))) =
R2
h(x,y)f(x,y) dx
,dy.
La fonction f : R2 →R+ ci-dessus, si elle existe, sera la densit´e du couple (X,Y).
Les propri´et´es vues dans le cas discret restent vraies pour les couples `a densit´e : notamment,
si le couple est form´e de variables al´eatoires ind´ependantes et de carr´e int´egrable, cov(X,Y) = 0
et var (X+ Y) = var (X) + var (Y), et, tout comme dans le cas discret, la covariance de deux
variables al´eatoires dont le couple admet une densit´e, peut ˆetre nulle sans que les variables
soient ind´ependantes : reprendre par exemple l’exemple du couple de loi uniforme sur le disque
de centre 0 et de rayon 1.17
2.5 Loi de la somme
On peut v´erifier que si le couple (X,Y) a une densit´e, la variable X + Y aura ´egalement
une densit´e, et on peut expliciter cette densit´e :
Proposition 2.6 – Si le couple (X,Y) admet pour densit´e la fonction f, alors la densit´e
de la variable al´eatoire X+ Y est la fonction g d´efinie par
g(z) =
R
f(x,z−x) dx=
R
f(z−y,y) dy.
– Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes de densit´e f X et fY, la densit´e,
not´ee g, de X+ Y est le produit de convolution de fX et fY :
g(z) =
R
fX(x)fY(z−x) dx=
R
fX(z−y)fY(y) dy.
Preuve : Soit h: R →R une fonction continue par morceaux et born´ee. On a
Eh(X+ Y) =
R2
=
R
h(x+ y)f(x,y) dx
,dy
h(z)
RCouples et vecteurs de variables al´eatoires
Pr´eparation `a l’agr´egation interne
1 Couples et vecteurs al´eatoires discrets
1.1 Loi conjointe
{yj,j ∈N}. La loi conjointe du couple (X,Y) est donn´ee par (X,Y)(Ω) (ou par X(Ω) et
On se donne X et Y deux variables al´eatoires discr`etes avec X(Ω) = {x i,i∈N}et Y(Ω) =
P(X= x,Y= y) = P{ω,X(ω) = x et Y(ω) = y}, pour tout couple (x,y) ∈(X,Y)(Ω).
Y(Ω)) ainsi que par les probabilit´es
loi conjointe du vecteur (X1,...,Xn) est donn´ee par l’ensemble-image (X1,...,Xn)(Ω) ⊂Nn
Plus g´en´eralement, si X1,...,Xn sont n variables al´eatoires discr`etes `a valeurs dans N, la
ainsi que par les probabilit´es P(X1 = i1,...,Xn = in), pour tout n-uplet (i1,...,in) ∈Nn
.
Exemple 1 : Fixons p∈]0,1[ et λ>0 et consid´erons le couple de variables al´eatoires (X,Y) `a
valeurs dans {0,1}×N dont la loi est donn´ee par :
P(X = 0,Y = 0) = 1−p
P(X = 1,Y= k) = pe−λλk/k!, pour tout k∈N
P(X= j,Y= k) = 0 sinon.
On a bien i,j P(X= i,Y= j) = 1 : on a donc bien ´ecrit la loi d’un couple al´eatoire discret.
Exemple 2 : On dispose d’une urne contenant quatre jetons num´erot´es de 1 `a 4, et on tire au
sort successivement deux jetons sans remise. On note (X,Y) les r´esultats des deux tirages.
On a : P(X= i,Y= i) = 0 pour tout i entre 1 et 4 et P(X= i,Y= j) = 1/12 si
1 ≤i,j ≤4 et i̸= j.
On peut ´ecrire les probabilit´es sous la forme du tableau suivant (o`u par exemple dans la
deuxi`eme case de la premi`ere ligne, on lit P(X = 1,Y = 2)) :
X\Y 1 2 1/12 3 4
1/12
4 1/12 1 0 1/12 2 1/12 0 1/12 1/12
3 1/12 1/12 0 1/12
1/12 1/12 0
Exemple 3 : Loi trinomiale. On se fixe un nombre entier nstrictement positif et deux param`etres
tel que (X,Y)(Ω) ∈N2 et donn´ee pour tout (i,j) ∈N2 tels que i+ j ≤n par :
r´eels positifs px et py tels que px+py ≤1. La loi trinomiale (n,px,py) est la loi du couple (X,Y)
P(X= i,Y= j) = n!
i!j!(n−i−j)!pi
xpj
y(1−px−py)n−i−j
,2
et P(X= i,Y= j) = 0 sinon.
Exercice : Montrer que l’on d´efinit bien ainsi la loi d’un couple al´eatoire.
La loi trinomiale est une extension de la loi binomiale. Imaginons en effet une exp´erience
qui a trois issues possibles, not´ee x, y et z, avec comme probabilit´e de r´ealisation p x, py et
pz = 1−px−py. R´ep´etons nfois cette exp´erience (nest fix´e) de fa¸con ind´ependante et comptons
le nombre d’apparitions de x (nombre not´e X) et de y (not´e Z) parmi ces n r´ep´etitions. C’est
alors un exercice de d´enombrement que de d´emontrer que le couple (X,Y) suit alors une loi
trinomiale de param`etres (n,px,py).
1.2 Lois marginales
D´efinition 1.1 Les (deux) lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´ea-
toires X et Y. On les obtient de la fa¸con suivante :
P(X= x) =
y∈Y(Ω)
P(Y= y) =
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= y),
P(X= x,Y= y).
On a
P(X= j) =
=
n
k=0
n−j
k=0
n−j
k=0
P(X= j,Y= k) +
n
k=n−j+1
P(X= j,Y= k)
n!
=
j!k!(n−j−k)!pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k + 0
n!
=
j!(n−j)!pj
x
n−j
(n−j)!
k!(n−j−k)!pk
y(1−px−py)n−j−k
k=0
=
n
j pj
x(1−px)n−j
La variable al´eatoire X suit donc une loi Bin(n,px). Un calcul similaire montre que Y suit
une loi binomiale Bin(n,py).
1.3 Loi de f(X,Y)
Probl`eme : On dispose d’un couple de variables al´eatoires discr`etes (X,Y) dont on connaˆıt
la loi conjointe et on voudrait connaˆıtre la loi de la variable al´eatoire Z= f(X,Y), o`u f :
X(Ω) ×Y(Ω) →R est une fonction donn´ee. Par exemple, on a souvent besoin de connaˆıtre la
loi de X + Y, ou celle de X−Y, ou de XY. Et d´eterminer la loi de X `a partir de celle de
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),f(x,y)=z
P(X= x,Y= y).4
Exemple : Reprenons une nouvelle fois l’exemple 1 et consid´erons la fonction f(x,y) = xy. La
variable al´eatoire XY est `a valeurs dans N et on a
P(XY = 0) = P(X = 0,Y = 0) + P(X = 1,Y = 0) = 1−p+ pe −λ
et, pour tout k∈N∗
,
P(XY= k) = P(X = 1,Y= k) = pe−λλk
k!.
Un cas particulier important. Nous consid´erons ici la fonction f(x,y) = x+ y. On obtient :
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),x+y=z
=
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
=
P(X= z−y,Y= y)
y∈Y(Ω)
Plus g´en´eralement, si X = (X1,...,Xn) est un vecteur al´eatoire discret et f : X(Ω) →R
est une fonction donn´ee, on a :
P(f(X1,...,Xn) = z) =
x1,...,xn,f(x1,...,xn)=z
P(X1 = x1,...,Xn = xn).
On en d´eduit le corollaire fondamental suivant :
Proposition 1.3 Soient X et Y deux variables al´eatoires discr`etes et int´egrables. Alors la
variable al´eatoire Z= X+ Y est int´egrable et on a E(X+ Y) = E(X) + E(Y).
P(X+ Y= z) =
P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
On a donc
Puis
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
E(|X+ Y|) =
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|z|
x∈X(Ω)
P(X= x,Y= z−x)
|x+ (z−x)|P(X= x,Y= z−x)
5
En utilisant l’in´egalit´e triangulaire, il vient :
E(|X+ Y|) ≤
z∈(X+Y)(Ω)
≤
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
(|x|+ |z−x|)P(X= x,Y= z−x)
x∈X(Ω)
+
z∈(X+Y)(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
+
x∈X(Ω)
|z−x|P(X= x,Y= z−x)
´
Etudions tout d’abord la premi`ere somme :
z∈(X+Y)(Ω)
x∈X(Ω)
|x|P(X= x,Y= z−x)
=
x∈X(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|
z∈(X+Y)(Ω)
[|x|P(X= x)] = E(|X|)
P(X= x,Y= z−x)
Passons `a la deuxi`eme somme : sommer sur x ∈X(Ω) ou sur x tel que z−x ∈Y(Ω) ne
Exemple 1 : La loi de Y sachant {X = 1}est donn´ee par Y(Ω) ∈N et, pour tout entier
{Z= z}...
positif k, on a
1
P(Y= k|X = 1) = P(Y= k et X = 1)
P(X = 1)
= pe−λλk
k! ×
p
= e−λλk
k!.
La loi conditionnelle de Y sachant que {X = 1}est donc une loi de Poisson de param`etre
λ.7
Exemple 2 : La loi de X sachant {Y = 1}est la loi uniforme sur {2,3,4}.
Exemple 3 : Supposons que (X,Y) suit une loi trinomiale (n,px,py) et calculons la loi
On a
P(X= j|Y= k) = P(X= j et Y= k)
P(Y= k)
n! pj
xpk
y(1−px−py)n−j−k
k!(n−k)!
=
j!k!(n−j−k)!
n! pk
y(1−py)n−k
(n−k)!
=
j!(n−k−j)!
px
1−py
j 1−px−py
1−py
.
La loi conditionnelle de X sachant {Y= k}est donc une loi binomiale (n−k,p x/(1−py)).
n−k−j
1.5 Ind´ependance de variables al´eatoires discr`etes
tout x ∈X(Ω) et tout y ∈Y(Ω), les ´ev´enements {X= x}et {Y= y}sont ind´ependants,
D´efinition 1.4 Deux variables al´eatoires discr`etes X et Y sont dites ind´ependantes si pour
c’est-`a-dire :
P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y).
y ∈Y(Ω) et tout x ∈X(Ω) tels que P(Y= y) > 0 et P(X= x) > 0, P(X= x|Y= y) =
Si X et Y sont deux variables al´eatoires discr`etes ind´ependantes, on aura donc, pour tout
P(Z= z) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y)
La variable al´eatoire Z est donc int´egrable si la somme
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
|z|
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
P(X= x,Y= y) 9
converge. Or cette somme peut s’´ecrire
S=
z∈(h(X,Y))(Ω)
(x,y)∈(X,Y)(Ω),h(x,y)=z
=
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
|h(x,y)|P(X= x,Y= y)
La mˆeme proc´edure appliqu´ee `a la somme sans les valeurs absolues permet d’obtenir le r´esultat
d´esir´e pour E(h(X,Y)).
Application : Cette proposition permet d’´ecrire notamment les esp´erances de X, de Y ou de
XY sans expliciter la loi de ces variables al´eatoires. Si le couple (X,Y) est discret, on a ainsi
E(X) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(Y) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
E(XY) =
(x,y)∈(X,Y)(Ω)
xP(X= x,Y= y)
yP(X= x,Y= y)
xyP(X= x,Y= y)
lorsque les s´eries convergent.
Revenons maintenant `a la matrice de covariance :
Proposition 1.8 1. Une matrice de covariance C est toujours une matrice sym´etrique et
positive (i.e., pour tout v∈Rn
, <v,Cv>≥0).
2. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et int´egrables, on a E(XY) =
E(X)E(Y) et donc cov(X,Y) = 0. La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
3. Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes et f et g deux fonctions telles que
les variables al´eatoires f(X) et g(Y) sont int´egrables, on a E(f(X)g(Y)) = E(f(X))E(g(Y)).
La r´eciproque de ce r´esultat est fausse.
4. Si les variables al´eatoires X1,...,Xn sont ind´ependantes et de carr´e int´egrable, alors la
matrice de covariance de (X1,...,Xn) est diagonale. La r´eciproque de ce r´esultat est
fausse.
Preuve : 1. Soit X = (X1,...,Xn) un vecteur al´eatoire dont chaque composante est de carr´e
int´egrable, notons C sa matrice de covariance et fixons v = (v1,...,vn) un vecteur de Rn
.
Quitte `a remplacer chaque Xi par Xi−E(Xi), on supposera les variables al´eatoires centr´ees
(d’esp´erance nulle).10
On a
<v,Cv>=
Cijvivj
i,j
=
E(XiXj)vivj
i,j
=E
i,j
viXivjXj
=E
i
viXi ×
j
= E i
viXi
2
vjXj
On a donc bien <v,Cv>≥0.
2. Consid´erons deux variables al´eatoires discr`etes X et Y ind´ependantes et int´egrables. Mon-
trons que XY est int´egrable et calculons son esp´erance. On a
E(|XY|) =
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
|xy|P(X= x,Y= y)
Comme X et Y sont ind´ependantes, P(X= x,Y= y) = P(X= x)P(Y= y) donc
E(|XY|) =
|xy|P(X= x)P(Y= y)
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
=
x∈X(Ω)
|x|P(X= x)
y∈Y(Ω)
= x∈X(Ω)
|x|P(X= x) y∈Y(Ω)
= E(|X|)E(|Y|).
|y|P(Y= y)
|y|P(Y= y)
On montre alors par un calcul similaire que E(XY) = E(X)E(Y), puis on en d´eduit que
cov(X,Y) = 0.
3. et 4. se d´eduisent ais´ement de 2.
La proposition suivante, bien que tr`es simple `a prouver, est fort utile :
Proposition 1.9 Si X et Y sont deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y) + 2cov(X,Y).
Si de plus, X et Y sont ind´ependantes, on a
var (X+ Y) = var (X) + var (Y).11
De plus, pour deux variables al´eatoires de carr´e int´egrable, il est possible d’obtenir une
majoration de cov(X,Y) `a partir des variances de X et Y :
Proposition 1.10 (In´egalit´e de Cauchy Schwarz) Soient X et Y deux variables al´eatoires
de carr´e int´egrable. On a
|E(XY)|≤E(|XY|) ≤ E(X2)E(Y2]
|cov(X,Y)|≤ var (X)var (Y)
Preuve : Le deuxi`eme point s’obtient en appliquant le premier `a X−E(X) et Y−E(Y).
Le premier point se montre de la mˆeme fa¸con que dans le cas classique (produit scalaire de
deux vecteurs) : on ´etudie le polynˆome
R(λ) = E(X2)λ2
−2E|XY|λ+ E(Y2).
Ce polynˆome se factorise en
R(λ) = E[(λ|X|−|Y|)2].
Il n’admet donc pas deux racines r´eelles distinctes, ce qui signifie que son discriminant (r´eduit)
est n´egatif :
(E|XY|)2
−E(X2)E(Y2) ≤0.
On ´etudie de la mˆeme fa¸con le cas d’´egalit´e : le discriminant n’est nul que si le polynˆome admet
une racine r´eelle double. Dans ce cas, il existe donc λ0 tel que
E[(λ0|X|+ |Y|)2] = 0;
l’esp´erance d’une variable al´eatoire positive ne pouvant ˆetre nulle que si la variable al´eatoire est
(presque sˆurement) nulle, on aura alors : |Y|=−λ0|X|, presque sˆurement.
Les preuves sans les valeurs absolues sont similaires.
1.7 Fonction g´en´eratrice d’un couple
D´efinition 1.11 La fonction g´en´eratrice d’un couple de variables al´eatoires discr`etes positives
est la fonction d´efinie sur [0,1]2 par
G(X,Y)(s,t) = E(sXtY) =
sxtyP(X= x,Y= y).
x∈X(Ω),y∈Y(Ω)
Proposition 1.12 La fonction g´en´eratrice d´etermine la loi du couple (X,Y) au sens o`u si deux
couples de variables al´eatoires positives ont la mˆeme fonction g´en´eratrice, alors ils suivent la
mˆeme loi.
La fonction g´en´eratrice de (X,Y) permet de retrouver par exemple :
•la fonction g´en´eratrice de X : GX(s) = G(X,Y)(s,1) et de Y,
•l’esp´erance de X si X est int´egrable : E(X) = ∂
∂sG(X,Y)(1,1),
•l’esp´erance de X2 si X est de carr´e int´egrable : E(X2) = ∂2
∂s2 G(X,Y)(1,1) + ∂
∂sG(X,Y)(1,1),12
•l’esp´erance de XY si X et Y sont de carr´e int´egrable : E(X,Y) = ∂ 2
∂s∂tG(X,Y)(1,1).
Une autre utilit´e importante de la fonction g´en´eratrice est de permettre de calculer simple-
ment la loi de somme de variables al´eatoires, `a partir du moment o`u on connaˆıt leur loi jointe.
En effet, on a le r´esultat suivant :
Proposition 1.13 Soient (X,Y) un couple de variables al´eatoires positives dont on connaˆıt la
loi jointe. Notons GX,Y la fonction g´en´eratrice du couple. On a alors GX+Y(s) = G(X,Y)(s,s).
Preuve : On a G(X,Y)(s,s) = E(sXsY) = E(sX+Y) = GX+Y(s).
Si X et Y sont `a valeurs enti`eres, il ne reste plus qu’`a d´ecomposer la fonction G X+Y en s´erie
enti`ere pour obtenir les probabilit´es P(X+ Y= k).
Il est facile de voir que si X et Y sont deux variables al´eatoires positives ind´ependantes,
alors on a G(X,Y)(s,t) = GX(s)GY(t). La r´eciproque de ce r´esultat est ´egalement vraie :
Proposition 1.14 Les variables al´eatoires positives X et Y sont ind´ependantes si et seulement
si
P(X+ Y= n).14
On a
P(X+ Y= n) =
P(X= k,X+ Y= n)
k≥0
=
k≥0
=
k≥0
=
n
k=0
= e−(µ1+µ2) 1
n!
P(X= k,Y= n−k)
P(X= k)P(Y= n−k)
e−µ1 µk
1
2
k! e−µ2 µn−k
(n−k)!
n
n!
k!(n−k)!µk
1µn−k
2
k=0
= e−(µ1+µ2) (µ1 + µ2)n
n!
On retrouve donc que X+ Y suit une loi de Poisson de param`etre µ 1 + µ2.
2 Couples al´eatoires `a densit´e
2.1 Densit´e d’un couple
D´efinition 2.1 Un couple (X,Y) de variables al´eatoires r´eelles sera dit « `a densit´e par rapport
`a la mesure de Lebesgue de R2 »s’il existe une fonction f : R2 →R+ telle que, pour tous
P(X ∈I et Y ∈J) =
intervalles I et J et pour toute fonction continue born´ee ou positive h on ait :
I×J
f(x,y) dxdy et E(h(X,Y)) =
h(x,y)f(x,y) dxdy.
R2
Remarque :
– La densit´e f est toujours une fonction positive, int´egrable et dont l’int´egrale sur R 2 par
rapport `a la mesure de Lebesgue vaut 1.
– On peut montrer que la d´efinition de la densit´e est ´equivalente `a : pour tout ouvert U de
P((X,Y) ∈U) =
R2
U
f(x,y) dxdy.
par : f(x,y) = 1D(x,y)/π. f est bien une densit´e de probabilit´e sur R2 : c’est la densit´e
de la loi uniforme sur D, c’est-`a-dire la loi que l’on obtient en jetant un point au hasard
et uniform´ement sur D.
2. Soit X une variable al´eatoire de loi exponentielle. La loi du couple (X,X) n’admet pas
de densit´e par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2. En effet, si une telle densit´e f15
existait, elle devrait ˆetre (presque partout) nulle en dehors de la droite {x= y}puisque
P(X ̸= Y) = 0. On aurait alors
1=
R2
f(x,y) dxdy=
f(x,y) dxdy.
{x=y}⊂R2
Or une droite est de mesure nulle pour la mesure de Lebesgue sur R2, donc l’int´egrale,
toujours par rapport `a la mesure de Lebesgue sur R2, de n’importe quelle fonction sur ce
domaine est nulle. On aboutit donc `a une contradiction.
2.2 Loi marginale
Les lois marginales du couple (X,Y) sont les lois des variables al´eatoires X et Y. On peut
v´erifier ais´ement la proposition suivante :
Proposition 2.2 Soit (X,Y) un couple de variables al´eatoires de densit´e (conjointe) f : R 2 →
R+. Alors les deux variables al´eatoires X et Y ont chacune une densit´e, not´ee respectivement
fX et fY donn´ees par :
fX(x) =
y∈R
f(x,y) dy et fY(y) =
x∈R
f(x,y) dx.
=
f(x,y) dxdy
]−∞,t]×R
=
t
−∞ y∈R
f(x,y)dy dx
Ce principe s’applique aux vecteurs `a densit´e, `a ceci pr`es que les lois marginales d’un triplet
sont les lois de chacune des variables qui le constituent ainsi que les lois des couples de variables.
Exercice : Calculer les lois marginales du couple (X,Y) de loi uniforme sur le disque D de
centre 0 et de rayon 1.
2.3 Ind´ependance
Rappelons la d´efinition de l’ind´ependance de variables al´eatoires :
D´efinition 2.3 Les variables al´eatoires X et Y sont ind´ependantes si, pour tous intervalles
P{Xk ∈Ik}.k≤n16
Le lien entre densit´es et ind´ependance est clair :
Proposition 2.4 Deux variables al´eatoires (X,Y) de densit´e respectivement f et g sont in-
d´ependantes si et seulement si la loi du couple admet une densit´e et que cette densit´e est la
fonction (x,y) →f(x)g(y).
2.4 Esp´erance, covariance
D´efinition 2.5 On d´efinit, comme pour les couples discrets l’esp´erance d’un couple de variables
al´eatoires int´egrables comme ´etant le couple des esp´erances E(X,Y) = (E(X),E(Y)), et il est
facile de v´erifier que
E(X) =
R2
xf(x,y) dx dy et E(Y) =
R2
yf(x,y) dx dy,
lorsque ces int´egrales sont absolument convergentes.
Si les variables al´eatoires sont de carr´e int´egrable, on d´efinit ´egalement la matrice de cova-
riance du couple (X,Y) par
C=
var (X) cov(X,Y)
cov(X,Y) var (Y)
Les termes non-diagonaux de cette matrice seront
cov(X,Y) = E((X−E(X))(Y−E(Y))) = E(XY)−E(X)E(Y)
o`u
E(XY) =
xyf(x,y) dxdy.
R2
La matrice de covariance est, comme dans le cas discret, une matrice sym´etrique et positive (au
sens des formes bilin´eaires).
Ces d´efinitions s’´etendent naturellement au cas des vecteurs al´eatoires `a densit´e, en rempla¸cant
les int´egrales doubles par des int´egrales multiples.
Remarque : Pour identifier la densit´e d’un couple, on utilise habituellement une fonction test
h: R2 →R continue et born´ee et on essaie d’´ecrire E(h(X,Y)) sous la forme
E(h(X,Y))) =
R2
h(x,y)f(x,y) dx
,dy.
La fonction f : R2 →R+ ci-dessus, si elle existe, sera la densit´e du couple (X,Y).
Les propri´et´es vues dans le cas discret restent vraies pour les couples `a densit´e : notamment,
si le couple est form´e de variables al´eatoires ind´ependantes et de carr´e int´egrable, cov(X,Y) = 0
et var (X+ Y) = var (X) + var (Y), et, tout comme dans le cas discret, la covariance de deux
variables al´eatoires dont le couple admet une densit´e, peut ˆetre nulle sans que les variables
soient ind´ependantes : reprendre par exemple l’exemple du couple de loi uniforme sur le disque
de centre 0 et de rayon 1.17
2.5 Loi de la somme
On peut v´erifier que si le couple (X,Y) a une densit´e, la variable X + Y aura ´egalement
une densit´e, et on peut expliciter cette densit´e :
Proposition 2.6 – Si le couple (X,Y) admet pour densit´e la fonction f, alors la densit´e
de la variable al´eatoire X+ Y est la fonction g d´efinie par
g(z) =
R
f(x,z−x) dx=
R
f(z−y,y) dy.
– Si X et Y sont deux variables al´eatoires ind´ependantes de densit´e f X et fY, la densit´e,
not´ee g, de X+ Y est le produit de convolution de fX et fY :
g(z) =
R
fX(x)fY(z−x) dx=
R
fX(z−y)fY(y) dy.
Preuve : Soit h: R →R une fonction continue par morceaux et born´ee. On a
Eh(X+ Y) =
R2
=
R
h(x+ y)f(x,y) dx
,dy
h(z)
R
f(x,z−x) dx dz
en posant x = x et z = x+ y. Si on avait effectu´e le changement de variables z = x+ y et y,
on aurait obtenu l’autre expression annonc´ee.
f(x,z−x) dx dz
en posant x = x et z = x+ y. Si on avait effectu´e le changement de variables z = x+ y et y,
on aurait obtenu l’autre expression annonc´ee.