1.
introduction
Les pathologies des bâtiments désignent les défauts, dégradations ou dysfonctionnements qui affectent
une construction. Elles peuvent être structurelles (fissures, problèmes de fondations) ou non
structurelles (infiltrations d'eau, usure des finitions) et peuvent avoir diverses causes, comme des
défauts de conception ou de construction, le vieillissement, ou des sinistres. Leur identification par un
expert est essentielle pour établir un diagnostic précis et trouver les solutions de réparation
appropriées.
Les pathologies des bâtiments entraînent des conséquences graves qui vont au-delà de l'aspect
esthétique. En bref, elles impliquent :
Risques pour la sécurité : Affaissement, fissures structurelles et risque d'effondrement.
Coûts élevés : Réparations complexes, perte de valeur du bien et difficultés pour la revente.
Problèmes de santé : Moisissures dues à l'humidité, mauvaise qualité de l'air intérieur, et exposition à
des matériaux toxiques comme l'amiante.
Enjeux juridiques : Litiges et responsabilités du propriétaire en cas de danger pour autrui.
L'objectif du travail étant alors d'Identifier les principales pathologies, en analyser les causes et
proposer des solutions techniques adaptées.
2. Classification
Une classification académique des pathologies des bâtiments peut s'opérer en distinguant leur origine
des manifestations concrètes de leur nature. Une telle approche analytique est fondamentale pour
établir un diagnostic précis, comme l'enseignent de nombreux ouvrages de référence sur la pathologie
du bâtiment.
Classification selon l'origine
Selon leur origine, on distingue plusieurs types de pathologies.
Pathologies intrinsèques : Elles sont liées aux caractéristiques internes du bâtiment et de ses matériaux.
Exemple : Le retrait hydraulique du béton, qui provoque des fissures fines, est une pathologie
intrinsèque au processus de durcissement.
Pathologies liées à la conception : Elles résultent d'erreurs commises lors de l'étude du projet.
Exemple : Le sous-dimensionnement des fondations, qui engendre des tassements différentiels et des
fissures, est une pathologie de conception.
Pathologies liées à l'exécution : Elles proviennent de malfaçons pendant la phase de construction.
Exemple : L'absence d'un joint de dilatation dans une maçonnerie, menant à des fissurations sous l'effet
des contraintes thermiques, est une pathologie d'exécution.
Pathologies liées à l'environnement : Elles sont causées par l'interaction du bâtiment avec son
environnement extérieur.
Exemple : Le tassement d'un sol argileux en période de sécheresse, qui entraîne des désordres sur la
structure, est une pathologie environnementale.
Pathologies liées à l'usage et à l'entretien : Elles sont dues à une mauvaise utilisation du bâtiment ou à
un manque de maintenance.
Exemple : L'obstruction des descentes d'eaux pluviales, qui provoque des infiltrations, est une
pathologie d'entretien.
Classification selon la nature
Selon leur nature, on distingue la typologie suivante de désordres.
Pathologies mécaniques : Elles résultent de contraintes physiques appliquées à la structure.
Exemple : La rupture de poutres sous l'effet d'une surcharge accidentelle.
Pathologies hydriques : Elles sont liées à la présence et au mouvement de l'eau.
Exemple : Les efflorescences, qui sont des dépôts de sels minéraux en surface des maçonneries causés
par l'évaporation de l'eau.
Pathologies physico-chimiques : Elles impliquent des réactions chimiques ou des transformations
physiques des matériaux.
Exemple : La carbonatation du béton, qui réduit son pH et expose les armatures à la corrosion, est une
pathologie physico-chimique.
Pathologies biologiques : Elles résultent de l'action d'organismes vivants.
Exemple : L'attaque de la charpente par la mérule, un champignon lignivore qui dégrade le bois.
Pathologies thermiques : Elles sont causées par les variations de température.
Exemple : La dilatation et la contraction des matériaux, qui peuvent provoquer des fissures ou le
décollement de revêtements.
Cette approche permet de distinguer les désordres en plusieurs catégories principales.
Pathologies structurelles
Elles affectent la solidité et la stabilité de l'édifice, représentant souvent les risques les plus graves.
Exemples :
Fissuration des murs porteurs : causée par un tassement différentiel des fondations ou un mouvement
de terrain.
Dégradation du béton armé : corrosion des armatures due à la carbonatation ou à l'attaque des
chlorures.
Affaissement des fondations : perte de portance du sol sous l'influence de l'humidité ou d'une charge
excessive.
Pathologies liées à l'humidité
L'eau est un agent de dégradation majeur pour les matériaux de construction.
Exemples :
Infiltrations en toiture ou en façade : causées par des défauts d'étanchéité ou des fissures.
Remontées capillaires : l'eau du sol remonte par capillarité dans les murs en maçonnerie.
Condensation et moisissures : dues à une mauvaise ventilation ou un manque d'isolation, favorisant la
prolifération de micro-organismes.
Pathologies des enveloppes (façades et toitures)
Elles concernent les revêtements extérieurs et les systèmes de couverture.
Exemples :
Décollement des enduits : manque d'adhérence au support dû à l'humidité ou à des mouvements du
bâti.
Végétation en toiture : mousses et lichens qui retiennent l'humidité et dégradent les matériaux de
couverture.
Infiltrations par les menuiseries : défaut d'étanchéité des fenêtres ou des portes.
Pathologies des matériaux
Elles sont directement liées à la dégradation chimique, physique ou biologique des matériaux de
construction.
Exemples :
Dégradation du bois : attaques par des insectes xylophages (termites, vrillettes) ou des champignons
(mérule).
Matériaux toxiques : présence d'amiante, de plomb ou de formaldéhyde dans les peintures ou isolants.
Désordres esthétiques : efflorescence (dépôts de sels sur les briques) ou faïençage (microfissures) sur le
béton.
Pathologies des équipements et installations
Elles concernent les systèmes techniques du bâtiment (plomberie, électricité, chauffage, etc.).
Exemples :
Fuites de plomberie : causées par la corrosion ou un défaut de montage.
Dysfonctionnement des systèmes de ventilation : entraînant des problèmes de qualité de l'air intérieur.
Problèmes électriques : défauts de câblage pouvant provoquer des courts-circuits ou des risques
d'incendie.
3. Étude des quelques cas souvent rencontré
1. Fissures structurelles en maçonnerie
Origine : Environnementale (tassement différentiel des fondations sur sol argileux), liée à la conception
(sous-dimensionnement des fondations).
Nature : Mécanique.
Solution : Reprise en sous-œuvre des fondations par micropieux ou résine expansive.
2. Remontées capillaires
Origine : Hydrique, intrinsèque (absence ou défaut de la coupure de capillarité).
Nature : Hydrique.
Solution : Injection de résine hydrophobe dans les murs pour créer une barrière étanche
3. Moisissures et condensation
Origine : Hydrique, liée à l'usage (mauvaise ventilation), thermique (ponts thermiques).
Nature : Hydrique et biologique.
Solution : Amélioration de la ventilation (VMC), isolation thermique des parois.
4. Efflorescences sur maçonnerie
Origine : Hydrique, physico-chimique (migration de sels minéraux dissous par l'eau).
Nature : Hydrique.
Solution : Traitement de la cause de l'humidité, brossage à sec des sels, application d'un hydrofuge.
5. Corrosion des armatures en béton
Origine : Physico-chimique, intrinsèque (carbonatation), environnementale (chlorures).
Nature : Physico-chimique, mécanique.
Solution : Purge du béton dégradé, traitement des armatures, passivation, réparation avec un mortier
adapté.
6. Fissuration due au retrait du béton
Origine : Intrinsèque (retrait hydraulique et plastique du béton).
Nature : Physico-chimique, mécanique.
Solution : Cure du béton frais, injection de résine pour les fissures actives ou scellement pour les fissures
stabilisées.
7. Tassement différentiel des fondations
Origine : Environnementale (mouvement de terrain), liée à la conception (fondations inadaptées).
Nature : Mécanique.
Solution : Reprise en sous-œuvre (micropieux, injections de résine).
8. Infiltrations en toiture
Origine : Hydrique, liée à l'exécution (malfaçons), liée à l'entretien (vieillissement des matériaux).
Nature : Hydrique.
Solution : Réfection de l'étanchéité, remplacement des tuiles ou de la membrane défectueuse.
9. Décollement des enduits de façade
Origine : Hydrique (humidité), liée à l'exécution (mauvaise préparation du support), intrinsèque (retrait
de l'enduit).
Nature : Physico-chimique, mécanique.
Solution : Dépose de l'enduit dégradé, traitement du support et réfection selon les règles de l'art.
10. Pourriture du bois (mérule)
Origine : Biologique, hydrique (excès d'humidité), liée à l'entretien (mauvaise ventilation).
Nature : Biologique, mécanique.
Solution : Suppression de la cause de l'humidité, purge des bois contaminés et traitement fongicide.
11. Ponts thermiques
Origine : Thermique, liée à la conception (défaut d'isolation), liée à l'exécution (rupture d'isolant).
Nature : Thermique.
Solution : Isolation par l'extérieur ou par l'intérieur des zones concernées, traitement des jonctions.
12. Sols gonflants
Origine : Environnementale (variations hydriques du sol argileux).
Nature : Mécanique.
Solution : Adaptation des fondations (profondes), injection de résine expansive ou stabilisation du sol.
13. Faïençage du béton
Origine : Intrinsèque (retrait, excès de laitance), liée à l'exécution (lissage excessif, mauvaise cure).
Nature : Physico-chimique.
Solution : Traitement esthétique (peinture filmogène) ou ragréage si nécessaire.
14. Vibrations structurelles
Origine : Environnementale (trafic lourd), liée à l'usage (équipements industriels), liée à la conception
(structure souple).
Nature : Mécanique.
Solution : Amortissement des vibrations (isolation), renforcement de la structure.
2. Affaissement de plancher
Un plancher qui s’affaisse présente une flèche excessive ou une déformation visible, parfois
accompagnée de fissures.
Nature du désordre : déformation permanente d’un élément porteur horizontal.
Origine : un sous-dimensionnement à la conception, la dégradation des appuis, la corrosion des
armatures ou une surcharge d’exploitation.
Solution : la solution consiste à renforcer le plancher à l’aide de poutrelles métalliques, de dalles
collaborantes ou de bandes en fibre de carbone. Les appuis doivent être repris et les charges
éventuellement réduites.
5. Flambement ou déformation de poteaux
Les poteaux présentent parfois une inclinaison, un cintrage ou un écrasement partiel.
Nature du désordre : instabilité ou perte de portance d’un élément vertical comprimé.
Origine : surcharge verticale, section insuffisante, mauvaise qualité du béton ou défaut de centrage de la
charge.
Solution : la réparation peut passer par un chemisage en béton armé ou en acier, par un renforcement à
l’aide de tissus en fibre de carbone, ou encore par un réalignement contrôlé des éléments à l’aide de
vérins.
6. Rupture ou fléchissement excessif des poutres
Ce désordre se manifeste par une fissuration en traction sur la fibre inférieure des poutres ou par une
rupture localisée.
Nature du désordre : perte de résistance mécanique due à une sollicitation excessive.
Origine : sous-dimensionnement initial, béton de mauvaise qualité, corrosion des aciers, ou surcharge
d’exploitation non prévue.
Solution : renforcer la poutre par collage de plats métalliques ou de bandes en fibres composites (CFRP),
projeter un béton de réparation, ou redistribuer les charges par ajout d’éléments secondaires de
soutien.