Étude Contrastive de La Phraséologie Des Noms D'éléments Du Corps en Coréen Et en Français
Étude Contrastive de La Phraséologie Des Noms D'éléments Du Corps en Coréen Et en Français
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LIENS
THÈ SE DE DOCTORAT
En Sciences du Langage
Mi Hyun KIM
Composition du jury
Mme Mathilde DARGNAT, Université de Lorraine, Examinateur
M. Gaston GROSS, Université Paris 13, Examinateur
Mme Jin-Ok KIM, Université Paris Diderot, Examinateur
M. É ric LAPORTE, Université Paris-Est Marne-la-Vallée, Rapporteur
M. Seong Heon LEE, Université Nationale de Séoul, Codirecteur de thèse
M. Alain POLGUÈ RE, Université de Lorraine, Directeur de thèse
Mme Agnès TUTIN, Université Grenoble Alpes, Rapporteur
À ma famille
Remerciements
Je tiens avant tout à remercier mon directeur de thèse, Alain Polguère, qui a
accepté de diriger ce travail doctoral, qui m’a accordé sa confiance, qui m’a guidée avec
patience et m’a encouragée tout au long de ce travail. Il a toujours été là quand j’ai eu
besoin de son aide et de ses conseils. Sans lui, ce travail n’aurait pu exister. Merci, Alain,
pour tout ce que tu m’as offert pendant ce long périple. Grâce à toi, j’ai pu finir ce voyage,
qui fut difficile et en même temps passionnant.
Merci aussi à tous les membres d’Atilf, qui ont toujours été disponibles pour
m’apporter toutes sortes d’aides. Grâce à vous, j’ai pu travailler sereinement.
Je remercie aussi les gens que j’ai croisés dans la rue. Constater au quotidien la
grande diversité physique des êtres humains m’a inspirée dans mes recherches.
Enfin, j’exprime un grand merci à ma famille pour son existence et son amour.
Merci à mes parents qui m’ont fait penser que je pouvais réaliser tout ce que je voulais.
Merci à mon mari qui m’aide à réaliser tout ce que je veux. Et merci à ma précieuse Emma
qui me fait avancer petit à petit, sans m’arrêter. Merci, Emma, d’avoir attendu ta maman
très sagement. Tu es une fille extraordinaire. Merci, Junghoon, d’avoir supporté mon
stress et m’avoir soutenue sans cesse avec ton amour. J’ose dire que c’est vous qui êtes
parvenus à terminer ce travail.
Merci.
Résumé
i
récurrentes. Différentes collocations (du type Magn, Ver, Bon, Real1, en termes de
fonctions lexicales de la Théorie Sens-Texte) sont alors générées relativement au
sémantisme de ces composantes. Finalement, nous comparons la description de la
phraséologie des NECC à celle des NEC français, afin d’observer les diverses non-
correspondances entre les phrasèmes des deux langues.
Ce travail approfondit notre compréhension de la phraséologie aussi bien en
général, qu’en tant qu’elle est appliquée au coréen et au français, et met en relief des
différences culturelles encodées dans les deux langues. Il peut également trouver des
applications en didactique et en traductologie.
ii
Table des matières
Résumé ............................................................................................................... i
Table des figures ............................................................................................................. ix
Liste des tableaux ............................................................................................................ xi
Liste des définitions ....................................................................................................... xiii
Abréviations et symboles ................................................................................................xv
iii
2.2.2 Propriétés morphologiques .............................................................................. 25
[Link] Flexion .......................................................................................................... 25
[Link] Dérivation lexicalisée ................................................................................... 28
[Link] Composition .................................................................................................. 30
2.2.3 Propriétés syntaxiques ..................................................................................... 31
[Link] Syntagmes nominaux.................................................................................... 31
[Link] Nom prédicativisé......................................................................................... 34
[Link] Cas de la construction dite « à double sujet »............................................... 36
[Link].1 Analyse .............................................................................................. 36
[Link].2 Construction NSUB NECSUB V / Adj ............................................................ 38
iv
[Link] distinguer une lexie désignant une partie marquante de l’élément du corps 85
3.3.3 Polysémie des NECC prise en compte ............................................................ 91
v
5.3 Traitement des lexies complexes incluant les NECC ................ 146
5.3.1 Classification des mots-formes composés ..................................................... 147
[Link] Composé libre vs composé lexicalisé ......................................................... 147
[Link] Composé endocentrique vs composé exocentrique .................................... 150
[Link] Composé semi-phraséologique ................................................................... 152
[Link].1 Composé sur le continuum phraséologique ............................................. 152
[Link].2 Collocation morphologisée vs collocation lexicale ................................. 155
[Link].3 Traitement lexicographique des composés collocationnels ..................... 156
5.3.2 Composés collocationnels des NECC............................................................ 157
[Link] Délimitation des composés collocationnels ................................................ 157
[Link] Classification syntaxique des composés collocationnels des NECC .......... 159
[Link] Classification sémantique des composés collocationnels des NECC ......... 164
[Link] Classification selon le statut lexical du mot-forme ..................................... 165
[Link] Phrasèmes morphologiques ambigus .......................................................... 169
5.3.3 Classification des phrasèmes morphologiques .............................................. 172
vi
[Link].2 Composantes faibles ................................................................................ 209
6.2.3 Composantes définitionnelles des NEC ......................................................... 210
[Link] CC des NEC ................................................................................................ 210
[Link] CP des NEC ............................................................................................ 212
6.3 Patron « interlangue » de définition des NEC ........................... 243
6.3.1 Objectif du patron .......................................................................................... 243
[Link] Patron définitionnel de l’approche de NSM ............................................... 243
[Link] Patron définitionnel de l’approche de la TST ............................................. 247
6.3.2 Patron du modèle explicatif de la phraséologie des NEC .............................. 248
6.3.3 Application aux deux lexies [Link] ~ [Link] ............................................ 251
[Link] Description de NUN ..................................................................................... 252
[Link] Description d’YEUX ..................................................................................... 254
[Link] Synthèse ..................................................................................................... 257
Bibliographie ...........................................................................................................267
Annexe .......................................................................................................... 287
vii
viii
Table des figures
ix
x
Liste des tableaux
xi
Tableau 5-6 Deux façons d’exprimer la valeur collocationnelle en chinois 155
Tableau 5-7 Composés collocationnels qui illustrent la forme du nez 160
Tableau 5-8 Classification syntaxique des composés et dérivés collocationnels 164
des NECC
Tableau 5-9 Composés collocationnels des NECC 165
Tableau 5-10 Classification des phrasèmes morphologiques selon Beck et 173
Mel’čuk (2011)
Tableau 5-11 Phrasèmes sémantiques au niveau morphologique 175
Tableau 5-12 Phrasèmes sémantico-lexicaux au niveau morphologique 175
Tableau 6-1 Extraction des composantes sémantiques des collocations 193
contrôlées par NUN
Tableau 6-2 Forme propositionnel des NEC monoactanciels 205
Tableau 6-3 Structure actancielle des NEC 208
Tableau 6-4 Structure hiérarchique de la définition de MAIN 209
Tableau 6-5 Structure hiérarchique de la définition de YEUX 209
Tableau 6-6 CC ‘parties/éléments du visage’ 211
Tableau 6-7 CC ‘parties/éléments de l’œil’ 211
Tableau 6-8 CC ‘poil de α’ 211
Tableau 6-9 CP des NEC 212
Tableau 6-10 Collocations sur la couleur des yeux en coréen et en français 222
Tableau 6-11 NEC français qui expriment un état psychologique Y de X 234
Tableau 6-12 NECC qui expriment un état psychologique Y de X 234
Tableau 6-13 Classification des NEC de Wierzbicka (2007) 244
Tableau 6-14 Facettes sémantiques des NEC (Iordanskaja 1996: xiii) 247
Tableau 6-15 Facettes sémantiques de la lexie russe глаз ‘yeux’ 248
Tableau 6-16 Patron définitionnel de NUN ‘yeux’ 254
Tableau 6-17 Patron définitionnel de YEUX 257
xii
Liste des définitions
xiii
xiv
Abréviations et symboles
Notons que les abréviations ci-dessous en petit majuscule (par ex. ACC) sont des suffixes coréens qui
s’ajoutent soit aux noms ou pronoms, soit aux radicaux verbaux ou adjectivaux.
ACC accusatif
Adj adjectif
Adv adverbe
ADV adverbisation
APP apposition
CAUS causalité
COM comitatif
COOR coordination
DAT datif
DÉ CL déclaratif
DÉ L délimitateur
GÉ N génitif
GÉ R gérondif
FL fonction lexicale
xv
FUT futur
HON honorifique
INS instrumental
INT intérrogatif
LOC locatif
MOD modification
modif modificateur
N nom
NOM nominatif
PASS passé
PLUR plurialité
PRÉ D prédicateur
xvi
PRÉ S présent
REL relativisation
RÉ S résultatif
SEQ séquence
SUB subjectif
SUBO subordination
V verbe
VOC vocatif
vulg vulgaire
?
X expressions linguistique douteuse
xvii
1 Présentation de la recherche
Le corps est un des « universels physiques » comme l’air, l’eau, etc. : tous les
humains du monde possèdent un corps. En même temps, il est un des « universels
conceptuels » : tous les humains prennent conscience de l’existence du corps et ils le
connaissent à partir de ses parties (Wierzbicka 2007).
Ce qui nous intéresse dans cette étude, c’est que même si le corps est un universel
physique et conceptuel, les NEC donnent lieu à beaucoup de différences de lexicalisation
entre langues. D’une part, la façon dont le corps est divisé en parties diffère. Par exemple,
la lexie polonaise RĘKA1, dont l’équivalent français est MAIN, désigne la main, le poignet
et l’avant-bras jusqu’au coude. La lexie russe PYKÁ et la lexie grecque XERI dénotent aussi
cette partie. D’autre part, nous pouvons trouver des lacunes lexicales dans le cadre de la
comparaison interlangue. La lexie POMME D’ADAM qui désigne une partie saillante dans
le cou n’existe pas en coréen. Par contre, la lexie coréenne MIGAN qui dénote une partie
entre les sourcils n’existe pas en français. Ces écarts lexicaux nous montrent que chaque
langue a sa propre façon de procéder en ce qui concerne la division du corps et la
lexicalisation de chaque élément du corps.
1
Ces différences sont liées à la conceptualisation des fonctions pratiques et sociales
des entités physiques que les NEC dénotent. L’hypothèse sur laquelle repose notre travail
est que la comparaison systématique de la lexicalisation des NEC et leur
phraséologisation entre deux langues vont permettre de mettre en évidence des
différences de conceptualisation et de culture entre deux sociétés.
Des études sur la comparaison interlangue des NEC sont menées surtout dans le
contexte de la typologie sémantique et de la linguistique cognitive. Citons notamment les
travaux de Brown (1976), Andersen (1978), Johnson (1987), Heine (1997), Enfield et al.
(2006), Sharifian et al. (2008), Maalej et Yu (2011) et Stoecklé (2014). Ces études ont
tendance à examiner comment le corps est divisé, à chercher une façon universelle de le
catégoriser ou à montrer des points communs et divergents dans les procédés de
métaphorisation dans les locutions incluant des NEC.
Notre travail diffère de ces études de deux façons. D’une part, notre étude
comparative est une approche lexicologique. Avant tout, nous délimitons le lexique des
NEC entre deux langues et choisissons les lexies NEC concernées. Puis des lexies NEC
seront étudiées au travers des collocations qu’elles contrôlent. Nous nous intéressons à la
combinatoire lexicale de chaque lexie NEC. Voyons par exemple la lexie POMMETTE et
son équivalent coréen GWANGDAEPPYEO. La comparaison simple de la catégorisation du
corps et la lexicalisation entre deux langues nous indiquent les deux lexies désignent la
même partie du visage, à savoir la partie la plus saillante de la joue sous l’angle extérieur
de l’œil1. Pourtant, la comparaison de leurs collocations met en évidence leur différence :
on peut dire pommette rouge, alors qu’on ne peut pas dire gwangdaeppyeo+ga ppalgahda,
litt. pommette+SUB ê[Link]. La différence de ces deux lexies se montre ainsi à partir
de leurs combinatoires lexicales. Il nous semble nécessaire de tenir compte des
combinatoires lexicales pour rendre compte du sens des NEC et pour les comparer. En ce
qui concerne la description des NEC et leur combinatoires lexicales, nous utilisons la
Lexicologie Explicative et Combinatoire (dorénavant, LEC). Cette approche nous permet
de décrire le sens des NEC d’une façon rigoureuse et d’examiner les combinatoires
lexicales que ces NEC contrôlent d’une façon systématique et exhaustive.
1
Extrait du Trésor de la Langue Française informatisé.
2
D’autre part, notre approche est lexicographique. Notre étude commence à
examiner et analyser les problèmes des dictionnaires existants, puis vise à la modélisation
lexicographique des NEC sous la forme d’un Réseau Lexical du Coréen (dorénavant RL-
kr). Notre but ultime est d’aboutir à l’élaboration du RL-kr. Ce réseau lexical est un
dictionnaire virtuel qui est représenté par les graphes multidimensionnels des liens
paradigmatiques et syntagmatiques entre les unités lexicales (Lux-Pogodall et Polguère
2011, Polguère 2012c, 2014a, 2014b, Ollinger 2014). Nous établissons un échantillon de
ce réseau avec les NEC coréen pour analyser plus efficacement la lexicalisation et
phraséologie des NEC coréen, et finalement pour les comparer avec celles du français.
Notre objet d’étude est donc le lexique des NEC et les collocations que ceux-ci
contrôlent. Dans cette section, nous clarifions les notions basiques concernant les NEC et
les collocations dans un cadre de la LEC.
Le lexique des NEC est défini comme l’ensemble des lexies qui dénotent des
éléments du corps. À propos de cette définition, nous insistons sur deux points.
Premièrement, le NEC est une lexie, pas un vocable, lequel est un regroupement de lexies.
Par exemple, le vocable coréen GASEUM a plusieurs acceptions : GASEUM 1 ‘élément du
corps qui s’étend des épaules à l’abdomen’ ; GASEUM 2 ‘seins de femme’ ; GASEUM 3
‘siège de pensée’ ; GASEUM 4 ‘partie d’un vêtement couvrant GASEUM 1’, etc. Dans un
vocable, les lexies sont associées aux mêmes signifiants et ils ont une relation sémantique
(directement ou indirectement). Dans un vocable GASEUM, nous nous intéressons aux
lexies qui désignent les éléments du corps comme GASEUM 1 et GASEUM 2. Non seulement
des lexèmes comme GASEUM 1, mais aussi des syntagmes figés comme ARCADE
SOURCILIÈ RE, qui sera désigné par le terme locution, font partie des lexies NEC.
3
(par ex. tête, œil, bras, main, etc.) mais aussi des éléments moins « séparables » comme
injung ‘un élément creuse entre le nez et la lèvre’, arcade sourcilière, etc.
Dans la LEC, nous utilisons le terme phraséologie d’une langue pour désigner
l’ensemble de tous les phrasèmes de cette langue (Mel’čuk 1997, Mel’čuk et Milićević
2014). Le phrasème, qui est une unité phraséologique dans la LEC, est défini comme
énoncé multilexémique non libre.
La classification des phrasèmes est faite selon deux axes : (i) l’axe paradigmatique
– contraintes de sélection des composantes des phrasèmes et (ii) l’axe syntagmatique –
compositionnalité du Sens au Texte (Polguère 2015). La collocation et le cliché
linguistique sont des phrasèmes compositionnels et la locution est un phrasème non
compositionnel.
2
En particulier, Legallois et Tutin (2013) examine l’extension des unités phraséologiques et de la discipline
à partir du Bally (1909), « précurseur de la phraséologie » jusqu’à présent.
4
locution
Axes expressions libre collocation
cliché linguistique quasi- semi- locution
locution locution complète
‘personne entêtée’. La semi-locution inclut le sens d’un des constituants, mais pas en tant
que pivot sémantique : par exemple, ˹FRUIT DE MER˺ ‘crustacés, coquillages comestibles
provenant de la mer (TLFi)’. La locution faible inclut le sens de tous ses constituants,
mais pas en tant que pivot sémantique : par exemple, ˹DONNER LE SEIN˺ ‘femme X nourrit
le bébé Y de son lait en mettant le mamelon d’un de ses seins à la bouche de Y’3. Le pivot
sémantique de cette locution est ‘nourrir’.
Les clichés linguistiques (par ex. Quel âge as-tu ?, Défense de stationner) sont
des phrasèmes compositionnels. Le sens de ces phrasèmes n’est pas construit par le
locuteur, mais sélectionné comme un tout. Nous appellons les clichés linguistiques
phrasèmes sémantico-lexicaux et les collocations et les locutions phrasèmes lexicaux
(Mel’čuk 2013a, Polguère 2015).
3
Pour le détail sur la différence de ces locutions, voir Mel’Mel’čuk (2013a) et Polguère (2015). Pour le
détabil sur la modélisation lexicographique des locutions, voir Pausé (2014).
5
La LEC prend en compte des phrasèmes morphologiques (par ex. épaule+ette,
mange-+r+ai-s, etc.). Ils sont des lexies complexes qui sont construits non-librement, à
l’opposé des expressions morphologiques libres (Beck et Mel’čuk 2011).
[Link] Collocation
6
VOCABLE NEZ
// crinière, toison
7
LEC. Ce processus est nécessaire pour établir la nomenclature du lexique des NECC du
chapitre suivant.
8
1.4 Ressources consultées
Notre étude est fondée sur recours aux corpus même si notre approche n’est pas
une approche corpus driven. Les exemples utilisés dans notre étude sont principalement
tirés des bases textuelles suivantes dans lesquelles nous extrayons des collocations
contrôlées par les NEC :
pour le français
1) Frantext (1960-présent) [[Link]
2) Corpus mis en place dans le projet RELIEF/RLF
- FrWac [[Link]
- Archive le journal Est Républicain (1999, 2002, 2003)
pour le coréen
1) Corpus Séjong [[Link]
2) Archive le journal Chosun (1920-présent)
[[Link]
Lorsque aucune source n’est spécifiée, les exemples sont construits par nous-même, en
raison de leur brièveté.
Quant à la sélection des collocations, nous avons examiné les listes des
collocations suivantes :
pour le français
1) Dictionnaire Explicatif et Combinatoire (dorénavant DEC) I-IV, Mel'čuk, I. et
al. (1984, 1988, 1992, 1999), Les Presses de l’Université de Montréal.
2) Antidote [[Link]
Pour le coréen
1) Dictionnaire de collocation du projet Séjong (Lee S. H. 2011)
2) Liste des collocations du projet plurilingue des collocations (Hong J. S. et al.
2008 ; Lee S. H. et al. 2009)
9
pour le français
1) DEC I-IV, Mel'čuk, I. et al. (1984, 1988, 1992, 1999), Les Presses de
l’Université de Montréal.
2) Le Trésor de la Langue Française Informatisé (dorénavant, TLFi), Atilf.
[[Link]
3) Petit Robert en édition numérique (dorénavant, PR), Le Robert.
[[Link]]
pour le coréen
1) Pyojun Gukeo Daesajeon (dorénavant, PGD, ‘Dictionnaire standard de la
langue coréenne’)4, Institut National de la Langue Coréenne.
[[Link]
2) Yeonsei Hangukeo Sajeon (dorénavant, YHS, ‘Yonsei dictionnaire du coréen’)
3) Goryeodae Hangukeo Daesajeon (dorénavant, GHD, ‘Grand dictionnaire du
coréen de l’Université de Korea’)
[[Link]
4
Le PGD comprend 510 000 entrées y compris 220 000 entrées terminologiques. Comme il y a à peu près
40% des entrées terminologique dans ce dictionnaire, Yoo H. K. (2010a : 221) le considère en tant que
dictionnaire écletique, un type de dictionnaire entre un dictionnaire de langue et une encyclopédie. Sa
version web est mise à jour tous les trois mois.
10
2 À propos de la langue coréenne
11
2.1 Caractéristiques générales
langue agglutinante ;
langue SOV ;
adjectif prédicatif ;
langue à tête finale.
Le coréen est une langue agglutinante5. En général, on peut analyser une langue
agglutinante à travers la flexion qui se fait par « empilage » de morphèmes. En coréen,
des morphèmes grammaticaux se combinent aux radicaux nominaux (nom, pronom) et
prédicatifs (verbe, adjectif) pour marquer leur fonction grammaticale :
5
Selon la typologie morphologique de la langue, on distingue une langue flexionnelle (par exemple, le
français), une langue isolante (par exemple, le chinois) et une langue agglutinante (par exemple, le coréen).
Cette distinction a été critiquée par beaucoup de linguistes (surtout Greenberg 1960).
6
La grammaire traditionnelle appelle ce suffixe josa (particule). Nous allons étudier en détail ce suffixe
dans la section [Link].
12
qui se combinent aux noms pour marquer le cas et suffixes de conjugaison les suffixes qui
se combinent aux prédicats pour marquer le temps, l’aspect, la mode, etc.
Le coréen est analysé étant comme une langue Sujet-Objet-Verbe ou SOV7. Cette
caractéristique est corrélée au fait que le coréen est une langue à tête finale, notion qui
sera étudiée dans la section [Link]. Selon l’ordre canonique de la langue SOV, le verbe8
vient toujours à la fin de la phrase et les autres éléments (le sujet, l’objet, etc.) viennent
avant le verbe comme dans (1) plus haut.
L’adjectif coréen est de nature verbale. Wetzer (1996) appelle cette sorte
d’adjectif verby adjective par contraste de nouny adjective comme le sont les adjectifs
français ou anglais. Le verby adjective apparaît à la même position que le verbe et se
conjugue comme lui :
7
Il est bien connu que l’ordre SOV regroupe le plus grand nombre de langues. Pour le détail, voir le site
The World Atlas of Languages Structures Online ([Link] chapitre 81).
8
Il en est de même de l’adjectif. Nous allons voir l’ordre de la phrase avec l’adjectif dans la section [Link].
13
L’adjectif jaemiisseossda qui se situe à la fin de la phrase a un rôle de gouverneur
syntaxique de la phrase, au même titre que le verbe ilkneunda de (1).
Tel que mentionné plus haut, l’adjectif coréen peut être le gouverneur syntaxique
autant que le verbe. Les arbres syntaxiques suivants visualisent la hiérarchie syntaxique
de (1) et (4) :
ilk+neun+da jaemiiss+eoss+da
° °
subj obj-dir subj
° °
Paul+i chaek+eul chaek+i
modif °
Geu
Figure 2-1 : Structure syntaxiques de (1) et (4)
14
En comparaison avec l’adjectif français ou anglais, l’adjectif coréen n’a pas besoin de
copule être dans l’emploi prédicatif. Cette différence de fonctionnement syntaxique de
l’adjectif9 est visualisée dans la figure ci-dessous :
jaemiiss+eoss+da était
° °
subj subj cop
°
chaek+i livre intéressant
modif ° °
dét
°
Geu °
ce
Figure 2-2 : Comparaison des structures syntaxiques prédicatives du coréen et du
français
Il faut noter que l’emploi prédicatif est canonique pour l’adjectif coréen et qu’un
suffixe spécial se combine avec le radical de l’adjectif pour l’emploi de modificateur
nominal (épithète)10.
Même si l’adjectif prend une même position que le verbe et se conjugue comme
le verbe, nous ne traitons pas l’adjectif en tant qu’une classe de verbe 11 pour plusieurs
raisons. D’abord, l’adjectif n’a pas tous les suffixes de conjugaison que le verbe peut
prendre. Ensuite, l’adjectif ne prend pas le suffixe pour l’impératif ni pour la suggestion.
9
Outre le verbe et l’adjectif, le verbe dérivé du nom peut être aussi le gouverneur syntaxique. Nous allons
examiner en détail la dérivation en tant que prédicateur du nom coréen dans la section [Link].
10
Il en est de même pour le verbe. Voir l’exemple (8). Nous allons étudier en détail les suffixes
de modification dans la section [Link].
11
Certaines recherches (surtout des recherches comparatives ou des recherches sur l’enseignement du
coréen) utilisent les termes de verbe de qualité ou verbe statif au lieu d’adjectif.
15
plus les modificateurs (comme l’adjectif épithète, l’adverbe, la phrase relative, etc.)
précèdent l’élément modifié12 :
Le verbe ilkneunda ‘lire (PRÉ S, DÉ CL)’ est à la fin de la phrase. L’adnominal13 geo ‘ce’
modifie le nom chaek ‘livre’ et l’adverbe hangsang ‘toujours’ précède le verbe qu’il
modifie.
L’exemple suivant montre aussi que le nom chaek est à la fin du syntagme nominal
en tant que tête du syntagme nominal et que la proposition qui modifie le nom précède ce
nom :
Le suffixe -neun de (8) est différent du suffixe -neun des exemples (1) et (7), qui désigne
le présent. Le suffixe -neun de (8) désigne en même temps le présent et le relativiseur. Le
relativiseur indique la subordination, autrement dit, la relativisation de la proposition qui
modifie le nom. La proposition modificatrice dans (8) est l’équivalent d’une relative en
français. Au lieu de pronom relatif, le suffixe -neun se combine à la fin de la position
modificatrice. Nous considérons ce suffixe en tant que relativiseur14 et le glosons par
PRÉ S-REL pour spécifier qu’il exprime en même temps le présent et la relativisation
propositionnelle.
12
Lee I. S. et al. (1997 : 22) désigne cette caractéristique par le terme left branching language.
13
Voir l’adnominal dans la section [Link].
14
La grammaire traditionnelle désigne ce relativisateur par le terme adnominal ending (Ko Y. K. et Koo B.
K. 2009 ; Nam G. S. et Ko Y. K. 2011).
16
2.1.2 Remarques sur les parties du discours
Nous pouvons comparer les parties du discours du tableau 2-1 avec celles du
français.
15
Il faut noter que nous traitons cette partie de discours comme suffixe casuel dans notre étude. Ce tableau
montre le terme des parties de discours selon la grammaire scolaire.
16
Ce système des parties du discours a été publié par le Ministère de l’Éducation de la Corée du sud en
1963. La grammaire scolaire et la plupart des dictionnaires se basent sur ce système.
17
numéral
≈17 déterminant
adnominal
adverbe
adverbe conjonction
interjection interjection
particule préposition
Ø
Tableau 2-2 : Comparaison du des parties du discours du coréen et du français
Les parties du discours nom, pronom, adverbe, interjection, verbe et adjectif existent dans
deux langues. La conjonction française s’exprime par une classe d’adverbe - adverbe
conjonctif comme geuraeseo ‘alors’, geureona ‘mais’, etc. - en coréen. Le numéral coréen
s’exprime par le déterminant numéral du français et l’adnominal coréen s’exprime par le
déterminant ou bien l’adjectif du français.
[Link] Adnominal
17
Le symbole ≈ signifie ‘correspond approximativement à’. Strictement parlant, l’adnominal coréen
correspond soit au déterminant soit à l’adjectif français.
18
Les mots-formes i et modeun sont les adnominaux dans les exemples ci-dessus.
18
Li J. M. (1985) appelle cette partie du discours un adjectif invariable. La raison pour laquelle la
grammaire traditionnelle du coréen l’appelle adnominal au lieu d’adjectif est bien expliquée dans Mok J.
S. (2002) et Chun J. H. (2013 : 61-62) : l’adnominal ne fait pas partie de catégorie grammaticale
flexionnelle contrairement à l’adjectif.
19
(iii) adnominal qualificatif :
SAE ‘nouveau’, HEON ‘vieux’, YES ‘ancien’, SUN ‘vrai’, MAEN ‘nu’, etc.
Dans les faits, certains adnominaux ne se distinguent pas clairement des pronoms
démonstratifs (par ex. I, GEU, etc.), des numéraux (par ex. HAN, DU, etc.) ou des emplois
d’épithète de l’adjectif (par ex. SAE, HEON, etc.) dans certains cas, mais on considère
l’adnominal en tant que partie du discours distincte parce que sa fonction et sa position
suffisent à l’identité d’une classe (Ko Y. K. et Ku B. G (2009 : 124)).
coréen français
Examinons maintenant les suffixes casuels. Il s’agit des suffixes qui se combinent
aux noms ou pronoms et qui marquent, en principe, la fonction syntaxique, ou plus
précisément le cas grammatical. Reprenons l’exemple (1) :
Les suffixes -i, -eul se combinent aux noms Paul et chaek ‘livre’ et marquent les cas
grammaticaux : subjectif et accusatif.
20
Nous classifions les suffixes casuels selon la fonction syntaxique :
vocatif (VOC) -a / ya
19
La grammaire scolaire du coréen distingue les suffixes casuels différemment : subjectif, attributif,
accusatif, adnominal, prédicatif, adverbial et vocatif.
21
prénom qui finit par une consonne (par ex. ddal+eul ‘fille+ACC’) ; -leul se combine au
nom ou prénom qui finit par une voyelle (par ex. appa+leul ‘père+ACC’). Pour le comitatif,
-gwa se combine au nom ou prénom qui finit par une consonne et -wa se combine au nom
ou prénom qui finit par une voyelle (par ex. ddal+gwa appa ‘la fille et le père’ ; appa+wa
ddal ‘le père et la fille’,).
Le statut de ces suffixes n’obtient pas le consensus des linguistes. Comme nous
avons déjà vu dans le tableau 2-1, la grammaire traditionnelle du coréen les considère
comme des mots-formes et les appelle josa ‘particule’. Par contre, les morphèmes -NEUN,
-DA qui s’attachent au verbe et qui marquent le présent et le déclaratif ne sont pas traités
en tant que partie du discours. La grammaire traditionnelle ne les considère pas comme
des mots-formes et les appelle eomi ‘terminaison’. Selon Ko Y. K. et Ku B. G (2009), la
raison pour laquelle la grammaire ne considère que les particules en tant que partie du
discours est que les éléments qui précèdent les particules (c’est-à-dire le nom ou le
pronom) sont plus autonomes que les éléments qui précèdent les terminaisons (c’est-à-
dire le radical du verbe ou de l’adjectif). Pourtant cette vision n’est pas soutenue par tous
les linguistes coréens.
22
Dans les faits, il existe des linguistes qui ne considèrent pas les particules en tant
que mot-forme20. Selon eux, les particules ne sont pas autonomes comme les terminaisons
des verbes ou des adjectifs. La grammaire de la langue nord-coréenne21 ne considère pas
non plus les particules et les terminaisons en tant que partie du discours et traite tous les
deux sous le même terme to.
Nam K. S. et Ko Y. K. (2011 : 41) adoptent une position hybride. Ils traitent les
deux sortes de morphèmes (particules et terminaison) en tant qu’affixes flexionnels. En
particulier, ils appellent déclinaison un ajout d’un morphème grammatical – particule – à
un nom, mais ils traitent ce morphème en tant que mot-forme indépendant. Cette analyse
les mène à appeler la déclinaison semi-flexion (ibid. : 103-104). Pourtant, cette vision est
contradictoire parce qu’un suffixe qui est un morphème lié ne peux pas être un participant
dans la structure syntaxique.
Nous pouvons caractériser une partie de discours au moyen de trois critères : des
critères sémantiques ou bien notionnels (Riegel et al. 2014 : 226), syntaxiques et
morphologiques. Le PGD définit le nom commun comme « partie du discours qui sert à
désigner un être ou une chose ». Cette définition sémantique n’est pas toujours pertinente
pour distinguer le nom commun des autres parties du discours puisque le nom commun
peut désigner l’activité comme undong ‘sport’, geonseol ‘construction’, l’événement
comme jijin ‘séisme’, sago ‘accident’, le sentiment comme gippeum ‘joie’, seulpeum
20
Selon Ko Y. K. et Ku B. G (2009 : 34), cette vision a été soutenue principalement par les grammairiens
diachroniciens (Chung Ryeol-Mo, Chang Ha-Il, Lee Sung-Nyeong, etc.).
21
Pour la classification des parties du discours de la Corée du nord, voir Kim Y. H. et Kwon S. M. (1996 :
347-350).
23
‘tristesse’, etc. Dans les langues, le nom commun couvre ainsi un domaine sémantique
plus vaste que la désignation d’un humain ou une chose et le nom commun coréen ne fait
pas exception.
En plus des critères sémantiques, qui ne distinguent pas une partie du discours
d’une façon univoque, on doit adopter des critères syntaxiques et morphologiques (Hong
C.S. 2001a : 132, Riegel et al. 2014 : 227-229) :
En considérant ces trois critères, nous pouvons caractériser les noms communs
français :
(i) sert à désigner tout objet de pensée, quelle que soit sa catégorie ontologique
(les êtres, les choses, les propriétés, les états, les sentiments, les procès, les
relations, les quantités, etc.) (Riegel et al. 2014 : 321) ;
(ii) est susceptible de remplir des fonctions grammaticales telles que sujet, attribut
(du sujet, de l’objet), complément (direct ou indirect, circonstanciel, du nom, de
l’adjectif) ;
(iii) doit prendre les marques de nombre et porte un genre inhérent masculin ou
féminin.
Cette explication caractérise assez bien le nom français avec les critères sémantiques (i),
syntaxiques (ii) et morphologiques (iii).
24
suffixes 22 , que nous avons déjà mentionnés dans la section [Link]. Nous allons
commencer par l’examen de ces suffixations, ainsi que des autres propriétés
morphologiques des noms coréens23.
Nous avons vu que les suffixes casuels se combinent aux noms. En général, les
suffixes casuels sont obligatoires dans la langue écrite. Dans la langue parlée, si le cas est
évident, on peut omettre les suffixes casuels :
Même si les suffixes casuels sont omis en (20), nous pouvons interpréter la structure
syntaxique de la phrase sans difficulté. L’omission des suffixes casuels est un phénomène
complexe contrôlé par des paramètres syntaxiques, sémantiques et pragmatiques. Nous
n’entrons pas dans le détail de ce sujet. Pour en savoir plus sur l’omission des suffixes
casuels, voir Lee I. S. et al. (1997 : 111) et Ko Y. K et Ku B. G. (2009 : 156-158).
À côté des suffixes casuels, deux autres types de suffixes se combinent aux noms :
délimitateurs et suffixes de pluralité. Ces deux suffixes ne sont pas des suffixes
flexionnels à proprement parler, mais ils fonctionnent comme tels.
22
Hong C.S. (2001a ; 2001b) spécifie que cette propriété est partagé par tous les types du nom coréen.
23
Même si d’un certain point de vue il est plus logique de considérer les propriétés syntaxiques d’abord,
puis les propriétés morphologiques, nous allons commencer par les propriétés morphologiques pour
faciliter l’exposé.
25
La grammaire traditionnelle coréenne appelle ces suffixes bojosa ‘particule
auxiliaire’ ou ‘particule spéciale’. Sohn H. M. (1999) et Yeon J. H. (2003) utilisent un
terme délimitateur (angl. delimiter). Nous adoptons aussi ce terme délimitateur parce que
ces suffixes limitent le sens des éléments auxquels les suffixes se combinent (Sohn H. M.
1999 : 212). Nous énumérons quelques délimitateurs utilisés dans notre étude :
Sens Forme
26
Les délimitateurs s’attachent non seulement aux noms mais aussi aux adverbes ou
aux verbes :
En (23), le suffixe -neun topicalise le pronom na et le suffixe -man limite le verbe gada
‘aller’. Les délimitateurs donnent ainsi des sens très variés aux éléments auxquels ils se
combinent.
En plus des délimitateurs, le coréen possède le suffixe nominal -deul qui marque
la pluralité :
24
Kuh, H. A. (1987) explique ce phénomène avec le terme Plural Copying.
27
délimitateurs25. Nous ne nous attarderons pas plus sur le statut des délimitateurs et du
suffixe de pluralité, qui sort du cadre de la présente recherche.
Au point de vue de la formation des mots, nous pouvons distinguer les lexies
simples et les lexies complexes. Les lexies simples se composent d’un morphème : elles
ne peuvent pas être décomposées en unités significatives plus petites. Les lexies
complexes sont constituées d’au moins deux morphèmes. Elles ont deux types : les lexies
dérivées (souvent appelées mots dérivées) et les lexies composées (souvent appelées mots
composés). Cette section traite de la dérivation du nom commun coréen ; nous présentons
la composition dans la section suivante.
La lexie dérivée est « formée par l’adjonction d’un ou plusieurs affixes (préfixes
ou suffixes) soudés à un morphème lexical appelé base (Riegel et al. (2014 : 901) ». En
coréen, la dérivation se fait par les préfixes et les suffixes. La dérivation par le suffixe est
plus développée que par le préfixe en coréen (Lee I.S. et al. 2004 : 135-136). Les affixes
dérivationnels du français et du coréen se comportent de la même façon.
25
Certaines études traitent le suffixe -deul en tant que délimitateurs. Voir Sohn H.M. (1999 : 215).
28
Il faut noter que la traduction littérale qui repose soit sur des adjectifs (‘grand’, ‘nu’), soit
sur des syntagmes (‘famille de mari’) ; han-, maen- et si- sont des préfixes parce qu’ils
sont morphologiquement non-autonomes comme anti- du français.
Les noms dérivés de (30) sont formés par l’adjonction du suffixe –bo soudé aux noms
sans le changement de la partie du discours. Les noms dérivés de (31) sont construits de
l’adjonction du suffixe –bo au radical du verbe ULDA ‘pleurer’ (31a) ou bien au radical
de l’adjectif DDUNGDDUNGHADA ‘être gros’ (31b).
29
[Link] Composition
26
Pour le détail, voir Kim C. S. (2001 : 2005 : 2008) et Kim I. B. (2000).
27
On appelle saisios ce sios (s, en alphabet coréen ㅅ). Quand on compose deux noms, on ajoute sios (s)
entre deux éléments. La condition de l’ajout de sios n’est pas régulière. Ce sios est considéré comme une
sorte de marqueur de lexies composée (Lee I. S. et al. 2004 : 130).
30
Il faut noter qu’il y a d’une part des lexies composées qui sont construites
formellement comme des syntagmes28 et, d’autre part, des lexies composées qui ne le sont.
Nous appelons les premiers composés syntaxiques (angl. syntactic compound) et les
seconds composés asyntaxiques (angl. asyntactic compound). Les exemples ci-dessus
jeopkal et neujdeowi sont des composés asyntaxiques parce que le suffixe de modification
(MOD) est omis. On dit jeop+neun kal ‘litt. plier+MOD couteau’ ou neuj+eun deowi ‘litt.
ê[Link]+MOD chaleur’ dans le cas d’un véritable syntagme.
Le nom ai ‘enfant’ s’utilise avec l’adnominal geu ‘ce’ mais le nom chaek ‘livre’ s’utilise
sans déterminant.
28
Pour cette raison, quelques noms composés ne se distinguent pas bien des syntagmes nominaux. Il y a
des critères comme le test de séparabilité. Voir Ko Y.K. et Ku B.G. (2009 : 230-232).
31
pas de déterminant dans un syntagme nominal, il s’agit des expressions phraséologisées
(faire faillite, plier bagage), des compléments de noms (cours de linguistique), etc.
L’article français exprime le défini ~ indéfini (le livre, un livre). Par contre, le
coréen n’a pas d’article, et donc la définitude (angl. definiteness) du nom peut s’exprimer
par l’adnominal de détermination GEU (Lee S. M. 1997 ; Sohn H. M. 1999) :
adnominal29
29
Voir la section [Link]. Rappelons que la catégorie de la partie du discours de l’adnominal coréen est très
hétérogène.
32
nom
À la différence avec les noms français30, les noms coréens acceptent très souvent d’autres
noms en tant que modificateur.
verbe/adjectif+MOD
Les noms coréens peuvent être modifiés par le verbe ou l’adjectif au moyen des suffixes
de modification (MOD). Non seulement les prédicats mais aussi les phrases peuvent
modifier les noms coréens au moyen des suffixes de subordination comme en (44) et (45) :
phrase + SUBO
30
En français, « le groupe nominal minimal est constitué d’un déterminant et d’un nom. Le groupe nominal
étendu y ajoute un ou plusieurs « modifieurs du nom » : adjectif, groupe prépositionnel, subordonnée
relative, ou encore, pour certains noms, une subordonnée complétive (introduite par la conjonction que) ou
une construction infinitive » (Riegel et al. 2014 : 270).
33
Le suffixe de subordination -n de (44) est le suffixe de relativisation (REL) et désigne en
même temps le passé (PASS). Le suffixe -n de (45) est le suffixe d’apposition (APP) et
désigne en même temps le passé31.
chaek+i+da
°
subj
igeos+eun
°
Figure 2-3 : Gouverneur syntaxique « Nom+-i »
31
La grammaire traditionnelle explique (44) et (45) en terme de phrase adnominale (gwanhyeongsajeol) et
(42) et (43) en terme de forme adnominale (gwanhyeongsahyeong).
34
À Strictement parler, la combinaison « Nom+-i » se conjugue comme un adjectif.
Rappelons que l’adjectif coréen se comporte comme le verbe. Mais l’adjectif ne possède
pas le suffixe flexionnel pour l’impératif ou bien pour l’exhortatif. Par exemple, l’adjectif
BALKDA ‘être clair’ ne prend pas les deux formes :
32
En notre terme, le suffixe I est une sorte de suffixe casuel, qui précise le cas prédicatif.
33
Pour une discussion plus détaillée, nous renvoyons le lecteur au travail de Hong C.S. (2001a, 2010 et
2013). Surtout Hong C.S. (2010) mène une étude contrastive sur les constructions copulatives en français
et en coréen au point de vue typologique.
35
(a) (b)
i+da est
° °
subj cop subj cop
° ° ° °
Igeos+eun chaek ce livre
Figure 2-4: Arbre syntaxique de la phrase (46) selon Hong C. S., Nam G. I. et Han J. H.
La section suivante traitera d’une construction spéciale dans laquelle les NEC
apparaissent souvent.
[Link].1 Analyse
La phrase simple coréenne peut comporter deux noms au cas subjectif (SUB),
comme dans les exemples suivants :
36
construction à double sujets. Pourtant, comme le note Mel’čuk (2013c, 2015b), il faut
distinguer le sujet syntaxique et le cas subjectif. Le terme de sujet dénote un rôle
syntaxique donné, et le verbe ne peut pas avoir deux sujets syntaxiques34. Par contre, le
cas subjectif est répétable. Donc nous désignons la construction ci-dessus par le terme de
constructions à multiples subjectifs 35.
Concernant les deux noms des phrases (50) et (53) ci-dessus, le premier N1SUB
doit être le sujet syntaxique du verbe, et le suivant N2 SUB doit avoir une autre fonction de
complément du verbe. Suivant la discussion de Mel’čuk (2015b), les exemples ci-dessus
sont analysés comme suit :
34
Mel’čuk (2015b : 489) précise que « semantic and main syntactic actants of a lexical unit L - that is, the
Subject, the Direct Object and the Indirect Object - are not repeatable with L ».
35
Nous nous focalisons ici sur les constructions à double subjectifs, mais dans les faits, il peut y avoir plus
de deux subjectifs :
ex) Paul+i bal+i bol+i neolb+da
Paul+SUB pied+SUB largeur+SUB ê[Link]+DÉ CL
‘Paul a des pieds larges’
36
Comme Yoo H. K. (2010b : 3) l’indique, l’adjectif MUSEOPDA exige un agent qui a une expérience
psychologique et un objet qui provoque l’état psychologique.
37
Les verbes de paramètre (deulda ‘coûter’, nagada ‘peser’, etc.) ont besoin d’un complément oblique qui
exprime le prix, le poids, etc.
38
Il a été noté qu’il existe en coréen des pseudo-copules (devenir, sembler ; become, get, seem, etc.) qui
ont des fonctions similaires à la copule (être ; be ; etc.) dans la plupart des langues. Nous pouvons appeler
le verbe doeda ‘devenir’ et l’adjectif anida ‘ne pas être’ comme pseudo-copule.
37
[Link].2 Construction NSUB NECSUB V / Adj
Les collocations contrôlées par les NEC se voient souvent dans la construction à
multiples subjectifs. Observons l’exemple (54) :
Cette construction n’est pas la même construction qu’en (50)-(53). Le deuxième nom
subjectif KO n’est pas le complément de l’adjectif GILDA. Comment pouvons-nous
analyser cette phrase ? Quel SUB désigne le sujet syntaxique ?
Cette construction est analysée soit par l’approche syntaxique, soit par l’approche
sémantique ou communicative. L’approche syntaxique39 est menée par Choi H. B. (1937),
Seong G. C. (1987) et Lim D. H. (1997). Ils supposent que la phrase est construite d’un
sujet et une proposition, qu’ils nomment la proposition prédicative :
Dans cette analyse, Paul est le sujet syntaxique de la phrase (55). Ko est un sujet de la
proposition prédicative. La grammaire pour l’enseignement accepte aussi cette approche.
Les autres termes sont utilisés au lieu de proposition prédicative : Ahn M. C. (2001)
propose un verbe phrastique et Mok J. S. (2005) propose une phrase verbale.
39
En plus de l’analyse syntaxique dont nous parlerons, il y a une autre analyse syntaxique qui se focalise
sur la transformation des phrases, par Nam K. S. (1986) et Seo J. S. (1971). Selon l’analyse
transformationnelle, la phrase (55) est déduite à partir de la phrase suivante :
38
D’autre part, l’approche informative traite Paul comme thème (topique) (Im H. B.
(1974, 2007), Choi G. S. (1999))40 :
Par ailleurs, Kim J. B. (2004) et Lee J. H. (2008) l’analysent comme rhème (focus) :
Le deuxième nom koga est considéré comme sujet dans ces analyses. L’analyse de
Mel’čuk (2015b) n’est pas très différente de l’approche informative ci-dessus.
Prolepsis
The Prolepsis is a sentence element that is always positioned at the left
edge of the sentence and is syntactically only very loosely connected to the
rest of the sentence.
(Mel’čuk 2012 :345)41
La prolepse joue un rôle communicatif en tant que thème ou rhème de phrase. D’abord
nous pouvons traiter Pauli comme prolepse rhématique(PRH) :
40
Comme les notions de thème et de rhème sont variées selon la théorie, nous définissons ici le thème
(topic en anglais) comme « ce dont on parle », « ce dont il est question » et le rhème (focus en anglais)
comme « ce que l’on dit à propos du thème ».
41
Voir les propriétés de la prolepsis dans Mel’čuk (2001 ; 2015b).
39
Nous traiterons aussi Pauli et koga comme prolepse rhématique. Si nous considérons le
coréen en tant que « langue pro-drop », la disparition des pronoms dénotant ‘il’ et ‘ça’
s’explique bien42.
Si nous remplaçons le suffixe -i par le suffixe topique -eun, Paul est traité comme
prolepse thématique (PTH) :
Les collocations NECSUB A/V seront analysées comme ci-dessus dans notre étude,
à savoir que le NEC est le sujet syntaxique. Quand ces collocations sont utilisées dans la
construction XSUB NEC SUB A/N, nous considérons le possesseur X comme une prolepse :
La structure syntaxique de surface de (63) est exactement la même que celle de (54),
autrement dit celle de la construction NSUB NECSUB V /A. Mais cette phrase est ambiguë.
Premièrement, on peut parler des pieds de Paul (‘C’est Paul qui a des pieds larges’).
Deuxièmement, bal+i neolb+da peut être une locution adjectivale, qui veut dire
42
En français, si on utilise la prolepse thématique, les pronoms apparaissent dans la phrase :
ex) Paul PTH, le nez PTH, il l’a long.
‘A propos de Paul et le nez, c’est long’
40
‘connaître beaucoup de gens’. Il faut analyser (63) différemment selon le cas. Dans le
premier cas, nous analysons (63) comme (58) et (60), c’est-à-dire que Pauli est un
prolepse et bali est un sujet syntaxique de la phrase. Dans le deuxième cas, Pauli sera un
sujet syntaxique de la phrase et ˹BALI NEOLBDA˺, qui est une locution adjectivale, sera le
gouverneur syntaxique de la phrase.
41
Bilan
42
3 Noms d’éléments du corps (NEC)
43
3.1 Caractéristiques universelles des NEC
Le corps est étroitement lié à la vie quotidienne. Une part essentielle des activités
humaines se réalise par l’intermédiaire du corps et surtout par les organes sensoriels
comme les oreilles, les yeux, le nez, la bouche, la langue et la peau. Non seulement les
actions physiques (par ex. manger, parler, voir, écouter, marcher, dormir, etc.), mais aussi
l’expression des sentiments (par ex. froncer les sourcils, avoir les cheveux qui se dressent
sur la tête, etc.) ou l’expression des opinions (par ex. secouer la tête, hocher la tête, etc.)
sont faites au moyen du corps, lequel fait partie de notre vie, de notre culture et de notre
langue. Les citations suivantes, extraites de romans coréen, français et anglais, illustrent
bien l’omniprésence et l’abondance des NEC dans discours :
43
Notre traduction.
44
[KIDDER Tracy, 2003, Mountains beyond mountains]
Les mots nécessaires du langage dont les fréquences sont élevées et les
distributions sont vastes. Ils sont des bases de formation de mots par composition
ou dérivation (Lim J. R. 1991: 42).
La liste des mots minimum pour la vie quotidienne. Elle comprend environ 1000
à 2000 mots44 (Kim G. H. 2003 : 6).
44
Nation (2006) a tenté de déterminer combien de vocables sont nécessaires pour l’utilisation typique de la
langue comme lire un roman, lire un journal, regarder un film ou bien participer à la conversation. Selon
son travail, si l’on considére 90% comme couverture idéale, nous avons besoin de 3000 vocables pour
comprendre les textes écrits et 2000 vocables pour les textes oraux.
45
données quotidiennes, les deux listes sont presque les mêmes parce que les NEC
nécessaires dans la vie quotidienne sont évidemment beaucoup fréquemment utilisés que
les autres. C’est la raison pour laquelle nous ne distinguons plus le vocabulaire basique
et le vocabulaire fondamental dans notre étude.
Lim J. R. (1991: 4) précise que les l000 vocables qui sont les plus utilisés couvrent
à peu près 80% de la communication dans la vie quotidienne en montrant les résultats de
recherches effectuées à l’Institut National de la Langue Japonaise
(日本國立國語硏究所)45 sur la relation entre la taille du vocabulaire basique et le taux
de compréhension. De plus, Kim G. H. (2003 : 6) souligne l’aspect polysémique du
vocabulaire basique. Il illustre son propos avec l’exemple de The system of basic English
par Ogden (1934). En tant qu’exemple représentatif du vocabulaire anglais, The system
of basic English comprend 850 vocables pour 12425 acceptions identifiées à partir du
Oxford English Dictionary (dorénavant, OED) ; soit un taux de polysémie d’en moyenne
14,6.
Les NEC sont parmi les premiers mots que nous apprenons et sont parmi les plus
stables dans notre vie. Ils sont très polysémiques : par exemple, l’entrée française TÊ TE
Pour savoir d’abord quels NEC entrent dans le vocabulaire basique de chaque
langue, puis quels noms dénotent les mêmes éléments du corps dans les vocabulaires
basiques du français, du coréen et de l’anglais, nous choisissons trois vocabulaires
basiques et en dégageons les NEC. Les trois vocabulaires basiques étudiés sont présentés
dans le Tableau 3-1 ci-dessous.
45
國立國語硏究所.1984. 語彙の硏究と敎育(上).
46
français coréen anglais
Source Gougenheim et al. Kim G. H. Ogden
(1956) (2003) (1934)
Mode de Pour diffuser la À partir de 7 listes du Ogden a établi la
construction langue française au vocabulaire basique liste d’un Basic
monde entier et coréen qui sont déjà English pour aider
enseigner au plus établies, Kim G.H. les étrangers à
grand nombre propose une liste de apprendre l’anglais
d’étrangers possible, mots qui apparaissent en tant que langue
Gougenheim et plus de trois fois. seconde. Il fait sa
al.établissent une liste Parmi 7 listes, 2 listes sélection de façon
du français sont établies pour subjective et
fondamental selon la enseigner le coréen déductive et obtient
fréquence des mots aux natifs et 5 listes les vocabulaires
dans un corpus de sont pour enseigner nécessaires et
langue parlée. le coréen en tant que essentiels pour la
langue étrangère. communication des
natifs et pour les
étrangers.
Taille du 1364 743 850
vocabulaire
Tableau 3-1 : Vocabulaires basiques du français, coréen et anglais
Chaque liste comprend les NEC énumérés dans le Tableau 3-2. On y trouve des
NEC internes (comme estomac, intestin) ainsi que des NEC externes (comme bras, main).
Pour comparer facilement les trois listes, nous allons répertorier les NEC en commençant
par le haut jusqu’au bas du corps, avec la même logique pour les trois colonnes.
46
Nous allons étudier la polysémie des NEC dans la section 3.3.
47
songarak ‘doigt’ heart
heori ‘taille’ back
dari ‘jambe’ arm
bal ‘pied’ stomach
hand
finger
<Noms qui concernent thumb
l’ensemble du corps> nail
leg
mom ‘corps’ knee
sal ‘chair’ foot
toe
body
bone
blood
muscle
skin
Tableau 3-2 : Liste des NEC des vocabulaires basiques classés selon la
localisation de l’élément du corps dénoté
48
formelle comme la grammaire générative, la sémantique formelle. Les rationalistes
affirment « qu’il est possible d’étudier la langue comme le système formel ou
informatique, sans tenir compte de la nature du corps humain ou de l’expérience » (Evans
et Green 2006: 44).
Des études cognitives sur l’embodiment ont déjà été menées par de nombreux
linguistes dont Johnson (1987), Heine (1997), Lakoff et Jonson (1999), et plus récemment,
Gibbs (2006), Johnson (2007), Rohrer (2007)47, Ziemke et al. (2007), Frank et al. (2008),
Sharifian et al. (2008) et Maalej et Yu (2011), etc.
Rohrer (2007) propose douze sens différents du terme embodiment selon le domaine où il s’emploie.
47
Nous adoptons quant à nous ce terme dans le contexte général de la linguistique cognitive.
49
La métaphore conceptuelle 48 explique bien l’embodiment. Selon Lakoff et
Johnson (1980), notre vie, surtout notre langage, est traversée par la métaphore : on parle
de notre expérience de façon métaphorique parce que les concepts par lesquels on
appréhende l’expérience sont métaphoriques. La métaphore est utilisée quand on
appréhende une chose de la réalité en termes d’une autre chose. Quelques métaphores
conceptuelles dépendent de l’expérience du corps et, pour exprimer un concept plus
abstrait, nous utilisons le corps en tant que source. La métaphore caractérise ainsi
l’abstrait en termes du concret. Lakoff et Johnson (1980 : 112) appellent cette direction
la directivité dans la métaphore (directionality in metaphor). Selon eux, nous
comprenons un concept moins concret et plus vague par un autre concept plus concret,
qui peut être décrit dans une expérience. Ils identifient trois sources basiques dont la
métaphore dépend : l’expérience du corps, de l’environnement physique et de la culture.
Ici, nous nous intéressons à la métaphore qui est basée sur l’expérience du corps.
Regardons la métaphore sur la base de MEORI ‘tête’ en coréen et TÊ TE français49 :
ciboule tête
48
Lakoff and Johnson (1980: 3) clarifient cette notion par cette phrase : « Our ordinary conceptual system,
in terms of which we both think and act, is fundamentally metaphorical in nature ».
49
Les exemples sont extraits du RL-kr et du RL-fr.
50
élément du corps → objet : partie supérieure ou antérieure
À partir de ces exemples, nous pouvons constater le rôle du corps en tant que
source de métaphores linguistiques. É tudier comment le corps fonctionne dans notre
raison nous mène à mieux connaître les humains :
As animals we have bodies connected to the natural world, such that our
consciousness and rationality are tied to our bodily orientations and interactions
in and with our environment. Our embodiment is essential to who we are, to what
meaning is, and to our ability to draw rational inferences and to be creative.
(Johnson 1987 : xxxviii)
L’élément du corps est considéré, d’une part, comme un universel physique et,
d’autre part, comme un universel conceptuel.
51
D’abord, le fait que le corps soit un universel physique est bien discuté par les
travaux du Max Planck Institute for Psycholinguistics. Un numéro spécial de Language
Science (numéro 28(2-3), 2006) est consacré à ce sujet. Dans l’introduction de ce numéro,
Enfield et al. (2006 : 138) notent que le corps est un objet physique, mais il est différent
des objets ordinaires :
50
Pour le détail, voir Enfield (2006).
51
L’enquête se fait par la tâche de coloration des éléments du corps sur des images. Les chercheurs
demandent aux locuteurs natifs de colorer les parties du corps qui correspondent aux termes de leurs langues.
Pour le détail, voir Van Staden et Majid (2006).
52
Jahai (Malaisie), Lao (Laos), Kuuk Thaayorre (Australie), Yélî Dnye (Papuasie-Nouvelle-Guinée),
Punjabi (Pakistan / Inde), Tiriyó (Brésil / Surinam), American Sign Language (É tats-Unis), Lavukaleve
(Îles Salomon), Tidore (Indonésie), Savosavo (Îles Salomon).
52
While much scholarly interest in the study of meaning has presupposed that the
human body is a basic pre-linguistic source for conceptual structure (feeding into
embodiment, metaphor, semantic extension, etc.), it may be that there are fewer
points of convergence across language communities in the concrete vocabulary
of the body than previously imagined.
(Enfield et al. 2006 : 146)
Par ailleurs, le fait que le NEC est un universel conceptuel est souligné par
Wierzbicka (2007) :
The domain of the human body is an ideal focus for semantic typology and, I
would add, cognitive anthropology, because the body is, almost certainly, a
conceptual, rather than “physical”, universal, and because it is of special interest
and importance to speakers.
(Wierzbicka 2007 : 15)
53
Wierzbicka propose sept principes généraux de la conceptualisation du corps : « (i) principle of
partonimic structure ; (ii) principle of hierarchical organization ; (iii) principle of duality ; (iv) principle of
53
Wierzbicka, même s’il y a une variation lexicale très nette entre les langues, ce qui est
important est que tout le monde pense le corps de la même façon :
The conceptual world we live in is very much a body-centric world. Not “we
Anglos” or “we Westerners”, but “we humans”. Not only does ‘body’ appear to
be a genuinely universal human concept, but the basic categorization and
interpretation of the body appears to be very much the same in all languages. The
body is not just a “physical universal”, it is almost certainly a conceptual
universal. It is also a shared human yard-stick for interpreting the world.
(Wierzbicka 2007 : 59)
Les NEC font partie d’une classe de noms particuliers : ils désignent une entité
physique (des éléments du corps), mais ils sont différents des noms sémantiques, qui
désignent une entité comme caillou, parce qu’ils ont un sens prédicatif.
topographic configuration ; (v) principle of internal logic ; (vi) principle of area ; (vii) principle of
orientation ». Les principes (i) et (ii) sont proposés par les premières recherches sur les éléments du corps
(voir Brown 1976, Andersen 1978). Pour le détail, voir Wierzbicka (2007).
54
La notion de sens liant a été proposée par Polguère (1992) pour introduire une classe de sens lexicaux
qui contrôlent des actants, mais qui ne sont pas des prédicats sémantiques, comme ET [bête et méchant],
TOUT [tout individu]. Pour le détail, Polguère (1992, 2012a).
54
‘fait’ ‘entité’
(évènements, actions, activités, (être vivants, objets physiques,
états, processus, propriétés, substances, etc.)
caractéristiques, relations, etc.)
sens liant prédicat
(verbe ; adjectif ; prédicatif quasi-prédicat
nominal)
Le quasi-prédicat est défini comme un sens liant dénotant une entité. Sur les
caractéristiques doubles, Polguère (2012a) disent que « les quasi-prédicats sémantiques
sont un peu comme des prédicats déguisés en noms sémantiques ».
La lexie PROFESSEUR dénote un individu, en tant qu’il est impliqué dans une situation
particulière. Comme Polguère (2012a) le spécifie, les quasi-prédicats doivent être décrits
comme le sont les prédicats nominaux :
55
exemples coréens correspondants55. Chaque classe est caractérisée sémantiquement en
référence à un fait dans lequel est impliquée l’entité dénotée par le quasi-prédicat. Le fait
est représenté par la variable ‘P’ (prédicat).
55
Toutes les classes (1)~(5) concernent l’individu qui a une propriété. Concernant ce sujet, voir Lee S. H.
(2013) qui travaille les propriétés syntactico-sémantiques des noms de propriété en français.
56
8) ‘Instrument utilisé par quelqu’un pour faire P’
ex) MARTEAU [PaulX a enfoncé le clouY d’un seul coup de marteau.]
MANGCHI ‘marteau’ [PauliX manchilo moseulY bagassda.]
Les NEC font partie de la sous-classe 11) : entité qui est une partie d’autre.
Voyons les exemples suivants :
57
Ils contrôlent une position actantielle correspondante au possesseur de l’élément du corps
en question (X) et quelque chose pour laquelle l’élément du corps fonctionne (Y). La
position actancielle des NEC sera traitée plus en détail dans la définition des NEC (6.2.2).
Premièrement, nous nous intéressons exclusivement aux NEC qui sont neutres
vis-à-vis des axes de variations suivantes :
Vis-à-vis de la variation diatopique, nous excluons des dialectes et des lexies nord-
coréennes. D’une part, nous nous intéressons exclusivement aux lexies standard.
Géographiquement, ces dernières sont considérées comme les lexies qui s’utilisent à
Séoul, capitale de la Corée du sud. Pour l’élément qui est le prolongement arrondi et
56
Deux types de cette variation sont définis dans Polguère (2016 : 112) :
(i) variation diastratique, liée au « milieu social » dans lequel a grandi ou dans lequel évolue le
Locuteur ;
(ii) variation diaphasique, liée au registre de langue ou au style que le Locuteur choisit d’employer
en fonction du contexte de communicaion.
Nous ne traintons ici que la variation diaphasique.
58
charnu du pavillon auriculaire, on utilise trois lexies : GWISBUL, GWISBOL et GWISBAB.
GWITBUL est une lexie standard et plus fréquente que les autres. GWITBOL est une lexie
non standard, mais elle est plus fréquente que GWITBAB, qui est une lexie standard57. Dans
ce cas, nous incluons seulement GWITBUL dans notre vocabulaire.
YONGAN, SANGPANDAEGI, etc. Parmi elles, nous excluons des lexies soutenues, comme
YONGAN de (17) ou bien familières ou argotiques, comme SANGPANDAEGI de (18) et
NACHJJAK de (19) :
57
Dans le corpus Sejong, GUISBUL, GUISBOL et GUISBAB apparaissent respectivement 67 fois, 13 fois et 7
fois.
59
Les lexies EOLGUL et NACH sont comprises dans nos NEC parce que leur registre n’est pas
vulgaire, familier ou soutenu :
Vis-à-vis de la variation terminologique, nous excluons des lexies qui font partie
des langues de spécialités (souvent le domaine médical) comme ANMYEON . Cette
lexie
La plupart des lexies qui ont le marquage médical ou bien technique sont sino-
coréennes :
60
Parmi elles, il peut y avoir des équivalents purement coréens, qui ne font pas partie des
lexiques de spécialités. Par exemple, les lexies de (26)-(28) ont des équivalents purement
coréens (29)-(33), que nous incluons dans notre nomenclature :
Bien sûr, les lexies sino-coréennes qui n’ont pas de marquage spécial et qui n’ont pas
d’équivalents purement coréens (par ex. INJUNG (人中) ‘une partie creuse entre le nez et la
Finalement, il faut noter que nous incluons aussi les lexies qui désignent les
organes sexuels. Parmi ces lexies, celles qui ont le marquage médical sont exclues :
GOHWAN ‘testicule’, EUMGYEONG ‘pénis’, etc. É galement, les lexies qui ont le marquage
enfantin sont exclues. Nous n’incluons que les lexies SEONGGI ‘sexe’, PENIS ‘pénis’,
EUMBU ‘sexe (plutôt de la femme)’, BULAL ‘testicule’.
En deuxième lieu, nous nous focalisons sur les NEC détonant des éléments
externes du corps comme MAIN ou LÈ VRE. Les lexies qui désignent les éléments du corps
61
internes comme ESTOMAC, INTESTIN, VEINE, etc. sont exclues. Les éléments du corps
internes sont souvent exprimés en coréen par des lexies sino-coréennes :
Distinguer les NEC externes et les NEC internes n’est pas évident dans tous les
cas. Par exemple, le vocable coréen GASEUM contient trois lexies58 en tant que NEC :
La lexie GASEUM de (35) désigne une partie externe et antérieure du thorax ; la lexie
GASEUM de (36) désigne des seins de femme. Ces deux lexies font partie de notre
nomenclature. Mais le cas de GASEUM (37) est problématique. Cette lexie est définie
comme ‘intérieur de gaseum (35)’ dans le PGD. Cependant elle ne désigne pas seulement
une partie intérieure de gaseum (35). Dans les faits, elle désigne une partie du tronc qui
s’étend des épaules à l’abdomen et qui contient l’organe de la respiration, ou, plus
exactement, les organes de la circulation et de la respiration (c’est-à-dire, le cœur et les
poumons). Si cette lexie ne désigne qu’un organe de la respiration, il faut plutôt utiliser
la lexie SIMJANG ‘cœur’. L’exemple (38) montre bien que cette lexie ne désigne pas
seulement l’organe de la respiration :
58
Nous examinerons le traitement polysémique du vocable GASEUM dans la section 3.3.
62
Nous inclurons une lexie qui désigne non seulement une partie externe mais aussi une
partie interne comme GASEUM de (37)59 dans notre nomenclature.
Il faut préciser que nous incluons aussi les lexies suivantes qui désignent :
‘cheveu’, SONTOP ‘ongle’, BALTOP ‘ongle des pieds’, SUYEOM ‘barbe’, etc.
des éléments qui ne sont pas vus quand la bouche est fermée, mais qui existent
dans la bouche : I ‘dent’, HYEO ‘langue’, MOKJEOJ ‘luette’, ISMOM ‘gencive’,
IPCHEONJANG ‘palais’, etc.
des éléments de la peau : BOJOGAE ‘fossette’, JUREUM ‘ride’, etc.
des éléments qui désignent des ouvertures : KOSGUMEONG ‘narine’, GWISMUN ‘trou
d’oreille’, MOGONG ‘pore’, etc.
Par contre, nous n’incluons pas dans notre nomenclature les lexies qui désignent des
éléments apparaissant sur la peau :
Nous ne traitons que les noms d’éléments du corps humain. Nous excluons les
lexies qui désignent les éléments du corps des animaux comme KKORI ‘queue’, AGAMI
59
Nous allons examiner cette lexie GASEUM dans la section [Link].
63
La lexie AGAMI de (39) désigne un organe de respiration des animaux aquatiques,
spécialement des poissons. La lexie JUDUNGI de (40) désigne une bouche d’un animal,
spécialement d’un oiseau. Nous n’incluons pas ce genre des lexies dans notre
nomenclature.
Le vocable BEC français a aussi une lexie qui désigne la bouche humaine :
Cependant, ces lexies ne font pas partie de nos NEC parce qu’elles sont marquées comme
familières ou bien argotiques (cf. section [Link]).
Il faut maintenant noter que nous n’incluons pas les lexies d’éléments du corps
qui sont utilisées dans les locutions. Nous ne nous intéressons qu’aux lexies autonomes.
Prenons un exemple. Nous ne considérons pas la lexie MEORI dans les locutions :
64
Comme Kleiber (2013) le note, « il est erroné de lui [une lexie qui se trouve employée
dans une expression figée] reconnaître une interprétation différente de celle qu’il a
lorsqu’il est sorti de ce contexte, puisqu’il ne fonctionne pas comme une unité lexicale
autonome ».
Il peut arriver que certaines lexies ne soient qu’utilisées dans des locutions ou bien
des mots composés. On donnera à titre d'illustration le cas de la lexie CHI ‘dent’ que l'on
trouve dans les locutions :
60
Saisios. Voir la note de bas de page numéro 26, p. 30.
65
Cependant, l’emploi autonome de cette lexie semble inexistant. La lexie avec son sens de
‘dent’ n’existe pas en synchronie. Dans la modélisation des locutions au RL-fr, de telles
lexies sont dite fictives.
En dernier lieu, il faut noter qu’il y a certaines lexies qui désignent simultanément
plusieurs éléments du corps :
SUJOK ‘les mains et les pieds’61 ; SAJI ‘deux bras et deux jambes’ ; IMOKGUBI ‘les
oreilles, les yeux, la bouche et le nez’ : IBIINHU ‘les oreilles, le nez et la gorge’ ;
SONBAL ‘les mains et les pieds’ ; PALDARI ‘les bras et les jambes’ ; NUNKO ‘les
yeux et le nez’
Parmi ces lexies, nous excluons IBIINHU et NUNKO de notre nomenclature parce que
IBIINHU s’utilise seulement dans le mot composé (51) et NUNKO ne s’utilise que dans les
locutions comme (52) :
61
La lexie française EXTREMITÉ S désigne aussi les pieds et les mains en même temps comme les lexies
coréennes SUJOK et SONBAL. Cette lexie est définie comme suit dans le Petit Robert (dorénavant PR) :
au pluriel. LES EXTREMITÉ S : les pieds et les mains. Le sang se porte aux extrémités. Avoir les extrémités
glacées.
66
les lexies de base sont des lexies qui dénotent les éléments du corps humains dans la
plupart des vocables de NEC.
Les vocables de NEC qui sont fréquemment utilisés sont souvent polysémiques.
Prenons ceux qui sont décrits comme polysémiques selon trois dictionnaires coréens. Le
taux de la polysémie de chaque dictionnaire est comme suit :
67
PAL ‘bras’ 3 2 2
SON ‘main(s)’ 6 8 7
DARI ‘jambe(s)’ 4 1 3
BAL ‘pied(s)’ 6 4 5
TEOL ‘poil(s)’ 4 2 4
SAL ‘chair’ 7 5 9
MOM ‘corps’ 6 4 8
Taux de polysémie 4.96 3.58 4.77
Tableau 3-4 : Polysémie des vocables de NECC
Définition Exemple63
1 partie au-dessus du cou d’une meori+ga keuda
personne et d’un animal tête+SUB ê[Link]
‘avoir une grande tête’
meori+leul ggeudeogi+da
tête+ACC hocher
‘hocher la tête’
2 capacité de penser et juger meori+ga johda
tête+SUB ê[Link]
‘être intelligent’
3 = MEORITEOL ‘cheveux’ meori+ga gilda
cheveux+SUB ê[Link]
‘avoir les cheveux longs’
4 partie supérieure d’un hanja meori
caractère chinois caractè[Link] [Link]érieure
‘partie supérieure d’un caractère chinois’
62
Les vocables qu’il traite sont comme suit : MEORI ‘tête’ ; EOLGUL ‘visage’ ; NUN ‘œil’ ; KO ‘nez’ ; GWI
‘oreille’ ; IP ‘bouche’ ; I ‘dent’ ; TEOK ‘menton’ ; MOK ‘cou’ ; GOGAE ‘nuque’ ; EOKKAE ‘épaule’ ; GASEUM
‘poitrine’ ; SIMJANG ‘cœur’ ; HEORI ‘taille’ ; BAE ‘ventre’ ; DEUNG ‘dos’ ; SON ‘main’ ; DARI ‘jambe’ ; BAL
‘pied’ ; SAL ‘chair’ ; PPYEO ‘os’.
63
Nous avons simplifié les exemples originaux dans le PGD.
68
5 chef de bande moim+ui meori
groupe+GEN chef
‘chef d’un groupe’
6 partie antérieure ou supérieure mangchi meori
d’un objet marteau [Link]érieure.d’[Link]
‘partie supérieure d’un marteau’
gicha+ui meori
train+GÉ N [Link]érieure.d’[Link]
‘partie antérieure d’un train’
7 début du fait il+i meori+do kkeut+do eobsda
travail+SUB début+INC fin+INC [Link]
‘le travail n’a ni début ni fin’
8 début du temps haeji+l meori
[Link]+MOD-FUT début
‘le temps quand le soleil descendra’
9 un côté ou un tour han meori+eseo
un côté+LOC
‘dans un côté’
10 une série de fait han meori taepung
une série typhon
‘une série de typhons’
11 [musique] partie ronde de la eumpyo meori
note musicale [Link] [Link]
‘partie ronde de la note musicale’
Tableau 3-5 : Description polysémique du vocable MEORI dans le PGD
Dans le vocable MEORI, il y a non seulement des lexies qui désignent les éléments du
corps (acception 1 et 3) mais aussi des lexies qui désignent les objets (acception 6), les
hommes (acception 5) ou bien les notions abstraites (acception 2, 7, 8, 10), etc. Les lexies
se lient par l’extension de sens, la métonymie ou la métaphore.
69
Problématique Publications Finalité
64
La première étude des NEC est faite par Lee H. S. (1956) dans son ouvrage Gugeohakgaeseol
‘Introduction de la linguistique coréenne’, où nous pouvons trouver quelques exemples des NEC qui servent
à expliquer l’extension sémantique (Park S.Y. 2004 : 376).
70
aussi des NEC utilisés dans les locutions ou bien les mots complexes. Prenons Bae D. Y.
(2002b)65, par exemple :
Afin d’expliquer l’extension sémantique du MEORI ‘tête’, Bae D. Y. (2002b) analyse non
seulement des lexies d’un vocable polysémique MEORI (53), (54), mais aussi l’utilisation
de la lexie MEORI‘tête’ dans des locutions (55), (56). Son étude inclut même les
homonymes66 (57), (58), qui sont décrits en tant que vocables MEORI02 et MEORI05 dans le
PGD.
65
Nous choisissons le travail de Bae D.Y. parce que c’est lui qui a écrit la première thèse sur le NEC coréen
(Bae D. Y. 2001). Cette étude essaie d’expliquer l’extension sémantique des NEC avec le principe de
« metaphorical transfer » de Heine et al. (1991). Pour montrer l’extension sémantique qu’un NEC peut
avoir, cette étude procède en trois étapes : (i) distinguer le sens central (qui désigne l’élément du corps) et
les sens périphériques (les autres sens) ; (ii) distinguer les trois aspects (forme, constitution, fonction) du
sens central65 ; (iii) expliquer à partir de quel aspect se dérivent les sens périphériques.
66
Bien que nous trouvons les homonymes de MEORI ‘tête’ dans Bae D.Y. (2002), une lexie qui désigne les
cheveux manque dans son étude sur l’extension de MEORI ‘tête’. La lexie qui désigne les cheveux est
fréquemment utilisée : meori+ga gilda, litt. cheveux+SUB ê[Link], ‘avoir les longs cheveux’.
71
La plupart des travaux du tableau 3-6 posent les mêmes problèmes que Bae D. Y.
(2002b). Ces problèmes sont dus au manque de critères explicites quant à la délimitation
des acceptions d’un vocable polysémique. Pour résoudre ces problèmes, nous allons
traiter la polysémie des vocables de NEC avec les critères de la LEC, dans la section 3.3.2.
Nous examinons ici comment les acceptions des vocables NEC sont structurées
d’une manière uniforme et systématique dans un dictionnaire. Prenons le cas du PGD.
Son principe de rédaction propose quatre ordres de disposition polysémique :
72
SON ‘main’ GASEUM ‘poitrine’
Dans le cas du vocable SON, les lexies qui désignent les éléments du corps (SON 1 et SON
2) précèdent les autres lexies qui désignent des concepts abstraits. Par contre, dans le cas
du vocable GASEUM, la lexie qui désigne des seins de femme (GASEUM 6) suit la lexie qui
désigne une pensée (GASEUM 4) ou bien la lexie qui désigne une partie d’objet (GASEUM
5).
Même les études qui critiquent la description polysémique dans les dictionnaires
coréens ne proposent pas de solution véritable. Regardons deux études représentatives.
D’abord, Bae D. Y. (2001 ; 2002a ; 2002b) propose la disposition des acceptions
polysémiques selon la direction de changement métaphorique de domaine conceptuel de
Heine et al. (1991 : 48) :
humain > objet > action > espace > temps > qualité
Bae D.Y. regroupe les sens polysémiques du vocable SON ‘main’, MEORI ‘tête’ et NUN
‘œil’ selon cet ordre. Par exemple, pour le vocable MEORI, la lexie qui désigne un chef
d’un groupe vient juste après la lexie qui désigne l’élément du corps.
Lim J. R. (2007 : 12-13) essaie d’énumérer les polysèmes à partir de la lexie qui
dénote l’élément du corps. Lim J. R. propose l’ordre suivant :
animal > plante > objet > espace > temps > quantité > abstrait
73
Regardons sa proposition du traitement polysémique de NUN1 :
Les ordres de Bae D. Y. et Lim J. R. semblent ambigus. Nous ne voyons pas en quoi la
relation entre la lexie qui désigne l’élément du corps et la lexie qui désigne la plante est
plus forte que la relation entre la lexie du corps et la lexie qui signifie le regard.
D’une part, si nous considérons meori dans les expressions (59)-(61) en tant
qu’une acception qui désigne un élément du corps d’une personne, ces expressions sont
des locutions qui signifient respectivement ‘être intelligent’, ‘être stupide’ et ‘être lent à
comprendre’.
74
D’autre part, nous pouvons traiter ce MEORI comme une acception (mettons,
MEORI 2) qui désigne un organe qui gère la raison, la pensée, l’intelligence, etc., d’une
personne. Dans ce cas, les expressions (59)-(61) sont des collocations de MEORI 2 ‘organe
abstrait de la raison’ et nous pouvons décrire ces collocations avec les fonctions lexicales
Ver ou AntiVer :
Distinguer les acceptions des vocables est une tâche difficile. Le tableau 3-4 de la
section [Link] plus haut, montre explicitement que les trois dictionnaires coréens
considérés analysent la polysémie des vocables de NEC de façon différente. Pourquoi en
est-il ainsi ? Premièrement, comme Kleiber (2013) le remarque, on mêle souvent la
variation sémantique et la variation interprétative. Par exemple, le GHD distingue à part
une acception qui signifie le comportement des hommes dans le vocable MOM ‘corps’:
Ce sens figuratif du vocable MOM est une variation interprétative qui peut être déduite du
contexte. Nous ne traitons pas cette variation en tant qu’acception. Deuxièmement, le
manque de critères de distinction des acceptions provoque des problèmes.
Nous allons analyser quatre problèmes posés quant à la distinction des acceptions
des vocables de NEC. Pour régler ces problèmes, nous allons nous servir des critères de
délimitation des acceptions de la LEC. Parmi toutes les acceptions que les vocables de
NEC ont, nous ne traitons ici que les acceptions qui désignent les éléments du corps. Par
75
exemple, parmi toutes les acceptions que le vocable IP‘bouche’, nous nous focalisons ici
sur la lexie ‘cavité située dans la partie inférieure du visage I.a d’une personne X’, en
laissant de côté les acceptions ‘bouchée’ ou bien ‘parole’, etc.
Il est parfois difficile de décider s’il faut réunir ou distinguer dans deux acceptions
NEC d’une personne vs d’un animal. Voyons le traitement polysémique du PGD
concernant cette distinction.
76
La distinction incohérente peut être améliorée par le critère de cooccurrence
différentielle :
remplace MEORI 2 sans ajouter une connotation, elle ne peut pas remplacer la MEORI 1, à
l’exception de l’usage vulgaire :
77
Ces exemples ci-dessus ne se rapportent qu’à MEORI 1. Les exemples (67) ~ (70) sont des
collocations de MEORI 1.
D’autre part, il existe aussi une relation de métonymie entre MEORI 1 et MEORI 3
désignant les cheveux d’une personne. Cette relation ne concerne pas MEORI 2. Les poils
d’un animal sont désignés par la lexie TEOL ‘poil’. Ces différences entre MEORI 1 et MEORI
2 confirment la division des lexies : MEORI 1 et MEORI 2.
Prenons maintenant le vocable SON ‘main’, qui n’a pas de lexie pour l’élément du
corps d’un animal dans le PGD. Dans la plupart des mammifères, on utilise la lexie BAL
‘pied’ au lieu de SON ‘main’ :
Mais il n’y a pas de cooccurrence différentielle qui nous pousserait à distinguer deux
lexies SON2 ‘main d’une personne’ et SON ‘main d’un primate’, donc nous n’avons pas à
distinguer SON 1 et SON 2. Mais il faut mentionner dans la définition de la lexie unique
SON, qu’elle désigne l’élément du corps d’une personne ou d’un primate.
78
Les lexèmes AP et DWI en (73) et (74) ne se combinent qu’avec DARI 2 ‘jambe d’un
animal’, et le lexème MU (75) se combine avec DARI 1 ‘jambe d’une personne’. En plus
de ces deux acceptions, le PGD distingue une autre acception DARI 3 pour le calamar ou
le poulpe :
Cet exemple montre que la fonction des membres inférieurs d’un calamar est différente
de celle des pattes d’un lapin : bien que DARI1 et DARI2 désignent un élément du corps
qui permet de se déplacer, DARI3 d’un calamar dénote un élément du corps qui sert non
seulement à se déplacer mais également à saisir quelque chose comme un aliment par
exemple. Cette dernière fonction explique le fait que le français appelle cette partie bras
d’un calamar67. Donc DARI 3 doit être distinguée.
Nos vocables sont scindés selon la distinction élément du corps d’une personne
ou d’un animal comme suit :
67
L’anglais appelle aussi cette partie arm :
ex) Squid have 10 arms. Two of their arms are longer than the other eight and are called tentacles.
([Link]
79
Classe Distinction des acceptions Vocables
i deux acceptions : « élément du MEORI ‘tête’, KO ‘nez’, IP ‘bouche’, GWI
corps d’une personne » et ‘oreille’, NUN ‘œil’, I ‘dent’, MOK ‘cou’,
« élément du corps d’un HEORI ‘rein’, BAE ‘ventre’, DEUNG ‘dos’, BAL
animal » ‘pied’, MOM ‘corps’, SAL ‘chair’, TEOL ‘poil’,
JEOJ ‘sein’, EOKKAE ‘épaule’, GASEUM
‘poitrine’, IPSUL ‘lèvres’68
Nous traitons maintenant les éléments du corps qui ont une fonction. Il faut noter
que ce dont nous parlons ici, c’est d’une fonction physiologique69. Nous appelons lexie
fonctionnelle une lexie qui désigne la fonction des éléments du corps comme MEORI
Prenons par exemple le vocable MEORI. Est-ce qu’une acception signifiant ‘organe
de la pensée’ doit être distinguée en plus de l’acception MEORI1, qui signifie ‘partie
supérieure du corps d’une personne qui est de forme … et qui est l’organe de la raison…’ ?
Parmi nos vocables du tableau 3-4 dans la section [Link], nous en avons 11 qui
peuvent avoir une lexie fonctionnelle :
68
Pour le vocable IPSUL, deux lexies comme « élément du corps d’une personne » et « élément du corps
d’un animal mammifère ».
69
Nous allons traiter la fonction sociale dans la section [Link].
80
Vocable Une lexie hypothétique qui intéresse la fonction
des éléments du corps
MEORI ‘tête’ Organe de la pensée
NUN ‘œil’ Organe de la vue
KO ‘nez’ Organe de l’odorat
GWI ‘oreille’ Organe de l’audition
IP ‘bouche’ Organe de l’articulation
Organe de l’absorption de la nourriture
I ‘dent’ Organe qui permet de mâcher la nourriture
GASEUM ‘poitrine’ Organe de la respiration
SON ‘main’ Organe de la préhension
DARI ‘jambe’ Organe du déplacement
JEOJ ‘sein’ Organe de l’allaitement
BAE ‘ventre’ Organe de traitement de la nourriture
Tableau 3-10 : Vocables qui peuvent comprendre une lexie fonctionnelle
La phrases (78) aboutit à un zeugme : l’adjectif KEUDA ‘être grand’ active l’interprétation
de forme physique de MEORI ‘tête’. En même temps, l’adjectif DDWIEONADA ‘être
70
Mel’cuk et al. (1995 : 64) nomment aussi ce critère Critère de Green-Apresjan en références aux études
précédentes d’Apresjan (1974) et de Green (1969).
81
excellent’ active la fonction d’élément de la tête comme organe de la pensée. La
coordination de ces adjectifs qui provoque l’activation simultanée de deux interprétations
antagoniques 71 produit un zeugme 72 . Ces deux acceptions ne sont pas compatibles et
unifiables. Donc la lexie fonctionnelle MEORI doit être distinguée.
Les vocables GWI ‘oreille’ et KO ‘nez’ montrent aussi un zeugme après application
de ce critère :
Par contre, les vocables comme NUN ‘œil’, IP ‘bouche’, I ‘dent’, SON ‘main’, DARI
‘jambe’, PAL ‘bras’, BAL ‘pied’, JEOJ ‘sein’ ne génèrent pas de zeugme dans ce type de
construction. Prenons quelques exemples :
71
Cruse (2004a : 106) explique l’antagonisme de la polysémie dans le contexte avec le locuteur et
l’auditeur :
It is impossible to focus one’s attention on both readings at once : they compete with one
another, and the best one can do is to switch rapidly from one to the other. In any normal
use of this sentence, the speaker will have one reading in mind, and the hearer will be
expected to recover that reading on the basis of contextual clues : the choice cannot
normally be left open. If the hearer finds it impossible to choose between the readings,
the utterance will be judged unsatisfactory, and further clarification will be sought.
72
Ici nous excluons le calembour.
82
Nous ne traitons pas à part les lexies fonctionnelles dans ces derniers cas.
ii
Vocables dont la lexie de base NUN ‘œil’, IP ‘bouche’, I ‘dent’, SON ‘main’,
comporte la composante DARI ‘jambe’, PAL ‘bras’, BAL ‘pied’, JEOJ
sémantique ‘ayant la fonction ‘sein’
de...’
iii Vocables dont la définition de EOLGUL ‘visage’, MOK ‘cou’, HEORI ‘rein’,
la lexie de base ne mentionne DEUNG ‘dos’, MOM ‘corps’, SAL ‘chair’, TEOL
pas la fonction de l’élément du ‘poil’, EOKKAE ‘épaule’, IMA ‘front’, PPYAM
corps ‘joue’, IPSUL ‘lèvre’ 73 , NUNSSEOP ‘sourcil’,
TEOK ‘menton’
73
À la différence de la lexie coréenne IPSUL ‘lèvre’, la lexie française LÈ VRE a été considée comme ‘organe
de la parole’ dans DEC. Voir Arbatchewsky-Jumarie et Iordanskaja (1988 : 67).
83
Avant de passer au problème suivant, il faut noter que les lexies
fonctionnelles MEORI et GASEUM désigne par métonymie des organes internes
(réciproquement le cerveau ; le cœur et le poumon) :
La lexie MEORI dans (84) et (85) désigne un organe (cerveau) qui se trouve à l’intérieur
de l’élément MEORI1 désigne. La lexie GASEUM dans (86) et (87) désigne un organe (cœur
ou du poumon), qui se situent dans l’élément que le GASEUM1 désigne. Strictement parlant,
la fonction de l’élément que MEORI 2 désigne est la fonction du cerveau et celle que
GASEUM 2 désigne est la fonction du cœur ou du poumon. Tandis que les lexies qui
désignent les organes internes ne font pas partie de notre vocabulaire, ces organes
abstraits y figurent pour leur part.
Nous appelons lexie fonctionnalisée une lexie qui désigne un élément du corps en
tant que lieu où se manifeste quelque chose74. Dans la plupart des cas, il s’agit d’une
émotion, d’un sentiment ou de l’état psychologique d’une personne. La fonction que la
lexie fonctionnalisée désigne n’est pas physiologique mais plutôt socio-culturelle.
74
Nous allons examiner en détail la lexie fonctionnalisée NUNSIUL dans la section 6.1.1.
84
Prenons, par exemple, le vocable NUN. Le PGD isole une lexie fonctionnalisée
dans ce vocable :
L’application du critère de cooccurrence compatible nous indique que ces deux lexies
sont compatibles et, donc, nous ne distinguons pas de la lexie fonctionnalisée pour NUN :
85
Vocable Lexie hypothétique (qui désigne)
MEORI ‘tête’ Une partie de MEORI 1, qui est couverte par les cheveux
GASEUM ‘poitrine’ Une partie de GASEUM 1, c’est-à-dire les seins des femmes
75
Prenons le vocable anglais MOUTH analysé ainsi par Wierzbicka (1980 : 82-83) :
(i) mouth1 ‘part of the lower part of the face which can open’
ex) She had a big red mouth.
(ii) mouth2 ‘hole in the lower part of the head, behind the mouth1’
ex) She had some vodka in her mouth (and hesitated between swallowing it and spitting it
out)
Wierzbicka postule les deux lexies après avoir vérifié la co-occurrence dans une phrase :
ex) *She had some vodka in her big red mouth.
86
Bien évidemment, les premiers actants des deux lexies sont différents. Le premier actant
de GASEUM hypothétique (91) est nécessairement une femme. Toutes ces observations
nous poussent à distinguer deux acceptions de GASEUM.
Il en est de même de vocable MOK, avec MOK 1 ‘un élément du corps qui unit la
tête au tronc’ et MOK 2 ‘une partie intérieure de MOK 1 ; gorge’. Les deux lexies ont des
cooccurrences différentes. La lexie MOK 1 a des cooccurrents du type (93)-(95), alors que
MOK 2 a des cooccurrents du type (96)-(98) :
87
Par ailleurs, en ce qui concerne le vocable TEOK, la lexie de base (100) désigne un
élément du visage, de forme un peu prononcée, qui se situe sous les lèvres. Et la lexie
hypothétique (101) désigne un élément du corps qui comprend l’élément que TEOK1
désigne. Cet élément se situe sur et sous la bouche, et a une fonction de prononcer ou
mâcher. La relation partie-tout est contraire des autres vocables du tableau 3-12 :
Il faut noter que alors que le français possède deux lexies vocables MENTON et MÂ CHOIRE,
le coréen ne possède que le vocable polysémique TEOK.
Au contraire des cas de GASEUM, MOK et TEOK, les lexies hypothétiques MEORI et
SON, qui désignent une partie de l’élément du corps que la lexie de base désigne, ne
doivent pas être distinguées. Prenons l’exemple de MEORI :
Cette lexie hypothétique (103) désigne une partie de l’élément que MEORI1 désigne, une
partie qui est couverte des cheveux. L’application du critère de cooccurrence compatible
montre que cette lexie hypothétique est compatible avec MEORI 1 :
88
En revanche, une autre lexie MEORI qui désigne des cheveux doit être distinguée de la
lexie de base :
Prenons maintenant la lexie hypothétique SON qui désigne le doigt dans le vocable
SON dont la lexie de base signifie ‘main’. Cette lexie est distinguée en tant qu’une
acception dans le PGD et le GHD :
D’une part, cette lexie hypothétique SON est unifiable avec la lexie de base SON (son+euro
japda, litt. main+INS prendre, ‘prendre par la main’) dans une phrase :
D’autre part, l’exemple (107) montre que la lexie hypothétique SON ‘doigt’ n’est plus
nécessaire, parce que son+eul kkopda est déjà lexicalisé comme un verbe SONKKOPDA en
coréen. Nous ne voyons pas le sens de la lexie hypothétique SON désignant le doigt dans
ce verbe.
89
Finalement, prenons les vocables NUN ‘œil’, IP ‘bouche’ et GWI ‘oreille’. Ces
vocables contiennent une lexie de base ‘un élément du corps qui…’ et une lexie
hypothétique ‘une partie visible de l’élément que la lexie de base désigne’.
La lexie hypothétique NUN désigne une partie visible de NUN1, de forme ovale et
qui se constitue de deux parties : la pupille et le blanc de l’œil. Cette lexie hypothétique
est compatible avec la lexie de base NUN :
Il en est de même de la lexie hypothétique de GWI ‘oreille’ qui désigne une partie visible
de l’oreille, c’est-à-dire le pavillon. Cette lexie hypothétique est compatible avec la lexie
de base GWI :
Par contre, la lexie hypothétique de IP est incompatible avec la lexie de base IP ‘bouche’.
La lexie hypothétique IP dénote une partie visible de l’élément que IP1 ‘élément de corps
qui permet de manger et parler…’ désigne. Cette partie correspond à la lèvre :
90
lexies qui désignent des éléments du corps et qui appartiennent à des vocables
polysémiques.
Nous énumérons ci-dessous les acceptions qui désignent des éléments du corps
parmi les acceptions des vocables polysémiques des NECC (cf. tableau 3-4 de la section
[Link] plus haut).
Vocables Glose
MEORI ‘tête’ I.1a élément supérieur du corps
I.2a cheveu
I.2b coiffure
I.3 organe abstrait de la réflexion
IMA ‘front’ I.1 élément supérieur du visage
NUNSSEOP I.1 deux parties au-dessus des yeux, constituées de poils
‘sourcil’
I.2 poils de la paupière
NUN ‘yeux’ I.1a deux éléments du visage qui permet de voir
GWI ‘oreille’ I.1a deux éléments de la tête qui permettent d’entendre
I.2a organe de l’ouïe
KO ‘nez’ I.1a élément médian saillant du visage qui permet de sentir
I.2 lèvres
I.2 mâchoire
91
EOLGUL ‘visage’ I.1 élément antérieure de la tête
MOK ‘cou’ I.1a élément allongée qui unit la tête et le corps
I.2a gorge
SON ‘main(s)’ I.1 éléments inférieurs des bras qui permettent de prendre
La plupart des vocables NECC ci-dessus ont une acception de base qui dénote
l’élément du corps externe, sauf les lexies TEOL et JEOJ. La lexie de base de TEOL ‘poil’
est une acception qui dénote le poil des animaux, pas des hommes. L’acception qui dénote
le poil détaché de la peau entrant dans la fabrication de divers objets et l’acception qui
dénote la laine sont dérivées à partir de l’acception de poils des animaux. La lexie de base
de JEOJ ‘sein’ est une acception qui dénote le lait des femmes plutôt que celle qui dénote
les seins de femme.
92
Il faut noter que, par la suite, nous n’allons pas spécifier le numéro de la lexie
quand le numéro est I.1 ou I.1a. Par exemple, la lexie NUN veut dire NUN I.1a. Mais si le
numéro est différent que I.1 ou I.1a, nous le spécifierons.
93
Bilan
94
4 Vocabulaire de référence
95
4.1 NEC de base
Nous présentons d’abord la liste des NEC de base, puis nous examinons leurs
caractéristiques.
Les NEC de base désignent les éléments du corps76 les plus basiques. Par exemple,
la lexie ŒIL fait partie des NEC de base parce qu’elle désigne un élément plus marquant
que les éléments que les lexies PUPILLE, IRIS, etc. désignent. Nous choisissons une
trentaine de NEC de base :
76
Rappelons que nous focalisons notre attention sur les éléments du corps externes. Voir [Link].
77
Cette figure est extraite du site suivant : [Link]
96
Pour établir la liste des NEC de base, nous avons examiné ceux qui figurent dans
les travaux suivants :
(i) Tableau 3-2 : Liste des NEC des vocabulaires basiques français, coréen et
anglais.
(ii) Tableau 3-4 : Polysémie des vocables NECC
(iii) Liste de vocabulaire principal en coréen (Institut National du coréen,
2003), qui comprend 4166 noms principaux.
(iv) É tudes sur les NEC coréens :
– Lee K. J. (1989), sur la structure du vocabulaire du corps coréen ;
– Bae D.Y. (2001), sur l’extension sémantique des NEC coréen ;
– Lim P.Y. (2006) sur les expressions des NEC coréen ;
– Lim J. R. (2007) sur l’extension sémantique basée sur l’embodiement du
coréen.
Les phrases un corps a une tête et une tête est une partie d’un corps sont toujours vraies.
TÊ TE est un méronyme canonique de CORPS et CORPS est un holonyme canonique de TÊ TE.
97
coréen (PGD) français (PR) anglais (OED)
Ce tableau montre bien qu’il n’y a pas d’équivalents exacts dans les trois langues. Par
conséquent, il faut noter que les équivalents proposés en français et en anglais sont des
équivalents approximatifs d’une lexie coréenne. Dans le cas de la lexie EONGDEONGI,
Troisièmement, chaque NEC de base est une lexie de base de son vocable. Si un
NEC n’est pas une lexie de base et si nous avons besoin de la numérotation, nous mettrons
le numéro comme MEORI I.2a.
5 KO NEZ NOSE
7 IP BOUCHE MOUTH
7d I DENT TOOTH
98
8 IPSUL LÈ VRES LIPS
9 TEOK MENTON CHIN
78
Concernant le numéro d’acception de la lexie française, voir l’annexe.
99
(iii) Ils ont plusieurs méronymes.
(iv) Ils appartiennent à des vocables polysémiques et en sont normalement la
lexie de base.
En plus de ces caractéristiques, les NECC de base ont les propriétés suivantes.
Un grand nombre des NECC composés ou dérivés sont construits à partir de ces
NECC de base. Par exemple, GWI ‘oreille’ construit les lexies composées qui désignent
les parties de l’oreille comme suit :
79
Kwak J.Y. (1994 :1) dit que le vocabulaire de base suivant est monosyllabique :
100
Les NEC de base produisent énormément des lexies composés. Par exemple, il y a plus
de vingt lexies composées à base de lexie NUN ‘œil’ : NUNAL ‘globe de l’œil’, NUNJAWI
‘blanc de l’œil’, NUNGA ‘bord l’œil’, NUNKKEOPUL ‘paupière’, etc.
É tymologiquement, tous les NEC de base coréens sont proprement coréens, alors
que les lexies proprement coréennes ne constituent que 25 % du lexique coréen, comme
le montre le tableau suivant :
Nous sommes partis des NECC de base et, à partir de ceux-ci, nous avons récupéré
tous les NECC qui sont des lexies composées. Par exemple, nous avons cherché les
méronyme de GWI ‘oreille’ par la requête de gwi*, gwis*81 et *gwi dans le PGD. Nous
avons ensuite identifié les NECC parmi tous les résultats obtenus. Finalement, parmi les
NECC obtenus, nous avons sélectionné ceux qui sont conformes à nos critères de la
section 3.2 : les NEC externes du corps humains en tant qu’unités lexicales autonomes.
80
Lee U.Y. (2002 : 51).
81
Il faut chercher aussi la variante phonologique, gwis+Nom.
101
Pendant ce processus, il faut faire attention aux lexies composées qui ne désigne
pas l’élément du corps comme GWISGA. Les lexies NUNGA, IPGA et GWISGA sont
construites à partir de la composition d’un des NECC de base NUN ‘œil’, IP ‘bouche’ et
GWI ‘oreille’ et d’un nom GA ‘bord’. Elles sont définies comme suit dans le PGD :
nunga
nuneui gajangjarina jubyeon
‘bord ou alentour des yeux’
ipga
ipeui gajangjari
‘bord de la bouche’
gwisga
gwieui gajangjari
‘bord des oreilles’
Parmi ces définitions, celle de GWISGA est érronée. GWISGA désigne en effet un espace
autour des oreilles. Nous ne pouvons pas toucher cet espace parce que ce n’est pas une
partie concrète, comme illustré dans l’exemple ci-dessous :
Par ce processus de sélection, nous avons obtenu 195 NECC. Nous énumérons
plusieurs quasi-synonymes de certains d’entre eux. Dans les faits, il y a moins de 195
éléments du corps.
102
4.2.2 Remarques sur la composition de la nomenclature
Nous donnons dans la section 4.2.3 ci-dessous le vocabulaire retenu pour notre
étude des chapitre 5 et 6 en le répartissant dans quatre classes, à l’instar des NEC de base :
[A] éléments de la tête (comme IP ‘bouche’, GWI ‘oreille’), [B] éléments des membres
(comme DARI ‘jambe’, SON ‘main’), [C] éléments du tronc (comme BAE ‘ventre’, EOKKAE
‘épaule’) et [D] éléments de l’ensemble du corps (comme TEOL ‘poil’, SAL ‘chair’).
Certaines lexies correspondent à une relation partie-tout. Par exemple, PAL ‘bras’ est un
méronyme de MOM ‘corps’ et en même temps PAL‘bras’ a plusieurs méronymes comme
SON ‘main’, SONMOK ‘poignet’, PALKKUMCHI ‘coude’, PALDDUK ‘avant-bras’, etc. ; SON
‘main’ est un méronyme de PAL et en même temps a plusieurs méronymes comme
SONGARAK ‘doigt’, SONBADAK ‘paume’, SONDEUNG ‘dos de la main’, etc. La figure 4-2
visualise la relation méronymique du lexique des NEC en anglais :
La classification méronymique nous indique comment le corps est divisé dans chaque
langue. Cette information sera très liée avec la détermination de la composante dite
centrale de la définition des NEC. Nous le verrons en détail au chapitre 6, section [Link].
Dans nos tables, le tiret (-) sépare les éléments des lexies composées, comme WI-
PAL ‘arrière-bras’. Toutefois, nous considérons les lexies composées qui sont construites
par des morphèmes sino-coréens, comme des lexies simples :
103
Les morphèmes constituants du et pi82 n’ont pas d’autonomie83. Nous allons ainsi traiter
DUPI ‘cuir chevelu’, DUBAL ‘cheval’, MOGONG ‘pore’ etc., comme lexies simples.84 Les
lexies proprement coréennes soulèvent aussi des problèmes de distinction entre une lexie
simple et une lexie composée. Certaines lexies comme SONTOP, BAEKKOP, NUNSSEOP sont
décrites en tant que lexie composée dans le PGD :
Enfin, il faut expliquer le contenu des trois colonnes de nos tableaux ci-dessous.
Dans la première colonne, nous donnons les NECC en alphabet coréen avec l’origine, si
c’est une lexie sino-coréenne ou un emprunt. Si une variante phonologique ou un
synonyme exacts sans aucune différence sémantique comme NUNKKAPUL de
NUNKKEOPUL ‘paupière’ existent, nous les mettons entre crochets ([ ]) et ne les comptons
pas en tant que une lexie séparée. Dans la deuxième colonne, nous donnons les NECC
romanisés. Dans la troisième colonne, nous donnons leur équivalent français. Si un NECC
n’a pas d’équivalent lexicalisé en français, nous donnons son sens. Dans ce cas, nous
utilisons les guillemets sémantiques (‘’).
82
Nam K. S. et Ko Y. K. (2011 : 40-41) avancent qu’un morphème sino-coréen qui a un équivalent
proprement coréen a tendance à perdre son autonomie : le morphème du correspond à une lexie proprement
coréenne MEORI et le morphème pi correspond à GAJUK.
83
Nous avons déjà spécifié que les lexies non-autonomes ne sont pas incluses dans notre nomenclature
(section 3.2.2).
84
Voir Nam K.S. et Ko Y.K. (2011 : 225-231) et Ko Y. G et Gu B. G. (2009 : 243-252) sur la formation
des mots à racine sino-coréenne.
85
Synchroniquement la lexie TOP n’existe pas en coréen. La lexie TOP qui désigne l’ensemble des ongles
des mains et des pieds existait dans le coréen ancien et elle existe encore en nord-coréen.
104
4.2.3 Nomenclature support de l’étude
Comme les éléments de la tête sont nombreux, nous distinguons les éléments du
visage (A-1) et les autres éléments de la tête (A-2). Nous séparons les éléments du visage
en éléments des yeux (A-1a), du nez (A-1b) et de la bouche (A-1c) et les éléments des
oreilles (A-2a).
이마 IMA FRONT
코 KO NEZ
볼 BOL JOUE
105
아래-턱 ARAETEOK ˹MÂ CHOIRE INFÉ RIEURE˺
Taille 24 lexies
106
콧-대 KOSDAE ˹ARÊ TE DU NEZ˺
콧-마루 KOSMARU ˹ARÊ TE DU NEZ˺
콧-등 KOSDEUNG ˹DOS DU NEZ˺
콧-방울 KOSBANGUL ˹AILE DU NEZ˺
코-안 KOAN ‘intérieur du nez’
콧-속 KOSSOK ‘intérieur du nez’
somme 12 lexies
이 I DENT
86
Nous incluons ici les éléments qui sont à l’intérieur de la bouche : I ‘dent’, HYEO ‘langue’, même
MOKGUMEONG ‘gorge’, MOKJEOJ ‘luette’, etc.
107
혀 HYEO LANGUE
머리 I.1a MEORI TÊ TE
낯 NACH VISAGE
귀 GWI OREILLE
somme 16 lexies
87
SOKGWI et ANGWI désignent les NEC internes, oreilles internes. Toutefois, nous les faisons figurer dans
notre nomenclature pour montrer tous le paradigme de lexicalisation des éléments de l’oreille.
108
귓-구멍 GWISGUMEONG ˹TROU DE L’OREILLE˺
귓-등 GWISDEUNG ‘arrière de l’oreille’
귓-문 (-門) GWISMUN ‘entrée du trou de l’oreille’
귓-바퀴 GWISBAKWI PAVILLON
Nous distinguons les éléments du bras (B-1), les éléments de la main (B-2), les
éléments de la jambe (B-3) et les éléments du pied (B-4).
팔 PAL BRAS
손 SON MAIN
109
약지 (藥指) YAKJI ANNULAIRE
다리 DARI JAMBE
무릎 MUREUP GENOU
오금 OGEUM JARRET
Taille 13 lexies
발 BAL PIED
110
발-꿈치 BALKKUMCHI TALON
[BALDWIKKUMCHI,
[발-뒤꿈치, 뒤-꿈치] DWIKKUMCHI]
발-뒤축 BALDWICHUK TALON
어깨 EOKKAE É PAULE
등 DEUNG DOS
배 BAE VENTRE
111
불알 BULAL TESTICULE
볼기 BOLGI DERRIÈ RE
몸 MOM CORPS
살 SAL CHAIR
털 TEOL POIL
주름 JUREUM RIDE
88
Il s’agit d’une des deux lexies qui sont d’origine anglaise parmis les NECC avec PENIS. Même si elle
vient de la lexie anglaise HIP, son sens est distinct du sens de HIP. Voir le sens de HIP à la Tableau 4-1 dans
la section 4.1.1.
89
Les lexies PISJUL et HYEOLGWAN se situent à la limite des NEC externes et des NEC internes.
112
4.2.4 Bilan de nomenclature des NECC
Classe Taille
[A] éléments de la tête 103 lexies
[B] éléments des membres 44 lexies
[C] éléments du tronc 30 lexies
[D] éléments de l’ensemble du corps 18 lexies
Total 195 lexies
Tableau 4-5 : Bilan de la nomenclature des NECC
Nombre 70 125
3) La proportion des lexies monosyllabiques (22 lexies, 11.2 %) est assez élevée en
comparaison avec le pourcentage moyen (3%) des lexies monosyllabiques du
lexique coréen général.
113
4) É tymologiquement, il y a plus de 80%90 de lexies proprement coréennes. Cette
proportion est plus élevée que la proportion des lexies proprement coréennes du
lexique total du coréen.
90
Cette proportion de l’étymologie n’est pas très différente de l’étude de Kwak J.Y. (1999). Selon Kwak
J.Y. (1999 : 17), 86.92% des NEC apparus dans les manuels scolaires sont proprement coréens et 11.39%
sino-coréen.
114
Bilan
115
116
5 Phraséologie des NECC
Les NEC, qui sont essentiels dans la vie langagière, participent très
activement à la phraséologisation. Il faut rappeler que trois types de
phrasèmes lexicaux - locution, collocation, cliché linguistique - sont
distingués dans le cadre de la LEC. Nous bornons ici la phraséologie des
NECC aux collocations contrôlées par ceux-ci. Une collocation contrôlée
par un NECC se constitue de la base, qui est un NECC, et du collocatif
que cette base sélectionne (par ex. ko+ga napjakhada, litt. nez+SUB
ê[Link], ‘avoir un nez aplati’). Dans la phraséologie des NECC, nous
prenons aussi en compte les phrasèmes morphologiques (par ex. mot-
composé comme napjak+ko, litt. racine de l’adjectif NAPJAKHADA‘être
117
5.1 Phénomènes considérés
Nous avons examiné la richesse du vocabulaire des NEC à la section 3.1.1. Les
NEC s’utilisent souvent dans des expressions libres, mais aussi dans des phrasèmes, c’est-
à-dire dans des locutions, des collocations et des clichés linguistiques. É tant donné que
les phrasèmes sémantico-lexicaux (clichés linguistiques) sont contraints par le contenu
conceptuel ou bien par le type de situation, et sont numériquement inférieurs, nous ne
nous focalisons que sur les phrasèmes lexicaux (locutions et les collocations) pour
montrer la richesse phraséologique des NEC.
Le petit paragraphe suivant, extrait d’un roman anglais, montre bien cette
abondance :
And now here she was in the flesh – a tall, slender young woman in the early
twenties. The kind of young woman that one definitely looked at twice. Her
clothes were good, an expensive well-cut coat and skirt and luxurious furs. Her
head was well poised on her shoulders, she had a square brow, a sensitively
cut nose and a determined chin. She looked very much alive. It was her
aliveness, more than her beauty, which struck the predominant note.
(Agatha Christie, 1943, Five Little Pigs)
91
Le BBI (1986 ; 1993 ; 2009) est un des premiers dictionnaires de collocations de l’anglais. La trosième
édition du BBI (2009) a été mise à jour par la considération de la notion de la combinatoire de la TST. Les
auteurs ont changé le titre aussi : de The BBI Dictionary of English Word Combinations à The BBI
Combinatory Dictionary of English. Pour plus de détails, voir la préface de la trosième édition du BBI
(2009 : VII-IX) et aussi Benson (1985) et Howarth (2000). Ce dictionnaire décrit les collocations au sens où
nous avons défini ce terme (chapitre 1, section 1.2).
118
Figure 5-1 : Entrée de HAND dans le BBI
119
Figure 5-2 : Locution contenant SON dans Kim H. S. (2011)92
92
Le numéro à côté de chaque locution correspond au nombre d’apparition de celle-ci dans cinq
dictionnaires coréens : PGD, YHD, Gwanyongeosajeon (1996) ‘Dictionnaire des locutions’, Hangukeo
gibon sukeo sajeon (2002) ‘Dictionnaires des locutions élémentaires du coréen’ et Urimalkensajeon (1992)
‘Grand dictionnaire de notre langue’. La valeur maximale est donc 5. La valeur 6, qui apparaît une fois,
n’est pas expliquée.
120
[Link] Ambiguïté des phrasèmes
Examinons les phrasèmes impliquant la lexie SON ‘main’ dans l’archive du journal
Chosunilbo de trois ans (2013-2015). La combinaison de la lexie SON et de la lexie
NAEMILDA ‘avancer’ (où SON est un complément d’objet du verbe NAEMILDA) apparaît
plus de 250 fois. Cette combinaison peut être considérée à la fois en tant que collocation
et locution :
D’une part, cette combinaison existe en tant que collocation, comme par exemple
dans (2) et (3), et veut dire ‘mettre la main en avant’ :
Cette collocation se compose d’une base, la lexie SON ‘main’ et un collocatif, la lexie
NAEMILDA ‘mettre quelque chose en avant’. La lexie SON est sélectionnée par le locuteur
d’une façon non contrainte, mais la lexie NAEMILDA est sélectionnée en fonction de la
lexie SON et du sens ‘tendre la main’ à exprimer.
121
La combinaison son+eul naemilda en tant que collocation a ainsi deux sens :
Il faut noter aussi que la collocation française tendre la main a deux sens comme son+eul
naemilda :
Le sens de la collocation tendre la main de (6) correspond au sens (i) ci-dessus et celui
de (7) correspond au sens (ii) ci-dessus.
D’autre part, le syntagme son+eul naemilda existe aussi en tant que locution. Dans
les faits, cette locution elle-même fait partie d’un vocable polysémique :
122
[NY+EGE] ˹SON+EUL NAEMILDA˺ de (8) veut dire ‘X demander de l’aide à Y’ ; [NY+EGE]
˹SON+EUL NAEMILDA˺ de (9) veut dire ‘X aider Y’ ; [NY+EGE] ˹SON+EUL NAEMILDA˺ de
(10) veut dire ‘X essayer d’être proche de Y’. Les trois locutions (8)~(10) sont les
locutions fortes ou complètes parce que dans leurs sens, on ne retrouve pas le sens de
leurs composantes lexicales SON et NAEMILDA.
Les locutions comme (8)~(10) reposent sur une métaphore. Sur ce phénomène,
Gibbs (1990 : 447) dit que « many idioms get their figurative meanings because of the
way people conceptualize their experiences in the world ». Nous constatons ici
l’« embodiement » que nous avons étudié dans la section 3.1.3, à savoir que nous voyons
le monde par la médiation du corps. C’est une raison pour laquelle nous pouvons trouver
plus souvent des métaphores sur des expressions qui incluent les NEC. Nous constatons
aussi la transparence sémantique de ces expressions si nous considérons la métaphore.
Cependant, comme le souligne Mel’čuk (2013a : 133), il ne faut pas confondre la
transparence psychologique d’une expression, qui est assez subjective, avec sa
compositionnalité sémantique, qui est, selon lui, objective et discrète.
123
5.1.2 Collocations contrôlées par les NECC
Parmi tous les types des phrasèmes incluant des NEC, nous nous concentrons sur
les collocations ou, plus exactement, les collocations contrôlées par les NEC. Autrement
dit, nous nous focalisons sur les collocations dont la base est un NEC. Les collocations
où le NEC n’est pas la base, comme (11) ci-dessous, sont exclues :
Nous prenons en compte non seulement des collocations en tant que phrasème
lexical, mais aussi des collocations en tant que phrasème morphologique :
124
Nous allons examiner le cas des « collocations morphologisées contrôlées par les NEC »
dans la section 5.3.
Parmi plusieurs types des phrasèmes, la collocation est celui que nous pouvons le
plus systématiquement comparer entre langues. Quand nous comparons des collocations
de deux langues dans le cadre de la LEC, nous prenons la base de la collocation comme
point de départ. Quand le locuteur énonce une collocation, il choisit la base d’abord – un
NEC dans notre cas – et puis sélectionne le collocatif d’une façon contrainte. Donc, si
nous avons des bases bien équivalentes dans deux langues (un NEC dans chaque langue),
nous pouvons voir comment les NEC se combinent avec d’autres lexies. La comparaison
est ainsi facilitée. La figure 5-3 visualise cette situation.
125
Comment le sens ‘ Comment le sens ‘
tendre la main’ s’exprime tendre la main’ s’exprime
auprès de la lexie SON ? auprès de la lexie MAIN ?
un locuteur coréen
un locuteur français
Ce qui importe pour notre étude, c’est de savoir comment le NEC que le locuteur
choisit d’employer sera combiné avec d’autres lexies, et de comparer cette combinaison
lexicale avec celle d’une autre langue. Dans ce sens, la collocation est facilement
comparable entre langues parce que nous connaissons un point de départ : la base.
Par contre, la comparaison interlangue des locutions est plus difficile. Les NEC
qui sont incorporés dans les locutions ne sont plus strictement parlant des NEC. Comme
plusieurs travaux comparatifs le montrent, on compare la locution à partir d’un de ses
constituants. Par exemple, Eom S. C. (2014) compare les locutions qui incluent le NEC
en coréen et en evenki, une langue toungouze. Pour la comparaison des locutions qui
incluent les NEC, Eom S. C. analyse les sens des NEC utilisés dans les locutions, comme
illustré dans le tableau 5-1 :
126
˹SON+EUL BEOLIDA˺
aide main+ACC ouvrir
‘demander une aide’
˹SON+E JAPHIJIDA˺
moyen main+LOC ê[Link]
‘travailler (sur qqch) ; concentrer (sur qqch)’
˹SON+EUL DDEDA˺
participation main+ACC détacher
‘arrêter ce que l’on a fait’
˹SON+I KEUDA˺
générosité main+SUB ê[Link]
‘être généreux’
Tableau 5-1 : Analyse des locutions qui incluent SON ‘main’ dans Eom S. C.
(2014 : 127-128)
127
Prenons une paire de quasi-synonymes : KOSDAE et KOSDEUNG. Le EDCF93 donne
la même traduction française pour ces deux lexies : arête du nez. Observons les
définitions de ces lexies dans le PGD :
kosdeung
koeui deungseungi
nez+GÉ N arête
‘arête du nez’
kosdae
kosdeungeui uddukhan julgi
Ces définitions semblent imprécises parce que les mots (deungseungi ‘arête’, julgi ‘tronc’)
qui sont utilisés sont trop vagues. Dans les faits, l’élément que KOSDAE désigne
correspond à l’arête du nez et l’élément que KOSDEUNG désigne correspond au dos du nez.
Nous allons voir comment les collocations aident les lexicographes à décrire les
quasi-synonymes en montrant la différence entre eux. Regardons d’abord les collocations
contrôlées par la lexie KOSDAE :
93
EDCF : Essence Dictionnaire coréen-français ([Link]
128
Pour expliquer ces collocations, il faut d’abord dire que dans la culture coréenne,
le nez est considéré comme joli quand il est plus accentué et quand son arête est saillante
comme le nez des occidentaux. La beauté du nez concerne ainsi beaucoup sa « hauteur »
dans la culture coréenne. La figure illustre l’opération esthétique de l’exemple (16) :
Dans les faits, relever l’arête du nez veut dire augmenter l’angle que forme l’arête du nez
et le bout du nez, et rendre l’arête plus longue. De plus, cette dernière commence plus
haut. De même, l’adjectif oddukhada de (17) dit aussi que l’angle que l’arête du nez fait
est grand, et que l’arête du nez est plus longue et saillante. Il faut noter ici que pour
94
Cette figure est extraite du site d’une clinique de chirurgie esthétique : [Link]
[Link]/m/nose_02_10.php).
129
signifier ‘qui est accentué et beau’, la lexie KOSDAE choisit, en tant que collocatif, des
adjectifs (comme nopda ‘être haut’) ou des verbes (comme seoda ‘se dresser’) qui
concernent la hauteur. La présence de ces collocations démontre la présence nécessaire
d’une composante qui concerne la hauteur dans la définition de la lexie KOSDAE.
Par contre, la lexie KOSDEUNG désigne toute la surface du nez, sans focalisation
sur sa hauteur. Cela est démontré par le fait qu’elle ne se combine pas avec les collocatifs
qui concernent la hauteur du nez :
La lexie KOSDEUNG se combine soit avec les adjectifs qui décrivent la surface, soit avec
les noms qui désignent la localisation (comme wi ‘dessus’, jubyeon ‘alentours’, etc.) :
130
L’examen des collocations de deux quasi-synonymes KOSDAE et KOSDEUNG
montre bien qu’il faut décrire ces deux lexies d’une façon différente. Nous proposons les
définitions suivantes :
Kosdeung de X
surface
qui couvre le nez de X
(sauf les ailes du nez)
Kosdae de X
Nous pouvons montrer par un dessin les éléments que les deux lexies désignent :
95
Nous pouvons voir cette composante sémantique dans la collocation kosdae+ga bureojida, litt.
arê[Link] [Link] ‘se casser l’arête du nez’.
131
Figure 5-6 : Nez de profil
Certaines collocations contrôlées par des NEC indiquent non seulement la valeur
esthétique selon la culture (par ex. KO dans la section [Link]) mais aussi certaines
connotations associées à leurs bases, NEC concernés. Examinons la lexie française NEZ
comme exemple :
96
Nous listons ce taleau à la base des sites suivants :
132
Les collocations qui parlent de la forme du nez d’une personne expriment des caractères
variés de cette personne. Ce genre d’information fait partie de la connotation culturelle et
sociale. Il faut noter que la relation entre la forme de nez et le caractère de X n’est qu’une
tendance, laquelle ne peut pas être considérée comme le sens toujours valable.
L’examen des collocations indique que certains éléments du corps, notamment les
éléments du visage, s’associent à certaines connotations sur le caractère, la beauté,
l’émotion, etc. selon culture. Nous allons voir dans la section 6.3 comment ce genre
d’information peut être pris en compte dans la définition.
[Link]
personnalite-moi-ca-correspond-tout-a-fait-et-vous--2905
[Link]
[Link]
97
La collocation française nez crochu évoque aussi la cupidité et l’avarice.
98
Voir la section 1.2 sur le système phraséologique.
133
collocation et la locution (5.2.3). Notons que la section 5.2 ne concerne que la collocation
lexicale et que la section suivante (5.3) traitera la collocation morphologique.
Nous avons déjà classifié les phrasèmes et nous avons vu que les collocations se
situent entre les expressions libres et les locutions dans la section 1.2. Nous allons montrer
à présent qu’il existe un continuum phraséologique en nous fondant sur la terminologie
de la LEC :
+ libre +phraséologisé
Collocation
Le rectangle pointillé montre que même parmi les collocations, certaines se rapprochent
des expressions libres et d’autres se rapprochent des locutions. Les deux cercles qui se
trouvent entre les expressions libres et les collocations, et entre les collocations et les
locutions nous intéressent tout particulièrement. Pour expliquer l’étendue de la
collocation, nous allons conserver cette notion du continuum. Dans les deux sections
suivantes, nous examinons les deux cas se rapportant aux cercles sus-cités.
Pour expliquer les problèmes qui pourraient être posés par les expressions
intermédiaires, nous allons rappeler d’abord les tests qui ont été proposés pour distinguer
134
les phrasèmes des expressions libres. Notamment, ces tests identifient la contrainte sur la
sélection lexicale.
Gross explique que la substitution par un autre mot de la même classe sémantique ou par
un synonyme est impossible dans les locutions comme ci-dessus. Im H.B. a utilisé ce test
pour identifier les collocations avec le test de substitution par un antonyme :
99
Pour le détail sur le figement linguistique, voir Anscombre (2011) et Mejri (2011a).
135
Pourtant dans les faits, ce test n’est pas concluant dans tous les cas. Nous examinons deux
cas problématiques ci-dessous.
Nous examinons ici deux cas qui sont difficiles à identifier la présence de la
contrainte de sélection soit par les collocatifs très vagues ou pauvres, soit par les
collocatifs très spécifiques ou riches.
[[Link]
Les expressions grosse tête et gros seins semblent être des expressions libres. L’adjectif
gros paraît être sélectionné librement. Pourtant on ne peut pas remplacer gros(se) par son
quasi-synonyme grand(e) dans ces exemples.
136
À contrario, certains NEC comme PIEDS, YEUX, etc., sélectionnent l’adjectif grand
au lieu de gros :
En général, pour décrire la taille de quelque chose, on utilise l’adjectif gros en français,
mais les exemples ci-dessus montrent qu’il y a quand même une préférence lexicale :
Les sens des collocatifs grand et gros sont très vagues. C’est la raison pour laquelle la
sélection lexicale semble être peu contrainte et l’identification de la contrainte de
sélection paraît possible.
Ce problème doit être pris en considération dans une perspective contrastive. Les
adjectifs français GROS et GRAND correspondent à l’adjectif coréen KEUDA ‘être grand’ :
100
Consulté à le 28 décembre 2015, sur les textes d’après 1960.
137
‘Il lui faut commander les chaussures parce qu’il a de grands pieds’
Presque tous les NECC prennent l’adjectif keuda pour exprimer la grandeur. Dans ce sens,
les expressions ci-dessus ne sont pas des collocations. Elles sont des expressions
multilexémiques libres. Pourtant, quand nous abordons ces expressions au point de vue
du locuteur étranger, la sélection des adjectifs keuda, gros, grand n’est pas toujours
évidente. Par exemple, le locuteur coréen peut dire grande tête au lieu de grosse tête, et
le locuteur français peut chercher l’adjectif équivalent autre que keuda auprès de la lexie
MEORI ‘tête’. Nous considérons ces expressions en tant que collocations. Ces collocations
Les adjectifs gros et keuda sont des valeurs très vagues. Toutefois, la description de ces
collocatifs comme valeurs par défaut de la FL Magntaille(NEC) sera utile pour les
apprenants de la langue.
Avant de passer de l’autre difficulté, il nous faut spécifier maintenant les FL pour
le coréen. É tant donné que l’adjectif coréen est de nature verbale (cf. section [Link]),
nous pouvons formaliser la valeur d’intensification par la FL complexe V0Magn 101 .
Pourtant, nous allons formaliser cette valeur adjectivale par la FL simple Magn pour une
raison d’économie. Si la contrainte existe, nous pouvons l’ajouter après la barre :
101
FL V0 exprime la verbalisation.
138
2) Difficulté induite par le sens riche des collocatifs
Les collocatifs très spécifiques posent aussi des problèmes quant à l’identification
de la présence d’une contrainte de sélection. Prenons les exemples suivants :
Pour exprimer ‘ouvrir les yeux’, la lexie DDEUDA est choisie et pour exprimer ‘fermer les
yeux’, c’est la lexie GAMDA qui est sélectionnée auprès de NUN. Nous ne pouvons pas
tester si les deux verbes sont remplaçables par des quasi-synonymes parce que ces deux
lexies n’en possèdent pas.
139
ddeuda 051
gamassdeon nuneul beolida
gamda 01
Dans ces définitions, la partie soulignée104 montre explicitement le signifié de NUN ‘yeux’.
Pour GAMDA, il y a deux façons d’inclure le signifié ‘yeux’ : par une glose d’une part et
à travers ‘paupières’ et ‘pupille’ d’autre part.
102
Le chiffre en exposant identifie les homonymes et le chiffre en indice identifie l’acception dans le PGD.
103
Il faut noter que la partie gamassdeon ‘qui a été fermés’ dans la définition semble superflue.
104
C’est nous qui soulignons.
140
On trouve beaucoup des collocations qui présentent cette propriété parmi celles
contrôlées par les NEC :
105
Le PGD définit ce verbe GAMDA02 comme « laver les cheveux ou le corps ». Pourtant, à la différence de
cette définition, nous n’employons pas ce verbe avec la lexie MOM ‘corps’. À part avec MEORI ‘cheveux’,
nous n’employons ce verbe GAMDA qu’avec la lexie MIYEOK (ou son abbréviation, MYEOK) ‘bain de rivière’.
Dans ce cas, le sens de GAMDA n’est pas ‘laver’. Il est plutôt un sens vide comme prendre dans la collocation
prendre une douche ou prendre un bain :
Oper1(douche) = prendre
Oper1(bain) = prendre
Oper1(miyeok) = gamda02
141
Les deux cas à la frontière entre les expressions libres et les collocations que nous
venons de présenter seront traités en tant que collocations dans notre étude. Nous allons
voir les cas flous à la frontière entre les collocations et les locutions dans la section
suivante.
Pour expliquer les problèmes qui pourraient être posés par les expressions entre
les collocations et les locutions, nous allons d’abord revenir sur la notion de
compositionnalité sémantique.
142
avec quatre dichotomies : motivation / non-motivation ; transparence / opacité ;
analysabilité / non-analysabilité ; sens littéral / sens figuratif. Ces études phraséologiques
utilisent le critère de (non-)compositionnalité du point de vue du destinataire du message,
c’est-à-dire que l’on juge la (non-)compositionnalité d’un énoncé selon comment cet
énoncé est interprété. Ainsi, un énoncé est compositionnel si le destinataire peut
reconstituer le sens global des sens des constituants.
Prenons un exemple pour montrer la différence entre ces deux perspectives sur la
(non-) compositionnalité. Soit la locution ˹ROUGE À LÈ VRES˺, qui peut être définie ainsi :
143
[Link] Identification de la (non-)compositionnalité
Parmi les trois locutions 106 , la locution faible peut particulièrement poser
problème parce que les sens de tous les constituants sont inclus dans le sens global de la
locution et qu’il est donc difficile de voir la non-compositionnalité. La frontière entre les
locutions faibles et les collocations est floue.
L’expression i+leul galda, litt. dent+ACC grincer, nous fait hésiter concernant la
compositionnalité.
L’expression i+leul galda de (54) est ambiguë. On peut tester, selon Polguère (2015 :
273), « si le sens de la collocation hypothétique peut être modélisé comme une prédication
sur le sens de sa base postulée ou s’il faut au contraire considérer qu’un sémantème «
étranger » au stock lexical du syntagme fonctionne comme pivot sémantique ». Selon le
contexte, cette expression signifie comme suit :
Polguère (2015 : 274) affirme que c’est un problème de choix en fonction des intentions
communicatives du locuteur et qu’« il est légitime de considérer qu’un même syntagme
puisse être lexicographiquement décrit à la fois comme collocation et comme locution
faible ».
106
Nous avons déjà examiné les types des locutions dans la section 1.2 : locutions fortes ou complètes ;
semi-locutions ; locutions faibles ou quasi-locutions.
144
D’un autre côté, les expressions suivantes ne posent pas problème :
Ces expressions montrent avant tout l’action physique : contracter les sourcils (56),
secouer la tête de haut en bas (57), faire une grimace des lèvres (58). En même temps, ces
expressions expriment l’émotion ou l’état psychique : le mécontentement ou la colère
pour (56), l’approbation pour (57) et le mécontentement pour (58). Prenons un exemple :
L’expression nunsseop+eul jjinggeurida veut dire ‘X fronce les sourcils pour montrer
son mécontentement’, non ‘X montre son mécontentement en fronçant les sourcils’. Cette
expression est un syntagme construit auprès de la lexie NUNSSEOP donc il s’agit d’une
collocation contrôlée par NUNSSEOP. Dans ce cas, il faut décrire une composante de
fonction ‘qui montre le sentiment’ dans la définition de NUNSSEOP. Nous allons examiner
en détail ce type des collocations dans la section 6.2.3.
145
5.3 Traitement des lexies complexes incluant les NECC
Dans cette section, nous examinerons du point de vue phraséologique les lexies
morphologiquement complexes. Nous traitons celles dont un des constituants est un
NECC, comme : maeburi+ko litt. [Link]+nez ‘nez aquilin’ ; maen+son litt.
qui.n’[Link]+main ‘mains nues’ ; sarang+ni litt. amour+dent ‘dent de sagesse’ ;
son+deung litt. main+[Link]érieure ‘dos de la main’ ; etc.
Il faut noter que même si les lexies complexes se divisent en lexies composées et
lexies dérivées, nous traitons dans plupart des cas les composées parce que la plupart des
lexies complexes qui incluent les NECC relèvent de ce cas de figure.
107
Même si la phraséologisation existe aussi au niveau de la phrase, nous ne traitons pas ici cette question.
Cf. les pragmatèmes et les clichés, que nous avons présentés dans la section 1.2.2, chapitre 1. Pour plus de
détail, voir Mel’čuk (2013a : 142-145).
146
5.3.1 Classification des mots-formes composés
108
Haspelmath et Sims (2010) définissent le compound (fr. composé) d’une façon plus générale : « A
compound is a complexe lexeme that can be thought of as consisting of two or more base lexemes. In the
simplest case, a compound consists of two lexemes that are joined together (called compound members). »
109
Voir Mel’čuk (1997 : 88-90) pour la distinction de ces composés. Mel’čuk utilise le terme composé au
sens fort (=composé1) pour le composé libre et composé au sens faible (=composé2) pour le composé
lexicalisé.
110
Les exemples (60), (64), (66) et (68) sont empruntés à Mel’čuk (1997). Mais nous avons produit les
exemples (65), (67) et (69) par nous-même.
147
Parallèlement, l’allemand permet au locuteur de construire librement des composés :
Aussi bien des racines nominales, comme ci-dessus, que des racines verbales
peuvent modifier d’autres racines :
148
La langue chinoise présente également les deux types de composition. En
particulier, le chinois a un nombre important de composés libres (Nguyen 2006 : 218).
Ces derniers sont construits d’une façon régulière et productive selon la grammaire
chinoise. É . Nguyen identifie trois types de composés libres :
149
En coréen aussi, nous pouvons trouver aussi bien des composés lexicalisés que
des composés libres. Reprenons les exemples du Tableau 2-6 (Mode de formation des
noms composés coréens) :
Les exemples (70) et (71) sont des composés libres. En revanche, les composés
(72) et (73) sont lexicalisés et sont consignés dans le dictionnaire.
111
La grammaire coréenne utilise le terme biyunghap hapseongeo ‘composé non fusionnel’ pour le
composé endocentrique et le terme yunghap hapseongeo ‘composé fusionnel’ pour le composé
exocentrique (Lee S. O. 1993).
150
sémantique, et d’un autre qui modifie la tête,112 comme drawbridge en anglais, Weißbrot
‘pain blanc’ en allemand.
relation exemples
Tableau 5-5 : Relation entre les constituants dans le composé endocentrique (Haspelmath
et Sims 2010)
112
Haspelmath et Sims appellent cet élément dépendant (angl. dependent). Mais comme le dépendant est
utilisé comme notion syntaxique dans notre travail, nous n’adoptons pas ce terme dans ce contexte.
113
Haspelmath et Sims notent qu’il n’y a pas de restriction de relation entre la tête sémantique et le
dépendant, au moins dans les langues où les sens des composés sont étudiés par eux.
114
Nous pouvons trouver une seule acception de SWANSONG dans OED :
swansong : a final performance or activity of a person’s career
(ex. He has decided to make this tour his swansong)
Toutefois, swansong comme le composé endocentrique du tableau 5-5 désigne la chanson chantée par des
cygnes. Cette acception vient de la fable allemande qui parle des cygnes qui chantent quand ils vont mourir.
151
Certains composés ont deux têtes sémantiques en coréen. On les appelle composés
coordinatifs (Lee S. O. 1993), Haspelmath et Sims 2010) :
Ces composés sont bien compositionnels et donc ils sont endocentriques. Il en existe un
autre type :
Ce sont des composés appositifs (Haspelmath et Sims 2010). Ils ont deux têtes
sémantiques comme des composés coordinatifs mais, à la différence de ces derniers,
chaque constituant des composés appositifs désigne un même référent.
La classification des composés par les deux critères ci-dessus n’est pas très
différente de la classification des phrasèmes lexicaux que nous avons faite dans la section
5.2. Il convient ici de classifier les composés sur le continuum phraséologique.
152
Le critère de compositionnalité montre si un composé est sémantiquement
compositionnel ou pas. La notion de la tête sémantique des composés correspond bien à
la notion de pivot sémantique des phrasèmes. Les composés endocentriques, à l’intérieur
desquels est la tête sémantique, correspondent aux expressions libres et aux collocations.
Et les composés exocentriques, à l’extérieur desquels la tête sémantique se trouve,
correspondent aux locutions.
+ libre +phraséologisé
Collocation
Locution
Expressions libre Collocation Quasi- Semi- Locution
locution locution complète
non restreinte semi-restreinte restreinte
Il faut mettre en relief ici le fait que les composés qui sont semi-libres (ou semi-
lexicalisé) comme les collocations existent aussi. De même qu’une collocation, dans
certains composés, un constituant est librement choisi par le locuteur, mais un autre
constituant est contraint quant à la sélection. Nous appelons ce type composés semi-
phraséologiques. Ceux-ci peuvent se situer entre les composés libres et les composés
lexicalisés sur le continuum phraséologique.
153
La tête sémantique des composés semi-phraséologiques joue un rôle de base
collocationnelle. Voyons des exemples chinois115 suivants :
Le sens de ces composés peut être modélisé comme une prédication du sens de chaque
base (cān, yǔ). Nous pouvons formuler les composés de (80), (82) et (83) par les FL
suivantes :
Les exemples ci-dessus montrent que « dans l’étude des collocations d’une langue, il
convient de garder à l’esprit que la grammaire de la langue dans son ensemble
(principalement sa syntaxe et sa morphologie) participe à la spécification locale de la
notion (Polguère 2015) ». Nous allons voir la description des composés semi-
phraséologique dans la section [Link].3.
Il nous faut également mentionner la frontière floue entre les types des composés.
Comme nous l’avons vu dans la section 5.2, les locutions faibles sont proches des
collocations. De même, il est difficile de tracer la ligne de démarcation entre certains
composés endocentriques et certains composés exocentriques. Par exemple, Weisswein
peut être un composé endocentrique si nous considérons Wein comme une tête
115
Les exemples sont empruntés à Nguyen (2006), qui les appelle mot-forme composé libre collocationnel.
Selon Nguyen(2006 : 298), le choix du radical zhōng- est contraint. On ne peut pas remplacer zhōng par
116
Zhōngguo ‘Chine’.
154
sémantique. Mais Weisswein peut être exocentrique si nous considérons que la tête
sémantique n’est pas à l’intérieur de ce composé, à savoir si elle désigne un type (de vin).
modificateur syntaxique :
Nous pouvons faire l’hypothèse ici que même si le locuteur peut exprimer le
même contenu par deux façons (collocation morphologisée, collocation lexicale), il
existerait une différence d’usage. Quand choisirait-il le mode morphologique plutôt que
le mode syntagmatique ?
La grammaire chinoise explique que les composés sont liés à l’usage nominatif de
l’adjectif (angl. nominal use) et les syntagmes sont liés à l’usage descriptif de l’adjectif
(angl. descriptive use) :
In Chinese, we may draw a distinction between the nominal and descriptive uses
of attributive adjectives. […] The nominal use is to name an entity (adjective +
noun) ; the descriptive use is to define an entity, which requires 的 (adjective +
的 + noun).
(Zhu et Gao 2013 : 65)
117
Il faut spécifier que ces deux façons ne sont pas possibles dans tous les cas. Pour le détail, voir la section
5 (sur les adjectifs) de Zhu et Gao (2013).
118
Il faut noter que l’adverbe 很 (HĔN) ‘très’ est souvent utilisé avec ce syntagme : 很+adjectif+的+nom
(Zhu et Gao (2013 : 64)).
155
Observons des exemples suivants de Zhu et Gao (2013 : 66) :
Nous pouvons voir que même si la collocation morphologisée (86) a une fonction de
prédication sur la base (ici, píngguǒ), elle garde des propriétés de nom composé, à savoir
dénommer une entité. Nous pouvons faire l’hypothèse que cette dénomination est
davantage exprimée par la collocation morphologisée, s’il y a deux façons d’exprimer la
même valeur collocationnelle.
Pour montrer que dà est un constituant du composé et pour faciliter la lisibilité, nous
proposons l’encodage suivant, où la base (yǔ) est écrite en gras :
Les composés collocationnels que nous avons vus jusqu’à maintenant sont
identiques aux collocations sauf que ils sont des mots-formes qui se construisent à partir
de deux radicaux. Nous appelons ces composés collocationnels comme collocations
morphologisées.
156
5.3.2 Composés collocationnels des NECC
Nous étudions, dans cette section, les composés collocationnels dont la tête
sémantique est un NECC. Nous restreignons l’étendue des composés collocationnels et
nous les classons selon le critère syntaxique, sémantique et lexical.
Logiquement, les composés qui incluent les NECC présentent trois types de
combinaisons de radicaux :
Nous nous intéressons seulement au premier type : les composés collocationnels dont la
tête sémantique (ou la base, le pivot sémantique) est un NECC.
Nous ne traitons pas le deuxième parce que leurs têtes sémantiques ne sont pas
des NECC :
157
Les têtes sémantiques des exemples (90), (91) et (92) sont daeda, beoreus, deung, pas le
radical son. En plus, ces composés sont des lexèmes. Parmi ce type des composés, nous
pouvons trouver beaucoup de lexèmes qui désignent les éléments du corps119 :
Ces composés sont des lexèmes, qui sont consignés dans le dictionnaire.
Nous ne traitons pas le troisième type parce que ces composés sont des lexèmes.
Les composés qui font partie du troisième type sont les trois lexies suivantes120 :
119
Pour le détail, voir Chang I. B. (2006).
120
Nous ne traitons pas ici les lexies sino-coréennes comme SUJOK ‘les mains et les pieds’, SAJI ‘deux bras
et deux jambes’ et IMOKGUBI ‘les oreilles, les yeux, la bouche et le nez’.
158
Chaque composé désigne deux éléments du corps en même temps. Ce sont des composés
coordinatifs121. Il faut noter que les vocables SONBAL et PALDARI sont polysémiques :
La lexie composée SONBAL2 ‘domestique ; secrétaire ; bras droit’ n’est plus un composé
endocentrique parce que la tête sémantique n’est pas lexicalisée à l’intérieur du composé.
Elle est un composé exocentrique. La lexie SONBAL 1 ‘mains et pieds’ et la lexie SONBAL
2 ne sont pas notre objet d’étude.
Ce composé prend un nom maeburi comme premier constituant et désigne un nez dont la
forme est comme un bec de faucon. Pour exprimer le même contenu en français ou en
anglais, on dit nez aquilin et aquiline nose, qui sont les collocations contrôlées par les
121
Voir [Link].
159
lexies NEZ, NOSE. La comparaison interlangue montre bien que la même valeur
phraséologique s’exprime à différents niveaux, soit par les collocations lexicales soit les
composés.
Comme on le voit dans le tableau ci-dessus, un NEC comme ko peut être modifié non
seulement par un radical nominal mais aussi adjectival (telle que napjak, ppyojok) ou
verbal (telle que beolleong). É tant donné que l’adjectif et le verbe ont besoin du suffixe
de modification (MOD) pour modifier le nom en coréen, les composés napjakko,
ppyojokko et beolleongko, qui n’ont pas de tel suffixe, sont des composés asyntaxiques.
Ces composés, dont le Radical1 est adjectival ou verbal, sont des composés
syntaxiques :
160
3) Radical1 (adnominal) + NECC
4) Préfixe+NECC
Enfin, nous présentons ici les dérivés collocationnels des NECC. La dérivation
préfixale montre aussi la valeur collocationnelle comme nous le verrons par la suite.
Observons l’exemple suivant :
Le préfixe maen- ‘qui n’a pas d’autre chose’ s’attache à la racine bal. Ce dérivé maen+bal
désigne des pieds qui ne portent rien (ni chaussettes ni chaussures). Il correspond à une
collocation française pieds nus :
122
Nous avons déjà vu l’adnominal du coréen dans la section [Link].
161
Pour exprimer ‘qui sont nues’ auprès d’œil, jambe, main, etc., le préfixe maen- est choisi
d’une façon contrainte : on ne peut pas utiliser le préfixe quasi-synonymique min- au lieu
de maen- :
Par ailleurs, pour exprimer ‘le visage qui n’est pas maquillé’, les préfixes min- et maen-
s’utilisent auprès de la lexie EOLGUL :
Les exemples ci-dessus nous montrent qu’il y a une contrainte de sélection des préfixes.
Ces mots-formes dérivés sont par conséquent semi-contraints. Cependant ils sont
sémantiquement compositionnels. Il nous apparaît nécessaire d’introduire la notion de la
phraséologisation également au niveau de la dérivation autant que de la composition.
Nous appelons ces exemples dérivés collocationnels.
123
Il est intéressant de noter que min+son s’utilise au lieu de maen+son en Corée du nord.
162
Voici quelques dérivés collocationnels des NECC dont le préfixe est maen- et
min- :
163
Rappelons que nous nous intéressons seulement aux dérivés préfixaux. Les suffixaux
comme NUN+JIS, litt. yeux+fait, ‘signe des yeux’, NUN+KKAL, litt. ‘yeux+base, (vulg)
calot’ ne sont pas traités parce qu’ils ne sont plus des collocations contrôlées par les NEC.
X+NECC Exemple
164
Voici tout d’abord la classification d’après le sens du collocatif :
jugeok+teok
spatule+menton
‘menton qui est long et courbé’
ddalgi+ko
fraise+nez
‘nez qui est rouge’
ganeun+gwi
ê[Link]+oreilles
‘oreilles qui entendent bien’
jeolleum+bal
[Link]‘boiter’+pieds
‘pieds boiteux’
wi+s+ipsul
dessusN+s+lèvre
‘lèvres supérieures’
Tableau 5-9 : Composés collocationnels des NECC
165
Les composés qui ne sont plus des collocations. Ils relèvent de la lexicalisation
morphologisée des collocations. Ils appartiennent au lexique et par conséquent ils
ne sont plus des collocations.
ex) sae+gaseum ‘thorax proéminent (comme un oiseau)’, maeburi+ko ‘nez crochu
(comme un bec de faucon)’, hak+mok ‘cou long (comme un grue)’, gaemi+heori
‘taille très fin comme (une fourmi)’ etc.
Il est évident que nous devons décrire ces deux types d’une façon différente.
Prenons un exemple maeburi+ko ‘nez aquilin’ et napjak+ko ‘nez plat’. Le premier,
maeburi+ko est un lexème, et donc il est consigné dans le dictionnaire. Il est à la fois un
synonyme plus riche de KO et une sorte de FL AntiBon fusionnée :
Par contre, le composé napjak+ko est une collocation morphologisée, et donc il doit être
décrit sous l’entrée de sa base ko124 :
Pour faciliter la lisibilité et montrer que c’est une collocation morphologisée, nous
pouvons décrire en mettant sa base en gras :
Pour conclure cette section, nous montrons ici le cas complexe des composés qui
incluent la lexie I ‘dent’. Nous pouvons regarder ces composés par les trois aspects
suivants.
124
Il faut rappeler que nous avons déjà examiné la description de la collocation morphologisée chinoise
dà+yǔ dans la section [Link].3.
166
Premièrement, les composés qui désignent la position des dents sont les
collocations morphologisées de la base I ‘dent’ : wi+s+ni ‘dent du haut’ et arae+s+ni
‘dent du bas’, lesquelles ne sont pas des lexèmes. Nous pouvons décrire ces composés
comme en quelque sorte des méronymes de la lexie I :
Deuxièmement, les composés suivants désignent les types des dents : ap+ni
‘incisive’, songgos+ni ‘canine’, eogeum+ni ‘molaire’, ap+eogeumni ‘prémolaire’.
Ces composés qui désignent les types des dents sont des lexèmes. Ils sont décrits avec
leur propre article de dictionnaires. Pour montrer la relation lexicale avec la lexie I, nous
pouvons renseigner le type des dents sous l’entrée de la lexie I ‘dent’ :
Il faut ajouter un composé SARANG+NI ‘dent de sagesse’ qui désigne un type spécial des
molaires :
125
Cette figure a été extraite du site [Link]
126
Nous pouvons voir deux compositions dans cette lexie : AP+[EOGEUM+NI].
127
Selon les règles orthographiques du coréen, il faut écrire ni quand I ‘dent’ est utilisé dans les lexies
complexes comme sarang+ni.
167
Le composé SARANGNI correspond à la semi-locution française ˹DENT DE SAGESSE˺ et à la
semi-locution anglaise ˹WISDOM TEETH˺.
Nous considérons qu’un composé jeoj+ni, litt. lait+dent, ne forme plus une collocation,
mais qu’il est lexicalisé. Il
Le pivot sémantique de ce composé est ‘série des dents’, même si tous les composants
jeoj ‘lait’ et ni ‘dent’ sont inclus dans la définition 129 . Cette lexie composée a un
synonyme sino-coréen : YUCHI (乳齒), qui est un lexème. Et pour dénoter des dents
128
Cette figure a été extraite du site [Link]
monde/cp/[Link].
129
L’existence du composant jeoj ‘lait’ ne semble pas obligatoire pour le sémantème du composé JEOJNI.
Si on élimine ‘qui mangue du lait’, ce composé devient une semi-locution.
168
L’existence de ces lexies sino-coréennes consolide le fait que le composé jeojni est bien
lexicalisé. Nous pouvons décrire ces composés comme synonymes moins riches de la
lexie I :
Dans cet exemple, le composé ttalgi+ko ‘[Link]+nez’ décrit la couleur du nez. Pourtant,
il est lexicalisé donc il est un lexème. Nous décrivons ce lexème comme un synonyme
plus riche de nez et une sorte de la FL AntiBon fusionné :
L’exemple suivant montre que le composé ttalgi+ko désigne un symptôme qui apparaît
sur le nez (rosacé) :
169
Ce composé ne concerne pas la prédication du nez. Elle est définie comme suit :
Le composé sae+gaseum de (146) désigne la forme du thorax. Il est lexicalisé, donc c’est
un lexème. Nous pouvons décrire ce composé comme une sorte de FL AntiBon fusionné :
170
Le composé sae+gaseum de (147) désigne une personne peureuse. Ce lexème est
métaphoriquement dérivé d’un lexème SAEGASEUM de (146). Donc nous décrivons ces
deux composés comme suit :
Janmeori :
Toutefois, ce vocable n’est pas polysémique. La première acception, qui désigne une
petite ruse, concerne une lexie MEORI I.3 ‘organe abstrait de la réflexion’. Et la deuxième,
qui désignent des cheveux courts et fins, est une collocation contrôlée par la lexie MEORI
I.2a ‘cheveux’. Par conséquent, le premier jan+meori doit être décrit comme un lexème :
Et le deuxième jan+meori est décrit sous l’entrée de MEORI I.2a ‘cheveux’ comme
collocation de ce dernier :
171
5.3.3 Classification des phrasèmes morphologiques
130
Nous empruntons des exemples de la morphologisation au sein de la flexion à Beck et Mel’čuk(2011 :
193). En russe, il y a 15 morphèmes pour l’aspect perfectif (pro-, raz-, s-, po-, vy-, na-, etc.). Dans le lexique,
il faut mentionner quel verbe prend quel morphème pour l’aspect perfectif : par exemple, le verbe delat'
‘faire’ prend le préfixe s- parmi 15 morphèmes. La sélection du préfixe perfectif est très contrainte mais le
sens est compositionnel. Beck et Mel’čuk considèrent les verbes comme la base de la collocation et les
suffixes perfectifs comme le collocatif de la collocation.
131
Haspelmath et Sims (2010) spécifient que les valeurs universellement communs pour la flexion du nom
sont nombre (singulier, pluriel), cas (nominatif, accusatif, etc.), genre (masculin, féminin, etc.), personne
(1st, 2nd, 3rd). Voir les propriétés morphologiques du nom commun coréen dans la section 2.2.2.
172
Phrasèmes morphologiques
compositionnels non-compositionnels
- Locution forte
132
Cet exemple de l’UNT est analysé comme suit : lakán ‘face’ + xú :kį ‘deer’, ‘ANT with a face shaped
like that of a deer’.
133
Cet exemple de l’UNT est analysé comme suit : loŋ- ‘feel cold’+ -ot ‘result’, ‘DISEASE which causes
person to shiver as if they feel cold’.
134
Cet exemple de l’UNT est analysé comme suit : paš- ‘bathe’ + -nį ‘suffix of nominalisation’, ‘pig’.
173
Il faut noter que les pragmatèmes et les clichés morphologiques sont possibles en
théorie mais ils ne sont pas attestés dans Beck et Mel’čuk (2011). Nous proposons les
exemples suivants du coréen comme des pragmatèmes morphologiques potentiels :
Cet exemple qui veut dire ‘consommer l’alimentation avant une certaine date’ correspond
aux pragmatèmes syntagmatiques dans les langues suivantes :
On ne peut pas remplacer josim par le synonym jueui ‘attention’ 136 . Cet exemple
correspond bien aux pragmatèmes syntagmatiques dans les langues suivantes :
135
Le sens littéral de cette expression est ‘Deadline of fitness is…’ selon Beck et Mel’čuk (2011 : 182).
136
On ne peut pas remplacer josim par le synonym jueui ‘attention’. L’autre pragmatème chiljosim accepte
le remplacement par jueui : chil+josim[jueui], litt. peinture+attention. Ce pragmatème morphologique
correspond au pragmatème peinture fraîche en français, wet paint en anglais.
174
Au lieu du constituant meori, on utilise les autres NEC comme son ‘main’ et bal ‘pied’ :
Sonjosim ‘Attention aux mains’, Baljosim, ‘Attention à la marche’.
Nous n’avons pas trouvé d’exemples convaincants qui peuvent être des clichés
morphologiques en coréen.
Pragmatème Cliché
175
Bilan
176
6 Modèle explicatif de la phraséologie des NEC
177
6.1 Lien entre définition et phraséologie
Il faut rappeler que la définition que nous étudions dorénavant est en même temps
pour le décodage et l’encodage. Pour cela, il faut considérer exhaustivement toutes les
composantes sémantiques de la définition. Nous nous concentrons, dans cette section, sur
une unité lexicale intéressante du coréen : NUNSIUL. Cette lexie est intéressante pour
illustrer l’importance de la définition. Comme NUNSIUL n’a pas de correspondant en
français, c’est la définition qui permet de la traduire.
La lexie NUNSIUL désigne a priori le bord des yeux où les cils poussent. Elle est
définie comme suit dans les dictionnaires coréens :
nunsiul
nuneonjeori+eui soknunsseop+i na+n gos
- Reference, or ‘decoding’ : the user goes to the definition because s/he has encountered an unfamiliar
137
178
Il nous semble que cette définition répond au besoin du décodage. Supposons
qu’un apprenant de la langue coréenne ne connaisse pas la lexie NUNSIUL : il peut
comprendre grossièrement ce que NUNSIUL veut dire avec la définition ci-dessus.
Pour que cette définition réponde au besoin de l’encodage, nous allons examiner
la combinatoire libre, qui montre comment la lexie vedette se comporte librement d’un
point de vue sémantique, et la combinatoire restreinte, qui démontre le sens très particulier
de la lexie vedette auquel on ne pense pas immédiatement. Tout ce qui est phraséologique
a tendance à être révélateur de ce qui est particulier au lexique. Par exemple, prenons
deux lexies du champ sémantique ‘véhicule’ : VOITURE et VÉ LO.
Par contre, les collocations de chaque lexie nous montrent les composantes
individuelles :
179
Les collocations ci-dessus138 montrent bien que l’on rentre à l’intérieur de la voiture et
que l’on s’assied au-dessus du vélo. Elles reflètent des différences de sens entre VOITURE
et VÉ LO.
L’utilisation de NUNSIUL dans cet énoncé semble bizarre alors que son quasi-synonyme
NUNGA ‘bord des yeux’ s’utilise sans problème :
La combinatoire libre de NUNSIUL montre que la définition 6-1 n’est pas suffisante pour
l’encodage. Si NUNSIUL désigne un élément du corps physique, on doit pouvoir le dessiner
avec de l’eye-liner sans aucun problème ; on devrait également pouvoir couper cet
élément quand on fait l’autopsie d’un cadavre. Or il est difficile d’imaginer l’autopsie de
l’élément que désigne NUNSIUL.
Pour savoir ce qui manque dans la définition 6-1, examinons maintenant une
collocation de NUNSIUL :
138
Il faut noter que les expressions dans sa voiture (5) et sur son vélo (8) ne sont pas Locin. Ces expressions
sons des collocations paradigmatiques. Nous pouvons décrire ces collocations comme suit :
A1Real1(voiture)=dans [ART~]
A1Real1(vélo)=sur [ART~]
180
Dans ce passage coréen, une vieille actrice parle de sa vie à son public. La phrase qui suit
la citation décrit une réaction du public : les gens « s’essuient le nunsiul ». Nous ne
pouvons pas dessiner nunsiul avec de l’eyeliner, mais comment est-ce que l’on peut
s’essuyer nunsiul ?
Cette collocation désigne une gestuelle qui consiste à s’essuyer le bord des yeux. Elle
montre que l’on fait quelque chose physique sur nunsiul. Cette gestuelle contredit un
emploi inapproprié de NUNSIUL dans (9) : on peut s’essuyer nunsiul, mais on ne peut pas
y mettre de maquillage. Il faut examiner encore les exemples suivants en faisant attention
aux parties soulignés :
181
Les contextes où NUNSIUL s’utilise montrent que la personne X éprouve certains
sentiments ; elle est soit triste (13) soit émue (14). Les adjectifs que nous soulignons
spécifient explicitement ces sentiments. La lexie NUNSIUL désigne le bord des yeux en
tant que lieu où se manifeste un état mental et psychique, et c’est là son rôle unique.
C’est la raison pour laquelle cette lexie ne peut pas être utilisée dans un contexte de
maquillage.
Cet exemple montre que si le sentiment se manifeste sur cette partie du corps (voir nunsiul
rougi), on peut la maquiller. La lexie NUNSIUL n’est ni un organe du sentiment comme
MEORI ‘tête’ I.3 en tant qu’organe de réflexion, ni un élément du corps physique comme
MAIN. Cette partie désigne un élément du corps, mais qui est vu en fonction de
manifestation du sentiment. Nous pouvons dire que nunsiul est entre l’élément du corps
physique et l’organe abstrait. Cette propriété intermédiaire fait la difficulté de la définition
de NUNSIUL. Il est difficile de trouver une lexie correspondante en français. La lexie
NUNSIUL semble quasiment intraduisible.
182
Nous voyons bien que la définition 6-1 est insuffisante pour décrire le sens de
NUNSIUL. Vu que la lexie s’utilise pratiquement et exclusivement pour manifester le
sentiment, nous proposons de la définir139 comme suit :
Y 를 나타내는 X 의 눈시울 :
• 감정 Y 가 나타나는 곳으로서
X 의 눈 I.1a 의 가장자리
Nunsiul de X où se manifeste Y :
bord des yeux[=NUN I.1a] de X
• en tant que lieu où se manifeste le sentiment Y de X
Définition 6-2 : NUNSIUL
Notons trois changements par rapport à la définition 6-1. Premièrement, une composante
sémantique ‘en tant que lieu où se manifeste le sentiment’ montre une sorte d’aspect
socio-culturel spécifique de cette lexie de la langue coréenne. Il faut remarquer que la
composante sémantique ‘en tant que lieu où se manifeste le sentiment’ est différente de
la composante ‘où peut se manifester un sentiment’. Certains éléments du corps comme
NUN ‘yeux’, IPSUL ‘lèvres’, etc., peuvent être le lieu de manifestation d’un sentiment de
X, mais cette fonction se réalise à travers élément du corps véritable. La composante ‘en
tant que’ change la dénotation qui précède (élément du corps, ici bord des yeux) et
spécifie que NUNSIUL ne désigne plus vraiment l’élément du corps physique.
139
Le mode de présentation de la définition sera introduit plus bas, dans la section 6.2. Il faut noter ici que
dans les définitions proposées, composantes qui sont des différences spécifiques sont précédées par une
puce « • ».
140
Nous avons traduit le verbe BULKHIDA par rougir en français. Nous allons expliquer l’usage du verbe
BULKHIDA dans la section suivante.
183
Le sentiment Y s’exprime dans cette phrase en tant que complément instrumental. Le
sentiment est soit négatif (la tristesse, l’angoisse, le souci, etc.) soit positif (le fait d’être
touché, ému, etc.)141 :
Selon la composante sémantique qui parle de la fonction de nunsiul (‘en tant que
lieu où se manifeste le sentiment’), nous pouvons prévoir la nature des collocations qui
décrivent cette fonction. Nous examinons trois types des collocations suivantes :
141
Il ne s’agit cependant pas de n’importe quel sentiment négatif comme la colère, l’énervement, etc. De
plus, Y ne peut être un sentiment positif comme la joie, l’excitation, l’intérêt, etc. Cela démontre que notre
définition est incomplète.
184
Le verbe BULKHIDA ‘rougir’ de l’exemple ci-dessus prend deux actants. Il prend X comme
son sujet et NUNSIUL comme son objet direct. Il faut noter que même si un vocable ROUGIR
en français a deux acceptions (par ex. le ciel rougissait ; Paul a rougit du visage), le
coréen a deux verbes différents : BULKHIDA et BULKEOJIDA.
I II I
X NUNSIUL NUNSIUL
Lorsque nous traduisons littéralement ces deux verbes, nous allons donner un équivalent
français rougir pour bulkhida et devenir rouge pour bulkeojida.
185
Nous remarquons une gradation de réalisation de cette partie. La flèche ci-dessus montre
cette gradation : X rougit de nunsiul, puis a nunsiul qui se mouille, puis s’essuie nunsiul.
Pour distinguer les phases de réalisation, nous utilisons les exposants I, II et III selon la
convention de la LEC.
Real2
ₒ Real2(nunsiul) = nunsiul+eul jeoksida
I II nunsiul+ACC mouiller
‘avoir les larmes aux yeux’
Y NUNSIUL
attr
186
Arbre syntaxique Collocations
Il faut rappeler que l’adjectif coréen peut gouverner la phrase à la façon d’un verbe et
donc les adjectifs BULKDA et DDEUGEOPDA ont le rôle de collocatif de réalisation. Nous
décrivons le changement de nunsiul par la FL complexe IncepFact2 :
187
6.1.2 Collocation : révélateur des composantes définitionnelles
Dans cette section, nous choisissons la lexie NUN‘yeux’ pour voir comment la
collocation contrôlée par une lexie révèle les composantes définitionnelles de cette
dernière.
La lexie NUN est la base de très nombreuses collocations. Nous nous intéressons
ici aux trois collocations suivantes :
À première vue, ces collocations semblent donner une information sur l’apparence des
yeux parce que les adjectifs ci-dessus s’utilisent en général comme suit :
188
Si ces adjectifs s’utilisent auprès de NUN, ils manifestent non seulement l’apparence des
yeux mais aussi l’activité intellectuelle, l’esprit, la curiosité du possesseur X.
189
Figure 6-5 : Recherche de nuni malkda dans le dictionnaire coréen-français142
Ce dictionnaire donne une expression avoir les yeux clairs comme correspondant de
nun+i malkda. Pourtant, l’adjectif MALKDA qui s’utilise auprès de NUN ne correspond pas
l’adjectif CLAIR auprès des YEUX en français. Cette mauvaise traduction provient du fait
que le vocable MALKDA s’emploie aussi comme collocatif qui montre ‘le ciel clair, le
temps clair’, comme le montre (28).
142
Ce dictionnaire en ligne est basé sur Essence Dictionnaire coréen français.
143
Nous proposons cette traduction à partir d’un proverbe « La sincérité passe par les yeux et non par les
paroles ».
190
Par contre, les collocations suivantes, dont les collocatifs sont l’antonyme de MALKDA
Au travers des collocations de NUN, nous avons confirmé une composante ‘qui
manifeste l’état psychique de X’ dans le sens de NUN. Nous allons maintenant définir la
lexie NUN en considération des composantes pertinentes que nous avons repérées dans les
collocations.
Dans les faits, les définitions de la lexie NUN des dictionnaires existants sont
insuffisantes :
눈 nun
빛의 자극을 받아 물체를 볼 수 있는 감각 기관144.
‘organe sensoriel qui reçoit le stimulus de la lumière et qui permet de voir’
191
눈 nun
빛의 강약 및 파장을 받아들여 뇌에 시각을 전달하는 감각 기관.
‘organe sensoriel qui reçoit l’intensité ou la longueur de la lumière et transmet
la vision au cerveau’
Ces définitions 145 n’informent que sur la fonction physiologique des yeux. Elles
n’informent ni sur la forme des yeux, ni sur leur position, ni sur la fonction d’expression
de l’état psychique. Ces définitions ne peuvent pas être utilisées pour la traduction ou
l’enseignement des langues.
Pour proposer une définition de NUN, nous récapitulons d’abord les collocations
contrôlées par NUN. Puis, nous classifions ces collocations selon les composantes qu’elles
permettent de mettre en évidence. Ce travail associe les collocations et les composantes
de la définition d’une façon systématique. Le tableau suivant présente la synthèse de ce
travail :
145
Outre l’information insuffisante, elles ne donnent qu’une information encyclopédique, qui n’est pas
appropriée au dictionnaire de langue. Nous ne traitons pas ces problèmes des définitions de NUN ici.
192
nun+eul ggambakida
yeux+ACC cligner
‘cligner les yeux’
nun+i parahda ‘qui se constitue d’une partie
yeux+sub ê[Link] blanche et une partie colorée’
‘avoir les yeux bleus’
nun+i kkamahda
yeux+sub ê[Link]
‘avoir les yeux noirs’
nun+eul burarida ‘dont la partie visible est mobile’
yeux+ACC [Link].férocement
‘faire bouger les yeux en exprimant une ‘qui montre une attitude, un
attitude agressive ’ sentiment, etc.’
nun+eul heulgida
yeux+ACC [Link].
le [Link]
‘regarder de biais en exprimant un
sentiment négatif’
nun+i keuda ‘dont la grande taille montre la
yeux+sub ê[Link] beauté’
‘avoir de grands et beaux yeux’
Tableau 6-1 : Extraction des composantes sémantiques
des collocations contrôlées par NUN
146
Une composante que l’on met en parenthèse est une composante faible. Nous allons expliquer ce qu’est
une composante faible en détail dans la section [Link].
147
Nous reviendrons sur la définition de NUN dans la section 6.3, et cette définition est provisoire.
193
ous avons pu améliorer les définitions existantes en tenant compte des
combinatoires lexicales restreintes. À l’inverse, les composantes sémantiques qui sont
ainsi repérées dans la définition préparent le terrain pour les collocations.
Prévision
Définition Phraséologie
(composantes sémantiques) (collocations)
Indice co
Figure 6-6 : Corrélation entre la définition et la phraséologie
Revenons au cas de NUN, que nous avons étudié dans la section 6.1.2. La définition
de la lexie NUN contient une composante ‘qui est mobile’. Dans les faits, ce n’est pas
seulement NUN qui a à voir avec la mobilité. Cette propriété est commune à certains NEC
(SON ‘main’, BAL ‘pied’, PAL ‘bras’, DARI ‘jambe’, MEORI ‘tête’, etc.). Potentiellement, les
NEC peuvent être associés à l’expression de la mobilité. Ainsi, nous pouvons anticiper
certaines composantes possibles selon la classe sémantique. Pour rendre compte de ces
composantes régulière et récurrente, il faut un modèle formel. Pour la classe sémantique
des éléments du corps, un patron de définition peut inclure ces composantes régulières
et récurrentes comme ‘qui est mobile’, ‘qui manifeste une fonction sociale’, etc.
194
L’idée de saisir la régularité et de décrire toutes les propriétés linguistiquement
pertinentes d’une façon uniforme dans le dictionnaire a déjà été proposée dans beaucoup
de travaux, notamment l’étude sur la lexicographie systématique d’Apresjan (1992 ;
2000 ; 2008). Et spécialement, concernant la classe sémantique de l’élément du corps,
Wierzbicka (1980 ; 2007) propose la description dans le cadre du NSM. Nous allons
examiner en détail comment Wierzbicka définit les NEC dans la structure définitionnelle
dans la section 6.3.1.
Pour différencier notre patron de définition des travaux précédents, il est crucial
de montrer la corrélation entre la phraséologie et les composantes de la définition. La
relation avec la phraséologie doit se répercuter sur le patron de définition et à partir de ce
patron, on peut produire la phraséologie.
Examiner la phraséologie
ex) MAIN I.1a : fermer la main ; se croiser les
mains, etc.
L’examen de la phraséologie nous permet non seulement de dire que pour telle
unité lexicale, telles composantes doivent être décrites, mais également de dire que pour
195
les éléments du corps en général, telles composantes doivent être incluses dans le patron.
Après avoir élaboré un patron du NEC, chaque fois que l’on décrit un NEC au niveau de
sa définition, on se pose des questions : « est-ce que cet élément est mobile ? » ou bien
« est-ce que cet élément manifeste le sentiment de X ? », etc. Le patron va permettre non
seulement d’uniformiser la description de définition des NEC et d’éviter l’omission des
composantes, mais aussi produire la phraséologie systématiquement.
Avant d’élaborer le patron de définition des NEC dans la section 6.3, il nous faut
considérer quel contenu nous incluons dans la définition et comment nous allons la
formuler. Nous examinons tout d’abord les principes de définition de la LEC avec les
exemples des définitions des NECC (6.2.1). Puis nous examinons deux problèmes
spécifiques à la définition des NEC : la structure actancielle et la structuration
hiérarchique (6.2.2). La dernière section examine des composantes potentielles utilisées
pour la définition des NEC (6.2.3).
Cette section repose sur les principes de la définition de la LEC (Mel’čuk 2008 ;
Mel’čuk et Polguère 2016)148. En guise d’exemple, nous examinons les définitions des
NECC du PGD149 en commençant par le contenu, puis en étudiant leur forme.
principe de paraphrasage ;
principe de décomposition sémantique ;
principe d’univocité.
148
Sikora(2012) présente les définitions lexicographiques du RL-fr basées sur ces principes.
149
Pour voir des principes définitionnels du PGD et les problèmes posés par la définition des NEC, voir
Kim M.H. (2013).
196
Selon le principe de paraphrasage, il faut que la définition soit une équivalence
sémantique entre le défini et le définissant : le défini ≡ le définissant
Pour suivre ce principe, il faut examiner si tous les éléments du définissant sont
nécessaires et leur ensemble est suffisant pour rendre compte du sens de la lexie vedette.
Dans les faits, nous pouvons trouver certains dictionnaires qui ne suivent pas ce principe
et donc posent des problèmes.
L’exemple suivant, tiré du PGD, montre que les éléments du définissant ne sont
pas suffisants pour représenter le sens de la lexie vedette :
geomeunjawi :
nunaleui geomeun bubun
Selon la définition 6-6, on peut considérer que GEOMEUNJAWI désigne la pupille. Pourtant
cette lexie désigne la pupille et l’iris. Le coréen distingue l’œil en deux grandes parties -
geomeunjawi et huinjawi - tel qu’illustré dans la figure 6-8. La définition 6-6 reflète cette
caractéristique ethnocentrique, mais l’adjectif geomeun ‘noir’ est un peu extrême.
geomeunjawi
huinjawi
150
[Link]
197
Pour que les éléments du définissant soient nécessaires et suffisants pour le sens de la
lexie vedette, GEOMEUJAWI, il faut dire plus exactement que cette lexie désigne une partie
plutôt colorée par contraste avec une partie blanche des yeux, comme nous le verrons
dans la définition 6-7.
Revenons ici au cas de GEOMEUNJAWI. Pour confirmer le fait que non seulement
la pupille, mais aussi l’iris sont désignés par la lexie GEOMEUNJAWI, l’élément sémantique
‘par contraste d’une partie blanche’ ou bien ‘qui n’est pas blanche’ doit être introduit dans
la définition. Selon le principe de décomposition sémantique, il ne faut pas utiliser des
lexies comme HONGCHAE ‘iris’, qui sont plus complexes que le la lexie vedette. Nous
proposons de définir la lexie GEUMEUNJAWI comme suit :
nunsiul :
nuneonjeorieui soknunsseopi nan gos
‘endroit autour des yeux où poussent les cils[soknunsseop]’
soknunsseop :
nunsiule nan teol
‘poils qui poussent au bord des yeux[nunsiul]’
198
Observons les définitions de PUPILLE et IRIS du PR (2016) :
PUPILLE :
orifice central de l’iris, par où passent les rayons lumineux.
IRIS:
muscle circulaire diversement coloré, situé dernière la cornée, percé en son
centre d’un orifice (→ 2. pupille) dont la contraction ou la dilatation règle la quantité
de lumière entrant l’œil.
La définition d’IRIS évite de paraphraser avec le sémantème ‘pupille’. Elle pointe vers
une unité lexicale PUPILLE2. Il s’agit d’un renvoi à un autre article, concurremment à la
définition, qui évite le cercle vicieux.
KO :
poyuryueui eolgul jungange twieonaon bubun. […]
GWI :
saramina dongmuleui meori yangyeopeseo deudneun
gineungeul haneun gamgak gigwan. […]
‘organe sensoriel ayant une fonction auditive et se situant des deux côtés de la
tête des hommes ou des animaux. […]’
Définition 6-13 : GWI extrait de PGD
199
La partie en gras montre que le même type de sémantème s’exprime différemment :
eolguleui bubun ‘partie du visage’ et gamgak gigwan ‘organe sensoriel’. Une série des
définitions empruntées au PR (2016) montrent aussi ce manque d’univocité des
définitions :
MAIN I.A.1 :
Partie du corps humain située à l'extrémité du bras et munie de cinq doigts
dont l'un (le pouce) est opposable aux autres.
PIED I.A.1 :
Partie inférieure articulée à l'extrémité de la jambe, pouvant reposer à plat sur
le sol et permettant la station verticale et la marche.
Ces exemples montrent la nécessité d’établir des patrons qui permettent d’homogénéiser
la formulation des définitions et d’élaborer des définitions des lexies d’un même champ
sémantique d’une façon cohérente. Nous allons proposer un patron universel qui
standardise la définition des NEC à la section 6.3.
Après avoir étudié les trois principes du contenu de la définition, cette section
traite trois principes liés à la forme de la définition des NEC :
200
Le cercle vicieux du système de la définition est réglé si on fait une décomposition
maximale avec les primitifs sémantiques. Au point de vue du principe de décomposition
sémantique, la définition par un primitif sémantique [angl. semantic prime] 151 de
Wierzbicka est idéale parce qu’un primitif sémantique est un terme qui n’est plus
définissable et décomposable152.
151
Goddard (2011 : 66) utilise le nouveau terme semantic primes au lieu de semantic primitives. Pour le
terme français, nous utilisons le terme primitif sémantique comme avant.
152
Pour le détail, voir Goddard et Wierzbicka (2014), Wierzbicka (1980 ; 1985 ; 1996), Riemer (2006) et
Bullock (2011). Pour la liste des primitifs sémantiques du français, voir Peeters (2006).
153
Pour plus de détail, voir l’étude des primitifs sémantiques au point de vue de la théorie Sens-Texte de
Mel’čuk (1989).
201
s’explique principalement par la distinction entre composante centrale ou générique
(dorénavant CC) et composante périphériques ou spécifiques (dorénavant CP). Cette
distinction n’est pas nouvelle. Elle remonte à la définition analytique qui utilise le genre
prochain et différences spécifiques. Nous allons traiter ce principe plus en détail dans la
section 6.2.3.
Prenons le prédicat ‘dangereux 1’. Ce prédicat a deux actants : ‘X est dangereux 1 pour
Y’. Nous supposons qu’il y a un réseau sémantique en arrière et tous prédicats-arguments
sont liés dans ce réseau. X et Y connectent aux actants des autres prédicats de ce réseau.
Maintenant voyons le réseau sémantique :
202
Figure 6-9 : Réseau sémantique de PEUR
À la base des principes généraux de la définition que nous avons examinés ici,
nous allons nous focaliser sur les définitions des NEC dans la section suivante.
Cette section examine les deux problèmes essentiels à propos de la définition des
NEC : leur structure actancielle et la hiérarchisation de leurs composantes définitionnelles.
Les NEC sont des quasi-prédicats comme nous l’avons déjà vu à la section 3.1.5.
Il faut mettre une forme propositionnelle qui indique les positions actancielles
sémantiques qu’une lexie vedette (NEC) contrôle dans sa définition. Il y a trois cas de
figure pour les structures actancielles des NEC et nous allons les détailler maintenant :
NEC monoactanciels, biactanciels et triactanciels.
203
[Link].1 NEC monoactanciels
Par défaut, les NEC sont des quasi-prédicats monoactanciels, par exemple :
Le premier actant (X) des lexies PPYAM ‘joue’ et JOUE dénote le possesseur de cet
élément du corps.
Par ailleurs, certaines lexies comme LOBE et COMMISSURE ont comme premier
actant la lexie qui désigne l’élément du corps dont ils sont eux-mêmes une partie :
204
Comme ces deux lexies sont des composés, elles sont déjà porteuses de l’information de
l’élément du corps (gwi ‘oreille’, ip ‘bouche’).
X : possesseur
français ~ de X
X : élément du corps
On peut trouver deux types de NEC biactanciels. Le premier type contrôle les
positions actancielles suivantes : le possesseur (X) de cet élément du corps et l’endroit où
cet élément du corps se trouve (Y). La lexie TEOL I.1a ‘poil’ a ce type de structure
sémantique. Sa forme propositionnelle est comme suit :
Les lexies françaises POIL, ONGLE, etc. sont aussi des NEC biactanciels de ce type :
205
Il faut noter que les variables X et Y ne sont pas de variables scindées154 parce que les
deux variables ont chacune position syntaxique et peuvent s’exprimer simultanément
comme (42) et (43).
L’autre type de NEC biactanciels concerne les éléments du corps qui sont
conceptualisés comme « outil ». Ces éléments sont utilisés pour être en interaction avec
quelque chose. Les organes sensoriels font partie de ce type. Ils contrôlent deux positions
actancielles : le possesseur (X) de l’élément du corps et la chose avec laquelle l’élément
du corps est en interaction (Y) ; par exemple :
L’expression en main de (44) signifie le fait que le possesseur de cet élément du corps (je)
prend quelque chose (stylo) avec la main et donc que X se sert de sa main pour tenir Y.
Cette expression ne parle pas strictement d’une localisation comme une goutte d’eau dans
la main. L’expression en main implique que le possesseur X utilise la main pour tenir
quelque chose. La structure actancielle de MAIN est donc main de X qui sert à prendre Y.
Tous les NEC qui désignent les éléments du corps ayant une fonctionnalité
contrôlent potentiellement un deuxième actant de ce type. L’exemple suivant montre que
les lexies ŒIL et OREILLE ont aussi un second actant du même type que MAIN :
154
Les variables scindées sont des variables qui se partagent la même position actancielle syntaxique pour
s’exprimer. On ne peut pas les exprimer en même temps. Par exemple, dans le cas de FAILLITE, les deux
participants suivants ne s’expriment pas simultanément :
Ainsi deux variables sémantiquement différentes s’expriment dans la même position actancielle et donc la
forme propositionnelle de FAILLITE est la faillite de X1 dirigé par X2 au lieu de la faillite de X dirigé par
Y.
206
Des NEC qui désignent des organes sensoriels comme ŒIL et OREILLE, mais aussi des
NEC qui dénotent une sorte d’outil comme DENT, prennent aussi un deuxième actant :
Reprenons les lexies NUN‘œil’ et ŒIL. Les exemples suivants montrent qu’à part
les deux actants ci-dessus, ces lexies ont le troisième actant :
Les lexies YEUX et NUN ont un actant Z qui dénote un état ou une propriété de X.
207
Nous récapitulons la structure actancielle des NEC dans le tableau suivant :
X: lobe de X
élément du • •
corps
structure X: Y : endroit où poil de X sur Y
biactancielle possesseur l’élément du •
corps existe
X: Y : chose avec main de X qui sert à
possesseur laquelle prendre Y
l’élément du •
corps est en
interaction
structure X: Y : chose avec Z : chose yeux Z de X qui sert à
triactancielle possesseur laquelle que percevoir Y
l’élément du l’élément
corps est en du corps
interaction exprime
Tableau 6-3 : Structure actancielle des NEC
GWANJANORI :
gwiwa nun saieui maekbaki dduineun gos
‘lieu/endroit entre les oreilles et les yeux où le pouls palpite’
208
La CC ‘lieu’ de la définition de GWANJANORI ‘tempe’ est trop vague. La CC ‘lieu’ n’est
pas la paraphrase minimale de GWANJANORI. Quelle CC doit être décrite pour la définition
de cette lexie ? La lexie GWANJANORI désigne un élément du corps ? Ou plutôt un élément
du visage ? Ou bien un élément de la tête ?
Par défaut, la CC de tous les NEC semble ‘élément du corps d’une personne X’.
Pour certains NEC comme TÊ TE, BRAS, JAMBE, CORPS II.1d, etc., cela suffit à la définition.
Toutefois pour les autres NEC comme GWANJANORI, la définition a besoin d’une CC plus
spécifique.
155
Nous avons analysé la définition de la lexie YEUX du DEC II.
209
La CP de fonction optionnelle des YEUX exprime un état ou bien d’une propriété de X
(par ex. les yeux tristes, les yeux apeurés). Cette CP ne s’exprime pas nécessairement.
Nous appelons cette CP composante faible et la mettons entre parenthèses dans la
définition.
Nous allons examiner plus en détail, dans la section suivante, toutes les
composantes définitionnelles des NEC, y compris les composantes faibles que nous
venons d’évoquer.
Nous examinons d’abord des CC potentielles et puis des CP potentielles, avec des
exemples coréens, français et, quelquefois, anglais.
Pour définir les NEC avec une CC plus adéquate, il faut d’abord spécifier les
notions ‘élément de α’ et ‘partie de α’. Une partie de α est un élément constitutif et
structural de α. Par exemple, le nez est une partie du visage. La définition de NEZ a pour
CC ‘partie du visage’. Par contre, la tempe n’est pas un élément constitutif et principal de
la tête. Donc la définition de TEMPE a pour CC ‘élément de la tête’.
Quand nous définissons un NEC, nous devons décider s’il désigne une ‘partie de
α’ ou bien un ‘élément de α’. Prenons les éléments des yeux en coréen. Les définitions
des lexies HUINJAWI ‘blanc des yeux’, GEOMEUNJAWI ‘partie des yeux qui comprend l’iris
210
et la pupille’ et NUNDONGJA ‘pupille’ ont pour CC ‘partie de l’œil’. Et les définitions des
lexies NUNGA ‘tour des yeux’, NUNMEORI ‘coin interne de l’œil’, NUNKKORI ‘coin externe
de l’œil’, etc., ont pour CC ‘élément des yeux’.
Lexies CC
IMA ‘front’
PPYAM ‘joue’ ‘partie du visage d’une
BOL ‘joue’ personne X’
TEOK ‘menton’
NUN ‘œil’
KO ‘nez’
IP ‘bouche’
INJUNG ‘élément du visage creux entre le nez et la
lèvre supérieure’ ‘élément du visage d’une
BOJOGAE ‘fossette’ personne X’
MIGAN ‘partie entre les deux sourcils’
NUNSSEOP ‘sourcil’
Tableau 6-6 : CC ‘parties/éléments du visage’
Lexies CC
Lexies CC
MEORI‘cheveu(x)’
MEORIKARAK‘cheveu’ ‘poil de l’élément du corps α
MEORITEOL‘cheveu(x)’ d’une personne X’
SUYEOM‘barbe’
KOSSUYEOM‘moustache’
TEOKSUYEOM‘barbe’
NUNSSEOP‘sourcil’
GURENARUS‘favoris’
Tableau 6-8 : CC ‘poil de α’
211
Il faut noter que pour les lexies comme CHEVEU, POIL, HAIR, BODY HAIR, etc., la CC ‘poil
de l’élément du corps α d’une personne’ est utilisé pour leurs définitions.
En gros, on peut dire que CC des NEC est une des trois suivantes : ‘élément de α’,
‘partie de α’ ou ‘poil de α’. Par contre, les CP des NEC sont très variées comme le montre
la section suivante.
À partir de l’examen des combinatoires lexicales des NEC 156, nous trouvons des
CP récurrentes suivantes et les regroupons dans trois groupes :
1. CP sur la physiologie
1.a) Quantification
1.b) Caractérisation d’un actant possesseur
1.c) Position
1.d) Apparence
1.e) Structure
1.f) Mobilité
1.g) É volution
1.h) Fonction physiologique
2. CP sur le comportement associé
2.a) Utilisation
2.b) Expressivité
3. CP sur la fonction sociale
3.a) Fonction esthétique
3.b) Fonction d’attrait sexuel
3.c) Fonction culturelle
Tableau 6-9 : CP des NEC
156
Voir la liste des combinatoires lexicales des NECC dans l’annexe II.
212
1.a) Quantification
Il faut tout d’abord examiner pour chaque NEC la présence d’une CP sur la
quantification. Que la langue ait une flexion en nombre ou pas, la quantification devrait
toujours être mentionnée explicitement dans les définitions de NEC. Des composantes
‘au nombre de deux’, etc., peuvent alourdir la formulation de la définition. Nous
proposons donc les formulations suivantes.
Dans les langues qui ont la flexion en nombre, nous allons mettre la CP de
quantification à l’intérieur du syntagme de CC :
Chaque composante sur la quantification, qui est en gras ci-dessus, est comprise dans la
composante centrale.
Dans les langues qui n’ont pas de flexion en nombre comme le coréen, si on ne
dit rien sur la quantification, on suppose par défaut qu’il n’y a qu’un NEC. La composante
de quantification sera spécifiée quand la quantification est plus de deux :
213
Cette lexie contraste avec la lexie MEORI I.2a :
En français, les copolysèmes CHEVEU I.a [un cheveu blanc] et CHEVEUX I.b [ses beaux
cheveux=sa belle chevelure] expriment cette relation :
Outre les fonctions lexicales Mult et Sing, nous pouvons décrire la quantification au
travers de la fonction lexicale Magnquant :
214
La nominalisation et l’adjectivisation sur la quantification des NEC sont formulées par
les FL paradigmatiques comme S1 et A1 :
Les collocations et les dérivés syntaxiques (A1, S1) ci-dessus démontrent que la CP de
quantification doit être spécifiée dans la définition des NEC pour tous les langues.
Il y a des cas plus subtils que les cas évidents ci-dessus. En tant que CP de MINOIS,
on doit spécifier que X est une femme, une fille ou bien un très jeune homme :
1.c) Position
215
La CP de position est obligatoire pour les NEC qui désignent un élément du corps
qui en joint deux autres. Voyons les lexies suivantes :
1.d) Apparence
Forme
216
- Yeux dont les paupières semblent étirées latéralement et dont l’ouverture est
étroite
‘être.déchiré’
- Yeux dont les bords rappellent un contour d’une amande
Ces collocations montrent que nous avons besoin des CP sur la forme comme ‘dont la
partie visible est de forme plus ou moins allongée’.
157
La collocation chinky eyes est péjorative et familière dans la langue anglaise ; l’adjectif chinky est dérivé
du nom péjoratif chink ‘chinois’.
217
Remarquons que certaines collocations lexicales du français et de l’anglais correspondent
à un composé collocationnel du coréen (saegaseum). Nous pouvons trouver beaucoup de
composés collocationnels qui expriment la forme des NEC en coréen.
- Forme du nez158
158
Nous avons déjà examiné des composés collocationnels qui parlent de la forme du nez dans la section
[Link].
159
La lexie DEULCHANG désigne un type de fenêtre comme dans l’image ci-dessous. Pour ouvrir cette
fenêtre, il faut la pousser vers le haut. Le Dictionnaire coréen-français de Prime donne une fenêtre à
guillotine en tant que lexie équivalente à DEULCHANG. Mais c’est une information erronée.
218
Les composés collocationnels et les collocations ci-dessus montrent que l’on
utilise des métaphores construites à partir de la forme des éléments du corps des animaux
ou bien d’objets que l’on peut trouver dans la vie quotidienne (comme trompette,
deulchang ‘fenêtre’, etc.). Nous trouvons ici différentes sources de métaphore selon les
langues. Par exemples, en français et anglais, on utilise la métaphore construite de la
forme du cou du cygne plutôt que celui de la cigogne :
Il va sans dire que la CP ‘dont le cou est de forme allongée’ existe dans la définition de
HAK ‘cygogne’, CYGNE et SWAN.
Les collocations ci-dessus ne parlent pas de la forme d’une dent. Elles parlent plutôt du
positionnement de l’ensemble des dents. De même, la CP de positionnement se manifeste
dans les collocations suivantes de la lexie coréenne I ‘dent’ :
219
À partir de ces collocations, il nous faut inclure une CP de positionnement ‘qui sont
alignées’ dans la définition de la lexie I. La définition qui ne se focalise que sur la fonction
comme celle de ci-dessous ne peut pas expliquer l’existence de ces collocations qui
expriment le positionnement de l’élément du corps :
I
un organe qui se situe dans la bouche d’un mammifère et qui a une fonction de mordre
quelque chose et mâcher des nourritures.
Dimension
Les collocations sur la dimension sont très fréquentes avec les NEC et peuvent
être décrites par Magn, AntiMagn. Selon l’aspect de la dimension, on ajoute un indice
comme grandeur, épaisseur. Avant de commencer à examiner des collocations de grandeur des
NEC, il faut rappeler que les collocatifs grand, gros, petit, etc. qui semblent les valeurs
prévisibles sont aussi pris en compte comme collocatif des NEC160.
- Grandeur de NEC
160
Nous avons déjà vu le traitement des collocatifs du type gros, grand, etc. dans la section 5.2.2.
220
- É paisseur des NEC
Il faut noter que certaines collocations qui portent sur la dimension ont à voir avec
la CP de fonction esthétique ou de fonction d’attrait sexuel. Par exemple, celles qui
concernent l’épaisseur des lèvres sont liées à la CP de fonction d’attrait sexuel. Nous le
mentionnerons lorsque nous examinons la CP concernée.
161
En anglais aussi, AntiMagnépaisseur(waist)= wasp [~].
221
Couleur
yeux pers
yeux pervenche
yeux azurs
yeux lavande
yeux turquoise
yeux bleus
yeux bluâtres
yeux vairons
yeux d’or
En coréen, il n’y a pas beaucoup de variations de couleur des yeux. On utilise en général
l’adjectif geomda ‘ê[Link]’ et ses synonymes comme kkamahda, saekkamahda pour
désigner les yeux noirs et l’adjectif galsaekida pour désigner les yeux bruns. Comme il y
a eu très peu de mélange ethnique en Corée, la plupart des gens ont des yeux foncés, plus
222
exactement, des iris foncés et cela est reflété par la combinatoire de NUN. Donc, il faut
mettre une CP ‘qui se compose d’une partie qui a une couleur généralement sombre’ dans
la définition de NUN.
On utilise cette expression non seulement pour parler des yeux bleus (111) mais aussi
pour désigner les yeux des Occidentaux (112-113) :
Les exemples (112) et (113) sont des titres de journaux coréens. Dans ces exemples,
l’expression paran nun ‘litt. ê[Link]+MOD yeux’ ne décrit pas la couleur des yeux de
trois générations ou bien du coach. Cette expression décrit une propriété ‘qui n’est pas
162
L’adjectif PARAHDA signifie ‘être bleu comme le ciel ou vert comme une pousse’. Par exemple, pour
désigner le feu vert, on utilise cet adjectif (para+n bul, litt. ê[Link]+mod feu). En même temps
pour désiger l’encre bleu, on l’utilise aussi (para+n ingkeu, litt. ê[Link]+mod encre).
223
coréen, c’est-à-dire qui est étranger’, plus spécifiquement elle explique une propriété ‘qui
est occidental blanc’. Donc c’est une locution.
Texture
La composante de texture des éléments du corps n’est pas obligatoire. Mais pour
les lexies comme PEAU, PIBU ‘peau’, il faut mettre cependant cette CP dans les définitions.
Pour permettre ces collocations, on met la CP ‘qu’on peut toucher par la main et sentir’
dans la définition.
163
À part de cet adjectif, les autres collocations coréennes en (115) et (117) ne sont pas traduites non
littéralement parce qu’elles sont suffisamment compréhensibles dans leur traduction littérale.
224
1.e) Structure
Il faut mentionner l’information sur la structure dans la définition de certaines
NEC. Par exemple, dans la définition de la lexie SON I.1 ‘main’, il faut la CP ‘qui se
compose de cinq parties longues et articulées et une partie plate’. On peut décrire la
relation tout-partie avec FL Mero et Holo :
1.f) Mobilité
Certains éléments du corps sont mobiles : doigt, main, bras, jambe, tête, dents164,
cheveux, etc. La mobilité des éléments du corps peut être agentive ou non agentive. Par
exemple, on fait des mouvements avec la main comme ouvrir la main, fermer la main, se
croiser les mains, etc. C’est la mobilité agentive. D’autre part, les cheveux bougent sous
l’action du vent. C’est la mobilité non agentive.
164
C’est le tout formé par l’ensemble des dents (=dentition) qui est mobile, pas une dent.
165
Cette image est extraite du site [Link].
225
Les cheveux peuvent bouger sous l’action du vent ou bien par un mouvement de la tête
comme le montre la figure ci-dessus. La CP de mobilité non agentive se manifeste dans
la collocation suivante :
Examinons la mobilité des doigts. Ceux-ci ne sont pas mobiles par eux-mêmes.
Ils sont mobiles parce que l’on les fait bouger. Cette mobilité est agentive. La CP
correspondante se manifeste dans les collocations suivantes :
Enfin, il faut noter ici que la CP de mobilité se manifeste aussi dans les
collocations suivantes, qui décrivent le symptôme d’un état psychique ou physique :
226
Ces symptômes physiques montrent qu’une personne X est dans un état d’horreur, de
peur, etc. et que son corps réagit à cet état. On peut décrire ces collocations à travers de
la FL Symptijk166. La FL Symptijk a deux particularités. D’abord, la lexie argument de
cette FL est non un NEC, mais une lexie qui désigne un état comme tension, horreur, froid
etc. Et cette FL a son propre système d’indice : l’indice 1 correspond à l’élément du corps
impliqué ; l’indice 2 correspond au possesseur de cet élément du corps ; l’indice 3
correspond à l’état. L’ordre des indices de cette FL signale le rôle syntaxique de surface
rempli par l’actant correspondant : le premier correspond au sujet grammatical (SG) de
l’expression, le deuxième à son CO principal et le dernier à son CO secondaire. On décrit
donc les collocations ci-dessus comme suit :
166
Pour le détail, voir Iordanskaja (1986).
227
1.g) É volution physique
• Apparition
228
Et les collocations qui ont trait à un bon fonctionnement et un mauvais fonctionnement
des yeux existent :
Nous distinguons la fonction physiologique des NEC et l’utilisation des NEC, que
nous allons examiner dans la section suivante.
229
2.a) Utilisation
Certains éléments du corps sont utilisés pour des actions spécifiques. Par exemple,
on utilise les doigts pour toucher quelque chose, la main pour saisir quelque chose, la
mâchoire pour mâcher les aliments, etc.
D’une part, ces actions ont à voir avec la mobilité. Rappelons que la lexie DOIGT
a une CP de mobilité. Comme un doigt est une partie que l’on fait bouger, on peut utiliser
un doigt pour faire un geste spécifique. La CP de mobilité et la CP d’utilisation se
manifestent souvent ensemble dans une même collocation :
La CP ‘que l’on fait bouger’ et la CP ‘qui est utilisé pour un geste’ sont compatibles.
D’autre part, ces actions sont souvent liées à la fonction physiologique des
éléments du corps. Le fait que certains d’entre eux possèdent cette fonction implique
qu’on les utilise d’une certaine façon. Par exemple, tourner les yeux pour voir quelque
chose est lié à l’utilisation des yeux :
Pourtant, dans certains cas, l’utilisation des éléments du corps ne concerne pas
leur fonction physiologique. On peut utiliser les genoux pour donner un coup de genou et
utiliser le coude pour pousser :
167
Dans le cas de la lexie CŒUR, ces deux CP ne sont pas compatibles. Même si le cœur a une fonction
physiologique (faire circuler le sang, etc.), on envisage mal, dans la perspective du français ou du coréen,
une utilisation du cœur.
230
On utilise les lèvres pour embrasser :
Les lèvres n’ont pas de fonction physiologique liée au contact humain. Leur utilisation
pour embrasser n’est pas dérivée d’une fonction physiologique. Il faut inclure une CP
‘qui sont utilisées pour des contacts physiques’ dans la définition de LÈ VRES et de IPSUL
‘lèvre’.
2.b) Expressivité
Certains éléments du corps manifestent des sentiments, des caractères, etc., d’une
personne X. L’exemple typique est NUNSIUL dont nous avons parlé dans la section 6.1.1.
Cet élément du corps exprime le sentiment de X non agentivement (par ex. nunsiul+i
jeojda, litt. nunsiul+SUB ê[Link]é). Par contraste, on a des éléments du corps avec
lesquels on exprime un sentiment, une attitude, un état, etc., d’une façon agentive.
Prenons les exemples de BOUCHE I.2a, LÈ VRES I.1a en français et IP I.2a ‘bouche’, IPSUL
I.1a ‘lèvres’ en coréen. Rappelons que BOUCHE I.2a et IP I.2a désignent les lèvres de X.
231
Examinons d’abord le cas de BOUCHE I.2a :
La lexie LÈ VRE I.1a dans les collocations ci-dessus montre aussi un état psychique ou une
attitude négatifs de X.
En coréen, la lexie IP I.2a et IPSUL I.1a contrôlent les collocations suivantes pour
dire que X est mécontent :
232
Les collocations ci-dessus montrent un état psychologique plutôt négatif de X.
233
LÈ VRE I.1a lèvres maussades plutôt -
lèvres ironiques
VISAGE I.1a visage épanoui +
visage buté -
FACE I.1a face de carême -
face de faux témoin
FIGURE1 1 figure d’enterrement -
drôle de figure
FRONT I.a front soucieux -
front serein +
Tableau 6-11 : NEC français qui expriment un état psychologique Y de X
234
Il faut noter qu’à la différence de la lexie coréenne IMA ‘front’, la lexie française
FRONT peut exprimer l’état émotionnel, l’intelligence, la volonté de X, comme nous le
voyons ci-dessous :
Certains éléments du corps comme les cheveux, les seins, les dents, etc., sont
associés aux fonctions esthétiques. La CP qui indique le rôle esthétique est très liée à
l’apparence. Elle se manifeste dans les collocations qui concernent l’apparence des
éléments du corps :
Les collocations ci-dessus décrivent l’apparence des femmes. Les éléments du corps
propres à la fonction esthétique des femmes sont différents de ceux qui concernent une
fonction esthétique des hommes :
235
Les NEC comme CHEVEUX, YEUX, PEAU, CORPS, CHEVILLES, POIGNETS, NUQUE, TAILLE,
Il existe des différences dans la fonction esthétique des éléments du corps non
seulement selon le sexe, mais aussi selon la culture. Chaque langue a son propre standard
en la matière. Par exemple, en coréen, une partie plissée de la paupière supérieure que
l’on appelle SSANGKKEOPUL a un rôle esthétique et on pratique une opération de chirurgie
esthétique qui reconstitue cette partie des yeux :
La lexie SSANGKKEOPUL est une lexie très spécifique du coréen, sans équivalent en
français ou en anglais. La traduction littérale de cette lexie (entre crochets ci-dessus) est
incompréhensible pour un francophone ou un anglophone.
On considère que les yeux avec ce pli sont comme ils doivent être dans la culture coréenne.
Cette lexie a à voir avec une réalité physiologique. Il est courant que les Coréens n’aient
168
Cette photo est extraite sur le site suivant :
[Link]
236
pas ce pli dans les yeux. C’est la raison pour laquelle cette lexie contrôle les collocations
sur l’aspect esthétique. Nous pouvons citer à ce sujet les collocations qui peuvent être
décrites au moyen des FL Bon ou AntiBon :
Un autre élément du corps qui a une fonction esthétique selon la langue coréenne
est le nez. La CP de fonction esthétique de la lexie KO ‘nez’ se manifeste dans les
collocations suivantes :
Les collocations ko+ga nopda (litt. nez+SUB ê[Link]) et ko+ga oddukhada (litt. nez+SUB
[Link]è[Link]) signifient le nez qui est bien formé, accentué et donc joli169. Pour les
francophones, ces collocations peuvent être comprises comme le nez planté haut dans le
169
Nous avons déjà examiné l’aspect de la hauteur du nez dans la section [Link].
237
front. On peut les décrire avec la FL non standard comme Qui est planté haut dans le
front. Pourtant, elles doivent être associées avant tout à la FL Bon.
La CP d’attrait sexuel qui suit a à voir avec la CP de fonction esthétique que nous
venons de décrire.
Dans ces collocations, une CP de fonction d’attrait sexuel est également présente. Nous
pouvons les décrire au travers de FL Bon comme (173). Cette CP est liée à la CP
esthétique et la CP d’apparence. Les NEC comme LÈ VRES, SEIN, FESSE, NOMBRIL,
CHEVEUX, etc., contrôlent des collocations dans lesquelles une CP de fonction d’attrait
sexuel apparaît comme il est spécifié en (173).
170
Par contre, la collocatif dukkeopda ‘être épais’ n’exprime pas un sens ‘bon’.
238
La lèvre n’est pas un organe sexuel, mais comme les exemples ci-dessus le montrent, la
CP de fonction sexuelle se manifeste dans la combinatoire de LÈ VRES. Il faut inclure une
CP ‘qui a un rôle d’attrait sexuel’ dans la définition de LÈ VRE sur laquelle les collocations
ci-dessus s’ancrent.
Examinons le cas de SEIN et MAMELLE. Ces deux lexies désignent deux parties de
la poitrine des femmes :
239
La lexie SEINS
La CP de fonction d’attrait sexuel doit être incluse dans la définition de SEIN. Nous
pouvons proposer provisoirement la définition de SEIN suivante :
SEIN
seins de la femme X
240
Les deux lexies FESSE et DERRIÈ RE sont dans un rapport similaire à SEIN vs
MAMELLE. La CP de fonction d’attrait sexuel se montre plus souvent dans la combinatoire
La comparaison des collocations des lexies GASEUM I.2 et JEOJ I.2a montre aussi
une différence fondée sur la CP sur la fonction sexuelle, laquelle se manifeste pour la
première, et non pour la seconde :
L’adjectif PUNGMANHADA utilisé auprès de GASEUM ‘sein’ (184) décrit la taille des seins
et en même temps la valeur de la fonction d’attrait sexuel. Nous pouvons décrire cette
collocation par la FL Bon :
JEOJ I.2a a vraiment à voir avec la CP de fonction de l’allaitement des enfants. Cette CP
est liée par métonymie à la lexie JEOJ I.1 ‘lait’ :
241
La première occurrence de jeoj dans (186) est JEOJ I.1, qui désigne le lait, et la deuxième
est JEOJ I.2a qui correspond à la lexie MAMELLE en français.
171
Cette image est extraite sur le site [Link]
[Link].
242
Au point de vue de fonction culturelle, cette collocation peut être décrite au moyen de la
FL Bon :
Cette CP de fonction culturelle est une composante faible, mais sa description nous aide
à comprendre les collocations dans certains contextes fondés sur des préjugés culturels.
Nous présentons d’abord ici deux approches lexicales qui mènent une étude sur la
définition des NEC : le NSM (Wierzbicka 1980 ; 2007) et la LEC (Arbatchewsky-
Jumarie et Iordanskaja, 1988 ; Iordanskaja et Paperno 1996). Nous clarifions également
l’objectif d’application du patron définitionnel des NEC au modèle explicatif de la
phraséologie.
Anna Wierzbicka s’est intéressée au NEC dans ses publications depuis 1980
(Wierzbicka 1980). Son étude a pour objectif de mettre au jour la diversité et les points
communs dans la conceptualisation du corps humain selon les langues et les cultures.
243
Pour ce faire, elle maintient qu’il faut définir172 les NEC avant tout. Wierzbicka (2007)
fait ressortir un patron définitionnel des NEC après avoir défini les NEC suivants :
Classification NEC
head and associated parts HEAD, NECK, EYES, EARS, MOUTH, NOSE,
TONGUE
face and places on the face FOREHEAD, CHIN, CHEEKS
trunk and its four main areas CHEST, BELLY, BACK, BACKSIDE
Même si Wierzbicka utilise le terme pattern, elle n’offre pas de formulation explicite.
L’auteur indique quatre « paramètres » comme éléments de patron : catégorisation
basique ; position ; forme (ou quasi-forme) ; fonction (ou quasi-fonction). Et l’auteur
ajoute à ces quatre paramètres deux autres qui sont la mobilité et la relation méronymique.
Ces paramètres ne sont pas très différents des CP que nous avons examinés dans la section
6.2.3.
172
L’approche du NSM utilise le term explication au lieu du term définition (Goddard 2011 : 66). Nous
avons déjà vu la définition de NSM quand nous avons examiné le principe de décomposition minimale de
la définition. Voir la section [Link].
244
Observons les deux définitions de LEGS et EYES. Il faut noter que l’auteur utilise
les primitifs sémantiques et les molécules sémantiques173 dans sa définition.
legs
L’auteur définit la lexie LEGS à travers cinq paramètres : (a) catégorisation basique ; (b)
position ; (c) forme ; (d) mobilité ; (e) fonction.
eyes
L’auteur définit EYES à travers trois paramètres : (a) catégorisation basique ; (b) position ;
(c) fonction. Nous pouvons remarquer que la définition de EYES n’inclut pas le paramètre
de forme.
Après avoir défini les NEC comme ci-dessus, Wierzbicka compare la définition
des NEC anglais et des NEC d’une langue qui en est typologiquement éloignée, afin de
démontrer que la définition au moyen des primitifs sémantiques est indépendante de la
langue. Comparons la définition de la lexie EYES avec celle de son équivalent en
koromu174 AMI ‘yeux’ selon ce principe.
173
Wierzbicka appelle molécule sémantique ([m]) un sens qui est très utile pour la définition, mais qui n’est
pas un primitif sémantique. Par exemple, long, round, flat qui se réfèrent à la forme font partie des
molécules sémantiques. Pour le détail, voir Goddard (2011).
174
Une langue de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
245
EYES AMI ‘eye’ en koromu
Ces deux définitions ont les mêmes paramètres (catégorisation, position et fonction),
même si les CP ne se présentent pas dans le même ordre.
246
La définition au travers de NSM n’est pas suffisante pour expliquer la
phraséologie de la lexie vedette. Pour ce faire, nous avons besoin du patron des définitions
qui ne sont pas basées sur le concept universel, mais sur la combinatoire lexicale de la
lexie vedette.
Comme nous l’avons vu dans les sections 6.1 et 6.2, l’approche de la LEC décrit
le sens de la lexie vedette à partir des collocations que cette dernière contrôle. Notre
position est donc que le patron définitionnel doit aussi être lié à la combinatoire lexicale
de la lexie vedette et donc être établi par rapport à ce lien.
Par exemple, Iordanskaja et Paperno (1996 : xiv) décrivent les collocations de la lexie
russe глаз ‘yeux’ selon les facettes sémantiques suivantes :
175
Ce terme ne correspond pas à l’emploi de facette (angl. facet) que l’on trouve dans Cruse (1995 ; 2000 ;
2004b). Dans les faits, Cruse explique que la facette est un type particulier de variante contextuel du sens
des lexies. Par exemple, les facettes de livre de deux phrases suivantes sont différentes : Passe moi ce livre
[TOME] rouge; Je trouve que ce livre [TEXTE] est très difficile.
247
глаз ‘eye’
Il est évident que nous pouvons utiliser la liste des facettes sémantiques ci-dessus
comme une checklist, qui permet de vérifier nos composantes potentielles. Toutefois,
nous ne nous contentons pas de montrer la combinatoire lexicale et classifier celle-ci selon
les facettes sémantiques des NEC. Nous allons analyser tous les composantes
sémantiques que nous avons examinées dans la section 6.2.3 et formaliser un patron
définitionnel interlangue pour les NEC.
Nous proposons ci-dessous le patron interlangue de définitions des NEC, que nous
allons ensuite commenter.
248
élément du corps de X
partie du corps de X
CC
partie d’un élément du
corps X
CP de quantification
possesseur
CP de position
CP optionnelle
CP d’apparence
CP de fonction physiologique
CP de structure
CP
physiologique CP de mobilité
CP d’évolution physique
CP d’utilisation
CP
sociale CP d’expression
CP de fonction esthétique
CP de fonctiond’attrait sexuel
CP de fonction culturelle
249
Ce patron a trois caractéristiques essentielles.
Parmi ces CP optionnelles plutôt sociales, nous comprenons les CP qui indiquent les
expressions, l’état physique de X, celles qui se rapportent à une geste et celles qui portent
sur des fonctions spécifiques à certaines cultures (fonction esthétique ou d’attrait sexuel).
Par exemple, certaines collocations qui expriment la forme du nez (nez crochu, nez
aquilin) sont liées à des traits de caractères de X. Ce genre d’information fait partie de la
perception socio-culturelle. Nous ne considérons pas ces CP comme appartenant au
premier niveau du patron définitionnel ; elles sont souvent décrites comme composante
faible dans la définition.
250
qu’à partir de notre patron définitionnel, nous décrivons la combinatoire lexicale dans une
perspective large. Nous examinons non seulement les liens syntagmatiques mais aussi les
liens paradigmatiques que la lexie vedette présente.
Nous avons choisi les lexies NUN et YEUX pour illustrer l’application du patron
définitionnel car elles nous semblent particulièrement intéressantes. Tout d’abord, elles
sont tri-actancielles : en effet, elles désignent un des organes sensoriels (qui permet de
voir Y) et en même temps elles expriment Z (l’état psychique, l’état physique, l’attitude,
la beauté, etc. de X). En plus, comme la figure ci-dessous le montre, elles ont beaucoup
de méronymes. Nous constatons un univers phraséologique très riche autour de ces lexies
comme le disent Rey et Chantreau (2007 : 644) :
Œil est l’un des termes fondamentaux de la phraséologie française, et son signifié,
l’un des domaines principaux du symbolisme corporel. L’œil représente la
perception et, métaphoriquement, la connaissance, mais aussi la lumière, le
regard, d’où la conscience morale.
La lexie NUN et YEUX désignent deux parties du visage, qui sont couverte par les
paupières :
Il faut rappeler que nous ne distinguons pas trois acceptions suivantes : une lexie
qui désigne un organe de la vue, une lexie qui désigne une partie ovale et une lexie qui
désigne un globe oculaire177.
176
Les deux figures sont coupées de la photo originale suivante :
[Link]
177
Voir la section 3.3.2 sur la distinction polysémique.
251
[Link] Description de NUN
Possesseur
‘qui sont symétriques par
Position nuni beoleojida ‘avoir les yeux écartés’ rapport au nez’
nuni mollida ‘avoir les yeux rapprochés’
(ii) dimension nuni wangbangulmanhada ‘avoir de grands ‘dont la partie visible a une
yeux’ taille’
SILNUN1 ‘petits yeux’
JWINUN ‘petits yeux’
(iv) texture
252
NUNSSEOP ‘cils’
NUNDUDEONG ‘arcade sourcilière’
NUNKKORI ‘coin des yeux vers les oreilles’
NUNMEORI ‘coin des yeux vers le nez’
NUNGA ‘tour des yeux’
Mobilité nuneul ddeuda ‘ouvrir les yeux’ ‘qui peuvent être recouvertes’
nuneul gamda ‘fermer les yeux’
nuneul ggambakida ‘cligner les yeux’ ‘dont la partie visible est
nuneul naerikkalda ‘baisser les yeux’ mobile’
nun+eul duribeongeorida ‘regarder dans tous
les sens’
nuni gamgida ‘les yeux se fermer’
SILNUN2 ‘yeux entrouverts’
É volution
CP optionnelles plutôt sociales
‘avec lesquelles on fait un
WINGKEUHADA ‘faire un clin d’œil’ signe de quelque chose’
Utilisation
Expressivité - attitude
nuneul burarida ‘faire bouger les yeux en ‘qui sont le lieu de la
exprimant une attitude agressive ’ manifestation d’une attitude,
nuneul heulgida ‘regarder de biais en un sentiment, l’état physique et
exprimant un sentiment négatif’ l’état psychique de X’
nuneul bureupddeuda ‘écarquiller les yeux ;
faire les gros yeux (pour gronder)’
nuni geueukhada ‘avoir les yeux tranquilles’
DOKSANUN ‘yeux agressifs’
DOKKINUN ‘yeux qui exprime le
mécontentement ou la haine’
GAJAMINUN ‘regard noir’
- esprit, intelligence
nuni malkda ‘avoir les yeux sincères’
nuni chorongchoronghada ‘avoir les yeux vifs’
nuni banjjakgeorida ‘avoir les yeux vifs’
nuni buriburihada ‘avoir de grands yeux vifs’
DOKSURINUN ‘yeux vifs et perçants’
JOKJEBINUN ‘petits yeux qui sont perçants’
- état physique
nuni kwenghada ‘avoir les yeux enfoncés’
- sentiment
nun+i hwidunggeurejida ‘ouvrir de grands
yeux (par la surprise et la peur)’
Fonction nuni keuda ‘avoir de beaux yeux’ ‘dont la grande taille est en lien
nuni ssangkkeopuli issda avec la beauté de X’
esthétique ‘avoir les plis sur les paupières’ ‘l’existence de plis sur les
ssangkkeopulnun ‘yeux qui ont des plis sur les paupières est un des critères de
paupières’ la beauté’
253
Fonction
d’attrait sexuel
Fonction
culturelle
Tableau 6-16 : Patron définitionnel de NUN ‘yeux’
(iv) texture
254
yeux d’aigle
yeux de lynx
yeux de chat
yeux de hibou
perdre un œil
//éblouir
//éborgner
//aveugle
//aveugler
Structure globe oculaire ; blanc ; iris ; prunelle, pupille ; ‘qui ont une partie blanche’
cils ; paupière ‘qui ont une partie plutôt
colorée’
É volution
CP optionnelles plutôt sociales
faire un clin d’œil ‘avec lesquelles on fait un
Utilisation signe de quelque chose’
255
- sentiment
(colère)
yeux devenir noirs
yeux s’assombrir
d’un œil noir
(gaieté)
yeux rire
yeux sourire
yeux rieurs
- attitude
(tendresse, douceur)
yeux s’attendrir
yeux s’adoucir
faire les yeux doux à N
yeux de biche (+féminité)
yeux de gazelle (+féminité)
faire des yeux de biche (+féminité)
(menace)
faire les gros yeux à N
- état physique
yeux se fermer tout seuls
faire des petits yeux
ne pas pouvoir [tenir|garder]
yeux fiévreux
yeux brillants
yeux cernés
Fonction
esthétique
Fonction faire de l’œil à N ‘qui expriment des regards
d’attrait sexuel amoureux’
Fonction yeux ˹EN BOULE DE LOTO˺ ‘dont certaines couleurs (par
culturelle yeux glauques ex. glauque) peuvent nous
donner une mauvaise
impression’
‘les yeux saillants ne sont pas
considérés beaux ’
Tableau 6-17 : Patron définitionnel de YEUX
256
[Link] Synthèse
Parmi ces composés collocationnels, beaucoup sont constitués du NEC et du nom d’un
animal comme dans les exemples ci-dessus. En français, les collocations lexicales qui
relèvent de la fonction physiologique et l’expressivité sont aussi souvent exprimées par
le nom des animaux :
257
de faux amis entre les deux langues : nun+i banjjakgeorida ‘avoir des yeux brillants’
concernent les yeux qui sont brillants et en même temps qui dénotent l’intelligence ou la
curiosité de X. Par contre, la collocation française yeux brillants représente les yeux qui
sont fiévreux quand on est malade.
D’un autre côté, les combinatoires lexicales qui relèvent des CP plutôt
physiologiques révèlent aussi une différence importante entre deux langues. Les
combinatoires lexicales coréennes (comme saekkaman nun ‘yeux noir’, kkaman nundonja,
litt. pupille noire, ‘la pupille et l’iris noirs’, geomeunjawi ‘partie foncée des yeux, qui
comprend une pupille et un iris’) nous montrent que l’œil est divisé en deux comme le
blanc des yeux et une partie plutôt foncée (voire noire). Par contre, les combinatoires
lexicales françaises indiquent que l’œil est divisé en deux comme le blanc des yeux et une
partie colorée. Beaucoup de collocations qui concernent les couleurs des yeux (comme
yeux sombres, ~ foncés, ~ noisette, ~ marron, ~ pers, ~ pervenche, ~ azurs, ~ glauques,
etc.) montrent que la couleur des yeux est bien distinguée et utilisée comme critère de
beauté.
Enfin, le patron définitionnel des deux lexies permet, non seulement de rendre
compte et classer les combinatoires lexicales de la lexie vedette, mais aussi d’établir sa
définition qui est connectée à ses combinatoires lexicales :
178
Il faut rappeler que nous avons proposé les traductions comme ‘avoir les yeux parfaitement dessinés’ et
‘ne pas avoir les yeux parfaitement dessinés’ de ces collocations dans la section [Link].
258
Yeux(=NUN) de X permettant de voir Y (et montrant Z) :
259
Bilan
Les composantes des NEC sont très liées aux combinatoires lexicales que
les NEC construisent. L’objectif de ce chapitre est de proposer un modèle
qui montre systématiquement ce lien. Le chapitre 6 se compose de trois
sections. Dans la première, nous examinons l’interdépendance entre la
définition et la combinatoire lexicale, et montrons la nécessité d'un patron
définitionnel qui permet de systématiser le lien entre la définition et la
phraséologie. Dans la deuxième section, nous établissons quel contenu il
faut inclure dans ce patron et comment il faut formuler ce patron
définitionnel en examinant les principes de définition de la LEC.
L’examen des combinatoires lexicales des NEC nous a fourni 12 CP
récurrents. En dernier lieu, nous proposons le patron définitionnel des
NEC. Ce patron sert en même temps à définir les NEC d’une façon
systématique et à comparer leur phraséologie entre langues. L’application
aux deux lexies NUN ‘œil’ et YEUX nous montre que la comparaison des
NEC et de leur phraséologie au travers du patron est efficace, systématique
et exhaustive. La comparaison interlangue nous confirme que des écarts
variés de conceptualisation du corps dans les deux cultures existent et que
ces écarts se manifestent au travers des combinatoires lexicales dans
chaque langue.
260
7 Conclusion
Nous avons étudié, dans cette thèse, les NEC coréens et français et leurs
combinatoires lexicales du point de vue comparatif. Nous nous sommes fondée sur
l’hypothèse selon laquelle la comparaison de la lexicalisation des NEC dans ces deux
langues allait montrer, bien évidemment, de nettes différences de conceptualisation du
corps dans les deux cultures correspondantes, mais que la comparaison des collocations
contrôlées par les NEC allait mettre en lumière des écarts très variés. À partir de cette
hypothèse, nous avons abordé deux thèmes principaux : la comparaison du lexique des
NEC et de leur phraséologie.
Nous avons noté deux points au début de notre étude. D’une part, les travaux
précédents n’identifient pas de lexies quant à la comparaison du lexique des NEC dans le
contexte de leur appartenance à des vocables polysémiques. D’autre part, dans la plupart
des travaux, le sens des NEC est analysé et comparé entre langues sans tenir compte des
combinatoires lexicales qu'ils contrôlent. Ces observations se traduisent par deux
questions que nous avons posées et auxquelles nous avons essayé de répondre tout au
long de notre étude : (i) Comment identifier des lexies NEC ? Quels points divergents ou
communs pouvons-nous déduire de la comparaison des lexies ? ; (ii) Quels enseignements
peut-on tirer de la comparaison de la phraséologie des NEC ? Comment modéliser la
phraséologie des NEC d’une façon systématique et exhaustive ? Nous tenterons de mettre
en relief les apports de notre étude, en répondant aux questions ci-dessus.
‘élément supérieur du corps’, MEORI I.2a ‘cheveu’ font partie du lexique des NEC coréens.
Concernant le vocable TÊ TE, TÊ TE I.1a ‘partie supérieure du corps’, TÊ TE I.3a ‘visage ayant
une certaine apparence’ font partie du lexique des NEC français. Ce processus nous a fait
comparer MEORI I.1a vs TETE I.1a et MEORI I.2a vs CHEVEUX I.1a. La spécification du
261
lexique des NEC a également expliqué la différence dans la structure polysémique des
vocables des deux langues. Par exemple, le vocable TEOK a deux acceptions : TEOK 1
Au cours de notre étude, nous avons mis en évidence la nécessité d’examiner les
collocations contrôlées par les NEC. Notre étude de la phraséologie centrée sur les NECC
a produit des apports originaux. Premièrement, nous avons clarifié des cas flous qui se
situent à la frontière entre les expressions libres et les collocations, et entre les
collocations et les locutions. Nous avons inclus dans notre liste de collocations des
expressions qui ont été traitées comme expressions libres (par ex. ko+ga keuda ‘avoir le
gros nez’). Et nous avons donné à certaines expressions le statut soit de collocation soit
de locution (par ex. i+leul galda). Deuxièmement, nous avons mis en relief la
phraséologisation au niveau morphologique. Certaines langues comme le coréen
expriment la valeur collocationnelle non seulement à travers des collocations lexicales,
mais aussi par l’intermédiaire de lexies complexes. Nous avons insisté sur le fait que la
179
Il faut noter que ce résultat est dû à la direction de comparaison. Si nous avions pris le cheminement
inverse, nous aurions eu plein de lexies françaises sans équivalent coréen.
262
considération des collocations au niveau morphologique était indispensable quant à la
comparaison de la phraséologie entre langues (par ex. nez aquilin vs MAEBURIKO). Cette
analyse a été également significative du point de vue de la classification des composés :
composés libres ; composés semi-phraséologiques ; composés lexicalisés.
L’examen des combinatoires lexicales contrôlées par les NEC a fait apparaître
divers écarts, liés à la conceptualisation des fonctions pratiques et sociales des entités
physiques que les NEC dénotent. Par exemple, nous avons remarqué que la lexie NUNSIUL,
qui est définie comme bord des yeux dans le dictionnaire, n’est pas un élément du corps
physique. L’examen de ses collocations (par ex. nunsiul+eul bulkhida, nunsiul+eul
jeoksida, etc.) nous a permis d’identifier un sémantème spécial de cette lexie : ‘en tant
que lieu où se manifeste le sentiment exprime le sentiment Y de X’. Nous avons défini
cette lexie avec ce sémantème. L’examen des collocations nous a également permis de
modéliser les différences en quasi-synonymes (par ex. gaseum+i pungmanhada ‘avoir
une poitrine opulente’ vs ?jeoj+i pungmanhada, ‘avoir des seins opulents’).
D’un autre côté, notre comparaison des combinatoires lexicales contrôlées par les
NEC nous a indiqué une divergence conceptuelle très variée sur la même entité. Par
exemple, nous avons trouvé des sortes de faux amis entre les deux langues. La collocation
coréenne nun+i banjjakgeorida ‘avoir des yeux brillants’ concernent les yeux qui sont
brillants et en même temps qui dénotent l’intelligence ou la curiosité de X. Par contre, la
collocation française yeux brillants représente les yeux qui sont fiévreux quand on est
malade. L’éclat des yeux est lié différemment : soit à l’expressivité de l’état psychique de
X soit à l’état physique de X.
263
par rapport à d’autres études contrastives de la collocation. Il présente des avantages à
deux points de vue.
Du point de vue comparatif, le patron de définition était une bonne option quant à
la comparaison de la définition et de la phraséologie entre langues. Il nous a notamment
permis de comparer la définition des NEC par rapport à leur phraséologie, et à l'inverse
de comparer la phraséologie des NEC par rapport à leur définition. L’énumération simple
de collocations dans chaque langue et la comparaison unidirectionnelle de ces
collocations n’expliquent pas à elles seules les différences : par exemple, pourquoi la
collocation ko+ga nopda ‘litt. nez+SUB ê[Link], avoir le nez accentué’ n’a pas
d’équivalent français comme avoir le nez haut. Dans notre étude, le processus de
comparaison de la phraséologie s’est fait comme suit : à partir des collocations ko+ga
nopda, ko+ga najda ‘litt. nez+SUB ê[Link], avoir un nez plat’, napjakko ‘nez aplati’,
oddukko ‘nez accentué et beau’, etc., nous avons inclus, dans le patron définitionnel de
KO ‘nez’, une composante de forme (‘dont l’arête forme un angle avec le visage’) et une
composante de fonction esthétique ou culturelle (‘hauteur du nez en tant que critère de
beauté’). Quant à la comparaison entre langues, le patron montre explicitement quelle
composante est concernée par quelle collocation.
264
dans un contexte pédagogique (Cowie 1978, 1981 ; Cowie et Howarth 1996 ; Howarth
1996, 1998 ; Granger 1998).
Dans l’immédiat, notre patron définitionnel des NEC peut jouer un rôle dans
l'enseignement des NECC aux apprenants francophones et dans celui des NEC du français
aux apprenants coréens. Et, dans une vision à long terme, nous pouvons élargir cette
méthode à d’autres champs sémantiques et à d’autres langues. Nous souhaitons que cette
application pédagogique constitue, à terme, une validation de notre approche.
265
266
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Annexe I. Vocables NEC dans les DEC I-IV
Vocable DEC
ARCADE SOURCILIÈ RE DEC III : 155
BOUCHE DEC II : 123-129
BRAS DEC II : 136-142
CHEVEU DEC IV : 191-195
CŒUR DEC I : 68-76
CORPS1 DEC I : 83-88
COU DEC II : 152-154
COUDE DEC II : 154-156
DENT DEC III : 185-190
DENTITION DEC III : 190
DOIGT DEC II : 166-171
DOIGT DE PIED DEC II : 171
DOS DEC II : 171-174
FACE DEC II : 184-187
FIGURE1 DEC II : 187
FRONT DEC II : 196-200
GENOU DEC II : 201-203
JAMBE DEC II : 210-214
JOUE DEC II : 214-215
LÈ VRE DEC II : 220-224
MAIN DEC II : 225-232
MENTON DEC III : 235-236
NEZ DEC II : 235-240
ŒIL DEC II : 243-253
OREILLE DEC II : 254-259
ORTEIL DEC II : 260
PIED1 DEC II : 279-286
POITRINE DEC III : 272-276
POUCE DEC II : 291-292
QUENOTTE DEC III : 282
SOURCIL DEC III : 297-298
TÊ TE DEC I : 159-167
VENTRE DEC II : 314-318
VISAGE DEC II : 318-321
287
ARCADE SOURCILIÈ RE, loc. nom, fém. II.1. Orifice de X - une cavité ou un conduit ...
[la bouche d'un volcan]
arcade sourcilière de X = Deux parties
du visage 1.a d'une personne X, II.2. Embouchure de X ... [les bouches du Rhône]
chacune étant une proéminence
arquée sur le bord supérieur de III. Personne que X doit nourrir [une bouche
l'orbite de l'œil I.1a de X. inutile]
I.2b. Orifice de la bouche 1. lb d'un animal de II.2. Parties latérales et symétriques d'un artefact
trait ... [la bouche du cheval] X, allongées dans le plan perpendiculaire à la
partie principale de X [les bras de l'ancre]
I.2c. Orifice ... d'un organisme primitif ... -
organe de l'absorption de la nourriture [la bouche II.3. Branches horizontales ... de X ... [les bras
d'un ver] d'un poirier]
I.3. Goût … dans la bouche I.1a de X [une II.4. Parties ... d'un cours d'eau ... [les bras d'un
bouche amère] fleuve]
I.4. Bouche I.1a de x comme organe de la II.5. Partie allongée ... d'un dispositif X - organe
parole ... [bouche cousue] de l'action physique de X [le bras d'une grue]
sg, sauf indication contraire. Bouche
de X [énonçant Y] = Bouche I.1a de X II.6. Une des deux parties d'un levier ... [le bras
comme organe de la parole de X, qui de la manivelle]
lui permet II de produire un énoncé
Y1 au sujet de l'événement Y2. III.1. Personnes qui travaillent physiquement ...
[les bras de l'industrie]
288
III.2. Personne ou organisme qui ne fait I.4a. Organe imaginaire des sentiments ... [Le
qu'exécuter les plans de X ... [le bras du cœur espère toujours]
gouvernement] Cœur de X éprouvant Y [à l'égard de Z]
= Organe imaginaire d'une personne
IV. Pouvoir d'un organisme ... sur Y ... [le bras X moyennant lequel X éprouve le
de la justice] sentiment Y (à l'égard de Z) [comme
si cet organe se trouvait dans le cœur
CHEVEU, nom, masc. I. 1a].
I.3. Partie de la poitrine d'une personne ... [II a CORPS1, nom, masc.
serré son fils sur son cœur]
Cœur de X = Partie de la poitrine I.1a. Substance [corps liquides, solides et gazeux]
d'une personne X, sous laquelle se
trouve le cœur I.1a de X. I.1b. Objet ayant une forme ... [corps étranger]
N.B.: Employé le plus souvent dans quelques
expressions signifiant 'X cause que Y soit en I.1c. Formation anatomique ... [corps jaune]
contact avec le cœur 1.2 de X, ce qui manifeste
l'affection de X pour Y' (comme, par ex., I.2a. Concentration élevée ... [Ce vin prend du
serrer<presser, étreindre> quelqu'un contre corps]
<sur> son cœur, mettre <porter> quelque chose
sur son cœur). I.2b. Caractère concret ... [Ce personnage prend
du corps]
289
II.1a. Partie matérielle d'une personne ... [le DENT, nom, fém.
corps de Pierre]
Corps de X = Partie matérielle d'une I.a. Ensemble de petites pièces dures ... dans la
personne X, qui est un corps I.1b. bouche I.1a d'une personne X . . . [les dents de
Jean]
II.1b. Ensemble organisé de tous les composants Dents de X [mastiquant Y] =Ensemble
d'un animal [le corps du lion] de petites pièces dures de couleur
blanchâtre alignées en deux rangées
II.1c. Corps II.1a après la mon [Son corps gisait horizontales en haut et en bas dans la
sous un arbre] bouche I. 1a d'une personne X où
elles sont fixées dans les gencives -
II.1d. Partie principale du corps II.1a ... [son organe destiné à séparer un morceau
corps cambre] de nourriture 1 Y et à la mastiquer.
Corps de X = Partie principale du
corps II.1a, b de X à laquelle sont I.b. Ensemble de petites pièces dures . . . dans la
reliés les membres et la tête I.1a, b. bouche 1.1 b. ...d'un animal X . . . [les dents du
chien]
II.2. Partie d'un vêtement ... [le corps du chandail]
I.c. Dentier de X [mettre ses dents]
III. Partie principale ... [le corps du violon]
II.1. Partie d'un artefact X - ensemble de pièces
COU, nom, masc. pointues et dures . . . [les dents d'une scie]
1a. Partie allongée du corps1 II. la d'une II.2. Ensemble de découpures pointues bordant
personne ... [le grand cou de Marie] un objet X [les dents d'une robe]
Cou de X = Partie allongée du corps1
II.1a d'une personne X qui unit la tête II.3. Sommet pointu d'une montagne . . . [les
I.1a de X au corps1 II.1d de X. Dents du Midi]
1b. Partie allongée du corps1 II. lb d'un animal ... DENTITION, nom, fém, pas de pl.
[le cou du chien]
1. S0(des dents I.a ... sortent des gencives ...) [Ce
2. Produit alimentaire - cou 1b des animaux de bébé fait sa dentition]
boucherie ...[Elle servit des cous de poulet au riz] Dentition de X = S0(des dents I.a de X
sortent des gencives de X).
COUDE, nom, masc. N.B. : Ne s'emploie qu'avec la FL Oper1.
I.a. Partie du bras I.1a d'une personne ... [le coude 2. É tat Y des dents I.a de X [Elle a une belle
de Jean] dentition]
Coude de X = Partie du bras [Link] d'une
personne X, située au milieu et sur la DOIGT, nom, masc.
face II.2 extérieure du bras I.1a et qui
constitue l'articulation du bras I.1a I.a. Partie terminale de la main I.a d'une
où il se plie en formant un angle. personne ... [les doigts de Jean]
Doigts de X = Partie terminale de la
I.b. Partie du membre antérieur d'un cheval ... [le main I.a d'une personne X, constituée
coude du cheval] de cinq parties allongées, articulées et
mobiles, séparées les unes des autres.
II.1. Partie d'un vêtement X, couvrant le coude
1.a ... [les coudes d'une veste] I.b. [doigt de pied] d'une personne ... [les doigts
de pied de Jean]
II.2. Partie courbe de X qui est un artefact, un Doigts de X = ˹doigt de pied˺ d'une
élément de paysage ou une plante ... [le coude du personne X.
chemin] N.B. : S'emploie seulement dans un
contexte indiquant clairement qu'il
s'agit d'un piedl I.1a.
290
I.c. Partie terminale de la patte d'un animal ... [les
doigts du raton laveur] II.1. Surface antérieure de X qui est un bâtiment
ou une étoffe [la face d'un palais]
I.d. Partie terminale de la patte d'un animal X, qui
correspond du point de vue anatomique aux II.2. Surface de la partie Y de X ... [la face
doigts I.a d'une personne [le doigt du cheval] supérieure de l'estomac]
II.1. Partie d'un gant X, destinée à recevoir un II.3a. Surface d'un côté d'une pièce de monnaie
doigt 1.a ... [les doigts d'un gant] X ... [la face de la pièce]
II.2. Pièce d'un dispositif X, ayant la forme d'un II.3b. La face II.3a d'une pièce de monnaie avec
doigt I.a ...[un doigt de contact] laquelle on [joue à pile ou face] ... [Face !]
III.1. Unité de mesure linéaire ... [une maille de II.4. Surface d'un des plans d'un solide X [les
trois doigts] faces d'un prisme]
III.2. Une petite quantité de boisson alcoolisée ... II.5. Surface des terres X ou des eaux X [la face
[un doigt de vin] de la mer]
I.b. Partie antérieure ... de la tête I.1b d'un II.2b. Partie antérieure d'une masse d'air ... [le
mammifère X [la face du lion] front chaud]
291
II.3a. Partie antérieure des positions militaires ... II.3. Pièce destinée à consolider l'appui d'un
[percer le front] artefact ... [les jambes de force d'un pont]
II.3b. Totalité des zones de combats ... [Tout JOUE, nom, fém.
pour le front !]
I.a. Deux parties latérales molles du visage 1.a
II.3c. Une partie du front II.3b ... localisée dans d'une personne...[les joues de Marie]
la région Z [le front de Lorraine] Joues de X = Deux parties latérales
molles du visage I.a d'une personne X,
II.4. Union ... de X1s ... créée ... pour lutter chacune comprise entre le nez I.1a,
ensemble ... [former un front commun] un œil I.1a, une oreille I.1a et le
menton de X.
GENOU, nom, masc [pl genoux].
I.b. Deux parties latérales de la tète I.1b d'un
I.a. Partie de la jambe I.1a d'une personne ... [les animal ... [les joues du cheval]
genoux de Marie]
Genou de X = Partie de la jambe I.1a II. Partie latérale d'un artefact [les joues d'une
d'une personne X, située au milieu et poulie]
sur la face II.2 antérieure de la jambe
I.1a et qui constitue l'articulation de LÈ VRE, nom, fém.
la jambe I.1a où elle se plie.
I. la. Partie du visage I.a d'une personne ...
I.b. Partie du membre antérieur d'un ongulé ... [pincer les lèvres]
[les genoux du cheval] Lèvres (Z) de X [énonçant YI = Partie
du visage I.a d'une personne X,
II. Partie d'un vêtement X, destinée à couvrir le constituée de deux parties mobiles
genou I.a ...[les genoux usés du pantalon] horizontales, supérieure et inférieure,
saillantes et charnues, normalement
JAMBE, nom, fém. roses, qui bordent l'orifice de la
bouche I.1a de X (et partie adjacente
I.1a. Partie inférieure du corps1 II. la d'une du visage I.a) -l'un des organes de
personne ... [les jambes de Jean] l'émission des sons Y1, en particulier
Jambes de X = Partie inférieure du de la parole, organe du baiser donné
corps1 II.1a d'une personne X, à Y2 et l'un des organes de
constituée de deux parties allongées, l'absorption de la nourriture Y3 (et
articulées et mobiles, distinctes du dont l'apparence exprime une
corpsl II.1d de X – organe d'appui du attitude défavorable Z de X envers
corpsl II.1a et de déplacement de X en quelque chose ou une propriété Z de
position verticale. X relative à la sensualité de X).
N.B. : La composante '(et partie
I.1b. Partie inférieure du corps1 II.1b d'un ... adjacente du visage La)' est justifiée par les
animal ... [les jambes d'une girafe] expressions du type : lèvre duvetée <ridée,
poilue, grisonnante>; Une mouche ornait sa
I.2a. Partie inférieure de la jambe I.1a d'une lèvre inférieure.
personne X ... [la jambe de Jean]
Jambe de X = Partie inférieure de la I.1b. Partie du museau ... d'un animal ... [les
jambe I. 1a d'une personne X, entre lèvres du cheval]
le genou 1.a et le pied1 I.1a.
I.2. ... organe de la parole ... [des lèvres scellées]
I.2b. Partie inférieure de la jambe I.1b pas de sg. Lèvres de X [énonçant Y] =
postérieure d'un cheval... [la jambe d'un cheval] Lèvres I. la de X comme organe de la
parole de X qui lui permet II de
II.1. Partie d'un vêtement X ... destinée à recevoir produire un énoncé Y1 au sujet de
une jambe I.1a ... [les jambes d'un pantalon] l'événement Y2.
II.2. Deux parties allongées ... d'un compas ... II.1. Partie de la vulve ... [les grandes et les
[les jambes d'un compas] petites lèvres]
292
de X (et dont l'apparence exprime
II.2. Bords d'une plaie ... [les lèvres de la une propriété psychologique Y de X).
déchirure]
I.1b. Visage 1.a ... [Il marche le nez à terre]
II.3. Chacun des bords d'une faille ... [la lèvre de Nez de X = Visage 1.a de X 1 N. ne
la faille] s'emploie qu'avec les FL.
II.4. Chacun des bords aplatis à la bouche II. 1 I.1c. Partie supérieure de la partie antérieure ... de
d'un tuyau d'orgue... [la lèvre d'un tuyau d'orgue] la tête I.1b d'un animal ... [le nez d'un chien]
II.2. Le droit du joueur de cartes X de jeter le I.1a. Deux parties du visage 1.a d'une personne ...
premier ... [À qui la main?] [les yeux de Jean]
Yeux (Z) de X [permettant de voir Y] =
III. Unité de mesure linéaire ... [raccourcir la Deux parties du visage 1.a d'une
robe d'une main] personne X, symétriques par rapport
au nez I.1a, chacune étant constituée
IV. Mode d'agir de X ... [la main de l'artiste] d'un globe mobile blanchâtre placé
dans une cavité et ayant un rond
V. Autorisation 1 donnée ... à Y d'épouser coloré au milieu présentant un rond
noir au centre, et de deux plis de peau
MENTON, nom, masc. horizontaux dont le supérieur, mobile,
peut recouvrir le globe, ce dernier
a. Partie antérieure et saillante de la partie étant conçu comme émettant des
inférieure du visage 1.a d'une personne X . . . [le rayons imaginaires assurant la vue (et
menton de Pierre] exprimant Z - un état ou une
Menton de X = Partie antérieure et propriété de X) - organe de la vue de
saillante de la partie inférieure du X, qui permet II à X de voir Y.
visage 1.a d'une personne X, située
sous la bouche I.1a. I.1b. Deux parties (de la partie antérieure) de la
tête I.1b d'un animal ... [les yeux d'une mouche]
b. Partie inférieure de la tête 1.1 b d'un animal
X . . . [le menton d'une chèvre] I.2. Regard de X sur Y ... [Les yeux sur la mer.
Pierre resta songeur]
NEZ, nom, masc. II.1. Petites taches rondes ... à la surface d'une
soupe ... [les yeux du bouillon]
I.1a. Partie médiane saillante et allongée du
visage 1.a ... [le nez de Jean] II.2. Petit orifice arrondi, artificiellement fait
Nez ( Y ) de X = Partie médiane dans un objet ...[l'œil de l'équerre]
saillante et allongée du visage 1.a
d'une personne X - organe de l'odorat II.3. Bourgeon naissant sur ... une plante ...
et l'un des organes de la respiration [tailler une vigne à deux yeux]
293
et de déplacement de X en position
II.4. Dispositif ... destiné à laisser passer ou à verticale.
percevoir des rayons ... [un œil magique]
I.1b. Partie(s) inférieure(s) ... du corps1 II.1b d'un
OREILLE, nom, fém. mollusque ...[le pied d'un escargot]
I.1a. Deux parties latérales saillantes de la tête I.2. Produit alimentaire - partie inférieure d'une
I.1a d'une personne... [les oreilles de Jean] patte d'un animal de boucherie X [des pieds de
Oreilles de X = Deux parties latérales veau]
saillantes de la tête I.1a d'une
personne X, symétriques par rapport II.1. Extrémité ... d'un lit X près de laquelle
au visage1.a et entourant chacune un doivent se trouver les pieds1 I.1a ... [le pied d'un
orifice - partie de l'organe de l'ouïe de lit]
X.
II.2. Partie d'une pièce de vêtement X, destinée à
I.1b. Deux parties latérales ... (saillantes) de la recevoir le pied1 I.1a ... [le pied d'une chaussette]
tête I.1b d'un animal ... [les oreilles du chien]
II.3. Chaussures aux pieds1 I.1a ... [ses pieds
I.2. Produit alimentaire ... [préparer des oreilles sales]
de porc]
II.4. Partie inférieure ... d'un champignon ... [le
I.3a. Organe de l'ouïe d'une personne ... [l'oreille pied d'un champignon]
juste de Pierre]
pas de pl, sauf indication contraire. II.5. Unité d'un végétal cultivé ... [un pied de
Oreille de X [permettant d'entendre Y] vigne]
= Organe de l'ouïe d'une personne X,
qui permet II à X d'entendre Y, tel II.6. Partie(s) inférieure(s) d'un artefact X,
que les oreilles 1. 1a de X sont la distincte(s) de ... X et destinée(s) à ce que X s'y
partie extérieure de cet organe. appuie [les pieds d'une table]
I.3b. Organe de l'ouïe d'un animal ... [l'oreille I.7a. Partie inférieure de X, n'étant pas distincte
fine du chien] de X [le pied d'un mur <d'une falaise>]
II. Deux parties latérales saillantes ... d'un I.7b. Superficie de la base du pied1 II.7a d'un
artefact ... [les oreilles d'une marmite] artefact X [un mur qui a du pied]
III.1. Personne ayant l'attitude X à propos des I.7c. Point de rencontre d'une perpendiculaire ...
paroles de Y ...[trouver des oreilles [le pied de cette perpendiculaire]
complaisantes]
I.8. Artefact destiné à la réparation des
III.2. Personne ou groupe de personnes qui a la chaussures - petite enclume en forme de pied1
fonction d'écouter ce qu'on dit pour le compte I.1a ... [le pied de fer]
de ... X ... [les oreilles du gouvernement]
III. Unité codifiée de mesure linéaire ... [Elle
ORTEIL, nom, masc. mesure cinq pieds et cinq pouces]
294
1b. Partie inférieure de la partie antérieure du
corps1 II.1d d'un animal mammifère ou d'un SOURCIL, nom, masc.
oiseau X . . . [la poitrine d'un oiseau]
1. Deux parties du visage 1.a d'une personne . . .
2. Produit alimentaire . . . [la poitrine de bœuf] chacune étant constituée de poils ... sur ... 1'
arcade sourcilièrè . .. [Il fronce les sourcils]
3. Partie de la poitrine 1a d'une femme X . . . Sourcils [Y] de X = Deux parties du
[Cette femme n'a pas de poitrine] visage 1.a d'une personne X, chacune
Poitrine de X = Partie de la poitrine 1a étant constituée de poils poussant sur
d'une femme X comportant les deux la peau de l'[arcade sourcilière] (et de
seins 2* cette peau), ou ces poils (et dont
l'apparence exprime l'émotion ou
4a. Siège de l'organe de la respiration . . . d'une l'attitude mentale Y de X)
personne X . . .[Il avait la poitrine faible]
Poitrine de X [de Y de Z] = Siège de 2. [arcade sourcilière] …. perçue comme cible
l'organe de la respiration - d'un coup .. .[Il lui a fendu le sourcil droit]
inspiration et expiration de Y - d'une Sourcil de X = [arcade sourcilière] de
personne X, situé dans sa poitrine 1a, X perçue comme cible d'un coup ou
qui contribue à l'émission des sons Z. d'une lésion.
I.b. Le doigt I.b le plus large situé du côté interne I.1b. Partie antérieure du corps II.1b d'un
du pied1I. la... [le pouce (du pied) de Jean] animal ... [la tête du lion]
rare. Pouce de X = Le doigt 1.b le plus
large situé du côté interne du pied1 I.2. Produit alimentaire ... [la tête de veau]
I.1a d'une personne X.
I.3a. Visage ayant une certaine apparence [la tête
I.c. Doigt I.c opposable aux autres doigts I.c d'un de brigand]
animal ...[les pouces du moineau] Tête Y de X = Visage de X ayant
l'apparence Y.
I.d. É lément mobile de la pince d'un crustacé ...
[les pouces d'un crabe] I.3b. Expression du visage ... [la tête ironique]
Tête Y de X = Expression du visage de
II. Partie d'un gant ... destinée à recevoir le pouce X manifestant l'état Y de X.
I.a ... [le pouce d'un gant]
I.4. Organe de la raison ... [réagir avec la tête]
III. Unité codifiée de mesure linéaire ... pas de pl. Tête [de X] [à propos de Y]
[raccourcir un vêtement de deux pouces] = Organe de la raison d'une personne
X, assurant le traitement des
IV. Le locuteur ... avertit ses partenaires de jeu, informations Y.
qu'il veut être considéré momentanément hors du
jeu [Pouce !] I.5a... propriété de la personnalité ... [la tête
étourdie]
QUENOTTE, nom, fém, fam. Tête Y [de X] = Tête 1.4 de X telle
Quenottes de X = Petites dents 1.a qu'elle assure une propriété Y de la
d'un jeune enfant X pour qui le personnalité de X relevant de la
locuteur éprouve de l'affection.
295
capacité de X de raisonner (et de se
maîtriser). I.2. Organe de traitement de la nourriture ... dans
N.B.: S'emploie le plus le ventre I.1a,b ... [Pierre a les yeux plus gros que
souvent avec Oper1. le ventre]
Ventre de X [traitant Y] = Organe de
I.5b. Personne possédant la tête I.5a [J'aime bien traitement de la nourriture Y d'une
cette tête chaude] personne ou d'un animal X, situé
dans le ventre I.1a,b, qui doit être
I.6. Unité de bétail [cent têtes de bétail] rempli1 I. 1a de Y et qui doit la
digérer et l'évacuer régulièrement.
II.1a. Partie supérieure ou antérieure d'un objet
[la tête de l'arbre] I.3. Ventre I. la d'une personne X, qui forme une
proéminence [avoir du ventre]
II.1b. Partie antérieure d'une suite d'objets ou de Ventre de X = Ventre I.1a d'une
personnes se déplaçant ... [la tête d'une caravane] personne X, qui forme une
proéminence.
II.2. Partie ... d'un lit ... [la tête du lit]
II.a. Partie convexe et proéminente d'un artefact
II.3. Dispositif autonome ... [la tête de lecture] creux ... [le ventre d'une bouteille]
II.4. Unité de légumes ... [une tête d'ail] II.b. Partie d'une courbe représentant un
phénomène ... [le ventre de la dépression]
III. Personne qui est [à la tête] I.1.2 d'une
collectivité ou d'une activité [être la tête d'un VISAGE, nom, masc.
mouvement]
I. a. Partie extérieure de la partie antérieure de la
IV. Vie d'une personne ... [demander sa tête] tête I. la ... [le visage de Jean]
Visage (Y) de X = Partie extérieure de
VENTRE, nom, masc. la partie antérieure de la tête I.1a
d'une personne X, par laquelle on
I.1a. Partie antérieure de la partie inférieure du identifie X (et dont l'apparence
corps1 II.1d d'une personne ... [le ventre de Jean] exprime un état ou une propriété Y de
Ventre de X = Partie antérieure de la X).
partie inférieure du corps1 II. 1d
d'une personne X, constituée d'une I.b. Personne ayant un visage I.a Y [un visage
cavité et d'une paroi molle qui la connu]
recouvre - siège des organes de
traitement de la nourriture. II. Caractère Y de X perceptible pour Z ... [les
deux visages de la justice]
I.1b. Partie inférieure de la partie postérieure du
corps1 II.1d d'un animal ... [le ventre du lézard]
296
Annexe II. Liste des collocations des NECC
Concernant notre nomenclature (195 lexies NECC, voir 4.2.3), nous établissons la liste
des collocations ci-dessous. Nous suivons la distinction de la liste ([A-1], [B-2], [C], etc.)
selon la distinction des NECC faite dans la section 4.2.3. Dans la première colonne, nous
donnons les NECC ; dans la deuxième colonne, nous donnons les NECC romanisés ; dans
la troisième colonne, nous offrons les collocations au niveau lexical ; dans la quatrième
colonne, nous offrons les collocations au niveau morphologique, c’est-à-dire les
composés collocationnels.
297
[A-1] les éléments du visage
이마 IMA 이마가 넓다
이마가 좁다
이마가 훤하다
이마가 주름지다
이마를 짚다
이마가 튀어나오다
눈썹 I.1 NUNSSEOP 눈썹이 짙다
눈썹이 굵다
눈썹이 숱이 많다
눈썹이 숱이 적다
눈썹이 세다
눈썹을 찌푸리다, 찡그리다
눈썹을 찡긋하다
눈썹을 그리다
눈썹이 검다, 까맣다
일자 눈썹
아치형 눈썹
겉눈썹 GEOTNUNSSEOP 일자 겉눈썹
아치형 겉눈썹
겉눈썹이 짙다
미간 MIGAN 미간이 넓다 양미간
미간이 좁다
미간을 찌푸리다, 찡그리다
미간을 좁히다, 모으다
눈살 NUNSAL 눈살을 찌푸리다
눈살을 펴다
눈살을 모으다
눈 NUN voir [Link]
코 KO 코가 오뚝하다 납작코
코가 납작하다 주먹코
코가 뭉툭하다 매부리코
코를 골다 오똑코
코를 쥐다, 틀어막다, 잡다 돼지코
코를 벌름거리다, 벌렁거리다 벌렁코
코를 후비다 복코
코를 쏘다 딸기코
코가 막히다 주먹코
298
뾰족코
들창코
개코
광대뼈 GWANGDAEPPYEO 광대뼈가 도드라지다, 튀어나오다,
나오다, 불거지다
광대뼈가 크다
구레나룻 GURENARUS 구레나룻이 까맣다, 시커멓다,
거뭇거뭇하다
볼 BOL 볼이 붉다, 빨갛다, 불그스레하다
볼이 상기되다, 홍조를 띄다
볼이 창백하다
볼이 처지다, 푹 들어가다
볼이 포동포동하다
볼살 BOLSAL 볼살이 많다
볼살이 없다
볼살이 오르다
볼살이 빠지다
뺨 PPYAM 뺨에 보조개가 패다
뺨을 치다, 때리다
뺨을 후려갈기다, 갈기다
뺨을 얻어맞다, 맞다, 얻어터지다
장미빛 뺨
뺨이 불그스레하다
뺨에 홍조가 피어오르다
뺨이 혈색이 돌다
뺨이 달아오르다
뺨을 붉히다
보조개 BOJOGAE 보조개를 짓다
보조개가 패다
보조개가 피다
코밑 KOMIT 코밑을 훔치다
인중 INJUNG 인중이 길다
인중이 짧다
인중이 선명하다, 뚜렷하다
입 I.1a IP 입을 벌리다 메기입
입을 헹구다 맨입
하마입
수염 SUYEOM 수염을 기르다
299
수염을 밀다, 깎다
수염이 거뭇거뭇하다
수염이 덥수룩하다
콧수염 KOSSUYEOM 콧수염을 기르다
콧수염이 짧다, 짤막하다
콧수염이 길다
턱수염 TEOKSUYEOM 턱수염을 기르다
턱수염이 길다
턱수염이 거칠다
턱 I.1 TEOK 턱이 뾰족하다 주걱턱
턱이 갸름하다 사각턱
턱을 괴다, 받치다
턱을 파묻다
턱을 치켜들다
턱으로 가리키다
턱이 완강하다, 고집스럽다
턱 I.2 TEOK 턱이 떨리다
턱이 빠지다
턱을 악물다
위턱 WITEOK 위턱이 튀어나오다, 돌출하다
아래턱 ARAETEOK 아래턱이 빠지다
아래턱이 튀어나오다, 돌출하다
300
안구 ANGU 안구가 돌출되다 (안구 돌출)
안구가 함몰되다 (안구 함몰)
안구가 건조하다 (안구 건조)
안구를 기증하다 (안구 기증)
안구를 이식하다 (안구 이식)
안구를 굴리다
홍채 HONGCHAE 홍채를 인식하다 (홍채 인식)
흰자위 HUINJAWI 흰자위를 많이 드러내다
흰자위가 충혈되다
흰자위를 두리번대다
흰자위가 누렇다
눈가 NUNGA 눈가를 적시다
눈가를 붉히다
눈가가 붉어지다
눈가가 젖다
눈가를 칠하다
눈두덩 NUNDUDEONG 눈두덩이 붓다
눈두덩이 부석부석하다
눈두덩이 두둑하다, 두툼하다
눈두덩이 꺼지다
눈구석 NUNGUSEOK 눈구석에
눈머리 NUNMEORI 눈머리에
눈꼬리 NUNKKORI 눈꼬리가 처지다
눈꼬리가 올라가다
눈꼬리가 찢어지다
눈꼬리가 가늘다
눈꼬리가 길다
눈꼬리가 사납다
눈시울 NUNSIUL 눈시울이 뜨겁다
눈시울이 붉다
눈시울이 젖다
눈시울이 붉어지다
눈시울이 뜨거워지다
눈시울을 붉히다
눈시울을 적시다
눈시울을 훔치다
눈썹 I.2 NUNSSEOP 눈썹이 길다
눈썹이 짙다
301
눈썹을 떨다
속눈썹 SOKNUNSSEOP 속눈썹이 길다
속눈썹이 짙다
속눈썹을 올리다
속눈썹을 집다
속눈썹이 떨리다
눈꺼풀 NUNKKEOPUL 눈꺼풀이 두껍다, 두툼하다
눈꺼풀을 깜박이다
눈꺼풀이 얇다
눈꺼풀이 파르르 떨리다
눈꺼풀이 감기다, 내려오다
눈꺼풀을 올리다
눈꺼풀을 내리깔다
쌍꺼풀 SSANGKKEOPUL 쌍꺼풀이 있다
쌍꺼풀이 지다
쌍꺼풀이 없다
쌍꺼풀이 진하다
쌍꺼풀이 두껍다
302
콧대를 세우다
콧대가 부러지다
콧마루 KOSMARU 콧마루가 오뚝하다
콧마루가 높다
콧마루가 시큰하다
콧등 KOSDEUNG 콧등이 찡하다, 시큰거리다
콧등을 찡그리다, 찌푸리다
콧등이 넓다
콧방울 KOSBANGUL 콧방울이 크다
콧방울을 벌름거리다
코안 KOAN 코안에
콧속 KOSSOK 콧속에
303
목이 막히다, 마르다
목을 축이다
목이 메다
목이 쉬다
목구멍 MOKGUMEONG 목구멍이 막히다
목구멍으로
목젖 MOKJEOJ 목젖이 보이다
이 I 이를 빼다 덧니
이를 갈다 뻐드렁니
이가 나다 윗니
이가 빠지다 아랫니
이가 썩다 옥니
이가 성기다
이가 고르다, 가지런하다
이가 성기다
이가 하얗다
이가 누렇다
이를 닦다
이를 교정하다
//스케일링하다
//건치
치아 CHIA 치아를 미백하다 (치아 미백)
치아가 가지런하다
치아가 고르다
치아를 뽑다
치아를 교정하다 (치아 교정)
치아를 이식하다 (치아 이식)
송곳니 SONGGOSNI 송곳니를 드러내다
앞니 APNI 앞니가 튀어나오다
앞니가 빠지다
앞니를 드러내다
어금니 EOGEUMNI 어금니로 씹다, 먹다
어금니를 악물다, 물다
잇몸 ISMOM 잇몸을 드러내다, 내보이다 윗잇몸
잇몸이 시리다 아랫잇몸
잇몸이 붓다
잇몸이 헐다
혀 HYEO 혀를 내밀다
304
혀를 깨물다
혀가 길다
혀를 짧다
혀를 차다
혀를 굴리다
혀를 말다
혀끝 HYEOKKEUT 혀끝을 차다
혀끝을 물다, 깨물다
혀뿌리 HYEOPPURI
305
머리가 날리다
머리카락 MEORIKARAK 머리카락을 쓸어 넘기다
머리카락이 빠지다
머리카락이 흘러내리다
머리카락이 짧다
머리카락이 길다
머리카락이 헝클어지다
머리카락이 듬성듬성하다
머리카락이 적다
머리카락을 뽑다
머리카락이 나부끼다
머리카락이 부수수하다
머리카락이 소담스럽다
머리카락이 치렁치렁하다
머리카락이 굵다
머리카락이 얇다
머리털 MEORITEOL 머리털이 탐스럽다
머리털이 곱슬곱슬하다
머리털이 곤두서다, 쭈뼛 서다
머리털이 부드럽다
모발 MOBAL 모발이 빠지다
모발을 염색하다
모발이 손상되다
모발을 이식하다
모발이 빠지다
모발이 건강하다
두발 DUBAL 두발을 깎다
두피 DUPI 두피가 건조하다
두피가 기름지다
두피가 건강하다
얼굴 EOLGUL 얼굴이 크다 맨얼굴
얼굴이 작다, 주먹만하다 민얼굴
얼굴이 예쁘다, 곱다
얼굴이잘생기다
얼굴이 복스럽다
얼굴이 달걀형이다, 갸름하다
얼굴이 길다
얼굴이 동그랗다, 동글납작하다
306
얼굴이 네모나다
얼굴이 하얗다, 새하얗다, 백지장처럼
하얗다, 창백하다
얼굴이 가무잡잡하다
얼굴이 수척하다
얼굴이 파리하다
얼굴이 거무튀튀하다
얼굴을 찌푸리다
얼굴을 붉히다
얼굴이 화끈해지다, 벌개지다
얼굴이 침통하다
얼굴이 밝다
얼굴이 어둡다
낯 NACH 낯이 붉어지다 민낯
낯을 찌푸리다
귀 GWI 귀가 잘생기다 쪽박귀
귀를 뚫다 짝귀
귀를 후비다 칼귀
귀를 막다
귀에 귀고리를 하다
목 I.1a MOK 목을 빼다 학목
목에 걸다, 감다 자라목
목덜미 MOKDEOLMI 목덜미가 희다
목덜미를 잡다
가운데귀 GAUNDEGWI
속귀 SOKGWI [ANGWI]
307
[B-1] PAL ‘bras’ et ses éléments
팔 PAL 팔을 괴다 오른팔
팔을 벌리다 왼팔
팔을 들다 양팔
팔을 굽히다
팔을 뻗다
팔이 두껍다
위팔 WIPAL 위팔이 굵다, 두껍다
위팔이 얇다
팔꿈치 PALKKUMCHI 팔꿈치로 치다, 때리다, 찌르다, 밀치다,
밀쳐내다
팔꿈치를 괴다
팔꿈치를 오므리다
팔꿈치를 펴다
팔꿈치를 굽히다
아래팔 ARAEPAL 아래팔이 굵다, 두껍다
아래팔이 얇다
팔뚝 PALDDUK 팔뚝이 굵다
팔뚝이 얇다
팔목 PALMOK 팔목이 두껍다
팔목이 얇다
팔오금 PALOGEUM 팔오금이 저리다
팔오금을 펴다
308
손가락이 굵다
손가락이 가늘다
손가락을 꼽다
손가락을 걸다
손가락에 반지를 끼다
엄지 EOMJI 엄지를 세우다
엄지를 들어올리다
검지 GEOMJI 검지가 길다
검지가 짧다
집게손가 JIPGESONGARAK 집게손가락이 길다
락 집게손가락이 짧다
중지 JUNGJI 중지가 길다
중지가 짧다
가운뎃손 GAUNDESSONGAR 가운뎃손가락이 길다
AK
가락 가운뎃손가락이 짧다
약손가락 YAKSONGARAK 약손가락이 길다
약손가락이 짧다
약지 YAKJI 약지가 길다
약지가 짧다
새끼손가 SAEKKISONGARAK 새끼손가락을 걸다
락 새끼손가락이 길다
새끼손가락이 짧다
손톱 SONTOP 손톱이 길다
손톱이 짧다
손톱을 깎다
손톱을 정리하다
손톱에 매니큐어를 바르다, 칠하다
손톱으로 긁다, 할퀴다
손등 SONDEUNG 손등에
손마디 SONMADI 손마디가 굵다
손마디가 억세다
손바닥 SONBADAK 손바닥을 펴다
손바닥을 비비다
손금 SONGEUM 손금을 보다
손금이 뚜렷하다
손금이 좋다
손금이 나쁘다
309
[B-3] DARI ‘jambe’ et ses éléments
다리 DARI 다리를 절다, 절뚝이다 맨다리
다리를 절름거리다 무다리
다리를 삐다 오른다리
다리를 벌리다 왼다리
양다리
밭장다리
안짱다리
넓적다리 NEOLBJEOKDARI 넓적다리가 굵다
넓적다리가 얇다
허벅지 HEOBEOKJI 허벅지가 굵다
허벅지가 얇다
허벅다리 HEOBEOKDARI 허벅다리가 굵다
허벅다리가 얇다
무릎 MUREUP 무릎을 꿇다
무릎을 세우다
무릎을 붙이다
무릎을 찧다
무릎을 굽히다
앞무릎 APMUREUP 앞무릎을 굽히다
뒷무릎 DWISMUREUP 뒷무릎을 펴다
오금 OGEUM 오금을 펴다
종아리 JONGARI 종아리가 굵다
종아리가 얇다
종아리가 가늘다
종아리를 때리다
장딴지 JANGDDANJI 장딴지가 땅기다
장딴지가 튼튼하다
정강이 JEONGGANGI 정강이를 걷어차다
정강이가 부러지다
복숭아뼈 BOKSUNGAPPYEO 복숭아뼈가 튀어나오다
복사뼈 BOKSAPPYEO 복사뼈가 튀어나오다
310
발을 옮기다 왼발
발을 헛디디다 양발
발을 내딛다
발을 디디다
발을 뻗다
발목 BALMOK 발목을 삐다
발목이 가늘다
발목이 굵다
발목이 부러지다
발등 BALDEUNG 발등이 높다
발가락 BALGARAK 발가락이 길다
발가락이 짧다
엄지발가 EOMJIBALGARAK 엄지발가락이 길다
락 엄지발가락이 짧다
발톱 BALTOP 발톱을 깎다
발톱이 길다
발톱이 짧다
발톱에 매니큐어를 칠하다, 바르다
//패디큐어를 하다
발꿈치 BALKKUMCHI 발꿈치를 들다
발뒤축 BALDWICHUK 발뒤축을 구르다
발바닥 BALBADAK 발바닥이 평평하다 맨발바닥
311
젖을 물다
젖을 물리다
젖이 불다
가슴 I.2 GASEUM 가슴이 크다
가슴을 내밀다
가슴이 납작하다
가슴이 봉곳하다, 봉긋하다
가슴이 풍만하다
가슴이 없다
가슴이 나오다, 생기다
가슴이 풍만하다, 크다
가슴이 처지다, 늘어지다
젖가슴 JEOJGASEUM 젖가슴이 풍만하다
젖가슴이 늘어지다
유방 YUBANG 유방을 절제하다
유방을 확대하다
유방이 처지다
젖꼭지 JEOJKKOKJI 젖꼭지를 물리다
젖꼭지를 물다
젖꼭지가 작다
젖꼭지가 크다
유두 YUDU 유두가 작다
유두가 크다
겨드랑이 GYEODEURANGI 겨드랑이에 끼다
등 DEUNG 등이 넓다 곱사등
등이 좁다
등이 곧다
등이 굽다, 구부정하다
등을 밀다
등에 지다
등에 메다
등에 업다
등에 업히다
등을 돌리다
등골 DEUNGGOL 등골이 서늘하다, 오싹하다
등줄기 DEUNGJULGI 등줄기에
옆구리 YEOPGURI 옆구리에 끼다
허리 HEORI 허리가 늘씬하다, 가늘다 개미허리
312
허리가 굽다, 구부정하다
허리를 굽히다
허리를 펴다
허리에 차다
허리에 두르다
배 BAE 배를 깔다 윗배
배가 나오다 아랫배
배가 남산만하다
배꼽 BAEKKOP 참외배꼽
뱃살 BAESSAL 뱃살이 많다
뱃살이 늘어지다
복부 BOKBU 복부가 비만이다
골반 GOLBAN 골반이 크다
골반이 작다
성기 SEONGGI
음부 EUMBU
313
몸통이 굵다
살 SAL 살이 찌다
살이 빠지다
살을 빼다
살을 찌우다
살이 트다
살이 토실토실하다
살이 부드럽다
살이 거칠다
살이 몰랑몰랑하다
살이 트다
살갗 SALGACH 살갗이 부드럽다
살갗이 거칠다
살갗이 희다
살갗이 타다
피부 PIBU 피부가 좋다
피부가 곱다
피부가 부드럽다, 매끄럽다
피부가 촉촉하다
피부가 보송보송하다
피부가 탱탱하다
피부가 탄력이 있다
피부가 나쁘다
피부가 주름지다
피부가 거칠다
피부가 늘어지다
피부가 민감하다
피부가 탄력이 없다
피부가 하얗다
피부가 우윳빛이다, 백옥같다
피부가 검다, 까맣다, 까무잡잡하다
지성 피부
건성 피부
복합성 피부
민감성 피부
털 TEOL 털이 나다 잔털
털이 수북하다 센털
털이 빠지다
314
털을 밀다, 깎다, 면도하다
털을 뽑다
털이 곤두서다
모공 MOGONG 모공이 크다
모공이 넓어지다
모공이 수축되다
주름 JUREUM 주름이 잡히다 잔주름
주름이 지다
주름이 패이다
주름을 잡다
주름이 자글자글하다
근육 GEUNYUK 근육이 생기다
근육이 발달하다
근육이 당기다
알통 ALTONG 알통이 생기다
알통이 튀어나오다
알통이 크다
핏줄 PISJUL 핏줄이 튀어나오다
혈관 HYEOLGWAN 혈관이 튀어나오다
상반신 SANGBANSIN 상반신을 일으키다
상체 SANGCHE 상체가 마르다
상체가 우람하다
상체를 굽히다, 구부리다
상체를 일으키다
상체를 세우다
윗몸 WISMOM 윗몸을 일으키다
하체 HACHE 하체가 약하다
하체가 부실하다
하체가 튼튼하다
하체가 비만이다
아랫몸 ARAESMOM 아랫몸을 일으키다
하반신 HABANSIN 하반신이 마비되다
315
316
Index
B
D
base 6, 117, 121, 124, 125, 126, 132, 139, 140, 144,
définition i, 3, 5, 8, 23, 58, 78, 81, 83, 104, 127,
165, 167, 168, 173, 189
130, 133, 140, 141, 145, 148, 157, 170, 178, 179,
180, 181, 182, 184, 185, 189, 192, 193, 194, 195,
C
196, 197, 198, 199, 201, 202, 203, 205, 210, 211,
cliché linguistique 4, 5, 117, 177 212, 214, 216, 221, 224, 225, 226, 228, 230, 231,
collocatif 6, 117, 121, 124, 125, 130, 135, 140, 166, 233, 241, 242, 244, 245, 246, 247, 248, 252, 260,
collocation morphologisée i, 7, 117, 156, 157, fonction lexicale 6, 138, 166, 216
317
M pivot sémantique 5, 143, 144, 152, 154, 159, 161,
170, 174
métaphore 49, 50, 69, 123, 220
primitif sémantique 201, 245, 246
métonymie 49, 69, 78, 84, 243
318