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Étude Contrastive de La Phraséologie Des Noms D'éléments Du Corps en Coréen Et en Français

Cette thèse examine la phraséologie des noms d'éléments du corps en coréen et en français pour mettre en lumière les différences culturelles et conceptuelles entre les deux langues. Elle analyse les caractéristiques des noms d'éléments du corps coréens et leur modélisation lexicographique, tout en comparant les collocations et les phrasèmes des deux langues. Ce travail contribue à une meilleure compréhension de la phraséologie et de son application en didactique et en traductologie.

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Étude Contrastive de La Phraséologie Des Noms D'éléments Du Corps en Coréen Et en Français

Cette thèse examine la phraséologie des noms d'éléments du corps en coréen et en français pour mettre en lumière les différences culturelles et conceptuelles entre les deux langues. Elle analyse les caractéristiques des noms d'éléments du corps coréens et leur modélisation lexicographique, tout en comparant les collocations et les phrasèmes des deux langues. Ce travail contribue à une meilleure compréhension de la phraséologie et de son application en didactique et en traductologie.

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Étude contrastive de la phraséologie des noms

d’éléments du corps en coréen et en français


Mi Hyun Kim

To cite this version:


Mi Hyun Kim. Étude contrastive de la phraséologie des noms d’éléments du corps en coréen et
en français. Linguistique. Université de Lorraine, 2017. Français. �NNT : 2017LORR0011�. �tel-
01551814�

HAL Id: tel-01551814


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Submitted on 30 Jun 2017

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É tude contrastive de la phraséologie
des noms d’éléments du corps
en coréen et en français

THÈ SE DE DOCTORAT
En Sciences du Langage

présentée et soutenue publiquement le 17 février 2017 par

Mi Hyun KIM

Composition du jury
Mme Mathilde DARGNAT, Université de Lorraine, Examinateur
M. Gaston GROSS, Université Paris 13, Examinateur
Mme Jin-Ok KIM, Université Paris Diderot, Examinateur
M. É ric LAPORTE, Université Paris-Est Marne-la-Vallée, Rapporteur
M. Seong Heon LEE, Université Nationale de Séoul, Codirecteur de thèse
M. Alain POLGUÈ RE, Université de Lorraine, Directeur de thèse
Mme Agnès TUTIN, Université Grenoble Alpes, Rapporteur
À ma famille
Remerciements

Je tiens avant tout à remercier mon directeur de thèse, Alain Polguère, qui a
accepté de diriger ce travail doctoral, qui m’a accordé sa confiance, qui m’a guidée avec
patience et m’a encouragée tout au long de ce travail. Il a toujours été là quand j’ai eu
besoin de son aide et de ses conseils. Sans lui, ce travail n’aurait pu exister. Merci, Alain,
pour tout ce que tu m’as offert pendant ce long périple. Grâce à toi, j’ai pu finir ce voyage,
qui fut difficile et en même temps passionnant.

Je remercie tous mes professeurs en Corée, qui m’ont initiée à la linguistique et


m’ont encouragée de loin. Je remercie particulièrement mon codirecteur de thèse, Seong-
Heon Lee, qui m’a donné des conseils pertinents sur mon travail et qui m’a appris
comment concilier les recherches et la vie privée. Je voudrais remercier également mon
ancien directeur, Chai-Song Hong, qui m’a fait participer à plusieurs projets
lexicographiques et m’a montré comment les recherches linguistiques peuvent être
appliquées dans des domaines variés.

J’exprime toute ma gratitude à l’ensemble des membres du jury. Merci à Agnès


Tutin et Éric Laporte d’avoir accepté d’être rapporteurs de ce travail de thèse. Merci à
Mathilde Dargnat, Jin-Ok Kim et Gaston Gross d’avoir accepté d’en être examinateurs.
Je suis très honorée de votre présence.

Je suis très reconnaissante à mes amies du bureau, Dorota Sikora et Marie-Sophie


Pausé. Merci, Dorota, d’être restée une amie fidèle et une mentore tout au long de mon
travail. Tes courriels, les repas que tu m’as préparés et ton existence m’ont énormément
encouragée. Merci, Sophie, d’avoir toujours été à mes côtés et d’avoir partagé tous ces
moments à l’Atilf avec moi. Les discussions avec toi et ta bonne humeur m’ont permis
d’oublier mon stress et d’avancer dans mes recherches.

Je dois beaucoup à Sandrine Ollinger. Merci, Sandrine, de m’avoir offert ton


temps précieux quand j’ai eu besoin de toi. Tu m’as toujours aidée sans hésitation de
façon si chaleureuse. Je ne peux pas oublier ta relecture envoyée depuis un hôtel du Japon
et ton soutien moral dans la dernière ligne droite qui fut parfois difficile.
Je remercie aussi Sébastien Haton, Véronika Lux-Pogodalla et Dina El Kassas
pour leurs soutiens sincères et amicaux. Merci, Sébastien, pour ta patience et ta
disponibilité pour la relecture de ma thèse. Merci, Véronika, pour ta relecture de ma
première version et ton intérêt concernant mes recherches. Je pense particulièrement à
Dina qui nous a quittés trop tôt, mais qui reste toujours avec nous. Merci, Dina.

Merci aussi à tous les membres d’Atilf, qui ont toujours été disponibles pour
m’apporter toutes sortes d’aides. Grâce à vous, j’ai pu travailler sereinement.

Ma reconnaissance va à mes amis de Séoul, de Paris et de Londres, qui m’ont


toujours soutenue même si je n’ai pas été très souvent avec eux ces derniers temps. Leurs
petits mots et leurs encouragements incessants m’étaient très précieux.

Je remercie aussi les gens que j’ai croisés dans la rue. Constater au quotidien la
grande diversité physique des êtres humains m’a inspirée dans mes recherches.

Enfin, j’exprime un grand merci à ma famille pour son existence et son amour.
Merci à mes parents qui m’ont fait penser que je pouvais réaliser tout ce que je voulais.
Merci à mon mari qui m’aide à réaliser tout ce que je veux. Et merci à ma précieuse Emma
qui me fait avancer petit à petit, sans m’arrêter. Merci, Emma, d’avoir attendu ta maman
très sagement. Tu es une fille extraordinaire. Merci, Junghoon, d’avoir supporté mon
stress et m’avoir soutenue sans cesse avec ton amour. J’ose dire que c’est vous qui êtes
parvenus à terminer ce travail.

Merci.
Résumé

L’hypothèse sur laquelle repose notre travail est que la comparaison de la


lexicalisation des noms d’éléments du corps (dorénavant, NEC) et de la phraséologie des
NEC entre deux langues va permettre de mettre en évidence des différences de
conceptualisation et de culture entre deux sociétés.
En fonction de cette hypothèse, notre thèse aborde deux thèmes principaux.
Premièrement, nous étudions les NEC coréens (dorénavant, NECC) en nous focalisant
sur les noms neutres d’éléments externes du corps humain. Les NECC ont des
caractéristiques universelles : richesse lexicale, éléments du vocabulaire basique, source
de l’« embodiment », universel physio-conceptuel et nature de quasi-prédicats
sémantiques. En même temps, les NECC montrent des particularités sémantiques,
syntaxiques et morphologiques liées aux spécificités de la langue coréenne. La
comparaison de la lexicalisation des NECC et des NEC français montre que même si les
éléments du corps sont des universels physio-conceptuels, il n’y a pas de correspondance
lexicale univoque entre les deux langues.
Deuxièmement, nous focalisons notre attention sur la phraséologie des NECC et
sa modélisation dans le Réseau Lexical du Coréen, une modélisation lexicographique
formelle fondée sur une conception relationnelle du lexique. Nous bornons la
phraséologie des NECC aux collocations contrôlées par les NECC (par ex. koga
oddukhada, litt. nez+SUB ê[Link] ‘avoir un nez haut et beau’). Dans la phraséologie des
NECC, nous prenons aussi en compte la phraséologisation dans un mot-forme (par ex.
napjakko, ‘nez aplati’). Nous appelons collocation morphologisée ce type de phrasème
morphologique par opposition à la collocation lexicale. À partir de l’examen des
collocations non seulement lexicales mais aussi morphologisées contrôlées par NEC,
nous pouvons obtenir les composantes sémantiques de la définition de la base, le NEC.
Après cela, nous proposons un patron universel de définition des NEC, qui est le
fondement du modèle explicatif de la phraséologie des NEC. Ce modèle s’appuie sur
l’hypothèse selon laquelle on peut trouver dans les définitions des NEC des composantes

i
récurrentes. Différentes collocations (du type Magn, Ver, Bon, Real1, en termes de
fonctions lexicales de la Théorie Sens-Texte) sont alors générées relativement au
sémantisme de ces composantes. Finalement, nous comparons la description de la
phraséologie des NECC à celle des NEC français, afin d’observer les diverses non-
correspondances entre les phrasèmes des deux langues.
Ce travail approfondit notre compréhension de la phraséologie aussi bien en
général, qu’en tant qu’elle est appliquée au coréen et au français, et met en relief des
différences culturelles encodées dans les deux langues. Il peut également trouver des
applications en didactique et en traductologie.

ii
Table des matières
Résumé ............................................................................................................... i
Table des figures ............................................................................................................. ix
Liste des tableaux ............................................................................................................ xi
Liste des définitions ....................................................................................................... xiii
Abréviations et symboles ................................................................................................xv

1 Présentation de la recherche ....................................... 1


1.1 Sujet de recherche et cadre méthodologique...................................... 1
1.2 Notions présupposées .................................................................................. 3
1.2.1 Lexique des NEC ............................................................................................. 3
1.2.2 Phraséologie et collocation .............................................................................. 4
[Link] Phraséologie dans la LEC ............................................................................. 4
[Link] Collocation .................................................................................................... 6
1.2.3 Conventions d’écritures ................................................................................... 6
1.3 Plan de l’étude ............................................................................................... 7
1.4 Ressources consultées .................................................................................. 9

2 À propos de la langue coréenne ................................ 11


2.1 Caractéristiques générales ............................................................ 12
2.1.1 Spécificité typologique .................................................................................... 12
[Link] Langue agglutinante ...................................................................................... 12
[Link] Langue SOV ................................................................................................. 13
[Link] Langue à « verby adjective » ........................................................................ 13
[Link] Langue à tête finale ....................................................................................... 15
2.1.2 Remarques sur les parties du discours ............................................................. 17
[Link] Comparaison des parties du discours en coréen et en français ..................... 17
[Link] Adnominal .................................................................................................... 18
[Link] Suffixe casuel ................................................................................................ 20
2.2 Caractéristiques du nom commun coréen ................................... 23
2.2.1 Critères de caractérisation du nom................................................................... 23

iii
2.2.2 Propriétés morphologiques .............................................................................. 25
[Link] Flexion .......................................................................................................... 25
[Link] Dérivation lexicalisée ................................................................................... 28
[Link] Composition .................................................................................................. 30
2.2.3 Propriétés syntaxiques ..................................................................................... 31
[Link] Syntagmes nominaux.................................................................................... 31
[Link] Nom prédicativisé......................................................................................... 34
[Link] Cas de la construction dite « à double sujet »............................................... 36
[Link].1 Analyse .............................................................................................. 36
[Link].2 Construction NSUB NECSUB V / Adj ............................................................ 38

3 Noms d’éléments du corps (NEC) ............................ 43


3.1 Caractéristiques universelles des NEC ........................................ 44
3.1.1 Richesse du vocabulaire des NEC ................................................................... 44
3.1.2 É léments du vocabulaire basique ..................................................................... 45
3.1.3 Source de l’« embodiment » ............................................................................ 48
3.1.4 Universel physico-conceptuel .......................................................................... 51
3.1.5 Nature de quasi-prédicat sémantique ............................................................... 54
3.2 Délimitation des NEC étudiés ....................................................... 58
3.2.1 Focalisation sur les noms neutres d’éléments externes du corps humain ........ 58
[Link] Noms neutres ................................................................................................ 58
[Link] Noms d’éléments externes du corps ............................................................. 61
[Link] Noms d’éléments du corps humain ............................................................... 63
3.2.2 Focalisation sur les unités lexicales autonomes ............................................... 64
3.3 Polysémie des vocables de NEC .................................................... 66
3.3.1 Polysémie très riche ......................................................................................... 67
[Link] Taux de polysémie ........................................................................................ 67
[Link] Recherches précédentes ................................................................................ 69
[Link].1 Sur la distinction des acceptions ................................................................ 69
[Link].2 Sur la structuration des vocables de NEC .................................................. 72
[Link] Traitement polysémique du point de vue phraséologique ............................ 74
3.3.2 Distinction des acceptions ............................................................................... 75
[Link] distinguer une lexie de l’élément du corps d’une personne vs d’un animal . 76
[Link] distinguer une lexie « fonctionnelle » ........................................................... 80
[Link] distinguer une lexie « fonctionnalisée » ....................................................... 84

iv
[Link] distinguer une lexie désignant une partie marquante de l’élément du corps 85
3.3.3 Polysémie des NECC prise en compte ............................................................ 91

4 Vocabulaire de référence .......................................... 95


4.1 NEC de base ................................................................................ 96
4.1.1 Liste des NEC de base ..................................................................................... 96
4.1.2 Caractéristiques des NEC de base ................................................................... 99
4.2 Nomenclature des NECC............................................................. 101
4.2.1 Comment établir la nomenclature .................................................................. 101
4.2.2 Remarques sur la composition de la nomenclature ....................................... 103
4.2.3 Nomenclature support de l’étude ................................................................... 105
4.2.4 Bilan de nomenclature des NECC ................................................................. 113

5 Phraséologie des NECC........................................... 117


5.1 Phénomènes considérés................................................................ 118
5.1.1 Richesse phraséologique des NEC ................................................................ 118
[Link] Richesse des collocations contrôlées par les NEC...................................... 118
[Link] Richesse des locutions incluant des NEC ................................................... 119
[Link] Ambiguïté des phrasèmes ........................................................................... 121
5.1.2 Collocations contrôlées par les NECC........................................................... 124
5.1.3 Pourquoi s’intéresser à la phraséologie collocationnelle ? ............................ 125
[Link] Point de vue comparatif .............................................................................. 125
[Link] Point de vue lexicographique ...................................................................... 127
[Link] Point de vue culturel ................................................................................... 132
5.2 Délimitation de l’étendue de la phraséologie des NECC .......... 133
5.2.1 Continuum phraséologique selon la LEC ...................................................... 134
5.2.2 Entre les expressions libres et les collocations .............................................. 134
[Link] Test basé sur la contrainte de sélection lexicale ......................................... 135
[Link] Identification de la présence de la contrainte de sélection .......................... 136
5.2.3 Entre les collocations et les locutions ............................................................ 142
[Link] Compositionnalité du Sens au Texte .......................................................... 142
[Link] Identification de la (non-)compositionnalité............................................... 144

v
5.3 Traitement des lexies complexes incluant les NECC ................ 146
5.3.1 Classification des mots-formes composés ..................................................... 147
[Link] Composé libre vs composé lexicalisé ......................................................... 147
[Link] Composé endocentrique vs composé exocentrique .................................... 150
[Link] Composé semi-phraséologique ................................................................... 152
[Link].1 Composé sur le continuum phraséologique ............................................. 152
[Link].2 Collocation morphologisée vs collocation lexicale ................................. 155
[Link].3 Traitement lexicographique des composés collocationnels ..................... 156
5.3.2 Composés collocationnels des NECC............................................................ 157
[Link] Délimitation des composés collocationnels ................................................ 157
[Link] Classification syntaxique des composés collocationnels des NECC .......... 159
[Link] Classification sémantique des composés collocationnels des NECC ......... 164
[Link] Classification selon le statut lexical du mot-forme ..................................... 165
[Link] Phrasèmes morphologiques ambigus .......................................................... 169
5.3.3 Classification des phrasèmes morphologiques .............................................. 172

6 Modèle explicatif de la phraséologie des NEC ....... 177


6.1 Lien entre définition et phraséologie .......................................... 178
6.1.1 Définition en tant qu’annonciateur de la combinatoire lexicale .................... 178
[Link] É tude de la définition de NUNSIUL .............................................................. 178
[Link] Phraséologie de NUNSIUL ............................................................................ 184
6.1.2 Collocation : révélateur des composantes définitionnelles ............................ 188
[Link] Phraséologie de NUN ‘yeux’ ........................................................................ 188
[Link] Définition de NUN ‘yeux’ ............................................................................ 191
6.1.3 Systématiser le lien entre la définition et la phraséologie des NECC ........... 194
6.2 Définition des NEC....................................................................... 196
6.2.1 Théorie et réalité de la définition ................................................................... 196
[Link] Contenu de la définition .............................................................................. 196
[Link] Forme de la définition ................................................................................. 200
6.2.2 Deux considérations pour la définition des NEC........................................... 203
[Link] Structure actancielle des NEC .................................................................... 203
[Link].1 NEC monoactanciels................................................................................ 204
[Link].2 NEC biactanciels...................................................................................... 205
[Link].3 NEC triactanciels ..................................................................................... 207
[Link] Hiérarchie des composantes définitionnelles des NEC .............................. 208
[Link].1 Composante Centrale (CC) et Composantes Périphériques (CP) ............ 208

vi
[Link].2 Composantes faibles ................................................................................ 209
6.2.3 Composantes définitionnelles des NEC ......................................................... 210
[Link] CC des NEC ................................................................................................ 210
[Link] CP des NEC ............................................................................................ 212
6.3 Patron « interlangue » de définition des NEC ........................... 243
6.3.1 Objectif du patron .......................................................................................... 243
[Link] Patron définitionnel de l’approche de NSM ............................................... 243
[Link] Patron définitionnel de l’approche de la TST ............................................. 247
6.3.2 Patron du modèle explicatif de la phraséologie des NEC .............................. 248
6.3.3 Application aux deux lexies [Link] ~ [Link] ............................................ 251
[Link] Description de NUN ..................................................................................... 252
[Link] Description d’YEUX ..................................................................................... 254
[Link] Synthèse ..................................................................................................... 257

7 Conclusion ................................................................ 261

Bibliographie ...........................................................................................................267
Annexe .......................................................................................................... 287

vii
viii
Table des figures

Numéro Titre Page


Figure 2-1 Structure syntaxiques de (1) et (4) 14
Figure 2-2 Comparaison des structures syntaxiques prédicatives du coréen et 15
du français
Figure 2-3 Gouverneur syntaxique « Nom+-i » 34
Figure 2-4 Arbre syntaxique de la phrase (46) selon Hong C. S., Nam G. I. et 36
Han J. H
Figure 3-1 Ordonnancement des vocables polysémiques dans le PGD 72
Figure 4-1 NEC de base 96
Figure 4-2 Méronymie (Cruse 2011: 172) 103
Figure 5-1 Entrée de HAND dans le BBI 119
Figure 5-2 Locution contenant SON dans Kim H. S. (2011) 120
Figure 5-3 Mode de production d’une collocation ‘tendre la main’ 126
Figure 5-4 Opération esthétique pour le nez plat 129
Figure 5-5 Nez de face 131
Figure 5-6 Nez de profil 132
Figure 5-7 Continuum phraséologique 134
Figure 5-8 Composés sur le continuum phraséologique 153
Figure 5-9 Types des dents 167
Figure 5-10 Dents de lait et dents permanentes 168
Figure 6-1 Structure actancielle de BULKHIDA et BULKEOJIDA 185
Figure 6-2 Collocations de NUNSIUL encodées par Real1 185
Figure 6-3 Collocation de NUNSIUL encodée par Real2 186
Figure 6-4 Collocations de NUNSIUL encodées par Fact2 187
Figure 6-5 Recherche de nuni malkda dans le dictionnaire coréen-français 190
Figure 6-6 Corrélation entre la définition et la phraséologie 194
Figure 6-7 De l’examen de la phraséologie à la production de la phraséologie 195
Figure 6-8 Geomeunjawi et huinjawi 197
Figure 6-9 Réseau sémantique de PEUR 203
Figure 6-10 Mobilité des cheveux 225
Figure 6-11 Photo de ssangkkeopul 236
Figure 6-12 Oreilles des Bouddha 242
Figure 6-13 Patron définitionnel interlangue des NEC 249
Figure 6-14 Cartographe de NUN / YEUX 251

ix
x
Liste des tableaux

Numéro Titre Page


Tableau 2-1 Parties du discours du coréen (Ko Y. K. et Ku B. G. (2009: 45)) 17
Tableau 2-2 Comparaison du des parties du discours du coréen et du français 18
Tableau 2-3 Correspondance des parties du discours des modificateurs du 20
coréen et du français
Tableau 2-4 Suffixes casuels du coréen 21
Tableau 2-5 Délimitateurs du coréen (Sohn H. M. 1999: 214-215) 26
Tableau 2-6 Mode de formation des noms composés coréens 30
Tableau 2-7 Rôles syntaxiques des subjectifs de (48)-(51) 37
Tableau 3-1 Vocabulaires basiques du français, coréen et anglais 47
Tableau 3-2 Liste des NEC des vocabulaires basiques classés selon la 48
localisation de l’élément du corps dénoté
Tableau 3-3 Types des sens lexicaux 55
Tableau 3-4 Polysémie des vocables de NECC 68
Tableau 3-5 Description polysémique du vocable MEORI dans le PGD 69
Tableau 3-6 Recherches sur la polysémie des vocables de NECC 70
Tableau 3-7 Description polysémique de SON et GASEUM dans le PGD 73
Tableau 3-8 Distinction des acceptions pour élément du corps d’une personne 76
vs d’un animal dans le PGD
Tableau 3-9 Distinctions des acceptions selon les éléments du corps d’une 80
personne vs d’un animal
Tableau 3-10 Vocables qui peuvent comprendre une lexie fonctionnelle 81
Tableau 3-11 Distinction des acceptions selon la fonction 83
Tableau 3-12 Lexie hypothétique désignant une partie marquante 86
Tableau 3-13 Acceptions des NECC à traiter 92
Tableau 4-1 Comparaison des lexies qui désignent la partie 17 en coréen, 98
français et anglais et leurs définitions dans les dictionnaires
Tableau 4-2 NEC de base coréens, français et anglais 99
Tableau 4-3 Lexies composées GWI+Nom et Nom+GWI 100
Tableau 4-4 Lexique du coréen selon l’étymologie 101
Tableau 4-5 Bilan de la nomenclature des NECC 113
Tableau 4-6 Structure morphologique des NECC 113
Tableau 4-7 Classification étymologique des NEC 114
Tableau 4-8 Lexicalisation des NEC français 114
Tableau 5-1 Analyse des locutions qui incluent SON ‘main’ dans Eom S. C. 127
(2014 : 127-128)
Tableau 5-2 Forme de nez qui exprime des caractères de X 132
Tableau 5-3 Apparition de l’occurrence « grand/gros + NEC » dans Frantext 137
Tableau 5-4 Types de composés libres en chinois (Nguyen 2006: 219) 149
Tableau 5-5 Relation entre les constituants dans le composé endocentrique 151
(Haspelmath et Sims 2010)

xi
Tableau 5-6 Deux façons d’exprimer la valeur collocationnelle en chinois 155
Tableau 5-7 Composés collocationnels qui illustrent la forme du nez 160
Tableau 5-8 Classification syntaxique des composés et dérivés collocationnels 164
des NECC
Tableau 5-9 Composés collocationnels des NECC 165
Tableau 5-10 Classification des phrasèmes morphologiques selon Beck et 173
Mel’čuk (2011)
Tableau 5-11 Phrasèmes sémantiques au niveau morphologique 175
Tableau 5-12 Phrasèmes sémantico-lexicaux au niveau morphologique 175
Tableau 6-1 Extraction des composantes sémantiques des collocations 193
contrôlées par NUN
Tableau 6-2 Forme propositionnel des NEC monoactanciels 205
Tableau 6-3 Structure actancielle des NEC 208
Tableau 6-4 Structure hiérarchique de la définition de MAIN 209
Tableau 6-5 Structure hiérarchique de la définition de YEUX 209
Tableau 6-6 CC ‘parties/éléments du visage’ 211
Tableau 6-7 CC ‘parties/éléments de l’œil’ 211
Tableau 6-8 CC ‘poil de α’ 211
Tableau 6-9 CP des NEC 212
Tableau 6-10 Collocations sur la couleur des yeux en coréen et en français 222
Tableau 6-11 NEC français qui expriment un état psychologique Y de X 234
Tableau 6-12 NECC qui expriment un état psychologique Y de X 234
Tableau 6-13 Classification des NEC de Wierzbicka (2007) 244
Tableau 6-14 Facettes sémantiques des NEC (Iordanskaja 1996: xiii) 247
Tableau 6-15 Facettes sémantiques de la lexie russe глаз ‘yeux’ 248
Tableau 6-16 Patron définitionnel de NUN ‘yeux’ 254
Tableau 6-17 Patron définitionnel de YEUX 257

xii
Liste des définitions

Numéro Titre Page


Définition 4-1 NUNGA, IPGA et GWISGA du PGD 102
Définition 5-1 KOSDEUNG dans le PGD 128
Définition 5-2 KOSDAE dans le PGD 128
Définition 5-3 KOSDEUNG 131
Définition 5-4 KOSDAE 131
Définition 5-5 DDEUDA extrait du PGD 140
Définition 5-6 GAMDA extrait de PGD 140
Définition 5-7 Vocable JANMEORI de PGD 171
Définition 6-1 NUNSIUL extrait de PGD et GHD 178
Définition 6-2 NUNSIUL 183
Définition 6-3 NUN extrait du PGD 191
Définition 6-4 NUN extrait du GHD 192
Définition 6-5 NUN (i) 193
Définition 6-6 GEOMEUNJAWI extrait de PGD 197
Définition 6-7 GEOMEUNJAWI 198
Définition 6-8 NUNSIUL extrait de PGD 198
Définition 6-9 SOKNUNSSEOP extrait de PGD 198
Définition 6-10 PUPILLE extrait de PR (2016) 199
Définition 6-11 IRIS extrait de PR (2016) 199
Définition 6-12 KO extrait de PGD 199
Définition 6-13 GWI extrait de PGD 199
Définition 6-14 MAIN I.A.1 de PR(2016) 200
Définition 6-15 PIED I.A.1 de PR(2016) 200
Définition 6-16 NOSE de Wierzbicka (2007) 201
Définition 6-17 PEUR du RL-fr 202
Définition 6-18 GWANJANORI extrait du PGD 208
Définition 6-19 I dans le PGD 220
Définition 6-20 SEIN 240
Définition 6-21 LEGS de Wierzbicka (2007) 245
Définition 6-22 EYES de Wierzbicka (2007) 245
Définition 6-23 Définitions de EYES et AMI ‘yeux’ (Wierzbicka 2007) 246
Définition 6-24 NUN (ii) 259
Définition 6-25 YEUX 259

xiii
xiv
Abréviations et symboles
Notons que les abréviations ci-dessous en petit majuscule (par ex. ACC) sont des suffixes coréens qui
s’ajoutent soit aux noms ou pronoms, soit aux radicaux verbaux ou adjectivaux.

ACC accusatif

Adj adjectif

Adv adverbe

ADV adverbisation

APP apposition

attr dépendance syntaxique profonde attributive

BBI BBI combinatory Dictionary of English

CAUS causalité

COM comitatif

COOR coordination

cop relation copulaire

DAT datif

DEC Dictionnaire Explicatif et Combinatoire

DÉ CL déclaratif

DÉ L délimitateur

GHD Grand dictionnaire du coréen de l’Université de Korea

GÉ N génitif

GÉ R gérondif

FL fonction lexicale

xv
FUT futur

HON honorifique

INC délimitateur (inclusion)

INS instrumental

INT intérrogatif

litt. sens littéral

LEC Lexicologie Explicative et Combinatoire

LIM délimitateur (limitation)

LOC locatif

MOD modification

modif modificateur

N nom

NEC noms d’éléments du corps

NECC noms d’éléments du corps coréens

NOM nominatif

obj-dir relation objectale directe

OED Oxford English Dictionary

PASS passé

PGD Grand Dictionnaire Standard du Coréen

PLUR plurialité

PRÉ modalité de présomption

PRÉ D prédicateur

xvi
PRÉ S présent

PRH prolepse rhématique

PTH prolepse thématique

REL relativisation

RÉ S résultatif

RL-kr Réseau Lexical coréen

RL-fr Réseau Lexical français

SEQ séquence

subj relation subjectale

SUB subjectif

SUBO subordination

TLF Trésor de la Langue Française

TOP topic / thème

TST Théorie Sens-Texte

V verbe

VOC vocatif

vulg vulgaire

YHD Yonsei dictionnaire du coréen

*X expressions linguistique agrammaticale

?
X expressions linguistique douteuse

xvii
1 Présentation de la recherche

1.1 Sujet de recherche et cadre méthodologique

Le présent travail a pour objectif de développer une méthodologie permettant de


comparer la phraséologie des noms d’éléments du corps (dorénavant, NEC) en coréen et
en français dans la perspective de la Lexicologie Explicative et Combinatoire (Mel’čuk
et al. 1995) et de la Lexicographie Explicative et Combinatoire (Polguère 2014a, 2014b).

Le corps est un des « universels physiques » comme l’air, l’eau, etc. : tous les
humains du monde possèdent un corps. En même temps, il est un des « universels
conceptuels » : tous les humains prennent conscience de l’existence du corps et ils le
connaissent à partir de ses parties (Wierzbicka 2007).

Ce qui nous intéresse dans cette étude, c’est que même si le corps est un universel
physique et conceptuel, les NEC donnent lieu à beaucoup de différences de lexicalisation
entre langues. D’une part, la façon dont le corps est divisé en parties diffère. Par exemple,
la lexie polonaise RĘKA1, dont l’équivalent français est MAIN, désigne la main, le poignet
et l’avant-bras jusqu’au coude. La lexie russe PYKÁ et la lexie grecque XERI dénotent aussi
cette partie. D’autre part, nous pouvons trouver des lacunes lexicales dans le cadre de la
comparaison interlangue. La lexie POMME D’ADAM qui désigne une partie saillante dans
le cou n’existe pas en coréen. Par contre, la lexie coréenne MIGAN qui dénote une partie
entre les sourcils n’existe pas en français. Ces écarts lexicaux nous montrent que chaque
langue a sa propre façon de procéder en ce qui concerne la division du corps et la
lexicalisation de chaque élément du corps.

De plus, la phraséologisation des NEC diffère également d’une langue à l’autre.


Les collocations contrôlées par les NEC mettent en lumière des différences beaucoup plus
variées. Par exemple, pour désigner un nez qui est volumineux, la collocation un gros nez
ou un nez fort s’utilisent en français. Par contre, pour désigner l’équivalent, l’adjectif
keuda ‘être grand’ modifie la lexie NEZ en coréen. L’adjectif oddukhada se combine
souvent à NEZ pour exprimer un nez qui est accentué (et considéré beau dans la culture
coréenne). Il n’est pas évident de trouver l’adjectif correspondant à cet adjectif coréen en
français.

1
Ces différences sont liées à la conceptualisation des fonctions pratiques et sociales
des entités physiques que les NEC dénotent. L’hypothèse sur laquelle repose notre travail
est que la comparaison systématique de la lexicalisation des NEC et leur
phraséologisation entre deux langues vont permettre de mettre en évidence des
différences de conceptualisation et de culture entre deux sociétés.

Des études sur la comparaison interlangue des NEC sont menées surtout dans le
contexte de la typologie sémantique et de la linguistique cognitive. Citons notamment les
travaux de Brown (1976), Andersen (1978), Johnson (1987), Heine (1997), Enfield et al.
(2006), Sharifian et al. (2008), Maalej et Yu (2011) et Stoecklé (2014). Ces études ont
tendance à examiner comment le corps est divisé, à chercher une façon universelle de le
catégoriser ou à montrer des points communs et divergents dans les procédés de
métaphorisation dans les locutions incluant des NEC.

Notre travail diffère de ces études de deux façons. D’une part, notre étude
comparative est une approche lexicologique. Avant tout, nous délimitons le lexique des
NEC entre deux langues et choisissons les lexies NEC concernées. Puis des lexies NEC
seront étudiées au travers des collocations qu’elles contrôlent. Nous nous intéressons à la
combinatoire lexicale de chaque lexie NEC. Voyons par exemple la lexie POMMETTE et
son équivalent coréen GWANGDAEPPYEO. La comparaison simple de la catégorisation du
corps et la lexicalisation entre deux langues nous indiquent les deux lexies désignent la
même partie du visage, à savoir la partie la plus saillante de la joue sous l’angle extérieur
de l’œil1. Pourtant, la comparaison de leurs collocations met en évidence leur différence :
on peut dire pommette rouge, alors qu’on ne peut pas dire gwangdaeppyeo+ga ppalgahda,
litt. pommette+SUB ê[Link]. La différence de ces deux lexies se montre ainsi à partir
de leurs combinatoires lexicales. Il nous semble nécessaire de tenir compte des
combinatoires lexicales pour rendre compte du sens des NEC et pour les comparer. En ce
qui concerne la description des NEC et leur combinatoires lexicales, nous utilisons la
Lexicologie Explicative et Combinatoire (dorénavant, LEC). Cette approche nous permet
de décrire le sens des NEC d’une façon rigoureuse et d’examiner les combinatoires
lexicales que ces NEC contrôlent d’une façon systématique et exhaustive.

1
Extrait du Trésor de la Langue Française informatisé.

2
D’autre part, notre approche est lexicographique. Notre étude commence à
examiner et analyser les problèmes des dictionnaires existants, puis vise à la modélisation
lexicographique des NEC sous la forme d’un Réseau Lexical du Coréen (dorénavant RL-
kr). Notre but ultime est d’aboutir à l’élaboration du RL-kr. Ce réseau lexical est un
dictionnaire virtuel qui est représenté par les graphes multidimensionnels des liens
paradigmatiques et syntagmatiques entre les unités lexicales (Lux-Pogodall et Polguère
2011, Polguère 2012c, 2014a, 2014b, Ollinger 2014). Nous établissons un échantillon de
ce réseau avec les NEC coréen pour analyser plus efficacement la lexicalisation et
phraséologie des NEC coréen, et finalement pour les comparer avec celles du français.

1.2 Notions présupposées

Notre objet d’étude est donc le lexique des NEC et les collocations que ceux-ci
contrôlent. Dans cette section, nous clarifions les notions basiques concernant les NEC et
les collocations dans un cadre de la LEC.

1.2.1 Lexique des NEC

Le lexique des NEC est défini comme l’ensemble des lexies qui dénotent des
éléments du corps. À propos de cette définition, nous insistons sur deux points.
Premièrement, le NEC est une lexie, pas un vocable, lequel est un regroupement de lexies.
Par exemple, le vocable coréen GASEUM a plusieurs acceptions : GASEUM 1 ‘élément du
corps qui s’étend des épaules à l’abdomen’ ; GASEUM 2 ‘seins de femme’ ; GASEUM 3
‘siège de pensée’ ; GASEUM 4 ‘partie d’un vêtement couvrant GASEUM 1’, etc. Dans un
vocable, les lexies sont associées aux mêmes signifiants et ils ont une relation sémantique
(directement ou indirectement). Dans un vocable GASEUM, nous nous intéressons aux
lexies qui désignent les éléments du corps comme GASEUM 1 et GASEUM 2. Non seulement
des lexèmes comme GASEUM 1, mais aussi des syntagmes figés comme ARCADE

SOURCILIÈ RE, qui sera désigné par le terme locution, font partie des lexies NEC.

Un deuxième point concerne le terme éléments du corps. Nous l’utilisons au lieu


de parties du corps pour inclure tous les éléments du corps. Parmi eux, nous comptons
non seulement les éléments qu’on considère généralement comme des parties du corps

3
(par ex. tête, œil, bras, main, etc.) mais aussi des éléments moins « séparables » comme
injung ‘un élément creuse entre le nez et la lèvre’, arcade sourcilière, etc.

1.2.2 Phraséologie et collocation

Deux approches principales sur le phénomène phraséologique existent (Granger


et Paquot 2008) : une approche traditionnelle qui étudie plutôt l’étendue de la
phraséologie et classifie les sous-types des unités phraséologiques (Cowie 1981, 1998a,
1998b ; Howarth 1996) et une approche distributionnelle qui travaille sur le corpus et
repère des cooccurrences beaucoup plus variés par la fréquence (Sinclair 1991, 2004).
Notre étude relève plutôt de la première approche.

La phraséologie en tant que domaine d’étude en linguistique est récemment bien


développée malgré la confusion par son étendue et ses termes. Plusieurs recherches ont
contribué à clarifier la notion de la phraséologisation et à classifier les unités
phraséologiques. Citons notamment les travaux de Hausmann 1997, Cowie 1998a,
Grossmann et Tutin 2003, Pecman 2004, Burger et al. 2007, Granger et Paquot 2008,
Mejri 2011a, Schmale 2013 et Legallois et Tutin 20132. Nous présentons ici la notion et
la classification des unités phraséologiques de notre approche, la LEC.

[Link] Phraséologie dans la LEC

Dans la LEC, nous utilisons le terme phraséologie d’une langue pour désigner
l’ensemble de tous les phrasèmes de cette langue (Mel’čuk 1997, Mel’čuk et Milićević
2014). Le phrasème, qui est une unité phraséologique dans la LEC, est défini comme
énoncé multilexémique non libre.

La classification des phrasèmes est faite selon deux axes : (i) l’axe paradigmatique
– contraintes de sélection des composantes des phrasèmes et (ii) l’axe syntagmatique –
compositionnalité du Sens au Texte (Polguère 2015). La collocation et le cliché
linguistique sont des phrasèmes compositionnels et la locution est un phrasème non
compositionnel.

2
En particulier, Legallois et Tutin (2013) examine l’extension des unités phraséologiques et de la discipline
à partir du Bally (1909), « précurseur de la phraséologie » jusqu’à présent.

4
locution
Axes expressions libre collocation
cliché linguistique quasi- semi- locution
locution locution complète

(i) non restreint restreint restreint

(ii) compositionnel compositionnel non compositionnel

Les trois types de locutions se distinguent en fonction de l’inclusion du sens des


constituants dans le sens global de la locution : locution forte ou complète ; semi-locution ;
locution faible (quasi-locution). Nous introduisons le concept du pivot sémantique pour
expliquer la compositionnalité. Le pivot sémantique est un sémantème, sur lequel on
applique une prédication. Dans le syntagme nez aquilin ‘nez qui est fin et busqué en forme
de bec d’aigle (TLFi)’, on prédique sur le sémantème ‘nez’. C’est ce sens sur lequel on
applique une prédication ‘qui est fin et busqué’. Son pivot sémantique est ‘nez’. Nous
pouvons tester si la définition comprend le sens des constituants. La locution forte n’inclut
aucun des sens des constituants dans sa définition : par exemple, ˹TÊ TE DE COCHON˺

‘personne entêtée’. La semi-locution inclut le sens d’un des constituants, mais pas en tant
que pivot sémantique : par exemple, ˹FRUIT DE MER˺ ‘crustacés, coquillages comestibles
provenant de la mer (TLFi)’. La locution faible inclut le sens de tous ses constituants,
mais pas en tant que pivot sémantique : par exemple, ˹DONNER LE SEIN˺ ‘femme X nourrit
le bébé Y de son lait en mettant le mamelon d’un de ses seins à la bouche de Y’3. Le pivot
sémantique de cette locution est ‘nourrir’.

Les clichés linguistiques (par ex. Quel âge as-tu ?, Défense de stationner) sont
des phrasèmes compositionnels. Le sens de ces phrasèmes n’est pas construit par le
locuteur, mais sélectionné comme un tout. Nous appellons les clichés linguistiques
phrasèmes sémantico-lexicaux et les collocations et les locutions phrasèmes lexicaux
(Mel’čuk 2013a, Polguère 2015).

3
Pour le détail sur la différence de ces locutions, voir Mel’Mel’čuk (2013a) et Polguère (2015). Pour le
détabil sur la modélisation lexicographique des locutions, voir Pausé (2014).

5
La LEC prend en compte des phrasèmes morphologiques (par ex. épaule+ette,
mange-+r+ai-s, etc.). Ils sont des lexies complexes qui sont construits non-librement, à
l’opposé des expressions morphologiques libres (Beck et Mel’čuk 2011).

[Link] Collocation

Dans la LEC, la collocation est définie comme combinaison lexicale semi-


contrainte. Sa structure est binaire : la base et le collocatif. La base est sélectionnée
librement par le locuteur mais le collocatif doit être sélectionné en fonction du sens à
exprimer et de la base. Dans la collocation repas copieux, le collocatif copieux a été
sélectionné par la base repas pour exprimer le sens ‘repas qui est en quantité’.

La collocation est un phrasème compositionnel et la compositionnalité distingue


la collocation de la locution. Alors que la locution est une unité lexicale à part entière
dans le lexique de chaque langue, la collocation est construite par le locuteur.
Contrairement à la locution, la collocation n’est normalement pas consignée en tant
qu’entrée de dictionnaire. Elle relève de la combinatoire lexicale de la base et donc elle
doit être décrite dans l’entrée lexicographique de sa base. La LEC identifie le lien lexical
entre une lexie vedette (par ex. repas) et un ensemble de lexies ou d’expressions figées
(par ex. copieux, gros, etc.) et formalise ce lien au travers d’une fonction lexicale
(dorénavant, FL). Ainsi la collocation repas copieux est décrite au travers de la FL Magn
‘intensificateur’ sous l’entrée de sa base REPAS.

1.2.3 Conventions d’écritures

Nous proposons la convention d’écriture concernant les notions ci-dessus :

6
VOCABLE NEZ

LEXÈ MEnuméro d’acception NEZ I.1a

˹LOCUTION˺ ˹ARCADE SOURCILIÈ RE˺

collocation nez crochu

collocation morphologisée napjakko

Fonction lexicale Magn(cheveuxI.b)= abondants, drus,

// crinière, toison

‘explication du sens’ ‘élément du corps qui est rond…’

1.3 Plan de l’étude

Notre étude comparative abordera deux thèmes principaux : la lexicalisation des


NEC et leur phraséologie. Dans les grandes lignes, après avoir tout d’abord étudié
l’esquisse de la langue coréenne dans le chapitre 2, nous consacrons les chapitres 3 et 4 à
la lexicalisation des NEC, et les chapitre 5 et 6 à la phraséologie des NEC.

Le chapitre 2 présentera une esquisse de la langue coréenne. Nous examinerons


les caractéristiques générales de la langue coréenne. Et étant donné que les NEC sont des
noms, nous allons focaliser notre attention sur les caractéristiques morphosyntaxiques du
nom commun coréen. Cette brève présentation du coréen aidera le lecteur à comprendre
les analyses linguistiques que nous menons tout au long de notre étude.

Le chapitre 3 consistera en une réflexion sur les propriétés universelles et


spécifiques des NEC. Nous présenterons cinq aspects universels des NEC : leur richesse
lexicale, leurs spécificités en tant que vocabulaire basique, source de l’« embodiment »,
l’universel physique et conceptuel et les quasi-prédicats sémantiques. Pour examiner les
propriétés spécifiques des NEC coréen (ou, NECC), nous allons délimiter le lexique des
NECC en nous focalisant sur les noms neutres d’éléments externes du corps humains.
Pour les vocables polysémiques, nous allons séparer en lexies selon les principes de la

7
LEC. Ce processus est nécessaire pour établir la nomenclature du lexique des NECC du
chapitre suivant.

Le chapitre 4 sera consacré à établir la nomenclature des NECC. Nous allons


d’abord présenter la liste des NEC de base en coréen et en français, qui s’utilisent plus
souvent dans la vie quotidienne et qui ont plusieurs méronymes. Les NEC de base
aideront à établir la nomenclature des NEC. Nous allons présenter notre nomenclature
des NECC et leurs équivalents français, qui seront analysés dans les chapitres suivants.

Dans le chapitre 5, nous aborderons le deuxième volet de notre étude, la


phraséologie des NEC. Les phrasèmes qui incluent des NEC sont très riches dans chaque
langue. Parmi ceux-ci, nous choisirons les collocations contrôlées par les NEC. Nous
avons fait ce choix, car il s’avère que la collocation est plus pertinente du point de vue
comparatif, lexicographique et culturel. Même si la définition de la notion de collocation
est claire, nous trouvons des cas flous à la frontière entre des expressions libres et des
collocations, et entre des collocations et des locutions. Nous examinerons des cas
difficiles qui se situent à ces frontières. Nous nous intéresserons aussi aux lexis complexes
(lexies composées et lexies dérivées) incluant les NECC. Nous montrerons le fait que le
phénomène collocationnel se trouve non seulement aux collocations lexicales, mais aussi
aux lexies complexes en coréen. Nous distinguerons deux types des composés
collocationnels incluant les NECC et en proposerons une description lexicographique
dans le contexte de la LEC.

Dans le dernier chapitre, nous aborderons la description de la phraséologie des


NEC dans une cadre lexicographique. Nous nous appuyons sur le lien entre la définition
et la collocation. Nous remarquons le fait que quelques composantes potentielles existent
dans la définition des NEC, et que des collocations sont générées au niveau du
sémantisme de ces composantes. En tenant compte du lien précité, nous identifions les
composantes sémantiques potentielles des définitions des NEC. Nous proposerons un
patron définitionnel des NEC, à partir duquel nous pouvons prévoir des collocations
qu’ils contrôlent. Enfin, nous soumettrons une lexie coréenne NUN I.1a ‘yeux’ et une lexie
française YEUX I.1a pour comparer leurs modèles explicatifs quant à la phraséologie.

8
1.4 Ressources consultées

Notre étude est fondée sur recours aux corpus même si notre approche n’est pas
une approche corpus driven. Les exemples utilisés dans notre étude sont principalement
tirés des bases textuelles suivantes dans lesquelles nous extrayons des collocations
contrôlées par les NEC :

 pour le français
1) Frantext (1960-présent) [[Link]
2) Corpus mis en place dans le projet RELIEF/RLF
- FrWac [[Link]
- Archive le journal Est Républicain (1999, 2002, 2003)
 pour le coréen
1) Corpus Séjong [[Link]
2) Archive le journal Chosun (1920-présent)
[[Link]

Lorsque aucune source n’est spécifiée, les exemples sont construits par nous-même, en
raison de leur brièveté.

Quant à la sélection des collocations, nous avons examiné les listes des
collocations suivantes :

 pour le français
1) Dictionnaire Explicatif et Combinatoire (dorénavant DEC) I-IV, Mel'čuk, I. et
al. (1984, 1988, 1992, 1999), Les Presses de l’Université de Montréal.
2) Antidote [[Link]
 Pour le coréen
1) Dictionnaire de collocation du projet Séjong (Lee S. H. 2011)
2) Liste des collocations du projet plurilingue des collocations (Hong J. S. et al.
2008 ; Lee S. H. et al. 2009)

Dans le cadre de notre étude, nous avons principalement eu recours aux


dictionnaires suivants :

9
 pour le français
1) DEC I-IV, Mel'čuk, I. et al. (1984, 1988, 1992, 1999), Les Presses de
l’Université de Montréal.
2) Le Trésor de la Langue Française Informatisé (dorénavant, TLFi), Atilf.
[[Link]
3) Petit Robert en édition numérique (dorénavant, PR), Le Robert.
[[Link]]

 pour le coréen
1) Pyojun Gukeo Daesajeon (dorénavant, PGD, ‘Dictionnaire standard de la
langue coréenne’)4, Institut National de la Langue Coréenne.
[[Link]
2) Yeonsei Hangukeo Sajeon (dorénavant, YHS, ‘Yonsei dictionnaire du coréen’)
3) Goryeodae Hangukeo Daesajeon (dorénavant, GHD, ‘Grand dictionnaire du
coréen de l’Université de Korea’)
[[Link]

4
Le PGD comprend 510 000 entrées y compris 220 000 entrées terminologiques. Comme il y a à peu près
40% des entrées terminologique dans ce dictionnaire, Yoo H. K. (2010a : 221) le considère en tant que
dictionnaire écletique, un type de dictionnaire entre un dictionnaire de langue et une encyclopédie. Sa
version web est mise à jour tous les trois mois.

10
2 À propos de la langue coréenne

Ce chapitre présente une esquisse de la langue coréenne pour la discussion


sur les NEC coréens et leur phraséologie. Nous allons montrer, dans un
premier temps, les caractéristiques générales de la langue coréenne : ses
caractéristiques typologiques, y compris le système des parties du discours.
Dans un deuxième temps, nous allons étudier les caractéristiques
syntaxiques et morphologiques des noms communs coréens. L’étude des
propriétés grammaticales des noms communs coréens est nécessaire pour
comprendre les propriétés des NEC coréens.

11
2.1 Caractéristiques générales

2.1.1 Spécificité typologique

Typologiquement, le coréen se caractérise par les spécificités suivantes :

 langue agglutinante ;
 langue SOV ;
 adjectif prédicatif ;
 langue à tête finale.

Ces caractéristiques distinguent le coréen notamment des langues indo-européennes (Li


J. M. 1985 ; Lee I. S. et al. 1997 ; Sohn H. M. 1999 ; Yeon J. H. 2003).

[Link] Langue agglutinante

Le coréen est une langue agglutinante5. En général, on peut analyser une langue
agglutinante à travers la flexion qui se fait par « empilage » de morphèmes. En coréen,
des morphèmes grammaticaux se combinent aux radicaux nominaux (nom, pronom) et
prédicatifs (verbe, adjectif) pour marquer leur fonction grammaticale :

Un morphème -i s’ajoute au nom Paul pour marquer la fonction de sujet et un morphème


-eul au nom chaek ‘livre’ pour marquer la fonction d’objet direct. Un morphème -neun
s’ajoute à ilk, le radical du verbe ilkda ‘lire’ pour marquer le temps présent et un
morphème -da marque le déclaratif.

La flexion en coréen se fait ainsi au moyen des morphèmes grammaticaux que


nous considérons comme étant des suffixes6. Nous appellons suffixes casuels les suffixes

5
Selon la typologie morphologique de la langue, on distingue une langue flexionnelle (par exemple, le
français), une langue isolante (par exemple, le chinois) et une langue agglutinante (par exemple, le coréen).
Cette distinction a été critiquée par beaucoup de linguistes (surtout Greenberg 1960).
6
La grammaire traditionnelle appelle ce suffixe josa (particule). Nous allons étudier en détail ce suffixe
dans la section [Link].

12
qui se combinent aux noms pour marquer le cas et suffixes de conjugaison les suffixes qui
se combinent aux prédicats pour marquer le temps, l’aspect, la mode, etc.

[Link] Langue SOV

Le coréen est analysé étant comme une langue Sujet-Objet-Verbe ou SOV7. Cette
caractéristique est corrélée au fait que le coréen est une langue à tête finale, notion qui
sera étudiée dans la section [Link]. Selon l’ordre canonique de la langue SOV, le verbe8
vient toujours à la fin de la phrase et les autres éléments (le sujet, l’objet, etc.) viennent
avant le verbe comme dans (1) plus haut.

Il faut noter que l’ordre de la phrase est flexible en coréen :

[Link] Langue à « verby adjective »

L’adjectif coréen est de nature verbale. Wetzer (1996) appelle cette sorte
d’adjectif verby adjective par contraste de nouny adjective comme le sont les adjectifs
français ou anglais. Le verby adjective apparaît à la même position que le verbe et se
conjugue comme lui :

7
Il est bien connu que l’ordre SOV regroupe le plus grand nombre de langues. Pour le détail, voir le site
The World Atlas of Languages Structures Online ([Link] chapitre 81).
8
Il en est de même de l’adjectif. Nous allons voir l’ordre de la phrase avec l’adjectif dans la section [Link].

13
L’adjectif jaemiisseossda qui se situe à la fin de la phrase a un rôle de gouverneur
syntaxique de la phrase, au même titre que le verbe ilkneunda de (1).

Comme le verbe, l’adjectif porte la flexion au moyen des suffixes de conjugaison


(le temps, le mode, l’aspect, l’honorification, etc.) :

La forme verbale gasieossgessseubnida, en (5), est constituée du radical ga ‘aller’, du


suffixe honorifique pour le sujet -si, du suffixe de passé -eoss, du suffixe modal de
présomption -gess, du suffixe d’indicatif -seubni et du suffixe de déclaratif -da.
L’exemple (6) montre que le radical adjectival bappeu ‘être occupé’ prend aussi les
mêmes suffixes de conjugaison que le radical verbal ga ‘aller’.

Tel que mentionné plus haut, l’adjectif coréen peut être le gouverneur syntaxique
autant que le verbe. Les arbres syntaxiques suivants visualisent la hiérarchie syntaxique
de (1) et (4) :

ilk+neun+da jaemiiss+eoss+da
° °
subj obj-dir subj

° °
Paul+i chaek+eul chaek+i
modif °

Geu
Figure 2-1 : Structure syntaxiques de (1) et (4)

14
En comparaison avec l’adjectif français ou anglais, l’adjectif coréen n’a pas besoin de
copule être dans l’emploi prédicatif. Cette différence de fonctionnement syntaxique de
l’adjectif9 est visualisée dans la figure ci-dessous :

jaemiiss+eoss+da était
° °
subj subj cop

°
chaek+i livre intéressant
modif ° °
dét
°
Geu °
ce
Figure 2-2 : Comparaison des structures syntaxiques prédicatives du coréen et du
français

Il faut noter que l’emploi prédicatif est canonique pour l’adjectif coréen et qu’un
suffixe spécial se combine avec le radical de l’adjectif pour l’emploi de modificateur
nominal (épithète)10.

Même si l’adjectif prend une même position que le verbe et se conjugue comme
le verbe, nous ne traitons pas l’adjectif en tant qu’une classe de verbe 11 pour plusieurs
raisons. D’abord, l’adjectif n’a pas tous les suffixes de conjugaison que le verbe peut
prendre. Ensuite, l’adjectif ne prend pas le suffixe pour l’impératif ni pour la suggestion.

[Link] Langue à tête finale

Le coréen se caractérise comme étant une langue à tête finale (head-final


language). Non seulement le verbe ou l’adjectif se situent à la fin de la phrase, mais de

9
Outre le verbe et l’adjectif, le verbe dérivé du nom peut être aussi le gouverneur syntaxique. Nous allons
examiner en détail la dérivation en tant que prédicateur du nom coréen dans la section [Link].
10
Il en est de même pour le verbe. Voir l’exemple (8). Nous allons étudier en détail les suffixes
de modification dans la section [Link].
11
Certaines recherches (surtout des recherches comparatives ou des recherches sur l’enseignement du
coréen) utilisent les termes de verbe de qualité ou verbe statif au lieu d’adjectif.

15
plus les modificateurs (comme l’adjectif épithète, l’adverbe, la phrase relative, etc.)
précèdent l’élément modifié12 :

Le verbe ilkneunda ‘lire (PRÉ S, DÉ CL)’ est à la fin de la phrase. L’adnominal13 geo ‘ce’
modifie le nom chaek ‘livre’ et l’adverbe hangsang ‘toujours’ précède le verbe qu’il
modifie.

L’exemple suivant montre aussi que le nom chaek est à la fin du syntagme nominal
en tant que tête du syntagme nominal et que la proposition qui modifie le nom précède ce
nom :

Le suffixe -neun de (8) est différent du suffixe -neun des exemples (1) et (7), qui désigne
le présent. Le suffixe -neun de (8) désigne en même temps le présent et le relativiseur. Le
relativiseur indique la subordination, autrement dit, la relativisation de la proposition qui
modifie le nom. La proposition modificatrice dans (8) est l’équivalent d’une relative en
français. Au lieu de pronom relatif, le suffixe -neun se combine à la fin de la position
modificatrice. Nous considérons ce suffixe en tant que relativiseur14 et le glosons par
PRÉ S-REL pour spécifier qu’il exprime en même temps le présent et la relativisation
propositionnelle.

La section suivante va traiter en détail quelques particularités des parties du


discours qui ont été mentionnées ci-dessus.

12
Lee I. S. et al. (1997 : 22) désigne cette caractéristique par le terme left branching language.
13
Voir l’adnominal dans la section [Link].
14
La grammaire traditionnelle désigne ce relativisateur par le terme adnominal ending (Ko Y. K. et Koo B.
K. 2009 ; Nam G. S. et Ko Y. K. 2011).

16
2.1.2 Remarques sur les parties du discours

[Link] Comparaison des parties du discours en coréen et en français

La grammaire traditionnelle contemporaine coréenne distingue neuf parties du


discours, réparties en cinq métaclasses selon la fonction syntaxique.

Parties du discours du Métaclasses


coréen
dongsa ‘verbe’ yongeon
‘mot qui est prédicatif’
hyeongyongsa ‘adjectif’
myeongsa ‘nom’ cheon
‘mot qui s’utilise comme le sujet’
daemyeongsa ‘pronom’
susa ‘numéral’
gwanhyeongsa susikeon
‘adnominal’ ‘mot qui s’utilise comme
modificateur’
busa ‘adverbe’

gamtansa ‘interjection’ dokripeon


‘mot qui s’utilise indépendamment’
josa ‘particule’15 gwangyeeon
‘mot qui montre la relation’
Tableau 2-1 : Parties du discours du coréen16 (Ko Y. K. et Ku B. G. (2009 : 45))

Nous pouvons comparer les parties du discours du tableau 2-1 avec celles du
français.

Parties du discours du coréen Parties du discours du français


verbe verbe
adjectif adjectif
nom nom
pronom pronom

15
Il faut noter que nous traitons cette partie de discours comme suffixe casuel dans notre étude. Ce tableau
montre le terme des parties de discours selon la grammaire scolaire.
16
Ce système des parties du discours a été publié par le Ministère de l’Éducation de la Corée du sud en
1963. La grammaire scolaire et la plupart des dictionnaires se basent sur ce système.

17
numéral
≈17 déterminant
adnominal
adverbe
adverbe conjonction
interjection interjection
particule préposition
Ø
Tableau 2-2 : Comparaison du des parties du discours du coréen et du français

Les parties du discours nom, pronom, adverbe, interjection, verbe et adjectif existent dans
deux langues. La conjonction française s’exprime par une classe d’adverbe - adverbe
conjonctif comme geuraeseo ‘alors’, geureona ‘mais’, etc. - en coréen. Le numéral coréen
s’exprime par le déterminant numéral du français et l’adnominal coréen s’exprime par le
déterminant ou bien l’adjectif du français.

De la comparaison de deux systèmes des parties du discours, nous allons examiner


en détail deux parties du discours propres au coréen : l’adnominal et la particule. Il faut
mentionner maintenant le statut de la particule. La grammaire traditionnelle du coréen
considère la particule comme s’il était une partie de discours. Mais nous insistons
toutefois sur le fait que la particule n’est pas une unité lexicale et donc qu’elle n’appartient
pas au système de la partie du discours coréen. Nous appelons cette partie du discours
suffixe casuel et l’examinons dans la section [Link].

[Link] Adnominal

L’adnominal (gwanhyeongsa en coréen) est une partie du discours qui précède le


nom (plus globalement, en position initiale dans le syntagme nominal) et qui le modifie :

17
Le symbole ≈ signifie ‘correspond approximativement à’. Strictement parlant, l’adnominal coréen
correspond soit au déterminant soit à l’adjectif français.

18
Les mots-formes i et modeun sont les adnominaux dans les exemples ci-dessus.

L’adnominal a la fonction de modifier le nom, comme l’adjectif en position


d’épithète. L’adjectif en position d’épithète prend un suffixe de modification (MOD) -eun
/-n :

Contrairement à l’adjectif, l’adnominal est invariable18 ; plus précisément, il modifie le


nom sans appui de suffixe de modification :

L’adnominal est une classe fermée. On peut identifier trois sous-classes


d’adnominal selon Lee I. S. et al. (1997 : 124), Nam K. S. et Ko Y. K. (2011 : 171-176) :

(i) adnominal déterminatif :


I ‘ce (N-ci)’, JEO ‘ce (N-là)’, GEU ‘ce (N dont on parle)’, DAREUN ‘autre’,
DDAN ‘autre’, YEONEU ‘quel’, EONEU ‘quel’, MUSEUN ‘quel’, WEN ‘quel’,
GAK ‘chaque’, etc.

(ii) adnominal numéral :


HAN ‘un’, DU ‘deux’, SE/SEO/SEOK ‘trois’, NE/NEO/NEOK ‘quatre’, MODEUN
‘tout’, ON ‘tout’, GAJEUN ‘tout’, ONGAT ‘tout’, JEON ‘tout’, etc.

18
Li J. M. (1985) appelle cette partie du discours un adjectif invariable. La raison pour laquelle la
grammaire traditionnelle du coréen l’appelle adnominal au lieu d’adjectif est bien expliquée dans Mok J.
S. (2002) et Chun J. H. (2013 : 61-62) : l’adnominal ne fait pas partie de catégorie grammaticale
flexionnelle contrairement à l’adjectif.

19
(iii) adnominal qualificatif :
SAE ‘nouveau’, HEON ‘vieux’, YES ‘ancien’, SUN ‘vrai’, MAEN ‘nu’, etc.

Dans les faits, certains adnominaux ne se distinguent pas clairement des pronoms
démonstratifs (par ex. I, GEU, etc.), des numéraux (par ex. HAN, DU, etc.) ou des emplois
d’épithète de l’adjectif (par ex. SAE, HEON, etc.) dans certains cas, mais on considère
l’adnominal en tant que partie du discours distincte parce que sa fonction et sa position
suffisent à l’identité d’une classe (Ko Y. K. et Ku B. G (2009 : 124)).

Le tableau ci-dessous montre la relation de correspondance des parties du


discours qui modifient le nom en coréen et en français.

coréen français

i chaek déterminant ce livre


adnominal ce livre
‘ce livre’
sae chaek nouveau livre
nouveau livre adjectif
‘nouveau livre’ (en position
malg+eun haneul épithète) ciel clair
adjectif+MOD ê[Link]+MOD ciel
‘ciel clair’
Tableau 2-3 : Correspondance des parties du discours des modificateurs du coréen et du
français

[Link] Suffixe casuel

Examinons maintenant les suffixes casuels. Il s’agit des suffixes qui se combinent
aux noms ou pronoms et qui marquent, en principe, la fonction syntaxique, ou plus
précisément le cas grammatical. Reprenons l’exemple (1) :

Les suffixes -i, -eul se combinent aux noms Paul et chaek ‘livre’ et marquent les cas
grammaticaux : subjectif et accusatif.

20
Nous classifions les suffixes casuels selon la fonction syntaxique :

Cas grammatical Forme


nominatif (NOM) -∅
subjectif (SUB) -i /-ga
-kkeseo (honorifique)

accusatif (ACC) -eul / -leul


génitif (GÉ N) -ui
datif (DAT) -ege (animé), -e (inanimé)
-hante (animé, familier)
-kke (honorifique)

locatif (LOC) -e ‘à’, -eseo ‘à ; de’

instrumentif (INS) -eulo / -lo


comitatif (COM) -gwa / -wa
-hago (familier)

vocatif (VOC) -a / ya

Tableau 2-4 : Suffixes casuels du coréen19

Commentons tout d’abord l’usage du terme subjectif (SUB). La grammaire


coréenne appelle nominatif le cas qui spécifie le sujet syntaxique. Nous adoptons la
critique du terme nominatif formulée par Mel’čuk (2015b). Le dernier définit le nominatif
comme « forme du nom utilisé pour la nomination ». Nous spécifions SUB pour le
subjectif et NOM pour le cas nominatif. Le coréen a le suffixe zero -∅ (Mel’čuk 2000)
pour le nominatif.

Le symbole « / » indique les allomorphes. Il y a deux variantes de suffixe du cas


subjectif : -i se combine au nom ou prénom qui finit par une consonne (par ex. ddal+i
‘fille+SUB’) ; -ga se combine au nom ou prénom qui finit par une voyelle (par ex.
appa+ga ‘père+SUB’). Il en est de même du cas accusatif : -eul se combine au nom ou

19
La grammaire scolaire du coréen distingue les suffixes casuels différemment : subjectif, attributif,
accusatif, adnominal, prédicatif, adverbial et vocatif.

21
prénom qui finit par une consonne (par ex. ddal+eul ‘fille+ACC’) ; -leul se combine au
nom ou prénom qui finit par une voyelle (par ex. appa+leul ‘père+ACC’). Pour le comitatif,
-gwa se combine au nom ou prénom qui finit par une consonne et -wa se combine au nom
ou prénom qui finit par une voyelle (par ex. ddal+gwa appa ‘la fille et le père’ ; appa+wa
ddal ‘le père et la fille’,).

Le statut de ces suffixes n’obtient pas le consensus des linguistes. Comme nous
avons déjà vu dans le tableau 2-1, la grammaire traditionnelle du coréen les considère
comme des mots-formes et les appelle josa ‘particule’. Par contre, les morphèmes -NEUN,
-DA qui s’attachent au verbe et qui marquent le présent et le déclaratif ne sont pas traités
en tant que partie du discours. La grammaire traditionnelle ne les considère pas comme
des mots-formes et les appelle eomi ‘terminaison’. Selon Ko Y. K. et Ku B. G (2009), la
raison pour laquelle la grammaire ne considère que les particules en tant que partie du
discours est que les éléments qui précèdent les particules (c’est-à-dire le nom ou le
pronom) sont plus autonomes que les éléments qui précèdent les terminaisons (c’est-à-
dire le radical du verbe ou de l’adjectif). Pourtant cette vision n’est pas soutenue par tous
les linguistes coréens.

22
Dans les faits, il existe des linguistes qui ne considèrent pas les particules en tant
que mot-forme20. Selon eux, les particules ne sont pas autonomes comme les terminaisons
des verbes ou des adjectifs. La grammaire de la langue nord-coréenne21 ne considère pas
non plus les particules et les terminaisons en tant que partie du discours et traite tous les
deux sous le même terme to.

Nam K. S. et Ko Y. K. (2011 : 41) adoptent une position hybride. Ils traitent les
deux sortes de morphèmes (particules et terminaison) en tant qu’affixes flexionnels. En
particulier, ils appellent déclinaison un ajout d’un morphème grammatical – particule – à
un nom, mais ils traitent ce morphème en tant que mot-forme indépendant. Cette analyse
les mène à appeler la déclinaison semi-flexion (ibid. : 103-104). Pourtant, cette vision est
contradictoire parce qu’un suffixe qui est un morphème lié ne peux pas être un participant
dans la structure syntaxique.

Examinons maintenant les caractéristiques du nom commun coréen.

2.2 Caractéristiques du nom commun coréen

Nous focalisons notre attention sur les propriétés morphosyntaxiques du nom


commun coréen, avant d’approfondir les propriétés spécifiques des NEC coréens dans le
chapitre suivant.

2.2.1 Critères de caractérisation du nom

Nous pouvons caractériser une partie de discours au moyen de trois critères : des
critères sémantiques ou bien notionnels (Riegel et al. 2014 : 226), syntaxiques et
morphologiques. Le PGD définit le nom commun comme « partie du discours qui sert à
désigner un être ou une chose ». Cette définition sémantique n’est pas toujours pertinente
pour distinguer le nom commun des autres parties du discours puisque le nom commun
peut désigner l’activité comme undong ‘sport’, geonseol ‘construction’, l’événement
comme jijin ‘séisme’, sago ‘accident’, le sentiment comme gippeum ‘joie’, seulpeum

20
Selon Ko Y. K. et Ku B. G (2009 : 34), cette vision a été soutenue principalement par les grammairiens
diachroniciens (Chung Ryeol-Mo, Chang Ha-Il, Lee Sung-Nyeong, etc.).
21
Pour la classification des parties du discours de la Corée du nord, voir Kim Y. H. et Kwon S. M. (1996 :
347-350).

23
‘tristesse’, etc. Dans les langues, le nom commun couvre ainsi un domaine sémantique
plus vaste que la désignation d’un humain ou une chose et le nom commun coréen ne fait
pas exception.

En plus des critères sémantiques, qui ne distinguent pas une partie du discours
d’une façon univoque, on doit adopter des critères syntaxiques et morphologiques (Hong
C.S. 2001a : 132, Riegel et al. 2014 : 227-229) :

 critères syntaxiques fondés sur le « positionnement » du mot-forme dans la


structure syntaxique de la phrase ;
 critères morphologiques basés sur la présence de flexion selon le cas, le genre, le
nombre, le temps, le mode, etc.

En considérant ces trois critères, nous pouvons caractériser les noms communs
français :

 Nom commun français

(i) sert à désigner tout objet de pensée, quelle que soit sa catégorie ontologique
(les êtres, les choses, les propriétés, les états, les sentiments, les procès, les
relations, les quantités, etc.) (Riegel et al. 2014 : 321) ;
(ii) est susceptible de remplir des fonctions grammaticales telles que sujet, attribut
(du sujet, de l’objet), complément (direct ou indirect, circonstanciel, du nom, de
l’adjectif) ;
(iii) doit prendre les marques de nombre et porte un genre inhérent masculin ou
féminin.

Cette explication caractérise assez bien le nom français avec les critères sémantiques (i),
syntaxiques (ii) et morphologiques (iii).

Le nom coréen se distingue du nom français par l’absence de flexion en nombre


et l’absence de genre inhérent. En revanche, le nom coréen prend plusieurs types de

24
suffixes 22 , que nous avons déjà mentionnés dans la section [Link]. Nous allons
commencer par l’examen de ces suffixations, ainsi que des autres propriétés
morphologiques des noms coréens23.

2.2.2 Propriétés morphologiques


[Link] Flexion

Nous avons vu que les suffixes casuels se combinent aux noms. En général, les
suffixes casuels sont obligatoires dans la langue écrite. Dans la langue parlée, si le cas est
évident, on peut omettre les suffixes casuels :

Même si les suffixes casuels sont omis en (20), nous pouvons interpréter la structure
syntaxique de la phrase sans difficulté. L’omission des suffixes casuels est un phénomène
complexe contrôlé par des paramètres syntaxiques, sémantiques et pragmatiques. Nous
n’entrons pas dans le détail de ce sujet. Pour en savoir plus sur l’omission des suffixes
casuels, voir Lee I. S. et al. (1997 : 111) et Ko Y. K et Ku B. G. (2009 : 156-158).

À côté des suffixes casuels, deux autres types de suffixes se combinent aux noms :
délimitateurs et suffixes de pluralité. Ces deux suffixes ne sont pas des suffixes
flexionnels à proprement parler, mais ils fonctionnent comme tels.

Tout d’abord, il existe les suffixes qui marquent le topique, le soulignement,


l’attitude, la nuance de sentiments variés peuvent se combiner aux noms :

22
Hong C.S. (2001a ; 2001b) spécifie que cette propriété est partagé par tous les types du nom coréen.
23
Même si d’un certain point de vue il est plus logique de considérer les propriétés syntaxiques d’abord,
puis les propriétés morphologiques, nous allons commencer par les propriétés morphologiques pour
faciliter l’exposé.

25
La grammaire traditionnelle coréenne appelle ces suffixes bojosa ‘particule
auxiliaire’ ou ‘particule spéciale’. Sohn H. M. (1999) et Yeon J. H. (2003) utilisent un
terme délimitateur (angl. delimiter). Nous adoptons aussi ce terme délimitateur parce que
ces suffixes limitent le sens des éléments auxquels les suffixes se combinent (Sohn H. M.
1999 : 212). Nous énumérons quelques délimitateurs utilisés dans notre étude :

Sens Forme

topique-contraste (TOP) -eun / -neun

Inclusion (INC) -do

Limitation (LIM) -man

Tolérance (TOL) -iya / -ya

Concession (CON) -irado / -rado

Addition (ADD) -jocha

Insatisfaction (INSA) -inama / -nama

Alternative (ALT) -ina / -na

Contradiction (CONT) -keonyeong

Tableau 2-5 : Délimitateurs du coréen (Sohn H. M. 1999 : 214-215)

26
Les délimitateurs s’attachent non seulement aux noms mais aussi aux adverbes ou
aux verbes :

En (23), le suffixe -neun topicalise le pronom na et le suffixe -man limite le verbe gada
‘aller’. Les délimitateurs donnent ainsi des sens très variés aux éléments auxquels ils se
combinent.

En plus des délimitateurs, le coréen possède le suffixe nominal -deul qui marque
la pluralité :

L’usage de ce suffixe n’est pas du tout obligatoire et systématique :

Cette phrase est correcte même si le chaek ‘livre’ est singulier

Le suffixe -deul peut être postposé à l’adverbe ou au verbe24 :

La pluralisation au moyen de -deul ressemble formellement à une flexion, mais ce


processus, qui est optionnel, est un cas particulier de dérivation, comme les

24
Kuh, H. A. (1987) explique ce phénomène avec le terme Plural Copying.

27
délimitateurs25. Nous ne nous attarderons pas plus sur le statut des délimitateurs et du
suffixe de pluralité, qui sort du cadre de la présente recherche.

[Link] Dérivation lexicalisée

Au point de vue de la formation des mots, nous pouvons distinguer les lexies
simples et les lexies complexes. Les lexies simples se composent d’un morphème : elles
ne peuvent pas être décomposées en unités significatives plus petites. Les lexies
complexes sont constituées d’au moins deux morphèmes. Elles ont deux types : les lexies
dérivées (souvent appelées mots dérivées) et les lexies composées (souvent appelées mots
composés). Cette section traite de la dérivation du nom commun coréen ; nous présentons
la composition dans la section suivante.

La lexie dérivée est « formée par l’adjonction d’un ou plusieurs affixes (préfixes
ou suffixes) soudés à un morphème lexical appelé base (Riegel et al. (2014 : 901) ». En
coréen, la dérivation se fait par les préfixes et les suffixes. La dérivation par le suffixe est
plus développée que par le préfixe en coréen (Lee I.S. et al. 2004 : 135-136). Les affixes
dérivationnels du français et du coréen se comportent de la même façon.

Le préfixe coréen ajoute un sens sans changer la partie du discours comme le


préfixe français :

25
Certaines études traitent le suffixe -deul en tant que délimitateurs. Voir Sohn H.M. (1999 : 215).

28
Il faut noter que la traduction littérale qui repose soit sur des adjectifs (‘grand’, ‘nu’), soit
sur des syntagmes (‘famille de mari’) ; han-, maen- et si- sont des préfixes parce qu’ils
sont morphologiquement non-autonomes comme anti- du français.

Le suffixe dérivationnel coréen, quant à lui, peut changer la partie du discours


comme le suffixe français :

Les noms dérivés de (30) sont formés par l’adjonction du suffixe –bo soudé aux noms
sans le changement de la partie du discours. Les noms dérivés de (31) sont construits de
l’adjonction du suffixe –bo au radical du verbe ULDA ‘pleurer’ (31a) ou bien au radical
de l’adjectif DDUNGDDUNGHADA ‘être gros’ (31b).

29
[Link] Composition

À la différence de la dérivation, la composition se fait par les constituants qui sont


autonomes. Mais certaines racines, surtout les racines sino-coréennes, qui n’ont plus leur
autonomie synchroniquement, peuvent être un constituant de la lexie composée. En
coréen, la composition est « le procédé de création de mots le plus courant » (Sohn H. M.
1999 : 242). En particulier, la plupart des lexies composées sont des noms composés et il
y a plusieurs modes de formation de ces derniers (Lee I. S. et al. 2004 : 128) récapitulés
dans le tableau 2-626.

Mode de formation Exemple


nom+nom gomu+sin
caoutchouc+chaussure
‘chaussures en caoutchouc’
nom+s27+nom sinae+s+mul
ruisseau+s+eau
‘eau du ruisseau’
adnominal+nom sae+eonni
nouvelle+sœur
‘belle-sœur’
racine du verbe+MOD+nom gud+eun+sal
[Link]+MOD+chair
‘callosité’
racine de l’adjectif+MOD+nom jak+eun+abeoji
ê[Link]+MOD+père
‘oncle qui est moins âgé que le père’
racine du verbe+nom jeop+kal
plier+couteau
‘couteau pliant’
racine de l’adjectif+nom neuj+deowi
ê[Link]+chaleur
‘chaleur tardive’
Tableau 2-6 : Mode de formation des noms composés coréens

26
Pour le détail, voir Kim C. S. (2001 : 2005 : 2008) et Kim I. B. (2000).
27
On appelle saisios ce sios (s, en alphabet coréen ㅅ). Quand on compose deux noms, on ajoute sios (s)
entre deux éléments. La condition de l’ajout de sios n’est pas régulière. Ce sios est considéré comme une
sorte de marqueur de lexies composée (Lee I. S. et al. 2004 : 130).

30
Il faut noter qu’il y a d’une part des lexies composées qui sont construites
formellement comme des syntagmes28 et, d’autre part, des lexies composées qui ne le sont.
Nous appelons les premiers composés syntaxiques (angl. syntactic compound) et les
seconds composés asyntaxiques (angl. asyntactic compound). Les exemples ci-dessus
jeopkal et neujdeowi sont des composés asyntaxiques parce que le suffixe de modification
(MOD) est omis. On dit jeop+neun kal ‘litt. plier+MOD couteau’ ou neuj+eun deowi ‘litt.
ê[Link]+MOD chaleur’ dans le cas d’un véritable syntagme.

2.2.3 Propriétés syntaxiques

Examinons maintenant, les propriétés syntaxiques du nom coréen. Nous allons


présenter les propriétés syntaxiques qui sont différentes de celles du nom commun
français.

[Link] Syntagmes nominaux

Les syntagmes nominaux coréens se distinguent de deux façons des syntagmes


nominaux français.

Premièrement, le déterminant n’est pas un élément nécessaire du syntagme


nominal en coréen. Regardons la phrase suivante :

Le nom ai ‘enfant’ s’utilise avec l’adnominal geu ‘ce’ mais le nom chaek ‘livre’ s’utilise
sans déterminant.

Le nom français construit le syntagme nominal minimal avec un déterminant : un


livre, le livre, ce livre, son livre, deux livres, quelques livres, quel livre, etc. Normalement,
le déterminant est obligatoire dans les syntagmes nominaux libres en français. S’il n’y a

28
Pour cette raison, quelques noms composés ne se distinguent pas bien des syntagmes nominaux. Il y a
des critères comme le test de séparabilité. Voir Ko Y.K. et Ku B.G. (2009 : 230-232).

31
pas de déterminant dans un syntagme nominal, il s’agit des expressions phraséologisées
(faire faillite, plier bagage), des compléments de noms (cours de linguistique), etc.

L’article français exprime le défini ~ indéfini (le livre, un livre). Par contre, le
coréen n’a pas d’article, et donc la définitude (angl. definiteness) du nom peut s’exprimer
par l’adnominal de détermination GEU (Lee S. M. 1997 ; Sohn H. M. 1999) :

Deuxièmement, les modificateurs précèdent toujours le nom en coréen – cf.


section [Link] sur la caractérisation du coréen comme langue à tête finale. Examinons les
types des modificateurs du nom (Hong C. S. 2001a:136) :

 adnominal29

 nom / pronom+ -UIGÉ N

29
Voir la section [Link]. Rappelons que la catégorie de la partie du discours de l’adnominal coréen est très
hétérogène.

32
 nom

À la différence avec les noms français30, les noms coréens acceptent très souvent d’autres
noms en tant que modificateur.

 verbe/adjectif+MOD

Les noms coréens peuvent être modifiés par le verbe ou l’adjectif au moyen des suffixes
de modification (MOD). Non seulement les prédicats mais aussi les phrases peuvent
modifier les noms coréens au moyen des suffixes de subordination comme en (44) et (45) :

 phrase + SUBO

30
En français, « le groupe nominal minimal est constitué d’un déterminant et d’un nom. Le groupe nominal
étendu y ajoute un ou plusieurs « modifieurs du nom » : adjectif, groupe prépositionnel, subordonnée
relative, ou encore, pour certains noms, une subordonnée complétive (introduite par la conjonction que) ou
une construction infinitive » (Riegel et al. 2014 : 270).

33
Le suffixe de subordination -n de (44) est le suffixe de relativisation (REL) et désigne en
même temps le passé (PASS). Le suffixe -n de (45) est le suffixe d’apposition (APP) et
désigne en même temps le passé31.

[Link] Nom prédicativisé

Examinons maintenant un cas particulier de dérivation du nom. Cette dérivation


est une façon coréenne de prédicativiser un nom. Une forme « Nom+-i » qui est dérivée
sera un gouverneur de phrase :

chaek+i+da
°
subj

igeos+eun
°
Figure 2-3 : Gouverneur syntaxique « Nom+-i »

Nous considérons la combinaison « Nom+-i » en tant que dérivation systématique.


Comme le nom ne peut pas fonctionner comme gouverneur syntaxique de la phrase, la
combinaison avec le suffixe -i produit un radical de prédicat, qui fonctionne comme
gouverneur syntaxique. L’application de suffixe de temps, aspect, mode, etc. est possible
pour la combinaison « Nom+-i », comme le verbe ou l’adjectif :

31
La grammaire traditionnelle explique (44) et (45) en terme de phrase adnominale (gwanhyeongsajeol) et
(42) et (43) en terme de forme adnominale (gwanhyeongsahyeong).

34
À Strictement parler, la combinaison « Nom+-i » se conjugue comme un adjectif.
Rappelons que l’adjectif coréen se comporte comme le verbe. Mais l’adjectif ne possède
pas le suffixe flexionnel pour l’impératif ou bien pour l’exhortatif. Par exemple, l’adjectif
BALKDA ‘être clair’ ne prend pas les deux formes :

La combinaison « Nom+-i » aussi ne prend pas ces deux formes. Ko Y. K et Ku B. G.


(2009 : 108) spécifie que cette combinaison se conjugue comme l’adjectif. Nous la
considérons comme adjectif et appellons le suffixe -i suffixe prédicateur (PRÉ D).

Le statut du suffixe -i a été beaucoup étudié. D’une part, la grammaire


traditionnelle remarque que le suffixe -i se combine aux noms et donne à ce suffixe un
statut de particule prédicative32 (Nam K. S. et Ko Y. K. 2011 : 97). Cependant, cette
position ne peut pas expliquer pourquoi la combinaison « Nom+-i » se conjugue comme
l’adjectif.

D’autre part, on considère le suffixe -i une sorte de prédicat. Hong C. S. (2001a :


137) remarque que ce suffixe a une fonction comparable à celle de la copule dans les
langues indo-européennes. Plus récemment, Hong C. S. (2010 ; 2013) appelle ce suffixe
–i dependant adjectival support predicator pour montrer la relation parallèle avec le verbe
support33.

Certaines études comme Nam G. I. (2001), Han J. H. (2011) remarquent que ce


suffixe -i a une fonction prédicative et en même temps possède un sens spécifique
(identification). Ils le traitent en tant que prédicat, comme la figure suivante le montre :

32
En notre terme, le suffixe I est une sorte de suffixe casuel, qui précise le cas prédicatif.
33
Pour une discussion plus détaillée, nous renvoyons le lecteur au travail de Hong C.S. (2001a, 2010 et
2013). Surtout Hong C.S. (2010) mène une étude contrastive sur les constructions copulatives en français
et en coréen au point de vue typologique.

35
(a) (b)
i+da est
° °
subj cop subj cop

° ° ° °
Igeos+eun chaek ce livre

Figure 2-4: Arbre syntaxique de la phrase (46) selon Hong C. S., Nam G. I. et Han J. H.

Pourtant, à la différence de la copule française être, -i ne s’utilise pas


indépendamment. -i est toujours collé au nom. Ils sont inséparables. C’est la raison pour
laquelle nous considérons -i comme suffixe, pas comme lexie (copule). Nous n’entrons
plus dans le détail sur le statut de -i. Il faut seulement noter que non seulement le verbe
et l’adjectif mais aussi un nom prédicativisé « Nom+i » peuvent être le gouverneur
syntaxique du coréen.

La section suivante traitera d’une construction spéciale dans laquelle les NEC
apparaissent souvent.

[Link] Cas de la construction dite « à double sujet »

[Link].1 Analyse

La phrase simple coréenne peut comporter deux noms au cas subjectif (SUB),
comme dans les exemples suivants :

36
construction à double sujets. Pourtant, comme le note Mel’čuk (2013c, 2015b), il faut
distinguer le sujet syntaxique et le cas subjectif. Le terme de sujet dénote un rôle
syntaxique donné, et le verbe ne peut pas avoir deux sujets syntaxiques34. Par contre, le
cas subjectif est répétable. Donc nous désignons la construction ci-dessus par le terme de
constructions à multiples subjectifs 35.

Concernant les deux noms des phrases (50) et (53) ci-dessus, le premier N1SUB
doit être le sujet syntaxique du verbe, et le suivant N2 SUB doit avoir une autre fonction de
complément du verbe. Suivant la discussion de Mel’čuk (2015b), les exemples ci-dessus
sont analysés comme suit :

Phrase N1SUB N2 SUB


(50) Sujet Complément de l’adjectif psychologique36
na gae
(51) Sujet Objet oblique du verbe de paramètre37
keop baek graem
(52) Sujet Attribut de la pseudo-copule38
Yeoni byeonhosa
(53) Sujet Complément agentif de la construction causative
Yeoni Paul
Tableau 2-7 : Rôles syntaxiques des subjectifs de (48)-(51)

34
Mel’čuk (2015b : 489) précise que « semantic and main syntactic actants of a lexical unit L - that is, the
Subject, the Direct Object and the Indirect Object - are not repeatable with L ».
35
Nous nous focalisons ici sur les constructions à double subjectifs, mais dans les faits, il peut y avoir plus
de deux subjectifs :
ex) Paul+i bal+i bol+i neolb+da
Paul+SUB pied+SUB largeur+SUB ê[Link]+DÉ CL
‘Paul a des pieds larges’
36
Comme Yoo H. K. (2010b : 3) l’indique, l’adjectif MUSEOPDA exige un agent qui a une expérience
psychologique et un objet qui provoque l’état psychologique.
37
Les verbes de paramètre (deulda ‘coûter’, nagada ‘peser’, etc.) ont besoin d’un complément oblique qui
exprime le prix, le poids, etc.
38
Il a été noté qu’il existe en coréen des pseudo-copules (devenir, sembler ; become, get, seem, etc.) qui
ont des fonctions similaires à la copule (être ; be ; etc.) dans la plupart des langues. Nous pouvons appeler
le verbe doeda ‘devenir’ et l’adjectif anida ‘ne pas être’ comme pseudo-copule.

37
[Link].2 Construction NSUB NECSUB V / Adj

Les collocations contrôlées par les NEC se voient souvent dans la construction à
multiples subjectifs. Observons l’exemple (54) :

Cette construction n’est pas la même construction qu’en (50)-(53). Le deuxième nom
subjectif KO n’est pas le complément de l’adjectif GILDA. Comment pouvons-nous
analyser cette phrase ? Quel SUB désigne le sujet syntaxique ?

Cette construction est analysée soit par l’approche syntaxique, soit par l’approche
sémantique ou communicative. L’approche syntaxique39 est menée par Choi H. B. (1937),
Seong G. C. (1987) et Lim D. H. (1997). Ils supposent que la phrase est construite d’un
sujet et une proposition, qu’ils nomment la proposition prédicative :

Dans cette analyse, Paul est le sujet syntaxique de la phrase (55). Ko est un sujet de la
proposition prédicative. La grammaire pour l’enseignement accepte aussi cette approche.
Les autres termes sont utilisés au lieu de proposition prédicative : Ahn M. C. (2001)
propose un verbe phrastique et Mok J. S. (2005) propose une phrase verbale.

39
En plus de l’analyse syntaxique dont nous parlerons, il y a une autre analyse syntaxique qui se focalise
sur la transformation des phrases, par Nam K. S. (1986) et Seo J. S. (1971). Selon l’analyse
transformationnelle, la phrase (55) est déduite à partir de la phrase suivante :

[[Paul+ui Ko]+ga gil+da]


Paul DAT nez SUB ê[Link] DECL
‘le nez de Paul est long’

38
D’autre part, l’approche informative traite Paul comme thème (topique) (Im H. B.
(1974, 2007), Choi G. S. (1999))40 :

Par ailleurs, Kim J. B. (2004) et Lee J. H. (2008) l’analysent comme rhème (focus) :

Le deuxième nom koga est considéré comme sujet dans ces analyses. L’analyse de
Mel’čuk (2015b) n’est pas très différente de l’approche informative ci-dessus.

Mel’čuk analyse le premier NSUB comme « prolepse » et le deuxième NSUB comme


sujet. La notion de « prolepse » est définie ainsi par Mel’čuk.

 Prolepsis
The Prolepsis is a sentence element that is always positioned at the left
edge of the sentence and is syntactically only very loosely connected to the
rest of the sentence.
(Mel’čuk 2012 :345)41
La prolepse joue un rôle communicatif en tant que thème ou rhème de phrase. D’abord
nous pouvons traiter Pauli comme prolepse rhématique(PRH) :

40
Comme les notions de thème et de rhème sont variées selon la théorie, nous définissons ici le thème
(topic en anglais) comme « ce dont on parle », « ce dont il est question » et le rhème (focus en anglais)
comme « ce que l’on dit à propos du thème ».
41
Voir les propriétés de la prolepsis dans Mel’čuk (2001 ; 2015b).

39
Nous traiterons aussi Pauli et koga comme prolepse rhématique. Si nous considérons le
coréen en tant que « langue pro-drop », la disparition des pronoms dénotant ‘il’ et ‘ça’
s’explique bien42.

Si nous remplaçons le suffixe -i par le suffixe topique -eun, Paul est traité comme
prolepse thématique (PTH) :

Les collocations NECSUB A/V seront analysées comme ci-dessus dans notre étude,
à savoir que le NEC est le sujet syntaxique. Quand ces collocations sont utilisées dans la
construction XSUB NEC SUB A/N, nous considérons le possesseur X comme une prolepse :

Pour terminer, analysons cette phrase :

La structure syntaxique de surface de (63) est exactement la même que celle de (54),
autrement dit celle de la construction NSUB NECSUB V /A. Mais cette phrase est ambiguë.
Premièrement, on peut parler des pieds de Paul (‘C’est Paul qui a des pieds larges’).
Deuxièmement, bal+i neolb+da peut être une locution adjectivale, qui veut dire

42
En français, si on utilise la prolepse thématique, les pronoms apparaissent dans la phrase :
ex) Paul PTH, le nez PTH, il l’a long.
‘A propos de Paul et le nez, c’est long’

40
‘connaître beaucoup de gens’. Il faut analyser (63) différemment selon le cas. Dans le
premier cas, nous analysons (63) comme (58) et (60), c’est-à-dire que Pauli est un
prolepse et bali est un sujet syntaxique de la phrase. Dans le deuxième cas, Pauli sera un
sujet syntaxique de la phrase et ˹BALI NEOLBDA˺, qui est une locution adjectivale, sera le
gouverneur syntaxique de la phrase.

41
Bilan

Pour que le lecteur comprenne la suite de cette étude, nous présentons


brièvement la langue coréenne. Du point de vue typologique, la langue
coréenne est différente de la langue française : langue agglutinante vs
langue flexionnelle, langue SOV vs langue SVO, langue avec « verby
adjective » vs langue avec « nouny adjective ». Nous comparons les
parties du discours en coréen et en français en focalisant l’adnominal et le
suffixe casuel en coréen. Enfin, pour comprendre les propriétés des NECC,
lesquels seront examinés dans le chapitre 3, nous examinons les
caractéristiques syntaxiques et morphologiques des noms communs
coréens.

42
3 Noms d’éléments du corps (NEC)

Dans ce chapitre, nous abordons le cœur de notre objet de recherche : les


noms d’éléments du corps. Nous adoptons une perspective double :
éléments du corps comme universels physiques et conceptuels vs NEC
comme lexicalisations particulières dans différentes langues (le NECC
dans notre cas). Cette dualité peut résulter des propriétés du corps : nous
utilisons le corps physiquement et percevons le monde par notre corps.
C’est la raison pour laquelle les NEC ont en même temps des propriétés
universelles et spécifiques dans la langue.

Compte tenu de cette dualité, nous procédons de la façon suivante :


premièrement, nous examinons les caractéristiques universelles des NEC
(3.1). Nous présentons quelques caractéristiques des NEC que la plupart
des langues reflètent : leur richesse, leurs spécificités en tant que
vocabulaire basique, source de l’« embodiment », universel en même
temps physique et conceptuel et quasi-prédicats sémantiques.
Deuxièmement, nous délimitons le lexique étudié, le NECC (3.2). Nous
nous focalisons sur les noms neutres d’éléments externes du corps humain,
en tant qu’unités lexicales autonomes. Troisièmement et dernièrement,
nous examinons la polysémie des NEC pour la description
lexicographique (3.3).

43
3.1 Caractéristiques universelles des NEC

3.1.1 Richesse du vocabulaire des NEC

Le corps est étroitement lié à la vie quotidienne. Une part essentielle des activités
humaines se réalise par l’intermédiaire du corps et surtout par les organes sensoriels
comme les oreilles, les yeux, le nez, la bouche, la langue et la peau. Non seulement les
actions physiques (par ex. manger, parler, voir, écouter, marcher, dormir, etc.), mais aussi
l’expression des sentiments (par ex. froncer les sourcils, avoir les cheveux qui se dressent
sur la tête, etc.) ou l’expression des opinions (par ex. secouer la tête, hocher la tête, etc.)
sont faites au moyen du corps, lequel fait partie de notre vie, de notre culture et de notre
langue. Les citations suivantes, extraites de romans coréen, français et anglais, illustrent
bien l’omniprésence et l’abondance des NEC dans discours :

[HAN Seungwon, 1994, Pogu]

[SHIMAZAKI Aki, 2007, Tsubame]

43
Notre traduction.

44
[KIDDER Tracy, 2003, Mountains beyond mountains]

3.1.2 É léments du vocabulaire basique

Les NEC font partie du vocabulaire basique. Le vocabulaire basique est


généralement défini comme suit :

 Les mots nécessaires du langage dont les fréquences sont élevées et les
distributions sont vastes. Ils sont des bases de formation de mots par composition
ou dérivation (Lim J. R. 1991: 42).
 La liste des mots minimum pour la vie quotidienne. Elle comprend environ 1000
à 2000 mots44 (Kim G. H. 2003 : 6).

Théoriquement, on peut distinguer le vocabulaire basique (basic vocabulary) et le


vocabulaire fondamental (fundamental vocabulary), même si les deux sont souvent
confondus en pratique. Selon Lim J. R. (1991) et Lee H. J. (2003), le vocabulaire basique
est une liste équilibrée et systématique qui comprend les mots essentiels et stables pour
la vie. Cette liste est celle que le natif acquiert en premier et celle nécessaire pour
l’apprentissage d’une langue. Au contraire, le vocabulaire fondamental est établi pour un
objectif spécifique, par exemple, pour la didactique de la langue. En général, la liste du
vocabulaire fondamental est statistiquement établie. Concernant la distinction entre le
vocabulaire basique et fondamental, Lee H. J. (2003) précise que les deux listes peuvent
se superposer, mais qu’elles ne sont pas identiques parce que les données à partir
desquelles on extrait la liste sont différentes. Pourtant, si nous extrayons les NEC des

44
Nation (2006) a tenté de déterminer combien de vocables sont nécessaires pour l’utilisation typique de la
langue comme lire un roman, lire un journal, regarder un film ou bien participer à la conversation. Selon
son travail, si l’on considére 90% comme couverture idéale, nous avons besoin de 3000 vocables pour
comprendre les textes écrits et 2000 vocables pour les textes oraux.

45
données quotidiennes, les deux listes sont presque les mêmes parce que les NEC
nécessaires dans la vie quotidienne sont évidemment beaucoup fréquemment utilisés que
les autres. C’est la raison pour laquelle nous ne distinguons plus le vocabulaire basique
et le vocabulaire fondamental dans notre étude.

Lim J. R. (1991: 4) précise que les l000 vocables qui sont les plus utilisés couvrent
à peu près 80% de la communication dans la vie quotidienne en montrant les résultats de
recherches effectuées à l’Institut National de la Langue Japonaise
(日本國立國語硏究所)45 sur la relation entre la taille du vocabulaire basique et le taux
de compréhension. De plus, Kim G. H. (2003 : 6) souligne l’aspect polysémique du
vocabulaire basique. Il illustre son propos avec l’exemple de The system of basic English
par Ogden (1934). En tant qu’exemple représentatif du vocabulaire anglais, The system
of basic English comprend 850 vocables pour 12425 acceptions identifiées à partir du
Oxford English Dictionary (dorénavant, OED) ; soit un taux de polysémie d’en moyenne
14,6.

Les NEC sont parmi les premiers mots que nous apprenons et sont parmi les plus
stables dans notre vie. Ils sont très polysémiques : par exemple, l’entrée française TÊ TE

dans Le Trésor de la Langue Française Informatisé (dorénavant, TLFi) a plus de 20


acceptions et l’entrée coréenne correspondante MEORI du PGD a 11 acceptions ; l’entrée
anglaise HEAD de l’OED a 20 acceptions. Bien sûr, il n’est pas possible de dire que tous
les NEC font partie du vocabulaire basique. Les noms pommette, cheville ou bien nombril
n’y figurent pas, par exemple. Il est aussi difficile de dire que les NEC faisant partie du
vocabulaire basique sont les mêmes pour toutes les langues.

Pour savoir d’abord quels NEC entrent dans le vocabulaire basique de chaque
langue, puis quels noms dénotent les mêmes éléments du corps dans les vocabulaires
basiques du français, du coréen et de l’anglais, nous choisissons trois vocabulaires
basiques et en dégageons les NEC. Les trois vocabulaires basiques étudiés sont présentés
dans le Tableau 3-1 ci-dessous.

45
國立國語硏究所.1984. 語彙の硏究と敎育(上).

46
français coréen anglais
Source Gougenheim et al. Kim G. H. Ogden
(1956) (2003) (1934)
Mode de Pour diffuser la À partir de 7 listes du Ogden a établi la
construction langue française au vocabulaire basique liste d’un Basic
monde entier et coréen qui sont déjà English pour aider
enseigner au plus établies, Kim G.H. les étrangers à
grand nombre propose une liste de apprendre l’anglais
d’étrangers possible, mots qui apparaissent en tant que langue
Gougenheim et plus de trois fois. seconde. Il fait sa
al.établissent une liste Parmi 7 listes, 2 listes sélection de façon
du français sont établies pour subjective et
fondamental selon la enseigner le coréen déductive et obtient
fréquence des mots aux natifs et 5 listes les vocabulaires
dans un corpus de sont pour enseigner nécessaires et
langue parlée. le coréen en tant que essentiels pour la
langue étrangère. communication des
natifs et pour les
étrangers.
Taille du 1364 743 850
vocabulaire
Tableau 3-1 : Vocabulaires basiques du français, coréen et anglais

Chaque liste comprend les NEC énumérés dans le Tableau 3-2. On y trouve des
NEC internes (comme estomac, intestin) ainsi que des NEC externes (comme bras, main).
Pour comparer facilement les trois listes, nous allons répertorier les NEC en commençant
par le haut jusqu’au bas du corps, avec la même logique pour les trois colonnes.

NEC français NEC coréen NEC anglais


cheveux meori ‘tête, cheveux’46 brain
tête eolgul ‘visage’ hair
œil (yeux) nun ‘œil’ head
nez gwi ‘oreille’ face
langue ko ‘nez’ eye
gorge ip ‘bouche’ ear
bras i ‘dent’ nose
cœur mok ‘cou, gorge’ mouth
dos gaseum ‘poitrine, sein, lip
main cœur’ tongue
jambe deung ‘dos’ tooth
genou pal ‘bras’ throat
pied bae ‘ventre’ chin
sok ‘estomac’ neck
son ‘main’ chest

46
Nous allons étudier la polysémie des NEC dans la section 3.3.

47
songarak ‘doigt’ heart
heori ‘taille’ back
dari ‘jambe’ arm
bal ‘pied’ stomach
hand
finger
<Noms qui concernent thumb
l’ensemble du corps> nail
leg
mom ‘corps’ knee
sal ‘chair’ foot
toe

<Noms qui concernent


l’ensemble du corps>

body
bone
blood
muscle
skin

Tableau 3-2 : Liste des NEC des vocabulaires basiques classés selon la
localisation de l’élément du corps dénoté

Paradoxalement, même si le vocabulaire basique français est le plus grand parmi


les trois listes, il ne contient que treize NEC. C’est parce que ce vocabulaire est établi
seulement par la fréquence. Néanmoins, nous pouvons constater que les NEC
représentent une partie importante du vocabulaire basique grâce au tableau ci-dessus.

3.1.3 Source de l’« embodiment »

Dans la perspective cognitiviste, la notion d’embodiment est définie comme


« comprendre le rôle du corps d’un agent dans sa cognition quotidienne » (Gibbs
2006 : 1). Ce point de vue sur l’embodiment est vraiment un grand défi pour la tradition
de la pensée occidentale depuis Aristote, tradition que Johnson (1987: ix) a appelée
objectivisme. L’objectivisme divise la raison et le corps, donne la priorité à la raison et
affirme que la cognition est faite par cette dernière, pas par la relation avec le corps. Cette
approche rationaliste est dominante dans la linguistique moderne, surtout la linguistique

48
formelle comme la grammaire générative, la sémantique formelle. Les rationalistes
affirment « qu’il est possible d’étudier la langue comme le système formel ou
informatique, sans tenir compte de la nature du corps humain ou de l’expérience » (Evans
et Green 2006: 44).

Au contraire de l’approche objectiviste et rationaliste, l’expérimentalisme de la


linguistique cognitive, maintient que le corps et la raison constituent la même entité et
que le corps est le point de départ de la pensée, c’est-à-dire que le processus de la pensée
ou la cognition commence par l’expérience somatique. Dans cette approche, la raison et
le corps interagissent et, donc, la raison qui se libère du corps n’existe pas. Le rôle du
corps est central dans cette approche : nous pouvons voir le monde par sa médiation et
interpréter la réalité à travers le corps physique (Evans et Green 2006 :45).

Des études cognitives sur l’embodiment ont déjà été menées par de nombreux
linguistes dont Johnson (1987), Heine (1997), Lakoff et Jonson (1999), et plus récemment,
Gibbs (2006), Johnson (2007), Rohrer (2007)47, Ziemke et al. (2007), Frank et al. (2008),
Sharifian et al. (2008) et Maalej et Yu (2011), etc.

En particulier, quelques études ont une tendance à expliquer l’extension


sémantique des NEC individuels à partir de la notion d’embodiment : Nam H. H. (2007a,
2007b) pour le russe, Lim J. R. (2007), Yoon K. J. (2008) et Koo H. J. (2009) pour le
coréen, Cho M. H. (2010) pour l’italien et Yu (2009) pour le chinois.

Dans une perspective interlinguistique, Sharifian et al. (2008) présentent des


recherches sur les éléments du corps internes dans des langues variées et Maalej et Yu
(2011) se focalisent sur les éléments du corps externes dans plusieurs langues. Ces deux
recherches essaient, d’une part, de clarifier quels éléments du corps sont utilisés
pour montrer quels sentiments, quels traits de caractère, quels mentalités et quelles
valeurs culturelles et, d’autre part, de savoir quelle structure imaginative (imaginative
structure, par exemple, métaphore, métonymie, schéma d’image) est appliquée dans la
conceptualisation (Maalej et Yu 2011: 2).

Rohrer (2007) propose douze sens différents du terme embodiment selon le domaine où il s’emploie.
47

Nous adoptons quant à nous ce terme dans le contexte général de la linguistique cognitive.

49
La métaphore conceptuelle 48 explique bien l’embodiment. Selon Lakoff et
Johnson (1980), notre vie, surtout notre langage, est traversée par la métaphore : on parle
de notre expérience de façon métaphorique parce que les concepts par lesquels on
appréhende l’expérience sont métaphoriques. La métaphore est utilisée quand on
appréhende une chose de la réalité en termes d’une autre chose. Quelques métaphores
conceptuelles dépendent de l’expérience du corps et, pour exprimer un concept plus
abstrait, nous utilisons le corps en tant que source. La métaphore caractérise ainsi
l’abstrait en termes du concret. Lakoff et Johnson (1980 : 112) appellent cette direction
la directivité dans la métaphore (directionality in metaphor). Selon eux, nous
comprenons un concept moins concret et plus vague par un autre concept plus concret,
qui peut être décrit dans une expérience. Ils identifient trois sources basiques dont la
métaphore dépend : l’expérience du corps, de l’environnement physique et de la culture.
Ici, nous nous intéressons à la métaphore qui est basée sur l’expérience du corps.
Regardons la métaphore sur la base de MEORI ‘tête’ en coréen et TÊ TE français49 :

 É lément du corps → humain : chef d’un groupe

 É lément du corps → plante : partie supérieure

ciboule tête

48
Lakoff and Johnson (1980: 3) clarifient cette notion par cette phrase : « Our ordinary conceptual system,
in terms of which we both think and act, is fundamentally metaphorical in nature ».
49
Les exemples sont extraits du RL-kr et du RL-fr.

50
 élément du corps → objet : partie supérieure ou antérieure

 élément du corps → temps : début

À partir de ces exemples, nous pouvons constater le rôle du corps en tant que
source de métaphores linguistiques. É tudier comment le corps fonctionne dans notre
raison nous mène à mieux connaître les humains :

As animals we have bodies connected to the natural world, such that our
consciousness and rationality are tied to our bodily orientations and interactions
in and with our environment. Our embodiment is essential to who we are, to what
meaning is, and to our ability to draw rational inferences and to be creative.
(Johnson 1987 : xxxviii)

3.1.4 Universel physico-conceptuel

L’élément du corps est considéré, d’une part, comme un universel physique et,
d’autre part, comme un universel conceptuel.

51
D’abord, le fait que le corps soit un universel physique est bien discuté par les
travaux du Max Planck Institute for Psycholinguistics. Un numéro spécial de Language
Science (numéro 28(2-3), 2006) est consacré à ce sujet. Dans l’introduction de ce numéro,
Enfield et al. (2006 : 138) notent que le corps est un objet physique, mais il est différent
des objets ordinaires :

The body is a unique object in human experience, posing a special problem in


perception and cognition. It is on the one hand part of our selves, and on the other
hand one of the things in the world we encounter. In contrast to ordinary objects,
the body affords dual access. It can be seen and touched like any other objet, and
it can be felt through proprioception and somesthetic inputs.

À la différence de la plupart des recherches précédentes, qui prennent des dictionnaires


comme sources, les travaux présentés dans Language Science (28(2-3) 2006) s’appuient
sur les enquêtes sur le terrain. Le même guide d’extraction des NEC50 et le même manuel
expérimental51 sont fournis aux chercheurs de dix langues52. Les chercheurs examinent
chaque langue pour savoir comment les éléments du corps sont catégorisés dans chaque
langue, comment les NEC y construisent leur système et s’il y a une universalité dans
cette catégorisation. En synthétisant les recherches sur dix langues, Enfield et al.
(2006 :145) concluent que « la catégorisation linguistique des NEC est soumise en même
temps aux principes universels et spécifiques des langues ». Prenons un exemple. Bien
que le nom qui désigne le corps soit proposé en tant qu’universel par plusieurs recherches
(Andersen 1978 : 352, Brown 1976 : 404), certaines langues comme le Tidore et le Kuuk
Thaayorre n’ont pas de nom qui désigne le corps dans son ensemble (van Staden
2006 : 341, Gaby 2006 : 206). Globalement, Enfield et al. considèrent les NEC comme
universel physique qui peut montrer la différence de la catégorisation et l’étiquetage entre
langues :

50
Pour le détail, voir Enfield (2006).
51
L’enquête se fait par la tâche de coloration des éléments du corps sur des images. Les chercheurs
demandent aux locuteurs natifs de colorer les parties du corps qui correspondent aux termes de leurs langues.
Pour le détail, voir Van Staden et Majid (2006).
52
Jahai (Malaisie), Lao (Laos), Kuuk Thaayorre (Australie), Yélî Dnye (Papuasie-Nouvelle-Guinée),
Punjabi (Pakistan / Inde), Tiriyó (Brésil / Surinam), American Sign Language (É tats-Unis), Lavukaleve
(Îles Salomon), Tidore (Indonésie), Savosavo (Îles Salomon).

52
While much scholarly interest in the study of meaning has presupposed that the
human body is a basic pre-linguistic source for conceptual structure (feeding into
embodiment, metaphor, semantic extension, etc.), it may be that there are fewer
points of convergence across language communities in the concrete vocabulary
of the body than previously imagined.
(Enfield et al. 2006 : 146)

Par ailleurs, le fait que le NEC est un universel conceptuel est souligné par
Wierzbicka (2007) :

The domain of the human body is an ideal focus for semantic typology and, I
would add, cognitive anthropology, because the body is, almost certainly, a
conceptual, rather than “physical”, universal, and because it is of special interest
and importance to speakers.
(Wierzbicka 2007 : 15)

En critiquant Enfield et al. (2006), l’auteur maintient la nécessité de la théorie pour


comparer le sens des NEC de langues différentes et l’existence de l’universel ‘corps’.
D’abord, selon Wierzbicka, il faut une théorie sémantique pour comparer plus exactement
le sens à travers les langues. L’auteur critique la méthode de comparaison d’Enfield et al.
(2006), qui se concentrent sur l’extension des NEC sans traiter la polysémie d’un vocable
avant d’analyser un sens donné et de le comparer avec des NEC correspondants d’autres
langues. Ensuite, l’auteur maintient que le sens qui dénote le corps est un universel
conceptuel. Enfield et al. (2006) prétendent que certains langues n’ont pas de lexèmes
désignant le corps, soit parce que l’on utilise un emprunt pour désigner le corps (pour le
cas du Tidore, voir van Staden 2006), soit parce que les parties non-somatiques comme
la voix, le pas, l’ombre sont aussi exprimées pour le sens ‘corps’ (pour le cas du Kuuk
Thaayorre, voir Gaby 2006). Wierzbicka considère que ce point de vue est erroné. Elle
spécifie que l’absence d’un terme distinct ne dit pas l’absence d’un concept. Par exemple,
le mot polonais ręka et le mot russe ruka désignent le bras ou bien la main. Pourtant, le
vague de ces mots ne dit pas qu’il n’y a pas de mot qui désigne la main ou qu’il n’y a pas
de mot qui désigne le bras en polonais et en russe.

Wierzbicka (2007) étudie la conceptualisation du corps en analysant la sémantique


des NEC au moyen du le Natural Semantic Metalanguage (dorénavant, NSM)53. Selon

53
Wierzbicka propose sept principes généraux de la conceptualisation du corps : « (i) principle of
partonimic structure ; (ii) principle of hierarchical organization ; (iii) principle of duality ; (iv) principle of

53
Wierzbicka, même s’il y a une variation lexicale très nette entre les langues, ce qui est
important est que tout le monde pense le corps de la même façon :

The conceptual world we live in is very much a body-centric world. Not “we
Anglos” or “we Westerners”, but “we humans”. Not only does ‘body’ appear to
be a genuinely universal human concept, but the basic categorization and
interpretation of the body appears to be very much the same in all languages. The
body is not just a “physical universal”, it is almost certainly a conceptual
universal. It is also a shared human yard-stick for interpreting the world.
(Wierzbicka 2007 : 59)

3.1.5 Nature de quasi-prédicat sémantique

Les NEC font partie d’une classe de noms particuliers : ils désignent une entité
physique (des éléments du corps), mais ils sont différents des noms sémantiques, qui
désignent une entité comme caillou, parce qu’ils ont un sens prédicatif.

Traditionnellement, le sens prédicatif et le sens non prédicatif sont bien distincts.


Un prédicat sémantique comme PENSER, PENSÉ E, PENSIF, etc. a un sens prédicatif car il
dénote un fait, alors que les noms sémantiques comme CAILLOU, etc., ont un sens non
prédicatif parce qu’ils dénotent des entités. Pourtant en plus de cette dichotomie, une
classe intermédiaire existe. Cette classe a des caractéristiques doubles : désigner une
entité et en même temps avoir un sens prédicatif.

Mel’čuk et Polguère (2008) appellent quasi-prédicats cette classe intermédiaire.


On peut schématiser trois sens lexicaux sur deux axes de caractérisation des sémantèmes
que Polguère (2012a) propose : être sens liant vs non liant54 ; dénoter un fait vs une entité :

topographic configuration ; (v) principle of internal logic ; (vi) principle of area ; (vii) principle of
orientation ». Les principes (i) et (ii) sont proposés par les premières recherches sur les éléments du corps
(voir Brown 1976, Andersen 1978). Pour le détail, voir Wierzbicka (2007).
54
La notion de sens liant a été proposée par Polguère (1992) pour introduire une classe de sens lexicaux
qui contrôlent des actants, mais qui ne sont pas des prédicats sémantiques, comme ET [bête et méchant],
TOUT [tout individu]. Pour le détail, Polguère (1992, 2012a).

54
‘fait’ ‘entité’
(évènements, actions, activités, (être vivants, objets physiques,
états, processus, propriétés, substances, etc.)
caractéristiques, relations, etc.)
sens liant prédicat
(verbe ; adjectif ; prédicatif quasi-prédicat
nominal)

sens non liant · nom sémantique

Tableau 3-3 : Types des sens lexicaux

Le quasi-prédicat est défini comme un sens liant dénotant une entité. Sur les
caractéristiques doubles, Polguère (2012a) disent que « les quasi-prédicats sémantiques
sont un peu comme des prédicats déguisés en noms sémantiques ».

Prenons un exemple. La lexie PROFESSEUR désigne un individu, mais en même


temps, contrôle des positions actancielles comme suit :

La lexie PROFESSEUR dénote un individu, en tant qu’il est impliqué dans une situation
particulière. Comme Polguère (2012a) le spécifie, les quasi-prédicats doivent être décrits
comme le sont les prédicats nominaux :

La classe des quasi-prédicats est très hétérogène : Mel’čuk et Polguère


(2008 :109-112) proposent 12 classes, sans prétendre à l’exhaustivité. Nous donnons
leurs listes par ordre de prédicativité décroissante avec les exemples français suivis des

55
exemples coréens correspondants55. Chaque classe est caractérisée sémantiquement en
référence à un fait dans lequel est impliquée l’entité dénotée par le quasi-prédicat. Le fait
est représenté par la variable ‘P’ (prédicat).

1) ‘Individu que le locuteur évalue comme P’


ex) IDIOT [PaulX est un idiot.]
BABO ‘idiot’ [PauliX baboda.]

2) ‘Individu qui possède la propriété P’


ex) GAUCHER [PaulX est un gaucher.]
OENSONJABI ‘gaucher’ [PauliX oensonjabida.]

3) ‘Individu qui est dans la relation P avec un autre’


ex) VOISIN [PaulX est le voisin de MarcY.]
IUS ‘voisin’ [PauliX MarcuiY iusida.]

4) ‘Individu qui fait ou a fait une action P’


ex) ASSASSIN [PaulX est l’assasin de cet hommeY.]
SALINBEOM ‘assassin’ [PauliX geu namjaeuiY salinbeomida.]

5) ‘Individu qui a une activité P’


ex) MINISTRE [PaulX est un ministre des financesY.]
JANGGWAN ‘ministre’ [PauliX jaemujanggwanYida.]

6) ‘Ensemble d’individus que réunit une activité commune P’


ex) É QUIPAGE [Ces trois matelotsX font partie de l’équipage de ce bateauy.]
SEUNGMUWON ‘équipage’ [I se seonwoniX i baeuiY seunmuwonida.]

7) ‘Moyen de transport que quelqu’un fait fonctionner [=P1] pour transporter


[=P2] quelque chose’
ex) AUTOCAR [PaulY a pris l’autocar ParisZ-RouenW.]
BEOSEU ‘autocar’ [PauliY ParisesoZ RouenkkajiW beoseuleul tassda.]

55
Toutes les classes (1)~(5) concernent l’individu qui a une propriété. Concernant ce sujet, voir Lee S. H.
(2013) qui travaille les propriétés syntactico-sémantiques des noms de propriété en français.

56
8) ‘Instrument utilisé par quelqu’un pour faire P’
ex) MARTEAU [PaulX a enfoncé le clouY d’un seul coup de marteau.]
MANGCHI ‘marteau’ [PauliX manchilo moseulY bagassda.]

9) ‘Établissement où quelqu’un s’occupe [=P] de quelqu’un d’autre’


ex) RESTAURANT [Le restaurant de sauccissesZ de PaulX a perdu une partie de
sa clientèleY.]
SIKDANG ‘restaurant’ [PauluiX sosejiZ sikdangi sonnimeulY ileossda.]

10) ‘Animal domestique qui appartient [=P] à quelqu’un’


ex) POULE [Les poules de PaulX donnent des œufsY délicieux.]
AMTAK ‘poule’ [PauluiX amtalki masissneun dalgyaleulY nahneunda.]

11) ‘Entité qui est une partie [=P] d’autre’


ex) ACCOUDOIR [Ne t’assieds pas sur l’accoudoir du fauteilX.]
PALGEOLI ‘accoudoir’ [UijaX palgeolie anjima.]

12) ‘Ensemble, quantité [=P] de quelque chose’


ex) FOULE [Une foule d’étudiantX s’est amassée sur la place.]
MURI ‘foule’ [HaksaengX muriga gwangjange moyeossda.]

Les NEC font partie de la sous-classe 11) : entité qui est une partie d’autre.
Voyons les exemples suivants :

57
Ils contrôlent une position actantielle correspondante au possesseur de l’élément du corps
en question (X) et quelque chose pour laquelle l’élément du corps fonctionne (Y). La
position actancielle des NEC sera traitée plus en détail dans la définition des NEC (6.2.2).

3.2 Délimitation des NEC étudiés

3.2.1 Focalisation sur les noms neutres d’éléments externes du corps


humain

Le NEC forme un sous-ensemble assez bien circonscrit du lexique de chaque


langue. Dans cette section, nous restreignons notre objet d’étude en nous concentrant sur
les noms neutres d’éléments externes du corps humain.

[Link] Noms neutres

Premièrement, nous nous intéressons exclusivement aux NEC qui sont neutres
vis-à-vis des axes de variations suivantes :

 variation liée à la situation géographique (variation diatopique) ;


 variation liée au contexte d’interaction sociale situationnelles (variation
diastratique et variation diaphasique)56 ;
 variation liée à la temporalité (variation diachronique) ;
 variation liée au champ de connaissance (variation terminologique) ;
 variation liée au mode de communication (variation diamésique).
Polguère (2016 : 110-115)

Vis-à-vis de la variation diatopique, nous excluons des dialectes et des lexies nord-
coréennes. D’une part, nous nous intéressons exclusivement aux lexies standard.
Géographiquement, ces dernières sont considérées comme les lexies qui s’utilisent à
Séoul, capitale de la Corée du sud. Pour l’élément qui est le prolongement arrondi et

56
Deux types de cette variation sont définis dans Polguère (2016 : 112) :
(i) variation diastratique, liée au « milieu social » dans lequel a grandi ou dans lequel évolue le
Locuteur ;
(ii) variation diaphasique, liée au registre de langue ou au style que le Locuteur choisit d’employer
en fonction du contexte de communicaion.
Nous ne traintons ici que la variation diaphasique.

58
charnu du pavillon auriculaire, on utilise trois lexies : GWISBUL, GWISBOL et GWISBAB.
GWITBUL est une lexie standard et plus fréquente que les autres. GWITBOL est une lexie
non standard, mais elle est plus fréquente que GWITBAB, qui est une lexie standard57. Dans
ce cas, nous incluons seulement GWITBUL dans notre vocabulaire.

D’autre part, nous excluons les lexies typiquement nord-coréennes. À cause de la


longue rupture entre les deux pays, la différence entre la langue sud-coréenne et la langue
nord-coréenne est grande, surtout lexicalement. Par exemple, pour désigner un bord des
yeux, la langue sud-coréenne utilise une lexie NUNGA, mais la langue nord-
coréenne utilise les lexies NUNGAWI, NUNGAJARI, NUNGANYEOK, etc. Nous n’incluons
que les lexies sud-coréennes dans notre vocabulaire.

Vis-à-vis de la variation diaphasique, prenons les exemples suivants. Pour


désigner le visage, le coréen possède plusieurs lexies : EOLGUL, NACH, ANMYEON,

YONGAN, SANGPANDAEGI, etc. Parmi elles, nous excluons des lexies soutenues, comme
YONGAN de (17) ou bien familières ou argotiques, comme SANGPANDAEGI de (18) et
NACHJJAK de (19) :

57
Dans le corpus Sejong, GUISBUL, GUISBOL et GUISBAB apparaissent respectivement 67 fois, 13 fois et 7
fois.

59
Les lexies EOLGUL et NACH sont comprises dans nos NEC parce que leur registre n’est pas
vulgaire, familier ou soutenu :

Vis-à-vis de la variation terminologique, nous excluons des lexies qui font partie
des langues de spécialités (souvent le domaine médical) comme ANMYEON . Cette
lexie

Donc, nous n’incluons pas ANMYEON dans notre liste.

La plupart des lexies qui ont le marquage médical ou bien technique sont sino-
coréennes :

60
Parmi elles, il peut y avoir des équivalents purement coréens, qui ne font pas partie des
lexiques de spécialités. Par exemple, les lexies de (26)-(28) ont des équivalents purement
coréens (29)-(33), que nous incluons dans notre nomenclature :

Bien sûr, les lexies sino-coréennes qui n’ont pas de marquage spécial et qui n’ont pas
d’équivalents purement coréens (par ex. INJUNG (人中) ‘une partie creuse entre le nez et la

lèvre’) sont traitées dans notre étude.

Concernant la variation diamésique, nous considérons non seulement l’écrit mais


aussi l’oral. Et concernant la variation diachronique, nous excluons les termes vieillis.

Finalement, il faut noter que nous incluons aussi les lexies qui désignent les
organes sexuels. Parmi ces lexies, celles qui ont le marquage médical sont exclues :
GOHWAN ‘testicule’, EUMGYEONG ‘pénis’, etc. É galement, les lexies qui ont le marquage
enfantin sont exclues. Nous n’incluons que les lexies SEONGGI ‘sexe’, PENIS ‘pénis’,
EUMBU ‘sexe (plutôt de la femme)’, BULAL ‘testicule’.

[Link] Noms d’éléments externes du corps

En deuxième lieu, nous nous focalisons sur les NEC détonant des éléments
externes du corps comme MAIN ou LÈ VRE. Les lexies qui désignent les éléments du corps

61
internes comme ESTOMAC, INTESTIN, VEINE, etc. sont exclues. Les éléments du corps
internes sont souvent exprimés en coréen par des lexies sino-coréennes :

Distinguer les NEC externes et les NEC internes n’est pas évident dans tous les
cas. Par exemple, le vocable coréen GASEUM contient trois lexies58 en tant que NEC :

La lexie GASEUM de (35) désigne une partie externe et antérieure du thorax ; la lexie
GASEUM de (36) désigne des seins de femme. Ces deux lexies font partie de notre
nomenclature. Mais le cas de GASEUM (37) est problématique. Cette lexie est définie
comme ‘intérieur de gaseum (35)’ dans le PGD. Cependant elle ne désigne pas seulement
une partie intérieure de gaseum (35). Dans les faits, elle désigne une partie du tronc qui
s’étend des épaules à l’abdomen et qui contient l’organe de la respiration, ou, plus
exactement, les organes de la circulation et de la respiration (c’est-à-dire, le cœur et les
poumons). Si cette lexie ne désigne qu’un organe de la respiration, il faut plutôt utiliser
la lexie SIMJANG ‘cœur’. L’exemple (38) montre bien que cette lexie ne désigne pas
seulement l’organe de la respiration :

58
Nous examinerons le traitement polysémique du vocable GASEUM dans la section 3.3.

62
Nous inclurons une lexie qui désigne non seulement une partie externe mais aussi une
partie interne comme GASEUM de (37)59 dans notre nomenclature.

Il faut préciser que nous incluons aussi les lexies suivantes qui désignent :

 des éléments manifestent une croissance régulière : TEOL ‘poil’, MEORIKARAK

‘cheveu’, SONTOP ‘ongle’, BALTOP ‘ongle des pieds’, SUYEOM ‘barbe’, etc.
 des éléments qui ne sont pas vus quand la bouche est fermée, mais qui existent
dans la bouche : I ‘dent’, HYEO ‘langue’, MOKJEOJ ‘luette’, ISMOM ‘gencive’,
IPCHEONJANG ‘palais’, etc.
 des éléments de la peau : BOJOGAE ‘fossette’, JUREUM ‘ride’, etc.
 des éléments qui désignent des ouvertures : KOSGUMEONG ‘narine’, GWISMUN ‘trou
d’oreille’, MOGONG ‘pore’, etc.

Par contre, nous n’incluons pas dans notre nomenclature les lexies qui désignent des
éléments apparaissant sur la peau :

 JEOM ‘grains de beauté’, JUGEUNKKAE ‘tache de rousseur’, SAMAGWI ‘verrue’,


GIMI ‘mélasma’, GEOMBEOSEOS ‘plaque, tache de vieillesse’, YEODEUREUM

‘bouton’, PPYORUJI ‘pustule’, etc.

[Link] Noms d’éléments du corps humain

Nous ne traitons que les noms d’éléments du corps humain. Nous excluons les
lexies qui désignent les éléments du corps des animaux comme KKORI ‘queue’, AGAMI

‘branchie’, JUDUNGI ‘bec’, etc. :

59
Nous allons examiner cette lexie GASEUM dans la section [Link].

63
La lexie AGAMI de (39) désigne un organe de respiration des animaux aquatiques,
spécialement des poissons. La lexie JUDUNGI de (40) désigne une bouche d’un animal,
spécialement d’un oiseau. Nous n’incluons pas ce genre des lexies dans notre
nomenclature.

Le vocable JUDUNGI ‘bec’ possède une acception qui désigne la bouche de


l’humain :

Le vocable BEC français a aussi une lexie qui désigne la bouche humaine :

Cependant, ces lexies ne font pas partie de nos NEC parce qu’elles sont marquées comme
familières ou bien argotiques (cf. section [Link]).

3.2.2 Focalisation sur les unités lexicales autonomes

Il faut maintenant noter que nous n’incluons pas les lexies d’éléments du corps
qui sont utilisées dans les locutions. Nous ne nous intéressons qu’aux lexies autonomes.
Prenons un exemple. Nous ne considérons pas la lexie MEORI dans les locutions :

64
Comme Kleiber (2013) le note, « il est erroné de lui [une lexie qui se trouve employée
dans une expression figée] reconnaître une interprétation différente de celle qu’il a
lorsqu’il est sorti de ce contexte, puisqu’il ne fonctionne pas comme une unité lexicale
autonome ».

Il peut arriver que certaines lexies ne soient qu’utilisées dans des locutions ou bien
des mots composés. On donnera à titre d'illustration le cas de la lexie CHI ‘dent’ que l'on
trouve dans les locutions :

Cette lexie s’utilise aussi pour construire des mots composés :

60
Saisios. Voir la note de bas de page numéro 26, p. 30.

65
Cependant, l’emploi autonome de cette lexie semble inexistant. La lexie avec son sens de
‘dent’ n’existe pas en synchronie. Dans la modélisation des locutions au RL-fr, de telles
lexies sont dite fictives.

En dernier lieu, il faut noter qu’il y a certaines lexies qui désignent simultanément
plusieurs éléments du corps :

 SUJOK ‘les mains et les pieds’61 ; SAJI ‘deux bras et deux jambes’ ; IMOKGUBI ‘les
oreilles, les yeux, la bouche et le nez’ : IBIINHU ‘les oreilles, le nez et la gorge’ ;
SONBAL ‘les mains et les pieds’ ; PALDARI ‘les bras et les jambes’ ; NUNKO ‘les
yeux et le nez’

Parmi ces lexies, nous excluons IBIINHU et NUNKO de notre nomenclature parce que
IBIINHU s’utilise seulement dans le mot composé (51) et NUNKO ne s’utilise que dans les
locutions comme (52) :

3.3 Polysémie des vocables de NEC

Cette section traite de la polysémie des vocables de NEC, un des problèmes


spécifiques de la description des NEC. Le vocable de NEC est défini comme « vocable
dont la lexie de base est un NEC ». La lexie de base est « le point de départ pour la
description des autres lexies » (Mel’čuk et al. (1995 :159)). Nous faisons l’hypothèse que

61
La lexie française EXTREMITÉ S désigne aussi les pieds et les mains en même temps comme les lexies
coréennes SUJOK et SONBAL. Cette lexie est définie comme suit dans le Petit Robert (dorénavant PR) :

au pluriel. LES EXTREMITÉ S : les pieds et les mains. Le sang se porte aux extrémités. Avoir les extrémités
glacées.

66
les lexies de base sont des lexies qui dénotent les éléments du corps humains dans la
plupart des vocables de NEC.

3.3.1 Polysémie très riche

[Link] Taux de polysémie

Les vocables de NEC qui sont fréquemment utilisés sont souvent polysémiques.
Prenons ceux qui sont décrits comme polysémiques selon trois dictionnaires coréens. Le
taux de la polysémie de chaque dictionnaire est comme suit :

Lexie de base Nombre d’acceptions


PGD YHS GHD
MEORI ‘tête, cheveu’ 11 10 7
IMA ‘front’ 4 3 3
NUNSSEOP ‘sourcil’ 2 2 2
NUN ‘yeux’ 8 6 7
GWI ‘oreille’ 11 2 10
KO ‘nez’ 3 3 3
PPYAM ‘joue’ 2 2 2
IP ‘bouche’ 5 4 5
I ‘dent’ 3 2 4
IPSUL ‘lèvre’ 2 2 2
TEOK ‘menton’ 2 2 2
EOLGUL ‘visage’ 6 6 8
MOK ‘cou’ 8 5 5
EOKKAE ‘épaule’ 4 2 4
GASEUM ‘poitrine’ 7 6 6
JEOJ ‘poitrine’ 3 2 3
DEUNG ‘dos’ 4 1 2
BAE ‘ventre’ 6 3 6
HEORI ‘rein’ 2 4 5

67
PAL ‘bras’ 3 2 2
SON ‘main(s)’ 6 8 7
DARI ‘jambe(s)’ 4 1 3
BAL ‘pied(s)’ 6 4 5
TEOL ‘poil(s)’ 4 2 4
SAL ‘chair’ 7 5 9
MOM ‘corps’ 6 4 8
Taux de polysémie 4.96 3.58 4.77
Tableau 3-4 : Polysémie des vocables de NECC

Lim J. R. (2008 : 97) identifie 21 vocables 62 de NECC qui sont fréquemment


utilisés dans la vie quotidienne. Sur cette liste, nous obtenons 113 lexies à partir de la
description polysémique du PGD et concluons que le taux de polysémie de ces vocables
est en moyenne 5.38.

Le vocable MEORI est globalement le plus polysémique dans le tableau 3-4. Le


PGD distingue les 11 acceptions suivantes :

Définition Exemple63
1 partie au-dessus du cou d’une meori+ga keuda
personne et d’un animal tête+SUB ê[Link]
‘avoir une grande tête’
meori+leul ggeudeogi+da
tête+ACC hocher
‘hocher la tête’
2 capacité de penser et juger meori+ga johda
tête+SUB ê[Link]
‘être intelligent’
3 = MEORITEOL ‘cheveux’ meori+ga gilda
cheveux+SUB ê[Link]
‘avoir les cheveux longs’
4 partie supérieure d’un hanja meori
caractère chinois caractè[Link] [Link]érieure
‘partie supérieure d’un caractère chinois’

62
Les vocables qu’il traite sont comme suit : MEORI ‘tête’ ; EOLGUL ‘visage’ ; NUN ‘œil’ ; KO ‘nez’ ; GWI
‘oreille’ ; IP ‘bouche’ ; I ‘dent’ ; TEOK ‘menton’ ; MOK ‘cou’ ; GOGAE ‘nuque’ ; EOKKAE ‘épaule’ ; GASEUM
‘poitrine’ ; SIMJANG ‘cœur’ ; HEORI ‘taille’ ; BAE ‘ventre’ ; DEUNG ‘dos’ ; SON ‘main’ ; DARI ‘jambe’ ; BAL
‘pied’ ; SAL ‘chair’ ; PPYEO ‘os’.
63
Nous avons simplifié les exemples originaux dans le PGD.

68
5 chef de bande moim+ui meori
groupe+GEN chef
‘chef d’un groupe’
6 partie antérieure ou supérieure mangchi meori
d’un objet marteau [Link]érieure.d’[Link]
‘partie supérieure d’un marteau’
gicha+ui meori
train+GÉ N [Link]érieure.d’[Link]
‘partie antérieure d’un train’
7 début du fait il+i meori+do kkeut+do eobsda
travail+SUB début+INC fin+INC [Link]
‘le travail n’a ni début ni fin’
8 début du temps haeji+l meori
[Link]+MOD-FUT début
‘le temps quand le soleil descendra’
9 un côté ou un tour han meori+eseo
un côté+LOC
‘dans un côté’
10 une série de fait han meori taepung
une série typhon
‘une série de typhons’
11 [musique] partie ronde de la eumpyo meori
note musicale [Link] [Link]
‘partie ronde de la note musicale’
Tableau 3-5 : Description polysémique du vocable MEORI dans le PGD

Dans le vocable MEORI, il y a non seulement des lexies qui désignent les éléments du
corps (acception 1 et 3) mais aussi des lexies qui désignent les objets (acception 6), les
hommes (acception 5) ou bien les notions abstraites (acception 2, 7, 8, 10), etc. Les lexies
se lient par l’extension de sens, la métonymie ou la métaphore.

[Link] Recherches précédentes


[Link].1 Sur la distinction des acceptions

La polysémie des vocables de NEC coréens a attiré l’attention de beaucoup de


linguistes depuis un demi-siècle. En nous basant sur Park S. Y. (2004), nous récapitulons
dans le tableau ci-dessous les recherches sur la question.

69
Problématique Publications Finalité

É tudier la Kim M. C. (197664), - É tudier la polysémie d’un vocable de


polysémie Yang T. S. (1983), NEC individuellement
d’un vocable Hong S. M. - Traiter principalement SON ‘main’, NUN
individuel (1985 ; 1986), etc. ‘œil’ et MEORI ‘tête’

Analyser la Lee K. J. (1989), Woo - Utiliser le terme sincheo pour inclure


polysémie du H. S. (1988), Hong S. les vocables qui font partie du champ
champ lexical M. (1994), Bae D. Y. lexical des éléments du corps
des éléments (2001), etc. - Essayer de généraliser la polysémie des
du corps vocables de NEC
- Commencer à utiliser des corpus
- É tudier les locutions qui comprennent
des NEC

É tudier la Kim O. B. (2000), Lim - É tudier la polysémie des vocables de


polysémie des J. R. (2007 ; 2008), Koo NEC du point de vue cognitif
vocables de H. J. (2009), etc.
NEC dans des
contextes
variés Kwak J. Y. (1999), Lee - É tudier la polysémie des vocables de
Y. H. (2008), etc. NEC dans le contexte de l’enseignement
du vocabulaire coréen

Lim P. Y. (2006), Nam - É tudier la polysémie des vocables de


S. O. et Kim M. O. NEC au point de vue contrastif
(2012), etc. - Comparer la polysémie des vocables de
NEC du coréen avec celle du japonais ou
du chinois

Tableau 3-6 : Recherches sur la polysémie des vocables de NECC

Nous remarquons quelque chose de particulier dans les recherches ci-dessus : la


plupart des recherches traitent non seulement les acceptions des vocables de NEC, mais

64
La première étude des NEC est faite par Lee H. S. (1956) dans son ouvrage Gugeohakgaeseol
‘Introduction de la linguistique coréenne’, où nous pouvons trouver quelques exemples des NEC qui servent
à expliquer l’extension sémantique (Park S.Y. 2004 : 376).

70
aussi des NEC utilisés dans les locutions ou bien les mots complexes. Prenons Bae D. Y.
(2002b)65, par exemple :

Afin d’expliquer l’extension sémantique du MEORI ‘tête’, Bae D. Y. (2002b) analyse non
seulement des lexies d’un vocable polysémique MEORI (53), (54), mais aussi l’utilisation
de la lexie MEORI‘tête’ dans des locutions (55), (56). Son étude inclut même les
homonymes66 (57), (58), qui sont décrits en tant que vocables MEORI02 et MEORI05 dans le
PGD.

65
Nous choisissons le travail de Bae D.Y. parce que c’est lui qui a écrit la première thèse sur le NEC coréen
(Bae D. Y. 2001). Cette étude essaie d’expliquer l’extension sémantique des NEC avec le principe de
« metaphorical transfer » de Heine et al. (1991). Pour montrer l’extension sémantique qu’un NEC peut
avoir, cette étude procède en trois étapes : (i) distinguer le sens central (qui désigne l’élément du corps) et
les sens périphériques (les autres sens) ; (ii) distinguer les trois aspects (forme, constitution, fonction) du
sens central65 ; (iii) expliquer à partir de quel aspect se dérivent les sens périphériques.
66
Bien que nous trouvons les homonymes de MEORI ‘tête’ dans Bae D.Y. (2002), une lexie qui désigne les
cheveux manque dans son étude sur l’extension de MEORI ‘tête’. La lexie qui désigne les cheveux est
fréquemment utilisée : meori+ga gilda, litt. cheveux+SUB ê[Link], ‘avoir les longs cheveux’.

71
La plupart des travaux du tableau 3-6 posent les mêmes problèmes que Bae D. Y.
(2002b). Ces problèmes sont dus au manque de critères explicites quant à la délimitation
des acceptions d’un vocable polysémique. Pour résoudre ces problèmes, nous allons
traiter la polysémie des vocables de NEC avec les critères de la LEC, dans la section 3.3.2.

[Link].2 Sur la structuration des vocables de NEC

Nous examinons ici comment les acceptions des vocables NEC sont structurées
d’une manière uniforme et systématique dans un dictionnaire. Prenons le cas du PGD.
Son principe de rédaction propose quatre ordres de disposition polysémique :

Figure 3-1 : Ordonnancement des vocables polysémiques dans le PGD

La figure ci-dessus témoigne d’un ordonnancement arbitraire des lexies. Le principe


exposé par le PGD n’explicite pas la manière dont sont ordonnées les lexies appartenant
à un vocable général, moderne et standard. Par exemple, nous ne pouvons pas savoir
comment a été établi l’ordre d’apparition des différentes acceptions du vocable TÊ TE. Par
ce manque, la disposition polysémique des NEC dans le PGD n’est pas cohérente :

ex) meori+ga gil+da


cheveux+SUB ê[Link]
‘avoir les cheveux longs’

72
SON ‘main’ GASEUM ‘poitrine’

1. partie qui se situe à la fin du 1. partie antérieure entre le ventre et


poignet et … le cou
2. = doigt 2. partie intérieure de GASEUM 1
3. main d’œuvre 3. méd. thorax
4. effort, technique pour faire 4. pensée
quelque chose 5. partie correspondante d’un
5. influence de quelqu’un vêtement
6. capacité de quelqu’un 6. seins de femme
7. thorax des arthropodes

Tableau 3-7 : Description polysémique de SON et GASEUM dans le PGD

Dans le cas du vocable SON, les lexies qui désignent les éléments du corps (SON 1 et SON
2) précèdent les autres lexies qui désignent des concepts abstraits. Par contre, dans le cas
du vocable GASEUM, la lexie qui désigne des seins de femme (GASEUM 6) suit la lexie qui
désigne une pensée (GASEUM 4) ou bien la lexie qui désigne une partie d’objet (GASEUM
5).

Même les études qui critiquent la description polysémique dans les dictionnaires
coréens ne proposent pas de solution véritable. Regardons deux études représentatives.
D’abord, Bae D. Y. (2001 ; 2002a ; 2002b) propose la disposition des acceptions
polysémiques selon la direction de changement métaphorique de domaine conceptuel de
Heine et al. (1991 : 48) :

humain > objet > action > espace > temps > qualité

Bae D.Y. regroupe les sens polysémiques du vocable SON ‘main’, MEORI ‘tête’ et NUN

‘œil’ selon cet ordre. Par exemple, pour le vocable MEORI, la lexie qui désigne un chef
d’un groupe vient juste après la lexie qui désigne l’élément du corps.

Lim J. R. (2007 : 12-13) essaie d’énumérer les polysèmes à partir de la lexie qui
dénote l’élément du corps. Lim J. R. propose l’ordre suivant :

animal > plante > objet > espace > temps > quantité > abstrait

73
Regardons sa proposition du traitement polysémique de NUN1 :

Les ordres de Bae D. Y. et Lim J. R. semblent ambigus. Nous ne voyons pas en quoi la
relation entre la lexie qui désigne l’élément du corps et la lexie qui désigne la plante est
plus forte que la relation entre la lexie du corps et la lexie qui signifie le regard.

L’énumération linéaire des lexies sans critères explicites ne montre pas la


structure hiérarchique des vocables de NEC d’une façon systématique et uniforme.

[Link] Traitement polysémique du point de vue phraséologique

La polysémie des vocables de NEC est un problème à traiter avant d’étudier la


phraséologie des NEC. Comment le traitement polysémique des vocables de NEC
influence-t-il l’étude de la phraséologie des NEC ? Prenons les exemples suivants, basés
sur la lexie MEORI ‘tête’ :

Nous mettons l’espace ( ) pour spécifier qu’il y a deux options :

D’une part, si nous considérons meori dans les expressions (59)-(61) en tant
qu’une acception qui désigne un élément du corps d’une personne, ces expressions sont
des locutions qui signifient respectivement ‘être intelligent’, ‘être stupide’ et ‘être lent à
comprendre’.

74
D’autre part, nous pouvons traiter ce MEORI comme une acception (mettons,
MEORI 2) qui désigne un organe qui gère la raison, la pensée, l’intelligence, etc., d’une
personne. Dans ce cas, les expressions (59)-(61) sont des collocations de MEORI 2 ‘organe
abstrait de la raison’ et nous pouvons décrire ces collocations avec les fonctions lexicales
Ver ou AntiVer :

Selon le traitement polysémique, le traitement phraséologique diffère. Donc la


distinction des acceptions des vocables de NEC sera examinée d’abord avant d’étudier
les phrasèmes qu’ils construisent.

3.3.2 Distinction des acceptions

Distinguer les acceptions des vocables est une tâche difficile. Le tableau 3-4 de la
section [Link] plus haut, montre explicitement que les trois dictionnaires coréens
considérés analysent la polysémie des vocables de NEC de façon différente. Pourquoi en
est-il ainsi ? Premièrement, comme Kleiber (2013) le remarque, on mêle souvent la
variation sémantique et la variation interprétative. Par exemple, le GHD distingue à part
une acception qui signifie le comportement des hommes dans le vocable MOM ‘corps’:

Ce sens figuratif du vocable MOM est une variation interprétative qui peut être déduite du
contexte. Nous ne traitons pas cette variation en tant qu’acception. Deuxièmement, le
manque de critères de distinction des acceptions provoque des problèmes.

Nous allons analyser quatre problèmes posés quant à la distinction des acceptions
des vocables de NEC. Pour régler ces problèmes, nous allons nous servir des critères de
délimitation des acceptions de la LEC. Parmi toutes les acceptions que les vocables de
NEC ont, nous ne traitons ici que les acceptions qui désignent les éléments du corps. Par

75
exemple, parmi toutes les acceptions que le vocable IP‘bouche’, nous nous focalisons ici
sur la lexie ‘cavité située dans la partie inférieure du visage I.a d’une personne X’, en
laissant de côté les acceptions ‘bouchée’ ou bien ‘parole’, etc.

[Link] Problème [1] : distinguer une lexie de l’élément du corps d’une


personne vs d’un animal

Il est parfois difficile de décider s’il faut réunir ou distinguer dans deux acceptions
NEC d’une personne vs d’un animal. Voyons le traitement polysémique du PGD
concernant cette distinction.

Type Distinction des acceptions Vocables


i Une acception en mentionnant MEORI ‘tête’, KO ‘nez’, GWI ‘oreille’, NUN
« l’élément du corps d’une ‘œil’, I ‘dent’, MOK ‘cou’, HEORI ‘rein’, DEUNG
personne ou d’un animal » ‘dos’, BAL ‘pied’, MOM ‘corps’, SAL ‘chair’,
TEOL ‘poil’, JEOJ ‘sein’
ii Une acception en mentionnant TEOK ‘menton’, SON ‘main’
juste « l’élément du corps d’une
personne »
iii Une acception en mentionnant IPSUL ‘lèvres’
juste « l’élément du corps
d’un mammifère »
iv Une acception qui EOLGUL ‘visage’, IP ‘bouche’, PAL ‘bras’,
ne mentionne pas tous les deux PPYAM ‘joue’, IMA ‘front’, NUNSSEOP ‘sourcil’
v Deux acceptions en distinguant EOKKAI ‘épaule’
« l’élément du corps d’une
personne » et « l’élément du
corps d’un animal »
vi Deux acceptions en distinguant BAE ‘ventre’, DARI ‘jambe’, GASEUM ‘poitrine’
« l’élément du corps d’une
personne ou d’un animal » et
« l’élément du corps d’un
animal spécifique »
Tableau 3-8 : Distinction des acceptions pour élément du corps d’une personne
vs d’un animal dans le PGD

76
La distinction incohérente peut être améliorée par le critère de cooccurrence
différentielle :

Critère de cooccurrence différentielle


Si, pour la lexie potentielle L ‘…σʹ…σʺ…’, on peut dégager deux ensembles
disjoints de cooccurrents (morphologiques, syntaxiques ou lexicaux) tels que l’un
correspond à ‘σʹ’ et l’autre à ‘σʺ’, alors L doit être scindée – de sorte qu’au lieu de
L on a deux lexies L1 et L2.
(Mel’čuk et al. 1995)

Analysons le vocable MEORI ‘tête’. Supposons MEORI 1 pour la tête d’une


personne et MEORI 2 pour la tête d’un animal. D’abord, bien que la lexie DAEGARI

remplace MEORI 2 sans ajouter une connotation, elle ne peut pas remplacer la MEORI 1, à
l’exception de l’usage vulgaire :

Les combinatoires de MEORI1 et de MEORI 2 sont très différentes :

77
Ces exemples ci-dessus ne se rapportent qu’à MEORI 1. Les exemples (67) ~ (70) sont des
collocations de MEORI 1.

D’autre part, il existe aussi une relation de métonymie entre MEORI 1 et MEORI 3
désignant les cheveux d’une personne. Cette relation ne concerne pas MEORI 2. Les poils
d’un animal sont désignés par la lexie TEOL ‘poil’. Ces différences entre MEORI 1 et MEORI
2 confirment la division des lexies : MEORI 1 et MEORI 2.

Prenons maintenant le vocable SON ‘main’, qui n’a pas de lexie pour l’élément du
corps d’un animal dans le PGD. Dans la plupart des mammifères, on utilise la lexie BAL
‘pied’ au lieu de SON ‘main’ :

Au contraire, pour le primate, on utilise la lexie SON ‘main’ :

Mais il n’y a pas de cooccurrence différentielle qui nous pousserait à distinguer deux
lexies SON2 ‘main d’une personne’ et SON ‘main d’un primate’, donc nous n’avons pas à
distinguer SON 1 et SON 2. Mais il faut mentionner dans la définition de la lexie unique
SON, qu’elle désigne l’élément du corps d’une personne ou d’un primate.

Prenons un autre cas : vocable DARI ‘jambe’. D’abord, selon le critère de


cooccurrence différentielle, DARI1 pour une personne et DARI2 pour un animal doivent
être distingués. En particulier, les cooccurrents morphologiques des deux acceptions sont
différents :

78
Les lexèmes AP et DWI en (73) et (74) ne se combinent qu’avec DARI 2 ‘jambe d’un
animal’, et le lexème MU (75) se combine avec DARI 1 ‘jambe d’une personne’. En plus
de ces deux acceptions, le PGD distingue une autre acception DARI 3 pour le calamar ou
le poulpe :

Trouvons la cooccurrence différente entre DARI 2 et DARI 3 :

Cet exemple montre que la fonction des membres inférieurs d’un calamar est différente
de celle des pattes d’un lapin : bien que DARI1 et DARI2 désignent un élément du corps
qui permet de se déplacer, DARI3 d’un calamar dénote un élément du corps qui sert non
seulement à se déplacer mais également à saisir quelque chose comme un aliment par
exemple. Cette dernière fonction explique le fait que le français appelle cette partie bras
d’un calamar67. Donc DARI 3 doit être distinguée.

Nos vocables sont scindés selon la distinction élément du corps d’une personne
ou d’un animal comme suit :

67
L’anglais appelle aussi cette partie arm :
ex) Squid have 10 arms. Two of their arms are longer than the other eight and are called tentacles.
([Link]

79
Classe Distinction des acceptions Vocables
i deux acceptions : « élément du MEORI ‘tête’, KO ‘nez’, IP ‘bouche’, GWI
corps d’une personne » et ‘oreille’, NUN ‘œil’, I ‘dent’, MOK ‘cou’,
« élément du corps d’un HEORI ‘rein’, BAE ‘ventre’, DEUNG ‘dos’, BAL
animal » ‘pied’, MOM ‘corps’, SAL ‘chair’, TEOL ‘poil’,
JEOJ ‘sein’, EOKKAE ‘épaule’, GASEUM
‘poitrine’, IPSUL ‘lèvres’68

ii Une acception : « élément du EOLGUL ‘visage’, TEOK ‘menton’, PPYAM


corps d’une personne » ‘joue’, IMA ‘front’, NUNSSEOP ‘sourcil’
iii Une acception : « élément du SON ‘main’, PAL ‘bras’
corps d’une personne ou d’un
primate »
iv Trois acceptions : « élément DARI ‘jambe’
du corps d’une personne »,
« élément du corps d’un
animal » et « élément du
corps de certains invertébrés »
Tableau 3-9 : Distinctions des acceptions selon les éléments du corps d’une personne vs
d’un animal

[Link] Problème [2] : distinguer une lexie « fonctionnelle »

Nous traitons maintenant les éléments du corps qui ont une fonction. Il faut noter
que ce dont nous parlons ici, c’est d’une fonction physiologique69. Nous appelons lexie
fonctionnelle une lexie qui désigne la fonction des éléments du corps comme MEORI

‘organe de la pensée…’, suivant la démarche d’Arbatchewsky-Jumarie et Iornanskaja


(1988). En général, la lexie fonctionnelle est définie comme ‘organe de quelque chose’,
‘qui sert à’, ‘la fonction est’ ou ‘qui permet de’ dans les dictionnaires.

Prenons par exemple le vocable MEORI. Est-ce qu’une acception signifiant ‘organe
de la pensée’ doit être distinguée en plus de l’acception MEORI1, qui signifie ‘partie
supérieure du corps d’une personne qui est de forme … et qui est l’organe de la raison…’ ?

Parmi nos vocables du tableau 3-4 dans la section [Link], nous en avons 11 qui
peuvent avoir une lexie fonctionnelle :

68
Pour le vocable IPSUL, deux lexies comme « élément du corps d’une personne » et « élément du corps
d’un animal mammifère ».
69
Nous allons traiter la fonction sociale dans la section [Link].

80
Vocable Une lexie hypothétique qui intéresse la fonction
des éléments du corps
MEORI ‘tête’ Organe de la pensée
NUN ‘œil’ Organe de la vue
KO ‘nez’ Organe de l’odorat
GWI ‘oreille’ Organe de l’audition
IP ‘bouche’ Organe de l’articulation
Organe de l’absorption de la nourriture
I ‘dent’ Organe qui permet de mâcher la nourriture
GASEUM ‘poitrine’ Organe de la respiration
SON ‘main’ Organe de la préhension
DARI ‘jambe’ Organe du déplacement
JEOJ ‘sein’ Organe de l’allaitement
BAE ‘ventre’ Organe de traitement de la nourriture
Tableau 3-10 : Vocables qui peuvent comprendre une lexie fonctionnelle

Pour décider de l’existence d’une lexie fonctionnelle, nous appliquons le critère


de cooccurrence compatible de la LEC :

Critère de cooccurrence compatible70


Si, pour la lexie potentielle L ‘…σʹ…σʺ…’, on peut construire une phrase normale
à cooccurrence compatible, alors L ne doit pas être scindée – de sorte qu’on a une
seule lexie (=L) avec la disjonction dans sa définition : L‘…σ ou σʺ…’.
(Mel’čuk et al. 1995 : 64)

Construisons une phrase avec MEORI 1 et une lexie fonctionnelle hypothétique


selon le critère ci-dessus :

La phrases (78) aboutit à un zeugme : l’adjectif KEUDA ‘être grand’ active l’interprétation
de forme physique de MEORI ‘tête’. En même temps, l’adjectif DDWIEONADA ‘être

70
Mel’cuk et al. (1995 : 64) nomment aussi ce critère Critère de Green-Apresjan en références aux études
précédentes d’Apresjan (1974) et de Green (1969).

81
excellent’ active la fonction d’élément de la tête comme organe de la pensée. La
coordination de ces adjectifs qui provoque l’activation simultanée de deux interprétations
antagoniques 71 produit un zeugme 72 . Ces deux acceptions ne sont pas compatibles et
unifiables. Donc la lexie fonctionnelle MEORI doit être distinguée.

Les vocables GWI ‘oreille’ et KO ‘nez’ montrent aussi un zeugme après application
de ce critère :

Les lexies fonctionnelles de GWI et de KO doivent être distinguées.

Par contre, les vocables comme NUN ‘œil’, IP ‘bouche’, I ‘dent’, SON ‘main’, DARI
‘jambe’, PAL ‘bras’, BAL ‘pied’, JEOJ ‘sein’ ne génèrent pas de zeugme dans ce type de
construction. Prenons quelques exemples :

71
Cruse (2004a : 106) explique l’antagonisme de la polysémie dans le contexte avec le locuteur et
l’auditeur :

It is impossible to focus one’s attention on both readings at once : they compete with one
another, and the best one can do is to switch rapidly from one to the other. In any normal
use of this sentence, the speaker will have one reading in mind, and the hearer will be
expected to recover that reading on the basis of contextual clues : the choice cannot
normally be left open. If the hearer finds it impossible to choose between the readings,
the utterance will be judged unsatisfactory, and further clarification will be sought.
72
Ici nous excluons le calembour.

82
Nous ne traitons pas à part les lexies fonctionnelles dans ces derniers cas.

Suivant le critère de cooccurrence compatible, nous divisons les vocables du


tableau 3-4 en trois classes : (i) vocables qui comportent une lexie fonctionnelle à part (ii)
vocables dont la lexie de base comporte le composant sémantique qui désigne la fonction
de l’élément du corps et (iii) vocables dont aucune lexie ne mentionne la fonction de
l’élément du corps.

Classe Mention d’une fonction Vocables

i Vocables qui distinguent une MEORI ‘tête’, GASEUM ‘poitrine’, BAE


lexie ‘organe de...’ ‘ventre’, KO ‘nez’, GWI ‘oreille’

ii
Vocables dont la lexie de base NUN ‘œil’, IP ‘bouche’, I ‘dent’, SON ‘main’,
comporte la composante DARI ‘jambe’, PAL ‘bras’, BAL ‘pied’, JEOJ
sémantique ‘ayant la fonction ‘sein’
de...’

iii Vocables dont la définition de EOLGUL ‘visage’, MOK ‘cou’, HEORI ‘rein’,
la lexie de base ne mentionne DEUNG ‘dos’, MOM ‘corps’, SAL ‘chair’, TEOL
pas la fonction de l’élément du ‘poil’, EOKKAE ‘épaule’, IMA ‘front’, PPYAM
corps ‘joue’, IPSUL ‘lèvre’ 73 , NUNSSEOP ‘sourcil’,
TEOK ‘menton’

Tableau 3-11 : Distinction des acceptions selon la fonction

73
À la différence de la lexie coréenne IPSUL ‘lèvre’, la lexie française LÈ VRE a été considée comme ‘organe
de la parole’ dans DEC. Voir Arbatchewsky-Jumarie et Iordanskaja (1988 : 67).

83
Avant de passer au problème suivant, il faut noter que les lexies
fonctionnelles MEORI et GASEUM désigne par métonymie des organes internes
(réciproquement le cerveau ; le cœur et le poumon) :

La lexie MEORI dans (84) et (85) désigne un organe (cerveau) qui se trouve à l’intérieur
de l’élément MEORI1 désigne. La lexie GASEUM dans (86) et (87) désigne un organe (cœur
ou du poumon), qui se situent dans l’élément que le GASEUM1 désigne. Strictement parlant,
la fonction de l’élément que MEORI 2 désigne est la fonction du cerveau et celle que
GASEUM 2 désigne est la fonction du cœur ou du poumon. Tandis que les lexies qui
désignent les organes internes ne font pas partie de notre vocabulaire, ces organes
abstraits y figurent pour leur part.

[Link] Problème [3] : distinguer une lexie « fonctionnalisée »

Nous appelons lexie fonctionnalisée une lexie qui désigne un élément du corps en
tant que lieu où se manifeste quelque chose74. Dans la plupart des cas, il s’agit d’une
émotion, d’un sentiment ou de l’état psychologique d’une personne. La fonction que la
lexie fonctionnalisée désigne n’est pas physiologique mais plutôt socio-culturelle.

74
Nous allons examiner en détail la lexie fonctionnalisée NUNSIUL dans la section 6.1.1.

84
Prenons, par exemple, le vocable NUN. Le PGD isole une lexie fonctionnalisée
dans ce vocable :

La lexie NUN de (88) se réfère à la fonction socio-culturelle qui manifeste le sentiment de


X (Paul). Cette fonction est différente de la fonction physiologique des yeux :

L’application du critère de cooccurrence compatible nous indique que ces deux lexies
sont compatibles et, donc, nous ne distinguons pas de la lexie fonctionnalisée pour NUN :

Il en est de même des lexies fonctionnalisées hypothétiques comme EOLGUL ‘visage’,


NUNSSEOP ‘sourcil’, IP ‘bouche’ et IPSUL ‘lèvres’. Nous n’avons pas à traiter à part les
lexies fonctionnalisées.

[Link] Problème [4] : distinguer une lexie désignant une partie


marquante de l’élément du corps

Le dernier problème à traiter concerne la distinction d’une lexie hypothétique qui


désigne une partie marquante ou bien une partie visible d’un élément du corps que la lexie
de base désigne. Voici la liste des lexies hypothétiques sur nos vocables de NEC
polysémiques.

85
Vocable Lexie hypothétique (qui désigne)

MEORI ‘tête’ Une partie de MEORI 1, qui est couverte par les cheveux

MOK ‘cou’ Une partie intérieure de MOK 1, c’est-à-dire la gorge

SON ‘main’ Une partie de SON 1, c’est-à-dire les doigts

GASEUM ‘poitrine’ Une partie de GASEUM 1, c’est-à-dire les seins des femmes

TEOK ‘menton’ Une partie qui comprend TEOK 1, c’est-à-dire la mâchoire

NUN ‘œil’ Une partie visible de NUN 1

GWI ‘oreille’ Une partie visible de GWI 1, c’est-à-dire le pavillon

IP ‘bouche’75 Une partie visible d’IP 1, c’est-à-dire les lèvres

Tableau 3-12 : Lexie hypothétique désignant une partie marquante

Parmi ces lexies hypothétiques, GASEUM et MOK possèdent des cooccurrences


différentes de leurs lexies de base. La lexie GASEUM ‘seins des femmes’ se distingue bien
de la lexie de base ‘élément antérieur du corps, entre le cou et le ventre’ par les
intensifieurs différents :

75
Prenons le vocable anglais MOUTH analysé ainsi par Wierzbicka (1980 : 82-83) :
(i) mouth1 ‘part of the lower part of the face which can open’
ex) She had a big red mouth.
(ii) mouth2 ‘hole in the lower part of the head, behind the mouth1’
ex) She had some vodka in her mouth (and hesitated between swallowing it and spitting it
out)
Wierzbicka postule les deux lexies après avoir vérifié la co-occurrence dans une phrase :
ex) *She had some vodka in her big red mouth.

86
Bien évidemment, les premiers actants des deux lexies sont différents. Le premier actant
de GASEUM hypothétique (91) est nécessairement une femme. Toutes ces observations
nous poussent à distinguer deux acceptions de GASEUM.

Il en est de même de vocable MOK, avec MOK 1 ‘un élément du corps qui unit la
tête au tronc’ et MOK 2 ‘une partie intérieure de MOK 1 ; gorge’. Les deux lexies ont des
cooccurrences différentes. La lexie MOK 1 a des cooccurrents du type (93)-(95), alors que
MOK 2 a des cooccurrents du type (96)-(98) :

Ces deux lexies ne sont pas compatibles dans une phrase :

87
Par ailleurs, en ce qui concerne le vocable TEOK, la lexie de base (100) désigne un
élément du visage, de forme un peu prononcée, qui se situe sous les lèvres. Et la lexie
hypothétique (101) désigne un élément du corps qui comprend l’élément que TEOK1

désigne. Cet élément se situe sur et sous la bouche, et a une fonction de prononcer ou
mâcher. La relation partie-tout est contraire des autres vocables du tableau 3-12 :

L’application du critère de cooccurrence compatible provoque un zeugme. Il faut donc


distinguer les deux lexies :

Il faut noter que alors que le français possède deux lexies vocables MENTON et MÂ CHOIRE,
le coréen ne possède que le vocable polysémique TEOK.

Au contraire des cas de GASEUM, MOK et TEOK, les lexies hypothétiques MEORI et
SON, qui désignent une partie de l’élément du corps que la lexie de base désigne, ne
doivent pas être distinguées. Prenons l’exemple de MEORI :

Cette lexie hypothétique (103) désigne une partie de l’élément que MEORI1 désigne, une
partie qui est couverte des cheveux. L’application du critère de cooccurrence compatible
montre que cette lexie hypothétique est compatible avec MEORI 1 :

88
En revanche, une autre lexie MEORI qui désigne des cheveux doit être distinguée de la
lexie de base :

Prenons maintenant la lexie hypothétique SON qui désigne le doigt dans le vocable
SON dont la lexie de base signifie ‘main’. Cette lexie est distinguée en tant qu’une
acception dans le PGD et le GHD :

D’une part, cette lexie hypothétique SON est unifiable avec la lexie de base SON (son+euro
japda, litt. main+INS prendre, ‘prendre par la main’) dans une phrase :

D’autre part, l’exemple (107) montre que la lexie hypothétique SON ‘doigt’ n’est plus
nécessaire, parce que son+eul kkopda est déjà lexicalisé comme un verbe SONKKOPDA en
coréen. Nous ne voyons pas le sens de la lexie hypothétique SON désignant le doigt dans
ce verbe.

89
Finalement, prenons les vocables NUN ‘œil’, IP ‘bouche’ et GWI ‘oreille’. Ces
vocables contiennent une lexie de base ‘un élément du corps qui…’ et une lexie
hypothétique ‘une partie visible de l’élément que la lexie de base désigne’.

La lexie hypothétique NUN désigne une partie visible de NUN1, de forme ovale et
qui se constitue de deux parties : la pupille et le blanc de l’œil. Cette lexie hypothétique
est compatible avec la lexie de base NUN :

Il en est de même de la lexie hypothétique de GWI ‘oreille’ qui désigne une partie visible
de l’oreille, c’est-à-dire le pavillon. Cette lexie hypothétique est compatible avec la lexie
de base GWI :

Par contre, la lexie hypothétique de IP est incompatible avec la lexie de base IP ‘bouche’.
La lexie hypothétique IP dénote une partie visible de l’élément que IP1 ‘élément de corps
qui permet de manger et parler…’ désigne. Cette partie correspond à la lèvre :

Nous avons ainsi distingué systématiquement et exhaustivement les lexies des


vocables selon les critères de la LEC. Nous donnons dans la section suivante la liste des

90
lexies qui désignent des éléments du corps et qui appartiennent à des vocables
polysémiques.

3.3.3 Polysémie des vocables NECC prise en compte

Nous énumérons ci-dessous les acceptions qui désignent des éléments du corps
parmi les acceptions des vocables polysémiques des NECC (cf. tableau 3-4 de la section
[Link] plus haut).

Vocables Glose
MEORI ‘tête’ I.1a élément supérieur du corps
I.2a cheveu
I.2b coiffure
I.3 organe abstrait de la réflexion
IMA ‘front’ I.1 élément supérieur du visage
NUNSSEOP I.1 deux parties au-dessus des yeux, constituées de poils
‘sourcil’
I.2 poils de la paupière
NUN ‘yeux’ I.1a deux éléments du visage qui permet de voir
GWI ‘oreille’ I.1a deux éléments de la tête qui permettent d’entendre
I.2a organe de l’ouïe
KO ‘nez’ I.1a élément médian saillant du visage qui permet de sentir

I.2a organe de l’odorat

PPYAM ‘joue’ I.1 partie latérale du visage


IP ‘bouche’ I.1a élément du visage – organe d’absorption de la nourriture

I.2 lèvres

I ‘dent’ I.1a petit élément blanc qui permet de mastiquer

IPSUL ‘lèvre’ I.1a deux parties charnues autour de la bouche

TEOK ‘menton’ I.1 élément saillant au-dessous de la bouche

I.2 mâchoire

91
EOLGUL ‘visage’ I.1 élément antérieure de la tête
MOK ‘cou’ I.1a élément allongée qui unit la tête et le corps

I.2a gorge

EOKKAE ‘épaule’ I.1a élément supérieur du bras

GASEUM ‘poitrine’ I.1a élément antérieur du torse

I.2 seins des femmes

I.3a organe abstrait de la respiration

JEOJ ‘poitrine’ I.1 lait


I.2a seins des femmes
DEUNG ‘dos’ I.1a élément postérieur du corps

BAE ‘ventre’ I.1a élément antérieur du corps au-dessous de la poitrine

I.2 organe abstrait du traitement de la nourriture

HEORI ‘taille’ I.1a élément resserré du tronc

PAL ‘bras’ I.1 éléments latéraux, supérieurs du corps

SON ‘main(s)’ I.1 éléments inférieurs des bras qui permettent de prendre

DARI ‘jambe(s)’ I.1a éléments inférieurs du corps qui permettent de marcher


BAL ‘pied(s)’ I.1a éléments inférieurs des jambes qui permettent de marcher

TEOL ‘poil(s)’ I.1b poils

SAL ‘chair’ I.1a chair


MOM ‘corps’ I.1a élément materiel d’une personne

Tableau 3-13 : Acceptions des NECC à traiter

La plupart des vocables NECC ci-dessus ont une acception de base qui dénote
l’élément du corps externe, sauf les lexies TEOL et JEOJ. La lexie de base de TEOL ‘poil’
est une acception qui dénote le poil des animaux, pas des hommes. L’acception qui dénote
le poil détaché de la peau entrant dans la fabrication de divers objets et l’acception qui
dénote la laine sont dérivées à partir de l’acception de poils des animaux. La lexie de base
de JEOJ ‘sein’ est une acception qui dénote le lait des femmes plutôt que celle qui dénote
les seins de femme.

92
Il faut noter que, par la suite, nous n’allons pas spécifier le numéro de la lexie
quand le numéro est I.1 ou I.1a. Par exemple, la lexie NUN veut dire NUN I.1a. Mais si le
numéro est différent que I.1 ou I.1a, nous le spécifierons.

Concernant la polysémie des vocables des NEC français, la description des


vocables NEC des DEC I-IV est disponible dans l’annexe I. Le numéro d’acception que
nous allons utiliser pour les NEC français suit la numérotation de cette description. De
la même manière que les NECC, nous ne spécifierons pas le numéro si le numéro est I.1
ou I.1a.

93
Bilan

Nous envisageons d'abord les caractéristiques universelles du lexique des


NEC. D’un point de vue lexical, la richesse des NEC a été confirmée par
le fait qu'ils se constituent d’une partie marquante du vocabulaire basique.
D’un point de vue cognitif, les éléments du corps sont considérés comme
universels physiques et conceptuels, et comme sources de l’« embodiment
». Et d’un point de vue syntaxico-sémantique, nous considérons les NEC
en tant que quasi-prédicats (joue de X, main de X manipulant Y, yeux (Z)
de X qui permettent de voir Y, etc.). Pour voir la spécificité du lexique des
NECC, nous focalisons notre attention sur les noms neutres d’éléments
externes du corps humain, en tant qu’unités lexicales autonomes. Puis
nous délimitons les vocables polysémiques NECC en lexies selon les
principes de la LEC.

94
4 Vocabulaire de référence

Ce chapitre présente notre vocabulaire de référence : les Noms d’Éléments


du Corps (NEC). En premier lieu, nous allons présenter la liste de NEC de
base en coréen et en français, qui s’utilisent plus souvent dans la vie
quotidienne et qui ont plusieurs méronymes. Ensuite, nous allons présenter
toute notre nomenclature des NEC coréens (NECC), qui sont
accompagnés des NEC français correspondants.

95
4.1 NEC de base

Nous présentons d’abord la liste des NEC de base, puis nous examinons leurs
caractéristiques.

4.1.1 Liste des NEC de base

Les NEC de base désignent les éléments du corps76 les plus basiques. Par exemple,
la lexie ŒIL fait partie des NEC de base parce qu’elle désigne un élément plus marquant
que les éléments que les lexies PUPILLE, IRIS, etc. désignent. Nous choisissons une
trentaine de NEC de base :

Figure 4-1 : NEC de base77

76
Rappelons que nous focalisons notre attention sur les éléments du corps externes. Voir [Link].
77
Cette figure est extraite du site suivant : [Link]

96
Pour établir la liste des NEC de base, nous avons examiné ceux qui figurent dans
les travaux suivants :

(i) Tableau 3-2 : Liste des NEC des vocabulaires basiques français, coréen et
anglais.
(ii) Tableau 3-4 : Polysémie des vocables NECC
(iii) Liste de vocabulaire principal en coréen (Institut National du coréen,
2003), qui comprend 4166 noms principaux.
(iv) É tudes sur les NEC coréens :
– Lee K. J. (1989), sur la structure du vocabulaire du corps coréen ;
– Bae D.Y. (2001), sur l’extension sémantique des NEC coréen ;
– Lim P.Y. (2006) sur les expressions des NEC coréen ;
– Lim J. R. (2007) sur l’extension sémantique basée sur l’embodiement du
coréen.

Il faut signaler trois choses importantes avant de présenter notre nomenclature.

Premièrement, nous répartissons la liste entre quatre grandes parties : éléments de


la tête ; éléments du tronc ; éléments des membres ; éléments de l’ensemble du corps.
Selon Cruse (1986 : 162), les NEC s’organisent autour de la méronymie canonique,
différente de la méronymie facultative qui est optionnelle, c’est-à-dire que les deux
phrases suivantes sont toujours vraies concernant les NEC :

X is a meronym of Y if and only if sentences of the form A Y has Xs/an X and An


X is a part of a Y are normal when the noun phrases an X, a Y are interpreted
generically.
Cruse (1986 : 160)

Les phrases un corps a une tête et une tête est une partie d’un corps sont toujours vraies.
TÊ TE est un méronyme canonique de CORPS et CORPS est un holonyme canonique de TÊ TE.

Comme le corps conditionne intrinsèquement la relation méronymique, il est naturel de


classifier les NEC par cette relation.

Deuxièmement, il est impossible de donner les équivalents exacts en coréen, en


français et en anglais. Chaque langue a sa propre cartographie du corps. Comparons les
lexies qui désignent l’élément 17 de la Figure 4-1 en coréen, en français et en anglais :

97
coréen (PGD) français (PR) anglais (OED)

EONGDEONGI DERRIÈ RE BUTTOCK


‘partie charnue entre le ‘partie du corps qui ‘either of two round fleshy
dessous de la taille et le comprend les fesses et le parts of the human body
dessus des cuisses’ fondement’ that form the bottom’

GUNGDUNGI FESSES HIPS


‘partie qui est musculeuse ‘chacune des masses ‘the circumference of the
au-dessous de l’eongdeogi charnues de la région body at the buttocks’
et sur laquelle on s’assoit’ postérieur du bassin’

Tableau 4-1 : Comparaison des lexies qui désignent la partie 17


en coréen, français et anglais et leurs définitions dans les dictionnaires

Ce tableau montre bien qu’il n’y a pas d’équivalents exacts dans les trois langues. Par
conséquent, il faut noter que les équivalents proposés en français et en anglais sont des
équivalents approximatifs d’une lexie coréenne. Dans le cas de la lexie EONGDEONGI,

nous donnons approximativement le français DERRIÈ RE et l’anglais BUTTOCKS.

Troisièmement, chaque NEC de base est une lexie de base de son vocable. Si un
NEC n’est pas une lexie de base et si nous avons besoin de la numérotation, nous mettrons
le numéro comme MEORI I.2a.

Nous listons les NEC de base en coréen, en français et en anglais :

Classes N de NECC NEC français NEC anglais


Figure
4-1
éléments de 1a MEORI I.2a ; CHEVEU HAIR
la tête MEORIKARAK
1 IMA FRONT FOREHEAD
2 NUNSSEOP SOURCIL EYEBROW

3 NUN ŒIL EYE


4 GWI OREILLE EAR

5 KO NEZ NOSE

6 PPYAM JOUE CHEEK

7 IP BOUCHE MOUTH
7d I DENT TOOTH

98
8 IPSUL LÈ VRES LIPS
9 TEOK MENTON CHIN

10 EOLGUL VISAGE FACE

10a MEORI TÊ TE HEAD


11 MOK COU NECK
éléments du 12 EOKKAE É PAULE SHOULDER
tronc 13 GASEUM POITRINE CHEST

13f JEOJ ; GASEUM I.2 SEIN ; POITRINE 378 BREAST

14 DEUNG DOS BACK

15 BAE VENTRE ABDOMEN

16 HEORI TAILLE WAIST

17 EONGDEONGI DERRIÈ RE BUTTOCKS

éléments 18 PAL BRAS ARM


des 19 PALKKUMCHI COUDE ELBOW
membres
20 SONMOK POIGNET WRIST

21 SON MAIN HAND

22 SONGARAK DOIGT FINGER

23 DARI JAMBE LEG

24 MUREUP GENOU KNEE

25 BALMOK CHEVILLE ANKLE

26 BAL PIED FOOT

27 BALGARAK ORTEIL TOE

éléments de 28 TEOL POIL BODY HAIR


l’ensemble
29 SAL CHAIR FLESH
du corps
30 MOM CORPS BODY

Tableau 4-2 : NEC de base coréens, français et anglais

4.1.2 Caractéristiques des NEC de base

La plupart de ces NEC de base ont les caractéristiques suivantes :

(i) Ils sont fréquents.


(ii) Ils se trouvent dans beaucoup de langues.

78
Concernant le numéro d’acception de la lexie française, voir l’annexe.

99
(iii) Ils ont plusieurs méronymes.
(iv) Ils appartiennent à des vocables polysémiques et en sont normalement la
lexie de base.

En plus de ces caractéristiques, les NECC de base ont les propriétés suivantes.

Formellement, la plupart d’entre eux sont des lexies simples monosyllabiques79 :


GWI, NUN, KO, IP, I, SON, BAL, etc. Prenant en compte le fait que seulement 3% des lexies
coréennes sont monosyllabiques (Kim J.T. 1992 : 219), la proportion des NECC de base
monosyllabiques est exceptionnelle.

Un grand nombre des NECC composés ou dérivés sont construits à partir de ces
NECC de base. Par exemple, GWI ‘oreille’ construit les lexies composées qui désignent
les parties de l’oreille comme suit :

GWISGUMENG : gwi+s+gumeong GEOTGWI : geot+gwi


oreille+s+trou extérieur+oreille
‘trou de l’oreille’ ‘oreille externe’

GWISDEUNG : gwi+s+deung BAKKATGWI : bakkat+gwi


oreille+s+dos extérieur+oreille
‘dos de l’oreille’ ‘oreille externe’

GWISMUN : gwi+s+mun GAUNDEGWI : gaunde+gwi


oreille+s+porte milieu+oreille
‘entrée du trou de l’oreille’ ‘oreille moyenne’

GWISBAKWI : gwi+s+bakwi SOKGWI : sok+gwi


oreille+s+roue intérieur+oreille
‘pavillon’ ‘oreille interne’
Tableau 4-3 : Lexies composées GWI+Nom et Nom+GWI

79
Kwak J.Y. (1994 :1) dit que le vocabulaire de base suivant est monosyllabique :

personne NA ‘je’, NEO ‘tu’, etc.


distance I ‘ceci’, GEU ‘cela’, etc.
temps BAM ‘nuit’, NAJ ‘jour’, etc.
vie OS ‘vêtement’, BAP ‘repas’, JIP ‘maison’, etc.
astre HAE ‘soleil’, DAL ‘lune’, BYEOL ‘étoile’, etc.
matière MUL ‘eau’, BUL ‘feu’, DOL ‘pierre’, etc.
élement du corps NUN ‘œil’, KO ‘nez’, GWI ‘oreille’, IP ‘bouche’, etc.

100
Les NEC de base produisent énormément des lexies composés. Par exemple, il y a plus
de vingt lexies composées à base de lexie NUN ‘œil’ : NUNAL ‘globe de l’œil’, NUNJAWI
‘blanc de l’œil’, NUNGA ‘bord l’œil’, NUNKKEOPUL ‘paupière’, etc.

É tymologiquement, tous les NEC de base coréens sont proprement coréens, alors
que les lexies proprement coréennes ne constituent que 25 % du lexique coréen, comme
le montre le tableau suivant :

Hanjaeo (lexies sino-coréennes) 57.3%

Goyueo (lexies proprement coréennes) 25.2%

Oeraeeo (lexies d’origine étrangère) 6%

Honjongeo (lexies hybrides) : lexies qui combinent 10.5%

soit (i) et (ii) : 8.3%

soit (i) et (iii) et soit (ii) et (iii) : 3.2%

Tableau 4-4 : Lexique du coréen selon l’étymologie80

4.2 Nomenclature des NECC

Cette section d’abord traite le processus de l’établissement de notre nomenclature


avec quelques remarques, puis présente la nomenclature des NECC avec le bilan.

4.2.1 Comment établir la nomenclature

Nous sommes partis des NECC de base et, à partir de ceux-ci, nous avons récupéré
tous les NECC qui sont des lexies composées. Par exemple, nous avons cherché les
méronyme de GWI ‘oreille’ par la requête de gwi*, gwis*81 et *gwi dans le PGD. Nous
avons ensuite identifié les NECC parmi tous les résultats obtenus. Finalement, parmi les
NECC obtenus, nous avons sélectionné ceux qui sont conformes à nos critères de la
section 3.2 : les NEC externes du corps humains en tant qu’unités lexicales autonomes.

80
Lee U.Y. (2002 : 51).
81
Il faut chercher aussi la variante phonologique, gwis+Nom.

101
Pendant ce processus, il faut faire attention aux lexies composées qui ne désigne
pas l’élément du corps comme GWISGA. Les lexies NUNGA, IPGA et GWISGA sont
construites à partir de la composition d’un des NECC de base NUN ‘œil’, IP ‘bouche’ et
GWI ‘oreille’ et d’un nom GA ‘bord’. Elles sont définies comme suit dans le PGD :

nunga
nuneui gajangjarina jubyeon
‘bord ou alentour des yeux’

ipga
ipeui gajangjari
‘bord de la bouche’

gwisga
gwieui gajangjari
‘bord des oreilles’

Définition 4-1 : NUNGA, IPGA et GWISGA du PGD

Parmi ces définitions, celle de GWISGA est érronée. GWISGA désigne en effet un espace
autour des oreilles. Nous ne pouvons pas toucher cet espace parce que ce n’est pas une
partie concrète, comme illustré dans l’exemple ci-dessous :

La lexie GWISGA s’utilise notamment dans des locutions :

Par ce processus de sélection, nous avons obtenu 195 NECC. Nous énumérons
plusieurs quasi-synonymes de certains d’entre eux. Dans les faits, il y a moins de 195
éléments du corps.

102
4.2.2 Remarques sur la composition de la nomenclature

Nous donnons dans la section 4.2.3 ci-dessous le vocabulaire retenu pour notre
étude des chapitre 5 et 6 en le répartissant dans quatre classes, à l’instar des NEC de base :
[A] éléments de la tête (comme IP ‘bouche’, GWI ‘oreille’), [B] éléments des membres
(comme DARI ‘jambe’, SON ‘main’), [C] éléments du tronc (comme BAE ‘ventre’, EOKKAE
‘épaule’) et [D] éléments de l’ensemble du corps (comme TEOL ‘poil’, SAL ‘chair’).
Certaines lexies correspondent à une relation partie-tout. Par exemple, PAL ‘bras’ est un
méronyme de MOM ‘corps’ et en même temps PAL‘bras’ a plusieurs méronymes comme
SON ‘main’, SONMOK ‘poignet’, PALKKUMCHI ‘coude’, PALDDUK ‘avant-bras’, etc. ; SON
‘main’ est un méronyme de PAL et en même temps a plusieurs méronymes comme
SONGARAK ‘doigt’, SONBADAK ‘paume’, SONDEUNG ‘dos de la main’, etc. La figure 4-2
visualise la relation méronymique du lexique des NEC en anglais :

Figure 4-2 : Méronymie (Cruse 2011 : 172)

La classification méronymique nous indique comment le corps est divisé dans chaque
langue. Cette information sera très liée avec la détermination de la composante dite
centrale de la définition des NEC. Nous le verrons en détail au chapitre 6, section [Link].

Dans nos tables, le tiret (-) sépare les éléments des lexies composées, comme WI-
PAL ‘arrière-bras’. Toutefois, nous considérons les lexies composées qui sont construites
par des morphèmes sino-coréens, comme des lexies simples :

103
Les morphèmes constituants du et pi82 n’ont pas d’autonomie83. Nous allons ainsi traiter
DUPI ‘cuir chevelu’, DUBAL ‘cheval’, MOGONG ‘pore’ etc., comme lexies simples.84 Les
lexies proprement coréennes soulèvent aussi des problèmes de distinction entre une lexie
simple et une lexie composée. Certaines lexies comme SONTOP, BAEKKOP, NUNSSEOP sont
décrites en tant que lexie composée dans le PGD :

Pourtant, synchroniquement, les lexies TOP, KKOP et SSEOP ne s’utilisent pas


indépendamment dans la phrase. Nous traitons ces lexies en tant que lexies simples.

Enfin, il faut expliquer le contenu des trois colonnes de nos tableaux ci-dessous.
Dans la première colonne, nous donnons les NECC en alphabet coréen avec l’origine, si
c’est une lexie sino-coréenne ou un emprunt. Si une variante phonologique ou un
synonyme exacts sans aucune différence sémantique comme NUNKKAPUL de
NUNKKEOPUL ‘paupière’ existent, nous les mettons entre crochets ([ ]) et ne les comptons
pas en tant que une lexie séparée. Dans la deuxième colonne, nous donnons les NECC
romanisés. Dans la troisième colonne, nous donnons leur équivalent français. Si un NECC
n’a pas d’équivalent lexicalisé en français, nous donnons son sens. Dans ce cas, nous
utilisons les guillemets sémantiques (‘’).

82
Nam K. S. et Ko Y. K. (2011 : 40-41) avancent qu’un morphème sino-coréen qui a un équivalent
proprement coréen a tendance à perdre son autonomie : le morphème du correspond à une lexie proprement
coréenne MEORI et le morphème pi correspond à GAJUK.
83
Nous avons déjà spécifié que les lexies non-autonomes ne sont pas incluses dans notre nomenclature
(section 3.2.2).
84
Voir Nam K.S. et Ko Y.K. (2011 : 225-231) et Ko Y. G et Gu B. G. (2009 : 243-252) sur la formation
des mots à racine sino-coréenne.
85
Synchroniquement la lexie TOP n’existe pas en coréen. La lexie TOP qui désigne l’ensemble des ongles
des mains et des pieds existait dans le coréen ancien et elle existe encore en nord-coréen.

104
4.2.3 Nomenclature support de l’étude

[A] éléments de la tête

Comme les éléments de la tête sont nombreux, nous distinguons les éléments du
visage (A-1) et les autres éléments de la tête (A-2). Nous séparons les éléments du visage
en éléments des yeux (A-1a), du nez (A-1b) et de la bouche (A-1c) et les éléments des
oreilles (A-2a).

[A-1] les éléments du visage

이마 IMA FRONT

눈-썹 I.1 NUNSSEOP SOURCIL

겉-눈썹 GEOTNUNSSEOP SOURCIL

미간 (眉間) MIGAN ‘partie entre les deux


sourcils’
눈살 NUNSAL ‘ride entre les sourcils’
눈 NUN ŒIL ; YEUX

코 KO NEZ

광대-뼈 GWANGDAEPPYEO POMMETTE

구레-나룻 GURENARUS FAVORIS

볼 BOL JOUE

볼-살 BOLSAL ‘chair de la joue’


뺨 PPYAM JOUE

보조개 BOJOGAE FOSSETTE

코-밑 KOMIT ‘dessous du nez’


인중 (人中) INJUNG ‘partie creuse entre le nez
et la lèvre supérieure’
; PHILTRUM
입 IP BOUCHE

수염 (鬚髥) SUYEOM BARBE

콧-수염(-鬚髥) KOSSUYEOM MOUSTACHE

턱-수염 (-鬚髥) TEOKSUYEOM BARBE ; BOUC

턱 I.1 TEOK MENTON

턱 I.2 TEOK MÂ CHOIRE

위-턱 WITEOK ˹MÂ CHOIRE SUPÉ RIEURE˺

105
아래-턱 ARAETEOK ˹MÂ CHOIRE INFÉ RIEURE˺
Taille 24 lexies

[A-1a] les éléments des yeux

검은-자 [검은-자위] GEOMEUNJA ‘partie foncée de l’œil’


눈-동자 NUNDONGJA PUPILLE

동공 (瞳孔) DONGGONG PUPILLE

눈-알 NUNAL ˹GLOBE OCULAIRE˺


안구 (眼球) ANGU ˹GLOBE OCULAIRE˺
홍채 (虹彩) HONGCHAE IRIS

흰-자위 HUINJAWI ˹BLANC DE L’ŒIL˺


눈-가 NUNGA ‘tour de l’œil’
눈-두덩 NUNDUDEONG ˹ARCADE SOURCILIÈ RE˺
눈-구석 NUNGUSEOK ˹COIN DE L’ŒIL˺
눈-머리 NUNMEORI ˹COIN DE L’ŒIL˺ (vers le
nez)
눈-꼬리 NUNKKORI ˹COIN DE L’ŒIL˺ (vers les
oreilles)
눈-시울 NUNSIUL bord des yeux
눈-썹 I.2 NUNSSEOP CILS

속-눈썹 SOKNUNSSEOP CILS

눈-꺼풀[눈-까풀] NUNKKEOPUL PAUPIÈ RE


[NUNKKAPUL]
쌍-꺼풀[쌍-까풀] SSANGKKEOPUL ‘pli sur la paupière’
[SSANGKKAPUL]
Taille 17 lexies

[A-1b] les éléments du nez

코-끝 KOKKEUT bout du nez


코-언저리 KOEONJEORI ‘tour du nez’
코-털 KOTEOL ‘poils du nez’
코-허리 KOHEORI ‘partie rétrécie de l'arête
du nez’
콧-구멍 KOSGUMEONG NARINE

콧-날 KOSNAL ˹ARÊ TE DU NEZ˺

106
콧-대 KOSDAE ˹ARÊ TE DU NEZ˺
콧-마루 KOSMARU ˹ARÊ TE DU NEZ˺
콧-등 KOSDEUNG ˹DOS DU NEZ˺
콧-방울 KOSBANGUL ˹AILE DU NEZ˺
코-안 KOAN ‘intérieur du nez’
콧-속 KOSSOK ‘intérieur du nez’
somme 12 lexies

[A-1c] les éléments de la bouche86

입-가 IPGA ‘bord des lèvres’


입-꼬리 IPKKORI COMMISSURE ;
coin des lèvres
입-속 IPSOK ‘intérieur de la bouche’
입-안 IPAN ‘intérieur de la bouche’
입-천장 (-天障) IPCHEONJANG PALAIS

입-술 IPSUL LÈ VRES

윗-입술 WISIPSUL lèvre supérieure


아랫-입술 ARAESIPSUL lèvre inférieure
목 I.2a MOK GORGE

목-구멍 MOKGUMEONG GORGE

목-젖 MOKJEOJ LUETTE

이 I DENT

치아 (齒牙) CHIA DENT

송곳-니 SONGGOSNI CANINE

앞-니 APNI INCISIVE

어금-니 EOGEUMNI MOLAIRE

윗-니 WISNI dents du haut


아랫-니 ARAESNI dents du bas

잇-몸 ISMOM GENCIVE

윗-잇몸 WISISMOM gencive supérieure


아랫-잇몸 ARAESISMOM gencive inférieure

86
Nous incluons ici les éléments qui sont à l’intérieur de la bouche : I ‘dent’, HYEO ‘langue’, même
MOKGUMEONG ‘gorge’, MOKJEOJ ‘luette’, etc.

107
혀 HYEO LANGUE

혀-끝 HYEOKKEUT ‘bout de la langue’


혀-뿌리 HYEOPPURI ‘base de la langue’
somme 24 lexies

[A-2] MEORI ‘tête’ et ses éléments

머리 I.1a MEORI TÊ TE

정수리 (頂--) JEONGSURI VERTEX

뒤-통수 DWITONGSU ‘arrière de la tête’


뒷-머리 DWISMEORI ‘arrière de la tête’
앞-머리 APMEORI FRONT

머리 I.2a MEORI CHEVEUX

머리-카락 MEORIKARAK CHEVEU

머리-털 MEORITEOL CHEVEUX

모발 (毛髮) MOBAL CHEVEUX

두발 (頭髮) DUBAL CHEVEUX

두피 (頭皮) DUPI ˹CUIR CHEVELU˺


얼굴 EOLGUL VISAGE ; TÊ TE I.3a

낯 NACH VISAGE

귀 GWI OREILLE

목 I.1a MOK COU

목덜미 MOKDEOLMI NUQUE

somme 16 lexies

[A-2a] les éléments des oreilles

겉-귀 [바깥-귀] GEOTGWI [BAKKATGWI] ˹OREILLE EXTERNE˺


가운데-귀 GAUNDEGWI ˹OREILLE MOYENNE˺
속-귀87 [안-귀] SOKGWI [ANGWI] ˹OREILLE INTERNE˺
귀-밑 GWIMIT ‘partie inférieure de
l’oreille qui s’attache au
visage’

87
SOKGWI et ANGWI désignent les NEC internes, oreilles internes. Toutefois, nous les faisons figurer dans
notre nomenclature pour montrer tous le paradigme de lexicalisation des éléments de l’oreille.

108
귓-구멍 GWISGUMEONG ˹TROU DE L’OREILLE˺
귓-등 GWISDEUNG ‘arrière de l’oreille’
귓-문 (-門) GWISMUN ‘entrée du trou de l’oreille’
귓-바퀴 GWISBAKWI PAVILLON

귓-불 GWISBUL LOBE

귓-속 GWISSOK ‘intérieur de l’oreille’


Taille 10 lexies

[B] éléments des membres

Nous distinguons les éléments du bras (B-1), les éléments de la main (B-2), les
éléments de la jambe (B-3) et les éléments du pied (B-4).

[B-1] PAL ‘bras’ et ses éléments

팔 PAL BRAS

위-팔 WIPAL ‘haut du bras (partie entre


la coude et l’épaule)’
팔-꿈치 PALKKUMCHI COUDE

아래-팔 ARAEPAL AVANT-BRAS

팔-뚝 PALDDUK AVANT-BRAS

팔-목 PALMOK POIGNET

팔-오금 PALOGEUM ‘creux du bras’


Taille 7 lexies

[B-2] SON ‘main’ et ses éléments

손 SON MAIN

손-가락 SONGARAK DOIGT

엄지, 엄지-손가락 EOMJI, EOMJISONGARAK POUCE

검지 (-指) GEOMJI INDEX

집게-손가락 JIPGESONGARAK INDEX

중지 (中指) JUNGJI MAJEUR, MEDIUS, MEDIUM

가운뎃-손가락 GAUNDESSONGARAK MAJEUR, MEDIUS, MEDIUM

약-손가락 (藥---) YAKSONGARAK ANNULAIRE

109
약지 (藥指) YAKJI ANNULAIRE

새끼-손가락 [새끼-손] SAEKKISONGARAK AURICULAIRE


[SAEKKISON]
손-톱 SONTOP ONGLE

손-등 SONDEUNG ˹DOS DE LA MAIN˺


손-마디 SONMADI PHALANGE

손-바닥 SONBADAK PAUME

손-금 SONGEUM ˹LIGNE DE LA MAIN˺


Taille 15 lexies

[B-3] DARI ‘jambe’ et ses éléments

다리 DARI JAMBE

넓적-다리 NEOLBJEOKDARI CUISSE

허벅지 HEOBEOKJI CUISSE

허벅-다리 HEOBEOKDARI CUISSE

무릎 MUREUP GENOU

앞-무릎 APMUREUP GENOU

뒷-무릎 DWISMUREUP JARRET

오금 OGEUM JARRET

종아리 JONGARI MOLLET

장딴지 JANGDDANJI MOLLET

정강이 JEONGGANGI TIBIA

복숭아-뼈 BOKSUNGAPPYEO MALLÉ OLE

복사-뼈 BOKSAPPYEO MALLÉ OLE

Taille 13 lexies

[B-4] BAL ‘pied’ et ses éléments

발 BAL PIED

발-목 BALMOK CHEVILLE

발-등 BALDEUNG ˹DOS DU PIED˺


발-가락 BALGARAK ORTEIL

엄지-발가락 EOMJIBALGARAK ˹GROS ORTEIL˺


발-톱 BALTOP ˹ONGLE DE PIED˺

110
발-꿈치 BALKKUMCHI TALON
[BALDWIKKUMCHI,
[발-뒤꿈치, 뒤-꿈치] DWIKKUMCHI]
발-뒤축 BALDWICHUK TALON

발-바닥 BALBADAK ˹PLANTE DU PIED˺


Taille 9 lexies

[C] éléments du tronc

어깨 EOKKAE É PAULE

가슴 I.1a GASEUM POITRINE

가슴-골 GASEUMGOL ‘partie creuse et allongée


de la poitrine’
젖 JEOJ SEIN

가슴 I.2 GASEUM SEIN

젖-가슴 JEOJGASEUM SEIN

유방 (乳房) YUBANG SEIN

젖-꼭지 JEOJKKOKJI MAMELON

유두 (乳頭) YUDU MAMELON

겨드랑-이 GYEODEURANGI AISSELLE

등 DEUNG DOS

등-골 DEUNGGOL ‘arête du dos’


등-줄기 DEUNGJULGI É CHINE

옆-구리 YEOPGURI CÔ TÉ , FLANC

허리 HEORI TAILLE ; HANCHE ; REINS

배 BAE VENTRE

윗-배 WISBAE VENTRE

아랫-배 ARAESBAE BAS-VENTRE

배-꼽 BAEKKOP NOMBRIL

뱃-살 BAESSAL ‘partie charnue du ventre’


복부 (腹部) BOKBU ABDOMEN

골반 (骨盤) GOLBAN PELVIS

성기 (性器) SEONGGI SEXE

음부 (陰部) EUMBU SEXE (plutôt de la femme)


페니스 (penis) PENIS PÉ NIS

111
불알 BULAL TESTICULE

볼기 BOLGI DERRIÈ RE

엉덩이 EONGDEONGI DERRIÈ RE

히프 (hip)88 HIPEU FESSES

궁둥이 GUNGDUNGI ‘partie musculeuse au-


dessus des fesses’
Taille 30 lexies

[D] éléments de l’ensemble du corps

몸 MOM CORPS

몸-통 MOMTONG TRONC

살 SAL CHAIR

살-갗 SALGACH PEAU

피부 (皮膚) PIBU PEAU

털 TEOL POIL

모공 (毛孔) MOGONG PORE

주름 JUREUM RIDE

근육 (筋肉) GEUNYUK MUSCLE

알-통 ALTONG BICEPS

핏-줄89 PISJUL VEINE

혈관 (血管) HYEOLGWAN VEINE

상-반신 (上半身) SANGBANSIN TORSE ; BUSTE

상체 (上體) SANGCHE TORSE ; BUSTE

윗-몸 WISMOM TORSE ; BUSTE

하체 (下體) HACHE ˹BAS DU CORPS˺


아랫-몸 ARAESMOM ˹BAS DU CORPS˺
하-반신 (下半身) HABANSIN ˹BAS DU CORPS˺
somme 18 lexies

88
Il s’agit d’une des deux lexies qui sont d’origine anglaise parmis les NECC avec PENIS. Même si elle
vient de la lexie anglaise HIP, son sens est distinct du sens de HIP. Voir le sens de HIP à la Tableau 4-1 dans
la section 4.1.1.
89
Les lexies PISJUL et HYEOLGWAN se situent à la limite des NEC externes et des NEC internes.

112
4.2.4 Bilan de nomenclature des NECC

Voici le bilan de notre nomenclature, quant à la richesse lexicale :

Classe Taille
[A] éléments de la tête 103 lexies
[B] éléments des membres 44 lexies
[C] éléments du tronc 30 lexies
[D] éléments de l’ensemble du corps 18 lexies
Total 195 lexies
Tableau 4-5 : Bilan de la nomenclature des NECC

Récapitulons quelques caractéristiques de notre nomenclature des NECC.

1) Le caractère saillant du lexique des NECC, c’est qu’il y a beaucoup d’éléments


de la tête en coréen. L’abondance de ces éléments résulte de l’abondance des mots
composés qui désignent une partie de la tête.

2) La proportion de lexies simples et de lexies composées est comme suit :

Lexies simples Lexies composées

Nombre 70 125

Pourcentage 35.9 % 64.1 %

3) La proportion des lexies monosyllabiques (22 lexies, 11.2 %) est assez élevée en
comparaison avec le pourcentage moyen (3%) des lexies monosyllabiques du
lexique coréen général.

113
4) É tymologiquement, il y a plus de 80%90 de lexies proprement coréennes. Cette
proportion est plus élevée que la proportion des lexies proprement coréennes du
lexique total du coréen.

Lexies Lexies sino- Lexies Lexies


proprement coréennes proprement d’origine
coréennes coréennes + étrangère
lexies sino-
coréennes
Nombre 161 25 7 2
Pourcentage 82.6 % 12.8 % 3.6 % 1.0 %
Tableau 4-7 : Classification étymologique des NEC

5) La comparaison de la lexicalisation des NECC et des NEC français est effectuée.


Tous les NECC sont des lexèmes. Les équivalents français aux NECC sont ainsi
lexicalisés :
NEC français
Lexème 129 (par ex. FRONT)
Locution 32 (par ex. ˹GLOBE OCULAIRE˺)
Collocation 9 (par ex. lèvres supérieure, lèvre inférieure)
Expression libre 25 (par ex. ‘pli sur la paupière’)
Tableau 4-8 : Lexicalisation des NEC français

90
Cette proportion de l’étymologie n’est pas très différente de l’étude de Kwak J.Y. (1999). Selon Kwak
J.Y. (1999 : 17), 86.92% des NEC apparus dans les manuels scolaires sont proprement coréens et 11.39%
sino-coréen.

114
Bilan

Ce chapitre présente le vocabulaire de référence. Nous commençons par


présenter une trentaine de NEC de base coréens et français. À partir des
NECC de base, nous récupérons les NECC qui sont des lexies composées
(par ex, à partir de NUN, nous récupérons NUNGA, NUNMEORI, NUNKKORI,
etc.). Nous établissons une nomenclature des NECC de 195 lexies : les
éléments de la tête (103 lexies), des membres (44 lexies), du tronc (30
lexies) et ceux de l’ensemble du corps (8 lexies). Nous donnons son
équivalent français à chaque lexie. Nous comparons la lexicalisation des
NEC coréens et français. Cette nomenclature est incluse dans le RL-kr
pour la description lexicographique.

115
116
5 Phraséologie des NECC

Les NEC, qui sont essentiels dans la vie langagière, participent très
activement à la phraséologisation. Il faut rappeler que trois types de
phrasèmes lexicaux - locution, collocation, cliché linguistique - sont
distingués dans le cadre de la LEC. Nous bornons ici la phraséologie des
NECC aux collocations contrôlées par ceux-ci. Une collocation contrôlée
par un NECC se constitue de la base, qui est un NECC, et du collocatif
que cette base sélectionne (par ex. ko+ga napjakhada, litt. nez+SUB
ê[Link], ‘avoir un nez aplati’). Dans la phraséologie des NECC, nous
prenons aussi en compte les phrasèmes morphologiques (par ex. mot-
composé comme napjak+ko, litt. racine de l’adjectif NAPJAKHADA‘être

plat’+nez, ‘nez aplati’) qui sont équivalents à une collocation ko+ga


napjakhada. Nous appelons collocation morphologisée ce phrasème
morphologique par opposition à la collocation lexicale.
Ce chapitre a pour finalité d’éclaircir la phraséologie des NECC et
d’examiner ses propriétés syntaxiques, sémantiques et morphologiques.
Dans ce but, ce chapitre se compose de trois sections. D’abord, en
examinant la richesse des phrasèmes des NEC dans la langue, nous
focalisons notre intérêt sur la collocation contrôlée par les NEC. Nous
étudions également pourquoi la collocation nous intéresse d’un point de
vue comparatif, lexicographique et culturel. La section suivante précise la
variété des collocations contrôlées par les NECC en traitant certains cas
problématiques à la frontière de la collocation. La troisième section
examine les lexies complexes (mots composés et mots dérivés) au point
de vue phraséologique. Nous considérons les lexies complexes qui sont
semi-libres et compositionnelles comme collocations morphologisées.
Nous expliquons comment les lexies complexes qui incluent les NECC
seront traitées dans le Réseau Lexical.

117
5.1 Phénomènes considérés

5.1.1 Richesse phraséologique des NEC

Nous avons examiné la richesse du vocabulaire des NEC à la section 3.1.1. Les
NEC s’utilisent souvent dans des expressions libres, mais aussi dans des phrasèmes, c’est-
à-dire dans des locutions, des collocations et des clichés linguistiques. É tant donné que
les phrasèmes sémantico-lexicaux (clichés linguistiques) sont contraints par le contenu
conceptuel ou bien par le type de situation, et sont numériquement inférieurs, nous ne
nous focalisons que sur les phrasèmes lexicaux (locutions et les collocations) pour
montrer la richesse phraséologique des NEC.

[Link] Richesse des collocations contrôlées par les NEC

Le petit paragraphe suivant, extrait d’un roman anglais, montre bien cette
abondance :

And now here she was in the flesh – a tall, slender young woman in the early
twenties. The kind of young woman that one definitely looked at twice. Her
clothes were good, an expensive well-cut coat and skirt and luxurious furs. Her
head was well poised on her shoulders, she had a square brow, a sensitively
cut nose and a determined chin. She looked very much alive. It was her
aliveness, more than her beauty, which struck the predominant note.
(Agatha Christie, 1943, Five Little Pigs)

La richesse phraséologique est bien confirmée par la description des dictionnaires


de collocations. Regardons la description de l’entrée HAND dans The BBI Combinatory
Dictionary of English (dorénavant BBI) 91 . Même s’il y a beaucoup d’acceptions
métaphoriques de HAND (numéro 14~40), nous remarquons qu’une partie importante
(numéro 1~13) décrit les collocations contrôlées par la lexie HAND qui dénote un élément
du corps.

91
Le BBI (1986 ; 1993 ; 2009) est un des premiers dictionnaires de collocations de l’anglais. La trosième
édition du BBI (2009) a été mise à jour par la considération de la notion de la combinatoire de la TST. Les
auteurs ont changé le titre aussi : de The BBI Dictionary of English Word Combinations à The BBI
Combinatory Dictionary of English. Pour plus de détails, voir la préface de la trosième édition du BBI
(2009 : VII-IX) et aussi Benson (1985) et Howarth (2000). Ce dictionnaire décrit les collocations au sens où
nous avons défini ce terme (chapitre 1, section 1.2).

118
Figure 5-1 : Entrée de HAND dans le BBI

[Link] Richesse des locutions incluant des NEC

Un travail sur des locutions coréennes montre concrètement le nombre élevé de


locutions qui comprennent des NECC. Kim H. S. (2011) a établi la liste de 2585 locutions
des corpus annotés. Kim H. S. définit la locution comme la combinaison lexicale qui n’a
pas de compositionnalité sémantique. Parmi ces locutions, nous obtenons 798 locutions
qui prennent les NEC. C’est presque 30 %. Nous trouvons même plus de cinquante
locutions qui comprennent la lexie SON ‘main’ et la lexie NUN ‘yeux’ dans sa liste. Voilà
la liste des locutions qui contiennent la lexie SON.

119
Figure 5-2 : Locution contenant SON dans Kim H. S. (2011)92

92
Le numéro à côté de chaque locution correspond au nombre d’apparition de celle-ci dans cinq
dictionnaires coréens : PGD, YHD, Gwanyongeosajeon (1996) ‘Dictionnaire des locutions’, Hangukeo
gibon sukeo sajeon (2002) ‘Dictionnaires des locutions élémentaires du coréen’ et Urimalkensajeon (1992)
‘Grand dictionnaire de notre langue’. La valeur maximale est donc 5. La valeur 6, qui apparaît une fois,
n’est pas expliquée.

120
[Link] Ambiguïté des phrasèmes

La richesse phraséologique des NEC s’intensifie par l’ambiguïté possible des


phrasèmes. Nous examinons ici la richesse phraséologique des NEC à travers l’ambiguïté
des collocations et des locutions qui contiennent des NEC.

Examinons les phrasèmes impliquant la lexie SON ‘main’ dans l’archive du journal
Chosunilbo de trois ans (2013-2015). La combinaison de la lexie SON et de la lexie
NAEMILDA ‘avancer’ (où SON est un complément d’objet du verbe NAEMILDA) apparaît
plus de 250 fois. Cette combinaison peut être considérée à la fois en tant que collocation
et locution :

D’une part, cette combinaison existe en tant que collocation, comme par exemple
dans (2) et (3), et veut dire ‘mettre la main en avant’ :

Cette collocation se compose d’une base, la lexie SON ‘main’ et un collocatif, la lexie
NAEMILDA ‘mettre quelque chose en avant’. La lexie SON est sélectionnée par le locuteur
d’une façon non contrainte, mais la lexie NAEMILDA est sélectionnée en fonction de la
lexie SON et du sens ‘tendre la main’ à exprimer.

Il existe un autre sens de la collocation son+eul naemilda. La collocation de (4)


et (5) signifie ‘mettre la main en avant vers qqn (pour serrer la main de cette personne)’:

121
La combinaison son+eul naemilda en tant que collocation a ainsi deux sens :

(i) ‘mettre la main en avant’


(ii) ‘mettre la main vers qqn [pour serrer la main]’

Il faut noter aussi que la collocation française tendre la main a deux sens comme son+eul
naemilda :

Le sens de la collocation tendre la main de (6) correspond au sens (i) ci-dessus et celui
de (7) correspond au sens (ii) ci-dessus.

D’autre part, le syntagme son+eul naemilda existe aussi en tant que locution. Dans
les faits, cette locution elle-même fait partie d’un vocable polysémique :

122
[NY+EGE] ˹SON+EUL NAEMILDA˺ de (8) veut dire ‘X demander de l’aide à Y’ ; [NY+EGE]
˹SON+EUL NAEMILDA˺ de (9) veut dire ‘X aider Y’ ; [NY+EGE] ˹SON+EUL NAEMILDA˺ de
(10) veut dire ‘X essayer d’être proche de Y’. Les trois locutions (8)~(10) sont les
locutions fortes ou complètes parce que dans leurs sens, on ne retrouve pas le sens de
leurs composantes lexicales SON et NAEMILDA.

Les locutions comme (8)~(10) reposent sur une métaphore. Sur ce phénomène,
Gibbs (1990 : 447) dit que « many idioms get their figurative meanings because of the
way people conceptualize their experiences in the world ». Nous constatons ici
l’« embodiement » que nous avons étudié dans la section 3.1.3, à savoir que nous voyons
le monde par la médiation du corps. C’est une raison pour laquelle nous pouvons trouver
plus souvent des métaphores sur des expressions qui incluent les NEC. Nous constatons
aussi la transparence sémantique de ces expressions si nous considérons la métaphore.
Cependant, comme le souligne Mel’čuk (2013a : 133), il ne faut pas confondre la
transparence psychologique d’une expression, qui est assez subjective, avec sa
compositionnalité sémantique, qui est, selon lui, objective et discrète.

123
5.1.2 Collocations contrôlées par les NECC

Parmi tous les types des phrasèmes incluant des NEC, nous nous concentrons sur
les collocations ou, plus exactement, les collocations contrôlées par les NEC. Autrement
dit, nous nous focalisons sur les collocations dont la base est un NEC. Les collocations
où le NEC n’est pas la base, comme (11) ci-dessous, sont exclues :

La base de la collocation (11) est l’adjectif ganeulda. Songarak+cheoreom est le


collocatif. Pour que le locuteur exprime l’intensité de la finesse, il lui faut utiliser une
expression phraséologiée et stockée dans la langue, songarak+cherom ‘comme les
doigts’. La traduction française de (12) et (13) montre bien que chaque langue
phraséologise différemment l’intensification de la finesse :

Nous prenons en compte non seulement des collocations en tant que phrasème
lexical, mais aussi des collocations en tant que phrasème morphologique :

124
Nous allons examiner le cas des « collocations morphologisées contrôlées par les NEC »
dans la section 5.3.

5.1.3 Pourquoi s’intéresser à la phraséologie collocationnelle ?

Dans cette section, nous expliquons pourquoi la collocation est particulièrement


intéressante parmi tous les types de phrasèmes. Nous examinons l’importance de la
collocation selon plusieurs perspectives : comparative, lexicographique et culturelle.

[Link] Point de vue comparatif

Parmi plusieurs types des phrasèmes, la collocation est celui que nous pouvons le
plus systématiquement comparer entre langues. Quand nous comparons des collocations
de deux langues dans le cadre de la LEC, nous prenons la base de la collocation comme
point de départ. Quand le locuteur énonce une collocation, il choisit la base d’abord – un
NEC dans notre cas – et puis sélectionne le collocatif d’une façon contrainte. Donc, si
nous avons des bases bien équivalentes dans deux langues (un NEC dans chaque langue),
nous pouvons voir comment les NEC se combinent avec d’autres lexies. La comparaison
est ainsi facilitée. La figure 5-3 visualise cette situation.

125
Comment le sens ‘ Comment le sens ‘
tendre la main’ s’exprime tendre la main’ s’exprime
auprès de la lexie SON ? auprès de la lexie MAIN ?

un locuteur coréen
un locuteur français

Figure 5-3 : Mode de production d’une collocation ‘tendre la main’

Ce qui importe pour notre étude, c’est de savoir comment le NEC que le locuteur
choisit d’employer sera combiné avec d’autres lexies, et de comparer cette combinaison
lexicale avec celle d’une autre langue. Dans ce sens, la collocation est facilement
comparable entre langues parce que nous connaissons un point de départ : la base.

Par contre, la comparaison interlangue des locutions est plus difficile. Les NEC
qui sont incorporés dans les locutions ne sont plus strictement parlant des NEC. Comme
plusieurs travaux comparatifs le montrent, on compare la locution à partir d’un de ses
constituants. Par exemple, Eom S. C. (2014) compare les locutions qui incluent le NEC
en coréen et en evenki, une langue toungouze. Pour la comparaison des locutions qui
incluent les NEC, Eom S. C. analyse les sens des NEC utilisés dans les locutions, comme
illustré dans le tableau 5-1 :

Sens de SON ‘main’ Locution


˹SON+E IKDA˺
capacité main+LOC ê[Link]
‘être familier ; être facile à faire’
˹SON+E DEULEOGADA˺
possession main+LOC entrer
‘obtenir’

126
˹SON+EUL BEOLIDA˺
aide main+ACC ouvrir
‘demander une aide’
˹SON+E JAPHIJIDA˺
moyen main+LOC ê[Link]
‘travailler (sur qqch) ; concentrer (sur qqch)’
˹SON+EUL DDEDA˺
participation main+ACC détacher
‘arrêter ce que l’on a fait’
˹SON+I KEUDA˺
générosité main+SUB ê[Link]
‘être généreux’
Tableau 5-1 : Analyse des locutions qui incluent SON ‘main’ dans Eom S. C.
(2014 : 127-128)

Cependant, la locution n’étant pas un phrasème compositionnel, l’analyse à partir d’un


de ses constituants est peu pertinente quant à la comparaison des locutions entre langues.

Au point de vue comparatif, faire la comparaison des collocations entre langues


permet de mettre en évidence la différence de sens et de connotation culturelle. En ce qui
concerne l’enseignement de la langue, la comparaison des collocations permet aux
apprenants non seulement de mieux maîtriser des collocations, mais aussi de comprendre
les écarts sémantiques et culturels entre langues. Nous allons traiter ces questions dans
les sections [Link] et [Link].

[Link] Point de vue lexicographique

Les collocations disent beaucoup à propos du contenu de la définition de la lexie


vedette. Elles reflètent les composants sémantiques de leurs bases, et chaque collocation
doit s’ancrer dans les composantes de définition (Iordanskaja et Polguère, 2005). La
relation entre la collocation et la définition sera examinée en détail dans la section 6.1 ;
nous nous focalisons ici sur la façon dont la collocation fonctionne quant à la différence
sémantique entre quasi-synonymes.

127
Prenons une paire de quasi-synonymes : KOSDAE et KOSDEUNG. Le EDCF93 donne
la même traduction française pour ces deux lexies : arête du nez. Observons les
définitions de ces lexies dans le PGD :

kosdeung
koeui deungseungi

nez+GÉ N arête
‘arête du nez’

Définition 5-1 : KOSDEUNG dans le PGD

kosdae
kosdeungeui uddukhan julgi

arê[Link]+GÉ N ê[Link]+MOD branche


‘partie haute de l’arête du nez’

Définition 5-2 : KOSDAE dans le PGD

Ces définitions semblent imprécises parce que les mots (deungseungi ‘arête’, julgi ‘tronc’)
qui sont utilisés sont trop vagues. Dans les faits, l’élément que KOSDAE désigne
correspond à l’arête du nez et l’élément que KOSDEUNG désigne correspond au dos du nez.

Nous allons voir comment les collocations aident les lexicographes à décrire les
quasi-synonymes en montrant la différence entre eux. Regardons d’abord les collocations
contrôlées par la lexie KOSDAE :

93
EDCF : Essence Dictionnaire coréen-français ([Link]

128
Pour expliquer ces collocations, il faut d’abord dire que dans la culture coréenne,
le nez est considéré comme joli quand il est plus accentué et quand son arête est saillante
comme le nez des occidentaux. La beauté du nez concerne ainsi beaucoup sa « hauteur »
dans la culture coréenne. La figure illustre l’opération esthétique de l’exemple (16) :

Figure 5-4 : Opération esthétique pour le nez plat94

Dans les faits, relever l’arête du nez veut dire augmenter l’angle que forme l’arête du nez
et le bout du nez, et rendre l’arête plus longue. De plus, cette dernière commence plus
haut. De même, l’adjectif oddukhada de (17) dit aussi que l’angle que l’arête du nez fait
est grand, et que l’arête du nez est plus longue et saillante. Il faut noter ici que pour

94
Cette figure est extraite du site d’une clinique de chirurgie esthétique : [Link]
[Link]/m/nose_02_10.php).

129
signifier ‘qui est accentué et beau’, la lexie KOSDAE choisit, en tant que collocatif, des
adjectifs (comme nopda ‘être haut’) ou des verbes (comme seoda ‘se dresser’) qui
concernent la hauteur. La présence de ces collocations démontre la présence nécessaire
d’une composante qui concerne la hauteur dans la définition de la lexie KOSDAE.

La collocation ko+ga nopda, [Link]+SUB ê[Link] en français, a pour traduction


potentielle nez qui commence très haut et dont l’arête démarre entre les sourcils. Pourtant
ko+ga nopda en coréen correspond au nez accentué. Il désigne le nez qui est accentué,
qui se détache au visage et donc qui démarre plus haut.

Par contre, la lexie KOSDEUNG désigne toute la surface du nez, sans focalisation
sur sa hauteur. Cela est démontré par le fait qu’elle ne se combine pas avec les collocatifs
qui concernent la hauteur du nez :

La lexie KOSDEUNG se combine soit avec les adjectifs qui décrivent la surface, soit avec
les noms qui désignent la localisation (comme wi ‘dessus’, jubyeon ‘alentours’, etc.) :

130
L’examen des collocations de deux quasi-synonymes KOSDAE et KOSDEUNG

montre bien qu’il faut décrire ces deux lexies d’une façon différente. Nous proposons les
définitions suivantes :

Kosdeung de X

surface
qui couvre le nez de X
(sauf les ailes du nez)

Définition 5-3 : KOSDEUNG

Kosdae de X

partie supérieure de kosdeung de X


qui correspond à l’os du nez95

Définition 5-4 : KOSDAE

Nous pouvons montrer par un dessin les éléments que les deux lexies désignent :

Figure 5-5 : Nez de face

95
Nous pouvons voir cette composante sémantique dans la collocation kosdae+ga bureojida, litt.
arê[Link] [Link] ‘se casser l’arête du nez’.

131
Figure 5-6 : Nez de profil

[Link] Point de vue culturel

Certaines collocations contrôlées par des NEC indiquent non seulement la valeur
esthétique selon la culture (par ex. KO dans la section [Link]) mais aussi certaines
connotations associées à leurs bases, NEC concernés. Examinons la lexie française NEZ
comme exemple :

Forme du nez de X Caractères de X


Nez court | mutin pas sérieux, amusant, gai, etc.

Nez concave généreux, sensible, qui aime aider les


autres, etc.
Nez crochu | d’oiseau déterminé, prêt au sacrifice, souvent
très créatif, etc.
Nez grec | droit pratique, loyal, brillant, déterminé,
timide, etc.
Nez plat qui a un fort tempérament, passionné,
etc.
Nez convexe | romain qui a une forte nature de leader,
charismatique, etc.
Nez retroussé direct, franc, extrêmement vif, etc.

Nez tordu affectueux, enthousiastique, etc.

Tableau 5-2 : Forme de nez qui exprime des caractères de X96

96
Nous listons ce taleau à la base des sites suivants :

132
Les collocations qui parlent de la forme du nez d’une personne expriment des caractères
variés de cette personne. Ce genre d’information fait partie de la connotation culturelle et
sociale. Il faut noter que la relation entre la forme de nez et le caractère de X n’est qu’une
tendance, laquelle ne peut pas être considérée comme le sens toujours valable.

Dans la tradition coréenne, la physionomie est un domaine très développé. On


étudie la relation entre la physionomie et le destin, le caractère, la longévité, etc. On
s’intéresse aussi à la relation entre la physionomie et la richesse. Parmi les éléments du
visage, le nez est un des plus importants en la matière. Les collocations contrôlées par KO
‘nez’ relèvent non seulement du caractère, mais aussi de la capacité à gagner de l’argent.
Par exemple, maeburiko ‘nez crochu’ en coréen évoque non seulement le caractère (être
obstiné, têtu, rigoriste, etc.), mais aussi l’attitude vis-à-vis de l’économie (être avare, être
cupide, qui peut accumuler les richesses et donc qui peut être riche)97.

L’examen des collocations indique que certains éléments du corps, notamment les
éléments du visage, s’associent à certaines connotations sur le caractère, la beauté,
l’émotion, etc. selon culture. Nous allons voir dans la section 6.3 comment ce genre
d’information peut être pris en compte dans la définition.

5.2 Délimitation de l’étendue de la phraséologie des NECC

Théoriquement, la collocation occupe une position claire dans le système


phraséologique, en tant que phrasème lexical compositionnel98. Mais quand nous faisons
la liste des collocations en pratique, nous nous rendons compte que leurs frontières ne
sont pas toujours claires. La limite entre la collocation et l’expression multilexémique
libre, et la limite entre la collocation et la locution sont floues. Cette section traite des
problèmes quant à la délimitation de la place de la collocation sur le continuum
phraséologique. D’abord, nous revisitons le continuum phraséologique selon la LEC
(5.2.1) et traitons les cas flous entre la collocation et l’expression libre (5.2.2), et entre la

[Link]
personnalite-moi-ca-correspond-tout-a-fait-et-vous--2905
[Link]
[Link]
97
La collocation française nez crochu évoque aussi la cupidité et l’avarice.
98
Voir la section 1.2 sur le système phraséologique.

133
collocation et la locution (5.2.3). Notons que la section 5.2 ne concerne que la collocation
lexicale et que la section suivante (5.3) traitera la collocation morphologique.

5.2.1 Continuum phraséologique selon la LEC

À partir de la tradition russe, ainsi que Vinogradov et Amosova, la phraséologie


est considérée en tant que continuum (Cowie 1998a ; 1998b). Malgré la diversité et la
complexité des études phraséologiques autour de monde, cette tradition devient un
courant principal, spécialement Cowie (1981), Howarth (1996), Gläser (1998) et Mel’čuk
(1998 : 2003) (Pecman 2004 : 128).

Nous avons déjà classifié les phrasèmes et nous avons vu que les collocations se
situent entre les expressions libres et les locutions dans la section 1.2. Nous allons montrer
à présent qu’il existe un continuum phraséologique en nous fondant sur la terminologie
de la LEC :

+ libre +phraséologisé

Collocation

Expression libre Locution

Figure 5-7 : Continuum phraséologique

Le rectangle pointillé montre que même parmi les collocations, certaines se rapprochent
des expressions libres et d’autres se rapprochent des locutions. Les deux cercles qui se
trouvent entre les expressions libres et les collocations, et entre les collocations et les
locutions nous intéressent tout particulièrement. Pour expliquer l’étendue de la
collocation, nous allons conserver cette notion du continuum. Dans les deux sections
suivantes, nous examinons les deux cas se rapportant aux cercles sus-cités.

5.2.2 Entre les expressions libres et les collocations

Pour expliquer les problèmes qui pourraient être posés par les expressions
intermédiaires, nous allons rappeler d’abord les tests qui ont été proposés pour distinguer

134
les phrasèmes des expressions libres. Notamment, ces tests identifient la contrainte sur la
sélection lexicale.

[Link] Test basé sur la contrainte de sélection lexicale

Pour dire qu’une expression multilexémique a un statut de collocation, il faut


montrer que l’un des constituants est paradigmatiquement contraint. Nous présentons ici
le test basé sur la contrainte de sélection lexicale parce qu’il va se heurter aux cas à la
frontière entre les expressions libres et les collocations.

Le test a été proposé par G. Gross (1996), Im H. P. (2002), Im Y. J. (2006), etc.,


pour identifier le caractère non libre. G. Gross a proposé ce test pour montrer le
figement des expressions99 :

Gross explique que la substitution par un autre mot de la même classe sémantique ou par
un synonyme est impossible dans les locutions comme ci-dessus. Im H.B. a utilisé ce test
pour identifier les collocations avec le test de substitution par un antonyme :

Nous pouvons formuler le test avec la terminologie de la LEC :

 Test pour identifier la contrainte de la sélection lexicale


À supposer qu’il y ait une expression AB (candidat-collocation). Remplacer un B
(candidat-collocatif) par son quasi-synonyme. Si on peut le remplacer sans aucun
problème, on juge que AB n’est pas une collocation.

Les collocations prototypiques sont bien en accord avec ce test :

99
Pour le détail sur le figement linguistique, voir Anscombre (2011) et Mejri (2011a).

135
Pourtant dans les faits, ce test n’est pas concluant dans tous les cas. Nous examinons deux
cas problématiques ci-dessous.

[Link] Identification de la présence de la contrainte de sélection

Nous examinons ici deux cas qui sont difficiles à identifier la présence de la
contrainte de sélection soit par les collocatifs très vagues ou pauvres, soit par les
collocatifs très spécifiques ou riches.

1) Difficulté induite par le sens pauvre des collocatifs

Examinons les expressions suivantes :

[[Link]

Les expressions grosse tête et gros seins semblent être des expressions libres. L’adjectif
gros paraît être sélectionné librement. Pourtant on ne peut pas remplacer gros(se) par son
quasi-synonyme grand(e) dans ces exemples.

136
À contrario, certains NEC comme PIEDS, YEUX, etc., sélectionnent l’adjectif grand
au lieu de gros :

En général, pour décrire la taille de quelque chose, on utilise l’adjectif gros en français,
mais les exemples ci-dessus montrent qu’il y a quand même une préférence lexicale :

NEC grand + NEC gros+ NEC


TÊ TE 6 129
SEIN 2 55
PIEDS 26 6
ŒIL 462 159
Tableau 5-3 : Apparition de l’occurrence « grand/gros + NEC » dans Frantext100

Les sens des collocatifs grand et gros sont très vagues. C’est la raison pour laquelle la
sélection lexicale semble être peu contrainte et l’identification de la contrainte de
sélection paraît possible.

Ce problème doit être pris en considération dans une perspective contrastive. Les
adjectifs français GROS et GRAND correspondent à l’adjectif coréen KEUDA ‘être grand’ :

100
Consulté à le 28 décembre 2015, sur les textes d’après 1960.

137
‘Il lui faut commander les chaussures parce qu’il a de grands pieds’

Presque tous les NECC prennent l’adjectif keuda pour exprimer la grandeur. Dans ce sens,
les expressions ci-dessus ne sont pas des collocations. Elles sont des expressions
multilexémiques libres. Pourtant, quand nous abordons ces expressions au point de vue
du locuteur étranger, la sélection des adjectifs keuda, gros, grand n’est pas toujours
évidente. Par exemple, le locuteur coréen peut dire grande tête au lieu de grosse tête, et
le locuteur français peut chercher l’adjectif équivalent autre que keuda auprès de la lexie
MEORI ‘tête’. Nous considérons ces expressions en tant que collocations. Ces collocations

seront formalisées par la FL Magntaille :

Les adjectifs gros et keuda sont des valeurs très vagues. Toutefois, la description de ces
collocatifs comme valeurs par défaut de la FL Magntaille(NEC) sera utile pour les
apprenants de la langue.

Avant de passer de l’autre difficulté, il nous faut spécifier maintenant les FL pour
le coréen. É tant donné que l’adjectif coréen est de nature verbale (cf. section [Link]),
nous pouvons formaliser la valeur d’intensification par la FL complexe V0Magn 101 .
Pourtant, nous allons formaliser cette valeur adjectivale par la FL simple Magn pour une
raison d’économie. Si la contrainte existe, nous pouvons l’ajouter après la barre :

101
FL V0 exprime la verbalisation.

138
2) Difficulté induite par le sens riche des collocatifs

Les collocatifs très spécifiques posent aussi des problèmes quant à l’identification
de la présence d’une contrainte de sélection. Prenons les exemples suivants :

Pour exprimer ‘ouvrir les yeux’, la lexie DDEUDA est choisie et pour exprimer ‘fermer les
yeux’, c’est la lexie GAMDA qui est sélectionnée auprès de NUN. Nous ne pouvons pas
tester si les deux verbes sont remplaçables par des quasi-synonymes parce que ces deux
lexies n’en possèdent pas.

Nous considérons néanmoins ces expressions comme un type de collocations.


Mel’čuk (1998 : 30-31) l’explique avec la notion de « boundness » : dans la collocation
AB, « ‘B’ includes (an important part of) the signified ‘A’, that is, it is utterly specific,
and thus B is ‘bound’ by A ». Observons ses exemples dont la base (la lexie A) est en
petits minuscules :

Les collocatifs de (38)-(41) sont définis à partir de leur base.

Reprenons les exemples coréens (36) et (37) et observons les définitions de


DDEUDA et GAMDA dans le PGD :

139
ddeuda 051
gamassdeon nuneul beolida

fermer (les yeux)+PASS-MOD yeux+ACC ouvrir


litt. ouvrir les yeux qui ont été fermés
‘ouvrir les yeux’
Définition 5-5 : DDEUDA102 extrait du PGD103

gamda 01

(en général, utilisé avec la lexie NUN ‘yeux’)


nunkkeopuleul naerieo nundongjaleul deopda

paupière+ACC baisser+SEQ pupille+ACC couvrir


[Link] les paupières et couvrir la pupille
‘fermer les yeux’

Définition 5-6 : GAMDA extrait de PGD

Dans ces définitions, la partie soulignée104 montre explicitement le signifié de NUN ‘yeux’.
Pour GAMDA, il y a deux façons d’inclure le signifié ‘yeux’ : par une glose d’une part et
à travers ‘paupières’ et ‘pupille’ d’autre part.

Kim J. H. (2000 : 71) appelle ce type de collocation : collocation


présuppositionnelle. Il remarque la combinaison impérative des deux composantes. Il
explique que le verbe DDEUDA ‘ouvrir (les yeux)’ force l’apparition de NUN ‘yeux’ parce
que le sens de NUN est déjà spécifiée dans le sens de DDEUDA. Selon lui, DDEUDA choisit
NUN, pas le contraire. Pourtant cette direction de sélection lexicale ne peut pas expliquer
le point de vue du locuteur. Nous prenons en compte que même si un composant
sémantique ‘yeux’ existe dans la définition de la lexie DDEUDA, ce sont toujours les yeux
auxquels le locuteur pense d’abord et dont il veut parler. Malgré le fait que le sens du
collocatif est très riche, par inclusion du sens de la base, la contrainte de sélection lexicale
existe donc et nous considérons ces expressions comme des collocations.

102
Le chiffre en exposant identifie les homonymes et le chiffre en indice identifie l’acception dans le PGD.
103
Il faut noter que la partie gamassdeon ‘qui a été fermés’ dans la définition semble superflue.
104
C’est nous qui soulignons.

140
On trouve beaucoup des collocations qui présentent cette propriété parmi celles
contrôlées par les NEC :

105
Le PGD définit ce verbe GAMDA02 comme « laver les cheveux ou le corps ». Pourtant, à la différence de
cette définition, nous n’employons pas ce verbe avec la lexie MOM ‘corps’. À part avec MEORI ‘cheveux’,
nous n’employons ce verbe GAMDA qu’avec la lexie MIYEOK (ou son abbréviation, MYEOK) ‘bain de rivière’.
Dans ce cas, le sens de GAMDA n’est pas ‘laver’. Il est plutôt un sens vide comme prendre dans la collocation
prendre une douche ou prendre un bain :

Oper1(douche) = prendre
Oper1(bain) = prendre
Oper1(miyeok) = gamda02

141
Les deux cas à la frontière entre les expressions libres et les collocations que nous
venons de présenter seront traités en tant que collocations dans notre étude. Nous allons
voir les cas flous à la frontière entre les collocations et les locutions dans la section
suivante.

5.2.3 Entre les collocations et les locutions

Pour expliquer les problèmes qui pourraient être posés par les expressions entre
les collocations et les locutions, nous allons d’abord revenir sur la notion de
compositionnalité sémantique.

[Link] Compositionnalité du Sens au Texte

Le critère de (non-)compositionnalité sémantique est un utilisé pour caractériser


la locution et est en même temps important pour distinguer cette dernière de la collocation.
Cette notion va souvent de pair avec d’autres comme l’opacité, la motivation, le sens
métaphorique, le sens figuratif, etc. Par exemple, Gross (1996) définit la
(non-)compositionnalité et l’opacité à l’identique. Gross (1996 : 154) note que « elle (une
séquence) est figée sémantiquement quand le sens est opaque ou non compositionnel,
c’est-à-dire quand il ne peut pas être déduit du sens des éléments composants ». Svensson
(2008) explique que la (non-)compositionnalité en tant que critère de figement s’associe

142
avec quatre dichotomies : motivation / non-motivation ; transparence / opacité ;
analysabilité / non-analysabilité ; sens littéral / sens figuratif. Ces études phraséologiques
utilisent le critère de (non-)compositionnalité du point de vue du destinataire du message,
c’est-à-dire que l’on juge la (non-)compositionnalité d’un énoncé selon comment cet
énoncé est interprété. Ainsi, un énoncé est compositionnel si le destinataire peut
reconstituer le sens global des sens des constituants.

De notre côté, nous envisageons la compositionnalité du point de vue du locuteur,


c’est-à-dire que nous la jugeons selon la façon dont celui-ci encode un énoncé. Dans ce
cas, un énoncé est compositionnel si les sens des constituants participent au sens global.
Polguère (2015 : 258) nomme ce cas de figure compositionnalité du Sens au Texte et
l’explique comme suit :

Dans un tel cadre, un segment linguistique est dit compositionnel si la meilleure


façon de le décrire s’appuie sur l’identification de règles lexicales et
grammaticales permettant au Locuteur de le construire pour répondre au besoin
d’expression d’un Sens donné dans un Texte. Il s’agit donc d’une
compositionnalité du Locuteur, une compositionnalité du Sens au Texte.

Prenons un exemple pour montrer la différence entre ces deux perspectives sur la
(non-) compositionnalité. Soit la locution ˹ROUGE À LÈ VRES˺, qui peut être définie ainsi :

Selon la perspective du destinataire, le syntagme est compositionnel car il est aisément


interprétable. Par contre selon la perspective du locuteur, l’expression ne l’est pas, car le
point de départ de l’utilisation de cette lexie est l’expression du sémantème ‘fard / produit
cosmétique’. Le pivot sémantique de cette expression n’est ni ‘rouge’ ni ‘lèvres’.

143
[Link] Identification de la (non-)compositionnalité

Parmi les trois locutions 106 , la locution faible peut particulièrement poser
problème parce que les sens de tous les constituants sont inclus dans le sens global de la
locution et qu’il est donc difficile de voir la non-compositionnalité. La frontière entre les
locutions faibles et les collocations est floue.

L’expression i+leul galda, litt. dent+ACC grincer, nous fait hésiter concernant la
compositionnalité.

L’expression i+leul galda de (54) est ambiguë. On peut tester, selon Polguère (2015 :
273), « si le sens de la collocation hypothétique peut être modélisé comme une prédication
sur le sens de sa base postulée ou s’il faut au contraire considérer qu’un sémantème «
étranger » au stock lexical du syntagme fonctionne comme pivot sémantique ». Selon le
contexte, cette expression signifie comme suit :

Polguère (2015 : 274) affirme que c’est un problème de choix en fonction des intentions
communicatives du locuteur et qu’« il est légitime de considérer qu’un même syntagme
puisse être lexicographiquement décrit à la fois comme collocation et comme locution
faible ».

106
Nous avons déjà examiné les types des locutions dans la section 1.2 : locutions fortes ou complètes ;
semi-locutions ; locutions faibles ou quasi-locutions.

144
D’un autre côté, les expressions suivantes ne posent pas problème :

Ces expressions montrent avant tout l’action physique : contracter les sourcils (56),
secouer la tête de haut en bas (57), faire une grimace des lèvres (58). En même temps, ces
expressions expriment l’émotion ou l’état psychique : le mécontentement ou la colère
pour (56), l’approbation pour (57) et le mécontentement pour (58). Prenons un exemple :

L’expression nunsseop+eul jjinggeurida veut dire ‘X fronce les sourcils pour montrer
son mécontentement’, non ‘X montre son mécontentement en fronçant les sourcils’. Cette
expression est un syntagme construit auprès de la lexie NUNSSEOP donc il s’agit d’une
collocation contrôlée par NUNSSEOP. Dans ce cas, il faut décrire une composante de
fonction ‘qui montre le sentiment’ dans la définition de NUNSSEOP. Nous allons examiner
en détail ce type des collocations dans la section 6.2.3.

Nous avons examiné jusqu’à maintenant les phrasèmes lexicaux (ou


multilexémiques) impliquant des NEC. La section suivante va traiter les phrasèmes
morphologique.

145
5.3 Traitement des lexies complexes incluant les NECC

Dans cette section, nous examinerons du point de vue phraséologique les lexies
morphologiquement complexes. Nous traitons celles dont un des constituants est un
NECC, comme : maeburi+ko litt. [Link]+nez ‘nez aquilin’ ; maen+son litt.
qui.n’[Link]+main ‘mains nues’ ; sarang+ni litt. amour+dent ‘dent de sagesse’ ;
son+deung litt. main+[Link]érieure ‘dos de la main’ ; etc.

Le phénomène phraséologique dans les lexies complexes a été négligé dans la


plupart des travaux phraséologiques. Même si le niveau morphologique reste globalement
ignoré en phraséologie, il convient de mentionner au moins les études suivantes, qui
abordent cette question : Mel’čuk (1982 ; 1995 ; 1997), Sim J. G. (1986), Lee S. O. (1993 ;
1995), Gross (1996), Pak M. G. (2006), Burger (2007), Čermák (2007), Granger et Paquot
(2008), Beck (2007), Beck et Mel’čuk (2011), Polguère (2012b, 2015), Kim M. H. (2014).

Notre position consiste à dire que la phraséologisation se fait non seulement au


niveau des syntagmes, mais aussi au niveau des mots-formes107. Nous allons d’abord
classifier trois types de mots-formes composés au point de vue phraséologique (5.3.1).
Cette classification nous permettra de trouver un type de mots-formes composés qui sont
semi-phraséologiques. Et nous allons examiner ce type incluant les NECC. Sa description
lexicographique sera également traitée (5.3.2). La dernière section va présenter le système
des phrasèmes morphologiques de la LEC avec l’exemple des phrasèmes morphologiques
du coréen (5.3.3).

Il faut noter que même si les lexies complexes se divisent en lexies composées et
lexies dérivées, nous traitons dans plupart des cas les composées parce que la plupart des
lexies complexes qui incluent les NECC relèvent de ce cas de figure.

107
Même si la phraséologisation existe aussi au niveau de la phrase, nous ne traitons pas ici cette question.
Cf. les pragmatèmes et les clichés, que nous avons présentés dans la section 1.2.2, chapitre 1. Pour plus de
détail, voir Mel’čuk (2013a : 142-145).

146
5.3.1 Classification des mots-formes composés

La composition est un mécanisme de combinaison de deux ou plusieurs radicaux


à l’intérieur d’un même mot-forme108. Un mot-forme composé (dorénavant, composé) a
une structure interne radical1+radical2. Nous examinons d’abord deux classifications
des composés selon deux critères : la (non-) lexicalisation et la (non-) compositionnalité.
Cette classification double nous permet de mettre en évidence un type de composés qui
sont semi-phraséologiques.

[Link] Composé libre vs composé lexicalisé

Il existe deux types de composés : libres ou lexicalisés109. Le composé libre est un


composé entièrement construit par le locuteur dans le discours. Par contre, le composé
lexicalisé est un composé qui n’est pas construit par le locuteur, parce qu’il est
diachroniquement lexicalisé et stocké dans le lexique. Mel’čuk (1997 : 87) précise que
les composés libres sont de « vrais » composés du point de vue de l’état présent de la
langue, que les composés lexicalisés ne sont que diachroniques et enfin que, du point de
vue de l’étude synchronique, ils sont seulement des signes simples, qui sont
indécomposables. Il n’est pas nécessaire de décrire les composés libres en tant que
l’entrée de dictionnaire alors que les composés lexicalisés doivent être décrits dans un
article lexicographique avec une définition.

Chaque langue a ses propres modes de composition. Certaines langues, comme le


français, ne manifestent que la composition lexicalisée comme tire-bouchon, tire-fesses,
tire-sou, gratte-ciel, gratte-cul, gratte-dos, grand-mère, grand-père, etc. D’autres
langues, comme l’allemand ou le chinois, manifestent non seulement la composition
lexicalisée, mais aussi la composition libre très régulièrement. Prenons d’abord des
exemples en allemand,110 avec les composés lexicalisés suivants :

108
Haspelmath et Sims (2010) définissent le compound (fr. composé) d’une façon plus générale : « A
compound is a complexe lexeme that can be thought of as consisting of two or more base lexemes. In the
simplest case, a compound consists of two lexemes that are joined together (called compound members). »
109
Voir Mel’čuk (1997 : 88-90) pour la distinction de ces composés. Mel’čuk utilise le terme composé au
sens fort (=composé1) pour le composé libre et composé au sens faible (=composé2) pour le composé
lexicalisé.
110
Les exemples (60), (64), (66) et (68) sont empruntés à Mel’čuk (1997). Mais nous avons produit les
exemples (65), (67) et (69) par nous-même.

147
Parallèlement, l’allemand permet au locuteur de construire librement des composés :

Aussi bien des racines nominales, comme ci-dessus, que des racines verbales
peuvent modifier d’autres racines :

148
La langue chinoise présente également les deux types de composition. En
particulier, le chinois a un nombre important de composés libres (Nguyen 2006 : 218).
Ces derniers sont construits d’une façon régulière et productive selon la grammaire
chinoise. É . Nguyen identifie trois types de composés libres :

Types des composés libres Exemples

(i) Qualificatif+Nom 紅衣服 hóng+yīfu


ê[Link]+vêtement
‘vêtement rouge’
小花 xiăo+huā
ê[Link]+fleur
‘petite fleur’
薄书 báo+shū
ê[Link]+livre
‘livre mince’

(ii) Nom+Nom 木头房子 mùtou+fángzi


bois+maison
‘maison en bois’
中国文化 Zhōngguó+wénhuà
Chine+culture
‘culture chinoise’

(iii) Nom+MorpheLocalisateur 城外 chéng+wài


ville+[Link]érieur
‘l’extérieur de la ville’
床前 chuáng+qián
lit+[Link]
‘espace devant le lit’

Tableau 5-4 : Types de composés libres en chinois (Nguyen 2006 : 219)

149
En coréen aussi, nous pouvons trouver aussi bien des composés lexicalisés que
des composés libres. Reprenons les exemples du Tableau 2-6 (Mode de formation des
noms composés coréens) :

Les exemples (70) et (71) sont des composés libres. En revanche, les composés
(72) et (73) sont lexicalisés et sont consignés dans le dictionnaire.

[Link] Composé endocentrique vs composé exocentrique

Du point de vue de la compositionnalité sémantique, on peut identifier deux types


de composés : composés endocentriques et composés exocentriques111.

Le composé endocentrique est défini comme le « composé dont la tête sémantique


(angl. semantic head, ou centre) est lexicalisée à l’intérieur du composé (Haspelmath et
Sims, 2010 : 139) ». Ici, la tête sémantique est un constituant sémantiquement plus
important. En général, le composé endocentrique est fait d’un constituant, qui est la tête

111
La grammaire coréenne utilise le terme biyunghap hapseongeo ‘composé non fusionnel’ pour le
composé endocentrique et le terme yunghap hapseongeo ‘composé fusionnel’ pour le composé
exocentrique (Lee S. O. 1993).

150
sémantique, et d’un autre qui modifie la tête,112 comme drawbridge en anglais, Weißbrot
‘pain blanc’ en allemand.

Par contre, en cas de composé exocentrique, la tête sémantique n’est pas


lexicalisée dans le composé comme pickpocket en anglais, sage-femme en français. Dans
ce dernier cas, la tête sémantique n’est ni sage ni femme et n’existe pas à l’intérieur du
composé. La notion de la tête sémantique est bien la même que la notion du pivot
sémantique de la LEC. Nous reviendrons sur cette correspondance dans la section
suivante.

En anglais, la tête sémantique des composés endocentriques est toujours le


deuxième constituant et la tête sémantique a plusieurs types de relation113 avec le premier
constituant dans le composé endocentrique (Haspelmath et Sims, 2010 : 137-140) :

relation exemples

objectif writing desk, lipstick

apparence hardware, swordfish

location garden chair, sea bird, street-seller

participant de l’événement [agent] swansong114, [patient] flower-seller

Tableau 5-5 : Relation entre les constituants dans le composé endocentrique (Haspelmath
et Sims 2010)

En coréen aussi, la tête sémantique des composés endocentriques est en général le


second constituant :

112
Haspelmath et Sims appellent cet élément dépendant (angl. dependent). Mais comme le dépendant est
utilisé comme notion syntaxique dans notre travail, nous n’adoptons pas ce terme dans ce contexte.
113
Haspelmath et Sims notent qu’il n’y a pas de restriction de relation entre la tête sémantique et le
dépendant, au moins dans les langues où les sens des composés sont étudiés par eux.
114
Nous pouvons trouver une seule acception de SWANSONG dans OED :
swansong : a final performance or activity of a person’s career
(ex. He has decided to make this tour his swansong)
Toutefois, swansong comme le composé endocentrique du tableau 5-5 désigne la chanson chantée par des
cygnes. Cette acception vient de la fable allemande qui parle des cygnes qui chantent quand ils vont mourir.

151
Certains composés ont deux têtes sémantiques en coréen. On les appelle composés
coordinatifs (Lee S. O. 1993), Haspelmath et Sims 2010) :

Ces composés sont bien compositionnels et donc ils sont endocentriques. Il en existe un
autre type :

Ce sont des composés appositifs (Haspelmath et Sims 2010). Ils ont deux têtes
sémantiques comme des composés coordinatifs mais, à la différence de ces derniers,
chaque constituant des composés appositifs désigne un même référent.

[Link] Composé semi-phraséologique

La classification des composés par les deux critères ci-dessus n’est pas très
différente de la classification des phrasèmes lexicaux que nous avons faite dans la section
5.2. Il convient ici de classifier les composés sur le continuum phraséologique.

[Link].1 Composé sur le continuum phraséologique

Le critère de lexicalisation indique si un composé est construit ou pas par le


locuteur. Les composés libres, qui sont librement construits par le locuteur et productifs
à 100%, correspond exactement aux expressions libres au niveau syntagmatique. Par
contre, les composés lexicalisés ne sont pas productifs. Ils sont plus ou moins figés,
« c’est-à-dire plus ou moins phraséologisés (Mel’čuk, 1997 : 88) ». Par conséquent, les
composés lexicalisés correspondent aux locutions. Selon le degré de la phraséologisation,
nous pouvons faire correspondre les composés lexicalisés à un des trois types de locutions.

152
Le critère de compositionnalité montre si un composé est sémantiquement
compositionnel ou pas. La notion de la tête sémantique des composés correspond bien à
la notion de pivot sémantique des phrasèmes. Les composés endocentriques, à l’intérieur
desquels est la tête sémantique, correspondent aux expressions libres et aux collocations.
Et les composés exocentriques, à l’extérieur desquels la tête sémantique se trouve,
correspondent aux locutions.

Pour visualiser la relation parallèle entre les phrasèmes au niveau syntagmatique


et les composés, nous utilisons ici le continuum phraséologique de la figure 5-7, dans la
section 5.2.1 :

+ libre +phraséologisé

Collocation

Expression multilexémique Expression multilexémique


libre non libre
(= phrasème)

Locution
Expressions libre Collocation Quasi- Semi- Locution
locution locution complète
non restreinte semi-restreinte restreinte

compositionnelle compositionnelle non compositionnelle

composé libre composé semi-libre composé lexicalisé

composé endocentrique composé exocentrique

Figure 5-8 : Composés sur le continuum phraséologique

Il faut mettre en relief ici le fait que les composés qui sont semi-libres (ou semi-
lexicalisé) comme les collocations existent aussi. De même qu’une collocation, dans
certains composés, un constituant est librement choisi par le locuteur, mais un autre
constituant est contraint quant à la sélection. Nous appelons ce type composés semi-
phraséologiques. Ceux-ci peuvent se situer entre les composés libres et les composés
lexicalisés sur le continuum phraséologique.

153
La tête sémantique des composés semi-phraséologiques joue un rôle de base
collocationnelle. Voyons des exemples chinois115 suivants :

Le sens de ces composés peut être modélisé comme une prédication du sens de chaque
base (cān, yǔ). Nous pouvons formuler les composés de (80), (82) et (83) par les FL
suivantes :

Les exemples ci-dessus montrent que « dans l’étude des collocations d’une langue, il
convient de garder à l’esprit que la grammaire de la langue dans son ensemble
(principalement sa syntaxe et sa morphologie) participe à la spécification locale de la
notion (Polguère 2015) ». Nous allons voir la description des composés semi-
phraséologique dans la section [Link].3.

Il nous faut également mentionner la frontière floue entre les types des composés.
Comme nous l’avons vu dans la section 5.2, les locutions faibles sont proches des
collocations. De même, il est difficile de tracer la ligne de démarcation entre certains
composés endocentriques et certains composés exocentriques. Par exemple, Weisswein
peut être un composé endocentrique si nous considérons Wein comme une tête

115
Les exemples sont empruntés à Nguyen (2006), qui les appelle mot-forme composé libre collocationnel.
Selon Nguyen(2006 : 298), le choix du radical zhōng- est contraint. On ne peut pas remplacer zhōng par
116

Zhōngguo ‘Chine’.

154
sémantique. Mais Weisswein peut être exocentrique si nous considérons que la tête
sémantique n’est pas à l’intérieur de ce composé, à savoir si elle désigne un type (de vin).

[Link].2 Collocation morphologisée vs collocation lexicale

Certaines langues expriment la même valeur collocationnelle aux deux niveaux


morphologique et syntagmatique. Pour comprendre la différence entre collocation
morphologisée et collocation lexicale, nous examinons ici des exemples du chinois.

En chinois, on peut exprimer la valeur collocationnelle régulièrement117 soit par


la composition, soit au moyen d’un syntagme. Quand on l’exprime par un syntagme, on
a besoin de la postposition 的 (DE) pour indiquer que l’adjectif s’utilise comme

modificateur syntaxique :

Mot-forme composé Syntagme


大雨 dà+yǔ 大的雨 dà de yǔ 118
ê[Link] POST pluie
‘forte pluie’
Tableau 5-6 : Deux façons d’exprimer la valeur collocationnelle en chinois

Nous pouvons faire l’hypothèse ici que même si le locuteur peut exprimer le
même contenu par deux façons (collocation morphologisée, collocation lexicale), il
existerait une différence d’usage. Quand choisirait-il le mode morphologique plutôt que
le mode syntagmatique ?

La grammaire chinoise explique que les composés sont liés à l’usage nominatif de
l’adjectif (angl. nominal use) et les syntagmes sont liés à l’usage descriptif de l’adjectif
(angl. descriptive use) :

In Chinese, we may draw a distinction between the nominal and descriptive uses
of attributive adjectives. […] The nominal use is to name an entity (adjective +
noun) ; the descriptive use is to define an entity, which requires 的 (adjective +
的 + noun).
(Zhu et Gao 2013 : 65)

117
Il faut spécifier que ces deux façons ne sont pas possibles dans tous les cas. Pour le détail, voir la section
5 (sur les adjectifs) de Zhu et Gao (2013).
118
Il faut noter que l’adverbe 很 (HĔN) ‘très’ est souvent utilisé avec ce syntagme : 很+adjectif+的+nom
(Zhu et Gao (2013 : 64)).

155
Observons des exemples suivants de Zhu et Gao (2013 : 66) :

Nous pouvons voir que même si la collocation morphologisée (86) a une fonction de
prédication sur la base (ici, píngguǒ), elle garde des propriétés de nom composé, à savoir
dénommer une entité. Nous pouvons faire l’hypothèse que cette dénomination est
davantage exprimée par la collocation morphologisée, s’il y a deux façons d’exprimer la
même valeur collocationnelle.

[Link].3 Traitement lexicographique des composés collocationnels

Les composés collocationnels doivent être décrits comme des collocations


phraséologisées dans l’article de dictionnaire de la base. Ils ne reçoivent pas de définition
lexicographique, pas d’article de dictionnaire. Par analogie avec les collocations lexicales,
il est inutile de consacrer un article de dictionnaire pour ces composés (Nguyen 2006 :
278). Pensons par exemple la collocation française forte pluie. Il est inutile de lui
consacrer un article séparé. De même, nous pouvons nous contenter de décrire le composé
dà+yǔ [Link]+pluie sous l’entrée de la base(yǔ) :

Pour montrer que dà est un constituant du composé et pour faciliter la lisibilité, nous
proposons l’encodage suivant, où la base (yǔ) est écrite en gras :

Les composés collocationnels que nous avons vus jusqu’à maintenant sont
identiques aux collocations sauf que ils sont des mots-formes qui se construisent à partir
de deux radicaux. Nous appelons ces composés collocationnels comme collocations
morphologisées.

156
5.3.2 Composés collocationnels des NECC

Nous étudions, dans cette section, les composés collocationnels dont la tête
sémantique est un NECC. Nous restreignons l’étendue des composés collocationnels et
nous les classons selon le critère syntaxique, sémantique et lexical.

[Link] Délimitation des composés collocationnels

Logiquement, les composés qui incluent les NECC présentent trois types de
combinaisons de radicaux :

 des combinaisons Radical1+Radical2(NECC) ;


ex) napjak+ko
ê[Link]+nez
‘nez plat’

 des combinaisons Radical1(NECC)+Radical2 ;


ex) nun+kkeopul
yeux+couverture
‘paupière’

 des combinaisons Radical1(NECC)+Radical2(NECC).


ex) son+bal
main+pied
‘mains et pieds’

Nous nous intéressons seulement au premier type : les composés collocationnels dont la
tête sémantique (ou la base, le pivot sémantique) est un NECC.

Nous ne traitons pas le deuxième parce que leurs têtes sémantiques ne sont pas
des NECC :

157
Les têtes sémantiques des exemples (90), (91) et (92) sont daeda, beoreus, deung, pas le
radical son. En plus, ces composés sont des lexèmes. Parmi ce type des composés, nous
pouvons trouver beaucoup de lexèmes qui désignent les éléments du corps119 :

Ces composés sont des lexèmes, qui sont consignés dans le dictionnaire.

Nous ne traitons pas le troisième type parce que ces composés sont des lexèmes.
Les composés qui font partie du troisième type sont les trois lexies suivantes120 :

119
Pour le détail, voir Chang I. B. (2006).
120
Nous ne traitons pas ici les lexies sino-coréennes comme SUJOK ‘les mains et les pieds’, SAJI ‘deux bras
et deux jambes’ et IMOKGUBI ‘les oreilles, les yeux, la bouche et le nez’.

158
Chaque composé désigne deux éléments du corps en même temps. Ce sont des composés
coordinatifs121. Il faut noter que les vocables SONBAL et PALDARI sont polysémiques :

La lexie composée SONBAL2 ‘domestique ; secrétaire ; bras droit’ n’est plus un composé
endocentrique parce que la tête sémantique n’est pas lexicalisée à l’intérieur du composé.
Elle est un composé exocentrique. La lexie SONBAL 1 ‘mains et pieds’ et la lexie SONBAL
2 ne sont pas notre objet d’étude.

[Link] Classification syntaxique des composés collocationnels des


NECC

Nous étudions ici les composés collocationnels qui ont la structure


Radical1+Radical2(=NECC), dont la tête sémantique (ou la base, le pivot sémantique) est
un NECC. Nous classons, dans cette section, ces composés selon le type de Radical1.
Nous distinguons aussi les composés syntaxiques et les composés asyntaxiques (cf.
[Link], chapitre 2).

1) Radical1 (nominal) + NECC

Ce composé prend un nom maeburi comme premier constituant et désigne un nez dont la
forme est comme un bec de faucon. Pour exprimer le même contenu en français ou en
anglais, on dit nez aquilin et aquiline nose, qui sont les collocations contrôlées par les

121
Voir [Link].

159
lexies NEZ, NOSE. La comparaison interlangue montre bien que la même valeur
phraséologique s’exprime à différents niveaux, soit par les collocations lexicales soit les
composés.

2) Radical1 (adjectival ou verbal) + NECC

Observons d’autres composés collocationnels qui décrivent la forme du nez :

Noms composés coréens Définition Expression correspondante


française
ttalgi+ko ‘nez qui est rouge’ nez de betterave
fraise+nez nez très rouge et
bourgeonné
jumeok+ko ‘nez qui est rond et gros nez rond
poing+nez gros’ nez en patate
napjak+ko ‘nez qui est aplati, nez aplati | écrasé | épaté
[Link]‘être plat’ épaté’
+nez
ppyojok+ko ‘nez dont le bout du nez pointu
[Link]‘être nez est pointu’
pointu’+nez
beolleong+ko ‘nez dont la narine
[Link] bouge sans cesse’
‘bouger sans cesse’+nez
Tableau 5-7 : Composés collocationnels qui illustrent la forme du nez

Comme on le voit dans le tableau ci-dessus, un NEC comme ko peut être modifié non
seulement par un radical nominal mais aussi adjectival (telle que napjak, ppyojok) ou
verbal (telle que beolleong). É tant donné que l’adjectif et le verbe ont besoin du suffixe
de modification (MOD) pour modifier le nom en coréen, les composés napjakko,
ppyojokko et beolleongko, qui n’ont pas de tel suffixe, sont des composés asyntaxiques.

Ces composés, dont le Radical1 est adjectival ou verbal, sont des composés
syntaxiques :

160
3) Radical1 (adnominal) + NECC

Le Radical 1 peut être un adnominal122 :

Ces composés sont aussi des composés syntaxiques.

4) Préfixe+NECC

Enfin, nous présentons ici les dérivés collocationnels des NECC. La dérivation
préfixale montre aussi la valeur collocationnelle comme nous le verrons par la suite.
Observons l’exemple suivant :

Le préfixe maen- ‘qui n’a pas d’autre chose’ s’attache à la racine bal. Ce dérivé maen+bal
désigne des pieds qui ne portent rien (ni chaussettes ni chaussures). Il correspond à une
collocation française pieds nus :

122
Nous avons déjà vu l’adnominal du coréen dans la section [Link].

161
Pour exprimer ‘qui sont nues’ auprès d’œil, jambe, main, etc., le préfixe maen- est choisi
d’une façon contrainte : on ne peut pas utiliser le préfixe quasi-synonymique min- au lieu
de maen- :

Par ailleurs, pour exprimer ‘le visage qui n’est pas maquillé’, les préfixes min- et maen-
s’utilisent auprès de la lexie EOLGUL :

Pourtant le préfixe maen- ne se combine pas à la lexie NACH, quasi-synonyme de la lexie


EOLGUL :

Les exemples ci-dessus nous montrent qu’il y a une contrainte de sélection des préfixes.
Ces mots-formes dérivés sont par conséquent semi-contraints. Cependant ils sont
sémantiquement compositionnels. Il nous apparaît nécessaire d’introduire la notion de la
phraséologisation également au niveau de la dérivation autant que de la composition.
Nous appelons ces exemples dérivés collocationnels.

123
Il est intéressant de noter que min+son s’utilise au lieu de maen+son en Corée du nord.

162
Voici quelques dérivés collocationnels des NECC dont le préfixe est maen- et
min- :

 maen- ‘qui n’a rien’+NECC

 min- ‘qui n’a rien’+NECC

163
Rappelons que nous nous intéressons seulement aux dérivés préfixaux. Les suffixaux
comme NUN+JIS, litt. yeux+fait, ‘signe des yeux’, NUN+KKAL, litt. ‘yeux+base, (vulg)
calot’ ne sont pas traités parce qu’ils ne sont plus des collocations contrôlées par les NEC.

Avant de passer à la classification sémantique, nous récapitulons la classification


syntaxique des composés collocationnels et des dérivés collocationnels des NECC :

X+NECC Exemple

syntaxique Nom+NECC maeburi+ko ‘nez aquilin’

Verbe+MOD+NECC se+n+teol ‘poils qui sont devenus blancs’

Adjectif+MOD+NECC ja+n+teol ‘poils qui sont petits et fins’

Adnominal+NECC oren+son ‘main droite’

Préfixe+NECC maen+son ‘main nue’

asyntaxique Racine de verbe+NECC jeolleum+bal ‘pieds qui traînent’

Racine d’adjectif+NECC odduk+ko ‘nez accentué et joli’

Tableau 5-8 : Classification syntaxique des composés et dérivés collocationnels


des NECC

[Link] Classification sémantique des composés collocationnels des


NECC

Nous montrons ici deux classifications sémantiques des composés collocationnels


des NECC selon le sens du collocatif.

164
Voici tout d’abord la classification d’après le sens du collocatif :

Sens du collocatif Exemple


Apparence (forme, couleur, gaemi+heori
dimension, texture) des fourmi+taille
éléments du corps ‘taille de guêpe’

jugeok+teok
spatule+menton
‘menton qui est long et courbé’

ddalgi+ko
fraise+nez
‘nez qui est rouge’

Fonction des éléments du corps gae+ko


chien+nez
‘nez qui sent bien’

ganeun+gwi
ê[Link]+oreilles
‘oreilles qui entendent bien’

jeolleum+bal
[Link]‘boiter’+pieds
‘pieds boiteux’

Position des éléments du corps oreun+pal


droite+bras
‘bras droit’

wi+s+ipsul
dessusN+s+lèvre
‘lèvres supérieures’
Tableau 5-9 : Composés collocationnels des NECC

[Link] Classification selon le statut lexical du mot-forme

Nous pouvons classifier ces composés en distinguant :

 Les composés qui sont vraiment des collocations morphologisées :


ex) napjak+ko ‘nez plat’, wi+s+ipsul ‘lèvre supérieure’, hui+n+meori ‘cheveux
blancs’, se+n+meori ‘cheveux blancs’, etc.

165
 Les composés qui ne sont plus des collocations. Ils relèvent de la lexicalisation
morphologisée des collocations. Ils appartiennent au lexique et par conséquent ils
ne sont plus des collocations.
ex) sae+gaseum ‘thorax proéminent (comme un oiseau)’, maeburi+ko ‘nez crochu
(comme un bec de faucon)’, hak+mok ‘cou long (comme un grue)’, gaemi+heori
‘taille très fin comme (une fourmi)’ etc.

Il est évident que nous devons décrire ces deux types d’une façon différente.
Prenons un exemple maeburi+ko ‘nez aquilin’ et napjak+ko ‘nez plat’. Le premier,
maeburi+ko est un lexème, et donc il est consigné dans le dictionnaire. Il est à la fois un
synonyme plus riche de KO et une sorte de FL AntiBon fusionnée :

Par contre, le composé napjak+ko est une collocation morphologisée, et donc il doit être
décrit sous l’entrée de sa base ko124 :

Pour faciliter la lisibilité et montrer que c’est une collocation morphologisée, nous
pouvons décrire en mettant sa base en gras :

Cette collocation peut être décrite en même temps comme FL AntiBon :

Pour conclure cette section, nous montrons ici le cas complexe des composés qui
incluent la lexie I ‘dent’. Nous pouvons regarder ces composés par les trois aspects
suivants.

124
Il faut rappeler que nous avons déjà examiné la description de la collocation morphologisée chinoise
dà+yǔ dans la section [Link].3.

166
Premièrement, les composés qui désignent la position des dents sont les
collocations morphologisées de la base I ‘dent’ : wi+s+ni ‘dent du haut’ et arae+s+ni
‘dent du bas’, lesquelles ne sont pas des lexèmes. Nous pouvons décrire ces composés
comme en quelque sorte des méronymes de la lexie I :

Deuxièmement, les composés suivants désignent les types des dents : ap+ni
‘incisive’, songgos+ni ‘canine’, eogeum+ni ‘molaire’, ap+eogeumni ‘prémolaire’.

Figure 5-9 : Types des dents125

Ces composés qui désignent les types des dents sont des lexèmes. Ils sont décrits avec
leur propre article de dictionnaires. Pour montrer la relation lexicale avec la lexie I, nous
pouvons renseigner le type des dents sous l’entrée de la lexie I ‘dent’ :

Il faut ajouter un composé SARANG+NI ‘dent de sagesse’ qui désigne un type spécial des
molaires :

125
Cette figure a été extraite du site [Link]
126
Nous pouvons voir deux compositions dans cette lexie : AP+[EOGEUM+NI].
127
Selon les règles orthographiques du coréen, il faut écrire ni quand I ‘dent’ est utilisé dans les lexies
complexes comme sarang+ni.

167
Le composé SARANGNI correspond à la semi-locution française ˹DENT DE SAGESSE˺ et à la
semi-locution anglaise ˹WISDOM TEETH˺.

Enfin, voyons un composé jeoj+ni ‘dent temporaire des enfants’ :

Figure 5-10 : Dents de lait et dents permanentes128

Nous considérons qu’un composé jeoj+ni, litt. lait+dent, ne forme plus une collocation,
mais qu’il est lexicalisé. Il

Le pivot sémantique de ce composé est ‘série des dents’, même si tous les composants
jeoj ‘lait’ et ni ‘dent’ sont inclus dans la définition 129 . Cette lexie composée a un

synonyme sino-coréen : YUCHI (乳齒), qui est un lexème. Et pour dénoter des dents

permanentes, il n’existe qu’un lexème sino-coréen:

128
Cette figure a été extraite du site [Link]
monde/cp/[Link].
129
L’existence du composant jeoj ‘lait’ ne semble pas obligatoire pour le sémantème du composé JEOJNI.
Si on élimine ‘qui mangue du lait’, ce composé devient une semi-locution.

168
L’existence de ces lexies sino-coréennes consolide le fait que le composé jeojni est bien
lexicalisé. Nous pouvons décrire ces composés comme synonymes moins riches de la
lexie I :

[Link] Phrasèmes morphologiques ambigus

Comme les phrasèmes lexicaux, les phrasèmes morphologiques peuvent présenter


une ambiguïté sémantique. Nous examinons trois types des phrasèmes ambigus. D’abord,
examinons le cas des vocables polysémiques :

Dans cet exemple, le composé ttalgi+ko ‘[Link]+nez’ décrit la couleur du nez. Pourtant,
il est lexicalisé donc il est un lexème. Nous décrivons ce lexème comme un synonyme
plus riche de nez et une sorte de la FL AntiBon fusionné :

L’exemple suivant montre que le composé ttalgi+ko désigne un symptôme qui apparaît
sur le nez (rosacé) :

169
Ce composé ne concerne pas la prédication du nez. Elle est définie comme suit :

Nous décrivons ces deux acceptions sous le vocable DDALGI+KO :

Deuxièmement, examinons un cas où la deuxième acception est


métaphoriquement dérivée de la première. Voyons pour cela le composé sae+gaseum,
[Link]+poitrine :

Le composé sae+gaseum de (146) désigne la forme du thorax. Il est lexicalisé, donc c’est
un lexème. Nous pouvons décrire ce composé comme une sorte de FL AntiBon fusionné :

170
Le composé sae+gaseum de (147) désigne une personne peureuse. Ce lexème est
métaphoriquement dérivé d’un lexème SAEGASEUM de (146). Donc nous décrivons ces
deux composés comme suit :

Le troisième cas concerne les composés jan+meori. Le PGD défini ce composé


comme vocable polysémique :

Janmeori :

1. ‘petite ruse, combine’


2. ‘cheveux courts et fins’

Définition 5-7 : vocable JANMEORI de PGD

Toutefois, ce vocable n’est pas polysémique. La première acception, qui désigne une
petite ruse, concerne une lexie MEORI I.3 ‘organe abstrait de la réflexion’. Et la deuxième,
qui désignent des cheveux courts et fins, est une collocation contrôlée par la lexie MEORI
I.2a ‘cheveux’. Par conséquent, le premier jan+meori doit être décrit comme un lexème :

Et le deuxième jan+meori est décrit sous l’entrée de MEORI I.2a ‘cheveux’ comme
collocation de ce dernier :

La section suivante présente la classification des tous les phrasèmes


morphologiques de la LEC, qui comprend les composés collocationnels qui ont été
examinés dans cette section.

171
5.3.3 Classification des phrasèmes morphologiques

Cette section présente la classification des phrasèmes morphologiques du point de


vue Sens-Texte.

La phraséologisation au niveau morphologique joue un rôle important pour la


formation des mots-formes (composition et dérivation) et la flexion130(Mel’čuk 1997,
Beck 2007, Beck et Mel’čuk 2011). La TST présente la classification en parallèle des
phrasèmes morphologiques et lexico-syntaxiques. Nous avons examiné celle des
phrasèmes lexicaux dans la section 1.2 selon deux critères : contrainte paradigmatique et
contrainte syntagmatique (compositionnalité). La classification des phrasèmes
morphologiques est plus compliquée que celle des lexicaux parce qu’en plus des deux
critères ci-dessus, il nous en faut un autre : le type de formation de mots-formes
(composition, dérivation et flexion). Nous nous focalisons ici seulement sur les
phrasèmes morphologiques composés ou dérivés parce que les phrasèmes contrôlés par
les NEC constituent notre objet d’étude et parce que la phraséologisation n’existe pas
dans la flexion des noms coréens131.

Nous classifions parallèlement les phrasèmes morphologiques et les phrasèmes


lexicaux selon la TST. Nous empruntons tous les exemples de ce tableau ci-dessous à
Beck et Mel’čuk (2011). Les exemples qui ne sont pas anglais viennent de la langue
Upper Necaxa Totonac (UNT), qui est une langue très agglutinante. Il faut noter que dans
la glose de chaque exemple, la petite majuscule indique le pivot sémantique et la partie
en gras montre le sémantème de composantes :

130
Nous empruntons des exemples de la morphologisation au sein de la flexion à Beck et Mel’čuk(2011 :
193). En russe, il y a 15 morphèmes pour l’aspect perfectif (pro-, raz-, s-, po-, vy-, na-, etc.). Dans le lexique,
il faut mentionner quel verbe prend quel morphème pour l’aspect perfectif : par exemple, le verbe delat'
‘faire’ prend le préfixe s- parmi 15 morphèmes. La sélection du préfixe perfectif est très contrainte mais le
sens est compositionnel. Beck et Mel’čuk considèrent les verbes comme la base de la collocation et les
suffixes perfectifs comme le collocatif de la collocation.
131
Haspelmath et Sims (2010) spécifient que les valeurs universellement communs pour la flexion du nom
sont nombre (singulier, pluriel), cas (nominatif, accusatif, etc.), genre (masculin, féminin, etc.), personne
(1st, 2nd, 3rd). Voir les propriétés morphologiques du nom commun coréen dans la section 2.2.2.

172
Phrasèmes morphologiques

compositionnels non-compositionnels

- Collocation morphologisée - Locution faible

Collocation composée Locution faible composée


(par ex. taxi stand (cf.*cab stand)) (par ex. lakaxú :kį ‘ANT with a face
shaped like that of a deer’132)
Collocation dérivée
(par ex. payment (cf. *payation))
Locution faible dérivée
(par ex. loŋót ‘DISEASE which causes
- Pragmatème morphologisé person to shiver as if they feel cold’133)

Pragmatème composé - Semi-locution

Pragmatème dérivé Semi-locution composée


(par ex. gravy boat ‘elongate DISH
with a spout for pouring gravy’)
- Cliché morphologisé
Semi-locution dérivée
Cliché composé (par ex. locker ‘usually metallic
COMPARTMENT that can be locked,
Cliché dérivé designed for the safekeeping of clothing
and valuables of an individual in a public
place’)

- Locution forte

Locution forte composée


(par ex. highbrow ‘intellectual or
rarefied in taste’)

Locution forte dérivée


(par ex. pašnį, ‘pig’)134

Tableau 5-10 : Classification des phrasèmes morphologiques selon Beck et Mel’čuk


(2011)

132
Cet exemple de l’UNT est analysé comme suit : lakán ‘face’ + xú :kį ‘deer’, ‘ANT with a face shaped
like that of a deer’.
133
Cet exemple de l’UNT est analysé comme suit : loŋ- ‘feel cold’+ -ot ‘result’, ‘DISEASE which causes
person to shiver as if they feel cold’.
134
Cet exemple de l’UNT est analysé comme suit : paš- ‘bathe’ + -nį ‘suffix of nominalisation’, ‘pig’.

173
Il faut noter que les pragmatèmes et les clichés morphologiques sont possibles en
théorie mais ils ne sont pas attestés dans Beck et Mel’čuk (2011). Nous proposons les
exemples suivants du coréen comme des pragmatèmes morphologiques potentiels :

Cet exemple qui veut dire ‘consommer l’alimentation avant une certaine date’ correspond
aux pragmatèmes syntagmatiques dans les langues suivantes :

Voici un autre exemple qui peut être aussi un cliché morphologique :

On ne peut pas remplacer josim par le synonym jueui ‘attention’ 136 . Cet exemple
correspond bien aux pragmatèmes syntagmatiques dans les langues suivantes :

Il existe des pragmatèmes morphologiques qui incluent les NEC :

135
Le sens littéral de cette expression est ‘Deadline of fitness is…’ selon Beck et Mel’čuk (2011 : 182).
136
On ne peut pas remplacer josim par le synonym jueui ‘attention’. L’autre pragmatème chiljosim accepte
le remplacement par jueui : chil+josim[jueui], litt. peinture+attention. Ce pragmatème morphologique
correspond au pragmatème peinture fraîche en français, wet paint en anglais.

174
Au lieu du constituant meori, on utilise les autres NEC comme son ‘main’ et bal ‘pied’ :
Sonjosim ‘Attention aux mains’, Baljosim, ‘Attention à la marche’.

Nous n’avons pas trouvé d’exemples convaincants qui peuvent être des clichés
morphologiques en coréen.

Nous récapitulons les phrasèmes morphologiques des NEC comme suit :

Collocation Locution faible Semi-locution Locution forte

Composé napjakko GAEMIHEORI SARANGNI SAEGASEUM


‘nez plat’ ‘taille fine’ ‘dent de ‘(un) peureux’
sagesse’
Dérivé maenbal JANTEOL MAENIP1 MAENIP2
‘pied nu’ ‘petits poils ‘estomac vide’ ‘sans aucune
fins (= duvet)’ contrepartie’
Tableau 5-11 : Phrasèmes sémantiques au niveau morphologique

Pragmatème Cliché

Composé Meorijosim ‘Attention à la tête’ ᆞ


Dérivé ᆞ ᆞ
Tableau 5-12 : Phrasèmes sémantico-lexicaux au niveau morphologique

175
Bilan

Parmi trois types de phrasèmes lexicaux (locution, collocation et cliché


linguistique), nous bornons d’abord la phraséologie des NECC aux
collocations contrôlées par ceux-ci : (a) ko+ga napjakhada, litt. nez+SUB
ê[Link], ‘avoir un nez aplati’. Puis nous délimitons l’étendue de la
collocation des NECC en analysant certains cas problématiques qui se
trouvent à la frontière entre l’expression libre et la collocation, et entre la
collocation et la locution. Nous considérons les expressions suivantes
comme étant des collocations : (b) Nun+i keuda, litt. yeux+SUB ê[Link],
‘avoir de grands yeux’ ; (c) Nun+eul ddeuda, litt. yeux+ACC ouvrir,
‘ouvrir les yeux’ ; (d) Nunsseop+eul jjipurida, [Link]+ACC froncer,
‘froncer les sourcils’ ; (e) i+ leul galda, litt. dent+ACC grincer, ‘grincer
des dents (par la colère)’. Nous prenons en considération les lexies
composées au point de vue phraséologique : (f) napjak+ko, litt.
ê[Link]+nez ‘nez aplati’ (g) MAEBURIKO, litt. bec d’aigle+nez, ‘nez
aquilin’. Ces deux composés représentent la valeur collocationnelle.
Pourtant, selon le degré de lexicalisation, nous ne considérons que le
composé (f) en tant que collocation morphologisée. Le composé (g)
concerne la lexicalisation morphologisée des collocations. La
considération des phrasèmes morphologiques est importante non
seulement pour la comparaison de la phraséologie entre langues, mais
aussi pour la systématisation de leur description lexicographique. Nous
prendrons en compte les collocations morphologisées autant que les
collocations lexicales lorsque nous allons construire le modèle pour la
phraséologie des NEC au cours du chapitre suivant.

176
6 Modèle explicatif de la phraséologie des NEC

La phraséologie des NEC ou, plus spécifiquement, le système de


collocations qu’ils contrôlent constitue une partie significative de la
langue. Malgré l’aspect universel de la phraséologie, la lexicographie des
phrasèmes n’est pas systématiquement développée (Hausmann 1991,
Cheon M. A. 2001). La plupart des dictionnaires (les généraux et les
spécifiques à la collocation comme le BBI) offrent seulement un catalogue
des collocations. Cette description lexicographique ne suffit pas aux
utilisations pratiques et actives : production, enseignement ou bien
traduction des collocations.
Ce chapitre a pour finalité de proposer un modèle qui représente
systématiquement la phraséologie des NEC et qui peut répondre à la
demande pratique et active de l’utilisateur de dictionnaire. Nous faisons
l’hypothèse qu’il y a quelques composantes potentielles que l’on peut
toujours trouver dans la définition de NEC et que différentes collocations
(du type Magn, Ver, Bon, Real1) sont générées au niveau du sémantisme
de ces composantes. Les collocations sont potentiellement ancrées dans
ces composantes-là.
Ce chapitre se compose de trois sections. En premier lieu, nous examinons
le lien entre définition et phraséologie. La deuxième section aborde les
principes de la définition en examinant des problèmes spécifiques à la
définition des NEC. Nous examinons également les composantes
potentielles des NEC qui se manifestent dans des collocations qu’ils
contrôlent. Enfin, nous proposons un patron universel de la définition des
NEC, à partir duquel nous pouvons prévoir des collocations contrôlées par
les NEC. Nous soumettons une lexie coréenne NUN I.1a ‘yeux’ et une lexie
française YEUX I.1a à ce patron définitionnel et comparons leurs modèles
explicatifs de la phraséologie.

177
6.1 Lien entre définition et phraséologie

Dans cette section, nous allons examiner l’interdépendance entre la définition et


la combinatoire lexicale : la définition en tant qu’annonciateur de la combinatoire lexicale
(6.1.1) et la combinatoire lexicale en tant que révélateur de la définition (6.1.2). Puis,
nous allons montrer la nécessité du patron de définition qui permet de systématiser le lien
entre la définition et la phraséologie (6.1.3).

6.1.1 Définition en tant qu’annonciateur de la combinatoire lexicale

Traditionnellement, la fonction principale de la définition est d’expliquer le sens


d’une lexie. Mais celle sur laquelle nous nous focalisons, c’est la fonction communicative
de la définition, qui permet d’écrire et de parler de quelque chose de la façon la plus
exacte. Pour reprendre les termes d’Atkins et Rundell (2008), nous appelons ces deux
fonctions de la définition définition pour le décodage et définition pour l’encodage137.

Il faut rappeler que la définition que nous étudions dorénavant est en même temps
pour le décodage et l’encodage. Pour cela, il faut considérer exhaustivement toutes les
composantes sémantiques de la définition. Nous nous concentrons, dans cette section, sur
une unité lexicale intéressante du coréen : NUNSIUL. Cette lexie est intéressante pour
illustrer l’importance de la définition. Comme NUNSIUL n’a pas de correspondant en
français, c’est la définition qui permet de la traduire.

[Link] É tude de la définition de NUNSIUL

La lexie NUNSIUL désigne a priori le bord des yeux où les cils poussent. Elle est
définie comme suit dans les dictionnaires coréens :
nunsiul
nuneonjeori+eui soknunsseop+i na+n gos

[Link]+GÉ N cils+SUB pousser+MOD endroit


‘bord des yeux où les cils poussent’
Définition 6-1 : NUNSIUL extrait de PGD et GHD

- Reference, or ‘decoding’ : the user goes to the definition because s/he has encountered an unfamiliar
137

word or expressions and needs to know what it means.


- Productive, or ‘encoding’ : the user wants to write or say something and this involves encoding the
meaning that is in his or her head, in a way that is natural, appropriate, and effective.
Atkins et Rundell (2008:407)

178
Il nous semble que cette définition répond au besoin du décodage. Supposons
qu’un apprenant de la langue coréenne ne connaisse pas la lexie NUNSIUL : il peut
comprendre grossièrement ce que NUNSIUL veut dire avec la définition ci-dessus.

Pour que cette définition réponde au besoin de l’encodage, nous allons examiner
la combinatoire libre, qui montre comment la lexie vedette se comporte librement d’un
point de vue sémantique, et la combinatoire restreinte, qui démontre le sens très particulier
de la lexie vedette auquel on ne pense pas immédiatement. Tout ce qui est phraséologique
a tendance à être révélateur de ce qui est particulier au lexique. Par exemple, prenons
deux lexies du champ sémantique ‘véhicule’ : VOITURE et VÉ LO.

Les combinaisons libres ci-dessus découlent des composantes sémantiques essentielles


ici, ‘véhicule’. Ces composantes sémantiques sont partagées avec les autres unités
lexicales de la même famille sémantique.

Par contre, les collocations de chaque lexie nous montrent les composantes
individuelles :

179
Les collocations ci-dessus138 montrent bien que l’on rentre à l’intérieur de la voiture et
que l’on s’assied au-dessus du vélo. Elles reflètent des différences de sens entre VOITURE
et VÉ LO.

Revenons au cas de NUNSIUL en examinant des combinaisons libres que


l’apprenant peut produire potentiellement. Selon la définition (6-1), il ou elle peut dire
l’énoncé suivant :

L’utilisation de NUNSIUL dans cet énoncé semble bizarre alors que son quasi-synonyme
NUNGA ‘bord des yeux’ s’utilise sans problème :

La combinatoire libre de NUNSIUL montre que la définition 6-1 n’est pas suffisante pour
l’encodage. Si NUNSIUL désigne un élément du corps physique, on doit pouvoir le dessiner
avec de l’eye-liner sans aucun problème ; on devrait également pouvoir couper cet
élément quand on fait l’autopsie d’un cadavre. Or il est difficile d’imaginer l’autopsie de
l’élément que désigne NUNSIUL.

Pour savoir ce qui manque dans la définition 6-1, examinons maintenant une
collocation de NUNSIUL :

138
Il faut noter que les expressions dans sa voiture (5) et sur son vélo (8) ne sont pas Locin. Ces expressions
sons des collocations paradigmatiques. Nous pouvons décrire ces collocations comme suit :
A1Real1(voiture)=dans [ART~]
A1Real1(vélo)=sur [ART~]

180
Dans ce passage coréen, une vieille actrice parle de sa vie à son public. La phrase qui suit
la citation décrit une réaction du public : les gens « s’essuient le nunsiul ». Nous ne
pouvons pas dessiner nunsiul avec de l’eyeliner, mais comment est-ce que l’on peut
s’essuyer nunsiul ?

Analysons une autre collocation, nunsiul+eul humchida :

Cette collocation désigne une gestuelle qui consiste à s’essuyer le bord des yeux. Elle
montre que l’on fait quelque chose physique sur nunsiul. Cette gestuelle contredit un
emploi inapproprié de NUNSIUL dans (9) : on peut s’essuyer nunsiul, mais on ne peut pas
y mettre de maquillage. Il faut examiner encore les exemples suivants en faisant attention
aux parties soulignés :

181
Les contextes où NUNSIUL s’utilise montrent que la personne X éprouve certains
sentiments ; elle est soit triste (13) soit émue (14). Les adjectifs que nous soulignons
spécifient explicitement ces sentiments. La lexie NUNSIUL désigne le bord des yeux en
tant que lieu où se manifeste un état mental et psychique, et c’est là son rôle unique.
C’est la raison pour laquelle cette lexie ne peut pas être utilisée dans un contexte de
maquillage.

Il faut souligner que nunsiul est un élément du corps physique si et seulement si


la fonction de manifestation de sentiment s’effectue :

Cet exemple montre que si le sentiment se manifeste sur cette partie du corps (voir nunsiul
rougi), on peut la maquiller. La lexie NUNSIUL n’est ni un organe du sentiment comme
MEORI ‘tête’ I.3 en tant qu’organe de réflexion, ni un élément du corps physique comme
MAIN. Cette partie désigne un élément du corps, mais qui est vu en fonction de
manifestation du sentiment. Nous pouvons dire que nunsiul est entre l’élément du corps
physique et l’organe abstrait. Cette propriété intermédiaire fait la difficulté de la définition
de NUNSIUL. Il est difficile de trouver une lexie correspondante en français. La lexie
NUNSIUL semble quasiment intraduisible.

La collocation nunsiul+eul humchida en (12) est liée à la manifestation de


sentiment et en même temps à l’action de s’essuyer. La traduction de cette collocation
n’est pas simple. Il y aurait deux façons de traduire, d’abord littéralement par ‘s’essuyer
le bord des yeux’ ou bien par ‘avoir les larmes aux yeux’, qui est une locution. Mais l’un
et l’autre ne correspondent pas bien à la collocation nunsiul+eul humchida : la traduction
littérale ne donne que l’action que X fait au bord des yeux et la traduction en locution dit
seulement que X est ému au point que l’on en voit la manifestation sans mentionner de
geste. C’est la raison pour laquelle nous traduisons simultanément comme ‘avoir les
larmes aux yeux [s’essuyer nunsiul]’.

182
Nous voyons bien que la définition 6-1 est insuffisante pour décrire le sens de
NUNSIUL. Vu que la lexie s’utilise pratiquement et exclusivement pour manifester le
sentiment, nous proposons de la définir139 comme suit :

Y 를 나타내는 X 의 눈시울 :
• 감정 Y 가 나타나는 곳으로서
X 의 눈 I.1a 의 가장자리

Nunsiul de X où se manifeste Y :
bord des yeux[=NUN I.1a] de X
• en tant que lieu où se manifeste le sentiment Y de X
Définition 6-2 : NUNSIUL

Notons trois changements par rapport à la définition 6-1. Premièrement, une composante
sémantique ‘en tant que lieu où se manifeste le sentiment’ montre une sorte d’aspect
socio-culturel spécifique de cette lexie de la langue coréenne. Il faut remarquer que la
composante sémantique ‘en tant que lieu où se manifeste le sentiment’ est différente de
la composante ‘où peut se manifester un sentiment’. Certains éléments du corps comme
NUN ‘yeux’, IPSUL ‘lèvres’, etc., peuvent être le lieu de manifestation d’un sentiment de
X, mais cette fonction se réalise à travers élément du corps véritable. La composante ‘en
tant que’ change la dénotation qui précède (élément du corps, ici bord des yeux) et
spécifie que NUNSIUL ne désigne plus vraiment l’élément du corps physique.

Deuxièmement, nous introduisons une position actancielle : X pour une personne


qui est un possesseur de cet élément du corps et Y pour le sentiment qui est exprimable
auprès de NUNSIUL.

139
Le mode de présentation de la définition sera introduit plus bas, dans la section 6.2. Il faut noter ici que
dans les définitions proposées, composantes qui sont des différences spécifiques sont précédées par une
puce « • ».
140
Nous avons traduit le verbe BULKHIDA par rougir en français. Nous allons expliquer l’usage du verbe
BULKHIDA dans la section suivante.

183
Le sentiment Y s’exprime dans cette phrase en tant que complément instrumental. Le
sentiment est soit négatif (la tristesse, l’angoisse, le souci, etc.) soit positif (le fait d’être
touché, ému, etc.)141 :

L’exemple ci-dessus montre que X est tellement heureuse grâce à Y.

Troisièmement, nous éliminons la composante ‘où les cils poussent’ de la


définition (6-1). Cette information n’est pas nécessaire. La composante ‘bord des yeux
(=NUN I.1a)’ est suffisante pour expliquer la localisation.

À partir de cette définition, nous analysons dans la section suivante la


phraséologie de NUNSIUL au moyen de fonctions lexicales.

[Link] Phraséologie de NUNSIUL

Selon la composante sémantique qui parle de la fonction de nunsiul (‘en tant que
lieu où se manifeste le sentiment’), nous pouvons prévoir la nature des collocations qui
décrivent cette fonction. Nous examinons trois types des collocations suivantes :

 le sujet grammatical est X et l’objet direct est nunsiul ;


 le sujet grammatical est Y et l’objet direct est nunsiul ;
 le sujet grammatical est nunsiul et l’objet indirect est Y.

Voyons d’abord le premier type :

141
Il ne s’agit cependant pas de n’importe quel sentiment négatif comme la colère, l’énervement, etc. De
plus, Y ne peut être un sentiment positif comme la joie, l’excitation, l’intérêt, etc. Cela démontre que notre
définition est incomplète.

184
Le verbe BULKHIDA ‘rougir’ de l’exemple ci-dessus prend deux actants. Il prend X comme
son sujet et NUNSIUL comme son objet direct. Il faut noter que même si un vocable ROUGIR
en français a deux acceptions (par ex. le ciel rougissait ; Paul a rougit du visage), le
coréen a deux verbes différents : BULKHIDA et BULKEOJIDA.

BULKHIDA ‘litt. rougir’ BULKEOJIDA ‘litt. devenir rouge’


ₒ ₒ

I II I

X NUNSIUL NUNSIUL

Figure 6-1 : Structure actancielle de BULKHIDA et BULKEOJIDA

Lorsque nous traduisons littéralement ces deux verbes, nous allons donner un équivalent
français rougir pour bulkhida et devenir rouge pour bulkeojida.

Les collocations comme nunsiul+eul bulkhida ‘rougir de nunsiul’ sont décrites


par FL Real1 :

Arbre syntaxique Collocations

Real1 Real1I(nunsiul) = nunsiul+eul bulkhida


ₒ nunsiul+ACC rougir
‘rougir de nunsiul’
I II
Real1II(nunsiul) = nunsiul+eul jeoksida
nunsiul+ACC mouiller
X NUNSIUL ‘avoir les larmes aux yeux’

Real1III(nunsiul) = nunsiul+eul humchida


nunsiul+ACC s’essuyer
‘essuyer les larmes’
Figure 6-2 : Collocations de NUNSIUL encodées par Real1

185
Nous remarquons une gradation de réalisation de cette partie. La flèche ci-dessus montre
cette gradation : X rougit de nunsiul, puis a nunsiul qui se mouille, puis s’essuie nunsiul.
Pour distinguer les phases de réalisation, nous utilisons les exposants I, II et III selon la
convention de la LEC.

Observons le deuxième type des collocations. Le deuxième actant est le sujet et


NUNSIUL est l’objet direct :

Nous pouvons décrire cette collocation par la FL Real2 :

Arbre syntaxique Collocations

Real2
ₒ Real2(nunsiul) = nunsiul+eul jeoksida
I II nunsiul+ACC mouiller
‘avoir les larmes aux yeux’

Y NUNSIUL
attr

Figure 6-3 : Collocation de NUNSIUL encodée par Real2

Observons le troisième type des collocations. Nunsiul est le sujet grammatical et


l’actant Y est complément.

186
Arbre syntaxique Collocations

Fact2 Fact0(nunsiul) = nunsiul+i bulkda


ₒ nunsiul+SUB ê[Link]
‘avoir les larmes aux yeux’
I II
Fact2(nunsiul) = nunsiul+i ddeugeopda
nunsiul+SUB ê[Link]
NUNSIUL Y ‘avoir les larmes aux yeux’

attr Fact2(nunsiul) = nunsiul+i jeojda


nunsiul+SUB ê[Link]é
X ‘avoir les larmes aux yeux’

Figure 6-4 : Collocations de NUNSIUL encodées par Fact2

Il faut rappeler que l’adjectif coréen peut gouverner la phrase à la façon d’un verbe et
donc les adjectifs BULKDA et DDEUGEOPDA ont le rôle de collocatif de réalisation. Nous
décrivons le changement de nunsiul par la FL complexe IncepFact2 :

Dans la collocation (22), le deuxième actant Y s’exprime par le complément instrumental :

L’examen de la lexie NUNSIUL montre qu’il est nécessaire de la définir


exhaustivement. Les composantes sémantiques sont les ancrages des collocations
potentielles. Nous n’examinons que la lexie NUNSIUL ici, mais notre analyse peut en
concerner nombre de NECC.

187
6.1.2 Collocation : révélateur des composantes définitionnelles

La collocation reflète les composantes sémantiques de la définition de la base. Si


on raisonne à partir de la collocation, celle-ci révèle quelle composante existe dans la
définition. Par exemple, s’il y a une collocation de type Magn, ça veut donc dire qu’il
faut la présence dans la définition d’une composante sémantique intensifiable
correspondante.

Dans cette section, nous choisissons la lexie NUN‘yeux’ pour voir comment la
collocation contrôlée par une lexie révèle les composantes définitionnelles de cette
dernière.

[Link] Phraséologie de NUN ‘yeux’

La lexie NUN est la base de très nombreuses collocations. Nous nous intéressons
ici aux trois collocations suivantes :

À première vue, ces collocations semblent donner une information sur l’apparence des
yeux parce que les adjectifs ci-dessus s’utilisent en général comme suit :

188
Si ces adjectifs s’utilisent auprès de NUN, ils manifestent non seulement l’apparence des
yeux mais aussi l’activité intellectuelle, l’esprit, la curiosité du possesseur X.

Examinons tout d’abord les collocations (23) et (24) ci-dessus. La traduction


littérale de ces collocations n’explique que son éclat. Dans un environnement textuel,
elles expriment l’intelligence, l’esprit éveillé de X et sont équivalentes à la collocation
française yeux vifs :

Examinons maintenant la collocation nun+i malkda, ‘litt. yeux+SUB ê[Link]’


en (25). Voici une mauvaise traduction trouvée dans un dictionnaire :

189
Figure 6-5 : Recherche de nuni malkda dans le dictionnaire coréen-français142

Ce dictionnaire donne une expression avoir les yeux clairs comme correspondant de
nun+i malkda. Pourtant, l’adjectif MALKDA qui s’utilise auprès de NUN ne correspond pas
l’adjectif CLAIR auprès des YEUX en français. Cette mauvaise traduction provient du fait
que le vocable MALKDA s’emploie aussi comme collocatif qui montre ‘le ciel clair, le
temps clair’, comme le montre (28).

La traduction mot à mot sans considération de la combinatoire lexicale provoque


ce type de problème. Comme l’exemple suivant le montre, cette collocation ne parle pas
de la couleur à la différence de la collocation française yeux clairs. Le sens qui est exprimé
par MALKDA dans cette collocation, est ‘qui montre bien l’esprit ou de la pensée de X’.
Nous pouvons la traduire grosso modo par yeux sincères143 :

142
Ce dictionnaire en ligne est basé sur Essence Dictionnaire coréen français.
143
Nous proposons cette traduction à partir d’un proverbe « La sincérité passe par les yeux et non par les
paroles ».

190
Par contre, les collocations suivantes, dont les collocatifs sont l’antonyme de MALKDA

‘être clair’, signifient la difficulté de la fonction des yeux :

Ce comportement phraséologique de NUN démontre qu’il y a non seulement une


composante sémantique ‘qui permet de voir’ mais aussi une composante sémantique ‘qui
exprime l’esprit, l’intelligence, la curiosité, etc. de X’ dans sa définition. Il ne faut pas
manquer de l’y mettre.

[Link] Définition de NUN ‘yeux’

Au travers des collocations de NUN, nous avons confirmé une composante ‘qui
manifeste l’état psychique de X’ dans le sens de NUN. Nous allons maintenant définir la
lexie NUN en considération des composantes pertinentes que nous avons repérées dans les
collocations.

Dans les faits, les définitions de la lexie NUN des dictionnaires existants sont
insuffisantes :
눈 nun
빛의 자극을 받아 물체를 볼 수 있는 감각 기관144.
‘organe sensoriel qui reçoit le stimulus de la lumière et qui permet de voir’

Définition 6-3 : NUN extrait du PGD

Cette définition est suivie par l’information encyclopédique ci-dessous :


144

척추동물의 경우 안구ㆍ시각 신경 따위로 되어 있어, 외계에서 들어온 빛은 각막ㆍ눈동자ㆍ수정체를 지나


유리체를 거쳐 망막에 이르는데, 그 사이에 굴광체(屈光體)에 의하여 굴절되어 망막에 상을 맺는다.
‘Dans le cas des vertébrés, un globe oculaire et des nerfs visuels, etc., composent les yeux, et la lumière
qui est entrée du monde extérieur passe par une cornée, une pupille, un cristallin, un corps vitré et arrive à
une rétine. Dans l’intervalle, la lumière est défléchie puis l’image s’apparaît sur la rétine.’

191
눈 nun
빛의 강약 및 파장을 받아들여 뇌에 시각을 전달하는 감각 기관.
‘organe sensoriel qui reçoit l’intensité ou la longueur de la lumière et transmet
la vision au cerveau’

Définition 6-4 : NUN extrait du GHD

Ces définitions 145 n’informent que sur la fonction physiologique des yeux. Elles
n’informent ni sur la forme des yeux, ni sur leur position, ni sur la fonction d’expression
de l’état psychique. Ces définitions ne peuvent pas être utilisées pour la traduction ou
l’enseignement des langues.

Pour proposer une définition de NUN, nous récapitulons d’abord les collocations
contrôlées par NUN. Puis, nous classifions ces collocations selon les composantes qu’elles
permettent de mettre en évidence. Ce travail associe les collocations et les composantes
de la définition d’une façon systématique. Le tableau suivant présente la synthèse de ce
travail :

Collocations Composantes sémantiques


de la définition
nun+i johda ‘qui permet de voir’
yeux+SUB ê[Link]
‘avoir de bons yeux’
nun+i napeuda
yeux+SUB ê[Link]
‘avoir de mauvais yeux’
nun+i malkda
yeux+SUB ê[Link] ‘qui manifeste l’esprit,
‘avoir les yeux sincères’ l’intelligence, la curiosité, etc.’
nun+i chorongchoronghada
yeux+SUB ê[Link]
‘avoir les yeux vifs’
nun+eul ddeuda
yeux+ACC ouvrir ‘qui peut être recouvert’
‘ouvrir les yeux’
nun+eul gamda
yeux+ACC fermer
‘fermer les yeux’

145
Outre l’information insuffisante, elles ne donnent qu’une information encyclopédique, qui n’est pas
appropriée au dictionnaire de langue. Nous ne traitons pas ces problèmes des définitions de NUN ici.

192
nun+eul ggambakida
yeux+ACC cligner
‘cligner les yeux’
nun+i parahda ‘qui se constitue d’une partie
yeux+sub ê[Link] blanche et une partie colorée’
‘avoir les yeux bleus’
nun+i kkamahda
yeux+sub ê[Link]
‘avoir les yeux noirs’
nun+eul burarida ‘dont la partie visible est mobile’
yeux+ACC [Link].férocement
‘faire bouger les yeux en exprimant une ‘qui montre une attitude, un
attitude agressive ’ sentiment, etc.’
nun+eul heulgida
yeux+ACC [Link].
le [Link]
‘regarder de biais en exprimant un
sentiment négatif’
nun+i keuda ‘dont la grande taille montre la
yeux+sub ê[Link] beauté’
‘avoir de grands et beaux yeux’
Tableau 6-1 : Extraction des composantes sémantiques
des collocations contrôlées par NUN

À partir du tableau 6-1, nous proposons la définition de NUN :

Yeux(=NUN) de X permettant de voir Y (et montrant Z) :

éléments du visage d’une personne X

• qui sont au nombre de deux


• qui permettent de voir Y
• qui ont une partie visible mobile
• constituée d’une partie blanche et une partie colorée
• qui peut être recouvert par un élément du visage
(• qui exprime l’état psychique Z de X ou l’attitude Z envers Y)146

Définition 6-5 : NUN (i) 147

146
Une composante que l’on met en parenthèse est une composante faible. Nous allons expliquer ce qu’est
une composante faible en détail dans la section [Link].
147
Nous reviendrons sur la définition de NUN dans la section 6.3, et cette définition est provisoire.

193
ous avons pu améliorer les définitions existantes en tenant compte des
combinatoires lexicales restreintes. À l’inverse, les composantes sémantiques qui sont
ainsi repérées dans la définition préparent le terrain pour les collocations.

6.1.3 Systématiser le lien entre la définition et la phraséologie des


NECC

Comme nous l’avons vu, la définition et la phraséologie sont en corrélation. Les


composantes sémantiques de la définition permettent d’anticiper quelles collocations sont
possibles et les collocations révèlent quelles composantes sémantiques existent dans la
définition :

Prévision

Définition Phraséologie
(composantes sémantiques) (collocations)

Indice co
Figure 6-6 : Corrélation entre la définition et la phraséologie

L’étape suivante est de systématiser le lien entre la définition et la phraséologie.


Comment faire cela ?

Revenons au cas de NUN, que nous avons étudié dans la section 6.1.2. La définition
de la lexie NUN contient une composante ‘qui est mobile’. Dans les faits, ce n’est pas
seulement NUN qui a à voir avec la mobilité. Cette propriété est commune à certains NEC
(SON ‘main’, BAL ‘pied’, PAL ‘bras’, DARI ‘jambe’, MEORI ‘tête’, etc.). Potentiellement, les
NEC peuvent être associés à l’expression de la mobilité. Ainsi, nous pouvons anticiper
certaines composantes possibles selon la classe sémantique. Pour rendre compte de ces
composantes régulière et récurrente, il faut un modèle formel. Pour la classe sémantique
des éléments du corps, un patron de définition peut inclure ces composantes régulières
et récurrentes comme ‘qui est mobile’, ‘qui manifeste une fonction sociale’, etc.

194
L’idée de saisir la régularité et de décrire toutes les propriétés linguistiquement
pertinentes d’une façon uniforme dans le dictionnaire a déjà été proposée dans beaucoup
de travaux, notamment l’étude sur la lexicographie systématique d’Apresjan (1992 ;
2000 ; 2008). Et spécialement, concernant la classe sémantique de l’élément du corps,
Wierzbicka (1980 ; 2007) propose la description dans le cadre du NSM. Nous allons
examiner en détail comment Wierzbicka définit les NEC dans la structure définitionnelle
dans la section 6.3.1.

Pour différencier notre patron de définition des travaux précédents, il est crucial
de montrer la corrélation entre la phraséologie et les composantes de la définition. La
relation avec la phraséologie doit se répercuter sur le patron de définition et à partir de ce
patron, on peut produire la phraséologie.

Examiner la phraséologie
ex) MAIN I.1a : fermer la main ; se croiser les
mains, etc.

Trouver une composante sémantique :


'qui est mobile'

Tester si d'autres lexies comprennent cette


composante
ex) BRAS I.1a : lever le bras ; baisser le bras ; plier
le bras, etc.

Si cette composante est récurrente dans d'autres


lexies, mettre cette composante dans le patron

À partir des composantes de la définition de


patron, produire la phraséologie
systématiquement

Figure 6-7 : De l’examen de la phraséologie à la production de la phraséologie

L’examen de la phraséologie nous permet non seulement de dire que pour telle
unité lexicale, telles composantes doivent être décrites, mais également de dire que pour

195
les éléments du corps en général, telles composantes doivent être incluses dans le patron.
Après avoir élaboré un patron du NEC, chaque fois que l’on décrit un NEC au niveau de
sa définition, on se pose des questions : « est-ce que cet élément est mobile ? » ou bien
« est-ce que cet élément manifeste le sentiment de X ? », etc. Le patron va permettre non
seulement d’uniformiser la description de définition des NEC et d’éviter l’omission des
composantes, mais aussi produire la phraséologie systématiquement.

6.2 Définition des NEC

Avant d’élaborer le patron de définition des NEC dans la section 6.3, il nous faut
considérer quel contenu nous incluons dans la définition et comment nous allons la
formuler. Nous examinons tout d’abord les principes de définition de la LEC avec les
exemples des définitions des NECC (6.2.1). Puis nous examinons deux problèmes
spécifiques à la définition des NEC : la structure actancielle et la structuration
hiérarchique (6.2.2). La dernière section examine des composantes potentielles utilisées
pour la définition des NEC (6.2.3).

6.2.1 Théorie et réalité de la définition

Cette section repose sur les principes de la définition de la LEC (Mel’čuk 2008 ;
Mel’čuk et Polguère 2016)148. En guise d’exemple, nous examinons les définitions des
NECC du PGD149 en commençant par le contenu, puis en étudiant leur forme.

[Link] Contenu de la définition

La LEC postule les trois principes suivants pour la description du contenu


informationnel de la définition :

 principe de paraphrasage ;
 principe de décomposition sémantique ;
 principe d’univocité.

148
Sikora(2012) présente les définitions lexicographiques du RL-fr basées sur ces principes.
149
Pour voir des principes définitionnels du PGD et les problèmes posés par la définition des NEC, voir
Kim M.H. (2013).

196
Selon le principe de paraphrasage, il faut que la définition soit une équivalence
sémantique entre le défini et le définissant : le défini ≡ le définissant

Pour suivre ce principe, il faut examiner si tous les éléments du définissant sont
nécessaires et leur ensemble est suffisant pour rendre compte du sens de la lexie vedette.
Dans les faits, nous pouvons trouver certains dictionnaires qui ne suivent pas ce principe
et donc posent des problèmes.

L’exemple suivant, tiré du PGD, montre que les éléments du définissant ne sont
pas suffisants pour représenter le sens de la lexie vedette :

geomeunjawi :
nunaleui geomeun bubun

‘partie noire des yeux’

Définition 6-6 : GEOMEUNJAWI extrait de PGD

Selon la définition 6-6, on peut considérer que GEOMEUNJAWI désigne la pupille. Pourtant
cette lexie désigne la pupille et l’iris. Le coréen distingue l’œil en deux grandes parties -
geomeunjawi et huinjawi - tel qu’illustré dans la figure 6-8. La définition 6-6 reflète cette
caractéristique ethnocentrique, mais l’adjectif geomeun ‘noir’ est un peu extrême.

geomeunjawi

huinjawi

Figure 6-8 : Geomeunjawi et huinjawi150

150
[Link]

197
Pour que les éléments du définissant soient nécessaires et suffisants pour le sens de la
lexie vedette, GEOMEUJAWI, il faut dire plus exactement que cette lexie désigne une partie
plutôt colorée par contraste avec une partie blanche des yeux, comme nous le verrons
dans la définition 6-7.

Le principe de décomposition sémantique spécifie que le définissant doit être


composé exclusivement de sémantèmes plus simples que le sémantème défini.

Revenons ici au cas de GEOMEUNJAWI. Pour confirmer le fait que non seulement
la pupille, mais aussi l’iris sont désignés par la lexie GEOMEUNJAWI, l’élément sémantique
‘par contraste d’une partie blanche’ ou bien ‘qui n’est pas blanche’ doit être introduit dans
la définition. Selon le principe de décomposition sémantique, il ne faut pas utiliser des
lexies comme HONGCHAE ‘iris’, qui sont plus complexes que le la lexie vedette. Nous
proposons de définir la lexie GEUMEUNJAWI comme suit :

X-eui geomeunjawi : • huin bubungwa daebidoeneun


• saekkali issneun
X-eui nuneui bubun
geomeunjawi de X : partie des yeux[=NUN I.1a] de X
• qui est colorée
• par contraste avec une partie plutôt blanche
Définition 6-7 : GEOMEUNJAWI

Les définitions qui ne suivent pas le principe de décomposition sémantique


introduisent des cercles vicieux dans le système des définitions :

nunsiul :
nuneonjeorieui soknunsseopi nan gos
‘endroit autour des yeux où poussent les cils[soknunsseop]’

Définition 6-8 : NUNSIUL extrait de PGD

soknunsseop :
nunsiule nan teol
‘poils qui poussent au bord des yeux[nunsiul]’

Définition 6-9 : SOKNUNSSEOP extrait de PGD

198
Observons les définitions de PUPILLE et IRIS du PR (2016) :

PUPILLE :
orifice central de l’iris, par où passent les rayons lumineux.

Définition 6-10 : PUPILLE extrait de PR (2016)

IRIS:
muscle circulaire diversement coloré, situé dernière la cornée, percé en son
centre d’un orifice (→ 2. pupille) dont la contraction ou la dilatation règle la quantité
de lumière entrant l’œil.

Définition 6-11 : IRIS extrait de PR (2016)

La définition d’IRIS évite de paraphraser avec le sémantème ‘pupille’. Elle pointe vers
une unité lexicale PUPILLE2. Il s’agit d’un renvoi à un autre article, concurremment à la
définition, qui évite le cercle vicieux.

Le principe d’univocité stipule deux conditions. Premièrement, il faut que tous


les éléments d’une définition lexicographique soient non ambigus. Chaque sémantème
que nous utilisons dans une définition doit être muni d’un numéro lexicographique. Ainsi,
dans la définition de GEOMEUNJAWI, on n’utilise pas ‘nun’, mais ‘nun I.1a’. Dans la
définition d’IRIS, on n’utilise pas ‘œil’, mais ‘œil I.1a’. Deuxièmement, il faut que le même
sens soit exprimé d’une même façon, aux définitions des lexies sémantiquement proches.
Illustrons une paire de lexies coréennes qui désignent un organe sensoriel.

KO :
poyuryueui eolgul jungange twieonaon bubun. […]

‘partie saillante au milieu du visage d’un mammifère. […]’


Définition 6-12 : KO extrait de PGD

GWI :
saramina dongmuleui meori yangyeopeseo deudneun
gineungeul haneun gamgak gigwan. […]
‘organe sensoriel ayant une fonction auditive et se situant des deux côtés de la
tête des hommes ou des animaux. […]’
Définition 6-13 : GWI extrait de PGD

199
La partie en gras montre que le même type de sémantème s’exprime différemment :
eolguleui bubun ‘partie du visage’ et gamgak gigwan ‘organe sensoriel’. Une série des
définitions empruntées au PR (2016) montrent aussi ce manque d’univocité des
définitions :

MAIN I.A.1 :
Partie du corps humain située à l'extrémité du bras et munie de cinq doigts
dont l'un (le pouce) est opposable aux autres.

Définition 6-14 : MAIN I.A.1 de PR(2016)

PIED I.A.1 :
Partie inférieure articulée à l'extrémité de la jambe, pouvant reposer à plat sur
le sol et permettant la station verticale et la marche.

Définition 6-15 : PIED I.A.1 de PR(2016)

Ces exemples montrent la nécessité d’établir des patrons qui permettent d’homogénéiser
la formulation des définitions et d’élaborer des définitions des lexies d’un même champ
sémantique d’une façon cohérente. Nous allons proposer un patron universel qui
standardise la définition des NEC à la section 6.3.

Avant d’examiner la forme de la définition, précisons qu’il y a une relation étroite


et inséparable entre le contenu et la forme des définitions (Mel’čuk et Polguère 2016).
Par exemple, le principe d’univocité a à voir autant avec la forme qu’avec le contenu.

[Link] Forme de la définition

Après avoir étudié les trois principes du contenu de la définition, cette section
traite trois principes liés à la forme de la définition des NEC :

 principe de décomposition minimale = principe de bloc maximal ;


 principe de structuration hiérarchique ;
 principe de formalisation en réseau sémantique.

Le principe de décomposition minimale stipule le degré minimal de


décomposition dans la définition. Ce principe est opposé au principe de décomposition
sémantique de la section précédente.

200
Le cercle vicieux du système de la définition est réglé si on fait une décomposition
maximale avec les primitifs sémantiques. Au point de vue du principe de décomposition
sémantique, la définition par un primitif sémantique [angl. semantic prime] 151 de
Wierzbicka est idéale parce qu’un primitif sémantique est un terme qui n’est plus
définissable et décomposable152.

Pourtant, nous choisissons une décomposition minimale parce qu’une


décomposition minimale « produit des paraphrases plus lisibles » et « explicite bien des
connexions lexicales » qu’une décomposition maximale (Mel’čuk et Polguère 2016)153.
Examinons la définition de nose de Wierzbicka (2007 : 40) :

Les composantes sémantiques (d) et (e) sont difficilement interprétables. Ces


composantes n’indiquent pas bien la relation entre le nez et sa fonction (sentir l’odeur).
C’est la raison pour laquelle nous choisissons une décomposition minimale. Notons qu’il
faut accepter le cercle vicieux dans certains cas, notamment dans la définition des organes
de perception. Il est en effet difficile de définir le sens de VOIR sans parler des ‘yeux’ et
définir le sens des YEUX sans utiliser ‘voir’.

Le principe de structuration hiérarchique offre une charpente de structuration


des définitions. Le définissant d’une définition se compose de composantes, des
configurations de sémantèmes. La hiérarchisation des composantes définitionnelles

151
Goddard (2011 : 66) utilise le nouveau terme semantic primes au lieu de semantic primitives. Pour le
terme français, nous utilisons le terme primitif sémantique comme avant.
152
Pour le détail, voir Goddard et Wierzbicka (2014), Wierzbicka (1980 ; 1985 ; 1996), Riemer (2006) et
Bullock (2011). Pour la liste des primitifs sémantiques du français, voir Peeters (2006).
153
Pour plus de détail, voir l’étude des primitifs sémantiques au point de vue de la théorie Sens-Texte de
Mel’čuk (1989).

201
s’explique principalement par la distinction entre composante centrale ou générique
(dorénavant CC) et composante périphériques ou spécifiques (dorénavant CP). Cette
distinction n’est pas nouvelle. Elle remonte à la définition analytique qui utilise le genre
prochain et différences spécifiques. Nous allons traiter ce principe plus en détail dans la
section 6.2.3.

Le dernier principe formel, le principe de formalisation en réseau sémantique,


prescrit que quand on décrit la définition sous forme d’un texte, ce texte doit être un réseau
sémantique. Prenons par exemple, la lexie PEUR qui est extrait du RL-fr. Cette lexie est
définie comme suit :

Définition 6-17 : PEUR du RL-fr

Prenons le prédicat ‘dangereux 1’. Ce prédicat a deux actants : ‘X est dangereux 1 pour
Y’. Nous supposons qu’il y a un réseau sémantique en arrière et tous prédicats-arguments
sont liés dans ce réseau. X et Y connectent aux actants des autres prédicats de ce réseau.
Maintenant voyons le réseau sémantique :

202
Figure 6-9 : Réseau sémantique de PEUR

Ce réseau correspond à la définition 6-15. Le principe de formalisation en réseau


sémantique stipule que la définition est un réseau sémantique qui explique les liens entre
prédicats et arguments d’une façon cohérente.

À la base des principes généraux de la définition que nous avons examinés ici,
nous allons nous focaliser sur les définitions des NEC dans la section suivante.

6.2.2 Deux considérations pour la définition des NEC

Cette section examine les deux problèmes essentiels à propos de la définition des
NEC : leur structure actancielle et la hiérarchisation de leurs composantes définitionnelles.

[Link] Structure actancielle des NEC

Les NEC sont des quasi-prédicats comme nous l’avons déjà vu à la section 3.1.5.
Il faut mettre une forme propositionnelle qui indique les positions actancielles
sémantiques qu’une lexie vedette (NEC) contrôle dans sa définition. Il y a trois cas de
figure pour les structures actancielles des NEC et nous allons les détailler maintenant :
NEC monoactanciels, biactanciels et triactanciels.

203
[Link].1 NEC monoactanciels

Par défaut, les NEC sont des quasi-prédicats monoactanciels, par exemple :

Le premier actant (X) des lexies PPYAM ‘joue’ et JOUE dénote le possesseur de cet
élément du corps.

Par ailleurs, certaines lexies comme LOBE et COMMISSURE ont comme premier
actant la lexie qui désigne l’élément du corps dont ils sont eux-mêmes une partie :

Le premier actant X de la lexie LOBE est la lexie OREILLE et le premier actant X de


COMMISSURE est la lexie LÈ VRES. L’actant en tant que possesseur de cet élément du corps
peut s’hériter du premier actant X. Le premier actant d’OREILLE (possesseur X) est un
participant de la situation dénotée par LOBE :

Par contre, les lexies correspondantes à LOBE et COMMISSURE en coréen ont le


possesseur X comme premier actant :

204
Comme ces deux lexies sont des composés, elles sont déjà porteuses de l’information de
l’élément du corps (gwi ‘oreille’, ip ‘bouche’).

La forme propositionnelle des NEC monoactanciels est comme suit :

X : possesseur
français ~ de X
X : élément du corps

coréen X+ui ~ X : possesseur


X+DAT ~
‘~ de X’

Tableau 6-2 : Forme propositionnel des NEC monoactanciels

[Link].2 NEC biactanciels

On peut trouver deux types de NEC biactanciels. Le premier type contrôle les
positions actancielles suivantes : le possesseur (X) de cet élément du corps et l’endroit où
cet élément du corps se trouve (Y). La lexie TEOL I.1a ‘poil’ a ce type de structure
sémantique. Sa forme propositionnelle est comme suit :

Les lexies françaises POIL, ONGLE, etc. sont aussi des NEC biactanciels de ce type :

205
Il faut noter que les variables X et Y ne sont pas de variables scindées154 parce que les
deux variables ont chacune position syntaxique et peuvent s’exprimer simultanément
comme (42) et (43).

L’autre type de NEC biactanciels concerne les éléments du corps qui sont
conceptualisés comme « outil ». Ces éléments sont utilisés pour être en interaction avec
quelque chose. Les organes sensoriels font partie de ce type. Ils contrôlent deux positions
actancielles : le possesseur (X) de l’élément du corps et la chose avec laquelle l’élément
du corps est en interaction (Y) ; par exemple :

L’expression en main de (44) signifie le fait que le possesseur de cet élément du corps (je)
prend quelque chose (stylo) avec la main et donc que X se sert de sa main pour tenir Y.
Cette expression ne parle pas strictement d’une localisation comme une goutte d’eau dans
la main. L’expression en main implique que le possesseur X utilise la main pour tenir
quelque chose. La structure actancielle de MAIN est donc main de X qui sert à prendre Y.

Tous les NEC qui désignent les éléments du corps ayant une fonctionnalité
contrôlent potentiellement un deuxième actant de ce type. L’exemple suivant montre que
les lexies ŒIL et OREILLE ont aussi un second actant du même type que MAIN :

154
Les variables scindées sont des variables qui se partagent la même position actancielle syntaxique pour
s’exprimer. On ne peut pas les exprimer en même temps. Par exemple, dans le cas de FAILLITE, les deux
participants suivants ne s’expriment pas simultanément :

ex) la faillite de la compagnie (de Monsieur Renard)


la faillite de Monsieur Renard

Nous ne pouvons pas exprimer ces deux variables comme suit :

*sa faillite de sa compagnie (ici, sa fait une coréférence à Monsieur Renard)

Ainsi deux variables sémantiquement différentes s’expriment dans la même position actancielle et donc la
forme propositionnelle de FAILLITE est la faillite de X1 dirigé par X2 au lieu de la faillite de X dirigé par
Y.

206
Des NEC qui désignent des organes sensoriels comme ŒIL et OREILLE, mais aussi des
NEC qui dénotent une sorte d’outil comme DENT, prennent aussi un deuxième actant :

Les structures biactancielles de ces NEC sont les suivants :

[Link].3 NEC triactanciels

Reprenons les lexies NUN‘œil’ et ŒIL. Les exemples suivants montrent qu’à part
les deux actants ci-dessus, ces lexies ont le troisième actant :

Les lexies YEUX et NUN ont un actant Z qui dénote un état ou une propriété de X.

207
Nous récapitulons la structure actancielle des NEC dans le tableau suivant :

premier deuxième troisième exemple


actant actant actant
structure X: joue de X
monoactancielle possesseur • •

X: lobe de X
élément du • •
corps
structure X: Y : endroit où poil de X sur Y
biactancielle possesseur l’élément du •
corps existe
X: Y : chose avec main de X qui sert à
possesseur laquelle prendre Y
l’élément du •
corps est en
interaction
structure X: Y : chose avec Z : chose yeux Z de X qui sert à
triactancielle possesseur laquelle que percevoir Y
l’élément du l’élément
corps est en du corps
interaction exprime
Tableau 6-3 : Structure actancielle des NEC

[Link] Hiérarchie des composantes définitionnelles des NEC

Nous examinons ici l’organisation hiérarchique des composantes centrales (CC)


et des composantes périphériques (CP) dans la définition des NEC.

[Link].1 Composante Centrale (CC) et Composantes Périphériques (CP)

La CC correspond au genre prochain. Elle doit donc être un sémantème plus


général que le défini. La CC est considérée en tant que paraphrase minimale de la lexie
vedette (Mel’čuk et Polguère (2016)). Mais elle ne doit pas être trop vague comme dans
l’exemple suivant :

GWANJANORI :
gwiwa nun saieui maekbaki dduineun gos
‘lieu/endroit entre les oreilles et les yeux où le pouls palpite’

Définition 6-18 : GWANJANORI extrait du PGD

208
La CC ‘lieu’ de la définition de GWANJANORI ‘tempe’ est trop vague. La CC ‘lieu’ n’est
pas la paraphrase minimale de GWANJANORI. Quelle CC doit être décrite pour la définition
de cette lexie ? La lexie GWANJANORI désigne un élément du corps ? Ou plutôt un élément
du visage ? Ou bien un élément de la tête ?

Par défaut, la CC de tous les NEC semble ‘élément du corps d’une personne X’.
Pour certains NEC comme TÊ TE, BRAS, JAMBE, CORPS II.1d, etc., cela suffit à la définition.
Toutefois pour les autres NEC comme GWANJANORI, la définition a besoin d’une CC plus
spécifique.

Les CP sont des composantes qui correspondent aux différences spécifiques de la


définition analytique et qui dépendent de la CC au point de vue informationnel. Par
exemple, le définissant de MAIN possède la structure hiérarchique suivante :

mains de X qui sert à prendre Y


‘éléments du corps’
nombre position structure fonction
‘deux’ ‘situées à l’extrémité ‘munies de cinq ‘qui permettent à X de
d’un bras de X’ parties allongées toucher, prendre Y’
articulées’
Tableau 6-4 : Structure hiérarchique de la définition de MAIN

[Link].2 Composantes faibles

Certaines CP ne sont pas nécessairement exprimées. Voyons la structure


hiérarchique de la définition de la lexie YEUX :

yeux (Z) de X permettant de voir Y


‘parties du visage’
nombre position structure fonction fonction
optionnelle
‘deux’ ‘symétriques ‘chacune étant ‘qui permettent (‘qui exprime
par rapport au constituée d’un à X de voir Y’ Z de X’)
centre du globe mobile
visage’ ~’
Tableau 6-5 : Structure hiérarchique de la définition de YEUX155

155
Nous avons analysé la définition de la lexie YEUX du DEC II.

209
La CP de fonction optionnelle des YEUX exprime un état ou bien d’une propriété de X
(par ex. les yeux tristes, les yeux apeurés). Cette CP ne s’exprime pas nécessairement.
Nous appelons cette CP composante faible et la mettons entre parenthèses dans la
définition.

Nous allons examiner plus en détail, dans la section suivante, toutes les
composantes définitionnelles des NEC, y compris les composantes faibles que nous
venons d’évoquer.

6.2.3 Composantes définitionnelles des NEC

Afin de proposer un patron interlangue de définition des NEC, cette section


examine les CC et les CP des NEC qui se manifestent dans leur phraséologie. Il faut
spécifier que nous examinons non seulement les collocations au niveau lexical, mais aussi
au niveau morphologique. Nous utilisons le terme de la LEC combinatoire lexicale des
NEC pour comprendre tout ensemble des phrasèmes lexicaux et morphologiques
contrôlés par les NEC.

Nous examinons d’abord des CC potentielles et puis des CP potentielles, avec des
exemples coréens, français et, quelquefois, anglais.

[Link] CC des NEC

Tous les NEC désignent un élément du corps d’une personne X et conséquemment


nous pouvons dire dans un sens très général que les CC de tous les NEC signifient
‘élément du corps’. Or cela n’est pas suffisant pour déterminer des CC complètes.

Pour définir les NEC avec une CC plus adéquate, il faut d’abord spécifier les
notions ‘élément de α’ et ‘partie de α’. Une partie de α est un élément constitutif et
structural de α. Par exemple, le nez est une partie du visage. La définition de NEZ a pour
CC ‘partie du visage’. Par contre, la tempe n’est pas un élément constitutif et principal de
la tête. Donc la définition de TEMPE a pour CC ‘élément de la tête’.

Quand nous définissons un NEC, nous devons décider s’il désigne une ‘partie de
α’ ou bien un ‘élément de α’. Prenons les éléments des yeux en coréen. Les définitions
des lexies HUINJAWI ‘blanc des yeux’, GEOMEUNJAWI ‘partie des yeux qui comprend l’iris

210
et la pupille’ et NUNDONGJA ‘pupille’ ont pour CC ‘partie de l’œil’. Et les définitions des
lexies NUNGA ‘tour des yeux’, NUNMEORI ‘coin interne de l’œil’, NUNKKORI ‘coin externe
de l’œil’, etc., ont pour CC ‘élément des yeux’.

Voilà quelques exemples de NEC avec la CC de leur définition :

Lexies CC
IMA ‘front’
PPYAM ‘joue’ ‘partie du visage d’une
BOL ‘joue’ personne X’
TEOK ‘menton’
NUN ‘œil’
KO ‘nez’
IP ‘bouche’
INJUNG ‘élément du visage creux entre le nez et la
lèvre supérieure’ ‘élément du visage d’une
BOJOGAE ‘fossette’ personne X’
MIGAN ‘partie entre les deux sourcils’
NUNSSEOP ‘sourcil’
Tableau 6-6 : CC ‘parties/éléments du visage’

Lexies CC

NUNDONGJA ‘pupille’ ‘partie de l’œil d’une personne


GEOMEUNJAWI ‘partie de l’œil qui comprend la X’
pupille et l’iris’
HUINJAWI ‘partie blanche de l’œil’
NUNKKORI ‘coin externe de l’œil’ ‘élément de l’œil d’une
NUNGA ‘tour des yeux’ personne X’
Tableau 6-7 : CC ‘parties/éléments de l’œil’

Lexies CC
MEORI‘cheveu(x)’
MEORIKARAK‘cheveu’ ‘poil de l’élément du corps α
MEORITEOL‘cheveu(x)’ d’une personne X’
SUYEOM‘barbe’
KOSSUYEOM‘moustache’
TEOKSUYEOM‘barbe’
NUNSSEOP‘sourcil’
GURENARUS‘favoris’
Tableau 6-8 : CC ‘poil de α’

211
Il faut noter que pour les lexies comme CHEVEU, POIL, HAIR, BODY HAIR, etc., la CC ‘poil
de l’élément du corps α d’une personne’ est utilisé pour leurs définitions.

En gros, on peut dire que CC des NEC est une des trois suivantes : ‘élément de α’,
‘partie de α’ ou ‘poil de α’. Par contre, les CP des NEC sont très variées comme le montre
la section suivante.

[Link] CP des NEC

Nous séparons les CP des NEC en trois groupes : concernant la physiologie, le


comportement associé et la fonction sociale. Les CP sur la physiologie sont des
composantes qui désignent les propriétés et les fonctions inhérentes qu’ont les éléments
du corps dénotés. Nous pouvons faire l’hypothèse qu’il n’y a pas beaucoup de variations
entre langues les concernant. Par contre, les CP liées au comportement associé et à la
fonction sociale montrent quelles fonctions spéciales les éléments du corps possèdent par
rapport à la culture et la société où les éléments du corps sont utilisés.

À partir de l’examen des combinatoires lexicales des NEC 156, nous trouvons des
CP récurrentes suivantes et les regroupons dans trois groupes :

1. CP sur la physiologie
1.a) Quantification
1.b) Caractérisation d’un actant possesseur
1.c) Position
1.d) Apparence
1.e) Structure
1.f) Mobilité
1.g) É volution
1.h) Fonction physiologique
2. CP sur le comportement associé
2.a) Utilisation
2.b) Expressivité
3. CP sur la fonction sociale
3.a) Fonction esthétique
3.b) Fonction d’attrait sexuel
3.c) Fonction culturelle
Tableau 6-9 : CP des NEC

156
Voir la liste des combinatoires lexicales des NECC dans l’annexe II.

212
1.a) Quantification

Il faut tout d’abord examiner pour chaque NEC la présence d’une CP sur la
quantification. Que la langue ait une flexion en nombre ou pas, la quantification devrait
toujours être mentionnée explicitement dans les définitions de NEC. Des composantes
‘au nombre de deux’, etc., peuvent alourdir la formulation de la définition. Nous
proposons donc les formulations suivantes.

Dans les langues qui ont la flexion en nombre, nous allons mettre la CP de
quantification à l’intérieur du syntagme de CC :

Chaque composante sur la quantification, qui est en gras ci-dessus, est comprise dans la
composante centrale.

Dans les langues qui n’ont pas de flexion en nombre comme le coréen, si on ne
dit rien sur la quantification, on suppose par défaut qu’il n’y a qu’un NEC. La composante
de quantification sera spécifiée quand la quantification est plus de deux :

Pour indiquer une singularité, nous spécifions une composante de quantification :

213
Cette lexie contraste avec la lexie MEORI I.2a :

Ce contraste est présenté comme suit :

En français, les copolysèmes CHEVEU I.a [un cheveu blanc] et CHEVEUX I.b [ses beaux
cheveux=sa belle chevelure] expriment cette relation :

Outre les fonctions lexicales Mult et Sing, nous pouvons décrire la quantification au
travers de la fonction lexicale Magnquant :

Il y a plusieurs expressions sur la quantification des NEC :

214
La nominalisation et l’adjectivisation sur la quantification des NEC sont formulées par
les FL paradigmatiques comme S1 et A1 :

Les collocations et les dérivés syntaxiques (A1, S1) ci-dessus démontrent que la CP de
quantification doit être spécifiée dans la définition des NEC pour tous les langues.

1.b) Caractérisation d’un actant possesseur

L’information qui caractérise un actant possesseur (normalement, X) apparaît


quand on a besoin de spécifier si cet actant est un homme, une femme, un enfant, etc. Par
exemple, si on définit SEIN, on doit dire que X est une femme. Et à propos des organes
sexuels comme ceux de l’homme (PÉ NIS, TESTICULE) et de la femme (VULVE), etc., on
doit également spécifier le genre de X.

Il y a des cas plus subtils que les cas évidents ci-dessus. En tant que CP de MINOIS,
on doit spécifier que X est une femme, une fille ou bien un très jeune homme :

1.c) Position

L’information générale sur la position est déjà comprise dans la CC : élément du


corps, élément du visage, élément de la tête, etc. Si une CC est une partie de l’élément du
corps α, automatiquement on hérite l’information de la position de cet élément α. Par
exemple, si on définit la lexie JOUE comme ‘partie du visage qui…’, on hérite la position
du NEC défini du sémantème ‘visage’.

215
La CP de position est obligatoire pour les NEC qui désignent un élément du corps
qui en joint deux autres. Voyons les lexies suivantes :

Cette CP précise la positioin de l’élément du corps plus en détail. Par exemple, la


CC de la lexie ŒIL I. 1a (yeux d’une personne X) dit que cette lexie désigne une partie du
visage. Elle ne dit cependant pas où cet élément du corps se situe dans le visage. C’est la
CP ‘symétriques par rapport au nez I.1a’ qui indique la position de cet élément plus
précisément. Cette CP se manifeste dans les collocations suivantes :

1.d) Apparence

À la différence des composantes de position ou bien de quantification, celles qui


désignent l’apparence des éléments du corps présentent beaucoup de variations selon les
langues et les éléments du corps. Ces variations se révèlent dans des combinatoires
lexicales très variées. Nous examinons des composantes sur l’apparence en distinguant
les composantes de forme, de dimension, de couleur et de texture.

 Forme

Beaucoup de collocations connectées à la composante de forme sont décrites par


les FL non standard. Regardons des collocations sur la forme des yeux.

216
- Yeux dont les paupières semblent étirées latéralement et dont l’ouverture est
étroite

‘être.déchiré’
- Yeux dont les bords rappellent un contour d’une amande

En coréen, il y a un composé collocationnel bandalnun qui désigne un œil qui est en


forme de la demi-lune :

Ces collocations montrent que nous avons besoin des CP sur la forme comme ‘dont la
partie visible est de forme plus ou moins allongée’.

Les combinatoires suivantes de POITRINE sont ancrées à la CP de forme comme


‘qui est une partie plate du corps (juste en sous du cou)’ :

157
La collocation chinky eyes est péjorative et familière dans la langue anglaise ; l’adjectif chinky est dérivé
du nom péjoratif chink ‘chinois’.

217
Remarquons que certaines collocations lexicales du français et de l’anglais correspondent
à un composé collocationnel du coréen (saegaseum). Nous pouvons trouver beaucoup de
composés collocationnels qui expriment la forme des NEC en coréen.

- Forme du nez158

158
Nous avons déjà examiné des composés collocationnels qui parlent de la forme du nez dans la section
[Link].
159
La lexie DEULCHANG désigne un type de fenêtre comme dans l’image ci-dessous. Pour ouvrir cette
fenêtre, il faut la pousser vers le haut. Le Dictionnaire coréen-français de Prime donne une fenêtre à
guillotine en tant que lexie équivalente à DEULCHANG. Mais c’est une information erronée.

218
Les composés collocationnels et les collocations ci-dessus montrent que l’on
utilise des métaphores construites à partir de la forme des éléments du corps des animaux
ou bien d’objets que l’on peut trouver dans la vie quotidienne (comme trompette,
deulchang ‘fenêtre’, etc.). Nous trouvons ici différentes sources de métaphore selon les
langues. Par exemples, en français et anglais, on utilise la métaphore construite de la
forme du cou du cygne plutôt que celui de la cigogne :

Il va sans dire que la CP ‘dont le cou est de forme allongée’ existe dans la définition de
HAK ‘cygogne’, CYGNE et SWAN.

Il faut prendre en considération non seulement la forme d’un élément du corps


comme le nez, le cou, etc., mais aussi la forme de l’ensemble de l’élément du corps.
Prenons la lexie DENT et son équivalent coréen I ‘dent’, par exemple, et examinons les
collocations suivantes de la lexie DENT :

Les collocations ci-dessus ne parlent pas de la forme d’une dent. Elles parlent plutôt du
positionnement de l’ensemble des dents. De même, la CP de positionnement se manifeste
dans les collocations suivantes de la lexie coréenne I ‘dent’ :

219
À partir de ces collocations, il nous faut inclure une CP de positionnement ‘qui sont
alignées’ dans la définition de la lexie I. La définition qui ne se focalise que sur la fonction
comme celle de ci-dessous ne peut pas expliquer l’existence de ces collocations qui
expriment le positionnement de l’élément du corps :

I
un organe qui se situe dans la bouche d’un mammifère et qui a une fonction de mordre
quelque chose et mâcher des nourritures.

Définition 6-19 : I dans le PGD

 Dimension

Les collocations sur la dimension sont très fréquentes avec les NEC et peuvent
être décrites par Magn, AntiMagn. Selon l’aspect de la dimension, on ajoute un indice
comme grandeur, épaisseur. Avant de commencer à examiner des collocations de grandeur des
NEC, il faut rappeler que les collocatifs grand, gros, petit, etc. qui semblent les valeurs
prévisibles sont aussi pris en compte comme collocatif des NEC160.

Observons les combinatoires lexicales qui montrent la CP de dimension (grandeur,


et épaisseur).

- Grandeur de NEC

160
Nous avons déjà vu le traitement des collocatifs du type gros, grand, etc. dans la section 5.2.2.

220
- É paisseur des NEC

Il faut noter que certaines collocations qui portent sur la dimension ont à voir avec
la CP de fonction esthétique ou de fonction d’attrait sexuel. Par exemple, celles qui
concernent l’épaisseur des lèvres sont liées à la CP de fonction d’attrait sexuel. Nous le
mentionnerons lorsque nous examinons la CP concernée.

161
En anglais aussi, AntiMagnépaisseur(waist)= wasp [~].

221
 Couleur

Parmi les composantes spécifiant l’apparence, les CP de couleur sont


potentiellement les plus spécifiques à la langue si l’on compare le coréen et le français.
Par exemple, en général, les Asiatiques ont des yeux et la peau plus foncés que les
Occidentaux. Cette différence apparaît clairement dans les collocations de YEUX, de
CHEVEUX et de PEAU. Comparons les collocations de NUN I.1a et de ŒIL I.1a sur la couleur.

NUN I.1a ŒIL I.1a

nun+i geomda yeux sombres


yeux+SUB ê[Link] yeux foncés
‘avoir les yeux noirs’
yeux de jais
nun+i galsaekida yeux d’onyx
yeux+SUB ê[Link] yeux de silex
‘avoir les yeux bruns’
yeux bruns
nun+i parahda yeux noisette
yeux+SUB ê[Link] yeux marron
‘avoir les yeux bleus’
yeux clairs
yeux délavés
yeux vitreux

yeux pers
yeux pervenche
yeux azurs
yeux lavande
yeux turquoise
yeux bleus
yeux bluâtres

yeux vairons
yeux d’or

Tableau 6-10 : Collocations sur la couleur des yeux en coréen et en français

En coréen, il n’y a pas beaucoup de variations de couleur des yeux. On utilise en général
l’adjectif geomda ‘ê[Link]’ et ses synonymes comme kkamahda, saekkamahda pour
désigner les yeux noirs et l’adjectif galsaekida pour désigner les yeux bruns. Comme il y
a eu très peu de mélange ethnique en Corée, la plupart des gens ont des yeux foncés, plus

222
exactement, des iris foncés et cela est reflété par la combinatoire de NUN. Donc, il faut
mettre une CP ‘qui se compose d’une partie qui a une couleur généralement sombre’ dans
la définition de NUN.

Maintenant, voyons l’expression nun+i parahda :

On utilise cette expression non seulement pour parler des yeux bleus (111) mais aussi
pour désigner les yeux des Occidentaux (112-113) :

Les exemples (112) et (113) sont des titres de journaux coréens. Dans ces exemples,
l’expression paran nun ‘litt. ê[Link]+MOD yeux’ ne décrit pas la couleur des yeux de
trois générations ou bien du coach. Cette expression décrit une propriété ‘qui n’est pas

162
L’adjectif PARAHDA signifie ‘être bleu comme le ciel ou vert comme une pousse’. Par exemple, pour
désigner le feu vert, on utilise cet adjectif (para+n bul, litt. ê[Link]+mod feu). En même temps
pour désiger l’encre bleu, on l’utilise aussi (para+n ingkeu, litt. ê[Link]+mod encre).

223
coréen, c’est-à-dire qui est étranger’, plus spécifiquement elle explique une propriété ‘qui
est occidental blanc’. Donc c’est une locution.

Par contraste, il y a beaucoup de collocations sur la couleur des yeux en français,


langue dans laquelle on distingue une large palette de teintes oculaires. Donc il faut avoir
recours à une CP ‘qui a une partie colorée’ au lieu d’une CP ‘qui a une partie généralement
sombre’ dans la définition de la lexie YEUX français.

 Texture

La composante de texture des éléments du corps n’est pas obligatoire. Mais pour
les lexies comme PEAU, PIBU ‘peau’, il faut mettre cependant cette CP dans les définitions.

Cette dernière se manifeste dans les collocations suivantes en français et en coréen,


décrites par les FL Bon, AntiBon :

Pour permettre ces collocations, on met la CP ‘qu’on peut toucher par la main et sentir’
dans la définition.

163
À part de cet adjectif, les autres collocations coréennes en (115) et (117) ne sont pas traduites non
littéralement parce qu’elles sont suffisamment compréhensibles dans leur traduction littérale.

224
1.e) Structure
Il faut mentionner l’information sur la structure dans la définition de certaines
NEC. Par exemple, dans la définition de la lexie SON I.1 ‘main’, il faut la CP ‘qui se
compose de cinq parties longues et articulées et une partie plate’. On peut décrire la
relation tout-partie avec FL Mero et Holo :

1.f) Mobilité

Certains éléments du corps sont mobiles : doigt, main, bras, jambe, tête, dents164,
cheveux, etc. La mobilité des éléments du corps peut être agentive ou non agentive. Par
exemple, on fait des mouvements avec la main comme ouvrir la main, fermer la main, se
croiser les mains, etc. C’est la mobilité agentive. D’autre part, les cheveux bougent sous
l’action du vent. C’est la mobilité non agentive.

Examinons d’abord la mobilité non agentive avec les cheveux :

Figure 6-10 : Mobilité des cheveux165

164
C’est le tout formé par l’ensemble des dents (=dentition) qui est mobile, pas une dent.
165
Cette image est extraite du site [Link].

225
Les cheveux peuvent bouger sous l’action du vent ou bien par un mouvement de la tête
comme le montre la figure ci-dessus. La CP de mobilité non agentive se manifeste dans
la collocation suivante :

Cette collocation est décrite par FL non standard :

Examinons la mobilité des doigts. Ceux-ci ne sont pas mobiles par eux-mêmes.
Ils sont mobiles parce que l’on les fait bouger. Cette mobilité est agentive. La CP
correspondante se manifeste dans les collocations suivantes :

La CP de mobilité agentive implique qu’il y a une CP d’utilisation qui dit comment


l’élément du corps est utilisé. Nous allons voir la CP d’utilisation dans la section (2.a).

En considérant la différence de ces deux types de mobilité, la CP de mobilité non


agentive est encodée comme ‘qui bouge’, ou ‘qui est mobile’ et la CP de mobilité agentive
est encodée comme ‘que l’on fait bouger’ dans la définition.

Enfin, il faut noter ici que la CP de mobilité se manifeste aussi dans les
collocations suivantes, qui décrivent le symptôme d’un état psychique ou physique :

226
Ces symptômes physiques montrent qu’une personne X est dans un état d’horreur, de
peur, etc. et que son corps réagit à cet état. On peut décrire ces collocations à travers de
la FL Symptijk166. La FL Symptijk a deux particularités. D’abord, la lexie argument de
cette FL est non un NEC, mais une lexie qui désigne un état comme tension, horreur, froid
etc. Et cette FL a son propre système d’indice : l’indice 1 correspond à l’élément du corps
impliqué ; l’indice 2 correspond au possesseur de cet élément du corps ; l’indice 3
correspond à l’état. L’ordre des indices de cette FL signale le rôle syntaxique de surface
rempli par l’actant correspondant : le premier correspond au sujet grammatical (SG) de
l’expression, le deuxième à son CO principal et le dernier à son CO secondaire. On décrit
donc les collocations ci-dessus comme suit :

La CP de mobilité ‘qui sont mobiles’ se manifeste dans ces collocations.

166
Pour le détail, voir Iordanskaja (1986).

227
1.g) É volution physique

La CP d’évolution physique concerne le changement physiologique de l’élément


du corps. Nous la décrivons pour les lexies CHEVEUX, POILS, ONGLES et DENT. Nous avons
quelques phases de l’évolution des éléments du corps : apparition, croissance et
disparition. Par exemple, cette CP se manifeste dans les collocations de CHEVEUX I.b, qui
sont décrites comme suit :

• Apparition

1.h) Fonction physiologique

La fonction physiologique est une fonction inhérente du corps et donc une


fonction universelle, qui peut être encodée dans toutes les langues.

Nous pouvons trouver beaucoup de collocations qui manifestent la CP de fonction


physiologique. Observons les collocations qui concernent la réalisation de la fonction des
yeux.

[Frantext : LITTELL Jonathan, Les Bienveillantes, 2006, p. 746]

228
Et les collocations qui ont trait à un bon fonctionnement et un mauvais fonctionnement
des yeux existent :

Il y a aussi des collocations qui désignent un fonctionnement difficile ou bien


excessif :

La CP de fonction physiologique, formulée comme ‘qui permet de… ~’, se


manifeste dans les collocations ci-dessus. Par exemple, la définition d’ŒIL comprend la
CP ‘qui permet de voir’ et la définition de KO ‘nez’ comprend la CP ‘qui permet de sentir
ou respirer’.

Nous distinguons la fonction physiologique des NEC et l’utilisation des NEC, que
nous allons examiner dans la section suivante.

229
2.a) Utilisation

Certains éléments du corps sont utilisés pour des actions spécifiques. Par exemple,
on utilise les doigts pour toucher quelque chose, la main pour saisir quelque chose, la
mâchoire pour mâcher les aliments, etc.

D’une part, ces actions ont à voir avec la mobilité. Rappelons que la lexie DOIGT
a une CP de mobilité. Comme un doigt est une partie que l’on fait bouger, on peut utiliser
un doigt pour faire un geste spécifique. La CP de mobilité et la CP d’utilisation se
manifestent souvent ensemble dans une même collocation :

La CP ‘que l’on fait bouger’ et la CP ‘qui est utilisé pour un geste’ sont compatibles.

D’autre part, ces actions sont souvent liées à la fonction physiologique des
éléments du corps. Le fait que certains d’entre eux possèdent cette fonction implique
qu’on les utilise d’une certaine façon. Par exemple, tourner les yeux pour voir quelque
chose est lié à l’utilisation des yeux :

La CP de fonction physiologique ‘qui permet de voir’ et la CP d’utilisation ‘qui est utilisé


pour voir’ sont ainsi compatibles167. La collocation (145) montre que l’utilisation est une
conséquence de la fonction physiologique.

Pourtant, dans certains cas, l’utilisation des éléments du corps ne concerne pas
leur fonction physiologique. On peut utiliser les genoux pour donner un coup de genou et
utiliser le coude pour pousser :

167
Dans le cas de la lexie CŒUR, ces deux CP ne sont pas compatibles. Même si le cœur a une fonction
physiologique (faire circuler le sang, etc.), on envisage mal, dans la perspective du français ou du coréen,
une utilisation du cœur.

230
On utilise les lèvres pour embrasser :

Les lèvres n’ont pas de fonction physiologique liée au contact humain. Leur utilisation
pour embrasser n’est pas dérivée d’une fonction physiologique. Il faut inclure une CP
‘qui sont utilisées pour des contacts physiques’ dans la définition de LÈ VRES et de IPSUL
‘lèvre’.

2.b) Expressivité

Certains éléments du corps manifestent des sentiments, des caractères, etc., d’une
personne X. L’exemple typique est NUNSIUL dont nous avons parlé dans la section 6.1.1.
Cet élément du corps exprime le sentiment de X non agentivement (par ex. nunsiul+i
jeojda, litt. nunsiul+SUB ê[Link]é). Par contraste, on a des éléments du corps avec
lesquels on exprime un sentiment, une attitude, un état, etc., d’une façon agentive.
Prenons les exemples de BOUCHE I.2a, LÈ VRES I.1a en français et IP I.2a ‘bouche’, IPSUL
I.1a ‘lèvres’ en coréen. Rappelons que BOUCHE I.2a et IP I.2a désignent les lèvres de X.

231
Examinons d’abord le cas de BOUCHE I.2a :

La lexie BOUCHE dans les collocations ci-dessus montre un état psychologique de X,


lequel est plutôt négatif. Observons maintenant le cas de LÈ VRE I.1a :

La lexie LÈ VRE I.1a dans les collocations ci-dessus montre aussi un état psychique ou une
attitude négatifs de X.

En coréen, la lexie IP I.2a et IPSUL I.1a contrôlent les collocations suivantes pour
dire que X est mécontent :

232
Les collocations ci-dessus montrent un état psychologique plutôt négatif de X.

Nous pouvons récapituler les NEC qui expriment quelque chose Y de X en


français et en coréen. Nous indiquons l’état positif comme joie, contentement, générosité,
intelligence, etc., par la polarité positive (+) et l’état négatif comme tristesse,
mécontentement, déception, désolation, etc., par la polarité négative (-) :

NEC français exemple polarité de Y(ou Z)


ŒIL I.1a yeux ahuris -
yeux souriants +

SOURCIL froncer les sourcils -

BOUCHE I.2a bouche dédaigneuse plutôt -


bouche pincée

233
LÈ VRE I.1a lèvres maussades plutôt -
lèvres ironiques
VISAGE I.1a visage épanoui +
visage buté -
FACE I.1a face de carême -
face de faux témoin
FIGURE1 1 figure d’enterrement -
drôle de figure
FRONT I.a front soucieux -
front serein +
Tableau 6-11 : NEC français qui expriment un état psychologique Y de X

NECC exemple polarité de Y(ou Z)


NUN nun+i chorongchoronghada +
yeux+SUB ê[Link] -
‘avoir les yeux vifs’
nun+i heurimeongteonghada
yeux+SUB ê[Link]
‘avoir les yeux éteints’
NUNSIUL nunsiul+i bulkheojida Plutôt -
nunsiul+SUB [Link]
‘avoir les larmes aux yeux’
NUNSAL nunsal+eul jjipurida -
[Link]+ACC froncer
‘froncer les sourcils’
MIGAN migan+eul jjipurida | jjinggeurida -
[Link]+ACC froncer
‘froncer les sourcils’
IP I.2 ip+eul ppijukgeorida Plutôt -
lèvres+ACC [Link]
‘faire la moue’
IPSUL ipsul+i ppyorotonghada Plutôt -
lèvre+SUB ê[Link]
‘avoir les lèvres pincées’
EOLGUL eolgul+i eodupda -
visage+SUB ê[Link] +
‘avoir le visage rembruni’
eolgul+i balkda
visage+SUB ê[Link]
‘avoir le visage joyeux’
Tableau 6-12 : NECC qui expriment un état psychologique Y de X

234
Il faut noter qu’à la différence de la lexie coréenne IMA ‘front’, la lexie française
FRONT peut exprimer l’état émotionnel, l’intelligence, la volonté de X, comme nous le
voyons ci-dessous :

Nous avons examiné ici la CP d’utilisation et la CP d’expressivité des NEC. Ces


CP ont à voir avec le comportement associé des éléments du corps. Maintenant, nous
allons examiner les fonctions associées des éléments du corps : CP sur la fonction
esthétique, la fonction d’attrait sexuelle et la fonction culturelle.

3.a) Fonction esthétique

Certains éléments du corps comme les cheveux, les seins, les dents, etc., sont
associés aux fonctions esthétiques. La CP qui indique le rôle esthétique est très liée à
l’apparence. Elle se manifeste dans les collocations qui concernent l’apparence des
éléments du corps :

Les collocations ci-dessus décrivent l’apparence des femmes. Les éléments du corps
propres à la fonction esthétique des femmes sont différents de ceux qui concernent une
fonction esthétique des hommes :

235
Les NEC comme CHEVEUX, YEUX, PEAU, CORPS, CHEVILLES, POIGNETS, NUQUE, TAILLE,

LÈ VRES, etc., contrôlent les collocations qui se rapportent à l’apparence et à la fonction


esthétique des femmes. Par contraste, les NEC comme É PAULE, THORAX, MUSCLE, etc.,
contrôlent les collocations qui ont trait à l’apparence et à la fonction esthétique des
hommes. Nous remarquons ici un caractère sexiste inhérent à ces phraséologisations.

Il existe des différences dans la fonction esthétique des éléments du corps non
seulement selon le sexe, mais aussi selon la culture. Chaque langue a son propre standard
en la matière. Par exemple, en coréen, une partie plissée de la paupière supérieure que
l’on appelle SSANGKKEOPUL a un rôle esthétique et on pratique une opération de chirurgie
esthétique qui reconstitue cette partie des yeux :

La lexie SSANGKKEOPUL est une lexie très spécifique du coréen, sans équivalent en
français ou en anglais. La traduction littérale de cette lexie (entre crochets ci-dessus) est
incompréhensible pour un francophone ou un anglophone.

Figure 6-11 : Photo de ssangkkeopul168

On considère que les yeux avec ce pli sont comme ils doivent être dans la culture coréenne.
Cette lexie a à voir avec une réalité physiologique. Il est courant que les Coréens n’aient

168
Cette photo est extraite sur le site suivant :
[Link]

236
pas ce pli dans les yeux. C’est la raison pour laquelle cette lexie contrôle les collocations
sur l’aspect esthétique. Nous pouvons citer à ce sujet les collocations qui peuvent être
décrites au moyen des FL Bon ou AntiBon :

Un autre élément du corps qui a une fonction esthétique selon la langue coréenne
est le nez. La CP de fonction esthétique de la lexie KO ‘nez’ se manifeste dans les
collocations suivantes :

Les collocations ko+ga nopda (litt. nez+SUB ê[Link]) et ko+ga oddukhada (litt. nez+SUB
[Link]è[Link]) signifient le nez qui est bien formé, accentué et donc joli169. Pour les
francophones, ces collocations peuvent être comprises comme le nez planté haut dans le

169
Nous avons déjà examiné l’aspect de la hauteur du nez dans la section [Link].

237
front. On peut les décrire avec la FL non standard comme Qui est planté haut dans le
front. Pourtant, elles doivent être associées avant tout à la FL Bon.

La fonction esthétique des éléments du corps change selon l’époque même à


l’intérieur d’une même culture. Par exemple, il y a cinq cent ans, on ne considérait pas
les yeux avec les paupières supérieures plissées comme de beaux yeux. À cette époque-
là, au lieu d’avoir le haut nez accentué et les grands yeux, avoir un petit nez avec les petits
yeux et la petite bouche était considéré comme plus attrayant.

La CP d’attrait sexuel qui suit a à voir avec la CP de fonction esthétique que nous
venons de décrire.

3.b) Fonction d’attrait sexuel

Nous avons déjà examiné les collocations dans lesquelles la CP de dimension


s’exprime :

Dans ces collocations, une CP de fonction d’attrait sexuel est également présente. Nous
pouvons les décrire au travers de FL Bon comme (173). Cette CP est liée à la CP
esthétique et la CP d’apparence. Les NEC comme LÈ VRES, SEIN, FESSE, NOMBRIL,

CHEVEUX, etc., contrôlent des collocations dans lesquelles une CP de fonction d’attrait
sexuel apparaît comme il est spécifié en (173).

La CP de fonction d’attrait sexuel est différente de celle de fonction physiologique


sexuelle, que les NEC désignant les organes sexuels possèdent. Il faut les traiter
séparément. Prenons les collocations suivantes de LÈ VRES :

170
Par contre, la collocatif dukkeopda ‘être épais’ n’exprime pas un sens ‘bon’.

238
La lèvre n’est pas un organe sexuel, mais comme les exemples ci-dessus le montrent, la
CP de fonction sexuelle se manifeste dans la combinatoire de LÈ VRES. Il faut inclure une
CP ‘qui a un rôle d’attrait sexuel’ dans la définition de LÈ VRE sur laquelle les collocations
ci-dessus s’ancrent.

La CP de fonction d’attrait sexuel joue un rôle de distinction entre certains


synonymes : SEIN et MAMELLE ; FESSE et DERRIÈ RE ; GASEUM et JEOJ en coréen.

Examinons le cas de SEIN et MAMELLE. Ces deux lexies désignent deux parties de
la poitrine des femmes :

239
La lexie SEINS

La CP de fonction d’attrait sexuel doit être incluse dans la définition de SEIN. Nous
pouvons proposer provisoirement la définition de SEIN suivante :

SEIN

seins de la femme X

deux parties de la poitrine de la femme


• qui sont proéminentes
• qui servent à nourrir les enfants
• qui ont un rôle d’attrait sexuel

Définition 6-20 : SEIN

240
Les deux lexies FESSE et DERRIÈ RE sont dans un rapport similaire à SEIN vs
MAMELLE. La CP de fonction d’attrait sexuel se montre plus souvent dans la combinatoire

de FESSES que dans la combinatoire de DERRIÈ RE :

La comparaison des collocations des lexies GASEUM I.2 et JEOJ I.2a montre aussi
une différence fondée sur la CP sur la fonction sexuelle, laquelle se manifeste pour la
première, et non pour la seconde :

L’adjectif PUNGMANHADA utilisé auprès de GASEUM ‘sein’ (184) décrit la taille des seins
et en même temps la valeur de la fonction d’attrait sexuel. Nous pouvons décrire cette
collocation par la FL Bon :

JEOJ I.2a a vraiment à voir avec la CP de fonction de l’allaitement des enfants. Cette CP
est liée par métonymie à la lexie JEOJ I.1 ‘lait’ :

241
La première occurrence de jeoj dans (186) est JEOJ I.1, qui désigne le lait, et la deuxième
est JEOJ I.2a qui correspond à la lexie MAMELLE en français.

3.c) Fonction culturelle

Observons les collocations contrôlées par GWISBUL ‘lobe’ :

La CP de dimension se montre dans ces collocations. En Corée, la CP de fonction


culturelle y apparaît aussi. En effet, l’épaisseur des lobes a un lien avec la santé, le
bonheur, etc., dans la culture coréenne, selon laquelle les grosses oreilles avec les lobes
épais sont censées apporter la santé, le bonheur, la gloire et la richesse. Cette idée courante
vient des oreilles de Bouddha.

171
Cette image est extraite sur le site [Link]
[Link].

242
Au point de vue de fonction culturelle, cette collocation peut être décrite au moyen de la
FL Bon :

Cette CP de fonction culturelle est une composante faible, mais sa description nous aide
à comprendre les collocations dans certains contextes fondés sur des préjugés culturels.

6.3 Patron « interlangue » de définition des NEC

Cette section synthétise les travaux précédents pour l’élaboration du patron


définitionnel des NEC. Nous proposons un patron définitionnel des NEC qui sert en
même temps à définir les NEC d’une façon systématique et comparer leur phraséologie
entre langues. En dernier lieu, nous appliquons ce patron aux deux lexies (NUN ‘œil’ et
YEUX) pour voir s’il permet de comparer la définition et la phraséologie des NEC
systématiquement et exhaustivement.

6.3.1 Objectif du patron

Nous présentons d’abord ici deux approches lexicales qui mènent une étude sur la
définition des NEC : le NSM (Wierzbicka 1980 ; 2007) et la LEC (Arbatchewsky-
Jumarie et Iordanskaja, 1988 ; Iordanskaja et Paperno 1996). Nous clarifions également
l’objectif d’application du patron définitionnel des NEC au modèle explicatif de la
phraséologie.

[Link] Patron définitionnel de l’approche de NSM

Anna Wierzbicka s’est intéressée au NEC dans ses publications depuis 1980
(Wierzbicka 1980). Son étude a pour objectif de mettre au jour la diversité et les points
communs dans la conceptualisation du corps humain selon les langues et les cultures.

243
Pour ce faire, elle maintient qu’il faut définir172 les NEC avant tout. Wierzbicka (2007)
fait ressortir un patron définitionnel des NEC après avoir défini les NEC suivants :

Classification NEC

limbs HANDS, ARMS, LEGS, FEET

head and associated parts HEAD, NECK, EYES, EARS, MOUTH, NOSE,
TONGUE
face and places on the face FOREHEAD, CHIN, CHEEKS

trunk and its four main areas CHEST, BELLY, BACK, BACKSIDE

joints ELBOW, KNEE, WRIST, ANKLE

Tableau 6-13 : Classification des NEC de Wierzbicka (2007)

À partir des définitions de la première classification ci-dessus (limbs ‘membre’),


Wierzbicka identifie les composantes récurrentes et propose un patron :

Comparing the four explication in this subsection we detect a certain recurring


pattern, which can be summarized by means of the following rough headings: 1.
basic categorization, 2. Location, 3. Shape (or quasi-shape), and 4. Function (or
quasi-function). […] In addition to these four parameters (roughly, basic
categorization, location, shape and function), there are also, here and there,
references to mobility and to further partonomic relations.
When we examine other groups of English body-part terms, we see similar
recurring patterns, but we also see a good deal of variation.
(Wierzbicka 2007 : 39)

Même si Wierzbicka utilise le terme pattern, elle n’offre pas de formulation explicite.
L’auteur indique quatre « paramètres » comme éléments de patron : catégorisation
basique ; position ; forme (ou quasi-forme) ; fonction (ou quasi-fonction). Et l’auteur
ajoute à ces quatre paramètres deux autres qui sont la mobilité et la relation méronymique.
Ces paramètres ne sont pas très différents des CP que nous avons examinés dans la section
6.2.3.

172
L’approche du NSM utilise le term explication au lieu du term définition (Goddard 2011 : 66). Nous
avons déjà vu la définition de NSM quand nous avons examiné le principe de décomposition minimale de
la définition. Voir la section [Link].

244
Observons les deux définitions de LEGS et EYES. Il faut noter que l’auteur utilise
les primitifs sémantiques et les molécules sémantiques173 dans sa définition.

legs

a. two parts of someone’s body


b. they are below all the other parts of the body
c. they are long[m]
d. these two parts of someone’s body can move as this
someone wants
e. because people’s bodies have these two parts, people
can move in many places as they want

Définition 6-21 : LEGS de Wierzbicka (2007)

L’auteur définit la lexie LEGS à travers cinq paramètres : (a) catégorisation basique ; (b)
position ; (c) forme ; (d) mobilité ; (e) fonction.

eyes

a. two parts of someone’s body


b. they are on one side of the head[m]
c. because people’s bodies have these two parts, people
can see

Définition 6-22 : EYES de Wierzbicka (2007)

L’auteur définit EYES à travers trois paramètres : (a) catégorisation basique ; (b) position ;
(c) fonction. Nous pouvons remarquer que la définition de EYES n’inclut pas le paramètre
de forme.

Après avoir défini les NEC comme ci-dessus, Wierzbicka compare la définition
des NEC anglais et des NEC d’une langue qui en est typologiquement éloignée, afin de
démontrer que la définition au moyen des primitifs sémantiques est indépendante de la
langue. Comparons la définition de la lexie EYES avec celle de son équivalent en
koromu174 AMI ‘yeux’ selon ce principe.

173
Wierzbicka appelle molécule sémantique ([m]) un sens qui est très utile pour la définition, mais qui n’est
pas un primitif sémantique. Par exemple, long, round, flat qui se réfèrent à la forme font partie des
molécules sémantiques. Pour le détail, voir Goddard (2011).
174
Une langue de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

245
EYES AMI ‘eye’ en koromu

a. two parts of someone’s body a. Mete mo nupu nupu mena


b. they are on one side of the head[m] b. Ami mete asao
c. because people’s bodies have c. U turupu asao
these two parts, people can see d. U aire
e. Mo aire sei aharopu werepura

The body has many parts


The eyes are parts of the body
They are parts of the head
They are two
Because of these two a person can see

Définition 6-23 : Définitions de EYES et AMI ‘yeux’ (Wierzbicka 2007)

Ces deux définitions ont les mêmes paramètres (catégorisation, position et fonction),
même si les CP ne se présentent pas dans le même ordre.

Du point de vue d’une comparaison interlangue, il est indispensable d’avoir une


même façon de définir des NEC dans les deux langues. Définir une lexie vedette avec les
mêmes définissants (les primitifs sémantiques ou les molécules sémantiques) dans un
même patron peut faciliter la comparaison interlangue. La définition du NSM est efficace
de ce point de vue.

Par contraste de cet avantage, la définition de NSM ne peut pas expliquer


clairement et suffisamment les sens que la lexie vedette illustre au travers de ses
combinatoires lexicales. Par exemple, la définition de EYES ne comprend pas le paramètre
de la forme. Wierzbicka (2007 : 40) explique que s’il y a une fonction très saillante, la
mention de l’apparence n’est pas nécessaire. Cette omission a pour conséquence le fait
que la définition n’explique pas les collocations comme almond eyes, chinky eyes,
chestnut-eyes, etc. Et cette définition ne parle ni de la fonction des yeux en tant qu’ils
montrent l’émotion, l’esprit ou bien l’intelligence de X, ni de la relation méronymique
avec ses parties comme pupille, iris, etc.

246
La définition au travers de NSM n’est pas suffisante pour expliquer la
phraséologie de la lexie vedette. Pour ce faire, nous avons besoin du patron des définitions
qui ne sont pas basées sur le concept universel, mais sur la combinatoire lexicale de la
lexie vedette.

[Link] Patron définitionnel de l’approche de la TST

Comme nous l’avons vu dans les sections 6.1 et 6.2, l’approche de la LEC décrit
le sens de la lexie vedette à partir des collocations que cette dernière contrôle. Notre
position est donc que le patron définitionnel doit aussi être lié à la combinatoire lexicale
de la lexie vedette et donc être établi par rapport à ce lien.

Les DEC I-IV et A Russian-English Collocational Dictionary of the Human Body


(Iordanskaja et Paperno 1996) ont décrit les collocations contrôlées par les NEC selon les
multi-facettes 175 (comme apparence, fonction, etc.). Iordanskaja et Paperno (1996)
expliquent qu’un NEC a plusieurs facettes sémantiques qui servent de base pour classifier
les collocations contrôlées par ce NEC. En général, les NEC ont les facettes sémantiques
suivantes :

A component of a person’s outward appearance


A source of sensations
A locus of illness or injury
An indicator of the temporary emotional or physical state or a permanent characteristic
of the person

An organ that fulfils certain functions


(par ex. one looks with one’s eyes, walk with one’s legs, smells with one’s nose, etc.)

An “organ” that the person uses to execute movements or gestures


Tableau 6-14 : Facettes sémantiques des NEC (Iordanskaja 1996 : xiii)

Par exemple, Iordanskaja et Paperno (1996 : xiv) décrivent les collocations de la lexie
russe глаз ‘yeux’ selon les facettes sémantiques suivantes :

175
Ce terme ne correspond pas à l’emploi de facette (angl. facet) que l’on trouve dans Cruse (1995 ; 2000 ;
2004b). Dans les faits, Cruse explique que la facette est un type particulier de variante contextuel du sens
des lexies. Par exemple, les facettes de livre de deux phrases suivantes sont différentes : Passe moi ce livre
[TOME] rouge; Je trouve que ce livre [TEXTE] est très difficile.

247
глаз ‘eye’

Appearance, conditions and sensations


Size and shape ; aesthetics
Color
Make-up
Sensations and medical conditions
Inflicting and sustaining injuries

Expressing emotional or physical states and personality traits


General expressions for various emotions
Crying
Joy and happiness, dejection and unhappiness
Surprise, amazement, and shock
Kindness and generosity, malice and anger
Exhaustion and sleepiness, energy and excitement
Other emotional or physical states ; personality traits
Conditions of the eyes as an organ of sight ; medical treatment
Seeing and looking
Movements related to looking
Other movements
Tableau 6-15 : Facettes sémantiques de la lexie russe глаз ‘yeux’

Il est évident que nous pouvons utiliser la liste des facettes sémantiques ci-dessus
comme une checklist, qui permet de vérifier nos composantes potentielles. Toutefois,
nous ne nous contentons pas de montrer la combinatoire lexicale et classifier celle-ci selon
les facettes sémantiques des NEC. Nous allons analyser tous les composantes
sémantiques que nous avons examinées dans la section 6.2.3 et formaliser un patron
définitionnel interlangue pour les NEC.

6.3.2 Patron du modèle explicatif de la phraséologie des NEC

Nous proposons ci-dessous le patron interlangue de définitions des NEC, que nous
allons ensuite commenter.

248
élément du corps de X

partie du corps de X
CC
partie d’un élément du
corps X

CP de quantification

CP obligatoire CP d’un possesseur

possesseur
CP de position

CP optionnelle plutôt physiologique

CP optionnelle
CP d’apparence

CP de fonction physiologique

CP de structure
CP
physiologique CP de mobilité

CP d’évolution physique

CP optionnelle plutôt sociale

CP d’utilisation
CP
sociale CP d’expression

CP de fonction esthétique

CP de fonctiond’attrait sexuel

CP de fonction culturelle

Figure 6-13 : Patron définitionnel interlangue des NEC

249
Ce patron a trois caractéristiques essentielles.

D’abord, c’est un patron définitionnel englobant. Nous en proposons un seul


plutôt que d’en fabriquer plusieurs. Notre hypothèse initiale était que nous pouvions
distinguer quelques types de patrons définitionnels selon leurs CP. Pourtant, nous n’avons
pas pu identifier des types distincts de patrons définitionnels pour les NEC.

Deuxièmement, ce patron définitionnel a deux niveaux. Cette distinction est liée


à la distinction des CP optionnelles. Parmi les CP optionnelles, nous avons distingué les
CP optionnelles plutôt physiologiques et les CP optionnelles plutôt sociales. Les
premières illustrent des propriétés inhérentes (apparence, fonction physique, structure,
mobilité, évolution) des éléments du corps. Même si elles ne sont pas obligatoires, elles
nous semblent fondamentales. Les deuxièmes concernent les CP qui indiquent
l’interaction sociale et la perception sociale. Les CP optionnelles plutôt sociales
apparaissent au deuxième niveau :

 Patron définitionnel des NEC au premier niveau


CC + CP obligatoires + CP optionnelles plutôt physiologiques

 Patron définitionnel des NEC au deuxième niveau


CC + CP obligatoires + CP optionnelles plutôt physiologiques + CP optionnelles
plutôt sociales

Parmi ces CP optionnelles plutôt sociales, nous comprenons les CP qui indiquent les
expressions, l’état physique de X, celles qui se rapportent à une geste et celles qui portent
sur des fonctions spécifiques à certaines cultures (fonction esthétique ou d’attrait sexuel).
Par exemple, certaines collocations qui expriment la forme du nez (nez crochu, nez
aquilin) sont liées à des traits de caractères de X. Ce genre d’information fait partie de la
perception socio-culturelle. Nous ne considérons pas ces CP comme appartenant au
premier niveau du patron définitionnel ; elles sont souvent décrites comme composante
faible dans la définition.

Troisièmement, ce patron sert aussi à établir un guide pour la description des


collocations comme l’ont fait Iordanskaja et Paperno (1996). Nous mettons en relief ici

250
qu’à partir de notre patron définitionnel, nous décrivons la combinatoire lexicale dans une
perspective large. Nous examinons non seulement les liens syntagmatiques mais aussi les
liens paradigmatiques que la lexie vedette présente.

Nous pouvons faire l’hypothèse que la spécificité des CP optionnelles plutôt


sociales va être mise en évidence quant à la comparaison de la phraséologie des NEC
entre langues. Nous allons appliquer les lexies NUN ‘yeux’ et YEUX à ce patron
définitionnel pour vérifier cette hypothèse et l’efficacité de ce patron.

6.3.3 Application aux deux lexies [Link] ~ [Link]

Nous avons choisi les lexies NUN et YEUX pour illustrer l’application du patron
définitionnel car elles nous semblent particulièrement intéressantes. Tout d’abord, elles
sont tri-actancielles : en effet, elles désignent un des organes sensoriels (qui permet de
voir Y) et en même temps elles expriment Z (l’état psychique, l’état physique, l’attitude,
la beauté, etc. de X). En plus, comme la figure ci-dessous le montre, elles ont beaucoup
de méronymes. Nous constatons un univers phraséologique très riche autour de ces lexies
comme le disent Rey et Chantreau (2007 : 644) :

Œil est l’un des termes fondamentaux de la phraséologie française, et son signifié,
l’un des domaines principaux du symbolisme corporel. L’œil représente la
perception et, métaphoriquement, la connaissance, mais aussi la lumière, le
regard, d’où la conscience morale.

La lexie NUN et YEUX désignent deux parties du visage, qui sont couverte par les
paupières :

Figure 6-14 : Cartographe de NUN / YEUX176

Il faut rappeler que nous ne distinguons pas trois acceptions suivantes : une lexie
qui désigne un organe de la vue, une lexie qui désigne une partie ovale et une lexie qui
désigne un globe oculaire177.

176
Les deux figures sont coupées de la photo originale suivante :
[Link]
177
Voir la section 3.3.2 sur la distinction polysémique.

251
[Link] Description de NUN

Composantes Combinatoire lexicale Définition


CC Xeui eolguleui bubun
‘parties du visage de X’
CP obligatoires
‘deux’
AEKKUNUN ‘borgne’
Quantification
OENUN ‘un œil ouvert et l’autre fermé’
orennun ‘œil droit’
oennun ‘œil gauche’

Possesseur
‘qui sont symétriques par
Position nuni beoleojida ‘avoir les yeux écartés’ rapport au nez’
nuni mollida ‘avoir les yeux rapprochés’

CP optionnelles plutôt physiologiques


Apparence
nuni jjijeojida ‘avoir les yeux bridés’ ‘dont la partie visible est de
BUNGEONUN ‘yeux qui sont grands et saillants’ forme plus ou moins allongée’
(i) forme BAEPSAENUN ‘yeux qui sont petits et bridés’
BANGULNUN ‘yeux qui sont ronds et grands’
BANDALNUN ‘yeux en forme de demi-lune’
GAEGURINUN ‘yeux saillants’

(ii) dimension nuni wangbangulmanhada ‘avoir de grands ‘dont la partie visible a une
yeux’ taille’
SILNUN1 ‘petits yeux’
JWINUN ‘petits yeux’

(iii) couleur ‘qui sont constituées d’une


nuni kkamahda ‘avoir les yeux noirs’ partie blanche et une partie
nuni parahda ‘avoir les yeux bleus’ colorée qui est généralement
nuni chunghyeoldoeda ‘avoir les yeux rouges’ sombre’

(iv) texture

Fonction nuni johda ‘avoir de bons yeux’ ‘qui permettent de voir’


nuni napeuda ‘avoir de mauvais yeux’
physiologique nuni sirida ‘ne pas voir bien à cause de la
lumière’
nuni chimchimhada ‘avoir de mauvais yeux’
nuni heurida ‘ne pas voir très bien’
nuni meolda ‘devenir aveugle’
nuni eodupda ‘avoir de mauvais yeux’
nun+eul ddeda ‘s’arrêter à voir’
maennun ‘œil nu’

HUINJA ‘blanc des yeux’ ‘qui ont une partie blanche’


Structure
GEOMEUNJA ‘partie plutôt foncée des yeux’ ‘qui ont une partie plutôt
NUNKKEOPUL ‘paupière’ foncée’

252
NUNSSEOP ‘cils’
NUNDUDEONG ‘arcade sourcilière’
NUNKKORI ‘coin des yeux vers les oreilles’
NUNMEORI ‘coin des yeux vers le nez’
NUNGA ‘tour des yeux’

Mobilité nuneul ddeuda ‘ouvrir les yeux’ ‘qui peuvent être recouvertes’
nuneul gamda ‘fermer les yeux’
nuneul ggambakida ‘cligner les yeux’ ‘dont la partie visible est
nuneul naerikkalda ‘baisser les yeux’ mobile’
nun+eul duribeongeorida ‘regarder dans tous
les sens’
nuni gamgida ‘les yeux se fermer’
SILNUN2 ‘yeux entrouverts’

É volution
CP optionnelles plutôt sociales
‘avec lesquelles on fait un
WINGKEUHADA ‘faire un clin d’œil’ signe de quelque chose’
Utilisation

Expressivité - attitude
nuneul burarida ‘faire bouger les yeux en ‘qui sont le lieu de la
exprimant une attitude agressive ’ manifestation d’une attitude,
nuneul heulgida ‘regarder de biais en un sentiment, l’état physique et
exprimant un sentiment négatif’ l’état psychique de X’
nuneul bureupddeuda ‘écarquiller les yeux ;
faire les gros yeux (pour gronder)’
nuni geueukhada ‘avoir les yeux tranquilles’
DOKSANUN ‘yeux agressifs’
DOKKINUN ‘yeux qui exprime le
mécontentement ou la haine’
GAJAMINUN ‘regard noir’

- esprit, intelligence
nuni malkda ‘avoir les yeux sincères’
nuni chorongchoronghada ‘avoir les yeux vifs’
nuni banjjakgeorida ‘avoir les yeux vifs’
nuni buriburihada ‘avoir de grands yeux vifs’
DOKSURINUN ‘yeux vifs et perçants’
JOKJEBINUN ‘petits yeux qui sont perçants’

- état physique
nuni kwenghada ‘avoir les yeux enfoncés’

- sentiment
nun+i hwidunggeurejida ‘ouvrir de grands
yeux (par la surprise et la peur)’

Fonction nuni keuda ‘avoir de beaux yeux’ ‘dont la grande taille est en lien
nuni ssangkkeopuli issda avec la beauté de X’
esthétique ‘avoir les plis sur les paupières’ ‘l’existence de plis sur les
ssangkkeopulnun ‘yeux qui ont des plis sur les paupières est un des critères de
paupières’ la beauté’

253
Fonction
d’attrait sexuel
Fonction
culturelle
Tableau 6-16 : Patron définitionnel de NUN ‘yeux’

[Link] description d’YEUX

Composantes Combinatoire lexicale Définition


CC ‘parties du visage de X’
CP obligatoires
‘deux’
Quantification œil borgneAdj
Possesseur

Position œil droit ‘qui sont symétriques par


œil gauche rapport au nez’
yeux écartés
yeux rapprochés

CP optionnelles plutôt physiologiques


Apparence
yeux ˹À FLEUR DE TÊ TE˺ ‘dont la partie visible est de
yeux globuleux forme plus ou moins allongée’
(i) forme yeux saillants
yeux enfoncés
yeux caves
yeux creux
yeux ronds
yeux en amande
yeux bridés

(ii) dimension yeux grands ‘dont la partie visible a une


gros yeux taille’
petits yeux

(iii) couleur yeux de pervenche ‘qui sont constituées d’une


yeux de jais partie blanche et une partie
yeux noisette colorée’
yeux pers
yeux vairons
yeux glauques
yeux ternis

(iv) texture

Fonction bon yeux ‘qui permettent de voir’


mauvais yeux
physiologique //borgneAdj
//aveugleAdj

254
yeux d’aigle
yeux de lynx
yeux de chat
yeux de hibou

perdre un œil
//éblouir
//éborgner
//aveugle
//aveugler

coller les yeux


promener ses yeux sur
fixer les yeux sur
glisser les yeux sur
détourner les yeux
détacher les yeux
river ses yeux sur
laisser les yeux errer sur

Structure globe oculaire ; blanc ; iris ; prunelle, pupille ; ‘qui ont une partie blanche’
cils ; paupière ‘qui ont une partie plutôt
colorée’

Mobilité yeux se fermer ‘qui peuvent être recouvertes’


yeux se fermer tout seul
fermer les yeux
ouvrir les yeux
écarquiller les yeux
cligner1 des yeux
cligner2 des yeux
//ciller
clignoter des yeux
plisser les yeux
baisser les yeux
lever les yeux
tourner les yeux vers
détourner les yeux

É volution
CP optionnelles plutôt sociales
faire un clin d’œil ‘avec lesquelles on fait un
Utilisation signe de quelque chose’

Expressivité - très forte émotion, vitalité, admiration, envie,


haine ‘qui sont le lieu de la
yeux briller manifestation d’attitude, un
yeux étinceler sentiment, l’état physique et
yeux brûler l’état psychique de X’
yeux flamber
yeux pétiller
yeux lancer des éclairs
yeux de loup

255
- sentiment
(colère)
yeux devenir noirs
yeux s’assombrir
d’un œil noir
(gaieté)
yeux rire
yeux sourire
yeux rieurs

- mauvais état, fatigue, indifférence


yeux ternes
yeux éteints
yeux mornes
yeux sans vie
yeux morts
yeux sans expression
yeux inexpressifs
yeux voilés

- attitude
(tendresse, douceur)
yeux s’attendrir
yeux s’adoucir
faire les yeux doux à N
yeux de biche (+féminité)
yeux de gazelle (+féminité)
faire des yeux de biche (+féminité)
(menace)
faire les gros yeux à N

- état physique
yeux se fermer tout seuls
faire des petits yeux
ne pas pouvoir [tenir|garder]
yeux fiévreux
yeux brillants
yeux cernés

Fonction
esthétique
Fonction faire de l’œil à N ‘qui expriment des regards
d’attrait sexuel amoureux’
Fonction yeux ˹EN BOULE DE LOTO˺ ‘dont certaines couleurs (par
culturelle yeux glauques ex. glauque) peuvent nous
donner une mauvaise
impression’
‘les yeux saillants ne sont pas
considérés beaux ’
Tableau 6-17 : Patron définitionnel de YEUX

256
[Link] Synthèse

La description des lexies NUN et YEUX au travers du patron définitionnel nous


montre les faits suivants :

D’abord, elle met en évidence la différence de mode de phraséologisation entre


deux langues. En coréen, la combinatoire restreinte qui décrit l'apparence des yeux ou qui
exprime le sentiment, l'état psychique de X, est beaucoup exprimée au travers des
phrasèmes morphologiques :

Parmi ces composés collocationnels, beaucoup sont constitués du NEC et du nom d’un
animal comme dans les exemples ci-dessus. En français, les collocations lexicales qui
relèvent de la fonction physiologique et l’expressivité sont aussi souvent exprimées par
le nom des animaux :

Deuxièmement, les deux lexies contrôlent de longues listes de combinatoires


lexicales à partir des CP d’expressivité, pour lesquelles nous avons répertorié plusieurs
sous-sections : attitude envers quelqu’un ou quelque chose ; esprit, intelligence ;
sentiment ; état physique, etc. La description systématique des combinatoires lexicales à
partir de CP d’expressivité peut expliquer les similitudes et les différences dans la
perception du corps entre deux langues. En particulier, nous pouvons trouver des sortes

257
de faux amis entre les deux langues : nun+i banjjakgeorida ‘avoir des yeux brillants’
concernent les yeux qui sont brillants et en même temps qui dénotent l’intelligence ou la
curiosité de X. Par contre, la collocation française yeux brillants représente les yeux qui
sont fiévreux quand on est malade.

Troisièmement, la combinatoire restreinte qui concerne les CP de fonctions


sociales (fonctions esthétique, d’attrait social, culturelle) nous montrent la particularité
de chaque lexie dans chaque société. En coréen, comme les collocations ssangkkeopul+i
issda, litt. avoir des plis sur les paupières,178 et ssangkkeopul+i eopsda, litt. ne pas avoir
des plis sur les paupières, le montrent, la beauté des yeux dépend de la présence de ces
plis. En français, la collocation yeux glauques indique que certaines couleurs des yeux
donnent une mauvaise (ou bonne) impression de X.

D’un autre côté, les combinatoires lexicales qui relèvent des CP plutôt
physiologiques révèlent aussi une différence importante entre deux langues. Les
combinatoires lexicales coréennes (comme saekkaman nun ‘yeux noir’, kkaman nundonja,
litt. pupille noire, ‘la pupille et l’iris noirs’, geomeunjawi ‘partie foncée des yeux, qui
comprend une pupille et un iris’) nous montrent que l’œil est divisé en deux comme le
blanc des yeux et une partie plutôt foncée (voire noire). Par contre, les combinatoires
lexicales françaises indiquent que l’œil est divisé en deux comme le blanc des yeux et une
partie colorée. Beaucoup de collocations qui concernent les couleurs des yeux (comme
yeux sombres, ~ foncés, ~ noisette, ~ marron, ~ pers, ~ pervenche, ~ azurs, ~ glauques,
etc.) montrent que la couleur des yeux est bien distinguée et utilisée comme critère de
beauté.

Enfin, le patron définitionnel des deux lexies permet, non seulement de rendre
compte et classer les combinatoires lexicales de la lexie vedette, mais aussi d’établir sa
définition qui est connectée à ses combinatoires lexicales :

178
Il faut rappeler que nous avons proposé les traductions comme ‘avoir les yeux parfaitement dessinés’ et
‘ne pas avoir les yeux parfaitement dessinés’ de ces collocations dans la section [Link].

258
Yeux(=NUN) de X permettant de voir Y (et montrant Z) :

parties du visage d’une personne X

• qui sont au nombre de deux


• qui sont symétriques par rapport au nez
• dont une partie visible est plutôt allongée,
• qui a une taille
• constituée d’une partie blanche et une partie plutôt foncée
• qui peuvent être recouvertes par un élément du visage
• qui est mobile
• qui permettent de voir Y
(• avec lesquelles on fait un signe de quelque chose)
(• qui exprime l’état psychique Z de X ou l’attitude Z envers Y)
(• dont la taille est considérée comme critère de beauté)
(• sur la beauté desquelles, le pli sur les paupières est considéré dans la
société coréenne)

Définition 6-24 : NUN (ii)

Yeux de X permettant de voir Y (et montrant Z) :

parties du visage d’une personne X


• qui sont au nombre de deux
• qui sont symétriques par rapport au nez
• dont une partie visible est plutôt allongée
• qui a une taille
• constituée d’une partie blanche et une partie plutôt colorée
• qui peuvent être recouvertes par un élément du visage
• qui est mobile
• qui permettent de voir Y
(• avec lesquelles on fait un signe de quelque chose)
(• qui exprime l’état psychique Z de X ou l’attitude Z envers Y)
(• dont la couleur est très diverse et est un des critères de leurs beauté et
de leurs évaluation d’impression dans la société française)

Définition 6-25 : YEUX

259
Bilan

Les composantes des NEC sont très liées aux combinatoires lexicales que
les NEC construisent. L’objectif de ce chapitre est de proposer un modèle
qui montre systématiquement ce lien. Le chapitre 6 se compose de trois
sections. Dans la première, nous examinons l’interdépendance entre la
définition et la combinatoire lexicale, et montrons la nécessité d'un patron
définitionnel qui permet de systématiser le lien entre la définition et la
phraséologie. Dans la deuxième section, nous établissons quel contenu il
faut inclure dans ce patron et comment il faut formuler ce patron
définitionnel en examinant les principes de définition de la LEC.
L’examen des combinatoires lexicales des NEC nous a fourni 12 CP
récurrents. En dernier lieu, nous proposons le patron définitionnel des
NEC. Ce patron sert en même temps à définir les NEC d’une façon
systématique et à comparer leur phraséologie entre langues. L’application
aux deux lexies NUN ‘œil’ et YEUX nous montre que la comparaison des
NEC et de leur phraséologie au travers du patron est efficace, systématique
et exhaustive. La comparaison interlangue nous confirme que des écarts
variés de conceptualisation du corps dans les deux cultures existent et que
ces écarts se manifestent au travers des combinatoires lexicales dans
chaque langue.

260
7 Conclusion

Nous avons étudié, dans cette thèse, les NEC coréens et français et leurs
combinatoires lexicales du point de vue comparatif. Nous nous sommes fondée sur
l’hypothèse selon laquelle la comparaison de la lexicalisation des NEC dans ces deux
langues allait montrer, bien évidemment, de nettes différences de conceptualisation du
corps dans les deux cultures correspondantes, mais que la comparaison des collocations
contrôlées par les NEC allait mettre en lumière des écarts très variés. À partir de cette
hypothèse, nous avons abordé deux thèmes principaux : la comparaison du lexique des
NEC et de leur phraséologie.

Nous avons noté deux points au début de notre étude. D’une part, les travaux
précédents n’identifient pas de lexies quant à la comparaison du lexique des NEC dans le
contexte de leur appartenance à des vocables polysémiques. D’autre part, dans la plupart
des travaux, le sens des NEC est analysé et comparé entre langues sans tenir compte des
combinatoires lexicales qu'ils contrôlent. Ces observations se traduisent par deux
questions que nous avons posées et auxquelles nous avons essayé de répondre tout au
long de notre étude : (i) Comment identifier des lexies NEC ? Quels points divergents ou
communs pouvons-nous déduire de la comparaison des lexies ? ; (ii) Quels enseignements
peut-on tirer de la comparaison de la phraséologie des NEC ? Comment modéliser la
phraséologie des NEC d’une façon systématique et exhaustive ? Nous tenterons de mettre
en relief les apports de notre étude, en répondant aux questions ci-dessus.

Notre étude était le premier essai de spécification du lexique de NECC. Le lexique


des NECC que nous avons considéré est composé de lexies stylistiquement neutres qui
désignent des éléments externes du corps humain. La délimitation des lexies NECC,
autrement dit le traitement polysémique des vocables NECC, a été effectuée au moyen
des critères rigoureux de la LEC. Ce travail nous a permis d’avoir la même unité comme
objet de comparaison, à savoir une lexie, et de comparer le lexique des NEC entre deux
langues plus systématiquement. Par exemple, pour le vocable coréen MEORI, MEORI I.1a

‘élément supérieur du corps’, MEORI I.2a ‘cheveu’ font partie du lexique des NEC coréens.
Concernant le vocable TÊ TE, TÊ TE I.1a ‘partie supérieure du corps’, TÊ TE I.3a ‘visage ayant
une certaine apparence’ font partie du lexique des NEC français. Ce processus nous a fait
comparer MEORI I.1a vs TETE I.1a et MEORI I.2a vs CHEVEUX I.1a. La spécification du

261
lexique des NEC a également expliqué la différence dans la structure polysémique des
vocables des deux langues. Par exemple, le vocable TEOK a deux acceptions : TEOK 1

‘élément saillant au-dessous de la bouche’ et TEOK 2 ‘mâchoire’.

La spécification du lexique de NEC a été utilisée pour construire la nomenclature


lexicographique de notre échantillon de Réseau Lexical du Coréen. La comparaison du
lexique s’est faite dans le sens coréen → français. Nous avons recensé 195 NECC et
chaque lexie coréenne a été mise en relation avec son équivalent français. Même si celui-
ci n’est pas toujours un équivalent exact, la comparaison entre la lexie source (NECC) et
la lexie cible (NEC en français) nous a montré que l’aspect et le processus de la
lexicalisation des éléments du corps étaient différents dans ces deux langues,
typologiquement et culturellement. Nous avons confirmé que toutes les lexies NECC sont
des lexèmes, soit lexies simples (par ex. KO ‘nez’) soit lexies composés (par ex.
NUN+DONGJA ‘pupille’). Par contre, nous avons constaté que les équivalents français
s’expriment soit par des lexèmes (par ex. PIED), soit par des locutions nominales (par ex.
˹DOS DU PIED˺), des collocations (par ex. dent du haut) ou des expressions libres (par ex.
bout de la langue). Ce fait s’explique par la différence de taille des lexiques des NEC.
Nous n’avons trouvé que deux véritables lacunes lexicales en coréen : les équivalents à
˹POMME D’ADAM˺ et ˹POIGNÉ ES D’AMOUR˺ n’existent pas179.

Au cours de notre étude, nous avons mis en évidence la nécessité d’examiner les
collocations contrôlées par les NEC. Notre étude de la phraséologie centrée sur les NECC
a produit des apports originaux. Premièrement, nous avons clarifié des cas flous qui se
situent à la frontière entre les expressions libres et les collocations, et entre les
collocations et les locutions. Nous avons inclus dans notre liste de collocations des
expressions qui ont été traitées comme expressions libres (par ex. ko+ga keuda ‘avoir le
gros nez’). Et nous avons donné à certaines expressions le statut soit de collocation soit
de locution (par ex. i+leul galda). Deuxièmement, nous avons mis en relief la
phraséologisation au niveau morphologique. Certaines langues comme le coréen
expriment la valeur collocationnelle non seulement à travers des collocations lexicales,
mais aussi par l’intermédiaire de lexies complexes. Nous avons insisté sur le fait que la

179
Il faut noter que ce résultat est dû à la direction de comparaison. Si nous avions pris le cheminement
inverse, nous aurions eu plein de lexies françaises sans équivalent coréen.

262
considération des collocations au niveau morphologique était indispensable quant à la
comparaison de la phraséologie entre langues (par ex. nez aquilin vs MAEBURIKO). Cette
analyse a été également significative du point de vue de la classification des composés :
composés libres ; composés semi-phraséologiques ; composés lexicalisés.

L’examen des combinatoires lexicales contrôlées par les NEC a fait apparaître
divers écarts, liés à la conceptualisation des fonctions pratiques et sociales des entités
physiques que les NEC dénotent. Par exemple, nous avons remarqué que la lexie NUNSIUL,
qui est définie comme bord des yeux dans le dictionnaire, n’est pas un élément du corps
physique. L’examen de ses collocations (par ex. nunsiul+eul bulkhida, nunsiul+eul
jeoksida, etc.) nous a permis d’identifier un sémantème spécial de cette lexie : ‘en tant
que lieu où se manifeste le sentiment exprime le sentiment Y de X’. Nous avons défini
cette lexie avec ce sémantème. L’examen des collocations nous a également permis de
modéliser les différences en quasi-synonymes (par ex. gaseum+i pungmanhada ‘avoir
une poitrine opulente’ vs ?jeoj+i pungmanhada, ‘avoir des seins opulents’).

D’un autre côté, notre comparaison des combinatoires lexicales contrôlées par les
NEC nous a indiqué une divergence conceptuelle très variée sur la même entité. Par
exemple, nous avons trouvé des sortes de faux amis entre les deux langues. La collocation
coréenne nun+i banjjakgeorida ‘avoir des yeux brillants’ concernent les yeux qui sont
brillants et en même temps qui dénotent l’intelligence ou la curiosité de X. Par contre, la
collocation française yeux brillants représente les yeux qui sont fiévreux quand on est
malade. L’éclat des yeux est lié différemment : soit à l’expressivité de l’état psychique de
X soit à l’état physique de X.

Rappelons la deuxième question posée plus haut. Comment faut-il modéliser la


phraséologie des NEC entre deux langues ? Nous avons remarqué que les composantes
sémantiques de chaque lexie concernent la phraséologie que cette lexie construit. Les
composantes sémantiques de la définition permettent ainsi d’anticiper des collocations
possibles. Par l’examen des collocations contrôlées par les NEC, nous avons établi une
liste de composantes potentielles dans les définitions des NEC. La connexion entre la
définition lexicographique des NEC et leur phraséologie a été formalisée dans notre
patron définitionnel. Le patron définitionnel est la principale originalité de notre étude

263
par rapport à d’autres études contrastives de la collocation. Il présente des avantages à
deux points de vue.

Du point de vue lexicographique, d’abord, nous avons pu définir des lexies du


même champ sémantique – ici, ‘éléments du corps’ – d’une façon cohérente. Et nous
avons pu définir exhaustivement chaque lexie NEC parce que le patron nous aide à éviter
l’omission des composantes sémantiques nécessaires. En plus, le patron de définition
nous a guidés dans la recherche systématique des collocations et donc nous avons pu
montrer davantage de relations lexicales entre lexies.

Du point de vue comparatif, le patron de définition était une bonne option quant à
la comparaison de la définition et de la phraséologie entre langues. Il nous a notamment
permis de comparer la définition des NEC par rapport à leur phraséologie, et à l'inverse
de comparer la phraséologie des NEC par rapport à leur définition. L’énumération simple
de collocations dans chaque langue et la comparaison unidirectionnelle de ces
collocations n’expliquent pas à elles seules les différences : par exemple, pourquoi la
collocation ko+ga nopda ‘litt. nez+SUB ê[Link], avoir le nez accentué’ n’a pas
d’équivalent français comme avoir le nez haut. Dans notre étude, le processus de
comparaison de la phraséologie s’est fait comme suit : à partir des collocations ko+ga
nopda, ko+ga najda ‘litt. nez+SUB ê[Link], avoir un nez plat’, napjakko ‘nez aplati’,
oddukko ‘nez accentué et beau’, etc., nous avons inclus, dans le patron définitionnel de
KO ‘nez’, une composante de forme (‘dont l’arête forme un angle avec le visage’) et une
composante de fonction esthétique ou culturelle (‘hauteur du nez en tant que critère de
beauté’). Quant à la comparaison entre langues, le patron montre explicitement quelle
composante est concernée par quelle collocation.

En dernier lieu, nous souhaitons évoquer la possibilité d’utiliser ce patron


définitionnel dans le cadre de l’application de l’enseignement des langues. Comme
Mel’čuk (1993a : 93) l’a souligné, la différence entre un locuteur natif et un apprenant
étranger se situe en grande partie dans la maîtrise des phrasèmes, surtout en ce qui
concerne les collocations. Pour bien maîtriser une langue, il faut non seulement posséder
le vocabulaire et la grammaire, mais aussi apprendre des collocations de cette langue et
les utiliser dans un contexte approprié. La description des collocations est indispensable

264
dans un contexte pédagogique (Cowie 1978, 1981 ; Cowie et Howarth 1996 ; Howarth
1996, 1998 ; Granger 1998).

Si on offre aux apprenants la mise en relief des propriétés imprévisibles et


variables des collocations, leurs compétences dans l’utilisation des collocations n'en
seront que meilleures. Comme la corrélation entre la définition et la phraséologie est
explicitement exprimée dans le patron, les apprenants peuvent apprendre plus facilement
les collocations selon chaque composante sémantique. En plus, notre patron, qui a une
section « CP plutôt sociale » (CP d’utilisation, CP d’expression, CP de fonction
esthétique, CP de fonction d’attrait sexuel, CP de fonction culturelle), peut offrir plus
systématiquement et exhaustivement les informations sociales, culturelles et
ethnocentriques associées aux NEC, lesquelles sont rarement ou pas du tout présentes
dans les dictionnaires.

Dans l’immédiat, notre patron définitionnel des NEC peut jouer un rôle dans
l'enseignement des NECC aux apprenants francophones et dans celui des NEC du français
aux apprenants coréens. Et, dans une vision à long terme, nous pouvons élargir cette
méthode à d’autres champs sémantiques et à d’autres langues. Nous souhaitons que cette
application pédagogique constitue, à terme, une validation de notre approche.

265
266
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285
286
Annexe I. Vocables NEC dans les DEC I-IV

Liste des vocables NEC décrits dans les DEC I-IV

Vocable DEC
ARCADE SOURCILIÈ RE DEC III : 155
BOUCHE DEC II : 123-129
BRAS DEC II : 136-142
CHEVEU DEC IV : 191-195
CŒUR DEC I : 68-76
CORPS1 DEC I : 83-88
COU DEC II : 152-154
COUDE DEC II : 154-156
DENT DEC III : 185-190
DENTITION DEC III : 190
DOIGT DEC II : 166-171
DOIGT DE PIED DEC II : 171
DOS DEC II : 171-174
FACE DEC II : 184-187
FIGURE1 DEC II : 187
FRONT DEC II : 196-200
GENOU DEC II : 201-203
JAMBE DEC II : 210-214
JOUE DEC II : 214-215
LÈ VRE DEC II : 220-224
MAIN DEC II : 225-232
MENTON DEC III : 235-236
NEZ DEC II : 235-240
ŒIL DEC II : 243-253
OREILLE DEC II : 254-259
ORTEIL DEC II : 260
PIED1 DEC II : 279-286
POITRINE DEC III : 272-276
POUCE DEC II : 291-292
QUENOTTE DEC III : 282
SOURCIL DEC III : 297-298
TÊ TE DEC I : 159-167
VENTRE DEC II : 314-318
VISAGE DEC II : 318-321

287
ARCADE SOURCILIÈ RE, loc. nom, fém. II.1. Orifice de X - une cavité ou un conduit ...
[la bouche d'un volcan]
arcade sourcilière de X = Deux parties
du visage 1.a d'une personne X, II.2. Embouchure de X ... [les bouches du Rhône]
chacune étant une proéminence
arquée sur le bord supérieur de III. Personne que X doit nourrir [une bouche
l'orbite de l'œil I.1a de X. inutile]

BRAS, nom, masc.


BOUCHE, nom, fém.
I.1a. Deux parties latérales, supérieures ... du
I.1a. Cavité située dans la partie inférieure du corps1 II.1a d'une personne ... [les bras de Jean]
visage I.a d'une personne ... - organe de Bras [pl] de X = Deux parties latérales,
l'absorption de la nourriture ... [la bouche de Jean] supérieures et symétriques du corps1
Bouche de X [traitant Y] = Cavité II.1a d'une personne X, allongées,
située dans la partie inférieure du articulées et mobiles, distinctes du
visage I.a d'une personne X et ayant corps1 II. 1d de X – organe des actions
un orifice bordé par deux parties physiques de X.
charnues pouvant se joindre et
fermer l'orifice - organe de I.1b. Deux parties latérales ... d'un singe ... [les
l'absorption de la nourriture Y1 et du bras d'un singe]
goût I.1, l'un des organes de la
respiration et l'un des organes de I.1c. Tentacules de certains animaux
l'émission des sons Y2, en particulier aquatiques ... [les bras du poulpe]
de la parole de X.
I.2a. Partie supérieure du bras I.1a ... [le bras de
I.1b. Cavité située dans la partie antérieure de la Jean]
tête I.1b d'un animal ... - organe de l'absorption spéc. Bras [sg] de X = Partie
de la nourriture ... [la bouche de la vache] supérieure du bras I. 1a d'une
personne X, entre le coude I.a et
I.2a. Orifice de la bouche 1. la d'une personne ... l'épaule.
[la jolie bouche de Marie]
Bouche (Y) de X = (α) Orifice de la I.2b. Partie du membre antérieur d'un cheval ...
bouche I. 1a d'une personne X ou (β) [le bras du cheval]
les lèvres I. 1a de X (dont l'apparence
exprime Y - un état plutôt II.1. Deux parties latérales, symétriques ... d'un
désagréable ou une propriété artefact X ...qui sont destinées ... à ce qu'on les
psychologique plutôt négative de X). saisisse ... [les bras d'un brancard]

I.2b. Orifice de la bouche 1. lb d'un animal de II.2. Parties latérales et symétriques d'un artefact
trait ... [la bouche du cheval] X, allongées dans le plan perpendiculaire à la
partie principale de X [les bras de l'ancre]
I.2c. Orifice ... d'un organisme primitif ... -
organe de l'absorption de la nourriture [la bouche II.3. Branches horizontales ... de X ... [les bras
d'un ver] d'un poirier]

I.3. Goût … dans la bouche I.1a de X [une II.4. Parties ... d'un cours d'eau ... [les bras d'un
bouche amère] fleuve]

I.4. Bouche I.1a de x comme organe de la II.5. Partie allongée ... d'un dispositif X - organe
parole ... [bouche cousue] de l'action physique de X [le bras d'une grue]
sg, sauf indication contraire. Bouche
de X [énonçant Y] = Bouche I.1a de X II.6. Une des deux parties d'un levier ... [le bras
comme organe de la parole de X, qui de la manivelle]
lui permet II de produire un énoncé
Y1 au sujet de l'événement Y2. III.1. Personnes qui travaillent physiquement ...
[les bras de l'industrie]

288
III.2. Personne ou organisme qui ne fait I.4a. Organe imaginaire des sentiments ... [Le
qu'exécuter les plans de X ... [le bras du cœur espère toujours]
gouvernement] Cœur de X éprouvant Y [à l'égard de Z]
= Organe imaginaire d'une personne
IV. Pouvoir d'un organisme ... sur Y ... [le bras X moyennant lequel X éprouve le
de la justice] sentiment Y (à l'égard de Z) [comme
si cet organe se trouvait dans le cœur
CHEVEU, nom, masc. I. 1a].

I.a. É lément filiforme qui pousse sur la partie


supérieure ... de la tête I.1a d'une personne X I.4b. Organe imaginaire de l'intuition ... [Son
[C'est un cheveu de Marie] cœur le lui dit]
Cheveu de X= É lément filiforme qui Cœur de X [percevant Y] = Organe
pousse sur la partie supérieure et sur imaginaire de l'intuition d'une
la partie postérieure de la tête I.1a personne X moyennant lequel X
d'une personne X perçoit Y [comme si cet organe se
trouvait dans le cœur I.1a].
I.b. Ensemble de tous les cheveux I.a d'une
personne X...[Marie a les cheveux blonds] I.5a. ... propriété de la personnalité ... [un cœur
pas de sg sauf pour quelques de glace]
expressions signalées. Cheveux de X =
Ensemble de tous les cheveux I.a I.5b. Personne possédant le cœur I.5a [Vous
d’une personne X - composante du devez la vie à un noble cœur, à un homme vaillant]
physique de X [= Mult(cheveuI.a)].
II.1a. Partie principale d'une unité fonctionnelle ...
II. Traînée lumineuse qui suit une comète X. .. [le cœur du bateau]
[les cheveux de la comète]
II.1b. É lément principal [le cœur du problème]
CŒUR, nom, masc.
II.2a. Partie centrale d'un espace ... [le cœur du
I.1a. Organe principal de la circulation sanguine royaume]
d'une personne...[le cœur de Jean]
Cœur de X = Organe principal de la II.2b. Partie centrale ... d'une plante ... [le cœur
circulation sanguine d'une personne de la salade]
X qui se trouve dans la partie centrale
du corps II.1d de X et qu'on II.3. Objet ... ayant la forme du cœur I.1a [un
représente symboliquement comme cœur en papier]
ayant la forme ♡
II.4. Une des quatre couleurs2 des cartes à jouer ...
I.1b. Organe principal de la circulation sanguine [l'as de cœur]
d'un animal [le cœur du lion]
III. Organe imaginaire des nausées ... [Cette
I.2. Produit alimentaire ... [le cœur de veau] senteur lui tournait le cœur]

I.3. Partie de la poitrine d'une personne ... [II a CORPS1, nom, masc.
serré son fils sur son cœur]
Cœur de X = Partie de la poitrine I.1a. Substance [corps liquides, solides et gazeux]
d'une personne X, sous laquelle se
trouve le cœur I.1a de X. I.1b. Objet ayant une forme ... [corps étranger]
N.B.: Employé le plus souvent dans quelques
expressions signifiant 'X cause que Y soit en I.1c. Formation anatomique ... [corps jaune]
contact avec le cœur 1.2 de X, ce qui manifeste
l'affection de X pour Y' (comme, par ex., I.2a. Concentration élevée ... [Ce vin prend du
serrer<presser, étreindre> quelqu'un contre corps]
<sur> son cœur, mettre <porter> quelque chose
sur son cœur). I.2b. Caractère concret ... [Ce personnage prend
du corps]

289
II.1a. Partie matérielle d'une personne ... [le DENT, nom, fém.
corps de Pierre]
Corps de X = Partie matérielle d'une I.a. Ensemble de petites pièces dures ... dans la
personne X, qui est un corps I.1b. bouche I.1a d'une personne X . . . [les dents de
Jean]
II.1b. Ensemble organisé de tous les composants Dents de X [mastiquant Y] =Ensemble
d'un animal [le corps du lion] de petites pièces dures de couleur
blanchâtre alignées en deux rangées
II.1c. Corps II.1a après la mon [Son corps gisait horizontales en haut et en bas dans la
sous un arbre] bouche I. 1a d'une personne X où
elles sont fixées dans les gencives -
II.1d. Partie principale du corps II.1a ... [son organe destiné à séparer un morceau
corps cambre] de nourriture 1 Y et à la mastiquer.
Corps de X = Partie principale du
corps II.1a, b de X à laquelle sont I.b. Ensemble de petites pièces dures . . . dans la
reliés les membres et la tête I.1a, b. bouche 1.1 b. ...d'un animal X . . . [les dents du
chien]
II.2. Partie d'un vêtement ... [le corps du chandail]
I.c. Dentier de X [mettre ses dents]
III. Partie principale ... [le corps du violon]
II.1. Partie d'un artefact X - ensemble de pièces
COU, nom, masc. pointues et dures . . . [les dents d'une scie]

1a. Partie allongée du corps1 II. la d'une II.2. Ensemble de découpures pointues bordant
personne ... [le grand cou de Marie] un objet X [les dents d'une robe]
Cou de X = Partie allongée du corps1
II.1a d'une personne X qui unit la tête II.3. Sommet pointu d'une montagne . . . [les
I.1a de X au corps1 II.1d de X. Dents du Midi]

1b. Partie allongée du corps1 II. lb d'un animal ... DENTITION, nom, fém, pas de pl.
[le cou du chien]
1. S0(des dents I.a ... sortent des gencives ...) [Ce
2. Produit alimentaire - cou 1b des animaux de bébé fait sa dentition]
boucherie ...[Elle servit des cous de poulet au riz] Dentition de X = S0(des dents I.a de X
sortent des gencives de X).
COUDE, nom, masc. N.B. : Ne s'emploie qu'avec la FL Oper1.

I.a. Partie du bras I.1a d'une personne ... [le coude 2. É tat Y des dents I.a de X [Elle a une belle
de Jean] dentition]
Coude de X = Partie du bras [Link] d'une
personne X, située au milieu et sur la DOIGT, nom, masc.
face II.2 extérieure du bras I.1a et qui
constitue l'articulation du bras I.1a I.a. Partie terminale de la main I.a d'une
où il se plie en formant un angle. personne ... [les doigts de Jean]
Doigts de X = Partie terminale de la
I.b. Partie du membre antérieur d'un cheval ... [le main I.a d'une personne X, constituée
coude du cheval] de cinq parties allongées, articulées et
mobiles, séparées les unes des autres.
II.1. Partie d'un vêtement X, couvrant le coude
1.a ... [les coudes d'une veste] I.b. [doigt de pied] d'une personne ... [les doigts
de pied de Jean]
II.2. Partie courbe de X qui est un artefact, un Doigts de X = ˹doigt de pied˺ d'une
élément de paysage ou une plante ... [le coude du personne X.
chemin] N.B. : S'emploie seulement dans un
contexte indiquant clairement qu'il
s'agit d'un piedl I.1a.

290
I.c. Partie terminale de la patte d'un animal ... [les
doigts du raton laveur] II.1. Surface antérieure de X qui est un bâtiment
ou une étoffe [la face d'un palais]
I.d. Partie terminale de la patte d'un animal X, qui
correspond du point de vue anatomique aux II.2. Surface de la partie Y de X ... [la face
doigts I.a d'une personne [le doigt du cheval] supérieure de l'estomac]

II.1. Partie d'un gant X, destinée à recevoir un II.3a. Surface d'un côté d'une pièce de monnaie
doigt 1.a ... [les doigts d'un gant] X ... [la face de la pièce]

II.2. Pièce d'un dispositif X, ayant la forme d'un II.3b. La face II.3a d'une pièce de monnaie avec
doigt I.a ...[un doigt de contact] laquelle on [joue à pile ou face] ... [Face !]

III.1. Unité de mesure linéaire ... [une maille de II.4. Surface d'un des plans d'un solide X [les
trois doigts] faces d'un prisme]

III.2. Une petite quantité de boisson alcoolisée ... II.5. Surface des terres X ou des eaux X [la face
[un doigt de vin] de la mer]

III. Un des aspects sous lesquels on peut


DOIGT DE PIED, loc. nominale, masc. considérer II un fait X ... [les faces de l'affaire]

[doigt de pied] de X = Orteils de X. FIGURE1, nom, fém.


Figure (Y) de X = Visage 1.a
DOS, nom, masc. (exprimant Y) de X.

I.a. Partie postérieure du corps1 II.1d d'une FRONT, nom, masc.


personne ... [le dos de Jean]
Dos de X = Partie postérieure du corps1 I.a. Partie supérieure du visage 1.a d'une
II.1d d'une personne X, qui est un peu personne X... [le front de Pierre]
convexe dans sa partie supérieure et qui Front (Y) de X = Partie supérieure du
ne comprend pas les fesses. visage 1.a d'une personne X,
comprise entre les yeux I.1a, les
I.b. Partie supérieure du corps1 II. 1d d'un cheveux et les tempes de X (et dont
animal ... [le dos du lapin] l'apparence exprime Y - état
émotionnel, intelligence ou volonté de
II.1. Partie d'un siège X destinée à ce que la X).
personne assise sur X y appuie le dos 1.a [le dos
du fauteuil] I.b. Visage I.a (exprimant Y) de X [Il marche le
front haut]
II.2. Partie d'un vêtement X, destinée à couvrir le Front (Y) de X = Visage I.a
dos I.a ... [le dos d'une robe] (exprimant Y) de X| F. ne s'emploie
qu'avec les FL.
II.3a. Partie postérieure (convexe) d'un inanimé ...
[le dos d'une cuillère] I.c. Partie antérieure et supérieure de la tête I. lb
d'un marnmifère ... [le front d'un cheval]
II.3b. Partie supérieure (convexe) d'un inanimé ...
[le dos d'une colline] I.d. Partie antérieure de la tête I. lb d'un assez
gros mammifère... [Le bœuf baissa le front]
FACE, nom, fém
II.1. Face II.1 d'un très grand bâtiment ... [le front
I.a. Visage 1.a (exprimant Y) de X [sa maigre d'un palais]
face]
Face (Y) de X = Visage 1.a (exprimant II.2a. Partie antérieure d'une masse de X qui se
Y) de X. déplace de façon menaçante [le front de lave]

I.b. Partie antérieure ... de la tête I.1b d'un II.2b. Partie antérieure d'une masse d'air ... [le
mammifère X [la face du lion] front chaud]

291
II.3a. Partie antérieure des positions militaires ... II.3. Pièce destinée à consolider l'appui d'un
[percer le front] artefact ... [les jambes de force d'un pont]

II.3b. Totalité des zones de combats ... [Tout JOUE, nom, fém.
pour le front !]
I.a. Deux parties latérales molles du visage 1.a
II.3c. Une partie du front II.3b ... localisée dans d'une personne...[les joues de Marie]
la région Z [le front de Lorraine] Joues de X = Deux parties latérales
molles du visage I.a d'une personne X,
II.4. Union ... de X1s ... créée ... pour lutter chacune comprise entre le nez I.1a,
ensemble ... [former un front commun] un œil I.1a, une oreille I.1a et le
menton de X.
GENOU, nom, masc [pl genoux].
I.b. Deux parties latérales de la tète I.1b d'un
I.a. Partie de la jambe I.1a d'une personne ... [les animal ... [les joues du cheval]
genoux de Marie]
Genou de X = Partie de la jambe I.1a II. Partie latérale d'un artefact [les joues d'une
d'une personne X, située au milieu et poulie]
sur la face II.2 antérieure de la jambe
I.1a et qui constitue l'articulation de LÈ VRE, nom, fém.
la jambe I.1a où elle se plie.
I. la. Partie du visage I.a d'une personne ...
I.b. Partie du membre antérieur d'un ongulé ... [pincer les lèvres]
[les genoux du cheval] Lèvres (Z) de X [énonçant YI = Partie
du visage I.a d'une personne X,
II. Partie d'un vêtement X, destinée à couvrir le constituée de deux parties mobiles
genou I.a ...[les genoux usés du pantalon] horizontales, supérieure et inférieure,
saillantes et charnues, normalement
JAMBE, nom, fém. roses, qui bordent l'orifice de la
bouche I.1a de X (et partie adjacente
I.1a. Partie inférieure du corps1 II. la d'une du visage I.a) -l'un des organes de
personne ... [les jambes de Jean] l'émission des sons Y1, en particulier
Jambes de X = Partie inférieure du de la parole, organe du baiser donné
corps1 II.1a d'une personne X, à Y2 et l'un des organes de
constituée de deux parties allongées, l'absorption de la nourriture Y3 (et
articulées et mobiles, distinctes du dont l'apparence exprime une
corpsl II.1d de X – organe d'appui du attitude défavorable Z de X envers
corpsl II.1a et de déplacement de X en quelque chose ou une propriété Z de
position verticale. X relative à la sensualité de X).
N.B. : La composante '(et partie
I.1b. Partie inférieure du corps1 II.1b d'un ... adjacente du visage La)' est justifiée par les
animal ... [les jambes d'une girafe] expressions du type : lèvre duvetée <ridée,
poilue, grisonnante>; Une mouche ornait sa
I.2a. Partie inférieure de la jambe I.1a d'une lèvre inférieure.
personne X ... [la jambe de Jean]
Jambe de X = Partie inférieure de la I.1b. Partie du museau ... d'un animal ... [les
jambe I. 1a d'une personne X, entre lèvres du cheval]
le genou 1.a et le pied1 I.1a.
I.2. ... organe de la parole ... [des lèvres scellées]
I.2b. Partie inférieure de la jambe I.1b pas de sg. Lèvres de X [énonçant Y] =
postérieure d'un cheval... [la jambe d'un cheval] Lèvres I. la de X comme organe de la
parole de X qui lui permet II de
II.1. Partie d'un vêtement X ... destinée à recevoir produire un énoncé Y1 au sujet de
une jambe I.1a ... [les jambes d'un pantalon] l'événement Y2.

II.2. Deux parties allongées ... d'un compas ... II.1. Partie de la vulve ... [les grandes et les
[les jambes d'un compas] petites lèvres]

292
de X (et dont l'apparence exprime
II.2. Bords d'une plaie ... [les lèvres de la une propriété psychologique Y de X).
déchirure]
I.1b. Visage 1.a ... [Il marche le nez à terre]
II.3. Chacun des bords d'une faille ... [la lèvre de Nez de X = Visage 1.a de X 1 N. ne
la faille] s'emploie qu'avec les FL.

II.4. Chacun des bords aplatis à la bouche II. 1 I.1c. Partie supérieure de la partie antérieure ... de
d'un tuyau d'orgue... [la lèvre d'un tuyau d'orgue] la tête I.1b d'un animal ... [le nez d'un chien]

MAIN, nom, fém. I.2. Organe de l'odorat d'une personne ou d'un


animal ...[avoir du nez]
I.a. Parties inférieures des bras I.1a d'une pas de pl. Nez de X [pour Y] = Organe
personne ... [les mains de Jean] de l'odorat d'une personne ou d'un
Mains de X [manipulant Y] = Parties animal mammifère X, qui lui permet
inférieures des bras 1. la d'une II de sentir Y et qui est situé dans le
personne X - organe du toucher, de la nez I.1a,b.
préhension et de la manipulation YI
de Y2 par X. II.1. Partie antérieure d’un moyen de transport ...
[le nez d’un bateau]
I.b. Parties inférieures des pattes d'un animal ...
[les mains du paresseux] II.2. Cap élevé portant le nom de X ... [le nez de
Jobourg]
II. 1. Ensemble des cartes à jouer ... [avoir une
belle main] ŒIL, nom, masc [pl yeux].

II.2. Le droit du joueur de cartes X de jeter le I.1a. Deux parties du visage 1.a d'une personne ...
premier ... [À qui la main?] [les yeux de Jean]
Yeux (Z) de X [permettant de voir Y] =
III. Unité de mesure linéaire ... [raccourcir la Deux parties du visage 1.a d'une
robe d'une main] personne X, symétriques par rapport
au nez I.1a, chacune étant constituée
IV. Mode d'agir de X ... [la main de l'artiste] d'un globe mobile blanchâtre placé
dans une cavité et ayant un rond
V. Autorisation 1 donnée ... à Y d'épouser coloré au milieu présentant un rond
noir au centre, et de deux plis de peau
MENTON, nom, masc. horizontaux dont le supérieur, mobile,
peut recouvrir le globe, ce dernier
a. Partie antérieure et saillante de la partie étant conçu comme émettant des
inférieure du visage 1.a d'une personne X . . . [le rayons imaginaires assurant la vue (et
menton de Pierre] exprimant Z - un état ou une
Menton de X = Partie antérieure et propriété de X) - organe de la vue de
saillante de la partie inférieure du X, qui permet II à X de voir Y.
visage 1.a d'une personne X, située
sous la bouche I.1a. I.1b. Deux parties (de la partie antérieure) de la
tête I.1b d'un animal ... [les yeux d'une mouche]
b. Partie inférieure de la tête 1.1 b d'un animal
X . . . [le menton d'une chèvre] I.2. Regard de X sur Y ... [Les yeux sur la mer.
Pierre resta songeur]

NEZ, nom, masc. II.1. Petites taches rondes ... à la surface d'une
soupe ... [les yeux du bouillon]
I.1a. Partie médiane saillante et allongée du
visage 1.a ... [le nez de Jean] II.2. Petit orifice arrondi, artificiellement fait
Nez ( Y ) de X = Partie médiane dans un objet ...[l'œil de l'équerre]
saillante et allongée du visage 1.a
d'une personne X - organe de l'odorat II.3. Bourgeon naissant sur ... une plante ...
et l'un des organes de la respiration [tailler une vigne à deux yeux]

293
et de déplacement de X en position
II.4. Dispositif ... destiné à laisser passer ou à verticale.
percevoir des rayons ... [un œil magique]
I.1b. Partie(s) inférieure(s) ... du corps1 II.1b d'un
OREILLE, nom, fém. mollusque ...[le pied d'un escargot]

I.1a. Deux parties latérales saillantes de la tête I.2. Produit alimentaire - partie inférieure d'une
I.1a d'une personne... [les oreilles de Jean] patte d'un animal de boucherie X [des pieds de
Oreilles de X = Deux parties latérales veau]
saillantes de la tête I.1a d'une
personne X, symétriques par rapport II.1. Extrémité ... d'un lit X près de laquelle
au visage1.a et entourant chacune un doivent se trouver les pieds1 I.1a ... [le pied d'un
orifice - partie de l'organe de l'ouïe de lit]
X.
II.2. Partie d'une pièce de vêtement X, destinée à
I.1b. Deux parties latérales ... (saillantes) de la recevoir le pied1 I.1a ... [le pied d'une chaussette]
tête I.1b d'un animal ... [les oreilles du chien]
II.3. Chaussures aux pieds1 I.1a ... [ses pieds
I.2. Produit alimentaire ... [préparer des oreilles sales]
de porc]
II.4. Partie inférieure ... d'un champignon ... [le
I.3a. Organe de l'ouïe d'une personne ... [l'oreille pied d'un champignon]
juste de Pierre]
pas de pl, sauf indication contraire. II.5. Unité d'un végétal cultivé ... [un pied de
Oreille de X [permettant d'entendre Y] vigne]
= Organe de l'ouïe d'une personne X,
qui permet II à X d'entendre Y, tel II.6. Partie(s) inférieure(s) d'un artefact X,
que les oreilles 1. 1a de X sont la distincte(s) de ... X et destinée(s) à ce que X s'y
partie extérieure de cet organe. appuie [les pieds d'une table]

I.3b. Organe de l'ouïe d'un animal ... [l'oreille I.7a. Partie inférieure de X, n'étant pas distincte
fine du chien] de X [le pied d'un mur <d'une falaise>]

II. Deux parties latérales saillantes ... d'un I.7b. Superficie de la base du pied1 II.7a d'un
artefact ... [les oreilles d'une marmite] artefact X [un mur qui a du pied]

III.1. Personne ayant l'attitude X à propos des I.7c. Point de rencontre d'une perpendiculaire ...
paroles de Y ...[trouver des oreilles [le pied de cette perpendiculaire]
complaisantes]
I.8. Artefact destiné à la réparation des
III.2. Personne ou groupe de personnes qui a la chaussures - petite enclume en forme de pied1
fonction d'écouter ce qu'on dit pour le compte I.1a ... [le pied de fer]
de ... X ... [les oreilles du gouvernement]
III. Unité codifiée de mesure linéaire ... [Elle
ORTEIL, nom, masc. mesure cinq pieds et cinq pouces]

Orteils de X = Partie terminale du POITRINE, nom, fém.


pied1 I.1a d'une personne X,
constituée de cinq parties articulées et 1a. Partie antérieure du torse d'une personne X . . .
mobiles, séparées les unes des autres. [la poitrine de Jean]
Poitrine de X = Partie antérieure du
PIED1, nom, masc. torse [= de la partie supérieure du
corps1 II. ld] d'une personne X - siège
I.1a. Partie inférieure des jambes I.1a ... [les de l'organe de la respiration de X,
pieds de Jean] contribuant à l'émission des sons de X
Pieds de X = Partie inférieure des
jambes I. la d'une personne X -
organe d'appui des jambes I. la de X

294
1b. Partie inférieure de la partie antérieure du
corps1 II.1d d'un animal mammifère ou d'un SOURCIL, nom, masc.
oiseau X . . . [la poitrine d'un oiseau]
1. Deux parties du visage 1.a d'une personne . . .
2. Produit alimentaire . . . [la poitrine de bœuf] chacune étant constituée de poils ... sur ... 1'
arcade sourcilièrè . .. [Il fronce les sourcils]
3. Partie de la poitrine 1a d'une femme X . . . Sourcils [Y] de X = Deux parties du
[Cette femme n'a pas de poitrine] visage 1.a d'une personne X, chacune
Poitrine de X = Partie de la poitrine 1a étant constituée de poils poussant sur
d'une femme X comportant les deux la peau de l'[arcade sourcilière] (et de
seins 2* cette peau), ou ces poils (et dont
l'apparence exprime l'émotion ou
4a. Siège de l'organe de la respiration . . . d'une l'attitude mentale Y de X)
personne X . . .[Il avait la poitrine faible]
Poitrine de X [de Y de Z] = Siège de 2. [arcade sourcilière] …. perçue comme cible
l'organe de la respiration - d'un coup .. .[Il lui a fendu le sourcil droit]
inspiration et expiration de Y - d'une Sourcil de X = [arcade sourcilière] de
personne X, situé dans sa poitrine 1a, X perçue comme cible d'un coup ou
qui contribue à l'émission des sons Z. d'une lésion.

4b. Siège de l'organe de la respiration . . . d'un TÊ TE, nom, fém.


mammifère ou d'un oiseau X . . . [Ce vieux cheval
est mort de la poitrine] I.1a. Partie supérieure du corps [Link] d'une
personne ... [la tête de Pierre]
POUCE, nom, masc. Tête de X = Partie supérieure du corps
II.1a d'une personne X, qui est de
I.a. Le doigt I.a le plus large ... [les pouces de forme sphéroïdale, qui est distincte
Jean] du corps II.1d de X et qui comporte le
Pouce de X = Le doigt I.a le plus large visage et les cheveux, - l'organe de la
opposable aux autres doigts I.a d'une raison et le siège de la mémoire 1.1, de
personne X. la volonté et du contrôle central de X.

I.b. Le doigt I.b le plus large situé du côté interne I.1b. Partie antérieure du corps II.1b d'un
du pied1I. la... [le pouce (du pied) de Jean] animal ... [la tête du lion]
rare. Pouce de X = Le doigt 1.b le plus
large situé du côté interne du pied1 I.2. Produit alimentaire ... [la tête de veau]
I.1a d'une personne X.
I.3a. Visage ayant une certaine apparence [la tête
I.c. Doigt I.c opposable aux autres doigts I.c d'un de brigand]
animal ...[les pouces du moineau] Tête Y de X = Visage de X ayant
l'apparence Y.
I.d. É lément mobile de la pince d'un crustacé ...
[les pouces d'un crabe] I.3b. Expression du visage ... [la tête ironique]
Tête Y de X = Expression du visage de
II. Partie d'un gant ... destinée à recevoir le pouce X manifestant l'état Y de X.
I.a ... [le pouce d'un gant]
I.4. Organe de la raison ... [réagir avec la tête]
III. Unité codifiée de mesure linéaire ... pas de pl. Tête [de X] [à propos de Y]
[raccourcir un vêtement de deux pouces] = Organe de la raison d'une personne
X, assurant le traitement des
IV. Le locuteur ... avertit ses partenaires de jeu, informations Y.
qu'il veut être considéré momentanément hors du
jeu [Pouce !] I.5a... propriété de la personnalité ... [la tête
étourdie]
QUENOTTE, nom, fém, fam. Tête Y [de X] = Tête 1.4 de X telle
Quenottes de X = Petites dents 1.a qu'elle assure une propriété Y de la
d'un jeune enfant X pour qui le personnalité de X relevant de la
locuteur éprouve de l'affection.

295
capacité de X de raisonner (et de se
maîtriser). I.2. Organe de traitement de la nourriture ... dans
N.B.: S'emploie le plus le ventre I.1a,b ... [Pierre a les yeux plus gros que
souvent avec Oper1. le ventre]
Ventre de X [traitant Y] = Organe de
I.5b. Personne possédant la tête I.5a [J'aime bien traitement de la nourriture Y d'une
cette tête chaude] personne ou d'un animal X, situé
dans le ventre I.1a,b, qui doit être
I.6. Unité de bétail [cent têtes de bétail] rempli1 I. 1a de Y et qui doit la
digérer et l'évacuer régulièrement.
II.1a. Partie supérieure ou antérieure d'un objet
[la tête de l'arbre] I.3. Ventre I. la d'une personne X, qui forme une
proéminence [avoir du ventre]
II.1b. Partie antérieure d'une suite d'objets ou de Ventre de X = Ventre I.1a d'une
personnes se déplaçant ... [la tête d'une caravane] personne X, qui forme une
proéminence.
II.2. Partie ... d'un lit ... [la tête du lit]
II.a. Partie convexe et proéminente d'un artefact
II.3. Dispositif autonome ... [la tête de lecture] creux ... [le ventre d'une bouteille]

II.4. Unité de légumes ... [une tête d'ail] II.b. Partie d'une courbe représentant un
phénomène ... [le ventre de la dépression]
III. Personne qui est [à la tête] I.1.2 d'une
collectivité ou d'une activité [être la tête d'un VISAGE, nom, masc.
mouvement]
I. a. Partie extérieure de la partie antérieure de la
IV. Vie d'une personne ... [demander sa tête] tête I. la ... [le visage de Jean]
Visage (Y) de X = Partie extérieure de
VENTRE, nom, masc. la partie antérieure de la tête I.1a
d'une personne X, par laquelle on
I.1a. Partie antérieure de la partie inférieure du identifie X (et dont l'apparence
corps1 II.1d d'une personne ... [le ventre de Jean] exprime un état ou une propriété Y de
Ventre de X = Partie antérieure de la X).
partie inférieure du corps1 II. 1d
d'une personne X, constituée d'une I.b. Personne ayant un visage I.a Y [un visage
cavité et d'une paroi molle qui la connu]
recouvre - siège des organes de
traitement de la nourriture. II. Caractère Y de X perceptible pour Z ... [les
deux visages de la justice]
I.1b. Partie inférieure de la partie postérieure du
corps1 II.1d d'un animal ... [le ventre du lézard]

296
Annexe II. Liste des collocations des NECC

Concernant notre nomenclature (195 lexies NECC, voir 4.2.3), nous établissons la liste
des collocations ci-dessous. Nous suivons la distinction de la liste ([A-1], [B-2], [C], etc.)
selon la distinction des NECC faite dans la section 4.2.3. Dans la première colonne, nous
donnons les NECC ; dans la deuxième colonne, nous donnons les NECC romanisés ; dans
la troisième colonne, nous offrons les collocations au niveau lexical ; dans la quatrième
colonne, nous offrons les collocations au niveau morphologique, c’est-à-dire les
composés collocationnels.

297
[A-1] les éléments du visage

이마 IMA 이마가 넓다
이마가 좁다
이마가 훤하다
이마가 주름지다
이마를 짚다
이마가 튀어나오다
눈썹 I.1 NUNSSEOP 눈썹이 짙다
눈썹이 굵다
눈썹이 숱이 많다
눈썹이 숱이 적다
눈썹이 세다
눈썹을 찌푸리다, 찡그리다
눈썹을 찡긋하다
눈썹을 그리다
눈썹이 검다, 까맣다
일자 눈썹
아치형 눈썹
겉눈썹 GEOTNUNSSEOP 일자 겉눈썹
아치형 겉눈썹
겉눈썹이 짙다
미간 MIGAN 미간이 넓다 양미간
미간이 좁다
미간을 찌푸리다, 찡그리다
미간을 좁히다, 모으다
눈살 NUNSAL 눈살을 찌푸리다
눈살을 펴다
눈살을 모으다
눈 NUN voir [Link]

코 KO 코가 오뚝하다 납작코
코가 납작하다 주먹코
코가 뭉툭하다 매부리코
코를 골다 오똑코
코를 쥐다, 틀어막다, 잡다 돼지코
코를 벌름거리다, 벌렁거리다 벌렁코
코를 후비다 복코
코를 쏘다 딸기코
코가 막히다 주먹코

298
뾰족코
들창코
개코
광대뼈 GWANGDAEPPYEO 광대뼈가 도드라지다, 튀어나오다,
나오다, 불거지다
광대뼈가 크다
구레나룻 GURENARUS 구레나룻이 까맣다, 시커멓다,
거뭇거뭇하다
볼 BOL 볼이 붉다, 빨갛다, 불그스레하다
볼이 상기되다, 홍조를 띄다
볼이 창백하다
볼이 처지다, 푹 들어가다
볼이 포동포동하다
볼살 BOLSAL 볼살이 많다
볼살이 없다
볼살이 오르다
볼살이 빠지다
뺨 PPYAM 뺨에 보조개가 패다
뺨을 치다, 때리다
뺨을 후려갈기다, 갈기다
뺨을 얻어맞다, 맞다, 얻어터지다
장미빛 뺨
뺨이 불그스레하다
뺨에 홍조가 피어오르다
뺨이 혈색이 돌다
뺨이 달아오르다
뺨을 붉히다
보조개 BOJOGAE 보조개를 짓다
보조개가 패다
보조개가 피다
코밑 KOMIT 코밑을 훔치다
인중 INJUNG 인중이 길다
인중이 짧다
인중이 선명하다, 뚜렷하다
입 I.1a IP 입을 벌리다 메기입
입을 헹구다 맨입
하마입
수염 SUYEOM 수염을 기르다

299
수염을 밀다, 깎다
수염이 거뭇거뭇하다
수염이 덥수룩하다
콧수염 KOSSUYEOM 콧수염을 기르다
콧수염이 짧다, 짤막하다
콧수염이 길다
턱수염 TEOKSUYEOM 턱수염을 기르다
턱수염이 길다
턱수염이 거칠다
턱 I.1 TEOK 턱이 뾰족하다 주걱턱
턱이 갸름하다 사각턱
턱을 괴다, 받치다
턱을 파묻다
턱을 치켜들다
턱으로 가리키다
턱이 완강하다, 고집스럽다
턱 I.2 TEOK 턱이 떨리다
턱이 빠지다
턱을 악물다
위턱 WITEOK 위턱이 튀어나오다, 돌출하다
아래턱 ARAETEOK 아래턱이 빠지다
아래턱이 튀어나오다, 돌출하다

[A-1a] les éléments des yeux


검은자 GEOMEUNJA 검은자가 크다
눈동자 NUNDONGJA 눈동자가 까맣다
눈동자가 맑다, 반짝거리다
눈동자가 흔들리다
눈동자가 커다랗다
동공 DONGGONG 동공이 커지다
동공이 작아지다
눈알 NUNAL 눈알을 부라리다, 휘번득이다
눈알을 굴리다, 돌리다
눈알이 충혈되다, 벌겋다
눈알이 튀어나오다
눈알이 왕방울만하다
눈알이 빨개지다
눈알이 빠지다

300
안구 ANGU 안구가 돌출되다 (안구 돌출)
안구가 함몰되다 (안구 함몰)
안구가 건조하다 (안구 건조)
안구를 기증하다 (안구 기증)
안구를 이식하다 (안구 이식)
안구를 굴리다
홍채 HONGCHAE 홍채를 인식하다 (홍채 인식)
흰자위 HUINJAWI 흰자위를 많이 드러내다
흰자위가 충혈되다
흰자위를 두리번대다
흰자위가 누렇다
눈가 NUNGA 눈가를 적시다
눈가를 붉히다
눈가가 붉어지다
눈가가 젖다
눈가를 칠하다
눈두덩 NUNDUDEONG 눈두덩이 붓다
눈두덩이 부석부석하다
눈두덩이 두둑하다, 두툼하다
눈두덩이 꺼지다
눈구석 NUNGUSEOK 눈구석에
눈머리 NUNMEORI 눈머리에
눈꼬리 NUNKKORI 눈꼬리가 처지다
눈꼬리가 올라가다
눈꼬리가 찢어지다
눈꼬리가 가늘다
눈꼬리가 길다
눈꼬리가 사납다
눈시울 NUNSIUL 눈시울이 뜨겁다
눈시울이 붉다
눈시울이 젖다
눈시울이 붉어지다
눈시울이 뜨거워지다
눈시울을 붉히다
눈시울을 적시다
눈시울을 훔치다
눈썹 I.2 NUNSSEOP 눈썹이 길다
눈썹이 짙다

301
눈썹을 떨다
속눈썹 SOKNUNSSEOP 속눈썹이 길다
속눈썹이 짙다
속눈썹을 올리다
속눈썹을 집다
속눈썹이 떨리다
눈꺼풀 NUNKKEOPUL 눈꺼풀이 두껍다, 두툼하다
눈꺼풀을 깜박이다
눈꺼풀이 얇다
눈꺼풀이 파르르 떨리다
눈꺼풀이 감기다, 내려오다
눈꺼풀을 올리다
눈꺼풀을 내리깔다
쌍꺼풀 SSANGKKEOPUL 쌍꺼풀이 있다
쌍꺼풀이 지다
쌍꺼풀이 없다
쌍꺼풀이 진하다
쌍꺼풀이 두껍다

[A-1b] les éléments du nez


코끝 KOKKEUT 코끝이 뾰족하다, 날카롭다
코끝이 뭉툭하다
코끝이 찡하다, 시큰하다, 싸하다
코끝이 들리다
코언저리 KOEONJEORI 코언저리에
코털 KOTEOL 코털을 뽑다
코털이 삐져나오다
코허리 KOHEORI 코허리가 찡하다, 시다, 시큰하다
콧구멍 KOSGUMEONG 콧구멍을 벌름거리다, 벌렁거리다
콧구멍을 후비다
콧구멍이 크다
콧날 KOSNAL 콧날이 오뚝하다
콧날이 날카롭다, 뾰족하다
콧날이 서다
콧날이 찡하다, 시큰하다
콧대 KOSDAE 콧대가 오뚝하다
콧대가 높다
콧대가 서다

302
콧대를 세우다
콧대가 부러지다
콧마루 KOSMARU 콧마루가 오뚝하다
콧마루가 높다
콧마루가 시큰하다
콧등 KOSDEUNG 콧등이 찡하다, 시큰거리다
콧등을 찡그리다, 찌푸리다
콧등이 넓다
콧방울 KOSBANGUL 콧방울이 크다
콧방울을 벌름거리다
코안 KOAN 코안에
콧속 KOSSOK 콧속에

[A-1c] les éléments de la bouche


입 I.2 IP 입을 오므리다
입을 삐죽거리다
입을 맞추다
입이 부르트다
입가 IPGA 입가에
입꼬리 IPKKORI 입꼬리를 올리다
입속 IPSOK 입속으로
입속에
입안 IPAN 입안에
입천장 IPCHEONJANG 입천장이 헐다
입술 IPSUL 앵두 같은 입술 윗입술
입술이 두툼하다, 도톰하다 아랫입술
입술을 맞추다
입술이 부르트다, 트다, 갈라지다
입술을 떨다
입술이 말려 올라가다
입술을 벌리다
입술이 두껍다
입술을 앙다물다, 꽉 다물다
입술을 깨물다
입술에 루즈를 바르다
입술을 비틀다, 실룩거리다
입술이 뾰로통하다
목 I.2a MOK 목이 컬컬하다

303
목이 막히다, 마르다
목을 축이다
목이 메다
목이 쉬다
목구멍 MOKGUMEONG 목구멍이 막히다
목구멍으로
목젖 MOKJEOJ 목젖이 보이다
이 I 이를 빼다 덧니
이를 갈다 뻐드렁니
이가 나다 윗니
이가 빠지다 아랫니
이가 썩다 옥니
이가 성기다
이가 고르다, 가지런하다
이가 성기다
이가 하얗다
이가 누렇다
이를 닦다
이를 교정하다
//스케일링하다
//건치
치아 CHIA 치아를 미백하다 (치아 미백)
치아가 가지런하다
치아가 고르다
치아를 뽑다
치아를 교정하다 (치아 교정)
치아를 이식하다 (치아 이식)
송곳니 SONGGOSNI 송곳니를 드러내다
앞니 APNI 앞니가 튀어나오다
앞니가 빠지다
앞니를 드러내다
어금니 EOGEUMNI 어금니로 씹다, 먹다
어금니를 악물다, 물다
잇몸 ISMOM 잇몸을 드러내다, 내보이다 윗잇몸
잇몸이 시리다 아랫잇몸
잇몸이 붓다
잇몸이 헐다
혀 HYEO 혀를 내밀다

304
혀를 깨물다
혀가 길다
혀를 짧다
혀를 차다
혀를 굴리다
혀를 말다
혀끝 HYEOKKEUT 혀끝을 차다
혀끝을 물다, 깨물다
혀뿌리 HYEOPPURI

[A-2] MEORI ‘tête’ et ses éléments


머리 I.1a MEORI 머리가 앞뒤로 길다 대머리
머리를 긁다
머리를 숙이다
머리를 갸우뚱거리다
머리를 끄덕이다
//짱구
정수리 JEONGSURI

뒤통수 DWITONGSU 뒤통수가 튀어나오다


뒤통수가 납작하다
뒷머리 DWISMEORI 뒷머리가 납작하다
뒷머리가 튀어나오다
앞머리 APMEORI 앞머리가 튀어나오다
머리 I.2a MEORI 머리가 길다 파마머리
머리가 짧다 생머리
머리를 기르다 곱슬머리
머리를 감다 더펄머리
머리를 빗다 흰머리
머리가 덥수룩하다 맨머리
머리가 숱이 많다 민머리
머리가 까맣다
머리를 묶다
머리를 자르다
머리를 깎다
머리를 땋다
머리를 틀어올리다
머리가 희끗희끗하다
머리가 벗어지다

305
머리가 날리다
머리카락 MEORIKARAK 머리카락을 쓸어 넘기다
머리카락이 빠지다
머리카락이 흘러내리다
머리카락이 짧다
머리카락이 길다
머리카락이 헝클어지다
머리카락이 듬성듬성하다
머리카락이 적다
머리카락을 뽑다
머리카락이 나부끼다
머리카락이 부수수하다
머리카락이 소담스럽다
머리카락이 치렁치렁하다
머리카락이 굵다
머리카락이 얇다
머리털 MEORITEOL 머리털이 탐스럽다
머리털이 곱슬곱슬하다
머리털이 곤두서다, 쭈뼛 서다
머리털이 부드럽다
모발 MOBAL 모발이 빠지다
모발을 염색하다
모발이 손상되다
모발을 이식하다
모발이 빠지다
모발이 건강하다
두발 DUBAL 두발을 깎다
두피 DUPI 두피가 건조하다
두피가 기름지다
두피가 건강하다
얼굴 EOLGUL 얼굴이 크다 맨얼굴
얼굴이 작다, 주먹만하다 민얼굴
얼굴이 예쁘다, 곱다
얼굴이잘생기다
얼굴이 복스럽다
얼굴이 달걀형이다, 갸름하다
얼굴이 길다
얼굴이 동그랗다, 동글납작하다

306
얼굴이 네모나다
얼굴이 하얗다, 새하얗다, 백지장처럼
하얗다, 창백하다
얼굴이 가무잡잡하다
얼굴이 수척하다
얼굴이 파리하다
얼굴이 거무튀튀하다
얼굴을 찌푸리다
얼굴을 붉히다
얼굴이 화끈해지다, 벌개지다
얼굴이 침통하다
얼굴이 밝다
얼굴이 어둡다
낯 NACH 낯이 붉어지다 민낯
낯을 찌푸리다
귀 GWI 귀가 잘생기다 쪽박귀
귀를 뚫다 짝귀
귀를 후비다 칼귀
귀를 막다
귀에 귀고리를 하다
목 I.1a MOK 목을 빼다 학목
목에 걸다, 감다 자라목
목덜미 MOKDEOLMI 목덜미가 희다
목덜미를 잡다

[A-2a] les éléments des oreilles


겉귀 GEOTGWI

가운데귀 GAUNDEGWI

속귀 SOKGWI [ANGWI]

귀밑 GWIMIT 귀밑이 빨개지다


귓구멍 GWISGUMEONG 귓구멍을 후비다
귓등 GWISDEUNG 귓등에
귓문 GWISMUN 귓문이 넓다
귓문이 좁다
귓바퀴 GWISBAKWI 귓바퀴를 뚫다
귓불 GWISBUL 귓불이 얇다
귓불이 두껍다
귓속 GWISSOK 귓속을 후비다

307
[B-1] PAL ‘bras’ et ses éléments
팔 PAL 팔을 괴다 오른팔
팔을 벌리다 왼팔
팔을 들다 양팔
팔을 굽히다
팔을 뻗다
팔이 두껍다
위팔 WIPAL 위팔이 굵다, 두껍다
위팔이 얇다
팔꿈치 PALKKUMCHI 팔꿈치로 치다, 때리다, 찌르다, 밀치다,
밀쳐내다
팔꿈치를 괴다
팔꿈치를 오므리다
팔꿈치를 펴다
팔꿈치를 굽히다
아래팔 ARAEPAL 아래팔이 굵다, 두껍다
아래팔이 얇다
팔뚝 PALDDUK 팔뚝이 굵다
팔뚝이 얇다
팔목 PALMOK 팔목이 두껍다
팔목이 얇다
팔오금 PALOGEUM 팔오금이 저리다
팔오금을 펴다

[B-2] SON ‘main’ et ses éléments


손 SON 손을 들다 양손
손을 내밀다 오른손
손을 잡다 왼손
손을 흔들다 고사리손
손이 곱다 꼬막손
손을 주먹을 쥐다 맨손
손을 펴다 깍짓손
손을 꼽다
손에 반지를 끼다
손가락 SONGARAK 손가락이 길다
손가락이 짧다

308
손가락이 굵다
손가락이 가늘다
손가락을 꼽다
손가락을 걸다
손가락에 반지를 끼다
엄지 EOMJI 엄지를 세우다
엄지를 들어올리다
검지 GEOMJI 검지가 길다
검지가 짧다
집게손가 JIPGESONGARAK 집게손가락이 길다
락 집게손가락이 짧다
중지 JUNGJI 중지가 길다
중지가 짧다
가운뎃손 GAUNDESSONGAR 가운뎃손가락이 길다
AK
가락 가운뎃손가락이 짧다
약손가락 YAKSONGARAK 약손가락이 길다
약손가락이 짧다
약지 YAKJI 약지가 길다
약지가 짧다
새끼손가 SAEKKISONGARAK 새끼손가락을 걸다
락 새끼손가락이 길다
새끼손가락이 짧다
손톱 SONTOP 손톱이 길다
손톱이 짧다
손톱을 깎다
손톱을 정리하다
손톱에 매니큐어를 바르다, 칠하다
손톱으로 긁다, 할퀴다
손등 SONDEUNG 손등에
손마디 SONMADI 손마디가 굵다
손마디가 억세다
손바닥 SONBADAK 손바닥을 펴다
손바닥을 비비다
손금 SONGEUM 손금을 보다
손금이 뚜렷하다
손금이 좋다
손금이 나쁘다

309
[B-3] DARI ‘jambe’ et ses éléments
다리 DARI 다리를 절다, 절뚝이다 맨다리
다리를 절름거리다 무다리
다리를 삐다 오른다리
다리를 벌리다 왼다리
양다리
밭장다리
안짱다리
넓적다리 NEOLBJEOKDARI 넓적다리가 굵다
넓적다리가 얇다
허벅지 HEOBEOKJI 허벅지가 굵다
허벅지가 얇다
허벅다리 HEOBEOKDARI 허벅다리가 굵다
허벅다리가 얇다
무릎 MUREUP 무릎을 꿇다
무릎을 세우다
무릎을 붙이다
무릎을 찧다
무릎을 굽히다
앞무릎 APMUREUP 앞무릎을 굽히다
뒷무릎 DWISMUREUP 뒷무릎을 펴다
오금 OGEUM 오금을 펴다
종아리 JONGARI 종아리가 굵다
종아리가 얇다
종아리가 가늘다
종아리를 때리다
장딴지 JANGDDANJI 장딴지가 땅기다
장딴지가 튼튼하다
정강이 JEONGGANGI 정강이를 걷어차다
정강이가 부러지다
복숭아뼈 BOKSUNGAPPYEO 복숭아뼈가 튀어나오다
복사뼈 BOKSAPPYEO 복사뼈가 튀어나오다

[B-4] BAL ‘pied’ et ses éléments


발 BAL 발을 떼다 맨발
발로 밟다 평발
발로 차다 절름발
발을 맞추다 오른발

310
발을 옮기다 왼발
발을 헛디디다 양발
발을 내딛다
발을 디디다
발을 뻗다
발목 BALMOK 발목을 삐다
발목이 가늘다
발목이 굵다
발목이 부러지다
발등 BALDEUNG 발등이 높다
발가락 BALGARAK 발가락이 길다
발가락이 짧다
엄지발가 EOMJIBALGARAK 엄지발가락이 길다
락 엄지발가락이 짧다
발톱 BALTOP 발톱을 깎다
발톱이 길다
발톱이 짧다
발톱에 매니큐어를 칠하다, 바르다
//패디큐어를 하다
발꿈치 BALKKUMCHI 발꿈치를 들다
발뒤축 BALDWICHUK 발뒤축을 구르다
발바닥 BALBADAK 발바닥이 평평하다 맨발바닥

[C] les éléments du tronc


어깨 EOKKAE 어깨에 메다
어깨를 으쓱하다, 으쓱거리다
어깨가 처지다, 늘어뜨리다
어깨를 들어올리다
어깨를 펴다
어깨를 움츠리다
가슴 I.1a GASEUM 가슴이 넓다, 좁다 맨가슴
가슴이 벌어지다 새가슴
가슴을 펴다
가슴골 GASEUMGOL 가슴골이 섹시하다
가슴골이 보이다
젖 JEOJ 젖을 빨다
젖을 빨리다
젖이 붓다

311
젖을 물다
젖을 물리다
젖이 불다
가슴 I.2 GASEUM 가슴이 크다
가슴을 내밀다
가슴이 납작하다
가슴이 봉곳하다, 봉긋하다
가슴이 풍만하다
가슴이 없다
가슴이 나오다, 생기다
가슴이 풍만하다, 크다
가슴이 처지다, 늘어지다
젖가슴 JEOJGASEUM 젖가슴이 풍만하다
젖가슴이 늘어지다
유방 YUBANG 유방을 절제하다
유방을 확대하다
유방이 처지다
젖꼭지 JEOJKKOKJI 젖꼭지를 물리다
젖꼭지를 물다
젖꼭지가 작다
젖꼭지가 크다
유두 YUDU 유두가 작다
유두가 크다
겨드랑이 GYEODEURANGI 겨드랑이에 끼다
등 DEUNG 등이 넓다 곱사등
등이 좁다
등이 곧다
등이 굽다, 구부정하다
등을 밀다
등에 지다
등에 메다
등에 업다
등에 업히다
등을 돌리다
등골 DEUNGGOL 등골이 서늘하다, 오싹하다
등줄기 DEUNGJULGI 등줄기에
옆구리 YEOPGURI 옆구리에 끼다
허리 HEORI 허리가 늘씬하다, 가늘다 개미허리

312
허리가 굽다, 구부정하다
허리를 굽히다
허리를 펴다
허리에 차다
허리에 두르다
배 BAE 배를 깔다 윗배
배가 나오다 아랫배
배가 남산만하다
배꼽 BAEKKOP 참외배꼽
뱃살 BAESSAL 뱃살이 많다
뱃살이 늘어지다
복부 BOKBU 복부가 비만이다
골반 GOLBAN 골반이 크다
골반이 작다
성기 SEONGGI

음부 EUMBU

페니스 PENIS 페니스가 크다


페니스가 작다
불알 BULAL

볼기 BOLGI 볼기를 때리다


엉덩이 EONGDEONGI 엉덩이가 크다
엉덩이가 펑퍼짐하다
히프 HIPEU 히프가 크다
히프가 올라가다
궁둥이 GUNGDUNGI 궁둥이가 크다

[D] les éléments de l’ensemble du corps


몸 MOM 몸이 호리호리하다 맨몸
몸이 아담하다
몸이 건장하다
몸이 유연하다
몸이 뻣뻣하다
몸이 불다
몸을 뉘다
몸을 웅크리다
몸을 낮추다
몸을 일으키다
몸통 MOMTONG 몸통이 가늘다

313
몸통이 굵다
살 SAL 살이 찌다
살이 빠지다
살을 빼다
살을 찌우다
살이 트다
살이 토실토실하다
살이 부드럽다
살이 거칠다
살이 몰랑몰랑하다
살이 트다
살갗 SALGACH 살갗이 부드럽다
살갗이 거칠다
살갗이 희다
살갗이 타다
피부 PIBU 피부가 좋다
피부가 곱다
피부가 부드럽다, 매끄럽다
피부가 촉촉하다
피부가 보송보송하다
피부가 탱탱하다
피부가 탄력이 있다
피부가 나쁘다
피부가 주름지다
피부가 거칠다
피부가 늘어지다
피부가 민감하다
피부가 탄력이 없다
피부가 하얗다
피부가 우윳빛이다, 백옥같다
피부가 검다, 까맣다, 까무잡잡하다
지성 피부
건성 피부
복합성 피부
민감성 피부
털 TEOL 털이 나다 잔털
털이 수북하다 센털
털이 빠지다

314
털을 밀다, 깎다, 면도하다
털을 뽑다
털이 곤두서다
모공 MOGONG 모공이 크다
모공이 넓어지다
모공이 수축되다
주름 JUREUM 주름이 잡히다 잔주름
주름이 지다
주름이 패이다
주름을 잡다
주름이 자글자글하다
근육 GEUNYUK 근육이 생기다
근육이 발달하다
근육이 당기다
알통 ALTONG 알통이 생기다
알통이 튀어나오다
알통이 크다
핏줄 PISJUL 핏줄이 튀어나오다
혈관 HYEOLGWAN 혈관이 튀어나오다
상반신 SANGBANSIN 상반신을 일으키다
상체 SANGCHE 상체가 마르다
상체가 우람하다
상체를 굽히다, 구부리다
상체를 일으키다
상체를 세우다
윗몸 WISMOM 윗몸을 일으키다
하체 HACHE 하체가 약하다
하체가 부실하다
하체가 튼튼하다
하체가 비만이다
아랫몸 ARAESMOM 아랫몸을 일으키다
하반신 HABANSIN 하반신이 마비되다

315
316
Index

B
D
base 6, 117, 121, 124, 125, 126, 132, 139, 140, 144,
définition i, 3, 5, 8, 23, 58, 78, 81, 83, 104, 127,
165, 167, 168, 173, 189
130, 133, 140, 141, 145, 148, 157, 170, 178, 179,
180, 181, 182, 184, 185, 189, 192, 193, 194, 195,
C
196, 197, 198, 199, 201, 202, 203, 205, 210, 211,
cliché linguistique 4, 5, 117, 177 212, 214, 216, 221, 224, 225, 226, 228, 230, 231,

collocatif 6, 117, 121, 124, 125, 130, 135, 140, 166, 233, 241, 242, 244, 245, 246, 247, 248, 252, 260,

173, 188, 191, 222, 240 261, 265

collocation i, 1, 4, 5, 6, 7, 8, 32, 117, 121, 122, 124,


125, 126, 127, 130, 131, 133, 134, 135, 139, 140,
E
141, 142, 144, 145, 155, 156, 157, 163, 167, 168,
embodiment i, 7, 43, 48, 49, 50, 51, 53, 94
170, 173, 177, 178, 182, 184, 187, 189, 190, 191,
218, 227, 231, 232, 243, 244, 260, 264, 265
F
collocation lexicale i, 117, 134, 156, 157

collocation morphologisée i, 7, 117, 156, 157, fonction lexicale 6, 138, 166, 216

167, 168, 178


composante centrale 203, 215
L
composante faible 195, 211, 244, 252 lexicalisation i, 1, 2, 3, 7, 109, 114, 115, 148, 154,
composante périphériques 203 167, 178, 262, 264
composante sémantique 83, 131, 184, 186, 189, Lexicographie Explicative et Combinatoire 1
192 Lexicologie Explicative et Combinatoire 1, 2, 3,
composé endocentrique 152, 153, 155, 156, 160 4, 6, 81, 133, 134, 135, 146, 196, 210, 243, 247
composé exocentrique 151, 152, 155, 160 lexie composée 30, 104, 160, 170
composé lexicalisé 146, 148, 155 lexies dérivées 8, 28, 146
composé libre 146, 148, 155 locution 3, 4, 5, 6, 32, 40, 117, 119, 120, 121, 122,
composé semi-libre 153 126, 127, 133, 142, 143, 144, 154, 169, 170, 174,
compositionnalité 4, 5, 6, 119, 123, 142, 143, 144, 175, 176, 177, 184, 225, 264

148, 152, 154, 173 locution faible (quasi-locution) 5, 144, 173,

conceptualisation i, 2, 49, 53, 245, 262, 264 175


locution forte 5, 123, 144

semi-locution 5, 169, 173, 175

317
M pivot sémantique 5, 143, 144, 152, 154, 159, 161,
170, 174
métaphore 49, 50, 69, 123, 220
primitif sémantique 201, 245, 246
métonymie 49, 69, 78, 84, 243

modèle explicatif i, 245, 250 Q

N quasi-prédicat 54, 55, 56

quasi-synonyme 103, 127, 128, 131, 135, 136, 139,


NEC de base 8, 95, 96, 97, 98, 99, 100, 101, 103, 163, 181, 265
115
nomenclature 8, 62, 63, 64, 66, 95, 97, 101, 103, R
104, 109, 113, 115, 263
Réseau Lexical i, 3, 117, 263
noms d’éléments du corps i, 1, 43, 63

NSM 53, 195, 243, 244, 246, 247


T
P Théorie Sens-Texte ii

patron de définition 179, 196, 197, 245, 248, 252,


U
253, 265
phrasème i, 4, 6, 117, 124, 127, 133, 154 universel i, 1, 7, 43, 51, 52, 53, 178, 179, 248
phrasèmes lexicaux 5, 117, 118, 145, 154, 170, universel conceptuel 51, 53
173, 174, 177, 212 universel physique 1, 7, 51, 52
phrasèmes morphologiques 6, 117, 146, 170,
173, 174, 175, 176, 178, 259 V
phrasèmes sémantico-lexicaux 5, 118
vocable 3, 7, 53, 62, 64, 66, 68, 69, 70, 71, 72, 73,
phraséologie 1, 3, 4, 7, 8, 11, 74, 117, 125, 133,
75, 76, 77, 78, 80, 85, 86, 87, 88, 89, 98, 122, 171,
134, 146, 177, 178, 179, 185, 195, 196, 197, 211,
172, 186, 191, 263
245, 248, 250, 253, 262, 263, 264, 265
vocabulaire basique i, 7, 43, 45, 46, 47, 48, 94
phraséologisation i, 1, 2, 4, 117, 146, 154, 164,
173, 259, 264

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