LES ROBES
La robe est la couleur du pelage de la vache. On peut distinguer de
nombreuses robes différentes. Ainsi une vache peut être blanche,
blonde, froment, brune, rouge, noire, grise, pie rouge, pie noire, pie
bleue… et même tricolore comme c'est le cas pour la Normande !
▲ Vache Normande
Deux pigments
Il existe deux pigments responsables de la coloration des poils. Il y
a d'abord l'eumélanine, qui est un pigment foncé existant sous deux
formes. Il est à l'origine du noir et du marron. Enfin, il y a également
la phaeomélanine, qui est un pigment clair, responsable pour sa
part de la couleur fauve.
L'intensité de la couleur dépend de la concentration du pigment
dans le poil. On parle de dilution lorsqu'il y a moins de pigment dans
le poil. Ainsi la robe sable est la même que la fauve, mais diluée. Et
lorsqu'il n'y a pas du tout de pigment dans le poil, celui-ci est blanc.
Les robes simples
A la base, on a une robe simple qui n'est la conséquence que d'un
seul pigment (même si les extrémités peuvent quand même être
pigmentées différemment). La robe peut être "laissée" comme telle
dans le cas d'une robe simple, mais pourra subir des modifications
telles que des charbonnures, bringeures, grisonnements, bigarrures
ou encore panachures.
Noir
Cette robe est due à l'eumélanine noire. L'animal est entièrement
noir (pas de décoloration autour du mufle ni présence d'une bande
de décoloration sur le dos, donc à ne pas confondre avec fauve
extrêmement charbonné). Il s'agit par exemple des vaches
Camargaises.
Lorsque le pigment est dilué, la robe est dite bleue. En réalité, elle
apparait plutôt grise. Il faut cependant bien faire la distinction entre
le bleu issu de la dilution du pigment noir et le gris issu d'un
mélange de poils noirs et blancs.
Marron
Cette robe est due à l'eumélanine marron. Elle est extrêmement
rare chez les bovins en général, mais se rencontre parfois chez les
zébus africains.
La dilution du marron est appelée beige chez les bovins. Elle est
encore plus rare.
Fauve
Cette robe est due à la phaeomélanine. Selon la dilution du
pigment, la couleur de la robe varie entre un rouge acajou à un
jaune soutenu. C'est pourquoi dans la qualification d'une robe, il
vaut mieux ajouter un adjectif pour mieux définir la nuance : fauve
rouge, fauve roux, fauve froment...
◄ Fauve rouge (taureau Salers)
◄ Fauve roux (génisse Limousine)
◄ Fauve froment, ici panaché (vache Simmental)
Souvent, les extrémités sont plus claires que le reste du corps : au
niveau du mufle, des yeux, des oreilles, du ventre, de la sphère
anale, et enfin l'intérieur et l'extrémité des membres. Mais ce n'est
pas toujours les cas, alors pour faire la distinction, on dit fauve à
extrémités claires ou noires.
Enfin, lorsque le fauve est vraiment dilué, on parlera de la robe
sable.
◄ Sable (vaches Blondes d'Aquitaine)
Blanc
Lorsqu'il n'y a pas de pigment, le poil est blanc, et donc la robe est
blanche. Il ne faut cependant pas confondre une vache réellement
blanche, d'une vache fauve extrêmement diluée : "sable ivoire".
◄ Blanc (vaches Charolaises)
Les robes composées
Il s'agit des robes charbonnées et des robes bringées. Dans les
deux cas, on a une robe de base fauve ou sable, avec des
adjonctions de poils noirs (parfois marrons).
Les charbonnures
Les charbonnures sont des plaques où les poils de la robe de base
sont mélangés à des poils noirs plus ou moins concentrés. Ces
plaques sont elles-mêmes plus ou moins étendues sur l'animal.
Dans la gamme de variations, elles apparaissent d'abord au niveau
des extrémités (tête, devant des membres), puis elles envahissent
vers le centre du corps. Au degré maximal d'envahissement des
charbonnures, les poils fauves/sables ne sont plus visibles
qu'autour du mufle et sur la ligne du dos. Il faut donc qualifier
l'étendue de la charbonnure : (très) légèrement, moyennement,
(très) fortement charbonné.
◄ Moyennement charbonné (taureau Jersiais)
◄ Légèrement charbonné (vaches Jersiaises)
Les extrémités d'une robe charbonnée sont souvent noires, mais il
peut arriver qu'elles soient claires.
Très rarement, les charbonnures sont issues de poils marrons et
non noirs. C'est notamment le cas de la race Brune. Chez elle, en
plus, il y a eu une dilution du marron. La Brune possède donc en
réalité une robe "fauve très fortement charbonnée de beige".
Les bringeures
Ici, la présence des poils noirs parmi la robe de base se fait sous la
forme de striations verticales en bandes ou rayures. Là aussi,
l'étendue des bringeures permet de distinguer des animaux (très)
légèrement, moyennement et (très) fortement bringés.
◄ Légèrement bringé (vache Normande)
◄ Moyennement bringé (vache Normande)
◄ Fortement bringé (vache Normande)
Le mufle est "marbré" de taches noires, correspondant aux
bringeures de la robe.
Lorsque l'animal est très fortement bringé, il peut apparaitre noir au
premier abord.
Les robes modifiées
Ici, on a une robe de base, éventuellement charbonnée ou bringée,
qui subit une modification telle que le grisonnement, la bigarrure ou
la panachure.
Le grisonnement
Il s'agit en fait d'un mélange de poils de la robe de base avec des
poils blancs. Lorsque c'est un mélange à base de poils noirs, on
appelle la robe gris. Lorsque c'est un mélange à base de poils
fauves, on dit rouan.
Le gris est souvent abusivement appelé bleu chez les bovins. Mais
il ne faut pas confondre gris et bleu (voir plus haut).
Les bigarrures
La bigarrure correspond à un éclaircissement du fond de la robe,
mais avec le maintient de taches de la couleur originelle. Cet effet
est rare chez les bovins.
Les panachures
La panachure correspond à la présence de taches blanches sur la
robe de base. L'étendue des taches peut être très développée, ou
au contraire plutôt limitée. Il existe plusieurs de patrons à la base
des taches. Bernard DENIS a identifié ces différents patrons :
La panachure irrégulière (type Prim'holstein) ;
La panachure irrégulière associée avec le maintien d'une
pigmentation aux membres et avec la tête blanche ;
L'association "panachure irrégulière + membres colorés + tête
blanche" (type Normande) ;
La série "tête blanche" ;
La série "coloration latérale de type Pinzgau" ;
La série "coloration latérale de type Vosgien" ;
La série "ceinture blanche" ;
La série "dépigmentation latérale de type Bordelais".
◄ Panachure irrégulière (Princesse)
◄ Panachure irrgulière avec tête blanche (vaches Montbéliardes)
◄ Coloration latérale (vache Vosgienne)
D'une manière générale, les robes pie peuvent être mouchetées, à
contours nets ou à contours déchiquetés. Chaque vache pie a des
taches différentes, même deux vaches jumelles (ou clonées)
n’auront pas les mêmes taches. En effet, la répartition des taches
n’est pas inscrite sur l’ADN. Elle se fait naturellement lors du
développement du fœtus. Les robes pie peuvent varier d’un
extrême à un autre ; c'est-à-dire d’une vache presque blanche (avec
seulement quelques taches de couleur) à une vache presque
entièrement de couleur (avec seulement quelques taches
blanches).
LES RACES LAITIERES
Vous trouverez ici quelques informations sur les races laitières
suivantes : Abondance, Montbéliarde, Pie Rouge, Prim'Holstein,
Rouge Flamande, Simmental Française et Tarentaise.
La Bleue du Nord, la Jersiaise, la Normande et la Vosgienne sont
aussi des laitières. Leur fiche sont déjà complètes, vous pouvez
donc retrouver plein d'informations illustrées sur ces races en
cliquant sur l'onglet correspondant, à gauche.
Abondance
Robe Pie fauve-acajou
Vocation Laitière rustique
Poids vache 600 à 750 kg
Taille vache 1,40 m
Poids taureau 850 à 1100 kg
Taille taureau 1,50m
Berceau Savoie
Montbéliarde
Robe Pie fauve-rouge
Vocation Laitière mixte
Poids vache 650 à 800 kg
Taille vache 1,45 à 1,50 m
Poids taureau 1000 à 1200 kg
Taille taureau 1,60 à 1,70 m
Berceau Franche-Comté
Pie Rouge
Robe Pie fauve-rouge
Vocation Laitière spécialisée
Poids vache 700 à 800 kg
Taille vache 1,44 m
Poids taureau 900 à 1100 kg
Taille taureau 1,55 m
Berceau Bretagne
Prim'Holstein
Robe Pie noire
Vocation Laitière spécialisée
Poids vache 600 à 700 kg
Taille vache 1,45 m
Poids taureau 1100 kg
Taille taureau 1,50 m
Berceau France
Cette vache est une laitière hors pair. Elle est dotée d'une
morphologie fonctionnelle. Une mamelle adaptée à la traite
mécanique, un bassin incliné facilitant les vêlages, des membres
solides... Tant de qualités qui expliquent un essor spectaculaire de
cette race.
Rouge Flamande
Robe Fauve acajou fortement charbonné
Vocation Laitière spécialisée
Poids vache 600 à 750 kg
Taille vache 1,35 à 1,48 m
Poids taureau 950 à 1250 kg
Taille taureau 1,50 m
Berceau Nord - Pas-de-Calais
Simmental Française
Robe Pie fauve-froment
Vocation Laitière mixte
Poids vache 700 à 800 kg
Taille vache 1,40 à 1,50 m
Poids taureau 1000 à 1250 kg
Taille Taureau 1,50 à 1,60 m
Berceau Bourgogne
Tarentaise
Robe Fauve-rouge plus ou moins charbonné
Vocation Laitière rustique
Poids vache 550 kg
Taille vache 1,30 à 1,35 m
Poids taureau 800 kg
Taille taureau 1,40 à 1,45 m
Berceau Alpes
Elle est aussi appelée Tarine.
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LA BLEUE DU NORD
Robe Pie bleue
Vocation Laitière mixte
Poids vache 700 à 900 kg
Taille vache 1,33 à 1,45 m
Poids Taureau 1050 à 1300 kg
Taille Taureau 1,45 à 1,55 m
Berceau Nord
Origine
C'est à partir de croisements de la Pie Noire Hollandaise et de la
Shorthorn, qu'au milieu du XIXème siècle une vache bleue se
développe. Elle est d'abord principalement utilisée pour sa
production laitière. Le berceau de la race est situé dans le nord de
la France, et particulièrement dans le Hainaut, tant français que
belge. Comme beaucoup de races, la Bleue du Nord voit sa
population fortement diminuer lors de la Première Guerre Mondiale.
En 1953, le Livre Généalogique est fermé, et la race est presque
vouée à la disparition. A partir des années 1970, la croissance de la
race est relancée par l'autorisation de l'utilisation de taureaux
d'insémination artificielle belges. Contrairement aux éleveurs belges
qui ont orienté leurs troupeaux vers la production bouchère, les
éleveurs français ont préféré conserver le caractère mixte de la
race.
Herd-book
Le Herd-Book est créé en 1923 : "Société du Herd-Book Bleu du
Nord". En 1960, la race est appelée Mixte Bleue du Nord pour
distinguer ce rameau d'un autre, qui a la même origine mais qui a
été orienté vers la production bouchère : la Blanc Bleue Belge. En
1986, l'Union Bleue du Nord est créée pour remplacer la Société du
Herd-Book Bleu du Nord, et la vache reprend le nom qu'on lui
connait aujourd'hui.
La robe
Qui croirait qu'une vache bleue puisse exister ? Pourtant c'est le
cas, la Bleue du Nord arbore cette couleur originale avec fierté ! Le
fond de la robe est blanc, les taches qui peuvent être plus ou moins
grandes ont les contours nets ou "déchiquetés". Les taches sont
constituées de poils gris foncés à noirs et de poils blancs. Le
mélange des deux couleurs de poils donne cette impression de
bleu. Enfin, deux cas extrêmes se présentent pour cette robe : la
vache peut être toute blanche ou bien tout simplement pie noire,
sans dilution par les poils blancs dans les taches !
Les cornes
La Bleue du Nord porte des cornes fines qui sont généralement
recourbées vers le front.
Conformation
La tête de la Bleue du Nord est courte. Son front est large et son
chanfrein rectiligne. Son corps est plutôt long et son bassin incliné.
Malgré une musculature assez forte, son squelette est fin.
Le gène "culard"
Ayant une origine proche de la Blanc Bleue Belge, la Bleue du Nord
présente parfois le caractère culard. En France, environ 10 à 20%
des animaux possèdent le gène culard, qui est récessif. Il faut que
l'individu soit homozygote sur ce gène pour qu'il s'exprime
morphologiquement.
Rusticité
Les Bleues du Nord sont des animaux rustiques et résistants, dont
l'entretien est facile. Leur berceau leur a donné la capacité de très
bien s'adapter aux zones humides et froides.
Population
Il existe environ 3000 Bleues du Nord réparties dans un peu moins
de 200 élevages.
Interview d'éleveur
► Sophie, éleveuse de Bleues du Nord en Lycée Agricole dans le
Nord
Sophie et Lueur, au Salon de l'Agriculture de Paris 2009.
[Link] : Comment pourriez-vous présenter cette
race de vache ?
Sophie : C’est une race qui bénéficie d’un programme de maintien.
Il y a environ 3000 vaches, dont 800 sont inscrites au contrôle
laitier. Elle est présente en France et en Belgique où elle est
appelée Bleue Mixte.
Princesse : Quels sont les atouts et les avantages de la Bleue du
Nord ?
Sophie : C’est une vache dotée d’une bonne conformation. C’est
une race dont la mixité est bien équilibrée. Elle valorise très bien les
surfaces herbagères.
Princesse : Quels sont ses inconvénients ou ses défauts ?
Sophie : Elle produit peu de lait. A leur premier vêlage, les génisses
Bleues du Nord ont souvent une très mauvaise production.
Princesse : Quel est son caractère ?
Sophie : C’est une vache docile et douce, qui se conduit facilement.
Mais elle ne manque parfois pas d’affirmer son caractère !
Princesse : Pourquoi avez-vous choisi cette race ?
Sophie : Je travaille en Lycée Agricole, et c’est le conseil
d’administration qui avait décidé de choisir une race autre que les
habituelles Prim’Holstein et Charolaises, pour présenter un autre
système d’élevage. Et comme nous sommes situés dans le Nord, la
Bleue du Nord s’est forcément imposée.
Princesse : Y a-t’il une anecdote avec une Bleue du Nord qui vous
a particulièrement marquée ?
Sophie : Lorsque nous avons appris à nos vaches à marcher en
main, pour les préparer pour le Salon de l’Agriculture de Paris,
beaucoup d’élèves du lycée ont fait du ski nautique derrière des
vaches un peu trop pressées !
Où voir des Bleues du Nord ?
L'essentiel du cheptel est situé dans le nord de la France, mais il y a
quelques élevages en Normandie et même dans l'Ain.
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[Link] - Dernière mise-à-jour : 23 février 2014
LA VOSGIENNE
Robe Pie noire mouchetée
Vocation Laitière rustique
Poids vache 600 à 650 kg
Taille vache 1,30 à 1,35 m
Poids taureau 900 à 1000 kg
Taille taureau 1,35 à 1,40 m
Berceau Vosges
AUTRES NOMS
La Vosgienne est parfois appelée Race des Vosges. Son nom
international est Vosges.
ORIGINE
Elle est issue de croisements effectués au XVIIème siècle entre des
vaches autochtones des Vosges et des vaches suédoises amenées
en France par des soldats suédois lors de la Guerre de Trente Ans.
Puis, au XXème siècle, il y a eu un apport de sang norvégien à
travers des croisements avec la race Telemark.
HERD-BOOK
Le Livre Généalogique de la Vosgienne a été ouvert en 1928.
LA ROBE
La Vosgienne présente une robe très originale. La robe type a pour
base la robe pie noire. En fait, elle a deux grosses taches sur les
flancs. Les contours et les alentours de ces taches sont mouchetés.
Aucune trace noire ne traverse la ligne du dos. Le ventre est blanc.
Les trayons, le museau, les onglons, le bout des cornes et le
contour des yeux doivent être noirs.
Elle a une trace noire au dessus de chaque oeil, ce qui fait penser à
des sourcils. La tête ne devant être ni trop foncée ni trop claire, les
couleurs noire et blanche y sont réparties de manière égale. Ces
motifs sont la robe typique de la Vosgienne. Cependant, on trouve
aujourd'hui des Vosgiennes très foncées, et d'autres peuvent être
très blanches. Enfin, certaines présentent une couleur pie rouge,
avec les mêmes motifs.
Vosgienne foncée.
Vosgienne presque blanche.
Vosgienne pie rouge (ici Veinarde).
CONFORMATION
Le corps est plutôt trapu, avec une musculature développée. Ses
qualités de montagnardes lui sont conférées par des membres
solides et courts, ainsi que des onglons durs. Sa tête est courte et le
profil droit. Le museau est large.
LES CORNES
A leur base, les cornes poussent vers les côtés. Puis, elles
remontent obliquement vers le haut. Elles sont de taille moyenne.
Leurs extrémités sont de couleur noire.
SAUVEE DE L'EXTINCTION
La guerre de 1870 ainsi que les deux Guerres Mondiales ont
décimé les troupeaux de Vosgiennes. Il y a aussi eu la concurrence
d'autres races laitières avec la montée en puissance de la
Prim'holstein, de la Montbéliarde et de la Simmental, par exemple.
Elle a donc été rayée de la liste des races officielles en 1947.
Voyant ses effectifs diminuer dangereusement, un plan de relance a
été mis en place en 1977, et des éleveurs passionnés se sont
battus pour qu'aujourd'hui encore de belles Vosgiennes broutent
dans les pâturages des Vosges et ravissent ainsi l'oeil des
randonneurs !
POPULATION
En tout, le cheptel de Vosgiennes compte aujourd'hui environ 10
000 vaches.
FROMAGE
C'est à la Vosgienne que l'on doit le Munster (AOC).
INTERVIEW DE L'ELEVEUR
► Lionel, éleveur de Vosgiennes dans les Vosges.
Lionel et Veinarde.
[Link] : Comment pourriez-vous présenter cette
race de vache ?
Lionel : Cette race aurait aujourd’hui disparu, si en 1977, quelques
éleveurs passionnés n’avaient pas mis en place un plan de relance
de la race. Grâce à cette sauvegarde de la Vosgienne, l’effectif
atteint aujourd’hui 10 000 vaches. C’est une vache qui produit
environ 3800 litres de lait par an. C’est une vache mixte, mais la
plupart des éleveurs l’utilisent en vache laitière. Très rares sont
ceux, qui ont un troupeau de Vosgiennes allaitantes.
Princesse : Quelques mots sur votre troupeau ?
Lionel : Je possède 35 laitières, dont les deux tiers sont des
Vosgiennes (les autres étant des Abondances et deux
Montbéliardes). Toutes mes vaches sont inscrites au Herd-book et
au Contrôle Laitier.
Princesse : Quel sont les atouts et les avantages de la
Vosgienne ?
Lionel : C’est un animal qui est très adapté au climat et au relief
Vosgien. En plus, le sol des Vosges est rendu acide par une
présence importante de pins. Or, la Vosgienne parvient très bien à
valoriser cette herbe acide, qualité rare chez les vaches. Elle
possède de très bons aplombs, ce qui en fait une très bonne
marcheuse en montagne. Les vêlages se font facilement. La
Vosgienne présente une grande longévité, j’ai plusieurs vaches de
11-13 ans qui produisent encore bien. A la réforme, sa viande est
de meilleure qualité que celle des autres races laitières. Le lait
d’une Vosgienne nourrie à l’herbe est de meilleure qualité que celui
d’une Prim’holstein nourrie à l’ensilage de maïs. Ainsi, le lait de la
Vosgienne aura un taux protéique de 30-34‰ et un taux de matière
grasse de 38‰. Alors que le lait de la Prim’holstein aura un taux
protéique identique mais un taux de matière grasse plus important
(environ 45‰). La Vosgienne possède donc l’avantage, qu’à partir
d’une nourriture qui ne coûte rien (l’herbe), elle produit un lait riche
en protéines et peu gras, qui convient donc mieux aux laiteries.
Enfin, elle est très rustique et engendre très peu de frais
vétérinaires, ceux-ci se limitant essentiellement aux vaccins et
prises de sang (pour les concours).
Princesse : Quels sont ses inconvénients ou ses défauts ?
Lionel : Elle ne produit pas beaucoup de lait. Comme il n’y a que
1000 Vosgiennes inscrites au Contrôle Laitier, et que l’on ne teste
que deux ou trois taureaux par an (contre 150 chez les
Prim’holsteins), l’évolution est faible. C’est donc une race difficile à
faire progresser.
Princesse : Quel est son caractère ?
Lionel : Vis-à-vis des autres races de vaches, elles sont très
dominantes (malgré leur petite taille !). Elles auront tendance à
s’imposer, à prendre leur place et à ne pas se laisser marcher sur
les pieds ! C’est pourquoi, lorsqu’elles sont en troupeau mixte
comme chez moi, on les écorne pour qu’elles soient plus dociles
envers leurs congénères. Il m’est même déjà arrivé, lorsque j’ai
emmené une Vosgienne au Salon de l’Agriculture de Paris, de
devoir la retenir pour ne pas qu’elle aille mettre un coup de tête
dans une Prim’holstein pourtant beaucoup plus grande qu’elle !
Elles ont un vrai caractère de vosgien ! Elles ont donc un gros
caractère avec les autres vaches, mais envers l’Homme, elles sont
très dociles et très proches. Elles me connaissent bien, et,
lorsqu’elles sont au pré, il me suffit de les appeler pour qu’elles
viennent me voir. Si elles sont si dociles, c’est peut-être aussi parce
que je n’utilise ni la force ni la fermeté, mais plutôt la méthode
douce. J’ajoute qu’elles sont également très curieuses.
Princesse : Pourquoi les Vosgiennes n’ont-elles pas des mamelles
aussi grosses que chez les autres races laitières, particulièrement
comme chez les Prim’holsteins ?
Lionel : A la base, la Vosgienne est une grande marcheuse. Elle
est susceptible de marcher parmi les ronces, les genêts… Il ne faut
donc pas qu’elle ait une grosse mamelle, qui pourrait être blessée
ou griffée. L’essentiel, c’est que celle-ci soit bien accrochée.
Princesse : L’hiver, les Vosgiennes rentrent-elles à l’étable ou
restent-elles dans la montagne ?
Lionel : La Vosgienne étant une vache montagnarde et rustique, je
laisse mes vaches le plus possible dehors. Tant qu’il fait bon et qu’il
ne pleut pas, même s’il n’y a plus grand-chose à manger, je les
laisse dehors afin de les faire marcher. Mais dès que l’herbe n’est
plus valorisante et que le temps est mauvais, elles rentrent à
l’étable, en général, c’est vers le 10-15 novembre. Mais quand le
temps est au meilleur de l’année, je les monte vers des pâturages
situés plus en altitude. J’en ai profité pour faire revivre une tradition
qui s’était perdue : la transhumance. Au début du mois de mai,
j’organise une journée pour effectuer ce déplacement des vaches
vers leurs pâtures d’été. Les gens apprécient et viennent nombreux
pour participer à cette fête. L’année dernière, nous étions plus de
soixante dix personnes.
Princesse : Pourquoi avez-vous choisi cette race ?
Lionel : Par passion, j’ai suivi les traces de mon père, qui a été
président de la race Vosgienne du département pendant quelques
années. A la base, l’idée est issue d’une jeune fille qui a suivi un
stage chez mon père. Elle venait d’Alsace, d’une ferme où se
trouvaient des Vosgiennes. C’est donc par son intermédiaire que
nous sommes tombés amoureux de cette race. Nous avons par la
suite choisi d’en élever car elle s’adapte très bien ici et à l’époque
elle produisait autant de lait que la Montbéliarde.
Princesse : Y a-t’il une anecdote d’une Vosgienne qui vous a
particulièrement marqué ?
Lionel : Il existe certaines Vosgiennes qui sont pie rouges. En fait,
2 à 3% des Vosgiennes possèdent le gène récessif qui code pour la
couleur rouge. J’ai eu un jour une vache qui a mis veau une petite
de cette couleur. Comme notre troupeau est laitier, nous séparons
les veaux de leur mère et nous leur donnons à boire au seau. Mais
cette petite rouge ne voulait boire ni au seau ni au biberon. Comme
les Vosgiennes rouges sont rares, elles font la fierté de l’éleveur,
lorsqu’il y en a une dans le troupeau. Je voulais donc la garder et
j’ai continué à essayer de la faire boire au seau, ce qui n’a vraiment
pas été facile. Elle a eu de la chance d’être rouge, sinon je ne
l’aurais pas gardée. C’est pourquoi je l’ai appelée Veinarde (voir la
photo plus haut). Maintenant, elle grande et pour la reproduction,
j'utilise un taureau qui possède le gène rouge afin d'essayer d'avoir
d'autres petits veaux rouges. Elle est très docile et n’est pas prête
de s’en aller de chez moi !
Où voir des Vosgiennes ?
L'essentiel du cheptel des Vosgiennes se trouve dans les
départements des Vosges, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Mais elle
est parfois visible dans d'autres régions de la France, ainsi qu'à
l'étranger. On peut en voir chaque année au Salon de l'Agriculture à
Paris et tous les trois ans, un concours de cette race y est organisé.
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