Arguments Rimbaud
Idée 1 : Une liberté physique, la liberté d'aller et venir à sa guise
Argument 1 : Le rejet de l'enfermement domestique et provincial.
Rimbaud ne supporte plus la pesanteur du foyer familial, qu'il juge étouffant sous l'autorité
d'une mère « bigote ». Il déteste également l'étroitesse d'esprit de sa ville natale,
Charleville. Pour lui, la liberté est d'abord le droit fondamental d'aller et venir à sa guise,
un héritage direct des Révolutionnaires de 1789 dont il admire le souvenir dans son
poème « Le Forgeron ».
Lien avec Victor Hugo : Tout comme Hugo a choisi l'exil volontaire pour fuir l'oppression
politique de Napoléon III et rester libre de ses convictions, Rimbaud choisit l'errance pour
échapper à l'oppression morale de son milieu social.
Argument 2 : La marche comme moteur de la création poétique.
De nombreux poèmes mettent en scène le poète en mouvement. Le verbe « aller » est
central, apparaissant dès le premier vers de « Sensation » (« j'irai dans les sentiers ») ou
dans « Ma Bohême » (« Je m'en allais »). Rimbaud ne se contente pas d'observer la
nature ; il la traverse physiquement, que ce soit sous les tilleuls de Charleville dans «
Roman » ou vers les bois profonds avec Nina.
Lien avec Paul Verlaine : C'est cette passion pour le mouvement perpétuel qui poussera
Verlaine à surnommer Rimbaud « l'homme aux semelles de vent ». Verlaine a été le
premier à comprendre que pour Rimbaud, marcher est un acte poétique aussi important
que l'écriture elle-même.
Argument 3 : La concrétisation de la liberté par les fugues.
Cette soif de liberté se traduit par des fugues réelles tout au long de l'année 1870. Dans
ses poèmes comme « Au Cabaret-Vert », il décrit avec réalisme l'usure de son corps et de
ses vêtements, mentionnant ses « bottines » déchirées aux « cailloux des chemins ». La
liberté n'est pas une idée abstraite, c'est une expérience physique intense.
Lien avec Charles Baudelaire : Cela rappelle la figure du « Flâneur » baudelairien qui
parcourt la ville pour en extraire la poésie. Rimbaud étend cette flânerie aux routes de
campagne, transformant le vagabondage en une aventure existentielle radicale.
Idée 2 : Une liberté intellectuelle, une triple révolte
Argument 1 : La révolte sociale contre la bourgeoisie.
Rimbaud exècre la bourgeoisie de province qu'il juge médiocre et hypocrite. Dans « À la
musique », il ridiculise les « bourgeois poussifs » installés dans un square « correct ». Il
dénonce leur bassesse matérialiste, leur goût de l'ordre et leur manque total de grandeur.
À l'inverse, il célèbre les figures populaires comme dans « Le Forgeron » ou les enfants
pauvres des « Effarés ».
Lien avec Charles Baudelaire : Rimbaud partage ici le mépris féroce de Baudelaire pour le
« philistin » bourgeois. Comme Baudelaire, il utilise la satire pour dénoncer une classe
sociale qui, selon lui, étouffe toute forme de beauté et d'imagination.
Argument 2 : La révolte politique contre le régime impérial.
Le poète conteste violemment le régime de Napoléon III. Il ridiculise l'Empereur dans «
Rage des Césars » et dénonce les désastres de la guerre franco-prussienne. Dans « Le
Dormeur du val », il s'insurge contre les atrocités du conflit qui sacrifie la jeunesse pour le
narcissisme d'un souverain.
Lien avec Victor Hugo : Rimbaud s'inscrit directement dans le sillage de Hugo et de ses
Châtiments. Son poème « Morts de Quatre-vingt-douze » fait écho aux textes satiriques
de Hugo fustigeant la tyrannie impériale.
Argument 3 : La révolte religieuse et l'anticléricalisme.
Rimbaud condamne la religion catholique, qu'il voit comme l'alliée de l'ordre bourgeois.
Dans « Le Mal », il dénonce l'indifférence et la vénalité d'un Dieu qui ne s'intéresse qu'à
l'argent des quêtes. Il appelle à une réconciliation avec la Nature, plus proche des cultes
antiques célébrant la fertilité et la vie, comme dans « Soleil et chair ».
Lien avec Paul Verlaine : Cette révolte brutale contre les dogmes religieux a
profondément marqué Verlaine lors de leur rencontre. Ils ont partagé ensemble ce désir
de briser toutes les autorités morales pour vivre une spiritualité païenne et libre.
Idée 3 : Une liberté artistique
Argument 1 : L'affranchissement des contraintes de la versification.
Rimbaud cherche à se dégager des règles pesantes de la poésie classique. S'il conserve
l'alexandrin, il en brise la régularité en jouant sur les rythmes (comme le 4+8 dans «
Rages de Césars ») et en multipliant les enjambements, rejets et contre-rejets. Dans « Le
Dormeur du val », il procède ainsi à cinq rejets pour désarticuler le vers.
Lien avec Victor Hugo : Il poursuit l'œuvre de Hugo qui voulait « mettre un bonnet rouge à
l'alexandrin ». Rimbaud va cependant plus loin en transformant cette désarticulation en un
outil de réalisme et de choc émotionnel.
Argument 2 : La liberté de choisir des sujets prosaïques.
Le poète rejette l'idée que seuls les thèmes nobles sont poétiques. Il évoque des sujets
quotidiens comme un simple repas composé de tartines de beurre dans « Au Cabaret-
Vert ». Il aborde aussi des thèmes jugés tabous par la morale bourgeoise, tels que le
plaisir des sens dans « Roman » ou « Première soirée ».
Lien avec Charles Baudelaire : Cette démarche suit l'exemple de Baudelaire qui avait
introduit la modernité et le prosaïsme urbain dans la poésie. Rimbaud adapte ce principe
au monde rural et aux expériences de la jeunesse.
Argument 3 : L'utilisation d'une langue familière et expressive.
Au-delà du sujet, Rimbaud libère le lexique en utilisant une langue usuelle, familière, voire
grossière (« Merde à ces chiens-là ! » dans « Le Forgeron »). Il use fréquemment
d'onomatopées suggestives (« Oh ! la ! la ! ») et d'interjections pour briser le sérieux du
langage poétique traditionnel.
Lien avec Paul Verlaine : Ce goût pour une langue plus directe et sonore annonce la
recherche de Verlaine pour une poésie qui soit « de la musique avant toute chose », se
libérant de la rhétorique pompeuse pour exprimer la sensation brute.
Idée 4 : Une inspiration personnelle voire autobiographique
Argument 1 : La mise en scène du poète fugueur.
Rimbaud se met directement en scène dans trois sonnets majeurs : « Au Cabaret-Vert »,
« La Maline » et « Ma Bohême ». Il utilise la première personne du singulier pour raconter
ses véritables escapades de 1870, exprimant sa soif de liberté et son désir d'aventure.
Lien avec Paul Verlaine : Verlaine, qui a été le compagnon de route de Rimbaud, a été
fasciné par cette fusion entre la vie et l'œuvre. Pour Verlaine, Rimbaud n'était pas un
poète de bureau, mais un poète de l'action dont chaque vers était une trace de son
existence.
Argument 2 : La poésie comme un art de vivre total.
Pour Rimbaud, la poésie est une « aventure existentielle ». Dans « Ma Bohême », il décrit
un art de vivre en harmonie avec la nature, où ses souliers blessés deviennent des « lyres
» au bord des routes. Il ne sépare pas l'acte d'écrire de l'acte de vivre librement dans le
monde.
Lien avec Charles Baudelaire : Comme Baudelaire, Rimbaud considère le poète comme
un être à part, mais là où Baudelaire se sentait parfois maudit, Rimbaud revendique cette
marginalité comme une source de vigueur et de bonheur solaire.
Argument 3 : La naissance du mythe de l'aventurier.
C'est dans ces poèmes de jeunesse que naît la figure insaisissable de Rimbaud. Cette
envie d'évasion le conduira plus tard vers des horizons lointains en Abyssinie et en
Arabie. Mallarmé le décrira d'ailleurs comme un « passant considérable ».
Lien avec Victor Hugo : Rimbaud incarne physiquement le héros romantique hugolien,
seul face au monde, mais il déplace cette lutte de la scène politique vers une quête
d'absolu géographique et spirituel.
Idée 5 : Rimbaud s'affranchit des règles de la versification
Argument 1 : La déconstruction du vers classique.
Rimbaud refuse de se soumettre au schéma métrique traditionnel de l'alexandrin reposant
sur la césure 6+6. Il crée des rythmes inédits, comme le 2+10 dans « Rêvé pour l'hiver »
(« L'hiver, / nous irons... »), amorçant ainsi un travail de déstructuration de la forme
classique.
Lien avec Paul Verlaine : Rimbaud prépare le terrain pour les innovations de Verlaine qui
privilégiera plus tard les vers impairs. Cependant, Rimbaud choisit de rester dans le cadre
de l'alexandrin pour mieux le briser de l'intérieur.
Argument 2 : La libération des contraintes rythmiques par la systématisation.
Il systématise l'usage de l'enjambement, du rejet et du contre-rejet pour désarticuler le
vers. Dans « Vénus Anadyomène », il place par exemple un rejet brutal pour souligner la
difformité du corps décrit (« les larges omoplates / Qui saillent »).
Lien avec Victor Hugo : Rimbaud radicalise la révolution initiée par Hugo. Il utilise les
outils prosodiques que Hugo avait popularisés, mais il les emploie avec une outrance
volontaire pour provoquer le lecteur.
Argument 3 : L'utilisation de la technique au service du sens.
Dans « Le Mal », Rimbaud lie les deux tercets par un enjambement, procédé
normalement évité par la tradition. Il utilise cet artifice pour souligner l'indifférence de Dieu
au malheur des hommes, renforçant ainsi l'expression de son athéisme et de son
cynisme.
Lien avec Charles Baudelaire : Comme Baudelaire, Rimbaud utilise la structure rigide du
sonnet pour créer des contrastes saisissants. La technique poétique n'est jamais gratuite,
elle sert à porter un message philosophique ou une émotion forte.
Idée 6 : Rimbaud joue avec le lexique
Argument 1 : L'introduction d'un lexique trivial et "non noble".
Rimbaud fait entrer en poésie des mots jusque-là mis à l'écart. Il utilise des termes
familiers comme « pioupious » pour désigner les soldats ou des mots crus comme «
Merde ». Pour lui, tout est matière à poésie, et la langue doit refléter cette réalité sans
filtre.
Lien avec Charles Baudelaire : C'est un héritage direct de Baudelaire que Rimbaud
admire tant. Baudelaire avait déjà prouvé avec les « Tableaux parisiens » que le
prosaïsme urbain avait sa place dans l'art poétique.
Argument 2 : Le jeu ironique avec les codes romantiques.
Dans « Ma Bohême », Rimbaud joue avec le vocabulaire de la poésie romantique
traditionnelle. Il utilise par exemple le mot suranné « féal » (fidèle serviteur) pour désigner
sa relation à la muse, mais le fait sur un ton de fantaisie et d'autodérision.
Lien avec Paul Verlaine : On retrouve chez Verlaine ce goût pour le mélange des
registres, alliant une certaine mélancolie romantique à une ironie légère, transformant les
clichés littéraires en jeux de langage modernes.
Argument 3 : La modernité du vocabulaire contemporain.
Dans des poèmes comme « Roman », Rimbaud emploie un lexique du quotidien qui ne
figure pas traditionnellement en poésie : « bocks », « limonade », « réverbère ». Il va
jusqu'à créer des néologismes comme « Robinsonne », inspiré d'un héros populaire, pour
toucher ses lecteurs adolescents.
Lien avec Victor Hugo : Hugo a toujours défendu l'enrichissement de la langue française
par l'usage de mots nouveaux et populaires. Rimbaud applique ce principe à la lettre en
intégrant la modernité technique et sociale du XIXe siècle dans ses vers.
Idée 7 : Rimbaud propose une poésie des sens
Argument 1 : Poète des émois amoureux et de la "liberté libre".
« Rêvé pour l'hiver » évoque les joies des premiers émois amoureux loin des interdits
extérieurs. Rimbaud défend ici ce qu'il appelle la « liberté libre » : un amour réinventé,
libéré de tout préjugé et de toute contrainte sociale.
Lien avec Paul Verlaine : Cette recherche d'une émotion amoureuse pure, faite de
sensations et de murmures, est très proche de la sensibilité de Verlaine. Tous deux
cherchent à capturer la fragilité des premiers désirs.
Argument 2 : La célébration des sensations physiques immédiates.
Rimbaud célèbre les plaisirs simples de l'existence : manger des tartines de beurre dans «
Au Cabaret-Vert » ou sentir la rosée sur son front dans « Ma Bohême ». La poésie naît de
ce contact direct et sensoriel avec le monde.
Lien avec Charles Baudelaire : Cela évoque les « correspondances » de Baudelaire, mais
de façon plus terrestre et joyeuse. Là où Baudelaire cherchait des échos spirituels,
Rimbaud savoure la puissance vitale des sensations physiques.
Argument 3 : Une sensualité inédite liée à la nature.
Rimbaud n'évite aucun sujet et célèbre une sensualité heureuse liée à la puissance de la
nature. Dans « Roman », il écrit le vers célèbre : « On n'est pas sérieux, quand on a dix-
sept ans », mettant en avant l'expérience amoureuse comme source de sensations
inédites.
Lien avec Victor Hugo : Hugo a souvent chanté la force vitale de la nature nourricière.
Rimbaud reprend cette vision panthéiste mais y ajoute une dimension érotique
adolescente et provocatrice qui lui est propre.
Idée 8 : Une émancipation par l'éloge d'autres valeurs
Argument 1 : La nature comme refuge et espace de liberté.
Face à un ordre social qu'il réprouve, la nature apparaît comme un refuge source de
bonheur immense. Elle est valorisée par des adjectifs mélioratifs (« splendides », « doux
», « bons ») et s'oppose à l'étroitesse des « mesquines pelouses » de la bourgeoisie.
Lien avec Victor Hugo : Rimbaud partage ici le panthéisme de Hugo, voyant dans la
nature une puissance protectrice et bienveillante qui dépasse les lois humaines.
Argument 2 : L'éloge de la jeunesse contre l'ordre établi.
Rimbaud oppose sa jeunesse d'étudiant ou de « Petit-Poucet » à l'ordre instauré par les
adultes. Il revendique l'insouciance et la fraîcheur de ses dix-sept ans comme un acte de
résistance face au sérieux des bourgeois.
Lien avec Paul Verlaine : Verlaine gardera toujours une nostalgie pour cette jeunesse
sauvage et pure incarnée par Rimbaud. Pour eux, l'enfance et l'adolescence sont les
seuls moments de vérité face à l'hypocrisie de la maturité.
Argument 3 : L'éloge du désir et de l'éveil des sens.
Plusieurs poèmes évoquent les premiers jeux amoureux : le baiser, le cœur qui palpite, le
regard sur la peau dénudée. Rimbaud met en avant ces valeurs vitales pour s'émanciper
des morales qui cherchent à dessécher l'homme.
Lien avec Charles Baudelaire : Comme Baudelaire dans ses poèmes charnels, Rimbaud
affirme que le désir est une porte vers l'absolu. Cependant, chez Rimbaud, ce désir est
souvent lié à la lumière et à l'air libre, plutôt qu'à l'ombre des boudoirs parisiens.
Idée 9 : La multiplicité des sujets et des motifs
Argument 1 : La diversité des cycles thématiques.
Le recueil de 22 poèmes embrasse des thèmes variés : l'amour, la satire, la condamnation
de la guerre, la révolte politique et la bohème. Rimbaud refuse de se laisser enfermer
dans un seul genre poétique.
Lien avec Victor Hugo : On retrouve ici l'ambition hugolienne d'une poésie totale, capable
de parler de l'histoire des peuples comme des sentiments les plus intimes de l'individu.
Argument 2 : L'image changeante de la femme.
Rimbaud donne des visages multiples à la femme : elle peut être idéalisée (« Ophélie »),
désirée (« La Maline »), parodiée (« Vénus Anadyomène ») ou même moqueuse. Elle est
souvent représentée dans une position de force ou de rire face au poète.
Lien avec Charles Baudelaire : Comme Baudelaire avec ses différentes muses, Rimbaud
explore toutes les facettes de la féminité, oscillant entre le respect sacré et la caricature
brutale.
Argument 3 : Les lieux de liberté comme le café.
Les cafés sont des éléments essentiels de son univers, comme dans « Au Cabaret-Vert ».
Ces lieux populaires s'opposent aux contraintes bourgeoises ; on peut y être soi-même et
y vivre sa poésie de façon simple et directe.
Lien avec Paul Verlaine : Le café est le lieu central de la vie de bohème que Verlaine et
Rimbaud partageront plus tard. C'est là que s'invente la poésie moderne, entre les tables
et les bocks de bière.
Idée 10 : Une poésie de la subversion et de la provocation
Argument 1 : L'évocation ouverte de sujets tabous.
Rimbaud rejette la morale bourgeoise en parlant ouvertement de la liberté amoureuse et
du plaisir des sens. Dans « Première soirée » ou « La Maline », il appelle à vivre selon
ses désirs, loin des carcans sociaux.
Lien avec Charles Baudelaire : Rimbaud poursuit le combat de Baudelaire contre la
pruderie de son temps. Les deux poètes utilisent la provocation sexuelle ou sensorielle
pour réveiller une société qu'ils jugent anesthésiée.
Argument 2 : Le recours à la parodie littéraire.
Il parodie les maîtres du passé pour s'en libérer : François Villon dans le « Bal des
Pendus » ou le mythe de Vénus dans « Vénus Anadyomène ». En décrivant une Vénus
laide et difforme, il refuse les codes de la beauté classique.
Lien avec Victor Hugo : Si Hugo respectait encore les grandes figures mythiques,
Rimbaud utilise la force de l'ironie hugolienne contre ces figures elles-mêmes pour
prouver qu'il n'a aucun maître.
Argument 3 : L’impertinence et l’irrévérence envers l'autorité.
Rimbaud se moque de la religion (« Les Effarés »), de l'Empereur (« Rage des Césars »)
et même de ses aînés littéraires. Il glisse par exemple un acrostiche injurieux (« JULES
CESAR ») pour critiquer Napoléon III et s'en prend même à Hugo dans « Le Châtiment de
Tartufe ».
Lien avec Paul Verlaine : Verlaine aimait ce côté « potache » et irrévérencieux de
Rimbaud. Ensemble, ils ont cultivé cet esprit de révolte qui consiste à ne rien prendre au
sérieux, surtout pas ceux qui détiennent le pouvoir.
Idée 11 : Un poète sous influence
Argument 1 : L'influence prédominante de Victor Hugo.
Les Cahiers de Douai témoignent de l'admiration de Rimbaud pour le souffle épique de
Hugo. On retrouve cette influence dans « Soleil et chair » ou dans l'éloquence satirique de
« Morts de Quatre-vingt-douze ».
Lien avec Victor Hugo : Rimbaud est un héritier direct de la verve hugolienne. Même
lorsqu'il s'en prend à Hugo, il utilise les armes littéraires que le vieux maître lui a fournies.
Argument 2 : Le respect des formes traditionnelles comme le sonnet.
Malgré sa révolte, Rimbaud ne propose pas encore de forme novatrice ; il utilise
majoritairement le sonnet et l'alexandrin. C'est un hommage indirect à Baudelaire qui avait
remis le sonnet au goût du jour.
Lien avec Charles Baudelaire : En choisissant la forme fixe du sonnet, Rimbaud prouve
qu'il maîtrise la tradition avant de chercher à la dépasser. Il s'inscrit dans la lignée des
poètes exigeants qui savent plier la langue à leur volonté.
Argument 3 : Un poète influencé par ses lectures de lycéen.
Ses textes sont pétris de références à Villon, Molière ou Shakespeare. Rimbaud
s'approprie ces personnages culturels pour les transformer selon sa propre vision, comme
il le fait avec la figure d'Ophélie.
Lien avec Paul Verlaine : Cette culture littéraire immense est ce qui a permis à Verlaine et
Rimbaud de dialoguer d'égal à égal. Ils partageaient une passion pour les auteurs
classiques tout en ayant le désir commun de les réinventer.
Idée 12 : Une émancipation en cours, en cheminement
Argument 1 : La place accordée aux sens vers le "voyant".
Les Cahiers annoncent déjà le « dérèglement de tous les sens » des futures lettres de
Rimbaud. Dans « Ma Bohême », les cinq sens sont convoqués et déjà perturbés,
montrant que le poète cherche à voir au-delà des apparences.
Lien avec Charles Baudelaire : Rimbaud considérait Baudelaire comme le « premier
voyant ». Dans les Cahiers, il entame ce cheminement pour tenter de dépasser son
maître dans la quête de l'inconnu.
Argument 2 : L’aboutissement dans les recueils ultérieurs.
La révolution amorcée ici trouvera sa conclusion dans Une saison en enfer et les
Illuminations. Rimbaud y créera un langage totalement nouveau, fait de visions
hallucinées pour « changer la vie ».
Lien avec Paul Verlaine : Verlaine a été le témoin privilégié de cette transformation
radicale. Il a vu le jeune poète classique des Cahiers devenir le prophète de la modernité
poétique.
Argument 3 : Une émancipation qui influence les poètes modernes.
La quête de liberté de Rimbaud est devenue un modèle pour des auteurs comme
Apollinaire, Cendrars ou René Char. Son errance et son refus des conventions restent un
idéal d'absolu pour toute la poésie du XXe siècle.
Lien avec Victor Hugo : Comme Hugo, Rimbaud est devenu un monument de la littérature
française. Mais alors que Hugo représente le sommet de l'éloquence classique, Rimbaud
symbolise la rupture nécessaire pour que la poésie reste vivante et libre.