CONCLUSION
Pour : Monsieur BAKUNA TSHIBWABWA Delphin, 1er défendeur ;
Plaidant : Me KACISHA MULENDA Paty, avocat près le Cour d’Appel du Lualaba ;
Contre
Monsieur KALUNDI LUSE Lucien, demandeur et plaidant Maître Sabiti, défenseur Judiciaire
près le Tribunal de Grande Instance de Kolwezi ;
En cause : R.C : 13038
TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE KOLWEZI
I. FAIT DE LA PRESENTE CAUSE
Attendu le tribunal ne peut pas valablement connaitre le fond d’un litige que si l’action
dont il est saisi satisfait aux conditions de recevabilité prévue par la loi ;
Attendu que les fins de non-recevoir, lorsqu’elles sont soulevées et doivent être examinées
préalablement à toute défense au fond, dès lors qu’elles tendent à faire déclarer
l’adversaire irrecevable sans examen du droit invoqué ;
Attendu que dans la présente cause sous R.C : 13038, le premier défendeur BUKUNA
TSHIBWABWA Delphin soulève deux moyens affectant non s eulement la régularité même
de la saisine du Tribunal mais, aussi l’impossibilité de connaitre ou d’examiner le fond de
cette demande qui lui est soumise;
Attendu que le premier moyen concerne la conformité de l’assignation aux règles relatives à
la communication des pièces et aux formes exigées pour l’introduction régulière d’une
instance civile ;
Attendu que le second moyen relatif au défaut de qualité dans le chef du demandeur
comme liquidateur de la succession MUPISHI BWAKWAKULE Jean ;
Attendu que le troisième moyen est relatif à l’autorité de la chose jugée attachée à une
décision antérieure devenue définitive entre les mêmes parties et se rapportant à la même
opération juridique ;
Attendu que ces deux exceptions, de nature procédurale, sont de celles qui entraînent
l’irrecevabilité de l’action ;
Qu’il échait de les examiner successivement.
II. EN DROIT
1. Sur le défaut de Communication
Attendu que toute assignation en matière civile doit satisfaire aux exigences d’une
communication régulière et complète ;
Attendu que l’assignation signifiée en la présente cause a été accompagnée des pièces ;
Attendu que cette modalité n’est admissible que dans l’hypothèse d’une assignation à bref
délai ;
Attendu que dans un tel cas, une ordonnance d’abréviation de délai doit être jointe au
dossier ;
Attendu qu’en l’espèce, aucune ordonnance d’abréviation de délai n’accompagne
l’assignation ;
Qu’il s’ensuit que la communication opérée ne répond pas aux conditions d’une
communication parfaite au sens des règles procédurales ;
Attendu que cette irrégularité constitue une cause de d’irrecevabilité de l’action.
2. Sur le défaut de qualité
Attendu que lorsqu’une personne vient à décéder, elle perd automatiquement son droit
d’ester en justice. Ses droits et obligations constituant l’hérédité passent à ses héritiers et
légataires. Ce sont ces derniers qui vont ouvrir la succession du de cujus, laquelle peut être
ab intestat ou testamentaire ;
Attendu que si le défunt a laissé un testament, le liquidateur testamentaire peut poursuivre
toutes les actions en justice en cours par la volonté de ce dernier. En cas de succession ab
intestat, les héritiers de la premiers catégorie désignent parmi eux un liquidateur (Jacques
N’Toni Kiesse, Procédure civile en RDC, explications pratiques,T1, éd. Harmattan, p.60,
Kinshasa, 2001) ;
Attendu que dans le cas sous examen, le demandeur a signifié l’assignation au défendeur
jointe avec les pièces, sans pour autant le communiqué une pièce qui attesterait la qualité
de la partie demanderesse comme étant liquidateur de la succession de son feu père qui
l’aurait donné le pouvoir d’ester en justice ;
Attendu que le demandeur KALUNDI LUSE Lucien, assigne Monsieur BAKUNA TSHIBWABWA
Delphin sans pour autant prouvé sa qualité ;
Attendu qu’il est de doctrine que le liquidateur ne pourra procéder à sa mission qu’à partir
d’une confirmation judiciaire ;
Eu égard à ce qui précède, le demandeur dans le présent cause n’a pas pu prouver de sa
qualité de liquidateur pour ester en justice, ce qui plaira au Tribunal de céans de n’a pas
procédé pour toutes ces raisons sus-évoquées.
3. Sur l’exception pour cause de la chose jugée
Attendu qu’un jugement pénal sous R.P : 2074 devenu définitif a ordonné à Monsieur
KISIMBA NYOMBO Franck, deuxième défendeur de remettre à la demanderesse le prix de la
vente, décision exécutée à la diligence de la demanderesse et qu’un certificat de non-appel
gît au dossier ;
Attendu que le litige civil issu de cette même vente a ainsi fait l’objet d’une décision
juridictionnelle définitive entre les mêmes parties et qu’il s’en déduit que le litige issu de la
même vente a été définitivement tranché entre les mêmes parties (Cour suprême de
justice, 26 mai 1993,’’CSJ. KM c. Société B’’) ;
Attendu que l’assignation sous R.C : 13038, fondée sur cette même vente et visant un
résultat matériellement incompatible avec la décision antérieure, tend à remettre en cause
une situation juridiquement tranchée et à créer un nouveau Droit en RDC ;
Attendu que le code civil congolais livre III, érige l’autorité de la chose jugée en présomption
légale interdisant toute contestation ultérieure du droit définitivement fixé (article 226 et
227) ;
Attendu que selon une jurisprudence constante et la doctrine, l’autorité de la chose jugée
vise à garantir la sécurité juridique et stabilité des rapports juridiques, interdisant de
reouvrir un litige déjà tranché (Lokadi, 2023, Open édition, 2008) ;
Que cela étayé par l’adage : res judicata pro veritate habetur, ce qui veut dire la chose jugée
couvre même les erreurs du jugement. En d’autres termes : l’autorité de la chose jugée
s’identifie alors avec force obligatoire de la sentence dont on peut exiger l’exécution par la
force (Ruffin Mushigo A.G.G, les principes généraux du droit et leurs applications par la Cour
Suprême de Justice du Congo, éd. Bruylant-Academia, p.86, 2002).
Qu’à ce sujet, Perrot, Beignier et Miniato affirment : le jugement constitue un véritable titre
dont on peut toujours se prévaloir comme moyen de preuve, toute demande qui tiendrait à
remettre en cause ce qui a été jugé se heurterait à une fin de non-recevoir tirée de l’autorité
de la chose jugée (Perrot R., BEIGNIER B. et Miniato L., 2018, Institutions judiciaires,
17ème édition, LGDJ, P.460.
Attendu qu’en droit congolais, l’exception de la chose jugée constitue une fin de non-
recevoir tirée de l’autorité de la chose jugée, accueilli in limine litis dès lors que la décision
antérieure est définitive et que les droits d’identités sont établies c’est-à-dire pour que cette
exception de la chose jugée s’applique, il faut qu’il ait trois identités : identité d’objet,
l’identité de parties et l’identité de cause.
Attendu que dans le cause sous examen, nonobstant l’analyse de deux premiers identités,
nous allons retenus avec le doctrinaire Ruffin MUSHIGO dans son ouvrage précité à la page
88 qu’en ce qui concerne l’autorité de la chose jugée sur le civil, on enseigne que le
criminel emporte sur le civil : le juge civil, saisi de l’action pénale, doit tenir pour vrai ce
qui a été jugé par la juridiction répressive ; ce doctrinaire ajoute encore que la règle
s’applique à toutes les personnes parties au procès civil, même si elles ne sont pas
intervenues devant le tribunal répressif ;
Que donc, le tribunal de paix de Kolwezi dans la cause inscrite sous R.P : 2074 avait déjà
rendu une décision où au feuillet 7, le tribunal condamne à la partie prévenue KISIMBA
NYOMBO Franck à la restitution de la somme de 9.000$ au profit de la partie civile et cette
décision est coulée à force de chose jugée, car il y a certificat de non appel (cote………).
Cette décision du tribunal de paix de Kolwezi est enrichie par Jean Larguier cité par le
doctrinaire Ruffin MUSHIGO qui affirme, qu’une décision est dite à force de chose jugée
lorsqu’elle ne peut plus être attaquée par une voie de recours et il poursuit en soutenant une
conséquence positive de ce principe que : la décision est présumée être l’expression de la
vérité, une décision irrévocable doit être exécuté, même si elle viole la loi.
Qu’il s’ensuit que l’action introduite se heurte à l’autorité de la chose jugée.
Attendu que la demanderesse a recouru à une procédure cavalière et moyenâgeuse pour
surprendre la bonne foi du défendeur BAKUNA TSHIBWABAWA Delphin en portant atteinte
au principe du contradictoire et aux droits de la défense ;
Attendu que, par cette assignation, le demandeur manifeste un comportement contraire à
la loyauté du combat judiciaire et à la bonne foi telles que consacrées par le droit congolais ;
Qu’il sied, dès lors, de rejeter purement et simplement l’action introduite par le demandeur
comme irrecevable et mal fondée
PAR CES MOTIFS
Sous toutes réserves quelconques que de droit
Vu les exceptions de procédures soulevées, tirées du défaut de communication parfaite
affectant la régularité de l’assignation et de l’autorité de la chose jugée attachée à une
décision antérieure définitive ;
Plaise au Tribunal
- De dire l’action de la partie demanderesse irrecevable ;
- De dire en conséquence qu’il n’y aura pas lieu de statuer au fond ;
- Condamner la demanderesse aux frais et dépens
Et ferez meilleure justice
Pour le concluant
Maître KACISHA MULENDA Paty
Avocat