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Sandscript 32 FR

Le numéro 32 de Sandscript met en lumière la biodiversité du Sahara et du Sahel, en abordant des sujets tels que les plantes sahariennes, leur histoire, et leur rôle crucial dans la conservation. Il souligne l'importance des espèces végétales menacées et des ressources bioculturelles, tout en discutant des défis liés à la dégradation environnementale. Les monts d'Ougarta sont présentés comme un carrefour biogéographique riche en diversité floristique, reflétant l'interaction complexe entre géomorphologie et climat.

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Sandscript 32 FR

Le numéro 32 de Sandscript met en lumière la biodiversité du Sahara et du Sahel, en abordant des sujets tels que les plantes sahariennes, leur histoire, et leur rôle crucial dans la conservation. Il souligne l'importance des espèces végétales menacées et des ressources bioculturelles, tout en discutant des défis liés à la dégradation environnementale. Les monts d'Ougarta sont présentés comme un carrefour biogéographique riche en diversité floristique, reflétant l'interaction complexe entre géomorphologie et climat.

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NUMÉRO 32 ‑ JUIN 2024

Sandscript
Un œil sur la conservation de la biodiversité au Sahara et au Sahel
©John Newby / Sahara Conservation

Publication semestrielle de Sahara Conservation,


seule organisation uniquement dédiée à la biodiversité
du Sahara et du Sahel
Sandscript
NUMÉRO 32 ‑ JUIN 2024

3 7 11
Les plantes sahariennes :
des survivantes oubliées
et un atout mondial
Flore et végétation des monts
d’Ougarta, un carrefour biogéo-
graphique encore méconnu
Profil d’un arbre :
le dattier du désert
(Balanites aegyptiaca)

13 16
Végétation et feux de brousse :
une relation
interdépendante
Utilisation des données satellitaires
et de terrain pour cartographier
la végétation de la Réserve de
Faune de Ouadi Rimé-Ouadi Achim

2
Maerua crassifolia

Les plantes sahariennes :


des survivantes oubliées
et un atout mondial
Les plantes sahariennes et les paysages qu’elles la reconstitution de la vie sauvage du Sahara, avec
forment ont une riche histoire qui reflète le le potentiel de restaurer la biomasse aérienne et
dynamisme historique du Sahara, qu’il s’agisse des racinaire, les ressources en nourriture et en nectar pour
changements survenus après la fin de la dernière la faune sauvage et l’amélioration du microclimat.
période humide africaine (il y a environ 5 000
ans), des fluctuations constantes des systèmes
de mousson, ou de l’impact considérable de
l’augmentation de l’agriculture et du pastoralisme
sur les oasis et les pâturages. Ce dynamisme n’est
pas figé mais continu et très pertinent pour l’avenir
des paysages sahariens et sahéliens et de leur
biodiversité souvent oubliée. Les plantes fournissent
des exemples qui renforcent le statut du Sahara en
tant que priorité mondiale pour la conservation,
et placent la conservation et la restauration de la
biodiversité dans une longue tradition bioculturelle.
Les histoires de l’oryx, de l’autruche et de l’aoudad
sont entrelacées avec celle d’anciens cyprès, des
prairies pérennes perdues, des bosquets d’arganiers
et des pastèques sauvages.
©John Newby / Sahara Conservation

Du point de vue des défenseurs de l’environnement,


nous pouvons considérer trois types de priorités. Une
grande partie de la diversité végétale du Sahara est
largement répandue, avec des espèces non menacées
présentes dans toute la région ; cependant, leur
biomasse et leur composition ont été profondément
modifiées par des siècles de pâturage. Le
rétablissement de ces espèces (et de leurs symbiotes
fongiques et bactériens) constitue le fondement de

Ziziphus mauretania

3
Il existe deux autres priorités en matière de
conservation : le petit nombre d’espèces végétales
relictuelles et menacées au niveau mondial, qui ont
Les plantes
survécu au changement climatique dans les massifs
sahariens, ainsi que les ressources bioculturelles du
sahariennes et
Sahara, y compris les plantes médicinales prélevées
à l’état sauvage et un groupe fascinant d’espèces
les paysages
représentant l’héritage continu de la domestication qui qu’elles forment
a produit des cultures d’importance mondiale, comme
ont une riche


la pastèque, le millet, la datte et le sorgho.

Les massifs sahariens (Hoggar, Tassili, Tibesti, Aïr, Ennedi histoire qui reflète
et, plus à l’écart, le Jebel Marra et le Gebel Elba) abritent
d’anciennes espèces survivantes d’un Sahara plus le dynamisme
humide, notamment des poissons et des crocodiles,
ainsi qu’un groupe de plantes souvent oublié. Avec
historique du
un peu d’exagération, on pourrait décrire les massifs
sahariens comme les Galapagos de la mer saharienne.
Sahara
Certaines de ces espèces végétales sont endémiques et
ne survivent que dans un seul endroit, comme le célèbre
cyprès du Tassili, Cupressus dupreziana (En danger -
Une espèce fascinante que l’on trouve dans les
EN), qui ne subsiste que sous la forme de 233 arbres
massifs sahariens est Erica arborea, la bruyère
sauvages dans le Tassili, dont certains ont jusqu’à
arborescente ; elle fait partie d’un genre qui présente
2 400 ans. Le cyprès de l’Atlas, Cupressus dupreziana
une diversification remarquable et un endémisme local
ssp. atlantica (En danger critique - CR), qui est
en Afrique australe, mais cette seule espèce a une aire
apparenté au précédent, se limite à un seul endroit
de répartition qui englobe les montagnes d’Afrique de
au Maroc. D’autres espèces survivent dans plusieurs
l’Est, les massifs sahariens, la Méditerranée et l’archipel
massifs, comme l’olivier sauvage saharien, Olea
macaronésien (îles Canaries et Madère).
europea subsp. laperrinei, un proche parent de l’olivier
Le myrte de Nivelle, Myrtus nivellei, que l’on trouve dans
domestique. Certaines de ces espèces de montagne
le Hoggar, le Tassili, le Tefedest et le Tibesti, est une
sont originaires de la Méditerranée (par exemple,
espèce colonisatrice méditerranéenne qui s’est limitée
Pistacia, Nerium, Olea, Myrtus et Cupressus) et d’autres
à ces massifs depuis au moins la dernière période du
sont d’origine subsaharienne ou arabe (par exemple,
Sahara vert, il y a environ 5 500 ans. En Égypte, il
Acacia, Ficus, Ziziphus et Maerua).
©John Newby / Sahara Conservation

Acacia raddiana

4
©John Newby / Sahara Conservation

Citrullus colocynthis

existe une population de dragonniers du Gebel Elba en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Le beurre
plus éloignée et en déclin, Dracaena ombet (EN), une de karité est récolté à partir de Vitellaria paradoxa, un
espèce qui se limite aux montagnes du nord-est de arbre endémique de la ceinture de forêts sèches du
l’Afrique et de l’Arabie saoudite. Il est étroitement lié Sahel. Au nord du Sahara, une autre huile précieuse
à Dracaena draco (EN) que l’on trouve dans les îles est récoltée sur l’arganier (Sideroxylon spinosum)
macaronésiennes et au Maroc. Les espèces relictuelles endémique du Maroc et de l’Algérie (auparavant
des massifs sahariens font partie des espèces les considéré comme un genre monotypique, Argania
plus menacées de la région, et méritent un plus spinosa). Compte tenu de l’attrait des ruminants
grand investissement en matière de conservation et pour les fruits de l’arganier, il est facile d’imaginer
une intégration dans les initiatives de conservation des troupeaux de gazelles et le bubale d’Afrique du
sahariennes. Nord, espèce aujourd’hui éteinte, cherchant sous les
arbres ces fruits nutritifs (lesquels sont maintenant
Les êtres humains ont adopté plusieurs arbres largement consommés par les chèvres et les moutons
sauvages en tant qu’éléments productifs des paysages domestiqués).
de la région. Certains sont devenus des cultures
d’importance mondiale, d’autres restent appréciés Le Sahara a une longue histoire agricole qui a fluctué
localement. La gomme arabique, récoltée à partir avec le climat changeant de la région, et comme tant
d’Acacia senegal et d’Acacia seyal fait partie d’un d’autres aspects de l’histoire du Sahara, celle-ci a été
commerce ancien entre le Sahel et l’Europe. La gomme influencée par les cultures voisines en Méditerranée,
est récoltée dans la zone réduite de forêts d’acacias dans l’océan Indien, au Moyen-Orient et en Afrique
qui couvraient autrefois une grande partie du Sahel. subsaharienne. La pastèque domestique, Citrullus
La gomme arabique reste l’un des principaux produits lanatus, une culture importante au niveau mondial,
d’exportation de plusieurs pays africains du Sahel, est originaire du nord-est de l’Afrique où elle a été
notamment la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le domestiquée pour la première fois. Le melon du
Soudan (traditionnellement le plus grand exportateur Kordofan, au Soudan, a été identifié comme étant le
de gomme de haute qualité). La production mondiale plus proche parent, et probablement le progéniteur,
de gomme arabique est d’environ 120 000 tonnes de la pastèque moderne. La pastèque sucrée à chair
par an, soit une valeur de 1,1 milliard de dollars (2022). rouge a probablement été domestiquée dans cette
La gomme est utilisée dans les cosmétiques, en région et s’est ensuite répandue vers le nord, où elle
médecine, comme composant de l’encre et, surtout, semble avoir été consommée il y a environ 4 300 ans.
comme stabilisateur dans l’industrie alimentaire et des Une plante sauvage apparentée, Citrullus colocynthis,
boissons non alcoolisées. Il n’existe actuellement aucun est une plante alimentaire connue et une source d’eau
substitut industriel à la gomme arabique et la guerre importante pour de nombreux ongulés du désert,
au Soudan a menacé l’approvisionnement de clients notamment l’oryx algazelle.
importants tels que Coca-Cola et Pepsico, qui utilisent
actuellement les réserves stockées. Deux céréales d’importance mondiale sont originaires
du Sahara et du Sahel. Le premier mil perlé (ou millet
Deux espèces d’arbres des bords du Sahara sont à chandelle) domestiqué connu, Pennisetum glaucum,
utilisées dans les cosmétiques et vendues au détail est originaire de la zone sahélienne occidentale,

5
Références recommandées

Quel que soit l’avenir Besnard, G., A. El Bakkali, H. Haouane, D. Baali-


Cherif, A. Moukhli, B. Khadari, Population genetics
de ces paysages of Mediterranean and Saharan olives: geographic
patterns of differentiation and evidence for early
arides dynamiques, generations of admixture, Annals of Botany, 112 (7):
1293-1302. 2013.
les plantes resteront
Bagnoli, F., G. Della Rocca, I. Spanu, S. Fineschi, G.G.
une ressource vitale


Vendramin, The origin of the Afro-Mediterranean
cypresses: Evidence from genetic analysis. Perspectives
pour la restauration in Plant Ecology, Evolution and Systematics 46. 2020.

de la nature Cunliffe, Barry. Facing the Sea of Sand: The Sahara and
the Peoples of Northern Africa. Oxford University Press,
et des services 2023.
écosystémiques Désamoré, Aurélie, Benjamin Laenen, Nicolas Devos,
Magnus Popp, Juana Maria González Mancebo, Mark
A. Carine, and Alain Vanderpoorten. "Out of Africa:
North westwards Pleistocene expansions of the heather
et le sorgho, Sorghum bicolor, de l’est du Soudan, Erica arborea." Journal of Biogeography 38 (1): 164-176.
il y a environ 5 000 ans. Le palmier dattier, Phoenix 2011.
dactylifera, est une plante domestiquée ancienne,
probablement originaire d’Arabie (peut-être d’Abu Flowers, Jonathan M., Khaled M. Hazzouri, Muriel
Dhabi et du Koweït) il y a environ 7 000 ans. Gros-Balthazard, Ziyi Mo, Konstantina Koutroumpa,
Andreas Perrakis, Sylvie Ferrand et al. "Cross-species
hybridization and the origin of North African date
Les plantes sahariennes donnent un aperçu des palms." Proceedings of the National Academy of
impacts du changement climatique continu ; après Sciences 116 (5): 1651-1658. 2019.
des millénaires, les massifs sahariens comportent
encore des vestiges floristiques d’un Sahara plus Renner, S.S., Wu, S., Pérez-Escobar, O.A., Silber, M.V., Fei,
humide. Ces espèces doivent faire l’objet d’une Z. and Chomicki, G. A chromosome-level genome of a
conservation de toute urgence. Un Sahara plus sec Kordofan melon illuminates the origin of domesticated
après la fin de la période humide africaine a été un watermelons. Proceedings of the National Academy of
creuset pour l’agriculture, fournissant de nouvelles Sciences, 118(23). 2021.
cultures au monde entier et adoptant de nouvelles
cultures venant de l’extérieur du Sahara et du Sahel.
Les paysages sahariens et sahéliens sont toujours
en évolution et toujours soumis au surpâturage, à
l’expansion agricole et à l’extraction du charbon de
bois, mais de nouveaux paysages agricoles et de
conservation émergent. Quel que soit l’avenir de ces Mike Maunder
paysages arides dynamiques, les plantes resteront Consultant biodiversité et conservation
une ressource vitale pour la restauration de la nature MAUNDER CONSULTING
et des services écosystémiques, la définition des
cultures sahariennes vivantes et le besoin urgent de
mettre en place une agriculture fonctionnelle dans les
terres arides.

6
Flore et végétation des monts
d’Ougarta, un carrefour
biogéographique encore méconnu
Le faux‑gommier (Acacia tortilis var. raddiana) représente l’élément arboré le plus répandu dans la
région saharo‑arabique. Il s’associe avec le mil saharien (Panicum turgidum) pour constituer la fameuse
savane désertique à Acacia‑Panicum. Véritable clé de voûte des oueds sahariens, elle s’étend des côtes
de l’Atlantique jusqu’aux rives orientales de la mer Rouge. Les monts d’Ougarta, situés dans la partie nord
occidentale du Sahara algérien, représentent une zone de transition remarquable où se chevauchent des
éléments floristiques d’origine biogéographique diverse. La savane qui évolue dans ces monts est le reflet
du jeu complexe entre géomorphologie, lithologie et microclimat. La combinaison de ces caractéristiques
biogéographiques et écologiques s’exprime par la présence d’une flore encore mal connue et pourtant riche
et diversifiée.

Dans l’imaginaire collectif, le Sahara représente une Contexte géographique, géologique et climatique
immense étendue dunaire. Or ces mers de sables,
connues sous le terme d’erg, ne représentent en Les monts d’Ougarta sont situés à vol d’oiseau à 610 km
réalité que 20 à 25 % de la superficie totale du Sahara. au sud de la côte méditerranéenne et à 1 235 km à l’est
Ce sont surtout de vastes plateaux caillouteux de la côte Atlantique, et culminent à 850 m (Joly et al.,
et rocailleux (regs et hamadas) qui dominent le 1991). Ils couvrent une superficie de 6 000 km2 et sont
paysage, à l’instar du fameux Tanezrouft à l’ouest des représentés par une structure rocheuse horizontale
montagnes du Hoggar (Algérie). d'âge Crétacé, avec des affleurements correspondant
Quant aux habitats les plus riches, les montagnes ou aux roches cambriennes et siluriennes (Aït-Ouali &
djebel, et leurs réseaux hydrographiques associés, les Nedjari, 2006).
oueds, ils occupent une superficie bien plus restreinte. Ces monts sont sous l’influence d’un climat désertique
Parmi les massifs montagneux, les plus connus sont de type saharien caractérisé par des pluies
ceux du Hoggar et du Tassili, alors que les monts irrégulières qui dépassent très rarement les 30 mm
d’Ougarta le sont à un degré bien moindre. par an. Les températures maximales sont atteintes
en juillet et avoisinent régulièrement les 45 °C et les
températures les plus basses varient autour de 5°C
durant les mois de décembre et janvier (Dubief 1959).
© Benghanem/Benhouhou

Vue générale des monts d’Ougarta

77
©Benghanem/Benhouhou

La savane à Acacia-Panicum dans l’Ougarta.

La savane désertique à Acacia‑Panicum des monts en dehors des palmeraies, où peut se développer
d’Ougarta l’élément arboré.

Le complexe djebel-oued constitue l’habitat le plus Dans les monts d’Ougarta, les oueds à sol limono-
propice à l’installation d’une couverture végétale où graveleux sont suffisamment profonds pour permettre
les groupements végétaux sont intimement liés à l’installation d’une variante de la savane à Acacia.
leur habitat géomorphologique. Le développement
de la végétation se fait grâce à une stratégie
adaptative des espèces au stress hydrique, à travers
des mécanismes physiologiques, anatomiques et
écologiques. Il est d’usage de distinguer en milieu
désertique deux grandes catégories de plantes :
les végétaux permanents et ceux temporaires. La
végétation permanente est représentée par les
plantes ligneuses pérennes (arbres, arbustes et
buissons bas). À la faveur des pluies apparaissent les
végétaux temporaires, représentés essentiellement par
les plantes annuelles appelé localement « acheb ». Elles
se développent avec une rapidité surprenante (1 à 4
mois) et constituent des ressources fourragères de
©Benghanem/Benhouhou

premier plan.
Ainsi et contrairement aux regs et hamadas, où la
couverture végétale est très clairsemée avec un
cortège floristique extrêmement faible, les oueds, et
dans une moindre mesure les djebels, constituent
indéniablement les habitats les plus riches en termes
de nombre d’espèces et de taux de recouvrement
au sol de la végétation. De plus, les groupements
végétaux des lits d’oueds sont les seuls milieux,
Calobota saharae

88
assez fortes de ces monts, on observe un groupement
Les monts d’Ougarta, particulier dominé par des arbustes endémiques :
Ouarouari (Withania adpressa) et Rass El-Khadem
situés dans la partie (Ceratolimon feei) (Guinet, 1958 ; Benhouhou et al.,
2003). C’est une végétation clairsemée dans laquelle
nord occidentale du l’élément arboré est absent.

Sahara algérien, Contexte biogéographique et patrimonial

représentent une Sur le plan biogéographique, la flore des monts


d’Ougarta est dominée par un fond floristique saharo-
zone de transition sindien. La carte des subdivisions phytogéographiques
du Sahara, montre la position de ces monts au sein
remarquable où du Sahara nord-occidental et illustre l’irradiation
des éléments méditerranéens par le nord et ceux
se chevauchent tropicaux par le sud (Médail et Quézel, 2018). Véritable
carrefour biogéographique, ces monts représentent
des éléments


une limite d’aire de répartition méridionale pour les

floristiques d’origine taxons méditerranéens tels que le panicaut saharien


(Eryngium ilicifolium) ou le genêt saharien (Calobota

biogéographique saharae), et une limite septentrionale pour les taxons


tropicaux, tels que le Amatellel (Cocculus pendulus)
diverse ou Ttarah (Gymnosporia senegalensis).

La richesse floristique des monts d’Ougarta, s’élève à


152 taxons recensés lors des différentes explorations
(Guinet, 1958, Benghanem, 2020). Ce chiffre équivaut
Celle-ci est individualisée par le groupement à Acacia à une richesse aréale de 25 x10-3, soit dix fois plus que
tortilis var. raddiana, Panicum turgidum et Foleyola pour le Hoggar ! L’endémisme, représentant 15 %
billotii (Quézel 1965, Benghanem et al., 2016). Quant de cette flore, y est remarquable. Ce taux élevé est
aux pentes rocailleuses fissurées et d'inclinaison dû à l’originalité géologique des monts d’Ougarta
©Benghanem/Benhouhou

Convolvulus trabutianus

9
et aux barrières topographiques que constituent les Sahariennes, Université d’Alger. 312 pp.
chaines atlasiques au nord et à l’ouest et le Grand Erg
Occidental, vaste mer de sable de près de 80 000 km2, Guinet Ph. (1958). Notice détaillée de la feuille de Béni-
à l’est. Cet endémisme est également associé à un Abbès (Coupure spéciale) : Carte de la végétation de
isolement climatique matérialisé par l’isohyète 20 mm l’Algérie au 1/200 000ème. – Bulletin de Service, carte
au sud de ces monts. phytogéographique, série A : Carte de la végétation, 3,
fascicule 1 : 21-96.
Parmi les endémiques inventoriés, neuf taxons sont
strictement localisés sur les monts d’Ougarta et se Joly, F, Rougerie, G, De Wolf, Y, Freytet, P, & Simonin
retrouvent dans les parties méridionales des chaînes A, (1991). Les Monts d’Ougarta. Revue de géographie
atlasiques marocaines. Ce sont principalement alpine. Tome 79, N°1. pp. 87-100.
des herbacées vivaces (Carthamus duvauxii,
Deverra battandieri, Perralderia coronopifolia subsp. Médail, F., & Quézel, P., (2018). Biogéographie de la flore
coronopifolia, Salvia pseudo jaminiana), des arbustes du Sahara : Une biodiversité en situation extrême. IRD
(Ceratolimon feei, Foleyola billotii, Rhanterium éditions, Conservatoire et Jardin botaniques Genève.
adpressum), une annuelle (Pseudorlaya biseriata) et 366 p.
l’unique bulbeuse du Sahara septentrional-occidental
(Battandiera amoena). Quézel, P., (1965). La végétation du Sahara du Tchad à
la Mauritanie. Ed. G. F. Verlag-Stuttgart, Paris, 333 p.
Lors des prospections futures, la proximité des monts
de l’Ougarta avec les contreforts méridionaux de Quézel, P., (1978). Analysis of the flora of mediterranean
la chaîne atlasique pourra révéler la présence d’un and saharian Africa. Ann. Missouri Bot. Gard., pp. 479-534.
nombre encore plus élevé de taxons endémiques.
Parmi les plus remarquables, citons quelques arbustes Trabut, L., (1935). Répertoire des noms indigènes des
tels que le liseron de Trabut (Convolvulus trabutianus), plantes spontanées, cultivées et utilisées dans le
le Afarfar (Crotalaria viallettei) ou encore Afzaz Nord de l’Afrique. Imprimeries « La typo-litho » et Jules
(Warionia saharae). Ces prospections permettront Carbonel Reuxies, Alger.
éventuellement de trouver des taxons nouveaux pour
la science, comme ce fut le cas récemment avec la
découverte d’une nouvelle espèce de chénopode
dans le Hoggar (Chenopodium hoggarense)
(Chatelain et al., 2022).

Références bibliographiques

Aït-Ouali, R. & Nedjari, A., (2006). Le bassin d'Ougarta :


une mobilité permanente au Paléozoïque. Mémoire du
Service Géologique National n°13, 23-40.

Benghanem, A, N., (2020). Les formations à Acacia


tortilis (Forssk.) Hayne var. raddiana (Savi) Brenan
©Benghanem/Benhouhou

dans le Sahara algérien : Chorologie et Syntaxonomie.


Thèse Doct. Université des Sciences et Technologies
Houari Boumédiène, Alger. 222 p.

Benghanem, A. N., Boucheneb, N., Benhouhou, S,


O’Hanrahan, B. & Médail, F. (2016). Acacia tortilis var.
raddiana communities in the northwestern Algerian
Sahara. Botany Letters, 163:3, 289-306.
Rhanterium adpressum
Benhouhou, S, Dargie, T.C.D & Gilbert, O (2003).
Vegetation associations in the Ougarta mountains
and the dayas of the Guir hamada, Algerian Sahara.
Journal of Arid Environments, 54: 739-753.
Abdelkader Nabil Benghanem
Docteur, Enseignant-chercheur
Chatelain C., Uotila P., Benhouhou S., Mombrial
ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE AGRONOMIQUE
F., Mesbah M., Baa S., & Benghanem A. N. (2022).
Chenopodium hoggarense (Amaranthaceae), a new
Salima Benhouhou
species from Algeria and Chad – Willdenowia 52: 75-81. Docteur, Enseignant-chercheur
ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE AGRONOMIQUE
Dubief, J. (1959). Le climat du Sahara. Tome 1 : Les
températures. Mémoire de l'Institut de Recherches

10
10
©John Newby

Balanites aegyptiaca

Profil d’un arbre


Le dattier du désert
(Balanites aegyptiaca)
Desert date, soapberry tree, hidjilidj, aborak, les ustensiles ménagers et la construction, pour son
seguene, garbey, kielega, tanni, model, sump, utilisation dans la médecine traditionnelle et le contrôle
aduwa – ce n’est qu’une petite sélection des des pathogènes, et en tant que source de nourriture
nombreux noms vernaculaires de l’un des arbres pour l’homme, la faune et le bétail. Des graines de
les plus répandus et les plus utiles du Sahel, connu Balanites aegyptiaca ont été retrouvées dans des
en latin sous le nom Balanites aegyptiaca et en tombes de la vallée du Nil datant de plus de 4 000 ans.
français « dattier du désert » ou « savonnier ». Le nom
Balanites est dérivé du mot grec signifiant « gland », Dans le sud du Sahel, le long de la frontière avec
en référence à la forme des fruits de l’arbre. les habitats de savane plus boisés, les Balanites
aegyptiaca peuvent pousser en peuplements
À l’exception des habitats véritablement sahariens, denses, presque impénétrables. À mesure que les
le dattier du désert est présent dans tout le Sahel, du précipitations diminuent, la répartition de l’arbre
Sénégal et du sud de la Mauritanie jusqu’à la vallée du devient plus limitée, privilégiant les cuvettes et les
Nil. On le trouve également de l’Égypte (d’où son nom dépressions sur les dunes fixées, ainsi que le long des
scientifique) jusqu’au sud en Zambie et au Botswana,
en passant par l’Afrique de l’Est, ainsi que dans
certaines parties de l’Arabie et du nord-ouest de l’Inde.
Partout, il est très apprécié pour ses multiples usages et
valeurs en tant que source de bois dur pour les outils,

Peu d’arbres ont


autant d’utilisations
que les Balanites
aegyptiaca „
©John Newby

Fruits de Balanites aegyptiaca

11
©John Newby

©John Newby
Racines de Balanites aegyptiaca Oryx à l’ombre d’un dattier du désert

oueds saisonniers et des réseaux de drainage. L’arbre Peu d’arbres ont autant d’utilisations que les
possède à la fois des racines pivotantes centrales Balanites aegyptiaca. L’un de ses noms en anglais,
pour accéder à l’humidité en profondeur et une série « soap berry tree », et en français, le « savonnier »,
de racines latérales rayonnantes, moins profondes, témoigne de son utilisation en tant que savon. Ce
qui peuvent capter l’humidité de surface tout en nom provient du cambium, la fine couche de tissu
assurant sa stabilité. Dans de nombreuses régions, vivant mou qui se trouve entre l’écorce et le bois.
le Balanites aegyptiaca est le seul arbre d’ombrage, Une huile de très bonne qualité peut être extraite
offrant un abri bienvenu à une multitude d’espèces, des graines, ce qui a donné lieu à une industrie
allant des minuscules fauvettes migratrices au gros croissante de produits forestiers secondaires
bétail, aux chameaux, aux gazelles et aux antilopes. en Afrique centrale et de l’Ouest. Bien qu’un peu
Avec son feuillage dense et épineux, il constitue amère, la fine couche de chair brune du fruit lui-
également un lieu remarquable pour la nidification même est couramment consommée. Lorsqu’ils sont
des vautours et d’une multitude d’autres oiseaux. transformés en infusion et concentrés, les fruits,
l’écorce et les feuilles peuvent être utilisés dans la
médecine traditionnelle comme vermifuge et comme
remède contre de nombreux types de maladies et
d’affections, de la jaunisse à l’épilepsie.

Bibliographie sélective

Arbonnier, M. 2004. Trees, shrubs and lianas of West


African dry zones. CIRAD / MARGAF / MNHN, 573 pp.

von Maydell, H.-J. 1983. Arbres et arbustes du Sahel.


Leurs caractéristiques et leurs utilisations. GTZ /
Verlag Josef Margaf, 531 pp.

Le Floc’h, E. & Aronson, J. 2013. Les arbres des déserts.


Enjeux et promesses. Actes Sud, 372 pp

John Newby
Consultant principal
SAHARA CONSERVATION
©John Newby

Vautour de Rüppell nichant dans un dattier du désert

12
Végétation et feux de brousse :
une relation interdépendante
Les feux de brousse sont désormais un phénomène
récurrent et global, dans ce contexte de changements
climatiques. Pour les écosystèmes sahéliens, ils
constituent l’un des facteurs majeurs de perturbation.
Dans la Réserve de Faune de Ouadi Rimé – Ouadi
Achim (RFOROA), au centre du Tchad, les départs de
feux sont fréquents et quasiment toujours d'origine
anthropique. Nous avons étudié leur distribution
et leur influence sur la végétation. La fréquence, le
périodicité et la saisonnalité des feux sont autant

©Krazidi Abeye / Sahara Conservation


de facteurs qui ont été analysés, en parallèle de la
végétation herbacée inventoriée dans les pâturages
de l'emblématique oryx algazelle.

Pour mieux comprendre le phénomène des feux de


brousse dans la RFOROA, il est important de prendre en
compte à la fois les précipitations, les vents, les habitudes
anthropiques locales ainsi que la végétation, principal
combustible. Celle-ci a été étudiée dans sa diversité de
couverture, d'espèces, de caractéristiques distinctives et
de taille. L’étude s’est concentrée sur les pâturages de
l'oryx algazelle réintroduit, dans le sud-est de la réserve. Onyx dans un champ brûlé

La steppe sahélienne subdésertique est la formation de petites dimensions, se densifiant selon un gradient
végétale qui caractérise la région. C'est un biome croissant d’apport en eau. La flore du Sahel est très peu
intermédiaire entre désert, savane et prairie. La diversifiée, on y recenserait environ 1 500 espèces, dont
couverture herbacée est parfois discontinue selon la environ 3% endémiques.
saison. Dans cette strate, on trouve majoritairement
des espèces annuelles dont la hauteur avoisine les Dans cette région, la saison des pluies a lieu de juin à
40 centimètres. Les plantes vivaces sont rares et septembre. Les précipitations varient en termes de durée
espacées. Les strates arbustives et arborées sont et d’abondance selon la latitude. On peut considérer que
principalement constituées d’individus épineux souvent les précipitations moyennes annuelles diminuent de 1 mm
©Sophie Lox

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par kilomètre quand on augmente en latitude. Les durant cette même période sont représentées en bleu
pluies, souvent intenses et intermittentes, engendrent sur la carte ci-dessous.
des ruissellements de surface (des crues éclairs), qui
s’infiltrent en bas de pente ou dans le lit des cours d’eau
temporaires, nommés ouadis. Ces cours d’eau, bien que
complètement asséchés la plupart de l’année, sont une
réserve importante de sédiments et marquent le paysage
par l’abondance relative de végétation à ces endroits.

Les feux de brousse


sont désormais
un phénomène
récurrent global
dans ce contexte
de changements
climatiques „
Avec l’arrivée de la saison sèche, alors que la température
et l’humidité de l’air chutent, la vitesse du vent augmente.
L’harmattan, le vent dominant, est à la fois frais et sec, il Fréquence des feux dans la RFOROA entre le 1er août 2001 et le 31
a la propriété d'assécher très rapidement la végétation juillet 2020
herbacée, particulièrement lorsqu'il atteint sa vitesse
maximale vers fin janvier - début février. Les zones n’ayant jamais subi de feu présentent la
plupart du temps une discontinuité de la végétation,
La population de la réserve est principalement voire une absence totale. La fréquence élevée au
constituée d’éleveurs transhumants. Ils possèdent un sud serait due à l'abondance de la végétation et à
droit de passage sans restriction et de pâturage pour la fréquentation de cette zone par les communautés
leurs animaux à l'intérieur des limites de la réserve. Les locales. L’absence de feux durant les mois de juillet et
transhumances sont rythmées par le climat. En avril, août est généralement suivie d’un pic lors des mois
les feriks partent vers les ouadis à la limite du désert. d’octobre et novembre. A cette période, la végétation
Certains y pratiquent une agriculture de subsistance totalement sèche est abondante, et les feriks d’éleveurs
durant quelques mois, puis reviennent vers le sud en atteignent le sud de leur parcours de transhumance.
octobre avec la saison sèche. Ces deux facteurs déterminant rassemblés induisent
Ce mode de vie est étroitement lié aux départs de par conséquent des fréquences de feux approchant
feux. En effet, les fourneaux de cuisson, ou encore même un événement par an dans certains endroits.
l'échauffement des moteurs causent souvent les
premières étincelles. L'étude de la végétation herbacée a été
préférentiellement ciblée sur les zones où nous avons
Les feux d’origine naturelle, causés par la foudre, sont identifié des valeurs extrêmes de fréquences. 157
exceptionnels. En prenant en compte ces facteurs, nous quadrats de 4 m2 ont été inventoriés en termes de
avons effectué une analyse d'images satellite basée diversité d'espèces, de recouvrement et de hauteur.
sur des images MODIS (Moderate Resolution Imaging Sans surprise, la dominance d’Aristida mutabilis est
Spectroradiometer) datant de 2001 à 2019 et présentant retrouvée dans quasiment tous types de milieux.
des surfaces brûlées, facilement identifiables par Il s’agit de l’espèce que l’on voit le plus souvent
l’inhabituelle noirceur du sol. lorsqu’on parcourt le territoire fréquenté par l'oryx. Une
Environ un tiers de la RFOROA a déjà été affecté par des exception existe cependant pour les zones où les feux
feux de brousse durant ces dernières années, soit un sont à la fois fréquents et précoces dans la saison : la
total de plus de 20 000 km2. La fréquence la plus élevée Schoenefeldia gracilis y est dominante.
est située à l’extrême sud-est. Cette partie aurait brûlé Aristida funiculata est quant à elle plus abondante
15 fois sur la période de 19 ans considérée. Les surfaces sur les sites fréquemment brûlés et notamment
n’ayant été touchées qu’une seule fois par les feux caractérisés par des feux précoces. Au contraire, le

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Citrullus colocynthis apparaît principalement sur les Une augmentation de la fréquence des feux dans
sites peu brûlés et de façon plus tardive dans la saison. la RFOROA pourrait donc induire une régression
Le calcul de l'indice Indval pour toutes les espèces de l'herbacée la plus commune, Aristida mutabilis,
a permis de conclure par ailleurs que l’abondance mais aussi des espèces plus vertes, essentielles à
d’Eragrostis tremula est hautement significative d’une l’hydratation de l’oryx. Pour cet animal emblématique,
fréquence de feux élevée. À l’inverse, l’abondance de comme pour l'entièreté de l'écosystème qui l'entoure,
Cenchrus biflorus indique les sites rarement brûlés. les méthodes de lutte anti-feux doivent être poursuivies
et les zones de priorités peuvent désormais être
identifiées. Cette étude constitue ainsi un important
début de réponse à la compréhension de l'influence
des feux de brousse, l'un des facteurs centraux de
modification du biome sahélien.

Référence : Lox S. 2020, Influence des régimes de feux sur


les pâturages de l'oryx algazelle à l'aide de la télédétection:
cas de la Réserve de Faune de Ouadi Rimé - Ouadi Achim
(Tchad), Travail de fin d'étude GxABT-ULiège.
©Krazidi Abeye / Sahara Conservation

Lutte contre un feu de brousse

Par l'analyse des traits spécifiques, l'étude a montré


qu'outre l'abondance des herbacées annuelles,
l'abondance des espèces pérennes et cespiteuses
(Aristida sieberiana, Panicum turgidum) est liée aux
sites à faible fréquence de feux.
L'étude de la hauteur de la végétation herbacée indique
qu'un site fréquemment brûlé est composé d’individus
d’Aristida mutabilis ou d’Aristida sieberiana de plus
petite hauteur, mais également d'individus de Cenchrus
biflorus de plus grande hauteur.
Par ailleurs Fimbristillis hispidula et Indigofera colutea
ne semblent pas influencées par les régimes de feux,
témoignant de leur indifférence à ce facteur.

Concernant le régime alimentaire de l'oryx algazelle sur


ces pâturages, certaines espèces sont plus appréciées
que d'autres selon la saison. En conséquence des
modifications de végétation sur les sites brûlés,
l'oryx pourrait privilégier les sites fréquemment et
précocement brûlés au début de la saison des pluies,
afin d’y brouter les jeunes pousses abondantes de
Schoenfeldia gracilis. De même, les zones rarement
brûlées pourraient être privilégiées pour leur
abondance de Cenchrus biflorus vers la fin de la
saison des pluies ou encore pour la présence du vert
Chrozophora brochiana à la saison chaude. Enfin, dès Sophie Lox
le début de la saison sèche, les sites rarement brûlés, Bioingénieure en gestion des forêts et des espaces naturels
et plus tardivement dans la saison pourraient être GEMBLOUX AGRO-BIO TECH (ULIEGE)
privilégiés pour l’apport essentiel en eau du Citrullus
colocythis.

15
©John Newby / Sahara Conservation

Utilisation des données satellitaires


et de terrain pour cartographier la
végétation de la Réserve de Faune
de Ouadi Rimé-Ouadi Achim
Comme beaucoup de paysages sahéliens, la Réserve de oryx et addax. Bien que l’équipe ait effectué plus de
Faune de Ouadi Rimé‑Ouadi Achim (RFOROA) au Tchad 10 000 observations depuis 2016, celles-ci ne couvrent
est constituée de parcelles relativement petites, de qu’une petite partie de la réserve chaque année. Pour
végétation naturelle et des terres utilisées pour l’activité établir une carte homogène de la vaste étendue de
humaine, et dispersées sur des sols sablonneux qui la RFOROA, les observations de terrain doivent être
offrent des conditions de croissance difficiles. associées à des données de télédétection, c’est-à-
dire des informations et des images obtenues par des
Des terres agricoles de petite taille sont associées à des satellites en orbite autour de la Terre.
prairies, lesquelles sont parsemées de peuplements
et traversées par des oueds où l’on trouve des arbres En général, nous pensons qu’une photographie en
courts et broussailleux. Les plantes originaires du couleurs est une simple feuille plane. Cependant,
Sahel poussent généralement en faible densité : les chaque photographie est en fait une superposition
parcelles d’herbe qui, de loin, semblent luxuriantes sont de trois couches, chacune étant une grille contenant
étonnamment clairsemées lorsque l’on s’en approche. des milliers de cellules minuscules, ou pixels. Une
En outre, toute la végétation de la RFOROA est régie couche exprime la quantité de lumière rouge réfléchie
par le même facteur limitant, l’eau, qu’elle soit puisée vers l’appareil photo par chaque pixel, tandis que les
dans des réservoirs souterrains ou absorbée par les
précipitations. Depuis 2019, le Smithsonian’s National
Zoo and Conservation Biology Institute (SNZCBI)
et Sahara Conservation travaillent ensemble pour
créer une carte des communautés végétales et de
l’utilisation des terres dans la réserve. Cependant,
les conditions mêmes qui définissent le Sahel et la
RFOROA – fine hétérogénéité spatiale, forte saisonnalité,
faible densité foliaire et limitations en eau – rendent la
cartographie de la végétation particulièrement difficile.
Chaque fois que l’équipe de suivi écologique de
Sahara Conservation observe un oryx algazelle ou un
addax sur le terrain, elle recueille des informations
importantes sur la végétation environnante – comme
le type d’habitat général, la verdure et la hauteur des
herbes saisonnières, ainsi que la présence et l’état des
plantes importantes dans le régime alimentaire des Image RVB

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autres couches capturent la quantité de lumière verte
et bleue réfléchie. C’est l’origine du terme « RVB », qui
signifie « rouge, vert et bleu ». De même, les satellites Les conditions
qui définissent
d’observation de la Terre mesurent le rayonnement
solaire réfléchi par la surface de la planète, non
seulement dans les longueurs d’onde rouge, verte
et bleue, mais aussi dans de nombreuses parties du le Sahel et la
spectre électromagnétique, de l’ultraviolet à l’infrarouge.
RFOROA rendent
La végétation, les roches et le sable réfléchissent
différentes longueurs d’onde de lumière et d’énergie la cartographie
de manière unique. Par exemple, les plantes vertes
réfléchissent fortement dans la partie du spectre de la végétation
correspondant au proche infrarouge, mais faiblement
dans les longueurs d’onde rouges. Par conséquent,
particulièrement
une grande différence de réflectance dans le proche
infrarouge par rapport aux longueurs d’onde rouges
difficile
à un endroit donné indique une végétation verte et
en croissance. Le SNZCBI et Sahara Conservation ont
utilisé ces propriétés et d’autres caractéristiques pour
créer de nombreux produits de télédétection, chacun
mettant en évidence la présence ou l’abondance d’un
type différent de couverture végétale naturelle ou
d’utilisation humaine des terres dans le Sahel.
Nous avons également utilisé des données
satellitaires pour étudier à quel moment la végétation
de la réserve pousse et meurt.

Image SAR

Nous avons effectué de nombreuses analyses de


données de télédétection afin de déterminer les
propriétés uniques des différents types de couverture
et d’utilisation des sols dans la RFOROA. En associant
ces couches de télédétection aux données provenant
de missions de routine et de missions dédiées de
Image NDVI
terrain, le SNZCBI et Sahara Conservation ont créé
la première carte précise de la couverture des sols
de la réserve, avec une résolution moyenne (c’est-
Les herbes autochtones poussent généralement
à-dire avec des pixels mesurant 20 m x 20 m). Ces
immédiatement après les premières pluies de
informations seront utilisées pour mieux comprendre
l’année, tandis que les terres agricoles doivent être
les préférences en matière d’habitat des oryx
labourées et ensemencées avant que les cultures ne
algazelle et des addax réintroduits, et pour prévoir
puissent pousser. Les herbes ont donc une « longueur
leur répartition potentielle dans la RFOROA au fur et à
d’avance » et atteignent leur pic de croissance avant
mesure que ces populations continueront de croître.
les cultures courantes comme le sorgho, le millet
et le maïs. La densité foliaire tend également à être
plus élevée dans les champs agricoles au moment
du pic de croissance, car les plantes cultivées ont
généralement des feuilles plus grandes et poussent
de manière beaucoup plus haute et plus large que Katherine Mertes, PhD
les herbes sahéliennes à feuilles étroites et peu CONSERVATION ECOLOGY CENTER
espacées. Enfin, les cultures agricoles connaissent SMITHSONIAN’S NATIONAL ZOO & CONSERVATION
un cycle de croissance condensé qui non seulement BIOLOGY INSTITUTE
commence et atteint son apogée plus tard que les
herbes autochtones, mais se termine également plus Elizabeth Johnson
tôt. Alors que les plantes cultivées sont récoltées à Remote Sensing/ Spatial Ecology Intern
leur pic de croissance pour nourrir les êtres humains CONSERVATION ECOLOGY CENTER
ou le bétail, les herbes annuelles se flétrissent et se SMITHSONIAN’S NATIONAL ZOO & CONSERVATION
dessèchent naturellement. BIOLOGY INSTITUTE

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©John Newby / Sahara Conservation

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Depuis sa création, les articles de Sandscript sont rédigés par nos équipes,
nos partenaires, et tous ceux qui, à travers leur travail de terrain, font de la
conservation de la biodiversité une réalité.
L’objectif premier est d’informer le public de nos activités de conservation
au Sahara et au Sahel, et de partager tous les éléments d’actualité qui s’y
rapportent, mais aussi de sensibiliser le lecteur à la beauté et à la richesse
de cette région du monde. Au fil des années, Sandscript a ainsi dépassé
son simple rôle informatif pour apporter un éclairage original sur des zones
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« silencieuse ». Jusqu’à très récemment, ce déclin s’est trouvé ignoré, son étude
et les mesures devant le combattre étant sous-financées par la communauté
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Sahara Conservation est à l’origine d’un mouvement de plus en plus important
de conservation de la faune du Sahel et Sahara, visant à protéger et restaurer un
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