Sandscript 32 FR
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Sandscript
Un œil sur la conservation de la biodiversité au Sahara et au Sahel
©John Newby / Sahara Conservation
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Les plantes sahariennes :
des survivantes oubliées
et un atout mondial
Flore et végétation des monts
d’Ougarta, un carrefour biogéo-
graphique encore méconnu
Profil d’un arbre :
le dattier du désert
(Balanites aegyptiaca)
13 16
Végétation et feux de brousse :
une relation
interdépendante
Utilisation des données satellitaires
et de terrain pour cartographier
la végétation de la Réserve de
Faune de Ouadi Rimé-Ouadi Achim
2
Maerua crassifolia
Ziziphus mauretania
3
Il existe deux autres priorités en matière de
conservation : le petit nombre d’espèces végétales
relictuelles et menacées au niveau mondial, qui ont
Les plantes
survécu au changement climatique dans les massifs
sahariens, ainsi que les ressources bioculturelles du
sahariennes et
Sahara, y compris les plantes médicinales prélevées
à l’état sauvage et un groupe fascinant d’espèces
les paysages
représentant l’héritage continu de la domestication qui qu’elles forment
a produit des cultures d’importance mondiale, comme
ont une riche
„
la pastèque, le millet, la datte et le sorgho.
Les massifs sahariens (Hoggar, Tassili, Tibesti, Aïr, Ennedi histoire qui reflète
et, plus à l’écart, le Jebel Marra et le Gebel Elba) abritent
d’anciennes espèces survivantes d’un Sahara plus le dynamisme
humide, notamment des poissons et des crocodiles,
ainsi qu’un groupe de plantes souvent oublié. Avec
historique du
un peu d’exagération, on pourrait décrire les massifs
sahariens comme les Galapagos de la mer saharienne.
Sahara
Certaines de ces espèces végétales sont endémiques et
ne survivent que dans un seul endroit, comme le célèbre
cyprès du Tassili, Cupressus dupreziana (En danger -
Une espèce fascinante que l’on trouve dans les
EN), qui ne subsiste que sous la forme de 233 arbres
massifs sahariens est Erica arborea, la bruyère
sauvages dans le Tassili, dont certains ont jusqu’à
arborescente ; elle fait partie d’un genre qui présente
2 400 ans. Le cyprès de l’Atlas, Cupressus dupreziana
une diversification remarquable et un endémisme local
ssp. atlantica (En danger critique - CR), qui est
en Afrique australe, mais cette seule espèce a une aire
apparenté au précédent, se limite à un seul endroit
de répartition qui englobe les montagnes d’Afrique de
au Maroc. D’autres espèces survivent dans plusieurs
l’Est, les massifs sahariens, la Méditerranée et l’archipel
massifs, comme l’olivier sauvage saharien, Olea
macaronésien (îles Canaries et Madère).
europea subsp. laperrinei, un proche parent de l’olivier
Le myrte de Nivelle, Myrtus nivellei, que l’on trouve dans
domestique. Certaines de ces espèces de montagne
le Hoggar, le Tassili, le Tefedest et le Tibesti, est une
sont originaires de la Méditerranée (par exemple,
espèce colonisatrice méditerranéenne qui s’est limitée
Pistacia, Nerium, Olea, Myrtus et Cupressus) et d’autres
à ces massifs depuis au moins la dernière période du
sont d’origine subsaharienne ou arabe (par exemple,
Sahara vert, il y a environ 5 500 ans. En Égypte, il
Acacia, Ficus, Ziziphus et Maerua).
©John Newby / Sahara Conservation
Acacia raddiana
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©John Newby / Sahara Conservation
Citrullus colocynthis
existe une population de dragonniers du Gebel Elba en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Le beurre
plus éloignée et en déclin, Dracaena ombet (EN), une de karité est récolté à partir de Vitellaria paradoxa, un
espèce qui se limite aux montagnes du nord-est de arbre endémique de la ceinture de forêts sèches du
l’Afrique et de l’Arabie saoudite. Il est étroitement lié Sahel. Au nord du Sahara, une autre huile précieuse
à Dracaena draco (EN) que l’on trouve dans les îles est récoltée sur l’arganier (Sideroxylon spinosum)
macaronésiennes et au Maroc. Les espèces relictuelles endémique du Maroc et de l’Algérie (auparavant
des massifs sahariens font partie des espèces les considéré comme un genre monotypique, Argania
plus menacées de la région, et méritent un plus spinosa). Compte tenu de l’attrait des ruminants
grand investissement en matière de conservation et pour les fruits de l’arganier, il est facile d’imaginer
une intégration dans les initiatives de conservation des troupeaux de gazelles et le bubale d’Afrique du
sahariennes. Nord, espèce aujourd’hui éteinte, cherchant sous les
arbres ces fruits nutritifs (lesquels sont maintenant
Les êtres humains ont adopté plusieurs arbres largement consommés par les chèvres et les moutons
sauvages en tant qu’éléments productifs des paysages domestiqués).
de la région. Certains sont devenus des cultures
d’importance mondiale, d’autres restent appréciés Le Sahara a une longue histoire agricole qui a fluctué
localement. La gomme arabique, récoltée à partir avec le climat changeant de la région, et comme tant
d’Acacia senegal et d’Acacia seyal fait partie d’un d’autres aspects de l’histoire du Sahara, celle-ci a été
commerce ancien entre le Sahel et l’Europe. La gomme influencée par les cultures voisines en Méditerranée,
est récoltée dans la zone réduite de forêts d’acacias dans l’océan Indien, au Moyen-Orient et en Afrique
qui couvraient autrefois une grande partie du Sahel. subsaharienne. La pastèque domestique, Citrullus
La gomme arabique reste l’un des principaux produits lanatus, une culture importante au niveau mondial,
d’exportation de plusieurs pays africains du Sahel, est originaire du nord-est de l’Afrique où elle a été
notamment la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le domestiquée pour la première fois. Le melon du
Soudan (traditionnellement le plus grand exportateur Kordofan, au Soudan, a été identifié comme étant le
de gomme de haute qualité). La production mondiale plus proche parent, et probablement le progéniteur,
de gomme arabique est d’environ 120 000 tonnes de la pastèque moderne. La pastèque sucrée à chair
par an, soit une valeur de 1,1 milliard de dollars (2022). rouge a probablement été domestiquée dans cette
La gomme est utilisée dans les cosmétiques, en région et s’est ensuite répandue vers le nord, où elle
médecine, comme composant de l’encre et, surtout, semble avoir été consommée il y a environ 4 300 ans.
comme stabilisateur dans l’industrie alimentaire et des Une plante sauvage apparentée, Citrullus colocynthis,
boissons non alcoolisées. Il n’existe actuellement aucun est une plante alimentaire connue et une source d’eau
substitut industriel à la gomme arabique et la guerre importante pour de nombreux ongulés du désert,
au Soudan a menacé l’approvisionnement de clients notamment l’oryx algazelle.
importants tels que Coca-Cola et Pepsico, qui utilisent
actuellement les réserves stockées. Deux céréales d’importance mondiale sont originaires
du Sahara et du Sahel. Le premier mil perlé (ou millet
Deux espèces d’arbres des bords du Sahara sont à chandelle) domestiqué connu, Pennisetum glaucum,
utilisées dans les cosmétiques et vendues au détail est originaire de la zone sahélienne occidentale,
5
Références recommandées
„
Vendramin, The origin of the Afro-Mediterranean
cypresses: Evidence from genetic analysis. Perspectives
pour la restauration in Plant Ecology, Evolution and Systematics 46. 2020.
de la nature Cunliffe, Barry. Facing the Sea of Sand: The Sahara and
the Peoples of Northern Africa. Oxford University Press,
et des services 2023.
écosystémiques Désamoré, Aurélie, Benjamin Laenen, Nicolas Devos,
Magnus Popp, Juana Maria González Mancebo, Mark
A. Carine, and Alain Vanderpoorten. "Out of Africa:
North westwards Pleistocene expansions of the heather
et le sorgho, Sorghum bicolor, de l’est du Soudan, Erica arborea." Journal of Biogeography 38 (1): 164-176.
il y a environ 5 000 ans. Le palmier dattier, Phoenix 2011.
dactylifera, est une plante domestiquée ancienne,
probablement originaire d’Arabie (peut-être d’Abu Flowers, Jonathan M., Khaled M. Hazzouri, Muriel
Dhabi et du Koweït) il y a environ 7 000 ans. Gros-Balthazard, Ziyi Mo, Konstantina Koutroumpa,
Andreas Perrakis, Sylvie Ferrand et al. "Cross-species
hybridization and the origin of North African date
Les plantes sahariennes donnent un aperçu des palms." Proceedings of the National Academy of
impacts du changement climatique continu ; après Sciences 116 (5): 1651-1658. 2019.
des millénaires, les massifs sahariens comportent
encore des vestiges floristiques d’un Sahara plus Renner, S.S., Wu, S., Pérez-Escobar, O.A., Silber, M.V., Fei,
humide. Ces espèces doivent faire l’objet d’une Z. and Chomicki, G. A chromosome-level genome of a
conservation de toute urgence. Un Sahara plus sec Kordofan melon illuminates the origin of domesticated
après la fin de la période humide africaine a été un watermelons. Proceedings of the National Academy of
creuset pour l’agriculture, fournissant de nouvelles Sciences, 118(23). 2021.
cultures au monde entier et adoptant de nouvelles
cultures venant de l’extérieur du Sahara et du Sahel.
Les paysages sahariens et sahéliens sont toujours
en évolution et toujours soumis au surpâturage, à
l’expansion agricole et à l’extraction du charbon de
bois, mais de nouveaux paysages agricoles et de
conservation émergent. Quel que soit l’avenir de ces Mike Maunder
paysages arides dynamiques, les plantes resteront Consultant biodiversité et conservation
une ressource vitale pour la restauration de la nature MAUNDER CONSULTING
et des services écosystémiques, la définition des
cultures sahariennes vivantes et le besoin urgent de
mettre en place une agriculture fonctionnelle dans les
terres arides.
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Flore et végétation des monts
d’Ougarta, un carrefour
biogéographique encore méconnu
Le faux‑gommier (Acacia tortilis var. raddiana) représente l’élément arboré le plus répandu dans la
région saharo‑arabique. Il s’associe avec le mil saharien (Panicum turgidum) pour constituer la fameuse
savane désertique à Acacia‑Panicum. Véritable clé de voûte des oueds sahariens, elle s’étend des côtes
de l’Atlantique jusqu’aux rives orientales de la mer Rouge. Les monts d’Ougarta, situés dans la partie nord
occidentale du Sahara algérien, représentent une zone de transition remarquable où se chevauchent des
éléments floristiques d’origine biogéographique diverse. La savane qui évolue dans ces monts est le reflet
du jeu complexe entre géomorphologie, lithologie et microclimat. La combinaison de ces caractéristiques
biogéographiques et écologiques s’exprime par la présence d’une flore encore mal connue et pourtant riche
et diversifiée.
Dans l’imaginaire collectif, le Sahara représente une Contexte géographique, géologique et climatique
immense étendue dunaire. Or ces mers de sables,
connues sous le terme d’erg, ne représentent en Les monts d’Ougarta sont situés à vol d’oiseau à 610 km
réalité que 20 à 25 % de la superficie totale du Sahara. au sud de la côte méditerranéenne et à 1 235 km à l’est
Ce sont surtout de vastes plateaux caillouteux de la côte Atlantique, et culminent à 850 m (Joly et al.,
et rocailleux (regs et hamadas) qui dominent le 1991). Ils couvrent une superficie de 6 000 km2 et sont
paysage, à l’instar du fameux Tanezrouft à l’ouest des représentés par une structure rocheuse horizontale
montagnes du Hoggar (Algérie). d'âge Crétacé, avec des affleurements correspondant
Quant aux habitats les plus riches, les montagnes ou aux roches cambriennes et siluriennes (Aït-Ouali &
djebel, et leurs réseaux hydrographiques associés, les Nedjari, 2006).
oueds, ils occupent une superficie bien plus restreinte. Ces monts sont sous l’influence d’un climat désertique
Parmi les massifs montagneux, les plus connus sont de type saharien caractérisé par des pluies
ceux du Hoggar et du Tassili, alors que les monts irrégulières qui dépassent très rarement les 30 mm
d’Ougarta le sont à un degré bien moindre. par an. Les températures maximales sont atteintes
en juillet et avoisinent régulièrement les 45 °C et les
températures les plus basses varient autour de 5°C
durant les mois de décembre et janvier (Dubief 1959).
© Benghanem/Benhouhou
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©Benghanem/Benhouhou
La savane désertique à Acacia‑Panicum des monts en dehors des palmeraies, où peut se développer
d’Ougarta l’élément arboré.
Le complexe djebel-oued constitue l’habitat le plus Dans les monts d’Ougarta, les oueds à sol limono-
propice à l’installation d’une couverture végétale où graveleux sont suffisamment profonds pour permettre
les groupements végétaux sont intimement liés à l’installation d’une variante de la savane à Acacia.
leur habitat géomorphologique. Le développement
de la végétation se fait grâce à une stratégie
adaptative des espèces au stress hydrique, à travers
des mécanismes physiologiques, anatomiques et
écologiques. Il est d’usage de distinguer en milieu
désertique deux grandes catégories de plantes :
les végétaux permanents et ceux temporaires. La
végétation permanente est représentée par les
plantes ligneuses pérennes (arbres, arbustes et
buissons bas). À la faveur des pluies apparaissent les
végétaux temporaires, représentés essentiellement par
les plantes annuelles appelé localement « acheb ». Elles
se développent avec une rapidité surprenante (1 à 4
mois) et constituent des ressources fourragères de
©Benghanem/Benhouhou
premier plan.
Ainsi et contrairement aux regs et hamadas, où la
couverture végétale est très clairsemée avec un
cortège floristique extrêmement faible, les oueds, et
dans une moindre mesure les djebels, constituent
indéniablement les habitats les plus riches en termes
de nombre d’espèces et de taux de recouvrement
au sol de la végétation. De plus, les groupements
végétaux des lits d’oueds sont les seuls milieux,
Calobota saharae
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assez fortes de ces monts, on observe un groupement
Les monts d’Ougarta, particulier dominé par des arbustes endémiques :
Ouarouari (Withania adpressa) et Rass El-Khadem
situés dans la partie (Ceratolimon feei) (Guinet, 1958 ; Benhouhou et al.,
2003). C’est une végétation clairsemée dans laquelle
nord occidentale du l’élément arboré est absent.
„
une limite d’aire de répartition méridionale pour les
Convolvulus trabutianus
9
et aux barrières topographiques que constituent les Sahariennes, Université d’Alger. 312 pp.
chaines atlasiques au nord et à l’ouest et le Grand Erg
Occidental, vaste mer de sable de près de 80 000 km2, Guinet Ph. (1958). Notice détaillée de la feuille de Béni-
à l’est. Cet endémisme est également associé à un Abbès (Coupure spéciale) : Carte de la végétation de
isolement climatique matérialisé par l’isohyète 20 mm l’Algérie au 1/200 000ème. – Bulletin de Service, carte
au sud de ces monts. phytogéographique, série A : Carte de la végétation, 3,
fascicule 1 : 21-96.
Parmi les endémiques inventoriés, neuf taxons sont
strictement localisés sur les monts d’Ougarta et se Joly, F, Rougerie, G, De Wolf, Y, Freytet, P, & Simonin
retrouvent dans les parties méridionales des chaînes A, (1991). Les Monts d’Ougarta. Revue de géographie
atlasiques marocaines. Ce sont principalement alpine. Tome 79, N°1. pp. 87-100.
des herbacées vivaces (Carthamus duvauxii,
Deverra battandieri, Perralderia coronopifolia subsp. Médail, F., & Quézel, P., (2018). Biogéographie de la flore
coronopifolia, Salvia pseudo jaminiana), des arbustes du Sahara : Une biodiversité en situation extrême. IRD
(Ceratolimon feei, Foleyola billotii, Rhanterium éditions, Conservatoire et Jardin botaniques Genève.
adpressum), une annuelle (Pseudorlaya biseriata) et 366 p.
l’unique bulbeuse du Sahara septentrional-occidental
(Battandiera amoena). Quézel, P., (1965). La végétation du Sahara du Tchad à
la Mauritanie. Ed. G. F. Verlag-Stuttgart, Paris, 333 p.
Lors des prospections futures, la proximité des monts
de l’Ougarta avec les contreforts méridionaux de Quézel, P., (1978). Analysis of the flora of mediterranean
la chaîne atlasique pourra révéler la présence d’un and saharian Africa. Ann. Missouri Bot. Gard., pp. 479-534.
nombre encore plus élevé de taxons endémiques.
Parmi les plus remarquables, citons quelques arbustes Trabut, L., (1935). Répertoire des noms indigènes des
tels que le liseron de Trabut (Convolvulus trabutianus), plantes spontanées, cultivées et utilisées dans le
le Afarfar (Crotalaria viallettei) ou encore Afzaz Nord de l’Afrique. Imprimeries « La typo-litho » et Jules
(Warionia saharae). Ces prospections permettront Carbonel Reuxies, Alger.
éventuellement de trouver des taxons nouveaux pour
la science, comme ce fut le cas récemment avec la
découverte d’une nouvelle espèce de chénopode
dans le Hoggar (Chenopodium hoggarense)
(Chatelain et al., 2022).
Références bibliographiques
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©John Newby
Balanites aegyptiaca
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©John Newby
©John Newby
Racines de Balanites aegyptiaca Oryx à l’ombre d’un dattier du désert
oueds saisonniers et des réseaux de drainage. L’arbre Peu d’arbres ont autant d’utilisations que les
possède à la fois des racines pivotantes centrales Balanites aegyptiaca. L’un de ses noms en anglais,
pour accéder à l’humidité en profondeur et une série « soap berry tree », et en français, le « savonnier »,
de racines latérales rayonnantes, moins profondes, témoigne de son utilisation en tant que savon. Ce
qui peuvent capter l’humidité de surface tout en nom provient du cambium, la fine couche de tissu
assurant sa stabilité. Dans de nombreuses régions, vivant mou qui se trouve entre l’écorce et le bois.
le Balanites aegyptiaca est le seul arbre d’ombrage, Une huile de très bonne qualité peut être extraite
offrant un abri bienvenu à une multitude d’espèces, des graines, ce qui a donné lieu à une industrie
allant des minuscules fauvettes migratrices au gros croissante de produits forestiers secondaires
bétail, aux chameaux, aux gazelles et aux antilopes. en Afrique centrale et de l’Ouest. Bien qu’un peu
Avec son feuillage dense et épineux, il constitue amère, la fine couche de chair brune du fruit lui-
également un lieu remarquable pour la nidification même est couramment consommée. Lorsqu’ils sont
des vautours et d’une multitude d’autres oiseaux. transformés en infusion et concentrés, les fruits,
l’écorce et les feuilles peuvent être utilisés dans la
médecine traditionnelle comme vermifuge et comme
remède contre de nombreux types de maladies et
d’affections, de la jaunisse à l’épilepsie.
Bibliographie sélective
John Newby
Consultant principal
SAHARA CONSERVATION
©John Newby
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Végétation et feux de brousse :
une relation interdépendante
Les feux de brousse sont désormais un phénomène
récurrent et global, dans ce contexte de changements
climatiques. Pour les écosystèmes sahéliens, ils
constituent l’un des facteurs majeurs de perturbation.
Dans la Réserve de Faune de Ouadi Rimé – Ouadi
Achim (RFOROA), au centre du Tchad, les départs de
feux sont fréquents et quasiment toujours d'origine
anthropique. Nous avons étudié leur distribution
et leur influence sur la végétation. La fréquence, le
périodicité et la saisonnalité des feux sont autant
La steppe sahélienne subdésertique est la formation de petites dimensions, se densifiant selon un gradient
végétale qui caractérise la région. C'est un biome croissant d’apport en eau. La flore du Sahel est très peu
intermédiaire entre désert, savane et prairie. La diversifiée, on y recenserait environ 1 500 espèces, dont
couverture herbacée est parfois discontinue selon la environ 3% endémiques.
saison. Dans cette strate, on trouve majoritairement
des espèces annuelles dont la hauteur avoisine les Dans cette région, la saison des pluies a lieu de juin à
40 centimètres. Les plantes vivaces sont rares et septembre. Les précipitations varient en termes de durée
espacées. Les strates arbustives et arborées sont et d’abondance selon la latitude. On peut considérer que
principalement constituées d’individus épineux souvent les précipitations moyennes annuelles diminuent de 1 mm
©Sophie Lox
13
par kilomètre quand on augmente en latitude. Les durant cette même période sont représentées en bleu
pluies, souvent intenses et intermittentes, engendrent sur la carte ci-dessous.
des ruissellements de surface (des crues éclairs), qui
s’infiltrent en bas de pente ou dans le lit des cours d’eau
temporaires, nommés ouadis. Ces cours d’eau, bien que
complètement asséchés la plupart de l’année, sont une
réserve importante de sédiments et marquent le paysage
par l’abondance relative de végétation à ces endroits.
14
Citrullus colocynthis apparaît principalement sur les Une augmentation de la fréquence des feux dans
sites peu brûlés et de façon plus tardive dans la saison. la RFOROA pourrait donc induire une régression
Le calcul de l'indice Indval pour toutes les espèces de l'herbacée la plus commune, Aristida mutabilis,
a permis de conclure par ailleurs que l’abondance mais aussi des espèces plus vertes, essentielles à
d’Eragrostis tremula est hautement significative d’une l’hydratation de l’oryx. Pour cet animal emblématique,
fréquence de feux élevée. À l’inverse, l’abondance de comme pour l'entièreté de l'écosystème qui l'entoure,
Cenchrus biflorus indique les sites rarement brûlés. les méthodes de lutte anti-feux doivent être poursuivies
et les zones de priorités peuvent désormais être
identifiées. Cette étude constitue ainsi un important
début de réponse à la compréhension de l'influence
des feux de brousse, l'un des facteurs centraux de
modification du biome sahélien.
15
©John Newby / Sahara Conservation
16
autres couches capturent la quantité de lumière verte
et bleue réfléchie. C’est l’origine du terme « RVB », qui
signifie « rouge, vert et bleu ». De même, les satellites Les conditions
qui définissent
d’observation de la Terre mesurent le rayonnement
solaire réfléchi par la surface de la planète, non
seulement dans les longueurs d’onde rouge, verte
et bleue, mais aussi dans de nombreuses parties du le Sahel et la
spectre électromagnétique, de l’ultraviolet à l’infrarouge.
RFOROA rendent
La végétation, les roches et le sable réfléchissent
différentes longueurs d’onde de lumière et d’énergie la cartographie
de manière unique. Par exemple, les plantes vertes
réfléchissent fortement dans la partie du spectre de la végétation
correspondant au proche infrarouge, mais faiblement
dans les longueurs d’onde rouges. Par conséquent,
particulièrement
une grande différence de réflectance dans le proche
infrarouge par rapport aux longueurs d’onde rouges
difficile
à un endroit donné indique une végétation verte et
en croissance. Le SNZCBI et Sahara Conservation ont
utilisé ces propriétés et d’autres caractéristiques pour
créer de nombreux produits de télédétection, chacun
mettant en évidence la présence ou l’abondance d’un
type différent de couverture végétale naturelle ou
d’utilisation humaine des terres dans le Sahel.
Nous avons également utilisé des données
satellitaires pour étudier à quel moment la végétation
de la réserve pousse et meurt.
Image SAR
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©John Newby / Sahara Conservation
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19
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